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Le blog de Lucien PONS

Chronique de Jacques Nikonoff « Rapport Gallois, plan gouvernemental pour la "compétitivité" ? Fumisterie ! Rideau de fumée ! »

13 Novembre 2012 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Economie

 
 
 
 
 
Louis Gallois, « Commissaire à l’investissement », a remis au Premier ministre le 5 novembre 2012 un rapport intitulé « Pacte pour la compétitivité de l’industrie française ». Dès le lendemain le gouvernement rendait publiques ses « mesures pour relancer la compétitivité et l’emploi ».
RAPPORT GALLOIS, PLAN GOUVERNEMENTAL POUR LA « COMPÉTITIVITÉ » ? FUMISTERIE ! RIDEAU DE FUMÉE !
 


Le 13 novembre 2012.

 

Jacques Nikonoff est porte-parole du M’PEP et ancien membre du collège exécutif du PCF, ex-président d’Attac. Derniers ouvrages publiés :

« Sortons de l’euro ! Restituer au peuple la souveraineté monétaire » (Mille et une nuits, 2011).

Louis Gallois, « Commissaire à l’investissement », a remis au Premier ministre le 5 novembre 2012 un rapport intitulé « Pacte pour la compétitivité de l’industrie française ». Dès le lendemain le gouvernement rendait publiques ses « mesures pour relancer la compétitivité et l’emploi ».

 

Dans ce rapport, le constat dressé de la situation alarmante de l’industrie française est plutôt correct, bien que les causes essentielles ne soient évidemment jamais évoquées. Quant aux solutions proposées, elles sont totalement affligeantes et ne feront qu’aggraver le mal. C’est la notion même de « compétitivité  » qui est obsolète car elle s’inscrit dans le système libre-échangiste du capitalisme mondialisé. Il faut au contraire passer à la coopération en prenant des mesures protectionnistes et en sortant de l’Union européenne et de l’euro, de manière unilatérale, si on veut réindustrialiser notre pays et sortir de la crise en impulsant ainsi une alternative globale et non simplement nationale. Ce sont 10 propositions qui peuvent être faites pour réindustrialiser la France. La gauche de gauche, sur cette question, a témoigné à cette occasion de son absence de propositions crédibles et même d’analyses particulièrement dangereuses.

 

 

 

I.- FUMISTERIE ET RIDEAU DE FUMÉE

 

C’est ce dont on peut penser du rapport Gallois et des mesures gouvernementales.

 

A.- Le rapport Gallois n’est qu’une fumisterie

La mesure principale de ce rapport, noyé dans une série de babioles inoffensives, est le transfert de 30 milliards de « charges  » sociales (1,5% du PIB) vers la fiscalité et la réduction des dépenses publiques. Louis Gallois veut une « masse critique » suffisante pour créer une « rupture  ». Pour lui « la réduction des charges sociales a un impact direct et rapide sur les marges d’exploitation des entreprises et donc sur leur capacité d’autofinancement. »

On notera la poursuite du travail de sape contre le modèle social issu de la Libération : « plus aucun argument ne milite en faveur d’un système établi dans un tout autre contexte en 1946, qui pénalise le facteur travail dans les entreprises, alourdit leurs comptes et pèse donc sur l’emploi. »

Rappelons ceci : si la France est moins frappée par la crise que d’autres pays, elle le doit au formidable bouclier social qu’est la Sécurité sociale. Elle est directement issue du programme du Conseil national de la Résistance. Elle empêche l’écrasement matériel des classes populaires, et c’est bien ce que lui reprochent les classes possédantes.

 

B.- Ce que propose le gouvernement aggravera les difficultés de l’emploi

Rendu public le 5 novembre, le rapport Gallois suscitait dès le lendemain un « séminaire » d’une demi-journée du gouvernement qui annonçait ses « mesures pour relancer la compétitivité et l’emploi ». Plusieurs jours avant, des fuites avaient été soigneusement organisées pour préparer l’opinion. Aucun débat public n’a eu lieu.

Une seule chose est positive dans ces « mesures » : le gouvernement ne reprend pas la proposition du rapport Gallois de relancer l’exploitation des gaz de schistes. En revanche, tout le reste est mauvais et ne fera qu’aggraver la situation déjà très préoccupante de l’industrie française.

 

1.- La principale mesure prise par le gouvernement est le « Crédit d’impôt pour la compétitivité » (CICE). C’est un cadeau à certaines entreprises, de 20 milliards d’euros sur 3 ans (1% du PIB) : 10 milliards la première année en 2013, et 5 milliards en 2014 et 2015. Le crédit d’impôt sera calculé en proportion de la masse salariale versée par les entreprises à leurs salariés qui perçoivent entre 1 et 2,5 fois le SMIC. Il se traduira par une baisse de l’impôt sur les sociétés en 2013. Celles qui ne réalisent pas de bénéfice recevront un chèque de l’État.

