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Le blog de Lucien PONS

Juvin à Pompidou : une nouvelle affaire Borloo-Veolia ?

1 Mars 2012 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La santé

Juvin à Pompidou : une nouvelle affaire Borloo-Veolia ?
Mercredi 29 Février 2012 Clotilde Cadu - Marianne
Journaliste à Marianne, notamment en charge des questions de santé En savoir plus sur cet auteur
 

L-hopital-public.jpgL’arrivée de ce champion du cumul d’activités, maire, eurodéputé et secrétaire national de l’UMP, à la tête du service des urgences de l’hôpital européen Georges-Pompidou passe mal auprès de la communauté médicale des Hôpitaux de Paris. Retour sur une nomination polémique et politique, qui n’est pas sans rappeler la récente affaire Borloo/Véolia…

 

(wikimedia commons - cc - KoS)
Philippe Juvin n’est pas le genre d’homme qui recule devant les responsabilités. A 48 ans, l’homme est tout à la fois maire de la Garenne-Colombes, une commune des Hauts-de-Seine, député européen relativement assidu (plus de 80% de présence), secrétaire national de l’UMP en charge des fédérations professionnelles. Médecin hospitalier, il a contribué en 2007 à la rédaction du programme santé du candidat Sarkozy, réagit régulièrement publiquement aux questions de santé (au point qu’on lui prête souvent, à tort, les fonctions de conseiller santé du candidat-président).

Vendredi dernier, Philippe Juvin a coiffé une nouvelle casquette. La direction de l’Assistance publique – Hôpitaux de Paris (AP-HP) lui a confié la chefferie du service des urgences de l’hôpital européen Georges-Pompidou (HEGP). « Nous sommes devant un cas d’emploi en grande partie fictif », a très vite dénoncé un certain nombre de médecins, scandalisés par une nomination polémique et politique. « Compte tenu de ses nombreuses activités extra-professionnelles, il est matériellement impossible à monsieur Juvin d’exercer à temps plein son emploi hospitalo-universitaire pour lequel il est pourtant rémunéré à taux plein », écrivent dans une lettre ouverte à la directrice de l’institution hospitalière représentants syndicaux et membres de la Commission médicale d’Etablissement (CME) de l’AP-HP*.

L’intéressé ne voit pourtant pas où est le problème. « De nombreux médecins hospitaliers ont des activités politiques, associatives ou syndicales », plaide Philippe Juvin. « Il n’y a pas de raison pour que je quitte mes fonctions. Lorsque j’étais chef des urgences de l’hôpital Beaujon (son précédent poste, nldr), j’y arrivais déjà, j’ai même amélioré les délais de prises en charge des patients. Je vais totalement m’investir dans mes nouvelles fonctions », explique le nouveau chef de service, s’engageant même à un accueil meilleur et plus rapide des patients se présentant aux urgences de Pompidou. A moins d’avoir un don d’ubiquité – ce que n’a pas, à notre connaissance, Philippe Juvin – il semble difficile de gérer tout à la fois une municipalité, siéger au Parlement européen, faire tourner un gros service d’urgences (51.000 patients annuels) et assurer ses 90 heures de cours par an à la fac de médecine… 


Tripatouillage?

Cela n’a pourtant pas inquiété la direction de l’AP-HP, qui a désigné en toute connaissance de cause Philippe Juvin à ce poste : « la nomination du Pr Juvin, par la directrice du groupe hospitalier, intervient sur la proposition du chef de pôle et les avis obligatoires, qui se sont avérés convergents et unanimes du président de la Commission Médicale d'Etablissement Locale, du doyen de la faculté de médecine Paris Descartes et du président de la Commission Médicale d'Etablissement de l'AP-HP ».

