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Le blog de Lucien PONS

Entretien avec Sergei Kirichuk (Borotba) : « L’Ukraine est tenue en otage par les nazis et l’OTAN ». Le mardi 25 novembre 2014

30 Novembre 2014 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Ukraine, #Europe supranationale, #La Russie, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La guerre

Entretien avec Sergei Kirichuk (Borotba) : « L’Ukraine est tenue en otage par les nazis et l’OTAN ».

mardi 25 novembre 2014

Sergei Kirichuk (Borotba) . Ukraine.

Sergei Kirichuk (Borotba) . Ukraine.

Nous publions ci-dessous un entretien avec Sergei Kirichuk, militant de l’organisation marxiste ukrainienne Borotba (« la Lutte »), réalisé par Marco Santopadre pour le site contropiano.org et publié par nos camarades italiens de la TMI, du journal marxiste FalceMartello. Sergei était en Italie début novembre, dans le cadre d’une série de réunions publiques dans de nombreuses villes italiennes. Cette tournée militante était organisée dans le cadre de la campagne de « Solidarité avec la résistance antifasciste en Ukraine » de la Tendance Marxiste Internationale (animée en France par Révolution, voir ici). Ce fut un succès notable en termes de participation, de qualité de débats et de soutien financier à la résistance antifasciste ukrainienne.

Dans cet entretien, Sergei aborde en détail une série de sujets fondamentaux pour illustrer la situation en Ukraine. Le renversement de Ianoukovitch par le mouvement d'Euromaïdan, l'alliance entre les oligarques et les partis néo-nazis, la révolte des régions orientales et l'intervention de l'armée ukrainienne sont en effet les épisodes principaux d'une guerre civile devenue un tournant majeur dans la situation politique mondiale.

Nous avons demandé tout d'abord à Sergei d’expliquer ce qu'est Borotba.

> SG : Borotba est une organisation marxiste qui a été formée en 2011 par la fusion de plusieurs groupes. Ce sont surtout à l'origine de jeunes militants critiques de la ligne du Parti communiste et de ses illusions parlementaristes, mais aussi en provenance d’autres organisations marxistes. Notre idée constitutive était de soutenir la mobilisation directe des travailleurs contre le capitalisme et l’oligarchie. Malheureusement, le déclenchement de la guerre civile a montré que notre organisation n'était pas prête à faire face à une situation de confrontation directe, de clandestinité ; nous sommes donc maintenant dans un processus de reconstruction de notre organisation. Il y a un important débat en cours sur la façon de reconstruire nos structures, notre intervention et la tactique à adopter, à la fois dans le Donbass et dans l’ensemble de l’Ukraine. Nous croyons que la seule solution envisageable pour sortir l’Ukraine de l’impasse est une fédération qui reconnaisse l’autonomie pour toutes les cultures et les minorités, ainsi que la « dénazification » du pays.

> Que pense Borotba du mouvement baptisé « Euromaïdan » ?

SG : Dès le début, notre organisation s'est opposée au mouvement Maïdan parce que ce mouvement était favorable à l’intégration de l’Ukraine dans l’Union Européenne (UE). Nous pensions que ce serait un désastre pour l’industrie manufacturière du pays et donc pour les conditions sociales de la population. Nous avions déjà de bons exemples – c’est-à-dire mauvais – d’autres pays d’Europe de l’Est qui ont été intégrés dans l’UE, par exemple la Bulgarie ou les Etats baltes, où des millions de personnes ont perdu leur emploi et ont été forcés de migrer vers le nord-ouest de l’Europe, à la recherche d’un emploi faiblement rémunéré.

Il est vrai que l’Ukraine est un des pays les plus pauvres du continent. Cependant, dans la partie orientale du pays on trouve l’industrie aérospatiale et des sites où sont fabriqués des produits de haute technologie, tels que des moteurs d’avions et d’hélicoptères. Nous savions que cette production ne pourrait jamais avoir accès au marché de l’UE ; l’intégration signifierait donc la destruction de centaines de milliers d’emplois hautement qualifiés. C’est pour ça que des millions d’Ukrainiens sont fortement opposés à l’entrée de l’Ukraine dans l’UE. Nous avons soutenu ces travailleurs – dans de nombreux cas, des ingénieurs et techniciens – qui s’opposent totalement à ce projet parce qu’ils défendent ces emplois qualifiés. En outre, il était clair depuis le début que l’extrême droite a eu un rôle fondamental et central au sein du mouvement « Euromaïdan ». Bien que représentant au départ une minorité du point de vue numérique, les groupes se réclamant de cette mouvance ont été en mesure de dominer la mobilisation. Avant tout chose, nous ne partageons pas leur idée d’une Ukraine « seulement pour les Ukrainiens », un pays ethniquement pur. Au contraire, nous croyons que la diversité doit être respectée, toutes les diversités religieuses, linguistiques et ethniques.

A propos du mouvement Maïdan, on a pu lire qu'il fallait aussi compter en son sein des mouvements de gauche, ou du moins progressistes. En Europe il existe des courants de gauche qui continuent d'ailleurs de prétendre que la mobilisation a été positive malgré tout, du moment qu'elle a contesté un gouvernement impopulaire et le pouvoir excessif de l’oligarchie. Vous, cependant, ne partagez pas ce point de vue...

SG : Il y a effectivement beaucoup de courants de gauche dans le monde qui ont comme fétiche le seul fait de voir « les masses qui descendent dans les rues ». Comme militants, nous devrions pourtant savoir qu'une masse de gens qui descend dans la rue peut également être réactionnaire, ou sous l’influence d’une direction politique réactionnaire. Par exemple, il y avait un petit groupe de gauche qui a participé dès le début à la mobilisation de la place Maïdan à Kiev avec des slogans très modérés. Ils parlaient de la nécessité d’une Europe sociale – pas du socialisme. Ce fut pourtant suffisant pour qu'ils se fassent fortement contester et accuser par le reste de la place, pour laquelle « l’Europe sociale » était déjà l’antichambre des goulags staliniens !

Par ailleurs, il était clair depuis le début que ceux qui occupaient les rues de Kiev étaient surtout animés par l’individualisme et le carriérisme, caractérisés par l’idée illusoire que si l’Ukraine entrait dans l’UE, n'importe qui travaillant dur connaitrait le succès et l'enrichissement. Aucun sentiment de solidarité ou de critique sociale n'était visible dans cette mobilisation.

Quelle est aujourd’hui la situation en Ukraine et dans le Donbass ? En particulier, que pensez-vous des résultats des élections qui ont eu lieu, d'abord dans les territoires contrôlés par le régime, puis dans les Républiques « populaires » ?

SG : Il existe deux grandes tendances politiques dans le Donbass en ce moment. L’une est purement « séparatiste » et affirme qu’il n’y a pas de place pour un retour sous l’autorité du régime de Kiev. Elle pousse donc vers une véritable séparation des Républiques populaires de l'Ukraine, afin qu’elles deviennent un seul Etat complètement indépendant. L’autre tendance considère la création des Républiques populaires comme une première étape dans l’établissement d’un dialogue avec ces secteurs de la population ukrainienne qui avaient soutenu ou toléré Euromaïdan, dans la mesure où ils le considéraient comme une opposition à l’oligarchie.

Il y a de manière générale une forte poussée à gauche, des sections importantes de la population revendiquent des mesures sociales, ainsi qu'une réelle mise en œuvre de la nationalisation des secteurs clés de l’économie. Je dois admettre cependant que la pression de l’oligarchie russe est malheureusement très forte dans le Donbass. Moscou pense – à juste titre – qu'une possible révolution socialiste dans cette région pourrait servir de « mauvais exemple » pour les catégories populaires en Russie. Dans tous les cas, un avis est communément partagé dans la population du Donbass : la privatisation des mines, de l’industrie et de l’énergie dans les années 1990 n'a constitué rien de moins qu'un vol de la propriété populaire. Cette aspiration à la nationalisation de l’industrie et au développement des formes de propriété collective dans le Donbass est donc considérée comme très dangereuse par les bourgeoisies de Kiev autant que de Moscou.

Les élections en Ukraine ont quant à elles montré un virage clairement à droite du Parlement. Il est vrai que les forces ouvertement nazies comme Svoboda ou Praviy Sektor [1] ne sont pas entrées dans la Rada. Inutile de dire cependant que les partis bourgeois « respectables » ont tous observé un même virage vers l’extrême droite, caractérisé par la présentation de programmes extrémistes et par l’élection des chefs des bataillons de volontaires (de l'opération « antiterroriste »), des commandants militaires des gangs fascistes et des oligarques. Les élections ukrainiennes sont un exemple éclairant de l’hypocrisie des gouvernements occidentaux et de la classe politique libérale locale, qui a par exemple ouvertement soutenu des candidats néo-nazis. Ainsi, à Kiev, les cercles et les médias libéraux ont soutenu un candidat du « Bloc Porochenko » [2] : il s'agit d'un raciste déclaré, un fou qui parle de la suprématie de la race blanche et qui envisage un avenir fondé sur l’exclusion des citoyens de langue et de culture russes comme de toutes les autres minorités.

