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Le blog de Lucien PONS

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MÉLENCHON et l’imbroglio par Jacques Sapir

6 Décembre 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #La nation ., #La République, #La gauche, #Politique intérieure, #Europe supranationale

Publié par Jean Lévy

MÉLENCHON et l’imbroglio par Jacques Sapir

 
 
 
 

Jean-Luc Mélenchon vient de publier une note courageuse sur son blog [1]. Il y décrit ce qu’il appelle l’état d’imbroglio permanent qui règne au sein du « Front de Gauche ».

Il y déplore le manque de lisibilité des listes de la gauche « réelle », listes qui sont éparpillées entre des alliances avec EELV, avec le PC et qui parfois se font contre et EELV et le PCF. Il dénonce là une situation où, pour reprendre ses mots : « l’imbroglio est partout. Et surtout au pire endroit, c’est-à-dire face au suffrage universel. Les élections régionales nous voient arriver dans une cohue illisible nationalement. »

De l’autoroute à l’impasse

Il y constate donc, mais est-ce une surprise, l’attitude sectaire et purement électoraliste du PCF au sein du « Front de Gauche ». On se souvient de l’attitude de Pierre Laurent, le secrétaire du PCF qui, lors de la crise grecque de l’été dernier, avait apporté sa caution à l’accord honteux que signa Tsipras alors même que Mélenchon, et l’ensemble des dirigeants du Parti de Gauche dénonçaient ce dit accord, dont on mesure aujourd’hui toute la nocivité[2]. Cet accord a sacrifié non seulement la démocratie mais aussi l’économie grecque sans aucune contrepartie [3]. Il ajoute alors : « Au final, le tableau est affligeant. Impossible d’aller dans une émission de télé ou de radio en étant capable de dire comment s’appellent nos listes puisqu’autant de « territoires », autant de noms plus poétiques les uns que les autres, choisis sans concertation entre régions. Localement, l’annexion des listes par la couleur de la tête de liste est faite sans vergogne par la presse locale… ». Sur ce constat, il y a peu à ajouter. Alors qu’une autoroute s’ouvrait devant la gauche radicale du fait des reniements successifs du P « S », de la politique à la fois austéritaire et autoritaire du gouvernement, de son mépris affiché pour les classes populaires que ne masque même plus une certaine condescendance, cette même gauche radicale s’embourbe dans les impasses du calcul à courte vue des avantages électoraux immédiats. Comme il l’ajoute peu après, la constitution des listes : « … fut une foire d’empoigne locale, un chantage permanent à la division de la part de partenaires obnubilés par la tête de liste, sans la moindre coordination nationale pour essayer d’équilibrer la représentation de chacun. Pour affronter une élection forcément nationale, puisque les nouvelles régions n’ont aucune homogénéité locale, rien de plus ridicule que cette façon de laisser la ligne nationale résulter des arrangements, amitiés et détestations, locaux ». Tout est dit, et bien dit. Ce constat est sans appel. Les grands principes ont été mis à la poubelle au nom du banquet des ambitions personnelles.

 

Lucidité et courage

Il faut de la lucidité accompagnée d’un certain courage, et même un courage certain, à un dirigeant politique pour dresser ce constat avant même le premier tour d’une élection. Et on sait que de lucidité et de courage, Jean-Luc Mélenchon n’en manque pas. Ce texte est tout à son honneur. Mais, il devrait réfléchir à la cause première de ce désastre qui ajoute l’incohérence aux tares de l’illisibilité de la position politique.

Le « Front de Gauche » n’a pas de cohérence idéologique, écartelé qu’il est entre un Parti Communiste qui ne rêve plus de succès mais uniquement de préservation de ses positions acquises, un Parti de Gauche (PG) au discours certes radical mais à la ligne des plus floue, et divers groupuscules.

Surtout, en tant que dirigeant du PG, il porte une responsabilité évidente dans le retard pris par l’élaboration interne de ce parti sur des sujets décisifs comme la souveraineté, l’Euro et la question des frontières. Je le dis sans amertume mais avec un immense regret. Jean-Luc Mélenchon est un homme courageux, mais il est à chaque fois en retard d’un combat, d’une guerre. Il publie un (bon) livre sur l’Allemagne [4], mais un livre qui aurait dû être écrit au plus tard en 2013 et qui ne sort qu’en 2015. Il affirme à l’été 2015, devant l’évidence de l’action de l’Eurogroupe et de la BCE contre la Grèce, qu’entre l’Euro et la souveraineté, il choisirait la souveraineté. Que ne l’a-t-il dit avec force, quitte à prendre le risque d’une rupture sur le fond avec le PCF, en 2012 ou 2013. Car, ce constat est fait dans l’urgence. Il est probable que sa décision personnelle était déjà prise. Mais, une décision personnelle ne vaut que quand elle se traduit en des gestes politiques forts. Or, ces gestes ont manqué dans la période cruciale qui s’est écoulée de l’élection présidentielle de 2012 au printemps 2015.

Ici encore, on peut trouver quelques excuses et « bonnes » raisons. Jean-Luc Mélenchon n’est pas un autocrate, et il a dû composer avec un parti lui-même divisé. Pourtant, force est de constater que du temps, du temps précieux, a été perdu de l’été 2013, alors que le cours que prenait la politique de François Hollande était clair, jusqu’au printemps de cette année. J’ai attiré, sur ce carnet, à plusieurs occasions l’attention de mes lecteurs sur l’illisibilité des positions du Front de Gauche et du Parti de Gauche. Que l’on se souvienne de la lettre ouverte que j’adressais en juillet 2014 à Jean-Luc Mélenchon, et où je pointais les maux qu’il dénonce aujourd’hui [5].

Alors, assurément, il y a de la lucidité et du courage dans le dernier texte de Mélenchon, mais cette lucidité et ce courage de donnent lieu à aucun sursaut.

Le temps perdu ne se rattrape guère…

Un retard important a donc été pris. Ce retard fait qu’un autre parti, le Front National pour le nommer, a pu et a su profiter de l’espace politique que le Front de Gauche et le Parti de Gauche lui ont abandonné. On ne voit pas ce qui, aujourd’hui, marquerait un changement radical par rapport à ce funeste abandon du terrain de la souveraineté et le Parti de Gauche n’a toujours pas le courage de dire qu’il s’est trompé et que le trop fameux « plan B » devrait être en réalité le plan « A ».

Aujourd’hui, le Front National a progressé par rapport à ce qu’il était lors de l’élection présidentielle de 2012. Rappelons qu’à l’époque la candidature de Jean-Luc Mélenchon avait un moment donnée l’illusion de pouvoir faire de lui le « troisième homme » de la politique française. Il serait cruel d’épiloguer sur l’écart qui séparera la gauche radicale du Front National lors des élections régionales. Et cela, Jean-Luc Mélenchon le sait. En politique aussi, la nature a horreur du vide.

 

Jacques SAPIR

[1] http://melenchon.fr/2015/12/02/front-de-gauche-letat-dimbroglio-permanent/

[2] Voir l’entretien accordé par Zoé Konstantopoulou, « Le gouvernement grec a

sacrifié la démocratie » in Ballast, le 11 novembre 2015, 

http://www.revue-ballast.fr/zoe-konstantopoulou/

[3] Godin R., « Grèce : l’économie s’est effondrée au troisième trimestre » in La Tribune, 27 novembre 2015, 

http://www.latribune.fr/economie/union-europeenne/grece-l-economie-s-est-effondree-au-troisieme-trimestre-530994.html

[4] http://russeurope.hypotheses.org/3803

[5] « Lettre Ouverte à Jean-Luc Mélenchon », note publiée sur Russeurope, le 31 juillet 2014, 

http://russeurope.hypotheses.org/2606

 

SOURCE: russeurope.hypotheses

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L’exposition des enfants de Donetsk « La Paix dans le Monde » en France.

5 Décembre 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Ukraine, #La République, #La Russie, #La France, #Ecole, #AMERIQUE, #Europe supranationale, #La guerre, #La paix

L’exposition des enfants de Donetsk « La Paix dans le Monde » en France

La tournée française du projet international « La Paix dans le Monde » est arrivée à Paris et aura lieu dans deux endroits de la région parisienne, à la bibliothèque de Châtenay-Malabry et dans le collège Les Hyverneaux à Lésigny. L’exposition d’enfants du Monde raconte la vie d’enfants de différents pays, à travers leurs existences, parents et amis, leurs angoisses mais aussi leurs rêves d’amour et d’espérance. Après avoir été inaugurée à Donetsk, elle s’est rendue ensuite en Russie, puis en Allemagne et arrive désormais en Italie pour se diriger ensuite vers la Syrie et l’Afghanistan. Elle est organisée et chapeautée par Mesdames les conseillères Eleonora Fedorenko et Yana Chepirova de l'organisation des Droits de l'Homme de Donetsk, administration de la République populaire de Donetsk dans le Donbass

 

La première exposition se tiendra du 2 au 12 décembre à la bibliothèque de la ville de Châtenay-Malabry avec l’aide de l’Association « du Monde franco-russe ». Ce samedi 5 décembre, les enfants de France pourront, avec l’aide d’un artiste ; dessiner à leur tour, les meilleurs dessins rejoindront alors l’exposition. L’office du Tourisme a décidé de participer au projet « Comment Ivan s’en allait vers le Bonheur » et conduira cette dernière exposition dans différentes localités, notamment à l’Arboretum et dans la maison du célèbre diplomate et écrivain français Chateaubriand.

 

http://www.chatenay-malabry.fr/loisirs/expositions.html

 

En outre, l’inauguration de l’exposition correspond à un autre événement, « Les livres russes pour enfants et adultes » lancée le 7 mars 2015 dans la même bibliothèque de Châtenay-Malabry ouverte en collaboration avec la bibliothèque de la ville de Sytyvkar, capitale de la République de Komis, située dans le nord des Monts de l’Oural.

 

La deuxième exposition sera ouverte du 7 au 17 décembre 2015 au collège des Hyverneaux dans la ville de Lésigny, à 35 kms de Paris. Les professeurs Gildas Balle et Jean-Pierre Ray ont décidé d’ouvrir un atelier d’art solidaire où les élèves pourront prendre part activement au déroulement de l’exposition et mettre leurs talents au service du projet « La Paix dans le Monde » parti de Donetsk en août dernier. Les collégiens ont travaillé dur depuis le mois d’octobre pour préparer et créer des cartes de Noël qu’ils vendront principalement dans un marché de Noël, l’argent étant bien entendu destiné à être remis à un fonds humanitaire du Donbass. Les adolescents ont pu traduire en français des lettres de ceux du Donbass et de Donetsk qui leur étaient destinés et comprendre mieux dans quelle situation ils vivent.

 

http://www.college-les-hyverneaux.com/

 

L’exposition sera clôturée par une téléconférence entre les enfants et adolescents de France et leurs camarades du Donbass, qui aura lieu le 17 décembre prochain sur le thème « de la contribution des enfants pour la paix ».

 

Laurent Brayard pour DONi.Press

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L’Etat islamique appelle à « tuer » des enseignants. "LE MONDE" du 04.12.2015

5 Décembre 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #La nation ., #La République, #La Laïcité, #Terrorisme, #Daesch, #le nazisme

L’Etat islamique appelle à « tuer » des enseignants

LE MONDE | | Par

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image: http://s1.lemde.fr/image2x/2015/12/04/534x0/4824382_7_c6e6_manuel-valls-visite-une-ecole-le-16-novembre_32c1ade7def860d29b8f0895755c6c38.jpg

Manuel Valls visite une école, le 16 novembre, à Paris.
Manuel Valls visite une école, le 16 novembre, à Paris. PATRICK KOVARIK / AFP

 

L’école française ? Un lieu de la « mécréance » et de la « perversion ». Les professeurs ? Des « corrupteurs » à « combattre et tuer ». C’est clairement une menace de mort que profère l’organisation Etat islamique (EI) à l’encontre des enseignants dans l’un de ses outils de propagande, le magazine francophone en ligne Dar Al-Islam (« Demeure de l’islam »). Une menace prise très au sérieux, tant l’Etat islamique a prouvé sa capacité à convaincre des terroristes de passer à l’acte.

Titré « La France à genoux », en référence aux attentats du 13 novembre, le septième numéro de cette revue, diffusé fin novembre, consacre tout un dossier à l’éducation à la française. Six pages empreintes de théories simplistes et complotistes : l’école servirait à « imposer le mode de pensée corrompu établi par la judéo-maçonnerie ». Elle cultiverait, chez l’enfant, « l’ignorance et la corruption morale », et l’affaiblirait « jusqu’à ce que, enchaîné à ses plus vils instincts, il soit esclave des vrais maîtres de l’Occident : les juifs corrupteurs ».

C’est à la laïcité « fanatique » de l’enseignement français que s’en prend, sur un ton haineux, le magazine, quelques jours seulement avant la célébration, le 9 décembre, de ce principe dans les établissements scolaires – une journée que le ministère de l’éducation nationale n’entend pas remettre en cause. Dar Al-Islam condamne tout particulièrement la Charte de la laïcité, affichée depuis 2013 dans les écoles, définie comme « un tissu de mensonges...


En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/attaques-a-paris/article/2015/12/04/l-etat-islamique-appelle-a-tuer-des-enseignants_4824384_4809495.html#lHz1KYoCBTgaw8Gt.99
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Référendum danois: "Le silence des journaux".

5 Décembre 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #La République, #La nation ., #Europe supranationale, #La Russie, #AMERIQUE, #Le grand banditisme, #Les transnationales, #Les média

 Référendum danois: "Le silence des journaux".

