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Le blog de Lucien PONS

La Grèce face à l’hybris européen

24 Avril 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Grèce, #Europe supranationale, #La France, #La finance dérégulée, #Le capitalisme;

 

La question d’un possible défaut de la Grèce dans les jours, voire les semaines, qui viennent est désormais régulièrement posée. Mais, cette question est parfois confondue avec celle des liquidités internes. Or cette question est aujourd’hui le principal instrument utilisé par l’Eurogroupe pour étrangler la Grèce et tenter d’imposer des politiques qui ont été rejetées par les électeurs le 25 janvier. Rien que cela en dit long sur la notion de la démocratie des principaux responsables européens, et en particulier de M. Jean-Claude Juncker (un multirécidiviste sur ce point qui avait déclaré à la suite de cette élection du 25 janvier « Il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens »[1]) ou M. Moscovici. Ajoutons que les récentes déclarations de M. Schäuble[2] vont parfaitement dans ce sens. On mesure que le mot « démocratie » n’est qu’un slogan sans contenu pour les dirigeants de l’Union européenne.

La question des remboursements

La Grèce doit de l’argent au FMI, à la BCE ainsi qu’aux différents fonds d’aides (MES et FESF). Les échéanciers des remboursements jusqu’au 19 juin sont les suivants :

Graphique 1

Echéanciers des remboursements

A - chart Detts

On constate qu’a part de petits remboursements à la BCE, l’essentiel, du moins jusqu’au 19 juin, sera les remboursements aux FMI (2,54 milliards d’euros). Or, le Fond Monétaire International s’est distingué pour l’instant par une attitude bien plus « souple » que celle de la BCE ou de l’Eurogroupe qui supervise les paiements à faire pour le MES et le FESF. Il n’est donc pas exclu que l’on trouve un arrangement sur ces 2,54 milliards d’Euros. Mais, un tel arrangement ne peut être que provisoire. La Grèce devra rembourser, entre le principal et les intérêts, environ 7 milliards aux diverses institutions européennes entre la fin du mois de juin et le début du mois de juillet. Le gouvernement Grec a dit, à de nombreuses reprises, qu’il ne ferait pas ces paiements car ces derniers prélèveraient l’ensemble des sommes (et au-delà) sur le (petit) excédent fiscal primaire qu’il réalise et qu’il souhaite affecter tant à des mesures de soutien à la population qu’a des mesures de relance de l’activité économique. On sait aussi que l’Eurogroupe, pour l’instant, refuse cette solution. L’Eurogroupe refuse de même de négocier sur la dette, et cherche à imposer des réformes qui, outre qu’elles sont à tout plein inutiles[3], sont refusées par le gouvernement grec et surtout pas ses électeurs. Nous sommes donc dans une impasse.

Il s’en déduit qu’un défaut de la Grèce peut survenir dans les semaines qui viennent, mais surviendra de toute manière entre la fin juin et le début du mois de juillet. Sauf si, d’un côté ou de l’autre, un changement de position survient.

La crise de liquidité

Pour chercher à faire céder la Grèce, et imposer une politique dont les électeurs grecs clairement ne veulent pas, l’Eurogroupe institue un rationnement dans l’offre de liquidité à l’économie grecque. La Banque Centrale Européenne a « déconseillé » aux banques grecques d’acheter des bons du trésor, elle a exclu de fait la Grèce du mécanisme d’aide d’urgence à la liquidité (ou ELA), et relève très lentement le plafond de ses offres de liquidités. Un auteur de la revue américaine Foreign Policy, qui ne peut être considérée comme d’extrême-gauche, va jusqu’à parler des « dirty tricks » soit des « sales magouilles » de la Commission de Bruxelles vis à vis de la Grèce[4]. Cette situation, couplée avec les retraits des banques grecques et les sorties de capitaux qui ont atteint un niveau très élevé en mars dernier confronte le pays avec le risque que son économie, affaiblie par les mesures d’austérité mises en place par le « protectorat » européen, ne s’effondre rapidement. C’est un autre problème que celui du défaut. Là où ces deux problèmes deviennent liés est que si la Grèce fait défaut sur ses remboursements extérieurs, la BCE ne pourra plus légalement financer les banques grecques. Le défaut provoquera la crise de liquidité.

