Sur MARIANNE

 Nicolas Domenach - Marianne

 

 
Certains espèrent encore sauver leurs têtes et les meubles aux municipales mais la dynamique de la gauche unie ressemble à de la dynamite instable, prête à exploser au nez de ceux qui la manipulent inconsidérément.

 

Quand les socialistes marchent vers l’échafaud…
 
Ah, ça les socialistes ne partent pas au combat électoral la fleur au fusil ni la pointe à la bouche ! Ils ont triste mine. Comme s’ils marchaient à l’échafaud. Sans même attendre quoi que ce soit de la parole présidentielle qui doit tomber de la petite lucarne dimanche. Au moins ne seront-ils pas déçus…

 
Certains espèrent encore sauver leurs têtes et les meubles aux municipales, avant la guillotine à trois lames, européennes, régionales et cantonales. Derniers espoirs –ultimes illusions - avant l’inéluctable équarrissage ? «  Le bon bilan des maires de gauche et la dynamique de rassemblement PS-PC-Verts entre deux tours devrait permettre de préserver nombre de mairies assure un des stratèges en chef socialiste Jean-Christophe Cambadélis. Car de l’autre côté, la droite sera laminée par le FN qui veut lui faire la peau… ». C’est la version optimiste, certains diront « pipeau », d’une situation vécue beaucoup plus dramatiquement par les candidats déjà en lice qui battent quasiment la campagne comme on va à un enterrement. Le sien !

D’abord, la dynamique de la gauche unie ressemble à de la dynamite instable, prête à exploser au nez de ceux qui la manipulent inconsidérément. Nombre d’écologistes rêvent désormais de faire exploser cette fausse alliance si humiliante du fort au faible. Le masochisme a ses limites que les écologistes ont atteintes. Quant aux communistes, leur sape systématique du pouvoir ne peut conduire qu’à l’effondrement de leur (més)entente. L’union de ces gauches est un mélange repoussant plus qu’attractif, face à des adversaires qui ne sont pas aussi épouvantails que Sarkozy.

Les parlementaires PS le constatent eux-mêmes sur le terrain, avec quelque amertume, car ils alertent le pouvoir depuis des mois « les sympathisants socialistes sont, seront aux abonnés électoraux absents ». Travailleurs salariés, fonctionnaires, jeunes, et même personnes âgées qui avaient voté Hollande, toutes ces clientèles ont envie de « punir » « leurs » gouvernants qu’ils ne reconnaissent plus comme les « leurs » justement. Ils n’iront pas jusqu’à voter pour une droite dérisoire et hargneuse, ni pour une extrême-droite xénophobe, mais ils tourneront, ils ont déjà tourné le dos à une aventure hollandaise qui se poursuit sans eux.
Ce n’est pas seulement une question d’emploi et de pouvoir d’achat. Encore que…Encore que les députés se font alpaguer un peu partout, vivement, sur les taxes dont ils bastonnent petites et moyennes gens. Personne a vu « la pause fiscale »,  à l’inverse et à l’averse, tout le monde a le sentiment d’une dégelée de prélèvements qui tombent sans cesse plus drus et menacent de s’abattre toujours davantage. Pas de parapluie sauf pour les entreprises qui échappent au bombardement. Ça ne crée pas un climat électoral favorable…

Surtout en l’absence de toute décision favorable au pouvoir d’achat. Alors, ça devrait secouer quelque peu à l’assemblée pour faire dégringoler de là-haut, de Bercy quelque mesure plus que cosmétiques. Les parlementaires exaspérés  rouleront des mots et des muscles. Ils feront du bruit, peut-être même du vacarme. Le ministre des Finances Bernard Cazeneuve habile diplomate, qui reçoit les socialistes de la commission des finances lundi, va devoir s’employer pour les amadouer. On sortira quelques mesurettes de derrière les fagots qu’on baptisera peut-être « conquêtes sociale ». Mais sans tromper qui que ce soit. La priorité est à l’investissement, pas à la redistribution. Noël ne sera pas en septembre. Ni même en décembre !

De toutes façons, la rupture est désormais trop profonde entre la gauche et « ses » électeurs. Elle ne tient pas seulement à la matérielle, au pouvoir d’achat, même si cela compte, et bougrement, mais à des manquements plus fondamentaux de gouvernance, de politique. A commencer par le manque d’empathie de ce pouvoir. « Nous sommes gouvernés par des techno-socialos », enragent la plupart des élus qui tirent en vain les sonnettes d’alarme des ministères et de l’Elysée. « On parle du chômage, jamais des chômeurs », poursuivent-ils, attrapant par la manche, dans les couloirs de l’Assemblée les ministres censés être proches de Hollande, tel Stéphane Le Foll, pour les supplier d’en finir avec le sabir des experts et d’en revenir aux mots, aux douleurs, aux espérances du quotidien des mortels. En vain. Le pouvoir est un autisme technocratique. Pire encore, il conduit à la paranoïa. Toute critique est suspecte de procéder d’un complot ourdi par des concurrents malintentionnés. « Si tu n’es pas avec moi, c’est que tu es contre moi ». Il n’est guère de majorité qui ait échappé à cette folie. Les socialistes moins que quiconque !
 
Mais il y a peut-être plus grave, en tout cas au moins autant : ce pouvoir n’a pas le discours de sa politique, celle qu’il pratique et encore moins celle qui avait été dessinée au Bourget, quand la campagne de François Hollande a pris son envol. Pas de mots, pas de propos qui s’inscrivent dans le roman national de la gauche et de la France. Pas de souffle ni de perspective qui permette de mobiliser, de rassembler, de faire que chacun se sente membre d’un tout, individu citoyen participant d’une aventure collective qui le, qui nous dépasse. « La page hollandaise du roman français demeure encore blanche, regrette le député PS Malek Boutih, ou en tout cas brouillonne. Le moment est pourtant venu d’en écrire, d’en inventer un nouveau chapitre. Faute de quoi… »
Faute de quoi les têtes vont tomber lors des scrutins à venir. Certains veulent croire qu’après, lorsqu’Harlem Désir aura chu et quelques autres ministres avec lui, voir le Premier d’entre eux, mais cela est loin d’être sûr, alors il faudra bien se mettre à l’écriture, à la politique, à la légende socialiste du siècle qu’il urge d’inventer.
Ces chevaliers de l’avenir qui refusent de perdre la foi font penser à ce noble qui, pendant la révolution, corna l’ouvrage qu’il lisait et le ferma avec soin avant de monter sur l’échafaud…