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Le blog de Lucien PONS

Espionnage d’intérêts français par le renseignement allemand : la France se tait. Médiapart.

27 Avril 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #La République, #Europe supranationale, #La finance dérégulée, #AMERIQUE, #La mondialisation

Espionnage d’intérêts français par le renseignement allemand : la France se tait

26 avril 2015 |  Par Mathieu Magnaudeix (http://www.mediapart.fr/)

Le magazine allemand Der Spiegel a révélé que des personnalités et des entreprises françaises ont été espionnées par le renseignement allemand pour le compte de l'agence de renseignement américaine, la NSA. À Berlin, l’information crée de nombreux remous. Mais les autorités françaises se réfugient pour l'instant dans le silence.

... Cette prudence rappelle la très grande discrétion des autorités françaises en 2013, lorsque les agissements de la NSA en Europe avaient été révélés par Edward Snowden. L'émotion passée, le différend avec les États-Unis avait été vite évacué.

... Seul politique à avoir pour l’heure pris position ce côté-ci du Rhin, Jean-Luc Mélenchon a demandé qu’une « enquête soit aussi ouverte en France ». « Le gouvernement Merkel vient de reconnaître que les services secrets allemands ont agi en sous-traitants des espions américains de la NSA, assure Mélenchon. Cet espionnage est inadmissible (…) La complaisance à l’égard des États-Unis et du gouvernement allemand a assez duré ! »

Les services de renseignement extérieurs allemands (Bundesnachrichtendienst, ou BND) ont espionné des personnalités et des entreprises européennes pour le compte de l’agence américaine NSA. Les révélations du magazine allemand Der Spiegel, jeudi 23 avril, ont fait l’effet d’une bombe en Allemagne. Les auditions prévues ce jour-là devant la commission d’enquête du Bundestag sur les agissements de la NSA ont été immédiatement stoppées. Quelques heures plus tard, les informations du Spiegel ont été confirmées à certains députés par un proche de la chancelière Angela Merkel. La Chancellerie s’est fendue d’un communiqué reconnaissant, sans plus de précisions, des « déficits techniques et organisationnels au sein du BND » dont elle a exigé qu’ils soient « corrigés sans retard ». Le gouvernement a toutefois démenti tout « espionnage massif des citoyens allemands et européens ». Une formulation qui n’exclut pas la possibilité d’un espionnage ciblé.

L'article a été publié jeudi 23 avril sur le site du SpiegelL'article a été publié jeudi 23 avril sur le site du Spiegel


Depuis, le gouvernement allemand se terre dans le silence. La Chancellerie est en difficulté : elle a assuré n'avoir eu connaissance des interceptions illégales qu'en mars dernier. Dimanche 26 avril, le quotidien Bild am Sonntag a pourtant assuré, document à l'appui, que les dirigeants allemands ont été mis au parfum dès 2008. Les écologistes et Die Linke, dans l’opposition au Bundestag, la chambre basse du Parlement, demandent la démission du chef des services secrets. Die Linke exige que la justice ouvre une enquête pour « trahison ».

Cette vaste affaire d’espionnage s’ajoute aux révélations du lanceur d’alerte Edward Snowden, qui a prouvé en 2013, documents à l’appui, la collaboration active du renseignement allemand aux programmes mondiaux de surveillance de la NSA. Et, au passage, la mise sur écoute du portable de la chancelière Angela Merkel et de personnalités politiques allemandes par la NSA.

Selon Der Spiegel, la NSA a communiqué régulièrement « depuis plus de dix ans » au BND des requêtes précises (numéros de téléphone, adresses IP, adresses email, données de géolocalisation, etc.), que le service de renseignement allemand enregistrait dans son système. Une fois les informations récoltées, elles étaient transmises à la NSA. Certaines de ces requêtes ont concerné des intérêts allemands ou européens, ce qui outrepasse les prérogatives des services secrets allemands.

D’après Der Spiegel, les entreprises européennes EADS et Eurocopter (aujourd’hui regroupées dans Airbus Group) et des « autorités françaises » ont fait l’objet d’une surveillance discrète. De même que certains « politiques », assurent des sources internes au BND, citées par l’hebdomadaire.

Depuis 2008, l’affaire était bien connue au BND, affirme Der Spiegel. Une première revue interne après l’affaire Snowden aurait fait apparaître 2 000 requêtes problématiques, sur les 800 000 adressées au total par la NSA. Un chiffre sous-estimé : d’après de nouvelles investigations menées pour le compte de la commission d’enquête parlementaire sur la NSA, créée voilà un an après l’affaire Snowden, ce sont en fait 40 000 requêtes de la NSA qui ont ciblé spécifiquement des intérêts allemands ou européens. « Il est clair qu’il s’agit là d’un espionnage organisé par les Américains », assure à Mediapart le député écologiste Konstantin von Notz, membre de la commission d’enquête allemande sur la NSA. « Si les autorités françaises ont en effet été espionnées, cela nécessite une explication rapide : soupçonnait-on les autorités françaises de terrorisme ? », s'insurge le président du groupe Die Linke au Parlement, Gregor Gysi. Cette semaine, de nouveaux témoins devraient être entendus dans cette affaire par la commission d'enquête parlementaire. Et la liste des fameuses données transmises devrait être examinée.

Ce nouveau scandale du renseignement avait été évoqué dès octobre 2014 par le quotidien Süddeutsche Zeitung. Auditionné par la commission d’enquête du Bundestag le 5 mars dernier, Dieter Urmann, responsable de 2006 à 2008 du département du BND qui filtre les données de communication, a lui-même confirmé l’espionnage d’Eurocopter, d’EADS, mais aussi de personnalités françaises, sans citer de noms.

Chez Airbus Group, l’ancien EADS, un porte-parole nous a dit vendredi 24 avril refuser de commenter des « rumeurs »« Nous sommes au courant que notre société est la cible d’espionnage de toutes parts. Nous prenons les mesures adéquates. » Seul politique à avoir pour l’heure pris position ce côté-ci du Rhin, Jean-Luc Mélenchon a demandé qu’une « enquête soit aussi ouverte en France ». « Le gouvernement Merkel vient de reconnaître que les services secrets allemands ont agi en sous-traitants des espions américains de la NSA, assure Mélenchon. Cet espionnage est inadmissible (…) La complaisance à l’égard des États-Unis et du gouvernement allemand a assez duré ! »

Mais du côté des autorités françaises, on affiche pour l’heure un silence total. « On ne réagit pas sur ces affaires-là », répond à Mediapart le ministère de l’intérieur, en charge du renseignement en France. « Je n'ai aucune information sur ce sujet », nous a assuré ce week-end le porte-parole du ministère des affaires étrangères, Romain Nadal. Le ministère de la défense, pourtant concerné au plus haut chef par l’espionnage de fleurons de l’industrie française, assure ne pas avoir « encore d'information précise à ce sujet », et juge difficile d'en avoir dans un « délai raisonnable ». Questionné à deux reprises depuis vendredi soir, l'Élysée n'a toujours pas réagi. Cette prudence rappelle la très grande discrétion des autorités françaises en 2013, lorsque les agissements de la NSA en Europe avaient été révélés par Edward Snowden. L'émotion passée, le différend avec les États-Unis avait été vite évacué.

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26 avril 2015 | Par Mathieu Magnaudeix (http://www.mediapart.fr/)

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