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Le blog de Lucien PONS

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En août dernier, 93 Rohingyas hindous ont été massacrés par des terroristes islamistes rohingyas

18 Septembre 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Histoire, #La nation ., #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La mondialisation, #La guerre, #Le grand banditisme, #Terrorisme, #Daesch, #le nazisme

En août dernier, 93 Rohingyas hindous ont été massacrés par des terroristes islamistes rohingyas

 
Le nom « Rohingya » ne signifie pas celui d’une ethnie particulière mais d’une minorité parlant la langue bengali. Selon les critères communément accepté par les éthnologistes, une ethnie correspond à un groupe d’humains parlant une langue spécifique donc nous pouvons affirmer sans risques que les Rohingyas sont d’ethnie bengali. L’ethnie bengali est majoritaire au Bengladesh et dans l’Etat du Bengale Occidental situé en Inde. Ces deux entités étatiques ont été séparée lors de l’indépendance de l’Inde en 1947, la majorité des Musulmans se retrouvant dans ce qui était alors le Pakistan Oriental et qui est devenu le Bengladesh suite à la guerre d’indépendance de 1971, tandis que la majorité des Bengalis de religion hindou se retrouvait dans ce qui est l’Etat indien du Bengale Occidental dont la capitale est Calcutta. Mais, bien évidemment, il était quasiment impossible de réunir les membres d’une même religion dans un même ensemble étatique en se contentant de tracer une ligne frontalière et aujourd’hui, tandis que le Bengale Occidental possède une importante minorité musulmane, le Bengladesh possède quant à lui une importante minorité hindou.

Lors de la colonisation de la Birmanie au XIXème siècle, les Anglais se sont aperçu que l’immense majorité des Birmans refusaient de collaborer avec leur administration coloniale. Ils ont donc « importé » des Bengalis dans ce pays pour leur servir de flics. Vu que l’actuel Bengladesh est frontalier de la Birmanie, ce qui n’est pas le cas de l’Etat indien du Bengale Occidental, la grande majorité de ces « bengalis/rohingyas » anciens collaborateurs des colonialistes anglais étaient de confession musulmane. La majorité mais pas tous. Une minorité d’entre eux étaient de religion hindoue. Et ces derniers ont évidemment refusé de s’intégrer aux mouvements armés islamistes se revendiquant de l’Etat islamique ou d’Al Qaïda

Les 24 et 25 août 2017, 93 membres minoritaires hindous du village de Kha Maung Seik situé dans le district de Maungdaw, ont été abattus par des musulmans rohingyas, 8 jeunes femmes hindoues et 10 enfants, forcés de se convertir à l’Islam pour avoir la vie sauve, ont été kidnappés et conduits au Bangladesh à travers la frontière. Les 93 personnes qui ont été assassinées n’ont pas été classées comme tuées dans les annonces gouvernementales birmanes.

Les tueurs ont ensuite traversé la frontière pour se rendre au Bangladesh, se sont réfugiés dans un camp de réfugiés se trouvant là-bas, ont été soignés, et se promènent actuellement en portant les vêtements qu’ils ont volés aux victimes du massacre.

Ces « Bengalis/Rohingyas » hindous ont été massacrés par une foule musulmane de plusieurs centaines de personnes aux visages masqués, portant des armes à feu, des machettes, des haches et d’autres armes entre leurs mains. Les assassinats se sont produits dans les hameaux hindous des villages de Ye Bauk Kyar et Taung Ywar Anauk Kha Maung Seik les 27 et 28 août.

56 villageois hindous ont été tués dans le massacre du village de Ye Bauk Kyar qui s’est produit vers 4 heures de l’après-midi le 24 août, tandis que 37 autres Hindous ont été abattus dans le village voisin de Taung Ywar vers 10 heures du matin le 25 août. Le nombre des victimes de ces deux massacres correspond à 93. En regardant le calendrier des événements, le premier massacre du village de Ye Bauk Kyar a été lancé moins d’une demi-journée avant les attaques coordonnées nocturnes contre 30 avant-postes de sécurité par les terroristes islamistes rohingyas.

Une femme « bengali/rohingya » hindoue, Daw Khalwani, a témoigné sur ce massacre.

Daw Khalwani, une femme hindoue de 40 ans originaire de Ye Bauk Kyar, se dirigeait vers son village sans savoir que les musulmans « bengalis/rohingyas » y étaient en train de commettre un massacre. Alors qu’elle remarquait une agitation en se rapprochant du village, elle s’est cachée dans les buissons et a dû supporter l’horreur de voir ce qui se passait. A part son fils, qui était en voyage au Bangladesh à ce moment-là et elle-même, les six autres membres de sa famille ont été assassinés devant ses yeux.

Sous le choc et poussée par la peur, elle s’est furtivement dirigé vers le petit village hindou le plus proche, Taung Ywar, et a passé la nuit là-bas. Elle a raconté aux villageois ce qui venait de se passer au village de Ye Bauk Kyar, et cela a terrorisé ses interlocuteurs. S’enfuir pendant la nuit n’était pas une option raisonnable pour eux, car leur village était entouré de grands villages « rohingyas/bengalis » musulmans et ils savaient n’être pas en mesure de les traverser. Étant donné que la population totale du village, cette nuit-là, y compris les enfants et les vieilles personnes, ne comptait que 54 habitants, toute lutte était totalement impossible.

Dans la peur et l’impuissance, ils ont passé la nuit à prier car ils ne pouvaient pas sortir. Toutes les connexions téléphoniques étaient déjà mortes depuis trois jours. Ils ont essayé de se rassurer en pensant que ces musulmans « rohingyas/bengalis » étaient peut-être satisfaits de l’extermination d’un village hindou et qu’ils ne s’en prendraient pas à eux. (Pendant cette soirée sans sommeil, des terroristes « rohingyas/bengalis » ont lancé des attaques coordonnées contre une trentaine d’avant-postes de sécurité dans les cantons de Maungdaw, Buthidaung et Rathedaung).

Mais le lendemain, à 8 heures du matin, des centaines d’attaquants habillés en noir et portant des masques noirs, tous armés de fusils, de haches et de machettes se sont pointés à Taung Ywar. Ils ont commencé par piller les maisons et ont ensuite rassemblé les villageois. Tous les téléphones portables des villageois leur ont été confisqués. Ensuite, la foule armée les a conduit hors du village, vers le sud-ouest jusqu’à une petite vallée située près du village musulman de Baw Taw Lar. Sur place, il y avait une grande fosse sur le sol prête à servir.

Tous les prisonniers ont été attachés avec des cordes. Les prisonniers qui allaient être exécutés avaient les yeux bandés. Le massacre des prisonniers a été fait sans qu’il n’y ait eu de désordre, et les corps ont été jetés dans la fosse. Avec le meurtre de chaque malheureux prisonnier, les bourreaux criaient « Allah Akbar ».

Les bourreaux disaient aussi: « Vos bâtards recourent au peuple Rakhine et à l’armée birmane. Maintenant, allez demander à votre peuple Rakhine et à votre armée birmane de venir ici. Vous adorez des idoles de pierre. Vous méritez d’être tué. »

Témoignage de Daw Khalwani, une survivante du massacre (en langue bengali):

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Les Serbes oubliés du Kosovo – Campagne terroriste contre les Serbes [2/3] Par Marc Jean — 17 septembre 2017

18 Septembre 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #l'Allemagne, #Yougoslavie, #La guerre, #Le fascisme, #Politique étrangère

Les Serbes oubliés du Kosovo – Campagne terroriste contre les Serbes [2/3]

 Les Serbes oubliés du Kosovo – Campagne terroriste contre les Serbes [2/3]   Par Marc Jean — 17 septembre 2017

Hashim Thaci et Joe Biden célèbrent l’indépendance du Kosovo


[Partie 1]

Campagne terroriste contre les Serbes

L’opinion publique a oublié un épisode important qui va être le facteur déclenchant du trafic d’armes dans la région. A la suite de scandales financiers gigantesques en Albanie en mars-avril 1997, de violentes insurrections secouent le pays. (1) Les émeutiers en profitent pour piller dans les armureries de l’armée près d’un million d’armes de guerre ! L’UCK va bien entendu en profiter pour s’armer à bon compte et lancer au printemps 1998 ses premières offensives d’envergure. Cette organisation terroriste s’était déjà fait la main entre 1996 et 1997. Le 11 février 1996, l’UCK pose des bombes contre cinq camps de réfugiés serbes de Krajina : bilan, plus d’une vingtaine de morts et plusieurs centaines de blessés. Une quinzaine d’attentats seront commis au Kosovo ainsi qu’en Macédoine, visant la police serbe, les « traîtres », c’est-à-dire les Albanais qui collaborent avec la police ou qui travaillent dans des centres d’écoute des services serbes. Sur l’ensemble de l’année 1998, on recense 1885 attaques albanaises contre la police et les civils. Durant ces attaques, 173 civils et 115 policiers sont assassinés, 403 policiers et 358 civils sont blessés, et de 239 personnes sont enlevées dont des femmes et des enfants. La Serbie décide enfin de réagir et « dans la deuxième moitié de l’été 1998, les Serbes, grâce aux efforts conjugués de la police et de l’armée, réussissent, au prix d’immenses sacrifices, à briser complètement l’UCK et à faire revenir la population albanaise dans ses foyers… » (2)

La grande manipulation en marche

Les officines de propagande vont mettre tout en œuvre pour persuader l’opinion publique que l’armée serbe et ses supplétifs commettent des crimes de guerre et mettent en œuvre une politique d’épuration envers les Kosovars. Le « carnage de Raçak »’ va indigner le monde entier et achèvera de diaboliser à jamais les Serbes, présentant les combattants de l’UCK comme des « combattants de la liberté », des victimes suscitant la compassion populaire médiatisée. Dans son livre « Guerres contre l’Europe » (1) Alexandre Del Valle relate avec précision les dessous de cette sordide affaire.

Nous résumerons les faits : les forces de l’ordre yougoslaves, après en avoir averti les inspecteurs de l’OSCE (3) et en représailles à une vague d’attentats antiserbes, avaient lancé, le 14 janvier 1999, une opération antiterroriste contre le village de Raçak, fief de l’UCK, qui avait depuis plusieurs mois rompu les accords de cessez-le-feu. Une équipe de l’agence américaine APTV avait même été autorisée à filmer les combats ! A 15 heures précises, les forces serbes contrôlaient le terrain. Le nombre de victimes variait du simple au double, entre 15 et plusieurs dizaines selon Belgrade, 37 selon l’OSCE, 45 pour les Américains, 51 selon les Albanais. Les observateurs de l’OSCE, restés sur place après le retrait des forces serbes, trouveront des morts dans certaines maisons, et quelques blessés, auxquels ils porteront secours. Mais aucune trace d’une quelconque « tuerie ».

C’est, en réalité, le lendemain matin, que les journalistes et observateurs, encadrés par des combattants de l’UCK, subitement réapparus au cours de la nuit, seront dirigés vers un fossé rempli de cadavres de « présumé » civils albanais. Désormais la version d’un massacre commis envers des civils désarmés sera la thèse défendue par le chef de la mission de l’OSCE dirigée par William Walker, (3) avant toute enquête impartiale.

En 2001, dans un article du Toronto Star, (4) Peter Worthington, sur la base de nombreux rapports d’experts présents sur place, démonte le mensonge de Walker : les insignes militaires (de l’UCK) avaient été arrachés des vêtements des cadavres, les corps avaient été empilés mais il n’y avait pas de mare de sang, ce qu’il aurait dû y avoir s’il y avait eu un massacre, les experts en balistique ont prouvé que le Albanais avaient été touchés de loin, d’angles et de lieux différents, et surtout, les victimes avaient quasiment toutes des traces de poudre sur le mains, signifiant qu’ils avaient tiré récemment avec des armes. En 2008, neuf ans près les faits, la Finlandaise responsable de la troisième équipe de médecins légistes, le docteur Helena Ranta, (5) avouera finalement qu’elle avait subi de fortes pressions à l’époque pour charger son analyse contre les Serbes, par le ministère finlandais des Affaires étrangères et par William Walker.

Hélas, la vérité vient toujours trop tard, et le mensonge de Raçak fera le tour du monde. Certains faussaires en ajouteront encore dans la diabolisation. Madeleine Albright, à l’époque secrétaire d’Etat américaine, inventera des détails que même Walker n’avait pas osé inventer, en parlant de « douzaines de personnes avec la gorge tranchée», le ministre des Affaires étrangères canadien parle d’une « écœurante persécution de civils », et le ministre allemand des Affaires étrangères, le social-démocrate Joschka Fischer, déclarera que le massacre fut le tournant pour lui et que « la guerre était la seule réponse ». Quant au président Clinton, il déclarera, le 24 mars 1999, dans son discours à la nation américaine justifiant la guerre : « Maintenant ils [les Serbes] ont commencé à aller de village en village, bombardant les civils et brûlant leurs maisons. Nous avons vu des personnes innocentes enlevées de leur maisons, forcées à s’agenouiller dans la poussière et criblées de mitraille. » Joseph Lieberman, sénateur du parti démocrate ira jusqu’à dire : « Les Etats-Unis d’Amérique et l’Armée de libération du Kosovo représentent les mêmes valeurs humaines et principes…Se battre pour l’UCK, c’est se battre pour les droits de l’homme et les valeurs américaines. » (6)

Le plan diabolique de l’OTAN

La Serbie désormais diabolisée, il fallait maintenant encore trouver les motifs de l’intervention militaire. La stratégie infernale va se dérouler en deux temps. D’abord « truquer » les négociations qui allaient s’ouvrir à Rambouillet, en accusant les Serbes de refuser de signer les accords. L’opinion publique fut tenue dans l’ignorance totale de ce qui se tramait. Dès le départ, les Serbes sont désignés d’office comme les uniques responsables de l’échec en refusant de signer un texte sans amendements possible, sous menace d’être ipso facto bombardés ! Or, le gouvernement serbe accepta les principaux points du volet politique de ce projet d’accord, mais refusa, ce qui était inacceptable pour tout Etat souverain, le volet militaire qui prévoyait la présence des forces de l’OTAN en Serbie, et le droit de passage illimité des troupes étrangères en ex-Yougoslavie. Alors que les Européens n’étaient pas opposés à la poursuite des négociations, les Américains mirent les Serbes au pied du mur : « Signez ou vous êtes bombardés » !

Du 23 mars au 10 juin 1999, l’OTAN lance l’opération « Ange miséricordieux » ! et bombardera la Serbie sans cesse, nuit et jour, pendant presque 3 mois, à un rythme moyen de quatre cent quatre-vingts sorties aériennes par jour. 82 ponts sont détruits, toutes les raffineries pétrolières, 14 centrales thermoélectriques, 13 aéroports, 20 gares ferroviaires et 121 usines sont anéantis (7).

Pour justifier un tel acharnement envers un pays sans défenses, en violation de la charte de l’ONU, sans aucun accord du Conseil de Sécurité, les dirigeants politiques vont déverser les mensonges les plus sordides pour gagner l’opinion publique et faire taire ses réticences. Rudolf Scharping, ministre social-démocrate allemand de la Défense, va dépasser toutes les bornes. Il va convoquer une conférence de presse le 27 avril 1999 pour présenter des photos de « civils albanais massacrés » par les Serbes dans le village de Rugovo et ânonnera une histoire larmoyante sur le sort des pauvres civils albanais du Kosovo.

