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Le blog de Lucien PONS

Boycott et résistance : Israël et Afrique du Sud

10 Juin 2013 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Israël - palestine - Moyen-Orient

Boycott et résistance : Israël et Afrique du Sud
affiche http://www.campusact.org

Le boycott d’Israël prend une ampleur jamais vue grâce à la campagne BDS (Boycott, Désinvestissements et Sanctions), portée par des militants du monde entier. Il s’élargit de jour en jour.

Certains arguments pour le boycott international d’Israël le présentent comme le moyen nouveau et ultime pour faire aboutir les droits du peuple palestinien, tous les autres ayant échoué. Selon ces pacifistes, le boycott est moyen plus efficace que la résistance armée des Palestiniens. Cette argumentation s’appuie généralement sur le modèle du boycott contre l’apartheid en Afrique du Sud. Dans cette optique, l’abolition de l’apartheid et la libération de Nelson Mandela auraient essentiellement été le résultat du boycott international.

La vérité historique est un peu plus nuancée.

Rappelons d’abord que le boycott d’Israël est un mot d’ordre très ancien. Dans les années 80, les anti-impérialistes boycottaient de la même façon les pamplemousses de Jaffa ou les avocats de Carmel que les oranges d’Outspan ou les pommes du Cap. Ce qui a rendu aujourd’hui le boycott d’Israël plus massif et populaire, c’est avant tout le massacre sauvage de la population de Gaza par Tsahal et la résistance acharnée des combattants palestiniens. La victoire de la résistance libanaise de 2006, dirigée par le Hezbollah, avait déjà préparé le changement dans l’opinion internationale.

La lutte pour l’abolition de l’Apartheid en Afrique du Sud peut effectivement servir de référence à la lutte actuelle pour la Palestine, à condition que son histoire soit restituée fidèlement. La place du boycott international dans cette histoire doit être correctement évaluée.

Nelson Mandela a forgé sa réputation internationale en 1963, alors qu’il était l’avocat de douze combattants Sud-Africains emprisonnés, dont lui-même, inculpés de sabotage. Lors de ce procès, il affirma avec force que « sans violence, aucune voie de permettait au peuple africain de triompher dans sa lutte contre la suprématie des Blancs (…) Nous avons choisi de défier la loi. Tout d’abord, par des moyens qui évitaient tout recours à la violence ; puis, quand cette forme a elle aussi été interdite par la loi, nous avons alors décidé de répondre à la violence par la violence » (procès de Rivonia).

C’est Mandela, qui trois ans auparavant, a créé la branche armée de l’African National Congress ( ANC), l’Umkhonto We Siswe (« lance de la Nation »). Quand il est arrêté en 1962, après dix-sept mois de clandestinité, c’est sous l’inculpation de sabotage et de tentative de renversement violent du gouvernement. C’est grâce à sa défense sans compromis de la lutte révolutionnaire de son peuple que Mandela a reçu un large soutien international et qu’il est devenu le plus célèbre prisonnier politique du monde.

Après le massacre de Soweto, en 1976, Nelson Mandela adresse une lettre au peuple sud-africain, dans laquelle il affirme prier avec lui pour les martyrs tout en appelant la jeunesse à s’engager massivement dans la lutte. Suite à cet appel, des milliers de jeunes sud-africains partiront s’entraîner pour la lutte armée au Mozambique et en Angola.

A plusieurs reprises, inquiet de la popularité toujours croissante du prisonnier Nelson Mandela, le gouvernement sud-africain lui proposera sa libération, à condition que Mandela rejette la lutte armée comme arme politique. La réponse de Mandela a toujours été très claire : c’était non.

La jeunesse d’aujourd’hui a le droit de savoir que l’arme du boycott international contre l’apartheid en Afrique du Sud a fonctionné comme un soutien à la lutte révolutionnaire du peuple et de ses organisations nationales. Que le peuple sud-africain a utilisé tous les moyens à sa disposition pour renverser le régime raciste, allié d’Israël, et mis en place par la colonisation. Et que c’est cette lutte de masse, y compris la lutte armée, qui a permis au boycott international de fonctionner comme un puissant levier de solidarité mondiale.

La jeunesse d’aujourd’hui a le droit de savoir que le résistant Mandela, chrétien d’abord pacifiste puis organisateur de la lutte armée et allié des communistes, a été un des premiers combattants à recevoir le titre honorable de « terroriste ». Son organisation, l’ANC, dont il était membre depuis 1943, a été mise hors-la-loi en 1960 par le gouvernement sud-africain. Condamné en 1964 pour terrorisme, l’administration Bush ne le retirera de sa « Terror watch list » qu’en juillet 2008 !

La jeunesse d’aujourd’hui a le droit de savoir qu’au nom de cette lutte contre le terrorisme, le gouvernement sud-africain, tout comme le gouvernement israélien aujourd’hui, a non seulement emprisonné des centaines de combattants mais également commandité l’assassinat ciblé, par des escadrons de la mort, de dizaines de responsables politiques du mouvement de libération sud-africain.

Tout comme le massacre de Gaza et la résistance armée de l’hiver 2008-2009, c’est le massacre de Soweto et le développement de la lutte de masse qui s’ensuivit, en 1976, qui a donné son ampleur internationale au mouvement de boycott, dont les premières sanctions avaient commencé dès la fin des années soixante.

La liquidation de l’apartheid en Afrique du Sud a ainsi été le résultat d’une combinaison constante entre tous les moyens de lutte sur le terrain et la solidarité internationale, dont le boycott fut le point culminant.

Le boycott du sionisme existe depuis sa mise en oeuvre par la Ligue arabe en … 1945 ! Et depuis 1948, c’est avant tout la résistance acharnée du peuple palestinien, par tous les moyens dont il dispose, qui tient en échec le colonialisme et les guerres permanentes du sionisme. Et c’est parce que le peuple palestinien continue de résister que nous devons développer de toutes nos forces le mouvement de boycott d’Israël qui commence enfin à prendre l’ampleur nécessaire.

Le boycott n’est pas une alternative à la résistance, c’est un soutien à la résistance. Et pour que ce soutien soit complet et cohérent, il doit comprendre l’appel à retirer le Hamas, le FPLP et toutes les organisations palestiniennes de résistance des listes d’organisations terroristes, avec autant de passion que nous avons chanté et crié pendant des années « Free Nelson Mandela ».

Nadine Rosa-Rosso

www.recogniseresistance.net


VOIR AUSSI

La contribution cubaine à la lutte contre l’apartheid, que Castro appelait "la plus belles des causes," avait commencé bien avant la bataille de Cuito Cuanavale. "J’étais en prison lorsque j’ai entendu parler pour la première fois [en 1975] de l’aide massive que les troupes internationalistes cubaines étaient en train d’apporter à l’Angola," se souvint Nelson Mandela en 1991. "En Afrique, nous sommes habitués à être les victimes des pays qui veulent s’emparer de notre territoire ou subvertir notre souveraineté. Dans toute l’histoire de l’Afrique, c’est le seul cas où des étrangers se sont battus pour défendre un de nos pays."

Cuba, l’Afrique et les Cinq Cubains, GLEIJESES Piero
http://viktor.dedaj.perso.neuf.fr/spip.php?article451

 

URL de cet article 9352
http://www.legrandsoir.info/Boycott-et-resistance-Israel-et-Afrique-du-Sud.html
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Sur le site de CRHA se trouve les vidéos des interventions prisent lors de Paroles de Résistance sur le plateau des Glières le dimanche 18 mai 2013.

10 Juin 2013 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #"Comité pour une Nouvelle Résistance-CNR".

IMGP1189--Copier-.jpgSur le site de CRHA se trouve les vidéos des interventions prisent lors de Paroles de Résistance sur le plateau des Glières le dimanche 18 mai 2013.
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Cordiales salutations
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CRHA
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Bilderberg 2013 : des puissances en crise (III).

10 Juin 2013 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La mondialisation

Bilderberg 2013 : des puissances en crise (III)

Le 9 juin 2013, dernier jour de la rencontre de Bilderberg de cette année, Paris Match souligne « Bilderberg. Le "no comment" de Cameron », à propos de la participation du Premier Ministre britannique à cette rencontre. A ce sujet, de defensa commente « Bilderberg-2013 : blowback et KO technique », et Press TV (Irlande) « UK PM U-turns on transparency pledge ». La participation à Bilderberg d'un premier ministre en exercice n'est rien de vraiment nouveau. Ce fut le cas, par exemple, de l'espagnol José Luis Rodríguez Zapatero à Sitges. Pour ne pas parler de ministres, de présidents et membres de la Commission Européenne ou du Conseil Européen (van Rompuy à Saint-Moritz), de dirigeants de partis politiques... Mais dans la situation actuelle, c'est un sentiment croissant d'échec et d'inquiétude générale devant la crise permanente, qui semble pousser l'opinion publique à réagir à cette rencontre de Bilderberg. Paradoxalement, tel n'a pas été le cas il y a moins de trois mois lors de la réunion de la Commission Trilatérale à Berlin évoquée dans nos articles « La Commission Trilatérale, à Berlin ce week-end » , « La Commission Trilatérale, réunie à Berlin : qui en parle ? » et « Commission Trilatérale, Europe et Afrique (I) » et sur laquelle les médias français avaient tout particulièrement gardé le silence. Pourtant, la Trilatérale met en ligne un abondant matériel comme déjà souligné dans notre article « Bilderberg, Trilatérale, "théorie du complot"... ». Le premier jour de la rencontre de Bilderberg de 2013, The Telegraph commentait « Bilderberg Group? No conspiracy, just the most influential group in the world ». C'est dejà suffisant pour ne pas comprendre le silence récurrent de nombreux médias avant la présente rencontre. Et qu'en est-il de la transparence de la part des participants exerçant des fonctions institutionnelles ? Un deuxième article du Telegraph intitulé « Bilderberg Group 2013: guest list and agenda » reproduisait la liste des points de discussion annoncés dans le communiqué de presse et la relation des participants officielle. Les lecteurs britanniques peuvent ainsi constater la participation au Bilderberg de 2013 d'un certain nombre de politiques de leur pays. Pourtant, aucun compte rendu n'est à ce jour prévu. Pas plus qu'en France, d'ailleurs, alors que la politique de l'Union Européenne fait partie des sujets évoqués. Précisément, les recommandations de la Commision Européenne pour la France soumises au prochain Conseil Européen ont de quoi inquiéter en ce qui concerne les dépenses publiques et les services publics. Rien d'autre que la suite d'une politique dont l'application invariable pendant trois décennies a déjà conduit à la crise sans fin actuelle. Le 9 juin également, La Dépêche rapporte « François Hollande au Japon : "La crise dans la zone euro est terminée" ». Cependant, outre les chiffres peu rassurants de l'INSEE sur le chômage en France, 7 sur 7 annonce « Le chômage va encore augmenter en Belgique ». Avec le titre « FMI-Union Européenne : A qui la faute ? » à propos de la Grèce, Radio Vatican rappelle le renvoi récurrent du Fonds Monétaire International (FMI) à la « confiance des investisseurs ». Mais en réalité cette « confiance » est-elle autre chose que le bon vouloir des milieux financiers dont la stratégie de délocalisations a été à l'origine de la dégringolade actuelle sur le continent européen ? La rencontre de Bilderberg de 2013 apparaît marquée par l'affaiblissement de plus en plus évident des puissances qui à première vue en sont les protagonistes, comme déjà souligné dans nos articles « Bilderberg 2013 : des puissances en crise » (I) et (II). Mais quel est le véritable jeu de la grande finance dont le pouvoir ne cesse de s'affirmer face aux Etats en crise ?

[la suite, sur le lien http://science21.blogs.courrierinternational.com/archive/2013/06/09/bilderberg-2013-des-puissances-en-crise-iii.html ]



et pour rappel :


http://science21.blogs.courrierinternational.com/archive/2013/05/09/bilderberg-2013-des-puissances-en-crise-i.html

Bilderberg 2013 : des puissances en crise (I)

Le contexte de la rencontre de Bilderberg de 2013 qui devrait avoir lieu dans un mois n'est pas rejouissant pour l'Europe et les Etats-Unis. Pour la France, non plus. Le 9 mai, La Tribune publie un article de Robert J. Shiller intitulé « Relancer l'économie sans aggraver la dette », proposant une augmentation simultanée d'impôts et dépenses publiques. C'est oublier la stratégie permanente de privatisations et de délocalisations qui domine depuis une trentaine d'années l'économie et la politique sociale des pays jadis « riches ». Les investissements publics nationaux deviennent ainsi des otages de fait du capital financier international et des grandes multinationales. Cette semaine, les médias ont rappelé l'ahurissant historique des privatisations françaises. Dans son article « L'État veut réduire sa participation dans certaines entreprises publiques », Le Figaro commente l'annonce par Jean-Marc Ayrault d'une nouvelle cession d'actions au secteur privé. Jusqu'où ira la vente des meubles ? Ouest-France évoque à son tour : « Privatisations. La grande vague des années 80-90 ». Mais la tendance a-t-elle été différente par la suite ? Quant aux délocalisations, Yabiladi rapporte encore : « La Société Générale prévoit de délocaliser une partie de ses activités au Maroc », alors que New Banques analyse « La Société Générale vise un plan d'économies de 900 millions d'euros d'ici à 2015 » et Boursorama fait savoir : « ...la Société Générale va supprimer plus de 1.000 postes ». Le 9 mai également, un article d'Irnerio Seminatore dans Le Monde porte le titre « Londres, Pékin, Tokyo et l'agonie du multilatéralisme ». Une chose est certaine : la stratégie de mondialisation du capitalisme a conduit à la catastrophe des puissances dont les « élites » pensaient ou déclaraient contrôler ce processus. Et si à ce jour la direction générale de l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC) est assumée par le « socialiste » français Pascal Lamy, c'est le brésilien Roberto Carvalho de Azevêdo qui devrait lui succéder prochainement. Le salaire minimum brésilien, un peu plus de 250 euros mensuels, est presque six fois inférieur au SMIC français. Que peut-il en résulter, dans un « marché mondial de la main d'oeuvre » et avec une régulation mondialisée imposant la « libre circulation des capitaux et des marchandises » ? The Watford 0bserver annonce « The Bilderberg Group to meet in The Grove Hotel in Watford », se référant à un renseignement fourni par la police locale qui aurait annoncé ne pas vouloir faire obstacle à des manifestations « pacifiques ». La rencontre de Bilderberg de 2013 devrait donc avoir lieu à Watford (Hertfordshire), à 27 Km. de Londres, du 6 au 8 juin et sous la présidence de l'ami personnel de François Hollande qu'est le PDG d'AXA Henri de Castries.

[la suite, sur le lien http://science21.blogs.courrierinternational.com/archive/2013/05/09/bilderberg-2013-des-puissances-en-crise-i.html ]


http://science21.blogs.courrierinternational.com/archive/2013/06/06/bilderberg-2013-des-puissances-en-crise-ii.html

Bilderberg 2013 : des puissances en crise (II)

Le 6 juin 2013 commence à l'hôtel Grove à Wadford, dans le Hertfordshire au Nord de Londres, la rencontre de Bilderberg de cette année. Un communiqué de presse et une liste des participants se trouvent sur le site officiel de ces rencontres. La Tribune commente « Fillon, Pécresse et six autres Français annoncés à la discrète réunion du Groupe Bilderberg à Londres ». Mais pourquoi ne pas souligner également la présence de Christine Lagarde en tant que directrice générale du Fonds Monétaire International (FMI) ? Ou celle du PDG d'AXA Henri de Castries, président de ces rencontres. Ou encore, parmi les participants français, la présence d'Olivier de Bavinchove en tant que commandant de l'Eurocorps. Sans oublier, au titre de l'Union Européenne, le président de la Commission Européenne José M. Durão Barroso et la vice-présidente Viviane Reding. Le président de Goldman Sachs International Peter Sutherland et le vice-président de Goldman Sachs & Co. J. Michael Evans sont également du nombre, tout comme le secrétaire général du Parti Socialiste du Portugal António José Seguro, le Chancellier de l'Echiquier britannique George Osborne et son équivalent dit « fantôme » le travailliste Edward M. Balls, le président exécutif d'EADS Thomas Enders, l'ancien président italien Mario Monti... RT analyse « Bilderberg agenda: Western elites meet to determine the future of Middle East and Africa » et International Business Times présente une vidéo avec le titre « Bilderberg 2013: Charlie Skelton on the Annual Secret Meeting of the World’s Elite ». L'Afrique et le Moyen-Orient font en effet partie des thématiques annoncées dans le communiqué de presse, mais la liste des participants n'inclut aucun citoyen de ces zones en dehors de Tidjane Thiam. Le 6 juin également, le blog de Bruno Colmant dans L'Echo interroge « Et notre jeunesse, dans cette crise ? », alors que Le Monde relève « Le taux de chômage atteint 10,4 % au premier trimestre » et Le Figaro souligne « Le taux de chômage pourrait dépasser cette année son record historique de 10,8 % ». Incluant les données des Départements d'Outre-mer, L'Expansion emploie le titre « Le taux de chômage en France grimpe à 10,8%, au plus haut depuis 15 ans ». Dans une note intitulée « Le chômage poursuit son envolée en France », Boursier.com fait notamment état de déclarations du chef de la mission du FMI en France estimant, sur la base de ce qu'il qualifie de « variables macroéconomiques » que le chômage en France continuera à augmenter. Mais en quoi consistent ces « variables macroéconomiques » ? S'agit-il d'autre chose que de trois décennies de  privatisations et de délocalisations ? Soulignant le rôle évident de la mondialisation du capitalisme, Chine Informations se demande « L'économie française est-elle vraiment dans un dilemme ? » L'article se réfère à l'appréciation d'un expert estimant que « la France n'est plus en mesure d'assumer le financement de la protection sociale ». Ce sont donc les « petits citoyens » qui paieront la facture de la politique des « élites ». Le Point rapporte « Le FMI presse la France de réduire ses dépenses publiques ». A son tour, L'Usine Nouvelle écrit « Le FMI reconnaît sa mauvaise gestion du dossier grec », et Professeur Forex « Grèce / FMI : Le FMI avoue avoir mal géré le cas Grec et plaide pour une nouvelle restructuration de la dette ». Que peut-on attendre d'une réunion de représentants de puissances en crise et dont les pays dits « émergents » sont absents ? Une question essentielle et récurrente que nous avions déjà abordée dans notre article « Bilderberg 2013 : des puissances en crise (I) ». Le titre de la dépêche du 6 juin de l'Agence Ecofin « Ouverture de la conférence secrète du Bilderberg entre Européens et Américains » reflète bien un aspect de cette situation.

[la suite, sur le lien http://science21.blogs.courrierinternational.com/archive/2013/06/06/bilderberg-2013-des-puissances-en-crise-ii.html ]


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Cordialement

Le Collectif Indépendance des Chercheurs
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INRA CGT à la confédération à propos de la réforme du supérieur et de la recherche.

