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Le blog de Lucien PONS

Pourquoi je ne suis pas optimiste pour l’année 2014, par Joseph Stiglitz. Le blog d'Olivier Berruyer.

11 Janvier 2014 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Economie

11 janvier 2014

Une majorité de citoyens des pays avancés a vu ses revenus diminuer en 2013 et il en sera de même en 2014. Et à ce jour, aucun gouvernement ne semble en mesure de mettre en oeuvre les réformes nécessaires.

Pourquoi je ne suis pas optimiste pour l\'année 2014

Il y a quelque chose d’affligeant à faire un bilan de fin d’année cinq ans après la crise financière mondiale de 2008. Nous avons évité une deuxième « Grande Dépression », mais pas le « Grand Malaise » né dans son sillage, car, sauf pour une minorité, les revenus des citoyens des pays avancés stagnent – une situation qui va sans doute se prolonger en 2014.

 

Aux Etats-Unis, le revenu médian baisse continuellement ; celui des salariés est inférieur à ce qu’il était il y a quarante ans. En Europe, plus de la moitié des jeunes Espagnols et des jeunes Grecs sont au chômage. Le FMI prévoit pour l’Espagne un taux de chômage supérieur à 25 % dans les années à venir.

 

Le véritable danger pour l’Europe est de s’enfoncer dans un sentiment d’autosatisfaction. Tout au long de 2013 le rythme des réformes institutionnelles vitales s’est ralenti. Ainsi la zone euro a besoin d’une véritable union bancaire (qui ne se limite pas à une supervision bancaire commune, mais intègre une assurance commune des dépôts et un mécanisme commun de résolution des crises) et d’euro-obligations ou d’un véhicule similaire pour mutualiser la dette. Mais en 2013 la zone euro ne s’est pas rapprochée de ces objectifs.

 

La stagnation prolongée est inquiétante et le risque plane d’une nouvelle crise dans un pays encore épargné. Si ce n’est cette année, elle pourrait éclater dans un futur relativement proche.

 

La situation n’est que légèrement meilleure aux Etats-Unis où les inégalités croissantes s’accompagnent d’une très forte polarisation politique. Même si la Fed réduit ses achats d’actifs à long terme, il ne faut pas s’attendre à ce qu’elle relève ses taux d’intérêt pratiquement à zéro avant 2015 au plus tôt.

 

Il ne serait pas judicieux d’augmenter les taux d’intérêt, bien que le relâchement monétaire ait un tant soit peu bénéficié à l’économie américaine tout en accroissant les risques à l’étranger. Les discussions qui ont eu lieu début 2013 sur la fin des mesures de relâchement monétaire ont provoqué des secousses sur les marchés financiers mondiaux, mettant en évidence l’étendue de l’interdépendance au sein de l’économie mondiale.

 

De même que le relâchement monétaire a suscité une appréciation de la monnaie, l’annonce de sa possible fin a déclenché une dépréciation. Heureusement, la plupart des marchés émergents ont résisté au choc, car ils avaient accumulé d’importantes réserves en devises étrangères et leur économie était suffisamment forte.

 

Néanmoins, le ralentissement de la croissance des pays émergents a été une déception, d’autant qu’il va probablement se prolonger en 2014. L’explication varie selon le pays. En Inde par exemple, on l’attribue à des problèmes politiques à New Delhi et à une banque centrale préoccupée avant tout par la stabilité des prix.

 

Au Brésil, les troubles sociaux montrent que, malgré de remarquables progrès dans la réduction de la pauvreté et des inégalités au cours des dix dernières années, le pays a encore un long chemin à parcourir pour que la prospérité soit partagée. Par ailleurs, la vague de protestations a mis en évidence l’influence politique croissante d’une classe moyenne en expansion.

 

En Chine, le ralentissement de la croissance a d’importantes répercussions sur le prix des matières premières et sur leurs exportateurs à travers le monde. Mais il faut mettre le ralentissement de la Chine en perspective : toute la planète lui envie son taux de croissance, même à la baisse. Et son évolution vers une croissance durable, même à très petit pas, lui sera bénéfique à long terme – ainsi qu’au reste du monde.

 

En 2013, de même que lors des années précédentes, le problème fondamental qui a hanté l’économie mondiale reste l’insuffisance de la demande agrégée. Cela ne traduit évidemment pas une absence de besoins – en matière d’infrastructure par exemple, ou plus largement pour adapter un peu partout l’économie au réchauffement climatique. Mais le système financier privé mondial semble incapable de recycler les surplus pour répondre à ces besoins. Et l’idéologie dominante nous empêche d’imaginer des alternatives.

 

Globalement, l’économie de marché ne fonctionne pas. Des ressources restent inutilisées, tandis que des besoins restent insatisfaits. D’importants segments de nos sociétés n’en retirent aucun bénéfice. Il ne faut pas s’attendre à des progrès significatifs en 2014 ou dans l’avenir prévisible. Tant au niveau national qu’international, les systèmes politiques paraissent incapables d’entreprendre les réformes nécessaires à un avenir meilleur.

 

Les résultats de l’économie mondiale seront peut-être légèrement meilleurs en 2014 qu’en 2013, mais ce n’est pas sûr. Vues dans le contexte plus large du « Grand Malaise » qui se prolonge, ces deux années resteront sans doute dans les mémoires comme celles des occasions manquées.


Joseph E. Stiglitz, est prix Nobel d’économie et professeur à l’université Columbia, à New York.

 

Cet article est publié en collaboration avec Project Syndicate 2014.

 

http://www.les-crises.fr/pourquoi-pas-optimiste-stiglitz/

 

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