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Le blog de Lucien PONS

Ferme mise au point du Dr Bashar Ja'afari, représentant permanent de la République arabe syrienne aux Nations unies, (ambassadeur syrien à l'ONU), le 24 septembre 2016.

29 Septembre 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #AMERIQUE, #La Russie, #Europe supranationale, #L'OTAN., #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #Terrorisme, #Daesch, #Politique étrangère

Bonjour.

Je vous invite à regarder attentivement la vidéo du Dr Bashar Ja’afari, représentant permanent de la République arabe syrienne aux Nations unies, le samedi 24 septembre 2016.

Quelques vérités qu'il est bon de dire en langage direct afin que le bon peuple puisse entendre un autre son de cloche que celui dispensé ad nauseam par les grands média entièrement au service de la propagande officielle dispensée par le gouvernement étasunien.

Bien entendu nombre de personnes imbibées par cette déferlante médiatique occidentale ne pourront pas s'en dégager facilement. Certaines auront l'intime conviction que ce message est un énième contre-feu des partisans de Poutine et du boucher Bachar El Assad qui massacre son peuple sans état d'âme pour favoriser l'implantation de Daesh en Syrie, (propagande quand tu nous tient !).

A ce stade on ne peut rien faire contre les idiots utiles de l'axe du bien, entièrement contaminés par la doxa de l'Empire anglo-saxon.

Par contre, pour les quelques ceux pour qui l'analyse critique signifie encore quelque chose, pour les cartésiens qui osent encore poser un problème et l'examiner sous ses différents angles (thèse, antithèse, synthèse), pour ces amoureux de la liberté et de la raison, cette mise au point du diplomate syrien est peut-être l'occasion de remettre en cause les affirmations dévoyées de la coalition internationale.

Le pari de la raison et de l'intelligence est toujours porteur. En effet, lorsqu'une personne prend conscience des manipulations dont nous sommes l'objet, elle est vaccinée définitivement contre les mensonges.

Après la vidéo, je joindrai les interventions du Dr Bashar Ja'afari à l’ONU. Séance du mercredi 21 septembre 2016 et séance extraordinaire du dimanche 25 septembre 2016 convoquée par la France, l'Angleterre et les Etats-Unis.

Je joindrai également une analyse de Richard Labévière.

(Le 29 août 2008, Christine Ockrent, directrice de l’information de l’audiovisuel extérieur, épouse du ministre des affaires étrangères Bernard Kouchner, a prononcé le licenciement de Richard Labévière, rédacteur-en-chef à Radio France Internationale (RFI). Pour plus d’informations : Pour plus d’informations : Pourquoi les époux Kouchner veulent-ils la tête de Richard Labévière ?)

Bien cordialement

Lucien Pons

Ferme mise au point du Dr Bashar Ja'afari, représentant permanent de la République arabe syrienne aux Nations unies, (ambassadeur syrien à l'ONU), le 24 septembre 2016 (sous titre Français).

Syrie : Nous sommes passés
d’une guerre par procuration à une vraie guerre !
Par Bachar al-Jaafari

jeudi 29 septembre 2016, par Comité Valmy

Syrie : Nous sommes passés
d’une guerre par procuration à une vraie guerre !

Ce 21 septembre lors d’une énième session du Conseil de sécurité de l’ONU sur la situation en Syrie, Ban Ki-moon aurait déclaré :

« C’est l’occasion de rétablir la cessation des hostilités, faciliter l’aide humanitaire à Alep et dans tout le pays, maintenir au sol la force aérienne syrienne et voir une action militaire conjointe contre les groupes terroristes tels que Daech et Al Nosra… cela permettrait d’ouvrir la voie vers des négociations politiques » [*].


Maintenir au sol la force aérienne syrienne ! Pour quoi faire, sinon légitimer les mensonges, la cruauté et la rapacité de ses donneurs d’ordre ?

Pour mémoire, voici la réponse du Docteur Bachar al-Jaafari, délégué permanent de la Syrie auprès des Nations Unies [NdT].


Mesdames et Messieurs,

Nous sommes réunis dans cette salle alors qu’au dehors nombre de manifestants sur la 47ème rue exigent que certains membres de ce Conseil ne touchent plus à la Syrie [Hands off Syria !], cessent leurs frappes et arrêtent de soutenir les organisations terroristes ; de telles manifestations ayant lieu dans plusieurs villes américaines, en Californie et ailleurs.

 

Monsieur le Président,

Cette importante séance du Conseil de sécurité sur la situation en mon pays se tient à un moment extrêmement sensible où nous constatons de dangereux déséquilibres contredisant les signaux indicateurs d’un dénouement positif la semaine passée.

Ceci, à cause des dérobades des États-Unis à l’accord conclu avec la Fédération de Russie, le 9 septembre dernier, et de leur absence de volonté d’obliger les organisations terroristes soutenues par ladite « Coalition internationale » à le respecter, en notant au passage que le caractère prétendument international de cette coalition ne correspond pas à la réalité des faits, étant donné qu’elle s’est constituée en dehors du cadre de la légalité internationale, sans résolution du Conseil de sécurité et sans consultations préalables de la partie concernée ; en l’occurrence, le Gouvernement de la République arabe syrienne.

Ce qui nous rappelle d’autres « coalitions destructrices », évoquées par certains intervenants que nous remercions, lesquelles coalitions n’ont engendré que des catastrophes sur des États, comme l’Irak, la Libye et le Yémen.

