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Le blog de Lucien PONS

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A l’heure grecque : pourquoi ne pas supprimer le « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes » ? Robert Charvin.

11 Juillet 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Grèce, #La dette, #Europe supranationale, #Economie, #La France, #La finance dérégulée, #L'OTAN., #AMERIQUE, #Terrorisme, #Le fascisme

L'indépendance des peuples, leur droit à disposer d'eux-mêmes, l'égale souveraineté des États font l'objet d'une contestation de fait de plus en plus vive de la part des puissances occidentales.

 



On a en mémoire les prétentions du « national-socialisme » et son « Ost-politique » visant à transformer les peuples européens écrasés militairement en colonies pour que l’Allemagne ait une main d’œuvre, des terres et des ressources minières à bas prix, au nom de la supériorité de la race aryenne et de « l’espace vital » allemand : la souveraineté des États était purement et simplement niée.

On se souvient de l’hostilité au temps de la « décolonisation » au droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, c’est-à-dire lorsque les mouvements de libération nationale voulaient en finir avec une domination directe exercée par quelques États européens, au nom d’une « missions civilisatrice » qui n’en finissait pas et qui générait un racisme institutionnalisé.

Jusqu’à la veille des indépendances, la pensée dominante, en France par exemple, considérait que le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, principe fondamental de la Charte des Nations Unies, n’était qu’une disposition « politique » sans valeur juridique positive ni force contraignante.

Les États colonisateurs, la France en particulier, invoquaient leur souveraineté dans les affaires coloniales et l’exception de compétence réservée contre toute intervention de l’ONU. Ils allaient jusqu’à refuser de communiquer les renseignements sur l’évolution des « territoires non autonomes » en violation de l’article 73 de la Charte[1] .

En tout état de cause, lorsque le principe de souveraineté protégeait les colonisateurs contre les indépendances, il était « sacralisé » ! Il servait à neutraliser le principe du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes qui n’était, selon les puissances européennes, qu’une condamnation à posteriori de la volonté de conquête de l’Allemagne nazie contre les autres pays européens.

1. Aujourd’hui on constate que les grands États occidentaux, avec plus ou moins de retenue, refusent toute souveraineté aux peuples et aux États qui manifestent leur insoumission à une dominance qui est celle, avant tout, de pouvoirs privés (banques, firmes transnationales) qui n’ont pourtant aucune légitimité et aucun titre à exercer leur hégémonie.

Ces pouvoirs publics et privés occidentaux ne supportent aucun contre-pouvoir : ils applaudissent à l’exercice démocratique des élections et même aux « révolutions » seulement lorsqu’ils s’inscrivent dans la mouvance du système néolibéral.

Tous les « drapeaux » politiques sont tolérés pourvu qu’ils confortent l’espace financier et économique ouvert aux intérêts privés dominants : il peut s’agir du Qatar, de l’Arabie Saoudite, quasi-féodaux et plus ou moins salafistes, de la Colombie des trafiquants de stupéfiants, de la Lettonie ou de la Hongrie qui malmènent les droits des minorités. Cette « diversité » n’a aucune importance : les responsables de ces pays savent parfaitement signer des contrats « rentables » pour eux-mêmes et pour l’oligarchie planétaire. Cette capacité basique est jugée suffisante !

Par contre, tous les moyens sont utilisés pour détruire les forces qui ne jouent pas suffisamment le jeu du néolibéralisme. Soit pour les empêcher d’accéder au pouvoir politique de leur pays, soit pour les liquider (et avec eux, s’il le faut, l’État) s’ils y sont. C’est ainsi que la Grèce de Syrisa est menacée.

Leur conception de la démocratie est très restrictive : elle ne concerne pas les droits économiques et sociaux ; elle est favorable au principe du pluralisme tout en marginalisant, par tous les moyens, ceux qu’elle considère comme « extrémistes », variables selon les circonstances ; elle se fait la championne de la liberté d’expression dont elle fixe cependant des limites (en France, par exemple, on applaudit vivement à « Charlie » mais on assassine certaines émissions dérangeantes de radio ou de télévision et le droit à l’information est sous le contrôle strict de quelques oligarques). La démocratie à l’occidental est en réalité surtout celle du bavardage : l’impact recherché est une canalisation « soft » vers une pensée unique !

A défaut, on multiplie des « coups procéduraux », les blocages financiers, les sanctions de toutes natures. Ce que subit la Grèce de Syrisa en est une illustration : celle des Colonels et de la droite associée au Parti socialiste bénéficiait au contraire de toutes les indulgences, comme aujourd’hui la Hongrie de Orban ou la Lettonie, spécialiste en maltraitance des minorités, malgré les obligations de principe des membres de l’Union Européenne.

Enfin, on répugne de moins en moins à utiliser la violence et la force armée pour réaliser des coups d’état sous couverture « populaire ».

Le pouvoir néolibéral, à tous les niveaux, n’accepte pas son éventuelle remise en cause : les enjeux sont en effet devenus gigantesques.

Il n’entend pas dissoudre l’État : celui-ci joue un rôle d’auxiliaire des pouvoirs privés très utile. Sauf bien sur, si l’État les perturbe ; dans ce cas, ils n’hésitent pas à le casser, lui préférant le chaos dont ils pourront, au moins partiellement, tirer profit. C’est le cas en Irak, en Libye, en Syrie, au Yémen.

Il sait aussi le faire imploser en créant des micro États peu viables, comme ce fut le cas pour la Yougoslavie. A l’époque de l’abaissement des frontières, de l’intensification des relations transnationales, ce n’est pas le moindre des paradoxes que de voir augmenter le nombre d’États, souvent artificiels, comme le Kosovo, par exemple !

Ce pouvoir néolibéral global dont le cœur est étasunien a les moyens financiers d’organiser la subversion à l’intérieur des États et de transformer les inévitables conflits internes en guerre civile rapidement internationalisée, comme en Ukraine.

Il apparaît très ambigu dans la guerre contre Daech et son Califat, médiatiquement mis au premier plan, mais qu’il semble vouloir instrumentaliser (par exemple, contre Damas) tout en le combattant... avec modération : les Islamistes ont le mérite de participer à la destruction des États et de leurs frontières[2] !

Les institutions régionales participent aussi de ce bouleversement de l’ordre international. Les États-Unis ont ainsi réussi à subordonner le Canada et à exploiter le Mexique dans une structure commune ; l’Union Européenne a permis de ligoter ses États membres, imposant, quelles que soient les réactions politiques (en France en 2005, par exemple), une logique néolibérale à tous. La souveraineté de la Grèce, par exemple, n’est qu’une formule creuse, même si le Président Hollande prend la précaution hypocrite de rappeler qu’il « respecte » la démocratie grecque, sans pour autant en tirer la moindre conséquence politique !

2. Malgré cette pratique sans retenue, la pensée néolibérale reste honteuse

Dans les années 1930-1940, les courants autoritaires qui s’exprimaient dans toute l’Europe, et pas seulement en Allemagne, s’opposaient frontalement aux courants progressistes.

L’Espagne républicaine a été agressée par les armées allemandes et italiennes en soutien aux rebelles franquistes au mépris le plus absolu de la souveraineté de l’État espagnol.

Une fois vaincues, les forces progressistes étaient éliminées au nom de principes marqués de radicalité totalitaire.

Aujourd’hui,les dominants néolibéraux sont handicapés par leur faux démocratisme et leur pseudo « droitdel’hommisme ». Ils s’efforcent donc de conjuguer la poursuite de leurs intérêts par tous les moyens en les enveloppant de doctrines et de discours « humanistes », qui ont aussi l’avantage de contribuer à « tuer le politique » dans l’opinion[3] ! Ils avancent masqués.

Toutes les violations de la souveraineté, par des résolutions du Conseil de Sécurité, comme par les grandes puissances occidentales intervenant unilatéralement, s’appuient formellement et sans complexe sur un rappel approximatif du principe du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et de l’égale souveraineté des États consacrés par la Charte des Nations Unies.

Un certain droit humanitaire annihile le droit international général dont la Charte est le noyau dur et unifie les règles applicables aussi bien aux conflits internes qu’aux affrontements internationaux.

Les juristes de Cour, proches des ministères et de l’OTAN, inventent successivement, selon l’air du temps, ce qu’ils voudraient être de nouvelles normes, parfaitement adaptées aux intérêts d’une « globale gouvernance » de type occidentalo-libéral.

Le professeur Mario Bettati, par exemple, qui a été conseiller du Ministre des Affaires Étrangères, B. Kouchner, n’a cessé de militer, dans tous les cénacles de juristes « officiels » en faveur du « droit d’ingérence », première mouture de l’interventionnisme occidental anti-souveraineté, puis de la « responsabilité de protéger », seconde mouture « rafraîchissant » un droit d’ingérence largement discrédité, notamment dans les pays du Sud. Et de dénoncer la Russie (pour le Tchétchénie), la Chine (pour le Tibet) ou la Birmanie (ce qui ne coûte rien à personne), dans le droit fil de la stratégie de l’OTAN.

Pour M. Bettati et consorts (notamment l’Organisation internationale de la Francophonie qui a oublié sa raison d’être originaire), la légitimité des « guerres justes » (concept archaïque et nocif) ne peut être limitée par une légalité « dépassée » : on feint, dans la doctrine occidentale dominante (dont les acteurs sont médiatiquement et professionnellement privilégiés), de croire à une philanthropie internationale incarnée par le seul Occident. Il s’agirait « d’épargner la douleur de l’injustice, le scandale de l’impunité, la révolte de la dignité bafouée » (sic)[4] .

Cependant, cette « responsabilité de protéger » implique qu’une puissance tierce (ou une alliance politico-militaire comme l’OTAN) soit mieux à même d’assurer la protection des populations civiles que l’État directement responsable de ses citoyens.

Pourtant, de nombreuses questions sans réponse se posent :

• Seuls les États puissants sont en mesure d’user de cette pseudo nouvelle norme.

• La logique universaliste qui soutend le droit international et le principe établi de l’égale souveraineté des États est balayée au profit de certains « super » États s’autoproclamant champions de l’humanitaire.

• Il y a déformalisation (d’origine étasunienne) du droit en raison de la confusion avec une morale internationale, proche de celle du XIX° siècle.

• Il y a impossibilité de déterminer un seuil de déclenchement de la responsabilité de protéger : de vagues rapports de l’ONU financés par des Fondations occidentales seront-ils décisifs et garants de « l’objectivité » de leur appel à intervention (comme par exemple les Comités Tchétchénie, Human Rights Watch, ou l’Observatoire Syrien des Droits de l’Homme basé à Londres) ? La pratique des « deux poids, deux mesures » a toujours été flagrante en la matière.

