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Le blog de Lucien PONS

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Zbigniew Brzezinski: décès d’un gestionnaire de crise pas très doué. Le site InvestigAction

4 Juin 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Europe supranationale, #AMERIQUE, #L'OTAN.

Zbigniew Brzezinski: décès d’un gestionnaire de crise pas très doué. Le site InvestigAction

Zbigniew Brzezinski: décès d’un gestionnaire de crise pas très doué

Zbigniew Brzezinski est décédé le 26 mai à l’âge de 89 ans. Éminence grise de la Maison-Blanche, il était considéré comme l’un des stratèges les plus influents des Etats-Unis au cours des dernières décennies. Conseiller à la sécurité nationale du président Carter entre 1977 et 1981, il avait eu l’idée de soutenir des combattants islamistes en Afghanistan pour piéger l’Union soviétique. Cette opération allait donner naissance à Al-Qaida…

 

Dans Je suis ou je ne suis pas Charlie[1], Michel Collon rappelle le contexte de cette opération:

 

C’est en 1978 que les États -Unis ont véritablement donné le coup d’envoi de leur stratégie du terrorisme islamiste. En Afghanistan, une révolution vient d’amener au pouvoir le gouvernement Taraki d’inspiration socialiste. Le pays connaît alors sa meilleure période : le gouvernement Taraki instaure un Etat laïc ; les femmes acquièrent l’égalité des droits, les mariages d’enfants et les dots féodales sont supprimés, les syndicats sont légalisés, on construit des routes, des centaines d’écoles et des hôpitaux. Le gouvernement lance un programme d’alphabétisation et aide les petits paysans. « La campagne a changé davantage en vingt ans qu’en deux siècles » , constate le politologue britannique Fred Halliday. Tout ceci heurte évidemment les intérêts des féodaux afghans et les mollahs dont les sermons prêchaient « Seul Allah peut donner la terre » mais qui possédaient eux-mêmes des terres immenses.

 

Tout ceci est insupportable aussi pour les « maîtres du monde » , d’autant plus que ce pays se rapproche de l’Union soviétique . Les États-Unis vont donc s’associer à l’Arabie Saoudite pour fournir quantités d’armes, d’entraînement et Riyad que les fondamentalistes se sont transformés en une force sociale régionale, ouvrant la voie aux talibans et puis à A l-Qaïda. Cela a l’avantage d’attirer en réaction l’armée soviétique dans le bourbier afghan , comme le voulait Brzezinski, conseiller du président Carter. Et aussi de détourner les jeunes Arabes combatifs du champ de bataille principal : la Palestine occupée, à un moment où l’Organisation de Libération de la Palestine menait encore ses combats avec la participation de combattants internationalistes.

 

« Ces gentlemen… », disait Ronald Reagan

 

À l’époque, les moudjahidines afghans sont appelés « combattants de la liberté » par les États -Unis et les médias. Mais ils ont une curieuse conception de la liberté et des droits de l’homme. Une de leurs méthodes favorites est de torturer leurs victimes, de leur couper le nez et les oreilles, ainsi que les parties génitales, et ensuite d’enlever une fine couche de peau, l’une après l’autre pour provoquer une mort très lente. Malgré des rapports très documentés sur ces atrocités, le président US Ronald Reagan invita un de ces groupes à la Maison-Blanche en 1985 et les présenta ainsi aux médias : « Ces gentlemen sont les équivalents moraux des pères fondateurs de l’Amérique ». Supposons qu’ils aient agi ainsi envers des soldats US ?

 

Où donc la CIA a-t-elle trouvé les forces pour renverser le gouvernement qui avait reçu un grand soutien populaire ? L’Arabie saoudite et le Pakistan ont recruté environ trente-cinq mille moudjahidines venus individuellement de quarante pays différents. Même après le retrait de l’armée soviétique, il fallut trois ans aux terroristes pour renverser le gouvernement progressiste afghan. Et ensuite les talibans renversèrent les moudjahidines détestés par la population, instaurèrent eux-mêmes un régime rétrograde et cruel, et furent néanmoins soutenus jusqu’en 2000 par Washington.