10 Juin 2013 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Ecole

syndicat C G T de l’Institut National de la Recherche Agronomique

INRA ― Porte de Saint-Cyr ― RN 10 ― 78210  SAINT-CYR L’ÉCOLE Téléphone : 01.39.53.56.56 - Fax : 01.39.02.14.50 – E-mail : cgt@inra.fr - CCP Paris 13451- 49Z Adresse intranet : https://intranet.inra.fr/cgt/ - Adresse internet : http://www.inra.cgt.fr/

A l'attention de :

Objet       : Lettre de la Confédération aux parlementaires Sylviane Lejeune

Au sujet de la Loi « Fioraso »

Saint Cyr l'Ecole, le 24 mai 2013

Chère camarade,

Nous venons de recevoir la lettre que tu as adressée, au nom de la Confédération, aux groupes parlementaires au sujet de la Loi Fioraso sur l’Enseignement Supérieur et de Recherche. 

Nous sommes consternés par les formulations de cette lettre qui sont en total retrait, voire contradictoires, par rapport à celles des organisations CGT de la Recherche et de l’Enseignement Supérieur Publics. Elles sont même en retrait par rapport aux formulations de compromis adoptées par l’intersyndicale de l’ESR, CGT-FSU-Solidaires-FO-SLR-SLU-Comités de Précaires, dans sa lettre commune adressée aux parlementaires (ci-jointe) ! 

Nos organisations se battent en effet pour l’abandon du projet de Loi, dont le contenu pérennise les lois mises en place sous Sarkozy (LRU, Pacte Recherche) et même les aggrave (régionalisation en lien avec l’Acte III de la décentralisation, condamnée clairement au congrès confédéral). Nos organisations exigent de vraies négociations fondées sur l’abrogation de la LRU, du Pacte de la Recherche et de toutes les mesures et structures précédentes (ANR, AERES, FCS, IDEX, etc.). C’est le langage que nous avons tenu aux parlementaires, quels qu’ils soient, quand nous les avons rencontrés. De cela, rien n’est indiqué dans le texte adressé au nom de la Confédération.

Au contraire, ce texte se contente de reprendre des propositions d’amendements au projet de Loi, sans indiquer que la CGT le remet en cause dans sa totalité. Or, tout le monde sait que ce ne sont pas des amendements qui changeront le fond de ce projet qui va entièrement à l’encontre du développement de la recherche publique comme de l’enseignement supérieur public, comme des intérêts de leurs personnels. Pire, la revendication avancée de participer à tous les lieux de pilotage locaux de l’ESR reviendrait de fait à avaliser la mise en place des trente super- structures communautés d’universités et d’établissements que nous dénonçons comme visant à régionaliser l’ESR !

Au final, cette lettre pourrait laisser croire qu’il suffirait de modifier quelques points de la Loi Fioraso pour que celle-ci devienne acceptable. Nous estimons que ce texte ne peut être considéré comme représentatif de la Confédération et de ses syndicats. 

Nous demandons donc que, suite au succès de la manifestation unitaire du 22 Mai, la Confédération s’adresse à nouveau aux parlementaires en affirmant soutenir le dernier texte intersyndical, signé par tous les syndicats CGT concernés, demandant l’abandon du projet de Loi.

Salutations syndicalistes P/o le Bureau National de la CGT-INRA

 

Bérangère Lefort, secrétariat administratif

Copie à FERC, FERC Sup et SNTRS

Copie à T. Lepaon et Bureau Confédéral

 

http://www.frontsyndical-classe.org/article-inra-cgt-a-la-confederation-a-propos-de-la-reforme-du-superieur-et-de-la-recherceh-118405685.html

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Le soulèvement d’Istanbul, le côté pile de la lutte anticapitaliste.

10 Juin 2013 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La Turquie

6 juin 2013

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Il semblait que le monde était entré dans l'âge des émeutes contre l'austérité. Et puis vint Istanbul. Qu'il n'y ait pas de méprise, Istanbul ne peut pas être confondue avec Athènes, Barcelone, Lisbonne ou New York. Ce qui se passe en Turquie est le côté pile de la lutte anticapitaliste. C'est un soulèvement contre le développement. C'est une bataille de la rue pour des villes qui appartiennent aux gens et pas au capital. C'est une résistance contre un régime autoritaire enhardi par un boom économique.

 

 
Ce qui se déroule sous nos yeux dans les rues d'Istanbul est la convergence entre d'une part, une petite, mais croissante gauche anti-capitaliste qui a organisé diverses campagnes à caractère social ces dernières années, et d'autre part une large part de la population urbaine loyale aux idées kémalistes de modernisme, sécularisme et nationalisme. Cela étant dit, la situation en Turquie est extrêmement complexe et nécessite une compréhension de nombreuses situations politiques différentes qui ont été développées durant la dernière décennie.

Taksim

Comme beaucoup le savent déjà, l'origine du soulèvement actuel prend sa source dans la proposition de développement d'un parc près de la place Taksim, au cœur d'Istanbul. Le développement du parc de Gezi est seulement une partie d'un important projet de rénovation urbaine que le premier ministre truc, Recep Tayyip Erdogan, a prévu tant pour la ville que pour le pays tout entier. Il inclut des schémas de gentrification pour les quartiers les plus pauvres des villes comme Tarlabasi, la construction d'un troisième pont pour relier les deux continents qu'Istanbul couvre et même un énorme projet pour ouvrir un troisième canal reliant la Mer noire à la mer Marmara, afin de faciliter le passage de bateaux containers. Ce plan a été dénommé le « projet fou » d'Erdogan.

Le quartier de Taksim est l'endroit où un grand nombre de projets de développement urbain se développent et où il existe une riche tradition de rébellion et de protestation. Pour placer les événements dans leur contexte, il est utile d'examiner l'importance de la place Taksim comme point de rébellion et de convergence.

Le 1er mai 1977, un demi-million d'ouvriers et de révolutionnaires affluèrent vers la place Taksim pour l'une des manifestations les plus épiques jamais connues à ce jour. Cette manifestation survint six ans après le sanglant coup d'État au cours duquel trois étudiants turcs révolutionnaires, accusés d'être des ennemis de l'État, furent pendus par un tribunal militaire. Leur mémoire immortalisée, la gauche turque s'est relevée durant les années 70, de l'endroit même où les révolutionnaires avaient été exécutés. Elle l'a fait avec force, et se multipliant en nombre. Durant cette année de manifestations, 34 personnes furent tuées sur la place. Certains furent abattus par ce qu'on pense être des tireurs paramilitaires qui étaient placés sur les toits. D'autres furent abattus dans la panique qui suivit.

En plus d'être la porte d'entrée sur Beyoglu, la partie culturelle la plus dynamique d'Istanbul, avec sans doute plus de bars et de café au mètre carré que n'importe quelle autre ville d'Europe, la place Taksim porte aussi ce souvenir tragique et particulier depuis le massacre de 1977.

À chaque premier mai, les émeutes qui ont pris place durant les sept dernières années se sont toutes centrées autour de manifestants essayant de rejoindre la place Taksim. Le premier de ces affrontements s'est produit en 2007, lorsque la gauche turque a voulu célébrer le trentième anniversaire du massacre. L'État l'en a empêché et des militants d'extrême gauche ont répliqué dans les rues avec des cocktails Molotov et des pierres. La situation est restée la même jusqu'il y a deux ans, en 2011, lorsque le gouvernement a finalement reconnu son erreur et a autorisé la gauche à disposer de la place pour ce jour.

Mais les choses ont évolué depuis deux ans et le gouvernement AKP d'Erdogan a décidé d'introduire un plan important de rénovation urbaine pour Istanbul qui incluait aussi une révision de la place. Prétextant transformer la place en zone piétonnière, le gouvernement d'Erdogan (qui a aussi en charge la municipalité d'Istanbul) a adopté des plans, sans consulter les habitants, pour démanteler des larges parts de Taksim et y construire à la place divers centres commerciaux et autres projets pour les riches. La bataille pour tenir des manifestations sur la place Taksim le 1er mai a donc pris fin cette année alors que le gouvernement a décidé d'utiliser la rénovation de la place comme un prétexte pour empêcher les manifestations qui devaient avoir lieu.

Le parc de Gezi est le point de mire de la rébellion. Sa démolition a été prévue pour construire à la place la réplique d'une caserne militaire de l'ère ottomane, Topçu Kışlası, qui sera surtout utilisée à des fins commerciales. Ce n'est pas une coïncidence pour le gouvernement AKP et ses racines islamiques : ces casernes étaient à l'origine le lieu d'un important soulèvement islamique en 1909. Ceci se rajoute à la décision d'appeler le troisième pont du nom du sultan Yavuz Selim, tristement célèbre pour avoir assassiné en masse la population alévie d'Anatolie.

Ceux qui ont défendu le parc de Gezi y sont depuis longtemps. En plus de grands syndicats, beaucoup de participants viennent d'une relativement nouvelle gauche indépendante, avec des générations plus jeunes embrassant des tendances écologiques plus antiautoritaires qui mettent l'accent sur des activismes du genre « droit à la ville ». Elles convergent toutes sous la bannière de la plate-forme Taksim Solidarity dont le principal cheval de bataille est d'empêcher la transformation de la ville en un terrain de jeu capitaliste encore plus élaboré, construit en lieu et place des espaces publics. Ce n'était pas leur première campagne contre la rénovation urbaine. Il y a deux mois, des affrontements ont éclaté entre des cinéastes et la police qui a déployé les gaz et les canons à eau. Les cinéastes essayaient de sauver un célèbre cinéma turc, Emek, condamné à devenir lui aussi un énième centre commercial.

Il est important de noter que certains des protagonistes qui sont impliqués dans la bataille pour le parc de Gezi sont aussi derrière les manifestations de solidarité avec les immigrés et des actions telles qu'offrir des repas aux immigrés ou organiser des manifestations devant les centres de détentions d'immigrés à Istanbul.

La bataille pour sauver le parc de Gezi n'était pas portée à la conscience du public turc jusqu'à ce que la police organise des raids deux matins d'affilée les 29 et 30 mai. L'outrage de la brutalité policière a été l'étincelle qui a embrasé le pays tout entier et qui a transformé la bataille en une rébellion nationale contre l'actuel gouvernement.

Néolibéralisme islamique

L'AKP, le parti au pouvoir, devrait être observé à la lumière du paysage géopolitique du Moyen-Orient qui est en pleine mutation. Il a des racines fortes dans l'islam politique et perpétue la tradition d'autres partis politiques issus des années 90 qui avaient été réprimés par l'armée, parfois alors qu'ils étaient au pouvoir. En fait, Erdogan lui-même a d'abord été emprisonné pour avoir incité publiquement à une « sédition islamique ». L'aspiration avouée d'Erdogan et de ses cadres est le « projet néoottoman » qui tend à faire de la Turquie la principale puissance économique et politique du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord. Les coups de force politique d'Erdogan en Syrie et en Libye doivent être contextualisés avec ces aspirations.

À la différence de l'Union européenne et des États occidentaux, la Turquie a connu ces dernières années un important boom économique (avec une croissance annuelle de presque 10 %). Bien que le déficit commercial et le taux réel de chômage soient élevés, bien que ce qui restait dans les mains publiques soit bradé au travers de privatisations massives, la crise est contenue en Turquie et le gouvernement actuel a le vent en poupe sur ce plan. C'est ce qui fait de la révolte d'Istanbul une révolte à part. C'est une révolte contre le développement du boom économique, contre les projets destructeurs de rénovation urbaine et l'hyper modernisation des villes. Le soulèvement d'Istanbul illustre le pôle opposé dans la lutte permanente contre le capitalisme, et complète les combats menés contre l'austérité ces dernières années.

La Turquie a été l'une des premières cibles de la restructuration néolibérale des années 80, durant laquelle le premier ministre Turgut Özal a facilité des privatisations massives portant sur ses usines, ses mines et de manière générale, sur toutes les infrastructures du pays. Le gouvernement AKP, et Erdogan en particulier, a réussi à faire entrer ce régime néolibéral dans le 21e siècle, recouvert d'un populisme islamique. De plus, sur le marché mondial, il a réussi à promouvoir en tant que forces néolibérales les entreprises qui avaient une base islamique. Ceci peut être notamment observé dans le nord de l'Iraq où la majeure source de capitaux est en réalité turque. Nous devrions nous rappeler que le modèle turc a été proposé par les puissances occidentales comme une issue possible pour les soulèvements qui ont marqué les printemps arabes. Grâce aux combats menés ces derniers jours dans les rues de Turquie, ce modèle de néolibéralisme islamique est maintenant remis sérieusement en question.

Erdogan et la lutte kurde

Les aspirations d'Erdogan n'ont pas totalement été épargnées par la contestation. Il y a eu des menaces variées contre son régime, notamment de la part d'un cadre de généraux et d'intellectuels qui se voient comme des défenseurs de la Turquie en tant qu'État-nation séculaire. Ils ont envoyé à Erdogan plusieurs signaux d'avertissement ces dernières années. La contre-réaction d'Erdogan la plus significative est survenue lorsqu'il a lancé une opération policière dans plusieurs villes contre une douzaine de membres de l'armée, d'intellectuels et de figures publiques alléguant qu'elles préparaient un coup d'État. Ces opérations de police ont débouché sur des affaires criminelles connues sous le nom d'Ergenekon qui sont toujours en cours. Il est impératif de réaliser tout l'impact de ces arrestations et des procédures judiciaires qui ont suivi. Il s'est produit quelque chose sans précédent dans cette nation qui a connu des coups d'État militaires successifs : les arrestations et les procès d'officiers militaires de haut rang et d'autres personnes ont rencontré des ralliements et des manifestations autour de la Turquie alors que des foules immenses qui se sont trouvées mêlées à la montée de l'AKP ont défendu l'élite de l'ancienne garde séculaire. Ces arrestations et ces emprisonnements expliquent aussi pourquoi il n'y a toujours pas eu de réponse de l'armée turque à la situation actuelle, alors qu'elle est traditionnellement un acteur majeur dans la politique turque.

La prolifération du sentiment nationaliste turc dans l'actuel soulèvement est une conséquence directe d'événements menés ces dernières années. Les partis de centre gauche nationalistes avaient organisé des « flag-demos » ou des « Rassemblements pour la république » contre l'actuel gouvernement AKP. À ce moment précis de la rébellion, nous sommes donc témoins de l'opportunisme de ces forces politiques qui essaient d'influencer ce qui apparait de loin comme un véritable soulèvement populaire.

N'importe quelle analyse de l'actuel soulèvement turc doit prendre en considération la relation avec le mouvement kurde de libération. Le point central des politiques turques ces dernières années a été indubitablement la guérilla kurde pour l'autonomie lancée par le PKK en 1978. Au cours des derniers mois, Erdoğgan a effectivement négocié un accord de paix avec le chef du PKK, Abdullah Öcalan, qui a croupi dans une île-prison turque depuis 1999. Erdogan tente de se positionner comme le leader qui a résolu le problème le plus urgent dans le pays. Ça ne lui a pas seulement fourni une carte blanche pour les politiques turques (son régime a brutalement oppressé et emprisonné de nombreux gauchistes et autres figures de l'opposition ces dernières années), mais ça l'a aussi amené à se présenter comme un pacificateur entre deux ethnies. La convergence récemment redynamisée entre une large part de la gauche turque et le mouvement kurde est devenue plus fragile du fait de l'accord conclu par Erdogan. Les gens se demandent toutefois quelle part joue le processus de paix dans ses desseins néoottomans.

C'est sans doute l'une des principales questions du moment : comment le mouvement dans les rues va-t-il se figer et quel type de relations aura-t-il avec la lutte kurde ? La grande majorité de ceux qui ont initié l'occupation du parc de Gezi et qui ont combattu la vision d'Erdogan sur le développement d'Istanbul sont en totale solidarité avec le peuple kurde. Mais pour les masses qui ont inondé les rues avec des drapeaux turcs, c'est une autre histoire. Au mieux, elles critiquent le fait qu'Erdogan utilise le processus de paix pour renforcer son emprise. Au pire, ce sont des gros racistes qui voient les Kurdes comme des terroristes. Malgré le danger, les récents développements dans la rue sont prometteurs. Des gens rapportent avoir été les témoins de déploiement de drapeaux mêlant l'étendard turc et le portrait d'Ocalan ou de l'imbrication de chants qui d'un côté souligne la fraternité entre les différentes ethnies et de l'autre célèbre l'identité nationale turque.

L'insidieux conservatisme social

Le soulèvement contre Erdogan est nourri par un insidieux conservatisme social poussé par l'AKP en vue de cultiver sa base. Ces politiques conservatrices se sont manifestées dans différents domaines : accès coupés à des cliniques d'avortement, contrôle plus strict sur Internet et les communications, restrictions et taxes sur la consommation d'alcool et amplification des vacances islamiques parrainées par l'État. Ces mesures politiques ont rencontré des manifestations soutenues par des milliers de participants qui ont défilé dans les mêmes rues que celles où se concentre l'actuelle rébellion. Elles ont précédé le mécontentement actuel.

Le style personnel d'Erdogan en tant que premier ministre est un facteur majeur qui influence la colère viscérale observée dans les rues. Dans presque tous ses discours publics, que ce soit dans un rassemblement politique ou lors d'une interview télé, Erdogan attaque, menace et se montre condescendant envers tous les segments sociaux-politiques, excepté le sien. Cela va de l'insulte flagrante au renvoi proféré avec le ton énervé d'un chien enragé de la politique. Ces dernières déclarations durant le soulèvement étaient exemplaires et n'ont fait que jeter de l'huile sur le feu alors qu'il désignait de manière arrogante les personnes descendues dans la rue comme « une poignée de pillards et d'extrémistes ».

Le lien crucial entre la politique culturelle conservatrice de l'AKP et sa politique économique néolibérale doit être révélé. De cette manière, la classe moyenne kémaliste qui a massivement participé au soulèvement réalisera qu'elle ne peut pas repousser le conservatisme culturel sans se confronter aux politiques économiques. Si elle réussit, elle pourra être ralliée par les classes plus pauvres qui sont actuellement enclines à soutenir l'AKP sur sa base culturelle.

Le premier jour de ce soulèvement populaire a été totalement spontané et hors du contrôle de n'importe quel parti politique. Toutes les contradictions, par exemple celle entre la gauche radicale et les nationalistes turques, ont été momentanément mises de côté pour combattre la police et construire des barricades qui permettraient de tenir les places et les boulevards d'Istanbul. Ce qui reste à voir, c'est si oui ou non c'est grands espaces publics tels que le parc de Gezi ou la place Taksim seront le théâtre où les contradictions entreront dans un dialogue révolutionnaire pour donner naissance à un mouvement que nul ne pourra arrêter en Turquie.

 

 

 

Source originale : Counterpunch

Source : Investig'Action

http://www.michelcollon.info/Le-soulevement-d-Istanbul-le-cote.html

 

 

 

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L’Ecole et le Capital : deux cents ans de bouleversements et de contradictions. Par Nico Hirtt.