Si toutes ces objections sont récusées, la logique occidentale voudrait que le principe du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et celui de la souveraineté soit purement et simplement abrogé à la suite d’une révision explicite de la Charte des Nations Unies. Mais, le monde occidental ne peut se permettre de proposer des mesures aussi transparentes. Toute sa stratégie est basée sur l’occultation du réel et la manipulation des opinions. L’hégémonie de ses élites et l’absence de tout contrôle effectif sur elles doivent être dissimulées grâce à l’usage de procédures sophistiquées et de fictions juridiques.

La Nation souveraine et l’État indépendant, qui n’ont pas encore épuisés leur rôle historique, doivent néanmoins ne pas constituer un handicap pour le processus de mondialisation : les mondialisés, qu’ils soient grecs ou autres, doivent se soumettre de fait aux mondialisateurs étasuniens ou européens.

Ces mondialisateurs politico-affairistes sont dans l’obligation de tricher avec les citoyens de leurs pays, avec l’opinion dans les relations internationales, tout en séduisant par divers moyens une intelligentsia aux ordres pour renouveler les doctrines légitimatrices[5] .

Ces tricheurs poursuivent donc leur travail de destruction de facto (et non de jure) de la souveraineté nationale, comme le démontre l’exemple grec, après tant d’autres événements de même nature, tout en lui rendant hommage... pour la forme.

Robert CHARVIN Professeur Emérite à l’Université de Nice - Sophia-Antipolis



Notes :

[1] Voir F. Luchaire. Droit d’Outre Mer. PUF. 1959, p. 53. Et avant l’indépendance des colonies, l’argument du gouvernement français et de certains juristes était que l’indépendance juridique ne pouvait régler le problème du sous-développement, « au contraire, elle en complique les solutions » ! (p. 52), écrit François Luchaire.

[2] Il convient de rappeler concernant le Moyen Orient que les frontières étatiques en cours de bouleversement ont été édifiées au début du XX° siècle par les États européens, utilisant le nationalisme arabe contre l’Islamisme de l’Empire Ottoman ! Il y a par ailleurs longtemps que les États-Unis pactisent avec les Frères Musulmans, puis avec les Talibans.

[3] Tous les problèmes sont prétendument évalués par les gouvernements occidentaux et leurs médias à l’aune des droits de l’homme, ce qui fausse profondément la réalité politique : c’est ainsi, par exemple, que la question israélo-palestinienne, de type colonial, est pervertie en un problème essentiellement humanitaire !

[4] Cf. Allocution de M. Bettati à l’ouverture du Colloque se la Société Française « pour » le droit international. La responsabilité de protéger. Pédone. 2008, p. 14. La préface de J.P. Cot, éphémère Ministre de la Coopération de P. Mauroy, est plus réservée, ce qui n’est guère surprenant.

[5] Cette intelligentsia qui délibérément se refuse à savoir, largement médiatisée, constate cependant que le monde change ce qui dispenserait de vouloir le changer, mais oblige à changer les idées et les concepts que l’on porte sur lui. Ces intellectuels assurent un service volontaire (gratifiant) en tant qu’auxiliaires des classes dirigeantes : ils en perdent la capacité à comprendre le monde qu’ils sont censés déchiffrer. Fonctionnant en vase clos, ils font la navette entre les petits mondes interconnectés de la politique, des médias et des idées, en ignorant leur ignorance. Comprendre le monde pour le transformer n’est pas leur préoccupation : ce n’est plus un produit-mode. Quoiqu’il se passe, y compris si l’on étouffe le peuple grec, après bien d’autres, ces intellectuels éminents ne « s’occupent que de la météo du jour et bloque l’aiguille au beau fixe ». Voir J.P. Garnier et L. Janover. La pensée aveugle. Éditions Spendler. 1993.

Source :Investig’Action

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L’Europe se déchire à propos du cas grec – et personne ne semble en mesure de l’en empêcher, par Ambrose Evans-Pritchard.

11 Juillet 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Grèce, #La dette, #La mondialisation, #Le grand banditisme, #Europe supranationale, #Economie, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La France, #La finance dérégulée

Le premier ministre Alexis Tsipras ne s’attendait pas à remporter le référendum de dimanche dernier. Il est maintenant pris au piège et précipité vers le “Grexit”.

5 juillet – Des manifestants célèbrent la victoire du non | Photo: IBL / Rex Shutterstock

Par Ambrose Evans-Pritchard, Athènes 20:35 BST 07 juillet 2015

Comme une tragédie d’Euripide, le long conflit entre la Grèce et les puissances européennes qui détiennent sa dette s’achemine vers une fin catastrophique que personne n’avait vue venir, à laquelle nul ne semble pouvoir échapper, et qui menace de détruire au passage l’ordre européen dans son ensemble.

Le premier ministre Grec Alexis Tsipras ne s’attendait absolument pas à remporter le référendum de dimanche sur les conditions de sauvetage de l’UME, et encore moins à se retrouver à la tête d’une révolte nationale contre le contrôle exercé par les pays étrangers.

Il a organisé ce scrutin inattendu dans l’intention – et le souhait – de le perdre. Son but était d’en sortir la tête haute, en se résignant à une défaite honorable, et de rendre les clefs de la villa Maximos en laissant à d’autres le soin d’appliquer l’ultimatum du 25 juin, et d’en supporter l’opprobre.

Cet ultimatum fut un choc pour le gouvernement grec. Ils pensaient être sur le point de trouver un accord, aussi mauvais fût-il. Tsipras avait déjà décidé de céder au plan d’austérité, Syriza ayant échoué à créer une union des états débiteurs du sud de l’UME et ayant mal apprécié la tendance politique générale au sein de l’Euro-zone.

En lieu et place, ils se sont retrouvés confrontés à des créanciers qui ont levé la barre plus haut, exigeant que la TVA sur l’hôtellerie de tourisme passe de 7 à 23%.

Les créanciers ont réclamé une nouvelle baisse des retraites équivalant à 1% du PIB pour l’année suivante, ainsi qu’une sortie progressive de l’Allocation de Sécurité Sociale (EKAS) pour les retraités les plus pauvres, alors même que les montants des retraites avaient déjà été réduits de 44%.

Ils ont aussi réclamé une augmentation de la pression fiscale de 2% du PIB, alors que l’économie subit toujours les effets de six années de crise et d’hystérèse dévastatrice [NdT : hystéresis/hystérèse : « Retard de l'effet sur la cause dans le comportement des corps soumis à une action physique. Persistance d'un phénomène quand cesse la cause qui l'a produit. »]. Ils n’ont pas proposé de restructuration de la dette. Les Européens sont intervenus en coulisse pour supprimer un rapport du FMI qui validait la position grecque selon laquelle la dette était “insoutenable”. Le FMI a conclu que non seulement le pays avait besoin d’un abattement de 30 % du montant de la dette pour préserver la viabilité de ses créances, mais également d’un nouveau prêt de 52 milliards d’euros pour surmonter la crise.

Ils ont rejeté le plan grec de coopération avec l’OCDE pour réformer le marché, et avec l’Organisation Internationale du Travail sur les lois régissant les conventions collectives. Ils ont joué leur partition sans souplesse aucune, refusant d’admettre que leurs exigences dignes d’un roman de Dickens avaient été dénoncées par des économistes partout sur la planète.

“Ils ne voulaient tout simplement pas que nous signions. Ils avaient déjà décidé de nous mettre à la porte”, a dit le ministre des finances démissionnaire Yanis Varoufakis.

Syriza a donc opté pour le référendum. Mais, à leur grand désarroi, ils l’ont remporté, provoquant ainsi la grande révolte grecque de 2015, ce moment où le peuple a finalement poussé son cri primitif, s’est couvert de peintures de guerre et a formé la phalange des hoplites.

M. Tsipras est désormais pris au piège de son propre succès. “Le référendum a sa dynamique propre. Les gens se révolteront s’il revient de Bruxelles avec un compromis bâclé”, a déclaré Costas Lapavitsas, un des députés de Syriza.

“Tsipras ne veut pas du Grexit, mais je pense qu’il se rend compte que c’est la voie qui maintenant s’ouvre devant lui”, a-t-il ajouté.

Alexis Tsipras arrive à Bruxelles pour un sommet d’urgence après son référendum.Ce qui aurait dû être une fête joyeuse dimanche soir s’est transformé en veillée funèbre. Alexis Tsipras, déprimé, a analysé toutes les erreurs faites par Syriza depuis son arrivée au pouvoir en janvier, discutant ainsi jusqu’au petit matin.Le premier ministre aurait alors été mis face au choix suivant : ou bien s’emparer de l’opportunité politique d’un vote remporté triomphalement avec 61% des scrutins pour s’attaquer directement à l’Euro-groupe, ou bien céder aux exigences des créanciers – en abandonnant l’imprévisible M. Varoufakis au passage, comme gage de bonne volonté.

 

Tout le monde savait ce qu’une confrontation signifierait. Le cabinet du ministre en avait examiné les conséquences en détails une semaine auparavant lors d’une rencontre tendue à la suite du refus de la BCE d’augmenter les liquidités (ELA) du système bancaire grec, forçant ainsi Syriza à imposer un contrôle des capitaux.

C’était un plan en trois phases. Ils “réquisitionneraient” la Banque de Grèce tout en licenciant son gouverneur selon des lois d’urgence nationale. Les réserves estimées à 17 milliards d’euros cachées dans différentes succursales de la banque centrale seraient saisies.

Ils émettraient en parallèle de la liquidité et des titres de dette (“IOU”) de type californien libellées en euros pour garder un système bancaire fonctionnel, soutenus par un appel à la Cour Européenne de Justice afin de déséquilibrer leurs adversaires, tout en faisant respecter les droits de la Grèce en tant que membre de la zone Euro. Si les créditeurs les forçaient à un Grexit, ce seraient ceux-ci – et pas la Grèce – qui agiraient de manière illégale avec toutes les implications du droit des contrats à Londres, New York et même Francfort.

Ils imposeraient un abattement de 27 milliards d’euros sur les obligations grecques détenues par la BCE, que certains qualifient “d’odieuses” puisque leur achat initial visait à sauver les banques françaises et allemandes, empêchant ainsi une restructuration de la dette qui sinon aurait eu lieu.

“Ils essayaient de nous étrangler jusqu’à ce que l’on se soumette, et voici comment nous aurions répondu”, a dit un ministre du cabinet. M. Tsipras a rejeté le plan. Il était trop dangereux. Mais une semaine plus tard, c’est peut-être précisément ce qu’il devra faire, à moins qu’il n’accepte un retour forcé à la drachme.

Syriza est en proie à un profond désarroi depuis 36 heures. Mardi, la délégation grecque est arrivée à un sommet de la dernière chance à Bruxelles sans le moindre plan de négociation, alors même que l’Allemagne et ses alliés l’avaient averti dès le début qu’il s’agissait de son ultime chance d’éviter d’être bouté hors de la zone Euro.

Le nouveau ministre des finances, Euclide Tsakalotos, a vaguement proposé de fournir d’ici mercredi un projet, qui sera sans doute une version bricolée des projets déjà refusés par les créanciers.