 

Avec l’aide de l’Arabie saoudite, Brzezinski va donc donner naissance à Al-Qaida. Sur le front afghan, contre les Soviétiques, il côtoie un certain Oussama Ben Laden. A l’époque, ce dernier combat les ennemis des Etats-Unis. Un bon gars! Mais quand le milliardaire saoudien fonde sa propre organisation terroriste et commence à attaquer les intérêts US, Brzezinski ne montre pas la pointe d’un regret. Dans une célèbre interview accordée au Nouvel Observateur[2], l’ancien conseiller de Carter minimise le problème. C’était quelques années avant les attentats du 11 septembre…

 

Le Nouvel Observateur. — L’ancien directeur de la CIA Robert Gates l’affirme dans ses Mémoires : les services secrets américains ont commencé à aider les moudjahidine s afghans six mois avant l’intervention soviétique. À l’époque, vous étiez le conseiller du président Carter pour les affaires de sécurité ; vous avez donc joué un rôle clé dans cette affaire. Vous confirmez ?

Zbigniew Brzezinski  — Oui. Selon la version officielle de l’histoire, l’aide de la CIA aux moudjahidines a débuté courant 1980, c’est-à-dire après que l’armée soviétique eut envahi l’Afghanistan, le 24 décembre 1979. Mais la réalité, gardée secrète jusqu’à présent, est tout autre : c’est en effet le 3 juillet 1979 que le président Carter a signé la première directive sur l’assistance clandestine aux opposants du régime prosoviétique de Kaboul. Et ce jour-là, j’ai écrit une note au président dans laquelle je lui expliquais qu’à mon avis cette aide allait entraîner une intervention militaire des Soviétiques. (…)

Le Nouvel Observateur — Lorsque les Soviétiques ont justifié leur intervention en affirmant qu’ils entendaient lutter contre une ingérence secrète des États-Unis en Afghanistan, personne ne les a crus. Pourtant, il y avait un fond de vérité… Vous ne regrettez rien aujourd’hui ?

Brzezinski. — Regretter quoi ? Cette opération secrète était une excellente idée. Elle a eu pour effet d’attirer les Russes dans le piège afghan et vous voulez que je le regrette ? Le jour où les Soviétiques ont officiellement franchi la frontière, j’ai écrit au président Carter, en substance : “Nous avons maintenant l’occasion de donner à l’URSS sa guerre du Vietnam.” De fait, Moscou a dû mener pendant presque dix ans une guerre insupportable pour le régime, un conflit qui a entraîné la démoralisation et finalement l’éclatement de l’empire soviétique.

Le Nouvel Observateur — Vous ne regrettez pas non plus d’avoir favorisé l’intégrisme islamiste, d’avoir donné des armes, des conseils à de futurs terroristes ?

Brzezinski. — Qu’est-ce qui est le plus important au regard de l’histoire du monde ? Les talibans ou la chute de l’empire soviétique ? Quelques excités islamistes ou la libération de l’Europe centrale et la fin de la guerre froide ?

 

Brzezinski livrait ces confidences triomphalistes en 1998. Sans doute n’aurait-il pas fanfaronné de la sorte après l’effondrement des tours du World Trade Center. D’autant plus que le « grand stratège » ne laisse pas un héritage fort glorieux à son pays d’adoption. Les intellectuels en vue comme Brzezinski ont développé toutes sortes de théorie sur la puissance des Etats-Unis après l’effondrement du bloc soviétique. Washington devait dominer le monde. Mais c’est un pays en crise que le stratège a quitté pour toujours le 26 mai 2017. Dans Le monde selon Trump[3], Mohamed Hassan relativise l’apport des théories de Brzezinski et Kissinger. Notre spécialiste n’hésite pas à parler de charlatans:

 

Kissinger et Brzezinski ne sont pas des idéologues. Ce sont surtout des tacticiens qui ont développé toutes sortes d’idées pour maintenir la domination des Etats-Unis sur le monde. En fait, ils ont gagné à la loterie avec la chute de l’Union soviétique. L’URSS s’est effondrée à cause de ses contradictions internes. Mais des personnes comme Kissinger et Brzezinski en ont tiré profit. Ils ont écrit des livres et développé des théories qui bénéficiaient d’un contexte favorable : les Etats-Unis étaient la seule superpuissance. Or, pour juger de la valeur d’une théorie, il faut pouvoir la confronter. Si vous jouez au foot et que vous êtes seul sur le terrain, évidemment, vous allez gagner !

