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Le blog de Lucien PONS

Les CHAMPS-ÉLYSÉES un certain 11 novembre 1940…

30 Novembre 2018 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #"Comité pour une Nouvelle Résistance-CNR"., #Jean Moulin

 

Manifestation du 11 novembre 1940. Des étudiants de l'Institut agronomique s'apprêtent à défiler sur les Champs Élysées pour fleurir la Tombe du Soldat inconnu. Source : Coll. Musée de la Résistance Nationale à Champigny-sur-Marne - Fonds Nicolo-Vachon

Manifestation du 11 novembre 1940. Des étudiants de l'Institut agronomique s'apprêtent à défiler sur les Champs Élysées pour fleurir la Tombe du Soldat inconnu. Source : Coll. Musée de la Résistance Nationale à Champigny-sur-Marne - Fonds Nicolo-Vachon

Par Louis Saisi

« Depuis 1934, aucune manifestation autre que festive n’a eu lieu sur les Champs-Élysées » a déclaré M. Castaner, ministre de l’Intérieur, samedi 24 novembre 2018, jour de la manifestation des « Gilets jaunes » sur les Champs-Élysées, en réponse à une question d’un journaliste…

Trou de mémoire regrettable ?

Notre zélé Ministre de l’Intérieur, trop enclin à vouloir s’affranchir de la vérité (soit par sa mémoire sélective, soit pour les besoins de son office) – qui est pourtant celle de notre histoire nationale -, gomme ainsi la manifestation du 11 novembre 1940 sur les Champs-Élysées qui n’avait rien de festif.

Sans être exhaustif ici, rappelons-en au moins deux, mais penchons-nous plus longuement sur l’une d’elles, très significative car se rattachant à la défense de notre liberté.

Encore assez proche de nous, l’on pourrait déjà faire état de la manifestation politique du 30 mai 1968 – bien trop connue pour qu’on s’y attarde ici – organisée par les gaullistes à la suite des avènements du printemps de 1968 (mai 1968). De retour de Baden-Baden, De Gaulle appela ses soutiens à se manifester publiquement, en organisant « partout et tout de suite » pour aider le gouvernement et les préfets, « l’action civique » [1]. Loin d’être improvisée, la manifestation des gaullistes fut préparée à partir du 26 mai par Jacques Foccart en accord avec le chef de l’État. C’est dire que cette « manifestation » était plutôt assez atypique puisque, contrairement aux manifestations habituelles, elle n’était pas dirigée contre le pouvoir en place car elle était, au contraire, organisée et conçue par les gouvernants eux-mêmes en place qui en appelaient au soutien des Français [2].

En effet, selon le Dictionnaire Maxipoche Larousse de 2019, et dans le sens et selon la pratique moderne que nous lui donnons, une manifestation est un « rassemblement collectif, défilé de personnes organisé sur la voie publique pour exprimer une opinion politique, une revendication : Participer à une manifestation contre la guerre. » (Cf. p. 848, 4).

Manifester, c’est donc habituellement, aux 20e et 21e siècles, s’opposer à des mesures ou des orientations politiques prises par le Pouvoir politique en place en mettant en avant des insatisfactions, des revendications, des demandes sociales, comme le font les « Gilets jaunes » aujourd’hui. Mais la contestation peut parfois prendre aussi une ampleur plus radicale visant la légitimité de l’ordre politique et social établi. La manifestation gaulliste du 30 mai 1968 était, au contraire, une manifestation d’adhésion au régime gaulliste et un acte d’allégeance à son chef prestigieux. Elle se traduisit par le rassemblement de plusieurs centaines de milliers de Français remontant l’avenue des Champs-Élysées, de la place de la Concorde à l’Arc de Triomphe.

Tout autre fut la manifestation, bien antérieure, du 11 novembre 1940 sur les Champs-Élysées qui fut une manifestation de lycéens (surtout) et d’étudiants, patriotes et extraordinairement contestataires (déjà, bien avant 1968 !). Et cette manifestation eut bien lieu aux Champs-Élysées, devant l’Arc de Triomphe de l’Étoile, pour commémorer l’armistice du 11 novembre 1918 dont ni le régime de Vichy ni l’occupant nazi ne voulaient entendre parler.

En effet, à la suite de l’annulation du jour férié traditionnel du 11 novembre, il avait même été annoncé que pour les étudiants et lycéens ce serait un jour travaillé comme un autre. La lecture d’une circulaire interdisant les manifestations et commémorations devait même être faite par les recteurs d’université aux étudiants et les proviseurs aux lycéens, les prévenant ainsi du caractère sensible du sujet…

Mais, loin d’être intimidée, la jeunesse française, qui n’était pas « moutonne », fit circuler un tract apolitique et rassembleur – depuis le début du mois de novembre 1940 – appelant le 11 novembre 1940 au soir à une manifestation devant la tombe du Soldat Inconnu. Transmis de la main à la main et manuscrit, l’un de ces tracts – qui fut trouvé dans le hall de la faculté de médecine de Paris et conservé à la Bibliothèque de documentation internationale contemporaine (BDIC) – était rédigé ainsi :

« Étudiant de France !
Le 11 novembre est resté pour toi jour de Fête nationale
Malgré l’ordre des autorités opprimantes, il sera Jour de recueillement.
Tu n’assisteras à aucun cours.
Tu iras honorer le Soldat Inconnu, 17 h 30.
Le 11 novembre 1918 fut le jour d’une grande victoire.
Le 11 novembre 1940 sera le signal d’une plus grande encore.
Tous les étudiants sont solidaires pour que
Vive la France !
Recopie ces lignes et diffuse-les. »

Vers 17 h, la manifestation rassembla, selon les estimations habituellement admises, près de 3 000 jeunes, lycéens, étudiants ou jeunes actifs, présents sur la place de l’Étoile et devant la tombe du Soldat inconnu.

Une note de police a rapporté qu’on y chanta La Marseillaise et qu’on y cria « Vive la France », « Vive De Gaulle » …

Ce fut le premier acte de résistance collective contre l’occupant nazi et le régime vichyste, et, signe d’espoir, il venait de la jeunesse française nourrie, depuis les bancs de l’école primaire, de l’amour de la liberté.

Il semble que la plupart des étudiants et lycéens qui participèrent à cette manifestation étaient relativement apolitiques et que ceux d’entre eux qui étaient politisés provenaient des deux bords de l’échiquier politique : droite nationaliste et gauche communiste.

A la suite de cette manifestation, plus de 200 arrestations furent effectuées, par la police française ou directement par les Allemands. Les étudiants et lycéens qui furent arrêtés furent conduits dans les prisons de la Santé, du Cherche-Midi et de Fresnes. Une semaine plus tard, il restait encore plus de 140 personnes incarcérées.

Des rumeurs parlèrent même d’étudiants fusillés, ou déportés. Radio-Londres évoqua le chiffre de 11 tués et de 500 déportés le 28 novembre.

Veillons tous au respect de notre mémoire nationale, c’est au moins ce que nous devons à tous les combattants de la liberté qui nous ont précédés et auxquels nous devons être reconnaissants et fidèles !

NOTES:

[1] Dans son allocution du 30 mai 1968 prononcée à 16h30 à la radio et à la télévision, de Gaulle s’exprima ainsi : « En tous cas, partout et tout de suite, il faut que s’organise l’action civile. Cela doit se faire pour aider le gouvernement, d’abord, puis localement, les préfets devenus ou redevenus commissaires de la République, dans leur tâche qui consiste à assurer, autant que possible, l’existence de la population, et à empêcher la subversion à tout moment et en tout lieu. La France, en effet, est menacée de dictature. On veut la contraindre à se résigner à un pouvoir qui s’imposerait dans le désespoir national, lequel pouvoir serait alors évidemment et essentiellement celui du vainqueur, c’est-à-dire celui du communisme totalitaire. »

[2] Voir à cet effet l’article de Frank Georgi : « Le pouvoir est dans la rue. 30 Mai 1968 la ’’manifestation gaulliste’’ des Champs-Élysées » qui analyse la genèse, le déroulement et la signification de cette manifestation dans la Revue Vingtième Siècle – Revue d’Histoire, Année 1995, N° 48, pp. 46-60.

SOURCE :

 

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Jean Moulin: derniers secrets sur son arrestation. Par Boris Thiolay.

30 Novembre 2018 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #"Comité pour une Nouvelle Résistance-CNR".

Jean Moulin: derniers secrets sur son arrestation
publié le
 
Jean Moulin (ici en octobre 1940), alias "Max", a été arrêté avec six autres chefs de la Résistance, le 21 juin 1943, lors d'une réunion clandestine, à Caluire (Rhône).
Jean Moulin (ici en octobre 1940), alias "Max", a été arrêté avec six autres chefs de la Résistance, le 21 juin 1943, lors d'une réunion clandestine, à Caluire (Rhône).AFP
 

Qui a trahi Jean Moulin? Deux témoins clés de l'époque livrent à L'Express leurs conclusions sur le drame de Caluire.

Le 21 juin 1943, le chef du Conseil National de la Résistance est arrêté par Klaus Barbie, chef de la gestapo à Lyon. Depuis soixante-quinze ans, l'ombre de la trahison pèse sur le seul homme ayant échappé à la rafle, René Hardy, lui-même résistant. Pour l'Express, Daniel Cordier secrétaire de Jean Moulin, et François-Yves Guillin, secrétaire du chef de l'Armée secrète, expliquent comment le piège s'est refermé sur "Max". Ces derniers grands témoins de l'époque balaient tous les doutes possibles. 

Épisode 1 : Où l'on rencontre le résistant François-Yves Guillin, 97 ans, dont le témoignage, capital, permet de reconstituer les événements qui, au printemps 1943, ont précédé l'arrestation de Jean Moulin

Il fait déjà chaud sur Lyon, en cette matinée du lundi 21 juin 1943. Jean Moulin, alias "Rex", alias "Max", quitte la petite chambre qu'il occupe sous une fausse identité, au n° 2 de la place Raspail, à deux pas des berges du Rhône. Il sait que cette journée va être longue et ­mouvementée. Le 27 mai précédent, à Paris, il a présidé la réunion fondatrice du Conseil national de la Résistance (CNR). Au terme de près d'une année de négociations, cette organisation concrétise enfin l'unification des différents mouvements résistants en France.  

 
 

Le CNR rassemble tous les groupes armés, toutes les sensibilités politiques et syndicales, en vue de préparer la France d'après guerre, sous l'autorité du général de Gaulle. Mais, derrière l'unité de façade, les rivalités et les jalousies perdurent. Ainsi, les chefs du mouvement Combat n'acceptent pas le fait que le commandement de l'Armée secrète (AS) - la branche militaire de la Résistance - leur ait échappé, alors qu'ils en sont à l'origine. D'ailleurs, Henri Aubry, un des dirigeants de Combat, est en conflit permanent avec le général Charles Delestraint, alias "Vidal", le chef de l'AS, son propre supérieur. Au sein de l'"armée des ombres", l'atmosphère est irrespirable. 

D'autant plus que la Résistance subit des revers très durs face à l'occupant. Au printemps de 1943, la Gestapo traque sans relâche ceux qu'elle nomme des "terroristes", en particulier dans la région lyonnaise, plaque tournante entre les zones Nord et Sud. Moulin sait qu'il est recherché à la fois par la police de Vichy et par les ­Allemands, sans toutefois avoir été formellement identifié. Pire encore : le 9 juin précédent, Delestraint a été arrêté à Paris. Arrivé en train depuis Lyon, le chef de l'AS devait rencontrer plusieurs contacts dans la capitale. Mais, à la sortie du métro la Muette, dans le XVIe arrondissement, il est abordé par deux hommes, puis embarqué dans une voiture. Les deux individus sont des agents allemands. Delestraint sera déporté au camp de concentration de Dachau, en Bavière. Il y sera assassiné le 19 avril 1945, quelques jours avant l'arrivée des Alliés. 

Francois-Yves Guillin était en 1943 le secrétaire du général Charles Delestraint, le chef de l'Armée secrète, arrêté douze jours avant Jean Moulin.
Francois-Yves Guillin était en 1943 le secrétaire du général Charles Delestraint, le chef de l'Armée secrète, arrêté douze jours avant Jean Moulin.Guillaume ATGER pour l'Express
 

En attendant, durant les jours qui suivent ce 9 juin 1943, personne au sein de la Résistance ne sait comment le piège nazi s'est refermé sur le chef de l'Armée secrète. A Lyon, Jean Moulin n'est averti de l'arrestation que trois jours plus tard, le samedi 12 juin. Ce jour-là, François-Yves Guillin, alias "Mercure", 21 ans, secrétaire personnel du général Delestraint, accourt vers 9 heures du matin au bureau clandestin de "Max", dans le quartier de la Croix-Rousse. "Quand je lui ai annoncé la catastrophe, il s'est appuyé contre le chambranle de la porte. Il était atterré", raconte à L'Express François-Yves Guillin, comme s'il revivait la scène, soixante-quinze ans après les faits. Moulin se reprend aussitôt et intime au jeune homme l'ordre de "disparaître". "Sinon, vous allez vous faire arrêter", lui assène-t-il alors. 