Le lendemain, le quotidien allemand Bild publiera ces images terrifiantes avec en gros titre : « C’est à cause de cela que nous faisons la guerre ». Or ces photos étaient des montages orchestrés par l’OSCE, il ne s’agissait non pas de civils, mais de terroristes de l’UCK morts dans un accrochage avec l’armée régulière yougoslave. (8)

Il serait trop long de relever tous les mensonges déversés par les dirigeants atlantistes et leurs relais médiatiques, pendant cette campagne abominable de bombardement. Mais pour la fin, citons les propos absolument hallucinants de Bernard-Henri Lévy dans les colonnes du Point, tressant des lauriers aux avions de l’Otan : « Merci, malgré tout, aux avions de la démocratie et du droit international : ces avions n’ont pas de couleur -ce sont les avions de la liberté. » (9)

Les dirigeants politiques responsables de ces bombardements criminels, et les médias qui, volontairement, ou par aveuglement anti-serbe, ont diffusé des informations mensongères porteront toujours devant l’Histoire la responsabilité de ces crimes envers un peuple courageux et fier.

MARC Jean

(1) Alexandre Del Valle, Guerres contre l’Europe,Editions des Syrtes,Paris, 2000, p.285

(2) Nikola Mirkovic, Le Martyre du Kosovo, Editeur Jean Picollec, Paris, 2013, p.71

(3) Le président Milosevic avait accepté l’envoi au Kosovo, le 12 octobre 1998, d’une Mission de vérification internationale(KVM) composée de 1380 observateurs de l’OSCE .Malgré leur bonne volonté et l’intégrité de ses membres, son action fut entravée par l’intervention des services spéciaux américains, qui, à travers William  Walker, Chef de la KVM, va orienter les différents rapports dans un sens unilatéralement favorable aux éléments terroristes de l’UCK, déjà étroitement liés aux services américains, anglais et allemands. Rappelons que Walker, de sinistre souvenir, fut adjoint du colonel North dans les opérations spéciales du Nicaragua en soutenant la Contra. Au Salvador aussi, Walker avait envoyé ses recrues faire des stages à Fort Benning. Le 16 novembre 1989, ce furent les stagiaires de Walker, les soldats du « bataillon Atlacalt » qui tuèrent dans leur lit, en pleine nuit, d’une balle dans la tête, six jésuites, leur cuisinière et son enfant de 15 ans. (Pour plus de détails, se reporter au livre d’Alexandre Del Valle « Guerres contre l’Europe » Editions des Syrtes, p.255)

(4) Peter Worthington, Le canular qui a déclenché une guerre. Comment les Etats-Unis, l’Otan et les médias occidentaux ont été trompés au Kosovo, Toronto Sun, 2 avril 2001

On fera remarquer à Peter Worthington que son analyse est erronée, en ce sens que ni les Etats-Unis ni l’Otan n’ont été trompés, mais qu’ils ont sciemment trompé l’opinion par des mensonges. Les médias, quant à eux, ont servilement repris la version officielle. On peut souligner néanmoins que deux journalistes français ont osé douter de la version officielle de Raçak : Renaud Girard dans le Figaro du 20 janvier 1999 « Zones d’ombres autour d’un massacre » et Christophe Châtelot, dans Le Monde du 21 janvier 1999, « Les morts de Raçak ont-ils vraiment été massacrés froidement ? »

(6) Alexandre Del Valle, Guerres contre l’Europe, Editions des Syrtes, Paris, 2000,

(7) « La guerra infinita » (La guerre infinie), reportage du journaliste italien Riccardo Iacona, pour la RAI3,2008, cité dans Nikola Mirkovic, Le Martyre du Kosovo, Editeur Jean Picollec, Paris, 2013p.85

(8) Dans un documentaire allemand, diffusé sur la chaîne allemande ARD le 8 février 2001, « Es begann mit einer Lüge » (Cela commença par un mensonge) de Jo Angerer et Mathias Werth, Henning Hensch, un Allemand détaché auprès de l’OSCE, et auteur d’un rapport concluant qu’il n’y a pas eu de massacre de civils, avouera l’existence de ce document qui avait été classé secret défense (Nikola Mirkovic, Le Martyre du Kosovo, Editeur Jean Picollec, Paris, 2013 p.87)

(9) « Le bloc note de Bernard-Henri Lévy, Retour d’Albanie, Frontière du Kosovo. Impressions », Le Point, 17 avril 1999. Honte à ce journal pour avoir osé publier une telle infamie.

[Partie 1]

Source: http://arretsurinfo.ch/les-serbes-oublies-du-kosovo-campagne-terroriste-contre-les-serbes-23/

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Les Serbes, les oubliés du Kosovo [1/3] Par Marc Jean — 16 septembre 2017

18 Septembre 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #l'Allemagne, #Yougoslavie, #Terrorisme, #Politique étrangère, #Le fascisme

Les Serbes, les oubliés du Kosovo [1/3]

Les Serbes, les oubliés du Kosovo [1/3]  Par Marc Jean — 16 septembre 2017

Les soldats de la Force pour le Kosovo [KFOR] regardent le pogrom contre les Serbes au Kosovo en 2004. Crédit photo Nikola Mirkovic


[Partie 1]

Les médias ont tourné la page du Kosovo, oublié comme bien d’autres événements récents faisant la une des médias pendant quelques mois, puis disparaissant, chassés par une actualité sans cesse renouvelée. En 1999 pourtant, ces mêmes médias diffusaient quotidiennement des images dramatiques sur le sort des Kosovars, victimes d’un, soi-disant, génocide commis par les milices serbes. L’opinion, abusée par une manipulation parfaitement orchestrée, prenait fait et cause pour les Kosovars et approuvait l’intervention de l’Otan au Kosovo, totalement illégale en droit international, et contraire même aux propres statuts de cet organisme. Après des bombardements intensifs pendant plusieurs semaines, la Yougoslavie n’a pas eu d’autre choix que de se retirer de ce territoire [Ndlr, les Serbes y étaient alors majoritaires]. La suite fut tragique. Nous allons retracer ces événements et présenter la situation actuelle des Serbes au Kosovo.

L’histoire du Kosovo

Le Kosovo est d’abord une terre ancestrale du peuple serbe. Il serait trop long de raconter en détail l’histoire d’un peuple victime pendant des siècles de l’oppression de l’empire ottoman. Nikola Mirkovic, dans son livre « Le martyre du Kosovo » (1) fournit de nombreux renseignements sur cette histoire faite d’exactions, de massacres et de violence. Les Albanais, d’origine chrétienne, mais convertis à l’islam sous le règne ottoman, n’eurent de cesse d’étendre leurs terres au détriment des Serbes du Kosovo. Ils vouent une haine inextinguible envers leurs voisins chrétiens serbes.

Voici ce qu’écrit en 1913 un Français, le publiciste et historien André Cheradame: « Quant à la plaine du Kosovo, qui fut au Moyen-Âge le centre même de l’empire serbe et qui, il y a seulement quarante ans, était presque exclusivement peuplée de Serbes, les Albanais s’y sont développés en faisant fuir par leurs exactions et leurs meurtres la malheureuse population serbe qui, j’ai pu le constater sur place, il y a seulement deux ans, vivait dans un véritable état de terreur sous l’oppression albanaise ».(2)

Après bien des péripéties, en automne 1918, les troupes essentiellement françaises et serbes, sous le commandement du général français Louis Franchet d’Espèrey, libèrent le sud de la Serbie dont le Kosovo des mains des armées austro-hongroises et bulgares alliées aux Albanais. Les traités de paix de 1919 et 1920 donnent naissance au royaume des Serbes, Croates et Slovènes qui s’unissent afin de créer un bloc des « Slaves du Sud »(Yougo-Slaves). Malheureusement, le répit fut de courte durée. L’Italie fasciste va conquérir l’Albanie en 1939 et 100 000 Albanais en profiteront pour envahir le Kosovo et s’attaquer, de nouveau, avec une violence inouïe, aux Serbes et à leur héritage. 

En 1941, l’Allemagne, sans déclaration de guerre préalable, bombarde Belgrade et s’attaque à la Serbie. Pour mâter la résistance serbe, une division de Waffen SS musulmans albanais est même créée : la division Skanderberg (3), qui se distingua par des crimes épouvantables contre les Serbes du Kosovo, comme le massacre de Velika à la frontière du Kosovo et du Monténégro. Le diplomate italien Carlo Umilta présent sur place sera écœuré. Il écrit: « Le jour du Noël orthodoxe, les Albanais ont tué des dizaines et des dizaines de Serbes, une multitude a été blessée, et seule l’intervention de nos carabiniers a empêché la poursuite du massacre ». 

Le résistant communiste albanais Saïd Bakali Jakupi est lucide sur le sentiment réel que les Albanais éprouvent pour les Serbes. Il écrit : «Les Shiptars [Albanais] ne veulent nulle coopération avec les Slaves, ils ne veulent pas d’eux ici. Quand ils entendent qu’un malheur quelconque est arrivé aux Slaves, qu’ils soient partisans [communistes] ou tchetniks [monarchiques], ils s’en réjouissent […]. Ils extermineraient jusqu’au dernier Serbe se trouvant au Kosovo, tellement est grande leur haine des Slaves » (4).

Après la guerre, le nouvel homme fort de la Yougoslavie, Tito, croate par son père et slovène par sa mère, n’éprouve aucune sympathie pour la composante serbe de cette nouvelle entité. Bien au contraire, il va s’efforcer de diluer le peuple serbe partout où il se trouve. Pour honorer la promesse faite aux Albanais pendant la guerre, il fait du Kosovo une région autonome de la Serbie en 1946. Ses espoirs chimériques de faire des Albanais des citoyens à part entière de la Yougoslavie restent vains, les Albanais n’ont aucune envie de devenir « Yougoslaves », ils veulent devenir de grands Albanais dans une grande Albanie. Les conditions de vie des Albanais de Yougoslavie sont bien meilleures que celles de leurs compatriotes d’Albanie, ce qui encourage une émigration massive de ces derniers qui s’installent en grand nombre dans le sud de la Serbie, avec la bienveillance du régime communiste yougoslave. (5) 

Progressivement, avec un taux de fécondité des femmes albanaises qui s’envole (avec en moyenne 7 membres par famille), les Serbes deviennent des étrangers sur leur propre terre. La violence envers les Serbes, attaqués, volés, humiliés par les Albanais qui agissent en toute impunité sous le regard complaisant des autorités locales, va provoquer en 1961 et 1981 une vague de départ d’environ 150 000 à 200 000 Serbes. Pendant la même période 200 000 à 240 000 Albanais arrivant d’Albanie, s’installent au Kosovo. A cet égard, on notera que toutes les chancelleries occidentales étaient clairement au courant de la situation et de nombreux médias occidentaux évoquent déjà les revendications sécessionnistes des Albanais et leurs crimes contre les Serbes, tels le New York Times, The Economist, Le Monde, Reuters, etc (6). Avant de modifier radicalement leurs points de vue quelques années après et de devenir les critiques les plus féroces des Serbes et les soutiens des  »malheureux Kosovars » victimes des  »méchants Serbes ».

Enfin, les Serbes du Kosovo s’organisent et manifestent contre la terreur dont ils sont l’objet. Le 23 mars 1989, le parlement du Kosovo adopte des amendements à la constitution de la Serbie proposés par Belgrade et qui reviennent sur les privilèges octroyés par Tito. Un sursaut national traverse le peuple serbe. Le 28 juin 1989, un demi-million de Serbes fêtent le 600 ème anniversaire de la bataille de Kosovo Polje (7), sur les lieux mêmes du combat. Le président de la République fédérale de Yougoslave, Slobodan Milosevic déclare que, si le Kosovo devait être défendu par les armes, il le ferait et que les batailles ne pourront être gagnées sans la détermination, le courage et l’abnégation, ces vertus présentes jadis au Champ des Merles.

Les Kosovars albanais vont alors riposter d’abord par une grande mobilisation organisant des grèves générales et mettant progressivement en place une véritable administration parallèle. Déjà, les médias occidentaux vont colporter l’image d’une Serbie nationaliste, voulant réduire les aspirations du peuple Kosovar et faire taire les voix dissidentes. Le discours de Slobodan Milosevic sera bien évidemment utilisé par les médias pour dénoncer une prétendue dérive xénophobe et guerrière.

Quelques années plus tard, les Kosovars vont créer l’UCK (Ushtria Clirimtare e Kosovës), l’Armée de libération du Kosovo. Utilisant des méthodes de guérilla – d’ailleurs qualifiée d’organisation terroriste par les pays occidentaux – l’UCK va semer la terreur parmi les Serbes, les non Albanais et même les Albanais accusés de loyauté envers Belgrade.

Nous analyserons dans une seconde partie comment les pays occidentaux, principalement les Etats Unis secondés par le Royaume Uni, vont, d’abord attiser, ensuite instrumentaliser, ce conflit dans leurs seuls intérêts géopolitiques, en violation du droit international et en mépris total des droits des Serbes du Kosovo. Nous relèverons aussi le rôle cynique des médias qui, bien avant les épisodes libyen et syrien, seront leurs relais serviles. Dans un troisième volet, nous présenterons la situation tragique des Serbes, parqués aujourd’hui dans des enclaves, au milieu d’une population hostile.

MARC Jean | 15 septembre 2017

 

Les Serbes, les oubliés du Kosovo [1/3]  Par Marc Jean — 16 septembre 2017

(1) Nikola Mirkovic, dans son livre Le martyre du Kosovo. Editions Jean Picollec, 2013, dont sont extraits un certain nombre d’observations de cet article. Nous recommandons vivement sa lecture.

(2) André Cheradame, Douze ans de propagande en faveur des peuples balkaniques, Paris, 1913, p.328-329, cité par Komnen Becirovic, dans Le Kosovo sur le calvaire, p.209, L’Âge d’Homme, 2009

(3) Au même moment, une autre division SS formée de bosniaques musulmans, est créée en Bosnie : la division Handschar, de sinistre réputation. Une troisième division de musulmans SS sera également créée en Bosnie : la division Kamar

(4) Smilia Avramov, Le Génocide en Yougoslavie dans le contexte du droit international, p.208, Belgrade, 1992, cité par Komnen Becirovic dans Le Kosovo sur le calvaire, p.241, L’Âge d’Homme,2009

(5) Nikola Mirkovic, Le martyre du Kosovo, Editions Jean Picollec, 2013, p.62-63

(6) Exodus Of Serbians Stirs Province in Yugoslavia (L’exode des Serbes remue la province en Yougoslavie), Marvin Howe, New York Times, 12 juillet 1982

(7) La bataille entre l’armée serbe commandée par le prince Lazare et le sultan Murat 1er au Kosovo Polje, le  »Champ du Merle », se déroula le 28 juin 1389. La lutte est féroce et laisse les deux armées quasiment anéanties. Le royaume serbe y perd presque toute sa chevalerie aux côtés du prince Lazare, décapité. Cette bataille, et cette date, sont à tout jamais gravées dans le cœur des Serbes et dans leur mémoire collective pour de multiples raisons. Le prince Lazare deviendra un symbole historique pour le peuple serbe, héros de la chrétienté et héraut de la liberté. Autant de valeurs, est-il besoin de le préciser, méprisées aujourd’hui par les mondialistes comme un Bernard Henri Lévy, qui fut, dans ce conflit comme aussi en Bosnie, un des plus farouches pourfendeurs des  »méchants  » Serbes. https://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_de_Kosovo_Polje

Source: http://arretsurinfo.ch/les-serbes-les-oublies-du-kosovo-13/

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L'association "Comité pour une Nouvelle Résistance-CNR" organise le 22 septembre 2017 uhne projection/débat autour du film "La Sociale".

