On m’a récemment reproché, en y mettant les formes mais, au fond, très fermement, d’être méprisant et condescendant dans mes critiques du “troupeau bêlant” des abonnés aux urnes et des brouteurs de journaux. On m’a signalé qu’il serait plus avisé de faire preuve de patience et d’humilité afin d’être entendu par les idiots utiles du système. On m’a même dit qu’en étant aussi caustique avec le lanigère troupeau, je prenais le risque de m’enfermer dans une secte étroite et de tomber dans le narcissisme des opinions partagées par une minorité coupée du monde. Plutôt qu’afficher ces vues virulentes partagées par un cénacle de convaincus, on m’a suggéré de contribuer, en faisant le choix d’une pédagogie bienveillante et adaptée, à changer les mentalités de ceux qui sont aujourd’hui ma cible et qui, soit dit en passant, ignorent mes condamnations puisqu’ils ignorent présentement mon existence.
A ceci je dois répondre qu’en écrivant mes petits papiers, je cherche uniquement – et, devrais-je dire, modestement – à proposer une lecture suffisamment claire et percutante des faits déformés par le strabisme auquel se contraignent et veulent nous contraindre les médias dominants. Je dois aussi affirmer mon pessimisme en rappelant que si les médias mainstream dominent, ce n’est pas parce qu’ils sont efficaces dans l’invention du mensonge mais parce qu’ils appuient leurs mensonges sur une connaissance précise des inextirpables ressorts humains trop humains qui font que les descendants de l’australopithecus afarensis troqueront toujours la vérité contre des convictions ridicules et faciles à avaler. Sancta facilitas.
Ce qui, d’ailleurs, dans cette affaire, me gêne le plus, ce n’est pas que l’ignorance soit si répandue – elle passe aussi par moi – mais que les ignorants ne l’aient pas identifiée en eux et se permettent de porter des jugements simplistes en l’absence de données sérieuses et d’outils de réflexion indispensables à une approche valable du réel. C’est comme ça qu’on obtient des “Poutine c’est un dictateur”, “Maduro c’est un dictateur”, “la Russie met le monde en danger” et autres clous de girofle faciles à enfoncer dans la boue tremblotante et anesthésiée des cervelles insipides.
Mais au-delà du troupeau utile, ce qui me gêne le plus c’est la médiocrité de la pensée printanière des emmarchiens élus et non élus, de ces marionnettes radiocommandées qui ont réussi à surpasser l’arrogance de leurs prédécesseurs aux postes de commandement de la République emmarchée et qui creusent aujourd’hui, au foret de l’ordonnance et à la dynamite du 49.3, le lit d’une dictature qui ne dit pas son nom mais qui finira par dévaler comme un torrent qui emportera l’État providence sur son passage. Si j’affiche un mépris et une condescendance qui ne regardent que moi et ceux qui la partagent, c’est moins contre les gogos, ventres mous et déficients logiques qui se goinfreront toujours à la gamelle des propagandes, que contre les ennemis jurés de la France et des Français qui bradent nos biens et écrasent nos salaires au nom d’une efficacité qui, en réalité, ne sert pas l’économie mais fait se dilater les fortunes inutiles des Crassus d’aujourd’hui. Nos hypocrites hauts fonctionnaires prosternés devant l’Argent auront beau s’automystifier, rien ne viendra laver leurs vilaines consciences hypocrites. Nous sommes nombreux à avoir compris qu’en France, la nation ne pourra survivre et faire des projets qu’après avoir congédié ces vampires menteurs et rampants uniquement préoccupés de carrières, de cumuls, de traitements et de bonifications.
C’est contre ces nantis-là que je crache un venin sans doute bien inoffensif, contre les mêmes profiteurs d’Etat qu’Allende avait dénoncés en arrivant au pouvoir au Chili en 1970 car il avait bien compris qu’en plus de voler l’argent du Pauvre, ils étaient le relais de la Banque et les gardiens indéboulonnables d’un Etat bourgeois automatiquement reconduit par le mécanisme truqué du suffrage universel inventé pour que rien ne change et réparable à coups de canons en cas d’enrayement. C’est à ces intouchables d’Etat – comme Vincent Jauvert les a appelés – que j’adresse mon mépris le plus sincère, le plus salutaire et le plus virulent.
A quoi bon être humble et pédagogue devant ces traîtres proprets aux trahisons illimitées? Ce dont nous aurions besoin aujourd’hui, c’est d’un Hercule capable de nettoyer les écuries de cette République croulant sous le fumier des privilèges et des passe-droits et aspergée du purin de la bonne gouvernance qui est l’élixir que nos pantouflards font couler dans le gosier du Pauvre qui regarde, hébété et l’oeil hagard, le défilé des grimaces politiciennes et ne devine pas l’ampleur de la catastrophe qu’on lui prépare avec un soin très énarchique.
 
Bruno Adrie