A propos des évènements dans le Donbass, certains courants de gauche ici en Europe ont un point de vue différent – en commun avec la quasi-totalité des médias de masse : ils identifient les principales forces de l’insurrection, dans le sud-est de l’Ukraine, à des éléments purement nationalistes, au mieux, ou au pire réactionnaires et fascistes. Quelle est la composition réelle du paysage politique des Républiques « populaires » de Donetsk et de Lugansk ?

SG : Nous ne voulons pas faire semblant qu’il n'existe pas dans le Donbass des tendances nationalistes russes, mais il est impossible de nier le rôle dirigeant des mouvements et des forces de gauche ainsi qu'un puissant sentiment antifasciste. Un des plus grands et des plus populaires chefs militaires des milices des Républiques populaires, Alexey Mozgovoy, a déclaré à maintes reprises que le nationalisme n'est pas une solution, mais qu'au contraire la lutte du peuple du Donbass devait être le début d'un soulèvement général contre l’oligarchie dans le pays. On compte de nombreux communistes ou socialistes combattant dans l’armée du Donbass, au moins autant que des éléments conservateurs ou nationalistes. Entre les différentes factions, la coexistence se fait dans un respect mutuel au nom de la lutte commune.

Le plus grand danger serait que ce conflit pourrait se traduise par un scénario à la yougoslave, par une explosion de haine au sein de la population sur la base de l’appartenance ethnique, linguistique ou religieuse. Contre ce scénario, Borotba soutient toute tendance de gauche dans le Donbass, où il existe déjà une tradition forte du mouvement ouvrier.

Pour comprendre ce qui mobilise aujourd'hui les populations du Donbass, il faut bien avoir à l'esprit la dynamique des évènements. Après le coup d'Etat de février [3], une forte mobilisation s'est développée dans l’Est du pays. La population a demandé pacifiquement que le nouveau régime accorde l’autonomie fiscale et culturelle aux zones habitées par des minorités, en particulier de langue russe. Mais, au lieu d’accorder la fédéralisation de l’Ukraine, le gouvernement « Maïdeniste » a imposé une véritable féodalisation, en nommant comme gouverneurs de province des oligarques parmi les plus riches du pays. Ceux-ci ont mis en place des milices privées avec des éléments d’extrême droite, qui ont immédiatement imposé un règne de terreur. Ils ont commencé une véritable chasse aux communistes et aux dissidents : les locaux des partis politiques et des syndicats assiégés et détruits, des agressions, des enlèvements et des meurtres. Cette réalité est évidente dans le cas du massacre d’Odessa : des dizaines de personnes abattues, brûlées vives et assassinées froidement à l’intérieur de la Maison des syndicats, par des fascistes.

Comment la Russie intervient-elle dans le mouvement du Donbass ? Ne tente-t-elle pas de le freiner, afin de parvenir avec l’Union Européenne à un compromis qui serait nécessaire, de son point de vue, suite aux sanctions économiques et à l’isolement politique et militaire international de Moscou ?

SG : Malheureusement, la situation en Ukraine dépend beaucoup de ce conflit entre la Russie et les pays occidentaux, en particulier avec les États-Unis. En ce sens, bien que supportant en apparence les Républiques populaires, l’oligarchie russe tente en réalité de les utiliser comme « monnaie d’échange » pour un éventuel accord, en particulier avec l’Union Européenne.

Quel jugement portez-vous sur l’intervention et le rôle de l’Occident dans les évènements en Ukraine depuis le début de l'Euromaïdan ? Faites-vous une différence entre les actions des Etats-Unis et de l’Union Européenne ?

SG : Tout d’abord, l’une des raisons du déclenchement de la crise a été le refus par le gouvernement Ianoukovitch de signer le traité d’association avec l’Union Européenne. L'UE était intéressée par la conquête d'un marché important, en particulier dans des conditions de crise économique. Bien sûr, l’Union Européenne n'avait aucun intérêt à développer à ses propres frontières une guerre à grande échelle ; c'est pourquoi elle cherche plutôt un accord qui soit conforme à ses propres intérêts économiques et politiques.

A l'inverse, les Etats-Unis poussent à une confrontation plus directe. Leur rôle a été déterminant, par exemple en février lorsque le président Ianoukovitch, sous la pression de la place Maïdan et de l’Union Européenne, avait pratiquement signé son départ de la scène et convoqué de nouvelles élections. Pratiquement au même moment dans le centre de Kiev, des snipers inconnus ont tiré aussi bien sur la foule que sur les policiers, tuant 70 personnes. Cet évènement a mis en place les conditions du coup d'Etat au Parlement. Il est évident que l’ordre de tirer ne pouvait pas venir du gouvernement Ianoukovitch qui était désormais hors-jeu... Après le coup d’Etat, quand la situation économique s'est effondrée, le Fonds Monétaire International a proposé de soutenir financièrement l’Ukraine. Ce soutien était cependant conditionné par de lourds plans d’austérité et des privatisations et également à la condition que le nouveau régime reprenne immédiatement le contrôle sur le pays. De fait, le FMI a contribué au début de la guerre civile, incitant le régime de Kiev à faire la guerre contre les populations qui se soulevaient dans le Donbass.

Les Etats-Unis n’ont rien fait pour cacher leurs activités en Ukraine. Nous ne pouvons pas oublier la visite à Kiev du chef de la CIA, pendant les évènements, gardée secrète mais admise plus tard quand elle fut rapportée par certains médias. Le jour suivant cette visite, le gouvernement de Kiev commençait la soi-disant « opération antiterroriste » contre les rebelles des régions sud-est de l’Ukraine. Rappelez-vous aussi la fameuse conversation entre l’ambassadeur américain à Kiev et Victoria Nuland [4]. Enfin, lors de sa visite en Ukraine, Joe Biden, le vice-président américain, n’a même pas fait semblant d'établir un dialogue d'égal à égal avec les représentants du nouveau régime : il s'est contenté de donner des ordres, en restant assis à la présidence du siège du gouvernement. Après cette réunion, quelques dirigeants politiques ukrainiens se sont tout de même plaints de l'attitude très « stricte » du vice-président américain à leur égard... Cela n'a pas empêché l’un des fils de M. Biden de devenir, peu de temps après, président de l’une des plus importantes sociétés de forage gazier du pays.

Une dernière question sur le rôle des nazis en Ukraine : c’est la première fois depuis des décennies que des groupes ouvertement néo-nazis accèdent à des postes importants dans un gouvernement d'un pays européen. Comment évaluez-vous cette perspective ? En outre, quel jugement porter sur la contradiction apparente de cette extrême droite théoriquement contre l’Union Européenne ou les États-Unis, mais qui se met pourtant au service des intérêts stratégiques de ces deux pôles impérialistes ?

SG : Dans le reste de l’Europe, l’extrême droite se déclare en général contre l’UE. Ce n'est pas le cas chez nous, au contraire : les organisations ultranationalistes et fascistes en Ukraine sont généralement pro-européennes. D'ailleurs, en ce moment même le gouvernement ukrainien revendique ouvertement l'implication directe de l’UE et de l’OTAN dans le conflit. Ceci est un danger énorme, qui pourrait conduire à un conflit de dimension mondiale. Par conséquent, nous pensons que dans le reste de l’Europe l’objectif central de la mobilisation des forces communistes et de gauche devrait être précisément d'empêcher cette implication de l'UE et de l'OTAN.

Bien sûr, le président Porochenko et son gouvernement n'ont aucun intérêt à accorder un pouvoir excessif à l'extrême droite, ouvertement néo-nazie. Au contraire, ils aimeraient que les fascistes disparaissent, après avoir fait le sale boulot à Maïdan comme force de frappe contre le gouvernement Ianoukovitch, puis dans le Donbass pour réprimer la rébellion. Une sorte « d’adieu et merci ». Mais les fascistes ne sont pas complètement stupides, ils sont désormais bien organisés et enracinés, ils ont des armes et de l’argent, des infrastructures et une formation militaire, ainsi qu'une représentation parlementaire importante. Il ne sera donc pas facile du tout de se débarrasser d’eux. Ce sont au contraire ces forces d’extrême droite qui cherchent à influencer le gouvernement. Par exemple, en plusieurs occasions certains bataillons de néo-nazis ont quitté les zones de guerre et sont revenus à Kiev pour assiéger le Parlement. Ils ont alors menacé Porochenko : s'il parvient à un compromis avec la Russie et les Républiques populaires du Donbass, il sera renversé par la force lui aussi.

Entretien réalisé à Rome le 6 novembre 2014.