17 Septembre 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Histoire, #La nation ., #Europe supranationale, #La France, #La mondialisation, #La République, #La finance dérégulée, #Le capitalisme;, #Les transnationales, #La lutte des classes, #l'horreur économique, #La santé, #Services publics

L'association "Comité pour une Nouvelle Résistance-CNR" organise le 22 septembre 2017 uhne projection/débat autour du film "La Sociale".

Bonjour

 

Les ordonnances contre le droit du travail provoquent un rejet massif de nos concitoyens pour la politique ultralibérale menée par le pouvoir actuel.

Les lois et projets de ce nouveau gouvernement constituent un véritable fléau social et économique. Tout le monde est concerné : actifs, retraités, chômeurs ou étudiants ; salariés du public ou du privé, urbains ou ruraux, citoyens ou élus des petites communes ...

 

L’association « Comité pour une Nouvelle Résistance-CNR » poursuit sa mission d’éducation populaire et propose

la projection du film « La Sociale » le vendredi 22 septembre à 18h

à la maison des associations de la place Garibaldi à Nice.

Attention : voir le mode d’inscription dans l’affiche jointe

 

Le modèle social français est très sérieusement attaqué par les  prédateurs autorisés que sont les multinationales*. Les dépenses de santé, les retraites,  etc..., échappent en effet encore partiellement aux convoitises du grand capital.

Le pactole est gigantesque, par exemple 464,5 milliards d’euros de recettes ont été recouvrées en 2014 par la Sécurité Sociale.

 

La Sécurité Sociale est créée à la Libération dans une France ruinée et pillée. Ambroise Croizat trace dès l’été 1943 les moutures de ce qui va devenir l’un des systèmes sociaux les plus enviés au monde. « Dans une France libérée, nous libérerons le peuple des angoisses du lendemain ! » écrit-il le 14 janvier 1944.

"Les Maîtres de Forges", l'ancêtre du "MEDEF", malgré le choix de la défaite et une collaboration active avec l'Allemagne nazie - ils avaient quasi unanimement préféré Hitler au front populaire - ont combattu cette avancée sociale pour les mêmes motifs qu'aujourd'hui à savoir : « l'impossibilité pour l'économie de supporter ces charges ».

 

L'ultralibéralisme ravage tout sur son passage. Le modèle social français hérité de la Résistance est le dernier rempart contre la barbarie. Le plus beau fleuron de cette révolution sociale, la Sécurité Sociale, est sur le point d'être anéanti.

Les maîtres du monde utilisent le fardeau de la dette, et la soumission de notre état nation aux diktats de la finance mondialisée, pour nous dépouiller de ce bien commun. Nous devons donc retrouver le chemin de la dignité et du courage afin de défendre cette conquête majeure sur la précarité et la misère.

 

Bien cordialement

Lucien Pons  Président de l’association « Comité pour une Nouvelle Résistance-CNR »

 

*Dans un éditorial du journal « Challenge » du 4 octobre 2007 Denis Kessler, ancien vice-président du MEDEF, écrit :

« Adieu 1945, raccrochons notre pays au monde ! ».

« Le modèle social français est le pur produit du Conseil National de la Résistance. […] Il est grand temps de le réformer. […] La liste des réformes ? C’est simple, prenez tout ce qui a été mis en place entre 1944 et 1952, sans exception. Il s’agit aujourd’hui de sortir de 1945, et de défaire méthodiquement le programme du Conseil National de la Résistance. […]

L’architecture de la Libération s’identifie à des conquêtes sociales qui continuent de marquer la société française : la création de la Sécurité Sociale, la nationalisation des ressources énergétiques et de grands secteurs économiques, le droit de vote des femmes, l’instauration de nouveaux pouvoirs pour le monde du travail, est à l’évidence dépassée, complètement dépassée, inefficace et datée. La France doit s’adapter aux exigences internationales nouvelles.»

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Monique Pinçon-Charlot :  « Emmanuel Macron synthétise complètement les intérêts de l'oligarchie »

17 Septembre 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Europe supranationale, #La France, #La République, #La finance dérégulée, #Le capitalisme;, #Le grand banditisme, #Les transnationales, #La lutte des classes, #Le fascisme, #l'horreur économique, #Le syndicalisme, #Les média

Monique Pinçon-Charlot :

 « Emmanuel Macron synthétise

complètement les intérêts de l'oligarchie »

 14/09/17 . 17h56 . Mathieu Dejeanhttp://www.lesinrocks.com/img/auteur.png

A

lors qu'Emmanuel Macron va faire face à la contestation de la loi travail pendant tout le mois de septembre, la sociologue spécialiste de la grande richesse Monique Pinçon-Charlot, auteure de livres de référence sur la grande bourgeoisie avec Michel Pinçon, alerte sur la "régression sociale sans pareille qui est en marche".

 

 

Au regard des premiers mois de mandat d’Emmanuel Macron, persistez-vous à dire, en jugeant sur ses actes, qu’il conduit une politique au bénéfice des puissants ?

Monique Pinçon-Charlot Oui, et sans nuances. Michel [son mari, ndlr] et moi avions écrit Le Président des riches à propos de Nicolas Sarkozy, mais là on est passé un cran au-dessus. Les politiques d’Emmanuel Macron sont au service quasi-exclusif de l’oligarchie. Nous ne sommes plus désormais dans le cadre d’une alternance classique à l’intérieur de l’oligarchie entre la droite et la gauche : il synthétise complètement les intérêts des plus riches. Ce phénomène est confirmé par la porosité qui existe entre le public et le privé dans son gouvernement, par la généralisation du pantouflage [le fait pour un haut fonctionnaire d'aller travailler dans une entreprise privée, ndlr], et par le fait que les commissions de déontologie, lorsqu’elles sont saisies, sont toujours au service des puissants.

         Les ordonnances sur la loi travail montrent aussi que le gouvernement peut taper fort sur tous les fronts : contre la démocratie d’une part, avec ce processus intervenu en plein été qui court-circuite le débat parlementaire, et sur les travailleurs en procédant au détricotage des droits sociaux. Cette loi va dans le sens quasi-exclusif des patrons, des actionnaires, des puissants et des riches. On est au cœur de l’antagonisme de classe de notre société, basée sur le système capitaliste. L’oligarchie, qui demeure la classe la plus consciente dans notre société, ne s’y trompe pas.

 

Comment définiriez-vous le macronisme, s’il est un cran au-dessus du sarkozysme ?

         Nicolas Sarkozy était le président des riches, Emmanuel Macron est lui le président maquillé. Au sens propre, puisqu’il est lourdement maquillé - ses frais de maquillage s’élèvent à 26 000 euros pour trois mois de mandat. Mais aussi au sens figuré : il avance maquillé en permanence, avec une priorité donnée de façon constante à la communication et à l’image. Pour cela, il est très bien servi par ses camarades de classe du CAC 40, qui sont propriétaires de la plupart des grands médias, et qui lui offrent des couvertures par dizaines mettant en scène un homme souriant, jeune et bien dans sa peau.

         Son maquillage lui a aussi permis de se faire passer pour un homme neuf, alors que c’est le poids lourd du quinquennat de Hollande. Enfin, on est aussi passé un cran au dessus dans la mesure où il s’est permis de traiter les opposants à la loi travail de"fainéants, de cyniques et d’extrêmes" - dans la continuité de ses précédentes déclarations sur les ouvrières "illettrées" de Gad, ou sur le fait qu’il fallait travailler pour se "payer un costard". C’est très grave dans la bouche d’un président de la République.

 

Bourdieu avait écrit un livre sur la violence symbolique du langage, Ce que parler veut dire. Qu’est-ce que parler de "fainéants, de cyniques, et d’extrêmes" veut dire dans la bouche d’Emmanuel Macron ?

         Ça veut dire qu’aujourd’hui il n’y a plus de frein à la violence de classe. Ce n’est même plus de l’ordre de la violence symbolique. Traiter les travailleurs de fainéants, de cyniques et d’extrêmes, franchement, c’est du jamais vu. C’est une violence de langage qui est profondément corruptrice, qui vous sidère, qui vous rend impuissant, qui vous détruit. Le maquillage du président est tombé à ce moment-là. Avec la loi Pénicaud, c’est une régression sociale sans pareille qui est en marche.

 

« Avec la loi Pénicaud, c’est une régression sociale sans pareille qui est en marche. »

 

Votre dernier livre, qui paraît le 21 septembre, est une enquête sociologique dessinée sur le tollé provoqué par l’ouverture d’un centre d’hébergement d’urgence dans le XVIe arrondissement en 2016. Diriez-vous que nous sommes dans une période de polarisation sociale, et de guerre de classe particulièrement tendue ?

         Oui. Le 14 mars 2016, cette séance de colère de la grande bourgeoisie qui refusait de voir des sans-abris dans le XVIe arrondissement a été révélatrice d’une violence de classe qui ne connaît plus d’obstacle, qui ne se retient plus. Les plus riches ont toujours voulu s’agréger entre eux, car c’est la condition de la reproduction de l’ordre des classes, mais ça n’était jamais allé aussi loin dans le rejet du dissemblable, dans le rejet de l’autre. Nous ne nous y attendions absolument pas. La violence verbale dont nous parlions précédemment s’inscrit dans la même logique.

 

Que pensent les grands bourgeois, dont une partie au moins a soutenu François Fillon, d’Emmanuel Macron ?

         François Fillon a fait de très gros scores dans les quartiers traditionnels de la grande bourgeoisie, mais au second tour, tous ont voté solidairement pour Emmanuel Macron. En travaillant dans l’intimité de ces familles pendant trente ans, grâce à la générosité de leur accueil, nous avons vécu au plus profond de nous-mêmes, Michel et moi, leur solidarité. Cette solidarité de classe n’a pas besoin de chef d’orchestre : chaque membre a pour devoir de défendre les intérêts de tous les représentants de sa classe, quel que soit le front – la presse, la banque, le social, etc. D’ailleurs, au cours de notre enquête sur le centre d’hébergement du Bois de Boulogne, nous avons découvert que Pierre Coppey et Xavier Huillard, respectivement président et vice-président de l’association Aurore, chargée de gérer le site, sont aussi respectivement directeur général adjoint et PDG de la multinationale Vinci [leader mondial de la construction, ndlr]. Ils sont partout, sur tous les fronts et dans tous les instants, il n’y a pas de petit combat pour eux.

 

« Cette solidarité de classe n’a pas besoin de chef d’orchestre : chaque membre a pour devoir de défendre les intérêts de tous les représentants de sa classe, quel que soit le front. »

 

Macron a affronté pour la première fois la rue le 12 septembre. La CGT a réussi à mobiliser à peu près autant que pour la première manifestation contre la loi travail en 2016. Des solidarités entre pauvres et classes moyennes précarisées sont-elles en train de se dessiner contre le gouvernement ?

         Nos hypothèses de sociologues nous poussent à dire qu’il est possible que la solidarité prenne le pas sur les divisions de la gauche. Celles-ci sont d’ailleurs instrumentalisées par Macron, qui reçoit en cachette le président de FO et celui de la CFDT [selon une information du Canard enchaîné dans son édition du 6 septembre, ndlr]. Les divisions sont organisées au plus haut niveau. Il faut rappeler que les gens dont on parle ne représentent pas plus de 1% de la société, et que ce ne sont pas eux qui font fonctionner l’économie réelle.

         Ce sont les travailleurs qui sont les vrais créateurs de richesse. On peut conclure là-dessus : les puissants ont complètement inversé la lutte de classe en leur faveur à partir de la refondation menée par le baron Ernest-Antoine Seillière lorsqu’il a pris la présidence du Medef en 1997. Il avait alors décrété que les riches, les propriétaires des entreprises, des journaux, des valeurs mobilières, des ressources agricoles, étaient les créateurs de richesses et d’emplois. Par ce coup de force, dont on mesure encore les effets aujourd’hui, les ouvriers sont devenus des "coûts" et des "charges". C’est atroce. Alors qu’évidemment, les seuls créateurs de richesse sont ceux qui travaillent.

 

Panique dans le 16e ! Une enquête sociologique et dessinée de Monique Pinçon-Charlot, Michel Pinçon et Etienne Lécroart, éd. La Ville brûle, 96 p., 16€ (sortie le 21 septembre)

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Discours sur l’état de l’Union 2017 : Des vents favorables par Jean-Claude Juncker. (Partie III) FIN.

15 Septembre 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Histoire, #La nation ., #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La mondialisation, #La République, #Terrorisme, #La finance dérégulée, #Le capitalisme;, #Le grand banditisme, #Les transnationales, #La lutte des classes, #l'horreur économique, #Le fascisme

Discours sur l’état de l’Union 2017 : Des vents favorables

par Jean-Claude Juncker

 

Réseau Voltaire | Bruxelles (Belgique) | 13 septembre 2017


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En trois parties.

 

[PARTIE III] et FIN.

UNE UNION PLUS DÉMOCRATIQUE

Monsieur le Président,

Mesdames et Messieurs les députés,

Notre Union a besoin d’un saut démocratique.

Je souhaiterais que les partis politiques européens lancent leurs campagnes pour les prochaines élections plus tôt que par le passé. Trop souvent, les campagnes électorales européennes ont été réduites à une simple addition des propositions électorales nationales. La démocratie européenne mérite mieux.

Aujourd’hui, la Commission propose de nouvelles règles sur le financement des partis et des fondations politiques. Il s’agit de ne pas renflouer les caisses des extrémistes qui sont contre l’Europe. Il s’agit de permettre aux partis européens de mieux pouvoir s’articuler.

Je n’ignore pas que l’idée est contestée par plus de quelques-uns, mais je dois vous dire que j’ai de la sympathie pour présenter des listes transnationales. De telles listes rendraient les élections au Parlement européen plus européennes et plus démocratiques.

Je pense également qu’au cours des prochains mois, nous devrions associer les parlements nationaux et la société civile au niveau national, régional et local aux travaux sur l’avenir de l’Europe. Au cours des trois dernières années, les membres de la Commission ont rendu visite aux parlements nationaux à plus de 650 reprises. Ils ont également participé à plus de 300 dialogues avec les citoyens dans plus de 80 villes des 27 États membres. Mais nous pouvons encore faire mieux. C’est pourquoi je soutiens l’idée du président Macron d’organiser des conventions démocratiques dans toute l’Europe en 2018.