Les événements se précipitent désormais et échappent à tout contrôle. Les banques restent fermées. La BCE a maintenu sa politique de gel des liquidités et, par son inaction, est en train d’asphyxier le système bancaire.

Des usines ferment partout dans le pays alors que les stocks de matières premières s’épuisent et que les conteneurs pleins de biens de première nécessité s’accumulent dans les ports grecs. Les sociétés ne sont plus en mesure de payer leurs fournisseurs, puisque les transferts extérieurs sont bloqués. Des titres provisoires privés commencent à apparaître tandis que les entreprises en sont réduites à une espèce de troc, hors du circuit bancaire.

Pourtant, si la Grèce est en pleine tourmente, l’Europe n’est pas en reste. La direction de la zone euro au grand complet a averti avant même le référendum que le “non” conduirait à l’expulsion de l’euro, sans cependant imaginer que ce scénario se produirait vraiment.

Jean-Claude Juncker, qui est à la tête de la Commission Européenne, a su plaisanter de sa volte-face. Il a déclaré : “Nous devons mettre nos petits égos, dans mon cas un très gros égo, de côté, et gérer la situation à laquelle nous sommes confrontés.”

Le premier ministre français, Manuel Valls, a déclaré qu’empêcher le Grexit et l’explosion de l’union monétaire était un impératif stratégique absolu. “Nous ne pouvons pas laisser la Grèce quitter la zone euro. Personne ne peut dire aujourd’hui quelles en seraient les conséquences politiques, comment réagirait le peuple grec”, a-t-il dit.

Les dirigeants français travaillent de concert avec la Maison-Blanche. Washington fait jouer son immense pouvoir diplomatique et demande ouvertement à l’UE de “mettre la Grèce sur le chemin de la soutenabilité de sa dette” et de résoudre ce problème récurrent une fois pour toutes.

La pression franco-américaine est renforcée par l’italien Matteo Renzi, pour qui l’Euro-zone doit remettre l’ouvrage sur le métier, et repenser toute sa doctrine d’austérité après la révolte démocratique en Grèce. Lui aussi soutient maintenant qu’une réduction de la dette est nécessaire.

Le premier ministre grec Alexis Tsipras et l’Italien Matteo Renzi prennent part à une rencontre d’urgence de chefs européens de la zone euro.Toutefois, 15 des 18 gouvernements appelés à juger le cas de la Grèce soit soutiennent la position inébranlable de l’Allemagne, soit penchent vers un Grexit sous une forme ou une autre. Les Allemands sont déjà en train de penser à l’après-Grexit et discutent de projets d’aide humanitaire et de la manière de soutenir la balance des paiements de la drachme.Mark Rutte, le premier ministre hollandais, s’est fait l’interprète de nombreux pays en insistant sur le fait que la zone euro devait faire respecter la discipline, quelles qu’en soient les conséquences financières. “Je suis à la table des négociations aujourd’hui afin de veiller à ce que l’intégrité, la cohésion et les principes sous-jacents de la monnaie unique soient protégés. Il appartient au gouvernement grec d’apporter des propositions de grande portée. S’ils n’en font rien, dit-il, je pense que ça sera rapidement terminé.”

 

Les deux parties sont enfermées dans un dialogue de sourds, s’attachant à leur version de l’histoire, et aucune ne veut se remettre en cause. Le résultat pourrait coûter cher. RBS estime les pertes financières directes d’un défaut de paiement de la Grèce pour la zone euro à 227 milliards d’euros, à comparer aux 140 milliards d’euros s’ils avalaient la couleuvre d’une restructuration de la dette style FMI.

En images : le coût humain de la crise de la dette grecque.

 
Mais cela n’est qu’un détail en comparaison des dégâts pour le projet politique européen et pour l’OTAN si, malgré les objections vigoureuses de la France, de l’Italie et des États-Unis, la Grèce était jetée aux loups.

Il est difficile d’imaginer ce qui resterait de la direction commune franco-allemande. De dégoût, Washington pourrait alors tourner le dos à l’OTAN, laissant l’Allemagne et les pays Baltes monter leur propre défense contre Vladimir Poutine.

M. Lapavitsas disait que l’enjeu réel est la survie même de l’Europe en tant que force civilisatrice dans le monde. “L’Europe n’a pas montré beaucoup de sagesse durant le siècle passé. Elle a commencé deux guerres mondiales et a dû être sauvée par les Américains”, disait-il.

“Maintenant, avec la création de l’union monétaire, elle a agi avec tant de stupidité et créé un tel désastre qu’elle met l’union même en doute, et cette fois-ci, il n’y aura pas de sauveur. C’est le dernier coup de dés pour l’Europe”, disait-il.

Source : The Telegraph, le 07/07/2015

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

 

7 réponses à L’Europe se déchire à propos du cas grec – et personne ne semble en mesure de l’en empêcher, par Ambrose Evans-Pritchard

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La fédéralisation européenne forcée est le véritable enjeu des crises majeures actuelles. Approche historique et solutions politiques.

10 Juillet 2015 , Rédigé par lucien-pons

Idées de la Tripartition sociale

 

La fédéralisation européenne forcée est le véritable enjeu des crises majeures actuelles. Approche historique et solutions politiques.
 

 

La fédéralisation européenne forcée est le véritable enjeu des crises majeures actuelles. Approche historique et solutions politiques.

La grande illusion de la scène politique en France est le clivage gauche-droite. Le but de cet article est de contribuer à dissiper cette illusion et à présenter le vrai enjeu de l’heure actuelle : la poursuite de la « construction européenne ». Ce processus de fédéralisation forcée transforme en effet les institutions républicaines de France en scène de théâtre permanent et concentre à Bruxelles un pouvoir politique régissant la vie de 500 millions d’Européens.

Cette fédéralisation sera présentée dans une perspective historique des expériences de confédération et de fédération aux 18ème et 19ème siècles. En effet la méconnaissance générale en France de ces arrière-plans historiques entrave une prise de conscience de la réalité du processus de fédéralisation forcée en cours. Il sera ainsi montré comment ce processus explique la cohérence entre les crises actuelles en Ukraine, en Grèce et aussi dans le monde musulman qui semblent pourtant si disparates au premier abord.

Cette analyse débouche sur les solutions politiques possibles face à cette question majeure de l’avenir du continent européen et particulièrement de la société française. Le paysage politique sera donc redessiné sur la ligne réelle de clivage qui est l’acceptation ou non du projet de fédéralisation européenne.

Sommaire

I. Confédération et Fédération: dynamiques historiques d’agglomération et de domination

II. Agglomération et domination dans la fédéralisation européenne comme sources des crises actuelles

III. Le vrai clivage politique en France divise fédéralisme et républicanisme

Présentation

Le clivage politique en France se focalise toujours sur la dualité gauche – droite. Mais la réalité des faits montre combien ces notions sont aujourd’hui complètement dépassées : le gouvernement actuel « de gauche » applique ainsi une politique de droite très dure, illustrée par la loi dite « Macron », du nom du ministre sensé l’avoir conçue. La réalité est tout autre: cette loi applique les « recommandations » néo-libérales de la Commission européenne, notamment synthétisées dans les Grandes Orientations de Politique Économique (GOPE). Elle aurait été donc appliquée par tout gouvernement en place, de droite ou de gauche puisque tout gouvernement national de l’Union Européenne (UE) est obligé de se conformer aux traités européens. Jean-Claude Juncker le dit avec justesse : « Il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens ». Il n’y a donc que deux choix: se conformer aux traités européens (donc appliquer la politique dictée par Bruxelles), ou en sortir. La troisième voie tentée par le gouvernement actuel grec d’Aléxis Tsípras en engageant une partie de poker sur les risques que représente une sortie de la Grèce, aura éventuellement quelque succès: elle ne remettra cependant pas en question à long terme la domination politique des institutions européennes sur les États membres, domination scellée par les traités signés.

Malgré tout, la scène politico-médiatique parisienne donne toujours l’illusion que les décisions se prennent à Paris. Pour que le théâtre continue, il faut que ses saynettes semblent plus dramatiques (ou pathétiques) les unes que les autres au gré des « affaires » politico-médiatiques du microcosme parisien. Par opposition, les questions européennes sont présentées de façon tellement ennuyeuse et absconse que les citoyens en général s’en détournent en n’y comprenant rien. Mieux vaut ainsi éviter de mettre le mot « Europe » dans le titre d’un article si on veut qu’il soit lu, l’auteur de cet article espérant faire exception!

À cet aveuglement envers les vrais commanditaires de la politique nationale française s’ajoute le manque de discernement sur les grandes crises mondiales actuelles. Lorsque le Président Barack Obama décrit à la tribune de l’ONU les trois menaces majeures actuelles comme étant la fièvre Ebola, l'”agression” de la Russie en Europe et l’offensive des djihadistes en Syrie et en Irak (article), un premier constat s’impose: deux de ces menaces sont aux frontières orientales et méridionales de l’Europe. À l’Ouest cependant se déroule un tout autre enjeu majeur mais cette fois-ci bien à l’abri des regards: les négociations engagées pour mettre en place un grand marché unique transatlantique. Si les médias dominants avec la classe politique commentent sans fin les deux “menaces” et relativement peu les transactions engagées, une question en revanche n’est jamais évoquée: dans quelle mesure tous ces évènements ont un lien entre eux? Existe t-il une cohérence d’ensemble?

Ce sera l’objet de cet article d’en proposer une, justement à la lumière de la fédéralisation européenne en cours. Il s’agit en effet éventer le théâtre permanent d’illusions qui se joue au Palais de l’Élysée, à l’Assemblée nationale ou dans les salles de rédaction des médias dominants. Il faut ensuite soulever la chape de plomb de l’ennui, du découragement et de l’incompréhension qui pèse sur tout sujet relatif à l’UE. En effet la question première aujourd’hui est la signification réelle de la “construction européenne”. De la réponse découle une autre question pour tout citoyen de ce pays : « Veut-on cette “construction européenne” ? » Ainsi seront aussi abordées les solutions politiques actuelles en France.

Dans la première partie de cet article seront présentées les dynamiques propres des organisations politiques que sont confédération et fédération à travers une comparaison historique afin de saisir le processus de fédéralisation européenne en cours. Ensuite sera exposé le lien entre cette fédéralisation et les évènements actuels majeurs dans l’UE ou à ses frontières, depuis la crise de la dette étatique en Grèce jusqu’aux conflits envers la Russie et le monde musulman. Enfin les conséquences politiques en France seront discutées: devant la ligne de fracture entre fédéralistes et républicains, tout citoyen est en effet appelé à prendre ses responsabilités en pleine conscience.

I. Confédération et Fédération: dynamiques historiques d’agglomération et de domination

Différences entre État unitaire, Confédération et Fédération

Il est nécessaire de distinguer tout d’abord les trois formes d’organisations étatiques possibles.