 

Mesdames et Messieurs,

Il y a deux ans, quand l’Administration américaine a programmé son ingérence militaire aérienne unilatérale sur mon pays, les responsables américains sont venus nous trouver pour nous signifier l’engagement de Washington à ne pas cibler l’Armée syrienne et les infrastructures vitales du pays, assurant qu’ils ne s’en prendraient qu’aux terroristes de Daech. Ce sont là des paroles qui m’ont été confiées par la déléguée permanente des USA auprès des Nations Unies, au nom de son gouvernement, et que j’ai transmises à mon gouvernement.

Mais voilà que deux ans plus tard, les responsables américains oublient les engagements et les promesses faites au nom de leur pays, et que l’aviation américaine frappe les bases de l’Armée syrienne ainsi que les infrastructures du pays, après avoir déployé ses soldats sur le territoire syrien.

L’agression militaire américaine à l’est de notre pays, l’agression turque au nord et l’agression israélienne au sud signifient clairement que nous sommes passés de l’étape d’une guerre par procuration à celle d’une vraie guerre.

Mon pays avait accueilli favorablement les déclarations russo-américaines du 9 septembre, lesquelles soutenaient explicitement que les deux parties avaient réussi à trouver un accord concernant la lutte contre Daech et le Front al-Nosra, quel que soit le nom qu’ils se donnent ; un accord conclu à la connaissance et avec le consentement du gouvernement syrien.

Il n’empêche que la Communauté internationale, représentée par ce Conseil, est restée de marbre sans exprimer, ne serait-ce que par un bref communiqué, le moindre blâme ou inquiétude devant l’immense choc provoqué par l’agression barbare et injustifiée de l’aviation militaire des USA, de la Grande Bretagne, de l’Australie et du Danemark sur des positions de l’Armée syrienne, laquelle se battait contre l’organisation terroriste Daech sur le mont de Tharda autour de l’aéroport de Deir ez-zor.

Aucune condamnation et pas le moindre blâme face à cette agression caractérisée contre des unités de l’Armée syrienne, pourtant connues pour défendre depuis deux ans des dizaines de milliers de civils assiégés par Daech à l’intérieur de cette ville, avec pour résultat la mort de dizaines de soldats et d’officiers syriens : 82 martyrs et plus d’une centaine de blessés.

Une agression qui a duré cinquante minutes… cinquante minutes de frappes, précédées par le survol de drones ayant analysé la zone pendant deux jours.

Une agression qui a ouvert la route aux terroristes de Daech pour occuper ces positions militaires volontairement ciblées, avant que l’Armée syrienne ne réussisse à les reprendre.

Pire encore, ces soldats et officiers de notre Armée ont dû subir un deuxième tour de frappes aériennes par drones de combats, alors qu’ils se retiraient de leurs positions sur le mont de Tharda.

Avant cette agression délibérée, le gouvernement de mon pays accordait une grande importance à la séparation entre les diverses organisations armées conformément au contenu de la Déclaration de Vienne 2, du 14 novembre 2015, quant à la définition de qui était terroriste et qui ne l’était pas, qui était opposant et qui ne l’était pas. Désormais, il faut croire que dix mois n’ont pas suffi à l’identification des indices de cette embarrassante énigme, d’autant plus que certains semblent avoir été frappés d’un Alzheimer précoce.

Dans ce même contexte, Damas attendait que Washington respecte ses engagements consistant à mettre un terme aux agissements des régimes de certains États impliqués dans le soutien du terrorisme politiquement, médiatiquement, logistiquement, financièrement et idéologiquement. Nous attendions aussi que cesse l’afflux des terroristes et des armes à travers les frontières de pays voisins et que cesse l’utilisation du terrorisme comme arme de chantage politique.

 

Monsieur le Président,

Les avions de reconnaissance et les satellites espions américains, ainsi que tous les Services du renseignement de ladite Coalition internationale, n’ont pas réussi à distinguer entre Daech et ceux qui combattent Daech. Ce qui n’est pas étonnant puisqu’ils auraient échoué, depuis de longues années, à repérer les milliers de terroristes étrangers exportés en Syrie et en Irak à partir de différents pays ; sujet évoqué par le Premier ministre espagnol que nous remercions.

Ils ont échoué à repérer des éléments terroristes étrangers infiltrés en Syrie à travers notre frontière avec la Turquie et d’autres pays voisins, comme ils ont échoué à repérer les convois de véhicules armés et les milliers de terroristes de l’organisation Daech, partis de leurs bases irakiennes pour un long périple de deux cents kilomètres, en plein désert syrien, en direction de Palmyre.

Comme ils ont échoué à repérer les milliers de camions acheminant le pétrole syrien volé, vers la Turquie, avant de le vendre à Israël pour financer les opérations terroristes de Daech.

Comme ils ont échoué à mettre fin au financement et à l’armement des organisations terroristes, bien qu’ils connaissent la source du moindre dollar encaissé par Daech, le Front al-Nosra et autres organisations qui leur sont étroitement liées.

En revanche, leur grand succès a consisté en la fabrication d’accusations mensongères, d’événements falsifiés, de rapports politisés et de films frelatés dans le but de diaboliser le gouvernement syrien et ses alliés.

Le plus étonnant est d’entendre le ministre américain des Affaires étrangères se fonder sur le témoignage d’un « témoin oculaire » qui aurait remarqué la présence d’engins volants au dessus du convoi d’aide humanitaire détruit hier, [le 20 septembre], par des frappes aériennes. Cet unique témoignage d’un témoin issu de ladite opposition syrienne, génétiquement modifiée en opposition armée « modérée », a suffi à Monsieur Kerry pour étayer ses accusations impliquant la Syrie et la Russie !

