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Le blog de Lucien PONS

Chuuuut, on a voté dans l’Est de l’Ukraine. Par Olivier Berruyer.

3 Novembre 2014 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Ukraine, #L'OTAN., #La mondialisation, #Le capitalisme;, #La nation ., #Europe supranationale

3 novembre 2014.

Chuuuut, on a voté dans l’Est de l’Ukraine

Le processus est simple :

  • on n’a pas envie de connaitre l’opinion d’un peuple
  • on décrète que le vote est illégal (sic.)
  • on n’envoie pas d’observateurs occidentaux
  • ils votent
  • et après on déclare fièrement que le vote n’a aucune valeur, vu qu’il n’y avait aucun observateur occidental
  • CQFD

On l’a vu lors du référendum du 11 mai (lire Le référendum éloquent… Et le mépris occidental… ), où les journalistes ont reconnu la vérité le jour du vote, mais où ce fait a été évacué de l’histoire d’une façon totalement orwellienne…

En attendant, HORREUR, les gens votent (attention cependant, il y a de longues queues car il y a peu de bureaux ; mais cela montre bien qu’ils sont motivés…) :

Chuuuut, on a voté dans l’Est de l’Ukraine. Par Olivier Berruyer.
Chuuuut, on a voté dans l’Est de l’Ukraine. Par Olivier Berruyer.
Chuuuut, on a voté dans l’Est de l’Ukraine. Par Olivier Berruyer.
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Chuuuut, on a voté dans l’Est de l’Ukraine. Par Olivier Berruyer.
Chuuuut, on a voté dans l’Est de l’Ukraine. Par Olivier Berruyer.

(Purée, on se croirait presque aux élections européennes en France, non ?)

Chuuuut, on a voté dans l’Est de l’Ukraine. Par Olivier Berruyer.
Chuuuut, on a voté dans l’Est de l’Ukraine. Par Olivier Berruyer.
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Chuuuut, on a voté dans l’Est de l’Ukraine. Par Olivier Berruyer.
Chuuuut, on a voté dans l’Est de l’Ukraine. Par Olivier Berruyer.

Pour les hommes en armes, c’est certes déplorable, mais un peu lié aux “pro-occidentaux” et à leur respect de la démocratie :

Chuuuut, on a voté dans l’Est de l’Ukraine. Par Olivier Berruyer.

Alors peut on avoir une grande confiance dans le résultats du vote ?

Probablement pas, au vu des conditions, de l’état de guerre civile, des difficultés à faire campagne. Mais ce serait aussi prendre les Ukrainiens pour des imbéciles en imaginant qu’ils se sont assez largement mobilisés pour aller voter, dans un scrutin qui aurait été truqué, comme el vomit la “presse” occidentale :

Chuuuut, on a voté dans l’Est de l’Ukraine. Par Olivier Berruyer.

Dans un autre registre, FranceTvInfo :

Chuuuut, on a voté dans l’Est de l’Ukraine. Par Olivier Berruyer.

Dingue, je pensais que c’étaient les millions d’Ukrainiens de l’Est qui votaient moi !

Chuuuut, on a voté dans l’Est de l’Ukraine. Par Olivier Berruyer.

Ce qui compte, c’est de voir que BEAUCOUP d’Ukrainiens à l’Est ne veulent pas rejoindre tel quel le giron de Kiev.

Et la seule conclusion à laquelle on puisse honnêtement aboutir est que, dès lors, il faut tenir dans de bonnes conditions un référendum sous contrôle international, ce peuple ayant bien le droit de décider de son avenir…

17 réponses à Chuuuut, on a voté dans l’Est de l’Ukraine

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Destitution du Président ou destitution de la 5e République? Par Karine Bechet-Golovko.

3 Novembre 2014 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La nation ., #La République, #Europe supranationale

jeudi 23 octobre 2014

Destitution du Président ou destitution de la 5e République?
Destitution du Président ou destitution de la 5e République? Par Karine Bechet-Golovko.

Des les clameurs populistes de rigueur, le Sénat vient, 7 ans après la réforme constitutionnelle de 2007, d'adopter le texte de la loi organique mettant en oeuvre le nouvel article 68 de la Constitution française de 1958, qui est censé mettre un terme à l'irresponsabilité de fait du Président de la République. En réalité, le Président est remis au bon vouloir des députés et des sénateurs, sans que les individus ne puissent avoir leur mot à dire, dans le cadre d'une responsabilité non définie. Dans le meilleur des cas, cette réforme ne fonctionnera jamais et la 5e République sera sauvée mais affaiblie, dans le pire des cas elle détruira le statut présidentiel qui est "la clé de voute des institutions". Une nouvelle 6e République faible, parlementarisée, sera alors beaucoup plus conforme au développement de l'UE.

Le fond de la réforme

En 2007, une réforme constitutionnelle est intervenue, modifiant le statut du Chef de l'Etat, à savoir le domaine de sa responsabilité. Rappelons que les lois de la 3e République avaient mis en place une Haute Cour de Justice, composée selon l'ordonnance de 1959, de 24 juges élus au sein des députés et des sénateurs, pour la durée de leur mandat parlementaire. Le Président n'était responsable, en ce qui concerne les actes accomplis dans le cadre de ses fonctions, que pour haute trahison et devant la CPI. Une résolution de mise en accusation devait être adoptée par les deux assemblées et une commission de 5 magistrats de la Cour de cassation devait instruire les faits incriminés, décidant du renvoi ou non devant la justice. Ensuite la Haute Cour de Justice se prononçait sur le fond, les débats devant suivre les règles de la procédure pénale en matière criminelle.

En 2007 le régime change. Et la logique aussi. Le Président devait gouverner, il était l'élément institutionnel qui faisait tenir l'ensemble. Maintenant, il est un élément qui peut perturber un système qui se passerait bien de lui. Comme cela est écrit en substance sur le site du Sénat:

Donc maintenant il faudrait protéger la fonction contre son titulaire. C'est l'argument avancé. Pour cela, aujourd'hui, la Constitution de la 5e République prévoit le mécanisme suivant.

L'article 67 maintient un régime d'irresponsabilité, pour les actes qui ne sont pas liés à la fonction présidentielle, lors de la durée de son mandat. A la fin du mandat, la justice reprend son cours. C'était déjà la pratique existante. En ce qui concerne les actes commis dans le cadre des fonctions présidentielles, le Président est également irresponsable sauf deux cas:

  • s'ils entrent dans le cadre des actes répréhensibles devant la Cour Pénale Internationale (ce qui était également le cas avant)
  • s'ils entrent dans le cardre du nouvel article 68.

Et le nouvel article 68 prévoit dans son alinéa 1er:

Et ici apparaît la nouveauté. Ainsi le champ de responsabilité "pénale" est beaucoup plus large et sort en fait du domaine "pénal". Or, il faut remettre les choses à leur place. Le Président a déjà une responsabilité politique, elle s'exerce devant les électeurs à chaque élection. Ici, quelques remarques s'imposent:

  1. Tout d'abord la notion de "devoirs manifestement incompatible avec l'exercice de son mandat" n'est pas précisée. Il y avait déjà eu des divergences d'interprétation en ce qui concerne la notion de haute trahison, ici tout est possible. Donc la responsabilité du Chef de l'Etat devient illimitée, il suffit qu'il déplaise, qu'il dérange. Et de nos jours il est facile de déranger. La communication fait le reste.
  2. Par ailleurs, ce n'est pas à ses électeurs qu'il doit déplaire, non, c'est aux députés. Qui se soucient de leurs électeurs quelques mois avant chaque élections. Mais qui sont beaucoup plus sensibles aux consignes de partis et au poids des lobbies. Donc il n'y a en réalité aucune avancée démocratique par cette réforme.
  3. La dernière version du projet de loi, tel qu'adopté par le Sénat, c'est-à-dire la "petite loi", évince la commission composée de juristes. Il n'y a donc plus aucun élément juridique, plus professionnel et donc indépendant, de blocage. Nous nageons ici en pleine politique, avec tous les risques de règlements de compte que cela comporte.
  4. Enfin, la procédure est largement réduite, renforçant encore sa politisation. En effet, dans le cadre de la Haute Cour de Justice, les assemblées votaient la résolution sur la mise en accusation, mais c'était la commission de juristes qui instruisait et ensuite décidait ou non qu'il y avait matière à juger. Maintenant cette commission "constituée de six vice-présidents de l'Assemblée nationale et de six vice-présidents du Sénat est chargée de recueillir toute information nécessaire à l'accomplissement de sa mission par la Haute Cour". Et c'est tout. Il n'y a plus d'instruction dans le sens direct du terme, car il n'y a plus de droit. Ensuite, la décision est immédiatement prise par le Parlement réuni en Haute Cour et elle est appliquée et sans appel: destitution ou non. En d'autres termes, on appelle ça une justice politique et expéditive. Bref, ce n'est pas de la justice.