Référendum danois: le silence des journaux

Par Jacques Sapir · 4 décembre 2015

Le référendum qui s’est tenu au Danemark le jeudi 3 décembre, et qui a vu la victoire du « non » et des eurosceptiques, continue de soulever des interrogations multiples. La première concerne le faible retentissement médiatique de ce référendum. Assurément, nous sommes en campagne électorale en France. Mais, ce quasi-silence des médias est un objet d’étude à lui tout seul. La seconde interrogation porte sur le sens qu’il convient de donner à ce référendum. On voit bien que, dans les rares commentaires à son sujet on parle de « questions techniques ». Techniques, elles l’étaient assurément. Mais il faut être bien naïf, ou bien de mauvaise fois, pour ne pas se rendre compte que, derrière cette dimension « technique » la véritable question portait sur le processus d’intégration européenne.

Le silence des journaux

Un simple test le prouve. Une demande de recherche sur Google actualités ne produit que 170 résultats, dont certains ne concernent pas les médias français. Dans une liste d’environ 150 références des médias français, on trouve une très large part d’articles qui ne sont que des reprises, soit in extenso soit partielle de l’article publié le 3 décembre au soir par l’AFP. La différence avec la presse anglo-saxonne ici saute aux yeux.

Certes, ce n’est pas la première fois que la presse française se comporte de manière plus que désinvolte vis-à-vis d’événements survenant dans un « petit » pays. Cette arrogance de « grande nation » qui ressort spontanément et en dépit de discours pourtant ouvertement européistes n’est pas la moindre des choses qui m’insupportent dans les comportements des journalistes français. A cet égard, il est intéressant de lire les commentaires dans les journaux belges (Le Soir ou La Libre Belgique) ou dans les quotidiens suisses francophones. Ils sont souvent de meilleures qualités que ce que l’on peut lire dans une presse française qui se révèle à la fois partiale et surfaite. Mais, cette arrogance n’est sans doute pas la cause première de ce silence.

Ce relatif silence de la presse française traduit, et trahit, une gêne devant le résultat. Les danois, peuple européens, ont rejeté une proposition de plus grande intégration dans le cadre de l’Union européenne. Ils l’ont rejeté de manière très claire, ce qui a été reconnu par le gouvernement danois. Ils l’ont rejeté aussi dans une alliance entre l’extrême-gauche (et la gauche dite « radicale ») et le parti populiste et souverainiste danois le DPP. On constate une nouvelle fois que, quand peuvent se retrouver sur un terrain commun, des souverainistes de gauche et de droite ont une large majorité. Et ceci gêne sans doute autant, voire plus, les éditorialistes à gages de notre presse nationale. Cela pourrait donner des idées au bon peuple de France. Voici donc une autre raison de ce silence relatif, et il faut le dire bien intéressé. Ce référendum porte en lui une critique de l’européisme. C’est pourquoi il convient de faire silence dessus. Ah, elle est belle la presse libre en France ; elle est belle mais elle est surtout silencieuse quand il convient à ses propriétaires…

Une question technique ?

Dans les rares articles que les journaux, ou les autres médias français, consacrent aux résultats de ce référendum, on pointe avant tout la nature « technique » de la question posée : fallait-il remettre en cause les clauses dites « d’opting-out » négociées par le Danemark avec l’Union européenne pour permettre une meilleure coopération policière entre ce pays et les instances policières européennes (Europol pour les nommer). Mais, si l’énoncé de la question était assurément technique, il faut beaucoup d’aveuglement, bien de la cécité volontaire, pour ne pas voir que la réponse apportée par les danois fut avant tout politique.

Il convient ici de rappeler que ce référendum a connu une forte participation. Près de 72% des électeurs danois se sont déplacés pour voter, ce qui constitue un record dans des référendums portant sur l’Europe pour le Danemark. C’est bien la preuve que les danois ont compris que, derrière une apparence technique, la question était bien avant tout politique. D’ailleurs, cette dimension politique ressortait bien de la campagne qui se déroula avant ce référendum. Les questions de la suspension des accords de Schengen, de l’intégration européenne, des coopérations multiples, furent en réalité largement débattues.

Cette réponse donc politique que les électeurs danois ont apporté, elle a un sens très net : celui d’un refus de toute nouvelle intégration européenne. Face à des questions essentielles, comme celles concernant la sécurité, les danois ont clairement opté pour le maintien de leur souveraineté et le refus pour une plus grande intégration. Leur réponse traduit le profond désenchantement auquel on assiste quant à la construction européenne. Que ce soit dans le domaine de l’économie ou dans celui de la sécurité, que ce soit sur l’Euro ou les contrôles aux frontières, c’est bien à un échec patent de l’intégration que l’on est confronté. Or, la réponse des européistes à cet échec n’est pas de s’interroger sur ses causes mais de demander, encore et toujours, plus d’intégration. En fait, l’intégration européenne est devenue un dogme, une religion. Et celle-ci n’admet aucune critique, ne souffre aucune contradiction. C’est pourquoi les dirigeants poussent à une surenchère mortelle. Mais, c’est aussi pourquoi les peuples, qui bien souvent ne sont pas dupes d’un discours trop formaté pour être honnête, refusent justement cette surenchère et exigent qu’un bilan honnête et objectif de cette intégration soit fait.

L’heure des bilans

Ces bilans vont se multiplier, que les dirigeants le veuillent ou non. La Grande-Bretagne votera sur son appartenance à l’Union européenne en 2016 et, n’en doutons pas, on y suit de très près les implications du référendum danois. On votera sans doute sur la question de l’Euro en Finlande, en 2016 ou en 2017. Ce vote aura aussi une importante signification. Mais, surtout, c’est dans sa pratique au jour le jour que l’Union européenne sera confrontée à cette demande de bilan.

Car, il est clair que le trop fameux « pragmatisme » européen a engendré des monstres, qu’il s’agisse de l’Eurogroupe, club dépourvu d’existence légale et qui pourtant pèse d’une poids énorme comme on l’a vu lors de la crise grecque de l’été 2015, ou qu’il s’agisse des abus de pouvoir que commet désormais chaque semaine la Commission européenne. On se souvient des déclarations de Jean-Claude Juncker à l’occasion de l’élection grecque de janvier dernier[1]. Leur caractère inouï fut largement débattu. Un autre exemple réside dans la manière dont ces institutions européennes négocient, dans le plus grand secret, le fameux « Traité Transatlantique » ou TAFTA qui aboutira à déshabiller encore plus les Etats et la souveraineté populaire qui s’y exprime. Le comportement de l’Union Européenne tout comme celui des institutions de la zone Euro appellent une réaction d’ensemble parce qu’elles contestent cette liberté qu’est la souveraineté[2].

Il est plus que temps de dresser le bilan de ces actes, d’évaluer la politique poursuivie par les institutions européennes et leurs diverses affidés, de gauche comme de droite, en Europe. On peut comprendre, à voir l’importance de l’investissement politique et symbolique qu’ils ont consenti, que les dirigeants européistes voient avec une certaine angoisse s’avancer l’heure où ils devront rendre des comptes. Mais, à recourir à de quasi-censure, à des méthodes ouvertement anti-démocratiques pour en retarder le moment ils risquent bien de finir par voir leurs tête orner le bout d’un pique.

Notes

[1] Jean-Jacques Mevel in Le Figaro, le 29 janvier 2015, Jean-Claude Juncker : « la Grèce doit respecter l’Europe ». http://www.lefigaro.fr/international/2015/01/28/01003-20150128ARTFIG00490-jean-claude-juncker-la-grece-doit-respecter-l-europe.php Ses déclarations sont largement reprises dans l’hebdomadaire Politis, consultable en ligne : http://www.politis.fr/Juncker-dit-non-a-la-Grece-et,29890.html

[2] Evans-Pritchards A., « European ‘alliance of national liberation fronts’ emerges to avenge Greek defeat », The Telegraph, 29 juillet 2015, http://www.telegraph.co.uk/finance/economics/11768134/European-allince-of-national-liberation-fronts-emerges-to-avenge-Greek-defeat.html

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UE : les néoconservateurs de Bruxelles choisissent la confrontation avec la Russie, par Alain Pucciarelli

5 Décembre 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La République, #La Russie, #La Turquie, #AMERIQUE, #Europe supranationale, #Terrorisme, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #Daesch, #L'OTAN.

UE : les néoconservateurs de Bruxelles choisissent la confrontation avec la Russie, par Alain Pucciarelli

Source : Alain Pucciarelli, 03-12-2015

A la faveur de la « crise des réfugiés », l’UE fait risette à la Turquie et désavoue M. Hollande  dans sa quête d’une aide militaire auprès de la Russie

Le « problème » des réfugiés conduit donc l’UE à rouvrir les négociations avec la Turquie en vue de son adhésion, et à répondre de la sorte positivement à une vieille demande des Etats Unis.

Elle fait cela au motif officiel que sans accord de fond avec la Turquie, le problème des réfugiés ne peut pas être résolu. Elle agit sans consultation officielle des pays concernés, sans tenir compte de leurs opinions publiques.

-Elle le fait juste après que la Turquie a abattu un chasseur russe en Syrie sans raison apparente autre que celle de la provocation, dont l’origine peut sans doute être recherchée du côté de Washington, qui a la haute main sur l’usage des armements sophistiqués que les Etats Unis livrent à leurs alliés. En la matière, on est en droit de supposer que la Turquie a appuyé sur la détente, mais qu’elle ne tenait pas le viseur.

-Elle le fait à la suite des événements du 13 novembre en France, et de la visite à Moscou de M. Hollande quêtant une aide pour abattre « Daesh » (alors que l’UE a reconduit les sanctions contre la Russie). Cette escale moscovite succédait à  une entretien humiliant à Washington avec M. Obama, qui a maintenu son préalable, le départ de M. Assad (inacceptable pour la Russie), pour s’engager dans une coalition anti Daech en dépit de l’agression qu’a subie la France. Autrement dit, M. Hollande a été piteusement éconduit par notre « grand allié » qui n’a pas pu voir d’un bon œil l’éventuel rapprochement de la France et de la Russie.

-Et voilà que sur le mode Tartuffe, elle ridiculise le président français à peine rentré de Moscou en se rapprochant brutalement et étroitement d’un agresseur de fraîche date de la Russie. De sa seule initiative ? Peut-on attribuer tout cela au hasard des calendriers et des contraintes diverses et variées de la politique internationale ? A chacun d’en juger.

Une vérité paradoxale 

La Turquie est donc en apparence considérée suffisamment importante dans la gestion des flux de réfugiés qu’il convient de la museler avec de l’argent (on parle de trois milliards d’euros au moins) et avec la réanimation d’une perspective politique ancienne d’intégration. On ne peut pas mieux reconnaître dans tous les cas qu’elle est largement à l’origine de l’invasion migratoire  qui secoue l’UE.

Cette réouverture officielle des négociations visant à permettre son entrée dans l’UE intervient à un moment où le régime de M. Erdogan donne des signes d’autoritarisme réels, par exemple à travers la mise au pas de la presse d’opposition, ou l’emprisonnement de journalistes dénonçant la collusion entre la Turquie et Daech, alors que M. Poutine dénonce cette collusion et accuse Ankara de commercialiser le pétrole vendu par l’  « Etat islamique ». L’UE prend cette décision lourde de conséquences au moment où les avions turcs supposés frapper Daech s’en prennent surtout aux Kurdes, qui se battent précisément contre Daech, comme le faisait le chasseur russe abattu dernièrement. Tout cela se produit sur fond d’islamisation accélérée de la société turque et d’alliance étroite avec les états sunnites de la région, dont le Qatar et l’Arabie Saoudite, proches alliés eux aussi des Etats Unis et soutiens puissants des islamistes qui mettent la Syrie à feu et à sang.

Autrement dit, l’UE tend symboliquement la main à Daech  alors que M. Hollande tente, ou fait semblant de tenter d’organiser une coalition contre ce groupe terroriste dont la naissance doit tout aux Etats Unis (lire les déclarations du général Desportes devant le Sénat le 12 décembre 2014, Les crises.fr).

Cet étrange rebondissement intervient après que des preuves ont été apportées de l’implication illégale, secrète et très concrète (armes, argent, conseillers) des pays européens (aux côtés des Etats Unis), dont la France, dans la guerre menée par les groupes terroristes, modérés ou pas, contre le pouvoir de M. Assad. M. Hollande a reconnu des livraisons d’armes en direction de « rebelles modérés » faites en toute illégalité internationale. M. Fabius a légitimé le soutien à un « groupe modéré » (Al Nosra), qui vient d’applaudir au massacre du 13 novembre à Paris, en parlant du « boucher Assad » et du sang que ce dernier aurait sur les mains.

Si tel est le cas, et pourquoi pas, en a-t-il autant que M. Obama, ou que son prédécesseur M. Bush (la liste des bourreaux est infinie) ? Est-ce là un argument recevable en politique internationale, surtout quand les monarchies moyenâgeuses et barbares du golfe sont nos alliées ?

Un désastre européen programmé ?

On peut opter pour deux visions de la situation actuelle, dont la gravité ne semble pas mobiliser nos médias, qui s’extasie sur la COP21 ou les nouvelles frappes occidentales (avec l’Allemagne et le Royaume Uni) autour des Etats Unis qui, espérons-le, seront plus efficaces que les précédentes. A moins qu’une nouvelle provocation anti russe ne vienne égayer nos soirées.