Cette dépense sera gagée par une augmentation de la TVA en janvier 2014 qui passera de 19,6% à 20% (2 milliards de recettes). Le taux intermédiaire, actuellement de 7% (appliqué en particulier à la restauration et au bâtiment) passera à 10% (5 milliards de recettes). Le taux réduit (essentiellement l’alimentation) passera de 5,5% à 5%. Tout ceci devrait rapporter environ 6 ou 7 milliards d’euros. Il en manque 3 ou 4 qui viendront de l’augmentation d’autres taxes. Pour terminer le « bouclage  », il y aura une baisse des dépenses publiques de 10 milliards, 5 en 2014 et 5 en 2015.

Le gouvernement estime que ces mesures permettront une baisse de 6% du coût du travail, améliorant ainsi la « compétitivité  » de l’industrie française. Rappelons qu’en 2011 la rémunération totale des salariés dans l’économie française a été de 1 067 milliards d’euros. Un allègement de 20 milliards ne représente donc que 2% de cette somme. Comment le gouvernement parvient-il à 6% ? Quel est son calcul qu’il se refuse à dévoiler ? Ajoutons encore que l’impôt réel sur les sociétés ne fait que baisser depuis des années, sans que le moindre effet ne soit perceptible sur les exportations puisqu’au contraire, hors énergie, la France accuse un déficit de 50 milliards d’euros fin 2012.

En réalité, ce dispositif n’est que la TVA sociale de Sarkozy, affublée d’un autre nom.

 

2.- Le crédit impôt-recherche sera maintenu. Ne profitant pourtant qu’aux grandes entreprises, il est peu efficace et coûteux. Il n’a pas permis le financement de la recherche et développement (R&D) comme les statistiques en témoignent. Il n’est qu’un instrument d’optimisation fiscale et un effet d’aubaine. Il est passé de 1,5 milliard d’euros en 2008 à 4 milliards d’euros en 2009, alors que dans le même temps la R&D n’a augmenté que de 200 millions !

 

3.- Des représentants des salariés pourront siéger au conseil d’administration ou de surveillance des grandes entreprises. Ce n’est qu’un gadget qui n’appelle aucun commentaire particulier.

Avec les mesures prises par le gouvernement, la France va poursuivre et accélérer sa course au moins-disant social. Comme tous les pays pratiquent déjà cette politique suicidaire, la récession va s’aggraver, la désindustrialisation va s’approfondir, la récession se pérenniser : il devrait y avoir entre 300 000 et 500 000 chômeurs de plus d’ici fin 2014. Ces cadeaux aux grandes entreprises ne serviront pas à l’investissement en France mais à augmenter les dividendes des actionnaires et à délocaliser.

François Hollande s’est convertit au sarkozysme. En 1982-1983, le « tournant de la rigueur » décidé par le Parti socialiste avait été justifié par la « contrainte extérieure » et la nécessité de donner la « priorité aux exportations ». Aujourd’hui le PS n’a toujours pas changé son logiciel et n’a modifié que les mots : la « compétitivité  » n’est qu’une reformulation de la priorité à donner aux exportations. Le bilan du tournant de la rigueur de 1982-1983 a été dramatique pour notre pays ; ce nouveau tournant de la rigueur le sera tout autant. Il ne faudrait pas croire que le PS agit dans l’ignorance ou qu’il fait preuve d’incompétence. La débâcle de l’industrie française est le résultat d’un choix politique parfaitement conscient des classes possédantes, avec le soutien actif du PS.

 

 

 

II.- LA DÉBÂCLE DE L’INDUSTRIE FRANÇAISE EST LE RÉSULTAT D’UN CHOIX POLITIQUE PARFAITEMENT CONSCIENT DES CLASSES POSSÉDANTES



C’est le principe même de la « compétitivité  » qu’il faut bannir, d’autant que les politiques de « baisse de coût du travail » ont largement démontré leur échec. La déliquescence de l’industrie française reste largement sous-estimée, ses causes réelles étant systématiquement masquées.

 

A.- La notion de « compétitivité » est à bannir, d’autant que les politiques de baisse du coût du travail ont démontré leur échec



1.- La « compétitivité » : un hymne au libre-échange

Il n’existe aucune définition « scientifique » de la notion de « compétitivité  » qui n’est qu’un objet purement idéologique. Dès lors les définitions sont nombreuses, floues, contradictoires. Selon le Conseil d’analyse économique (CAE) , la compétitivité d’une nation « est la capacité à améliorer durablement le niveau de vie de ses habitants et à leur procurer un haut niveau d’emploi et de cohésion sociale ». Mais le CAE évoque « les réserves méthodologiques que le concept suscite ». Il faut noter, ainsi, l’opinion du prix Nobel d’économie Paul Krugman qui parle « d’obsession  » à propos de cette notion qui est « vide de sens » lorsqu’elle est appliquée aux économies nationales.