Les enjeux de la réforme

La réforme mise en place en 2007 va beaucoup plus en profondeur qu'elle ne le laisse paraître à première vue. En mettant le Président de la République à la merci des groupements et regroupements circonstanciés de parlementaires, c'est tout le système institutionnel de la 5e République qui est en jeu. Et pour cause.

La 5e République a été mise en place suite à deux échecs institutionnels consécutifs - les 3e et 4e Républiques, qui ont montré les limites du parlementarisme gouvernant. Beaucoup disent que la Constitution de 1958 est un manteau sur mesure pour De Gaulle, manteau trop large pour les autres Présidents. Peut-être. Ou bien ceux-ci sont-ils trop petits pour la fonction et le pays. Seulement il semble plus facile de réduire la fonction que de trouver des hommes d'Etat à la hauteur.

La fonction exige un gouvernant, un homme d'Etat. Mais un homme d'Etat peut-il gouverner aujourd'hui? Non, pas dans le cadre actuel de l'Union européenne, car la souveraineté nationale est incompatible avec les compétences européennes. Donc, le cadre européen exige un Président faible pour que le nouveau système politique puisse fonctionner avec le même cadre institutionnel, afin de préserver les apparences et les croyances. En ce sens peu importe la rotation des personnalités, de toute manière leurs compétences sont réduites. L'essentiel est qu'ils ne remettent pas en cause le pacte de soumission, ou de collaboration, selon les sensibilités.

Cette réforme de 2007 s'inscrit parfaitement dans ce cadre particulier. Si elle ne fonctionne pas, elle laisse une épée de Damoclès au-dessus de la tête des Présidents à venir, qui réfléchiront avant de laisser libre cours à une ombre d'indépendance. Si elle fonctionne, elle détruit le système en retournant à l'instabilité parlementaire que nous avons connue en France sous les 3e et 4e République, justifiant par là même la mise en place d'une 6e République. Celle-ci pourra remettre le Président à sa place, c'est-à-dire aux inaugurations, pour laisser la part du lion au Gouvernement - affaibli sans la protection de la légitimité directe populaire présidentielle - et à une assemblée qui pourra allègrement soit se déchirer et maintenir un Etat suffisamment faible pour être gouverné extra muros, soit parfaire les mécanismes d'inféodation.

Les dangers de cette réforme sont malheureusement réels. Et ils ne pourraient être compensés que par l'apparition d'un homme politique fort et gouvernant. Malheureusement, le Président actuel n'est pas à la hauteur et les mécanismes de sauvegarde fonctionnant à contre-sens, une telle personnalité risque d'être détruite avant d'arriver. Donc oui, comme le pense P. Avril, il faut bien protéger la fonction contre son titulaire. Maintenant, c'est clair.

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Histoire secrète : « A.M.G.O.T », ou quand les Américains ont tenté d’annexer la France. Réseau International.

2 Novembre 2014 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Histoire, #Le capitalisme;, #L'OTAN., #Europe supranationale, #La guerre

Histoire secrète : « A.M.G.O.T », ou quand les Américains ont tenté d’annexer la France

Amgot

Amgot

L’AMGOT, késako ? Il s’agit de l’acronyme de Allied Military Government of the Occupated Territories, qui était un plan défini par les États-Unis, et qui visait à imposer dans les pays « libérés de l’occupant nazi » (un occupant financièrement et matériellement aidé par les grandes banques américaines, voir aussi « Ce qu’on ne vous dira jamais sur le 6 juin 1944 » …), un gouvernement militaire allié, afin d’assurer une transition pour un retour à la « démocratie ».

Soutenu par l’immense majorité des Français, De Gaulle, chef de la résistance, réussit cependant à éviter l’AMGOT et à installer un gouvernement provisoire français (le GPRF) pour assurer le retour à la démocratie. Il s’agit d’un pan entier de l’histoire – et non des moindres -, qui ne nous est curieusement pas enseigné dans les manuels d’histoire ! Si l’on compare ces faits à ceux survenus en Iran, Libye, Afghanistan, Liban, Pakistan, Syrie, Ukraine, etc, etc, etc, soit au total environ 70 pays depuis leur Déclaration d’Indépendance, le doute est-il encore permis ?

Le-veilleur

C’est une page peu connue de l’histoire de la seconde guerre mondiale : dès 1941-1942, Washington avait prévu d’imposer à la France – comme aux futurs vaincus, Italie, Allemagne et Japon – un statut de protectorat, régi par un Allied Military Government of Occupied Territories (Amgot). Ce gouvernement militaire américain des territoires occupés aurait aboli toute souveraineté, y compris le droit de battre monnaie, sur le modèle fourni par les accords Darlan-Clark de novembre 1942.

A en croire certains historiens américains, ce projet tenait à la haine qu’éprouvait Franklin D. Roosevelt pour Charles de Gaulle, « apprenti dictateur » qu’il eût voulu épargner à la France de l’après-Pétain. Cette thèse d’un président américain soucieux d’établir la démocratie universelle est séduisante, mais erronée (1).

Un « Vichy sans Vichy »

A l’époque, les Etats-Unis redoutaient surtout que la France, bien qu’affaiblie par la défaite de juin 1940, s’oppose à leurs vues sur deux points, du moins si De Gaulle, qui prétendait lui rendre sa souveraineté, la dirigeait. D’une part, ayant lutté après 1918-1919 contre la politique allemande de Washington, Paris userait de son éventuel pouvoir de nuisance pour l’entraver à nouveau. D’autre part, la France répugnerait à lâcher son empire, riche en matières premières et en bases stratégiques, alors que les Américains avaient dès 1899 exigé – pour leurs marchandises et leurs capitaux – le bénéfice de la « porte ouverte » dans tous les empires coloniaux (2).

C’est pourquoi les Etats-Unis pratiquèrent à la fois le veto contre De Gaulle, surtout lorsque son nom contribua à unifier la Résistance, et une certaine complaisance mêlée de rigueur envers Vichy. A l’instar des régimes latino-américains chers à Washington, ce régime honni aurait, à ses yeux, l’échine plus souple qu’un gouvernement à forte assise populaire.

Ainsi chemina un « Vichy sans Vichy » américain, qu’appuyèrent, dans ses formes successives, les élites françaises, accrochées à l’Etat qui leur avait rendu les privilèges entamés par l’« ancien régime » républicain et soucieuses de négocier sans dommage le passage de l’ère allemande à la pax americana.

Préparant depuis décembre 1940, bien avant leur entrée en guerre (décembre 1941), leur débarquement au Maroc et en Algérie avec Robert Murphy, représentant spécial du président Roosevelt en Afrique du Nord et futur premier conseiller du gouverneur militaire de la zone d’occupation américaine en Allemagne – bête noire des gaullistes -, les Etats-Unis tentèrent un regroupement autour d’un symbole de la défaite, le général Maxime Weygand, délégué général de Vichy pour l’Afrique jusqu’en novembre 1941.