La première vision, rebattue par la « grande » presse, s’en tient à la prise en compte du cours « normal » des politiques européennes, faites d’accommodement, de compromis et d’arrangements entre amis dans un contexte aujourd’hui délicat, celui des réfugiés. Ce qui est oublier les conditions et le moment où cet accord intervient. Et sauf bien entendu que cette mollesse supposée des instances européennes fait place dès que nécessaire à une rigueur et à une brutalité sans pareilles, par exemple à l’occasion de l’affaire grecque.

A noter que la « une » du Monde.fr du mardi 1er décembre (au moins dans la matinée) ne souffle pas un mot sur cet énorme événement, la reprise des négociations d’adhésion avec la Turquie, et que le 20h d’Antenne 2 du même jour fait de même, ce qui en dit probablement  toute l’importance véritable.

 Une autre réalité ?

On a parallèlement le droit, et sans doute le devoir civique, de voir les choses d’un autre œil, au moins pour essayer de comprendre une réalité qui, peut-être, paraît plus complexe qu’elle n’est.

Personne ne peut nier que l’afflux brutal des réfugiés dont l’essentiel vivaient dans des camps au Liban et en Turquie déstabilise les pays de l’UE, quoiqu’en disent les droitdelhommistes professionnels. Cet afflux s’est déclenché soudainement et massivement, et il est permis de voir à l’origine de cet événement un chef d’orchestre, la Turquie (par exemple!), conviée pour prix de cette action d’éclat à accéder à son vieux projet européen par ceux-là mêmes qui subissent son agression violente par flots de malheureux migrants interposés.

Cela ne « colle » évidemment pas. Récompense-t-on un état qui fait preuve d’un tel pouvoir de nuisance ? Et bien… oui ! Les réfugiés en provenance du Moyen orient sont si nombreux qu’ils feraient presque oublier les flux meurtriers de « boat peoples » qui tentent toujours de traverser la Méditerranée depuis les rivages de feu la Lybie.

Si, comme l’accord avec la Turquie paraît l’indiquer, ce pays a donc eu un rôle majeur dans ce désastre humanitaire si parfaitement mis en oeuvre, nonobstant le fait que la tragédie humanitaire globale au Moyen Orient trouve sa source dans les politiques occidentales, au premier rang desquelles celle des Etats Unis, on ne peut qu’être intrigué par la soudaine précipitation de l’UE à reprendre dans de telles conditions des négociations plus ou moins suspendues avec la Turquie, qui n’a par ailleurs jamais été officiellement découragée dans son entreprise d’intégration de l’UE, cette vieille stratégie US comme il l’a été évoqué plus haut.

Autrement dit, le vrai fil de cette histoire peut être lu en sens inverse de ce qui nous est asséné quand certains médias prennent la peine de parler de cela: le flux de réfugiés a pu être déclenché par les Occidentaux, dont les dirigeants européens, avec l’aide décisive de la Turquie, pour permettre la « nécessaire » intégration de la Turquie à l’UE selon la vision atlantiste.

On pourrait alors interpréter cette hypothèse vraisemblable comme un plan brillant destiné à duper les opinions publiques occidentales, et à renforcer la politique US au Moyen orient en adossant enfin la Turquie à l’UE, tout en accélérant le processus de désintégration des Etats européens qui de la sorte ne s’opposeront plus aux Etats Unis d’aucune manière : l’allié turc, avec les amis des états Unis déjà nombreux parmi nos partenaires européens, contribuera mieux encore à vassaliser le vieux continent et à l’ensabler dans des querelles sociétales monstrueuses depuis Bruxelles.

Nous aurons ainsi une traduction libre et imparfaite, du vieux rêve fédéraliste porté par Jean Monnet (se reporter à tous les arguments qui militent rationnellement contre une entrée de la Turquie dans l’UE et pour une sortie de la France de cette même UE).

Implications objectives

Les attentats Charlie ont conduit à la mise en œuvre de la « loi sécurité », sur le modèle du Patriot Act américain. Ceux du 13 novembre débouchent sur l’état d’urgence, comme en prolongation de la loi qui de toute évidence protège peu contre le terrorisme, surtout quand le gouvernement français a refusé (2013) les informations des services syriens relatifs aux « Français » combattant avec Daech et qu’après le 13 novembre, il ne rouvre toujours pas son ambassade à Damas, seul moyen de collecter des informations fiables en temps réel. On peut considérer à ce titre que l’Etat ne fait pas tout ce qui est indispensable à la lutte contre les terroristes, tout en instrumentalisant au maximum les conséquences des actes de ces derniers, et sans remettre en cause sa politique extérieure, qui est  celle de l’UE et donc de Washington en dépit des velléités de M. Hollande de se rapprocher de la Russie.

L’UE tend la main à la Turquie, qui trempe apparemment dans des pratiques mafieuses la liant à la nébuleuse terroriste, soutenue et financée puissamment on l’a dit par les grands amis de la Turquie et de la France que sont les monarchies pétrolières. La Turquie facilite aussi grandement les allées et venues des terroristes, leurs approvisionnements, leur encadrement, mettant à ce titre aussi la sécurité des états européens en cause. Si l’on considère que l’UE est une construction politique même si on l’oublie parfois, elle nous engage donc à la fois dans le soutien à la politique impériale de M. Erdogan et dans sa complicité avec les groupes terroristes y compris ceux qui sont susceptibles de nous frapper ; la Turquie nous entraîne également, mécaniquement, dans sa confrontation avec la Russie, traduction de la stratégie belliciste des Etats Unis où certains, en haut lieu, évoquent sans recul une éventuelle aventure guerrière avec cette même Russie.

Comment aujourd’hui la Russie ne peut-elle pas prendre acte du fait que l’UE se rapproche significativement du pays agresseur qui a abattu son chasseur bombardier, et que, par voie de conséquence, elle devient ouvertement, « es qualité », un adversaire déclaré, (bientôt ennemi?) car rallié clairement aux Etats Unis, dont la responsabilité (active ou passive) dans l’attaque turque est plus que probable pour les dirigeants russes ? 

La COP 21, un nuage de fumée ?

Dans ce contexte dangereux, que penser de la COP21, sinon qu’elle est à présent un rideau de fumée « bienvenu », puisque la presse nationale ne parle en gros que de cela, même si elle a été programmé bien avant ces événements ? On aurait aimé d’ailleurs que la détresse écologique de la planète fasse l’objet d’une véritable mobilisation internationale et non d’un faux semblant théâtralisé porteur d’illusions et donc de futures déceptions. On peut en effet douter de l’efficacité d’une procédure non contraignante, quels que soient les accords obtenus entre états. Il suffit à ce titre de se demander si les négociations à propos du Traité transatlantique (TAFTA, plus le traité sur les services TISA) et l’existence du traité transpacifique ne réduisent pas à néant tout projet écologique éventuel produit par les pays engagés dans la mise sur pied d’un monde qui verrait les oligarchies financières et économiques imposer leurs lois aux puissances publiques.  Derrière ce nuage de fumée, donc, s’affirment la problématique Turque, et la toute puissance du parrain US déterminé à avancer ses pions contre la Russie après le choc produit par l’intervention de M. Poutine en Syrie. La soudaine décision de l’UE serait la réponse de Washington à Moscou.

Une « consolation » cependant dans cet apparent chaos protéiforme: le jour où la Turquie sera dans l’UE, les réfugiés n’en seront plus, et pourront se répandre en Europe en toute légalité !

Il est donc légitime de tirer la sonnette d’alarme, et de dénoncer les petits pas qui nous entraînent vers une possible catastrophe militaire et un probable séisme social et sociétal que non seulement Bruxelles n’anticipe pas, mais semble promouvoir.  Il est vraiment temps de sortir de l’UE et de son asservissement originel aux stratégies US de domination du monde dans lesquelles nous n’avons rien à gagner, et beaucoup à perdre. Avant qu’il ne soit trop tard.

 Source : Blog MediapartAlain Pucciarelli, 03-12-2015
 
 

 

38 réponses à UE : les néoconservateurs de Bruxelles choisissent la confrontation avec la Russie, par Alain Pucciarelli

Commentaires recommandés

wesson Le 04 décembre 2015 à 01h21
 
 

Lorsque j’ai lu cet article et sa source “Médiapart”, je me suis dit “quelque chose ne colle pas. Un article de Mediapart ne saurait être aussi critique envers la politique atlantiste et notre alignement à celle ci, et le néologisme “droitdel’hommiste” est interdit.”

En cliquant sur le lien pour aller vérifier, j’ai pu constater que l’article n’est pas de Mediapart, mais du blog de l’un de ses abonnés.

Donc tout vas bien, j’ai presque eu peur que Médiapart ne changea de ligne éditoriale : J’aurai alors peut-être été amené à m’y ré-abonner.

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L’Ukraine au tournant. Par Jacques Sapir ·

5 Décembre 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Ukraine, #La Russie, #AMERIQUE, #Europe supranationale, #Economie, #La mondialisation, #L'OTAN., #le nazisme, #Le fascisme

L’Ukraine au tournant

 

L’évolution de la situation en Ukraine depuis le début de 2014 est exemplaire de la manière dont des dirigeants peuvent, par leurs erreurs et par fanatisme, détruire un Etat. Cela pourrait constituer un intéressant exemple pour de futurs manuels de sciences politiques si cela n’impliquait pas une population de plusieurs dizaines de millions de personnes et si cette crise n’avait pas déjà impliquée la mort de plus de 6000 personnes. La crise ukrainienne est une véritable tragédie.

Mais, cette tragédie doit aussi être étudiée du point de vue de la science politique et de l’économie pour tenter de comprendre les tenants et les aboutissants de cette crise, mais aussi pour tenter d’en voir les possibles solutions. En effet, la crise ukrainienne est aujourd’hui un important facteur de division entre les pays d’Europe occidentale et la Russie, et ce alors que la crise du Moyen-Orient et la menace terroriste qu’elle fait planer, imposent une révision des priorités stratégiques. Il n’apparaît pas possible d’avoir une action coordonnées contre DAESH en Syrie et de continuer à s’opposer violemment sur la question de l’Ukraine. Par ailleurs, les pays de l’UE, et principalement la France et l’Allemagne, semblent avoir – du moins en partie – révisés leur politique au sujet de la crise ukrainienne. En même temps que s’impose un nouveau réalisme sur la crise syrienne un désenchantement certain, et une profonde désillusion, se font jour en ce qui concerne les autorités de Kiev.

 

Les origines de la crise

Personne ne remet en cause le constat de l’énorme corruption qui caractérisait le système politique et économique de l’Ukraine à la fin de 2013. Mais, cette corruption ne datait pas du Président Yanoukovitch. Elle était endémique en Ukraine depuis les premières années de l’indépendance. Cependant, cette corruption était devenue largement insupportable dans les différents segments de la population. C’est ce qui explique les premières manifestations, alors pacifique, de la place Maïdan. Il convient de signaler que lors de ces premières manifestations, les manifestants venaient de l’ensemble de l’Ukraine, tant de l’ouest que de l’est. L’incapacité du Président Yanoukovitch et de son gouvernement à prendre la mesure de ce mouvement a largement contribué au processus de capture de ce dernier par des forces ultra-nationalistes et même fascisantes (comme le groupe Pravy Sekhtor[1]), forces qui ont progressivement évincées les forces démocratiques. L’attitude de l’Union européenne a aussi contribué à une forte polarisation de la vie politique en Ukraine et a abouti à déstabiliser encore plus la situation politique.

Les illusions que les dirigeants de l’Union européenne ont laissé se développer quant à une possible adhésion de l’Ukraine à l’UE ont joué un rôle important dans la dégradation de la situation politique, en donnant à une partie de l’opinion publique ukrainienne le sentiment que le débat posé était le choix entre la Russie et l’UE. Cette polarisation de l’opinion publique a eu un effet extrêmement délétère, et ce à un moment ou l’économie ukrainienne était de plus en plus liée à l’économie russe. Si les importations d’hydrocarbures (essentiellement de gaz) de Russie ont toujours été importantes, les exportations ukrainiennes à destination de la Russie avaient fortement augmenté depuis le début des années 2000. Les bases d’une intégration économique, au moins sur des secteurs comme la métallurgie, la chimie et les constructions mécaniques, étaient à cette époque clairement posées. Il n’y avait aucune logique à vouloir ouvrir l’économie ukrainienne encore plus qu’elle ne l’était déjà à l’économie des pays de l’UE. Ceci ne correspondait pas aux tendances économiques que l’on pouvait constater depuis plusieurs années. Pourtant, cette question devint la question principale en raison du discours de l’UE présentant cette « ouverture » comme la base de futurs succès économiques pour l’Ukraine. La combinaison d’un sentiment justifié d’exaspération de la population vis-à-vis de la corruption des élites ukrainiennes et de la manipulation effectuée par l’UE de l’ordre du jour économique des relations entre l’Ukraine et l’UE a eu un effet explosif sur la vie politique ukrainienne en 2013.

 

Il faut ici rappeler que le Président et le Parlement avaient été régulièrement élus. Mais, ces élections (2010) avaient permis de mesurer combien la politique ukrainienne était marquée par une division entre des populations russes (et russophones) regroupées à l’est du pays et des population ukrainophonnes, dont une partie habite les régions qui, avant 1914, étaient soit dans l’empire Austro-Hongrois soit étaient en Pologne.

