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Le blog de Lucien PONS

La Commission fait monter la pression budgétaire sur la France, moins d’une semaine après l’élection présidentielle Le journal "Ruptures".

14 Mai 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #l'horreur économique, #Le fascisme, #Macron

La Commission fait monter la pression budgétaire sur la France, moins d’une semaine après l’élection présidentielle

Moscovici présentation

A l’occasion de la présentation des prévisions économiques européennes, le Commissaire Pierre Moscovici a salué l’élection du très pro-UE Emmanuel Macron, tout en l’appelant à accélérer les coupes dans les dépenses publiques

C’est peu dire que Bruxelles a accueilli l’élection d’Emmanuel Macron avec soulagement et enthousiasme. Pour autant, l’engagement pro-UE du nouveau maître de l’Elysée ne lui vaudra aucune indulgence particulière de la part de la Commission européenne. Cela va certes de soi, mais on n’est jamais trop prudent, a dû estimer Jean-Claude Juncker, président de l’exécutif européen. Dès le lendemain du scrutin, celui-ci le rappelait sans guère prendre de gants diplomatiques.

Le Commissaire aux Affaires économiques a réitéré le message jeudi 11 mai. Présentant les prévisions conjoncturelles européennes de printemps, Pierre Moscovici – qui fut lui-même locataire de Bercy avant Michel Sapin – a gentiment remis la pression, tout en s’en défendant officiellement.

Il s’est d’abord bien sûr réjoui du verdict des urnes : « personne ne devrait bouder son plaisir », a-t-il affirmé tout sourire, prévoyant que le nouveau chef de l’Etat français « aura à cœur de faire progresser la gouvernance de la zone euro et les politiques économiques européennes ». Il défendra fortement le projet de créer un budget propre de la zone euro et un ministre des Finances commun, s’est réjoui M. Moscovici.

Ces intentions se situent en fait dans la droite ligne de ce que défend traditionnellement Paris – déjà en son temps, Lionel Jospin plaidait pour « un gouvernement de la zone euro » – mais n’enchantent guère Berlin, peu enthousiaste à l’idée que les finances allemandes servent peu ou prou à renflouer les pays « à la traîne », notamment du sud.

Conscient de cela, l’ex-banquier de chez Rothschild a insisté lors de sa campagne sur son intention d’accélérer les coupes budgétaires et les « réformes » en France de manière à se présenter en élève modèle face aux dirigeants allemands, qui seraient ainsi plus enclins à faire des concessions.

Cette démarche a les faveurs de l’ex-dirigeant socialiste Pierre Moscovici, mais celui-ci est conscient des oppositions qu’elle devrait rencontrer : « il reste à voir si les conditions seront entièrement favorables » a noté prudemment ce dernier.

Prévisions puis « recommandations »

Passant aux prévisions proprement dites, le Commissaire a passé en revue les différents pays sur la base du rapport de ses services. Une semaine plus tard (le 18 mai), la Commission présentera ses « recommandations » (contraignantes) pour chacun des Etats membres.

Pour la zone euro, les pronostics de croissance se veulent « optimistes » : le PIB s’accroîtrait de 1,7% en 2017, et 1,8% en 2018 (cette dernière prévision est évidemment très aléatoire). Les taux officiels de chômage devraient légèrement diminuer : 9,4% en 2017, et même 8,9% en 2018. Quant aux déficits publics, ils s’établiraient en moyenne pour les Dix-neuf à 1,4% du PIB en 2017, et à 1,3% en 2018.

Dans ce contexte, la France apparaît toujours aux yeux de Bruxelles comme un cancre. Certes, le déficit fin 2017 devrait s’établir à 3% du PIB, juste à la limite de la norme autorisée. Mais, encore à l’automne dernier, Michel Sapin affirmait mordicus qu’il réussirait à atteindre l’objectif préalablement imposé par Bruxelles, soit 2,7%.

Le locataire de Bercy se félicitait même de pouvoir réaliser « 46 milliards d’économies entre 2015 et 2017 », un montant qui aura cruellement manqué aux budgets de l’Etat, des collectivités locales, et de la protection sociale. Mais il s’agissait d’un engagement pris en février 2016 en échange d’un « délai de grâce » exceptionnel de deux ans accordé à la France pour rentrer dans les clous.

Procédure de déficits excessifs

Or en 2018, prédit d’un œil noir la Commission, le déficit français pourrait remonter à 3,2%, sur la base d’une croissance pronostiquée à 1,7%. Si une telle « dérive » se confirmait, Paris resterait soumis à la procédure de surveillance rapprochée prévue en cas de « déficits publics excessifs ». Aujourd’hui, outre la France, l’Espagne et le Portugal font l’objet de cette procédure infamante.

Certes, le nouveau président s’est engagé à renouer avec une stricte obéissance aux normes budgétaires européennes. Reste que passer en dessous des 3% semble quelque peu contradictoire avec des promesses de campagne, non pas tant en faveur du monde du travail (qui n’a pas grand-chose à attendre) que des entreprises : M. Macron a en effet promis de pérenniser le Crédit d’impôt dit pour la compétitivité et l’emploi (CICE), soit 20 milliards – une paille.

Le nouveau maître de l’Elysée compte sur sa réforme choc « du marché du travail » (et donc du code du même nom) par ordonnances pendant l’été pour négocier une indulgence provisoire de Bruxelles… et de Berlin. Le grand argentier allemand, Wolfgang Schäuble, a certes affirmé le 9 mai que son gouvernement « ferait tout pour soutenir Macron » ; mais cela ne signifie certainement pas qu’il faiblira sur les exigences budgétaires.

Bruxelles condescend à « donner sa chance » à la France…

Si Pierre Moscovici entendait rappeler que la Commission n’oublierait pas d’appliquer ses règles, il a cependant voulu adopter un ton bienveillant vis-à-vis de son pays d’origine : descendre au-dessous des 3% à la fin de 2017 (et quitter ainsi la procédure de déficits excessifs), c’est « jouable », c’est « à portée de la main », a affirmé le Commissaire, faisant allusion aux engagements du nouveau président.

Puis il a résumé : « mon message n’est pas un message de pression, en aucun cas un message de sanction, c’est un message de confiance et de bienvenue » à l’égard d’un homme qui « connait bien les règles européennes ». « Donnons-lui sa chance », a-t-il conclu.

Bruxelles qui condescend à « donner sa chance » à la France… Parfois, une brève formule en dit bien plus qu’un long discours.

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