· L’État unitaire: il repose sur sa propre constitution et détient l’ensemble des attributs de sa souveraineté. Il décide ainsi de sa coopération avec d’autres États de façon souveraine. C’est le cas pour la grande majorité des États aujourd’hui.

· La Confédération d’États: les États confédérés sont liés entre eux par un traité, mais ils restent souverains car ils gardent le droit de sortir de ce traité. Cette Confédération peut aller très loin et avoir ses propres Parlement, armée, diplomatie… Néanmoins sa base reste contractuelle. Il existe peu de confédérations en 2015 : l’UE en est une (nous y reviendrons) ainsi que l’Union de la Russie et de la Biélorussie qui est bien moins avancée.

· L’État fédéral: l’État fédéral est souverain avec une constitution propre. Les États fédérés ne peuvent généralement pas faire sécession comme en Allemagne, aux USA ou en Suisse. En revanche, dans l’ex-URSS, qui fédérait 15 États, ce droit de sécession était inscrit dans la Constitution de 1972 (Article 72) et a été utilisé en 1991 par tous les États (sauf la Russie) pour sortir pacifiquement et légalement de la Fédération socialiste.

Définition de « la construction européenne »

Au regard de ces notions, qu’est ce que la « construction européenne » ? C’est un processus de fédéralisation qui transforme les États unitaires de l’Europe d’après-guerre vers une Confédération de plus en plus poussée, avec comme but final un État fédéral (« Les États-Unis d’Europe »).

Comment s’est-elle déroulée? Depuis ses prémisses (Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier en 1952) jusqu’au Mécanisme Européen de Stabilité en 2012, cette construction s’est effectuée par la méthode des petits pas ou du « cliquet » (succession de traités reprenant systématiquement les « acquis communautaires » qui ne sont pas remis en question), dans l’opacité (les citoyens n’ont jamais été informés clairement des enjeux) et aussi sans respecter la volonté des citoyens (non-reconnaissance des référendums français et hollandais en 2005).

La « construction européenne » est donc un processus de fédéralisation forcée.

A quel stade en est la « construction européenne » aujourd’hui? Même si cette appellation n’est pas officielle, l’UE aujourd’hui est une Confédération basée sur 2 traités : le Traité sur l’Union européenne (TUE) et le Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne (TFUE). Cette Confédération est très poussée comme le montre le partage des compétences entre les institutions confédérales et les États confédérés (articles 2, 3 et 4 du TFUE). Les institutions européennes ont ainsi une compétence exclusive sur l’union douanière, les règles de concurrence, la politique monétaire, la politique commerciale… Sur les compétences dites “partagées”, elles ont en fait un droit de primauté: marché intérieur, politique sociale, agriculture, pêche, environnement, transports, énergie, sécurité, justice… La Confédération qu’est l’UE a aussi une diplomatie propre et demain peut-être une armée. Aujourd’hui donc de 75 à 80% des lois nationales sont d’origine européenne. Cette confédération est donc très avancée et elle prend de plus en plus les traits d’une fédération. Néanmoins : la base reste contractuelle et chaque État peut en sortir par l’article 50 du TUE. C’est le point essentiel pour une confédération.

La prise de conscience de cette transformation si lourde de conséquences est entravée en France par la méconnaissance générale des dynamiques propres aux structures politiques que sont la confédération et la fédération. L’histoire de France s’est en effet développée par la construction d’un État unitaire. Pour saisir comment s’effectue cette transformation, il est très utile d’étudier des exemples historiques qui ont joué un rôle très important dans le monde occidental : la Confédération helvétique de 1815, la Confédération germanique de la même année et la Confédération des républiques nord-américaines de 1776, établie lors de la guerre d’indépendance, ayant toutes mené in fine à des États fédéraux.

Les confédérations helvétique (1815 – 1848) et germanique (1815 – 1866)

La Confédération des XXII cantons helvétiques est basée sur la signature d’un traité en 1815 entre tous les cantons indépendants. A l’exception de la politique étrangère les cantons sont alors souverains dans la totalité des domaines : les régimes politiques par exemple sont très diversifiés, allant de la démocratie directe à la monarchie. Au fil des années les cantons suivent des évolutions divergentes, notamment suivant un clivage entre catholiques et protestants, entre conservateurs et libéraux. Considérant que les cantons libéraux menacent la foi catholique, sept cantons catholiques signent entre eux une alliance spéciale (Sonderbund) de défense mutuelle. Cela déclenche la guerre civile du Sonderbund en 1847 qui dure 3 semaines et fait 150 victimes. A son issue la Confédération devient Fédération avec l’adoption de la Constitution de 1848, contre le gré d’une partie des cantons. Ainsi est créé un État fédéral, appelé aujourd’hui à tort « Confédération helvétique».

La Confédération germanique (Deutscher Bund) est également née en 1815 avec l’adoption, au Congrès de Vienne, par 39 États de l’Acte confédéral allemand. L’organe principal en est alors le Bundestag qui siège à Francfort-sur-le-Main. Elle sera marquée par un équilibre des pouvoirs entre la Prusse, l’Autriche et la « troisième Allemagne » (le reste des États membres). Le gouvernement prussien va réussir à imposer sa propre union douanière (Zollverein) au Nord de l’Allemagne. En réponse, la Bavière et le Wurtemberg fondent aussi l’union douanière de l’Allemagne du Sud. La confédération survivra à la révolution de 1848 qui voulait créer un État-nation démocratique. Mais les intérêts divergents entre la Prusse et l’Autriche y mettent fin en 1866, après la guerre austro-prussienne. Peu après un État fédéral en Allemagne du nord est créé sous l’hégémonie de la Prusse.

La guerre contre le Second Empire de Napoléon III permettra de coaliser cet État fédéral du Nord avec les États du Sud qui étaient liés par des accords secrets de défense mutuelle. L’État fédéral prendra donc la forme du second empire allemand de 1871: l’ennemi commun français aura permis de cimenter les différents États allemands.

La confédération nord-américaine (1776-1789)

Tout autre est l’histoire de la Confédération des républiques nord-américaines entre 1776 et 1789. Elle est particulièrement intéressante à détailler pour éclairer le présent. En 1776 les 13 colonies américaines de l’Empire britannique déclarent leur indépendance et se dotent de constitutions propres à chacun des nouveaux États. Ils se constituent en confédération dont les Articles sont ratifiés en 1781. Cette Confédération est dotée d’un Congrès qui n’a pas le contrôle de ses ressources fiscales. Or, une fois la guerre d’indépendance entre le Royaume-Uni et les États-Unis achevée en 1783, la question principale est celle de la dette accumulée. La situation est critique. Le Congrès est soumis au bon vouloir des États, eux-mêmes endettés. Les créanciers étrangers, notamment anglais, font par ailleurs pression pour recouvrir leur créances. Le dollar est fortement dévalué. Les États augmentent les impôts sur leur citoyens déjà endettés. Le mécontentement est grand: en 1786 des fermiers du Massachusetts se soulèvent pendant 6 mois (révolte de Shays).

C’est dans ce contexte de tensions que les États envoient leurs représentants à la Convention de Philadelphie de 1787 pour trouver une solution au problème de la dette et améliorer la coopération en cas de troubles et de révoltes. Cette Convention n’est originellement destinée qu’à amender les Articles de la Confédération. Mais un tout autre résultat aboutira des délibérations qui se déroulent dans le secret absolu (fenêtres condamnées, entrées gardées, interdiction pour les délégués de relater le cours des débats…) Sous l’influence des fédéralistes issus des États importants comme la Virgine et New-York, notamment James Madison et Alexander Hamilton, le principe d’un changement radical de système politique est adopté. Il sera consacré par l’acceptation puis la ratification en 1789 de la Constitution des États-Unis, créant ainsi un État fédéral. La souveraineté des États-membres n’est plus reconnue, ce qui va à l’encontre de la volonté initiale notamment des petits États.

Le programme d’Alexander Hamilton, nommé Secrétaire du Trésor par George Washington en 1789 dans le nouvel État fédéral, est considéré par lui-même comme le « ciment » de cette Fédération. Son pilier est la création d’une banque fédérale à même de créer de la monnaie fiduciaire, payer ainsi les dettes issues de la guerre et établir des possibilités de crédit pour le nouveau gouvernement. Ce projet est critiqué par les parlementaires des États du Sud qui estiment qu’une telle banque sert avant tout les intérêts des États financiers et marchands du Nord-Est au détriment des États basés sur une économie agricole. Thomas Jefferson et de James Madison s’y opposent également. Il est néanmoins adopté et la First Bank of the United States (qui était privée) est créée, consacrant donc l’unification des États-Unis par la mutualisation de la dette.

La fédéralisation européenne forcée est le véritable enjeu des crises majeures actuelles. Approche historique et solutions politiques.

Billet de 10 dollars représentant Alexander Hamilton, considéré comme un des pères fondateurs des Etats-Unis en compagnie de G. Washington (billet de 1$), T. Jefferson (2$), A. Lincoln (5$) … Au verso du billet de 10$ est représentée la banque centrale américaine, dont le rôle moteur dans l’émergence des Etats-Unis est ainsi reconnu.

Au cours du siècle suivant, l’expansion du nouvel État sera spectaculaire, mais ce fédéralisme sera aussi maintes fois remis en question. Avant tout les divergences d’intérêts entre les États du Sud et du Nord, déjà présents en 1790 et qui vont bien au-delà de la question de l’esclavage, conduiront à la Guerre de Sécession entre les Unionistes du Nord (partisans d’un État fédéral) et les Confédérés du Sud (partisans d’une Confédération). Vaincus au terme de cette guerre qui provoque la mort de 620.000 soldats, les États confédérés du Sud furent contraints de rester dans la Fédération.

De la confédération à la fédération: assembler et dominer

Dans ces trois exemples historiques, les confédérations ont donc abouti à la création d’États fédéraux, soit par des guerres externes (Allemagne), soit par des guerres internes (Suisse), soit par un processus politique sous l’aiguillon de la dette (Etats-Unis).

La transformation d’une confédération en fédération est donc un processus d’unification qui peut prendre deux voies: soit par une agglomération avec un « ciment », soit par la domination d’une partie des États sur les autres.

Au vu des exemples historiques, ce ciment peut être:

- soit l’ennemi commun, qui au mieux est directement aux frontières (les Français pour l’unification allemande de 1871);

- soit la mutualisation de la dette (États-Unis en 1790) qui induit une dépendance difficile à remettre en question.

Le processus de domination apparaît lorsque les intérêts trop divergents au sein d’une confédération menace d’aboutir à une dissolution. Il est fait recours alors à la violence comme en Suisse (guerre du Sonderbund) et aux États-Unis (maintien de la fédération par la guerre de Sécession). Une telle fédéralisation forcée signifie alors la disparition du principe d’Égalité entre les États propre aux Confédérations.