"Hardy était un agent double. Il a travaillé pour les Allemands"

Nous sommes à la fin du mois de septembre 2018. L'été joue les prolongations sur la plaine rhodanienne. Après un premier rendez-vous, François-Yves Guillin, 97 ans, accepte de revenir plus longuement sur les événements tragiques de juin 1943. C'est la première fois ­depuis bien longtemps qu'il évoque publiquement cette période douloureuse. Chemise blanche, pull bleu et pantalon gris, M. Guillin est calé dans un fauteuil, dans le joli salon orné de gravures anciennes et de souvenirs bien présents. 

Du balcon de l'appartement, la vue embrasse tout l'ouest de Lyon. En contrebas de l'immeuble perché à flanc de ­colline, les eaux de la Saône et du Rhône s'unissent à la pointe de la presqu'île du quartier Confluence. Mme Guillin assiste à l'entretien, légèrement en retrait. Cette histoire, elle vit avec depuis des décennies. À trois ou quatre reprises, durant la conversation, elle intervient doucement pour rappeler un ­détail, souligner une précision d'importance. 

Lorsqu'il n'est pas sûr de son fait, ou qu'il a oublié tel ou tel point, l'ancien secrétaire de Charles Delestraint ne se prononce pas. Après un moment de réflexion, il reprend : "Il faut un certain temps pour essayer de saisir l'entière vérité, avec du recul, de la clarté. Au début de juin 1943, le général Delestraint a été arrêté à cause d'une trahison interne à la Résistance. Ensuite, le scénario était écrit. Jean Moulin a été "livré" par René Hardy, qui était un agent double, il n'y a aucun doute là-dessus. Hardy a travaillé pour les Allemands. Et personne n'a agi pour sauver Jean Moulin..." 

Âgé de 31 ans à l'époque, Hardy, alias "Didot", officier de réserve, technicien à la SNCF, est un résistant de la première heure. Un homme d'action, courageux. A la tête du réseau Fer, qui couvre une centaine de gares en France, Hardy planifie des attentats et des opérations de sabotage destinés à entraver le transport de matériel et de troupes allemandes. Combattant de l'ombre, Hardy a pourtant été jugé à deux reprises pour "non-dénonciation de projet ou acte de trahison", en 1947 et en 1950. Par deux fois, il a été innocenté. 

François Yves Guillin, jeune. Selon lui, "Personne n'a agi pour sauver Jean Moulin".
François Yves Guillin, jeune. Selon lui, "Personne n'a agi pour sauver Jean Moulin".DR

Retour au samedi 12 juin 1943. Quand il apprend l'arrestation de Delestraint de la bouche du jeune Guillin, "Max" sait que l'heure est grave. Le 15 juin, cinq jours avant son 44e anniversaire, Jean Moulin adresse son dernier courrier à Charles de Gaulle. Voici ce qu'il écrit : "Mon Général, notre guerre, à nous aussi, est rude. J'ai le triste devoir de vous annoncer l'arrestation par la Gestapo, à Paris, de notre cher Vidal." Il aborde ensuite "les causes" de l'événement : "Tout d'abord la campagne violente menée contre lui et contre moi par Charvet [pseudonyme d'Henri Frenay, le chef du mouvement Combat] qui a, à la lettre, porté le conflit sur la place publique et qui a, de ce fait, singulièrement attiré l'attention sur nous. (Tous les papiers de Charvet sont, vous ne l'ignorez pas, régulièrement pris par la Gestapo.)" En clair, Jean Moulin se plaint du manque de discrétion des chefs de Combat, alors que les services allemands sont aux trousses des résistants. 

Le 19 juin, il décide d'organiser une réunion avec les principaux ­dirigeants de l'Armée secrète, pour désigner le successeur officiel du ­général Delestraint. Pour l'heure, c'est le colonel Schwartzfeld, un ­fidèle, qui doit assurer l'intérim. Ce rendez-vous capital est programmé deux jours plus tard, le 21 juin, à 14 heures 30, dans la maison du Dr Dugoujon, à Caluire, petite ville surplombant l'agglomération lyonnaise. Outre Jean Moulin, sept chefs de la Résistance sont invités. Trois d'entre eux seulement en connaissent l'adresse. En ce qui concerne le futur commandement de l'AS, le rapport de forces pèse en faveur de Moulin et des gaullistes fervents. Et cela, au détriment du mouvement Combat, qui veut garder une marge de manoeuvre : son seul représentant invité à la réunion est Henri Aubry, jusqu'alors adjoint du général Delestraint. 

Au matin du lundi 21 juin, Jean Moulin multiplie les rendez-vous. A midi, il déjeune avec un émissaire fraîchement arrivé de Londres. A 14 heures, il est sur la place Carnot, très fréquentée, en face de la gare de Lyon-­Perrache. Là, au pied de la statue de la République - lieu de rendez-vous apprécié des résistants lyonnais -, il retrouve Raymond Aubrac, membre historique du mouvement Libération-Sud. 

Pendant ce temps, par petits groupes séparés, les autres invités à la réunion prennent le chemin de la maison du Dr Dugoujon. Le premier d'entre eux y pénètre à 14 h 15, après avoir prudemment observé les alentours. La gouvernante du médecin le conduit au premier étage, où doit se tenir le rendez-vous clandestin. 

La maison du Docteur Dugoujon  à Caluire, près de Lyon, où  Klaus Barbie arrête Moulin et six autres résistants, le 21 juin 1943.
La maison du Docteur Dugoujon à Caluire, près de Lyon, où Klaus Barbie arrête Moulin et six autres résistants, le 21 juin 1943.Fred Dufour / AFP
Épisode 2 : Où l'on se penche sur deux faits inattendus qui ont marqué le 21 juin 1943, jour de l'arrestation de Jean Moulin par la Gestapo à Caluire

Deux événements imprévus vont modifier le scénario initial pour le transformer en une mécanique infernale qui mènera à l'arrestation de Jean Moulin. A 13 h 40, André Lassagne, proche du général Delestraint, attend au départ du funiculaire qui mène au sommet de la colline de la Croix-Rousse, en direction de Caluire. Il a rendez-vous avec Henri Aubry (Combat), qu'il doit conduire à la réunion. Et là, surprise : Aubry n'arrive pas seul. Il est accompagné d'un autre cadre de son mouvement : René Hardy, le chef du réseau de sabotage Fer, qu'il a fait venir pour mieux ­défendre les intérêts de Combat lors de la réunion. 

Problème de taille : René Hardy n'a pas été invité par Jean Moulin, et sa présence contreviendrait aux règles élémentaires de sécurité et de cloisonnement des informations. D'ailleurs, Hardy-"Didot" semble particulièrement nerveux. Mais le temps presse. André Lassagne emprunte un premier funiculaire, que les Lyonnais surnomment familièrement la "ficelle". Aubry et Hardy prennent le suivant. Parvenu au sommet de la Croix-Rousse, le trio monte dans le tramway n° 33 et en redescend quelques minutes plus tard, à Caluire, à proximité de la maison du Dr Dugoujon. Les trois hommes se présentent à la porte vers 14 h 25. Ils sont conduits au premier étage. Aucun d'entre eux n'a, semble-t-il, remarqué qu'une jeune femme, arborant un corsage rouge, les suit à distance depuis le départ du funiculaire... 

Le deuxième souci, maintenant. Arrivés par la "ficelle" à la station Croix-Rousse, Jean Moulin et Raymond Aubrac constatent que le colonel Schwartzfeld n'est pas à l'heure. Ce dernier finit par arriver avec une demi-heure de retard. Finalement, ils ne parviennent tous les trois à Caluire qu'à 15 heures. Or, rappelons-le, la réunion devait débuter à 14 h 30. La gouvernante du Dr Dugoujon prend les trois nouveaux arrivants pour des patients ordinaires. Elle les dirige vers la salle d'attente, au rez-de-chaussée. Les cinq autres résistants patientent toujours à l'étage. 

Torturé, un compagnon d'infortune désigne "Max" à Barbie

La suite, dramatique, est connue. A 15 h 10, trois tractions avant noires arrivent en trombe devant la maison. Une dizaine d'hommes, menés par Klaus Barbie, lieutenant SS et chef de la Gestapo de Lyon, s'y engouffrent aussitôt. Arrestations, contrôle des identités, coups de matraque... Tandis que "Max" et six autres chefs de la Résistance sont jetés dans les voitures, René Hardy - le seul dont les mains ne sont entravées que par une corde - parvient à se dégager et se met à courir. Les Allemands tirent, semblent blesser le fuyard, mais ce dernier réussit à disparaître dans un fourré... 

Les sept résistants arrêtés à Caluire vont connaître des destins très différents. Tous tragiques. Deux d'entre eux mourront en déportation, en Allemagne. L'un, André Lassagne, reviendra du camp de Dora, en mai 1945. Deux autres seront remis en liberté quelques mois après leur arrestation. Raymond Aubrac, lui, parviendra à s'évader en octobre 1943. 

Dans les locaux de la Gestapo de Lyon, Jean Moulin est atrocement torturé pendant trois jours par Barbie et ses sbires. L'un de ses compagnons d'infortune, lui aussi torturé, a fini par le désigner comme étant "Max", le grand chef. Moulin, dans le coma, est par la suite transféré au siège de la Gestapo, à Paris. Puis il est placé dans un train à destination de Berlin. Il succombe à ses blessures, le 8 juillet 1943, en gare de Metz, selon l'acte de décès. Le représentant du général de Gaulle dans la France occupée est mort sans parler. 

Un personnage présent à Caluire manque à ce terrible cortège : René Hardy, qui a échappé à l'arrestation. De nouveau arrêté par les Allemands au mois d'août 1943, il parviendra une seconde fois à s'enfuir par la fenêtre d'une chambre d'hôpital dont la porte était gardée par un homme armé. Évasion d'autant plus rocambolesque qu'Hardy, blessé, a un bras en écharpe. Très rapidement soupçonné d'avoir "donné" la réunion de Caluire aux Allemands, il sera donc jugé à deux reprises après la guerre, en 1947 et en 1950. Blanchi les deux fois, au bénéfice du doute, il est décédé en 1987, dans sa 76e année. 

Daniel Cordier (ici en 2014, à Cannes), était le secrétaire de Jean Moulin. "Je continue à penser qu'il a été trahi", affirme-t-il aujourd'hui.
Daniel Cordier (ici en 2014, à Cannes), était le secrétaire de Jean Moulin. "Je continue à penser qu'il a été trahi", affirme-t-il aujourd'hui.JPGuilloteau/L'Express
Épisode 3 : Où un autre grand témoin, Daniel Cordier, 98 ans, ancien secrétaire de Jean Moulin, confirme que "le patron" a été victime d'une trahison au sein de la Résistance

Il n'empêche : l'affaire de Caluire hante encore et toujours la mémoire collective. Les circonstances de l'arrestation de Jean Moulin et de ses compagnons ont fait l'objet de multiples écrits - articles, livres - et de polémiques, parfois mal intentionnées. Le sujet s'apparente à un "trou noir" de l'histoire, complexe, de la Résistance. Il est pourtant aujourd'hui possible d'en éclairer les dernières zones d'ombre. Et de préciser le rôle joué par plusieurs protagonistes du drame. 

Cela, pour deux raisons. Tout d'abord, grâce à un livre majeur, publié dans une relative discrétion, en avril dernier : Jean Moulin. Écrits et documents de Béziers à Caluire (L'Harmattan). Un pavé de 1 400 pages, qui dévoile de nombreux textes inédits, rassemblés par l'universitaire François Berriot. Mais aussi grâce à la mémoire et au regard distancié de deux témoins essentiels, parmi les derniers encore en vie. Deux figures de la Résistance qui sont aussi historiens, et qui ont d'ailleurs ouvert leurs archives à François Berriot. Ces deux autorités morales ont eu des vies très différentes après la guerre. Mais elles ont aussi ­affronté une expérience étonnement similaire à propos des événements qu'elles ont vécus au plus près. 

Le premier est bien sûr François-Yves Guillin, qui nous a reçu à deux reprises. Après la guerre, il avait préféré "refermer le tiroir" sur son parcours dans la Résistance. Pourtant, dans les années 1980, alors qu'il se consacre à sa carrière de médecin, il se trouve contraint d'ouvrir à nouveau ses dossiers. Cela après qu'Henri Frenay, grand résistant, n° 1 de Combat, a flétri la mémoire de son ancien chef : Charles Delestraint. François-Yves Guillin se lance alors dans des études d'histoire, épluche les montagnes d'archives disponibles. Il finit par soutenir une thèse, publiée en 1995 sous forme de livre : Le Général Delestraint, premier chef de l'Armée secrète (Plon). 