 

Carte 1

Répartition de la population par type de langage pratiqué

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L’Ukraine est un pays neuf, dont l’existence est fragilisée par ces divisions. Ces dernières ont été renforcées par les évolutions économiques de ces dix dernières années, qui ont vu les relations avec la Russie se développer rapidement. L’Ukraine de l’Est, russophone, vivait, au début de 2014, mieux que l’Ukraine de l’Ouest. Pour cette dernière, l’Union européenne représentait un pôle d’attraction important, même s’il était largement imaginaire compte tenu de la situation économique actuelle de l’UE.

 

Carte 2

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Les manifestations de la place Maïdan recouvraient aussi cette division économique et sociale de l’Ukraine.

 

La crise de février 2014 et ses conséquences

Ces manifestations ont pris une tournure dramatique lors du mois de février 2014. Le massacre du 20 février a joué un rôle décisif dans le déclenchement de ce que l’on peut considérer comme la « crise » ukrainienne, qui devait aboutir à la guerre civile[2]. Les responsabilités de ce massacre furent attribuées, à l’époque au pouvoir du Président Yanukovitch. En fait, il est aujourd’hui avéré que nombre des manifestants tués le furent par des projectiles tirés dans leur dos[3]. Le rôle des agents provocateurs très probablement liés à Pravy Sekhtor ne fait plus aujourd’hui aucun doute[4].

Il est cependant clair que le pouvoir du Président Yanoukovitch eut une part de responsabilité dans ces événements tragiques, que ce soit par un usage disproportionné de la force au début des manifestations, ou par ses hésitations par la suite qui avaient démoralisé une bonne part de ses soutiens. Il a été incapable de s’opposer à une logique minoritaire, qui s’est exprimée même au Parlement lors du vote, au début du mois de février de la loi supprimant le statut de langue officielle au Russe (à côté de l’Ukrainien). Ce vote apparaît aujourd’hui comme un tournant symbolique car il a fait basculer l’affrontement d’une logique de lutte pour la démocratie et contre la corruption à une logique nationaliste-ethniciste. Les populations tant russes que russophones des régions de l’Est de l’Ukraine et de la Crimée n’ont pu qu’être légitimement inquiètes de la rupture du pacte sur lequel était fondé l’Ukraine indépendante depuis 1991. Ceci a eu des conséquences très importantes quand, pensant que sa vie était menacée, le Président Yanukovitch se décida à fuit Kiev. Dès lors s’ouvrait un véritable dilemme pour les différents acteurs de la crise ukrainienne.

Si l’on admet que la norme constitutionnelle avait alors disparu et que le Parlement était légitime dans son renversement du Président Yanoukovitch, cela signifie que l’on était confronté à une révolution c’est à dire la destruction d’un ordre légal devant donner lieu à un nouvel ordre légal. Mais, cela impliquait que l’on reconnaisse cette nécessité et que soit immédiatement appelé à siéger une assemblée constituante. Si l’on prétendait que la norme constitutionnelle n’avait pas disparue, alors il fallait reconnaître que le Président Yanoukovitch était toujours le Président légal de l’Ukraine. En choisissant la première solution, mais sans en tirer les conséquences logiques, les politiciens du Parlement ukrainien ont mis le feu aux poudres.

En effet, à partir du moment où ils considéraient que ce qui s’était produit était un acte de nature révolutionnaire il fallait aussi admettre que le Parlement de la République autonome de Crimée était tout aussi légitime dans sa décision de se séparer de l’Ukraine et de rejoindre la Russie. Soit la règle générale s’applique à tous soit elle ne s’applique à aucun. La seule chose sur laquelle il peut y avoir un accord est le fait qu’il ne peut y avoir d’application partielle de la règle générale. Cela implique qu’il fallait admettre que la question de la Constitution se posait, et que l’on ne pouvait faire « comme si » la règle générale s’imposait alors que l’on venait de la violer. Ce ne sont pas, seulement, des subtilités juridiques. Pour ne pas les avoir comprises, pour avoir cru que l’on pouvait faire un coup d’Etat sans remettre en cause la Constitution, les dirigeants de Kiev ont provoqué et la sécession de la Crimée et la guerre civile dans l’Est de l’Ukraine.

Ainsi, à la suite des événements tragiques de fin février s’est donc mis en place un pouvoir de fait à Kiev, provoquant un effondrement de la légitimité de l’État ukrainien. La dissolution d’unités de la police, qui n’avaient fait qu’obéir aux ordres, a provoqué une profonde inquiétude dans les régions de l’Est. Ce à quoi on a assisté depuis le 28 février, et ce n’est que la suite logique du basculement d’une lutte pour la démocratie et contre la corruption vers un affrontement ethnique.

Les responsables du Parlement ukrainien portent donc la lourde responsabilité d’avoir, par leurs erreurs comme par leurs excès, déclenché une guerre civile dans leur propre pays. Cette guerre à provoqué plus de 6000 morts et près d’un million de réfugiés, qui se trouvent aujourd’hui sur le territoire de la Fédération de Russie.

 

L’accord de Minsk

L’accord signé à Minsk au mois de février 2015 constituait donc une possibilité de mettre fin à cette tragique guerre civile[5]. Mais, il y a bien des raisons de penser que cet accord ne pourra jamais être appliqué. Les termes de l’accord sont en effet très clairs : un statut de grande autonomie doit être concédé aux insurgés et, sur cette base, le gouvernement de Kiev pourra recouvrer le contrôle de la frontière entre l’Ukraine et la Russie (articles 9 et 11 de l’accord). Or, le gouvernement de Kiev a indiqué son refus d’envisager une « fédéralisation » du pays, dans le cadre d’une refonte de la Constitution, qui devrait être réalisée d’ici à la fin de 2015. De même, le Ministre de la Justice de Kiev, M. Klimkin, s’est déclaré être opposé à une amnistie générale. Or, cette amnistie est bien l’une des conditions de l’accord (article 5).

Très clairement, à l’heure actuelle, le régime de Kiev n’a nullement l’intention d’appliquer les clauses politiques de l’accord. Or, on comprend bien que si ces clauses ne sont pas appliquées, la guerre reprendra inévitablement, sauf si l’on s’achemine vers une solution de type « ni paix, ni guerre », ce que l’on appelle un « conflit gelé ». Cependant, une telle solution de « conflit gelé » n’est envisageable que si des forces d’interposition prennent position entre les belligérants. On est donc ramené à la question d’un hypothétique contingent de « Casques Bleus » et de ce fait à la question de l’insertion des Etats-Unis dans le processus d’un accord. On mesure ici, à nouveau, les limites de l’option prise par Mme Merkel et M. François Hollande. A vouloir prétendre que les européens pouvaient trouver sur leurs seules forces une solution à ce conflit, ils se sont enfermés dans une situation sans issue. La position discursive adoptée qui consiste à faire retomber la « faute » de la non-application sur la Russie s’apparente à une ficelle désormais trop grossière. Et cela d’autant plus que l’on voit désormais s’ouvrir des failles importantes au sein même du gouvernement de Kiev, très probablement à l’instigation si ce n’est des Etats-Unis, de forces américaines.

Aujourd’hui le gouvernement de Kiev est politiquement divisé (Petro Poroshenko, le Président élu en juin 2014, apparaissant à cet égard comme un relatif « modéré ») et surtout techniquement de plus en plus dépendant des Etats-Unis. Des « conseillers » américains occupent plusieurs étages dans les différents ministères. Ceci montre que les Etats-Unis, qu’ils livrent ou non des armes « létales » à l’Ukraine, sont d’ores et déjà partie prenante de conflit, et d ‘une certaine manière ont acquis une position déterminante dans le gouvernement de Kiev. Ceci expose clairement les illusions de Mme Merkel et de M. Hollande mais nous montre aussi que tant que les Etats-Unis n’auront pas donné leur assentiment explicite à un accord, ce dernier n’a aucune chance d’être respecté.

On sait par ailleurs que l’Ukraine est virtuellement en faillite. Certes, le Fond Monétaire International a discuté de la possibilité d’un prêt de 17 milliards de dollars. Il lie d’ailleurs la poursuite de ses versements à des réformes structurelles qui ne peuvent être mises en place par le gouvernement actuel[6]. Mais, cette somme, si elle est versée et ceci dépend de la réalité du cessez-le-feu, ne règlera rien. Au mieux, si elle est versée, elle assurera la stabilité financière de l’Ukraine jusqu’à la fin de l’année, pas plus. Cet argent ne remplacera pas une économie saine, et des relations commerciales importantes tant avec la Russie qu’avec l’Union européenne. Le futur de l’Ukraine dépend donc d’un accord entre russes et européens. Plus directement, la survie immédiate du pays dépend largement de l’aide consentie par l’Union européenne.

Ceci permettrait à l’Allemagne et à la France, si elles osaient parler clair et fort à Washington, de contraindre les Etats-Unis à s’engager de manière décisive dans le processus de paix. Sinon, l’ensemble du coût de l’Ukraine reposerait sur les Etats-Unis, et il est clair qu’en ce cas le Congrès se refuserait à financer de telles dépenses, qui pourraient d’ici les 5 prochaines années atteindre les 90-120 milliards de dollars.

La question économique est, peut-être, ce qui pourrait permettre d’aboutir à une application réaliste des accords de Minsk, à deux conditions cependant : que l’Allemagne et la France imposent leurs conditions à Washington et que ces deux pays sortent du jeu stérile et imbécile qui consiste à faire retomber, encore et toujours, la faute sur la Russie alors que l’on voit bien que les fauteurs de guerre sont ailleurs.

 

Ni paix ni guerre ?

Faute d’une mise en œuvre du volet politique de l’accord de Minsk, la vie tend à s’organiser sur la base d’une indépendance de fait des régions de Lougansk et Donetsk. Et il est clair que cette vie est tout sauf facile. La population totale des zones sous le contrôle des insurgés est d’environ 3 millions d’habitants, dont environ 1 million est réfugié en Russie. La persistance des combats sur la ligne de front empêche tout effort sérieux de reconstruction pour l’instant, à l’exception du rétablissement de la ligne de chemin de fer entre Lougansk et Donetsk. Une des raisons, d’ailleurs, dans le maintien des combats et les violations incessantes du cessez-le-feu par les forces de Kiev, est la volonté ouvertement affichée par les dirigeants de Kiev de maintenir la population du Donbass dans une insécurité importante et dans une atmosphère de terreur.

Le gouvernement de Kiev a suspendu le paiement des retraites et pensions, ce qui équivaut d’une certaine manière à reconnaître qu’il ne considère plus Lougansk et Donetsk comme relevant de sa juridiction. Rappelons d’ailleurs que le gouvernement russe avait toujours maintenu le versement des retraites et des pensions en Tchétchénie dans la période ou Doudaev avait proclamé la soi-disant « indépendance » de cette république. Il n’est pas dit que les dirigeants de Kiev aient mesuré toutes les implications juridiques de leurs actions. L’un des points de l’accord de Minsk-2 était justement de veiller à la reprise de ces versements. Inutile de dire que Kiev continue de s’y opposer. La population est largement tributaire de l’aide humanitaire russe. Une production minimale continue de sortir des mines de charbons et de certaines usines. Cette production était vendue à Kiev jusqu’en décembre. Puis, à la suite de la destruction par les forces de Kiev de la ligne de chemin de fer, ces ventes se sont interrompues et ont été remplacées par des ventes à la Russie.

Insistons sur ce point : il entraine une progressive raréfaction de la Hryvnia dans le Donbass et la montée en puissance du Rouble russe. De plus, compte tenu de la meilleure solidité du Rouble par rapport à la Hryvnia, le Rouble est massivement devenu l’instrument d’épargne et l’unité de compte dans le Donbass. Or, la question de la monnaie qui circule est éminemment politique. Les accords de Minsk-2 prévoyaient la fin du blocus économique et monétaire mis en œuvre par le gouvernement de Kiev. La non-application d’une large part de ces accords[7], et en particulier des volets politiques et économiques de ces derniers relance, bien entendu, la question du statut monétaire de ces régions. Mais, il est évident que cette question a des répercussions qui vont au-delà de simples arrangements monétaires. La question de la souveraineté, à travers la question de la souveraineté monétaire, des régions insurgées est directement posée.

Le choix, pour les autorités de la DNR (Donestk) et de la LNR (Lougansk), est donc entre trois solutions : conserver le Hryvnia (et reconnaître que la DNR et la LNR sont des Républiques autonomes dans le cadre de l’Ukraine), basculer vers le Rouble, ce qui prendrait la dimension d’une annexion par la Russie, ou créer leur propre monnaie, et revendiquer leur indépendance. Cette dernière solution n’est pas impossible. Les Pays Baltes, avant d’adopter l’Euro, ont eu chacun leur monnaie. Mais, elle soulève des problèmes extrêmement complexes à résoudre. En réalité, autour de la question de la monnaie se déploie la question du futur institutionnel du Donbass.

Les autorités de la DNR et de la LNR, pour l’instant, conservent la Hryvnia. Mais, la raréfaction des billets et la disponibilité du Rouble pourraient bien les obliger d’ici quelques mois à changer d’avis. Les autorités de Donetsk avaient créé une banque, qu’ils appellent une Banque Centrale, dès le mois d’octobre 2014[8]. Cette banque avait pour fonction de gérer l’embryon de Trésor Public de la « République Populaire de Donetsk » (DNR), mais aussi de gérer les flux de transferts venant de la Russie (via une banque fonctionnant en Ossétie du Sud), et enfin de gérer le commerce avec le reste de l’Ukraine. Le paiement des pensions à la population des zones insurgées est considéré, par la Russie, comme relevant de « l’aide humanitaire ». Diverses sources estiment ces paiements entre 33 et 38 millions de dollars tous les mois. Il existe d’ailleurs un accord-cadre au sein des pays « successoraux » de l’ex-URSS pour la prise en charge des indemnités vieillesse et maladie par un pays (le plus souvent mais pas uniquement la Russie) au profit de ressortissants d’un autre pays. Il n’est pas impossible que cet accord puisse être invoqué dans ce cas particulier.