L’affaire échouant, ils se tournèrent, juste avant leur débarquement du 8 novembre 1942, vers le général Henri Giraud. Vint ensuite le tour de l’amiral François Darlan, alors à Alger : ce héraut de la collaboration d’Etat à la tête du gouvernement de Vichy, de février 1941 à avril 1942, était resté auprès de Pétain après le retour au pouvoir de Pierre Laval (3).

Le 22 novembre 1942, le général américain Mark W. Clark fit signer à l’amiral « retourné » « un accord singulier » mettant « l’Afrique du Nord à la disposition des Américains » et faisant de la France « un pays vassal soumis à des « capitulations » ». Les Américains « s’arrogeaient des droits exorbitants » sur le « prolongement territorial de la France » : déplacement des troupes françaises, contrôle et commandement des ports, aérodromes, fortifications, arsenaux, télécommunications, marine marchande ; liberté de réquisitions ; exemption fiscale ; droit d’exterritorialité ; « administration des zones militaires fixées par eux » ; certaines activités seraient confiées à des « commissions mixtes » (maintien de l’ordre, administration courante, économie et censure) (4).

Laval lui-même préparait son avenir américain tout en proclamant « souhaiter la victoire de l’Allemagne » (22 juin 1942) : secondé par son gendre, René de Chambrun, avocat d’affaires collaborationniste doté de la nationalité américaine et française, il se croyait promis par Washington à un rôle éminent au lendemain d’une « paix séparée » germano-anglo-américaine contre les Soviets (5). Mais soutenir Laval était aussi incompatible avec le rapport de forces hexagonal que ladite « paix » avec la contribution de l’Armée rouge à l’écrasement de la Wehrmacht.

Une « belle et bonne alliance »

Après l’assassinat, le 24 décembre 1942, de Darlan, auquel furent mêlés les gaullistes, Washington revint vers Giraud, fugace second de De Gaulle au Comité français de libération nationale (CFLN) fondé le 3 juin 1943. Au général vichyste s’étaient ralliés, surtout depuis Stalingrad, hauts fonctionnaires (tel Maurice Couve de Murville, directeur des finances extérieures et des changes de Vichy) et industriels (tel l’ancien cagoulard Lemaigre-Dubreuil, des huiles Lesieur et du Printemps, qui jouait depuis 1941 sur les tableaux allemand et américain) et banquiers collaborateurs (tel Alfred Pose, directeur général de la Banque nationale pour le commerce et l’industrie, féal de Darlan).

C’est cette option américaine qu’incarnait Pierre Pucheu en rejoignant alors Alger et Giraud : quel symbole du maintien de Vichy que ce ministre de la production industrielle, puis de l’intérieur de Darlan, délégué de la banque Worms et du Comité des Forges, ancien dirigeant et bailleur de fonds du Parti populaire français de Jacques Doriot, champion de la collaboration économique et de la répression anticommuniste au service de l’occupant (désignation des otages de Châteaubriant, création des sections spéciales, etc.).

Lâché par Giraud et emprisonné en mai 1943, il fut jugé, condamné à mort et exécuté à Alger en mars 1944. Pas seulement pour plaire aux communistes, que Pucheu avait martyrisés : De Gaulle lançait ainsi un avertissement aux Etats-Unis et à la Grande-Bretagne. Il sema l’effroi chez ceux qui attendaient que le sauvetage américain succédât au « rempart » allemand :

« Le bourgeois français, ricanait un policier en février 1943, [a] toujours considéré le soldat américain ou britannique comme devant être à son service au cas d’une victoire bolchevique (6). »
Peignant De Gaulle à la fois en dictateur de droite et en pantin du Parti communiste français et de l’URSS, Washington dut pourtant renoncer à imposer le dollar dans les « territoires libérés » et (avec Londres) reconnaître, le 23 octobre 1944, son Gouvernement provisoire de la République française : deux ans et demi après la reconnaissance soviétique du « gouvernement de la vraie France », un an et demi après celle, immédiate, du CFLN, deux mois après la libération de Paris et peu avant que De Gaulle ne signât avec Moscou, le 10 décembre, pour contrebalancer l’hégémonie américaine, un « traité d’alliance et d’assistance mutuelle » qu’il qualifia de « belle et bonne alliance (7) ».

Ecartée de Yalta en février 1945, dépendante des Etats-Unis, la France s’intégra pleinement dans leur sphère d’influence. La vigueur de sa résistance intérieure et extérieure l’avait cependant soustraite à leur protectorat.

Par Annie Lacroix-Riz – Professeur d’histoire contemporaine, université Paris-VII, auteure des essais Le Vatican, l’Europe et le Reich 1914-1944 et Le Choix de la défaite : les élites françaises dans les années 1930, Armand Colin, Paris, 1996 et 2006. Source monde-diplomatique

Note du veilleur

Un document présent sur un Groupe d’Etudes et de Recherches sur la Résistance et la Déportation nous délivre d’autres détails éloquents. Le 7 septembre 1943, le commissaire aux Affaires étrangères, René Massigli, adressait la lettre suivante à MM. Mac Millan et Murphy :

« Monsieur le Ministre, J’ai l’honneur de vous adresser, ci-joint, le texte d’un projet d’accord entre le Gouvernement de Sa Majesté britannique (ou le Gouvernement des Etats-Unis) et le Comité français de la libération nationale qui a pour objet de préciser les modalités de la coopération à établir, du jour où les forces alliées débarqueront en France, entre ces forces d’une part, les autorités et la population d’autre part. »
De cet extrait de lettre on peut supposer que le général de Gaulle, avait eu connaissance de l’existence d’un mémorandum secret « concernant la participation française à l’administration du territoire libéré en France métropolitaine ». Cet accord engageait les Etats-Unis et la Grande-Bretagne et déclarait, pour le principal :

« Article 1er : Le territoire libéré en France métropolitaine sera traité en ami. Cependant, le commandant en chef des forces alliées aura tous les droits d’occupation militaire résultant de la guerre. Il agira sur la base qu’il n’existe pas de gouvernement souverain en France. Il ne négociera pas avec le gouvernement de Vichy, sauf pour transférer l’autorité dans ses propres mains. »
« Article 2 : Les fonctionnaires français et le personnel judiciaire seraient nommé, ou confirmés, par le commandant en chef des armées alliées et par ses délégués autorisés. »
« Ces mesures ont pour but de créer, aussitôt que possible, des conditions qui permettent le rétablissement d’un gouvernement français représentatif et conforme aux voeux librement exprimés du peuple français. »
On savait déjà que l’A.M.G.O.T. préparait son action en formant les cadres de sa structure dans des centres comme Yale ou Charlottsville. Tout était prévu ; ainsi le futur maire de Cherbourg était-il déjà désigné dans cette équipe. 1552 fonctionnaires de cet organe étaient prêts à partir pour la Normandie emportant avec eux des coupures « Francs de la Libération », imprimées d’avance…

Document fourni par Jacques Loiseau – document complet sur ffi33.org

Photo d’illustration : Billet de 100 francs émis par les États-Unis, sur le modèle du dollar US. Si la devise républicaine « Liberté, égalité, fraternité » figure bien sur ce billet, en revanche seul le mot « France » est mentionné et non République française. (wikipédia)

post-scriptum : Notez que le terme « annexion » contenu dans le titre est un clin d’?il face à la propagande occidentale du moment s’évertuant à décrire de la sorte la situation en Crimée, face à l’« envahisseur » russe, qui s’est avéré être notre réel allié, et sans lequel cette guerre préfabriquée aurait sûrement connu une fin toute autre…

Notes

(1) Costigliola Frank, France and the United States. The Cold Alliance since World War II, Twayne Publishers, New York, 1992.