D’où la question : est-il possible qu’une seule personne ait pu remarquer la présence d’avions de combat dans le ciel d’une région peuplée par des centaines de milliers de personnes, devenues toutes aveugles à ce moment précis ?

D’ailleurs, ce problème des « témoins oculaires » suscite désormais beaucoup d’ironie, notamment si l’on se souvient que le gouvernement syrien a été accusé d’avoir utilisé des armes chimiques sur la foi d’un témoin oculaire, toujours issu de ladite opposition modérée génétiquement modifiée, lequel a déclaré avoir aperçu un hélicoptère lancer quelque chose qui s’est transformé en fumée orange. Là aussi, un seul de ces témoins a suffi pour en arriver à incriminer le gouvernement syrien, comme si personne ne disposait d’hélicoptères dans la zone concernée, ni l’armée turque, ni l’armée américaine, ni même les terroristes ayant notoirement volé quelques hélicoptères des aéroports syriens.

Pour rafraîchir la mémoire des États membres de ce Conseil je rappellerai quelques incidents qualifiés d’« erreurs » par les responsables américains, qualification qui insulte notre intelligence et suggère qu’apparemment les États-Unis ne tirent pas les leçons de leurs erreurs.

Ainsi, les Forces américaines se sont trompées, plusieurs fois, depuis la formation de ladite « Coalition internationale » ; laquelle a bombardé, par erreur, une école primaire pour enfants sourds et muets à Raqqa ; a balancé, par erreur, des armes, des grenades à main et des missiles tombés entre les mains de Daech à Aïn al-Arab ; a tué, par erreur, des civils syriens près de la ville de Raqqa sous prétexte d’avoir voulu détruire une usine de fabrication d’armes dépendant de Daech.

Et puis, les avions américains et français ont commis une grosse erreur lorsque leur raid s’est soldé par la mort de deux cents civils dans la ville de Manbej, près d’Alep ; Alep, sur laquelle vient de pleurer l’un d’entre eux, ses avions ayant frappé et tué, par erreur, les deux cents civils de Manbej.

 

Monsieur le Président,

Les dernières accusations calomnieuses portées contre le gouvernement de mon pays et de ses alliés, tous engagés dans la guerre contre le terrorisme, pour leur imputer la responsabilité de la destruction du convoi d’aide humanitaire près d’Alep, sont arrivées dans le sillage d’une guerre médiatique sans précédent et d’une sale politique, menées par des parties bien identifiées, lesquelles continuent à exploiter les souffrances du peuple syrien dans le seul but de nourrir une propagande médiocre et un chantage politique odieux censés concrétiser leurs propres calendriers. Faisant fi du prix exorbitant payé par le peuple syrien, elles sont déterminées à prolonger la crise et à torpiller tout espoir d’une solution qui serait incompatible avec leurs agendas politiques.

Dès l’annonce de l’accord russo-américain et avant même sa mise en exécution, mon pays a prévenu et continue à mettre en garde contre les velléités de certaines forces régionales cherchant à torpiller cet accord.

À cet effet, il a alerté le Conseil de sécurité pour qu’il prête son attention aux agressions israéliennes caractérisées sur le territoire syrien tout au long des semaines passées, avec une fréquence dangereusement accrue depuis que l’accord russo-américain a révélé que les deux parties s’était entendues pour mener la guerre contre le Front al-Nosra au même titre que d’autres organisations terroristes, dont le Liwa’ chouhada’ al-Yarmouk.

Des agressions couvertes par le terrible silence du Département des Opérations de Maintien de la Paix [DOMP ou DPKO], en dépit d’une dizaine de lettres que nous avons adressées à son Secrétaire général et à vous-même, concernant le soutien d’Israël aux terroristes du Front al-Nosra sur la ligne de séparation au Golan et les soins prodigués aux blessés de cette organisation dans les hôpitaux israéliens.

 

Par ailleurs, j’attire l’attention du Conseil de sécurité sur les opérations guerrières illégales menées par les forces aériennes et terrestres de la Turquie en territoire syrien, sous prétexte de frapper Daech et sans coordination avec le gouvernement syrien ou la direction des opérations russe ; ce qui constitue en soi un « crime d’agression » selon la Charte des Nations Unies, le Droit international et les principes du Conseil de sécurité.

 

Monsieur le Président,

Mon pays est disposé à poursuivre le dialogue entre Syriens, sans conditions préalables, conformément aux résolutions, accords et principes fixés dès le départ en faveur d’une solution politique décidée par les seuls Syriens et sans ingérence étrangère. Je souligne en rouge un million de fois « par les seuls Syriens et sans ingérence étrangère ».

Une solution qui fera qu’ils décideront de leurs choix et de leur avenir sous direction syrienne, avec la volonté de préserver la souveraineté, l’unité et l’intégrité de la Syrie. Nous ne permettrons jamais que notre pays soit transformé en une autre Libye ou un autre Irak. Jamais !

À ce sujet, nous affirmons que tout processus politique en Syrie nécessite l’entière coopération et l’entière coordination avec le gouvernement syrien, en sa qualité de partenaire fondamental à tout point de vue et dans tous les dossiers en rapport avec ce processus.