Daniel Cordier a défendu la mémoire du "Patron"

Le deuxième témoin qui a accepté de revenir pour L'Express sur ces semaines terribles de mai-juin 1943 est plus connu. Il s'agit de Daniel Cordier, engagé aux côtés des Français libres et du général de Gaulle dès juin 1940. Parachuté en France en juillet 1942, Cordier, alias "Caracalla", devient, à Lyon, le secrétaire particulier de Jean Moulin. Le jeune homme crypte et décode les messages que "Max" échange avec Londres et les chefs de la Résis­tance intérieure. Il franchit une trentaine de fois clandestinement la ligne de démarcation, il remet aux cadres des mouvements les sommes d'argent qui sont réparties par Moulin. Onze mois de clandestinité durant lesquels, confie-t-il sans détour, il avait "tout le temps peur". 

À la fin de la guerre, Daniel Cordier passe à autre chose, lui aussi. Le jeune bourgeois bordelais, monarchiste et adepte des idées d'extrême droite de l'Action française est devenu, au contact du "Patron" disparu - son véri­table mentor -, un esthète féru d'art, un humaniste de gauche. Peintre, il est avant tout un collectionneur avisé et un galeriste réputé. Il fuit les retrouvailles annuelles qu'organisent nombre d'anciens compagnons de lutte. Dans la nuit du 19 décembre 1964, Daniel Cordier participe bien à la veillée funèbre précédant la cérémonie du ­transfert des cendres de Jean Moulin au Panthéon. Mais il n'assiste pas au fameux éloge, prononcé d'une voix sépulcrale par André Malraux. D'ailleurs, on a oublié de l'y convier. 

Mais, en 1977, Henri Frenay jette un nouveau pavé dans la mare. L'ancien chef de Combat accuse Jean Moulin d'avoir été un agent "communiste" cherchant à mettre la Résistance en coupe réglée. Daniel Cordier sort de son silence pour défendre la mémoire du "Patron". Il se replonge durant vingt années dans les archives et publie, à partir de 1989, une somme biographique monumentale sur Jean Moulin. Un travail qui, depuis lors, fait autorité. 

Daniel Cordier, jeune. "Il y avait quelqu'un qui n'avait pas été invité à Caluire et qui a été imposé: René Hardy", souligne-t-il.
Daniel Cordier, jeune. "Il y avait quelqu'un qui n'avait pas été invité à Caluire et qui a été imposé: René Hardy", souligne-t-il.Musée de l'ordre de la Libération

Quand il nous reçoit pour la seconde fois dans son appartement cannois, au début du mois de juin dernier, Daniel Cordier, 98 ans, est, comme à son habitude, tiré à quatre épingles. Veste de tweed, pantalon de velours, chemise mauve et pull assorti. So British. La pièce principale donne sur la Méditerranée. Baignée de lumière, elle est encombrée de tableaux, de statuettes d'art premier et de piles de documents qui nourrissent le ­second tome de ses Mémoires, en voie d'achèvement. 

Face à la table de travail, sur une étagère, le portrait serré, en noir et blanc, d'un homme arborant chapeau et écharpe. Un visage à l'expression énigmatique, et pourtant familier. La photo, reproduite dans les manuels d'histoire, est la plus célèbre de Jean Moulin. À soixante-quinze années de distance, Daniel Cordier semble par moments parler sous son contrôle. Regard pétillant, doté d'une modestie et d'une capacité d'autodérision à toute épreuve, il se fait soudain grave quand on aborde les arrestations de Caluire. 

"Hardy a été blanchi deux fois. Cela ne change rien..."

Il l'a déjà dit. Il l'a écrit, notamment dans la préface du dernier ouvrage sur Jean Moulin, publié au mois d'avril sous la direction de François Berriot : "Lorsque j'ai appris la catastrophe de Caluire, en juin 1943, j'ai pensé - et je continue de le faire - qu'il avait été trahi [...?]. Il y avait autour de lui un climat d'agressivité, une atmosphère détestable entretenue par quelques chefs de mouvements - qui réclamaient son rappel à Londres - et par certains de leurs lieutenants qui rêvaient ouvertement d'éliminer Delestraint et Rex [Moulin], accusés de vouloir "confisquer" la Résistance au profit de Londres..." 

Lors de cet après-midi de juin 2018, ­Daniel Cordier, qui se méfie des témoignages oraux, y compris du sien, tient à préciser : "Dans l'histoire de la Résistance, il reste très difficile d'établir une vérité reconnue par tous. En tant qu'historien, je n'ai pas trouvé de preuves irréfutables. Mais, après toutes ces années, mes convictions n'ont pas changé : je pense effecti­vement que Jean Moulin a été trahi, qu'il a été livré." Il poursuit : "La question cruciale est que, à la réunion ­organisée par Moulin, il y avait quelqu'un qui n'avait pas été invité, et qui a été imposé : René Hardy. Hardy a été blanchi deux fois. Mais, pour moi, cela ne change rien..." On l'a compris : selon Daniel Cordier, tout comme pour François-Yves Guillin, les ­arrestations du général Delestraint, le 9 juin 1943, puis du représentant de De Gaulle en France occupée, douze jours plus tard, sont inextricablement liées. 

Dans un livre de 1400 pages sur Jean Moulin sorti en avril 2018, François Berriot révèle de nombreux documents inédits sur la chronologie des faits qui mènent à la rafle de Caluire.
Dans un livre de 1400 pages sur Jean Moulin sorti en avril 2018, François Berriot révèle de nombreux documents inédits sur la chronologie des faits qui mènent à la rafle de Caluire.L'Harmattan
Épisode 4 : Où l'on remonte au mois d'avril 1943 pour démêler l'écheveau de rivalités, de règlements de comptes et de pièges qui mèneront à la rafle de Caluire.

La genèse du guet-apens de Caluire peut être datée du mois d'avril 1943. A cette période, "intoxiquées" par les services de renseignement britannique et américain, les autorités allemandes sont persuadées qu'un débarquement allié se prépare dans le Midi. En réalité, l'opération va se dérouler en Sicile, au mois de juillet suivant. Mais, dès lors, les différents services de police allemande en France resserrent encore leur surveillance en zone Sud. Ils redoublent d'efforts pour infiltrer les mouvements ­résistants et, si possible, pousser certains de leurs membres à trahir leurs compagnons d'armes. 

La Gestapo déniche l'oiseau rare, à la fin du mois d'avril, en la personne de Jean M., alias "Lunel". Cet homme de 35 ans est pourtant un résistant, oeuvrant dans la Vienne. Muté à Marseille, il y intègre les groupes clandestins. Le voici membre de Combat, et bientôt homme de confiance de Maurice Chevance, le chef régional de l'Armée secrète. "Lunel" remplit des missions à Marseille, mais aussi à Lyon. À ce titre, il détient des informations cruciales : il connaît certains résistants sous leur pseudonyme, ainsi que des lieux de rendez-vous, des boîtes aux lettres clandestines... 

Conjonction d'imprudences et de négligences coupables

Mais, à la fin d'avril 1943, Jean M.-"Lunel" est arrêté par la Gestapo dans une taverne marseillaise. Rapidement, il accepte, contre une somme rondelette, de travailler pour les nazis. En gage d'allégeance, il leur livre son propre supérieur dans l'Armée secrète, Maurice Chevance. Enrôlé dans la Gestapo, le nouvel agent est envoyé à Lyon, où il se met au service de... Klaus Barbie. "Lunel" est intégré au sein du Sonderkommando (commando spécial) chargé de traquer les résistants dans la région lyonnaise. On y retrouve notamment Robert Moog, un Franco-Allemand qui travaille pour l'Abwehr, le service de renseignement militaire. Au mois de mai 1943, Klaus Barbie connaît la composition de l'organigramme de l'Armée secrète, sans détenir l'identité exacte de ses responsables. Et le duo "Lunel"-Moog fait bientôt des ravages dans les rangs de la Résistance... 

Une conjonction d'imprudences, de négligences coupables et d'arrière-pensées inavouables va leur faciliter la tâche. Les premiers jours de juin, Henri Aubry, le chef de cabinet du général Delestraint, dépose malencontreusement, dans une boîte aux lettres lyonnaise "grillée", un message non codé. Le courrier évoque le prochain déplacement à Paris du chef de l'AS. "Lunel" connaît l'existence de cette boîte. La Gestapo est donc informée des rendez-vous parisiens de Delestraint. 

Mais Henri Aubry - semble-t-il très perturbé à ce ­moment-là par l'état de santé de sa femme, qui vient ­d'accoucher - "oublie" d'avertir son supérieur, ou quiconque, de sa bévue et des risques encourus. Voilà pourquoi Charles Delestraint est cueilli près du métro la Muette, le 9 juin suivant. Ce n'est que le début d'une réaction en chaîne. Car, quelques dizaines d'heures auparavant, dans la nuit du 7 au 8 juin, "Lunel" et Moog ont aussi arrêté René Hardy, le chef du réseau de sabotage Fer. Hardy-"Didot" prend le train du soir à la gare de Lyon-Perrache pour se rendre, lui aussi, à Paris. Sur le quai, "Lunel" le reconnaît... 

Arrêté à bord du train, René Hardy est remis deux jours plus tard à Klaus Barbie. Celui-ci ne connaît pas le rôle exact de "Didot" au sein de la Résistance, mais il sait que c'est une prise de choix. Il le met devant le fait accompli : Hardy devra informer régulièrement la Gestapo des faits et gestes de ses compagnons. Faute de quoi, la SS s'en prendra à sa fiancée, ou aux parents de cette dernière. René Hardy est en effet tombé follement amoureux d'une jeune femme rencontrée quelques mois auparavant dans un café. ­Manifestement, il ignore que celle-ci, Lydie Bastien, 21 ans, travaille probablement déjà pour les Allemands... Il accepte le pacte machiavélique proposé par Barbie. René Hardy est relâché dès le 11 juin. 

Il fait alors un choix irréparable : ne confier à personne - pas même à ses proches de Combat, Frenay, Bénouville, Aubry... - qu'il a été arrêté, puis détenu pendant près de deux jours par la Gestapo. Au contraire, il maquille les faits, expliquant qu'il est parvenu à échapper à une filature... Pour quelles raisons ? Est-ce pour protéger sa fiancée ? Se pense-t-il suffisamment malin pour leurrer les agents allemands qui vont bien évidemment le pister ? Redoute-t-il d'être démis de ses responsabilités dans la Résistance, de devoir renoncer à l'action et au budget mensuel imposant (200 000 francs) qui lui est ­alloué ? Cela reste un mystère. Remis en liberté le 11 juin, Hardy replonge, en apparence seulement, dans la clandestinité. Pour ses compagnons de lutte, il redevient "Didot". De son côté, Klaus Barbie, stratège redoutable, ne déclenche pas une vague d'arrestations. 

Cette fois, tous les éléments du piège sont en place. La chronologie des faits qui mènent jusqu'aux arrestations du 21 juin 1943, à Caluire, est implacable. Nous la connaissons dans les moindres détails grâce aux écrits de Jean Moulin et aux documents inédits révélés par le livre publié au mois d'avril dernier. 

Klaus Barbie (ici, en 1944), lieutenant SS et chef de la Gestapo de Lyon, avait "retourné" au moins deux résistants pour traquer Jean Moulin, au printemps 1943 .
Klaus Barbie (ici, en 1944), lieutenant SS et chef de la Gestapo de Lyon, avait "retourné" au moins deux résistants pour traquer Jean Moulin, au printemps 1943 .Gabriel Hackett/Hulton Archive/Getty Images)
Épisode 5 : Où François-Yves Guillin raconte sa rencontre, après guerre, avec la jeune femme au corsage rouge, agent double, qui suivait rené Hardy le 21 juin 1943, juste avant l'arrestation de Jean Moulin. Et où l'on croise Klaus Barbie, assis incognito sur un banc

Le samedi 19 juin, donc, Moulin décide de convoquer pour le surlendemain une réunion destinée à désigner le successeur du général Delestraint à la tête de l'Armée secrète. Il fait transmettre le message aux sept invités. Or Henri Aubry informe le jour même René Hardy de cette rencontre à venir. C'est ce qu'il affirmera lui-même, en 1950, dans sa déposition lors du second procès intenté contre Hardy. "J'ai indiqué alors à Hardy que "Max" [Moulin] serait présent à la réunion. J'ai demandé à Hardy de venir pour m'aider au point de vue influence, et que Combat soit plus représenté au sein de la réunion", déclare Aubry devant le tribunal. Selon plusieurs sources, René Hardy a été contraint d'accepter deux ou trois autres contacts avec les services de Barbie, entre le 11 et le 21 juin. Qu'a-t-il dit ou consenti à faire lors de ces entrevues ? Nous allons y revenir. 

Derrière son journal, Klaus Barbie observe la scène

Le dimanche 20 juin, à la veille de la réunion prévue, un autre épisode troublant se produit. Il est rapporté, à quelques détails près, par les protagonistes présents. Vers 11 heures du matin, Henri Aubry rejoint sa secrétaire, Madeleine Raisin, à côté du pont Morand, qui relie le quartier de la Croix-Rousse à la rive gauche du Rhône. Là, ils retrouvent René Hardy, déjà présent sur place. 