(2) William A. Williams, The Tragedy of American Diplomacy, Dell Publishing, New York, 1972 (première édition, 1959).

(3) Robert O. Paxton, La France de Vichy, Seuil, Paris, 1974.

(4) Jean-Baptiste Duroselle, L’Abîme, 1939-1945, Imprimerie nationale, Paris, 1982, et Annie Lacroix-Riz, Industriels et banquiers français sous l’Occupation, Armand Colin, Paris, 1999.

(5) Leitmotiv depuis 1942 de Pierre Nicolle, Journal dactylographié, 1940-1944, PJ 39 (Haute Cour de justice), archives de la préfecture de police, plus net que l’imprimé tronqué, Cinquante mois d’armistice, André Bonne, Paris, 1947, 2 vol.

(6) Lettre n° 740 du commissaire de police au préfet de Melun, 13 février 1943, F7 14904, Archives nationales ; voir Richard Vinen, The politics of French business, 1936-1945, Cambridge University Press, Cambridge, 1991.

(7) Note du directeur adjoint des affaires politiques, Paris, 25 octobre 1944, et traité en huit articles Europe-URSS, 1944-1948, vol. 51, archives du ministère des affaires étrangères.

Le-veilleur.com – Article libre de reproduction à condition de laisser le lien pointant vers cette page

Sources :
monde-diplomatique.fr
tv5.org
ffi33.org

http://www.le-veilleur.com/articles.php?idcat=2&idrub=15&id=1790

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Jean-Claude Michéa: "Pourquoi j'ai rompu avec la gauche". Par Aude Lancelin pour le journal Marianne.

2 Novembre 2014 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La gauche, #La mondialisation, #Le capitalisme;, #Le socialisme, #Europe supranationale, #Economie

Jean-Claude Michéa: "Pourquoi j'ai rompu avec la gauche"

Mardi 12 Mars 2013.

Propos recueillis par Aude Lancelin.

Toujours imprégné de libéralisme mitterrandien, le socialisme à la Hollande ne convainc pas le philosophe Jean-Claude Michéa. A l'occasion de son nouveau livre, "les Mystères de la gauche", il s'en explique en exclusivité pour "Marianne".
Jean-Claude Michéa.

Jean-Claude Michéa.

u moins depuis la parution d'Impasse Adam Smith en 2002, un livre de Jean-Claude Michéa est toujours attendu. Avec jubilation. Ou avec un fusil, c'est selon. D'abord parce que la parole de ce philosophe, nourri à la pensée de George Orwell, de Guy Debord et du meilleur Marx, est extrêmement rare dans les médias. Ensuite parce qu'il appartient à cette espèce politiquement ambidextre, hélas si peu représentée et si mal comprise, capable de se montrer aussi cruel à l'égard d'une gauche libérale qui s'autocaricature en valorisant toutes les prétendues transgressions morales et culturelles, qu'il sait se montrer lucide à l'égard de l'incroyable cynisme des dirigeants de la droite actuelle (Sarkozy et Copé en tête), lorsqu'ils se posent en défenseurs des «petites gens», que vient en fait piétiner tout leur programme économique, voué à l'expansion illimitée des intérêts du CAC 40.

Disons-le d'emblée : les Mystères de la gauche (Climats) est le livre que l'on espérait depuis plusieurs années de la part de Michéa. Sur plusieurs points capitaux, celui-ci s'explique en effet. Notamment sur son refus définitif de se réclamer de «la gauche», pour penser le front de libération populaire qu'il appelle de ses vœux. «La gauche», un signifiant-maître trop longtemps prostitué, et qu'il juge désormais «inutilement diviseur, dès lors qu'il s'agit de rallier les classes populaires». Aussi parce que le philosophe répond au passage aux procès en droitisation qui lui sont régulièrement faits. Ainsi cet anticapitaliste conservateur admet-il ici que l'attachement aux «valeurs traditionnelles» peut produire des dérives inquiétantes, et que, «sur ce point, les mises en garde permanentes de la gauche conservent tout leur sens». Un grand millésime donc, pour l'orwellien de Montpellier. Percutant, souvent hilarant dans sa façon de moquer l'autocélébration de la gauche en «parti de demain» (Zola), Michéa dérange, éclaire, emporte presque toujours la convic
tion.

Marianne : Vous estimez urgent d'abandonner le nom de «gauche», de changer de signifiant pour désigner les forces politiques qui prendraient à nouveau en compte les intérêts de la classe ouvrière... Un nom ne peut-il pourtant ressusciter par-delà ses blessures historiques, ses échecs, ses encombrements passés ? Le problème est d'ailleurs exactement le même pour le mot «socialisme», qui après avoir qualifié l'entraide ouvrière chez un Pierre Leroux s'est mis, tout à fait a contrario, à désigner dans les années 80 les turlupinades d'un Jack Lang. Ne pourrait-on voir dans ce désir d'abolir un nom de l'histoire comme un écho déplaisant de cet esprit de la table rase que vous dénoncez sans relâche par ailleurs ?

Jean-Claude Michéa : Si j'en suis venu - à la suite, entre autres, de Cornelius Castoriadis et de Christopher Lasch - à remettre en question le fonctionnement, devenu aujourd'hui mystificateur, du vieux clivage gauche-droite, c'est simplement dans la mesure où le compromis historique forgé, au lendemain de l'affaire Dreyfus, entre le mouvement ouvrier socialiste et la gauche libérale et républicaine (ce «parti du mouvement» dont le parti radical et la franc-maçonnerie voltairienne constituaient, à l'époque, l'aile marchante) me semble désormais avoir épuisé toutes ses vertus positives. A l'origine, en effet, il s'agissait seulement de nouer une alliance défensive contre cet ennemi commun qu'incarnait alors la toute-puissante «réaction». Autrement dit, un ensemble hétéroclite de forces essentiellement précapitalistes qui espéraient encore pouvoir restaurer tout ou partie de l'Ancien Régime et, notamment, la domination sans partage de l'Eglise catholique sur les institutions et les âmes. Or cette droite réactionnaire, cléricale et monarchiste a été définitivement balayée en 1945 et ses derniers vestiges en Mai 68 (ce qu'on appelle de nos jours la «droite» ne désigne généralement plus, en effet, que les partisans du libéralisme économique de Friedrich Hayek et de Milton Friedman). Privé de son ennemi constitutif et des cibles précises qu'il incarnait (comme, la famille patriarcale ou l'«alliance du trône et de l'autel») le «parti du mouvement» se trouvait dès lors condamné, s'il voulait conserver son identité initiale, à prolonger indéfiniment son travail de «modernisation» intégrale du monde d'avant (ce qui explique que, de nos jours, «être de gauche» ne signifie plus que la seule aptitude à devancer fièrement tous les mouvements qui travaillent la société capitaliste moderne, qu'ils soient ou non conformes à l'intérêt du peuple, ou même au simple bon sens). Or, si les premiers socialistes partageaient bien avec cette gauche libérale et républicaine le refus de toutes les institutions oppressives et inégalitaires de l'Ancien Régime, ils n'entendaient nullement abolir l'ensemble des solidarités populaires traditionnelles ni donc s'attaquer aux fondements mêmes du «lien social» (car c'est bien ce qui doit inéluctablement arriver lorsqu'on prétend fonder une «société» moderne - dans l'ignorance de toutes les données de l'anthropologie et de la psychologie - sur la seule base de l'accord privé entre des individus supposés «indépendants par nature»). La critique socialiste des effets atomisants et humainement destructeurs de la croyance libérale selon laquelle le marché et le droit ab-strait pourraient constituer, selon les mots de Jean-Baptiste Say, un «ciment social» suffisant (Engels écrivait, dès 1843, que la conséquence ultime de cette logique serait, un jour, de «dissoudre la famille») devenait dès lors clairement incompatible avec ce culte du «mouvement» comme fin en soi, dont Eduard Bernstein avait formulé le principe dès la fin du XIXe siècle en proclamant que «le but final n'est rien» et que «le mouvement est tout». Pour liquider cette alliance désormais privée d'objet avec les partisans du socialisme et récupérer ainsi son indépendance originelle, il ne manquait donc plus à la «nouvelle» gauche que d'imposer médiatiquement l'idée que toute critique de l'économie de marché ou de l'idéologie des droits de l'homme (ce «pompeux catalogue des droits de l'homme» que Marx opposait, dans le Capital, à l'idée d'une modeste «Magna Carta» susceptible de protéger réellement les seules libertés individuelles et collectives fondamentales) devait nécessairement conduire au «goulag» et au «totalitarisme». Mission accomplie dès la fin des années 70 par cette «nouvelle philosophie» devenue, à présent, la théologie officielle de la société du spectacle. Dans ces conditions, je persiste à penser qu'il est devenu aujourd'hui politiquement inefficace, voire dangereux, de continuer à placer un programme de sortie progressive du capitalisme sous le signe exclusif d'un mouvement idéologique dont la mission émancipatrice a pris fin, pour l'essentiel, le jour où la droite réactionnaire, monarchiste et cléricale a définitivement disparu du paysage politique. Le socialisme est, par définition, incompatible avec l'exploitation capitaliste. La gauche, hélas, non. Et si tant de travailleurs - indépendants ou salariés - votent désormais à droite, ou surtout ne votent plus, c'est bien souvent parce qu'ils ont perçu intuitivement cette triste vérité.