Révolution

[1] Praviy Sektor : le « Secteur Droit », NDT

[2] L'alliance électorale du Président ukrainien Porochenko, NDT

[3] Le renversement parlementaire de l'ancien gouvernement Ianoukovitch sous la pression de Maidan, NDT

[4] Cette responsable des zones européenne et eurasienne de la diplomatie américaine avait été très explicite sur les intentions américaines, notamment par un extrait de cette conversation qui avait circulé ensuite dans les médias : « Que l'UE aille se faire foutre ! », NDT

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une petite leçon d'éthique politique Européenne par Jean Gabin en 1960 dans "Le président".

30 Novembre 2014 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Histoire, #Europe supranationale, #La mondialisation, #La nation ., #La République, #La France

Ajoutée le 23 mai 2014

Les élections Européenne approchent, une petite leçon d'éthique politique Européenne par Jean Gabin en 1960 dans "Le président".

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La diplomatie française ou le Molletisme en action. TEXTE REPRIS SUR BANDERA ROSSA.

30 Novembre 2014 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #La nation ., #La République, #Politique étrangère, #Europe supranationale, #L'OTAN., #AMERIQUE

Dimanche 30 novembre 2014 7 30

La diplomatie française ou le Molletisme en action.

TEXTE REPRIS SUR
BANDERA ROSSA

Samedi 29 novembre 2014

source:Recherches internationales

La diplomatie française

ou le Molletisme en action.

par Michel ROGALSKI

La diplomatie française ou le Molletisme en action.  TEXTE REPRIS SUR BANDERA ROSSA.

Il est vrai qu’une diplomatie ne peut s’inverser en quelques semaines tant il y va de la continuité de l’État et des engagements souscrits. Mais à mi-parcours d’un mandat présidentiel, la marque nouvelle a pu et dû s’imprimer et le sillon se tracer, être compris et pris en compte par la communauté internationale attentive aux nouveaux signaux d’un pays qui reste encore l’une des principales puissances de la planète et dont la diplomatie a rarement été isolée. Un pays dont les atouts, façonnés par l’histoire, ne sont pas mince. Ancien empire colonial sur lequel le soleil ne se couchait jamais, partie prenante du côté des vainqueurs de deux conflits mondiaux, détenteur de l’arme nucléaire et donc assurée de la pérennité de son siège permanent au Conseil de sécurité, dotée d’une langue largement partagée dans le monde, et enfin grande puissance maritime par l’étendue de ses côtes, la France est un pays qui compte encore sur la scène mondiale même si elle ne fait plus jeu égal avec l’Allemagne en Europe, continent lui même en déclin relatif.

La diplomatie française a une histoire dont les sinuosités ont ciselé autant de phases et de repères marquants. Elle doit faire face à un ensemble de grands dossiers qui structurent le monde et dans lesquels elle est impliquée et qui constituent autant d’occasions d’imprimer sa marque. Il est d’usage de l’évaluer à l’aune de ces grands traits en prenant la mesure des inflexions réalisées.

Pour nous en tenir au cadre de la V° République, la présidence actuelle fait suite à celles de De Gaulle, Giscard d’Estaing, Mitterrand, Chirac et Sarkozy. Les trois premières ont connu la guerre froide, pas les trois dernières. À l’inverse, seules les trois dernières ont connu les contraintes de la mondialisation et de sa forme accusée, l’intégration européenne. De Gaulle sortit la France de son Empire colonial pour l’insérer dans l’Europe et esquissa une prise de distance d’avec l’atlantisme marqué par une soumission aux états-Unis. La parole fut audacieuse – discours de Phnom Penh et du Québec – et les décisions fermes – fermeture des bases de l’Otan et sortie de son dispositif militaire intégré.

Malgré sa volonté, Giscard ne put revenir sur l’essentiel de ces orientations sauf à rompre avec les gaullistes, ce que le rapport de forces ne lui permit pas. Il est d’usage de considérer qu’en matière de politique étrangère la continuité fut forte entre Mitterrand et Chirac au point qu’on put parler d’une diplomatie gaullo-mitterrandienne, souvent ramenée, cohabitation oblige, au consensuel Hubert Védrine.

Toute autre fut la phase incarnée par Sarkozy qui, au delà de son agitation centrée sur l’événement, marqua un retour vers un atlantisme décomplexé et un goût prononcé pour les expéditions guerrières inspiré par un droit-de-l’hommisme douteux et générateur de chaos. En fait, son atlantisme consistait à faire retour dans le giron du monde occidental, alors même que la guerre froide était terminée.

C’est dans un tel contexte que François Hollande, avec ses prérogatives de chef d’État, prend en charge la diplomatie française. Allait-il renouer avec le consensus gaullo-mitterrandien du rapport aux États-Unis– alliés, mais pas soumis –, continuer le nouveau sillon tracé par le prédécesseur ou imprimer sa marque esquissée par les points programmatiques de sa campagne et attendue par ses électeurs ?

Aucune inflexion marquante ne fut prise. Par défaut le pire fut donc choisi !

Oubliées les quelques vagues promesses de campagne ou de postures adoptées lorsqu’il était dans l’opposition. Car sur l’essentiel l’inflexion sarkozyste fut préservée et délibérément assumée au point même d’aller demander non sans malice à Hubert Védrine de rédiger un Rapport expliquant que tous comptes faits il y avait plus d’avantages à continuer à rester dans le commandement militaire de l’Otan, inflexion adoptée par Nicolas Sarkozy, qu’à revenir à la posture traditionnelle de la France.

Exit donc la position développée par François Hollande, alors parlementaire de l’opposition, et qui déclarait à l’Assemblée nationale lors d’une motion de censure débattue en 2008 : « Ce retour vers l’Otan n’est pas simplement contraire aux intérêts de la France et même de l’Europe, il est aussi contradictoire avec la stabilité du monde. Car la décision du Président de la République intervient au moment où l’Otan change d’identité. »

Au lieu de tout cela, il faut évidemment sortir de l’Otan qui depuis la fin de la guerre froide n’a plus de raisons d’être sinon de permettre aux états-Unis d’exercer leur emprise sur ses membres et les pousser en situation de servitude volontaire. Il convient également d’exiger la dissolution de l’Otan devenue anachronique et d’en tirer toutes les conséquences en matière de désarmement et de lutte contre la prolifération nucléaire.

Sur l’Europe, le cap fut par ailleurs très vite tranché. Les velléités, un temps envisagé, de renégocier le Traité « Merkozy » se transformèrent en codicille sur la croissance mais sans portée obligatoire. Ligotée, la France ne put donc prendre la tête d’une coalition anti-austéritaire et dut au contraire très vite sous diktat de Bruxelles s’appliquer les pires mesures régressives.

L’ambition de campagne proclamée de peser sur les modalités de la construction européenne s’est évanouie et la France se retrouve sans voix originale pour peser en Europe, alors que sa nécessité est d’une urgence criante.

Au moment du scandale LuxLeaks qui révèle les faveurs fiscales accordées depuis des années par le Luxemburg à des centaines de firmes multinationales leur permettant de spolier leur État d’origine, Pierre Moscovici vole au secours de Jean-Claude Juncker responsable de la dérive fiscalo-maffieuse de son pays dont le coût est évalué à 1000 milliards d’euros par an. Michel Sapin aurait là beau jeu de faire valoir les rentrées fiscales perdues par la France à cause du paradis fiscal luxembourgeois. Et en alléguant combien ces pertes fiscales ont contribué à la montée de l’endettement aujourd’hui reproché, la France pourrait solidariser avec elle bon bon nombre de pays européens également touchés et soumis à des politiques régressives et des hausses d’impôts.

Mais pour prendre une telle posture, encore aurait-il fallu donner corps aux propos de campagne laissant croire que « mon adversaire c’est la finance ». Pourtant les occasions furent nombreuses de le réaffirmer. Passons sur les visites à Londres du Président Hollande puis de son Premier ministre pour rassurer les financiers de la City, puis les patrons. La vraie lutte contre la finance commençait en France même pour réguler le secteur bancaire. Les engagements de campagnes avaient été prometteurs.

Une nouvelle loi devait séparer les activités bancaires de dépôt de la clientèle des activités de marchés où la banque engageait de façon risquée ses propres capitaux. Mais dans ce domaine la timidité a été de mise. Seuls à peine 1 ou 2 % des activités des grands groupes français sur les marchés de capitaux se trouveront concernés par la « loi de séparation et de régulation bancaire » adoptée en juillet 2013.

C’est une séparation qui ne coupe pas dans le vif et laisse à la finance tout loisir de continuer, avec l’argent du public, ses pratiques. Dans la même lignée, la France agit dans le cadre européen pour limiter le champ d’action de la « taxe Tobin » sur les transactions financières.

L’attitude du gouvernement français à propos de l’amende infligée par les autorités américaines au groupe BNP-Paribas a été révélatrice. Surtout ne pas parler du fond – du rôle du dollar et de la souveraineté nationale – ou de la leçon – le politique peut contraindre la finance - mais marchander et plaider l’indulgence ou le risque systémique afin d’atténuer la peine pour la rendre « raisonnable », tel fut le propos confus de nos dirigeants partagé en cela par les principaux commentateurs et faiseurs d’opinion.