Voici d'ailleurs la description qu'Henri Aubry fait de ce rendez-vous, lors du procès de 1950 : "Le 20 juin 1943, j'ai retrouvé Hardy au lieu indiqué, le pont Morand. Je revois la scène de ce contact. J'ai l'impression qu'Hardy était assis sur un banc. [...] Je vis donc Hardy assis sur un banc, et un individu lisant un journal déployé. Mme Raisin est arrivée en même temps que moi, sur ma droite, au lieu où se trouvait Hardy. J'ai dit à Mme Raisin de [lui] remettre les 200 000 francs enveloppés dans un papier [...], je suis revenu à eux [...] et j'ai embarqué Didot [Hardy] avec moi." 

Voyons maintenant comment Madeleine Raisin ­relate la même scène, lors du procès de 1950 : "Enfin, je l'ai vu [René Hardy], le 20 juin 1943, au pont Morand, vers 11 h 30. Aubry avait alors rendez-vous avec lui et avec moi. Je devais remettre des fonds (je crois, 200 000 francs). [...] Hardy me dit : "Allons nous asseoir." Je remarquai alors, sur le banc, un homme qui lisait un journal largement déployé. Je n'ai pas prêté particulièrement attention à cet individu. Je fis cependant remarquer à Hardy qu'il y avait cet individu sur le banc. [...] Je suis partie, laissant Aubry et Hardy ensemble." 

Qui est le mystérieux individu assis sur le banc ? ­Madeleine Raisin apporte une réponse stupéfiante un peu plus tard, lors du procès. Elle raconte alors son ­arrestation, deux jours après cet épisode, c'est-à-dire au lendemain de la rafle de Caluire. En effet, sans nouvelles d'Aubry, son chef, depuis vingt-quatre heures, elle vient rôder aux abords de la villa que ce dernier occupe, à l'ouest de Lyon. Elle est aussitôt interpellée par un homme à l'accent allemand, qui l'entraîne dans un parc voisin. Là, elle se retrouve face à Klaus Barbie. 

Elle raconte : "Il continua en me demandant ce que je faisais, le dimanche précédent, au pont Morand ; je fis semblant de ne pas comprendre, mais je me rendis compte qu'il était au courant du rendez-vous que j'avais eu, en cet ­endroit, avec Aubry et Hardy." Elle ajoute : "Il continua d'ailleurs en précisant : "L'homme qui était assis sur le banc, c'était moi." 

Un message découvert trop tard

Une autre femme apporte une lumière encore plus crue sur le déroulement des dernières heures précédant la réunion du 21 juin 1943 à Caluire. Témoin direct des événements, elle dépose également à l'occasion des deux procès de René Hardy. En 1943, Edmée D. a 36 ans. Elle est agent de liaison au sein d'un service de renseignement britannique actif en France occupée. Or le 16 avril 1943, alors qu'elle est en mission à Lyon, elle est arrêtée par la Gestapo. Faute de preuves, elle est relâchée le lendemain, à la condition de se présenter aux services de police allemands chaque fois qu'elle revient dans la capitale des Gaules. Libérée, elle prévient immédiatement le chef de son réseau de renseignement, Georges Groussard. Ce dernier lui enjoint d'accepter le rôle périlleux d'agent double. 

Au premier procès, Edmée D. détaille la suite des événements : "C'est ainsi que, le 21 juin 1943, me trouvant à Lyon, je fus convoquée par la Gestapo. Les Allemands me firent la proposition suivante : "Nous allons vous présenter un Français qui a compris. Cet homme du nom de Didot [...] a accepté de travailler pour nous, tout en restant en rapport avec Londres. Vous aurez à suivre cet homme cet après-midi, et vous reviendrez nous dire dans quel immeuble et dans quelle rue il se sera rendu."" 

Au second procès Hardy, Mme D. décrit cette filature du 21 juin 1943, en début d'après-midi : "Vers 14 heures ou à peu près, on m'a menée au bout du pont Morand ; on m'a fait traverser le pont à pied, et sûrement que j'étais ­accompagnée [suivie par la Gestapo]." Ce lundi 21 juin, Edmée D. porte un corsage rouge, voyant et reconnaissable à distance... Elle poursuit : "J'ai vu Didot [...]. Je l'ai très bien reconnu [...], j'ai compris qu'il prenait la ficelle [le funiculaire] : c'est ce que j'ai fait, et nous sommes montés ensemble." 

Selon elle, René Hardy est accompagné d'un autre homme : il ne peut s'agir que d'Henri Aubry. Edmée D. relate ­ensuite le trajet en tramway. Un homme à vélo - André Lassagne, l'un des invités à la réunion - les guide jusqu'à une maison. "J'ai repris le tram descendant et, en bas de la ficelle, j'ai trouvé les voitures allemandes", poursuit-elle. Après avoir tenté de tergiverser, elle finit par indiquer aux hommes de Barbie la maison du Dr Dugoujon... Lors de ce témoignage accablant, l'ex-agent double Edmée D. ­explique aussi avoir tenté, à trois reprises, le 21 juin, au moins deux heures avant l'issue fatale, d'avertir des résistants de la trahison de "Didot" et des arrestations prévues à Caluire. Plusieurs sources confirmeront après guerre qu'une "jeune femme, jolie", "qui portait un corsage rouge", "l'air affolé", a débarqué dans deux lieux différents pour donner l'alerte. Elle a même laissé un message écrit en ce sens. Le destinataire le découvrira trop tard... 

A l'occasion de ses recherches pour sa thèse d'histoire, au tournant des années 1980-1990, François-Yves Guillin avait longuement rencontré Edmée D. "Toute sa vie, elle a regretté d'avoir endossé ce rôle d'agent double. Elle avait été totalement dépassée par les événements. Mais son ­témoignage était extrêmement précis, relève-t-il. Elle a réellement tenté de donner l'alerte peu avant la réunion de Caluire. C'est un fait avéré. Et elle a fourni beaucoup de détails sur des faits qui se sont effectivement déroulés." 

Comment alors expliquer que René Hardy ait été blanchi à deux reprises ? "S'il avait été jugé à la Libération, je ne pense pas qu'il aurait été innocenté. Mais, en 1947, et plus encore en 1950, on avait tourné la page de la guerre, ­souligne François-Yves Guillin. Le général de Gaulle avait appelé à la réconciliation nationale. L'histoire de la Résistance était racontée comme une épopée extraordinaire, unique. Il était impossible de laisser place à la moindre critique. Affirmer publiquement que, parmi les résistants les plus éminents, il y avait eu trahison, c'était impen­sable. C'était inaudible, politiquement parlant." 

Pourtant, en février 1947, un illustre personnage s'était laissé aller à une confidence auprès de son aide de camp : "Les camarades de résistance se sont livrés à cette infamie, cette extrémité d'infamie de livrer leurs frères. Pourquoi ? Pour arriver... pour arriver premiers à la Libération." L'homme qui prononce ces mots terribles, c'est Charles de Gaulle. Certes, ces propos n'ont pas été retenus par l'histoire officielle. Mais ils ont été prononcés juste après le premier acquittement de René Hardy. 

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La sécession des « élites » ou comment la démocratie est en train d’être abolie, par Coralie Delaume

29 Novembre 2018 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #"Comité pour une Nouvelle Résistance-CNR"., #Europe supranationale, #La France

La sécession des « élites » ou comment la démocratie est en train d’être abolie, par Coralie Delaume
 

Source : Le Figaro, Coralie Delaume, 20-04-2018

FIGAROVOX/TRIBUNE – Coralie Delaume analyse les raisons de la fracture qu’elle observe entre les «élites», une classe minoritaire de privilégiés, et la masse qui n’a pas accès aux études prestigieuses ou qui n’a pas son mot à dire dans les orientations économiques de l’Union européenne.

Coralie Delaume est essayiste, co-auteur de La fin de l’Union européenne(Michalon, 2017) et animatrice du site L’arène nue.

La Révolte des élites et la trahison de la démocratie est le titre d’un livre du sociologue américain Christopher Lasch, publié à titre posthume en 1995. Bien sûr, l’ouvrage analysait l’Amérique de son temps. Pourtant, il s’applique parfaitement à la France et à l’Europe d’aujourd’hui, dont il semble avoir anticipé l’évolution des classes favorisées avec une acuité visionnaire.

Le livre pose l’hypothèse que ce n’est plus la «révolte des masses» qui menace désormais la vie démocratique, mais la coupure de plus en plus prononcée entre le peuple et les «élites». Une coupure tant économique et matérielle qu’éducative et intellectuelle, dont résulte le repli sur eux-mêmes des privilégiés. Ces derniers ne parlent plus qu’à leurs pareils, c’est-à-dire non seulement à ceux qui bénéficient d’un même niveau de richesses, mais également à ceux qui partagent le même niveau d’instruction. Ils adorent mettre en scène leur pouvoir et le font de mille façons: exhibition des signes extérieurs de richesse, bien sûr, mais également – et de plus en plus – de leur patrimoine culturel. Le discours, ahurissant de cuistrerie, du président Macron sur l’intelligence artificielle (29 mars 2018) en est un exemple qui confine au grotesque. En revanche, ils n’assument plus que de mauvaise grâce les charges et responsabilités qui devraient leur incomber, et préfèrent le service de leur intérêt bien compris à celui d’un «intérêt général», dont ils ne conçoivent même plus qu’il pût exister.

Vingt ans après Lasch, le phénomène du séparatisme élitaire qu’il voyait poindre dans son pays vient de faire l’objet, pour la France cette fois, d’une étude chiffrée. Jérôme Fourquet a en effet publié, pour le compte de la Fondation Jean Jaurès, une note au titre évocateur: «1985-2017, quand les classes favorisées ont fait sécession». Il y explique notamment que la cohésion de la société française «est mise à mal aujourd’hui par un processus presque invisible à l’œil nu, mais néanmoins lourd de conséquences: un séparatisme social qui concerne toute une partie de la frange supérieure de la société, les occasions de contacts et d’interactions entre les catégories supérieures et le reste de la population étant en effet de moins en moins nombreuses».

Le dépérissement du cadre national permet aux « élites » de vivre de plus en plus dans une sorte d’alter-monde en suspension.

Le sondeur illustre ensuite. Il note que le cœur des grandes villes est massivement investi par les cadres, certains centres urbains leur tenant désormais lieu de ghettos dorés. Les CSP+ sont ainsi passés de 25 % à 46 % de la population parisienne en 30 ans, cependant que le pourcentage des ouvriers a décru, passant de 18 % à 7 %. Fourquet analyse ensuite la désertion de l’enseignement public et la scolarisation massive des enfants de cadres dans le privé, le séparatisme électoral des plus aisés ou, pour les cas extrêmes, l’exil fiscal, ce dernier signant le refus d’une partie de la population de financer le fonctionnement la collectivité dans son ensemble. Pour l’auteur de l’étude, nous faisons face à l’«autonomisation d’une partie des catégories les plus favorisées, qui se sentent de moins en moins liées par un destin commun au reste de la collectivité nationale». On voit en effet combien le phénomène est lié au dépérissement du cadre national, dépérissement qui permet aux «élites» de vivre de plus en plus dans une sorte d’alter-monde en suspension, cependant que les autres sont rivés à un ici-bas qui commence à se changer en friche, et finira par se muer en jungle.

Jérôme Fourquet n’est pas le premier à faire ce constat. L’anthropologue Emmanuel Todd l’a fait également, et donne dans son dernier ouvrage (Où en sommes nous, Seuil, 2017) une explication convaincante. Pour lui, c’est la fracture éducative qui est en cause, le développement de l’éducation supérieure ayant eu un effet pervers inattendu en tronçonnant le corps social en deux catégories de personnes: les éduqués supérieurs et les autres. Alors que la massification des éducations primaire et secondaire avait contribué à égaliser le niveau éducatif général et favorisé l’épanouissement de la démocratie, c’est à l’inverse qu’on assiste aujourd’hui. La raison en est simple: l’éducation supérieure ne s’est pas (encore?) généralisée. «L’accès universel à l’instruction primaire puis secondaire avait nourri un subconscient social égalitaire ; le plafonnement de l’éducation supérieure a engendré, (…) un subconscient social inégalitaire», énonce le chercheur.