II. Agglomération et domination dans la fédéralisation européenne comme sources des crises actuelles

Les grandes crises actuelles mondiales (Ukraine, Lybie ou encore Syrie) sont aux frontières de l’UE. Par ailleurs l’UE elle-même est le théâtre de crises économiques dues à des dettes étatiques trop élevées, avant tout en Grèce. Existe t-il un lien entre ces crises, si disparates de prime abord? La thèse de cet article est que la cohérence entre ces crises se trouve dans l’actuel processus de fédéralisation européenne. En effet les unes constituent le ciment nécessaire à l’unification, les autres découlent des processus de domination en cours.

Le ciment de l’ennemi commun: impérialisme russe, terrorisme islamique et idéologie du choc des civilisations

De même que l’ennemi commun français a cimenté la nation allemande en 1871, les ennemis russe et musulman (les deux peuples aux frontières orientale et méridionale de l’Europe) sont destinés à cimenter l’Etat européen.

Il est remarquable en effet combien les institutions européennes se distinguent par leur dureté et leur absence de compromis envers la Russie. Ainsi les nouvelles sanctions imposées juste quelques jours après la catastrophe du vol MH17 ont été prises sans aucune certitude sur les causes de cette tragédie et en dépit de la collaboration des forces rebelles, qui ont remis aux autorités hollandaises les boîtes noires. Depuis, ces autorités gardent secrètes les données de ces boîtes noires, sans que les médias occidentaux s’en émeuvent, mais les sanctions perdurent. Par ailleurs la Commission appelle à la mise en place d’une armée européenne, tandis que le Parlement européen demande de nouvelles sanctions le jour d’ouverture de négociations de paix. Parmi les sanctions, une liste de personnalités russes sont interdites de séjour en Europe, mais lorsque la Russie publie également une “liste noire”, l’UE se scandalise et Martin Schulz interdit depuis l’accès au Parlement aux diplomates russes. Ces institutions européennes très vindicatives emboîtent donc le pas aux États orientaux les plus anti-russes comme les pays baltes ou la Pologne. Dans cette escalade, des États importants comme la France, le Royaume-Uni ou l’Allemagne sont au contraire plus mesurés, cherchant à retrouver une base de confiance, puisque l’affrontement avec la Russie ne va pas du tout dans le sens de leurs intérêts nationaux, notamment économiquement. La France notamment est obligé de suivre la politique commune européenne au prix de ses propres intérêts nationaux comme le montre l’affaire des Mistrals. Le « danger russe » et les sanctions résultantes permettent donc de souder le bloc européen et de faire avancer l’agenda fédéraliste.

La deuxième grande menace actuelle est le « terrorisme islamique », dont il est difficile de cerner les vraies sources et les contours. Il est aujourd’hui aux portes de l’Europe, notamment suite aux chaos causés d’abord par les guerres occidentales menées en Irak et en Lybie puis par la guerre civile en Syrie. Ces pays sont depuis aujourd’hui en partie contrôlés par des mouvements jihaddistes extrêmistes, comme Al-Qaida en Lybie ou Daech en Syrie. Ces conflits ont leurs répercussions au cœur même de l’UE avec l’appel au djihadisme et les attentats perpétrés (dont il n’est pas l’objet de cet article de discuter de la fiabilité des versions officielles). L’« ennemi » est donc présenté par les médias dominants comme intérieur et l’opinion publique en France subit depuis de nombreuses années une continuelle propagande islamophobe. Tout ce climat s’est exacerbé après les meurtres perpétrés à Paris du 7 au 9 janvier 2015: la “guerre contre le terrorisme” est maintenant lancée et le discours de Manuel Valls du 13 janvier 2015 appelle à une véritable croisade qui appelle à des solutions militaires, un renforcement de la surveillance généralisée et “la mobilisation totale” de l’école. Mais la France n’est pas seule en “guerre” : toute l’élite politique européenne s’est en effet regroupée pour défendre les “valeurs européennes” contre la “barbarie”.

Mais l’UE n’est pas seule dans ce combat: le président Barack Obama considère également ces deux menaces comme majeures lors de son discours à l’ONU en septembre 2014: “Alors que nous nous sommes réunis ici, le virus Ebola sévit en Afrique de l’Ouest (…), l’agression russe en Europe rappelle une époque où les grandes nations piétinaient les petites à la poursuite de leurs propres ambitions territoriales, et la cruauté des terroristes en Syrie et en Irak nous pousse à scruter le cœur des ténèbres”.

L’objet de cet article n’est pas de déterminer dans quelle mesure les ennemis russe ou islamiste sont fabriqués de toute pièce, la vérité sur les crises en Ukraine et dans le monde arabe mettra plusieurs années à faire son chemin, notamment sur le soutien des pays occidentaux aux mouvements islamiques. Ces menaces sont en tout cas bien opportunes aujourd’hui puisqu’elles poussent les Européens à faire front, défendre ensemble leurs “valeurs communes” et se rapprocher aussi des pays qui les partageraient, comme les États-Unis. Au moment même où des traités transatlantiques d’une portée capitale sont en cours de discussion.

Mais outre les dangers russe et islamique aux frontières, est finalement considéré comme ennemi tout pays hors du bloc occidental, notamment la Chine, le Brésil ou l’Inde comme le dévoile spectaculairement un clip de l’UE elle-même. Très critiqué, ce clip a été rapidement retiré mais révèle sous une lumière crue l’idéologie du “choc des civilisations” de l’UE, décrite par Samuel Huntington en 1996.

À l’Est donc les “agresseurs” russes, au Sud la barbarie islamiste au “cœur des ténèbres”, au-delà d’autres ennemis, de la Chine au Brésil, mais à l’Ouest les valeurs communes de la civilisation. Voici comment cette vision du monde appelle à cimenter les nations européennes entre elles, et, à terme, avec les États-Unis.

Le ciment de la dette : la Grèce ou le moment Hamilton pour l’UE

Le deuxième ciment est la mutualisation de la dette, comme aux États-Unis en 1789. Le parallèle est saisissant avec la situation actuelle de l’UE. Discuter de l’origine et donc de la légitimité de la dette actuelle des États européens nécessiterait un article dédié à ce sujet. Elle est due en grande partie à l’intervention forcée des États pour renflouer le secteur banquier après la crise de 2008. Sept ans plus tard: les banques se portent fort bien, les États généralement fort mal. Pour certains d’entre eux, la dette est devenue ingérable, notamment en Grèce.

Devant cette situation proche de celle aux Etats-Unis en 1790, le vrai enjeu est la création de dettes européennes mutualisées. Celles-ci déboucheraient en effet tôt ou tard vers une union politique et un État fédéral car les États-membres seraient liés par cette responsabilité commune. Ce parallèle historique a été, entre autres, explicité par l’ancien président de la Banque mondiale Robert Zoellick (en allemand ) ou encore Hans-Werner Sinn, professeur d’économie à l’Université de Munich.

La fédéralisation européenne forcée est le véritable enjeu des crises majeures actuelles. Approche historique et solutions politiques.

Siège du Trésor américain (créé en 1789) et siège de la BCE (créée en 1999), deux institutions fédérales

Le gouvernement allemand s’oppose cependant à cette dynamique, ce qui explique la bataille des tranchées entre les banques centrales allemande et européenne et l’opposition entre les deux directeurs. L’Allemagne n’a en effet nulle envie de se voir engluée dans une Europe sous la devise : « A jamais unis dans la dette ».

On peut également comprendre ainsi les arrière-plans de l’ « assouplissement quantitatif » dans lequel s’est lancée la BCE depuis le 1er mars 2015. La BCE rachète certes des dettes souveraines, d’ailleurs au mépris des traités européens (Article 123 sec. 1 du TFUE ). Mais l’essentiel est que ces rachats se fassent sous la responsabilité des banques centrales de chacun des 19 États membres et non de la seule BCE en tant que banque : ainsi seulement 20% des risques sont mutualisés. Le verrou allemand contre ce fédéralisme par la dette semble encore tenir.

La fédéralisation européenne forcée est le véritable enjeu des crises majeures actuelles. Approche historique et solutions politiques.

Entre Alexander Hamilton en 1790 et Mario Draghi en 2015, le parallèle historique est saisissant.

Domination des États réfractaires

Lorsque les ciments utilisés ne sont pas assez forts, il est alors nécessaire d’imposer directement le processus de fédéralisation aux pays récalcitrants. S’il n’est pas question de mesures militaires comme ce fut le cas en Suisse en 1848 ou aux États-Unis en 1861, la domination actuelle est en revanche politique et économique.

Ainsi, après le rejet de 2005 du Traité sur la Constitution européenne par les électeurs français et hollandais, le processus de fédéralisation aurait dû être gelé. Il n’en a rien été: en 2008 le Congrès modifie la Constitution francaise puis ratifie le Traité de Lisbonne, qui est une copie du même Traité rejeté par les citoyens 3 ans auparavant de l’aveu même de Valery Giscard d’Estaing. Le non-respect de ces référendums de 2005 donne la mesure de cette domination politique basée sur la traîtrise des gouvernements nationaux ne respectant pas la volonté exprimée par leurs propres électeurs. La construction européenne a perdu depuis toute légitimité démocratique.

Lorsque les gouvernements et les parlements nationaux ne sont pas aussi complaisants, la seule voie possible est leur éjection. Lorsqu’en 2011 G. Papandreou et S. Berlusconi à la tête de la Grèce et de l’Italie refusent de suivre les injonctions de Bruxelles, ils subissent une telle pression de l’UE qu’ils doivent sémissionner. Ils sont alors remplacés par des représentants choisis par Bruxelles et non élus. Ce déni de démocratie montre avec quelle brutalité sans fard cette domination politique peut s’exercer en cas de nécessité.

La domination peut être aussi économique. Les mesures d’austérité de 2011 à 2015 imposées à la population grecque sont une guerre économique à leur encontre et le vote de réaction contre les diktats de la Troïka pour le parti Syriza ne résolvera sans doute pas la donne tant que la Grèce restera au sein de l’UE. Comment expliquer en effet que ces mesures d’austérité absurdes qui n’ont fait qu’accentuer les problèmes soient perpétuées sans compromission? Mais le noeud coulant tenu par les pouvoirs financiers via Bruxelles ou Francfort s’exerce dans tous les pays en particulier au Sud de l’Europe, la France ou l’Italie y compris, conduisant à terme à une asphyxie et la destruction de leurs tissus économiques.

Ainsi se dessine le vrai visage de la construction européenne: un processus autoritaire de fédéralisation qui ne respecte pas la volonté exprimé démocratiquement dans les États réfractaires ou emploie des mesures de domination financière pour parvenir à ses fins.