À mesure que le débat se développera, j’accorderai personnellement une attention particulière à l’Estonie, la Lettonie, la Lituanie et la Roumanie en 2018. 2018 est l’année où ces quatre pays célébreront leur 100ème anniversaire. Ceux qui ont pour ambition de façonner l’avenir de notre continent doivent connaître et honorer notre histoire commune et donc l’histoire des quatre pays mentionnés, pays sans lesquels l’Europe ne serait pas complète.

Le besoin de renforcer la démocratie a également des conséquences pour la Commission européenne. Aujourd’hui, je transmets au Parlement européen un nouveau code de conduite des commissaires. Tout d’abord, ce nouveau code précise que les commissaires peuvent se présenter dans des conditions normales comme candidats aux élections européennes. Il est évident que le nouveau code renforcera les obligations des commissaires en matière d’intégrité, pendant et après leur mandat.

Qui veut renforcer la démocratie européenne ne peut pas accepter que le progrès démocratique que constitua l’innovation des têtes de liste – "Spitzenkandidaten" – ne soit pas renouvelé. Je suis convaincu que tout futur Président tirera avantage de cette expérience unique qui consiste à faire campagne dans tous les coins de notre beau continent. Pour comprendre les défis de son poste et la diversité de nos Etats membres, un futur Président doit rencontrer les citoyens dans les mairies à Helsinki comme sur toutes les places d’Athènes. Je sais pour avoir mené une telle campagne que cela vous rend humble, mais cela vous donne aussi plus de poids pendant votre mandat. Et vous pouvez traiter avec les autres dirigeants au Conseil européen fort de la confiance d’avoir été ainsi élu tout comme ils l’ont été. C’est bon pour l’équilibre de notre Union.

Plus de démocratie veut dire plus d’efficacité. L’efficacité européenne gagnerait en force si nous pouvions fusionner les présidences de la Commission européenne et du Conseil européen.

Cette proposition ne vise en rien mon excellent ami Donald, avec qui j’ai collaboré harmonieusement ces trois dernières années. Elle ne vise ni Donald ni moi-même.

Le paysage européen serait plus lisible et plus compréhensible si le navire européen était piloté par un seul capitaine.

Le fait d’avoir un seul président refléterait mieux la véritable nature de notre Union européenne, à la fois comme Union d’États et comme Union de citoyens.

NOTRE FEUILLE DE ROUTE

Mesdames et Messieurs les députés,

La vision d’une Europe plus unie, plus forte et plus démocratique que je présente aujourd’hui associe des éléments de tous les scénarii que j’ai exposés en mars dernier.

Mais notre avenir ne peut rester un scénario, une esquisse, une idée parmi d’autres.

C’est aujourd’hui que nous devons préparer l’Union de demain.

J’ai envoyé ce matin au président Tajani, au président Tusk ainsi qu’aux futures présidences tournantes du Conseil d’ici à mars 2019, une feuille de route indiquant la direction que nous devrions suivre.

Un élément important résidera dans les plans que la Commission présentera en mai 2018, en vue de faire en sorte que le budget de l’UE soit à la hauteur de nos ambitions et que nous puissions tenir toutes nos promesses.

Le 29 mars 2019, le Royaume-Uni quittera l’Union européenne. Ce sera un moment à la fois très triste et tragique. Nous le regretterons toujours. Mais nous devons respecter la volonté du peuple britannique.

Le 30 mars 2019, nous serons une Union à 27. Je propose que nous nous y préparions bien.

Les élections au Parlement européen auront lieu à peine quelques semaines plus tard, en mai 2019.

Ce sera un rendez-vous important avec la démocratie européenne. Il faudra que les citoyens européens se rendent aux urnes en ayant une vision claire de la manière dont l’Union européenne évoluera dans les années à venir.

C’est pourquoi j’en appelle au président Tusk et à la Roumanie, qui exercera la présidence au cours du premier semestre de 2019, pour qu’ils organisent un sommet spécial en Roumanie, le 30 mars 2019. Mon vœu serait que ce sommet se tienne dans la magnifique ville antique de Sibiu, que je connais aussi sous le nom de Hermannstadt. Ceci devrait être le moment de nous réunir pour prendre les décisions nécessaires à la construction d’une Europe plus unie, plus forte et plus démocratique.

Mon espoir est que le 30 mars 2019, les Européens se réveilleront dans une Union où nous défendons tous nos valeurs. Où tous les Etats membres respectent vigoureusement l’état de droit. Où être un membre à part entière de la zone euro, de l’union bancaire, et de l’espace Schengen soit devenu la norme pour chaque Etat membre de l’UE.

Où nous aurons consolidé les fondements de notre Union économique et monétaire afin de pouvoir défendre notre monnaie unique dans toutes les circonstances, bonnes ou mauvaises, sans avoir à recourir à une aide extérieure. Où notre marché unique sera plus équitable pour les travailleurs de l’est comme de l’ouest.

Où nous aurons réussi à nous mettre d’accord sur un solide socle des normes sociales. Où les bénéfices seront imposés là où ils sont réalisés. Où les terroristes ne trouveront aucune faille à exploiter. Et où nous nous serons mis d’accord sur la création d’une véritable union européenne de la défense.

Où un président unique conduira les travaux de la Commission et du Conseil européen, après avoir été élu à l’issue d’une campagne électorale pan-européenne démocratique.

Si, le 30 mars 2019, nos citoyens se réveillent dans cette Union-là, alors ils devraient pouvoir apporter leur vote aux élections du Parlement européen quelques semaines plus tard en ayant la ferme conviction que notre Union travaille pour eux.

CONCLUSION

Mesdames et Messieurs les députés,

L’Europe n’est pas vouée à l’immobilisme. Elle doit le refuser.

Helmut Kohl et Jacques Delors m’ont appris que l’Europe n’avance que quand elle fait preuve d’audace. Avant de devenir réalité, le marché unique, l’espace Schengen et la monnaie unique étaient considérés comme de simples vues d’esprit. Pourtant, ces trois projets ambitieux sont la réalité d’aujourd’hui.

J’entends ceux qui disent qu’il ne faut pas surcharger la barque européenne, maintenant que l’Europe va mieux.

Mais il ne faut pas, à l’heure où nous sommes, pécher par excès de prudence. Il ne suffit pas de réparer le toit. Nous devons commencer à terminer le travail maintenant.

Maintenant qu’il fait beau, et tant qu’il fait encore beau. Parce que, quand les prochains nuages se formeront à l’horizon – et ils se formeront –, il aura été trop tard.

Alors, larguons les amarres.

Mettons les voiles.

Et profitons des vents favorables.

Jean-Claude Juncker

 

FIN

http://www.voltairenet.org/article197879.html

 

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Discours sur l’état de l’Union 2017 : Des vents favorables par Jean-Claude Juncker. [PARTIE II]. A suivre.

15 Septembre 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #La nation ., #Europe supranationale, #Histoire, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La mondialisation, #La République, #La France, #Terrorisme, #La finance dérégulée, #Le grand banditisme, #La lutte des classes, #Les transnationales, #Le fascisme, #l'horreur économique

Discours sur l’état de l’Union 2017 : Des vents favorables

par Jean-Claude Juncker

 

Réseau Voltaire | Bruxelles (Belgique) | 13 septembre 2017 http://www.voltairenet.org/squelettes/elements/images/ligne-rouge.gif

 

En trois parties.

 

[PARTIE II]

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INTRODUCTION –

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UNE UNION PLUS UNIE

Mesdames et Messieurs les députés,

Liberté, égalité et état de droit, ces trois principes doivent être les fondations sur lesquelles nous construirons une Union plus forte, plus unie et plus démocratique.

Quand nous parlons de notre avenir, je sais d’expérience que de nouveaux traités et de nouvelles institutions ne sont pas les réponses attendues. Ce ne sont là que des moyens de parvenir à une fin – ni plus, ni moins. De nouveaux traités, de nouvelles institutions, cela nous parle, à nous, ici ; à Strasbourg comme à Bruxelles. Mais ailleurs, ils ne veulent pas dire grand-chose.

Les réformes institutionnelles ne m’intéressent que si elles contribuent à rendre notre Union plus efficace.

Au lieu de se lancer tête baissée dans de futurs changements de traités, qui devront venir un jour ou l’autre, nous devrions tout d’abord nous défaire de l’idée qui voudrait qu’on ne puisse gagner que si d’autres perdent. La démocratie est une question de compromis. Et avec de bons compromis, tout le monde est gagnant. Dans l’Union européenne les compromis ne sont ni négatifs, ni diffamants, ils permettent, au contraire, de combler et de réconcilier les différences. Celui qui n’est pas capable de faire des compromis n’est pas mûr pour la démocratie ni pour l’Europe. Cela devrait toujours être l’objectif du travail commun du Parlement, du Conseil et de la Commission.

Pour renforcer son unité, l’Union européenne doit aussi devenir plus inclusive.

Si nous voulons renforcer la protection de nos frontières extérieures, nous devons laisser la Bulgarie et la Roumanie rejoindre immédiatement l’espace Schengen. Nous devrions aussi permettre à la Croatie d’en devenir membre à part entière, une fois qu’elle en remplira tous les critères.

Si nous voulons que l’euro unisse notre continent plutôt que de le diviser, il faut qu’il soit plus que la monnaie de quelques. L’euro a vocation à devenir la monnaie unique de toute l’Union européenne. Tous nos États membres, sauf deux, ont le droit et l’obligation d’adopter l’euro dès qu’ils rempliront toutes les conditions.

Les Etats membres qui veulent intégrer la zone euro doivent aussi avoir la capacité de le faire. C’est la raison pour la laquelle je propose la création d’un instrument d’adhésion à l’euro, offrant une assistance de pré-adhésion technique et parfois financière.

Si nous voulons que les banques soient soumises aux mêmes règles et à la même surveillance sur l’ensemble de notre continent, nous devons encourager tous les États membres à rejoindre l’union bancaire. Et il est urgent de la compléter. Pour cela, il nous faut réduire les risques qui existent encore dans les systèmes bancaires de certains de nos Etats membres. L’union bancaire ne peut fonctionner que si la réduction et le partage de ces risques vont de pair. Pour y parvenir, comme chacun le sait, certaines préconditions doivent être rétablies comme la Commission l’a proposé en novembre 2015. Il ne pourra y avoir une garantie des dépôts commune que si chacun respecte ses devoirs nationaux.

Si nous voulons mettre fin à la fragmentation et au dumping social en Europe, les Etats membres devront se mettre d’accord sur le socle européen des droits sociaux aussi rapidement que possible, et au plus tard lors du sommet de Göteborg en novembre. Les systèmes sociaux nationaux resteront encore pour longtemps divers et distincts. Mais nous devrions au minimum travailler à une union européenne des normes sociales, pour déterminer ensemble ce qui est juste et injuste dans notre marché intérieur. Si l’Europe veut réussir, elle ne peut pas délaisser ses travailleurs.

Si nous voulons plus de stabilité dans notre voisinage, nous devons offrir des perspectives d’élargissement crédibles aux Balkans occidentaux. Il n’y aura pas de nouveaux pays membres, durant le mandat de cette Commission et de ce Parlement, parce que les critères d’adhésion ne peuvent pas encore être remplis. Mais dans les années qui viennent l’Union européenne comptera plus de 27 membres. Pour tous les pays candidats à l’adhésion, une priorité absolue doit être donnée au respect de l’état de droit, de la justice et des droits fondamentaux.

Cela exclut une adhésion de la Turquie à l’UE dans un avenir proche.

Depuis un certain temps, la Turquie s’éloigne à pas de géants de l’Union européenne. La place des journalistes est dans les rédactions, là où règne la liberté d’expression. Leur place n’est pas dans les prisons.

J’en appelle aux autorités turques : libérez les journalistes, et pas seulement nos journalistes. Arrêtez d’insulter nos Etats membres et nos chefs d’état et de gouvernement en les traitant de fascistes ou de nazis. L’Europe est un continent composé de démocraties mûres. Celui qui offense, se ferme la route vers notre Union. J’ai parfois le sentiment que la Turquie cherche à fermer ce chemin pour rendre ensuite l’Union européenne responsable d’un échec des négociations d’adhésion.

De notre côté, nous garderons toujours la main tendue en direction du grand peuple turc et de tous ceux qui sont disposés à coopérer avec nous sur la base de nos valeurs.

UNE UNION PLUS FORTE

Mesdames et Messieurs les députés,

Notre Union doit gagner aussi en force.

Je voudrais que le marché intérieur gagne en force.

Je voudrais que sur les questions importantes concernant ce marché les décisions puissent être plus souvent et plus facilement prises au Conseil à la majorité qualifiée avec une participation égale du Parlement européen. Il n’est pas nécessaire de modifier les traités pour cela. Il existe des clauses dites "passerelles" dans les traités actuels qui nous permettent de passer au vote à la majorité qualifiée au lieu de l’unanimité dans certains domaines, à condition que le Conseil européen le décide à l’unanimité.

Je suis d’avis que nous devrions introduire le vote à la majorité qualifiée sur les décisions concernant l’assiette commune consolidée pour l’impôt des sociétés, la TVA, une fiscalité juste pour l’industrie numérique et la taxe sur les transactions financières. Car l’Europe doit être capable de décider plus rapidement et plus efficacement.

Je veux une union économique et monétaire plus forte. La zone euro est aujourd’hui plus robuste qu’elle ne l’a jamais été. Nous avons notamment créé un mécanisme européen de stabilité (MES). Je pense que le MES devrait maintenant évoluer progressivement vers un Fonds monétaire européen, fermement ancré dans notre Union. La Commission fera des propositions concrètes en ce sens en décembre.

Il nous faut un ministre européen de l’économie et des finances, quiencourage et accompagne les réformes structurelles dans nos États membres. Il pourra s’appuyer sur le travail mené par la Commission depuis 2015 dans le cadre de son service d’appui à la réforme structurelle.

Ce ministre européen de l’économie et des finances devrait coordonner l’ensemble des instruments financiers de l’UE lorsqu’un État membre entre en récession ou est frappé par une crise menaçant son économie.

Je ne plaide pas pour la création d’une nouvelle fonction. Pour des raisons d’efficacité, je plaide pour que cette tâche soit confiée au commissaire européen en charge de l’économie et des finances – idéalement vice-président de la Commission européenne – et président de l’Eurogroupe.

Ce ministre européen de l’économie et des finances sera bien évidemment responsable devant ce Parlement européen.

Nous n’avons pas besoin de structures parallèles. Par conséquent, nous n’avons pas besoin d’un budget de l’euro distinct, mais d’une ligne budgétaire conséquente dédiée à l’euro zone dans le cadre de notre budget de l’UE.

Je n’ai pas de sympathie pour l’idée d’un Parlement spécifique de la zone euro. Le Parlement de la zone euro est le Parlement européen.

L’Union européenne doit être plus forte en matière de lutte contre le terrorisme. Ces trois dernières années, nous avons fait des progrès mais nous ne réagissons pas assez rapidement en cas de menaces terroristes transfrontalières. Je plaide pour la création d’une cellule européenne de renseignement chargée de veiller à ce que les données relatives aux terroristes et aux combattants étrangers soient automatiquement échangées entre les services de renseignement et la police.