De ce «subconscient inégalitaire», on perçoit chaque jour les effets. On constate que ne se mélangent plus guère ces éduqués supérieurs contents d’eux, étrangement persuadés de ne rien devoir qu’à leur talent. De toute façon, ils sont suffisamment nombreux pour pouvoir fonctionner en circuit fermé et pour ne plus avoir à s’adresser qu’aux autres «manipulateurs de symboles», ainsi que l’économiste Robert Reich qualifiait les gagnants de la mondialisation, ces diplômés, plurilingues, mobiles, à l’aise dans le domaine de la communication et qui font l’opinion. Car ce sont eux, bien sûr, qui tiennent les plumes et parlent dans les micros. Ils nous font partager leur manière propre d’appréhender la masse des «gens qui ne sont rien» comme dirait Macron, autrement dit des gens qui ne sont pas comme eux. Ils nous les peignent comme frileux, «réacs», hostiles de façon primitive et irrationnelle aux réformes ainsi qu’à tout type changement. Ils nous expliquent que s’ils votent «populiste», c’est parce qu’ils sont xénophobes, et que s’ils votent mal aux référendums c’est parce qu’ils ne comprennent pas les questions. Peut-être cette partition de la société devrait-elle nous conduire à reconsidérer le contour des classes sociales? Si celles-ci existent encore (et c’est évidemment le cas) la sécession des «élites» n’est pas seulement le fait des «riches» et des propriétaires des moyens de productions. Elle est également celui des détenteurs d’un capital éducatif et culturel, lequel s’hérite de plus en plus d’ailleurs, sur fond de destruction de l’école publique et de dégraissage perpétuel du «Mammouth».

Le dégraissage concerne d’ailleurs l’ensemble de l’appareil d’État et des services publics, ceux-ci ayant le tort de présenter des vertus égalisatrices qui entravent le séparatisme élitaire. Pour leur régler leur compte, les pays européens membres de l’UE ont inventé un prétexte ingénieux et unique au monde: la nécessite de respecter les «critères de convergence» de Maastricht. Notamment celui des 3 % de déficit public, et c’est en son nom que les gouvernements détruisent ou vendent tout le patrimoine collectif. La France vient d’ailleurs de passer sous la barre fatidique (2,6 % pour 2017), avant même d’avoir fini de brader la SNCF.

La construction européenne est un formidable outil de déresponsabilisation des « élites » nationales.

D’une manière générale, la construction européenne est un formidable outil de déresponsabilisation des «élites» nationales, notamment des élites politiques. Celles-ci, toutes ointes qu’elles sont de la légitimité offerte par le suffrage universel, n’en assument pas pour autant les vraies charges. La capacité à faire les grands choix a été massivement transférée au niveau supranational, qui lui ne rend pas de comptes. Les dirigeants de la Banque centrale européenne ne rendent pas de compte pour la politique monétaire qu’ils conduisent. La Commission de Bruxelles ne risque pas d’affronter une grève pour s’être mêlée d’un peu trop près, dans le cadre du «Semestre européen», du contenu des budgets des États membres. La Cour de justice de l’UE ne risque pas la sanction des citoyens (de quel État au demeurant?) pour les jurisprudences de dérégulation économique qu’elle pond à la chaîne. De toute façon, en «constitutionnalisant» les traités européens de sa propre initiative via des arrêts datant des années 1960, la Cour a très tôt permis que ces traités et tous les éléments de politique économique qu’ils contiennent, se situent au-dessus des lois dans la hiérarchie des normes des États-membres. C’est-à-dire hors de portée des Parlements, donc des électeurs.

La manière dont est organisée l’UE a pour effet de décorréler les élections (qui ont lieu au niveau national) et la prise de décision (qui se fait à l’échelon supranational), ce qui en fait une véritable machine de défilement au service «d’élites» politiques en rupture de ban avec leurs nations d’origines – et qui ressemblent bien plus à une oligarchie qu’à une véritable élite désormais. Par ailleurs, l’UE offre de multiples possibilités d’évitement fiscal grâce à ses paradis fiscaux intégrés (Irlande, Luxembourg…). Enfin, la libre circulation du capital et du travail dans le Marché unique contribue à mettre les deux en concurrence au profit du plus mobile et du rapide (le capital) et au détriment du plus sédentaire (le travail). Le tout pour la grande joie des catégories possédantes, cette fois.

Dans ce cadre, il n’est pas étonnant qu’un politiste spécialisé sur les questions européennes tel le Bulgare Ivan Krastev, consacre de longues pages de son dernier ouvrage (Le destin de l’Europe, Premier Parallèle, 2017), à décrire le phénomène de sécession des classes dirigeantes à l’échelle continentale. «Les élites aristocratiques traditionnelles avaient des devoirs et des responsabilités, et leur éducation les préparait à se montrer à leur hauteur», écrit-il. «En comparaison, les nouvelles élites sont formées pour gouverner mais sont tout sauf prêtes au sacrifice». Pas même au sacrifice financier, aurait-il pu ajouter, en tout cas de moins en moins puisque l’optimisation fiscale est devenue l’un des sports phares de notre époque. Puis Krastev d’ajouter: «La nature et la convertibilité des compétences des nouvelles élites les affranchissent très concrètement de leur propre nation. Elles ne dépendent pas des systèmes éducatifs publics nationaux (leurs enfants étudient dans les établissements privés) ni des systèmes de protection sociale nationaux (elles peuvent se permettre les meilleurs établissements hospitaliers). Elles ont perdu la capacité de partager les passions et les émotions de leur communauté».

En même temps que l’on « dépasse » les nations et que l’on détruit l’État, c’est la démocratie qu’on abolit.

Dès lors, la montée de ce qu’on appelle «les populismes» correspondrait avant tout à une quête de loyauté. D’ailleurs, le discours «souverainiste» ou anti-mondialisation desdits «populistes» est probablement l’une des clés de leur succès. Il correspond à un désir de plus en plus profond, de la part des peuples, de «rapatrier» leurs classes dirigeantes, afin qu’elles ne se défilent plus. Afin qu’il redevienne possible d’exiger qu’elles assument leurs devoirs autant qu’elles jouissent de leurs droits, et qu’elles rendent à la collectivité une part au moins de ce qu’elles ont reçu, c’est-à-dire beaucoup (sécurité des biens et des personnes, système de santé, système éducatif, etc.). Enfin et concernant le personnel politique, son «rapatriement» et le fait de refaire coïncider les mandats nationaux avec la conduite effective des politiques, est le seul moyen de rendre à nouveau possible l’exercice d’un contrôle démocratique normal.

Cela est-il possible? Le moins que l’on puisse dire est que pour l’heure, on n’en prend pas le chemin. À l’inverse et jour après jour, en même temps que l’on «dépasse» les nations et que l’on détruit l’État, c’est la démocratie qu’on abolit.

Source : Le Figaro, Coralie Delaume, 20-04-2018

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Le mouvement des "gilets jaunes" n'a jamais été aussi populaire L'Obs

29 Novembre 2018 , Rédigé par lucien-pons

Le mouvement des "gilets jaunes" n'a jamais été aussi populaire

L'Obs

Il y a 4 heures

Le mouvement des "gilets jaunes" n'a jamais été aussi populaire L'Obs

 

84% des Français interrogés dans un sondage Odoxa trouvent le mouvement des "gilets jaunes" justifié.

 

Les Français sont de plus en plus nombreux à soutenir les "gilets jaunes", selon un sondage Odoxa-Dentsu consulting pour franceinfo et "le Figaro" publié ce mercredi 28 novembre.

84% trouvent le mouvement "justifié", soit sept points de plus que dans le même sondage la semaine dernière

50% des sympathisants LREM interrogés soutiennent les "gilets jaunes", 90% des sympathisants d'extrême gauche, 90% de ceux du Parti socialiste, 96% de ceux d'extrême droite et 75% de ceux de droite.

Le discours prononcé par Emmanuel Macron le 27 novembre et dans lequel il a présenté les objectifs gouvernementaux pour la transition énergétique et répondu aux "gilets jaunes" a été jugé non convaincant par  78% de ceux qui disent l'avoir regardé (66% des sondés). Sur le fond, 6 sondés sur 10 estiment pourtant que les mesures annoncées sont plutôt de bonnes mesures... tout en pensant (à 55%) qu'elles ne "permettront pas d’agir efficacement sur l’environnement et le climat".

 

Un nouvel appel à manifester

Des porte-paroles des "gilets jaunes", mouvement né de la contestation contre la hausse des taxes sur le diesel, ont été reçus mardi soir par le ministre de la Transition écologique et solidaire François de Rugy. Un de ces porte-parole a appelé à l'issue de la rencontre à une nouvelle manifestation samedi 1er décembre à Paris.

La représentativité de ces porte-parole fait débat au sein même de ce mouvement hétéroclite, né sur les réseaux sociaux hors de tout cadre politique ou syndical, certains affirmant qu'ils se sont "autoproclamés".

Edouard Philippe recevra les "gilets jaunes" "s'il y a une délégation représentative"

Sondage réalisé par internet les 27 et 28 novembre 2018 auprès d’un échantillon de 1 005 Français âgés de plus de 18 ans.

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Les propositions peu satisfaisantes de la France insoumise aux Gilets jaunes. Par  Pierrick Tillet

28 Novembre 2018 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Les Gilets Jaunes

Pas vraiment authentiquement révolutionnaire la FI, mais on pouvait s'en douter avec les références persistantes à Mitterrand..le pouvoir d'achat touche pourtant au fondement de l'exploitation capitaliste...

 

Les propositions peu satisfaisantes de la
          France insoumise aux Gilets jaunes

Les propositions peu satisfaisantes de la France insoumise aux Gilets jaunes

Il est hélas fort peu probable que les Gilets jaunes soient vraiment convaincus par les propositions que vient de leur adresser la France insoumise.

Sur les 7 propositions émises par la FI, seules deux touchent directement et immédiatement les Gilets jaunes :

– la suspension des hausses des taxes sur les carburants ;
– la réception d’une délégation de gilets jaunes à l’Assemblée Nationale dans le cadre des discussions budgétaires pour que leurs propositions soient entendues par les députés.

Les  cinq autres, même si elles s’imposent et sont nécessaires pour entamer un début de rétablissement de la justice fiscale, ne les concernent que très indirectement ou très lointainement :

– le rétablissement de l’ISF ;
– la fin des niches fiscales anti-écologiques (kérosène aérien, fioul des bateaux de croisière, gazole routier) ;
– la fin de l’injustice fiscale par l’établissement de 14 tranches d’impôts ;
– la re-nationalisation des autoroutes ;
– la réaffectation des 40 milliards du CICE à la transition écologique, notamment de façon prioritaire vers la rénovation thermique des 7 millions de logements “passoires”.

Des propositions qui font fi de l’état d’urgence sociale à l’origine du soulèvement

Cette liste, disons “à côté de la plaque”, fait fi de l’état d’urgence sociale qui est à l’origine du soulèvement des Gilets jaunes. Il suffit de parcourir les points de blocage des Gilets jaunes pour constater qu’aucune des propositions de la FI n’y est affichée, à peine celle de la suspension des taxes sur les carburants.

Le programme de la FI, L’Avenir en commun, comporte pourtant un chapitre précisément intitulé “L’urgence sociale”, et comportant une série de mesures tout à fait à même d’interpeller les émeutiers : aucun minima social, aucun revenu, aucune retraite en dessous du seuil de pauvreté, une allocation d’autonomie de 3 ans pour les 18-25 ans.

Il est bien sûr totalement irréaliste d’imaginer que le régime Macron, un gang de tocards complètement assujetti à la finance mafieuse, puisse mettre lui-même en œuvre de telles mesures d’urgence. Et c’est précisément ce qu’ont bien compris les Gilets jaunes eux-mêmes, dont la principale revendication est de demander à Emmanuel Macron de « dégager ».

C’est pourquoi la FI aurait été également bien inspirée de les soutenir dans leur épreuve de force visant à obtenir, face à la pression populaire, un référendum révocatoire ou une démission de l’intéressé.

Il est enfin une proposition de la FI… dont la FI aurait dû elle-même s’inspirer : plutôt que d’inviter les Gilets jaunes à venir exprimer leurs revendications à l’Assemblée nationale, elle aurait dû elle-même, en tant que relais politique d’opposition, aller consulter les Gilets jaunes avant d’émettre des propositions qui ne peuvent que laisser ces derniers sur leur faim et leur colère.

=> Voir les propositions de la France insoumise aux Gilets jaunes

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"la politique ce n'est pas se rassurer en se réunissant entre nous ou ceux qui nous sont semblables, c'est être dans la rue avec ce petit peuple qui souffre afin de forger avec lui les lignes d'un vrai changement futur" A.Croizat 1946

 

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Un groupe de militants radié de la France insoumise pour avoir organisé une réunion sur le communautarisme. Par Hadrien Mathoux

28 Novembre 2018 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #"Comité pour une Nouvelle Résistance-CNR"., #La France, #La Laïcité, #La France Insoumise

L'affiche du débat qui a provoqué l'exclusion éclair du groupe "JR Hébert" de la plateforme numérique de la France insoumise.
L'affiche du débat qui a provoqué l'exclusion éclair du groupe "JR Hébert" de la plateforme numérique de la France insoumise. - Twitter @gerald_briant
Info Marianne
[Exclu] Un groupe de militants radié de la France insoumise pour avoir organisé une réunion sur le communautarisme
Très engagé dans la défense de la laïcité, le groupe d'appui parisien de la France insoumise "JR Hébert" a disparu sans explication de la plateforme numérique du mouvement de Jean-Luc Mélenchon. En cause, l'organisation d'un débat sur "l'entrisme islamiste"...