10 Juin 2013 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Ecole

 

4 juin 2013

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Pourquoi a-t-on « décidé », au début du XIXe siècle, qu’il fallait envoyer les enfants du peuple à l’école ? Comment ont évolué, depuis lors, les relations complexes entre le système économique et le système éducatif des pays capitalistes ? Quelles fonctions l’école a-t-elle été amenée à jouer dans ces pays ? Comment est-on passé d’un instrument essentiellement idéologique à l’actuelle machine à former de la main d’œuvre ? Voilà quelques unes des questions auxquelles nous répondons dans ce volumineux dossier.

 

 

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A l’occasion d’un cours donné récemment à de futurs instituteur et régents, je leur demandai de but en blanc : « à quoi sert donc l’école ? Pourquoi oblige-t-on les enfants à s’asseoir pendant de longues heures chaque jour sur les bancs d’une classe ? » Les réponses fusèrent : « pour former des citoyens responsables », « pour permettre à chacun de prendre sa place dans la société », « pour émanciper », « pour ouvrir l’esprit », « pour offrir aux jeunes la possibilité de choisir leur voie professionnelle en connaissance de cause », « pour assurer l’égalité des chances »...

 

Ah les braves ! Ils avaient bien étudié leurs leçons ! Au bout de quelques minutes j’arrêtai le déluge. « Tout cela est fort bien, dis-je, mais ce n’est pas du tout ce que je vous demandais ». Déception et étonnement palpables ! Je précisai donc : « La question était : ‘à quoi sert l’école ?’ et non : ‘à quoi voudriez-vous que serve l’école ?’ »...

 

Et de leur expliquer la différence entre attentes, discours et fonctions. Les attentes que nous pouvons avoir par rapport à l’école sont forcément subjectives, influencées par notre expérience, les valeurs que nous privilégions, nos convictions idéologiques, notre position sociale. Les discours que chacun tient sur l’école peuvent être un reflet, plus ou moins fidèle, de ces attentes ; mais ils peuvent aussi dire le contraire, par exemple lorsqu’on a des raisons de camoufler ou de déformer ce que l’on pense vraiment. Enfin, les fonctions de l’école ne disent pas ce que je voudrais que l’école fasse mais ce que l’école fait réellement. Elles sont une donnée objective, indépendante de nos attentes et de nos discours. Pour les dévoiler il nous faut concevoir l’école, non comme une création consciente de quelques hommes, mais comme le produit nécessaire du développement de la société. Un peu comme nos organes — main, jambes, yeux... — et leurs fonctions — saisir, marcher, voir... — apparaissent aujourd’hui comme le produit nécessaire de l’évolution biologique.

 

C’est donc à une histoire un peu singulière des systèmes éducatifs que je vous convie ici. D’abord parce que les mutations de l’école n’y seront pas expliquées par les lubies de pédagogues ou les ambitions d’hommes politiques, mais par le développement des conditions matérielles qui dictent l’organisation et les contradictions de nos sociétés : les sciences, la technologie et leur impact sur les rapports de production. Deuxièmement, parce qu’à l’encontre de tous les usages en la matière, je ne remonterai pas à l’antiquité. Depuis Athènes et Sparte jusqu’aux Lumières, l’histoire de l’école institutionnalisée, c’est l’histoire de la formation d’élites sociales et politiques. Sauf rares exceptions, ni les esclaves de Rome ni les paysans flamands ou wallons du XVIIIe siècle n’allaient à l’école. Or, c’est à la scolarisation des « enfants du peuple » que je veux m’intéresser. Comprendre son origine et ses mutations, pour mieux appréhender les changements qu’elle traverse aujourd’hui. Cette histoire-là commence avec la Révolution industrielle.

 

Grandes familles rurales et apprentissage ouvrier : quand socialisation et formation allaient de pair

 

Avant la Révolution industrielle, la très grande majorité des enfants des classes populaires ne fréquentaient pas l’école. En Belgique, une étude portant sur les années 1779 à 1792 indique que 39% des hommes et 63% des femmes, villes et campagnes confondues, étaient incapables de signer autrement qu’en apposant une croix au bas des actes paroissiaux de mariage ou de baptême [1]. Encore s’agissait-il là d’une situation relativement exceptionnelle en Europe. A la même époque, dans la Haute Vienne (la région de Limoges), seuls 8,2 % des hommes et 5 % des femmes signaient leur acte de mariage. [2]

 

Cependant, ces enfants des campagnes qui n’allaient pas à l’école ne restaient pas pour autant ignorants. Paradoxalement, le faible niveau de technicité de la production agricole faisait appel à un haut degré de qualification. Il ne suffisait pas de connaître la terre et les saisons, il fallait aussi savoir utiliser et entretenir les nombreux outils que requérait la vie à la ferme, ceux propres à l’activité agricole ainsi que ceux des artisanats, qui constituaient souvent le principal revenu à la saison morte. Dans les régions forestières, l’hiver venu, le paysan se transformait en ouvrier bûcheron payé à la tâche ou en scieur de long. Or, l’affutage des lames, par exemple, nécessitait un savoir-faire difficile, qui se transmettait au fil des générations. D’autres se faisaient charbonniers de bois : ils savaient couper les branches, dresser le fourneau, recouvrir celui-ci de feuilles et de terre, y aménager une cheminée correctement dimensionnée, allumer un feu uniforme et en surveiller la combustion pendant cinq jours et cinq nuits.

 

Il faut visiter un musée de l’outil ou un musée ethnographique rural pour se convaincre de l’extraordinaire variété de talents et de qualifications que requérait jadis l’artisanat des campagnes. Dans les caricatures de la presse urbaine, le sabot du paysan a longtemps symbolisé l’ignorance. Mais on ferait bien de se souvenir que le sabotier fut un jour l’artisan le plus en vue du village. Son savoir-faire requérait la maîtrise d’innombrables outils et des connaissances variées. Après avoir choisi l’arbre qui convenait et l’avoir débité en billes, il fallait le façonner à sec à la hache, à l’herminette puis au paroir ; on entreprenait ensuite de creuser le sabot avec des tarières et des cuillers afin de l’adapter petit à petit au pied ; on achevait le travail avec le boutoir, la rouanne et la rogne à talon. Pour la seule région du Limousin, on a relevé ainsi plus de cent seize petits métiers et artisanats, souvent saisonniers, donc exercés par des paysans n’ayant jamais été scolarisés. Leur diversité même témoigne de l’extrême spécialisation des connaissances et savoir-faire qu’ils exigeaient [3].

 

La formation technique se faisait en famille. C’était souvent de père en fils que l’on devenait agriculteur, berger, tonnelier, charpentier ou couvreur. Parfois, plus rarement, un jeune était placé comme apprenti chez un artisan.

 

En ville, au contraire, la formation des futurs ouvriers ou compagnons de l’artisanat se réalisait essentiellement par l’apprentissage. Dans certains cas, on exigeait que l’apprenti ait préalablement appris à lire et à écrire, qu’il ait donc été scolarisé. Mais cela ne concernait que les métiers les plus nobles, comme l’imprimerie ou l’orfèvrerie, ceux où les parents devaient débourser des sommes considérables pour placer le jeune en apprentissage. Le plus souvent, c’était au maître qu’il appartenait d’instruire l’enfant, de lui apprendre parfois à lire et à écrire.

 

La famille rurale de l’Ancien régime, tout comme le noyau familial urbain où était accueilli l’apprenti ne constituaient pas seulement des lieux de formation et d’instruction. Ils comptaient un grand nombre de jeunes et d’adultes de diverses générations, vivant sous le même toit. L’enfant y était intégré dès le plus jeune âge dans le travail agricole, domestique ou artisanal. Cette famille pré-industrielle, qu’elle soit rurale-agricole ou urbaine-artisanale, était tout à la fois une communauté de vie et une unité de production. C’est par le travail à la ferme ou à l’atelier, que les enfants étaient instruits dans les techniques de la production et socialisés par l’apprentissage des règles de base de la vie commune.

 

Machinisme et aliénation : « ouvrir une école, c’est fermer une prison »

 

Le passage au machinisme, c’est-à-dire au capitalisme industriel, va radicalement transformer la nature du travail et, partant, la formation des travailleurs. L’ancienne grande famille rurale se trouve désarticulée et remplacée par un petit noyau familial urbain. Et même ce noyau-là se désagrège rapidement avec l’avancée du travail des femmes et des enfants. A l’usine, le vieux paternalisme des patrons des fabriques rurales cède la place à la froide, inégale et éphémère relation contractuelle qui lie le propriétaire des moyens de production et le propriétaire d’une force de travail, le capital et l’ouvrier. La décomposition du travail complexe qu’effectuait jadis un seul ouvrier dans l’atelier ou la manufacture, son remplacement par une multitude d’ouvriers enchaînés aux nouveaux outils de production et chargés de répéter chacun une tâche simple, parcellaire, au rythme imposé par la machine, tout cela implique une formidable déqualification des prolétaires. « En substituant les procédés mécaniques à l’habileté manuelle et à la formation professionnelle coûteuse, en permettant à long terme le remplacement des artisans et des travailleurs du domestic system par la foule des manœuvres de l’usine moderne, [le machinisme] ouvre vraiment une ère nouvelle dans l’exploitation et la rentabilité du travail humain » [4].

 

Dans Le Capital, Karl Marx illustre d’un exemple concret, celui des imprimeries londoniennes, comment le machinisme a engendré cette déqualification du travail ouvrier. « [Jadis,] dans les imprimeries anglaises, les apprentis s’élevaient peu à peu, des travaux les plus simples aux travaux les plus complexes. Ils parcouraient plusieurs stages avant d’être des typographes achevés. On exigeait de tous qu’ils sussent lire et écrire. La machine à imprimer a bouleversé tout cela. Elle emploie deux sortes d’ouvriers : un adulte qui la surveille et deux jeunes garçons, âgés, pour la plupart, de onze à dix-sept ans, dont la besogne se borne à étendre sous la machine une feuille de papier et à l’enlever dès qu’elle est imprimée. Ils s’acquittent de cette opération fastidieuse, à Londres notamment, quatorze, quinze et seize heures de suite, pendant quelques jours de la semaine, et souvent trente-six heures consécutives avec deux heures seulement de répit pour le repas et le sommeil. La plupart ne savent pas lire. Ce sont, en général, des créatures informes et tout à fait abruties. (…) Dès qu’ils sont trop âgés (…) on les congédie et ils deviennent autant de recrues du crime. Leur ignorance, leur grossièreté et leur détérioration physique et intellectuelle ont fait échouer les quelques essais tentés pour les occuper ailleurs ». [5]

 

L’industrialisation capitaliste a ainsi radicalement transformé le rapport entre l’homme et la technique, en asservissant le travailleur à des processus techniques imposés de l ?extérieur et inaccessibles. L ?industrialisation et le machinisme ont établi une barrière, à la fois sociale et intellectuelle, entre la conception des techniques de production et leur utilisation. Désormais, le prolétaire n ?agit plus que sous les impératifs de lois (économiques, techniques, scientifiques...) qui échappent à sa compréhension. Il n ?impose plus son rythme à la machine, c ?est la machine qui lui impose le sien. La non-qualification de l ?ouvrier, son ignorance, son abrutissement intellectuel, deviennent la condition même de son « employabilité » dans les nouveaux processus de production.

 

Marx :« La machine, qui possède le merveilleux pouvoir d'abréger le travail et de le rendre plus productif, suscite l'étiolement de la force de travail en même temps qu'elle la suce jusqu'à la moelle. (...) Il apparaît même que la sereine lumière de la science ne puisse briller que sur l’arrière-fond de l’ignorance. Toutes nos inventions et tous nos progrès ne paraissent avoir d’autre résultat que de doter de vie et d’intelligence les forces matérielles, et d’abêtir l’homme en le ravalant au niveau d’une force purement physique ». [6]

 

C’est une double « aliénation » que subit ainsi l’ouvrier de l’ère industrielle. Comme tous les prolétaires avant lui, il doit vendre une partie de soi-même, sa force de travail, pour survivre. Mais cet ouvrier nouveau se trouve également spolié de la maîtrise intellectuelle du processus de production. Il n’est plus qu’un auxiliaire de la machine. Il se trouve soumis au patronat, non seulement parce qu’il ne possède pas de moyens de production, mais parce qu’il ne possède même plus la capacité de maîtriser cette production industrielle nouvelle.

 

Il est frappant de constater que, dans un premier temps, le machinisme et la révolution industrielle n’induisirent aucunement un développement rapide de l’enseignement scolaire. Les données disponibles pour l’Angleterre, première nation à s’engager dans cette révolution, sont éclairantes. Au milieu du XVIIIe siècle, deux tiers des hommes anglais et 40% des femmes savaient lire. Or, près d’un siècle plus tard, en 1840, on observe que ces taux sont à peu près identiques. Il semble même qu’entre ces deux dates on ait connu d’abord un déclin de l’instruction puis une reprise à partir du début du XIXe siècle. [7]

 

Parallèlement on observait fort logiquement un recul du mode de formation traditionnel que constituait l’apprentissage. Proportionnellement, de moins en moins d’emplois nécessitaient une véritable qualification et, lorsqu’elle était néanmoins indispensable, elle s’acquérait souvent « sur le tas ». L’apprentissage continuait certes d’exister et il se développa même dans certaines petites occupations comme la fabrication d’instruments. Mais il déclina rapidement dans les métiers conquis par l’industrialisation et le machinisme, comme le travail du fer et le textile. L’apprentissage perdit également son ancien caractère de lieu de socialisation. Désormais il se réduisait, au mieux, à l’acquisition d’un savoir-faire technique rudimentaire, en un temps que les parents du jeune souhaitaient voir aussi court que possible.

 

Quand, à partir du milieu du XIXe siècle, les sociétés capitalistes en voie rapide d’industrialisation décidèrent enfin d’envoyer massivement les enfants des classes populaires à l’école, ce ne fut donc pas d’abord pour répondre à un besoin de formation technique ou professionnelle. Encore moins par souci de démocratie ou d’émancipation.

 

La véritable raison était à chercher dans cette superbe phrase de Victor Hugo : « Ouvrir une école c’est fermer une prison ». L’aliénation intellectuelle du prolétariat, la perte brutale des repères culturels pour une population arrachée de la vie rurale et plongée dans la misère urbaine, la désagrégation des lieux traditionnel d’éducation et de socialisation,... tout cela avait fini par provoquer un abrutissement moral des classes populaires. Dans les grandes entités urbaines, où le contrôle social et clérical était moins contraignant qu’à la campagne, où les tentations étaient nombreuses, où, surtout, l’exploitation, la misère et les inégalités sociales criantes tendaient à légitimer tout moyen de grappiller un peu de bonheur, une partie du prolétariat s’enfonça dans le vice, l’alcoolisme, la violence, la criminalité, la prostitution. Ce faisant, la classe ouvrière ne faisait que refléter la brutalité qu’elle subissait au travail et dans ses conditions de vie, mais elle devint aussi une menace pour « l’ordre public ».

 

A défaut de vouloir s’attaquer aux causes réelles de cette déchéance, à savoir les conditions de vie sordides et l’exploitation éhontée de la classe ouvrière, la bourgeoisie du XIXe siècle envisagea de résoudre le problème par l’éducation. « L’éducation est la meilleure branche de la police sociale », déclarait John Wade en 1835, « parce qu’elle s’attaque aux principaux germes du crime de l’envie et de l’ignorance (...) Lâcher un enfant non éduqué dans la vie ne vaut guère mieux que de lâcher un chien enragé ou une bête sauvage dans la rue ». [8] Quant au Belge Edouard Ducpétiaux, il estimait que « le degré d’instruction d’un pays représente toujours d’une manière plus ou moins exacte l’état de sa moralité ». [9]

 

Socialiser et éduquer les enfants du peuple : telle fut, historiquement, la première fonction de la scolarisation de masse. Qu’y enseignait-on ? De la morale et de la religion, lire et écrire, calculer, le système des poids et mesures. C’est tout. Pas d’histoire, de sciences naturelles ou de géographie. « Lire écrire compter, voilà ce qu’il faut apprendre », déclarait Adolphe Thiers, « quant au reste, cela est superflu. Il faut bien se garder surtout d’aborder à l’école les doctrines sociales, qui doivent être imposées aux masses. » [10].

 

L’école est née, non parce que le capitalisme triomphant avait besoin de travailleurs instruits, mais précisément pour la raison contraire : parce qu’il avait besoin d’ouvriers non qualifiés et dociles.

 

Guerres et révoltes autour des conglomérats industriels : l’école au service de la patrie

 

Aux yeux de beaucoup de progressistes français, Jules Ferry passe encore, de nos jours, pour le brillant fondateur de l’école laïque et républicaine. Mais quelles furent ses motivations ? Ecoutons-le : « Si cet état de choses [l’emprise cléricale sur l’école] se perpétue, il est à craindre que d’autres écoles se constituent, ouvertes aux fils d’ouvriers et de paysans, où l’on enseignera des principes diamétralement opposés, inspirés peut-être d’un idéal socialiste ou communiste emprunté à des temps plus récents, par exemple à cette époque violente et sinistre comprise entre le 18 mars et le 24 mai 1871 ». [11] C’est en effet après avoir vécu la débâcle des troupes françaises en 1870 et après avoir participé à l’écrasement sanglant de la Commune de Paris que Ferry fonda l’école républicaine en vue, disait-il, de « maintenir une certaine morale d’État, certaines doctrines d’État qui importent à sa conservation ».

 

Au même moment, le Roi des Belges, Leopold II, plaidait la cause de l’enseignement obligatoire en ces termes : « L’enseignement donné aux frais de l’État aura pour mission, à tous les degrés, d’inspirer aux jeunes générations l’amour et le respect des principes sur lesquels reposent nos libres institutions. »

 

Dans le dernier tiers du XIXe siècle, la mission d’éducation de l’école prit ainsi un contenu de plus en plus marqué sur le plan idéologique. L’origine profonde de ces changements doit être cherchée dans de puissantes avancées technologiques. Avant la césure des années 1870-1880, nous étions dans l’époque d’une industrialisation fondée sur la vapeur, le fer et le coton. « Au delà, c’est l’économie de la chimie, de l’électricité, de l’acier et de l’aluminium, du téléphone et de l’automobile » (Broder 1993 p 59).

 

Les nouveaux procédés de la sidérurgie et de la chimie nécessitent des installations industrielles gigantesques. La production et la productivité explosent : un haut fourneau Thyssen du début du XXe siècle produit en une trentaine d’heures ce qu’un haut fourneau silésien produisait en une année cent ans plus tôt [12]. Le phénomène de concentration est général. De 1866 à 1896, malgré l’extraordinaire croissance de la production, le nombre des établissements métallurgiques en Europe est tombé de 1.786 à seulement 171 unités. Dans la même période, le nombre des établissements textiles a diminué de 75%. Mais alors que le nombre des entreprises diminue, leur production et leurs effectifs gonflent démesurément. Les entreprises métallurgiques françaises du groupe Schneider employaient 2.500 personnes en 1845, 6.000 en 1860, 10.000 en 1870. [13]

 

Voilà qui finit par donner une dangereuse consistance au « spectre » qui, depuis plusieurs décennies, hantait la vieille Europe : une classe ouvrière nombreuse, disciplinée par l’industrie, de mieux en mieux organisée, et qui se dotait d’une idéologie dangereuse pour le pouvoir : le socialisme. La Commune de Paris avait déjà résonné comme un coup de tonnerre. Mais entre 1880 et 1910 les partis socialistes révolutionnaires voient grandir sans arrêt leurs effectifs (et leurs voix, là où ils sont autorisés à se présenter aux suffrages).