De même, il me paraît tout à fait indiqué de charger le nouveau parquet européen de poursuivre les auteurs d’infractions terroristes transfrontalières.

L’Union européenne doit avoir aussi plus de poids sur la scène internationale. Et pour ce faire, elle doit être capable de prendre plus rapidement des décisions de politique étrangère. Je voudrais que les États membres examinent quelles sont les décisions de politique extérieure qui pourraient être adoptées non plus à l’unanimité, mais à la majorité qualifiée. Le traité le permet, si Conseil européen le décide à l’unanimité.

En matière de défense, des efforts supplémentaires sont nécessaires. La création d’un Fonds européen de la défense est à l’ordre du jour. La coopération structurée permanente dans le domaine de la défense est en bonne voie. D’ici à 2025, nous devrions disposer d’une union européenne de la défense opérationnelle. Nous en avons besoin. Et l’OTAN y est favorable.

Enfin, et dans la droite ligne des efforts menés par la Commission ces dernières années, je voudrais que notre Union se concentre davantage sur ce qui compte réellement. Nousne devons pas agacer les citoyens européens avec des règlements qui régissent les moindres détails de leurs vies. Nous ne devons pas proposer sans cesse de nouvelles initiatives mais rendre des compétences aux gouvernements nationaux dans des domaines où cela fait du sens.

C’est la raison pour laquelle cette Commission a été plus ambitieuse sur les grands enjeux, et plus discrète sur les dossiers de moindre importance. Elle a proposé moins de 25 initiatives nouvelles par an, alors que les Commissions précédentes en présentaient plus de 100. Nous avons rétrocédé des compétences dans les domaines où il est plus pertinent que ce soit les gouvernements nationaux qui prennent eux-mêmes les choses en mains. Grâce à l’excellent travail de la commissaire Vestager, nous avons délégué 90% des décisions en matière d’aides d’État aux autorités régionales ou locales.

Afin de mener à bon terme le travail que nous avons entamé, nous allons créer d’ici la fin du mois une task force « Subsidiarité et proportionnalité » pour regarder de plus près toutes nos politiques, afin que l’Europe n’agisse que là où elle a une vraie valeur ajoutée. Le premier vice-président qui a déjà mis toute son énergie dans le « mieux légiférer », présidera à cette task-force. Cette task-force Timmermans devrait comprendre des membres du Parlement européen ainsi que des parlements nationaux. Elle présentera un rapport de ses travaux dans un an.

[A suivre]

Jean-Claude Juncker

 

http://www.voltairenet.org/article197879.html

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Discours sur l’état de l’Union 2017 : Des vents favorables par Jean-Claude Juncker. (Partie I).

15 Septembre 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #La nation ., #Europe supranationale, #La France, #L'OTAN., #La République, #La finance dérégulée, #Le capitalisme;, #Le grand banditisme, #Les transnationales, #La lutte des classes, #l'horreur économique, #Le fascisme, #Politique intérieure

Discours sur l’état de l’Union 2017 : Des vents favorables

 
| Bruxelles (Belgique)
 
 
[PARTIE I]
 
 
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INTRODUCTION – DES VENTS FAVORABLES

M. le Président, Mesdames et Messieurs les membres du Parlement européen,

Lorsque je me suis présenté devant vous l’an dernier à la même période, ma tâche était, d’une certaine façon, plus facile.

Il était clair pour tout le monde que l’état de notre Union était pour le moins préoccupant

L’Europe comptait ses blessures et ses égratignures, après une année qui l’avait ébranlée jusque dans ses fondements.

Nous n’avions le choix qu’entre deux possibilités. Soit se rassembler autour d’un programme européen positif, soit se replier chacun sur soi en ignorant les autres.

Face à ce choix, j’ai plaidé pour l’unité.

J’ai proposé un programme positif pour, comme je l’ai dit l’année dernière, contribuer à créer une Europe qui protège, qui se donne les moyens d’agir et qui défend.

Au cours des douze derniers mois, le Parlement européen a contribué à donner vie à ce programme. Chaque jour qui passe, nous continuons à faire des progrès. Pas plus tard qu’hier soir, vous avez encore travaillé à un accord sur les instruments de défense commerciale et le doublement de notre capacité d’investissement européenne.

Je voudrais aussi remercier les 27 dirigeants de nos États membres. Quelques jours après mon discours de l’an dernier, ils ont approuvé mon programme lors de leur sommet de Bratislava. Ils ont ainsi choisi l’unité. Ils ont choisi de se rassembler autour de nos intérêts communs.

Ensemble, nous avons montré que l’Europe peut obtenir des résultats concrets pour ses citoyens, quand et là où c’est nécessaire.

Depuis lors, nous avons réussi des avancées parfois lentes mais irréversibles.

L’amélioration des perspectives économiques a joué en notre faveur.

Nous entrons à présent dans la cinquième année d’une reprise économique qui se fait enfin sentir dans chacun des États membres.

Ces deux dernières années, la croissance a été plus forte dans l’Union européenne qu’aux États-Unis. Elle se chiffre maintenant à plus de 2 % pour toute l’Union et à 2,2 % pour la zone euro.

Le chômage est au plus bas depuis neuf ans. Depuis le début de notre mandat, près de 8 millions d’emplois ont été créés. Et le taux d’emploi en Europe est plus élevé qu’il ne le fut jamais. Nous avons 235 millions d’Européens qui ont un travail.

La Commission européenne ne peut pas s’en attribuer seule tout le mérite. Cela dit, je suis sûr que si 8 millions d’emplois avaient été détruits, pour beaucoup c’eût été notre faute.

En réalité les institutions de l’Europe ont joué leur rôle en contribuant à faire en sorte que le vent tourne.

Nous pouvons nous attribuer le mérite de notre plan d’investissement pour l’Europe, qui a généré jusqu’à présent 225 milliards d’euros d’investissements. Il a accordé des prêts à plus de 445 000 petites entreprises et à plus de 270 projets d’infrastructure.

Nous pouvons nous attribuer le mérite d’une action déterminée, grâce à laquelle les banques européennes ont de nouveau la force de frappe financière nécessaire pour prêter aux entreprises et leur permettre de croître et de créer des emplois.

Et nous avons eu le mérite d’avoir contribué à la baisse des déficits publics qui sont passés d’un niveau de 6,6% à un niveau de 1,6%. Nous le devons à une application intelligente du Pacte de stabilité et de croissance. Nous exigeons une discipline budgétaire mais nous veillons à ce qu’elle ne nuise pas à la croissance. Cela fonctionne en fait très bien dans toute l’Union européenne - en dépit des critiques,

Dix ans après le déclenchement de la crise, l’Europe connaît enfin un rebond économique.

Et avec lui, un regain de confiance.

Les dirigeants de notre Union européenne à 27, le Parlement et la Commission sont en train de remettre le projet européen au cœur de notre Union.

L’an dernier, à Rome, nous avons vu les 27 dirigeants gravir un à un la colline du Capitole pour renouveler leurs vœux d’engagement mutuel et envers l’Union.

Tout cela m’incite à y croire : l’Europe a de nouveau le vent en poupe.

De nouvelles opportunités s’ouvrent à nous, mais elles ne resteront pas ouvertes éternellement.

Mettons cet élan à profit, profitons de ces vents favorables.

Et pour cela nous devons faire deux choses :

Premièrement, nous devons tenir le cap fixé l’an dernier. Il nous reste encore 16 mois durant lesquels le Parlement, le Conseil et la Commission peuvent accomplir de véritables progrès. Nous devons profiter de cette période pour terminer ce que nous avons commencé à Bratislava, et mettre en œuvre notre programme constructif.

Deuxièmement, nous devons nous fixer un objectif ambitieux pour l’avenir. Comme l’a écrit Mark Twain, quand les années auront passé, nous serons plus déçus par les choses que nous n’aurons pas faites que par celles que nous aurons faites. Le moment est venu de bâtir une Europe plus unie, plus forte et plus démocratique d’ici à 2025.

TENIR LE CAP

Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les députés,

Alors que nous regardons vers l’avenir, nous ne pouvons pas nous laisser dévier de notre cap.

Ensemble, nous nous sommes fixés comme objectif de parachever une union de l’énergie, une union de la sécurité, une union des marchés des capitaux, une union bancaire et un marché unique numérique. Ensemble, nous avons déjà fait bien du chemin.

Comme l’a confirmé le Parlement, la Commission a déjà présenté 80% des propositions promises en début de mandat. Nous devons maintenant travailler ensemble pour que ces propositions deviennent des actes législatifs, et que ces actes se concrétisent dans la pratique.

Comme toujours, certaines concessions devront être faites. Les propositions présentées par la Commission pour réformer notre système d’asile commun ou pour établir de nouvelles règles plus solides sur le détachement des travailleurs sont des sujets de controverse. Nous obtiendrons de bons résultats si chacun bâtit sa partie du pont pour que les positions se rejoignent. Et je voudrais dire que la Commission sera ouverte au compromis, du moment que le résultat final est le bon pour l’Union, et équitable pour tous les Etats membres.

Nous sommes maintenant prêts à soumettre les 20% d’initiatives restantes d’ici à mai 2018.

Ce matin, j’ai adressé au président du Parlement européen, Antonio Tajani, et au premier ministre Jüri Ratas une lettre d’intention précisant les priorités pour l’année à venir.

Je ne vais pas vous énumérer ici toutes nos propositions, mais permettez-moi d’en mentionner cinq particulièrement importantes.

Premièrement, je voudrais que nous renforcions encore notre programme commercial européen.L’Europe est ouverte au commerce, oui. Mais réciprocité il doit y avoir. Il faudra que nous obtenions autant que ce que nous donnons.

Le commerce n’est pas un concept abstrait. Le commerce, ce sont des emplois, ce sont de nouvelles opportunités pour les entreprises européennes, grandes ou petites. Chaque milliard d’exportations en plus représente 14 000 emplois supplémentaires en Europe.

Le commerce, c’est l’exportation de nos normes sociales et environnementales, et de nos normes en matière de protection des données ou de sécurité alimentaire.

L’Europe a toujours été un espace économique attirant. Mais depuis l’an dernier, j’observe que nos partenaires du monde entier se pressent à notre porte pour conclure des accords commerciaux avec nous.

Grâce à l’aide du Parlement européen, nous venons de conclure avec le Canada un accord commercial qui s’appliquera de manière provisoire à compter de la semaine prochaine. Nous avons trouvé un accord politique avec le Japon sur un nouveau partenariat économique. D’ici la fin de l’année, nous avons de bonnes chances de faire de même avec le Mexique et les pays d’Amérique du sud.

Et aujourd’hui, nous proposons d’ouvrir des négociations commerciales avec l’Australie et la Nouvelle-Zélande.

Je voudrais que tous ces accords soient finalisés d’ici la fin de ce mandat. Et je tiens à ce qu’ils soient négociés dans la plus parfaite transparence.

L’ouverture aux échanges doit aller de pair avec une transparence accrue de nos processus décisionnels.

Le Parlement européen aura le dernier mot sur l’ensemble des accords commerciaux. Donc, ses membres tout comme les parlements nationaux et régionaux doivent être tenus parfaitement informés dès le premier jour des négociations. La Commission y veillera.

Dorénavant, la Commission publiera l’intégralité des projets de mandats de négociation qu’elle présentera au Conseil.

Les citoyens ont le droit de savoir ce que propose la Commission. Fini le manque de transparence, finis les rumeurs et les procès d’intention dont la Commission ne cesse d’être l’objet. J’invite le Conseil à faire de même lorsqu’il adoptera les mandats de négociation définitifs.

Je voudrais dire une fois pour toutes : nous ne sommes pas des partisans naïfs du libre-échange.

L’Europe doit toujours défendre ses intérêts stratégiques.

C’est la raison pour laquelle nous proposons aujourd’hui un nouveau cadre de l’UE sur l’examen des investissements – "Investment Screening" en anglais. Si une entreprise publique étrangère veut faire l’acquisition d’un port européen stratégique, d’une partie de notre infrastructure énergétique ou d’une de nos sociétés dans le domaine des technologies de défense, cela ne peut se faire que dans la transparence, à travers un examen approfondi et un débat. Il est de notre responsabilité politique de savoir ce qui se passe chez nous afin d’être en mesure, si besoin, de protéger notre sécurité collective.

Deuxièmement, je veux rendre notre industrie plus forte et plus compétitive.

C’est en particulier vrai pour ce qui concerne notre base industrielle et les 32 millions de travailleurs qui en constituent la colonne vertébrale. Ce sont eux qui fabriquent les produits de toute première classe -nos voitures, par exemple - auxquels nous devons notre avance par rapport à d’autres.

Je suis fier de notre industrie automobile. Mais je suis choqué quand clients et consommateurs sont sciemment et intentionnellement trompés. J’invite l’industrie automobile à faire amende honorable et à corriger le tir. Au lieu de chercher à tromper et à induire en erreur, les constructeurs devraient investir dans les voitures propres qui sont celles du futur.

Nous présentons aujourd’hui une nouvelle stratégie industrielle pour l’Europe qui permettra à notre industrie de rester ou de devenir le numéro un mondial en matière d’innovation, de numérisation et de décarbonisation.

Troisièmement, je veux que l’Europe soit à l’avant-garde de la lutte contre le changement climatique.

L’année dernière nous avons fixé des normes climatiques globales avec la ratification de l’accord de Paris ici même, dans cette assemblée. Face à l’affaissement des ambitions dont font preuve les Etats-Unis, l’Europe va faire en sorte de rendre grande la planète qui est la patrie indivisible de l’humanité toute entière. La Commission présentera sous peu une proposition de réduction des émissions de carbone dans le secteur des transports.

Quatrième priorité pour l’année à venir : nous protégerons mieux les Européens à l’ère du numérique.

Au cours des trois dernières années, nous avons fait des progrès dans la sécurisation de l’internet. De nouvelles règles, proposées par la Commission, protégeront nos droits de propriété intellectuelle, notre diversité culturelle et nos données à caractère personnel. Nous avons intensifié la lutte contre la propagande terroriste et la radicalisation en ligne. Mais l’Europe reste mal équipée face aux cyberattaques.

Les cyberattaques sont parfois plus dangereuses pour la stabilité des démocraties et des économies que les fusils et les chars. Rien que l’année dernière, on a enregistré plus de 4 000 attaques par rançongiciel et 80% des entreprises européennes ont connu au moins un incident lié à la cybersécurité.

Les cyberattaques ne connaissent pas de frontières et n’épargnent personne. C’est pourquoi la Commission propose aujourd’hui de nouveaux outils, et notamment une Agence européenne de cybersécurité, pour mieux nous défendre contre ces attaques.

Cinquièmement : la migration restera sur notre radar.

Même si les questions gravitant autour de la migration ont souvent suscitées débats et polémiques, nous sommes parvenus à faire des réels progrès sur de nombreux plans.