En réalité la notion de « compétitivité  » appliquée à un pays peut être définie comme l’ensemble des politiques visant à conquérir des parts de marché à l’étranger en baissant les prix des produits à l’exportation au moyen d’une pression accrue sur les salaires directs et indirects. C’est l’acceptation du système de la mondialisation qui pousse à l’organisation de la baisse des salaires et plus généralement de la masse salariale et des dépenses publiques (sociales) pour permettre la baisse des prix des produits exportés afin que les grandes entreprises conquièrent des marchés.

C’est cette compétition destructrice qu’il faut rejeter.

 

2.- Les politiques de baisse du coût du travail ont démontré leur échec

Les notions de « baisse du coût du travail », de « compétitivité  », de mondialisation et d’eurolibéralisme sont inséparables et ne forment qu’un seul et même ensemble. C’est parce que les politiques de mondialisation se sont déployées sous l’effet de la révolution conservatrice, particulièrement en Europe, avec leur composante principale qu’est le libre-échange, qu’il faut être « compétitifs  » pour gagner des parts de marché en abaissant le coût du travail.

Cette politique d’exonération des cotisations sociales patronales a commencé au début des années 1990 comme une suite logique du tournant de la rigueur de 1982-1983. Elles sont passées de 1,9 milliard d’euros en 1992 à 30,7 milliards en 2008. Les rapports se sont multipliés, venant des gouvernements PS et de droite, qui tous recommandaient les mêmes mesures.

Et pour quels résultats ? Le bilan des exonérations de cotisations sociales patronales est quasiment nul. En tout cas le chômage, qu’elles étaient censées combattre, est resté pendant toutes ces années à un très haut niveau. On peut lire dans un rapport de la Cour des comptes de 2009 : « les nombreux dispositifs d’allègement des charges sociales [sont] insuffisamment évalués en dépit de la charge financière croissante qu’ils représentaient pour les finances publiques (27,8 milliards en 2007, soit 1,5% du PIB). S’agissant des allègements généraux sur les bas salaires, leur efficacité sur l’emploi était trop incertaine pour ne pas amener à reconsidérer leur ampleur, voir leur pérennité ».

Néanmoins :

• Pour madame Parisot, du MEDEF : il faut « baisser les charges patronales » (Le Figaro, 14 octobre 2012).

• Pour Arnaud Montebourg, ministre socialiste : il faut « favoriser la réduction des charges sociales patronales » (Reuters, 8 octobre 2012).

• Pour François Chérèque, secrétaire général de la CFDT : il faut « abaisser le coût du travail en transférant une partie des charges sur la CSG » (Les Échos, 3 septembre 2012).

Il faut pourtant savoir que dans l’automobile le coût salarial allemand est 29% plus élevé qu’en France… Depuis 2002, les coûts salariaux unitaires français évoluent comme la moyenne européenne.

En 2008, le coût horaire de la main-d’œuvre dans l’industrie manufacturière des entreprises de plus de 10 salariés est de 33,16 euros pour la France. On trouve 4 pays européens devant la France : • Belgique : 36,70 • Danemark : 34,76 • Suède : 34,51 • Allemagne : 33,37

Prenons un exemple pour démontrer l’absurdité de la politique de « compétitivité  » par la baisse du coût du travail. L’entreprise Electrolux a décidé de se délocaliser en Pologne. On comprend pourquoi : les frais de transport sont faibles vers les marchés, et surtout, au sein même de l’Union européenne, le coût du travail y est 80% moins élevé qu’en France ! Autrement dit, le coût horaire de la main-d’œuvre est de 6,63 euros. Avec les mesures gouvernementales, le coût horaire en France va baisser de 6% (-1,99 euro de l’heure) et donc passer de 33,16 euros à 31,17 euros. C’est-à-dire rien ! D’autres mesures de baisse du coût du travail seront nécessaires, jusqu’à ce que les Français acceptent de travailler au prix des Polonais et des Chinois. Est-ce possible ? Est-ce souhaitable ?

Mais alors si c’est l’échec, pourquoi les socialistes poursuivent-ils cette politique suicidaire ? Pour donner des gages au patronat, pour relâcher la pression que ce dernier avait exercée sur le gouvernement. Et pour des raisons électorales : montrer que le PS est « raisonnable ». Le journal Les Échos (7 novembre 2012) donne la réponse : il s’agit d’un « signal majeur envoyé au patronat ».