 

A cette menace interne vint rapidement s’ajouter une menace extérieure : la concentration industrielle des années 1870 à 1914, a fait entrer le capitalisme dans l’ère des grandes puissances impérialistes. A l’aube du XXe siècle, l’économiste allemand Rudolf Hilferding, écrivait : « La nécessité d’une politique expansionniste révolutionne la vision du monde de la bourgeoisie, qui cesse d’être pacifiste et humaniste. Les vieux libre-échangistes croyaient que la liberté du commerce était non seulement le meilleur des systèmes économiques, mais aussi le début d’une ère de paix. Mais le capital financier a abandonné cette croyance depuis longtemps. Il n’a aucune confiance dans l’harmonie des intérêts capitalistes ; il ne sait que trop bien que la compétition est devenue une question de lutte de pouvoir politique. L’idéal de paix a perdu de son lustre et en lieu et place de l’idéal humaniste nous voyons l’émergence d’une glorification de la grandeur et du pouvoir de l’Etat ». [14]

 

Il ne suffisait plus, dans ces conditions, que l’école apprenne à lire, à écrire et à respecter les préceptes moraux ou religieux. Désormais, elle devait enseigner l’amour de la patrie et des institutions. L’histoire, la géographie font donc leur entrée dans les programmes. En Allemagne, l’empereur Guillaume II, aux prises avec la montée des forces socialistes décrivait en ces termes comment il voyait les nouvelles missions de l’enseignement obligatoire : « Voilà longtemps que me préoccupe l’idée d’utiliser l’Ecole, dans chacune de ses subdivisions, en vue de contrecarrer la propagation des idées socialistes et communistes. L’Ecole devra en tout premier lieu jeter les bases d’une saine conception des relations publiques et des relations sociales, en instillant la crainte de Dieu et l’amour de la patrie ». [15]

 

En France, le républicain radical Paul Bert, membre de l’Académie des sciences, célèbre pour ses travaux sur la physiologie de la plongée sous-marine, mais également pour ses thèses racistes, se fend en 1883 d’un manuel pratique portant sur « L’instruction civique à l’école (notions fondamentales) ». « Il faut », écrit-il dans l’introduction de cet ouvrage destiné à éclairer les « Hussards noirs » de la République, « que l’amour de la France ne soit pas pour (l’enfant) une formule abstraite, imposée à sa mémoire comme un dogme de religion, mais qu’il en comprenne les motifs, qu’il en apprécie la grandeur et les conséquences nécessaires. Car c’est en l’aimant et en raisonnant cet amour qu’il apprendra à se donner tout à elle, et, accomplissant jusqu’au bout son devoir de citoyen, à se dévouer, s’il le faut, soit pour le salut de la Patrie, soit pour la défense des principes dont le triomphe a fait de lui un homme libre et un citoyen. Ainsi sera réellement fondée l’Education nationale » (Bert, p6)

 

Les charniers de 14-18 portent devant l’Histoire le témoignage de l’efficacité dramatique qu’eut l’école dans sa nouvelle fonction, celle d’un appareil idéologique d’Etat.

 

La méritocratie, enfant de l’automobile et de l’électricité : sélectionner et former l’élite ouvrière

 

Alors qu’elle avait été, au XIXe siècle, un appareil de socialisation et un appareil idéologique au service de l’Etat, l’école du peuple se transforma progressivement, au cours du siècle suivant, en instrument de sélection et de formation au service direct de l’économie.

 

Dès avant la première guerre mondiale, les progrès des technologies industrielles, la croissance des administrations publiques et le développement des emplois commerciaux firent renaître une demande de main d’œuvre davantage qualifiée. Certes, pour la majorité des travailleurs, une socialisation de base suffisait toujours ; mais un nombre croissant d’entre eux devaient désormais acquérir un savoir-faire spécialisé : mécaniciens, électriciens, dactylos, opérateurs de TSF...

 

Cela pourrait surprendre. N’est-on pas justement en plein « fordisme », qui fut sans doute la forme la plus poussée de découpage parcellaire des tâches ouvrières et donc de déqualification ouvrière ? Certes, mais la production n’est pas tout. Dans son Histoire du travail et des travailleurs, Lefranc nous rappelle qu’en 1948, sur 315.000 travailleurs de l’industrie automobile en France, 110.000 seulement sont actifs dans la production, 25.000 fabriquent des accessoires, 30.000 sont carrossiers et 150.000 sont employés dans les entreprises de réparation (dont deux tiers sont des entreprises artisanales). [16] Or, le réparateur automobile ou le travailleur d’une entreprise d’installation électrique doivent maîtriser intellectuellement les technologies sur lesquelles ils travaillent.

 

« Dans l’entre-deux-guerres » écrivent Thévenin et Compagnon, « l’enseignement technique va connaître un essor remarquable. (...) Le réglage et l’utilisation des machines, le contrôle et la finition des produits, réclament des ouvriers à la fois habiles manuellement et sachant manipuler des instruments de mesure précis, lire des croquis et des gammes d’usinage conçus par les bureaux d’études... » [17

 

La demande était telle qu’un retour aux vieilles formes de l’apprentissage traditionnel n’aurait pu suffire. D’ailleurs, les exigences théoriques de ces nouvelles qualifications ne pouvaient se satisfaire d’une formation exclusivement pratique. Le système éducatif s’ouvrit alors à des sections « modernes », techniques ou professionnelles. On y recruta la « crème » des fils et des filles de la classe ouvrière, afin d’en faire les ouvriers spécialisés, les techniciens, les employés et les fonctionnaires que réclamait la société. Ce fut l’ère de la « promotion sociale » par l’école.

 

Entre les deux guerres mondiales, l’école devint ainsi un instrument essentiel dans la production des forces de travail qualifiées. Mais également dans leur sélection et leur hiérarchisation, sur une base méritocratique.

 

Les robots des trente glorieuses : l’illusion des chances égales

 

Au lendemain de la deuxième guerre mondiale, le capitalisme connaît une période de croissance économique extraordinaire. Elle est bien entendu le résultat des reconstructions d’après-guerre ainsi que du progrès social arraché par une classe ouvrière qui sort politiquement renforcée de ces quatre années de conflit. Mais elle résulte également d’innovations technologiques lourdes et de long terme – électrification des chemins de fer, infrastructures portuaires et aéroportuaires, autoroutes, nucléaire, téléphonie, pétrochimie. L’emploi non qualifié est en recul constant par suite de la mécanisation de l’agriculture et de l’automatisation croissante des tâches répétitives en industrie. Ces emplois perdus sont largement compensés par la dynamique de croissance : on crée des postes d’employés dans l’administration et dans les services, le développement technologique exige des ouvriers toujours plus qualifiés pour la construction navale, l’aéronautique, l’énergie...

 

Ainsi, en Belgique, l’agriculture perd 52% de ses emplois salariés entre 1953 et 1972. Les charbonnages (-78%) et les carrières (-39%) suivent le même mouvement. Mais ces pertes sont largement compensées par la sidérurgie (+10%), la chimie (+36%), l’électronique et l’électrotechnique (+99%), l’imprimerie (+39%), les banques (+131%), les garages (+130%), les administrations publiques (+39%).

 

Le succès économique et l’évolution de la structure du marché du travail exigeaient donc d’élever le niveau général de formation des travailleurs. Et il fallait aller vite. Dans l’urgence, ce qui avait été, jadis, l’école secondaire de l’élite, à savoir l’enseignement général des athénées et des lycées, ouvrit ses portes — du moins celles de ses premières années — aux enfants d’extraction populaire.

 

L’époque est propice à un généreux discours sur la démocratisation de l’enseignement. Pour Leo Collard, ministre belge de l’Education en 1957, « il s’agit de faire en sorte que l’enfant du peuple, au sortir de la voie unique de l’école primaire, trouve un milieu scolaire tel qu’il puisse y poursuivre sans contrainte et sans embarras d’aucune sorte n’importe quelle section d’études qu’il trouve conforme à ses goûts et à en changer éventuellement sans grande difficulté » [18]. En France, le Plan Langevin-Wallon proclame dès 1946 qu’il faut en finir avec la méritocratie : « l’enseignement doit offrir à tous d’égales possibilités de développement, ouvrir à tous l’accès à la culture, se démocratiser moins par une sélection qui éloigne du peuple les plus doués que par une élévation continue du niveau culturel de l’ensemble de la Nation. » [Plan Langevin-Wallon, 1946].

 

Mais ces rêves ne résisteront pas à la réalité. Certes, on cessera « d’éloigner du peuple les plus doués » en les sélectionnant en fin de primaire. Mais cette sélection, il faudra alors l’effectuer plus tard. C’est-à-dire à l’intérieur même de l’enseignement secondaire. Cela signifiera la mise en place d’une sélection négative, d’une sélection basée sur l’échec scolaire. On n’oriente plus vers l’enseignement qualifiant les « meilleurs éléments » des classes populaires, mais « les moins bons élèves » de l’enseignement général.

 

Or, par un miracle pédagogique remarquable, cette sélection continue d’être une sélection basée sur l’origine sociale. La sociologie — Bourdieu, Passeron — découvre soudain que l’école est devenue — au même titre que l’héritage et le mariage — une instance de la reproduction, d’une génération à l’autre, des inégalités sociales.

 

Crises et TIC’s : l’école marchande, au service des marchés

 

Depuis la fin des années 1980, avec l’entrée du capitalisme mondial dans l’ère de la globalisation et des cycles de crises à répétition, les demandes du monde économique par rapport au système d’enseignement connaissent de nouvelles mutations. L’école est sommée de changer, afin de mieux s’adapter aux attentes des employeurs.

 

Trois éléments essentiels marquent cette rupture, déjà souvent analysée dans ces colonnes et que je me contente donc de résumer brièvement ici. [19]

 

Premièrement, la mondialisation a induit une compétition entre les Etats pour attirer les investisseurs, donc pour diminuer la charge fiscale sur les capitaux, les revenus mobiliers, les hauts salaires et les bénéfices des entreprises. Ainsi, les marges de manœuvre budgétaires de l’Etat diminuent, ce qui soumet les politiques d’enseignement à une forte contrainte d’austérité.

 

Deuxièmement, le glissement des emplois de l’industrie vers les services ainsi que le développement technologique induisent, dans les économies « avancées », une polarisation du marché du travail. « Les plus fortes créations d’emplois doivent être attendues, d’une part, dans les postes de management et les emplois professionnels et techniques de très haut niveau, mais, d’autre part, également dans les emplois du secteur des services exigeant une qualification moyenne ou faible ». [20]

 

Enfin, troisièmement, l’instabilité économique ainsi que le rythme effréné de l’innovation technologique, mais surtout le caractère anarchique de l’économie capitaliste, rendent impossible toute politique prévisionnelle en matière de formation et de qualification.

 

Dans ce contexte, la majorité des employeurs sont moins demandeurs de qualifications précises et pointues que d’une vague « employablité », que doivent garantir les « compétences de bases » et la flexibilité des travailleurs. Nous avons déjà vu précédemment comment l’OCDE et son enquête PISA servent précisément à pousser les systèmes éducatifs sur cette voie. Nous comprenons mieux aussi, dans ce cadre, l’engouement officiel pour la conception éducative [21] fondée sur l’ « approche par les compétences ».

 

Pour illustrer cette exigence de flexibilité, considérons par exemple l’employé de bureau « moderne ». Sur son PC, il doit pouvoir utiliser un traitement de texte, une boîte mail, un tableur type Excel, une base de données et un logiciel de dessin, il doit pouvoir répondre au téléphone en deux ou trois langues, il doit avoir une voiture pour faire une course urgente pour son patron, il doit être disponible en soirée et le week-end... Bref, on attend de lui qu’il fasse le travail (ou une partie du travail) effectué jadis par une sténo-dactylo, un opérateur télex, une téléphoniste, un graphiste, un chauffeur, une secrétaire diplômée... et qu’il soit disponible comme un cadre supérieur. Mais sans en avoir ni la qualification des premiers, ni le salaire du second.

 

Cette mise en adéquation de l’enseignement avec les attentes des employeurs constitue l’une des formes de la « marchandisation » de l’école, à savoir sa mise au service des marchés. Ce mouvement englobe de multiples aspects : la privatisation marchande de l’enseignement, l’investissement privé dans des activités de soutien scolaire, la mise en concurrence des établissements, leur gestion managériale sur le mode de l’entreprise privée, la conquête de l’école par les annonceurs publicitaires et autres spécialistes du marketing, etc...

 

Capitalisme et éducation : une relation pétrie de contradictions

 

Sous l’effet complexe du développement des techniques de production — vapeur, machine, électricité, chimie, mécanique, électronique, automatisation, robotique, informatique, communication — les fonctions de l’enseignement ont évolué : éduquer et socialiser l’enfant, lui inculquer l’amour de la patrie et des institutions en place, sélectionner et former la main d’œuvre spécialisée dont les entreprises ont besoin, assurer la reproduction des classes sociales d’une génération à l’autre, assurer les compétences de base qui doivent constituer le socle de qualification commun à tous les travailleurs, préparer le consommateur à l’utilisation des nouveaux produits, devenir enfin un vecteur du commerce et un secteur d’investissement lucratif.

 

Pour simplifier, nous avons présenté chacune de ces fonctions comme apparaissant à une époque donnée. L’image est sans doute un peu caricaturale. Il est plus exact de considérer que toutes ces missions sont présentes conjointement depuis qu’existe l’école de masse, donc depuis le 19ème siècle, mais leur importance relative a changé au fil du temps : ce qui était l’aspect principal de l’école à une époque donnée, devient secondaire à une autre époque.

 

Une autre nuance s’impose. L’école dont nous avons parlé est le système éducatif conçu pour l’instruction, l’éducation et la formation des enfants du peuple, les enfants du prolétariat, cette classe d’hommes qui font vivre le capitalisme en lui vendant leur force de travail. Mais à côté de cette école-là, il en est une autre. Celle chargée de former les élites sociales, les futurs dirigeants des entreprises et de l’Etat. Or, lorsque nous disons que cette deuxième école est « à côté » de la première, il faut l’entendre de façon purement théorique. En réalité, il arrive fréquemment que ces deux systèmes d’enseignement s’entremêlent durant un certain temps ou en certains lieux. Même si, par le jeu de la ségrégation sociale entre les établissements scolaires, par la mécanique complexe des réseaux et des filières, les classes sociales et les destins sociaux restent clairement séparés, il arrive néanmoins que riches et pauvres, classes moyennes et classes populaires, classes moyennes et classes bourgeoises, se retrouvent sur les mêmes bancs d’école.

 

Troisième nuance : on pourrait retenir l’impression, de cet historique trop succinct, que les besoins du système — donc de ses classes dirigeantes — seraient uniformes. Or, le capital et le patronat sont multiples. Leur soif commune de profit génère autant d’opposition et de concurrence entre eux que d’unité à combattre et dominer le monde du travail.

 

Tout cela ne manque pas de susciter des contradictions, qui furent souvent au cœur des débats éducatifs.

 

Il y a, par exemple, contradiction entre les conceptions qui prévalent pour l’éducation de l’élite et celle du peuple. « L’école bourgeoise, disait Anatole Lounatcharski, est tiraillée entre l’idéal de l’individualiste chez lequel poussent des crocs de fauve, et l’idéal de l’homme discipliné, alias esclave, et elle ne peut pas s’en dépêtrer » [22]. Comment concilier dans un même système d’enseignement, l’éducation aux valeurs fondamentales que réclame la bourgeoisie pour ses propres enfants — liberté individuelle, assurance et réussite personnelle — avec la nécessité d’inculquer aux futurs travailleurs des valeurs comme la discipline de travail, l’obéissance, la modestie dans les aspirations sociales ?

 

Il peut également y avoir contradiction entre les intérêts économiques et les besoins politiques. Comment accorder suffisamment d’importance à l’éducation idéologique et à la socialisation du citoyen, si nécessaires à la survie politique du système, alors que cela devra se faire au détriment de la qualification professionnelle, si vitale pour la compétitivité ? Et comment amener tous les travailleurs à un haut niveau de savoir et de technicité tout en reproduisant une stricte hiérarchie au sein même de la main-d’œuvre ?

 

Contradiction encore entre les besoins à court terme et à long terme : faut-il favoriser l’exploitabilité immédiate de la main-d’œuvre ou son adaptabilité ?

 

Les intérêts collectifs de la classe possédante peuvent parfois être opposés aux intérêts particuliers des familles qui la composent : la bourgeoisie belge contemporaine peut fort bien souhaiter collectivement une meilleure école pour les enfants des classes populaires (parce qu’elle en a besoin en termes de formation de la main d’œuvre et de paix sociale), mais aucune famille bourgeoise particulière n’est prête à en faire les frais par l’abandon des privilèges dont elle jouit sur le marché scolaire.

 

Surtout pas trop d’instruction !

 

Pourtant, bien plus encore que de tous ces tiraillements entre les diverses fonctions du système éducatif bourgeois, il faut prendre conscience de ce que d’autres besoins importants, d’autres intérêts vitaux des classes dominantes, s’opposent diamétralement aux progrès de la scolarisation.

 

Si le capitalisme a besoin que son système d’enseignement lui fournisse les travailleurs et les citoyens adaptés à son économie, il n’est pas prêt pour autant à ce que ce soit au prix de dépenses excessives. Investir dans l’éducation ? D’accord, mais juste ce qu’il faut !

 

Le frein au développement du système éducatif peut également participer d’une volonté politique visant à limiter strictement le rôle de l’Etat. La bourgeoisie a besoin d’un appareil d’Etat pour asseoir et protéger sa domination ainsi que pour réguler la société sur le plan économique, social et politique. Mais elle a surtout besoin d’espaces de liberté pour y développer son commerce et son industrie. Voici en quels termes le Belge De Brouckère s’opposait, en 1859, à l’instruction obligatoire : « Si vous obligez le père de famille à envoyer dès le matin son enfant à l’école, vous ne pouvez pas l’obliger à l’y envoyer à jeun ; vous devez tout au moins lui assurer un morceau de pain ; avant qu’on puisse exercer l’intelligence, il faut commencer par nourrir le corps. Or, ce serait là du socialisme, du communisme, dont je ne veux à aucun point de vue. » [23]

 

Et puis, la peur de manquer de main-d’œuvre peut aussi faire craindre l’excès d’instruction. Tant que l’enfant fréquente l’école, il n’est pas disponible sur la marché du travail. Cette vérité toute simple fut, dans la majorité des pays capitalistes modernes, le frein principal à l’introduction de l’enseignement primaire obligatoire au XIXème siècle. Le capitalisme en expansion réclamait des enfants pour ses fabriques et ses mines. Il n’en fallut pas plus, en Belgique notamment, pour que les portes des écoles leur restent fermées pendant longtemps.

