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Le blog de Lucien PONS

Le débat sur la Corse au Sénat : un « flop » révélateur et prometteur

2 Juillet 2014 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La réforme territoriale

Le débat sur la Corse au Sénat : un « flop » révélateur et prometteur

Ce débat, programmé depuis longtemps à la demande de Nicolas Alfonsi, sénateur de Corse-du-Sud, au nom des radicaux, est complètement tombé à plat… Quelques intervenants à peine, mobilisés par leurs groupes, récitant pour la plupart la position de leurs mandants sur un ton monocorde, et étalant clichés et lieux communs sur la Corse en général, sur son positionnent dans la République… et ses spécificités.

Rien de percutant ni propre à faire progresser le débat qui se réduisit à une juxtaposition de monologues… au contenu frappé du sceau d’une banalité affligeante du genre : « Ah que la Corse est belle !… Oui mais c’est une île ! Elle a bien mérité de la patrie et l’Etat lui en est reconnaissant »… quand ce ne furent pas les sornettes de la représentante de l’UMP évoquant un Pascal Paoli, fondateur de la démocratie, initiateur du vote des femmes et constitutionnaliste avant la lettre, autant d’inepties historiques dont le sieur Talamoni, et malheureusement bien d’autres, font leurs choux gras… propos peut-être dictés par l’ambigu député de son groupe, Laurent Marcangeli, dont il nous semble reconnaissons la griffe dans le « discours » de sa collègue Giudicelli.

Seuls Nicolas Alfonsi et le ministre Cazeneuve, plus pertinents, sans « noyer le poisson », collèrent à l’actualité et se retrouvèrent sur l’essentiel : le rejet de solutions passant par des voies anticonstitutionnelles, mais une certaine ouverture à des difficultés pouvant être résolues par des voies « normales », respectueuses du droit et en particulier du principe républicain d’égalité des citoyens au sein d’une même nation.

Inutile de détailler ici ce dernier point… c’est une raison essentielle du peu d’intérêt suscité par la séance du Sénat : tout avait été dit et « tranché » dans le bon sens par le ministre de l’Intérieur lors de sa venue en Corse et, juste avant la séance, lors d’une conférence de presse qui s’adressait à nos journalistes locaux, lesquels, pour la plupart, avaient pu épancher leur déception et interpeller le ministre, lui reprochant de fermer la porte au « dialogue entre les Corses et le gouvernement français »…

FLN et FLNC : ne pas confondre

Pas question de tomber dans le piège (comme l’a bien dit Nicolas Alfonsi) d’une pareille « posture » (expression employée par B. Cazeneuve) qui est celle des nationalistes, lesquels proposent en toute ingénuité : « Discutons à parité Corses et Etat français autour d’une table pour arriver à une solution politique du problème corse ». Mutatis mutandis, ce serait nous amener, après le renoncement à la lutte armée par un FLNC exsangue, à une solution du type accords d’Evian qui mirent un terme à la guerre et qui consacrèrent l’indépendance de l’Algérie.

C’est explicitement ce que réclament aujourd’hui les ex-clandestins prêts à rejoindre les dits « modérés » MM. Simeoni et Angelini. Lourde erreur et piètre analogie ! Le FLNC agonisant et son renoncement aux armes qui est d’actualité n’a rien à voir avec l’ex-FLN triomphant, soutenu par les siens et comme « un poisson dans l’eau » car, à la différence des Algériens, les Corses, dans leur grande majorité, n’ont jamais voulu se séparer de la France et vivre leur indépendance, ou même leur autonomie, avec leurs propres ressources… et sans pétrole ! Les nationalistes espèrent-ils faire passer politiquement ce qu’ils n’ont pas réussi à imposer militairement ?

Le coup du mépris

Un deuxième enseignement, corollaire du premier, à tirer du flop de la séance sénatoriale, a trait au peu d’intérêt (et c’est un euphémisme !) qu’elle a rencontré auprès des « sages » et à l’absence quasi totale d’écho dans les médias nationaux. « Ils étaient 7 sur 348 dans l’hémicycle » titre Corse- Matin… sous-entendu : la Corse ne fait pas recette, c’est un affront fait aux insulaires. Eh non ! C’est simplement le signe que la Corse n’est pas le nombril de la France et que nos compatriotes, élus ou journalistes, détournent leur attention de cette « enfant gâtée », qui voudrait qu’on ait d’yeux que pour elle pour la plaindre, alors que c’est la région qui enregistre le plus fort taux de croissance, grâce aux crédits que lui consent « l’ Etat français » comme disent les nationalistes en affichant cette impudente extériorité.

Les nuits bleues, cela faisait hélas la une des médias, parce que payant d’un point de vue journalistique, mais les parlotes au sein de l’Assemblée de Corse et les lubies d’« enfant gâté » (dixit B. Cazeneuve) de notre président de l’exécutif ne passeront pas la rampe. il y a tout lieu de penser que « la recherche d’une solution politique au problème corse », nourrie par de vains débats à la CTC, ne permette pas aux nationalistes de refaire surface et de se faire entendre… « à Paris » comme ils disent : comme Lip en son temps, les accords Matignon c’est fini et l’heure est enfin venue de se pencher sur les vraies questions qui se posent en Corse et qui n’appellent pas de solution politique pour être résolues.

Allez France !

Quand le chroniqueur de Corse-Matin, J.-B Croce, déplore que la médiatisation de la coupe du monde de foot-ball a eu pour effet d’occulter la question corse, il n’a pas tout à fait tort ; mais là où il se trompe, c’est lorsqu’il considère que les sénateurs auraient pu être tentés de regarder le match France-Nigeria à la télévision à l’heure où l’on débattrait de la Corse au Sénat : c’était alors l’Algérie qui était en lice !

Vu sous un autre angle pourtant nous ne pouvons pas ne pas remarquer que l’événement du jour a l’échelle nationale était bel et bien l’affrontement sportif sur le terrain entre les deux équipes mobilisant chacune une ferveur nationale qui, dans notre cas, s’est traduite par un déferlement « bleu-blanc-beur » sur les champs Elysées et la place de la Concorde, drapeaux tricolores déployés aux cris de « Allez France ! ».

Ce trait d’ « identité nationale » fait plaisir à voir et à entendre et il donne à penser que, contrairement à ce que dit le repenti Pantaleon Alessandri, (pleine page ce jour dans Corse-matin), ex « héros », comme il se désigne, de la « lutte de libération nationale », déçu par les dérives du mouvement, l’Etat-nation France n’est pas mort et qu’il fait encore vibrer les foules. Quant à la perte d’audience des nationalistes, elle est le meilleur garant pour notre île d’un avenir serein.

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