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Le blog de Lucien PONS

L'OCDE renforce son combat contre l'enseignement en Russie. Par Karine Bechet Golovko.

1 Mars 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Ecole, #La France, #La Russie

mardi 28 février 2017

L'OCDE renforce son combat contre l'enseignement en Russie

 
O. Golodets, vice-Premier ministre
 
 
Les Forums économiques divers et variés sont toujours l'occasion d'annonces de réformes, qui n'ont malheureusement que peu de rapport avec l'économie. O. Golodets, responsable du bloc socio-économique au Gouvernement russe n'a pas fait exception à la règle et au Forum d'investissement de Sotchi se prononce pour une réforme radicale de l'école supprimant les classes rectangulaires, avec le maître et le tableau ... considérées comme un héritage soviétique. Que serait-on sans l'épouvantail soviétique? Il faudrait alors parler de l'OCDE, ce qui serait, certes, plus délicat.
 

 
Olga Golodets, Vice-premier ministre responsable des questions socio-économiques au Gouvernement vient de faire quelques déclarations qui méritent de s'y arrêter:
"Les classes chez nous ne sont pas correctement construites: chez nous, elles sont toutes rectangulaires, parce qu'il y a l'habitude que l'enseignant se tienne devant, avec derrière lui le tableau, et les enfants sont assis en rang, comme nous étudions pendant notre enfance. Mais pour former une approche par projet, pour constituer des travaux en groupe, pour constituer des équipes et atteindre un but, les enfants doivent être assis autrement, le travail doit se faire autrement. (...) Dans ce cas, l'enseignant n'est plus en mentor, mais il aide l'enfant à développer son talent."
Pour O. Golodets, ces faiblesses du système d'enseignement russe sont le résultat de l'époque soviétique. Et comme elle le dit, cette fois très justement, ces propositions ne sont pas anecdotiques. Sur ce dernier point, nous ne pouvons qu'être d'accord. Puisque ici, il n'est pas question d'amélioration de l'enseignement, mais de diminuer la place de l'enseignant, de créer une rupture du rapport d'autorité. Entre l'adulte et l'enfant en général, entre le professeur et l'élève en particulier. Puisque l'enfant sait déjà, il suffit de le guider avec des projets et des travaux en groupes qui doivent se substituer au processus d'apprentissage, jugé trop lourd car relevant d'une culture de l'effort viscéralement rejetée et remplacée par celle du dû et de l'immédiateté. Dans la pure tradition de cette génération des soixante-huitards qui a pris le pouvoir.
 
Il est tout à fait possible pour la Russie, c'est un choix qui est fait dans beaucoup de sociétés post-modernes européennes à l'Ouest, comme la France ou les pays scandinaves. Mais la Russie doit être consciente que ce choix implique un changement global de sa vision de la société, qui concerne tous les éléments clés de cette idéologie néolibérale fondée sur la déracination de l'individu et la discréditation des éléments structurants. Plus concrètement, il faut choisir: gender, LGBT, mariage gay, adoption internationale sans restriction .... ou ... une vision traditionnelle de la société. Jouer sur les deux tableaux est la position la plus instable qui puisse être choisie et c'est un choix perdant à terme, qui va du compromis à la compromission.
 
Deux remarques en ce qui concerne les affirmations de O. Golodets marquant ce rejet, parfois inconscient, de l'époque soviétique très présent chez certains politiques russes aujourd'hui, qui vivent leur origine, manifestement, comme un regret, comme un complexe, comme une tâche de naissance qu'ils ne savent dépasser:
 
  1. La France n'a jamais été un pays soviétique et les classes d'écoles sont disposées de la même manière. 
  2. Le Forum économique de Sotchi est-il également un avorton du soviétisme pour prévoir une salle où les gens sont assis en rang et devant les personnalités assises, elles, en face avec un tableau - certes électronique - derrière leurs dos?
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Dans toutes ces déclarations, il y a une imposture: le silence sur la source, comme si cette idée venait spontanément d'émerger dans la tête de O. Golodets. Car la source est indicible, vue la ligne politique officiellement menée par la Russie, à savoir la maîtrise totale de sa politique intérieure et internationale fondée sur la plénitude de la souveraineté. Comment affirmer simplement: lisez le rapport de l'OCDE Perspectives des politiques de l'éducation 2015 et vous y trouverez toutes les références nécesaires aux tentatives "d'innovation" (et non de destructuration dans la Novlangue actuelle) de l'enseignement dans les pays appartenant à l'OCDE. Au-delà de l'indicible, il y a surtout incompatibilité fondamentale.
 
Pour ceux qui n'auront pas le courage de prendre le risque d'ingurgiter une pitance aussi nocive, voici quelques hors-d'oeuvres tout à fait suffisants pour saisir l'ampleur du désastre. Il s'agit d'une interview donnée par A. Schleider, directeur de l'enseignement de l'OCDE, à l'incontournable journal Le Monde en août 2014. Morceaux choisis. 
 
Sur le rôle des femmes dans les réformes, rôle qui va satisfaire O. Golodets et pourra nous inquiéter:
Dans quelques pays, des réformes majeures, qui ont totalement modifié le visage de l'école, ont été menées par des femmes ministres. Je pense à mon pays, l'Allemagne, où le système a été très largement réformé dans les années 2000. Je pense aussi à l'Italie, où les changements ont été moins consensuels, certes, mais où le système éducatif est bien plus efficace aujourd'hui qu'en 2000.
En ce qui concerne l'essence de l'enseignement: il ne s'agit plus d'acquérir des connaissances, mais un savoir-faire. D'où la remise en cause des méthodes d'enseignement et le culte de "projets" et de "travail en groupe". Puisque le but de l'école est de former une armée de mains-d'oeuvre plus ou moins qualifiée selon les besoins des entreprises, mais surtout pas des être pensants, qui pour leur développement ont besoin de rigueur, d'efforts et de connaissances pures. 
L'enseignement n'est pas pertinent en France. On y est en décalage. Le monde moderne se moque bien de ce que vous savez. Il s'intéresse à ce que vous savez en faire
Sur l'importance idéologique de la formation des enseignants:
On ne changera les mentalités des élèves qu'en changeant celle des professeurs.
Ces réformes sont des réformes idéologiques qui n'ont que peu à voir avec l'intérêt de l'enfant, sa préparation à sa vie adulte, son développement intérieur. Seul un homme armé de connaissances et de rigueur est armé pour la liberté. Mais notre société n'a pas besoin d'hommes libres, elle a besoin d'exécutants. Car ce n'est plus l'ère des bâtisseurs. Ce n'est plus l'ère des penseurs. C'est l'ère des commerçants.  
 
 
 

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