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Le blog de Lucien PONS

Le délit de sale gueule médiatique tel qu’on le pratique, par Slobodan Despot

12 Mars 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Ecole, #Culture, #Comité pour une Nouvelle résistance, #Les média, #La mondialisation, #Les transnationales

Le délit de sale gueule médiatique tel qu’on le pratique

Slobodan Despot – Antipresse 6 mars 2016

 

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Introduction

Le 1er mars 2016, le conseiller d'État (ministre du gouvernement) Oskar Freysinger, chef du département de la Formation et de la Sécurité du Valais, présentait une brochure bilingue contenant dix thèses sur l'école, très brièvement explicitées. La plupart des médias ont correctement informé sur cette initiative peu ordinaire en Suisse. D'autres en ont profité pour alimenter leur campagne de dénigrement systématique à l'égard de Freysinger, par ailleurs seul ministre UDC dans les gouvernements de Suisse romande. Levons d'emblée toute ambiguïté : en tant que conseiller de communication (sur mandat externe) du chef du DFS, j'ai participé à l'élaboration de ces thèses, dont le but était de définir une plate-forme philosophique stable et universellement acceptable pour la mission de l'école et tenter de mettre fin à l'expérimentation permanente dont des générations d'élèves sont les otages. L'élaboration de ce texte simple et bref a nécessité des mois de réflexion et de concertation ouverte avec les responsables de l'enseignement. Le ministre lui-même a été professeur d'allemand pendant 28 ans. Voir ce travail scrupuleux ravalé par le quotidien cantonal à une simple opération de « com » cachant d'hypothétiques attaques contre l'école et les enseignants m'a obligé à réagir contre une dérive médiatique dont cette illustration locale est particulièrement probante.

D'autres exemples de manipulations et d'occultations du même journal sont disponibles sur oskaretvous.ch, le blog-journal de bord du conseiller d'Etat Freysinger.

Ce n'est pas ès-fonctions que j'ai écrit cette lettre au rédacteur en chef du Nouvelliste, mais en tant que lecteur et ancien collaborateur de ce journal (par ailleurs repris depuis peu par le groupe Hersant). Les sources sont au fond de la lettre.

*

A M. Vincent Fragnière, rédacteur en chef, Le Nouvelliste, Sion

Mon cher Vincent,

Je t’aurais écrit ce qui suit même sans le mandat que j’accomplis auprès du DFS. Il s’agit d’une prise de position personnelle et humaine.

Avant-hier, ta collaboratrice Christine Savioz a passé une heure à écouter le conseiller d’État exposer ses convictions sur l’école dans un seul but : trouver la manière de les travestir et de les dénigrer. L’enseignement est un métier qu’Oskar Freysinger connaît bien et qu’il a pratiqué avec enthousiasme et succès. Traiter ainsi un engagement réfléchi et sincère, c’est lui pisser sur les bottes. Non professionnellement, ni politiquement, mais humainement.

Dans son commentaire, Christine Savioz érige la suspicion en analyse et la supputation en information. Cela se résume à : « Pour le moment, pas de quoi fouetter un chat, mais ce n’est qu’une tactique. Qui sait quelle entourloupe il nous prépare ! » Avant même que ces thèses aient commencé de circuler, on met en garde le public, non contre leur contenu, décrété anodin, mais contre ce qu’elles pourraient éventuellement cacher.

C’est ce qui s’appelle du délit de sale gueule, proclamé et assumé. Vous affichez dès la « une » votre ironie à l’égard de cet homme, de son travail, de ses idées. Je n’ai jamais vu dans les médias formellement non militants cette forme de malveillance systématique. Vous accordez la même place à cette réflexion stratégique sur l’école qu’à l’ouverture, (quelques pages plus loin) d’une cafétéria à la Médiathèque de Martigny par le service de la Culture. Sauf qu’ici, c’est pour louer, et là pour dénigrer.

