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Le blog de Lucien PONS

Il faut tirer un coup de chapeau à Pierre Lévy pour son édito du dernier numéro de BRN.

2 Mars 2012 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Politique étrangère

IUn texte de Gaston Pellet

Il faut tirer un coup de chapeau à Pierre Lévy pour son édito du dernier numéro de BRN.
Le matraquage médiatique autour de la Syrie nous fait en effet oublier qu'un de ses voisins est plus que tout autre intéressé par ce conflit. Nous parlons bien évidemment d'Israël qui occupe le Golan, territoire syrien dans la plus parfaite indiférence des "Occidentaux" si prompts pourtant à faire respecter le droit international. Et protéger les populations civiles... comme en Lybie, pour ne citer que leur dernière intervention humanitaire.
Voici cet article. Et lisez Bastille-République-Nations, mensuel progressiste radicalement eurocritique qui, pour survivre, a besoin de vos abonnements ; ne vous contentez pas du site http://www.brn-presse.fr/#Accueil.A.

Gaston Pellet
....................................... La clé du bras de fer

Frapper l’Iran ou pas ? La question s’étalait placidement en manchette du supplément géopolitique du Monde (13/02/12). Le quotidien soupesait l’attitude des dirigeants américains et européens vis-à-vis du bombardement envisagé par Israël contre la République islamique : freiner les ardeurs de Tel-Aviv, les encourager, ou bien temporiser jusqu’aux élections aux Etats-Unis ? Relevons que si le titre avait été – hypothèse d’école – « Frapper Israël ou pas ? », on imagine sans peine le tollé d’indignation qu’il eût provoqué. Il est cependant deux évidences qu’il convient de rappeler : d’une part, une telle action heurterait de plein fouet le droit international (dont le « cœur de métier » est – ou plutôt devrait être – de prévenir les agressions d’un pays contre un autre) ; d’autre part, elle causerait un nombre considérable de victimes. Le premier point n’est hélas guère un obstacle : une clause onusienne non écrite, mais toujours scrupuleusement appliquée, veut qu’Israël ne soit jamais sanctionné, quoiqu’il arrive. Ceux-là mêmes qui n’ont pas de mots assez durs pour s’indigner des vetos russe et chinois contre une résolution qui aurait ouvert la porte au renversement armé du président syrien jugent parfaitement normal que Washington couvre automatiquement son allié privilégié. Celui-ci occupe des territoires (y compris syriens) par la force, et n’a cessé de réprimer sans pitié la résistance palestinienne : bombardements, crimes de guerre, assassinats, détentions extrajudiciaires illimitées, expropriations, humiliations, et colonisation ouverte – et ce, depuis un demi-siècle. Un récent rapport des diplomates européens présents à Jérusalem dénonçait l’aggravation sur le terrain. Sans suite. Le second point souligne l’incroyable hypocrisie de ceux qui dénoncent « le tyran Bachar al-Assad qui massacre son propre peuple ». La fabrique de la désinformation atteint des sommets – une machine qui avait déjà produit les terrifiants bobards de Timisoara, des couveuses koweitiennes débranchées par les Irakiens, des camps de concentration érigés par les Serbes… Les atrocités alléguées visent à justifier des sanctions toujours plus lourdes ; l’UE devrait encore renforcer celles-ci le 27 février. Les insurgés, eux, ne combattent bien sûr qu’en gants blancs – à l’image de leurs prédécesseurs libyens, aujourd’hui au pouvoir, et qui accomplissent désormais vengeances, tortures et exactions à grande échelle dans un véritable chaos politique. Mais qu’importe, puisque les affaires reprennent : une délégation du Medef vient de revenir, enthousiaste, de Tripoli. Dans ce consensus, on notera la déclaration des syndicats français (CFDT, CGT, UNSA, FSU, Solidaires) ânonnant mot pour mot le discours dominant, et ignorant superbement les syndicats syriens. Ahurissant. Et consternant. La réalité est que, si le président syrien jouit d’un soutien populaire majoritaire (et organise le 26 février un référendum sur les réformes que naguère l’Occident prétendait souhaiter), les insurgés disposent depuis trois mois environ d’un appui qatari et occidental discret mais substantiel en termes d’armement et d’encadrement militaire. L’équation qu’on chuchote dans les chancelleries est simple : il faut venir à bout du régime Assad pour affaiblir l’Iran. Et pour cela, tous les concours sont bons, celui de l’Arabie saoudite (où un blogueur est menacé de la peine capitale pour avoir émis une nuance sur le prophète) comme celui d’Al-Qaïda, dont le chef vient d’appeler ouvertement au djihad contre le président syrien.Dans un entretien publié par six quotidiens européens (1), la chancelière allemande souhaitait récemment que l’UE devienne « un continent avec lequel on peut façonner le monde ». Le propos n’a guère été relevé ; c’est dommage. Si le président iranien avait exprimé son ambition de façonner le monde, on imagine sans peine l’indignation devant cet « incroyable dérapage ».Angela Merkel, elle, n’a pas dérapé. Elle livrait juste ingénument la clé du bras de fer.PIERRE LÉVY(1) Le Monde, 26/01/12




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