Cette « Banque Centrale » combine pour l’instant les fonctions de Trésor Public, de caisse de compensation (tant pour le commerce à l’intérieur des zones insurgées qu’entre ces zones et la Russie) mais elle commence aussi à fonctionner comme une banque normale (émettant des cartes de crédit) mais aussi comme une caisse d’émission. Pour l’instant, elle utilise toujours les Hrynia qui ont été accumulées via les écarts de prix entre le rouble russe et la Hrynia. Mais, à terme, se pose la question soit de l’intégration des zones insurgées dans l’espace monétaire russe, soit de la constitution d’une monnaie propre à ces zones.

On voit alors ce qui est en cause. Donetsk et Lougansk vont-ils avoir le statut de république autonome au sein de l’Ukraine, dont il faudra alors réviser la Constitution, ou s’oriente-t-on vers une indépendance de fait, qui ne sera pas reconnue par la communauté internationale ? La Russie, pour l’instant, pousse plutôt pour la première solution alors que les dirigeants de la DNR et de la LNR ne cachent pas leur préférence pour la seconde.

 

Une fatigue européenne

Une fatigue européenne commence alors à se faire sentir sur la question de la crise ukrainienne. Peu de personnes aujourd’hui doutent du fait que l’Ukraine soit ce que l’on peut appeler un « pays failli » ou « pays effondré »[9]. Les institutions de l’Ukraine se défont sous le poids des oligarques[10] et la corruption ne cesse d’empirer[11]. Non seulement la situation économique et sociale de l’Ukraine est-elle très difficile, mais l’atmosphère politique y est irrespirable et le nombre des assassinats de personnalités d’opposition réellement impressionnant.

Graphique 1

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Dans ces conditions, il ne faut pas s’étonner de ce que certains pays européens prennent petit à petit leurs distances vis-à-vis du régime de Kiev.

La position française a commencé à évoluer depuis ces derniers mois. Certes, cette évolution est moins spectaculaire que sur la Syrie, mais elle n’est pas moins importante. Non seulement on commence à reconnaître au Quai d’Orsay que la question ne peut se résumer en un affrontement entre « démocratie » et « dictature », mais on sent, à certaines déclarations, une réelle fatigue devant les positions du gouvernement de Kiev qui ne fait rien pour appliquer les accords de Minsk. On commence à regretter, mais sans doute trop tard, d’être entré dans une logique diplomatique dominée par les institutions de l’UE, qui donnent de fait un poids hors de toute proportion aux positions des polonais et des baltes sur ce dossier. Le sommet européen des 21-22 mai qui s’est tenu à Riga a, de fait, sonné le glas tant des espoirs ukrainiens que de ceux de certains pays boutefeux au sein de l’UE[12].

L’Allemagne, elle aussi, commence à évoluer sur cette question. Après avoir adopté une position hystériquement antirusse depuis des mois, elle semble avoir été prise à contre-pied par le changement de position des Etats-Unis. Très clairement, elle perçoit que si ces derniers réussissaient à faire porter le fardeau ukrainien à l’Union européenne, c’est l’Allemagne qui aurait le plus à perdre dans cette logique. Il est extrêmement intéressant de lire dans le compte rendu de la réunion de Riga que l’accord de Libre-Echange ou Deep and Comprehensive Free Trade Agreement (DCFTA) est désormais soumis dans son application à un accord trilatéral. Deux des parties étant évidents (l’UE et l’Ukraine) on ne peut que penser que la troisième partie est la Russie, ce qui revient à reconnaître les intérêts de ce dernier pays dans l’accord devant lier l’Ukraine à l’UE. En fait, on est revenu à la situation que les russes demandaient en 2012 et 2013, mais ceci après un an de guerre civile en Ukraine.

Il semble donc bien que seuls la Grande-Bretagne et les Etats-Unis continuent de soutenir une position agressive à l’égard de la Russie, alors que dans d’autres capitales c’est bien plutôt la lassitude devant la corruption, l’incompétence et le cynisme politique de Kiev qui domine. Telle est peut-être la principale chance pour un règlement de la crise ukrainienne dans les mois à venir.

[1] Katchanovski, I., “The Far Right in Ukraine during the “Euromaidan” and Beyond,” Paper presented at the Annual Conference of the Canadian Association of Slavists, Ottawa, 30 mai et 1er Juin, 2015.

[2] Wade, Robert H. (2015). “Reinterpreting the Ukraine Conflict: The Drive for Ethnic Subordination and Existential Enemies.” Challenge, 58 (4), 361-371.

[3] Hahn, Gordon M. (2015). “Violence, Coercion, and Escalation in Ukraine’s Maidan Revolution: Escalation Point 6 – The ‘Snipers’ of February,” http://gordonhahn.com/2015/05/08/violence-coercion-and-escalation-in-ukraines-maidan-revolution-escalation-point-6-the-snipers-of-february/ .

[4] Katchanovski I., « The « Sniper’s Massacre » on the Maidan in Ukraine »,

Paper prepared for presentation at the Annual Meeting of American Political Science Association in San Francisco, Septembre 3-6, 2015. Voir aussi du même auteur : The Maidan Massacre in Ukraine: A Summary of Analysis, Evidence, and Findings.” In Ukraine, the West, and Russia. Cold War Resumed? J.L. Black and Michael Johns (Eds.). Abingdon: Routledge (à paraître).

[5] Déclaration finale des 4 dirigeants : http://interfax.com/newsinf.asp?pg=3&id=571367

[6] IMF, IMF Statement on Discussions with Ukraine on the Second Review under the Extended Fund Facility Arrangement, 3 octobre 2015, Washington DC, https://www.imf.org/external/np/sec/pr/2015/pr15457.htm

[7] « Ukraine : Paris et Berlin doivent “faire pression” » in Le Figaro, 19 août 2015, http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2015/08/19/97001-20150819FILWWW00190-ukraine-paris-et-berlin-doivent-faire-pression.php

[8] http://www.bloomberg.com/news/articles/2015-09-15/the-central-bank-with-no-currency-no-interest-rates-but-atms

[9] Bershidsky L. « Ukraine is in Danger of Becoming a Failed State », in Bloomberg International http://www.bloombergview.com/articles/2015-11-06/unreformed-ukraine-is-self-destructing

[10] Kuzio T., « Money Still Rules Ukraine », Foreign Policy, 25 août 2015, https://foreignpolicy.com/2015/08/25/money-still-rules-ukraine-poroshenko-corruption/

[11] IFES survey, « Two Years after Maidan: », IFES, http://www.ifes.org/surveys/september-2015-public-opinion-survey-ukraine

[12] Voir la résolution finale, https://www.google.fr/search?client=safari&rls=en&q=joint+declaration+(http://www.consilium.europa.eu/en/meetings/internationalsummit/2015/05/Riga-Declaration-220515-Final_pdf/&ie=UTF-8&oe=UTF-8&gfe_rd=cr&ei=4QJzVdfFM9OkiAav1IFY

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Entrevue avec le président syrien Bachar al-Assad: Nous devons protéger notre pays des terroristes «soutenus par des puissances régionales et par l’Occident»

5 Décembre 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #La France, #AMERIQUE, #Europe supranationale, #La Russie, #L'OTAN., #Terrorisme, #Daesch, #La Turquie

Entrevue avec le président syrien Bachar al-Assad: Nous devons protéger notre pays des terroristes «soutenus par des puissances régionales et par l’Occident»

Vaincre le terrorisme éliminera les obstacles qui se dressent devant tout processus politique.

Assad TV tchèque

 

 

 

 

Entrevue accordée par le Président Bachar al-Assad à la télévision tchèque le 1er décembre 2015 [Texte intégral]

Question 1 : Permettez-moi de commencer par une question personnelle. Vous êtes médecin. En 2011, vous avez dit, et je vous cite, que vous avez choisi la chirurgie ophtalmologique, car c’est une spécialité qui se pratique rarement en situation d’urgence avec peu de saignement. Cette même année 2011, la guerre syrienne a éclaté ; le conflit le plus meurtrier dans le monde et une grande urgence. Quel est votre sentiment à ce sujet ?

Président al-Assad : Si vous cherchez à établir une relation entre ce travail –ou toute autre spécialité chirurgicale- et ce qui se passe en Syrie, ce serait en rapport avec l’intention. Vous avez toujours du sang en chirurgie, mais c’est pour sauver la vie du patient, non pour le tuer ; alors que le sang qui coule en Syrie est celui de Syriens tués par des terroristes. Notre travail en tant que gouvernement est de sauver leur vie par la destruction des terroristes. C’est le seul lien, en espérant avoir bien compris votre question.

Intervention : Oui, oui, je veux dire …

Président al-Assad : Donc, notre travail est de sauver des vies. Si le sang coule, c’est pour défendre notre pays. Nous utilisons notre armée pour défendre notre pays.

Question 2 : Mais 250.000 personnes [tuées], c’est inimaginable pour n’importe quel pays.

Président al-Assad : C’est le résultat de la présence d’un grand nombre de terroristes soutenus par des puissances régionales et par l’Occident. Il ne s’agit pas seulement de terroristes issus de l’intérieur de la Syrie, mais de terroristes venus de plus d’une centaine de pays à travers le monde. Ils ont voulu faire de la Syrie la plaque tournante du terrorisme et c’est ce qui se passe. Si nous n’avions pas défendu notre pays, ce nombre serait plusieurs fois supérieur.

Question 3 : Vous avez parlé de terrorisme. Il semble que des développements importants concernant la crise syrienne aient eu lieu ces derniers jours. À votre avis, laquelle des deux dates aura été la plus importante dans l’évolution de cette crise : le 30 Septembre et l’intervention russe ou le 13 Novembre et les attaques terroristes à Paris ?

Président al-Assad : Sur un plan pratique, la participation russe, ou ce qui a été annoncé comme un front de lutte contre le terrorisme est assurément l’événement le plus important, alors que sur le plan politique, ce qui s’est passé à Paris avait pour but d’apaiser les sentiments des Français et leur dire qu’ils allaient s’attaquer à l’EIIL [État Islamique e Irak et au Levant : Daech] différemment. Qu’est-ce que cela veut dire ? La France n’était donc pas sérieuse avant l’attaque contre Paris ? Ce qui s’est passé [à Paris] n’est donc pas une réponse sérieuse au terrorisme, alors que les Russes manifestent leur ferme détermination à le combattre et à coopérer, d’une certaine manière, avec l’armée syrienne.

Question 4 : Donc, vous pensez que l’intensification des attaques de la Coalition occidentale menée par les États-Unis n’est pas un secours ?

Président al-Assad : Si vous tenez compte des faits et non des opinions depuis les débuts de cette Coalition, l’EIIL s’est étendu et ses recrues de partout dans le monde ont augmenté. Alors que depuis la participation des Russes à cette même prétendue guerre [de la Coalition menée par les USA] contre le terrorisme, l’EIIL, Al-Nosra et bien sûr d’autres groupes terroristes ont rétréci. C’est la réalité. Les faits sont éloquents.

Question 5 : Militairement parlant, ne serait-ce pas tout simplement parce que l’armée de l’air russe pouvait travailler avec les Forces armées syriennes ?

Président al-Assad : C’est ce que je disais : parce qu’il y a eu coopération. Vous ne pouvez pas éliminer les terroristes et détruire le terrorisme par des interventions aériennes. Vous ne pouvez pas. C’est presque impossible. Depuis combien de temps les Américains ont-il tenté de le faire en Afghanistan ? Plus de 12 ou 13 ans. Ont-ils accompli quoi que ce soit ? Rien. Le terrorisme est toujours fort en Afghanistan. Vous ne pouvez donc pas. Vous avez besoin de la coopération des forces intérieures du pays ; la force majeure en Syrie étant l’armée syrienne et, bien sûr, le gouvernement.

Question 6 : Le président français tente de former une coalition plus large contre le terrorisme. Êtes-vous sceptique quant à ses efforts ?

Président al-Assad : Certainement. S’ils avaient voulu apprendre de ce qui est arrivé récemment à Paris, pourquoi n’ont-ils pas appris de [l’attentat contre] Charlie Hebdo ? À l’époque, nous avions dit que c’était la pointe de l’iceberg et que la partie immergée était beaucoup plus importante. Ensuite, vous ne pouvez pas lutter contre le terrorisme pendant que vous le soutenez directement en l’armant et en faisant alliance avec les plus zélés de ses partisans dans le monde ; c’est-à-dire, le royaume saoudien. Vous ne pouvez pas. C’est contradictoire. Vous ne pouvez pas être la police et le voleur en même temps. Vous devez choisir votre camp.

Question 7 : Mais je n’ai entendu parler d’aucun approvisionnement occidental en direction de l’EIIL ?

Président al-Assad : Vous en avez des exemples très clairs sur Internet. Des exemples concernant les Français et évidemment d’autres parties, mais l’exemple français existe. Comment un pays comme la France peut-il vendre de telles armes en ignorant leur destination finale ? Ce n’est pas possible. Ils le savent par le biais du royaume saoudien, du Qatar et peut-être d’autres pays. C’est certain.

Question 8 : Il y a eu un incident sur la frontière turque : le bombardier russe abattu [par la Turquie]. Pensez-vous que cet incident influera sur le résultat des efforts du président français pour la création d’une coalition élargie ? Pensez-vous qu’il pourrait compliquer les pourparlers de paix en Syrie ?