Car, aucun comité, aucune réunion, aucun congrès prétendant aboutir à une solution de ladite crise syrienne ne peuvent réussir tant que certaines parties prenantes travaillent, volontairement ou involontairement, à soustraire le gouvernement syrien, à semer le doute sur sa réelle coopération avec les Nations Unies, à dénigrer le succès des ses efforts de réconciliations nationales fondées sur l’engagement volontaire des individus armés à abandonner leurs armes avant règlement de leur situation par une amnistie et, sinon, sur l’acheminement des récalcitrants vers d’autres zones pour assurer le retour à une vie normale dans les régions qu’ils quittent, et permettre aux institutions étatiques de réparer et de reconstruire dans le cadre de leurs missions respectives.

 

Monsieur le Président,

Je terminerai par une question. Est-il concevable que des centaines de groupes armés avec des dizaines de milliers de terroristes soient capables de mener, pendant plus de cinq ans, un tel terrorisme contre le gouvernement, le peuple, l’Armée et les infrastructures de mon pays, sans soutien de l’étranger ?

N’est-il pas venu le temps que certains admettent cette vérité au lieu d’égarer le monde en soutenant que ce qui se passe en Syrie est une guerre civile ?

 

Merci, Monsieur le Président

 

Dr Bachar al-Jaafari
Délégué permanent de la Syrie auprès des Nations Unies
21/09/2016

Source : You Tube / Al-Fadaiya TV [Syrie]
https://www.youtube.com/watch ?v=ASxdzUu2yQ8

Transcription et traduction de l’arabe par Mouna Alno-Nakhal

[*] Syrie : Ban Ki-moon met le Conseil de sécurité face à ses responsabilités
http://www.un.org/apps/newsFr/storyF.asp ?NewsID=38103#.V-bIScnw_3g

Si vous avez une seule capitale,
mon pays en a deux : Damas et Alep !
Par Bachar al-Jaafari

mercredi 28 septembre 2016, par Comité Valmy

Si vous avez une seule capitale,
mon pays en a deux : Damas et Alep !

 

Le Conseil de sécurité s’est réuni ce dimanche, 25 septembre, à la demande des États-Unis, de la Grande-Bretagne et de la France. Inutile de relayer les discours des représentants de ces trois pays, les médias aux ordres des meneurs de la prétendue Coalition internationale de lutte contre le terrorisme se sont, très lourdement, chargés de la besogne.

Les trois délégations des diplomates américains, anglais et français, sont donc venus solidaires, ont parlé d’une même voix, puis se sont précipités pour quitter la salle dès l’intervention du représentant permanent de la Syrie auprès des Nations Unies.

Par conséquent, ils n’ont pas écouté ce que le Dr Bachar al-Jaafari avait à leur dire, à moins qu’ils n’aient jugé en avoir suffisamment entendu lors de la session précédente [*], réunie dans la même urgence quatre jours auparavant, le 21 septembre.

Après avoir retrouvé la vidéo, introuvable sur les sites officiels, et avoir éliminé ce qu’ils auraient pu considérer comme des redites, le Dr Bachar al-jaafari avait au moins une information excessivement importante à leur offrir et dont il faudra nous souvenir, au cas où… [NdT].

Monsieur le Président

L’un des collègues parmi les représentants des trois États ayant appelé à la tenue de cette session, le délégué permanent de la Grande Bretagne auprès de l’ONU, a parlé de mon pays, disant : « La Syrie est brisée et sur le point de mourir ». J’aimerais le rassurer, mon pays n’est pas brisé et ne rompra pas. Ce sont là des paroles qui évoquent Satan rêvant de posséder le paradis, rien que des rêves, et c’est un discours sans commune mesure avec le poids d’un État membre permanent du Conseil de sécurité.

Quant aux trois délégués réunis, ils sont apparus comme s’ils avaient redécouvert la roue, pointant du doigt le gouvernement syrien qui tenterait de reprendre Alep !

Imaginez cette formidable découverte par ces trois membres permanents du Conseil de sécurité, comme si Alep était une ville de Djibouti, d’Afghanistan ou du Brésil. Je les rassurerai aussi. Le gouvernement syrien reprendra Alep, car si les États membres de cette organisation internationale ont une seule capitale, mon pays en a deux : Damas et Alep.

 

Monsieur le Président,

Si Shakespeare et les pionniers du théâtre de l’absurde, Jean Genet, Adamov, Kafka, Kierkegaard, Georges Schehadé, revenaient à la vie, ils nous offriraient des œuvres d’une absurdité encore plus merveilleuse qu’à l’époque, car contrairement au Roi Lear, ils n’ont pas eu à entendre autant de mensonges et d’hypocrisies. C’est dire qu’aujourd’hui le meurtrier a rejoint le cortège funèbre de sa victime et a versé ses larmes de crocodile.

Les trois États ayant demandé la tenue de cette session d’aujourd’hui, ont fait échouer, par treize fois, l’adoption d’une décision présidentielle condamnant les attentats terroristes par voitures et ceintures piégées, ou les frappes « par erreur » de leurs forces aériennes ayant tué des civils et des militaires syriens. Treize fois ! Et naturellement, ils ont empêché les tentatives de nos amis pour l’adoption, par ce Conseil, de résolutions condamnant le terrorisme qui sévit en Syrie.

Mais lorsqu’un terroriste français du nom de Mohamed Merah s’en prend à Toulouse, les Forces d’élite françaises le tuent de 300 balles…300 balles… et ils ont bien fait. Mais nul n’a entendu d’autres pays, ou nous-mêmes, qualifier ce terroriste français d’« opposant armé modéré ». Tel est aussi notre comportement à l’égard des terroristes actifs aux États-Unis et ailleurs.