 

B.- La France bat tous les records en matière de désindustrialisation



La seule chose à peu près positive du rapport Gallois est le bilan qu’il fait de la situation de l’industrie française. Bilan, cependant, qui n’a rien d’original et qui est biaisé en passant sous silence le rôle négatif du libre-échange, mais bilan tout de même :

• La part de l’industrie (hors construction) dans la valeur ajoutée totale est passée de 18% en 2000 à 12,5% en 2011.

• La France est 15e sur les 17 pays de la zone euro en matière de part de l’industrie (hors construction) dans la valeur ajoutée totale.

• L’emploi industriel (hors construction) est passé de 26% de l’emploi salarié total en 1980 (5,1 millions de salariés dans l’industrie) à 12,6% en 2011 (3,1 millions de salariés).

• La part de marché des exportations françaises dans le commerce intracommunautaire est passée de 12,7% en 2000 à 9,3% en 2011.

• Le solde de la balance commerciale est passé d’un excédent de 3,5 milliards d’euros en 2002 à un déficit de 71,2 milliards d’euros en 2011 (énergie incluse).

• La balance commerciale hors énergie était de +25,5 milliards d’euros en 2002, elle de -25,4 milliards en 2011.

• Les marges de l’industrie françaises sont passées de 30% en 2000 à 21% en en 2011.

• En 2012, le coût horaire de la main d’œuvre dans l’industrie était pourtant plus faible en France qu’en Allemagne : 30,12 euros en France contre 33,37 euros en Allemagne (INSEE, Emploi et salaires, 2012).

• La productivité globale des facteurs, qui permet de mesurer le niveau technologique (combinaison productive du capital et du travail), est de 98 en 2011 pour une base 100 en 1999 en France, alors qu’elle est de 108 en Allemagne.

• Le nombre de brevets triadiques par million d’habitants (titre de propriété qui accorde un monopole momentané sur l’exploitation de l’invention qu’il protège sur les marchés américain, européen et japonais) est de 39 pour la France en 2010 contre 69 pour l’Allemagne. L’Allemagne dépose trois fois plus de brevets que la France entre 2001 et 2010.

• Les dépenses en R&D représentaient 44% des dividendes en 1992 et 25% en 2011.

• Les PME représentent 24% des exportations françaises, contre 40% en Allemagne et 60% en Italie.

• Entre 2007 et 2010 la valeur de la production industrielle a baissé de 28% dans le raffinage et les cokeries ; de 26% dans le textile ; de 15 à 20% dans la métallurgie, la mécanique, l’informatique, l’optique, l’électronique.

C.- Les causes principales de la désindustrialisation sont le libre-échange, le conservatisme des capitalistes français, l’euro cher

Selon une étude de la direction générale du Trésor et de la politique économique, de février 2010 (qui oublie les effets destructeurs de l’euro), les causes de la désindustrialisation viennent pour :

  • 45% du libre-échange ;
  • 30% des gains de productivité ;
  • 25% de l’externalisation vers les services (sous-traitance, intérim…).

1.- Le libre-échange et les délocalisations (la mondialisation et l’euro-mondialisation) sont la cause principale des pertes d’emploi dans l’industrie

Ce n’est absolument pas la production française qui serait spécialisée dans le bas de gamme, comme l’affirment plusieurs commentateurs dont l’association Attac.

Pour l’étude du Trésor, 45% des pertes d’emplois dans l’industrie française sont liées au libre-échange et aux délocalisations qu’il entraîne. C’est le résultat des politiques de mondialisation issues de la révolution conservatrice dont le but a été la réorganisation du travail à l’échelle planétaire. Le cycle de l’Uruguay round débute en 1974 à Marrakech et se fixe pour objectif la baisse des tarifs douaniers de 30 à 40% sur les produits nécessitant beaucoup de main-d’œuvre (textile, habillement, cuir, chaussure, électronique, caoutchouc, plastique, certains secteurs de la métallurgie…). Les perspectives de profits sont immédiatement accrues, en particulier avec les délocalisations.

La montée de l’eurolibéralisme va suivre de peu la montée des politiques de mondialisation. C’est l’ouverture de l’Union européenne à 10 pays d’Europe centrale entre 2004 et 2007 stimulant, volontairement, une nouvelle accélération du dumping social et fiscal en Europe.

 

2.- Le conservatisme des capitalistes français

Ce conservatisme s’exprime de plusieurs manières :

a.- Faiblesse de l’investissement en R&D, qui confirme l’inefficacité du crédit-impôt recherche : 2,1% du PIB en France contre 2,8% en Allemagne. En 2008, dans le secteur privé : 15 milliards d’euros en France et 31 milliards en Allemagne. Les relations des grands groupes industriels avec leurs sous-traitants sont exécrables en France puisqu’il il s’agit simplement de leur transférer les risques.

b.- Le coût du capital. Les revenus nets distribués par les entreprises cotées en Bourse représentent aujourd’hui 9% de la valeur ajoutée des sociétés non financières. C’est un record historique depuis la Seconde Guerre mondiale. Il était de 5,6% en 1999. La part accordée aux actionnaires a donc considérablement augmenté.