 

Pour moi, Kissinger et Brzezinski sont des charlatans. Ils sont le produit du déclin des Etats-Unis. Ce sont des gestionnaires de crise, pas très doués. Non seulement ils n’ont pas pu mettre à profit la chute de l’Union soviétique, mais ils tentent depuis des années de rebondir de crise en crise, tout en aggravant la situation. Il y a eu l’explosion de la bulle Internet en 2000, puis les attentats du 11 septembre et la guerre d’Afghanistan. Ensuite la guerre d’Irak. Puis la crise économique de 2008. Enfin, le conflit en Syrie… Les Etats-Unis apparaissent comme une grande pyramide de Ponzi prête à s’effondrer. Les charlatans comme Kissinger et Brzezinski essaient de freiner la chute, mais chaque solution aggrave le problème.

Notes:

[1] Michel Collon, Je suis ou je ne suis pas Charlie, Investig’Action, 2011

[2] Le Nouvel Observateur, 15 janvier 1998

[3] Michel Collon et Grégoire Lalieu, Le monde selon Trump, Investig’Action, 2017

 

Source: Investig’Action

http://www.investigaction.net/zbigniew-brzezinski-deces-dun-gestionnaire-de-crise-pas-tres-doue/#sthash.0vweTL7N.dpuf

 

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Écraser le Général Flynn, par Robert Parry

4 Juin 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La mondialisation, #La Russie, #Terrorisme, #Le fascisme

Source : Consortium News, le 08-05-2017

Le 8 mai 2017

Exclusif : Bien qu’aucune preuve n’ait été actuellement présentée, deux fonctionnaires de l’ancienne administration Obama ont détruit la réputation du lieutenant général à la retraite Michael Flynn, le peignant comme un menteur et un traître potentiel, rapporte Robert Parry

Par Robert Parry

Il ne s’agit pas de défendre le jugement douteux du lieutenant général à la retraite Michael Flynn, mais plutôt de montrer que cette situation est un exemple préoccupant de la façon dont la surveillance électronique et l’ application d’une loi politisée peut, dans le nouveau maccarthysme ambiant, détruire la vie d’un citoyen américain.

Le lieutenant général à la retraite de l’armée américaine Michael Flynn lors d’un rassemblement de campagne pour Donald Trump au Phoenix Convention Center à Phœnix, Arizona le 26 octobre 2016 (Flickr Gage Skidmore)

Lundi, les témoignages de l’ancienne procureure générale Sally Yates et de l’ancien directeur des renseignements nationaux James Clapper n’ont pu apporter la preuve d’une faute de Flynn – les faits étant « classifiés » – néanmoins tout deux ont détruit sa réputation, le dépeignant à la fois comme un menteur et un traître potentiel.

Que les Sénateurs démocrates, en particulier, n’aient rien vu de troublant dans cette diffamation de l’ancien directeur de l’Agence de Renseignement de la Défense, et brièvement conseiller pour la sécurité nationale du Président Trump, est en soi dérangeant. Les Républicains furent un peu plus sceptiques, mais personne, semble-t-il, ne voulait être accusé de mollesse envers la Russie.

Ainsi, personne n’a montré le moindre scepticisme envers la curieuse allégation de Yates sur les supposés mensonges de Flynn au vice-président Mike Pence, sur des détails d’un appel téléphonique à l’ambassadeur russe Sergey Kislyak, qui aurait pu exposer Flynn à un chantage des Russes, sa principale explication pour sa précipitation à avertir la Maison-Blanche de ce soit-disant grave danger .

