Si les Français connaissent depuis quelques temps des informations parcellaires et souvent orientées sur l’Ukraine, qui se rappelle de Viktor Iouchtchenko qui fut Premier ministre de l’Ukraine de 1999 à 2001 et le troisième président du pays de 2005 à 2010 ? Qui connaît sa seconde épouse, la sulfureuse Katerina ? Avant d’évoquer son parcours, penchons-nous sur la biographie de son président de mari.

Victor Iouchtchenko, l'ex-président de l'Ukraine

Victor Iouchtchenko, l’ex-président de l’Ukraine

Né en 1954, il commença sa carrière dans le milieu de la banque dès 1976 à la banque d’Etat de l’URSS. En 1993, il devînt Président du Conseil de la Banque nationale d’Ukraine et rencontra « fortuitement » Katerina, nous aurons à en reparler. Il fut au cœur d’une affaire supposée d’empoisonnement dont il fut la victime en 2004 et qui n’a toujours pas été élucidée. Selon les médias occidentaux, l’empoisonnement aurait été le fait des services secrets russes, mais l’affaire paraît bien plus compliquée et obscure que cela. Il fut finalement élu président de l’Ukraine après une vague de contestations qui fut appelée la Révolution orange. C’est sous sa présidence que commença la réhabilitation des principaux chefs nationalistes ukrainiens ainsi que la révision complète des manuels d’histoire. Bandera fut élevé au statut de Héros de l’Ukraine par un décret de Iouchtchenko en janvier 2010. Cette décoration suivait celle d’un personnage encore plus trouble, Roman Choukhevytch, lui aussi nommé à titre posthume Héros de l’Ukraine, commandant d’un bataillon de massacreurs de Juifs et d’opposants qui prit une part importante à la Shoah par balles : le bataillon Nachtigall. Ces manœuvres révisionnistes se sont poursuivies sous la présidence actuelle de Porochenko dans un silence assourdissant des médias européens et de l’Union européenne elle-même. Cette dernière, l’alliée des « démocrates » ukrainiens de l’Ouest refusa d’entendre la protestation du Centre Simon Wiesenthal adressée lors des deux décorations en 2007 et 2010. Le Parlement européen mettra trois années pour relayer du bout des lèvres la protestation de la décoration de Choukhevytch et resta silencieux à propos de Stepan Bandera. Ils sont désormais des icônes du gouvernement ukrainien, largement relayées et vues dans les manifestations dans l’Ouest du pays et dans les unités composées de fanatiques néo-nazis comme le bataillon Azov, le bataillon Aydar ou encore les bataillons Dniepr-1 et 2.

Roman Choukhevytch

Roman Choukhevytch

Cette escalade de néonazisme, toujours niée par les journalistes européens peut trouver également sa source dans la personne de Katerina Chumachenko. Née à Chicago en 1961 dans une famille de pauvres émigrés ukrainiens, elle fit de brillantes études à l’Université de Georgetown. C’est au début des années 80 qu’elle est recrutée par les services de renseignements américains, alors que la Guerre froide touchait à sa fin. Elle fréquenta Yaroslav Stetsko, un proche de Bandera en exil aux Etats-Unis qui avait fondé en 1946 une organisation antisoviétique, Le Bloc des nations anti-bolcheviques, l’ABN qui fut dirigée par le chef nationaliste jusqu’à sa mort en 1986. Ekaterina travailla pour cette organisation et à partir de 1985 devînt analyste dans le Département d’Etat et du Conseil de sécurité nationale des Etats-Unis. L’année suivante, elle travailla au Bureau des Droits de l’Homme et supervisa des activités en direction des pays de l’Europe de l’Est et de l’Union soviétique. Elle fut ensuite directrice-adjointe du Département international et à cet égard rédigea des documents d’analyses pour le Président des Etats-Unis en personne et d’autres responsables américains. En 1989, elle fit un passage au Trésor des Etats-Unis puis jusqu’en 1991 travailla au sein du Comité Economique du Congrès. Elle se refusera toujours à parler de cette période de sa vie et de son activité de renseignement pour les USA. Les pistes sont toutefois claires, elles conduisent à la CIA mais aussi aux milieux néo-nazis ukrainiens et allemands, courtisés par les Américains durant la Guerre froide et recyclés par la suite dans les grandes manœuvres visant à saper l’influence de la Russie en Ukraine. Dès l’indépendance du pays, elle s’installa en Ukraine où elle fonda et devînt la directrice de la Fondation Américaine Ukrainienne. Elle fut alors au centre de nombreuses transactions et opérations, notamment autour de l’USAID, l’Agence des Etats-Unis pour le développement international, gérant la distribution « d’aides financières ».