Même si l’Espagne renonçait au Pays basque, la France à la Corse, la Grande Bretagne à l’Écosse, les États-Unis à la Californie ou au Texas, le Gouvernement syrien ne renoncera jamais à un seul pouce de notre territoire conformément à la Constitution et aux règles du droit international.

 

Monsieur le Président,

Nous voici de nouveau réunis au sein de ce Conseil à la demande de nombre d’États membres, lesquels tentent de secourir les organisations terroristes armées qu’ils qualifient faussement de « modérées ». Ceci, comme à chaque fois que les signaux indiquent leur déroute sous la pression ininterrompue de l’Armée syrienne et de ses alliés. Ils font semblant d’avoir oublié l’enfant palestinien, Abdallah Issa, égorgé sous vos yeux, par le Mouvement Nour el-Dine al-Zinki, lequel contrôlait avec le Front al-Nosra le camp des réfugiés palestiniens de Handarat à Alep.

Par conséquent, nous pensons que la convocation de cette réunion par ces trois États, membres permanents du Conseil de sécurité, est un message adressé au Front al-Nosra, et autres organisations terroristes apparentées, leur signifiant que leur soutien et leur couverture politique ne sont pas interrompus et ne cesseront pas, et que le terrorisme utilisé comme arme de pression politique sur le gouvernement syrien est toujours en vigueur.

Partant de la responsabilité qui incombe au gouvernement syrien de par la Constitution, tout autant qu’à vos gouvernements, de protéger les citoyens contre les agissements des groupes terroristes, dont nos citoyens à Alep ont tant enduré, une opération militaire a été lancée il y a deux jours par l’Armée syrienne et ses alliés ; autrement dit, à la fin de la prétendue « cessation des hostilités », sept jours après l’échec de ladite trêve [le 12 septembre suite à l’accord russo-américain du 9 septembre ; NdT].

Et, l’Armée syrienne soucieuse de protéger les civils les a invités à s’éloigner des zones de regroupement des terroristes armés dans les quartiers est de la ville, facilitant leur sortie après leur avoir assuré le logement et les nécessités d’une vie digne ; facilités offertes à tous, y compris aux « dupés » qui ont dirigé leurs armes contre l’État. En revanche, les groupes terroristes armés ont continué à empêcher la sortie des civils d’Alep est, dans le but d’en faire des boucliers humains.

Ceci, en sachant que deux millions de citoyens vivent encore à Alep, dont 1 725 000 dans les quartiers contrôlés par l’État et 275 000 restés contraints et forcés à Alep est, contrôlée par le Front al-Nosra et ses alliés.

Mon gouvernement condamne l’usage des armes interdites en vertu du droit international, et affirme que l’ensemble des opérations miliaires menées par l’Armée syrienne et ses alliés respecte la Charte des Nations Unies et reste conforme aux résolutions du Conseil de sécurité concernant la lutte contre le terrorisme.

Dans le même ordre d’idées, mon gouvernement dénonce les accusations mensongères, portées par certains membres de ce Conseil et des hauts fonctionnaires du Secrétariat général, contre l’Armée syrienne et ses alliés quant à leur prétendu usage d’armes internationalement interdites ou d’attaques délibérés contre des civils.

Ce genre de faux témoignages de la part de hauts fonctionnaires du Secrétariat général ramènera cette organisation internationale au triste sort de la Société des Nations. Une telle conduite irresponsable conduira à son échec et à sa faillite.

Il est vraiment étonnant que le Secrétaire général et sa hiérarchie d’assistants s’acharnent à formuler ces fausses accusations fondées sur de faux témoignages, pendant qu’ils continuent à faire mine d’ignorer des faits véridiques concernant l’utilisation, des dizaines de fois, d’armes chimiques contre les civils et les militaires par les groupes armés terroristes, notamment Daech qui a fait main basse sur une usine de fabrication de chlore située à quarante kilomètres d’Alep.

Je viens de recevoir à l’instant des informations excessivement inquiétantes. Elles se résument à dire que les terroristes de la mouvance « Ahrar al-Cham » ont l’intention de mener des attaques au phosphore jaune, pour ensuite accuser l’État syrien de l’avoir utilisé contre les civils. Ils porteront la tenue régulière de l’Armée syrienne et diffuseront photos et vidéos, exactement comme ils ont procédé pour l’enfant « Oumrane » et d’autres victimes de leur terrorisme, afin de nourrir la propagande et vous faire chanter, vous et l’opinion publique internationale. L’essentiel est que ces produits chimiques sont entreposés dans six barils, cachés à une profondeur de douze mètres sous un enfouissement d’ordures au nord de la ville de Sarakeb, elle-même située au nord d’Alep et à vingt kilomètres de Idleb. De plus, le 6 septembre dernier, deux spécialistes américaines ont visité les lieux avant de se rendre en Turquie.

Ce rapport est à la disposition du Conseil de sécurité comme les dizaines de lettres concernant l’utilisation d’armes chimiques par les groupes terroristes en mon pays, que nous vous avons transmises.

 

[…]

Monsieur le Président,

Tous doivent réaliser que la véritable guerre contre le terrorisme n’a pas encore commencé et que la victoire de la Syrie et de ses alliés est devant nous. C’est inévitable. Cette victoire versera dans l’intérêt des résolutions adoptées par ce Conseil pour la lutte contre le terrorisme et la paix du monde.

Je voudrais terminer en vous signalant qu’aujourd’hui, les Forces aériennes syriennes ont parachuté des aides aux habitants de la ville de Deir ez-Zor, laquelle est désormais la victime de Daech, depuis que les Forces aériennes américaines ont frappé les positions de l’Armée syrienne protégeant cette ville.