Président al-Assad : Je ne le pense pas, mais je pense que cet incident a démontré l’acharnement de M. Erdogan qui, disons-le, a perdu ses nerfs juste parce que l’intervention russe a modifié l’équilibre sur le terrain ; l’échec de M. Erdogan en Syrie et la défaite de ses groupes terroristes signifiant sa mort politique. Il a donc voulu tenter quelque chose pour faire obstacle à n’importe quelle solution. Il a agi, mais je ne pense pas que cela puisse modifier aucun équilibre. La guerre contre le terrorisme se poursuit. L’aide participative russe, qui était déjà forte, est en train de se renforcer. Je pense qu’il n’y aura aucun moyen de revenir là-dessus, qu’il [M. Erdogan] recommence à agir de la sorte ou autrement.

Question 9 : Le président américain a dit qu’il ne voulait pas répéter la même erreur en lançant une invasion terrestre sans réellement savoir qui va combler le vide. La plupart des candidats américains aux récentes élections déclarent qu’ils veulent plus que des bombardements [aériens]. Selon vous, quelle est l’approche la plus réaliste qui mènera à la défaite du groupe État islamique ?

Président al-Assad : En réalité, s’agissant du terrorisme en général et non seulement de l’EIIL, nous devons travailler sur plus d’un axe et trouver une solution à ses différents aspects ; une partie étant liée à son idéologie, une autre partie étant en rapport avec son économie du fait des coopérations et des prises de position politiques [en sa faveur], une dernière partie concernant la coopération sécuritaire et le combat direct. Étant donné la situation actuelle, il n’y a pas d’autre moyen de le combattre que directement. Mais ce n’est pas assez. Si vous voulez le combattre et le vaincre, il faut l’étouffer et couper ses approvisionnements en armes, en argent et en recrues qui viennent principalement à travers la Turquie, avec le soutien des Saoudiens et des Qataris ; ceci étant censé être l’étape préliminaire du combat au sol.

Maintenant, le problème est que nous combattons les terroristes mais que leurs approvisionnements sont illimités et incontrôlables de la part de plusieurs pays, notamment certains pays régionaux avec le soutien ou l’ignorance intentionnelle de certains pays occidentaux, pour être précis.

Question 10 : Vous avez dit que votre priorité est de combattre et de vaincre les terroristes avant la solution politique. Qu’entendez-vous par vaincre le terrorisme ? Qu’il n’y aurait plus de groupes armés de l’opposition en Syrie

Président al-Assad : Vous ne pouvez pas parler d’opposition politique alors qu’elle est armée, en sachant que dans votre pays vous en parleriez comme d’un mouvement strictement politique. Ensuite, une opposition politique possède nécessairement des racines profondes. Par conséquent, des rebelles ou des combattants, armés de fusils ou de n’importe quel armement, pour s’attaquer au peuple syrien ou à l’armée syrienne, détruire des propriétés publiques ou privées, etc., c’est du terrorisme. Il n’y a pas d’autre définition possible et nous refusons les termes qui les qualifient d’« opposition armée, opposition militaire ou opposition modérée ». Il ne s’agit pas d’opposition. Il s’agit de terrorisme.

Pour nous, l’opposition est un mouvement politique. Qu’il soit à l’extérieur ou à l’intérieur de la Syrie, n’a pas d’importance. Et, évidemment, son deuxième aspect est qu’elle elle est nécessairement patriote, non une opposition formatée en France, au Qatar, en Arabie saoudite, aux États-Unis ou au Royaume-Uni. C’est une opposition qui doit être syrienne, formée en Syrie. Nous avons une opposition politique en Syrie. Nous avons une véritable opposition syrienne. Quelle serait son importance ou sa force n’est pas le problème. Partant de là, vaincre le terrorisme éliminera les obstacles qui se dressent devant tout processus politique.

Actuellement, si vous vous mettiez d’accord sur toutes les étapes ou les procédures [d’un processus politique] avec n’importe quelle opposition syrienne de par le monde, que pourriez-vous accomplir ? Pourriez-vous mener de vraies élections ? Pourriez-vous assurer la stabilité avec ladite opposition ? Les terroristes ont leur propre monde, leurs propres objectifs, leur propre agenda et leur propre idéologie ; ce qui est totalement différent de la politique. Par conséquent, si vous voulez prendre des mesures concrètes, vous devez commencer par vaincre le terrorisme. Je ne dis pas qu’il faudrait lancer le processus politique après avoir définitivement vaincu le terrorisme, mais que vous devez le lancer à partir du moment où vous avez commencé à vaincre le terrorisme, car sa défaite sera une opération de longue haleine.

Question 11 : À ce stade, je vois un problème majeur, étant donné qu’à Vienne les discussions ont porté sur une opposition modérée et même sur les groupes armés, alors que vous dites : pas de négociation avec quiconque porterait des armes ?

Président al-Assad : Non, le processus politique a deux aspects : l’un d’eux est de traiter avec l’opposition politique, l’autre est de traiter avec ces groupes [armés]. En Syrie nous désignons ce deuxième aspect par « le processus de réconciliation » qui fait que nous accordons l’amnistie à ceux qui déposent leurs armes et retournent à une vie normale.

Intervention : À vos conditions ?

Président al-Assad : Non, il s’agit d’une amnistie avec reprise d’une vie normale. Dans ce cas, l’amnistie est totale sans aucune condamnation retenue contre vous. Vous êtes libre de mener votre vie, une vie normale, paisible, sans combat armé, sans terroriser les gens. En Syrie, ce processus de réconciliation a réussi plus que tout autre processus politique. Donc, nous nous ne refusons pas de négocier avec ces terroristes à partir du moment où ils acceptent de modifier leur comportement. En revanche, si vous parlez des ramifications de l’EIIL, d’Al-Nosra et d’Al-Qaïda, ils ne sont, de toute façon, pas prêts à déposer leurs armes ou à négocier avec le gouvernement. Ils refusent toute négociation, et nous de même. Leur idéologie est contre le gouvernement et contre l’ensemble du pays. Ils ne reconnaissent pas les frontières. Ils ne reconnaissent pas ceux qui sont différents d’eux. Il est donc difficile, voire impossible, d’envisager une quelconque réconciliation avec eux. La réconciliation, dont je parle, concerne les autres groupes qui terrorisent pour de l’argent, par peur ou pour toute autre raison, avec lesquels nous avons réussi à négocier.

Question 12 : En fait, cela nous ramène aux réunions de Vienne qui ont envisagé des pourparlers entre le gouvernement et les groupes d’opposition dans un délai d’environ un mois, c’est-à-dire d’ici la fin de cette année ?

Président al-Assad : Depuis le début de cette crise, nous avons dit que nous étions prêts à négocier avec quiconque. Maintenant, la question est de savoir à quoi nous aboutirons en négociant avec des groupes [d’opposants] qui ne sont pas représentatifs des Syriens et que nous savons liés aux Français ou à d’autres ; les Syriens étant conscients de cette réalité. En effet, nous ne sommes pas contre toute forme de coopération, de négociation ou de dialogue, ce dernier étant le plus précis en l’occurrence ; mais que pouvons-nous atteindre par un accord avec une opposition qui ne dispose pas de racines populaires ? C’est là une simple question. Nous pouvons négocier pendant des mois, mais en fin de compte qui pourra appliquer [cet accord] si ces opposants n’ont aucune influence sur les terroristes et aucune influence sur les Syriens. À quoi riment ces réunions ? Par principe nous ne disons pas non, nous disons oui ; mais, en réalité, nous ne pouvons pas compter là-dessus pour dire aux gens : voilà un espoir et voilà comment nous allons résoudre le problème.

Question 13 : Comment décririez-vous ce conflit ? Est-ce un conflit entre gouvernement et combattants de la liberté, entre chiites et sunnites, entre Arabes et Perses ? Est-ce un clash entre les grandes puissances ? Est-ce un combat entre un État laïc et des fanatiques religieux ? Qu’est-ce que c’est ?

Président al-Assad : Ce sont tous ces facteurs que vous avez mentionnés sans qu’aucun ne corresponde à la réalité. Je veux dire que si vous tenez compte du sentiment réel des Syriens, vous découvririez qu’il est faux de ramener le conflit au facteur sectaire, pour ne citer que cet exemple. C’est faux, parce que si vous vous rendez en Syrie dans les régions contrôlées par le gouvernement, vous verrez que toutes les composantes ethniques et religieuses de la société syrienne vivent ensemble. Cependant, comme toujours vous avez des fanatiques dont la haine sectaire a été aggravée par la rhétorique des Saoudiens et Qataris qu’ils écoutent.

En fait, il s’agit [d’un conflit] entre un gouvernement et des « rebelles » soutenus par différentes puissances régionales et internationales ayant, parfois, des motivations différentes mais toujours le même agenda. Ils veulent renverser le gouvernement et l’État syriens, changer le président ainsi que tout le système politique, sans en référer au peuple syrien.

Ceci est le vrai combat. Donc, les « rebelles » avec lesquels nous négocions n’ont pas cet agenda. En réalité, ils n’ont aucune revendication politique, ils n’aiment que l’argent et sont, pour la plupart d’entre eux, comparables à des mercenaires qui exécutent l’agenda d’autrui.

Et si la Russie semble soutenir le gouvernement syrien, c’est parce qu’en réalité elle soutient le droit international, sa propre stabilité et la stabilité de toute la région et du reste du monde. Quant aux États-Unis, ils œuvrent toujours pour leur propre hégémonie sur le monde entier et ne peuvent tolérer que la Syrie indépendante leur dise non !

Finalement, il s’agit d’un gouvernement soutenu par la majorité du peuple syrien, contre ces mercenaires soutenus par ces pays étrangers.

Question 14 : D’un point de vue plus personnel, il y a eu une évolution vraiment intéressante de votre perception par le public, particulièrement en Occident. Après avoir été considéré comme l’espoir de votre pays, vous êtes devenu le plus vilain des chefs de ce monde, et vous voici entrain de refaire partie de l’équation syrienne. Comment avez-vous vécu cette évolution ?

Président al-Assad : L’évolution de qui ?

Réponse : Votre évolution d’un espoir pour votre pays, vers …

Président al-Assad : Vous voulez dire avant la crise ?

Réponse : Oui, maintenant tout le monde compte de nouveau sur vous pour l’avenir de la Syrie.

Président al-Assad : Si vous parlez de la relation avec l’Occident. En 2005, j’étais le tueur ; en 2008, j’étais un artisan de la paix ; puis en 2011, je suis devenu le boucher ; et maintenant, il y a un changement positif, timide surement mais non explicite.

Question 15 : Comment le ressentez-vous personnellement ? Comment avez-vous vécu à travers cette évolution ?

Président al-Assad : Personnellement, cela ne m’influence pas pour une première raison qui fait que personne ne prend plus au sérieux les responsables occidentaux. Tout d’abord, ils ne sont plus crédibles. Deuxièmement, ils n’ont pas de vision et manquent de profondeur. Troisièmement, ils ne sont pas indépendants et suivent les ordres des Américains. Ils ne sont donc pas sérieux, la plupart des Européens étant actuellement en dehors de la voie. Par conséquent, nous tenons compte du maître. Et ce maître est aux États-Unis.

Cela ne m’influence pas et surtout pas en pleine guerre, car mon plus grand souci est ce que le peuple syrien veut et la façon dont il me considère. Je ne me soucie pas des autres. Quant aux fluctuations du comportement des Européens à l’égard de la Syrie ou de moi-même, elles passent par des hauts et des bas. Mais moi, je n’ai pas changé. Je suis resté le même depuis que je suis devenu président en 2000. C’est donc à eux qu’il faudrait demander pourquoi sont-ils si fluctuants, pas à moi.

Question 16 : Donc, votre message à l’Occident serait qu’il n y a pas eu de meurtres de civils au début de la guerre syrienne, ni de torture massive des opposants au régime ?

Président al-Assad : Supposons que ce soit vrai. Compte tenu de leur propagande, comment pourriez-vous expliquer le soutien populaire et le fait d’être resté à votre poste, alors que les pays les puissants et les plus riches sont contre vous, et que la population -que vous êtes censé tuer- est aussi contre vous ? Comment serait-ce possible ? Vous avez certes besoin de soutien, mais comment pourriez-vous avoir le soutien d’un peuple pendant que vous le tuez ? Pouvez-vous l’expliquer ? Non. Donc, ce n’est pas vrai.

Maintenant, si vous voulez parler des victimes, toute guerre est une mauvaise guerre, il n y a pas de bonne guerre même lorsqu’elle est menée pour une bonne cause. La guerre est mauvaise et vous devez l’éviter, mais quand vous ne le pouvez pas, la guerre tue et les armes tuent. Vous avez toujours des victimes et toutes les guerres de l’histoire ont fait des victimes innocentes. Quant à en avoir l’intention, comment tuer ceux dont vous voulez le soutien ?

Question 17 : Que ressentez-vous quand vous regardez les photos de centaines de milliers de vos compatriotes fuyant la Syrie vers l’Europe ?

Président al-Assad : Un sentiment d’autant plus triste que chacun de ces Syriens quitte la Syrie en laissant une triste histoire derrière lui. C’est une situation qui reflète les difficultés vécues par la Syrie pendant la crise. Et, même si nous regardions [cet exode] d’une façon strictement rationnelle, c’est une perte pour la Syrie car chacun de ces Syriens est une richesse humaine dont l’absence affaiblira certainement notre société. Il n’empêche que nous devons en traiter les causes.