Aujourd’hui, nous protégeons nos frontières extérieures de façon plus efficace. Plus de 1 700 officiers du nouveau corps de garde-frontières et garde-côtes, soutiennent maintenant les 100 000 garde-frontières nationaux des États membres et patrouillent notamment en Grèce, en Italie, en Bulgarie et en Espagne. Nous avons des frontières communes mais les Etats qui sont en première ligne du fait de leur situation géographique ne doivent pas être les seuls responsables de leur protection. Frontières communes et protection commune doivent aller ensemble.

Nous sommes parvenus à endiguer les flux de migrants irréguliers, sources de grande inquiétude dans de nombreux pays. Nous avons réduit de 97% le nombre des arrivées irrégulières en Méditerranée orientale grâce à l’accord que nous avons conclu avec la Turquie. Et, cet été, nous avons réussi à mieux contrôler la route de la Méditerranée centrale : les arrivées y ont diminué de 81% en août par rapport au même mois de l’année dernière.

De cette manière, nous avons considérablement réduit le nombre des vies humaines perdues en Méditerranée. Près de 2 500 personnes sont mortes cette année, ce qui est une véritable tragédie. Je n’accepterai jamais que des êtres humains trouvent la mort en pleine mer.

Je ne peux pas parler de migration sans rendre un hommage appuyé à l’Italie pour sa persévérance et sa générosité. Cet été, la Commission a encore travaillé en étroite coopération avec le premier ministre Paolo Gentiloni et son gouvernement pour améliorer la situation, notamment en formant les garde-côtes libyens. Nous continuerons à apporter un soutien massif à l’Italie, tant opérationnel que financier. Parce que l’Italie sauve l’honneur de l’Europe en Méditerranée.

Nous devons aussi et de toute urgence améliorer les conditions de vie des réfugiés en Libye. Je suis atterré par les conditions inhumaines qui prévalent dans les centres de rétention ou d’accueil. Ici, l’Europe a une responsabilité collective et la Commission agira de concert avec les Nations Unies pour mettre fin à cette situation scandaleuse qui ne saurait durer.

Même si cela m’attriste de voir que tous nos États membres ne montrent pas encore le même degré de solidarité, l’Europe, dans son ensemble, a continué à faire preuve de solidarité. Rien que l’année passée, nos États membres ont accordé l’asile à plus de 720 000 réfugiés, ou ont pourvu à leur réinstallation. C’est trois fois plus que l’Australie, le Canada et les États-Unis ensemble. L’Europe, contrairement à ce qui est dit, n’est pas une forteresse et ne doit jamais le devenir. L’Europe est, et restera le continent de la solidarité où doivent pouvoir se réfugier ceux qui sont poursuivis pour des raisons inacceptables.

Je suis particulièrement fier des jeunes Européens qui se portent volontaires pour donner des cours de langue aux réfugiés syriens ou de tous ces jeunes qui, par milliers, se sont mis au service de notre nouveau corps européen de solidarité. Ils donnent vie et couleur à la solidarité européenne.

Nous devons aujourd’hui redoubler d’efforts. Avant la fin du mois, la Commission présentera une nouvelle série de propositions centrées sur les retours, la solidarité avec l’Afrique et l’ouverture de voies de migration légales.

Concernant plus particulièrement les retours : les personnes qui ne sont pas en droit de séjourner en Europe doivent regagner leur pays d’origine. Alors que seulement 36% des migrants en situation irrégulière sont renvoyés, il est évident que nous devons considérablement intensifier notre action en la matière. C’est seulement de cette manière que l’Europe pourra faire preuve de solidarité à l’égard des réfugiés qui ont réellement besoin d’une protection.

La solidarité ne peut pas être une solidarité exclusivement intra-européenne. Il s’agit aussi de mettre en place une plus grande solidarité avec l’Afrique : l’Afrique, berceau de l’humanité, est un continent noble et jeune. Notre fonds fiduciaire pour l’Afrique, doté d’une enveloppe de 2,7 milliards d’euros, ouvre des possibilités d’emploi partout sur le continent africain. Mais, alors que le budget de l’UE a assumé le gros du financement, la contribution de tous nos États membres réunis ne s’élève qu’à 150 millions d’euros. Le fonds atteint maintenant ses limites. Nous connaissons les risques d’une pénurie de financement : en 2015, de nombreux migrants ont voulu rejoindre l’Europe quand et parce que les fonds du Programme alimentaire mondial de l’ONU se sont épuisés. J’invite donc les États membres à joindre le geste à la parole et à veiller à ce que le fonds fiduciaire pour l’Afrique ne connaisse pas le même sort.

Nous allons aussi travailler à l’ouverture de voies de migration légales. La migration irrégulière ne s’arrêtera que lorsque les migrants auront une autre option que d’entreprendre un voyage périlleux. Nous sommes sur le point de réinstaller 22 000 réfugiés venant de Turquie, de Jordanie et du Liban et je m’associe à l’appel lancé par le haut-commissaire des Nations unies pour les réfugiés Filippo Grandi pour réinstaller 40 000 autres réfugiés originaires de Libye et des pays voisins. Pour le reste, l’Europe est un continent qui vieillit, raison de plus pour le doter d’un système de migration légale qui est une nécessité. C’est la raison pour laquelle la Commission a fait des propositions pour faciliter l’accès des migrants à la carte bleue européenne, et je vous remercie du soutien que le Parlement apporte à notre proposition. Je plaide pour un accord ambitieux et rapide sur ce dossier important.

HISSONS LES VOILES

Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs, et Mesdames et Messieurs les députés,

Je n’ai mentionné que quelques-unes des initiatives que nous devrions mettre en place au cours des seize prochains mois.

Mais cela ne suffira pas pour regagner le cœur et l’esprit des Européens.

Nous devons maintenant fixer un cap pour l’avenir.

En mars, la Commission a présenté son Livre blanc sur l’avenir de l’Europe, qui décline en cinq scénarii le visage que pourrait prendre l’Europe d’ici à 2025. Ces scénarii ont été débattus, analysés et même parfois complètement décortiqués. Je m’en félicite car c’était exactement le but recherché. J’ai voulu lancer ainsi un processus qui permette aux Européens de déterminer eux-mêmes leur propre voie pour l’avenir.

Parce que l’avenir de l’Europe ne peut pas être dicté par ses seuls dirigeants.Il ne peut être que l’aboutissement d’un débat démocratique débouchant sur un large consensus. Cette assemblée y a activement contribué avec ses trois ambitieuses résolutions sur l’avenir de l’Europe et en participant à de nombreux événements publics parmi les 2000, et plus, que la Commission a organisés depuis mars.

Le moment est venu de tirer les premières conclusions de ce débat. Le moment est venu d’aborder la prochaine étape : passer de la réflexion à l’action, du débat à la décision.

Je voudrais aujourd’hui vous présenter ma vision des choses : mon scénario personnel - si vous voulez – mon "sixième scénario".

Ce scénario est le fruit de dizaines d’années d’expérience personnelle. Toute ma vie, j’ai vécu et travaillé pour le projet européen. J’ai connu de bons et de mauvais moments.

J’ai occupé bon nombre de sièges autour de la table de négociation : en tant que ministre, Premier ministre, président de l’Eurogroupe, et maintenant président de la Commission. J’étais là, à Maastricht, Amsterdam, Nice et Lisbonne, quand notre Union évoluait et s’élargissait. Je me suis toujours battu pour l’Europe. J’ai parfois souffert avec et à cause de l’Europe, et il m’est même arrivé de douter de l’Europe.

Avec l’Union européenne, j’ai aussi traversé des hauts et des bas, mais je n’ai jamais perdu cet amour de l’Europe.

Car il n’y pas d’amour sans déconvenue, en tout cas très rarement.

Alors il faut aimer l’Europe, parce quedans ce monde troublé, l’Europe et l’Union européenne ont réussi une performance unique, imposer la paix à l’intérieur et à l’extérieur de ses frontières. Et la prospérité si ce n’est pour tous, en tout cas pour un grand nombre. Nous devrions méditer sur cela à l’occasion de l’Année européenne du patrimoine culturel qui doit célébrer en 2018 notre diversité culturelle.

UNE UNION DE VALEURS

Etre attaché aux mêmes valeurs, nous apporte un sentiment d’appartenance.

Pour moi, l’Europe est un projet plus vaste que le marché unique, la monnaie, l’euro. Elle a toujours été une question de valeurs.

Dans mon sixième scénario, l’Europe repose sur trois principes fondamentaux, que nous devons toujours défendre et promouvoir : la liberté, l’égalité et l’état de droit.

L’Europe est d’abord une union de la liberté. De la liberté face à l’oppression et à la dictature que notre continent, surtout l’Europe centrale et orientale, ont hélas trop bien connus. Je veux dire la liberté de faire entendre sa voix, en tant que citoyen et en tant que journaliste, cette liberté dont nous pensons bien trop souvent qu’elle relève de l’évidence. Ce sont des valeurs sur lesquelles s’est construite notre Union. Mais la liberté ne tombe pas du ciel. Nous devons nous battre pour qu’elle triomphe. En Europe et dans le monde.

Deuxièmement, l’Europe doit être une union de l’égalité.

Cela veut dire l’égalité entre ses membres, grands ou petits, de l’Est comme de l’Ouest, du Nord comme du Sud.

L’Europe s’étend de Vigo à Varna, de l’Espagne à la Bulgarie.

L’Europe doit respirer avec ses deux poumons, avec celui de l’est et avec celui de l’ouest. Sinon notre continent s’essouffle.

Dans une Union où tous sont égaux, il ne peut y avoir de citoyens de seconde classe. Il est inacceptable qu’en 2017, des enfants meurent encore de maladies qui auraient dû être éradiquées depuis longtemps en Europe. Les enfants de Roumanie ou d’Italie doivent avoir le même accès aux vaccins contre la rougeole que les autres enfants d’Europe. Pas de si, ni de mais qui tiennent. C’est la raison pour laquelle nous travaillons avec tous les États membres pour soutenir leurs efforts de vaccination sur le plan national. En Europe on ne peut pas accepter des morts quand elles peuvent être évitées.

Dans une Union où tous sont égaux, il ne peut y avoir de travailleurs de seconde classe. Ceux qui font le même travail, sur un même lieu, doivent toucher le même salaire. Les propositions de la Commission sur le détachement des travailleurs visent à assurer cet objectif. Nous devrions faire en sorte que toutes les règles de l’UE en matière de mobilité des travailleurs soient mises en œuvre de manière juste, simple et efficace par un nouvel organisme européen d’inspection et d’application des règles. Il y a quelque chose d’absurde à disposer d’une Autorité bancaire pour faire appliquer les normes bancaires, mais pas d’une Autorité commune du travail pour veiller au respect de l’équité dans notre marché unique. Nous devons la créer.

Dans une Union où tous sont égaux, il ne peut y avoir de consommateurs de seconde classe. Je n’accepterai pas que dans certaines régions d’Europe, les gens se voient proposer des produits alimentaires de moindre qualité que dans d’autres pays, sous des marques et des emballages pourtant identiques. Les Slovaques ne méritent pas d’avoir moins de poisson dans leurs poissons panés, les Hongrois moins de viande dans leurs repas, ou les Tchèques moins de cacao dans leur chocolat. La réglementation de l’UE interdit déjà ce genre de pratiques. Il nous reste à renforcer les moyens dont disposent les autorités nationales pour réprimer toute pratique illégale partout où elle est constatée.

Troisièmement : En Europe la force du droit a remplacé la règle du plus fort. Cela signifie que l’autorité de la loi est garantie par un pouvoir judiciaire indépendant.

Appartenir à une Union fondée sur l’état de droit, cela veut dire qu’il faut savoir accepter et respecter un jugement. Les États membres ont accordé à la Cour de justice de l’Union européenne la compétence pour statuer en dernier ressort. Les jugements de la Cour de justice européenne doivent donc être respectés dans tous les cas. Ne pas le faire ou saper l’indépendance des juridictions nationales, revient à déposséder les citoyens de leurs droits fondamentaux.

L’état de droit n’est pas une option dans l’Union européenne. C’est une obligation.

Notre Union n’est pas un Etat, elle est une communauté de droit.

[A suivre]

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Selon Emmanuel Macron, le temps de la souveraineté populaire est révolu par Thierry Meyssan

15 Septembre 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #La nation ., #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La mondialisation, #La République, #La finance dérégulée, #Le grand banditisme, #Daesch, #La lutte des classes, #Le fascisme, #l'horreur économique

Selon Emmanuel Macron, le temps de la souveraineté populaire est révolu

Prononçant un discours fondateur devant les plus hauts diplomates français, le président Macron a révélé sa conception du monde et la manière dont il entend utiliser les outils dont il dispose. Selon lui, il n’y a plus de souveraineté populaire, ni en France, ni en Europe, donc pas de démocraties nationales ou supra-nationale. Il n’y a plus non plus d’Intérêt collectif, de République, mais un catalogue hétéroclite de choses et d’idées composant des biens communs. Décrivant leur nouveau travail aux ambassadeurs, il les a informés qu’ils ne devraient plus défendre les valeurs de leur pays, mais trouver des opportunités d’agir au nom du Léviathan européen. Entrant dans le détail de certains conflits, il a décrit un programme de colonisation économique du Levant et de l’Afrique.

| Damas (Syrie)
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Participant à la traditionnelle semaine des ambassadeurs, le président Macron a prononcé son premier discours général de politique étrangère depuis son arrivée au palais de l’Élysée [1]. Toutes les citations entre guillemets de cet article en sont extraites. Le président n’a pas dressé de paysage des relations internationales actuelles, ni expliqué le rôle qu’il conçoit pour la France dans le monde, mais la manière dont il entend utiliser cet outil.

Selon lui, la France n’a pas été capable de s’adapter aux changements du monde depuis 1989, la chute du Mur de Berlin, la dissolution de l’Union soviétique et le triomphe de la globalisation états-unienne. Pour reconstruire le pays, il serait absurde de vouloir revenir à l’ancien concept de souveraineté nationale. Au contraire, il faut avancer en s’emparant des leviers disponibles. C’est pourquoi, aujourd’hui : « Notre souveraineté, c’est l’Europe ».

Certes, l’Union européenne est un monstre, « un Léviathan » [2]. Elle n’a pas de légitimité populaire, mais devient légitime lorsqu’elle protège ses ressortissants. Dans son format actuel, elle est dominée par le couple franco-allemand. Lui, Emmanuel Macron, et la chancelière Angela Merkel peuvent donc, ensemble, la gouverner. Ainsi a-t-il pu se rendre en Pologne, en sa qualité de président français, et, avec l’accord de sa partenaire allemande qui ne pouvait se permettre d’agresser la Pologne au regard de l’Histoire, y parler en tant que représentant implicite de l’Union, y insulter le Premier ministre, lui rappeler qu’elle n’est pas souveraine et la faire rentrer dans le rang européen.

D’ores et déjà, avec la chancelière, il a décidé d’agir dans quatre domaines :
- la protection des travailleurs ;
- la réforme du droit d’asile et la coopération européenne en matière migratoire ;
- la définition d’une politique commerciale et d’instruments de contrôle des investissements stratégiques ;
- le développement de l’Europe de la Défense.