Quant aux terroristes invités aux réunions de Genève, lesquels ont été écartés après les réunions précédentes parce que tout le monde s’est rendu compte qu’ils étaient des terroristes, il faut savoir que le gouvernement syrien se rendra à Genève, mais pour un dialogue entre Syriens et non pour un dialogue entre Syriens et terroristes.

C’est pourquoi nous aurions besoin que l’Émissaire spécial de l’ONU réunisse « toutes les oppositions » en une délégation unique, laquelle pourrait alors négocier avec la délégation de la République arabe syrienne. Nous ne sommes pas disposés à négocier avec des terroristes, ni avec les centaines de factions terroristes armées et génétiquement modifiées pour la circonstance.

En tant que gouvernement, nous sommes prêts à dialoguer avec une délégation unique d’opposants patriotes qui veulent une solution entre Syriens, sans aucune ingérence étrangère. Car nous ne considérons absolument pas que tous les opposants et toutes les oppositions sont des terroristes, comme l’a suggéré Monsieur l’Émissaire spécial. Nous voulons dialoguer avec ceux qui ont foi en notre pays et en leur identité syrienne.

J’affirme, encore une fois, que le gouvernement de la République arabe syrienne est toujours disposé à retourner à Genève pour poursuivre le dialogue, mais pas un dialogue avec des aveugles, des sourds ou des muets. Nous voulons poursuivre le dialogue avec des Syriens patriotes, comme nous ; des Syriens qui ne travaillent pas pour des agendas étrangers et qui ne logent pas dans les hôtels cinq étoiles, encaissant leurs salaires de mains étrangères qui les utilisent pour exécuter leurs basses besognes.

 

Merci, Monsieur le Président.

 

Dr Bachar al-Jaafari
Délégué permanent de la Syrie auprès des Nations Unies
25/09/2016

Source : Vidéo / Al-Fadaiya [Syrie]
https://www.facebook.com/seyasi/videos/1140445206031495/

Transcription et traduction par Mouna Alno-Nakhal

[*] Nous sommes passés d’une guerre par procuration à une vraie guerre !
http://www.comite-valmy.org/spip.php ?article7633

ALAIN ET FRANCOIS : CA SUFFIT !
par Richard Labévière

mercredi 28 septembre 2016, par Comité Valmy

ALAIN ET FRANCOIS : CA SUFFIT !

La fondation « interconfessionnelle » The Appeal of Conscience, basée à New York, a annoncé mercredi dernier, que François Hollande était le lauréat de son prix « Homme d’Etat mondial » 2016. Dans un communiqué, cette fondation, jusque-là injustement méconnue, précise que son prix « honore les dirigeants qui soutiennent la paix et la liberté, par la promotion de la tolérance, la dignité humaine et les droits de l’homme, en défendant ces causes dans leur pays et en travaillant avec d’autres dirigeants mondiaux pour bâtir un avenir meilleur pour tous ». François Hollande a reçu ce prix des mains d’Henry Kissinger (ancien secrétaire d’Etat de Richard Nixon), ancien prix Nobel de la paix.

 

Les lauréats précédents sont : David Cameron (2015), le président mexicain Enrique Pena Nieto (2014), le président indonésien Susilo Bambang Yudhoyono (2013) et le premier ministre du Canada Stephen Harper (2012), autant de grands humanistes ! En 2009, Muhtar Kent, le président de Coca-Cola et Bernard Arnault, le président de LVMH, ont reçu « l’appel de 2009 Conscience Award », d’autres humanistes mondiaux !

 

Cette étrange fondation américaine qui se définit comme « un partenariat interconfessionnel de chefs d’entreprise et spirituelles de toutes confessions », a été fondée par Arthur Schneier en 1965. D’origine autrichienne, Arthur Schneier a été le rabbin principal de New York City (Parc East Synagogue) pendant plus de cinquante ans. En 2001, il est le premier rabbin à avoir reçu la Presidential Citizen Medal des mains du président William Clinton. Pour recevoir sa haute distinction, François Hollande s’était fait accompagner de deux autres grandes consciences mondiales : Bernard-Henri Lévy et Jack Lang… Si cette nouvelle marque de reconnaissance internationale n’a modifié en rien le taux record d’impopularité nationale du président français, elle a certainement conforté ses certitudes avant qu’il ne s’adresse à la 71ème assemblée générale des Nations unies, le 20 septembre.

 

Après les considérations générales d’usage et un appel à mettre en œuvre les dispositions de l’accord de Paris sur le réchauffement climatique, François Hollande a consacré l’essentiel de son propos à la guerre civilo-régionale syrienne : « le dernier appel que je veux lancer ici, et peut-être le plus pathétique, concerne la Syrie. Cette tragédie syrienne sera devant l’Histoire une honte pour la communauté internationale si nous n’y mettons pas fin rapidement. Alep est une ville aujourd’hui martyre qui restera dans la mémoire des Nations comme une ville martyre. Des milliers d’enfants sont écrasés sous les bombes. Des populations entières sont affamées. Des convois humanitaires sont attaqués. Des armes chimiques sont utilisées. Eh bien, je n’ai qu’un seul mot à dire : ça suffit. Comme en février dernier, le cessez-le-feu n’aura tenu que quelques jours. Il aura volé en éclats dès le lendemain de son annonce, sans que l’on n’en connaisse d’ailleurs le contenu. Le régime est responsable de son échec et il ne peut pas s’exonérer des erreurs qui auraient pu être commises par d’autres. Et je dis à ses soutiens étrangers que chacun connait ici, qu’ils doivent forcer la paix, sinon ils porteront avec le régime la responsabilité de la partition et du chaos en Syrie ». Bornons-nous à cinq remarques.