"Bannis sans sommation". A la France insoumise, les procédures d'exclusion sont aussi brutales que nébuleuses. C'est ce qu'ont pu constater les militants du groupe d'appui "JR Hébert", basé dans le 18e arrondissement de Paris. Comme le révolutionnaire "enragé" Jacques-René Hébert, auquel leur nom fait référence et qui fut guillotiné sur ordre de Robespierre en 1794, ces Insoumis déterminés ont vu le couperet leur tomber sur la tête : à la suite de l'organisation d'un débat sur le communautarisme, leur groupe a disparu de la plateforme numérique de la France insoumise. En d'autres termes, ils ne sont plus reconnus comme des militants par le mouvement dont ils continuent à se réclamer. Une exclusion qui pose question, alors que LFI paraît divisée en interne sur le sujet de la laïcité.

Intimidations externes… et internes à LFI

Tout part d'une affiche tonitruante, placardée dans le 18e par les militants du groupe "JR Hébert" début novembre. Celle-ci annonce l'organisation d'une "soirée-débat en musique sur le thème : entrisme islamiste dans le mouvement syndical", le 9 novembre dans un café de la rue de l'Olive. Gérald Briant, adjoint communiste à la mairie d'arrondissement, tombe sur la pancarte et la publie sur Twitter, assortie du commentaire : "Vu dans le 18e. Hallucinant."

La réunion fait beaucoup parler à gauche. Et le groupe "JR Hébert" indique à Marianne avoir reçu de nombreuses pressions en amont : "Notre première affiche a été arrachée et couverte par des pancartes de la Confédération nationale du travail (un syndicat anarchiste révolutionnaire, ndlr)", témoigne Youcef Hadbi, une des figures du groupe. Les militants décident alors de faire la publicité de l'événement sur le site de la France insoumise. Mais à la suite du tweet de Gérald Briant, les interpellations se multiplient. Elles viennent d'abord de l'extérieur : la Coordination contre le racisme et l'islamophobie (CRI), une association concurrente du Collectif contre l'islamophobie en France (CCIF) et jugée plus radicale, passe des coups de fil décrits par Youcef Hadbi comme relevant "de l'intimidation". Fabien Marcot, militant de la gauche radicale actif dans le 18e, voit dans l'organisation de la soirée une "nouvelle preuve de la dangereuse dérive" de la France insoumise, et interpelle directement sur Twitter les Insoumis Eric Coquerel, Alexis Corbière, Manuel Bompard et Danièle Obono.

Décidé à calmer le jeu mais déterminé à ne pas céder, le groupe se réunit et décide de "changer le nom de la réunion pour le rendre moins polémique" : "l'entrisme islamiste dans le milieu syndical" cède alors la place au "communautarisme en milieu syndical". Rien n'y fait : la remise en cause atteint désormais les cercles de la France insoumise. Sans explication, l'événement disparaît de la plateforme numérique. Les militants de "JR Hébert" reçoivent alors, par le biais d'intermédiaires, des "conseils" émanant du directeur des campagnes de LFI, Manuel Bompard, décrit comme le "patron" du mouvement : "Abandonnez la réunion et rentrez dans le rang". Une mise en garde vaine : les militants maintiennent la tenue de leur débat. La sanction est immédiate : le groupe "JR Hébert" est effacé des radars de LFI, sans explication. "Le ménage a été fait", se félicite Gérald Briant.

Le 18e gangrené par le communautarisme islamiste ?

L'évolution du groupe, depuis sa fondation en même temps que la France insoumise en 2016 jusqu'à son exclusion de novembre, est emblématique des tiraillements que connaît le mouvement de Jean-Luc Mélenchon sur le sujet de la laïcité… dont pâtissent les défenseurs les plus acharnés. Les militants de "JR Hébert" sont de ceux-là : atypique, le groupe est "multiculturel, multinational, multiconfessionnel", se félicite l'un de ses tauliers, Dejan Kuzmanovic (le père de l'orateur national de LFI Djordje Kuzmanovic), immigré de Yougoslavie.

Une bonne part de ses membres sont d'origine algérienne, à l'instar de Youcef Hadbi, et ont vécu la montée de l'islamisme lors des années de plomb en Algérie dans les années 1990. D'autres sont des vétérans de la gauche radicale. Tous, marqués par leurs diverses expériences, en ont tiré un farouche attachement à la "République laïque et sociale". Dejan Kuzmanovic résume : "Ce qui nous a réunis, c'est l'engagement pour lutter contre toute forme de communautarisme, et l'utilisation politique de la religion." Les militants de "JR Hébert" ne cessent de se réclamer du programme des Insoumis, l'Avenir en commun, et en particulier de son passage sur la laïcité, où figure la phrase "Combattre tous les communautarismes et l'usage politique des religions". Eux s'y emploient à leur manière, pour le moins énergique.

"Le laxisme et l'abandon ont profité à la mouvance islamiste qui a pu travailler le quartier"

Rencontrés par Marianne, les activistes s'alarment de l'implantation du "communautarisme islamiste" dans le 18e arrondissement de Paris. Ils nous décrivent un changement très rapide, apparu au grand jour après le printemps arabe, et engendré par l'installation dans le quartier de "drôles d'oiseaux prêcheurs" adeptes d'un islam radical, séparé du reste de la société. Les militants multiplient les anecdotes. Dejan Kuzmanovic évoque sa voisine de palier, qui "depuis son mariage avec un défenseur résolu de la cause salafiste n'a plus quitté son niqab noir" ; Youcef Hadbi raconte avoir vu des "barbus" s'arrêter en pleine rue pour sermonner deux jeunes Maghrébins qui prenaient une bière à la terrasse d'un café ; il témoigne également de l'infiltration d'un foyer malien "par des prêcheurs qui ont installé à l'intérieur une salle de prière, très vite devenue le rendez-vous de toute la proche banlieue venue écouter la bonne parole salafiste" ; on cite également le cas de Khamzat Azimov, jeune Français d'origine tchétchène ayant commis un attentat au couteau rue de l'Opéra en mai, et qui a effectué ses préparatifs dans un hôtel rue de Pajol, au cœur du 18e.

Tous s'accordent sur les méthodes de cet "islam politique : encerclement et visibilité". Mouh Dehmous, originaire d'Algérie, témoigne : "Je vis ici depuis 1957. Quand l'islamisme s'est installé en Algérie, je l'ai également vu se déployer dans le 18e arrondissement, qui a servi de base de repli au mouvement. Les conditions d'accueil n'étant pas nécessairement celles qui permettent d'élever des enfants dans des bonnes conditions, le laxisme et l'abandon ont profité à la mouvance islamiste qui a pu travailler le quartier". Contacté, l'adjoint au maire PCF, Gérald Briant, défend lui une autre vision de son arrondissement : "Il faut être très vigilant sur le phénomène salafiste mais ne pas tomber dans le fantasme, juge l'élu. Moi j'ai besoin qu'on me présente des cas avérés ; or aucune information ne me remonte en ce sens, il n'y a pas eu à ma connaissance de gardes à vue, d'opérations de police ou de justice liées à l'islamisme dans le 18e. C'est un arrondissement à la fois très populaire et très riche, où énormément de nationalités ont l'habitude de vivre ensemble. Il ne faut pas avoir de naïveté mais ne pas non plus entretenir des choses qui n'existent pas".

Bataille contre Danièle Obono

Réel ou fantasmé, ce phénomène d'islamisation a profondément heurté les membres du groupe "JR Hébert", habitués à un arrondissement où "les populations vivaient ensemble de façon laïque, en ayant une religion mais en la pratiquant dans le cadre privé sans imposer leurs croyances aux autres". Il s'est greffé à un autre événement, beaucoup plus politique celui-là : le choix de la candidate aux législatives de la France insoumise dans le 18e arrondissement. En février 2017, alors que le mouvement de Jean-Luc Mélenchon distribue ses investitures, la 17e circonscription de Paris (qui inclut le 18e arrondissement) est attribuée lors d'une assemblée générale à Danièle Obono… pourtant inconnue de deux des principaux groupes d'appui du coin, le groupe "Hébert" et "CAR 18".

"Plein de gens qu'on n'avait jamais vus sont venus à l'AG et nous ont imposé Obono comme titulaire aux législatives. On savait qu'elle était imposée par les caciques d'Ensemble et du Parti de gauche, donc on avait dit OK pour sa candidature", relate, un peu dépité, Dejan Kuzmanovic. "Il fallait vite désigner la candidate pour passer aux présidentielles, on l'a donc choisie", abonde Youcef Hadbi. Dans une AG commune, les groupes "JR Hébert" et "CAR 18" dénoncent alors les "méthodes anti-démocratiques" du processus de désignation, mais indiquent qu'ils continueront à soutenir LFI. Danièle Obono remporte la circonscription le 18 juin avec près de 300 voix d'avance sur son adversaire macroniste. Le plus gros des membres du groupe Hébert fait défection pour en créer un nouveau, "JR Hébert", accusant certains militants issus du Parti de gauche d'avoir "phagocyté le groupe Hébert" dans l'intérêt de Danièle Obono.

Après le scrutin législatif, la bataille s'ouvre franchement entre la députée Insoumise et les militants laïques de "JR Hébert". "On a compris après son élection qu'Obono avait publié des écrits avec le Parti des indigènes de la République (PIR), affirme Youcef Hadbi. L'amitié qu'elle a manifestée à Houria Bouteldja était un autre indice. Et quand on essayait d'organiser des choses sur la laïcité, elle nous mettait des entraves." Entre la militante politique issue du Nouveau parti anticapitaliste (NPA) et de l'extrême gauche décoloniale et les activistes attachés à une République laïque, un peu "bouffeurs de curés" (et d'imams !) sur les bords, le fossé politique est béant. Et l'hostilité ne tarde pas à s'installer. "Obono a fait de l'ostracisme avec nous, se plaint Hadbi. Elle sait qu'on n'est pas sur le même créneau politique du tout, qu'on la combat." Les communications sont coupées ; en mai dernier, "JR Hébert" écrit à la députée Obono pour lui proposer une rencontre avec l'association Brigade des mères, qui lutte contre la radicalisation religieuse dans les quartiers populaires. L'élue ne donne pas suite.

Contactée, Danièle Obono nous répond qu'elle n'avait "pas de relation particulière" avec le groupe "JR Hébert", indiquant que ces militants n'avaient "plus rien fait" jusqu'à l'organisation de la réunion du 9 novembre. Il s'agissait pourtant du quatrième débat organisé par le groupe d'appui. Concernant la rencontre avec la Brigade des mères, la députée LFI indique n'y avoir "pas donné suite car après nous être renseignés sur l'association, nous avons eu des échos contradictoires" à son sujet. Concernant l'islamisation du 18e arrondissement, elle ne partage pas l'inquiétude de "JR Hébert" : "Je ne sais pas sur quoi se basent ces affirmations, répond-elle à Marianne. Ça ne correspond pas à ce que j'entends des très nombreux et nombreuses habitantes, des collectifs et associations que je rencontre depuis plus d'un an et qui sont avant tout préoccupés par des problèmes de cherté des logements, de fermetures de classes dans les écoles, de chômage, de lutte contre les trafics, de recul des services publics, etc". Enfin, concernant l'exclusion du groupe, tout en affirmant ne pas en avoir été informée, elle confie "respecter la décision prise" par la direction de la France insoumise. Sur la laïcité, la députée de Paris euphémise : "La lecture du groupe 'JR Hébert' n'est ni la mienne ni celle du mouvement".

Ce conflit politique interne à la France insoumise, couplé à la progression de l'islamisme dans les quartiers populaires, a poussé les militants du groupe laïque à agir… d'autant qu'en parallèle, plusieurs membres affirment avoir reçu plusieurs témoignages relatant l'entrisme d'islamistes dans divers syndicats. "Quand on a vu ça, on a décidé d'appuyer, et de dire les choses comme elles le sont sur la laïcité, livre Youcef Hadbi. C'est fini, débattre entre gens convaincus. Nous on veut avoir le courage de discuter en public de ces questions". D'où l'idée de cette soirée-débat polémique le 9 novembre, maintenue malgré le bannissement de "JR Hébert" de la France insoumise.

 

Les accusations de racisme sont absurdes et sans fondement. Les groupuscules et personnes qui les ont formulées ignoraient manifestement tout du contenu de l'événement.

Fabien Nonyélu municipal LFI présent au débat organisé par le groupe "JR Hébert".

 

Le jour J, la trentaine de personnes venue au débat rue de l'Olive a eu droit à un comité spécial à l'entrée du café. Une dizaine de militants de gauche radicale, pour partie issus du collectif "Rosa Parks" (un groupe de la mouvance décoloniale se réclamant de l'antiracisme politique), a accueilli le groupe "JR Hébert" à coups de slogans hostiles : "A bas les fachos !", "A bas les racistes !", distribuant des tracts appelant à une manifestation initiée par le collectif Rosa Parks. Ce groupe, décrit par Youcef Hadbi comme une bande de "perturbateurs endoctrinés", était mené par le militant Fabien Marcot. Interrogé par Marianne, il livre sa version : considérant que le groupe "JR Hébert" se "focalise sur les questions de laïcité avec vraisemblablement une obsession pour l'islam", et que "l'entrisme islamiste dans les syndicats est réellement un non-sujet et une provocation de plus de la part de militants qui trouveraient sur ce thème plus de soutiens à droite ou à l'extrême qu'à gauche", l'activiste affirme avoir protesté contre la réunion afin de montrer aux "habitants qu'il y a plus de militants anti-racistes que de militants islamophobes dans ce quartier".