Je pense que chaque Européen devrait se poser la question de savoir pourquoi ont-ils quitté ? [Ils l’ont fait] pour de nombreuses raisons : la première est que les terroristes les ont attaqués partout, directement ou indirectement, en s’en prenant à leurs besoins essentiels quotidiens, à leurs infrastructures, à leur mode de vie, etc. ; la deuxième est l’embargo européen dont les terroristes ont directement profité et lequel, contrairement à ce qu’ils prétendent, a nui au peuple syrien, comme c’est le cas de tout embargo décrété contre n’importe quel pays.

Intervention : Ils disent qu’en tant que chef, vous êtes responsable de leur échec.

Président al-Assad : Je ne les ai pas menés à cet échec. Je n’ai pas détruit leurs infrastructures, je n’ai pas livré des armes aux terroristes pour tuer et détruire. La question est : qui l’a fait ? Les Européens, les Saoudiens et les Qataris.

Question 18 : Que devrait faire l’Europe maintenant ? Doit-elle craindre ces personnes ou les aider ?

Président al-Assad : Cela dépend. Tout d’abord, une grande partie d’entre eux ne sont pas des Syriens. Concernant les Syriens, ils sont en majorité de bonnes personnes et des patriotes. Ceci dit, il y a bien sûr des terroristes qui se sont infiltrés parmi eux. Combien ? Nous ne pouvons pas le dire, car l’estimation est difficile. Mais c’est une réalité. Je pense que vous en avez certaines preuves sur Internet : des photos et des vidéos qui prouvent que certaines personnes ayant tué et parfois décapité [en Syrie], ont quitté pour l’Europe où ils se présentent comme des citoyens pacifiques.

Intervention : Mais de façon générale, l’Europe doit les aider ou en avoir peur ?

Président al-Assad : Cela dépendra de la façon dont l’Europe les traitera, car il s’agit non seulement de terrorisme, mais aussi de cultures. Même avant la crise et avant que ce flot de réfugiés ne se rende dans vos pays, le problème de l’Europe était de savoir comment intégrer ces cultures dans vos sociétés. Je pense que l’Europe a échoué, que ce soit à cause de la façon dont elle a géré le problème, que ce soit à cause de l’argent déversé par les institutions wahhabites pour distordre leur interprétation [de l’Islam]. Je parle des Musulmans d’Europe. Ceci a engendré plus de problèmes et d’extrémisme chez vous. Et alors que notre région était considérée comme l’exportatrice d’un certain terrorisme en Europe, voilà que c’est l’Europe qui exporte le terrorisme dans notre propre crise. Parlant de ces réfugiés, [les aider ou en avoir peur] dépendra donc de la manière dont vous gérerez la situation, mais je pense que leur intégration ne sera pas chose facile.

Question 19 : Comment vous voyez-vous dans ce conflit ? Vous avez dit que vos ennemis sont des terroristes, des fanatiques, des agents étrangers. Quelle est la chose la plus précieuse que vous essayez de protéger ?

Président al-Assad : Dans notre pays ?

Réponse : Oui.

Président al-Assad : La laïcité, parce que la Syrie est un creuset où se mélangent plusieurs ethnies et religions. La laïcité en Syrie est bien sûr différente de celle comprise par certains en Occident et, peut-être, en France. Elle n’est pas antireligieuse, et implique la liberté des religions, des confessions et des cultes. Sans cette laïcité, la Syrie telle qu’elle a été depuis des siècles n’existera plus. C’est donc la chose la plus précieuse que nous tentons de protéger.

La deuxième chose est la modération, issue justement de cette diversité vécue depuis des siècles. Sans cette modération, la tolérance naît de cette richesse incomparable de la société syrienne ne sera plus. Et c’est justement ce à quoi travaillent les terroristes actuellement. Ils essayent d’élever une nouvelle génération qui ne connaîtra rien de cette notion. Une génération de tueurs, de fanatiques et d’extrémistes qui n’acceptent pas l’autre. Ce sera un vrai danger en quelques années. Je ne parle pas des jeunes de vingt ans et plus, mais des plus jeunes encore. C’est le réel défi auquel nous devrons faire face.

Question 20 : Y a t-il quelque chose que vous ne feriez pas pour protéger ces valeurs que vous venez de mentionner ?

Président al-Assad : Non. Vous devez tout faire pour protéger votre pays. Vous ne pouvez pas le protéger si vous ne protégez pas la société et les principes et valeurs de cette société. Un pays n’est pas une terre et des frontières. Un pays est un peuple et une façon de penser.

Question 21: Si vous aviez la chance de pouvoir modifier l’une de vos décisions prise au cours des cinq dernières années, quelle serait-elle?

Président al-Assad : Nous avons cru en beaucoup de personnes auxquelles nous n’aurions pas dû accorder notre confiance. Voilà le plus gros problème, en Syrie et en dehors de la Syrie comme, par exemple, ce fut le cas avec Erdogan. Et durant ce conflit, nous avons découvert nombre de Syriens fanatiques ayant adopté l’idéologie extrémiste des Frères Musulmans ; certains parmi eux, appartenant à Al-Qaïda, portent aujourd’hui des armes et participent aux combats. C’est donc le principal problème. Maintenant, si nous parlons de stratégie, elle a toujours reposé sur deux piliers : premièrement, le dialogue ; deuxièmement, le combat contre le terrorisme. Ces deux piliers ne changeront pas. Jamais, nous ne les changerons.

Question 22 : [Vous ne changerez] même pas l’équilibre entre ces deux piliers ?

Président al-Assad : Vous ne pouvez pas parler d’équilibre, car vous avez une réalité qui change tous les jours. Donc, le dialogue doit se poursuivre jusqu’à son maximum, et la lutte contre le terrorisme doit continuer au maximum. Il faudrait une corrélation entre ces deux piliers et non un antagonisme, de sorte qu’il ne s’agit pas de chercher un équilibre mais d’aller, parallèlement, le plus loin possible dans ces deux directions.

Question 23 : Revenons un instant sur les relations avec la République tchèque qui a été l’un des rares pays à maintenir son ambassadeur en Syrie tout au long du conflit. Quelle importance accordez-vous à cela ?

Président al-Assad : C’est important pour plusieurs raisons. Tout d’abord, la relation avec la République tchèque n’était pas très chaleureuse avant la crise. En réalité, nous avions beaucoup de différents et nos relations étaient meilleures avec la plupart des autres pays européens. Mais, le fait est que lorsque ces pays européens ont adopté la propagande occidentale sur ce qui se passait en Syrie, votre pays a gardé une position équilibrée sur cette question. Cela ne signifie pas que vous soutenez le gouvernement syrien ou le président syrien. Cela signifie que vous jouez le rôle naturel que tout pays devrait jouer en maintenant ses relations même avec ses adversaires. Comment pouvez-vous jouer un rôle, comment pouvez-vous savoir ce qui se passe si vous coupez toute relation ? C’est un premier aspect.

Le deuxième aspect est que la République tchèque, un petit pays faisant partie de l’Union européenne a subi de fortes pressions de la part de nombreux pays occidentaux, y compris des États-Unis, pour l’amener à modifier sa position à l’égard de la Syrie, bien que le maintien d’une ambassade ouverte est, dans certains cas, purement symbolique. En dépit de cela, la République tchèque a voulu rester indépendante. Voilà ce qui nous manque dans le monde aujourd’hui. La plupart des pays ne sont pas indépendants, la plupart des fonctionnaires ne sont pas indépendants, en particulier en Occident. D’où le fait qu’un petit pays comme la République tchèque veuille rester indépendant mérite respect et lui a valu le respect des Syriens. Et finalement, que nous soyons d’accord ou pas avec ses prises de position, nous le respectons. Ce qui est très important pour nous c’est, disons-le, ce comportement d’Hommes d’État responsables.

Le troisième aspect est la cohérence de vos positions, puisque de nombreux gouvernements européens comprennent et reconnaissent aujourd’hui que vous aviez raison sur ce qui passait en Syrie, par le maintien de ce canal ouvert avec le gouvernement syrien. Je pense qu’ils ont désormais besoin de votre aide pour revenir dans la bonne voie, en particulier en ce qui concerne l’aspect politique.

Par conséquent, cette question revêt de nombreux aspects que nous pourrions résumer par une attitude équilibrée concernant la situation en Syrie.

Question 24 : Un autre aspect existe, étant donné que le président Zeman a évoqué la possibilité de signature d’un accord de paix en Syrie à Prague. Soutenez-vous cette idée ?

Président al-Assad : Bien sûr, nous soutenons tout effort en faveur d’une solution à la crise en Syrie, en particulier de la part d’un gouvernement crédible. Nous serons certainement très heureux de coopérer.

Question 25 : Mais quelle en serait la signification symbolique ? Je veux dire, qu’il y a les pourparlers de Genève, les pourparlers de Vienne. Un accord signé à Prague serait-il réaliste ?

Président al-Assad : Oui, bien sûr que ce serait réaliste. Si vous posiez la question au peuple syrien, il vous répondrait, par exemple, qu’il ne peut y avoir de conférence de paix en France, parce que la France soutient le terrorisme, soutient la guerre et ne soutient pas la paix. Mais si vous lui soumettiez l’idée de Prague, l’adhésion serait générale en raison de la position équilibrée de votre pays.

Question 26 : Le monde entier a vu ces images horribles après tout ce qui s’est passé en Syrie ces dernières années. Vos nuits en sont-elles agitées ? Faites-vous de mauvais rêves ?

Président al-Assad : Vous vivez avec cette tristesse quotidienne. Vous vivez avec la souffrance d’un peuple au quotidien. Chaque heure vous amène son lot de mauvaises nouvelles, de sorte que cela devient l’atmosphère que vous respirez. Mais en même temps, les Syriens ont le sentiment que c’est l’un des défis imposés par les circonstances, non seulement pour se battre ou se positionner politiquement, mais aussi pour continuer à vivre au quotidien. L’exemple le plus frappant est celui des familles des martyrs. Vous leur rendez visite, vous les regardez, ils ont une forte volonté et essayent de mener, autant que possible, une vie normale. Vous ne pouvez donc pas vous mettre dans cette bulle de tristesse. Vous devez continuer à leur donner de l’espoir, vous devrez être optimiste pour réussir à résoudre le problème et ramener la Syrie à sa normale.

Question 27 : Pour un homme dans votre position, y a t-il un espace pour les doutes ?

Président al-Assad : Des doutes à quel sujet ?

Réponse : Des doutes sur vos actes et les décisions que vous avez prises.

Président al-Assad : Vous voulez parler du passé ?

Réponse : Oui, je veux dire, si vous vous posiez des questions…

Président al-Assad : Bien sûr que vous avez à vous interroger tous les jours. Et concernant les détails, certains vous reviennent toujours à l’esprit en vous posant la question de savoir si vous auriez pu mieux faire, étant donné que vous n’avez peut-être pas absolument tort ou absolument raison. Dans quel pourcentage ? C’est quelque chose de subjectif et vous changez d’avis sur tout et tous les jours. Cela dépend de la situation, d’autant plus que les facteurs sont liés les uns aux autres. Par conséquent, assurer l’équilibre entre toutes les actions que vous menez n’est pas chose facile et vous ne cessez de réviser et de modifier ; quoique je pense qu’une évaluation vraie et objective ne pourra se faire qu’après la fin de la crise, car il est difficile de tirer des conclusions sur le tout en plein milieu d’une guerre. Je crois donc que ce n’est qu’après la crise que nous pourrons dire exactement où nous nous sommes trompés. Nous faisons certainement des erreurs comme les autres êtres humains.

Question 28 : Où voyez-vous la Syrie dans dix ans ?

Président al-Assad : En dix ans, la seule option que nous ayons est de vaincre le terrorisme. Il n’y pas moyen de faire autrement pour maintenir notre société laïque et ses différentes composantes, et réaliser les réformes voulues par les Syriens quant à leur système politique et à leur avenir. Comme je vous l’ai déjà dit, je pense que la chose la plus importante est le maintien de la laïcité, suivie d’une meilleure intégration des Syriens qu’avant la crise, bien que c’était déjà le cas ; des courants contraires existant dans toutes les sociétés. Voilà comment je vois et espère réaliser sa prospérité.

Question 29 : Où vous voyez-vous, vous-même, dans dix ans ? Pouvez-vous imaginer votre vie à l’extérieur du bureau présidentiel et peut-être en dehors de la Syrie ?

Président al-Assad : Pour être franc, je ne me suis jamais soucié à ce sujet et je ne m’en soucierai pas plus demain qu’aujourd’hui. Je n’ai jamais pensé à cela, même avant de devenir président. Je pense à ce que veulent les Syriens. Maintenant et en plein milieu d’une guerre, je ne vais pas annoncer mon départ pour quelque raison que ce soit, à moins que le peuple veuille que je parte. En cas de guerre, vous avez à faire votre travail afin de protéger votre pays ; sinon, vous êtes un traître. Ce qui n’est acceptable ni pour moi, ni pour les Syriens. Quand il y aura des élections, le peuple syrien en décidera. S’il veut de moi, je serai heureux de le représenter. S’il ne veut pas de moi, je serai heureux de partir. Cela ne me pose aucun problème.

Question 30 : Tout au long des cinq dernières années, Des discussions ont porté sur votre destitution. Parfois, il a semblé qu’il ne restait plus qu’à en fixer la date. Pourtant, cinq ans sont passés et vous êtes toujours là. Qu’avez-vous que les dirigeants de l’Égypte, de la Tunisie et de la Libye, n’avaient pas?