Vous rappelez très bien dans les Mystères de la gauche les nombreux crimes commis par la gauche libérale contre le peuple, et notamment le fait que les deux répressions ouvrières les plus sanglantes du XIXe siècle sont à mettre à son compte. Mais aujourd'hui, tout de même, depuis que l'inventaire critique de la gauche culturelle mitterrandienne s'est banalisé, ne peut-on admettre que les socialistes ont changé ? Un certain nombre de prises de conscience importantes ont eu lieu. Celle, par exemple, du long abandon de la classe ouvrière est récente, mais elle est réelle. Sur les questions de sécurité également, on ne peut pas davantage dire qu'un Manuel Valls incarne une gauche permissive et angéliste. Or on a parfois l'impression à vous lire que la gauche, par principe, ne pourra jamais se réformer... Est-ce votre sentiment définitif ?

J.-C.M. : Ce qui me frappe plutôt, c'est que les choses se passent exactement comme je l'avais prévu. Dès lors, en effet, que la gauche et la droite s'accordent pour considérer l'économie capitaliste comme l'horizon indépassable de notre temps (ce n'est pas un hasard si Christine Lagarde a été nommée à la tête du FMI pour y poursuivre la même politique que DSK), il était inévitable que la gauche - une fois revenue au pouvoir dans le cadre soigneusement verrouillé de l'«alternative unique» - cherche à masquer électoralement cette complicité idéologique sous le rideau fumigène des seules questions «sociétales». De là le désolant spectacle actuel. Alors que le système capitaliste mondial se dirige tranquillement vers l'iceberg, nous assistons à une foire d'empoigne surréaliste entre ceux qui ont pour unique mission de défendre toutes les implications anthropologiques et culturelles de ce système et ceux qui doivent faire semblant de s'y opposer (le postulat philosophique commun à tous ces libéraux étant, bien entendu, le droit absolu pour chacun de faire ce qu'il veut de son corps et de son argent). Mais je n'ai là aucun mérite. C'est Guy Debord qui annonçait, il y a vingt ans déjà, que les développements à venir du capitalisme moderne trouveraient nécessairement leur alibi idéologique majeur dans la lutte contre «le racisme, l'antimodernisme et l'homophobie» (d'où, ajoutait-il, ce «néomoralisme indigné que simulent les actuels moutons de l'intelligentsia»). Quant aux postures martiales d'un Manuel Valls, elles ne constituent qu'un effet de communication. La véritable position de gauche sur ces questions reste bien évidemment celle de cette ancienne groupie de Bernard Tapie et d'Edouard Balladur qu'est Christiane Taubira.

Contrairement à d'autres, ce qui vous tient aujourd'hui encore éloigné de la «gauche de la gauche», des altermondialistes et autres mouvements d'indignés, ce n'est pas l'invocation d'un passé totalitaire dont ces lointains petits cousins des communistes seraient encore comptables... C'est au contraire le fond libéral de ces mouvements : l'individu isolé manifestant pour le droit à rester un individu isolé, c'est ainsi que vous les décrivez. N'y a-t-il cependant aucune de ces luttes, aucun de ces mouvements avec lequel vous vous soyez senti en affinité ces dernières années ?

J.-C.M. : Si l'on admet que le capitalisme est devenu un fait social total - inséparable, à ce titre, d'une culture et d'un mode de vie spécifiques -, il est clair que les critiques les plus lucides et les plus radicales de cette nouvelle civilisation sont à chercher du côté des partisans de la «décroissance». En entendant par là, naturellement, non pas une «croissance négative» ou une austérité généralisée (comme voudraient le faire croire, par exemple, Laurence Parisot ou Najat Vallaud-Belkacem), mais la nécessaire remise en question d'un mode de vie quotidien aliénant, fondé - disait Marx - sur l'unique nécessité de «produire pour produire et d'accumuler pour accumuler». Mode de vie forcément privé de tout sens humain réel, inégalitaire (puisque la logique de l'accumulation du capital conduit inévitablement à concentrer la richesse à un pôle de la société mondiale et l'austérité, voire la misère, à l'autre pôle) et, de toute façon, impossible à universaliser sans contradiction dans un monde dont les ressources naturelles sont, par définition, limitées (on sait, en effet, qu'il faudrait déjà plusieurs planètes pour étendre à l'humanité tout entière le niveau de vie actuel de l'Américain moyen). J'observe avec intérêt que ces idées de bon sens - bien que toujours présentées de façon mensongère et caricaturale par la propagande médiatique et ses économistes à gages - commencent à être comprises par un public toujours plus large. Souhaitons seulement qu'il ne soit pas déjà trop tard. Rien ne garantit, en effet, que l'effondrement, à terme inéluctable, du nouvel Empire romain mondialisé donnera naissance à une société décente plutôt qu'à un monde barbare, policier et mafieux.

Vous réaffirmez dans ce livre votre foi en l'idée que le peuple serait dépositaire d'une common decency [«décence ordinaire», l'expression est de George Orwell] avec lesquelles les «élites» libérales auraient toujours davantage rompu. Mais croyez-vous sincèrement que ce soit aujourd'hui l'attachement aux valeurs morales qui définisse «le petit peuple de droite», ainsi que vous l'écrivez ici ? Le désossage des structures sociales traditionnelles, ajouté à la déchristianisation et à l'impact des flux médiatiques dont vous décrivez ici les effets culturellement catastrophiques, a également touché de plein fouet ces classes-là. N'y a-t-il donc pas là quelque illusion - tout à fait noble, mais bel et bien inopérante - à les envisager ainsi comme le seul vivier possible d'un réarmement moral et politique ?