 

1) La honte : c’est le mot juste ! Mais François Hollande peut en revendiquer toute sa part et se rappeler qu’en septembre 2013, il avait pré-positionné des moyens maritimes et aériens pour, justement, bombarder la Syrie. Heureusement, le parlement britannique et le secrétaire d’Etat américain John Kerry ont stoppé cette folie. La honte, effectivement, c’est d’avoir menti aux Français en affirmant inlassablement que Bachar al-Assad était le seul responsable des 300 000 victimes d’une guerre civilo-régionale et internationale qu’il aurait inventée lui-même pour conserver le pouvoir. La honte, c’est d’avoir pris parti unilatéralement pour la rébellion syrienne et armé ses factions salafo-jihadistes dont plusieurs terroristes s’inspireront pour commettre des attentats en France. La honte, c’est de s’être rangé dans le sillage de la diplomatie mortifère de l’Arabie saoudite (démocratie exemplaire), espérant – en retour – de mirifiques contrats évanescents comme les mirages du capitaine Haddock perdu dans le désert… La honte, c’est d’avoir délaissé notre connaissance historique du Levant et rompu avec quarante ans de diplomatie gaullienne au Proche-Orient, abandonnant notre position historique de médiation pour devenir partie liée au conflit aux côtés de Washington, de Tel-Aviv et des ploutocratries pétrolières du Golfe.

 

2) Les enfants : triste réalité ! Toute guerre et à fortiori une guerre civile tue des civils, des femmes et des enfants. Que penser des factions salafo-jihadistes d’Alep – les « glorieux résistants » de la presse occidentale – qui utilisent femmes et enfants comme boucliers humains ? Même si les journalistes du Monde et d’autres crétins de la presse parisienne continuent à parler du « siège » d’Alep et de son « encerclement » par les troupes du « régime de Bachar al-Assad », en quoi est-il illégitime qu’une armée nationale cherchent à reconquérir la totalité de son territoire national ? Quant aux armes chimiques, plusieurs rapports des Nations unies concluent qu’elles ont davantage été utilisées par la rébellion que par l’armée gouvernementale ! Le dernier a été rédigé par des fonctionnaires qui n’ont pas quitté New York et à partir des seuls témoignages de la glorieuse rébellion… Il est assez curieux que ce dossier ressurgisse chaque fois que l’armée syrienne enregistre de nouvelles avancées dans son entreprise de reconquête. Dans le même temps, la soldatesque saoudienne utilise quotidiennement nombre d’armes prohibées par les Conventions de Genève pour détruire le Yémen et ses populations civiles, mais cette autre honte meurtrière n’intéresse visiblement ni François Hollande, ni ses alliés de la Coalition pour la paix en Syrie !

 

3) Les violations du cessez-le-feu : celui-ci a pris un sacré coup avec le bombardement australo-américain de l’aéroport de Deir ez-Zor (sur les rives de l’Euphrate à l’est du pays), le 17 septembre dernier quelques heures seulement après l’instauration du cessez-le-feu. Ce qui a été reconnu par le Pentagone comme une « bavure » a tué quelque 90 soldats syriens… Pourtant, l’ensemble des états-majors occidentaux supervisant l’engagement de leur aviation en Syrie savaient parfaitement que cet aéroport stratégique était bien aux mains de l’armée syrienne. Par ailleurs, quoi de plus normal que les alliés de Damas (russes, iraniens et Hezbollah libanais) continuent à lutter contre Dae’ch et les autres groupes salafo-jihadistes qui occupent la Syrie ? Il faudra qu’un jour les historiens nous expliquent les véritables buts de guerre de la Coalition internationale qui continue à vouloir renverser « le régime de Bachar al-Assad ». Enfin, lorsque François Hollande s’étonne de ne pas connaître le contenu de l’accord de cessez-le-feu, il devrait surtout s’interroger sur ce manque inquiétant qui résulte de la marginalisation de la diplomatie française dans cette guerre comme dans la plupart des dossiers proche-orientaux pour lesquels la voix de la France ne compte plus !

 

4) Le régime syrien responsable : depuis l’été 2011, les Frères musulmans syriens et jordaniens ont encouragé la lutte armée en Syrie. Les bobos de l’opposition syrienne sur Seine, grassement subventionnés par le Qatar, ont popularisé ce soulèvement que l’historien auto-proclamé Jean-Pierre Filiu s’obstine à comparer à la résistance des Brigades internationales contre l’armée de Franco… Dès l’hiver 2011/2012, le conflit s’est généralisé et régionalisé avec un lourd engagement financier et logistique de l’Arabie saoudite se mettant à recruter des mercenaires dans le Caucase et le reste de l’Asie centrale, en Afrique sub-saharienne, au Maghreb, en Europe et tout particulièrement en France. Quelque 300 jihadistes français sont actuellement rentrés de Syrie, mais les services spéciaux de la République, qui n’ont toujours pas le droit de parler à leurs homologues syriens, sont sur les dents. Les propagandistes du romantisme des Brigades internationales ont leur part de responsabilité dans cette menace qui résulte de la « doctrine hollandaise » du « ni-ni ». Ni Dae’ch, ni Bachar ! Comme le répète Renaud Girard dans Le Figaro depuis quatre ans, si les terroristes salafo-jihadistes engagés en Syrie commettent aussi des attentats en Europe et en France, en quoi Bachar al-Assad, son armée et ses alliés menacent-ils la France éternelle, sa population et ses intérêts ?