Président al-Assad : Le soutien populaire. Si vous ne disposez pas d’un tel soutien, vous ne pouvez pas réussir, vous échouerez. Les présidents que vous avez mentionnés, ne bénéficiaient pas de ce soutien, alors qu’au tout début ils avaient le soutien de l’Occident ; lequel, partant de ce déficit populaire, leur a imposé de partir quand il a changé d’avis. C’est la seule chose qui fait que je suis encore à mon poste, rien d’autre.

Question 31 : Alors, peut-être que vous occuperez la place du dernier survivant dans l’histoire ?

Président al-Assad : Pas le survivant, car depuis le début j’ai été très honnête avec les Syriens. Ensuite, il est très important que les gens sachent qu’ils se battent pour leur pays et que vous vous battez avec eux. Ce n’est pas ma guerre à moi. Ils ne se battent pas pour moi et pour que je reste président, comme je ne me bats pas pour cela. C’est quelque chose qu’ils savent très bien ; sinon, vous ne verriez pas autant de personnes se battre et sacrifier leur vie.

Question 32 : La dernière question et la plus difficile : quand est-ce qu’il y aura la paix en Syrie ?

Président al-Assad : Lorsque les pays que j’ai déjà cités, la France, le Royaume Uni, les États-Unis, l’Arabie Saoudite, le Qatar et quelques autres, cesseront de soutenir les terroristes. Dès le lendemain, la situation sera meilleure et quelques mois plus tard, la paix règnera certainement sur toute la Syrie.

Question 33 : Sans aucune limite de temps ?

Président al-Assad : Je vous l’ai dit : dans quelques mois, s’ils arrêtent [de soutenir le terrorisme]. Sinon, il est difficile d’estimer ce délai car il dépendra des obstacles qu’ils mettront en œuvre. Mais en dépit de ces obstacles, nous allons gagner.

Question 34 : Vous êtes optimiste à ce sujet ?

Président al-Assad : Bien sûr; autrement, nous ne combattrions pas. Si, nous n’avions pas cet espoir, nous n’aurions pas combattu tout au long de cette guerre.

Conclusion : Merci beaucoup, Monsieur le Président.

Président al-Assad : Je vous remercie de votre visite.

Dr Bachar al-Assad

Président de la République arabe syrienne

01/12/2015

Traduction de l’anglais par Mouna Alno-Nakhal pour Mondialisation.ca

Sources :

Vidéo : You Tube / Présidence syrienne

https://www.youtube.com/watch?v=hxKCxugZqdQ&feature=youtu.be

Texte original en anglais : SANA [Syrian Arab News Agency]

http://sana.sy/en/?p=63209

La source originale de cet article est sana.sy

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(Reportage photo) La guerre du Donbass. La vie en première ligne.

5 Décembre 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Ukraine, #La République, #La France, #La mondialisation, #La Russie, #L'OTAN., #Europe supranationale, #AMERIQUE, #le nazisme, #Terrorisme

(Reportage photo) La guerre du Donbass. La vie en première ligne.

(Reportage photo) La guerre du Donbass. La vie en première ligne.

(Reportage photo) La guerre du Donbass. La vie en première ligne.

Lors de son voyage à Donetsk, l’avocat français Damien Viguier est allé à la rencontre des populations civiles, premières victimes de cette guerre criminelle. Il a été accueilli par le maire du district Kouïbychevski Ivan Prikhodko qui l’a amené visiter les bourgs 2e Plochtchadka et Vesseloïe, tous les deux situés pratiquement sur la ligne de contact avec l’armée ukrainienne. Monsieur le maire à raconté au juriste que malgré ce que prévoient les accords de Minsk, le cessez-le-feu n’a été respecté par les forces du régime kiévien que durant une très courte période du 1er septembre au 25 octobre 2015. Et qu’en dehors de cette brève trêve, les obus continuent de tomber sur les deux agglomérations qui se trouvent à peine à 500 mètres ou un kilomètre tout au plus de la ligne du contact.

« Le monde doit savoir que l’armée ukrainienne combat des civiles. L’armée de la République, elle aussi, est faite à 90% des anciens civiles et le reste encore aujourd’hui. Et les 10% restants représentent des volontaires de différents pays dont la Russie. Le 11 mai 2014 la fédéralisation de l’Ukraine a été votée ici au referendum, mais nous n’avons pas été entendus. Ainsi, dès le 26 mai les avions ont été envoyés pour larguer les bombes sur nos femmes, nos enfants et nos vieillards. », – a dit Ivan Prikhodko au maître Viguier.

Des 13 mille maisons du district Kouïbychevski, les obus de l’armée ukrainienne ont détruit 5 mille, 9 mille appartements ont été dévastés. Sans parler des infrastructures, des écoles, des hôpitaux, des chauderies. Il devient vitale de pouvoir assurer aux civiles des conditions de vie décentes en leur fournissant de l’eau potable, de l’électricité et, à l’approche de l’hiver du chauffage.

Tous les jours, monsieur le maire au volant de son 4×4 fait le tour des agglomérations de son district pour y apporter du pain et distribuer des produits alimentaires venant de l’aide humanitaire qui arrive par les fameux camions blancs russes. Ce qui permet à ceux qui n’ont pas pu partir de survivre. Maître Viguier a souhaité reverser le reliquat de l’argent des dons collectés pour financer son voyage aux populations en détresse. Ainsi, des médicaments de première nécessité ont été achetés et distribués aux habitants de Vesseloïe.

Au moment où l’avocat français échangeait avec les gens, les grognements se sont fait entendre. Les coups devenaient des plus en plus forts et rapprochés.

« Ils vaut mieux qu’on aille se mettre à l’abri dans des caves. Quant à vous, partez vite. Les obus peuvent tomber ici à tout moment ».

Svetlana Kissileva

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Syrie - "Daesh - Autopsie d'un monstre" - Révélations incroyables sur France Inter !

4 Décembre 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #La République, #La nation ., #La Russie, #Politique étrangère, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #AMERIQUE, #Daesch, #Terrorisme

Ajoutée le 27 nov. 2015

Il y a quelques semaines, nous aurions du aller chercher de telles informations sur les chaînes russes, pour se faire alors dénigrer. Et pourtant, après une catastrophe parfois tout change! Du moins c'est l'impression qu'on peut avoir aujourd'hui...

Tout en parlant "d'erreurs" pour rester correct, les révélations faites lors de cette émission sur France Inter sont stupéfiantes! C'est à croire que, paradoxalement, c'est sous l'état d'urgence que les médias se libèrent... ou que le gouvernement nous prépare un 180 degrés géopolitique...

Pour les plus curieux, l'émission complète et sa retranscription pour apprendre aussi les raisons bassement économiques du soutien de la défunte ligue "démocratique anti-Assad": http://www.les-crises.fr/france-inter... .

Encore un effort les gars, il reste encore l'Ukraine! (S. Gobert à virer?)
http://www.youtube.com/playlist?list=... .
http://sans-langue-de-bois.eklablog.f...

Autres vidéos sur la Syrie:

Syrie - Quand l'entêtement devient un crime:
http://www.youtube.com/watch?v=huCDdl...

Syrie - "Opposition modérée" - Après les attentats de Paris ça vous concerne:
http://www.youtube.com/watch?v=puP7nK...

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La Turquie va-t-elle fermer ou supprimer sa frontière avec la Syrie ?

3 Décembre 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #La République, #La Russie, #La France, #Europe supranationale, #AMERIQUE, #Israël - palestine - Moyen-Orient, #Daesch, #Terrorisme

La Turquie va-t-elle fermer ou supprimer sa frontière avec la Syrie ?


Moon of Alabama
Moon of Alabama

Le 28 novembre 2015 – Source Moon of Alabama

Il y a de nouveaux développements inquiétants sur le terrain aux abords de la Syrie. Lavrov, le ministre russe des Affaires étrangères, a déclaré hier que la Russie était prête à fermer la frontière turco-syrienne 

 

Lavrov a rappelé que le président français, François Hollande, avait déjà proposé de prendre des mesures spécifiques pour fermer la frontière turco-syrienne.

« Cette proposition a notre entier soutien. Nous sommes tout à fait prêts à collaborer à des mesures concrètes, en liaison avec le gouvernement syrien, » a-t-il dit. « Nous sommes convaincus que la fermeture de la frontière, nous faciliterait grandement la tâche d’éradiquer le terrorisme sur le territoire syrien.»

Afficher l'image d'origineLa Russie prend toutes les mesures nécessaires pour y parvenir. Six ou sept zones de regroupement de camions citernes situées près des postes-frontières au nord d’Alep ont été bombardées, ces derniers jours. Les chauffeurs et les propriétaires des camions vont maintenant y réfléchir à deux fois avant d’entamer le voyage transfrontalier. A Lattaquié, l’armée syrienne et ses alliés repoussent les mercenaires « turkmènes » de la Turquie de l’autre côté de la frontière, en Turquie. Des forces kurdes de l’Est soutenues par l’aviation russe progressent vers le corridor d’Alep, le long de la frontière.

Le lendemain de la déclaration de Lavrov, les États-Unis annoncent tout à coup qu’eux aussi pressent la Turquie de fermer sa frontière. Mais cette annonce est peut être fausse :

L’administration Obama presse la Turquie de déployer des milliers de soldats supplémentaires le long de sa frontière avec la Syrie pour boucler une bande de terre de 100 km le long de la frontière qui, selon les responsables américains, est utilisée par État islamique pour faire entrer et sortir des combattants étrangers de la zone de guerre.

Les États-Unis n’ont pas officiellement précisé le nombre de soldats nécessaires. Les officiels du Pentagone estiment qu’il en faudrait au moins 30 000 pour fermer la frontière du côté turc, pour une plus large opération humanitaire. Rien que pour boucler une seule section de ce tronçon il en faudrait 10 000 ou plus, selon un officiel.

On ne sait pas comment la Turquie va réagir à la déclaration des États-Unis.

Nous ne savons pas si les États-Unis parlent sérieusement. Nous savons que les États-Unis sont complices du trafic de pétrole de l’État islamique avec la Turquie et qu’ils gèrent les transferts d’armes aux rebelles « modérés » à travers la frontière turco-syrienne. Je doute que leur attitude sur ces deux questions ait changé.

Mais la Turquie déplace des troupes vers la frontière :

La Turquie a déployé des chars, des véhicules blindés supplémentaires et d’autres armes le long de sa frontière avec la Syrie, samedi, après qu’un jet militaire russe a été descendu par les Forces armées turques, ce qui a accru les tensions entre les deux pays.

Un convoi de camions militaires, venant de provinces turques occidentales a apporté, en les remorquant, des véhicules blindés et 20 chars à la 5e division blindée, dans la province frontalière de Gaziantep.

La veille, un autre groupe de chars a été déployé le long de la frontière turque avec la Syrie.

Afficher l'image d'origine

Les tanks ne sont pas très utiles pour fermer les frontières. Cela nécessite de l’infanterie, et beaucoup. Mais les tanks sont très efficaces pour combattre les forces d’un autre État. On a aussi entendu dire que la Turquie avait déployé un système de brouillage électronique ASELSAN Koral à la frontière. Cela pourrait sans doute brouiller la défense aérienne russe en Syrie ou pourrait aveugler les avions de chasse russes. Un tel système a été utilisé pour aveugler électroniquement l’armée syrienne et désactiver ses radios lorsque les « modérés » sont arrivés en trombe de Turquie et ont conquis Idleb, plus tôt cette l’année.

Personnellement, je crois que les déploiements turques actuels sont offensifs, ça ne ressemble pas à des préparatifs pour fermer une frontière.

La Syrie affirme que les livraisons d’armes turques aux rebelles ont augmenté et qu’on a tiré sur ses soldats depuis le territoire turc :

« Nous avons des informations indiquant que le gouvernement turc a récemment accru son soutien aux terroristes et augmenté ses livraisons d’armes, de munitions et d’équipement nécessaires à la poursuite de leurs actes criminels », a déclaré l’armée dans un communiqué. …

Le commandement de l’armée syrienne affirme aussi que des armes ont été livrées dans des cargaisons que la Turquie prétend être de l’aide humanitaire. Il précise également que les armes ont été fournies en échange d’antiquités syriennes et irakiennes pillées et de pétrole vendu à bas prix. …

Selon le communiqué syrien, la Turquie a également tiré un certain nombre d’obus de mortier vers des positions de l’armée syrienne, vendredi soir, depuis l’autre côté de la frontière avec la province de Lattaquié au nord-ouest de la Syrie.

Il se peut que la Turquie cesse d’attaquer la Syrie et ferme vraiment sa frontière. La fourniture d’armes aux « modérés » diminuerait alors sensiblement. Si la Turquie se contente d’attendre sans rien faire, la Russie fera ce qu’elle a déjà commencé à faire. Elle bombardera tous les camions citernes et tous les véhicules qui traverseront la Syrie.

Mais peut-être que la Turquie va vouloir l’en empêcher et qu’elle va essayer de faire peur à la Russie pour l’éloigner de la frontière et envahir la Syrie pour créer une « zone de sécurité» et attaquer Alep et d’autres villes syriennes à partir de là. C’est une mauvaise idée. Cela ne marchera pas, l’issue en sera sanglante et cela dégénérera sans doute en une plus grande guerre. On se demande si Obama va donner le feu vert à ce projet-là et s’il est en train de promettre son soutien au «modéré» Erdogan.

PS: Voilà peut-être un bon livre: La sale guerre contre la Syrie

Traduit par Dominique Muselet

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