Seul positionnement possible pour tous ceux rassemblés à l’unisson autour du respect de la finance et de l’allégeance aux États-Unis. La banque a payé – 9 milliards de dollars – et a dû s’acquitter de très lourdes peines annexes. En silence ! La profession qui ne manque pas de relais a fait profil bas. Car ce que tous ont voulu cacher c’est que la donne avait changé aux États-Unis depuis la crise de 2008. Les sanctions pleuvent en cascade sur les banques et institutions financières.

L’administration est sans pitié et les pénalités se négocient. Les établissements financiers ayant joué un rôle central dans l’affaire des subprimes ont déjà dû débourser plus de 100 milliards de dollars de pénalités ou de dédommagements à leurs victimes. C’est le politique qui est aux commandes et aucune position établie aussi respectable soit-elle, financière ou industrielle, ne semble pouvoir résister à un État qui ne badine pas et qui entend que les règles édictées soient respectées.

C’est bien ce message que nos dirigeants politiques, Medef et commentateurs associés ont surtout cherché à ne pas entendre. Car cela pourrait donner des idées. Imposer de quelques milliards nos établissements financiers pour quelques infractions vraisemblables et les faire ainsi abonder au budget de l’État qu’ils ont contribué à déstabiliser eut été une leçon raisonnable de ce qui se passe outre-Atlantique que l’on tient pour notre Mecque.

L’affaire de la NSA révélée par le courageux Edward Snowden a montré au monde entier que les états-Unis s’étaient lancés dans un vaste programme d’interception des communications téléphoniques et informatiques à l’échelle du monde sans aucun discernement entre pays amis ou ennemis. Toutes ces révélations dévoilent l’ampleur du processus coopératif qui a accompagné la mise en œuvre de ce vaste réseau de surveillance.

Certes, il profitait essentiellement aux états-Unis, mais grâce à la complicité des dirigeants des pays qui se présentent aujourd’hui comme des victimes. L’attitude de la France ne fut pas glorieuse. Avec l’Italie, l’Espagne et le Portugal, elle interdit, sur injonction américaine, le survol de son territoire de l’avion du Président bolivien Moralès suspecté de transporter Edward Snowden. Bloqué en Autriche l’avion fut fouillé. France en tête, les gouvernements européens ne peuvent pas prétendre avoir été bernés, car tous leurs abandons ont été consentis.

Dos au mur, il leur faut faire oublier qu’ils ont accepté que des millions de données personnelles concernant leurs citoyens aient été livrés aux états-Unis, en échange d’une réciprocité dérisoire. Circonstances aggravantes pour la France, quant on sait que cet espionnage se faisait en large partie à travers le contrôle de câbles sous-marins par lesquels transitaient toutes ces opération et que le fleuron industriel français qui les construisait – Alcatel – a été fusionné avec … la société américaine Lucent.

Dans ses rapports avec le monde en développement, à l’exception de la séquence sarkozyste, la France a toujours eu la volonté de sortir de son statut de pays occidental et d’adopter une attitude spécifique et indépendante et de miser sur une politique de coopération et de co-développement. Elle pouvait s’appuyer pour ce faire sur sa langue partagée, des amitiés solides dans son ex-empire et des positions remarquées et courageuses vis-à-vis des engagements américains aussi bien au Vietnam qu’en Irak. Ce capital diplomatique, dilapidé notamment par l’opération libyenne de Sarkozy, n’a pas été regagné par la diplomatie actuelle.

Qu’on en juge ! Trois premières années de mandat présidentiel, trois guerres : Mali, Centrafrique, coalition anti-Daech en Irak. Quatre avec la Syrie, si les États-Unis et la Grande-Bretagne n’avaient pas été plus sages que nous. Trois guerres décidées dans l’urgence et la précipitation, sans plan d’action à long terme, sans objectifs politiques précis voire atteignables par le seul engagement militaire. Tout annonce bourbiers, enlisements voire revirements de nos alliés.

Le sens de ces engagements – la lutte contre l’islam radical parfois habillé de l’étiquette « terrorisme » - est brouillé par des actes qui l’ont encouragé – l’intervention en Libye - ou par un jeu d’alliances incohérent avec des États comme le Qatar, l’Arabie saoudite, voire la Turquie reposant plus sur des intérêts circonstanciels où les armes, le pétrole, la finance pèsent plus qu’un partage d’objectifs communs. Sur l’Iran, la Syrie et le conflit israélo-palestinien, à côté de la France, Barack Obama fait figure de modéré et nous apparaissons comme ses neocons.

Bref, dans notre engagement atlantiste et occidental, nous ne suivons pas, nous précédons et nous mettons de l’huile sur le feu. Nous avons tout fait pour faire capoter il y a un an les négociations des 5+1 avec l’Iran en rajoutant conditions supplémentaires là où un compromis avait déjà été trouvé et permettait de mettre en place une séquence équilibrée – arrêt de l’enrichissement de l’uranium contre baisse du niveau de l’embargo – permettant la poursuite des négociations dans un climat plus détendu.

Sur Israël notre pression est insignifiante quand elle n’est pas encouragement ou compréhension publiquement affichée comme lors du conflit avec Gaza l’été dernier. Même sur le principe de la reconnaissance internationale de l’État palestinien, notre volonté de la lier au niveau des progrès de la négociation entre les deux parties nous fait apparaître à la remorque des déclarations de Madame Frederica Mogherini, nouvelle responsable de la diplomatie européenne.

Depuis quinze ans l’Amérique latine bouge. Un tournant à gauche y prend corps. Que Sarkozy l’ait ignoré était dans l’ordre des choses, mais que la diplomatie d’Hollande y soit moins attentive que celle de Chirac doit alerter. Il faut y voir le poids de l’Internationale socialiste. En effet partout ces changements se sont effectués contre des régimes militaires ou des équipes liées à l’IS dont la politique dans la région avait toujours été inféodée à la politique du grand voisin du nord.

Ces équipes se sont retrouvées souvent marginalisées dans ces processus populaires et ont pour le moins perdu en influence dans le continent. Tout a été tenté pour déconsidérer et affaiblir ces tournants à gauche. De l’utilisation de Lula – ratée – contre Chávez à la désignation de ces régimes comme « populistes ». Cette politique française vis-à-vis de l’Amérique latine est aujourd’hui incompréhensible et déroute les forces qui là-bas sont dans une autre attente.

En matière de diplomatie, Guy Mollet est bien de retour.

MICHEL ROGALSKI

Directeur de la revue Recherches internationales

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De la ZAD au Djihad, "D'accord ou pas !" sur le blog de Descartes.

29 Novembre 2014 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #La nation ., #La République, #Histoire, #Culture

Samedi 29 novembre 2014

De la ZAD au Djihad, "D'accord ou pas !" sur le blog de Descartes

De la ZAD au Djihad

sur le blog de Descartes

D'ACCORD ou PAS !

La dernière tribune de DESCARTES:

De la ZAD au Djihad, "D'accord ou pas !" sur le blog de Descartes.

C’est le dernier phénomène à la mode. Je ne parle pas du laisser-aller de nos élus à l’heure de payer leurs impôts – laisser-aller qui n’est pas confiné aux élus, hélas ! (1) – qui défraie la chronique, mais des jeunes hommes et femmes qui quittent tout, études, famille, quartier, pays, pour aller combattre en Syrie ou en Iraq aux cotés des groupes islamistes radicaux.

D’habitude, nos classes bavardantes adorent le « don de soi ». On ne compte plus les articles chantant les louanges de tel ou tel jeune quittant tout pour assouvir sa passion individuelle – le tour du monde à la voile, la traversée de l’Atlantique à la rame. Mais la Rolls-Royce du « don de soi », c’est d’habitude le service d’une cause.

On admire, et on le dit, ceux qui sont capables de tout sacrifier, de tout abandonner au service de l’Idée, que ce soit pour soigner les enfants sidatiques en Afrique ou pour combattre les injustices en Amérique Latine. On se serait attendu donc à ce que le « don de soi » des fous de l’Islam soit apprécié humainement à sa juste valeur par les derniers tenants du « romantisme révolutionnaire ».

Et bien, non. La condamnation de nos grands prêtres intellectuels est unanime et sans réserves. Ce qui est paradoxal, dans un milieu qui porte aux nues Michel Foucault. Après tout celui-ci chanta les louanges à la fin des années 1978 de l’ayatollah Khomeini et de sa « révolution islamique ».

Mais bon, on n’est pas à une incohérence près. Et puis, le monde a bien changé depuis les années 1970. A l’époque, c’était des jeunes idéalistes qui faisaient le choix d’aller combattre pour la justice, aujourd’hui ce sont des pauvres victimes dont le cerveau est « lavé » par de subtils recruteurs sur internet. En d’autres termes, leur « don de soi » n’est nullement libre, et ne vaudrait rien.