Pour le Conseil économique, social et environnemental (CESE, La compétitivité : enjeu d’un nouveau modèle de développement, novembre 2011) : « pour la période 2006-2009 […] les dividendes et autres revenus distribués (24,7% en 2009 sur la valeur ajoutée) sont parmi les plus élevés de l’Union européenne. L’autofinancement disponible pour les investissement en est réduit d’autant et se situe, avec 12,8% de l’EBE, parmi les plus bas d’Europe ».

En un peu plus de dix ans, la proportion des revenus distribués par les entreprises non financières à doublé : • de 44,4% de l’EBE en 1999 à 82,8% en 2011 (excédent brut d’exploitation = chiffre d’affaires ht - achats de marchandises et matières premières ht - services extérieurs (loyer, électricité, assurance...) ht - services provenant de tiers (avocats, comptable..) ht - impôts et autres taxes - salaires et charges sociales). • de 13,6 de la VAB en 1999 à 23,7% en 2011 (valeur ajoutée brute tenant compte de l’usure du capital fixe dans la production - consommations intermédiaires).

La distribution aux actionnaires passe de 92,7 milliards en 1999 à 237,8 milliards en 2011. Ce n’est donc pas la baisse des taux de marge qui rend l’industrie française incapable d’investir, c’est la voracité des actionnaires.

c.- Les frais financiers. En 2011, selon les comptes de la Nation (INSEE), le montant des intérêts payés par les sociétés non financières aux banques s’élevait à 309 milliards d’euros. Ce n’est pas, en soi, un mal. Tout dépend de l’usage fait des emprunts. s’ils ont servi à investir pour répondre aux besoins, en commençant la mutation écologique du mode de production, c’est très bien. Malheureusement, beaucoup des emprunts ont été réalisés dans une simple perspective spéculative : acheter d’autres entreprises pour les revendre ensuite avec plus-value, organiser des délocalisations… Quant aux cotisations sociales, leur montant n’était que de 145 milliards.

 

3.- L’euro

L’euro est cher (il est surévalué). Entre 2000 et 2005 l’euro s’est réévalué de 50% par rapport au dollar. Entre janvier 2002 et avril 2008, l’euro s’est réévalué de 78% par rapport au dollar. Selon l’économiste Jacques Sapir, la France, dont la moitié des exportations se situe en dehors de la zone euro, perd entre 1,5% et 2% de croissance par an à cause de la surévaluation de l’euro. Selon l’INSEE, la France perdrait même entre 0,5% et 0,7% de croissance par tranche de 10% de surévaluation.

La société Airbus est un cas d’école : ses prix sont libellés en dollars et ses coûts sont principalement en euros. Airbus perd ainsi 1 million d’euros lors de chaque augmentation de 0,10 dollar par rapport à l’euro.

 

 

 

III.- 10 PROPOSITIONS POUR PASSER À LA COOPÉRATION AFIN DE RÉINDUSTRIALISER NOTRE PAYS ET SORTIR DE LA CRISE EN SORTANT DE L’UNION EUROPÉENNE ET DE L’EURO DE MANIÈRE UNILATÉRALE



Il ne faut pas raisonner en termes de « compétitivité  », de concurrence, de conquête de marchés, de libre-échange, car c’est la mise en concurrence des peuples, leur division, et la baisse de leurs salaires et des dépenses publiques sociales. Il faut raisonner en termes de besoins, pour tous, de productions à effectuer pour répondre à ces besoins, de coopération internationale dans le cadre de la charte de La Havane.

 

A.- Pourquoi parler de politique industrielle ?



Une volonté politique est nécessaire pour reconstruire l’industrie, car le marché est incapable de penser l’industrie. La preuve se trouve dans les politiques de libéralisation, particulièrement celles affectant les marchés de capitaux, le marché du travail et le commerce international, qui ont abouti à la désindustrialisation actuelle.

L’industrie permet de :

• Produire des biens utiles, des plus sophistiqués aux plus communs.

• Gagner le maximum de gains de productivité, contribuant ainsi aux économies en travail et en capital, et limiter les nuisances sur l’environnement.

• Encourager l’innovation technologique, non pour accélérer le libre-échange, la concurrence et la guerre économique, mais pour améliorer la qualité et la durabilité des produits, la qualité du travail et des processus de production au regard de l’environnement.

• Assurer des emplois variés, des plus hautes qualifications aux plus modestes.

• Organiser l’aménagement du territoire car l’industrie sera la pierre angulaire de la résurrection des banlieues et de certains milieux ruraux.