Yates a eu également des mots inquiétants sur une information « sous-jacente » qui soulevait d’autres questions sur le patriotisme de Flynn, mais cette preuve, étant également classifiée, n’a pas pu être partagée avec le peuple américain, le laissant imaginer la profondeur de la perfidie de Flynn.

Malgré la faiblesse des accusations de Yates – faisant écho au sénateur Joe McCarthy et à ses listes secrètes de communistes qu’il ne dévoilerait pas – les principaux médias américains ont accordé à Sally Yates un statut d’héroïne sans la moindre crainte qu’elle aurait pu exagérer la très improbable possibilité de chantage des Russes sur Flynn.

Elle supposait que, puisque le compte-rendu du vice-président Mike Pence sur la conversation Kislyak-Flynn différait en quelques détails de ce qui avait été réellement dit, les Russes se serviraient de cet différence pour contraindre Flynn à se soumettre à leurs demandes.

Mais ce qui n’a vraiment aucun sens, en partie, parce que même si les Russes avaient relevé cette différence, ils auraient bien entendu supposé que les Renseignements américains avaient leur propre transcription de la conversation, et donc il n’y aurait pas de base pour un chantage.

La prétendue alerte de Yates pourrait constituer un bon roman d’espionnage, mais elle a peu ou pas de base dans le monde réel. Mais il est difficile pour les Américains d’évaluer ses affirmations puisque tous les faits clés sont classifiés.

L’ignorance fait la Force

Le public ne sait même pas ce que se sont dit Kislyak et Flynn le 29 décembre 2016, lorsque Kislyak a appelé Flynn, qui était en vacances en République Dominicaine. Les deux ont apparemment discuté de la dégradation des relations entre les États-Unis et la Russie, alors que le président Obama venait d’imposer de nouvelles sanctions à la Russie, mais on ignore si la référence aux sanctions avait quelque chose de spécifique.

Sergey Kislyak, ambassadeur de Russie aux États-Unis (Photo de l’Ambassade de Russie)

Les détails sont importants ici, tout comme le fait que Flynn aurait bien pu ne pas se rappeler tous les détails parce qu’il n’était pas à son bureau et qu’il n’avait pas de soutien de son personnel pour prendre des notes ou enregistrer. Pour ce que nous en savons, Flynn était en maillot de bain, une Pina Colada à la main.

Ainsi, l’hypothèse selon laquelle Flynn mentait intentionnellement quand il a plus tard informé Pence et d’autres collègues est tirée par les cheveux. Pourtant, il a été reconnu coupable au tribunal de l’opinion publique sans que les preuves soient présentées ou sans lui laisser une chance sérieuse de se défendre.

Les motivations de Yates pourraient également mériter un examen. Son comportement semble celui d’une procureure partisane qui aurait probablement été en bonne place pour un poste de haut niveau sous une présidence Clinton. Cela influencerait-il son empressement à tordre les faits pour détruire Flynn et blesser le patron de Flynn ?

Après tout, le climat à l’intérieur de l’administration Obama dans ses derniers jours était de faire tout son possible pour renforcer la « résistance » à l’administration Trump entrante. Après l’investiture, il y a eu des manifestations massives anti-Trump avec des appels, pour ceux qui restaient de l’administration Obama, à se joindre à la #Resistance. Yates, en tant que reliquat de l’administration Obama et procureure générale en exercice, était dans une position idéale pour « résister ».

Le sentiment anti-Trump, compréhensible au sens politique, a fourni un motif à Yates pour exagérer une supposée menace et déclencher ainsi une crise immédiate au sein de l’administration Trump : objectif atteint.

C’était aussi la monnaie de la pièce contre Flynn, qui s’était associé au slogan infâme de la Convention nationale républicaine « enfermez-la (lock her up) ». Ainsi, les partisans de Clinton avaient un puissant motif de créer un contexte pour enfermer Flynn, ce qui semble maintenant tout à fait possible.

La course au jugement

Pourtant, dans cette course au jugement sur le Russie-gate, le public américain n’a pas eu la chance d’entendre Flynn ni les autres conseillers de Trump, présentés comme des agents russes sur la base d’insinuations, y compris le contenu d’un dossier de recherche sur l’opposition compilé par un ancien agent de renseignement britannique et apparemment financé par des partisans de Clinton inconnus.

