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Le blog de Lucien PONS

Le Centre Sirius ou quand briller ne peut être un but par Karine Bechet Golovko

9 Décembre 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Europe supranationale, #La France, #La mondialisation, #La Russie, #Ecole

vendredi 9 décembre 2016

 

Le Centre Sirius ou quand briller ne peut être un but

 
 
 
Une spirale régressive tend à brouiller les frontières, en Russie, entre Peter Pan et la recherche scientifique. De la glorification d'une armée de "petits génies" à l'infantilisation des doctorants, ce programme artificiel et destructurant est un merveilleux remède pour lutter contre le developpement  systémique de la recherche scientifique et la formation solide des connaissances. 
 

 
 
Il semblerait que les jeunes enfants et adolescents russes soient quasiment tous des genies, ou au minimum surdoués. En tout cas, si l'on en croit ce Fonds "Talents et réussite" qui supervise le Centre Syrius spécialement créé pour les enfants surdoués. Au 1er septembre 2016, ce Fond annonçait compter environ 7000 enfants surdoués. Mais en regardant le site de Syrius, l'on découvre que chaque mois 600 enfants et 100 enseignants sont envoyés à Syrius. Bref, c'est une affaire qui tourne.
 
100 enseignants par mois? Ils n'enseignent plus, donc dans les "écoles normales"? Idem pour 600 enfants chaque mois, déscolarisés? A ce rythme là, il faut moins d'un an pour assècher le stock de surdoués. Donc, les financements aussi... Mais, les enfants continuent à arriver. Et des reportages nous montrent de petits génies en herbes en train de "créer" de nouveaux appareils, manier la technologie et la chimie à merveille. En tout cas, ils tripotent des éprouvettes et font tourner des robots.
 
Ce lieu, Syrius, ne concerne pas seulement les sciences dures, pour lesquelles il ne semble plus nécessaire d'apprendre, puisque l'on doit "créer" une souris d'ordinateur sans connaissances systématisées, mais également le sport, les arts, la littérature, etc. Et il faut dire que certains thèmes des leçons pour surdoués ... font sourire. On trouve par exemple "La nature du rire et les formes du comique dans la littérature", qui néccesite surtout de la culture si l'on veut réellement aller en profondeur et non "jouer à la culture" dans un PMU de luxe. Encore mieux: "Le texte dans l'espace scolaire. Comment ça marche?": ici, l'on se croirait à une table ronde de l'OCDE. Mais en effet, il faut bien préparer cette armée de surdoués, puisqu'ils sont l'avenir du pays, comme tous les enfants.
 
Et la recette plait, puisqu'elle s'appuie sur la confusion entre le fait qu'un enfant qui s'intéresse à un domaine devient "automatiquement" surdoué. Ce qui permet de mettre en avant des armées d'enfants soi-disant plus doués les uns que les autres, et qui aiment jouer à l'adulte, puisqu'ils sont des enfants. Ce qui fait également plaisir aux parents, qui ainsi vivent par procuration la vie qu'ils n'ont pas eu. La question de l'éducation, vitale pour le développement de l'enfant, elle, est reléguée aux callenques grecques, à cette époque dépassée où Aristote estimait que l'on ne devient pas philosophe avant 50 ans. Aujourd'hui, il faut tout, tout de suite et surtout sans efforts. L'on créé alors des parodies. Ces parodies ont touché la science.
 
Sirius une école? Non, ce n'est pas une école. Il n'y a pas de systèmatisation de l'enseignement. C'est un peu comme un hobbie. En d'autres temps, moins prétentieux et moins superficiels, on disait que l'enfant "s'intéressait" à la chimie, à la danse, à la musique, à la lecture et donc pendant son temps libre, il exerçait ces activités. Maintenant, l'époque a besoin de petits génies sans bouillir, sans efforts, des génies naturels. 99% de travail et 1% d'intuition? Non, l'époque a renversé les proportions. 
 
S'il y a à ce point une volonté de financer l'enseignement et la recherche, pourquoi ne pas s'occuper des écoles? Pourquoi ne pas travailler à augmenter le niveau général de l'enseignement dans les écoles pour permettre à chacun de se réaliser? Fournir des ordinateurs et des tableaux électroniques est loin de régler les vrais problèmes de l'école. Des manuels qui n'expliquent strictement rien, des connaissances sorties de leur contexte et non structurées que l'enfant retient de manière aléatoire sans en comprendre le sens. Mais c'est vrai, ça demande beaucoup plus d'efforts et une politique à la Peter Pan ne suffit pas.
 
Surtout si l'on regarde ce qui se passe au niveau de l'Université. Avec la réforme du doctorat de 2015, un doctorant n'est plus considéré comme un chercheur en herbe qui doit faire ses recherches, s'intégrer dans un Centre de recherche, apprendre aussi les us et coutumes de ce milieu. Non, il redevient un étudiant, qui doit avoir des cours, passer un diplôme. Accessoirement, il écrit aussi une thèse, résultat de ses travaux de recherche ... 
 
Il n'apprend pas à "grandir", on le conditionne à stagner, à rester cet éternel étudiant. Ce qui affaiblit aussi les centres de recherche, qui ne peuvent plus créer "d'écoles de pensée" qu'avec une très grande difficulté, contre le système et non grâce au système.
 
Cette incompréhension totale des besoins de la recherche est flagrante au niveau du gouvernement, notamment avec le vice Premier ministre Chuvalov, qui enjoint aux Universités à travailler "autrement", la science ne devant pour lui être que le prologement du business. Il ne s'agit pas de dire que ces domaines doivent être scinder, mais réduire l'Université à la formation de futurs professionnels est le meilleur moyen de tuer la recherche en sciences dures, la recherche théorique, la recherche en littérature ou philosophie, puisque les résultats ne sont pas directement négociables sur le marché, ne sont pas côtés en bourse et rarement permettent d'obtenir un brevet. Pourtant, ils conditionnent le développement de la société. Et si l'Etat n'en a pas conscience, ce n'est pas la société qui le remplacera, le business a d'autres intérêts. A court terme et plus pragmatiques. Qui existent, mais qui n'épuisent pas la question.
 
Bref, tout ce cinéma permet de mettre devant les caméras des petits génies de 10 ans, que l'on destructure en masse en leur donnant pour message que l'effort n'est pas nécessaire puisqu'ils sont surdoués, en masse, et lorsqu'ils arrivent à l'Université ... ils doivent remplir les besoins des entreprises. 
 
Ce n'est pas une génération de chercheurs géniaux qui se met en marche, mais une génération de techniciens aculturés à l'égo surdimensionné. Et ce n'est pas forcément ce qui caractérise l'âge d'or d'une société. Pour autant, les recommandations de l'OCDE seront remplies à merveille.
 
PS: Le grand éclat de Sirius - l'étoile - ne vient pas tant, selon les astronomes, de sa luminosité intrinsèque, que de sa proximité avec le système solaire. Autrement dit, l'angle d'analyse permet de lever les illusions ... 
 

1 commentaire:

 

Mme Olga Vassilieva, nouvelle ministre de l'Enseignement et de la Recherche, ne peut-elle pas intervenir pour faire changer les choses?
Quand vous dîtes : "Pourquoi ne pas travailler à augmenter le niveau général de l'enseignement dans les écoles pour permettre à chacun de se réaliser", je ne peux que vous donner raison surtout après avoir pris connaissance du dernier classement Pisa. La Russie est 32ème en sciences, 26ème en lecture, 23ème en mathématiques. J'ai été stupéfaite, je n'aurais jamais cru que le niveau était si bas, pire que celui de la France. 

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