Fabien Nony, un élu insoumis du 20e arrondissement, estime quant à lui qu'il s'agissait d'une "tentative d'intimidation" et que "les accusations de racisme ne manquent pas de sel quand on pense que beaucoup de membres du groupe 'JR Hébert' sont originaires d'Afrique du Nord…". Il ajoute que les militants venus protester, constatant l'inefficacité de leur action, "ont rapidement plié bagage en ignorant les appels des organisateurs à venir dialoguer à l'intérieur". Fabien Marcot nie de son côté avoir été invité à participer à la réunion, mais précise : "Nous aurions évidemment refusé de donner du crédit, par notre participation, à ce débat nauséabond".

La réunion n'avait pourtant rien d'un rassemblement cryptofasciste. Après une brève introduction du militant Claude Sauton fustigeant la tentation d'une partie de la gauche "de s'allier avec des officines de l'islam politique, du moins de les caresser dans le sens du poil pour renforcer leurs effectifs et leur poids politique", plusieurs interventions se sont succédé : un syndicaliste de la RATP, un ancien de Sud-Education 93, un ancien de la CGT et un professeur de lycée (passé par plusieurs syndicats) ont tous décrit la manière dont la mouvance communautariste cherchait à faire avancer ses revendications en utilisant les codes du syndicalisme traditionnel. Une offensive d'entrisme illustrée par l'organisation d'un stage en non-mixité raciale par Sud-Education 93. Les accusations de racisme ? L'élu Fabien Nony les juge "absurdes et sans fondement. Les groupuscules et personnes qui les ont formulées ignoraient manifestement tout du contenu de l'évènement".

Fracture laïque chez les Insoumis

Aussi injustifiées soient-elles, ces critiques ont en tout cas justifié l'excommunication de "JR Hébert" de la France insoumise. Aux yeux des militants pro-laïcité du groupe, elles illustrent une querelle politique fondamentale qui traverse le mouvement : la fracture entre des partisans d'une ligne républicaine, universaliste et intransigeante envers les revendications religieuses, et une autre gauche qui cèderait elle aux sirènes du communautarisme, allant même jusqu'à être influencée par les thèses du Parti des indigènes de la République (PIR). Alarmés par les signaux contradictoires envoyés par les cadres de LFI à ce sujet, les membres de "JR Hébert" dénoncent une faute morale doublée d'une erreur stratégique : "Mélenchon considère qu'il y a plus à gagner en fermant les yeux sur l'avènement de l'islamisme dans la phase de conquête du pouvoir, regrette Mouh Dehmous. Cela n'a pas de sens : tous les musulmans à qui je parle ne voteront pas Mélenchon s'il fait de l'indigénisme". Pour Dejan Kuzmanovic, "les musulmans normaux sont bien plus nombreux que les islamistes", et se détourneront de LFI si le mouvement se laisse aller à des ambiguïtés avec l'islam radical. Ces considérations, le groupe les développe dans un courrier de protestation contre l'exclusion du groupe envoyé à Manuel Bompard et Jean-Luc Mélenchon. Dans cette lettre, que nous avons pu consulter, il est notamment écrit : "(...) Nous ne comprenons pas la complaisance de la direction de la FI avec [des] groupes islamistes qui ne représentent pas la volonté et l'expression majoritaire des populations issues de l'immigration de ce pays".

 

Les militants de "JR Hébert" n'ont reçu aucune réponse de la part de la direction de LFI à ce stade. Sollicité par Marianne, Manuel Bompard n'a pas donné suite. La disparition subite de ce groupe d'appui confirme en tout cas que la laïcité est source de fortes tensions en interne chez les insoumis. Djordje Kuzmanovic, orateur national de LFI et représentant convaincu de la ligne "républicaine", a été le seul cadre à s'exprimer publiquement sur le sujet. Dans un post Facebook, il a clamé son "appui total au groupe d'appui Hébert du 18e arrondissement de Paris", décrivant une "radiation injuste (...) sans aucune discussion. C'est en soi gravement problématique et révélateur des dérives autoritaires de certains". Kuzmanovic développe, décrivant une profonde cassure interne dans le mouvement de Jean-Luc Mélenchon : "Cela illustre la dérive idéologique de certains à la FI, incapables, de peur de froisser Mediapart et quelques gauchistes, de combattre cette forme spécifique de fascisme. Quel dommage !" Ce mardi 27 novembre, Djordje Kuzmanovic, déjà fragilisé, a justement été éjecté de la liste des européennes par le comité électoral de la France insoumise, avant d’annoncer dans une tribune à Marianne qu’il quittait LFI. Pas de quoi rassurer les laïques du groupe "JR Hébert".

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UNE SEMAINE EN JAUNE. Par Michel Onfray

28 Novembre 2018 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Les Gilets Jaunes

UNE SEMAINE EN JAUNE

   Tout à leur entreprise de désinformation, les chaînes qui tournent en boucle leur propagande anti-Gilets jaunes ont commencé la semaine en faisant savoir que, le lundi, la mobilisation avait beaucoup baissé, que les occupations étaient moins nombreuses, etc, etc. Faut-il préciser à ces néo-journalistes que ce petit peuple exprimant sa souffrance ne peut manifester sur la longue durée comme peuvent le faire les fonctionnaires? Certes les agents de l’Etat perdent de l’argent (quand le syndicat ne négocie pas, c’est parfois dans son plan, un paiement du temps de certains jours de grève…), mais jamais leur travail. Alors que les Gilets jaunes perdent et de l’argent et leur travail s’ils s’installent durablement sur les ronds-points parce qu’ils ont une profession modeste, voire un employeur qui n’hésiterait pas à les licencier si d’aventure ils ne venaient pas travailler. Pour les Gilets jaunes, c’est la double peine. Mais les néo-journalistes préfèrent titrer sur "le mouvement qui s’essouffle" dès le premier jour de la semaine.

  Ensuite, ils insistent sur les accidents causés par les Gilets jaunes. Là aussi, là encore, il s’agit de discréditer le mouvement. Il ne vient pas à l’idée de ces néo-journalistes que ce sont la plupart du temps non pas des accidents causés par les Gilets jaunes mais par ceux qui refusent les Gilets jaunes! Car le filtrage, et non l’immobilisation, exige des gens un peu de leur temps et non, comme il fut dit, des nuits passées dans des véhicules. De sorte que ceux qui s’énervent parce qu’on les ralentit et le font savoir de façon agressive, parfois en fonçant dans la foule, font naître l’énervement des Gilets jaunes. Il y a toujours un internaute bien inspiré qui filme et met en ligne afin de faire savoir que tel incident dans tel endroit est représentatif de la totalité du mouvement de revendication. La création d’un hashtag pour mettre en ligne toutes ces scènes bout-à-bout fait les choux gras de cette télévision qui jouit de relayer les éléments de langage venus de l’Elysée et du ministère de l’Intérieur: ce mouvement est entièrement raciste, totalement antisémite et absolument homophobe!

   Par ailleurs, la valse des récupérations ayant commencé, il est de bon ton d’associer ce mouvement qui n’a pas de chef, pas de tête, donc pas de leader à acheter ou à qui proposer un poste dans une commission, une entrée au Conseil d’Etat ou un statut de chargé de mission très bien rémunéré, on souligne, surligne, puis souligne et surligne encore, que le mouvement procède de Marine Le Pen, donc, à l’aide de force joffrinades, du nationalisme, du vichysme, du pétainisme, du fascisme.

   C’est dans cet ordre d’idée que BHL commente le mouvement. Il tient les mêmes propos que Castaner. Dans une dégustation à l’aveugle, on pourrait douter de qui est qui! A part dans les dictatures brunes ou rouges, c’est un cas rare de philosophe qui se fait le ventriloque d’un ministre de l’Intérieur –ou l’inverse.

   En clôture de la convention nationale du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF), BHL a expliqué "qu’il s’est là incontestablement passé quelque chose". Nous étions le dimanche 18 novembre, la veille, il avait pourtant écrit dans un tweet: "Poujadisme des Gilets jaunes. Échec d’un mouvement qu’on nous annonçait massif. Irresponsabilité des chaînes d’info qui attisent et dramatisent. Soutien à Macron, à son combat contre les populismes et à la fiscalité écolo." (17 novembre 2018) Il est vrai que le lendemain, il écrivait aussi: "Il s’est passé quelque chose de très important. Parce qu’un mouvement est inorganisé, auto-organisé, sans chef, il serait sans lendemain, sans identité politique? Je ne crois pas. S’est produit, hier, un événement politique majeur." Le 17, ce mouvement était un "échec"; le lendemain, il est "majeur"… C’est sur cette ligne que BHL continue. Son discours mobilise la Critique de la raison dialectique de Jean-Paul Sartre et Mythologies de Roland Barthes, L’Iliade d’Homère et l’Ethique à Nicomaque d’Aristote, le Gorgias de Platon et la Septante, l’Ancien Testament et le Talmud, Les Passions de l’âme de René Descartes ("de mémoire l’article 202", dit-il car, bien évidemment, il en connaît les 212 articles par cœur…), l’Ethique de Baruch Spinoza et le Léviathan de Thomas Hobbes, Jean-Claude Milner et Drieu la Rochelle, pour accoucher d’une souris phénoménologique: les Gilets jaunes, ce sont les ligueurs fascistes de 1934…  

   Or ces Gilets jaunes sont juste des gens qui, quand les casseurs ne les infiltrent pas avec la bénédiction du pouvoir, sont juste des gens modestes qui font savoir qu’à l’approche de Noël ils vont avoir du mal à offrir des cadeaux à leurs enfants ou à leurs petits enfants. Sont-ce des fascistes qui veulent abolir la République? Non. Ce ne sont rien d’autres que des citoyens qui veulent la restaurer depuis que l’Etat maastrichtien l’a abolie…

   On ne me fera pas croire que le pouvoir n’apporte pas son soutien aux casseurs. Car, la chose était visible sur toutes les télévisions qui retransmettaient l’événement en direct: ce pouvoir a laissé certains individus dépaver l’avenue des Champs-Elysées sans intervenir et ce, comme par hasard, devant les caméras de télévision! Il me semble que, si l’on voit des gens desceller des pavés, ça n’est pas pour emporter un souvenir de Paris chez eux mais, comme la suite l’a montré, pour les envoyer sur la police. Le mieux, pour éviter qu’un pavé ne parvienne sur le visage d’un CRS, c’est de le laisser là où il est, à savoir dans la rue, et d’empêcher les dépaveurs de préparer leur forfait en présence des caméras de BFM! Par ailleurs, on ne parviendra pas à me convaincre que les forces de l’ordre ne pouvaient pas encercler ces manifestants violents afin de les interpeller si l’ordre leur avait été donné. Ils ne l’ont pas fait, c’est donc que le pouvoir voulait que ceux-là dépavent et jettent ensuite leurs pavés sur les forces de l’ordre et sur les magasins. Le lendemain d’ailleurs, les chaînes que l’on sait faisaient des micros-trottoirs devant les boutiques de luxe dont les vitrines avaient été cassées –probablement au pavé…– pour ne sélectionner que des témoignages de déploration!  "C’est une honte!", "Quelle image donne-t-on à l’étranger?", "Quelle misère de détruire ainsi des instruments de travail!", etc.

   Le pouvoir veut discréditer le mouvement, c’est entendu. Cachant mal leur joie, les journalistes n’ont cessé de poser la question: "Est-ce que le mouvement qui bénéficie d’un fort soutien dans la population conservera cette faveur après ce déchaînement de violence?", comme il fut dit d’une chaîne l’autre. On voyait bien que les néo-journalistes se retenaient d’ajouter: "On espère bien qu’il va le perdre, ce soutien, d’ailleurs on fait tout pour ça, c’est notre boulot et on est payés pour ça…"

   Tous ceux qui veulent absolument fasciser le mouvement n’imaginent pas ce qu’est une vie modeste ou une vie de pauvre. Gérald Darmanin, par exemple, qui endosse la soutane de l’abbé Pierre pour mieux cacher sa peau de requin de la politique politicienne, feint de comprendre que la vie est dure pour les gens puisque la note moyenne d’un restaurant parisien est de 200 euros sans les vins –ça, ce sont les cantines du patron de Libé ou de BHL, sinon du journaliste Maurice Szafran [1], mieux connu pour ses notes de frais que pour son œuvre complète…

   Il y eut ensuite Nicolas Hulot effectuant "sa rentré politique" comme il fut dit –ce qui paraît bien étrange de la part de quelqu’un qui a fait savoir qu’il ne faisait pas de politique et qu’il continuerait à ne pas en faire! Cet homme qui prophétise la fin de la planète à cause du moteur de voiture des pauvres possède neuf véhicules: six voitures, une moto, un bateau, un scooter. Détaillons: une grosse cylindrée BMW, une Volkswagen, un Peugeot Boxer, autrement dit un petit camion, un très polluant Land Rover, une vieille 2 CV qui pollue comme à l’époque et un autre véhicule non précisé. Son bateau est à moteur, sa moto BMW n’est pas à voile et son scooter, parce qu’il est électrique, fonctionne à l’énergie nucléaire –donc avec l’aide des centrales atomiques… Il comprend bien la misère des gens (ça, c’est pour rester dans le Top 10 des Français préférés, à choisir dans une liste de dix noms de Français préférés…), mais il comprend mieux encore la misère de la planète. Faut-il lui rappeler, à monsieur l’ex-ministre, qu’une infime partie seulement des taxes prélevées sur le plein d’essence des Français pauvres ira à la transition écologique?