 

Mais surtout, aux yeux des classes dirigeantes, l’excès d’enseignement et de savoir peuvent représenter des dangers pour l’ordre établi. La scolarisation ne va-t-elle pas faire naître, dans le chef des travailleurs, des « aspirations inconsidérées » ?

 

En 1816, le clairvoyant ministre français Guizot estimait que « l’ignorance rend le peuple turbulent et féroce, elle en fait un instrument à la disposition des factieux empressées à se servir de cet instrument terrible. (...) Alors se manifestent, dans les classes inférieures, ce dégoût de leur situation, cette soif de changement, cette avidité déréglée que rien ne peut plus ni contenir ni satisfaire » [24] Mais trente ans plus tard, après la révolution de 1848, Adolphe Thiers, le futur massacreur de la Commune, rétorquait que [ce sont] « les ouvriers les plus instruits et qui gagnent le plus qui sont tout à la fois et les plus déréglés dans les moeurs et les plus dangereux pour la paix publique » [25].

 

En Belgique, Charles Woeste, le président du parti catholique, partageait les mêmes craintes en 1908, quand il intervint à la Chambre pour tenter encore de s’opposer à l’inéluctable enseignement obligatoire : « Nous voulons préserver l’intelligence et l’âme de nos enfants de la contagion des mauvaises doctrines ; nous avons peur de leur empoisonnement » [26]. Et quand Guillaume II voulut moderniser le système scolaire allemand, des conseillers l’avertirent : « Votre majesté, vous risquez de commettre une énorme erreur. Des écoles professionnelles sortiraient sans doute de meilleurs spécialistes mais de bien plus mauvais sujets de la couronne » [27].

 

De tout temps, la bourgeoisie a ainsi cherché à limiter l’accès de la classe ouvrière à l’enseignement, parce que, comme le dit si bien Bernard Charlot, « la qualification donne force à l’ouvrier pour revendiquer sur le salaire et les conditions de travail et nourrit les aspirations sociales et politiques de la classe ouvrière » [28].

 

Cette dernière contradiction prend une forme spécifique s’agissant de la formation technique des futurs travailleurs.

 

Dès le milieu du XIXe siècle, de nombreux auteurs tels Karl Marx annoncèrent que l’ère du machinisme et de la grande industrie allait entrainer un besoin en main d’œuvre beaucoup plus polyvalente. D’un point de vue strictement technique et économique, il serait de l’intérêt des industriels de disposer de travailleurs ayant une vue d’ensemble sur les processus de production, sur leur intégration dans la production globale, capables de réagir aux situations imprévues avec l’intelligence nécessaire.

 

Depuis le début du XIXe siècle, les technologies de la production ont connu un développement extraordinaire. Parfois ces progrès ont entraîné de nouveaux besoins en matière de qualifications de masse — dans l’électricité et la mécanique aux années 1900 à 1940 ou dans l’électronique à l’époque des Trente Glorieuses. Parfois, au contraire, ils ont tendu davantage à induire une déqualification du travail — avec le machinisme au début du XIXe siècle ou avec les technologies de l’information et de la communication aujourd’hui. Il peut donc arriver, selon les époques, les lieux, les secteurs, que le capitalisme lui-même exprime le souhait d’une formation technique plus développée.

 

Mais jamais il ne s’est engagé sur la voie d'un véritable enseignement polytechnique, qu’il juge inutile et dangereux.

 

Inutile parce que les besoins à court terme en formation technique ont toujours été des besoins en main d’œuvre spécialisée (électriciens, mécaniciens, électroniciens...). A long terme le capitalisme pourrait sans doute trouver son intérêt dans une formation polytechnique, mais l’essence même du capitalisme est de n’envisager des décisions qu’à l’horizon des perspectives de rendement à court terme.

 

Une formation polytechnique est également fondamentalement dangereuse pour le système : elle ouvre à la compréhension du monde, parce qu’elle éclaire l’influence des évolutions techniques sur les évolutions de la société ; elle sensibilise les jeunes, développe leur sens critique, leur capacité de comprendre l’environnement technologique et les révolutions économiques et sociales dont il est potentiellement porteur.

 

C’est pourquoi, malgré quelques timides tentatives d’introduction de cours de technologie pour tous, le rapport scolaire à la technique a été souvent réduit à la maîtrise passive des outils et confiné dans les filières de relégation. L’acte productif se trouve stigmatisé comme « vulgaire », réservé à ceux qui n’auront pas réussi dans les filières réputées « nobles ». Seules quelques élites universitaires ont droit à une formation de type « polytechnique », qui reste essentiellement théorique, mais qui permet aux futurs dirigeants de jeter un regard d ?ensemble sur les processus de production. Ils s’en servent pour assurer leur domination de classe.

 

Et voilà pourquoi, « la classe bourgeoise n’a pas les moyens ni l’envie d’offrir au peuple une éducation véritable » (Karl Marx). [29]

 

Notes :

[1] Bruneel, Claude. L’Ecole primaire en Belgique depuis le moyen âge, Catalogue de l’exposition. Bruxelles : CGER, 1986

[2] Guibert, Louis. L’instruction primaire en Limousin sous l’ancien régime. Limoges : Ducourtieux, 1888, p. 38

[3] Robert Guinot, Métiers et petits métiers d’autrefois en Limousin. Lucien Souny, 1998

[4] Rioux, Jean-Pierre. La Révolution Industrielle. Paris : Ed. du Seuil, 1971.

[5] Marx, Le Capital

[6] Marx, K., Discours prononcé lors de la commémoration de l’anniversaire de l’organe chartiste People’s Paper, 19 avril 1856, in Werke, 12.

[7] More, Charles. Understanding the Industrial Revolution. Routledge, 2000.

[8] Wade, John. History of the Middle and Working Classes. Wilson, 1835, p 496

[9] Edouard Ducpétiaux, Des progrès et de l’état actuel de la réforme pénitentiaire et des institutions préventives aux Etats-Unis, en France, en Suisse en Angleterre et en Belgique (Bruxelles : Hauman, Cattoir et cie, 1837), Tome 3, p 82

[10] Terral, Hervé. Les Savoirs Du Maître. Editions L’Harmattan, 1998

[11] Cité par Foucambert, 1986

[12] Hilferding, Rudolf. Das Finanzkapital ; Eine Studie Über Die Jüngste Entwicklung Des Kapitalismus. Frankfurt : Europäische Verlagsanstalt, 1968.

[13] Dupeux, G., 1976. French society, 1789-1970, Taylor & Francis

[14] Brewer, Anthony. Marxist Theories of Imperialism. Routledge, 1990.

[15] Erlaß Kaiser Wilhelms II. vom 1.5.1889, in : Verhandlungen über Fragen des höheren Unterrichts. Berlin, 4.-17. Dezember 1890. Im Auftrage des Ministers der geistlichen, Unterrichts- und Medizinal- Angelegenheiten, Berlin 1891, S. 3-5.

[16] Lefranc, G., 1957. Histoire du travail et des travailleurs, Paris : Flammarion.

[17] Compagnon, B. & Thévenin, A., 1995. L’école et la société française, Editions Complexe

[18] Collard L., Un programme d’éducation nationale démocratique, cité par Van Haecht A., L’enseignement rénové, de l’origine à l’éclipse, Editions de l’ULB, Bruxelles, 1985, p. 172.

[19] Pour une analyse globale de la marchandisation de l’enseignement, on lira notamment Nico Hirtt, Les nouveaux maîtres de l’école, ed. Aden, Bruxelles 2005. Pour une critique de la conquête commerciale de l’école, on lira Nico Hirtt et Bernard Legros, L’école et la peste publicitaire, éditions Aden, Bruxelles, 2007.

[20] Sels, L. et al., 2006. Inzetten op competentieontwikkeling. Discussietekst gericht op de ontwikkeling van een Competentieagenda

[21] Nous disons « conception éducative » et non « pédagogie » parce que la plupart des défenseurs de l’APC eux-mêmes se défendent d’être les porte-paroles d’une pédagogie. Et en effet, l’APC ne dit nullement comment il convient d’enseigner mais apporte une réponse à la question « que faut-il enseigner ? ».

[22] Lounatcharski A., De l’école de classe, in A propos de l’éducation, Editions du Progrès, Moscou, 1984.

[23] Cité par De Clerck K., Momenten uit de geschiedenis van het Belgisch onderwijs, De Sikkel, Antwerpen, 1975 p. 32.

[24] Guizot, F., 1816. Essai sur l’histoire et sur l’état actuel de l’instruction publique en France, Paris : Maradan

[25] Cité par Cogniot, G., 1948. La question scolaire en 1848 et la loi Falloux, Éditions Hier et aujourd’hui

[26] De Clerck, op. cit. p 86

[27] Cité par Lounatcharski, op. cit., p. 40

[28] Charlot B., L’Ecole en mutation, Payot, Paris, 1987, p. 64.

[29] Marx K., Travail salarié et Capital (manuscrit annexe) ; in Marx et Engels, Critique de l’éducation et de l’enseignement, Maspero, Paris, 1976.

 

Source : Aped

 

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Le monde en 2030. Par Ignacio Ramonet.

10 Juin 2013 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La mondialisation

10 juin 2013

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Tous les quatre ans, au début de chaque nouveau mandat présidentiel aux États-Unis, le National Intelligence Council (NIC), bureau d’analyse et d’anticipation géopolitique et économique de la Central Intelligence Agency (CIA), publie un rapport qui devient automatiquement une référence majeure pour toutes les chancelleries du monde. Bien qu’il s’agisse, évidemment, d’une vision très partielle (celle de Washington), élaborée par une agence (la CIA) dont la mission principale est de défendre les intérêts des États-Unis, le rapport stratégique du NIC présente un intérêt indiscutable : il résulte d’une mise en commun – révisée par toutes les agences d’intelligence américaines – d’études élaborées par des experts indépendants de plusieurs universités et de nombreux pays (Europe, Chine, Inde, Afrique, Amérique Latine, monde arabo-musulman, etc.).

 

 
 
Le document confidentiel que le président Barack Obama a trouvé sur son bureau de la Maison Blanche le 21 janvier dernier lorsqu’il a entamé son second mandat vient de paraître sous le titre Global Trends 2030. Alternative Worlds (Tendances mondiales 2030 : nouveaux mondes possibles) [1]. Que nous dit-il ?

Le constat principal est : le déclin de l’Occident. Pour la première fois depuis le XVe siècle, les pays occidentaux perdent du pouvoir face à la montée des nouvelles puissances émergentes. Commence la phase finale d’un cycle de cinq siècles de domination occidentale du monde. Même si les États-Unis demeureront l’une des principales puissances planétaires, ils perdront leur hégémonie économique en faveur de la Chine. Ils n’exerceront plus leur « hégémonie militaire solitaire » comme ils le font depuis la fin de la guerre froide (en 1989). Nous allons vers un monde multipolaire dans lequel les nouveaux acteurs (la Chine, l’Inde, le Brésil, la Russie, l’Afrique du Sud) ont vocation à constituer de solides pôles régionaux et à disputer la suprématie internationale à Washington et à ses alliés historiques (Royaume Uni, France, Allemagne, Japon). Pour avoir une idée de l’importance et de la rapidité du déclassement occidental qui s’annonce, il suffit de souligner ces chiffres : la part des pays occidentaux dans l’économie mondiale passera de 56% aujourd’hui à 25% en 2030... En moins de vingt ans, l’Occident perdra plus de la moitié de sa prépondérance économique... L’une des principales conséquences de cela c’est que les États-Unis et leurs alliés n’auront probablement plus les moyens financiers d’assumer le rôle de gendarmes du monde... De sorte que ce changement structurel (aggravé par la profonde crise économique actuelle) pourrait réussir là où l’Union soviétique et Al-Qaïda ont échoué : à savoir, l’affaiblissement durable de l’Occident.

Selon ce rapport de la CIA, la crise en Europe durera au moins une décennie, soit jusqu’en 2023... Et, toujours selon cette étude, il n’est pas certain que l’Union européenne réussira à maintenir sa cohésion. Entre-temps, l’émergence de la Chine se confirme comme deuxième économie du monde qui deviendra bientôt la première. Simultanément, les autres pays du groupe BRICS (Brésil, Russie, Inde et Afrique du Sud) s’installent en deuxième ligne et entrent en compétition directe avec les anciens empires dominants du groupe JAFRU (Japon, Allemagne, France, Royaume Uni).

En troisième ligne apparaissent désormais une série de puissances intermédiaires avec des démographies à la hausse et de forts taux de croissance économique, appelées à devenir également des pôles hégémoniques régionaux et avec tendance à se constituer en groupe d’influence mondiale, le CINETV (Colombie, Indonésie, Nigeria, Ethiopie, Turquie, Vietnam).

Mais d’ici à 2030, dans le Nouveau système international, quelques unes de plus grandes collectivités du monde ne seront plus des pays mais de communautés rassemblées et reliées entre elles par Internet et les réseaux sociaux. Par exemple, « Facebookland » : plus d’un milliard d’usagers... ou « Twitterland » : plus de 800 millions... Dont l’influence dans le jeu de trône de la politique mondiale pourrait être décisif. Les structures de pouvoir vont se disséminer en raison de l’accès universel à la Toile et à l’usage des nouveaux outils numériques.

A cet égard, le rapport de la CIA annonce l’apparition de tensions entre les citoyens et certains gouvernements ; tensions que plusieurs sociologues qualifient de « post-politiques » ou « post-démocratiques »... D’un côté, la généralisation de l’accès à Internet et l’universalisation de l’usage des nouvelles technologies vont permettre aux citoyens d’élargir le champ de leurs libertés et de défier leurs représentants politiques (comme ce fut le cas lors printemps arabes ou de la crise des indignés). Mais, en même temps, selon les auteurs du rapport, ces mêmes outils électroniques vont procurer aux gouvernements « une capacité sans précédent de surveiller leurs citoyens » [2].

« La technologie – ajoutent les analystes de Global Trends 2030 – continuera d’être le grand critère de différentiation des États, mais les futurs empereurs d’Internet, semblables à ceux de Google ou de Facebook, possèderont des montagnes entières de données et manipuleront en temps réel beaucoup plus d’informations que les États ». C’est pourquoi la CIA recommande à l’Administration des États-Unis qu’elle se prépare à affronter les grandes entreprise privées qui contrôlent Internet en activant le Special Collection Service, un service d’intelligence ultrasecret – qui dépend conjointement de la NSA (National Security Service) et le SCE (Service Cryptologic Elements) des Forces armées – spécialisé dans la captation clandestine d’informations d’origine électromagnétique. Si un groupe d’entreprises privées venait à contrôler la masse de données qui circule sur Internet, il pourrait conditionner le comportement d’une grande partie de la population mondiale, voire même des entités gouvernementales. La CIA craint aussi que le terrorisme djihadiste soit remplacé par un cyberterrorisme encore plus effroyable.

Le rapport prend d’autant plus au sérieux ce nouveau type de menace que, en définitive, le déclin des États-Unis n’a pas été provoqué par une agression extérieure mais par une cause interne : la crise économique survenue en 2008 après la faillite de la banque Lehman Brothers. Les auteurs estiment que la géopolitique contemporaine doit prendre en compte des nouveaux phénomènes qui n’ont pas forcément de caractère militaire. Car, même si les menaces militaires n’ont pas disparu (cf. les affrontements armés en Syrie, les menaces concernant l’Iran ou la récente gesticulation nucléaire de la Corée du Nord), les dangers principaux que courent aujourd’hui les sociétés sont de type non-militaire : changement climatique, conflits économiques, crime organisé, guerres électroniques, nouvelles pandémies, épuisement des ressources naturelles...

Sur ce dernier aspect, le rapport signale qu’une des ressources qui s’épuise le plus rapidement est l’eau douce. En 2030, 60% de la population mondiale connaîtra des problèmes d’approvisionnement en eau, ce qui pourrait donner lieu à des « conflits hydriques »... Concernant les hydrocarbures, en revanche, la CIA se montre beaucoup plus optimiste que les écologistes. Grâce aux nouvelles techniques (fort polluantes) de fracturation hydraulique, l’exploitation du pétrole et du gaz de schiste devrait atteindre des niveaux exceptionnels. Les États-Unis seraient déjà autosuffisants en gaz, et ils le seront, en 2030, en pétrole. Ce qui fait baisser ses coûts de production manufacturière et encourage la relocalisation de ses industries de main d’œuvre. Mais si les États-Unis – principaux importateurs mondiaux d’hydrocarbures – cessent d’importer du pétrole, les prix du baril s’effondreront. Quelles seraient alors les conséquences pour les actuels pays exportateurs ?

Dans le monde de demain, 60% des personnes vivront, pour la première fois dans l’histoire de l’Humanité, dans les villes. D’autre part, conséquence de la réduction accélérée de la pauvreté, les classes moyennes deviendront dominantes et le nombre de personnes qui en feront partie sera multiplié par trois passant de 1 milliard à 3 milliards. C’est une révolution colossale. Qui provoquera, entre autres conséquences, un changement général des habitudes culinaires ; notamment une augmentation de la consommation de viande à l’échelle planétaire. Ce qui va aggraver la crise environnementale. Parce qu’il faudra augmenter considérablement l‘élevage (de bovins, d’ovins, de porcs et de volailles). Et cela supposera une explosion de la consommation d’eau (pour produire les fourrages), d’énergie et de l’usage de fertilisants. Avec des dérivations négatives en termes d’effet de serre et de réchauffement global...

Le rapport prévoit également que, en 2030, les habitants de la planète seront 8,4 milliards, mais que l’augmentation démographique cessera partout à l’exception de l’Afrique. Il y aura donc un vieillissement général de la population mondiale. En revanche, la relation entre l’être humain et les « technologies prothétiques » va accélérer la mise au point de nouvelles générations de robots et l’apparition de « surhommes » capables de prouesses physiques et intellectuelles inédites.

Le futur est rarement prévisible. Il ne faut pas pour autant cesser de l’imaginer en termes de prospective. Et de nous préparer à agir face à diverses circonstances possibles dont une seule se produira. Même si (nous l’avons déjà dit) la CIA possède son propre point de vue subjectif sur la marche du monde, et que ce point de vue est conditionné par l’impératif de la défense des intérêts des États-Unis, ce rapport constitue un outil de travail extrêmement utile. Sa lecture nous aide à prendre conscience des rapides évolutions en cours et à réfléchir sur la possibilité, pour chacun d’entre nous, d’intervenir et d’agir pour infléchir le cours des choses, afin de contribuer à construire un futur plus juste.
 
 
 

 

 
Notes :
[1] http://www.dni.gov/index.php/nation.... Paru en français sous le titre : Le Monde en 2030 vu par la CIA, Editions des Equateurs, Paris, 2013.
[2] Dans ce même esprit de mise en garde, lire Julian Assange (avec Jacob Appelbaum, Aandy Müller-Maghun et Jérémie Zimmermann), Menace sur nos libertés. Comment Internet nous espionne ; comment résister (Robert Laffont, Paris, 2013). Lire aussi : Christophe Ventura, « Julian Assange et la surveillance de masse », Mémoire des luttes, 1er février 2013. http://www.medelu.org/Julian-Assang....
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Les stratégies de la suprématie. Le site de Michel Collon.