Regardons donc de plus près : qui sont ces gens qui partent au moyen-orient pour « faire le djihad » ? En fait, ils viennent d’un peu partout en France. Ils viennent des quartiers défavorisés, mais aussi du centre des grandes villes ou de villages campagnards (2). Ils appartiennent pour une petite moitié de la « communauté » musulmane, mais pour une autre moitié – et c’est notable, j’y reviendrai – ce sont des convertis de fraîche date à l’Islam. On en retrouve dans les quartiers défavorisés mais aussi chez les classes moyennes, qui sont en fait surreprésentées. Les femmes (43%) sont presque aussi bien représentées que les hommes.

Difficile donc de trouver un point commun qui pourrait servir de « cause » efficiente pour expliquer la dérive djihadiste ? Non, pas vraiment. Un « point commun » saute aux yeux : pratiquement tous les candidats au djihad sont jeunes. Un signalement sur quatre concerne un mineur, et on constate une très forte diminution des vocations à partir de 25 ans. C’est donc en direction de la jeunesse et de son statut dans notre société qu’il faut chercher les causes du phénomène.

En fait, comme c’est souvent le cas, nous avons devant nous un phénomène qui, à la base, n’a rien de nouveau. S’il n’est remarqué aujourd’hui que parce qu’il prend une forme particulière, parce qu’il présente un danger particulier… ou plus bêtement, parce que les journaux n’ont rien d’autre à se mettre sous la dent.

On peut trouver dans l’histoire du dernier siècle de nombreux exemples ou des jeunes ont tout quitté un jour pour aller combattre les armes à la main pour ce qu’ils croyaient – à tort ou à raison – juste. L’exemple le plus emblématique est certainement celui du « Che » Guevara, jeune médecin argentin allé faire la guérilla à Cuba. On se souvient aussi de Régis Debray, parti faire le coup de feu en Bolivie.

Dans un autre registre, des dizaines de milliers de jeunes sont allés combattre du côté républicain – et une dizaine de milliers d’entre eux y ont laissé leur vie. Plusieurs centaines sont allés combattre dans les rangs des mouvements de guérilla latino-américains. Des jeunes français en 1940 on quitté famille et amis pour aller à Londres et de là aux Colonies pour se battre pour la France Libre.

Et à chaque fois, on retrouve la même constante : ces déplacements touchent toutes les classes sociales, toutes les origines, et les combattants n’ont qu’un point commun, la jeunesse.

Le jeune arrive dans un monde qui existait bien avant lui, dans une société qui s’est constituée avant et en dehors de lui, avec ses règles, son langage, ses contraintes, ses hiérarchies. Au départ, l’affirmation du jeune en tant qu’individu social le pousse à contester cet héritage, d’assumer une position « en dehors », d’imaginer qu’on peut vivre « autrement ».

Et puis, avec l’âge et l’expérience, on découvre que ces règles, ces contraintes, ces hiérarchies ont un sens. Qu’elles ne sont pas là pour vous embêter, mais qu’elles contiennent une sagesse du « vivre ensemble » distillée par l’humanité pendant des siècles. Devenir adulte, ce n’est pas du tout se résigner à l’état des choses. C’est au contraire comprendre combien délicat et subtil est l’équilibre dans lequel nous vivons, et combien l’idée de faire « table rase » du passé est erronée.

Dans le « jeunisme » ambiant, on a tendance à associer l’âge adulte avec celui de la résignation, alors que la jeunesse est parée de toutes les vertus de l’engagement. C’est une vision fausse : l’adulte n’est pas moins engagé que le jeune. La différence est que l’adulte s’engage pour ce qui vaut la peine, alors que le jeune conteste à tort et à travers, ce qu’il est possible de réformer comme ce qu’il n’est pas possible – ou pas souhaitable – de changer.

La jeunesse, c’est l’âge de l’immaturité. Le monde de l’enfant est en grande partie formé par ses parents, des gents qui l’aiment, qui se sentent responsables et qui cherchent – et cela est d’autant plus vrai avec la baisse de la natalité et l’avènement de l’enfant-roi – à lui faire plaisir en se pliant à ses désirs. Cette situation conduit l’enfant à une sensation de toute-puissance où il lui suffit de demander, plus ou moins fort, pour être exaucé. Mais à partir de l’adolescence, le jeune sort de ce monde douillet pour se confronter aux autres, des « autres » qui ne se sentent aucune obligation de lui faire plaisir, et qui n’ont aucune intention de se plier à ses désirs.

La toute-puissance en prend un coup. Le jeune réalise tout à coup que pour faire quelque chose, pour changer quelque chose il faut s’armer de patience, discuter, convaincre. Ou alors… contraindre par la force. C’est dans cette alternative qu’apparaît cette fascination pour la violence si caractéristique de cet âge.

Alors qu’on se sent impuissant devant un monde trop grand et trop complexe, le couteau, le flingue, le cocktail Molotov donnent une illusion de puissance. C’est « donnez-moi une Kalachnikov, et je bougerai le monde ». L’engagement dans le « djihad » de jeunes français n’est donc pas si éloigné d’autres formes de contestation violente qui ont séduit et séduisent toujours la jeunesse. La ZAD n’est finalement pas si loin du Djihad.

Et tout cela n’a rien à voir avec la religion. Celle-ci n’est qu’un prétexte, comme le fut en son temps pour les militants d’Action Directe la croyance dans la Révolution (avec un grand « R ») prolétarienne. Pablo Giussani, dans un essai devenu classique sur la violence politique des Montoneros en Argentine (3) avait décrit le problème avec une magnifique formule : « il ne s’agit pas, dans ce contexte, de la question de savoir si la fin justifie les moyens. Pour Montoneros, c’était plutôt les moyens qui justifiaient la fin ».

La religion, que ce soit l’Islam pour les candidats au Jihad ou la nouvelle religion « écolo-anti-capitaliste » pour les zadistes, n’est qu’une justification transcendante de l’aventure qu’ils ont choisi de vivre, une manière de sublimer leur choix de se mettre à l’écart de la société et de ses règles en transformant un choix individualiste en devoir sacré.

Pour s’affirmer, la jeunesse cherche donc à contester les règles, les contraintes, les hiérarchies de la vie en société. Ce faisant, elle se met – et nous met – en danger. Parce que certaines de ces règles, de ces contraintes, de ces hiérarchies ont précisément pour fonction de nous protéger des autres et de nous-mêmes.

Cette mise en danger est donc nécessaire, mais en même temps elle est socialement coûteuse. Pour réduire ce coût, les sociétés ont de tout temps cherché à organiser cette mise en danger, à la ritualiser, pour lui permettre de jouer son rôle social tout en limitant le risque.

Ainsi, par exemple, dans certaines cultures le jeune guerrier s’affirmait en tuant un lion. Mais avec le temps, le combat réel avec le lion a été remplacé par un combat « rituel » sous forme d’une danse où un guerrier âgé, recouvert d’une peau de lion, mime le combat et la mort de l’animal après un coup de lance symbolique. Cela permet que plus de guerriers arrivent en bonne santé l’âge adulte, pour le plus grand profit de la communauté toute entière.

Protéger notre jeunesse, ce n’est pas la mettre dans du coton. C’est au contraire, lui offrir les moyens de s’éprouver sans se mettre en danger autrement que symboliquement. Il faut lui proposer un « cursus honorum » social qui lui permette de se représenter dans un parcours valorisant. Il nous faut des « cérémonies de passage » et des épreuves marquant les étapes de ce parcours qui permettent au jeune de se « mettre en danger » et de prouver socialement sa valeur sans qu’il soit nécessaire pour cela de prendre une kalachnikov ou le cocktail Molotov dans les mains.

Descartes

(1) Que celui qui n’a jamais payé « au noir » un artisan, qui n’a jamais reçu un paiement en liquide et « oublié » de le déclarer leur jette la première pierre. Je trouve d’ailleurs très curieux de voir les mêmes qui proposent la désignation d’une constituante par tirage au sort au nom de la représentativité sociologique soient les mêmes qui exigent la démission de Thévenoud. Après tout, si l’on veut des assemblées « représentatives », il faut bien que le taux de fraudeurs, de meurtriers et de pervers sexuels soit le même que dans la population générale, non ?

(2) Les données qui suivent viennent de la plateforme téléphonique de signalement mise en place par le Ministère de l’Intérieur.

(3) Pablo Giussani, « Montoneros, la Soberbia Armada » (« Montoneros, la superbe armée »), non traduit.

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Vladimir POUTINE : le « De Gaulle russe » ? Le site Eldiablo.

29 Novembre 2014 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Ukraine, #La Russie, #La République, #La France, #La nation ., #L'OTAN., #AMERIQUE, #La guerre

Samedi 29 novembre 2014.

Vladimir POUTINE : le « De Gaulle russe » ?

CET ARTICLE LU sur le site novorossia-today

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Vladimir POUTINE : le « De Gaulle russe » ? Le site Eldiablo.

La thèse que je soutiens ici est que Vladimir Poutine défend une vision gaullienne de l’Europe et du monde, ainsi que de la souveraineté de la Russie. Il se heurte logiquement à l’hégémonie de Washington et des pays anglo-saxons et, comme en son temps le Général de Gaulle, il est présenté comme un danger et un ennemi. Pourtant, c’est notre meilleur allié.