Perspectives de la construction européenne

Le processus de la fédéralisation européenne, au regard des enseignements de l’histoire, est donc la cohérence sous-jacente des évènements actuels aussi disparates que la crise ukrainienne, les guerres contre les régimes arabes, la manipulation sur fond de “terrorisme islamique”, le déni de démocratie en France, en Grèce ou en Italie, et la crise des dettes souveraines.

La peur de l’ennemi extérieur ou intérieur (expansionnisme russe, terrorisme islamique) est associée aux tentatives de mutualisation de la dette (création des obligations européennes) pour cimenter intra-muros le projet européen. Les États réfractaires doivent quant à eux être dominés politiquement (pusch technocratique en Italie et en Grèce, traîtrise politique en France et en Hollande) ou économiquement en les étranglant financièrement (programme d’austérité en Grèce, mais aussi latent en France). Ainsi doit avancer cette fédéralisation forcée, contre la volonté directe des citoyens.

À cette dynamique s’ajoutent les actuelles transactions des traités transatlantiques TTIP, TAFTA et CETA qui dévoilent les prochaines étapes de cette construction fédéraliste dont le calendrier s’accélère. La construction européenne n’est en effet qu’un prélude à un grand ensemble Amérique du Nord – Europe. Soixante ans après ses prémisses, tout le projet de la construction européenne s’éclaire donc.

En effet l’UE n’est pas du tout un projet destiné à faire poids face aux États-Unis, au Japon, à la Russie ou à la Chine, comme l’antienne officielle le répète. Au contraire cette fédéralisation forcée est depuis ses prémisses contrôlée par l’administration des États-Unis afin de déterminer la destinée du continent. Ainsi Dwight D. Eisenhower, alors commandeur suprême de l’OTAN appelle dans son discours de 1951 à la création des « États-Unis d’Europe ». L’ouverture des archives de l’American Committee on United Europe (ACUE), organisation américaine crééé en 1948 et dirigée par d’éminentes personnalités des services secrets américains, Allen Dulles et William Donovan, a depuis dévoilé comment le projet européen a été mis en place.

En outre le projet de fédéralisation suit aussi les intérêts des grands groupes économiques et financiers. Les 30.000 lobbyistes travaillant à Bruxelles pèsent beaucoup plus que les 500 millions des Européens. Une illustration parmi bien d’autres est l’autorisation des OGM alors que la très grande majorité des citoyens européens y est opposée.

Cette fédéralisation menant à un grand bloc transatlantique, dirigée par les intérêts géo-politiques de Washington et ceux des grands groupes industriels et financiers, conduit donc au contrôle total du pouvoir politique par le pouvoir économique. Le pendant en fut l’URSS, qui fut aussi une fédéralisation forcée et dont le but fut le contrôle du pouvoir économique par le pouvoir politique.

La fédéralisation européenne forcée est le véritable enjeu des crises majeures actuelles. Approche historique et solutions politiques.

Signature du Traité de Rome (1957) et Convention de Philadelphie (1787): un même processus de centralisation du pouvoir.

III. Le vrai enjeu politique en France: fédéralisme ou républicanisme

La fédéralisation imposée, que ce soit par la guerre, la traîtrise politique ou le fardeau de la dette, permet donc de cristalliser un pouvoir centralisé qui exerce une grande attraction sur les États nationaux forcés de s’y dissoudre. Tout l’enjeu aujourd’hui est de résister ou de se laisser entraîner dans ce tourbillon.

Au regard de tels enjeux, le théâtre pathétique qui se joue sur la scène politique française est flagrant. Pendant que les médias se concentrent sur des sujets de boulevard complètement anodins , se jouent des moments historiques remettant en question l’avenir des institutions républicaines françaises, qui seraient amenées à être complètement dissoutes dans le mécanisme fédéraliste en cours. À ce niveau, l’aveuglement des médias est dû soit à une volonté délibérée de désinformation, soit à un incroyable conformisme sans borne au “politiquement correct”.

L’éventail droite-centre-gauche de la scène politique actuelle n’a donc plus aucun sens et il convient de déterminer le positionnement des différents partis autour de la question première du fédéralisme. Le vrai clivage politique est aujourd’hui donc entre fédéralistes, confédéralistes et républicains:

Fédéraliste : le seul parti ouvertement fédéraliste est Europe-Ecologie Les Verts, qui prône la dissolution de la République. Sa secrétaire nationale Emmanuelle Cosse a eu le mérite de clairement l’énoncer: « Je pense que l’Europe sera d’autant plus intéressante pour tout le monde qu’on arrivera à une dissolution de l’État nation quelque chose de beaucoup plus intégré. Les écologistes ont toujours été extrêmement clairs là-dessus. » (Mots Croisés, 30.11.2013) Le nom même du parti , “Europe-Écologie”, est un oxymore: comment en effet défendre un projet européen d’essence libérale où le politique n’est plus que la vitrine des grands intérêts économiques et financiers et en même temps en attendre une plus grande protection de la nature ? Les électeurs d’ailleurs se sont détournés de ce parti, et ont, consciemment ou pas, éventé l’impossibilité du programme.

Confédéraliste : tous les principaux autres partis (le Parti de Gauche, PS, Modem, “Les Républicains” de l’ex-UMP, DLR ou FN) prônent un statu-quo en ne demandant ni une sortie de l’UE, ni un passage au fédéralisme. Contrairement aux idées répandues, DLR et le FN proposent tous deux dans leur programme de rester dans le cadre de l’UE:

· DLR: « L’objectif est de bâtir une nouvelle Europe des États et des coopérations, dans le cadre d’un traité simplifié et limité aux questions de l’organisation des pouvoirs, comme nous l’avions proposé lors des élections européennes de 2009. » (son programme au 4.4.2015)

· le FN: « Dans le cadre de l’article 50 [sic en fait article 48 !] du Traité de l’Union Européenne, il convient d’initier une renégociation des traités afin de rompre avec la construction européenne dogmatique en total échec. Il faut désormais jeter les bases d’une Europe respectueuse des souverainetés populaires, des identités nationales, des langues et des cultures, et qui soit réellement au service des peuples par des actions concrètes. » (son programme au 4.4.2015) )1

À l’instar du FN ou de DLR, tous les partis confédéralistes réclamant une « autre Europe » (Europe des Nations, Europe verte, Europe sociale etc…) « oublient » donc de préciser que tout changement nécessite l’unanimité des 28 États membres… De tels programmes sont des tromperies car impossibles à mettre en œuvre.

Le cas de l’ex-UMP est l’illustration de cette hypocrisie. En France, on ne trouvera certes pas trace dans un programme de l’ex-UMP d’un courant fédéraliste. Mais tout change au Parlement européen. L’ex-UMP y fait en effet partie du Parti populaire européen (article) dont les statuts spécifient qu’il s’appuie sur la «volonté commune [de ses membres] de fonder une Union européenne fédérale» et que son but est de «promouvoir le processus d’unification et d’intégration fédérale en Europe». On ne peut être plus clair.

Tous les partis prônant le statu-quo ne sont donc pas crédibles: leur silence, la tromperie inhérente à leur promesses d’une “autre Europe”, leur laissez-faire ou leur participation discrète participent à la dynamique actuelle inéluctable de fédéralisation. Ce « centre » surreprésenté a bien la nature de tous les centres mous politiques : informe, insaisissable et soutenant in petto le pouvoir en place. De facto ces partis font le jeu des fédéralistes.

Républicain : le seul parti républicain prônant la continuité de la République française est l’Union Populaire Républicaine (UPR). Conséquent dans ses conclusions, ce parti propose la sortie de l’UE (et donc de l’euro) en application de l’article 50 du TUE et aussi la sortie de l’OTAN par l’article 42 du Traité de l’Atlantique Nord.

Que les lecteurs n’ayant jamais entendu parlé de ce parti ne s’en étonnent guère: en effet l’UPR subit une censure des médias dominants presque absolument étanche, malgré ses 8000 adhérents, sa participation aux élections européennes dans toutes les régions de France et ses analyses rencontrant un succès certain sur Internet. Le décalage entre la popularité sur Internet de l’UPR et son temps de passage quasi nul sur les mass médias a ainsi été démontré (article). L’illustration de ce traitement des médias français est l’impossibilité pour l’UPR d’obtenir une page Wikipedia en langue française alors que des pages en allemand, en espagnol ou en anglais existent!

Il est donc nécessaire de présenter brièvement ce parti fondé en 2007 par François Asselineau, inspecteur général des finances. Il considère que les institutions républicaines ne sont plus souveraines et que la situation est identique à l’occupation lors de la seconde guerre mondiale, bien sûr avec d’autres moyens. Outre la sortie de l’UE et de l’OTAN, son programme politique s’appuie ainsi sur le programme du Conseil National de la Résistance (CNR) de 1944, fruit d’un compromis entre tous les mouvements résistants et qui a été la base de la société française après-guerre. Avec une étonnante franchise, l’ancien vice-président du Medef Denis Kessler a d’ailleurs reconnu que la politique néo-libérale visait à “défaire méthodiquement” ces principes.

Les grandes lignes du programme économique de l’UPR reprennent la volonté d’affranchissement du CNR envers les grandes “féodalités économiques et financières”, notamment en ancrant constitutionnellement le principe des services publics, en préservant les institutions de solidarité économique que sont la sécurité sociale et la retraite par répartition, et en rétablissant la possibilité pour la banque centrale de prêter directement à l’État. Le programme politique est quant à lui axé sur l’indépendance à établir du pouvoir politique vis-à-vis des lobbies et des cercles d’influence, l’instauration d’un référendum d’initiative populaire et l’arrêt de la dérive “monarchiste” du pouvoir présidentiel. Enfin le programme culturel veut diminuer la puissance des intérêts privés dans l’audiovisuel, engager un plan urgent pour l’école et ouvrir les média à des influences autres qu’états-uniennes.

L’UPR prône donc le rétablissement d’un pouvoir politique fort à même de s’opposer aux “féodalités économiques”. Il n’est bien sûr pas inspiré directement des idées du trimembrement promulgant la séparation des domaines politiques, économiques et culturels puisque par exemple l’influence de l’État sur l’école et autres institutions de la vie culturelle n’est pas remise en cause (la liberté de choix des parents quant à l’école de leurs enfants est cependant reconnue) ou que l’interventionisme économique de l’État est revendiqué. Mais face à la menace de la disparition complète de la force politique face aux puissances économiques (hormis un jeu de théâtre “démocratique” vide de sens) et à terme la conquête des derniers pans culturels encore préservés (notamment l’école), le rétablissement des bases d’un vrai pouvoir politique démocratique semble bel et bien la réponse à apporter.

Conclusion

La fédéralisation européenne actuelle s’éclaire par l’étude historique des trois confédérations suisse, allemande et nord-américaine qui a montré comment toutes trois sont devenues des États fédéraux: elles se sont agglomérées soit face à un ennemi commun (l’Allemagne de Bismarck en 1871), soit par la mutualisation de leurs dettes (les États-Unis en 1789) ou alors une partie des États confédérés a directement imposé sa volonté militairement (Suisse en 1848).