L’ancienne secrétaire d’État, Hillary Clinton, parlant avec des partisans lors d’un rassemblement de campagne à Phoenix, en Arizona, le 21 mars 2016. (Photo de Gage Skidmore)

En reculant d’un pas, nous ne connaissons même pas la preuve derrière les allégations d’ingérence russe dans la campagne de 2016. Pour soutenir ces accusations, les chefs des services de Renseignement du président Obama ont émis un rapport incomplet le 6 janvier 2017, qui n’offrait aucune preuve – seulement des allégations – sur des agents russes qui auraient piraté des comptes e-mail démocrates et qui auraient, d’une manière ou d’une autre, fait passer ces informations à WikiLeaks.

Le gouvernement russe et WikiLeaks nient tous deux ce scénario, et le rapport du 6 janvier ne fait que répéter encore et encore combien ses rédacteurs sont sûrs que la Russie est coupable.

Lundi, Clapper, un ancien agent de la DNI, a clarifié un point que les Démocrates ont constamment déformé : à savoir que ce rapport n’était pas le jugement consensuel des 17 agences de renseignement américaines, mais le travail de trois agences seulement : la CIA, la NSA et le FBI.

Mais le grand problème du rapport du 6 janvier, c’est qu’il est complètement partial : il cite les raisons de croire que les Russes sont coupables, mais il passe sous silence les raisons tout aussi fortes de douter de leur culpabilité.

Par exemple, le rapport met l’accent sur le motif présumé de la Russie pour « pirater » et diffuser des courriels nuisibles à la campagne de Hillary Clinton citant la préoccupation du président russe Vladimir Poutine selon laquelle Clinton constituerait une menace de détérioration des relations déjà bien effilochées entre les deux superpuissances nucléaires.

Mais le rapport ne parle pas de l’inconvénient pour la Russie d’essayer d’interférer avec la campagne électorale des États-Unis et de ne pas réussir à stopper Clinton, ce qui était le plus probable jusqu’au soir de l’élection.

Si la Russie avait eu accès à des courriels démocrates et les avait fait passer à WikiLeaks pour publication, Poutine aurait dû penser que la NSA, avec sa capacité exceptionnelle de tracer les communications électroniques dans le monde, aurait bien pu détecter la manœuvre et en aurait informé Clinton.

Ainsi, en plus du caractère faucon bien connu de Clinton, Poutine aurait risqué de donner à la probable présidente des États-Unis une raison personnelle de se venger de lui et de son pays. Historiquement, la Russie a été très circonspecte dans de telles situations, gardant d’habitude pour des fins internes ses collectes de renseignement, sans les partager avec le public.

Bien qu’il soit concevable que Poutine ait décidé de prendre ici ce risque extraordinaire – malgré le point de vue largement répandu selon lequel Clinton était la favorite pour battre Trump – un rapport objectif du DNI aurait dû examiner la possibilité qu’il n’ait pas agi ainsi.

Mais le rapport du DNI n’a pas été motivé par une volonté d’équilibre : c’est bien un réquisitoire de procureur, et qui ne comporte aucune preuve véritable que l’accusé soit coupable.

Le rapport du DNI comprend également une annexe de sept pages, datant de 2012, qui est une attaque argumentée contre RT, le réseau de télévision soutenu par le gouvernement russe, lequel est accusé de dépeindre « le processus électoral américain comme antidémocratique ».

La preuve de cette accusation comprend des articles de RT sur les « vulnérabilités des machines à voter », bien que pratiquement toutes les principales organes de presse américains aient présenté des histoires similaires: certaines lors de la dernière campagne sur la faisabilité de piratage russe dans le processus de vote actuel, piratage dont même le renseignement américain dit qu’il n’y a pas existé.

Le rapport ajoute qu’en plus de nuire à la foi des Américains dans le processus démocratique des États-Unis, « RT a diffusé, accueilli et fait la publicité de débats avec des candidats tiers ». Apparemment, le point de vue du DNI est que montrer aux Américains qu’il existe des choix au-delà des deux principaux partis est en quelque sorte séditieux.