 

5) Les soutiens étrangers que chacun connaît : russes, iraniens et Hezbollah s’entend ! D’après François Hollande, eux-seuls porteront avec « le régime » la responsabilité historique de la tragédie syrienne… Mais, enfin de quoi parle-t-on ? Abandonnant sa position gaullienne de troisième voie et de médiation, la France de Nicolas Sarkozy et de François Hollande a résolument choisi de se placer dans le sillage de la diplomatie américaine. Avec ses alliés de l’OTAN, de Tel-Aviv et des pays du Golfe, celle-ci continue à vouloir démanteler les Etats-nationaux de la région – comme cela a été fait en Irak et en Libye – afin de « fédéraliser », sinon de « re-tribaliser » les populations arabes des Proche et Moyen-Orient pour y imposer la mondialisation heureuse aux couleurs du libre-marché et des droits de l’homme. Face à cet improbable nouveau Yalta, les Russes, les Chinois, les Iraniens, le Hezbollah libanais et d’autres organisations palestiniennes continuent à défendre l’existence d’Etats-nations souverains et indépendants. Voilà tout l’enjeu de la tragédie syrienne !

 

Alors oui François, ça suffit ! Que la France d’aujourd’hui estime que ses intérêts stratégiques et économiques nécessitent cet alignement est une chose. Que notre pays le fasse au nom d’une realpolitik qui n’ose pas dire son nom ni dévoiler sa substance, qui devraient être au moins débattu par la représentation nationale, en est une autre. Et qu’on cesse d’habiller cette imposture des oripeaux de la bonne conscience, de vraies ou fausses hontes et des droits de l’homme et autres devoirs d’ingérence au nom desquels les pays occidentaux ont multiplié – depuis la fin de la Guerre froide – les « guerres humanitaires », les assassinats plus ou moins ciblés de drones et forces spéciales pour la sauvegarde de leurs ressources énergétiques et d’autres intérêts tout aussi sonnants et trébuchants.

 

Oui, ça suffit ! Qu’on arrête de se prosterner devant des régimes qui financent la radicalisation de l’Islam et le terrorisme depuis plus de trente ans, qu’on cesse de faire des déclarations de « guerre à la terreur » alors que ces mêmes régimes – dont les dictateurs reçoivent nos Légions d’honneur – arment les jihadistes qui tuent nos soldats au Mali, au Niger et ailleurs… Oui, franchement François, ça suffit !

 

A votre décharge, Monsieur le Président de la République, rappelons que la tâche originelle de cette diplomatie de Diafoirus incombe aussi à l’un des principaux candidats de la primaire des Républicains. En effet, comment ne pas se souvenir que c’est au colporteur de « l’identité heureuse » que l’on doit la fermeture de l’ambassade de France à Damas en mars 2012. Et il n’est pas besoin de sortir de l’ENA, ni d’être un grand diplomate pour comprendre aussitôt que cette décision fut la première des fautes. C’est justement lorsque la relation bilatérale se détériore – avec n’importe quel pays que ce soit -, qu’il convient absolument de garder le contact, par voie diplomatique, sinon par le biais de nos services spéciaux dont c’est le métier et qui, en la matière, ne sont pas les plus mauvais… Mais quelle mouche a bien pu piquer Alain Juppé pour qu’il décide ainsi de fermer notre ambassade à Damas, nous privant ainsi d’informations de première main pour, cette fois-ci, lutter efficacement contre le terrorisme ?

 

La honte originelle, sinon fondatrice de l’ensemble des crises des Proche et Moyen-Orient, celle qui entache la conscience de trois générations, c’est l’occupation et la colonisation de la Palestine par Israël dont l’armée réprime quotidiennement la population depuis 68 ans ! Et ce n’est pas en annonçant la tenue d’une improbable conférence, ni avec la pantalonnade de juillet dernier à Paris que François Hollande effacera son parti pris inconditionnel en faveur de Tel-Aviv. L’histoire retiendra les communiqués de l’Elysée, qui après chaque bombardement de Gaza, se préoccupaient essentiellement de la sécurité d’Israël sans même mentionner les victimes civiles palestiniennes…

 

En définitive, ce dernier discours devant l’Assemblée générale de l’ONU a valeur de testament en matière de politique. Confirmant l’alignement de la diplomatie française sur celle de Washington, il s’inscrit dans la filiation de l’incompétence des dirigeants de la IVème République, à commencer par de celle Guy Mollet dont François Hollande semble l’héritier. Non content d’avoir hypothéqué le retour au pouvoir d’une « gauche de gouvernement » pour les trente prochaines années, la politique étrangère de François Hollande ravive les tragédies et les injures des guerres d’Indochine et d’Algérie. Dien Bien Phu diplomatique, son bilan est un désastre pour la France. « Dire la vérité n’est jamais facile. Encore moins celle-là où l’on remue à lourdes pelletées la honte et la sottise… », écrit Jules Roy1. Les historiens devront nous dire aussi pourquoi et comment, cet ancien premier secrétaire du Parti socialiste nous a fait replonger dans toutes les incuries et les hontes de la SFIO…

 

Richard Labévière
26 septembre 2016

1 Jules Roy : La Bataille de Dien Bien Phu. Editions Julliard, 1963.

Proche&Moyen-Orient.ch
Observatoire Géostratégique 

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