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Le blog de Lucien PONS

Le colloque niçois sur la défense de la langue française. Intervention de Philippe Loubière.

11 Janvier 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #La défense de la langue française.

Intervention de Philippe Loubière

 

Philippe Loubière  Universitaire, membre du bureau national de l’ASSELAF : Association pour la Sauvegarde et l’Expansion de la Langue Française. Créée en 1990, l’association s’est fixé pour but de promouvoir toutes les réflexions et actions permettant d’améliorer l’enseignement de la langue française, d’assurer l’expansion et le rayonnement de cette langue dans les pays francophones et dans le reste du monde. Le Président de cette association est Philippe de Saint Robert, écrivain, ancien Haut-Commissaire a la langue française, ancien membre du Haut Conseil de la Francophonie. Philippe Loubière est également Rédacteur en chef de la revue Lettre(s). Philippe Loubière est intervenu le vendredi 13 septembre  dans la première partie du colloque intitulé « Le français dans la vie quotidienne, où va-t-on ? » sur le thème « La politique/ la langue de la cité ».

 

La vidéo vous permet de prendre la mesure du constat et surtout d'en percevoir les causes. La permanence dans l'affaiblissement  de l'enseignement du français depuis les dernières décennies nous interroge sur la responsabilité des décideurs (toutes tendances politiques confondues) à vouloir affaiblir ce ciment social qu'est la langue française. Affaiblir l'apprentissage du français à l'école pour un grand nombre d'élève n’est pas anodin. Notre langue devient presque une langue étrangère, le risque est grand de jeter aux oubliettes de l'histoire notre mode de vie, notre modèle social, notre vision du monde en un mot notre culture issue des Lumières, de la Révolution de 1789, des conquêtes sociales, de la Libération, etc...

 

 

Philippe-Loubiere.jpg

 

Quelques éléments sur l’intervention de Philippe Loubière

 

 

 

Pourquoi ce colloque ? Pourquoi défendre la langue française ? On parle de moins en moins français dans la vie de tous les jours.

 

Un exemple particulièrement éloquent, c’est la sur-irradiation des patients de l’hôpital d’Epinal  il y a quelques années. 5000 personnes étaient concernées et il y a eu des cas mortels. On a fait un enquête, on a incriminé les préparateurs, les médecins radiologues et on a considéré que cela relevait de la faute humaine. Mais ce que l’on on ne dit pas, c’est que le mode d’emploi était en anglais. Le ministère de la santé n’a pas fait son travail, l’appareil aurait dû être livré avec un mode d’emploi en français. La conversion des unités de mesure aurait été faite et cela aurait permis d’éviter de se tromper dans les réglages.

 

L’anglais est partout, pas seulement dans les situations de pouvoir, mais aussi dans des situations banales de la vie quotidienne. Les inscriptions bilingues que l’on observe partout, ne sont pas là pour aider les étrangers, elles sont là pour nous. Elles sont là pour que nous nous habituions à subir l’anglais de plus en plus. Elles sont là pour nous dire subliminalement: « Votre langue, personne ne la connait !». Elles sont là pour alimenter le complexe d’infériorité. Elles sont là pour compléter le discours récurrent que l’on entend à la radio et à la télévision : « La France est en retard sur ses partenaires européens, …, la France est en retard sur tout ». Elles sont là sont là pour nous dire :« Vous n’existez plus comme communauté visible ». C’est une remise en question de la société française. Il s’agit bien d’une question d’ordre politique, la langue française ne sert pas seulement à communiquer, elle sert aussi à penser, à réfléchir.

 

Il y a manifestement une substitution organisée. A la fin de sa vie François Mitterrand confiait à l’écrivain Georges-Marc Benhamou « La France ne le sait pas, mais nous sommes en guerre avec l'Amérique. Oui, une guerre permanente, une guerre vitale, une guerre économique, une guerre sans mort apparemment. Oui, ils sont très durs les Américains, ils sont voraces, ils veulent un pouvoir sans partage sur le monde. C'est une guerre inconnue, une guerre permanente, sans mort apparemment et pourtant une guerre à mort » (Dans le livre « Le dernier Mitterrand »). La raison est que nous sommes le seul modèle concurrent au modèle anglo-saxon dans le monde. Le projet de nos rivaux est de nous éliminer. Les moyens utilisés sont très importants. De notre côté nous ne faisons rien. Le problème est que tout ce qui devrait nous protéger institutionnellement est passé avec armes et bagages chez l’adversaire. Petit à petit l’anglais se substitue au français dans la vie de tous les jours et au travail également. Dans ce cas, c’est le langage pauvre de l’exécutant. Avec celui-ci, on ne pense pas, on obéit ! On n’a plus les moyens de remettre en cause une stratégie économique et financière pensée ailleurs et dans une autre langue.

 

Le langage pauvre des jeunes est l’autre danger. Des programmes scolaires ont été mis au point depuis longtemps pour que la génération de nos enfants soit la plus inculte possible. On a commencé il y a environ quarante ans avec la méthode globale d’apprentissage de la lecture. Celle-ci consiste à deviner un mot après l’avoir photographié plutôt que de le lire. Les élèves s’éloignent de plus en plus de la lecture et considèrent le français comme une langue étrangère. Il y a une très grande constante chez les Ministres de l’Education Nationale, qu’ils soient de droite ou qu’ils soient de gauche. La première conséquence est que l’ascenseur social ne marche plus.

 

La langue de la cité est notre premier lien social. C’est notre service public de la liberté de penser. La dépossession de notre patrimoine scientifique sur le plan du langage est en route. Par exemple, le protocole de Londres permet de déposer des brevets industriels et commerciaux en anglais seulement.

 

Il faut que nous reprenions le destin de notre langue et il ne faut pas compter sur l’état ni sur les institutions francophones. Son destin est entre nos mains. Nous ne sommes pas seulement les héritiers des Lumières, de la révolution Française et de la Résistance. Nous avons le devoir de nous projeter dans l’avenir. La seule question que nous devons nous poser est celle-ci : « Est-ce que nous avons toujours envie d’avoir le français en partage ? ». C’est aux citoyens de répondre à cette question et non aux institutions.

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