• Susciter des emplois induits dans les services.

• Contribuer à la puissance et à l’indépendance nationale.

• Développer la coopération internationale. • Reconstruire un salariat et une classe ouvrière, force propulsive du changement social.

Nous sommes loin, ici, des diversions régulièrement lancées autour de l’économie « verte  » ou de la « nouvelle  » économie.

 

B.- Les 10 propositions du M’PEP pour réindustrialiser la France



Lors d’un colloque organisé le 10 mars 2012 à Lyon, le M’PEP a fait 10 propositions pour relancer la politique industrielle. Elles sont rappelées ci-dessous. L’idée est de doubler, en 10 ans, la part de l’industrie dans la valeur ajoutée, et passer de 12,5% à 25%, soit la création de plus de 2 millions d’emplois. Au-delà de l’aspect quantitatif, c’est sur le sens à donner au renouveau de la base productive française que s’interroge le M’PEP.

 

1.- Produire et acheter français

Dans les secteurs où le taux de couverture (des importations par les exportations) est le plus faible, une politique de substitution aux importations devra être menée. Ainsi, de mai 2010 à mai 2011 le déficit de la balance commerciale (énergies incluses) était de 76 milliards d’euros. Il faut revenir à l’équilibre (hors énergies) dans les domaines suivants qui connaissent des déficits importants : • Véhicules automobiles (7 milliards d’euros) • Vêtements (7 milliards) • Ordinateurs et équipements périphériques (6 milliards) • Produits électroniques grand public (5 milliards) • Équipements de communication (4 milliards) • Produits pharmaceutiques de base (3 milliards) • Chaussures (3 milliards) • Appareils électroniques (3 milliards)

Cette politique devra être mise en œuvre par des accords bilatéraux de coopération commerciale s’inspirant de la charte de La Havane. A défaut, des mesures protectionnistes unilatérales seront prises.

 

2.- Revaloriser le travail dans l’industrie

Il faut reprendre la réduction de la durée du travail et aller rapidement vers les 32h par semaine en 4 jours, sans perte de salaire. Un fonds de péréquation des salaires et la mise en place de groupements d’employeurs permettront aux petites et moyennes entreprises de faire face sans difficultés à la RTT. Des droits nouveaux devront être accordés aux salariés, aux syndicats et aux comités d’entreprise. L’accent mis depuis des années sur le coût du travail qui serait trop élevé a culpabilisé ceux qui subissaient la désindustrialisation. Il faut mettre un terme définitif à tout ceci. L’ancrage territorial de la réindustrialisation y contribuera.

 

3.- Nationaliser les grandes féodalités industrielles

Affaiblir le pouvoir financier, économique, stratégique et symbolique des classes dirigeantes et reprendre en main la production pour :

  • mettre en œuvre une mutation écologique du mode de production, la réindustrialisation ne devant pas se faire à l’identique mais se traduire par un changement radical de la façon de produire et de ce que l’on produit.
  • réorienter la stratégie des entreprises industrielles vers le marché intérieur et la constitution de filières.
  • remplacer le libre-échange par la coopération internationale.
  • installer une charte de la sous-traitance.

4.- Planifier une mutation écologique du mode de production

L’effort de R&D et d’innovation ne doit pas servir au développement de la « compétitivité  », mais à améliorer :

  • la situation de l’homme au travail.
  • l’utilité, la durabilité et la qualité des produits.
  • les effets de la production sur l’environnement.
  • la coopération internationale.

Il s’agit de remettre en cause la spécialisation actuelle de l’industrie française vers des niches technologiques très pointues mais vieillissantes : TGV, Airbus, le nucléaire. Cela ne suffit plus à tirer le reste de l’économie. Ce choix de milieu de gamme pénalise la France depuis l’euro qui a accentué la spécialisation dans chaque pays. Les pays émergents gagnent des parts de marché sur tous les segments : bas, moyen et haut de gamme.

La France doit donc élaborer de nouvelles perspectives industrielles. Celles-ci devront permettre une utilisation plus rationnelle et plus économe des ressources énergétiques et minérales.

Les nouvelles énergies devront faire l’objet de gros investissements, comme la transition énergétique et la gestion des déchets en développant particulièrement les filières de recyclage. La réhabilitation thermique de millions de logements individuels et collectifs améliorera radicalement le solde énergétique du pays tout en créant de nombreux emplois non délocalisables. Même chose pour les transports collectifs propres.

L’agroalimentaire recèle d’immenses potentialités de développement autour de l’amélioration de la qualité, tout comme l’agriculture alimentaire de proximité.

 

5.- Financer l’industrie par le crédit bancaire et non plus par les marchés financiers

Il n’y a pas assez de crédit bancaire pour financer l’industrie, en particulier les PME et PMI. Les banques devront être entièrement nationalisées, le crédit rendu sélectif et encadré. Un Livret E permettra d’apporter des fonds propres aux PME et TPE.