 Que deviendra le restant [2]? Il servira à équilibrer le budget exigé par l’Etat maastrichtien. Après avoir fait des cadeaux aux riches et s’être ainsi privé des ressources de l’impôt sur la fortune, le président Macron doit bien prendre de l’argent quelque part, d’où le racket sur les pompes à essence: ce sont en effet les pauvres qui paient à la place des riches –on comprend que les riches et leurs amis éditorialistes et journalistes qui mangent dans les restaurants où l’on croise Gérald Darmanin aient intérêt à expliquer en long, en large et en travers que ces salauds de pauvres qui aimeraient pouvoir acheter des cadeaux à leurs enfants au prochain Noël sont assimilables aux ligueurs fascistes de 1934!

  Cette semaine s’est donc terminée avec la manifestation des Champs-Elysées. On  a vu combien le pouvoir et la presse, le pouvoir de la presse et la presse du pouvoir, ont passé leur temps à discréditer le mouvement. Il y eut un moment de vérité sidérant sur BFM, où un journaliste a clairement commenté les chiffres donnés par Castaner : "Ces chiffres sont ceux du ministère, a priori (sic) il n’y a aucune raison de les contester!" Il était 18h30, il fallait siffler la fin de la récréation: la journée fut donc bel et bien une affaire d’extrémistes de droite et de gauche. Comme les médias et les politiciens ont abondamment usé de l’élément de langage "extrême-droite" et qu’on ne sait plus comment nommer la véritable extrême-droite, on se met désormais à parler d’"ultra-droite"!  La journée avait donc été une journée parisienne de violence à cause de l’ultra-droite elle même pilotée par l’extrême droite. C’était donc encore un coup du maréchal Pétain –BHL nous avait prévenus…

   Pour ma part, je n’ai jamais eu confiance dans les chiffres donnés par le ministère de l’Intérieur ou par les organisateurs des manifestions. Castaner ose tout, c’est d’ailleurs à ça qu’on le reconnaît. S’il avait pu dire qu’il y avait eu cent-trente personnes dans toute la France, et ce sur vingt-sept ronds-points seulement, il l’aurait fait… Il y a mis les formes et donne un comptage à la dizaine près sans imaginer une seule seconde que pareil détail prouve que le chiffre est faux…

Michel Onfray

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[1] https://www.arretsurimages.net/articles/marianne-ses-tres-hauts-salaires-et-sa-deleguee-syndicale-poussee-vers-la-sortie?id=4304

[2]

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La FI début de la fin? Par Jacques Cotta.

28 Novembre 2018 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #"Comité pour une Nouvelle Résistance-CNR"., #La France

La FI début de la fin? Par Jacques Cotta.

La FI début de la fin?
Comment comprendre l'éviction des représentants de la ligne souverainiste, en plein mouvement des gilets jaunes, sur une orientation qui curieusement est aujourd'hui, après les résultats catastrophiques de la législative partielle dans l'Essone, ralliée par Jean Luc Mélenchon?
Incohérence?
Comme Djordje Kuzmanovic ou François Cocq, les tenants du pouvoir dans la FI vont-ils demain virer Jean Luc Mélenchon?
Assistons-nous à la prise de pouvoir d'une ligue gaucho-communautariste? La tribune de Djordje Kuzmanovic dans "Marianne" est de ce point de vue édifiante.
La question posée, outre les questions d'organisation d'un mouvement gazeux où par définition le gaz s'évapore, est une question politique essentielle: le "retour à la gauche" tourne le dos au peuple, aux exigences permettant de rassembler. Cela en pleine période des gilets jaunes. Un comble.
C'est le "refus de la hiérarchie des combats". C'est "la soumission du social au sociétal". C'est la confusion sur les question de souveraineté, de nation, d'indépendance et donc pour les futures échéances, c'est l'absence de réelle orientation sur la question européenne, le plan B ayant disparu des radars politiques...
Ces questions politiques sont en réalité celles qui ont sévi sur le plan du combat idéologique dans "le Média" il y a quelques semaines lorsque Aude Lancelin trouvait inacceptable que je puisse traiter la question italienne dans mon magazine "Dans la gueule du Loup" sous un angle contradictoire, "l'Italie, la péninsule des paradoxes". Je m'en étais alors expliqué dans les colonnes de Marianne et dans celles de "la Sociale" notamment. Comme Djordje Kuzmanovic aujourd'hui, j'étais alors traité de "nationaliste", de "populiste", de "salviniste", de "fasciste"...
Le gauchisme calomnie et détruit. Là est la conclusion de cette affaire qui appelle inévitablement les énergies centrées sur l'intérêt général et non sur les petites chapelles qui dans les faits s'accommodent du système à de nouveaux regroupements...

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Jean-Luc Mélenchon : de la splendeur à la décadence. Par Vincent Christophe LE ROUX 

28 Novembre 2018 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #"Comité pour une Nouvelle Résistance-CNR"., #Europe supranationale, #La France, #Les Gilets Jaunes

Après avoir renié, sans assumer jamais de le dire ouvertement, sa presque victorieuse stratégie « populiste » de conquête du pouvoir…

Après avoir abandonné de fait, depuis dix-huit mois, une importante partie de son projet qui était encore plus le nôtre que le sien…

 

Après avoir minaudé devant les vieux débris et les traîtres professionnels du PS, et avoir fait clairement passer, à cette occasion, le message que ces salopards-là comptaient bien plus à ses yeux que nous les Insoumis, et qu’en fait eux seuls étaient sa véritable et unique famille quand les Insoumis n’étaient en quelque sorte qu’une famille recomposée comptant pour quantité négligeable à ses yeux,

Après avoir imposé la présence de ces gens du Parti Salopard sur la liste « Maintenant le peuple » [en places éligibles pensent-ils mais rien n’est moins sûr…], sans aucun débat démocratique, et contre la volonté de beaucoup,

Après avoir renié ce pourquoi il s’est battu depuis au moins trois ans à savoir « fédérer le peuple » et non plus « rassembler la gauche »,

Après avoir abandonné, dès le soir du 1er tour, les 7 millions de Français qui lui avaient apporté leur suffrage, en refusant de contester l’authenticité du scrutin et en jouant le jeu pipé de l’Assemblée Nationale, et en plus après nous avoir indirectement incité à voter Macron au second tour « pour faire barrage »,

Après avoir foulé aux pieds son serment de la Porte de Versailles du 19 avril 2012,

Après avoir, unilatéralement et despotiquement, comme tout monarque absolu, depuis près d’un an, changé les termes de ce que nous disions à propos de l’UE pour ne plus défendre qu’un salmigondis indigeste et incompréhensible,

Après avoir installé le « coup d’État permanent » et le viol permanent de la démocratie au sein du PG puis de la FI,

Après avoir tissé des liens indirects avec le monde indigéniste qui n’est qu’un ramassis de racistes, d’anti-laïcs et finalement de fascistes aussi dangereux que les fascistes « traditionnels »,

Après avoir remplacé, s’agissant de ses sources d’inspiration en terme de laïcité, Henri Peña-Ruiz par Danielle Obono, Clémentine Autain et leurs amis (et amies) de la galaxie du Parti des Indigènes de la République,

Après avoir désavoué publiquement, et en termes pour le moins indélicats, il y a quelques semaines, Djordje Kuzmanovic, ceci pour plaire à la frange bobo-gauchiste (affaire des migrants et du nouveau parti « Aufstehen » de Sarah Wagenknecht),

Après avoir superbement ignoré et royalement méprisé la foule des anonymes aussi bien au PG qu’à la FI ou partout en France,

Après s’être claquemuré au sein de sa « Curia Regis », une toute petite cellule de fidèles qu’on peine même à décrire décemment comme le « Conseil du Roi » tant ce conseil est restreint et composé de « médiocres et de rampants » (pour reprendre les termes de Beaumarchais dans une des répliques qu’il met dans la bouche de Figaro dans la pièce Le Mariage de Figaro),

Après avoir vu, sans broncher, s’éloigner les un(e)s et les autres, qu’ils soient anonymes ou célèbres, qu’ils aient été engagés et dévoués sur le terrain, dans des groupes locaux, ou dans des instances diverses (commissions, Conseil national, Bureau National, secrétariat National du PG, ou instances « officieuses » de la FI), et que pour certains, ils aient contribué à des apports fondamentaux au projet et à notre pensée ainsi qu’à nos discours, comme ce fut le cas entre autres de Jacques Généreux, de Raquel Garrido, puis de Charlotte Girard et de Corinne Morel Darleux,

Je pourrais continuer la liste un moment…

Après tout cela donc, sans compter tout ce que je ne dirais pas ici, voici que Jean-Luc Mélenchon accentue encore davantage ce trait détestable de sa personnalité et commence à se vautrer dans la fange d’une indignité croissante.

En réduisant à néant l’influence de Djordje Kuzmanovic sans qui jamais Mélenchon n’aurait pu connaître le résultat si haut qu’il a obtenu fin avril 2017, sans qui jamais il n’aurait eu le soutien d’une partie du haut état-major militaire, Mélenchon montre à tous aujourd’hui à quel point nous nous sommes trompés à son sujet quand nous avons pensé qu’il avait réellement rompu avec le PS, avec ses amis du Parti Salopard, et surtout avec leurs sales combines et leurs odieuses façons de penser et d’agir…

Il n’en est rien. Il n’a en fait jamais changé. Il a seulement été très bon comédien !

C’est juste que depuis plusieurs mois, il ne cesse de retirer, l’un après l’autre, tous les masques qu’il portait.

Oui, c’est un fait indéniable, il est un brillant comédien, voire un adroit hypnotiseur. Il nous aura mystifiés par milliers, par millions, lui qui avait été à bonne école avec le machiavélique Mitterrand !

Un bonimenteur d’un talent tellement rare que l’on en connaît sans doute pas plus que deux ou trois par siècle !

Aujourd’hui, je l’avoue pour la première fois, j’ai honte désormais !

Oui, j’ai honte à l’égard de toutes celles et de tous ceux qui, depuis des années, me mettaient en garde. Je ne voulais pas les entendre. Je me suis même violemment disputé et brouillé avec beaucoup à cause de leur insistance à défendre devant moi un discours hostile à Mélenchon. Je me cabrais. Je le défendais.

Or, c’est eux qui avaient raison et c’est moi qui avais tort.

« On peut tromper quelqu’un tout le temps. On peut aussi tromper tout le monde un certain temps. Mais on ne peut pas tromper tout le monde tout le temps » aurait dit un jour, paraît-il, Abraham Lincoln.

Cette citation est un message subliminal que vous pouvez faire passer à Mélenchon si vous le croisez…

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Les “gilets jaunes” dans Dimanche en Politique Côte d'Azur

28 Novembre 2018 , Rédigé par lucien-pons

Les “gilets jaunes” dans Dimanche en Politique Côte d'Azur
Les gilets jaunes dans Dimanche en Politique Côte d'Azur c'est dimanche 25 novembre à 11h30 / © France 3/Audrey Richier
Les gilets jaunes dans Dimanche en Politique Côte d'Azur c'est dimanche 25 novembre à 11h30 / © France 3/Audrey Richier

Pendant 30 minutes nous débattrons sur ce mouvement inédit qui rebat les cartes de la contestation sociale.

Par Sébastien Lemaire

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Qui sont-ils ?
Qu’est-ce qui pousse ces hommes et ces femmes de la classe moyenne qui n’avaient jamais manifesté à venir s’emparer d’un rond-point ou d’un péage d’autoroute ?
 
Au-delà des taxes sur les carburants, il y a surtout une perte d’espoir dans la société qui leur est proposée.
 
Entre rejet des élites et espoir fou de faire plier le gouvernement, nous irons à leur rencontre, et nous recevront sur ce plateau :
  • Loïc Dombreval, un député de la majorité,
  • Jacques Cotta, un journaliste essayiste
  • et bien sur des Gilets Jaunes
Une émission présentée par Olivier Theron à voir dimanche 25 novembre à 11h30 sur France 3 Côte d’Azur.
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