Katerina Iouchtchenko

Katerina Iouchtchenko

Elle eut des relations très serrées avec d’anciens nazis, notamment le lieutenant-colonel allemand Théodore Oberlander, ancien officier du bataillon Nachtigall, nazi avéré et convaincu d’avoir participé aux massacres contre les Juifs et les Polonais en Ukraine. Egalement soupçonné de crimes de guerre contre l’Armée rouge sur le Front de l’Est, par ailleurs membre de l’Etat-major de l’Armée de Libération du célèbre Vlassov. Il fut recyclé par les Américains et devînt comble de l’ironie, Membre du Parlement de la RFA entre 1953 et 1965, Membre du Parlement de Bavière de 1950 à 1953, en charge dans le Ministère fédéral des personnes déplacées, des réfugiés et des victimes de guerre dans plusieurs cabinets du Chancelier Conrad Adenauer… Ce terrifiant personnage né en 1905, mourra de sa belle mort en 1998. Durant toute cette période, Ekaterina fut très active dans des organisations dites « parapluies », c’est-à-dire sous contrôle américain, Heritage Foundation (HF), Freedom House (FH). Elle fut suspectée du détournement de sommes colossales, en particuliers de 242 millions d’Hryvnia (environ 7,8 millions d’euros), fonds collectés pour le projet « Hôpital pour les enfants de l’Avenir ». Le projet n’arriva jamais à terme et l’argent se volatilisa justement dans les comptes bancaires de la femme du président. Devenue Première Dame de l’Ukraine, épouse de Iouchtchenko, elle ne négligea pas non plus les affaires en investissant dans une chaîne de restauration/bar « Tchernyï pavline » (Paon noire) et d’autres business lucratifs. Entre 1994 et 1999, elle dirigea le bureau ukrainien d’un célèbre cabinet financier et de consultants internationaux, Barents Group LLC.

Théodore Oberlander

Théodore Oberlander

Au fait de son ascension, une photo fit alors son apparition, photo prise selon toutes les probabilités avant 1992 lors d’un congrès des membres de National Alliance, une organisation néo-nazie américaine, réunion où elle prit la parole et fit ostensiblement le salut hitlérien… Elle fut récompensée le 21 novembre 2008 par la médaille de la Liberté Truman-Reagan, pour « son travail à long terme où Madame Iouchtchenko s’est dédiée à la diffusion de la vérité sur les crimes du régime communiste, principalement sur le génocide de la faim en Ukraine de 1932-1933 ». Elle n’est naturalisée ukrainienne qu’en 2005 pour des raisons politiques facilement compréhensibles. Il existe une hypothèse qu’elle fut poussée dans le lit de Iouchtchenko et placée « fortuitement » lors d’un déplacement en avion sciemment à ses côtés. S’il n’est bien sûr pas possible de vérifier une telle information, le parcours d’Ekaterina ainsi que celui de son futur mari, laisse bien entrevoir que sous son influence, Viktor Iouchtchenko devînt le candidat des USA en Ukraine. Un coup réussi après la Révolution orange mais qui tourna mal en 2010, lorsqu’il fut le grand perdant des élections où il était candidat à son propre succession. Accusé d’avoir aggravé la corruption, Iouchtchenko fut donc évincé en 2010 et remplacé par un oligarque de l’Est de l’Ukraine regardant plus du côté de la Russie que des USA. Vous connaissez la suite… Ce petit cheminement montre bien toutefois que les Etats-Unis ont été à l’œuvre en Ukraine depuis fort longtemps et que le nouvel homme du régime, Porochenko, n’est qu’une créature américaine comme le démontre tous ses actes et les événements de l’Euromaïdan jusqu’à la guerre dans le Donbass. Dans l’étonnante histoire de cette femme, ne pouvons-nous pas nous demander avec de bonnes raisons, qu’elle fut l’influence de cette femme et si de nos jours, les manipulations américaines ne sont pas toujours à l’œuvre (et puissamment) en Ukraine ?

Par Laurent Brayard pour Novorossia Vision