La diabolisation de Poutine

Le journaliste du Figaro Pierre Rousselet, dans un article intitulé « Le monde sans règles de Vladimir Poutine » (30/10/2014) nous explique, au terme d’une démonstration fumeuse, que Poutine « joue avec une habileté redoutable de sa capacité de nuisance dans un monde où les règles ont de moins en moins d’emprise ». Il veut dire par là que le Kremlin viole le droit international à la suite de la crise ukrainienne. Il se moque du monde et, peut-être sans le savoir, il utilise la méthode de la propagande stalinienne de l’inversion de la réalité. Cette méthode est celle, paradoxalement, de Washington et d’une Union européenne aux ordres. Le monde de Poutine n’est pas ”sans règles”, au contraire, il est ”avec des règles”. Le monde sans règles est celui de la politique étrangère US depuis le bombardement de la Serbie par l’Otan et l’affaire du Kossovo.

Poutine est présenté comme le ”nouveau Tsar”, c’est-à-dire un autocrate non élu, alors qu’il a été régulièrement élu à la présidence avec une majorité plus importante que ses homologues occidentaux. La gauche socialo-trotskiste avait accusé en son temps le général de Gaulle d’être un ”fasciste” – en particulier en Mai 68. La même mouvance idéologique rabâche les mêmes éructations contre Poutine. Et ceux qui diabolisent Poutine et la Russie – notamment tous les milieux atlantistes et ”démocrates” – se satisfont parfaitement de bonnes ententes et d’alliances avec divers régimes tyranniques à travers le monde.

La colère anti russe des Anglo-Saxons

Exclu du G8, Poutine a été très mal accueilli au sommet du G20 de Brisbane en Australie les 15 et 16 novembre. Il a interrompu son séjour avant la fin de la réunion, ce qui est parfaitement normal pour un chef d’État qui est maltraité par ses pairs. Or les médias, renversant les torts, ont expliqué que Poutine « narguait » les Occidentaux et faisait de la « provocation ». Plus incroyable, le premier ministre australien Tony Abbott (lui aussi à la botte de Washington) a reproché, à l’ouverture de la réunion, à la Russie de « vouloir restaurer la gloire perdue du tsarisme ou de l’Union soviétique ». Et alors ? Ce propos est proprement scandaleux : la Russie serait donc illégitime à vouloir redevenir une grande puissance ! Sous-entendu : seuls les USA ont vocation à être une grande puissance et la Russie doit se contenter d’être une puissance régionale soumise à la ”pax” americana. Poutine subit de la part des Anglo-Saxons la même attitude d’hostilité que le Général de Gaulle, en beaucoup plus violent du fait de la taille de la Russie.

À la réunion de Brisbane, les quatre Anglo-Saxons (le président des États-Unis, les premiers ministres de Grande-Bretagne, du Canada et d’Australie, tous trois féaux de Washington) ont vilipendé Poutine et la Russie avec brutalité, accusant le président russe de violer le droit international, de trahir sa parole et d’agresser un pays voisin. Accusations complètement contraires à la réalité. Ils l’ont menacé d’aggraver les sanctions économiques et l’isolement de la Russie s’il continuait d’aider les séparatistes de l’Ukraine orientale – alors que c’est l’armée de Kiev, encouragée, armée et conseillée par les Anglo-Saxons, qui est responsable d’agression militaire.

À côté de cela, le président français (M. Hollande) et surtout Angela Merkel ont longuement essayé à Brisbane de négocier avec M. Poutine pour calmer le jeu. Malheureusement, ni la France ni l’Allemagne, pratiquant une diplomatie molle et timorée, n’osent aller au bout de leur démarche. Elles sacrifient leurs intérêts pour complaire aux Anglo-Saxons. Répétons ici que l’affaire ukrainienne résulte d’une provocation américaine (voir autres articles de ce blog sur le sujet) et que les sanctions (illégales) contre la Russie, servilement acceptées par les Européens, se font au bénéfice de l’Amérique et de la Chine et au détriment de l’UE.

Le plus inadmissible est l’absence de l’ONU dans la résolution de la crise ukrainienne. Comme pour le Kossovo, comme pour les guerres d’Irak, l’ONU est écartée, en violation de sa Charte et de tous les traités internationaux. L’ONU est remplacée par l’unilatéralisme américain et son impérialisme décomplexé. Le Coréen du Sud, Ban Ki-moon, le Secrétaire général, est totalement absent de la diplomatie internationale. Tout le monde sait que ce personnage falot est une créature de Washington, ainsi que l’a avoué dans ses Mémoires John Bolton, ancien ambassadeur américain à l’ONU. Le Conseil de Sécurité de l’ONU a été complètement marginalisé par Washington depuis la guerre des Balkans de 1999. (1)

Le piège ukrainien tendu à la Russie

L’escalade militaire qui se produit en Ukraine a pour origine l’armée ukrainienne et non pas les séparatistes prorusses de Donetsk et du Donbass. Kiev avait procédé à des tirs d’artillerie, près de Chakhtarsk, sur le site du crash du vol MH17 de la Malaysia Airlines abattu le 17 juillet, comme pour empêcher une enquête objective sur le terrain. En 7 mois, les affrontements ont fait 4.000 morts, en majorités civils. Le protocole de Minsk, prévoyant un cessez-le-feu, signé le 5 septembre par Kiev et les séparatistes a été violé par le gouvernement ukrainien. Ce dernier est encouragé par une diplomatie washingtonienne et européenne irresponsable. Des militaires américains sont présents en Ukraine. Ils observent, pondent de faux rapports et attisent les braises. Ils poussent l’Ukraine à une guerre contre la Russie.

On accuse actuellement la Russie de faire parvenir des chars, des armes lourdes et des combattants sans insignes aux insurgés russophones du Donbass et de Donetsk. Vraie ou fausse, cette aide militaire me semblerait logique si j’étais à la place de Poutine : peut-on rester insensible à une agression contre des quasi-nationaux installés dans un pays voisin ? Plutôt que de se mettre autour d’une table de négociation pour résoudre tranquillement, dans le cadre des institutions internationales, la difficile question ukrainienne, l’Occident sous domination américaine a choisi de créer la crise, tout en tenant un discours hypocrite pseudo-pacifiste.

Il n’y a jamais eu d ’”annexion” de la Crimée, mais un référendum demandant le retour d’une province russe autoritairement détachée en 1954. Jamais le retour de la Crimée à la Russie n’a menacé l’ordre international. En revanche, l’invasion américaine de l’Irak a totalement déstabilisé l’ordre international et embrasé le Proche-Orient. Les donneurs de leçons de Washington sont ceux-là mêmes qui créent les désordres. À 25% par cynisme et à 75% par idéalisme naïf et stupidité.

Concernant les sanctions de l’Union européenne contre la Russie, en fait imposées par les USA, Renaud Girard note : « la Russie en souffre indiscutablement mais les Européens aussi ! L’Union européenne a perdu toute souplesse diplomatique, comme l’a montré son incapacité à répondre aux ouvertures de Poutine exprimées lors du sommet de Milan du 16 octobre 2014 » (Le Figaro, 11/11/2014). La raison de cette rigidité diplomatique est que l’UE n’a pas de diplomatie propre, celle-ci se décidant à Washington.

La propagande US anti Poutine

L’Américaine Fiona Hill, directrice de recherches à la Brookings Institution (antenne de la CIA), spécialiste de la Russie et coauteur d’un livre sur Poutine a tenu des propos russophobes très révélateurs. En gros on accuse Poutine des maux dont est soi-même coupable. Elle explique : « Poutine a interprété toutes nos actions comme une menace, ce qui l’a poussé à mettre en place une politique offensive de défense de ses intérêts, qui consiste à pousser toujours plus loin les limites de ce qu’il peut faire ». Cette politologue gaffeuse admet donc que la Russie est illégitime à ”défendre ses intérêts” ! Seuls les USA ont le droit de ”défendre leurs intérêts”. Pas les autres. Et que veut-elle dire par ”toutes nos actions” ? C’est un aveu. Il s’agit de l’agitprop menée par tous les réseaux US pour déstabiliser l’Europe centrale depuis 1991.

Alors même que ce sont les USA qui recherchent une nouvelle guerre froide avec la Russie et qui essaient d’écraser dans l’œuf toute velléité d’indépendance et de puissance russe comme toute alliance euro-russe, la politologue américaine affirme que la Russie est une menace pour toute l’Europe et l’Occident. C’est ce thème romanesque qui est au centre de la propagande atlantiste actuelle. Diabolisant Poutine, elle expose : « Poutine n’est plus seulement un danger pour la souveraineté de l’Ukraine et la sécurité européenne mais un danger pour l’ordre politique européen. Très clairement, son but est de discréditer les institutions européennes et la démocratie. Il veut aussi discréditer l’Otan dont l’existence est vue comme un danger ».