Une solution pourrait consister en l’émission par le gouvernement grec de dettes au porteur, avec un pouvoir libératoire absolu, pouvant être utilisées par les individus et les entreprises comme une monnaie. Mais, il est clair qu’une telle mesure équivaudrait à la création d’une monnaie parallèle à l’Euro, monnaie qui se substituerait à l’Euro très rapidement dans les transactions. Un taux de change implicite se constituerait très rapidement, une reconnaissance de dette ne donnant accès qu’à 98%, puis 95% puis sans doute encore moins de sa valeur faciale en euros. De fait, la Grèce serait hors de la zone Euro, et elle devrait rapidement régler la question des comptes courants et à terme dans les banques et déterminer une circulation cette fois-ci scripturale et pas seulement fiduciaire de ces « titres de dette ».

L’idée d’une monnaie parallèle permettant à la Grèce de rester dans la zone Euro est une illusion. L’histoire, qui est remplie de cas ou des pays ont utilisé des monnaies en parallèle sur leur territoire nous apprend que ces systèmes sont hautement instables. Une monnaie parallèle, quel que soit son nom, reviendrait en fait à recréer la drachme. Mais, c’est en réalité la meilleure solution pour la Grèce dans la situation politique actuelle.

Le problème politique.

Le gouvernement grec a construit sa stratégie sur le fait que l’Eurogroupe aurait bien plus à perdre que la Grèce à une crise. En cas de défaut grec, les gouvernement de la zone Euro devraient expliquer à leurs populations qu’il faut recapitaliser d’urgence la BCE et couvrir les pertes du MES et du FESF. Par ailleurs, un défaut grec entrainerait l’activation des CDS (credit-defaut swaps) qui ont été émis. Enfin, psychologiquement, cette crise signifierait à tous les observateurs que l’Euro n’est pas irréversible mais aussi que les pays du « noyau » de la zone Euro ne sont pas prêts à assumer les conséquences du fonctionnement de la zone Euro. Il ne faudrait que quelques semaines pour que la crise se répercute dans les pays périphériques (Espagne, Portugal, Irlande et Italie). De proche en proche, on aboutirait à l’implosion de la zone Euro. C’est pourquoi le gouvernement grec ne veut pas céder. Ajoutons, et tout le monde le comprend, que s’il cède il perd immédiatement toute sa crédibilité et sa légitimité, et que Syriza, un parti passé en quelques années de 4% à 36% des sondages, serait condamné à disparaître.

Mais, là où le gouvernement grec erre, c’est qu’il pense que les décisions au niveau de l’Eurogroupe seront prises sur la base d’intérêts économiques. En fait, les gouvernements des pays de la zone Euro ont investi énormément dans la dimension politique et symbolique. L’Euro, comme le dit depuis des années le philosophe italien Diego Fusaro n’est pas une monnaie, c’est un projet politique et symbolique. Et, ce projet ne peut s’accommoder d’un compromis avec la Grèce. Car, en cas de compromis, validant la stratégie de Tsipras et de Syriza, c’est toute la politique d’austérité qui volerait en éclat (avec un encouragement très fort à Podemos en Espagne et au Sinn Fein en Irlande), non seulement au grand dam de l’Allemagne (et de ces alliés) mais aussi des hommes politiques qui, dans d’autres pays, ont construit leur carrière sur ce projet (comme François Hollande).

C’est pourquoi un compromis est en réalité une illusion. Il n’y a pas d’alternative à l’Eurogroupe que d’écraser ou périr. Il n’y a pas d’alternative pour le gouvernement grec que d’aller à l’affrontement ou périr.

L’impasse et la rupture

En fait, aucun des deux adversaires, que ce soit le gouvernement grec ou l’Eurogroupe, n’a de marge de négociation. Cette situation a été voulue par le Ministre des finances grec, Yannis Varoufakis, qui connaît bien la théorie des jeux, et qui a retourné la faiblesse apparente de son pays pour en faire une force. C’est ce que l’on appelle la « coercive deficiency ». Mais, la théorie des jeux ne fonctionne que face à un adversaire rationnel. Or, cela fait des années que les responsables européens sont sortis de tout cadre rationnel et ne sont plus guidés que par l’idéologie mais aussi l’hybris du projet européiste. Ce terme peut être traduit par ladémesure. Mais en réalité cela va bien plus loin. C’est un sentiment violent qui est inspiré par les passions, comme dans le cas européen, et plus particulièrement par l’orgueil, et en particulier par l’orgueil politique. Pour les Grecs anciens l’hybris était considérée comme un crime.

La stratégie de Varoufakis se heurte à l’hybris. C’est une figure qu’il doit bien connaître. Il sait, aussi, que face à elle, seule la rupture est possible.

