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Le blog de Lucien PONS

COMMENT DORMIR ? (par Michel Etievent)

19 Juillet 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #La nation ., #La République, #La sécurité sociale, #Le syndicalisme, #Le socialisme, #l'horreur économique, #Le grand banditisme, #Europe supranationale, #Le capitalisme;

Publié par El Diablo

COMMENT DORMIR ? (par Michel Etievent)

Je suis insomniaque. Je déambule la nuit au lieu de dormir. Mon médecin dit que je rêve trop la journée et que je ferais mieux de rêver le soir comme tout le monde. J’ai cherché les racines de cette insomnie. Elles sont autour de moi, dans mon quotidien de citoyen. Il y a des choses qui m’empêchent de dormir et puis c’est tout.
Je ne peux dormir quand je sais qu’un enfant meurt toutes les 2 secondes de faim dans le monde alors qu’une minorité de la planète nage dans les montagnes de déchets du superflu. Je ne peux dormir quand je sais qu’en Angleterre, à une Manche de chez moi, un malade atteint d’une affection grave se trouve face à un médecin qui dispose des médicaments pour le guérir mais qui ne les lui donnera pas que le patient n’a pas de sécurité sociale. Je ne peux pas dormir quand la même chose se reproduit à une échelle exponentielle en Afrique où d’autres médecins diront à d’autres enfants de retourner dans leur brousse et leur sida parce que le « 1 euro » qu’il gagne par jour pour 14 heures de travail en décharge ne paiera jamais les trithérapies qui le sauveraient.
Je ne peux dormir quand chez moi, en France, une mère a été contrainte de choisir pour son enfant entre des lunettes et des livres parce qu’elle ne peut payer les deux. Dans les deux cas, l’enfant ne lira pas. Je ne peux pas dormir quand une journaliste meurt assassinée, quand le paysan de chez moi recule chaque jour devant les friches, quand un ouvrier de mon village se retrouve sur le pavé à 45 ans, quand l’enfant n’apprend pas à l’école parce que son père ne se lève plus. Je ne peux pas dormir, quand un employé se jette dans le vide parce qu’on le harcèle au travail, quand l’intolérance et le racisme tapent, quand le soleil ne vient jamais au fond des fiches de paie.
Et si tout simplement je ne dormais plus parce que j’ai envie de vivre. Vivre à brûler sa vie. Vivre chaque seconde qui m’est donnée. Pour écouter, partager, lutter. S’étonner encore des rêves de l’autre. Vivre et tenir en flambeau, malgré les blessures d’un monde de folie, cet espoir qui brûle dans la tête de ceux qui partout refusent. Tous ces anonymes et ces traîne la faim qui font avancer le monde. De quelque couleur qu’ils soient. Par un geste simple, une main tendue, un regard donné dans une rue. Humain, digne. Debout, c’est tout.
« Tant que je vivrai, je combattrai ». C’est Hugo qui écrivait cela. Une nuit d’insomnie

Michel ETIEVENT

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