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Le blog de Lucien PONS

Brighelli - Ratifier ou non la charte européenne sur les langues régionales

30 Juillet 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #La nation ., #La République, #Ecole, #Europe supranationale, #La défense de la langue française.

Brighelli - Ratifier ou non la charte européenne sur les langues régionales

Tandis que la réforme du collège dégrade l'apprentissage du français, Hollande envisage la ratification de la charte sur les langues régionales. Un débat complexe.

Publié le  | Le Point.fr
"La langue de la République est le français", selon l'article 2 de la Constitution, nous rappelle Jean-Paul Brighelli.©JAUBERT/SIPA
 

Depuis janvier dernier, la ratification de la charte européenne sur les langues régionales est entrée dans sa phase exécutive. Elle avait été inscrite dans les innombrables propositions du candidat Hollande, qui, dans le marasme actuel, trouve urgent de s’occuper du breton et de l’occitan.

Passons sur l’aspect "manœuvre de diversion" de ce débat pour nous intéresser au cœur du problème : la reconnaissance des langues régionales, telles que les a définies l’Europe (et c’est à partir du texte officiel qu’il faut réfléchir), est un problème de taille qu’il faut examiner sans passion.

"La langue de la République est le français"

"La langue de la République est le français", décrète l’article 2 de la Constitution –– ce qui a amené le Conseil constitutionnel en 1999 et le Conseil d’État en 2013 à donner un avis négatif sur la charte européenne, qui briserait l’unité linguistique et introduirait des différences entre citoyens. Ce n’est pas l’anglais, que l’on essaie d’infiltrer via l’école ou les diverses institutions qui ne se donnent même plus la peine d’écrire en français, sous prétexte que l’anglais est la langue du commerce, de la recherche et de la pornographie. Ce n’est pas non plus le breton ou l’alsacien –– mais ni le breton ni l’alsacien n’ont la prétention de remplacer le français, et étudier l’un ou l’autre n’implique en rien que l’on ne sache plus parler la langue de Voltaire. Les écoles Diwan de Bretagne ont d’excellents résultats aux épreuves classiques du cursus, brevet ou bac. Afficher des panneaux routiers en bilingue donne du travail aux ferblantiers, et en apprend souvent long sur l’évolution phonétique.

Enfin, la France s’est constituée en agrégeant des parlers locaux fort divers –– tout comme la gastronomie française est à la confluence de la choucroute, de la bouillabaisse, du prizuttu, du kouign-amann et du piment d’Espelette ––, entre autres. Nous nous sommes merveilleusement enrichis de nos particularismes, et le territoire national, cette France telle que nous l’aimons, est la collusion harmonieuse de paysages orchestrés par les hommes selon leurs diverses origines. On ne cultive pas la vigne de la même manière en Provence ou en Alsace et la façon dont les viticulteurs, au fil des siècles, ont sculpté les paysages est emblématique de ce qu’est la France, diverse et… viticole.

Mais la langue de la République est le français –– et aucune autre. La justice se dit en français depuis l’édit de Villers-Cotterêts en août 1539 –– François Ier ayant estimé que l’usage du latin, qui était alors la règle, ne pouvait satisfaire la justice royale. L’école de la IIIe République a enseigné le français à tous les petits écoliers –– le fait qu’on en néglige l’étude en dit long sur le respect que Mme Vallaud-Blekacem a pour la République. Il est hors de question (mais c’est inscrit dans cette charte européenne) que l’on traduise les textes officiels en breton ou en corse –– sous peine de créer une justice ou une administration à deux vitesses.

La charte prévoit de ne pas inscrire dans le lot les langues des migrants. Mais quand les migrants se sont installés depuis longtemps, qu’ils sont français comme vous et moi tout en continuant à parler leur langue d’origine ? Le projet européen prévoit le respect de langues non reliées à une quelconque région –– et autant je suis tout à fait partisan de reconnaître le fait que le créole parlé aux Antilles ou à La Réunion est une langue, autant j'estime que celui parlé en France par de lointains descendants d’îliens n’en est plus une (c’est du moins ce que me souffle mon ami, l’éminent linguiste –– et spécialiste du créole –– Alain Bentolila).

Des langues dissociées des territoires

L’Europe prévoit en outre la reconnaissance de "langues dépourvues de territoire", "non rattachées à une aire géographique particulière". Et là, on entre dans le grand n’importe quoi.

Il y a trois semaines, deux institutrices de Prunelli-di-Fiumorbo se sont retrouvées en butte à l’hostilité des insulaires pour avoir voulu faire chanter "Imagine" en français/anglais/corse/espagnol/arabe. Passons sur l’intérêt de faire apprendre aux enfants l’hymne officiel du peace and love –– mais, que je sache, John Lennon l’a écrit en anglais, et il était assez musicien pour avoir choisi les mots qui collaient à la mélodie –– et je respecte ce choix. Je préfère ne pas imaginer ce que ça donnerait en français, sans parler de l’espagnol –– pourquoi diable ? Ou en corse.

Mais en arabe… Qui ne voit qu’il y avait dans ce choix une intention, le respect des communautarismes les plus étroits ? Aucun Corse ne se serait indigné qu’on chante les Beatles en anglais. Aucun Corse ne s’indigne qu’on chante la Marseillaise en français. Aucun Français, j’imagine, ne s’indignerait que lesdites institutrices fassent apprendre à leurs élèves le Dio vi salvi Regina, et le pur laïcard que je suis ne s’offusquerait pas un instant que retentisse dans une kermesse de Prunelli-di-Fiumorbo un chant religieux choisi comme hymne il y a presque trois siècles par Pascal Paoli. On l’a chanté aux Invalides pour les funérailles de Charles Pasqua sans que la République, qui a de larges épaules, s’en émeuve. "Que le gascon y aille si le français n’y peut aller", disait Montaigne lorsqu’il employait un mot de son Sud-Ouest natal. Et il avait raison.

Oui, je suis absolument partisan de l’apprentissage des diversités qui ont fait notre unité. Les langues régionales sont aussi l’expression de notre terroir. Mais je m’inscris violemment contre l’imposition de règles qui instaureraient des communautés parallèles à la communauté nationale –– sans point de contact. C’est cela qu’il faut surveiller, lorsque la charte sera proposée comme loi. Il faut révoquer a priori la reconnaissance de langues étrangères non liées à des régions. Et veiller à ce que le français reste la langue unique des institutions, quelles qu’elles soient.

La langue de la France est le français, qui est à la jonction de tant de territoires à forte personnalité, mais dont les habitants sont morts pour la France en maintes occasions. Et reconnaître les langues régionales doit être l’occasion de célébrer notre unité –– pas de faire éclater ce qui nous constitue comme un grand peuple fort de sa diversité et de son unité. On peut tâter d’un munster après une soupe au pistou en l’arrosant d’un Comte Peraldi, cuvée du Cardinal. Pour les amateurs. Pour les Français.

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