[1] Naulot J-C., « Le défi Tsipras », Libération, 14/04/2015,http://www.liberation.fr/monde/2015/04/14/le-defi-tsipras_1241076

 

[2] http://www.lesechos.fr/monde/europe/02114542169-passe-darmes-entre-sapin-et-schauble-sur-la-france-1112348.php

 

[3] En particulier la « réforme » du marché du travail. Voir le World Economic Outlook d’avril 2015, publié par le FMI, et le Chapitre 3, rédigé par Patrick Blagrave, Mai Dao, Davide, Furceri (responsable du groupe), Roberto Garcia-Saltos, Sinem Kilic Celik, Annika Schnücker, Juan Ypez Albornoz, and Fan Zhang, avec l’assistance technique de Rachel Szymanski, disponible à partir du 16 avril sur www.imf.org

 

[4] Legrain P., « Greece Needs to Start Playing Hardball With Germany », Foreign Policy, 10 avril 2014,http://foreignpolicy.com/2015/04/10/greece-needs-to-start-playing-hardball-with-germany/

 

Source : Jacques Spir, pour son blog RussEurope, le 18 avril 2015.

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La Grèce, l’UE et l’hybris, par Philippe Grasset

Dans son commentaire du 18 avril 2015, avec le titre de «La Grèce face à l’hybris européenne» sur son site RussEurope, l’économiste Jacques Sapir développe les conditions de l’actuel face-à-face entre la Grèce et l’UE et juge que l’on est arrivé à la situation finale. («Il s’en déduit qu’un défaut de la Grèce peut survenir dans les semaines qui viennent, mais surviendra de toute manière entre la fin juin et le début du mois de juillet. Sauf si, d’un côté ou de l’autre, un changement de position survient.»)

Sapir examine les diverses possibilités, les réalités économiques, les conditions de l’affrontement. Il admet que la stratégie grecque, qui consiste à tenter de retourner contre l’UE sa propre puissance selon la “théorie des jeux” plus que selon la technique du “faire aïkido” qui est plus antagoniste, a du sens et du mérite à la fois, donc en théorie pourrait marcher et donner à la Grèce un compromis qui l’avantagerait. «Mais la théorie des jeux ne fonctionne que face à un adversaire rationnel», et l’UE n’est plus “rationnelle”, qu’elle soit adversaire ou partenaire, ou même objet d’admiration ou d’appréciation idolâtre. Alors, l’économiste se fait avec bonheur historien et psychologue, voire métahistorien en introduisant un facteur fondamental : l’hybris de l’UE, qui ôte à cette institution dans cette interprétation toute raison acceptable, – à moins de parler naturellement de raison-subvertie ; l’hybris, qui fait d’elle une entité évidemment déstructurante et dissolvante, une véritable créature autonome dotée d’une sorte de psychologie propre. Cela place la Grèce devant un dilemme dont les deux termes sont si extrêmes qu’ils interdisent évidemment et absolument le moindre compromis : se soumettre complètement ou rompre… Si elle veut survivre, la Grèce devra rompre.

«Le gouvernement grec a construit sa stratégie sur le fait que l’Eurogroupe aurait bien plus à perdre que la Grèce à une crise. En cas de défaut grec, les gouvernement de la zone Euro devraient expliquer à leurs populations qu’il faut recapitaliser d’urgence la BCE et couvrir les pertes du MES et du FESF. Par ailleurs, un défaut grec entraînerait l’activation des CDS (credit-defaut swaps) qui ont été émis. Enfin, psychologiquement, cette crise signifierait à tous les observateurs que l’Euro n’est pas irréversible mais aussi que les pays du “noyau” de la zone Euro ne sont pas prêts à assumer les conséquences du fonctionnement de la zone Euro. Il ne faudrait que quelques semaines pour que la crise se répercute dans les pays périphériques (Espagne, Portugal, Irlande et Italie). De proche en proche, on aboutirait à l’implosion de la zone Euro. C’est pourquoi le gouvernement grec ne veut pas céder. Ajoutons, et tout le monde le comprend, que s’il cède il perd immédiatement toute sa crédibilité et sa légitimité, et que Syriza, un parti passé en quelques années de 4% à 36% des sondages, serait condamné à disparaître.