Ces objectifs déterminent évidemment les politiques nationales de chacun des États membres, y compris la France. Par exemple, les ordonnances que son gouvernement vient de prendre sur la réforme du Code du Travail posent les limites minimales de la protection des travailleurs conformément aux instructions arrêtées depuis longtemps déjà par les fonctionnaires de Bruxelles. La coopération européenne en matière migratoire fixera les seuils d’hospitalité permettant de faire fonctionner l’industrie allemande [3], tandis que la réforme du droit d’asile fixera la capacité d’accueil de la France au sein de l’espace Schengen. L’Europe de la Défense permettra d’unir les armées de l’Union et de les intégrer collectivement aux ambitions de l’Otan.

Pour faire avancer plus rapidement l’Union européenne, la France et l’Allemagne organiseront des coopérations renforcées sur différents thèmes, en choisissant leurs partenaires à la carte. On conservera alors le principe de décision à l’unanimité, mais uniquement entre États présélectionnés comme étant déjà d’accord entre eux.

La cohésion de cet ensemble sera maintenue autour de quatre valeurs communes :
- « la démocratie élective et représentative,
- le respect de la personne humaine,
- la tolérance religieuse et la liberté d’expression,
- et la croyance au progrès ».
« La démocratie élective et représentative » ne s’appliquera qu’au niveau local (communautés de communes et régions administratives, les communes et les départements étant appelés à disparaître) puisqu’il n’y a plus de souveraineté nationale.
« Le respect de la personne humaine, la tolérance religieuse et la liberté » devront être compris au sens de la Convention de sauvegarde des droits de l’Homme et des libertés fondamentales, et non plus à celui de la Déclaration de 1789 pourtant placée en préambule de la Constitution.
« La croyance au progrès » permettra de mobiliser les ressortissants européens dans une période où chacun voit des pays aisés, au Moyen-Orient élargi, soudain rasés de la carte et renvoyés à l’âge de pierre.

La méthode Macron

La France devra utiliser l’outil européen pour s’adapter au « monde multipolaire et instable ». Étant entendu qu’il n’est pas question de rétablir l’alliance franco-russe que le président Sadi Carnot et l’empereur Alexandre III conclurent car l’Union européenne est le volet civil de l’Alliance militaire atlantique, il ne sert à rien de fonder la diplomatie française sur l’Histoire ou des valeurs.

Il convient au contraire de jouer le rôle de « contrepoids » afin de maintenir « les liens avec les grandes puissances dont les intérêts stratégiques divergent ». Comprenez bien, le président ne parle pas des intérêts qui divergent entre d’un côté les États-Unis et de l’autre la Russie et la Chine, mais de maintenir les liens que ces deux grandes puissances doivent entretenir avec les États-Unis.

« Pour cela il nous faut (…) nous inscrire dans la tradition des alliances existantes et, de manière opportuniste, construire des alliances de circonstances qui nous permettent d’être plus efficaces ». Le rôle des diplomates n’est donc plus de défendre à long terme les valeurs de la France, mais de flairer à court terme les opportunités, les bons coups à faire.

« La stabilité du monde »

Ce cadre de travail européen et cette méthode étant posés, la fonction de la diplomatie française sera à la fois d’assurer la sécurité des Français en participant à « la stabilité du monde », et de gagner de l’influence en défendant « les biens communs universels ».

Puisque depuis la chute du Mur de Berlin et la fin de la souveraineté nationale, il n’y a plus d’ennemi conventionnel, la France n’a plus besoin d’armée pour défendre son territoire. Par contre, elle doit faire face à un ennemi non-conventionnel, le « terrorisme islamiste », qui exige d’elle à la fois une police omniprésente et une armée de projection capable d’intervenir dans les foyers de terrorisme à l’étranger : la Syrie et l’Irak d’un côté, la Libye et le Sahel de l’autre. C’est évidemment ce changement d’objectif, et non pas une question budgétaire, qui a conduit le président Macron à limoger le chef d’état-major des armées. Il reste à réformer la police.

La France continuera à protéger ses ressortissants musulmans tout en maintenant dans son discours un lien entre l’idéologie politique islamiste et la religion musulmane. Elle pourra de la sorte continuer à surveiller la pratique du culte musulman, l’encadrer, et de facto influer ses fidèles.

La lutte contre le terrorisme, c’est aussi l’asséchement de son financement, que la France poursuit au travers de nombreuses institutions internationales ; étant entendu que, du fait « des crises régionales et des divisions, des divisions en Afrique, et des divisions du monde musulman », certains États participent secrètement à ce financement. Or, premièrement le terrorisme n’étant pas des hommes mais une méthode de combat, et secondement les actions terroristes étant considérablement mieux financées depuis que l’on prétend l’interdire, il est évident que ce dispositif a été mis en place par Washington non pas contre les Frères musulmans, mais contre l’Iran. Bien que cela n’ait apparemment aucun rapport avec le financement du terrorisme, le président Macron aborde alors la question de l’antagonisme saoudo-iranien, pour prendre le parti de l’Arabie saoudite et condamner l’Iran.

Depuis les attaques de Daesh contre « nos intérêts, nos vies, notre peuple », la paix en Irak et en Syrie constitue « une priorité vitale pour la France ». D’où le changement de méthode en cours depuis le mois de mai : certes, Paris « avait [été] mis à l’écart » des négociations d’Astana, mais il fait aujourd’hui « avancer concrètement la situation » en discutant, un à un, avec les participants des réunions Astana. Il les a convaincus d’adopter l’objectif fixé de longue date par le président Obama : l’interdiction des armes chimiques et l’accès humanitaire aux zones de conflits. Enfin, la France a créé un « groupe international de contact » qui se réunira à l’occasion de l’Assemblée générale de l’Onu autour de Jean-Yves Le Drian. Le retour de la Syrie à l’état de Droit « devra s’accompagner de la justice pour les crimes commis, notamment par les dirigeants de ce pays ».

Le président Macron opère ainsi un retour en arrière par rapport à ses déclarations précédentes. il ne s’agit plus comme il l’avait laissé entendre lors d’une interview au JDD, d’accepter la République arabe syrienne et de l’épauler contre Daesh, mais au contraire de poursuivre le double jeu antérieur : utiliser le prétexte humanitaire pour continuer à approvisionner les jihadistes en armes contre Damas. L’annonce du jugement des dirigeants syriens équivaut à celle de la défaite de la République arabe syrienne, puisque jamais, absolument jamais, un État n’a jugé pour crime de guerre des généraux victorieux. Le président Macron ne précise pas quel tribunal devra juger ces dirigeants, mais sa formulation renvoie au plan du directeur des Affaires politiques de l’Onu, Jeffrey Feltman, qui prévoyait dès 2012 (c’est-à-dire avant la guerre généralisée) la « condamnation » de 120 dirigeants syriens ; un plan qui avait été rédigé sous la direction d’un fonctionnaire de Madame Merkel, Volker Perthes [4].

Concernant la Libye et le Sahel, le président Macron a rappelé son initiative de La-Celle-Saint-Cloud, au cours de laquelle il a rapproché le « Premier ministre libyen » Fayez Sarraj et le « chef de l’armée nationale libyenne » Khalifa Haftar ; sommet où il avait assuré les deux hommes du soutien de l’Union européenne à la conditions qu’ils passent par pertes et profits la mystérieuse disparition de 100 milliards de dollars du Trésor national libyen [5].

La première conséquence du renversement de la Jamahiriya arabe libyenne fut la déstabilisation du Mali, pays dont elle subventionnait très largement l’économie [6]. Il s’est alors divisé en deux : d’un côté les sédentaires mandés, de l’autre les nomades touaregs. L’intervention militaire française a prit acte de ces faits et a stoppé leurs conséquences immédiates sur les civils. Le G5-Sahel a été créé par la France pour stopper les conséquences de la guerre contre la Libye et prévenir l’affrontement entre noirs et arabes que seul Mouamar Kadhafi était parvenu à contenir. L’alliance pour le développement du Sahel vise, quant à elle, à remplacer —avec de bien plus faibles moyens— le programme d’aide au développement que la Libye avait développé dans cette région. L’ensemble de ces mesures assurera la stabilité de cette partie de l’Afrique jusqu’à ce que, dans une dizaine d’années, le Pentagone mette en œuvre son plan d’extension du chaos au continent noir [7].

Le président Macron évoque la déclaration commune qu’il vient de faire adopter par des partenaires d’Afrique et d’Europe instituant des bureaux d’immigration européens sur le continent africain. Il s’agit de trier au départ les migrants qui seront acceptés par l’Union et d’en finir avec les parcours de l’exode. « Les routes de la nécessité doivent devenir des chemins de la liberté » ; une formule qui résume la pensée présidentielle : l’Afrique, c’est la nécessité, l’Europe, c’est la liberté.

Pour Emmanuel Macron, « rétablir la sécurité » en Afrique passe par les trois D : « Défense, Développement et Diplomatie », c’est-à-dire la présence de l’armée de projection française, les investissements français et l’administration française ; le programme classique de la colonisation économique.

La défense des biens communs

Loin de négliger l’atout que représentent la francophonie et le tourisme, le président Macron y a consacré de longs développements. À ce sujet, il a impulsé l’idée de profiter du système juridique français pour étendre l’influence du pays. Ce faisant, il reprend à son compte la « doctrine Korbel », selon laquelle la manière dont un traité est rédigé étend l’influence du pays qui en a conçu les concepts ; doctrine appliquée par sa fille, Madeleine Albright, puis par sa fille adoptive, Condoleezza Rice, pour transcrire en droit anglo-saxon les traités internationaux.

Le premier bien commun, c’est la planète.

Ce discours a été prononcé durant la « semaine des ambassadeurs » au cours de laquelle le président est venu expliquer à son personnel que, désormais la fonction première de son administration était la diplomatie économique. Lorsqu’il était ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius avait eu l’idée de mobiliser le réseau diplomatique français pour développer les exportations. Il avait pour cela créé Business France, un établissement public à la tête duquel il avait placé Muriel Pénicaud. Celle-ci utilisa l’argent public qui lui était confié pour lancer la campagne électorale d’Emmanuel Macron à l’étranger, ce qui lui vaut des démêlés actuels avec la Justice. Elle est aujourd’hui ministre du Travail et a rédigé les ordonnances fixant la « protection des travailleurs ». Laurent Fabius quant à lui, est devenu président du Conseil constitutionnel. C’est à ce titre —et en violation du rôle que lui attribue la Constitution— qu’il a rédigé un Pacte pour l’environnement que le président Macron présentera aux Nations Unies.

Le deuxième bien commun, c’est la paix.

À travers « l’Europe de la Défense », le président Macron entend « donner un nouveau souffle » à l’Otan. L’Alliance vise en effet à la promotion de « la paix » comme on le voit en Afghanistan, en Irak, en Libye, en Syrie et en Ukraine.

Le troisième bien commun, ce sont la Justice et les libertés

Le président Macron, qui avait préalablement évoqué les valeurs communes de l’Union européenne que sont « le respect de la personne humaine, la tolérance religieuse et la liberté d’expression », assure désormais que « la place des femmes, les libertés de la presse, le respect des droits civils et politiques » sont des valeurs universelles. Il n’a malheureusement pas précisé la distinction qu’il opère entre celles qui sont européennes et celles qui sont universelles. Bien qu’il se pique de philosophie depuis sa rencontre avec Paul Ricoeur, il semble ne pas avoir réfléchi à la philosophie politique et confond dans son discours le Droit humanitaire avec les Droits de l’homme, et à ce propos leur signification anglo-saxonne (protection de l’individu face aux abus de l’État) et leur signification française (responsabilités des hommes, des citoyens et de la Nation).

Le quatrième bien commun, c’est la culture.

Le président Macron avait déclaré durant sa campagne électorale qu’il n’y a pas de culture française, mais de la culture en France. Identiquement, il ne conçoit pas la culture en général comme un développement de l’esprit, mais comme un ensemble de biens marchands. C’est pourquoi, il poursuivra l’œuvre de son prédécesseur pour la protection des biens culturels, et pas des gens, sur les théâtres de guerre.

Conclusion

Il faudra beaucoup de temps pour tirer toutes leçons de la vision du monde du président Macron.

Le point le plus important reste que, selon lui, le temps de la souveraineté populaire est passé aussi bien pour les Français que pour les Européens en général. L’idéal démocratique peut se poursuivre au niveau local, mais est vide de sens au niveau national.

Secondairement, sa conception du Bien commun (res publica), auquel tous les régimes politiques —qu’ils soient monarchique, impérial ou républicain— furent attachés, semble également d’un autre temps. Dans leur optique, il s’agissait de servir —ou de prétendre servir— un intérêt collectif. Certes, Emmanuel Macron évoque la Justice et les libertés, mais c’est pour immédiatement placer ces nobles idéaux au même niveau que des objets, comme la Terre et les produits culturels marchands, et un déshonneur, la vassalité à l’Otan. Il semble donc que la République aussi soit morte.

À l’issue de cet exposé, l’auditoire a chaleureusement applaudi. Ni la presse nationale, ni les leaders d’opposition n’ont émis d’objection.

[1] « Discours d’Emmanuel Macron à la semaine des ambassadeurs de France », Emmanuel Macron, Réseau Voltaire, 29 août 2017.

[2] Léviathan, Thomas Hobbes, 1651.

[3] « Comment l’Union européenne manipule les réfugiés syriens », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 2 mai 2016.

[4] « L’Allemagne et l’Onu contre la Syrie », par Thierry Meyssan, Al-Watan (Syrie), Réseau Voltaire, 28 janvier 2016.

[5] « Macron-Libye : la Rothschild Connection », Manlio Dinucci, Traduction Marie-Ange Patrizio, Il Manifesto (Italie) , Réseau Voltaire, 1er août 2017.

[6] « La guerre contre la Libye est une catastrophe économique pour l’Afrique et l’Europe », entretien avec Mohammed Siala, Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 3 juillet 2011.

[7] « Le projet militaire des États-Unis pour le monde », par Thierry Meyssan, Haïti Liberté (Haïti) , Réseau Voltaire, 22 août 2017.

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En Syrie, le plus grand fiasco de la CIA ? Par Maxime Chaix

15 Septembre 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Histoire, #La nation ., #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La Russie, #Terrorisme, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #Daesch

En Syrie, le plus grand fiasco de la CIA ?


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Alors qu’il n’est plus tabou de critiquer le rôle trouble des puissances moyen-orientales dans le renforcement des réseaux djihadistes au Moyen-Orient, la coresponsabilité de leurs partenaires de l’OTAN ne peut et ne doit plus être éludée.


Récemment, le Washington Post a annoncé la fin du soutien de la CIA en faveur des rebelles « modérés », confirmant qu’en 2015, ceux-ci menaçaient de renverser Bachar el-Assad mais que cette issue chaotique fut empêchée par l’intervention militaire directe de la Russie cette même année. Chaotique, car le chroniqueur du Post, David Ignatus, vient de souligner dans ce même journal que Washington et ses alliés ne pouvaient proposer d’alternative politique viable, démocrate et modérée face au gouvernement syrien.

