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Le blog de Lucien PONS

La France et l’Iran renouent le dialogue. Article de Médiapart.

25 Septembre 2013 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La Syrie - La Libye - l'Iran -

La France et l’Iran renouent le dialogue

|  Par Lénaïg Bredoux

En marge de l’assemblée générale des Nations unies, François Hollande et le président iranien Hassan Rohani ont prévu de s’entretenir en tête-à-tête ce mardi. Une première pour les deux pays depuis huit ans. Mais l’Élysée reste très prudent.

C’est un petit événement dans l’univers feutré des relations diplomatiques. Mardi, en marge de l’assemblée générale de l’ONU, François Hollande rencontrera son homologue iranien Hassan Rohani. C’est la première fois depuis huit ans qu’une telle rencontre est organisée.

Selon l’Élysée, l’entretien a été demandé par Hassan Rohani et a été « très rapidement accepté » par François Hollande, alors que les États-Unis de Barack Obama réservent leur réponse. La rencontre, d’une heure environ, portera sur la crise syrienne et le nucléaire iranien. Le ministre des affaires étrangères Laurent Fabius a également prévu de rencontrer son homologue Mohammad Javad Zarif.

La dernière rencontre entre un président français et un président iranien remonte à 2005. C’était à Paris, entre Jacques Chirac et Mohammed Khatami. L’élection quelques mois plus tard de Mahmoud Ahmadinejad avait provoqué une rupture des relations diplomatiques entre les deux pays et une avalanche de sanctions internationales à l’égard de l’Iran, dont une partie à l’initiative de la France de Nicolas Sarkozy. En 2011, le président français avait même menacé le régime iranien d’une « attaque préventive contre les sites iraniens ».

L’élection de François Hollande n’y avait rien changé. « François Hollande et Laurent Fabius ont continué à défendre une ligne dure. Entre 2005 et 2013, le contact avec les autorités iraniennes a été très pauvre. Il y a bien eu quelques émissaires mais aucune tentative n’a jamais abouti », explique François Nicoullaud, ambassadeur de France à Téhéran entre 2001 et 2005. « Les relations étaient au ralenti compte tenu du comportement de l’Iran. Nous ne souhaitions pas avoir de relations avec Mahmoud Ahmadinejad », rappelle-t-on à l’Élysée.

Hassan RohaniHassan Rohani© Reuters.

 

François Hollande et Laurent Fabius ont même parfois surpris les spécialistes de l’Iran et certains diplomates par la dureté du ton employé à l’égard de Téhéran. Sur le dossier du nucléaire, mais aussi sur la Syrie. À de nombreuses reprises, les autorités françaises ont par exemple utilisé l'Iran pour justifier une intervention militaire contre le régime de Bachar al-Assad. Devant les députés, début septembre, le premier ministre Jean-Marc Ayrault avait expliqué : « Il s’agit – et c’est notre responsabilité – de savoir si nous voulons mettre un coup d’arrêt à l’usage des armes de destruction massive, des armes chimiques. Demain ce sera peut-être l’Iran. Si nous cédons maintenant, est-ce que nous céderons demain ? »

La France a également assumé de privilégier ses partenaires habituels sunnites, le Qatar et l’Arabie saoudite, et de n’amorcer aucun geste vis-à-vis de la puissance chiite. Laurent Fabius avait ainsi exclu d’emblée une participation des autorités iraniennes à la conférence dite “Genève 2” qui doit sceller une solution politique.

Récemment, lors d’une audition devant la commission des affaires étrangères de l’Assemblée nationale, Laurent Fabius avait été interpellé par plusieurs députés sur l’absence de relations avec l’Iran. « N’y a-t-il pas un certain risque de se trouver dans une situation où les Iraniens feraient en sorte que les discussions (sur la Syrie, ndlr) traînent (…) et disent : “La Syrie, c’est possible mais il faut que vous nous laissiez agir comme nous l’entendons sur le nucléaire” », avait répondu le ministre des affaires étrangères.

Depuis son arrivée au quai d’Orsay, sa fermeté sur le dossier iranien avait étonné, y compris au sein de son cabinet. Selon plusieurs sources, « Fabius a un prisme personnel sur l’Iran ». D’après elles, le ministre reste très marqué par son expérience de premier ministre de 1984 à 1986 à l’époque noire des prises d’otages au Liban et des attentats en plein Paris, attribués au régime iranien.

Les diplomates chargés du dossier du nucléaire iranien au quai d’Orsay ont aussi la réputation d’être sur une ligne “dure” à l’endroit du régime de Téhéran. « Il y a un phénomène de continuité administrative. Les gestionnaires de ce dossier n’ont pas beaucoup changé et sont sur une ligne un peu néoconservatrice sur le nucléaire », affirme une source diplomatique, sous couvert d’anonymat.

C’est dans ce contexte que l’entretien entre François Hollande et Hassan Rohani revêt une importance particulière. « C’est un geste important. Et c’est très positif. Il y a eu un changement d’atmosphère à Téhéran. La France veut voir jusqu’où Rohani a envie et peut aller. C’est peut-être le début d’un dégel », se réjouit l’ancien ambassadeur François Nicoullaud.

« C’est du bon sens de discuter avec les Iraniens qui sont un élément de la crise syrienne et de la paix, ou de la guerre, dans toute la région. Nous aurions d’ailleurs tort d’être dans la construction d’un arc sunnite contre un arc chiite parce qu’on se mettrait exclusivement dans les mains des monarchies du Golfe. Or celles-ci soutiennent des forces qu’on combat au Mali par exemple ! » estime de son côté le député PS Pouria Amirshahi, membre du groupe d’amitié France-Iran.

Cette rencontre a été favorisée par la crise syrienne mais aussi, et surtout, par le départ d’Ahmadinejad et par l’élection d’Hassan Rohani en juin dernier. « Il fallait un facteur politique déclenchant. C’est le contexte qui a été déterminant », explique un conseiller de François Hollande. Rohani, un modéré du régime, cherche à être « l’antithèse d’Ahmadinejad », notamment sur le dossier du nucléaire, dans un pays affaibli économiquement par les sanctions internationales. Lundi, le nouveau président a promis de présenter devant l’ONU « le véritable visage de l’Iran ».

Mais la France reste très prudente. Fin août, lors de la conférence des ambassadeurs, Laurent Fabius avait expliqué que « s’agissant de l’Iran, nous maintenons la pression, car si l’élection d’un nouveau président traduit un espoir de changement de la part de la population, l’exécutif n’a pas pour l’instant débouché sur des actes concrets ». À l’Élysée, on explique aussi attendre la « concrétisation » des nouvelles intentions affichées par le président iranien. C’est ce que François Hollande espère obtenir mardi à New York.

[[lire_aussi]]Sur la Syrie, il veut que Téhéran reconnaisse les conclusions de la conférence dite “Genève 1” et appuie une transition politique passant par le transfert du pouvoir d’Assad à « une autorité pleinement représentative ». « Les Iraniens peuvent être un partenaire de sortie de crise à condition qu’ils jouent l’apaisement », estime-t-on à Paris. « On attend également du nouveau président qu’il annonce la volonté de l’Iran de s’engager dans la transparence et la coopération totale avec l’Agence internationale de l’énergie atomique, sur son programme nucléaire dont la finalité civile n’est aujourd’hui pas crédible », explique-t-on à l’Élysée.

 

 

http://www.mediapart.fr/journal/international/230913/la-france-et-l-iran-renouent-le-dialogue

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