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Le blog de Lucien PONS

Vous n’aurez pas l’Alsace ! (Quant à la Lorraine, on verra…)

4 Février 2013 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La réforme territoriale

Vous n’aurez pas l’Alsace ! (Quant à la Lorraine, on verra…)

barrage-vauban

 

José
Meidinger

 

Journaliste.
Ancien grand reporter à France 3 Alsace, il passe son temps entre l’Alsace et la Grèce.

L’Alsace (prononcez [al.zas] ; s’ Elsass en alsacien) a les mêmes démangeaisons émancipatrices que l’Écosse, la Catalogne ou la Wallonie. Comme ses grandes sœurs européennes, ça la chatouille (et même sérieusement) sous sa coiffe aux grands nœuds noirs. Après avoir changé cinq fois de nationalité, elle s’imagine volontiers autonome, voire indépendante. Et pourquoi pas ?

Même si l’Alsace est l’une des plus petites régions de France, il y a nettement plus petit qu’elle en Europe. Après tout, le Luxembourg est un nain à côté d’elle : 2 586 km2 contre 8 280 km2, et un peu moins de 500 000 habitants contre 1 800 000 pour l’Alsace.

Quand on creuse un peu, l’Histoire vient conforter la géographie : l’Alsace s’enorgueillit d’avoir été longtemps une terre libre, indépendante, jusqu’à son annexion par Louis XIV en 1648. En ces temps bénits d’avant le Roi Soleil, Strasbourg comme Mulhouse, villes libres, levaient armée, battaient monnaie. Gutenberg y inventa l’imprimerie, Calvin y trouva refuge. Erasme, lors de son séjour à Strasbourg en 1514, y découvrit même la cité idéale dont il avait toujours rêvé, avec un gouvernement « sans despotisme, une aristocratie sans factions, une démocratie sans désordres, une richesse sans luxe, un bonheur sans arrogance. Oh, divin Platon, ici, en effet, il aurait été possible d’introduire ton État idéal »

Cet État idéal, déconstruit après 1648 par Vauban et ses troupes, salué plus tard par Voltaire comme une « terre qui est dans la France et n’est pas terre de France », connut, au fil de l’Histoire, des fortunes diverses, à chaque aller-retour entre Vosges et Forêt-Noire.

Aujourd’hui, l’Alsace tricolore mais réaliste lorgne sans complexe de l’autre côté du Rhin. Mais que l’on ne s’y trompe pas : les Alsaciens ne sont pas nostalgiques d’un quelconque retour chez leurs cousins germains. Néanmoins, quand ils font la comparaison avec leurs voisins et leur « made in Germany », les Alsaciens constatent, incrédules, que « chez eux, ça marche » : l’économie redémarre, le chômage recule, alors que dans la Françalsace, tout paraît compliqué, figé, fossilisé et « rien ne marche »

Autant dire qu’ils en ont gros sur la kartoffel et que ça détricote grave au pays de la choucroute, où la moutarde monte au nez. « C’est français ! » fulmine-t-on volontiers dans les winstubs, en se gaussant des « Français de l’intérieur », ces « Haase » qui, en 1940, ont détalé comme des « lapins » devant les Allemands, les livrant à l’annexion nazie.

La France est en faillite, ça sent le Sapin… « C’est une image… » d’Épinal sans doute, rétorque sans rire Moscovici. Alors, devant une telle cacophonie, quoi d’étonnant que l’Alsace souhaite enfin reprendre en mains son destin, agir comme elle l’entend. Charbonnier maître chez elle, en quelque sorte. En clair, l’Alsace qui a toujours fait sécession politiquement, en votant invariablement à droite depuis 1945, entend renforcer les moyens de son autogestion, de son autonomie institutionnelle. Et elle compte bien s’en donner les moyens en fusionnant dans une même collectivité, le conseil régional d’Alsace et les conseils généraux du Bas-Rhin et du Haut-Rhin. Une institution unique, un Conseil d’Alsace pour être plus efficace et plus performant en France et en Europe, un mariage pour tous les Alsaciens en quelque sorte !

Ce futur Parlement d’Alsace — c’est une première en France — aura l’onction du suffrage universel : le dimanche 7 avril, les électeurs alsaciens sont appelés aux urnes (par référendum) pour répondre à cette question : « Approuvez-vous le projet de création d’une collectivité territoriale d’Alsace ? »

Autrement dit : êtes-vous d’accord avec la fusion des deux conseils généraux et du conseil régional en une seule entité ? Pas plus, pas moins ! Les socialistes jacobins hurlent au déni constitutionnel et cherchent à faire diversion, pitoyable réplique de midinette outragée face à une démarche institutionnelle majeure qui laisse la gauche au bord du chemin. Faute de l’avoir dans les urnes, les socialistes jacobins n’auront pas l’Alsace à l’intimidation, comme en 1918. L’Alsace émancipée, à coup sûr, ils ne l’auront pas, sinon dans les burnes… Quant à la Lorraine, on verra…

 

José Meidinger, le 3 février 2013
 
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