»Mais là où le gouvernement grec erre, c’est qu’il pense que les décisions au niveau de l’Eurogroupe seront prises sur la base d’intérêts économiques. En fait, les gouvernements des pays de la zone Euro ont investi énormément dans la dimension politique et symbolique. L’Euro, comme le dit depuis des années le philosophe italien Diego Fusaro n’est pas une monnaie, c’est un projet politique et symbolique. Et, ce projet ne peut s’accommoder d’un compromis avec la Grèce. Car, en cas de compromis, validant la stratégie de Tsipras et de Syriza, c’est toute la politique d’austérité qui volerait en éclat (avec un encouragement très fort à Podemos en Espagne et au Sinn Fein en Irlande), non seulement au grand dam de l’Allemagne (et de ces alliés) mais aussi des hommes politiques qui, dans d’autres pays, ont construit leur carrière sur ce projet (comme François Hollande).

»C’est pourquoi un compromis est en réalité une illusion. Il n’y a pas d’alternative à l’Eurogroupe que d’écraser ou périr. Il n’y a pas d’alternative pour le gouvernement grec que d’aller à l’affrontement ou périr.

»En fait, aucun des deux adversaires, que ce soit le gouvernement grec ou l’Eurogroupe, n’a de marge de négociation. Cette situation a été voulue par le Ministre des finances grec, Yannis Varoufakis, qui connaît bien la théorie des jeux, et qui a retourné la faiblesse apparente de son pays pour en faire une force. C’est ce que l’on appelle la “coercive deficiency”. Mais la théorie des jeux ne fonctionne que face à un adversaire rationnel. Or, cela fait des années que les responsables européens sont sortis de tout cadre rationnel et ne sont plus guidés que par l’idéologie mais aussi l’hybris du projet européiste. Ce terme peut être traduit par “la démesure”. Mais en réalité cela va bien plus loin. C’est un sentiment violent qui est inspiré par les passions, comme dans le cas européen, et plus particulièrement par l’orgueil, et en particulier par l’orgueil politique. Pour les Grecs anciens l’hybris était considérée comme un crime.

»La stratégie de Varoufakis se heurte à l’hybris. C’est une figure qu’il doit bien connaître. Il sait, aussi, que face à elle, seule la rupture est possible.»

“Seule la rupture est possible”, – notre logique de l’antiSystème fait que nous ne pouvions qu’abonder dans ce sens, et que nous abondons … Cet accord est bien entendu la cause qui nous a fait retenir ce texte, mais plus encore, pour le symbole puissant et les références que ce terme suscite, l’idée de l’hybris de l’UE. Nous citons souvent l’hybris comme le trait dominant de la psychologie-Système, affectant les principales forces du bloc BAO, principalement les USA et l’UE. Effectivement, la démonstration est convaincante, et c’est sans doute l’une des grandes vertus de l’épisode Syriza, quoi qu’il arrive, d’avoir mis en évidence l’existence de ce péché mortel, de ce trait épouvantable de la psychologie, dans le cas de l’UE. Nous différerions peut-être (de Sapir) du point de vue de la chronologie, pour mieux mettre en lumière combien cette manifestation si évidente et si impudente, nous dirions presque désespérée à force d’impudence de l’hybris-UE, représente un signe évident de la crise de cette institution, et un signe non moins affirmé de la trajectoire de chute où elle est engagée.

Sapir écrit : «Or, cela fait des années que les responsables européens sont sortis de tout cadre rationnel et ne sont plus guidés que par l’idéologie mais aussi l’hybris du projet européiste.» Ce “des années” vaut certainement pour la “sortie de tout cadre rationnel” et pour l’affirmation idéologique extrémiste qui se sont réalisées de la façon péremptoire qu’on voit entre les années 1990 et les années 2004-2005 (du traité de Maastricht à l’euro, à l’élargissement à l’Est), mais moins certainement pour l’hybris. L’installation de cette passion funeste qui attendait son heure, certes conséquence du reste mais aussi transmutation du reste, s’est développée à partir de la formation du bloc BAO (automne 2008) et des aventures expansionnistes du bloc BAO à partir de 2010, et elle s’est installée brusquement, justement comme une transmutation psychologique presque d’une forme crisique, à l’occasion de la crise ukrainienne (novembre-2013-février 2014). Brusquement, en se transmutant, cette rupture de la psychologie a aussitôt imprimé une marque politique et stratégique dans l’affaire ukrainienne et face à la Russie. Depuis, l’on sent bien que l’UE est devenue une entité animée de penchants expansionnistes affirmé et qui abandonne tout velléité de s’en dissimuler, et de moins en moins préoccupée sinon plus du tout à se maquiller d’un vernis démocratique de simple convenance. (Ainsi, à notre sens, l’UE aurait eu face à la Grèce une position moins intransigeante s’il n’y avait eu entretemps l’aventure ukrainienne qui a dévoilé l’hybris sans la moindre retenue.)