J.-C.M. : S'il n'y avait pas, parmi les classes populaires qui votent pour les partis de droite, un attachement encore massif à l'idée orwellienne qu'il y a «des choses qui ne se font pas», on ne comprendrait pas pourquoi les dirigeants de ces partis sont en permanence contraints de simuler, voire de surjouer de façon grotesque, leur propre adhésion sans faille aux valeurs de la décence ordinaire. Alors même qu'ils sont intimement convaincus, pour reprendre les propos récents de l'idéologue libéral Philippe Manière, que seul l'«appât du gain» peut soutenir «moralement» la dynamique du capital (sous ce rapport, il est certainement plus dur d'être un politicien de droite qu'un politicien de gauche). C'est d'ailleurs ce qui explique que le petit peuple de droite soit structurellement condamné au désespoir politique (d'où son penchant logique, à partir d'un certain seuil de désillusion, pour le vote d'«extrême droite»). Comme l'écrivait le critique radical américain Thomas Franck, ce petit peuple vote pour le candidat de droite en croyant que lui seul pourra remettre un peu d'ordre et de décence dans cette société sans âme et, au final, il se retrouve toujours avec la seule privatisation de l'électricité ! Cela dit, vous avez raison. La logique de l'individualisme libéral, en sapant continuellement toutes les formes de solidarité populaire encore existantes, détruit forcément du même coup l'ensemble des conditions morales qui rendent possible la révolte anticapitaliste. C'est ce qui explique que le temps joue de plus en plus, à présent, contre la liberté et le bonheur réels des individus et des peuples. Le contraire exact, en somme, de la thèse défendue par les fanatiques de la religion du progrès.


Les Mystères de la gauche, de Jean-Claude Michéa, Climats, 144 p., 14 €. En librairies le 6 mars.

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ONU/ Rapport du Secrétaire général : les positions de chaque gouvernement sur le blocus imposé à Cuba par les Etats-Unis - Octobre 2014

2 Novembre 2014 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Amérique Latine, #AMERIQUE, #La mondialisation

2 novembre 2014

ONU/ Rapport du Secrétaire général : les positions de chaque gouvernement sur le blocus imposé à Cuba par les Etats-Unis - Octobre 2014

Nécessité de lever le blocus économique, commercial et financier imposé à Cuba par les États-Unis d’Amérique – Rapport du Secrétaire général.

Résumé : Dans sa résolution 68/8, intitulée « Nécessité de lever le blocus économique,commercial et financier imposé à Cuba par les États-Unis d’Amérique », l’Assemblée générale a prié le Secrétaire général, agissant en consultation avec les organes et organismes compétents des Nations Unies, d’établir un rapport sur l’application de la présente résolution, compte tenu des buts et des principes de la Charte et du droit international, et de le lui présenter à sa soixante-neuvième session. Les réponses des gouvernements et des organes et organismes des Nations Unies communiquées comme suite à la demande du Secrétaire général sont reproduites dans le présent rapport, pour information.

POUR ACCÉDER AU RAPPORT COMPLET (160 pages, format PDF)
http://www.un.org/ga/search/view_doc.asp?symbol=A/69/98&Lang=F

Rapport du Secrétaire général (A/69/98)

Dans ce rapport annuel, le Secrétaire général présente les réponses reçues des gouvernements et des organes et organismes des Nations Unies, au 7 juillet 2014, sur l’application du blocus économique, commercial et financier imposé à Cuba par les États-Unis.

Déclarations

Aujourd’hui, l’Assemblée générale se réunit pour la vingt-troisième fois pour exprimer son soutien et sa solidarité au Gouvernement et au peuple cubain, a fait observer M. HOSSEIN DEHGHANI (Iran), qui s’exprimait au nom du Mouvement des pays non alignés. Il a rappelé que l’année dernière, 188 États ont voté en faveur de la résolution demandant la levée du blocus économique, commercial et financier imposé par les États-Unis à Cuba. Le Mouvement, a-t-il dit, s’est toujours opposé vigoureusement aux mesures unilatérales qui ont des effets extraterritoriaux. Il n’a cessé de condamner le blocus unilatéral comme contraire au droit international, à la Charte des Nations Unies et aux normes et principes gouvernant les relations entre États. Le blocus viole le droit de Cuba d’agir au sein de la communauté internationale, estime également le Mouvement.

L’embargo, a souligné le représentant iranien, affecte négativement le bien-être des Cubains. Les dégâts causés par cet embargo non mérité sont énormes, a-t-il insisté, en dénonçant les effets sur des secteurs cruciaux de l’économie, comme la santé publique, la nutrition et l’agriculture, sans compter les secteurs bancaire, commercial, des investissements et du tourisme. L’embargo, a poursuivi le représentant, nie à Cuba tout accès aux marchés, à l’aide au développement et au transfert des technologies. L’embargo est le principal obstacle à un accès plus large à Internet, aux échanges d’idées et au développement des relations culturelles, sportives et scientifiques. La poursuite de cet embargo est totalement injustifiable et va à l’encontre des efforts de Cuba pour réaliser le développement durable. Les mesures unilatérales imposées par les États-Unis violent les droits et les intérêts légitimes du peuple cubain et ceux des pays tiers.

Le représentant a salué les progrès significatifs de Cuba, malgré l’embargo, dans les domaines de l’éducation, de la santé et de la coopération internationale. Le rôle de Cuba dans la lutte contre Ebola est tout simplement le dernier exemple de la coopération de ce pays. Le plus grand nombre d’agents de santé déployés dans les trois pays affectés par l’épidémie sont effectivement cubains, a souligné le représentant. La réponse de Cuba à Ebola demeure et continue d’être bien plus forte que celle des pays plus riches et c’est là une autre preuve du rôle constructif de Cuba dans les affaires internationales.

À ce jour, 190 nations ont des liens économiques et politiques avec Cuba ; les États-Unis s’isolant dans leur politique injustifiée. Une nouvelle fois, le Mouvement des pays non alignés exhorte l’administration américaine à se plier à la volonté de la majorité « écrasante » de la communauté internationale et à corriger des politiques en échec, en se conformant à toutes les résolutions de l’Assemblée générale sur la levée immédiate de l’embargo contre Cuba, a conclu le représentant.

Au nom du Groupe des 77 et de la Chine, M. SACHA SERGIO LLORENTTY SOLIZ (Bolivie) a prévenu que des vies humaines à Cuba sont menacées par le blocus qui affecte les secteurs de la santé, de l’éducation, de la culture, du sport, des banques, du commerce extérieur et de l’aide étrangère. Le blocus sape les secteurs de la construction, du tourisme, de l’industrie, des communications, des mines et des transports, « en violation flagrante de tous les principes consacrés par la Charte des Nations Unies ». Ce blocus a provoqué des dommages sociaux et économiques irréparables, a résumé le représentant. Une fois de plus, le Groupe des 77 et la Chine exigent que le Gouvernement des États-Unis mette un terme au blocus « génocide » à l’égard de Cuba.

Le représentant a dénoncé « la persécution des transactions financières cubaines à l’étranger » et rejeté l’inclusion de Cuba dans la liste des États qui défendent le terrorisme. En dépit des difficultés, Cuba fournit une assistance humanitaire internationale, avec plus de 50 000 agents de santé dans 66 pays, dont, récemment, en Sierra Leone pour contribuer à la réponse à l’épidémie d’Ebola. « Que les jours de l’embargo arrivent à leur fin et que cet embargo devienne une relique de l’histoire », a souhaité le représentant, en ajoutant que « le monde est du côté de Cuba » et que les États-Unis « ne pourront jamais bloquer la solidarité absolue du peuple cubain ».

Au nom du Groupe des États d’Afrique, M. CHARLES P. MSOSA (Malawi) a, à son tour, plaidé pour la levée du blocus économique, commercial et financier imposé à Cuba par les États-Unis. Les sanctions économiques contre Cuba sont très durement ressenties, en particulier par la population la plus pauvre et la plus vulnérable, a-t-il déploré. La levée immédiate du blocus améliorerait les conditions de vie des Cubains et dans ce contexte, le représentant a souhaité que le dialogue prévale pour résoudre la question du blocus et permettre à Cuba de participer aux efforts internationaux de développement. Il a rappelé que les chefs d’État et de gouvernement de l’Union africaine ont, en juin dernier, réitéré leur soutien à la résolution de l’Assemblée générale demandant la levée du blocus imposé à Cuba. Nous invitons le Gouvernement des États-Unis à lever un blocus qui n’a que trop duré, a-t-il conclu.