10 Juin 2013 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Histoire

 

8 juin 2013

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Chaque Etat impérialiste vise à établir sa suprématie planétaire, lui permettant de disposer des richesses mondiales assurant sa prééminence sur les autres pays impérialistes. Les puissances impérialistes sont donc des adversaires inconciliables - ce que le marxisme a appelé « les contradictions internes de l’impérialisme ».

 

 

 

Les rivalités ne peuvent engendrer que l’agressivité. Mais il est primordial pour la puissance visant à imposer sa suprématie de se placer au préalable en position de force, afin de limiter les possibilités de ses rivales à réagir à l’agressivité entreprise. Ses moyens politiques, économiques ou militaires doivent réduire les marges de manœuvre de l’adversaire (ainsi aujourd’hui, les Etats-Unis proclament "assurer la paix à travers la force", faisant du chantage par la menace).

 

A la fin du 18e siècle, la France combat l’Angleterre sans l’attaquer. A cette époque, la France est une nouvelle puissance industrielle et elle "doit" détrôner la puissance en titre, pour "le bien de la France". Comme moyen pour combattre l’Angleterre, Napoléon choisit le blocus économique, en interdisant le commerce avec l’Angleterre. Le blocus économique n’avait de sens pour lui qu’à condition que toute l’Europe se trouvât sous le pouvoir de Napoléon, car le contrôle rigoureux de l’application complète du "blocus économique continental" de l’Angleterre exigeait la soumission absolue de toute l’Europe et de la Russie à la volonté de Napoléon. Durant vingt ans de guerres en Europe, Napoléon suit sa logique d’imposer le blocus économique de l’Angleterre.

 

 

  A la fin du 19e siècle, l’Allemagne unifiée par la Prusse - encore sous régime féodal - fait des bonds économiques spectaculaires. Sa tactique pour réduire la puissance de ses concurrents se présente sous deux tendances : 1. - Celle des grands propriétaires terriens qui prônaient une politique d’annexion à grande échelle : annexer des pays avoisinants (la France, la Belgique) pour augmenter le potentiel industriel allemand ; annexer des terres agricoles (des pays baltes et de la Pologne) ; pénétration vers l’Adriatique en annexant la Serbie et le Monténégro, etc. Evidemment, ils veulent aussi s’emparer de certaines colonies françaises et belges, pour unifier l’empire colonial allemand disséminé à travers toute l’Afrique. Ces desseins ne peuvent être réalisés que par la force.   2. - Une autre tactique optait pour une politique mondiale expansionniste, fondée sur le libre commerce, estimant que la force industrielle allemande suffit pour l’emporter par une concurrence ouverte, avec l’avantage d’éviter la riposte que provoqueraient les annexions. Cette tendance, que représentaient les monopoles allemands, était pour une communauté économique européenne, sans l’Angleterre et la Russie (pour ne pas perdre leurs marchés), mais avec la France et la Belgique, qui seraient soumises au contrôle économique allemand… (L’idée d’"Etats-Unis d’Europe" était déjà en l’air depuis un certain temps, considérant cette solution comme un rempart contre les guerres (1). Face aux espoirs que la Première guerre mondiale mènerait à l’unification de l’Europe, Lénine écrira en 1915 que "les Etats-Unis d’Europe n’auront comme but que de s’opposer à la montée économique de l’Amérique et du Japon" ; que "sous le capitalisme, les Etats-Unis d’Europe sont impossibles, ou seront réactionnaires".)

 

 

Les Etats-Unis d’Amérique, qui à cette époque développent leur industrie exclusivement sur leur territoire, évitent les conflits majeurs, mais profitent des besoins d’approvisionnement des belligérants.

 

La Russie tsariste, dont les relations commerciales et productives sont surtout avec l’Allemagne, est la cinquième puissance mondiale. Elle ne vise pas à sortir de sa vaste étendue de la Pologne à la Sibérie, mais elle est confrontée aux appétits de l’Allemagne voisine (2).

 

 

Pendant la guerre franco-prussienne Marx fait une analyse très intéressante :

"L’influence prépondérante du tsar (russe) sur l’Europe prend racine dans son autorité traditionnelle sur l’Allemagne. [] Du fait de l’épuisement réciproque de l’Allemagne et de la France (dans la guerre de 1870), Alexandre se flattait qu’il deviendrait l’arbitre suprême de l’Ouest européen. Telle est la loi du système politique vieillissant : le gain de l’un est la perte de l’autre. (Mais) la Russie autocratique doit se considérer en péril du fait d’un empire allemand sous direction prussienne [], au moment où en Russie-même des forces sociales volcaniques menacent de secouer les bases les plus profondes de l’autocratie. Le tsar pourrait-il supporter une telle perte de prestige à l’étranger ? (3) [] Si l’arrogance de l’Allemagne du succès (sur la France) et les intrigues dynastiques la conduisent à une spoliation de territoires français (l’Alsace et la Lorraine), il ne lui restera alors que deux partis possibles. Ou bien elle doit, à tout risque, devenir l’instrument direct de l’expansion russe, ou bien, après un court répit, elle devra se préparer à nouveau à une autre guerre "défensive", non pas une de ces guerres "localisées" d’invention nouvelle, mais une guerre de races, une guerre contre les races latines et slaves coalisées." (le souligné est dans le texte original : "Seconde adresse du Conseil Général de l’Association Internationale des Travailleurs /la I Internationale/ sur la guerre franco-allemande", aux membres en Europe et aux USA – Londres, le 9 sept. 1870 – texte écrit par Marx)

 

Nous voyons là l’engrenage qui mènera l’Allemagne aux deux guerres mondiales où elle vise à détrôner l’Angleterre, sa position de force préalable étant sa puissance militaire.

 

Au lendemain de la Deuxième guerre mondiale, les Etats-Unis arrivent à s’imposer sur les autres pays impérialistes, ravagés et affaiblis par la guerre. Ils imposeront un dictat époustouflant, qui s’appuie sur la position du dollar comme monnaie internationale, qu’ils ont pu obtenir face à la proposition anglaise de monnaie internationale fictive, présentée par John Meynard Keynes à la conférence de Bretton Woods (USA) en 1944, à laquelle ont participé quarante-quatre pays.

 

Mais, comme le dit si bien Samir Amin, "le capitalisme engendrant en permanence une tendance à la surproduction, la crise est alors, la forme normale de son état, tandis que la prospérité est, elle, l’exception"(4).

 

Aux Etats-Unis, la crise économique commence dès les années 1960.

 

Mais s’étant assuré leur suprématie sur les autres puissances impérialistes par le dollar-monnaie internationale, ils s’engagent dans des guerres en Asie et dans des interventions en Afrique, dont le but est de déloger les anciennes puissances. Le coût de leurs efforts militaires aggrave leurs crises économiques… qu’ils font payer au monde entier, ayant supprimé la convertibilité du dollar en 1971.

 

Un demi-siècle de répit s’était imposé après la Deuxième guerre mondiale avec la victoire de l’URSS sur le fascisme, suivie des révolutions socialistes des pays de l’Europe de l’Est et de la Chine et des luttes de libération nationale des pays colonisés, qui a pu nourrir l’illusion qu’enfin le capitalisme, contraint de s’y ajuster, parvenait à se civiliser. Mais, se trouvant sans contrepoids politique depuis la désagrégation de l’URSS en 1991, l’offensive des Etats-Unis s’est amplifiée.

 

Les Américains sont moins convaincus que ne le sont en apparence leurs alliés européens, des vertus de la concurrence. Dans la conjoncture actuelle de crise générale - économique, politique et militaire - ils ont repris l’offensive, pour organiser leur hégémonie planétaire en système mondial dans toutes ses dimensions.

 

Les médias sont, sans doute, suffisamment contrôlés pour que les objectifs stratégiques du pouvoir américain ne soient jamais objet de débat. Ce qui est plus étonnant, c’est le silence des pouvoirs européens, qui ne souhaitent pas même évoquer l’existence d’une stratégie globale américaine. Orchestrant la manipulation médiatique, d’une efficacité redoutable, les forces impérialistes ont provoqué une véritable crise de l’idée et de la pratique démocratiques. Le système néolibéral exclut toute avancée de la démocratie.

 

La notion de "démocratie" est mobilisée de façon cynique pour abattre un adversaire socialiste ou populaire, qui défend une démocratie authentique allant au-delà des simples élections pluralistes, mais plutôt une démocratie de justice sociale, défendant son indépendance - avec une dimension anti-impérialiste qui ne soit pas alignée sur la stratégie régionale ou mondiale des Etats-Unis.

 

L’offensive de l’impérialisme américain est déployée dans toutes les directions : - dénigrement des grands combats portant sur les choix de société ; - émiettement maximal des forces potentielles anti-impérialistes ; - éclatement des formes étatiques d’organisation de la société (dénommé "démolition contrôlée") ; - impuissance de l’Etat capitaliste, voulue et organisée par la bourgeoisie monopoliste qui a instauré l’hégémonie des monopoles ; - limiter au maximum la démocratie dans des pays souverains à soumettre, en alliance avec les forces réactionnaires locales.

 

L’offensive ciblée pays par pays, vise à imposer ou à conserver des systèmes non démocratiques, parce qu’ils sont la condition de leur soumission aux exigences économiques de la mondialisation impérialiste. Le "grand bandit" - l’impérialisme - ne peut se passer des services terroristes de "voyous" (fascistes en politique et extrémistes en religion) qu’il a excités et exaltés sur des thèmes qui font naître le fanatisme religieux et le chauvinisme national. Et… des armes modernes leur sont fournies ! Les puissances occidentales ne veulent pas de la démocratie. L’impérialisme n’est pas démocratique, par nature.

 

Le projet structuré de domination mondiale, que les Etats-Unis ont développé, est appelé "gouvernance globale". Il est construit sur deux volets :

- volet économique : en marginalisant l’ONU, transférer le pouvoir de décision aux "institutions économiques internationales", directement à la botte des Etats-Unis et de leurs transnationales ; et

- volet militaire : substituer l’OTAN à direction américaine, à toute autre organisation internationale, s’inscrivant dans le cadre de l’ONU. La force est érigée en principe suprême, en dépit du droit international, auquel le discours officiel fait référence. La réalisation des objectifs de domination mondiale s’appuie sur l’intervention militaire, dont la force est fondée sur - d’une part, l’alignement de l’Union européenne sur les objectifs stratégiques des Etats-Unis ; et - d’autre part, sur le choix américain de leurs méthodes militaires, renforçant leur suprématie : bombardements américains sans risque, et utilisation de troupes européennes supplétives pour l’intervention sur le terrain.

 

Quels sont les pays impérialistes qui risquent d’entrainer les peuples dans une nouvelle guerre mondiale ? Dès l’entrée définitive du capitalisme dans sa phase monopoliste/impérialiste au début du 20e s., les pays qui se sont affirmés comme impérialistes sont quatre : l’Angleterre, la France, l’Allemagne et les Etats-Unis d’Amérique. D’autres puissances capitalistes (comme le Japon ou l’Italie) ont eu des visées de domination et ont mené des agressions militaires d’envergure. Mais, à chaque fois, leurs conquêtes sont accaparées par une des quatre premières. Quelle est la raison de l’incapacité des autres puissances capitalistes à s’imposer comme puissances impérialistes ? Même si elle n’est pas formulée explicitement, Lénine en donne la réponse ("L’impérialisme, stade suprême du capitalisme") dans la grille de classification qu’il dresse concernant les avoirs bancaires des principaux pays capitalistes. On constate que les avoirs des quatre pays impérialistes indiqués ci-dessus sont de trois à quatre fois supérieurs à ceux des pays qui les suivent, et ensemble ils possèdent 80% des réserves d’argent dans le monde. Ils se détachent des autres pays par la puissance de leurs banques !

 

Dans le langage écrit, les puissances impérialistes sont désignées par : "Nord/Sud" (opposition évidente) ; chez certains auteurs : "le Centre" - "la périphérie" (comme le "Sud") étant le reste du monde ; ou bien "l’Occident". Ces "géographismes" permettent de ne pas mettre en avant la principale caractéristique qui leur est commune : la possibilité de leurs banques d’enfermer les pays faibles dans le système du crédit, s’assurant ainsi leur soumission financière. Ce sont aussi leurs banques qui décident des firmes à privilégier ou à saboter, des pays à sanctionner ou à favoriser, gérant ainsi leurs décisions politiques.

 

Tout au long de l’histoire de l’accumulation du capital - entamée sous le féodalisme - les centres du capital en expansion ont été les pouvoirs hégémoniques du système mondial (au 15e s. – la ville-Etat de Gênes, aux 16e et 17e s. – les Pays-Bas, aux 18e et 19e s. – l’Angleterre, au 20e s. – les Etats-Unis). Durant la dernière étape du cycle, les capitalistes transfèrent leurs capitaux dans d’autres endroits, et finalement, dans le nouveau centre qui s’est affirmé comme capital en expansion. Dès le début du 21e s., le centre de l’argent est sur le point de sortir des Etats-Unis. La Russie et la Chine sont les endroits privilégiés du transfert. Or, la Chine n’a pas utilisé la dette extérieure américaine pour dévaster l’économie des Etats-Unis… Une telle chute aurait provoqué la riposte nucléaire américaine.

 

Etant en voie d’affaiblissement, les Etats-Unis essaient de maintenir leur position de centre du système mondial par la force brutale, en impliquant leurs alliés et vassaux dans leurs opérations impérialistes. Les Américains vont de plus en plus déléguer leurs missions à d’autres pays, comme déjà à la France - en Libye et au Mali (5). C’est une décentralisation visant à renforcer l’hégémonie du système mondial et à maintenir l’Empire américain par délégation. La France et l’Allemagne feront des compromis. Mais déjà, leurs classes politiques (de gauche et de droite) se battent pour mieux servir le centre impérialiste américain, parce qu’elles profitent du système mondial corrompu : l’élite de l’Europe occidentale a ses intérêts propres dans ce système.

 

En cas d’attaque américaine, les Etats-Unis privilégient les armes nucléaires tactiques. Les ennemis potentiels ne croyant pas à la menace nucléaire avec les armes actuelles - trop destructrices pour être employées -, il est donc plus concevable "l’usage de mini-bombes nucléaires, comme instrument de paix" (6). Néanmoins, celles-ci possèdent une capacité d’explosion dépassant de trois à six fois la bombe d’Hiroshima. Les analystes de l’OTAN ne prennent pas en compte les retombées radioactives et la contamination, qui seraient dévastatrices sur une très vaste zone, entraînant un nombre extrêmement élevé de victimes civiles.

 

Dans le scénario de la guerre contre l’Iran, il est prévu l’emploi combiné d’armes nucléaires tactiques et de bombes conventionnelles (7), provoquant des nuages en champignon (!). D’autres armes pourraient être également utilisées, comme les systèmes électromagnétiques permettant de déstabiliser les infrastructures gouvernementales, les systèmes de communication, le commandement, etc.

 

Les techniques de modification de l’environnement (guerre météorologique), développées dans le cadre du programme HAARP, sont totalement opérationnelles et pourraient également être employées comme "élément de la sécurité intérieure et internationale". Leurs applications pourraient être offensives, défensives ou dissuasives. La capacité de générer des précipitations, du brouillard, des tempêtes ou de modifier les conditions climatiques, produisant des conditions climatiques artificielles (comme la pluie diluvienne avec éclairage éblouissant sur Bruxelles en août 2011, au décollage de nuit des bombardiers partant pour la Libye) ; le rayonnement électromagnétique permettant de "détériorer la santé à distance" ; les armes biologiques capables de "cibler des génotypes spécifiques" provoquant la terreur, font partie d’un ensemble de technologies intégrées pour augmenter la portée de la puissance américaine, ou diminuer celle d’un adversaire. Les demandes du Département de la Défense des Etats-Unis sont approuvées par le Commandement du Pacifique (responsable de la Corée du Nord) et le Commandement central (responsable de l’Iran), coordonnés par le Commandement Stratégique des Etats-Unis.

 

La stratégie de suprématie de l’impérialisme américain est aujourd’hui la principale menace pour le progrès social, la démocratie et la paix.

 

Et le ralliement des gouvernements européens, de l’opinion publique et des forces de gauche occidentales au projet américain de suprématie mondiale et au sentiment de "supériorité de l’Occident" vis-à-vis des peuples de "la périphérie", constitue une grave entrave aux luttes pour le progrès, dont les conséquences ne peuvent être que tragiques.

 

Mais les arguments idéologiques médiatiques, utilisés pour camoufler les objectifs du capital monopoliste de contrôle et de pillage des ressources naturelles de la planète et de surexploitation de la main-d’œuvre des pays dominés, ne rallient que l’opinion occidentale (ravie de la bonne conscience qu’ils lui donnent).

 

Déjà l’Amérique Latine relève un défi à la suprématie. L’association de coopération latino-américaine, l’ALBA, ainsi que le mouvement bolivarien de Hugo Chavez, constituent un pôle de résistance qui peut se développer. Une nouvelle société, celle des classes travailleuses, perce le jour.

 

Face à une classe bourgeoise qui s’était formée en trois siècles d’activités marchandes et d’accumulation du capital, quand les classes dirigeantes aristocratiques n’avaient plus d’argent, les révolutions bourgeoises qui éclatèrent dans les centres de l’accumulation capitalistique purent réussir à renverser le féodalisme, pour asseoir la domination de la bourgeoisie dans le nouveau système sociopolitique capitaliste !... Nous sommes en train d’assister à son essoufflement.

 

Paris, avril-mai 2013

 

 

Notes :

 

(1) La notion d’"Etats-Unis d’Europe" est formulée par Victor Hugo à la conférence internationale pour la paix qu’il organise à Paris en août 1849, suite aux révolutions de 1848 en Europe.

(2) Il est à remarquer que la Russie n’a jamais pratiqué la colonisation, ni l’esclavagisme. Enfin, en 1899, la Russie convie à la Haye les Etats du monde entier et propose (et fait adopter) d’interdire dans les guerres les gaz asphyxiants, les balles explosives, les bombardements aériens et l’agression des populations civiles… C’est exactement l’inverse que pratiquent les USA depuis leurs bombardements de cibles civiles en Europe durant la Deuxième guerre mondiale. Depuis 1944… et jusqu’à nos jours.

(3) Dans les nouvelles versions de l’Histoire, on lit que Marx n’avait pas vu les luttes en Russie, et qu’il était en général, méprisant pour les Russes !

(4) S. Amin – L’hégémonisme des Etats-Unis et l’effacement du projet européen – Paris, 2002

(5) Mahdi Darius Nazemroaya – The globalisation of NATO – Canada, 2012, in "L’Etoile du Nord" – Montréal, févr.-mars 2013

(6) Michel Chossudovsky (site électronique) – Le rôle du Commandement Stratégique des Etats-Unis (USSTRATCOM).