Une nomination qui apparaît néanmoins plus liée au CV politique de l’homme qu’à son CV professionnel. En 2011, l’ancienne anesthésiste et ex-conseiller UMP de Paris Cécile Renson raillait déjà sur son blog « le merveilleux Philippe Juvin », « redevable (à Nicolas Sarkozy) de son élection de maire à La Garenne-Colombes, de celle de vice-président du Conseil général du 92 qu’il abandonna pour assumer son mandat de député européen. Il lui est reconnaissant aussi de son poste de professeur d’université – praticien hospitalier à l’Assistance publique – Hôpitaux de Paris, et de son poste de chef du service des urgences de Beaujon ». « Je pense qu’il a bénéficié d’un coup de pouce pour sa nomination à Pompidou », réagit-elle aujourd’hui. « Il est proche de Sarkozy, c’est les Hauts-de-Seine, l’EPAD… Tout ça me semble cousu de fil blanc ».

Philippe Juvin s’en défend ardemment : non, il n’a pas bénéficié d’appuis de la part de l’UMP ou du gouvernement. « Les critères de sélection étaient très stricts, la procédure très longue », insiste-t-il. Cela fait effectivement deux ans que le cumulard en blouse blanche attend patiemment son tour. En 2010, il coiffe au poteau deux autres candidats au poste de chef des urgences de Pompidou, qui doit être laissé vacant fin 2012, date du départ en retraite du patron du service d’alors. Une première commission des effectifs accorde 50% des voix à Juvin et 50% des voix à un de ses concurrents. Une nouvelle commission est alors mise sur pied pour les départager, qui se prononce plus massivement en faveur du candidat Juvin. « C’était un comité bidon, composé par copinage. Ceux qui votaient contre Juvin ont été remplacé », grince un médecin de l’AP-HP. « Au moins un autre candidat avait objectivement une bien meilleure épreuve de titres et travaux, et aurait pu exercer de façon effective des fonctions qu’il avait déjà assurées sur un autre site d’urgences », soulignent les médecins auteurs de la lettre ouverte.

Une réunion de la Commission médicale d’établissement (CME) centrale se tient courant 2011 pour examiner le transfert de Philippe Juvin de l’hôpital Beaujon à l’hôpital Pompidou. Et là, nouveau coup de théâtre : « Le résultat du vote de la CME a d’abord été défavorable à cette mutation », relate le professeur Bernard Granger. « Une fois la réunion terminée, après recomptage, le vote était finalement déclaré favorable. Certains des présents à cette réunion se sont demandés s’il n y avait pas eu un tripatouillage ». La nomination de Philippe Juvin est alors entérinée : c’est bien lui qui prendra la tête des urgences lorsque son prédécesseur cessera son activité en novembre 2012. En revanche, le doyen de la faculté de Paris-V, à laquelle est rattachée l’HEGP, refuse l’arrivée du professeur Juvin dans son université. « Au motif d’une insuffisance notoire de publications scientifiques », précisent les médecins dans leur lettre ouverte.

Au mois de septembre dernier, nouveau rebondissement : une unité médico-sociale d’un hôpital voisin, Corentin Celton, est rattachée aux urgences. Un service donc théoriquement modifié et qui nécessite la nomination d’un nouveau chef… « On m'a prévenu par téléphone un samedi à 16 heures pour me dire que les présentations de candidature auraient lieu le mardi », se souvient Alain Davido, chef de service des urgences de Pompidou débarqué. « On voulait savoir si je voulais quand même me présenter, signe que les dès étaient déjà jetés... ». Sans surprise, Philippe Juvin obtient le poste. Une intronisation rendue officielle ce vendredi, soit près de 9 mois avant la date initialement prévue. « L’hôpital a considéré qu’il fallait changer de chef de service au plus vite », se justifie Philippe Juvin. En tout cas avant mai 2012, visiblement…
 
 
* lettre ouverte cosignée par Bruno Devergie, vice-président de la Confédération des praticiens des hôpitaux (CPH) et président du Syndicat des praticiens de l’hôpital public ; Pierre Faraggi, président de la CPH ; Anne Gervais, membre de la Commission médicale d’établissement (CME) de l’AP-HP ; Bernard Granger, secrétaire du Mouvement de défense de l’hôpital public (MDHP) et membre de la CME de l’AP-HP ; André Grimaldi, président du MDHP ; Christophe Prudhomme, commission exécutive, Fédération CGT de la Santé et de l’Action sociale.
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