Au nom de la Communauté des États d’Amérique latine et des Caraïbes (CELAC), M. JUAN CARLOS MENDOZA-GARCIA (Costa Rica) a rappelé que depuis 1992, 22 résolutions demandant la levée du blocus ont été adoptées par l’Assemblée générale, « organe le plus représentatif et le plus légitime des Nations Unies ». Il a d’emblée apporté son appui à ce qui sera la vingt-troisième résolution de l’Assemblée générale sur la question. Le blocus imposé à Cuba est contraire aux objectifs, aux principes, à l’esprit et à la lettre de la Charte des Nations Unies, a-t-il dit, à laquelle les États Membres doivent impérativement se conformer, s’agissant, en particulier, de l’égalité souveraine entre les États, de la non-ingérence dans les affaires intérieures, du libre-échange et de la libre navigation.

Le représentant a dénoncé les effets extraterritoriaux de la loi américaine dite « Helms-Burton » dont les dispositifs affectent un grand nombre d’entreprises qui commercent avec Cuba. Des entreprises appartenant pour certaines à des pays de la CELAC ont écopé d’amendes en raison du blocus et c’est la raison pour laquelle les membres de la CELAC n’ont cessé d’appeler à une abrogation de la loi « Helms-Burton », a-t-il rappelé. Le représentant a exhorté l’Administration américaine à modifier sa législation afin qu’elle soit conforme à la Charte des Nations Unies, aux résolutions de l’Assemblée générale, au point de vues de la CELAC et des autres régions du monde, et surtout à « l’opinion de son propre peuple ».

Au nom de la Communauté des Caraïbes (CARICOM), M. JOSEPH GODDARD (Barbade) a réaffirmé une opposition jamais démentie à l’embargo contre Cuba, lequel « étouffe le peuple cubain » depuis plus de 50 ans et empêche l’élargissement des liens commerciaux avec les autres États du monde. En outre, a déploré le représentant, cet embargo va à l’encontre des principes de la Charte des Nations Unies, du multilatéralisme, de la souveraineté et du libre-échange.

La CARICOM, a affirmé M. Goddard, a toujours été « ferme » en ce qui concerne sa solidarité avec Cuba, le blocus ne répondant à aucun objectif juridique, politique et économique justifié en matière de relations internationales. Dans la sous-région, Cuba a généreusement bâti des hôpitaux et des cliniques, fourni des médicaments et équipé des professionnels de la santé. Dans cet esprit, Cuba est en train de mobiliser le contingent médical le plus important pour combattre Ebola en Afrique de l’Ouest. Les États des Caraïbes, a annoncé le représentant, se réjouissent de la tenue, le 8 décembre prochain, du Sommet CARICOM-Cuba à la Havane. Il a demandé la levée immédiate de l’embargo et la normalisation des relations entre les États-Unis et Cuba.

Au nom du Marché commun du Sud (MERCOSUR), M. MATEO ESTREME (Argentine) a prévenu que la non-application des résolutions adoptées depuis 1992 sur la levée du blocus contre Cuba affaiblit la Charte des Nations Unies et le multilatéralisme. Le blocus viole le droit international, en particulier l’égalité souveraine entre États et la non-ingérence dans les affaires intérieures. L’embargo viole les principes de justice. Il limite et retarde les progrès sociaux et économiques et empêche la réalisation des objectifs de développement, y compris les OMD. Le représentant s’est dit préoccupé par l’augmentation des restrictions sur les transactions financières entre Cuba et les autres pays. Cet embargo n’est rien d’autre que l’exemple d’une politique obsolète qui n’a plus sa place dans le monde d’aujourd’hui. Le MERCOSUR affirme qu’il était temps de mettre fin à ce blocus, a conclu le représentant.

M. VITALY CHURKIN (Fédération de Russie) a estimé que la levée du blocus imposé à Cuba est tout simplement « une nécessité », car il est incompatible avec le droit international et empêche les efforts du pays en vue de la réalisation des OMD. Malgré les sanctions et les privations, le peuple de Cuba a été l’un des premiers à voler au secours des peuples d’Afrique de l’Ouest qui font face à l’épidémie d’Ebola, a tenu à souligner le représentant. Au nom de son pays, il s’est élevé contre toutes les pressions politiques exercées sur un État souverain, indiquant que ces pressions ne font que nourrir les tensions. La Fédération de Russie votera en faveur de la résolution sur la levée du blocus, a annoncé le représentant.

M. WANG MIN (Chine) a déploré qu’au fil des ans, les résolutions demandant la levée du blocus économique et financier imposé par les États-Unis contre Cuba n’aient pas été appliquées avec efficacité. Ce blocus constitue un obstacle au développement de Cuba et entrave la réalisation des OMD. Il porte atteinte aux droits des Cubains et touche aux relations entre Cuba et les autres pays. Cet embargo n’a pas de raison d’être, a tranché le représentant. Il a rappelé que la Chine et Cuba ont maintenu des relations économiques et commerciales normales dans l’intérêt de leurs populations. La Chine espère que les États-Unis mettront fin le plus tôt possible à ce blocus et que les relations entre les deux pays s’amélioreront, contribuant ainsi à la stabilité et au développement de la région d’Amérique latine et des Caraïbes.

M. SAMUEL MONCADA (Venezuela) a réitéré son rejet total du blocus imposé à Cuba depuis plus d’une cinquantaine d’années. Il s’agit là d’une « politique illégale » qui est une violation flagrante du droit international, y compris les principes de la Charte dont la non-ingérence dans les affaires intérieures des États, l’égalité souveraine entre États, l’intégrité territoriale, le non-recours à la force et le règlement pacifique des conflits. Les États-Unis ont ignoré délibérément les appels de la communauté internationale contre une politique immorale, rejetée par l’opinion publique internationale. Le Venezuela condamne énergiquement les lois contraires au droit international comme la loi Toricelli et Helms-Burton et ses effets extraterritoriaux.

Le Gouvernement des États Unis n’a pas d’autorité universelle sur la souveraineté des autres États et sa prétention de convertir des lois nationales en lois universelles est « illégitime ». Le blocus viole, de façon systématique les droit de l’homme des citoyens cubains et comme si cela ne suffisait pas, les États-Unis menacent de sanctionner, de manière illégale, toute société financière étrangère qui souhaiterait faire des transactions parfaitement légales avec le Gouvernement cubain. Nous refusons, a dit le représentant, les actes d’intimidation des autorités américaines à l’égard de sociétés qui travaillent avec « ce pays frère » dans le but unique de l’asphyxier économiquement.

M. GUILHERME DE AGUIAR PATRIOTA (Brésil) a réaffirmé le rejet par son pays du blocus économique et commercial imposé à Cuba par les États-Unis. Il a dénoncé les conséquences du blocus et ajouté que tous les pays devraient mettre fin aux embargos unilatéraux, par respect du droit international et la Charte des Nations Unies. La nature extraterritoriale de ce blocus est contraire à la liberté de mouvement et de commerce, a-t-il souligné, en regrettant les effets négatifs sur la population cubaine en particulier, les plus vulnérables. Il a félicité les progrès de Cuba en matière de développement, arguant que la volonté de faire plus est obstruée par l’embargo. Le Brésil, a-t-il assuré, continuera de développer des relations d’amitié avec Cuba. Il existe, a-t-il dit, un consensus en Amérique latine sur le fait que les pays de la région ne participeront plus à des conférences internationales sans Cuba.

