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Le blog de Lucien PONS

De l’Ukraine, du Syrak et de quelques autres choses

16 Décembre 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La Russie, #AMERIQUE, #Europe supranationale, #La Turquie, #Ukraine, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #Terrorisme, #Daesch, #le nazisme

Source : Chroniques du Grand Jeu, 11-12-2015

Ben Erdogan semble condamné à réparer chaque bourde antérieure par une aventure encore plus folle. C’est sans doute dans ce contexte qu’il faut voir son escapade nord-irakienne. L’incident du Sukhoi lui a semble-t-il définitivement fermé les portes de la Syrie et créé les conditions propices à l’émergence de ce qu’il craignait le plus : un Kurdistan autonome sous direction PYD le long de la frontière turque. Passant de Charybde en Scylla et jouant sa dernière carte, il se rabat sur l’Irak, surfant sur la profonde division du Kurdistan et les liens très lâches entre cette province et Bagdad.

L’idée finale est-elle de favoriser, après la chute du califat, la création d’un “sunnistan” sous égide turque ? Le sultan pense-t-il sérieusement que l’Iran et la Russie laisseront faire ? Il y a quelque chose de profondément suicidaire chez lui, qui se coupe tour à tour de ses seuls fournisseurs possibles en énergie (Russie, Irak, Iran).

En tout cas, sa folle équipée offre l’Irak sur un plateau à Poutine, à la grande rage des Américains, obligés de soutenir publiquement quoique à demi-mot leur encombrant allié otanien tout en désapprouvant en privé cette nouvelle frasque (est-ce un hasard si, pour la première fois, Washington a reconnu que le pétrole daéchique prenait la direction de la Turquie ?). Le Parlement irakien prévoit maintenant de revoir et peut-être d’annuler l’accord de sécurité entre l’Irak et les Etats-Unis. On devine aisément par qui les Américains seraient alors remplacés en Irak :

En attendant, c’est le statu quo. La Turquie semble quand même avoir pris conscience de cette nouvelle impasse et commence à mettre les petits plats dans les grands. Faut dire que de l’autre côté, ça rigole pas, Ankara recommandant même à ses ressortissants de quitter l’Irak !

En Syrie même, où la coopération franco-russe atteint d’ailleurs de nouveaux niveaux, Poutine a lancé un cinglant avertissement : “Toute menace envers les forces russes doit être immédiatement détruite”. Le sultan sera obligé de raisonner ses F16 récalcitrants. Déjà qu’il est occupé à emprisonner des enfants qui arrachent ses affiches de campagne… (oui, oui, bonnes gens, c’est ce même Erdogan que l’UE courtise et à qui elle offre 3 milliards)

De Turquie en Ukraine, il n’y a qu’un pas – est-ce d’ailleurs un hasard si les dirigeants de ces deux républiques bananières s’entendent soudain très bien ? A Kiev, les députés de la Rada s’amusentcomme des petits fous (le lancer de nain putschiste deviendra-t-il nouvelle discipline olympique ?) :

L’Italie a fait preuve d’audace en bloquant l’extension des sanctions européennes contre la Russie. On imagine les eurocrates et autres hommes de paille de Washington se précipiter sur les vols à destination de Rome pour “amicalement” convaincre nos amis transalpins de changer leur position. Le summum de l’hypocrisie a été atteint il y a quelques jours par le Département d’Etat US, critiquant presque dans la même minute les sanctions russes contre la Turquie et justifiant les sanctions occidentales contre la Russie.

Le FMI vient d’entrer à son tour dans la Guerre froide 2.0 en changeant les conditions d’attribution de son aide pour venir au secours des putschistes installés par la CIA à Kiev et leur permettre de ne pas rembourser leur dette à la Russie. Nous avions déjà vu à quel point les institutions financières internationales mises en place au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale visaient à assurer l’hégémonie du dollar. A défaut d’aider directement l’Ukraine (voir cette étonnante histoire de livraisons de matériel US périmé et inutilisable), l’empire continue d’utiliser tous les moyens à sa disposition, et notamment sa mainmise sur les institutions financières, pour mener sa guerre hybride contre Moscou.

On comprend dans ces conditions la croisade dédollarisatrice mondiale lancée par la Russie, la Chine et quelques autres. De la kyrielle de banques parallèles qui en sont nées – BAAI chinoise, Banque des BRICS, Fonds route de la Soie – une nouvelle pourrait bientôt être créée : un organisme financier propre à l’Organisation de Coopération de Shanghai !