 

 6.- Organiser le dépérissement de la Bourse

Le montant des rachats d’actions dépasse aujourd’hui le montant des émissions d’actions : au lieu que les actionnaires apportent des capitaux aux entreprises comme c’était le rôle de la Bourse, ce sont aujourd’hui les entreprises qui apportent des capitaux aux actionnaires !

L’ouverture du capital des entreprises aux investisseurs institutionnels a modifié leur stratégie pour leur faire adopter des stratégies de recentrage sur leur cœur de métier. D’où les fusions, acquisitions, LBO’s licenciements boursiers… Il faut exfiltrer les fonds de pension du capital des entreprises, en lien avec leur nationalisation, remettre en place l’impôt de Bourse en attendant son extinction.

 

7.- Changer l’assiette de calcul des cotisations sociales patronales

Cette assiette est aujourd’hui la masse salariale. Cela pénalise l’emploi. Il faut aller vers une assiette à 3 composantes : la masse salariale, les produits financiers, l’EBE. Cela divisera le patronat entre les grandes entreprises qui s’opposent à cette réforme et les petites qui y ont intérêt.

 

8.- Réprimer les licenciements boursiers

Le M’PEP a repris une proposition de loi de l’association Un travail pour chacun (UTC) réalisée avec Gérard Lyon-Caen relative à une « restitution sociale » que verseraient les entreprises qui commettraient des licenciements boursiers.

http://www.m-pep.org/spip.php?article722

 

9.- Interdire les délocalisations et relocaliser

Le M’PEP a élaboré une proposition de loi à cet effet.

http://www.m-pep.org/spip.php?article965

 

10.- Sortir de l’euro et de l’Union européenne

Tout ce qui vient d’être proposé n’est pas possible dans le cadre de l’Union européenne et de l’euro.

Aucune politique industrielle n’est possible à l’échelle de l’Union européenne. Définie en 2000, la stratégie de Lisbonne n’a été qu’une supercherie. Son objectif – jamais atteint – était de fixer 3% du PIB à la R&D et à l’innovation. Cette stratégie se basait sur une idéologie délirante : l’économie de « la connaissance » remplacerait la production matérielle. le dogme de le libre-concurrence interdit toute politique industrielle européenne, il faut un État stratège et interventionniste. Pour ne prendre que cet exemple, l’encadrement et la sélectivité du crédit ne sont pas possibles dans le cadre de l’Union européenne.

Dans le cadre de l’Union européenne, aucune politique de substitution aux importations n’est possible.

La dévaluation n’est pas possible non plus.

La sortie de l’euro permettra d’éviter que les économies européennes continuent à se mener une concurrence destructrice par la baisse des salaires. Dès lors les gains de productivité, particulièrement en France où elle est très forte, pourront être répartis pour les salariés.

 

 

IV.- LES DIFFICULTÉS, L’IMPUISSANCE ET LES ANALYSES PARFOIS DANGEREUSES DE LA GAUCHE

La gauche (on ne parle pas, ici, du PS) est en grande difficulté sur la question de l’industrie et manifeste une impuissance tragique. On en veut pour preuve les déclarations de Jean-Pierre Chevènement, du Front de gauche et de l’association Attac.

 

A.- Jean-Pierre Chevènement

Le 7 novembre, dans un communiqué, il considère que le rapport Gallois « est un constat lucide et courageux de la cote d’alerte atteinte aujourd’hui par l’industrie française. Il est aussi un appel à l’effort collectif, fondé sur un nouveau pacte social, associant les salariés aux orientations de l’entreprise. » Il ajoute, renonçant à ses convictions les plus profondes : « Dès lors que le choix de la monnaie unique est considéré par le gouvernement comme un choix dans l’état actuel des choses, indépassable, l’idée d’une dévaluation fiscale est la seule qui puisse rétablir, autant que faire se peut, la compétitivité de nos industries. »

Il aggrave son cas en estimant que « Contrairement à ce que croit l’extrême-gauche, il n’y a pas d’avenir pour l’industrie française et pour les classes populaires dans une stratégie d’affrontement qui serait contreproductive pour elles et pour la France. La stratégie de coopération de toutes les forces de la production, ce que j’ai appelé l’alliance des productifs, appuyée sur un compromis social réaliste, est la seule féconde pour le redressement du pays. »

 

B.- Le Front de gauche

Dans un communiqué insipide du 7 novembre 2011, le Front de gauche dénonce les cadeaux aux entreprises. Sa seule proposition, juste au demeurant : imposer les revenus du capital à la même hauteur que les revenus du travail. Rien sur la contestation du principe même de la « compétitivité  », rien sur le redressement de la production industrielle, rien sur des mesures protectionnistes indispensables, rien sur l’euro…

 

C.- L’association Attac

Dans un document de plusieurs pages (Attac et Fondation Copernic, En finir avec la compétitivité, octobre 2012), l’association Attac étale son impuissance et s’engage sur une pente dangereuse.