Présentant le projet de résolution, M. BRUNO RODRÍGUEZ PARRILLA, Ministre des affaires étrangères de Cuba, a d’abord parlé d’Ebola en citant son Président : « Compte tenu de la gravité du problème, j’estime qu’il faut éviter toute politisation qui nous dévie de notre objectif fondamental, contribuer à juguler cette épidémie en Afrique et à la prévenir dans d’autres régions ». Le Ministre a ensuite fait remarquer que le blocus économique, commercial et financier appliqué par les États-Unis à Cuba s’était renforcé et que son application extraterritoriale à toutes les régions s’était intensifiée. Il a évoqué « des amendes aussi énormes qu’insolites » d’un montant total de 11 milliards de dollars, infligées à 38 banques, dont la banque française BNP Paribas, qui font des transactions avec Cuba et d’autres pays.

Les préjudices économiques cumulés qui en découlent, énormes pour une petite économie, se chiffrent au total à 1 112 534 000 000 de dollars, a précisé le Ministre. Les préjudices humains que cause le blocus ne cessent de croître et dorénavant « 77% des Cubains sont nés sous son ombre », a-t-il constaté.

Les peuples étatsunien et cubain, situés de part et d’autre du détroit de la Floride, ont toujours eu des liens profonds, a dit le Ministre. Malgré les campagnes mensongères, le peuple étatsunien a appuyé le renvoi dans sa famille du petit Cubain en 1999. Devant les terribles actes terroristes du 11 septembre 2001, Cuba a offert son aide quand des milliers d’avions ne savaient où atterrir et l’a de nouveau offert, lors des attaques au bacille de charbon, pour remédier à la carence d’antibiotiques.

Cuba a aussi offert sa coopération à la population de la Nouvelle-Orléans après le cyclone Katrina en 2005. En 2010, après le tremblement de terre en Haïti, les États-Unis et Cuba ont coopéré en faveur de cette nation. Le Gouvernement cubain a fait invariablement parvenir à celui des États-Unis des informations concernant des projets d’actes ou d’attentats terroristes.

Malgré de vieilles tensions et les tentatives d’extrémistes violentes et de groupes terroristes, « la guerre n’a jamais éclaté entre les deux pays et aucun jeune étatsunien n’est mort à Cuba », a rappelé le Ministre. Malgré des calomnies dans ce sens, Cuba n’a jamais menacé la « sécurité nationale des États-Unis ». Aucune hostilité n’existe entre nos peuples.

Les sondages d’opinion prouvent que tous les secteurs de la société étatsunienne sont toujours plus favorables à la levée du blocus et à la normalisation des relations bilatérales, a relevé le Ministre. Il a jugé « particulièrement symptomatique » que cette opinion soit encore plus marquée en Floride. Des personnalités politiques des tendances les plus diverses et de prestigieux universitaires reconnaissent que cette politique a échoué quant à ses objectifs et qu’elle ne répond pas aux intérêts nationaux. « Il suffit pour s’en convaincre de lire les éditoriaux que le New York Times a consacrés à ce point ces dernières semaines », a-t-il ajouté.

Les Étatsuniens réclament le droit de se faire personnellement une opinion directe sur la réalité cubaine. L’opinion publique s’oppose dans sa majorité à l’orientation actuelle et se montre toujours plus critique à cet égard. L’émigration cubaine souhaite, dans sa majorité, la paix et le bien-être pour sa famille et son peuple et des relations normales avec son pays d’origine.

« Le blocus fait du tort à Cuba, mais il en fait aussi aux États-Unis », a poursuivi M. Parrilla. En outre, l’inscription « absurde et ridicule » de Cuba sur la liste des États parrainant le terrorisme, qui sert uniquement, selon lui, à justifier des sanctions financières internationales, « jette le discrédit sur les États-Unis ».

M. Parrilla a reconnu qu’après les mesures limitées, quoique positives, de 2009 et de 2011, relatives aux visites familiales, aux envois de fonds familiaux des Cubains installés aux États-Unis et aux voyages de catégories données d’Étatsuniens, le dialogue technique s’est élargi. La coopération s’est accrue dans des domaines tels que la lutte contre le trafic de drogues, la criminalité transnationale, la traite d’êtres humains, la prévention des marées noires, la recherche et le sauvetage de personnes ou la sécurité aérienne et de l’aviation.

« Le Président Barack Obama jouit de toutes les prérogatives constitutionnelles pour modifier, sans avoir à recourir au Congrès, des aspects clefs du blocus et infuser une dynamique nouvelle et décisive aux relations bilatérales », a fait valoir le Ministre. Il a invité l’Administration étatsunienne à nouer des relations mutuellement respectueuses et réciproques, fondées sur l’égalité souveraine, les principes du droit international et la Charte des Nations Unies. Il a assuré que « Cuba ne renoncera jamais à sa souveraineté ni à la voie que son peuple a choisie librement : la construction d’un socialisme plus juste et efficace, prospère et durable. Cuba ne renoncera pas non plus à la recherche d’un ordre international ni ne cessera de lutter pour l’équilibre du monde ».

Explications de vote

Le représentant des États-Unis s’est opposé au projet d’une résolution que le Gouvernement cubain utilise, tous les ans, pour ne pas reconnaître l’échec de sa politique, même s’il commence à en reconnaître les effets négatifs. Le représentant a appelé Cuba à libéraliser le marché du travail et à consacrer le principe de la libre concurrence. Les États-Unis, a-t-il affirmé, sont un ami proche du peuple cubain. Il a précisé qu’à ce jour, Cuba reçoit, chaque année, 2 milliards de dollars sous forme de fonds privés en provenance des États-Unis. En outre, le Gouvernement américain a envoyé pour 359 millions de dollars d’équipements agricoles, de matériels de santé et d’aide humanitaire, en 2013, une assistance conforme à un régime de sanctions « calibré avec soin » pour ne pas peser sur le peuple cubain. Le représentant a ajouté que le resserrement des liens entre les deux pays était une priorité de son gouvernement, mentionnant l’assouplissement des restrictions au voyage récemment décidé par le Président Obama.

L’échange d’idées et d’informations étant une valeur fondamentale de la Charte des Nations Unies, le représentant a déploré, à ce titre, les entraves imposés par le Gouvernement cubain à l’accès à Internet. Le Gouvernement continue d’imposer des obstacles au droit à l’information, a-t-il dit, indiquant qu’une personne a été condamnée à 15 ans de prison pour avoir œuvré pour le libre accès à Internet dans une localité cubaine. Il faut abattre le mur de cette censure et faire triompher le droit à la communication sur Internet, a-t-il déclaré. « La louable contribution de Cuba à la lutte contre l’épidémie d’Ebola ne saurait excuser le traitement que son gouvernement réserve à son propre peuple. »

Au nom de l’Union européenne, le représentant de l’Italie a dénoncé les effets extraterritoriaux de la loi dite « Helms-Burton ». Nous ne pouvons pas accepter que des mesures unilatérales entravent nos relations économiques avec Cuba, a-t-il dit. Il a exhorté les États-Unis à appliquer, sans tarder, le train de mesures convenu en 1998 entre les États-Unis et l’Union européenne visant à atténuer les effets extraterritoriaux des lois américaines. Il a rappelé que l’Union européenne avait levé ses mesures restrictives contre Cuba en 2003.

« Nous réitérons le droit des Cubains à décider librement de leur avenir », a-t-il affirmé, avant d’exhorter le Gouvernement cubain à accorder à ses citoyens toutes les libertés civiles, politiques et économiques internationalement reconnues. Il a insisté sur le fait que la levée du blocus permettrait une ouverture de l’économie cubaine qui bénéficierait grandement aux Cubains. « Ensemble, nous exprimons notre rejet de toutes les mesures unilatérales décidées contre Cuba et qui affectent les intérêts des États tiers et contreviennent aux règles communément acceptées du commerce international ».

Source : http://www.un.org/press/fr/2014/ag11574.doc.htm

Documents joints

ONU Cuba Blocus - Rapport Secrétaire Général - Octobre 2014

PDF 2.6 Mo

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