D’après le spécialiste de la Syrie Charles Lister, qui regrette ouvertement la fin de cette guerre secrète coordonnée par la CIA, l’Agence aurait constitué une force de 45 000 combattants à travers cette opération, dont nous savons depuis janvier 2016 qu’elle a pour nom de code « Timber Sycamore ».

Or, comme le rappelle l’universitaire américain Joshua Landis, ces rebelles « modérés » appuyés par la CIA et ses partenaires ont combattu jusqu’en janvier 2014 aux côtés de la milice terroriste qui allait devenir l’« État islamique » (EI) six mois plus tard, lors de la proclamation du « califat » par Abou Bakr al-Baghdadi. Cet argument est confirmé par l’expert de la Syrie Fabrice Balanche, qui a souligné à l’auteur de ces lignes que « les rebelles n’ont combattu Daech qu’à partir de l’hiver 2013-2014. Avant cette période, ils étaient main dans la main avec cette organisation. » 

Depuis qu’ils ont rompu avec l’EI, ces groupes soutenus par la CIA et ses alliés se sont majoritairement coordonnés avec la branche d’al-Qaïda en Syrie, qui s’est appelée le Front al-Nosra jusqu’en juillet 2016, avant de changer de nom et de rompre superficiellement son allégeance au réseau de feu Oussama ben Laden.

 

Comme le New York Times le soulignait en octobre dernier, lors de la bataille finale pour la reprise d’Alep-Est, « onze parmi la vingtaine de groupes rebelles menant l’offensive ont été approuvés par la CIA et ont reçu des armes de l’Agence, d’après Charles Lister, un chercheur et spécialiste de la Syrie au Middle East Institute, à Washington. […] Monsieur Lister et d’autres experts ont déclaré que la vaste majorité des factions rebelles approuvées par les États-Unis à Alep combattaient en pleine ville, et qu’ils pilonnaient massivement les troupes du gouvernement syrien en appui des combattants affiliés à al-Qaïda, qui se chargeaient de l’essentiel des combats sur la ligne de front. “La triste vérité, cependant, est que ces groupes soutenus par les États-Unis [et leurs alliés] restent d’une manière ou d’une autre dépendants des factions affiliées à al-Qaïda dans ces opérations, en termes d’organisation et de puissance de feu”, selon l’experte Genevieve Casagrande, une spécialiste de la Syrie au sein de l’Institute for the Study of War à Washington. »

Comment la CIA et ses alliés ont soutenu le djihad en Syrie

Plusieurs éléments troublants sont à relever dans cette opération. Tout d’abord, sachant que les États-Unis se revendiquent en guerre contre le terrorisme depuis septembre 2001, appuyer pendant près de cinq ans des groupes qui combattent aux côtés d’al-Qaïda n’a pas semblé poser problème aux décideurs américains et à leurs alliés occidentaux – ce qui est pour le moins déroutant.

Et comme l’a pertinemment souligné Joshua Landis, le gouvernement des États-Unis savait depuis le milieu de l’année 2012 que les armes livrées massivement par la CIA et une quinzaine de services spéciaux depuis la Turquie et la Jordanie équipaient principalement des groupes djihadistes, un processus dévoilé par le New York Times en octobre 2012.

Comme l’auteur de ces lignes avait eu l’occasion de le défendre, le réseau qui a majoritairement bénéficié de ces milliers de tonnes d’armements a été le Front al-Nosra ; ce fut d’ailleurs le cas jusqu’à récemment dans le gouvernorat d’Idleb, dont la capitale vient d’être prise par cette organisation, aujourd’hui rebaptisée Hayat Tahrir al-Cham.

Ces graves dérives ont été notamment confirmées par le journaliste spécialisé Gareth Porter, dans un article explicitement intitulé « Comment les États-Unis ont armé des terroristes en Syrie ». « Cet afflux massif d’armes [coordonné par la CIA] vers le territoire syrien, ainsi que l’entrée de 20 000 combattants étrangers dans ce pays – et ce principalement depuis la Turquie –, ont largement défini la nature de cette guerre », a souligné Gareth Porter en se référant au vaste réseau de trafic d’armes mis en place par la CIA et ses alliés depuis les Balkans et la Libye, de même qu’à l’acquisition de 15 000 missiles TOW made in USA par l’Arabie saoudite. Fabriqués par Raytheon, ces missiles antichars ont été introduits en masse dans ce conflit à partir de 2014, et les pertes infligées aux forces syriennes avec ces armements auraient été le principal facteur de l’intervention militaire russe au début de l’automne 2015.

Dans cet article solidement documenté, Gareth Porter ajoute que « les armes [injectées par la CIA et ses partenaires dans le conflit syrien] ont contribué à faire de la branche d’al-Qaïda en Syrie […] et de ses proches alliés la plus puissante des forces anti-Assad dans ce pays – et elles ont aussi permis l’émergence de Daech ».

 

Rappelons qu’à l’origine, le Front al-Nosra et le futur « État islamique » ne faisaient qu’un avant leur scission au printemps 2013, qui déboucha sur une guerre fratricide entre ces deux factions. Plus exactement, les combattants majoritairement irakiens de ce qui était alors appelé l’« État islamique d’Irak » (EII) ont fondé, à partir de l’été 2011, la milice qui allait devenir le Front al-Nosra en janvier 2012.

Encore aujourd’hui à la tête de ce réseau, leur leader, Mohammed al-Joulani, un djihadiste syrien ayant affronté la coalition de George W. Bush en Irak, avait été chargé par Abou Bakr al-Baghdadi de combattre les forces de Bachar el-Assad en 2011. D’après Foreign Policy, lors de cette scission d’avril 2013 entre ces deux entités terroristes, « une large majorité de commandants et de combattants d’al-Nosra en Syrie ne suivirent pas [leur chef al-Joulani] » et prêtèrent allégeance au futur « calife » d’al-Baghdadi, ce qui aurait représenté « jusqu’à 15 000 combattants sur environ 20 000 », d’après une estimation du chercheur Fabrice Balanche.

Toujours selon Foreign Policy, « partout dans le nord de la Syrie, Daech s’empara des quartiers généraux d’al-Nosra, des caches de munitions et des dépôts d’armes » durant cette séparation, qui conduisit à la création de l’« État islamique en Irak et au Levant » (EIIL), rebaptisé « État islamique » au milieu de l’année suivante.

En d’autres termes, le gigantesque trafic d’armes et de munitions organisé par la CIA pour équiper les rebelles en Syrie a, directement ou non, profité à Daech et favorisé sa montée en puissance dès janvier 2012. Le fait que si peu d’experts et de journalistes occidentaux l’aient souligné (ou remarqué) est incompréhensible.

Derrière l’alibi des « rebelles modérés »

Même conséquence pour le versant « formation militaire » de ce programme de l’Agence et de ses alliés, qui a conduit les Forces spéciales détachées auprès de la CIA à entraîner malgré elles une forte proportion de djihadistes officieusement affiliés à al-Nosra ou à Daech – selon des sources anonymes du SOCOM et de l’Agence qui étaient directement impliquées dans cette opération.

En clair, de nombreux mercenaires anti-Assad recrutés par la CIA ont dissimulé leur appartenance à (ou leur attrait pour) ces groupes terroristes, le processus de sélection des combattants étant particulièrement laxiste. Or, la simple existence de cette procédure a permis à la CIA de maintenir une façade de respectabilité en affirmant qu’elle ne formait que des « rebelles modérés ».

En réalité, pour quiconque s’affranchit de cette notion orwellienne, les dynamiques de cette opération peuvent être résumées ainsi : supervisés par la CIA et quatorze autres services spéciaux, dont ceux de la France, du Royaume-Uni, d’Israël, de la Turquie, de l’Arabie saoudite et du Qatar, le financement, la formation et l’approvisionnement en armes des rebelles depuis les territoires turc et jordanien ont profité à l’ensemble des groupes armés, y compris à Daech et au Front al-Nosra.

En des termes plus parlants, qui sont ceux du spécialiste Sam Heller, « la majeure partie du soutien américain fut dirigée vers des factions de l’“Armée syrienne libre” (ASL), qui ont en fait servi d’auxiliaires et de sources d’armements à de plus puissantes factions islamistes et djihadistes, dont la branche d’al-Qaïda en Syrie ».

Ces dérives ne furent toutefois pas systématiquement intentionnelles. L’exemple de « Cheg Cheg », devenu le plus grand trafiquant d’armes syrien durant cette guerre, pourrait l’illustrer. Mort dans l’explosion de son véhicule en avril 2016, ce baron de la contrebande d’armements avait vendu à des intermédiaires bédouins un certain nombre d’armes issues des bases supervisées par la CIA, dont la mise en place en Turquie et en Jordanie avait dynamisé ses affaires. Or, ces intermédiaires les avaient achetées pour le compte du malnommé « État islamique », ce que « Cheg Cheg » n’ignorait pas

À l’origine de ces révélations, le quotidien émirati TheNational.ae évoqua des transferts « involontaires » d’armements de la CIA et de ses alliés vers l’EI, à travers les réseaux de « Cheg Cheg ». Pourtant, selon différentes enquêtes approfondies, dont une récemment publiée par le JDD, il ne fait plus aucun doute que les services spéciaux des pétromonarchies du Golfe – essentiellement ceux de l’Arabie saoudite – ont sciemment armé Daech en Syrie comme en Irak, en particulier via une ligne d’approvisionnement Balkans-Moyen-Orient mise en place avec l’aide discrète de la CIA à partir de janvier 2012.

Ambassadeur américain en Syrie de 2011 à 2014, Robert S. Ford est persuadé de l’implication de l’Agence dans ces manœuvres, qui furent d’après lui « strictement confinées aux réseaux des services secrets ». Étonnamment, cette enquête du JDD ne fait pas mention de ce rôle central de la CIA dans la création de ce trafic d’armes produites dans les Balkans. Toutefois, son auteur a répondu à une demande de clarification en soulignant que « les propos de Robert S. Ford, qui s’est exprimé plus en détail sur ce sujet dans le New York Times, portent davantage sur l’approvisionnement en armes du Front al-Nosra… dont a ensuite profité Daech. »

Une telle franchise est malheureusement trop rare dans les médias occidentaux, et en particulier francophones. En réalité, alors qu’il n’est plus tabou de critiquer le rôle trouble des puissances moyen-orientales dans le renforcement des réseaux djihadistes en Irak et au Levant, la coresponsabilité de leurs partenaires de l’OTAN dans ces politiques catastrophiques ne peut et ne doit plus être éludée par les médias.

L’opération Timber Sycamore : un fiasco historique

Pour dresser le bilan de cette désastreuse politique, que la majorité de la presse occidentale a dissimulée au profit d’une narration séduisante impliquant des rebelles « modérés » n’ayant qu’un poids limité sur le terrain, on peut dire que la CIA et ses partenaires ont imposé à la Syrie une guerre secrète meurtrière, et que celle-ci a eu comme conséquence des dizaines de milliers de morts dans les rangs de l’armée syrienne et de leurs alliés, ainsi qu’un nombre indéterminé de victimes civiles, de blessés, de réfugiés et de déplacés internes.

Cette coresponsabilité majeure des puissances occidentales dans ce conflit a été durablement occultée du débat public, à travers ce qui pourrait être considéré un jour comme l’un des plus grands échecs collectifs de l’histoire du journalisme contemporain.

Bien qu’indiscutablement condamnable, le gouvernement Assad a bénéficié d’un soutien populaire suffisant pour tenir face à la rébellion, et il s’est maintenu au pouvoir grâce à l’intervention décisive de la Russie, ce qui n’avait pas été anticipé par les stratèges d’Obama.

Censées être en guerre contre le jihadisme depuis l’automne 2001, les puissances occidentales ont fait le pari cynique de couvrir diplomatiquement et d’aider militairement leurs alliés régionaux dans leur soutien en faveur de groupes extrémistes éprouvant la même détestation à l’égard de notre modèle démocratique qu’envers l’État syrien laïc et ses alliés russes et chiites.

Provoquant un véritable désastre humanitaire, la fulgurante montée en puissance de Daech en 2014 est en bonne partie la conséquence de cette politique inconsciente et court-termiste, dont l’Arabie saoudite a été le principal financeur – le rôle de nos « alliés » turc et pétromonarchiques dans l’essor du djihad armé dans cette région (et au-delà) n’ayant d’ailleurs jamais fait l’objet d’une quelconque protestation officielle de la part d’États occidentaux pourtant frappés par le terrorisme.

Après d’innombrables hésitations, ces derniers ont fini par accepter le réel. De ce fait, ils ont progressivement abandonné l’objectif de renverser Bachar al-Assad ; et ils ont mis en priorité la lutte contre un monstre Frankenstein en grande partie engendré par leurs propres errements stratégiques et diplomatiques, encouragés dans ces dérives par leurs « alliés » néo-ottomans et wahhabites.

À l’aune du sévère bilan que l’on peut dresser de l’interventionnisme occidental au Moyen-Orienten Asie centrale et en Afrique du Nord, il serait plus que jamais salutaire que les journalistes, les experts et d’éventuels lanceurs d’alertes dénoncent plus explicitement le rôle majeur de nos États dans l’élaboration, la conduite et la dissimulation de ces politiques clandestines inconsidérées. 

En attendant, espérons que le potentiel aggiornamento du président français Emmanuel Macron sur le dossier syrien, et la conclusion du programme anti-Assad de la CIA décrétée par son homologue américain, marquent la fin durable de ces stratégies aventuristes à l’origine de tant de souffrances et de destructions – officiellement imposées au nom de la démocratie, de la paix et des droits de l’homme.

Dans tous les cas, au regard des conséquences dramatiques de cette ultime guerre secrète de la CIA – que le Washington Post avait décrite en juin 2015 comme étant « l’une [de ses] plus vastes opérations clandestines » –, il n’est pas impossible que les historiens la considèrent un jour comme le plus grand fiasco de l’Agence ; un désastre aux conséquences potentiellement plus graves que celles de la baie des Cochons, ou de la tentative de recrutement de deux futurs pirates de l’air du 11 septembre par la CIA et les services secrets saoudiens. Comme l’avait relaté un ex-agent spécial du FBI à l’auteur de ces lignes, cette opération illégale conduisit l’Agence à dissimuler à la police fédérale la présence de ces hommes de Ben Laden aux États-Unis, ce qui aurait empêché le Bureau de déjouer ces attentats.

Visiblement, cette tragédie était bien loin dans les mémoires des responsables du programme Timber Sycamore, qui ont massivement armé la nébuleuse terroriste contre laquelle les autorités américaines et leurs alliés se revendiquent en guerre depuis 2001.          

                       

– Maxime Chaix est traducteur et journaliste indépendant, spécialisé dans les domaines du renseignement, des opérations clandestines, des questions stratégiques, de la criminalité financière et du terrorisme global. Il est diplômé d’un Master 2 « Histoire, théorie et pratique des droits de l’Homme » à la Faculté de Droit de Grenoble. En 2015, il a lancé son propre siteafin de regrouper ses différents articles et traductions. Depuis 2014, il a notamment écrit pour defensa.orgParis Match, et le Club de Mediapart.

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