Je ne compare même pas cet éreintage au reportage fouillé du Walliser Bote du même jour, comme nous le faisons parfois. Il n’est qu’à lire le bref article du 24 Heures de ce matin, froidement équitable, pour comprendre le degré de suspicion que vous mettez dans tout ce qui touche à Oskar Freysinger. La « méthode paranoïaque-critique » est une invention de Salvador Dalì, mais il ne la destinait pas aux journalistes.

L’école est l’un des enjeux clefs pour une société. Les têtes que nous formons aujourd’hui assureront (ou non) nos retraites demain. Nous voyons quotidiennement et partout les ravages d’une école-laboratoire, d’une école fluctuant au gré des modes qui utilise des générations d’enfants comme cobayes. Dire « non » à cela, rappeler que 2 et 2 font 4, ce n’est pas « enfoncer des portes ouvertes », c’est afficher une volonté explicite d’enrayer la dérive. Faire lire des classiques, apprendre des poèmes, c’est faire participer les enfants à la culture universelle, les monter sur l’épaule d’un géant (comme il fut dit hier), plutôt que de les laisser croupir dans le marécage pédagogiste qui réinvente la roue toutes les années. La catastrophe pédagogique que subit le monde industrialisé est au moins aussi lourde de conséquences que la catastrophe écologique.

Mais tout cela ne vous intéresse pas. Ce qui vous intéresse, ce sont les combines, les échos, les rumeurs, les opinions. Une classe du cycle d’orientation aurait plus fidèlement traduit l’enjeu et l’ambiance — détendue et ouverte — de cette conférence que votre journaliste professionnelle !

Votre hostilité à l’égard du conseiller d’État Freysinger n’a d’égale que la déférence avec laquelle vous traitez les affaires de certains de ses collègues. Que Freysinger ait fait passer au Grand Conseil tous ses projets malgré sa position minoritaire n’est jamais relevé. Qu’il ait réussi à économiser dix millions par an dans son département depuis son arrivée est simplement occulté. Il a fallu que le magazine Bilan s’y mette pour qu’on ait pour la première fois un aperçu circonstancié de sa gestion. Pour le Nouvelliste, ce qu’il fait ne compte pas. La seule chose qui compte, ce sont les (mauvaises) intentions qu’on lui prête et le sillage de médisances qu’il laisse sur son passage.

La haine rend plus bête que la bêtise elle-même et vous avez ostensiblement sacrifié les critères déontologiques du journalisme à votre parti pris, faisant du Nouvelliste un outil de règlement de comptes de plus en plus prévisible. Je n’ai même pas besoin de l’inclure dans ma revue de presse quotidienne, et je ne suis pas le seul. On vous lit pour le sport et les morts. Votre réflexion de fond sur les affaires du monde, vous la pompez dans les journaux français. Vous n’êtes pas un vecteur d’information, ni un remorqueur d’opinion, vous n’êtes qu’une télécabine sans pilote qui ne connaît que la descente.

A ce train-là, vous êtes bien partis pour n’être plus, bientôt, qu’un support publicitaire assorti de poncifs pavloviens. Salive pour le commerce. Salive pour les gentils sportifs et les chanteuses sympa. Salive pour l’humanitaire, le solidaire, l’associatif. Grognements contre les idées qui dépassent. Contre les idées tout court, puisqu’une idée qui ne dépasse plus cesse d’être une idée.

Continue ainsi, Vincent ! Écarte ce message comme l’exagération d’un type orienté. Je m’en fiche ! Je connais l’histoire de ce journal, je lis ses archives. Ce qu’il avait de pire jadis, sa partialité politicienne, n’a été qu’aggravé, bien que sous d’autres drapeaux. Ce qu’il avait de meilleur, la curiosité, le caractère, la franchise et le style, en a été arraché comme de la mauvaise herbe. La table rase intellectuelle entreprise sous ta responsabilité est l’équivalent d’une correction du Rhône qui se réduirait à un robinet. A quoi bon vous lire encore, à quoi bon protester ? Vos excès alliés à vos manquements auront bientôt raison de la crédibilité qui vous reste.

Bon travail !

Slobodan Despot

Sources :

 

 

 

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