Cette transmutation qui ne peut être précisée que sous la forme d’une “transmutation-Système”, c’est-à-dire un rapprochement décisif de ce qui est l’essentiel producteur d’une dynamique maléfique, produit l’habituel mélange que les bons auteurs identifient dans ce qu’on nommerait le Mal dans notre époque catastrophique ; c’est-à-dire, selon le schéma classique, cette dynamique de surpuissance qui se veut irrésistible et l’extrême stupidité qui l’accompagne et nous donne le ferme espoir que la susdite dynamique de surpuissance atteint le sommet d’elle-même en produisant parallèlement sa transformation (même pas besoin de transmuter) en autodestruction, tout en conservant une fidélité sans faille à l’essentielle dimension de la stupidité qui est sa marque indélébile comme celle du diable. (Selon cette observation de René Guénon que nous affectionnons : «On dit même que le diable, quand il veut, est fort bon théologien; il est vrai, pourtant, qu’il ne peut s’empêcher de laisser échapper toujours quelque sottise, qui est comme sa signature…») Les dirigeants européens, influencés par l’entité qu’ils croient diriger et dont ils ne font que subir l’influence, trop faible psychologiquement pour lui opposer une fermeté quelconque, se comportent effectivement à l’image de l’entité ainsi opérationnalisée : la déclaration (citée par Sapir dans son texte) de Juncker, président de la Commission, après les élections grecques du 25 janvier, rend compte de ce mariage de la surpuissance et de la stupidité, – «Il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens», déclara-t-il fameusement… Effectivement, il s’agit bien de l’hybris, disons d’une catégorie postmoderne, parfaitement en ligne avec celle des USA dont l’UE est aujourd’hui le “compagnon de route” presque à égalité et en toute complicité, bien plus que le vassal ou l’obligée.

Au reste, l’institution évolue au niveau interne dans le même sens, avec une montée draconienne des mesures de “sécurisation” interne de l’institution UE, impliquant une sorte de surveillance intensive et intrusive, soupçonneuse et tatillonne. Un nombre de plus en plus grand de sites internet, jugés “dissident”, et qui concernent plus encore les nouvelles non caviardées du Moyen-Orient ou de l’Ukraine, ont leur accès bloqué sur les circuits intérieurs par de mystérieuses décisions venues d’on ne sait quelle mystérieuse organisation de sécurité. Un fonctionnaire sollicitant une position particulière ou une bourse d’étude, peut se voir opposer un refus, non parce qu’il a répondu d’une façon incompétente à une interview d’évaluation, mais, par exemple, parce qu’il a eu une phrase malheureuse sur la Grèce (du type “les pauvre Grecs, leur sort est difficile”). L’hybris est donc bien là, omniprésente, aussi bien présente à l’intérieur des institutions, installant une tension constante, une suspicion à mesure, et de plus en plus souvent désarroi et confusion sur la raison d’être et l’orientation de l’institution.

Nous dirions que cet hybris correspond à une affirmation de puissance (surpuissance) dont la crise ukrainienne a été la génitrice incontestable. L’Ukraine a conduit l’UE “à sortir du bois”, à se découvrir pour ce qu’elle est, ou ce qu’elle est devenue dans son évolution souterraine peu importe, c’est-à-dire une institution parfaitement totalitaire. Ce faisant, elle a complètement tourné le dos à ce qu’elle présentait comme ses ambitions pacificatrices, comme modèle de “gouvernance apaisée” et comme modèle postmoderne de gouvernement idéal. Ainsi, en acquérant cette surpuissance que lui impose son hybris, comme juste retour des choses puisque l’hybris est née de cette surpuissance, elle se met paradoxalement dans une position d’extrême faiblesse. Elle est entraînée, – le cas ukrainien est exemplaire, – dans des voies de plus en plus douteuses, où la légitimité qu’elle prétendait avoir avec ses idéaux initiaux se dissout à très grande vitesse, remplacée par l’imposture, le simulacre, et l’enchaînement dramatique du déterminisme-narrativiste. L’hybris-Système dont l’UE est désormais la porteuse comme on l’est d’une peste épouvantable, est la marque du processus irrémédiable d’effondrement qui l’entraîne. Sera-ce la Grèce, sera-ce autre chose, qui nous montrera que le roi est nu ? Les occasions ne manquent pas et ne feront que se multiplier tant cette attitude engendre de contradiction,s conflictuelles, d’antagonismes furieux, notamment avec les Etats-Membres et avec leurs populations.

Source : DeDefensa, 20/04/2015

 

Mis en ligne le 20 avril 2015 à 05H34

 

 
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