7/05/2014

 

Les accords commerciaux

L’affaire ukrainienne illustre une question qui n’a jamais été tranchée : quelles doivent être les frontières de l’Union Européenne ?

2 conceptions existent :

• Pour les démocrates-chrétiens et les conservateurs, la finalité politique est de créer une entité fondée sur une unité historique et géoculturelle. Pour eux, l’Union a donc déjà atteint globalement ses frontières maximales ;

• Pour les libéraux et les socio-démocrates, la finalité politique est de faire coopérer avec méthode des peuples différents. Pour eux, il faut continuer à élargir à l’Est, à la Turquie et, un jour au Maghreb.

Au vu du libéralisme ambiant, c’est donc la seconde solution qui a prévalu : l’élargissement à outrance.

Indépendante en 1991, l’Ukraine signe un premier accord de partenariat avec l’UE en 1994, puis demande à lancer un processus d’adhésion à l’Union Européenne dès 1998, ce qui lui est refusé en 2003 – le président de la Commission Européenne confiant alors que « l’Ukraine n’est pas plus européenne que la Nouvelle-Zélande ». Dès 1999, les négociations commencent à propos d’un accord de libre-échange.

“Source :  Parlement européen

Elle signe alors l’accord d’espace économique commun à la Russie, la Biélorussie, l’Ukraine et le Kazakhstan, qui veulent aboutir à une Union douanière sur le modèle de la Communauté européenne. Mais les remous politiques internes l’empêchent finalement de rejoindre cette Union douanière à 3 pays qui naît en 2010 et se transforme en 2012 en Espace Economique Commun.

En 2009, est créé le Partenariat oriental qui est un accord d’association que l’Union européenne a conclu avec l’Arménie, l’Azerbaïdjan, la Géorgie, la Moldavie, l’Ukraine et la Biélorussie.

Un accord UE/Ukraine en 2009 sur les gazoducs, qualifié par le ministre russe des Affaires étrangères d’« acte inamical » déclenche alors l’irritation russe. Vladimir Poutine menace alors de revoir les relations de la Russie avec l’UE :

« Si les intérêts de la Russie sont ignorés, nous allons aussi commencer à examiner les fondements de nos relations ».

En 2011, naît le projet d’Union eurasiatique pour 2015, élargissant l’Union douanière à plusieurs autres anciennes républiques de l’URSS.

Europe et Russie convoitent alors l’Ukraine, qui était alors dans une stratégie « d’État européen non-aligné ».

On a alors pu entendre la ministre américaine Hillary Clinton déclarer :

« On assiste à une tentative de resoviétiser la région. Cela ne s’appellera pas comme cela, cela s’appellera Union douanière, cela s’appellera Union eurasiatique. […] Ne nous y trompons pas. Nous savons quel est le but et nous essayons de trouver les moyens de le freiner ou de l’empêcher. » [Hillary Clinton, 6/12/2012]

“Source : Central Asia Newswire

ce qui est stupéfiant (mettez-vous à la place de Poutine !). Faire une Union EurAsiatique un peu sur le modèle du Traité de Rome, ce serait faire l’URSS ! Mais qu’a fait Bruxelles alors depuis 1957… ?

Les Oligarques

(au plutôt, quelques oligarques)

Suite du billet précédent sur l’Ukraine
Index de la série

Les oligarques ukrainiens ont alors utilisé leur influence sur le pouvoir politique auquel ils sont intimement liés (Pintchouk est le gendre de Koutchma, Oleksander Ianoukovitch le fils de l’actuel président et Akhmetov une connaissance de longue date) pour promouvoir leurs intérêts économiques, en se protégeant de la concurrence russe (positionnée sur les mêmes secteurs d’activités). Et Viktor Ianoukovitch dépend grandement de leur soutien pour sa réélection en 2015.

C’est leur lobbying intensif qui a incité Viktor Ianoukovitch à opérer un changement de cap historique, en se tournant vers un accord d’association avancé avec l’Union Européenne. Ils activent également leurs réseaux européens pour forcer la signature de l’accord.

Par exemple, l’oligarque Viktor Pinchouk est la 2e fortune d’Ukraine avec 3 milliards de dollars, et le gendre de l’ancien président Koutchma :

Il est par ailleurs un mécène de la fondation des Clinton, la Clinton Global Initiative, à laquelle il a donné plus de 10 millions de dollars – ce qui lui a ouvert les portes de Washington… Rappelons que la mission de fondation est de « réunir les leaders mondiaux pour créer des solutions innovatrices aux défis mondiaux les plus urgents » – mais derrière ce slogan rutilant se trouve l’objectif réel : créer un réseau international de puissants appuis à Hillary Clinton en vue de la Présidentielle.

Il a fondé l’ONG « The Yalta European Strategy », dont le but principal est de soutenir l’adhésion de l’Ukraine à l’UE.

“Source : Yalta European Strategy (YES)

Le Conseil d’Administration est assez éclairant :

On note donc que le Président de YES est Alexandre Kwasniewski, ancien président polonais (1995-2005), avec à ses côtés Pat Cox, Javier Solana – dont la biographie « oublie » de préciser qu’il a juste été le secrétaire général de l’OTAN entre 1995 et 1999), le vice-président du PPE, et l’influent communiquant français Stéphane Fouks.

Concluons par ces propos de Condoleezza Rice au meeting Yes 2012 : « Les transformations démocratiques requièrent du temps et de la patience, requièrent un appui de l’extérieur comme de l’intérieur ». La stratégie est désormais bien rodée, de la Yougoslavie à la Libye, de la Syrie à l’Ukraine : insérer des coins dans les failles qu’a tout État, pour en dégonder les bases en soutenant ou fomentant des rébellions anti-gouvernementales, tandis qu’on déchaîne une trépidante campagne médiatique contre le gouvernement qu’on veut abattre.

Mais un autre de ces oligarques a joué un rôle encore plus important ces dernières années : Petro Porochenko.

7e fortune d’Ukraine, avec 1,3 milliards de dollars, il est à 48 ans un industriel qui a construit un empire, d’abord dans la confiserie – lui ayant valu le surnom de « Roi du chocolat » – avant de se diversifier dans l’industrie et les médias.

Mais aussi d’œuvrer énormément en politique. Député pendant 10 ans, il deviendra le principal financeur du Président Victor Iouchtchenko et de la Révolution Orange de 2004. Petro Porochenko préside ensuite le Conseil d’administration de la banque centrale d’Ukraine, avant de devenir ministre des Affaires étrangères en 2009-2010. Il fait alors les gros titres en indiquant que l’Ukraine pourrait rejoindre l’OTAN en deux ans en cas de volonté politique.

“Source : The Kyiv Post

Porochenko est en effet un très chaud partisan de l’Union Européenne et des États-Unis.

“Source : The New Republic

Durant l’année 2012, il se retrouve nommé Ministre du Commerce par Viktor Ianoukovitch.

Le projet d’accord d’association est alors finalisé sous son impulsion. Mais étonnement, Catherine Ashton indique que ce projet n’avancera pas tant que le sort de Ioulia Timochenko ne serait pas revu… Et son cas, diffère ensuite longuement la signature de l’accord.

 

http://www.les-crises.fr/les-accords-commerciaux/