(7) La MOAB, "l’arme monstre, la plus puissante jamais conçue", testée en 2003 et utilisée en Irak.

 

Source : Investig'Action

 

 

 

http://www.michelcollon.info/Les-strategies-de-la-suprematie.html

 

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Conclusion de la mission d’enquête sur la Syrie : c’est une guerre par procuration.

10 Juin 2013 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La Syrie - La Libye - l'Iran -

 
| 5 juin 2013
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Rapport et appel à la communauté internationale pour l’appui à un processus de dialogue et de réconciliation en Syrie entre le peuple et l’État, le rejet de la guerre et de toute intervention étrangère.

 

 
Après une visite de 10 jours (du 1° au 11 mai 2013) au Liban et en Syrie, à la tête d’une délégation de 16 personnes de 8 pays différents, invitée par l’organisation Musalaha, je suis revenue optimiste en pensant que la paix est possible en Syrie si on fait cesser toute ingérence étrangère et si on laisse les Syriens régler leurs propres problèmes en faisant respecter leur droit à l’auto-détermination.

L’appel à faire cesser les violences et à ce que les Syriens soient laissés libres de décider entre eux sans ingérence extérieure est lancé par tous ceux que nous avons rencontrés lors de notre visite. C’est ce que nous cherchons à transmettre à la communauté internationale dans notre Déclaration finale.

Au cours de notre visite, nous nous sommes rendus dans des camps de réfugiés, auprès des communautés touchées, et nous avons rencontré des chefs religieux, des combattants, des représentants du gouvernement, des délégations de l’opposition et bien d’autres, acteurs et victimes, au Liban et en Syrie.

Visites dans les camps de réfugiés

Au Liban, nous avons visité plusieurs camps de réfugiés, qui sont accueillis par les communautés libanaises ou palestiniennes.

Une femme nous a raconté : "avant que ce conflit n’éclate, nous étions heureux et notre vie était agréable (En Syrie, les études sont gratuites, les soins de santé aussi, et ils recevaient des aides pour le carburant), maintenant, nous vivons dans la pauvreté".

Sa fille et son gendre (elle, pharmacienne et lui, ingénieur), qui vivent dans un camp de réfugiés palestinien dans un logement dont le sol est en ciment et où il n’y a même pas de matelas, nous ont raconté que cette violence avait éclaté à la surprise générale et s’était répandue si vite qu’ils étaient encore sous le choc.

Quand des combattants étrangers bien armés sont arrivés à Homs, ils se sont emparés de leurs maisons, ont violé les femmes et tué les jeunes gens qui refusaient de se joindre à eux, et, donc, la population, terrorisée, a fui.

Ils nous ont expliqué que ces combattants étrangers venaient de nombreux pays, il y a, entre autres, des Libyens, des Saoudiens, des Tunisiens, des Tchéchènes, des Afghans, des Pakistanais, des Emiratis, des Libanais, des Jordaniens, des Turcs, des Européens, des Australiens, et ces bandes sont financées et entraînées par des gouvernements étrangers.

Ils font enfiler aux gens des gilets bourrés d’explosifs et les menacent de les faire sauter s’ils ne font pas ce qu’on leur dit de faire.

Une réfugiée m’a demandé : "quand pourrons-nous retourner chez nous ?" (A ma grande joie, quelques jours plus tard, à Damas, j’ai rencontré une femme qui travaillait à un programme gouvernemental qui aide les réfugiés à revenir en Syrie et plus de 200 sont revenus à ce jour).

Les chefs religieux et les haut-responsables gouvernementaux ont appelé la population à ne pas fuir la Syrie et il faut espérer que beaucoup d’entre eux entendront cet appel, car, après avoir vu tous ces réfugiés syriens vivre dans des tentes et être exploités de multiples façons, y compris sexuellement, je pense que la meilleure solution est la stabilité de la Syrie afin que son peuple se sente suffisamment en sécurité pour y rester.

Si les réfugiés continuent de fuir la Syrie, les pays voisins pourraient être alors déstabilisés, ce qui déclencherait une réaction en chaîne et déstabiliserait tout le Moyen-Orient.

Beaucoup de gens ont fui vers des camps dans les pays limitrophes comme la Turquie, la Jordanie ou le Liban, où tous s’efforcent de gérer au mieux l’afflux énorme de réfugiés syriens. Mais, si les pays d’accueil font le maximum pour faire face, ils sont submergés par le nombre de réfugiés (le chiffre officiel que donne l’agence des Nations Unies pour les réfugiés – l’UNHCR - est d’un million et demi de réfugiés).

Lors de nos réunions, nous avons appris que la Turquie invitait les réfugiés syriens à venir s’installer chez eux et leur interdisait ensuite de retourner en Syrie.

Il est avéré que les réfugiés syriens en Turquie et en Jordanie sont maltraités. Des jeunes réfugiées syriennes sont vendues pour être mariées de force en Jordanie. Les rapports du Conseil des droits de l’homme nous indiquent que plus de 4 millions de Syriens ont été déplacés dans leur propre pays et vivent dans une pénurie extrême.

Un représentant de la Croix Rouge nous a dit que les ONG et le Croissant Rouge syrien, en coordination avec le Ministère des Affaires Sociales, ont toute latitude pour travailler sur tout le territoire syrien, et, en ces circonstances épouvantables, ils s’efforcent de fournir des services à un maximum de personnes. Cependant, ils manquent cruellement d’aides financières pour faire face à cette tragédie humanitaire que subissent les réfugiés et la population déplacée à l’intérieur du pays.

Les sanctions économiques, comme en Irak, infligent de terribles souffrances à beaucoup de personnes et toutes celles que nous avons rencontrées demandaient que ces sanctions soient levées.

Notre délégation appelle à la levée de ces sanctions illégales imposées à la population syrienne sous la direction des Etats-Unis pour des motifs purement politiques dont l’objectif est le changement de régime.
 
 
Les hôpitaux

Nous avons effectué une tournée des hôpitaux et avons vu beaucoup de gens qui avaient été blessés à la suite de fusillades, de bombardements et d’agressions armées.

Un imam sunnite modéré m’a raconté qu’il avait été enlevé par des djihadistes, qui l’ont torturé, lui ont sectionné l’oreille, ont tenté de l’égorger, lui ont lacéré les jambes et l’ont laissé pour mort.

Il dit que s’il retourne dans sa mosquée, ils vont l’assassiner.

Il nous a expliqué : "ces gens-là sont des combattants étrangers, des djihadistes de pays étrangers, bien armés, bien entrainés, qui ont de l’argent, et qui sont dans notre pays pour le détruire. Ce ne sont pas des vrais musulmans, ce sont des extrémistes religieux, des fondamentalistes qui terrorisent, enlèvent et tuent notre peuple".

Le porte-parole du gouvernement a également confirmé qu’ils détiennent actuellement des combattants étrangers capturés qui sont issus de 29 pays différents, parmi lesquels des Tchétchènes, des Irakiens, et bien d’autres.

Le ministre de la Santé nous a montré un documentaire sur les effroyables tueries commises par les djihadistes et la terreur qu’ont provoquée ces étrangers en assassinant des médecins et en détruisant des infrastructures médicales de l’Etat syrien, ce qui a rendu difficile la tâche de répondre aux besoins de la population.
 
 
Rencontres avec l’Opposition

Notre délégation a participé à un débat public avec de nombreux représentants des partis de l’opposition interne. Un des opposants politiques qui a passé 24 ans en prison sous le régime d’Assad, et qui en est sorti il y a 11 ans, veut un changement politique avec plus de 20 autres composantes de l’opposition interne, mais sans ingérence étrangère et sans violence.

Nous avons rencontré des membres de l’opposition armée dans une localité qui nous ont dit qu’ils avaient accepté la proposition d’amnistie du gouvernement et cherchaient à parvenir à une solution pacifique.

Un homme m’a raconté qu’il avait accepté de l’argent de djihadistes pour combattre mais avait été choqué par leur cruauté et la façon dont ils traitaient leurs coreligionnaires syriens, ne les considérant pas comme des vrais musulmans.
Il dit que les djihadistes étrangers veulent s’emparer de la Syrie, pas la sauver.

Le 10 mai, une partie de notre délégation s’est rendue à Homs, invitée par le groupe d’opposition du quartier d’Al-Waâr, où des familles déplacées de Baba Amro, de Khalidiyeh et d’autres bastions des rebelles viennent chercher refuge.

La délégation a constaté toutes les conditions de cette ville et se penche actuellement sur un projet pilote en vue d’une réconciliation et de la réintégration pacifique entre cette communauté et les communautés non-rebelles des environs (les chiites et les Alaouites) avec lesquelles, il y a 15 jours, a été signé un accord de non-belligérance par l’intermédiaire du mouvement Syrien Mussalaha- Réconciliation.

Le ministre, après avoir vérifié la liste des noms, a reconnu qu’en effet, c’était des opposants politiques non-violents et il a dit qu’il accepterait, en principe, de libérer ces détenus non-violents.

Il nous a également indiqué qu’ils n’appliquaient pas la peine de mort et qu’il espère que quand la situation s’arrangera en Syrie, ils prendront les mesures pour abolir la peine capitale.

Nous avons également posé des questions au ministre (qui est avocat international) sur les violations des droits humains commises par le gouvernement syrien, à savoir les tirs d’artillerie sur une zone interdite où se trouvaient les djihadistes et l’opposition armée.

Le ministre a reconnu les faits, mais a expliqué que le gouvernement avait le devoir de faire dégager ces zones.

Nous avons suggéré qu’il y avait une meilleure façon de traiter le problème que de faire procéder à des tirs d’artillerie, mais il a maintenu qu’il était de la responsabilité du gouvernement de débarrasser ces zones des forces rebelles et que c’était leur façon de le faire à eux.

Les ministres et le gouverneur ont affirmé que le président Assad était leur président et qu’il avait leur soutien. Beaucoup de personnes à qui nous nous sommes adressés avaient le même discours. Toutefois, certains jeunes disent qu’ils soutiennent l’opposition, mais afin de protéger l’unité de la Syrie de la destruction par des forces étrangères, ils disent qu’ils soutiendront le gouvernement et le président Assad jusqu’aux élections de l’année prochaine et qu’ils voteront alors pour l’opposition.

Ils disent que la Coalition de Doha au Qatar ne les représente pas et que personne d’étranger à la Syrie n’a le droit de faire partir le président Assad, si ce n’est le peuple syrien à l’issue des élections de l’année prochaine.

La vie des journalistes en Syrie est gravement menacée par les extrémistes/fondamentalistes religieux, et, au cours de ma visite à une chaîne de télévision, un jeune journaliste m’a raconté que sa mère avait été tuée par des djihadistes et m’a montré le bras où il avait reçu une balle et avait failli être tué.
 
 
La réunion avec les chefs religieux

Nous avons assisté, à la Grande Mosquée des Omeyyades de Damas, à un service œcuménique dirigé par le Grand Mufti de la République Arabe Syrienne, le docteur Ahmad Badr Al-Din Hassoun et le patriarche catholique grec Grégoire III Laham, ainsi que le délégué du patriarche orthodoxe grec Jean X d’Antioche, et des religieux de toutes confessions.

L’assemblée a prié pour la paix et l’unité de la Syrie et la non-ingérence d’étrangers dans leur pays. Ils ont souligné que ce conflit en Syrie n’est pas un conflit de religions, musulmans et chrétiens ayant toujours vécu côte à côte en Syrie, et ils sont (malgré le fait qu’ils vivent dans la souffrance et les violences, dont la majorité n’est pas de leur fait), unis dans leur souhait d’être une lumière de paix et de réconciliation pour le monde entier.

Le patriarche a dit que de la mosquée et des églises chrétiennes émerge un grand élan pour la paix et la réconciliation et a demandé à ceux à la fois à l’intérieur et à l’extérieur de la Syrie, de refuser toute violence et de soutenir le peuple de Syrie dans ses efforts d’instaurer le dialogue, la réconciliation et la paix.

Les chefs spirituels musulmans et chrétiens sont très conscients que si les extrémistes/fondamentalistes religieux accélèrent le mouvement et parviennent à contrôler la Syrie, l’avenir de ceux qui ne soutiennent pas les fondamentalistes, comme les musulmans, les chrétiens et les autres minorités modérés, ainsi que d’autres Syriens, est en grand danger.

En effet, le Moyen Orient pourrait perdre son précieux tissu social pluraliste, les chrétiens, comme en Irak, étant les premiers à fuir le pays. Ce serait une tragédie pour tous ceux qui sont concernés dans cette Syrie multiconfessionnelle, multiculturelle et laïque, naguère lumière de convivialité paisible dans le monde arabe.
 
 
Vision d’ensemble

Suite à de nombreux reportages officiels des médias institutionnels et à nos propres constats, je peux affirmer que l’État syrien et sa population subissent une guerre par procuration menée par des pays étrangers et financée et soutenue directement principalement par le Qatar qui a imposé sa volonté à la Ligue Arabe.

La Turquie, une partie de l’opposition libanaise et certains responsables jordaniens, offrent une zone protégée à tout un tas de groupes djihadistes, tous avec leurs propres objectifs, et recrutés dans de nombreux pays.

Des groupes de djihadistes armés et financés par des pays étrangers envahissent la Syrie en passant par la Turquie, la Jordanie et le Liban, franchissant des frontières poreuses pour tenter de déstabiliser la Syrie. On estime à 50.000 le nombre de combattants djihadistes étrangers qui terrorisent la Syrie.

Ces escadrons de la mort détruisent systématiquement les infrastructures de l’État syrien (les centrales électriques, les usines à gaz, les installations pétrolifères et d’eau potable, les pylônes de haute tension, les hôpitaux, les écoles, les bâtiments publics, les sites historiques, et même les sanctuaires religieux).

En outre, le pays est envahi par les tireurs isolés, les poseurs de bombes, les agitateurs, les criminels.

Ils se servent de l’agression et de la charia pour s’emparer de la liberté et de la dignité du peuple syrien. Ils torturent et tuent ceux qui refusent de se joindre à eux.

Ils ont des croyances religieuses bien à eux qui font qu’ils n’éprouvent aucune gêne même quand ils commettent les crimes les plus atroces comme assassiner et torturer leurs opposants.

Il est établi que beaucoup de ces terroristes sont en permanence sous l’effet d’amphétamines comme le captagon. Le manque de sécurité générale permet la multiplication d’enlèvements destinés à obtenir une rançon ou pour exercer des pressions politiques. Des milliers d’innocents ont disparu, dont les deux évêques, Youhanna Ibrahim et Paul Yazigi, et de nombreux prêtres et imams.

Les sanctions économiques imposées par l’ONU et l’UE, ainsi qu’un embargo cruel, poussent la Syrie au bord de la catastrophe sociale.

Hélas, les médias internationaux ferment les yeux sur ces réalités, occupés à diaboliser, à mentir, à déstabiliser le pays et à engendrer davantage de violence et de contradiction.

En résumé, la guerre en Syrie n’est pas, comme on le prétend, une guerre civile mais c’est une guerre par procuration avec des violations graves des lois internationales et des lois internationales sur les droits humains.

La protection qu’accordent aux combattants étrangers certains pays parmi les plus puissants les autorise en quelque sorte à ne pas avoir de comptes à rendre et les incite à commettre en toute impunité toutes sortes d’actes de barbarie contre des civils innocents.

Même les conventions relatives aux guerres ne sont pas respectées, ce qui a pour conséquence de nombreux crimes de guerre, voire des crimes contre l’humanité.
 
 
Conclusion

Lors de notre visite en Syrie, notre délégation a été accueillie par tout le monde avec beaucoup de gentillesse et je tiens à exprimer toute ma gratitude à tous ceux qui nous ont facilité la tâche ou qui ont reçu notre délégation.

Nous avons constaté que la population en Syrie a énormément souffert et continue de le faire. Les 23 millions de personnes qui constituent la population syrienne sont sous la terrible menace d’infiltrations permanentes de terroristes étrangers.

Beaucoup sont encore sous le choc des horreurs et de la soudaineté de toute cette violence et craignent que leur pays soit agressé et divisé par des forces extérieures, et sont tous parfaitement conscients que les forces géopolitiques sont à l’œuvre pour déstabiliser la Syrie et s’emparer du pouvoir, du pétrole et de leurs ressources.

Un dirigeant druze a déclaré : "si les occidentaux veulent notre pétrole – le Liban et la Syrie ont tous deux des réserves de pétrole – entamons des négociations à ce sujet, mais ne détruisez pas notre pays pour le prendre".

En Syrie, le souvenir de la destruction de l’Irak voisin par les forces US–GB-OTAN est encore bien présent à l’esprit de la population, parmi laquelle le million et demi d’Irakiens qui ont fui la guerre, dont de nombreux chrétiens, et qui ont trouvé refuge en Syrie grâce au gouvernement syrien.

Le plus grand espoir qui nous a été donné vient du mouvement Syrien Mussalaha- Réconciliation, un mouvement apolitique composé de toutes les couches de la société syrienne, qui a des équipes qui travaillent dans toute la Syrie qui œuvrent actuellement grâce au dialogue à construire la paix et la réconciliation.

Mussalaha sert de médiateur entre les tireurs armés et les forces de sécurité, contribue à obtenir la libération des nombreuses personnes qui ont été enlevées et rapproche toutes les parties du conflit pour les amener à discuter et à trouver des solutions pratiques.

C’est ce mouvement qui nous a logés, sous la direction de Mère Agnès-Mariam, Mère supérieure du monastère de Saint-Jacques, soutenue par le patriarche Grégoire III Laham, chef de la hiérarchie catholique de Syrie.

Ce grand mouvement de la société civile qui construit un processus de paix et de réconciliation nationale depuis la base jusqu’au sommet de la hiérarchie contribuera, si on lui donne la place, le temps et la non-ingérence étrangère, à apporter la paix en Syrie.

Ils reconnaissent qu’il faut qu’il y ait une solution politique inconditionnelle, comprenant toutes les parties en présence, et avec des compromis et ils sont convaincus que c’est cela qui se produit à maints niveaux de la société, et que c’est la seule solution pour parvenir à la paix en Syrie.

Mairead Maguire,

25 mai 2013

Mairead Corrigan-Maguire (née le 27 janvier 1944 à Belfast, Irlande du Nord) est une militante pacifiste nord-irlandaise, lauréate du prix Nobel de la paix 1976.
 
Source : Le Grand Soir
 
 
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Les faits démentent le mythe “Bachar allié d’Israël”

10 Juin 2013 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La Syrie - La Libye - l'Iran -

 
 

8 juin 2013

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Certains justifient la guerre menée par le Qatar, l’Arabie saoudite et d’autres forces contre la Syrie en disant que “de toute façon, Bachar ne combat pas Israël, il est son allié”. Mais les faits démentent ce mythe, comme le démontre cet article qui analyse ensuite pourquoi la rébellion armée est en position stratégique de plus en plus difficile... (IGA)

 

 

 

« Le plateau du Golan a été occupé par Israël en 1967 et depuis cette date il n'y a pas eu de violences directes entre les deux pays, théoriquement en état de guerre » (sic). C’est du moins ce que Le Figaro avec l’AFP nous annonce dans son numéro du 30 mai effaçant ainsi d’un simple trait sur le papier une guerre avec des conséquences mondiales graves, à savoir la guerre israélo-arabe de 1973. Celle-ci a opposé du 6 octobre au 24 octobre 1973 Israël à une coalition menée par l'Égypte et la Syrie qui voulaient libérer leurs territoires occupés par Israël en 1967.