Elle accuse Poutine, à la tête d’un « pouvoir dangereux et corrompu » issu du KGB, de manipuler les mouvements identitaires européens, de vouloir posséder « un droit de veto dans l’espace qu’occupait l’Empire russe et l’URSS » et –suprême délire– de « mettre le ”gun” nucléaire sur la table, sous-entendant qu’il serait prêt à utiliser une arme nucléaire tactique ». Puis elle exhorte : « si nous ne montrons pas la force du lien transatlantique, nous perdrons, car Poutine cherche la division ».

Ce n’est pas ce ”lien transatlantique” qui compte pour l’Europe – il est source de soumission –, c’est le lien euro-russe. La propagande de Washington consiste à ahurir les Européens en construisant un ”danger russe” fantasmatique. Mais nous n’avons que ce que nous méritons : plutôt que d’être indépendants et forts afin de régler tranquillement avec la Russie, dans une ”Maison commune”, tous les problèmes continentaux qui peuvent se poser (comme l’Ukraine), nous avons préféré nous soumettre à Washington, ce faux protecteur, pour régler nos affaires à notre place.

Or le but –compréhensible et logique – de l’Amérique est d’être notre suzerain, notre pseudo-protecteur, pour mieux nous soumettre. Dans un prochain article qui s’intitulera La stratégie US contre la Russie et l’Europe, j’approfondirai ce point capital. La politique extérieure américaine cherche malheureusement à créer en permanence des conflits. Toujours sous le prétexte de la ”paix et de la démocratie”. Mais ce n’est pas l’intérêt de l’Amérique elle-même, c’est-à-dire du peuple américain.

Le poutinisme, ou le gaullisme russe

Frédéric Pons, dans son essai consacré à Vladimir Poutine, (Poutine, Calmann-Lévy) montre bien que – quelles que soient les opinions qu’on porte sur sa politique – cet homme est un vrai chef d’État, porteur d’une vision globale pour son pays et le monde et qu’il place le destin de son pays avant sa carrière personnelle. C’est un patriote, au sens étymologique, doté d’une vision et, comme De Gaulle, d’un grand pragmatisme. Il n’a rien d’un exalté ou d’un fanatique à la Robespierre, à la Lénine, à la Hitler. Il ne ressemble pas au catastrophique G.W Bush, caricature du cow-boy décervelé. Rien à voir non plus avec les politiciens occidentaux (français en particulier) qui changent de convictions en fonction des sondages pour assurer leur carrière. Poutine, comme De Gaulle, est un homme d’État, c’est-à-dire qu’il est d’abord préoccupé par la dimension historique de sa fonction.

La diplomatie russe de Poutine et du ministre des Affaires étrangères Lavrov ressemble étrangement à celle du Général de Gaulle sur plusieurs points :

1) multilatéralisme et opposition à l’hégémonie américaine ; l’Amérique n’a pas vocation à être le ”gendarme du monde” car cela n’aboutit qu’à des catastrophes ;

2) recouvrement du statut de grande puissance et de la souveraineté nationale ;

3) refus de l’ingérence américaine dans les affaires du continent européen ;

4) hostilité envers l’Otan ;

5) construction d’une espace économique euro-russe ;

6) préférence du lien continental sur le lien transatlantique ;

7) ajoutons, sur le plan, intérieur : défense de l’identité ethno-culturelle et des traditions liée à la puissance et à l’innovation techno-scientifiques.

Entre Poutine et De Gaulle, les comparaisons sont nombreuses. La doctrine exprimée par Poutine le 24 octobre lors de sa conférence devant le Club Valdaï est la réaffirmation de principes gaulliens des rapports internationaux et de la sécurité en Europe. Il ne s’agit nullement d’un ”nationalisme russe” comme le prétend la propagande US relayée par les médias et les politiques en Europe. Poutine accuse l’Occident sous direction US de mener des actions de provocation et de déstabilisation, de l’Ukraine au Moyen-Orient, qui menacent la paix mondiale. Ce n’est pas lui qui a violé l’accord d’Helsinki de 1975 fondant la stabilité en Europe, pour la ”détente” et la fin de la guerre froide, c’est l’Occident sous direction US. Objectivement, la diplomatie russe n’a jamais cherché l’hégémonie russe mais a toujours été défensive. En revanche, la politique étrangère américaine a toujours été offensive et belliciste. Dire cela n’est nullement être hostile au vrai peuple américain.

Conclusion : Eurorussie

Nous devons chercher, nous autres membres de l’Union européenne, notre véritable souveraineté en alliance avec la Russie. Nous devons donc aussi réfléchir aux vraies menaces. La vraie menace sur l’Europe ne vient nullement de la Russie mais d’une incursion invasive migratoire sous la bannière d’un islam de plus en plus agressif et radical ; le second problème à résoudre est notre inféodation volontaire à une Amérique qui est pourtant en situation de déclin relatif. Un énorme soleil couchant qui fascine toujours mais qui est en train de s’éteindre, doucement.

Si la France était dirigée par un gouvernement authentiquement gaulliste, elle serait la première à vouloir régler le problème ukrainien de manière pacifique et à choisir l’alliance franco-russe, afin d’y entrainer nos partenaires européens. Sans hostilité contre les USA : qu’ils vivent leur vie. Notre seule chance, notre seule solution, c’est de réfléchir à l’hypothèse d’une alliance avec la Russie. Nous appartenons au même peuple, à la même civilisation, nous avons un destin commun.

(1) L’ONU n’a strictement aucun rôle diplomatique international sérieux. La France et la Russie, pourtant membres permanents du Conseil de Sécurité ont été incapables d’avoir une influence efficace à l’ONU, organisation manipulée par les USA ; pourtant, au Conseil de Sécurité, ce sont deux membres permanents. L’ONU devrait être refondée et avoir son siège en Suisse, à Genève, pas à New-York .

Le 27 novembre 2014

Par Guillaume Faye

source : http://www.gfaye.com/poutine-le-de-gaulle-russe/

Vladimir Poutine : "Le général De Gaulle a toujours essayé de protéger la souveraineté française"

Jean-Pierre Elkabbach et Gilles Bouleau interviewent Vladimir Poutine sur Europe 1 et TF1. Le président russe s'exprime pour la première fois auprès d'une radio française sur la crise en Ukraine et sur ses velléités militaires à l'est de l'Europe.
Il donne sa vision de la souveraineté, en citant le général De Gaulle comme exemple.

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Regardez Comment les Médias Nous Manipulent.

29 Novembre 2014 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Les média, #L'OTAN., #La guerre, #La nation ., #La France, #La République

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OPA du PATRONAT sur l’Éducation Nationale. Par Michel Eldiablo.

29 Novembre 2014 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Europe supranationale, #Economie, #Ecole, #Les transnationales, #La République, #La nation ., #La France, #Services publics, #Le syndicalisme

OPA du PATRONAT sur l’Éducation Nationale. Par Michel Eldiablo.

Elle ne date pas d’aujourd’hui. Lancée il y a quinze ans par François Fillon, ministre de l’Education du gouvernement Chirac elle se poursuit sans discontinuer avec Sarkozy et Hollande avec une accélération depuis 2012.

Il s’agit d’une vieille revendication du patronat qui trouve que les programmes et les professeurs de l’Education Nationale présentent les entreprises sous un jour « défavorable » alors qu’ils ne font que de donner une certaine réalité en qualifiant l’entreprise comme un lieu d’exploitation et d’aliénation des salariés. Intolérable pour le patronat et le gouvernement qui depuis 2012 travaillent main dans la main avec le Medef à corriger cet état.

Le 17 novembre 2014 est le coup d’envoi de la quinzième édition de la semaine école-entreprise. Elle doit faire le point sur la décision du socialiste Peillon qui dans la loi de refondation de l’école de juillet 2013 a mis en place un « parcourt individuel d’information, d’orientation et de découverte du monde économique et professionnel ». Des expériences doivent être menées dans plusieurs académies dès janvier avant de les voir généralisées à l’ensemble de l’Education Nationale en 2015. C’est ce que voulait Hollande qui déclarait en 2013 « Stimuler l’esprit d’entreprendre dans notre pays, c’est d’abord le rôle de l’école » Dans une lettre aux recteurs la ministre actuelle de l’Education précise que cela vise « à développer les compétences pour entreprendre » Du pur Gattaz.

La mise en œuvre de ces orientations va vite. Le 3 décembre 2014 le Conseil Supérieur des Programmes présentera le contenu des « parcours ». Un groupe de travail présidé par M. Pébereau (1) ex-Président de BNP Paribas a fait ses recommandations. Il propose que la vie économique « serve de support dès le primaire afin que les élèves se familiarisent de manière précoce avec le monde économique » Les futurs enseignants devront effectuer un « stage ou une période en entreprise ». Les chefs d’établissements et corps d’inspection se verront proposer des stages d’une durée plus longue. Et pour être certain de l’application les auteurs précisent que le rapprochement école- entreprise fait « partie des objectifs inscrits dans leur lettre de mission ».