Ces processus sont aujourd’hui tous les trois à l’œuvre en Europe. Les ennemis communs sont la Russie, le fondamentalisme islamique, sinon le monde entier (hormis le bloc occidental). La crise actuelle des dettes souveraines pousse à leur mutualisation et la création d’obligations européennes. Enfin, les choix démocratiques des citoyens ne sont pas respectés, soit par la forfaiture de leurs propres gouvernements nationaux, soit par l’éjection en dernier ressort de gouvernements récalcitrants. Guerres en Ukraine, en Syrie ou en Lybie, crises économiques ou démocratiques dans les États du Sud de l’Europe: toutes ces crises actuelles majeures trouvent leur cohérence dans ce projet fédéraliste.

La méconnaissance historique des Français vis à vis de la dynamique inhérente du fédéralisme a pour l’instant permis de faire avancer un projet d’État fédéral européen en jouant sur tous ces leviers. Le projet est aujourd’hui très avancé et le voile se lève sur sa finalité qui s’étend sur les deux rives de l’Atantique Nord. Il est donc grand temps de s’y intéresser de près, car l’ennui et le désintérêt restent toujours les principaux alliés du laissez-faire général qui a nourri la construction européenne.

Il appartient donc aux citoyens de dépasser le clivage trompeur droite-gauche et de clarifier leurs propres choix politiques entre fédéralisme et républicanisme sur la vraie question politique de notre époque, celle de la concentration à Bruxelles d’un pouvoir politique régissant la vie de 500 millions d’Européens et aux mains des grands intérêts économiques et financiers, et avec pour perspective à moyen terme un bloc USA-Canada-Europe de 900 millions d’habitants.

Aujourd’hui la composition du paysage politique en France se distingue en trois courants : un parti fédéral (EELV), des partis confédéraux (FdG-PS-Modem-“Les Républicains”-DLR-FN) et un parti républicain (UPR). Les partis confédéraux sont cependant en réalité un faux nez qui cache un soutient au fédéralisme. Le vrai clivage est donc la sortie ou non de l’UE. L’UPR semble donc la seule alternative politique possible en voulant rétablir un pouvoir politique suffisamment fort pour s’opposer aux “grandes féodalités économiques et financières” à l’œuvre à Bruxelles et Washington. Son but, que l’auteur de cet article considère comme sincère, de “rétablir le démocratie”, lui semble le premier pas à effectuer pour sortir de ce processus destructeur et avancer dès lors vers les idéaux du trimembrement, donc l’application des grands principes de la Liberté dans la sphère culturelle et spirituelle, de l’Égalité vis-à-vis du Droit et de l’État et enfin de la Fraternité dans la vie économique.

1. Le programme du FN contient une faute très grossière (révélatrice et peut-être volontaire) puisque l’article 50 ne concerne pas les renégociations mais la sortie de l’UE. En réalité c’est l’article 48 qui fixe le cadre des renégociations en spécifiant notamment : « Les modifications entrent en vigueur après avoir été ratifiées par tous les États membres conformément à leurs règles constitutionnelles respectives. »

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Référendum: Grèce, l’ombre de « Prométhée » de l’Otan

10 Juillet 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Grèce, #L'OTAN., #AMERIQUE, #La dette, #La Russie, #La France, #La finance dérégulée, #Europe supranationale, #Le capitalisme;, #Le fascisme

Référendum: Grèce, l’ombre de « Prométhée » de l’Otan

Par Manlio Dinucci

Mondialisation.ca, 07 juillet 2015

ilmanifesto.info

Référendum: Grèce, l’ombre de « Prométhée » de l’Otan

Le « tête à tête » dans le référendum grec, dont les grands médias ont fait la propagande, s’est révélé un sonore coup de tête dans le mur pour les fauteurs internes et internationaux du « Oui ». Le peuple grec a dit « Non » pas seulement aux mesures d’ « austérité » imposées par Ue, Bce et Fmi, mais, de fait, à un système -celui du capitalisme- qui étouffe la réelle démocratie.

Les implications du référendum vont au-delà de la sphère économique, en entraînant les intérêts politiques et stratégiques non seulement de Bruxelles, mais (chose dont on ne parle pas) ceux de Washington. Le président Obama a déclaré être « profondément impliqué » dans la crise grecque, que « nous prenons en sérieuse considération », en travaillant avec les partenaires européens afin d’ « être prêts à toute éventualité ».

Pourquoi tant d’attention sur la Grèce ? Parce qu’elle est membre non seulement de l’Ue mais de l’Otan. Un « solide allié », comme la définit le secrétaire général Stoltenberg, qui joue un rôle important dans les corps de déploiement rapide et donne le bon exemple dans la dépense militaire, à laquelle il consacre plus de 2% du pib, objectif atteint en Europe seulement par la Grande-Bretagne et l’Estonie. Bien que Stoltenberg assure « l’engagement continu du gouvernement grec dans l’Alliance », à Washington on craint que, en se rapprochant de la Russie et de fait de la Chine, la Grèce de Tsipras ne compromette son appartenance à l’Otan. Le premier ministre Tsipras a déclaré que « nous ne sommes pas d’accord avec les sanctions contre la Russie » et, au sommet Ue, a soutenu que « la nouvelle architecture de la sécurité européenne doit inclure la Russie ».

Dans la rencontre Tsipras-Poutine, en avril à Moscou, on a parlé de la possibilité que la Grèce devienne le hub européen du nouveau gazoduc, remplaçant le South Stream bloqué par la Bulgarie sous la pression des USA ; nouveau gazoduc qui à travers la Turquie apportera le gaz russe au seuil de l’Ue.

Il y a en outre la possibilité que la Grèce reçoive des financements de la Banque pour le développement créée par les Brics (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) et de la Banque d’investissements pour les infrastructures asiatiques créée par la Chine, qui veut faire du Pirée un important hub de son réseau commercial.

« Une Grèce amie de Moscou pourrait paralyser la capacité de l’Otan à réagir à l’agression russe », a prévenu Zbigniew Brzezinski (ancien conseiller stratégique de la Maison Blanche), exprimant la position des conservateurs. Celle des progressistes s’exprime par la voix de James Galbraith, enseignant en Relations de gouvernement et business à l’Université du Texas, qui a travaillé pendant quelques années avec Yanis Varoufakis, devenu ministre des finances grec (aujourd’hui démissionnaire), auquel il a fourni une « assistance informelle » ces derniers jours.

Galbraith soutient que, malgré le rôle joué par la CIA dans le putsch de 1967, qui porta au pouvoir en Grèce les colonels avec le plan « Prométhée » de l’Otan, « la gauche grecque a changé et ce gouvernement est pro-américain et fermement membre de l’Otan ». Il propose donc : « Si l’Europe échoue, les Etats-Unis peuvent agir pour aider la Grèce, laquelle, étant un petit pays, peut être sauvée avec des mesures mineures, parmi lesquelles une garantie sur les prêts » (« US must rally to Greece », The Boston Globe, 19-2-15).

Les deux positions sont dangereuses pour la Grèce. Si à Washington prévaut celle des conservateurs, se dessine un nouveau plan « Prométhée » de l’Otan, une « Place Syntagma » sur le modèle de « Place Maïdan » en Ukraine. Si c’est celle des progressistes qui prévaut, c’est une opération d’empreinte néo-coloniale qui ferait tomber la Grèce de Charybde en Scylla.

L’unique voie reste celle d’une dure lutte populaire pour la défense de la souveraineté nationale et de la démocratie.

Manlio Dinucci

Edition de mardi 7 juillet 2015 de il manifesto

http://ilmanifesto.info/grecia-lombra-di-prometeo/

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

Manlio Dinucci est géographe et journaliste. Il a une chronique hebdomadaire “L’art de la guerre” au quotidien italien il manifesto. Parmi ses derniers livres: Geocommunity (en trois tomes) Ed. Zanichelli 2013; Geolaboratorio, Ed. Zanichelli 2014;Se dici guerra…, Ed. Kappa Vu 2014.

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Nigel Farage : "M. Tsipras, "C'est le moment de sortir de la zone euro la tête...

10 Juillet 2015 , Rédigé par Lucien Pons

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TSIPRAS SUR UN VOLCAN : LE GOUVERNEMENT VIENT D'ACCEPTER LA FEUILLE DE ROUTE DE LA TROÏKA ET...

10 Juillet 2015 , Rédigé par Lucien Pons

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L’Assemblée parlementaire de l’OSCE condamne la Russie en Ukraine. - Le blog de Lucien PONS

10 Juillet 2015 , Rédigé par Lucien Pons

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TSIPRAS SUR UN VOLCAN : LE GOUVERNEMENT VIENT D'ACCEPTER LA FEUILLE DE ROUTE DE LA TROÏKA ET DEMANDE 50 MILLIARDS SUR TROIS ANS EN ÉCHANGE. Yannis Youlountas.

10 Juillet 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Grèce, #La dette, #Europe supranationale, #Economie, #La France, #La finance dérégulée, #Le capitalisme;, #Les transnationales, #La mondialisation, #Le fascisme

TSIPRAS SUR UN VOLCAN : LE GOUVERNEMENT VIENT D'ACCEPTER LA FEUILLE DE ROUTE DE LA TROÏKA ET DEMANDE 50 MILLIARDS SUR TROIS ANS EN ÉCHANGE. Yannis Youlountas.

Yannis Youlountas

Vendredi 10 juillet 2015 au petit matin. Alexis Tsipras vient de faire un choix cornélien qui peut mettre en péril son parti à tous les niveaux : groupe parlementaire, comité central, militants, sympathisants, électeurs et popularité, cinq mois seulement après la victoire du 25 janvier. Il est difficile d'en mesurer toutes les conséquences. La journée qui commence sera cruciale, dans le parlement comme à l'extérieur.

 

TSIPRAS SUR UN VOLCAN : LE GOUVERNEMENT VIENT D'ACCEPTER LA FEUILLE DE ROUTE DE LA TROÏKA ET DEMANDE 50 MILLIARDS SUR TROIS ANS EN ÉCHANGE.

 

Bien qu'appuyé par plusieurs des dirigeants politiques d'opposition, qu'il a lui-même réunis ce lundi au lendemain du référendum, Alexis Tsipras risque un séisme politique dont l'onde de choc pourrait largement dépasser les frontières de la Grèce.

 

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VOICI TOUT D'ABORD LE DOSSIER TEL QU'IL A ÉTÉ TRANSMIS AUX DÉPUTÉS GRECS. C'est-à-dire en anglais et sans clarté ni confort de lecture. Un texte qui, selon de nombreuses sources, a été réalisé AVEC LA PARTICIPATION D'EXPERTS FRANÇAIS, proches collaborateurs du gouvernement socialiste :

http://www.hellenicparliament.gr/UserFiles/c8827c35-4399-4fbb-8ea6-aebdc768f4f7/9292390.pdf

CÔTÉ DEMANDES : aide de 50 milliards d'euros sur trois ans dont plan d'investissement urgent de 35 milliards d'euros (principalement le déblocage de tous les fonds structurels bloqués) + restructuration de la dette pour la rendre soutenable après 2022 (décote, étalement, etc.).