 

En effet, le monde entier a été touché par cette guerre qui a connu le choc pétrolier de 1973, quand l'OPEP a décidé de l'augmentation de 70 % du prix du baril de pétrole ainsi que de la réduction de sa production sans parler des accords de paix de Camp David entre l’Etat hébreux et l’Egypte et sans oublier non plus que la Syrie a pu libérer la ville Kuneitra, capitale du Golan, occupée en 1967. Mais comment AFP suivie par ses consoeurs a-t-elle oublier ce détail d’une telle importance de notre Histoire contemporaine avec une telle conséquence sur l’économie mondiale ? Décidément, les médias français ont la mémoire trop courte ou peut-être, l’AFP ne faisait que répéter les propos de ses amis opposants selon lesquels « le régime n’a jamais tiré une balle sur le Plateau du Golan  », prenant ainsi partie dans ce conflit abandonnant toute éthique professionnelle.

 

Par ailleurs, un article publié le 15 mai (15 jours avant l’article de l’AFP) par le site français Slate, fait un rapprochement entre la situation actuelle entre la Syrie et Israël et la guerre de Kippour de 1973 dans le cas d’une « introduction de S-300 en Syrie [qui] sera considérée par Israël comme un casus belli qui le pousserait à renoncer à sa neutralité dans le conflit syrien avec toutes les conséquences militaires que cela entraine pour la région ».


Faux, Israël n’est pas neutre dans le conflit syrien

 

Israël menace d'intervenir en Syrie et utilise le Hezbollah comme prétexte

 

Israël a déjà mené trois raids aériens en territoire syrien, le premier en janvier, les deux derniers il y a trois semaines sous prétexte d’empêcher le transfert d'armes au Hezbollah.

 

Pour l’Etat hébreux, comme le dit Benyamin Netanyahu, le Premier ministre israélien, cette attaque militaire contre un pays souverain est justifiée pour défendre son pays contre l’Iran et le Hezbollah, oubliant que son pays occupe non seulement un territoire syrien, à savoir le Plateau du Golan depuis 1967, mais qu'il l’a annexé purement et simplement contre la volonté et la décision de l’ONU, et enfin que ni le Hezbollah ni l’Iran n’ont agressé son pays. Par contre, c’est l’Etat hébreux qui a agressé le Liban occupant même Beyrouth, la capitale, en 1982. D’ailleurs, le sud du Liban a été aussi occupé lors de la Guerre israélo-arabe de 1948-1949 et envahi par l'armée israélienne lors de l'Opération Hiram.

 

C’est suite à l'intervention militaire israélienne au Liban de 1982 qu’Israël a occupé cette zone jusqu'en juin 2000. C’est le Hezbollah, un mouvement de résistance islamique, qui l’a libéré. Et en juillet 2006, Israël pénètre dans la zone une trentaine de jours puis s'en retire.

 

Cette guerre de 2006 contre le Hezbollah a imposé de nouvelles équations stratégiques dans la région où Israël n’a plus la suprématie militaire. Pour Israël, il faut donc casser cette nouvelle force de résistance pour garder sa suprématie dans la région.

 

Rappelons que la Syrie a toujours soutenu Hezbollah – même militairement – depuis sa création, notamment dans sa guerre contre l’occupation israélienne et c’est aussi pour cette raison que le Hezbollah soutient la direction actuelle de la Syrie. Le 9 mai dernier, Hassan Nasrallah, le chef du Hezbollah, a affirmé que « Nous ne permettrons pas que le pays tombe aux mains des Etats-Unis, d'Israël ou des groupes takfir. » (les fondamentalistes sunnites, alliés de l’Occident).

 

Rebelles le dos au mur… israélien, soignés par Tsahal

 

Plusieurs combats et des accrochages sont souvent en cours à l’extrémité ouest de la Syrie, autour de la localité de Jubata al-Khachab depuis au moins l’été dernier.

 

Déjà en novembre dernier, ces idiots utiles cherchaient à prendre le contrôle de plusieurs villages dans cette zone sensible, notamment Bir Ajm et al-Herche. Ils se sont filmés samedi 24 novembre en train d’attaquer non l’armée israélienne mais leurs propres compatriotes, les soldats syriens avec leur habituel hystérique « Allah Akbar ! ».

 

Après le dernier bombardement israélien contre Damas, début mai dernier, Hassan Rastanaoui, un chef de l’opposition armée à Homs (Syrie centre) et l’invité surpris du journaliste Yaari Ehud de la deuxième chaine israélienne, a exprimé sa joie et sa gratitude à l’armée israélienne.

 

D’ailleurs, selon l’AFP (16 février) et Le Figaro (29 mars 2013), les soi-disants patriotes syriens de l’ASL sont hébergés et se font soigner auprès de Tsahal dans l’hôpital de Ziv, à Safed en Galilée. Quel raccourci symbolique et signifiant !

 

Ce contact entre officiels rebelles syriens et Israël remonte au moins à l’année dernière où une équipe de la télévision israélienne Channel 2 rentre en territoire syrien avec les deux journalistes Itai Anghel et Amir Tibone à Khirbet al-Joz à Jisr al-Choughour dans la région d’Idleb au nord-ouest à la frontière turque.

 

C’est ainsi que dans le même temps, les troupes israéliennes s'activaient ouvertement sur la ligne de démarcation au Golan pour apporter des facilités aux terroristes et leur offrir une protection. En coordination avec leurs amis du Golfe et jordaniens, les Israéliens sont devenus des partenaires à part entière dans l'agression contre la Syrie, après s'être réconciliés avec la Turquie, sous le parrainage de Barak Obama. Les chambres d'opération installées sur le territoire turc jouent un rôle de premier plan dans la destruction de la Syrie

 

Israël se sert des rebelles syriens pour accroître son emprise sur le Golan

 

Des bandes rebelles tentent régulièrement de « transiter » par la zone démilitarisée (5 kilomètres dans sa plus grande largeur) qui fait tampon entre le Golan annexée et le territoire syrien, notamment à Jubata al-Khachab.

 

Il y a plusieurs mois, Benjamin Netanyahu a annoncé la construction d’une « clôture de sécurité » sur la ligne de démarcation entre Israël et la Syrie, sur les hauteurs du Plateau du Golan syrien occupé par l’Etat hébreu depuis 1967 et annexé depuis 1981. Cette clôture d’une dizaine de kilomètres serait sur le modèle de celle séparant déjà Israël des territoires palestiniens autonomes. Cet audacieux programme de « travaux publics » concrétise l’isolement et l’enferment d’un pays-ghetto, cadenassé de partout, faisant de lui le seul Etat au monde dont les frontières seront visibles par satellite, comme l’est la muraille de Chine.

 

 

En effet, Israël se sert du prétexte des djihadistes pour pérenniser son emprise sur un territoire géographiquement et économiquement stratégique, riche en eau (alors que la pénurie d'eau est une réalité qui alimente aussi la tension), et dont l’annexion n’a jamais été reconnue, ni par la Syrie ni par l’ONU. Et la « révolution syrienne » joue le rôle de l’idiot utile pour l’État hébreu en lui permettant de consolider, de la plus concrète des façons, son emprise sur un territoire syrien. Voilà au moins un « apport » de la révolution syrienne sous perfusion occidentale et wahhabite sans oublier que le Golan est devenu aussi une colonie de peuplement israélien au mépris des résolutions de l’ONU.

 

 

Donc, ce conflit risque de plus en plus de dépasser les frontières syriennes. D’ailleurs, Bachar al-Assad a affirmé, dans une interview diffusée la semaine dernière sur al-Manar, la chaine libanaise pro-Hezbollah, sa volonté d'ouvrir le front au Golan avec Israël. De même, il a promis de riposter à toute nouvelle attaque de l’Etat hébreux qui a mené depuis janvier dernier trois raids contre des positions militaires syriennes près de Damas. D’autre part, personne ne connait le sort des casques bleus enlevés par les rebelles terroristes depuis plusieurs semaines déjà.


Qussayr, une guerre sans merci où se joue le destin de la région

 

C’est bien un gigantesque fiasco qui s’est accéléré depuis quelques semaines pour le front des faux amis de la Syrie. Et le sens qu’il a pris est très loin d’être favorable à la « révolution » et ses parrains étrangers.

 

La victoire militaire de l’armée syrienne dans la région stratégique de Qussayr est plus que vitale non parce qu'« elle sur le chemin d’une région côtière où vivent les alaouites, la communauté chiite à laquelle appartient Bachar el-Assad et où il pourrait se replier, en cas de défaite » (sic) comme nous écrivait rfi dans son numéro du 20 mai dernier, mais bien parce que dans cette région stratégique endossée à 35 km au sud de Homs (Syrie centre), l’avenir de la soi-disant « révolution » syrienne se joue cruellement et pour plusieurs raisons :

 

  1. Perdre une zone maintenue depuis plus d’un an et demie est non seulement un échec mais une défaite quasi décisive. Les rebelles terroristes, al-Nosra à leur tête, sont prêts à « rayer les villages alaouites et chiites de la carte » comme le menace le colonel Abdul-Hamid Zakaraya depuis Istanbul à travers la chaine saoudienne, Alarabia.

  2. Côté syrien. Pour le régime syrien, cette bataille est un objectif prioritaire. Le mois dernier, le président Bachar al-Assad avait affirmé que les combats dans cette région étaient « la principale bataille » menée par l’armée syrienne. Vu sa position stratégique, l’armée peut sécuriser pour toujours la route reliant la capitale à la côte, une zone épargnée par la violence à part les incidents de Bayada à Banyass il y a quelque temps, privant ainsi les rebelles de toute aide extérieure, sans parler du coup psychologique d’une telle victoire sur leur moral.

  3. Côté Hezbollah. La vraie raison de l’intervention des combattants du Hezbollah dans cette région dépasse de loin la volonté de défendre les chiites ou les chrétiens, en majorité libanais, habitant les vingt trois villages et fermes du Qussayr ayant survécus aux accords de Sykes Picot du 1916.

  4. Le Front al-Nosra, allié d’Al-Qaïda avec la brigade al-Farouq, jadis héros de Bab Amr à Homs, a occupé non seulement la quasi-totalité de la région de Qussayr pendant plus d’un an et demi, mais il a obligé la population « hérétique » – à savoir chiites et chrétiens – à partir et avec eux beaucoup des sunnites non inspirés par leur « révolution » nihiliste au risque d’être qualifiés des chabihas, mot devenu bien utile pour épurer tout ce qui ne marche pas avec la « révolution » démocratique.

 

L’intervention des miliciens du Hezbollah n’est donc pas pour protéger les chiites sinon, pourquoi n’interviennent-ils pas dans d’autres localités chiites comme, par exemple, pour les 60 000 habitants de villages Nubbol et Zahra, situés au Nord d'Alep, assiégés et terrorisés depuis plus de dix mois ? (Voir l’article http://www.michelcollon.info/Solida..., mis en ligne le 1er mai)


Cependant, les vraies raisons de l’intervention des combattants du Hezbollah dans cette région dépassent de loin cette volonté à caractère religieux :

 

  1. Vu sa proximité avec le Liban, cette zone est stratégique car les rebelles peuvent fermer la route reliant Damas à la côte depuis Qussayr et gêner ainsi les mouvements de troupes de l’armée syrienne.

  2. Sa proximité avec le Liban lui facilite aussi le trafic d’hommes et d’armes de tout genre.

 

Mais la raison la plus importante, c’est que cette zone présente un menace direct contre le Hezbollah car elle se trouve à mi-chemin entre Hermel et Bekaa, deux zones libanaises où se trouvent les réserves des armes du Hezbollah, notamment les missiles. Par ailleurs, c’est pour cette même raison que l’aviation israélienne a bombardé en 2006 la localité libanaise de Bekaa al-Qaa, limitrophe de Jussiyeh, village syrien (al-Qaa, c’est aussi cette même localité chiite qui a accueilli les déplacés chrétiens syriens de Rableh dans la région de Qussayr, chassés par les islamistes).

 

  1. Le passage de Jussiyeh, le plus proche de Homs, tombé aux mains de l’armée syrienne, prive non seulement les rebelles de tout secours venant du Liban mais il fait du Qussayr une tenaille.

  2. De même, la chute des villages de Tal Mendou, de Tal al-Hanach et de Jabal al-Charqi affaiblit à jamais la rébellion islamiste qui connait sa plus grande concentration en hommes et en armes dans cette zone.

  3. Le reportage Russia al-Yaoum dans al-Ghassaniyeh et d’autres villages libérés montre une armée nationaliste reçue en libérateur avec le riz, très loin de cliché présenté par les médias occidentaux.

 

Le reportage de la télévision russe montre les dégâts laissés par les terroristes qui ont privé les habitants d'eau et coupé le pont reliant les deux côtés de la ville, voulant empoisonner le maximum des personnes sans aucune distinction entre civiles et militaires. On voit aussi les dégâts du couvent de Rableh, un village chrétien de Qussayr.

 

 

Signalons aussi qu'il existe huit villages chiites dans la province de Qssayr qui ont subi destruction et déplacement de leurs habitants par les fanatiques islamistes les considérant comme hérétiques.

 

 

Destruction du monastère Mar Elias à Qusseir par l'ASL/Al-Nosra.

 

Reportage : al-Manar, al-Mayadeen.

 

Le monastère de Mar Elias, victime du terrorisme et des auteurs de l'idéologie obscurantiste. Occupé, profané, utilisé comme lieu de détention et torture puis détruit par les obscurantistes, il vient d’être libéré par l’armée syrienne.

 

Le monastère de Mar Elias à Jussiyeh dans le Qusseir dans la banlieue de Homs occupe une place très importante chez les Chrétiens et Musulmans, puisque la fête de Mar Elias est célébrée chaque année comme une incarnation de la cohésion entre les différentes confessions et les habitants de la région. Ce monastère est considéré comme l'un des plus importants vestiges antiques et remonte à 2000 ans. Le monastère comprend l'icône de Mar Elias datant de 1000 ans.


  • Côté français

 

Avec l’entrée des miliciens du Hezbollah en scène, la bataille de Qussayr prend encore plus d'importance, non seulement pour les Syriens et le Hezbollah, leur allié, mais aussi pour les Occidentaux, notamment les Français. Pourquoi ?

 

Depuis que Paris a annoncé sa décision d’inscrire la branche armée du Hezbollah sur la liste du terrorisme en Europe, la France est confrontée à des échéances syriennes et libanaises embarrassantes et la bataille de Qoussayr pourrait bien être la dernière chance pour la France qui a parié dès le départ sur le mauvais cheval, espérant aujourd’hui une victoire militaire des rebelles terroristes de Qussayr, une victoire qui pourrait éventuellement lui redorer son image tant ternie sur la scène internationale.

 

De même, l’ancien colonel de l’armée française Alain Corvez indique dans une interview sur le site Manar que Qoussayr présente une grande importance en raison de « sa position stratégique ». En effet, la ville contrôle toutes les routes menant à la côte syrienne et à Damas et constitue, comme il le dit si bien, « le nœud de communication stratégique entre Tripoli, Homs et la Békaa libanaise d’un côté, et Tripoli et la capitale syrienne Damas de l’autre ».

 

Celui qui contrôle cette ville remporte la bataille du centre de la Syrie, et assure la protection de son dos dans la bataille de Damas et toutes les batailles du nord de la Syrie.

 

De plus, confie Corvez, cette bataille permettra une étude approfondie pour mieux comprendre les tactiques du Hezbollah face à la guérilla, surtout concernant les tunnels qu’il a été le premier à inventer dans la guerre moderne. Ce qui constitue tout le contraire de la guerre de juillet 2006, menée par Hezbollah.

 

Rappelons que ce sont les Français qui ont qualifié la stratégie de la Résistance islamique durant la guerre de juillet 2006 de stratégie du « combat inégal », d’après une longue analyse présentée en 2007 par le colonel Michel Goya, écrivain militaire de l’armée française et auteur de La théorie du Hezbollah.

 

Selon ces militaires français, « l'opposition armée engagée dans la bataille a commis d’importantes erreurs stratégiques et meurtrières, tandis que le Hezbollah a réussi à les vaincre psychologiquement parlant, en les forçant à quitter une colline stratégique dans la province de Qousseir, et qu'ils n’auraient pas dû abandonner si facilement », sans parler de beaucoup d’autres erreurs commises dans cette bataille.

 

La volonté farouche de Paris soutenue par Londres de lever l’embargo de l’UE sur les armes à destination des rebelles n’est-elle pas pour changer la donne des combats à Qussayr, surtout avant la conférence de Genève ? La question reste posée.

 

Ici le lien de l’article publié mardi 4 juin.

 

Dans cette guerre de Qussayr, l’armée syrienne, une grande armée classique préparée pour une guerre contre Israël, a du se muer en une force de contre-guérilla, et apprendre sur le tas les exigences de la guerre asymétrique en milieu urbain. La rébellion ne peut que mettre son drapeau en berne vu sa situation d’encerclement et les pertes importantes qu’elle subit. L’armée secondée désormais par les miliciens du Hezbollah, les prenant à la gorge, mène des opérations chirurgicales, une stratégie dictée par la configuration urbaine. Une stratégie certes plus lente que celle du marteau-pilon. Pourtant, les hélicoptères continuent de mitrailler à Qussayr et les secteurs avoisinants les positions et déplacement des rebelles terroristes.

 

Ces fanatiques qui ont mis à dos non seulement la minorité chrétienne de Qussayr en lançant l’année dernière des appels à partir des mosquées demandant ainsi à plus de dix milles chrétiens de quitter la ville mais surtout les chiites avec des appels haineux à les égorger, appuyés par des fatwas des cheikhs salafo-wahhabites dont la dernière venait tout juste lors du prêche de vendredi dernier dans la mosquée de Doha, lancée par le cheikh Qaradawi, mufti du Qatar et de l’OTAN qui a appelé les musulmans dans les quatre coins du monde à venir en Syrie tuer les chiites pour défendre les sunnites massacrés selon lui par ces « hérétiques ».

 

On ne voit vraiment pas, dans ces conditions, ce que peuvent espérer les rebelles fanatiques. Ils sont condamnés à la défaite, et à la fuite en avant dans le terrorisme, malheureusement. La Syrie est capable de gagner la partie militaire surtout que le front international anti-syrien est de plus en plus fissuré. Le rapport de force international a basculé et pour Poutine et son administration, il s’agit non seulement de la crédibilité internationale de la Russie mais aussi de sa sécurité nationale, et ce n’est pas seulement la base navale de Tartous qui est en jeu en Syrie comme certains le pensent naïvement.

 

http://www.michelcollon.info/Les-faits-dementent-le-mythe.html

 

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