Les emmarchiens de Macron s’interrogent en vue des élections européennes. Ils veulent «comprendre pourquoi certaines personnes se disent europhobes, pourquoi elles ne se sentent pas liées à la construction européenne». Dans ce but, nos philosophes en croquenots ont décidé d’organiser une grande marche afin d’aller à la rencontre de 100000 personnes auxquelles ils «soumettront une liste de questions ouvertes […]: que vous évoque l’Europe ? Quels sont ses aspects positifs ? Négatifs ?»

Les futurs VRP des questions qui fâchent affirment qu’ils seront «avant tout là pour écouter» et «pas pour convaincre les gens».

Comprenez : “avant tout là pour écouter” comme on recueille des échantillons de poison sur un grand corps malade – celui de la France eurosceptique – afin de les ramener au laboratoire de la rue Sainte Anne – siège de l’emmarchisme chimiquement pur – dans le but de mettre au point un antidote, c’est-à-dire la mise bout à bout d’éléments de langage polymérisés, à seringuer sur les ondes ou à pulvériser en estrades dans le but de racrapoter le bouillon de microbes que les ennemis de l’Europe auront bien voulu servir aux arpenteurs ès-bitume sur des paillassons assombris par leurs ombres susurrées.

Ce sera le moment, pour ceux qui n’auront pas succombé à l’envie élancée de leur botter le fondement ou de les chasser à coups de pelles, de leur gueuler que l’Europe est un projeeeet des financiers de Wall Street, et qu’elle a été bâtie par les services secrets US, ceux-là mêmes qui ont, en même temps, mis en place sur tout le continent, les armées secrètes du stay-behind dont la branche italienne, la plus criminelle, a mené à bien des attentats allant du massacre de la Piazza Fontana du 12 décembre 1969 à celui de la gare de Bologne le 2 août 1980, afin de neutraliser la vague communiste sur laquelle tanguaient les urnes menacées d’un pays destiné à recevoir, dans sa tige galbée de botte convoitée, les armes nucléaires des forces de l’OTAN.

Ce sera le moment de leur faire avaler, d’une pièce ou par morceaux choisis, l’édition du 19 septembre 2000 du Daily Telegraph dans laquelle le journaliste Ambrose Evans-Pritchard a publié un article intitulé « Euro-federalists financed by US spy chiefs », afin de révéler que Robert Schuman – ce père de l’Europe pour touristes à bonnets d’âne – était, comme tous ses coreligionnaires, un employé de l’American Committee for a United Europe (ACUE) et que le projet d’union et de monnaie unique a été financé il y a plus de cinquante ans par les fondations Ford et Rockefeller, amoureuses que l’on sait, sinon de la paix dans le monde, du moins de la paix sociale sous champignon américain*.

Ce sera l’occasion de les faire taire et de leur mettre dans le crâne que la France ne veut pas d’eux ni de leur projet gueulé, porté par les vents du mensonge où dansent, en nuages noirs, les euros et les dollars, au-dessus d’un pays que la politique ruine chaque année un peu plus et qui deviendra bientôt, si nous n’y prenons garde, un désert où blanchiront les os minutieusement grattés des salariés saignés et dépecés par l’argent pour mieux faire bourgeonner les bénéfices de ceux qui tirent leurs sucs de la ruine du monde.

Bruno Adrie

*lire aussi: “Le menteur, l’Europe et sa victime”.

Photographie : Monument Robert Schuman à Scy-Chazelles (de gauche à droite : Alcide de Gasperi, Robert Schuman, Jean Monnet, Konrad Adenauer).