CÔTÉ PROPOSITIONS : économies à hauteur de 13 milliards d'euros sur deux ans. Quelques détails :

- hausse de la TVA (alimentation, énergie, hôtels 13%, restaurants 23%, dans les îles, décote de 30% sur la TVA progressivement supprimée).

- réduction du budget de la Défense (baisse de 300 millions d'euros d'ici fin 2016).

- réforme de la fonction publique (peu détaillée, pas de coupe sur les salaires).

- réforme des retraites (très peu de coupes, réduction progressive de la dépense de 0,25% à 1% du PIB et augmentation de la cotisation santé de 4% à 6%, réduction des départs à la retraites anticipés, âge de départ à la retraite reculé jusqu'à 67 ans en 2022, suppression très progressive du complément de retraite pour les plus modestes en 2019).

- quelques privatisations

- taxe sur les sociétés (passage de 26% à 28%, augmentation des impôts spécifiques pour les compagnies maritimes et le marché du luxe).

 

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VOUS REMARQUEREZ, AU DÉBUT DU DOCUMENT, QUE, PARMI LES SIGNATURES DES MINISTRES, IL MANQUE CELLE DE PANOS KAMMENOS, ministre de la défense et président du petit parti des Grecs indépendants (ANEL).

 

IL MANQUE ÉGALEMENT CELLE DE PANAGIOTIS LAFAZANIS, CE QUI EST BEAUCOUP PLUS GRAVE. Lafazanis est un ancien membre de l'insurrection de l'Ecole Polytechnique contre la Dictature des Colonels en 1973, devenu, quarante-deux ans plus tard, ministre de l'écologie et de l'énergie. Lafazanis venait d'ailleurs de signer un accord pour un gazoduc de plus de deux milliards d'euros avec la Russie. Et Lafazanis représente, surtout, plus du tiers des députés Syriza au parlement, c'est-à-dire toute l'aile gauche de Syriza.

 

Manolis GLÉZOS, ancien résistant et député européen, et Stathis KOUVÉLAKIS, philosophe militant du comité central, deux figures très reconnues et influentes de cette même aile gauche, ont d'ores-et-déjà exprimé leur profond désaccord. Stathis Kouvelakis, déjà auteur d'un appel très entendu le 23 juin dernier* qui avait freiné un processus similaire et favorisé l'issue du référendum, vient cette nuit d'appeler les députés de Syriza à voter contre ces propositions : « Μαζί με τον λαό που θέλει να σταθεί όρθιος και να ζήσει, υψώστε το ανάστημά σας, πείτε ΟΧΙ! »

« AVEC LE PEUPLE QUI VEUT VIVRE DEBOUT, LEVEZ-VOUS ET DITES NON ! »

 

En ce jour décisif, gageons que les débats seront vifs au parlement, ainsi qu'à l'extérieur dans la population, notamment dans la jeunesse, les syndicats, les collectifs et les autres mouvements politiques, modéré et radicaux.

 

L'une des questions majeures : avec quelles voix ce texte sera-t-il voté au parlement grec, aujourd'hui, et quelles en seront les conséquences, d'une part politiques et d'autre part sociales ? Si la cassure survenait avec la plateforme de gauche de Syriza, Tsipras choisirait-il la coalition avec des partis du OUI ou bien la dissolution de l'assemblée en prenant le risque de perdre sa place de premier ministre au terme de nouvelles élections législatives ?

 

Dans les deux cas, une recomposition politique ou une dissolution correspondrait à une victoire totale de la Troïka. En particulier, suite à son changement de stratégie, peu après l'annonce du référendum, nouvelle stratégie de la Troïka résumée ici il y a huit jours :

http://bxl.indymedia.org/spip.php?article7984

 

Et, pour aller plus loin, QUELLES CONCLUSIONS LES GRECS ET, AU-DELÀ, LES EUROPÉENS DE LA VRAIE GAUCHE OPPOSÉS À L'AUSTÉRITÉ DEVRONT-ILS TITRER DE CETTE EXPÉRIENCE ? N'y a-t-il pas un paradoxe à être, comme les Grecs, 61% contre l'austérité mais 72% pour rester dans la zone euro, quand on connait précisément le fonctionnement de cette zone ultra-autoritaire et totalement inflexible ? Sujet délicat, explosif même, que s'empressent de récupérer et de déformer les souverainistes de droite et, surtout, l'extrême-droite. Posons-nous franchement la question : peut-on construire réellement une alternative sans faire un pas-de-côté, sans prendre du recul, sans reprendre sa destinée en main ?

 

On semble loin, si loin de la société sans classe de MARX, de la conscience écologiste aiguë de René DUMONT et de la proposition d'une Europe fédérale par BAKOUNINE**. Et pourtant, il n'y a qu'un pas à faire. Un seul pas. Un pas pour franchir le rubicon, briser les tabous et oser autre chose, notamment à la lumière de ces trois continents idéologiques entre lesquels des ponts existent, si on veut bien les lire, prendre parfois et laisser souvent, penser par soi-même et agir ensemble. Marx, Dumont, Bakounine, parmi d'autres. Beaucoup d'autres. Et parmi nous.

 

Finalement, Varoufakis, qui aimait bien soigner son image, a peut-être eu raison de passer la main précipitamment. Car si les Bourses réagissent avec une forte hausse, quelle sera la réaction des Grecs, notamment DES OPPOSANTS À L'AUSTÉRITÉ qui AVAIENT PRÉVU DE SE RASSEMBLER CE VENDREDI SOIR (19h30) "pour fêter le OXI", place du Syntagma devant le parlement ?

 

La joie d'avoir gagné dimanche dernier ? La déception d'avoir concédé autant depuis ? La tristesse de la division ? Ou la colère d'avoir peut-être raté une belle occasion ? Quoiqu'il en soit CE N'EST PAS LA FIN DE L'HISTOIRE, LOIN DE LÀ. Nous sommes loin d'avoir dit notre dernier mot, tou-te-s, par-delà nos différences.

 

En Grèce comme ailleurs, rien n'est fini, tout commence !

 

Yannis Youlountas

 

http://blogyy.net/

http://jeluttedoncjesuis.net/

 

* Stathis Kouvélakis avait diffusé un texte d'appel le 23 juin et cette vidéo parallèlement : http://www.humanite.fr/videos/s-kouvelakis-les-peuples-europeens-doivent-sunir-pour-gagner-la-bataille-contre-lausterite

 

** Michel Bakounine qui écrivait pour la Ligue de la Paix et de la Liberté (texte repris dans son livre "Fédéralisme, Socialisme et Antithéologisme", publié en 1895) :

 

« (...) Nous détestons la monarchie de tout notre cœur ; nous ne demandons pas mieux que de la voir renversée sur toute la surface de l’Europe et du monde, et nous sommes convaincus, comme vous, que son abolition est une condition sine qua non de l’émancipation de l’humanité. À ce point de vue, nous sommes franchement républicains. Mais nous ne pensons pas qu’il suffise de renverser la monarchie pour émanciper les peuples et leur donner la justice et la paix. Nous sommes fermement persuadés au contraire, qu’une grande république militaire, bureaucratique et politiquement centralisée peut devenir et nécessairement deviendra une puissance conquérante au dehors, oppressive à l’intérieur, et qu’elle sera incapable d’assurer à ses sujets, lors même qu’ils s’appelleraient des citoyens, le bien-être et la liberté. N’avons-nous pas vu la grande nation française se constituer deux fois en république démocratique, et deux fois perdre sa liberté et se laisser entraîner à des guerres de conquête ?

 

Attribuerons-nous, comme le font beaucoup d’autres, ces rechutes déplorables au tempérament léger et aux habitudes disciplinaires historiques du peuple français qui, prétendent ses détracteurs, est bien capable de conquérir la liberté par un élan spontané, orageux, mais non d’en jouir et de la pratiquer ?

 

Il nous est impossible, messieurs, de nous associer à cette condamnation d’un peuple entier, l’un des plus intelligents de l’Europe. Nous sommes donc convaincus que si, à deux reprises différentes, la France a perdu sa liberté et a vu sa république démocratique se transformer en dictature et en démocratie militaires, la faute n’en est pas au caractère de son peuple, mais à sa centralisation politique qui, préparée de longue main par ses rois et ses hommes d’État, personnifiée plus tard dans celui que la rhétorique complaisante des cours a appelé le Grand Roi, puis poussée dans l’abîme par les désordres honteux d’une monarchie décrépite, aurait péri certainement dans la boue, si la Révolution ne l’avait relevée de ses mains puissantes. Oui, chose étrange, cette grande révolution qui, pour la première fois dans l’histoire, avait proclamé la liberté non plus du citoyen seulement, mais de l’homme, — se faisant l’héritière de la monarchie qu’elle tuait, avait ressuscité en même temps cette négation de toute liberté : la centralisation et l’omnipotence de l’État.

 

Reconstruite de nouveau par la Constituante, combattue, il est vrai, mais avec peu de succès par les Girondins, cette centralisation fut achevée par la Convention Nationale. Robespierre et Saint-Just en furent les vrais restaurateurs : rien ne manqua à la nouvelle machine gouvernementale, pas même l’Être suprême avec le culte de l’État. Elle n’attendait plus qu’un habile machiniste pour montrer au monde étonné toutes les puissances d’oppression dont elle avait été munie par ses imprudents constructeurs… et Napoléon Premier se trouva. Donc cette Révolution, qui n’avait été d’abord inspirée que par l’amour de la liberté et de l’humanité, par cela seul qu’elle avait cru pouvoir les concilier avec la centralisation de l’État, se suicidait elle-même, les tuait, n’enfantant rien à leur place que la dictature militaire, le Césarisme.

 

N’est-il pas évident, messieurs, que POUR SAUVER LA LIBERTÉ ET LA PAIX EN EUROPE, NOUS DEVONS OPPOSER À CETTE MONSTRUEUSE ET OPPRESSIVE CENTRALISATION DES ÉTATS MILITAIRES, BUREAUCRATIQUES, DESPOTIQUES, MONARCHIQUES CONSTITUTIONNELS OU MÊME RÉPUBLICAINS, LE GRAND, LE SALUTAIRE PRINCIPE DU FÉDÉRALISME. (...) »

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Les Etats-Unis s’apprêtent à envahir la Syrie - Le blog de Lucien PONS

10 Juillet 2015 , Rédigé par Lucien Pons

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Gerald Celente: Géopolitique, crise grecque, hyperinflation et or - Le blog de Lucien PONS

10 Juillet 2015 , Rédigé par Lucien Pons

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