Et puisque nous évoquons le monde multipolaire concurrent de l’Occident américanisé, un mot tout de même sur l’élection de Macri en Argentine. Candidat de la droite libérale, traditionnellement proche des Etats-Unis en Amérique latine, le nouveau président pourrait faire sortir son pays du grand mouvement dans lequel l’avait engagé les Kirchner (alliance avec la Russie et la Chine, future entrée dans les BRICS, dédollarisation…). Macri prétend vouloir maintenir des liens privilégiés avec Moscou. Wait and see

Cela n’empêche certes pas la Russie de signer contrats sur contrats dans le domaine militaire (derniers en date : Mexique et Inde) ni la Chine de faire feu de tout bois. Pékin ouvre sa première basemilitaire en Afrique, continue sa course folle aux armements révolutionnaires et prévoit de lancer en collaboration étroite avec la Russie 100 satellites dont la finalité n’est pas tout à fait claire…

 Source : Chroniques du Grand Jeu, 11-12-2015
 
Ca continue de plus belle…

Source : Chroniques du Grand Jeu, 8-12- 2015

Nous avons évoqué hier trois incendies – Irak vs Turquie, Russie vs Turquie, Etats-Unis vs Damas – qui, s’ils se ne sont pas éteints, pourraient bien faire s’embraser le Moyen-Orient. Or, loin de se calmer, le feu repart de plus belle.

Jusqu’où ira donc la république bananière d’Erdogan ? Ankara refuse en effet de retirer ses troupes d’Irak comme le lui intime pourtant Bagdad. La situation est ubuesque et Davotuglu, le premier ministre turc, ne craint pas le ridicule quand il affirme que les autorités irakiennes ont autorisé le déploiement – ce dont elles n’ont apparemment pas le souvenir. Encore plus absurdes sont ses récriminations sur les… “provocations” irakiennes !

Résumons : la Turquie envoie des troupes dans un pays souverain sans sa permission, prétend contre toute vraisemblance que ce pays l’a autorisé à le faire et ose parler de “provocation” quand le pays envahi se plaint. Erdogan ou le foutage de g…. en 3D. Au XIXème siècle, la Turquie était souvent appelée “l’homme malade de l’Europe” du fait de sa faiblesse. Le sultan a réussi en ce début de XXIème à faire de son pays le malade mental de l’Eurasie. Que pense l’OTAN de la pomme pourrie dans son panier ?

En plus de la menace porter l’affaire devant le Conseil de sécurité de l’ONU qui devrait se concrétiser ces prochaines heures, Bagdad envisage maintenant des sanctions contre la Turquie. Quant aux milices chiites irakiennes parrainées par l’Iran, qui avaient déjà de sérieux griefs envers Ankara accusée avec raison de soutenir Daech, elles appellent maintenant à cibler tout intérêt turc en Irak (pour ce genre de milice, “cibler” veut dire “éliminer”).

Bien sûr, Ankara a d’excellentes raisons stratégiques : avoir une tête de pont près des champs pétroliers du nord de l’Irak et au coeur des voies de communication de ses ennemis de toujours (PKK et YPG), avoir son mot à dire lorsque l’EI perdra Mossoul et que le nord de l’Irak sera recomposé. Mais le sultan en herbe, tout à son rêve néo-ottoman, se rend-il compte de l’isolement de plus en plus sinistre de son pays, désormais en froid avec tous ses voisins ?

Et puisqu’on en parle, l’inénarrable Davotuglu remplit parfaitement son rôle de bouffon du pacha et s’en prend maintenant verbalement à la Russie qu’il menace de contre-sanctions, oubliant sans doute que c’est la Turquie qui a abattu un avion russe et non l’inverse – on ne voit d’ailleurs pas très bien quelles sanctions Ankara serait susceptible de mettre en oeuvre -, et, fait nouveau, à l’Iran.

Sur le front, cela n’empêche en tout cas pas l’armée irakienne de continuer son avancée : une partie de Ramadi a été reprise à Daech. Le fait a son importance car Ramadi est sur les arrière de Fallujah, ville symbole de l’Etat Islamique en passe d’être encerclée, comme Mossoul au nord.

Sur le théâtre d’opération syrien, les Sukhois continuent leurs mortelles (pour les terroristes modérés) escapades : 600 cibles en trois jours ainsi que les fameux missiles Klibr lancés à partir d’un sous-marin . L’armée syrienne progresse lentement mais sûrement sur à peu près tous les fronts. Mais un nouveau bombardement attribué aux Américains provoque une levée de boucliers. Un jour après avoir tué 3 soldats du régime à Deir Ez Zor et en avoir accusé de manière ridicule la Russie, l’oncle Sam frappe encore, tuant des dizaines de civils. Encore quelques bombardements comme ça et Poutine aura le prétexte tout trouvé pour déployer ses S400 sur tout le territoire syrien. D’ailleurs, deux nouvelles bases russes sont sur le point d’être achevées, se rapprochant dangereusement et de Daech et des avions américains.

Source : Chroniques du Grand Jeu, 8-12- 2015

 

 

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