D’abord, son analyse se rapproche de celle des libéraux : « Les problèmes de l’industrie française tiennent essentiellement à sa compétitivité hors-prix, qui renvoie à la qualité des produits, leur fiabilité, leur degré d’innovation technologique, l’adaptation à la demande, les délais de livraison… » Cette analyse est incorrecte comme on l’a vu plus haut. Le problème de l’industrie française est le libre-échange, le conservatisme des capitalistes et l’euro.

Ensuite, à propos du protectionnisme, Attac multiplie les affirmations erronées et les contresens.

Ainsi, le protectionnisme serait « une politique qui vise à protéger les capitalistes nationaux de la concurrence étrangère, en espérant éventuellement que cela profitera aussi aux salariés. » Il est exact que dans l’histoire économique les classes possédantes ont utilisé le protectionnisme ou le libre-échange selon leurs intérêts du moment. Elles n’ont cependant jamais intégré l’intérêt des salariés dans leur choix. Cette remarque d’Attac est étrange, et fait comme si les nations étaient, de toute éternité, dirigées par les capitalistes. Trois exemples peuvent être pris dans l’histoire qui témoignent du contraire.

D’abord, dans la phase de décolonisation et de libération nationale, de nombreux pays, notamment africains, ont pris des mesures protectionnistes. Il s’agissait pour eux de redresser leur économie et de la soustraire à la domination des grandes entreprises occidentales. Ensuite, dans les pays du socialisme « réel  », des mesures protectionnistes étaient prises pour assurer le développement industriel de ces pays et assurer l’emploi des populations. Plus près de nous, les mouvements sociaux paysans qui réclament la « souveraineté  » et la « sécurité  » alimentaires, luttent pour des mesures protectionnistes afin de se nourrir eux-mêmes, sans les importations subventionnées de l’Union européenne et des États-Unis. Ajoutons qu’un gouvernement de gauche, qui aurait nationalisé l’industrie (il n’y aurait plus de capitalistes), prendrait des mesures protectionnistes pour protéger les citoyens !

Pour Attac, « le protectionnisme est par essence unilatéral : l’Union européenne – ou plus vraisemblablement la France – imposerait des taxes dissuasives aux marchandises provenant de l’étranger, notamment des pays pauvres et des émergents. » Cette remarque traduit une méconnaissance des ravages du libre-échange, des possibilités offertes par des mesures protectionnistes et de la structure du commerce international. Car si des mesures protectionnistes sont prises dans le cadre de la charte de La Havane comme le propose le M’PEP, ce sont les pays à fort excédent commercial structurel qui seront l’objet de ces mesures : l’Allemagne et la Chine principalement. Rappelons que la charte de La Havane fonde sa conception du commerce international sur la recherche du plein-emploi pour tous les pays. Afin d’y parvenir, en tout cas pour ne pas provoquer du chômage chez les autres, cette charte prévoit une règle essentielle dans le commerce international : l’équilibre de la balance des paiements. Et c’est pour rétablir cet équilibre que des mesures protectionnistes sont autorisées. Ni plus, ni moins.

Toujours pour Attac : « Il [l protectionnisme] est aussi par essence nationaliste : la taxation se produit au passage de la frontière, renforçant l’identification des populations au cadre national. Il appelle inévitablement des mesures de rétorsions et une dynamique de conflits commerciaux entre nations. Il ne peut pas être durablement l’outil d’une politiquer de transition. » Faux ! La mise en place d’un nouvel ordre commercial international, comme le propose le M’PEP avec la charte de La Havane, est le contraire du nationalisme. C’est de l’internationalisme, l’abandon de la concurrence entre les travailleurs et la coopération entre les peuples et les nations. Par ailleurs, l’inquiétude d’Attac au fait que les populations s’identifient au cadre national est terrifiante. Elle signifie que les dirigeants d’Attac considèrent qu’il faut déraciner les peuples et, comme les capitaux et les marchandises, les rendre nomades et assurer leur mobilité. C’est exactement le projet néolibéral : casser les nations pour niveler les comportements, les gouts, les cultures, les langues… Cette négation du fait national ne peut qu’encourager, en réaction, les forces nationalistes et d’extrême droite. Oui, terrifiant cette vision des dirigeants d’Attac !

« La confrontation. Argumentaire anti-FN » (Le Temps des Cerises, 2012).



AuteurJacques Nikonoff
http://www.m-pep.org/spip.php?article3121

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