Le texte du socialiste Peillon transforme les enseignants en propagandistes des théories patronales visant à faire accepter à nos enfants la dictature du capital, le chômage, les bas salaires, la précarité. Pas de salut en dehors de l’entreprise. Il faut accepter son sort, les luttes pour changer sont inutiles etc. Un lavage de cerveaux dans les règles dès le primaire.

Pour ne pas prendre position un dirigeant du SNES- FSU déclare : Pour l’instant on ne sait pas grand-chose. On en sait pourtant assez pour voir où va conduire cette politique. Le patronat n’a jamais fait mystère de sa volonté de mettre l’ensemble de la société, y compris l’éducation, a son seul service pour toujours plus de profit.

Communistes appelle les enseignants, les parents à faire barrage par l’union et l’action à cette volonté patronale.

(1) M. Pébereau est l’ex PDG de BNP Paribas. Avant cela il a travaillé avec Valéry Giscard d’Estain, avec Pierre Mauroy Premier Ministre socialiste (1981-84). Il est aujourd’hui en retraite mais membre de 12 Conseils d’Administration dont Airbus, AXA, Galeries Lafayette et biens sur de multiples filiales de la BNP. Il vient d’être mis en examen- avec deux autres dirigeants de BNP- pour délit d’initié.

source: www.sitecommunistes.org

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[L'enseignement de l'ignorance] Quelle est la nation qui a le plus contribué à la défaite de l’Allemagne en 1945 ? Par Olivier Berruyer.

29 Novembre 2014 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Europe supranationale, #Ecole, #Economie, #La nation ., #La France, #La République, #L'OTAN., #AMERIQUE

Comme je suis retombé sur ce billet, et qu’il m’a encore stupéfait, je le remets…

Billet en réaction aux personnes s’étant demandé si c’était bien utile de rappeler quelques faits sur la Deuxième Guerre mondiale, et en hommage aux livres de Jean-Claude Michéa (son fameux L’enseignement de l’ignorance (ou ici)) et de Jean-Paul Brighelli (La fabrique du crétin)…

J’ai découvert incidemment en commentaire (merci encore d’enrichir autant cet espace de discussion d’ailleurs), une très intéressante étude de l’Ifop (Institut français d’opinion publique). Je ne savais pas que cet institut de sondage était le plus ancien du pays, et surtout qu’il avait été créé en 1938 – et donc qu’il avait réalisé des sondages forts intéressants dans la période 1938-1945 dont, hélas, beaucoup ont été détruits par son fondateur Jean Stoetzel lors de l’occupation.

On apprend ainsi deux choses intéressantes.

Les accords de Munich

“À la suite de la signature des accords de Munich le 29 septembre 1938 par la France, la Grande- Bretagne, l’Italie et l’Allemagne, Jean Stoetzel réalise le tout premier sondage politique : 57 % des personnes interrogées déclarent approuver ces accords tandis que 37 % les jugent néfastes. [...]

Les autres questions posées dans cette enquête apportent des éléments de compréhension sur l’état d’esprit d’un peuple pris entre deux tensions qui s’avèreront contradictoires. D’un côté, figure la crainte d’un nouvel embrasement mondial, vingt ans seulement après la fin de la Grande Guerre, qui explique cette recherche du compromis avec l’Allemagne nazie et pour finir le « lâche soulagement » après Munich. Pour 73 % des personnes interrogées, une nouvelle guerre mondiale entraînerait la destruction de la civilisation.

De l’autre côté, le sondage de l’Ifop montre que le renoncement de Munich s’accompagne désormais de fortes résolutions pour l’avenir. A la question « pensez-vous que la France et l’Angleterre doivent désormais résister à toute nouvelle exigence de Hitler, 70 % des Français répondent oui, 17 % manifestent leur opposition. Cette adhésion à l’idée que Munich doit être une sorte de « der des der » face à la politique d’expansion du Führer est majoritaire dans tous les segments de la population, à l’exception des professions libérales ainsi que des commerçants et des industriels interrogés rejetant à plus des deux tiers l’idée qu’il faut résister à toute nouvelle exigence allemande. [...]

Pour autant, même après l’invasion allemande de la Bohème-Moravie, les Français, tout en prenant la mesure des menaces extérieures, refusent dans leur majorité de croire à la guerre. Seuls 37 % des personnes interrogées par l’Ifop en mai 1939 estiment que le pays sera inévitablement entraîné dans une guerre en 1939 ou en 1940 (63 % ne le pensent pas ou se disent sans opinion). Ce n’est qu’en juillet 1939 soit moins de 40 jours avant l’invasion de la Pologne par l’armée allemande et la déclaration de guerre de la France et de la Grande-Bretagne à l’Allemagne que l’on assiste à un basculement relatif de l’opinion : 45 % des interviewés (contre 34 %) pronostiquent une guerre dès
1939.

76 % considèrent que « si l’Allemagne tente de s’emparer de la ville libre de Dantzig par la force, nous devrons l’en empêcher au besoin par la force ». L’opinion était désormais prête à mourir pour Dantzig.”

Qui a le plus aidé à battre l’Allemagne ?

Un sondage mené par l’Ifop en mai 1945, sur l’ensemble du territoire français désormais libéré (et confirmant un sondage de septembre 1944 auprès des Parisiens), a montré que les interviewés apparaissent bien conscients du rapport de force et du rôle des alliés dans la guerre, et ce malgré la censure et la difficulté sous l’occupation à accéder à une information fiable.

Ainsi, une très nette majorité (57 %) considèrent que l’URSS est la nation qui a le plus contribué à la défaite allemande alors que les États-Unis et l’Angleterre, pourtant libérateurs du territoire national, ne recueillent respectivement que 20 % et 12 %.

Mais ce qui est proprement sidérant est que cette vision de l’opinion publique s’est inversée de manière très spectaculaire avec le temps, comme l’ont montré deux sondages réalisés en 1994 et en 2004 :

[L'enseignement de l'ignorance] Quelle est la nation qui a le plus contribué à la défaite de l’Allemagne en 1945 ? Par Olivier Berruyer.

C’est tout de même formidable : en 1945, les Français qui ont vécu sous la censure ont bien compris qui a vraiment battu l’Allemagne, mais 70 ans plus tard, c’est une Histoire totalement différente qui est dans nos esprits !

Petit rappel, complétant la série précédente :

[L'enseignement de l'ignorance] Quelle est la nation qui a le plus contribué à la défaite de l’Allemagne en 1945 ? Par Olivier Berruyer.

Et mieux encore, le sondage de 2004 fournit des informations surprenantes quand on regarde en détail :

[L'enseignement de l'ignorance] Quelle est la nation qui a le plus contribué à la défaite de l’Allemagne en 1945 ? Par Olivier Berruyer.

Les plus désinformés sont les Cadres et les Ouvriers – ceux qui ont fait le plus et le moins d’études !

Et, finalement, l’orientation politique n’a pas une énorme influence…

Tristesse…

“La manipulation des élites est encore plus facile que celle des masses.” [Jean Yanne]

En effet, quelques rappels sur les 80 millions de morts de la seconde guerre mondiale :

[L'enseignement de l'ignorance] Quelle est la nation qui a le plus contribué à la défaite de l’Allemagne en 1945 ? Par Olivier Berruyer.

Soulignons que les 25 millions de Soviétiques morts se répartissent principalement par nationalité en :

  • Russie : 14 millions (13 % de la population de 1940) – 7 M de soldats, 7 M de civils ;
  • Ukraine : 7 millions (16 %) – 1,7 M de soldats, 5,3 M de civils (NB. Il s’agit surtout des civils Ukrainiens du Centre et de l’Est, hors Galicie – sauf pour les Juifs) ;
  • Biélorussie : 2,3 millions (25 %) – 0,6 M de soldats, 1,7 M de civils.

Les pertes militaires en Europe durant la deuxième guerre mondiale :

[L'enseignement de l'ignorance] Quelle est la nation qui a le plus contribué à la défaite de l’Allemagne en 1945 ? Par Olivier Berruyer.

Et en Asie :

[L'enseignement de l'ignorance] Quelle est la nation qui a le plus contribué à la défaite de l’Allemagne en 1945 ? Par Olivier Berruyer.

Et le total des morts militaires par pays :

[L'enseignement de l'ignorance] Quelle est la nation qui a le plus contribué à la défaite de l’Allemagne en 1945 ? Par Olivier Berruyer.

Ainsi :

[L'enseignement de l'ignorance] Quelle est la nation qui a le plus contribué à la défaite de l’Allemagne en 1945 ? Par Olivier Berruyer.

P.S. L’étude complète de l’IFOP :

[L'enseignement de l'ignorance] Quelle est la nation qui a le plus contribué à la défaite de l’Allemagne en 1945 ? Par Olivier Berruyer.

146 réponses à [L'enseignement de l'ignorance] Quelle est la nation qui a le plus contribué à la défaite de l’Allemagne en 1945 ?

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