« Les présentateurs de RT ont affirmé que le système américain bipartite ne représente pas les points de vue d’au moins un tiers de la population et que c’est une ‘imposture’ », déclare le rapport. Pourtant, les sondages ont montré exactement ce sentiment chez un grand nombre d’Américains, qui préféreraient plus de choix que les deux candidats habituels ; et effectivement, la plupart des démocraties occidentales ont plusieurs partis.

Ainsi, la critique implicite de RT sur le processus politique américain n’a rien qui sorte de l’ordinaire. Ce qui est extraordinaire, en revanche, c’est que la communauté du renseignement des États-Unis considère qu’en permettant aux candidats tiers américains d’exprimer leur opinion, RT a en quelque sorte subverti le processus démocratique américain.

Le rapport prend également à partie RT pour avoir couvert le mouvement Occupy Wall Street et pour avoir rendu compte des dangers environnementaux liés à la fracturation hydraulique, des sujets cités comme preuve supplémentaire que le gouvernement russe utilise RT pour affaiblir le soutien du public américain à la politique de Washington (bien que, encore une fois, ce soit là d’authentiques sujets d’intérêt général).

Compte tenu de la faiblesse – voire de l’absurdité – de ces attaques contre RT, les Américains pourraient avoir des raisons de se questionner sur la solidité des preuves concernant les élections de 2016. Mais nous ne sommes pas du tout autorisés à les voir : elles sont classifiées.

Quant à Michael Flynn, il pourrait bien y avoir des critiques légitimes à son égard pour avoir accepté de prononcer un discours payé lors du dixième anniversaire de RT en 2015, apparemment sans s’en expliquer avec le Pentagone.

La leader du Parti Vert, Jill Stein, et le lieutenant-général  Michael Flynn, assistent à un dîner marquant les 10 ans d’existence du réseau RT à Moscou, en décembre 2015, assis à la même table que le président russe Vladimir Poutine.

On m’a dit également que Flynn s’était fait des amis parmi les officiers russes qu’il avait rencontrés lors de sa coopération avec la Russie dans les campagnes militaires américaines en Afghanistan et dans la lutte contre le terrorisme.

Bien sûr, le président Obama lui-même a développé une relation de coopération avec le président Poutine et son prédécesseur, Dmitri Medvedev. Poutine a joué un rôle clé en persuadant l’Iran d’accepter des contraintes sévères sur son programme nucléaire, un accord que Obama considère comme sa plus grande réalisation en politique étrangère.

Ce n’est qu’après le putsch orchestré par les États-Unis en Ukraine au début de 2014 et la réaction de la Russie à un nouveau régime hostile à ses frontières, que la relation entre les États-Unis et la Russie est devenue clairement antagoniste. Bien que la plupart des politiciens américains et les médias accusent exclusivement Poutine et la Russie, une évaluation objective trouverait également à blâmer du côté américain.

Mais on est à court d’objectivité dans le Washington d’aujourd’hui, d’autant plus que les démocrates amers ont vu dans les espoirs de Trump de rétablir une relation plus coopérative avec la Russie, une vulnérabilité politique qui pourrait être exploitée dans la perspective d’un scandale allant jusqu’à une possible destitution.

Dans l’opinion officielle de Washington, Michael Flynn n’est rien d’autre qu’un chien écrasé dans la course majeure vers le pouvoir.

Le journaliste d’investigation Robert Parry a révélé plusieurs affaires Iran-Contra pour The Associated Press et Newsweek, dans les années 80.

Source : Consortium News, le 08-05-2017

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

 

 

Commentaires recommandés

RGT Le 04 juin 2017 
 
 

Je pense personnellement que si cet homme a été “écarté” c’est plutôt pour son indépendance d’esprit.

Un type qui suivait ses propres convictions, et qui était donc “ingérable”.

L’ennemi politique est bien là : Un type qui ne suit pas l’intérêt des partis mais ses propres convictions, c’est réellement dangereux.

Surtout s’il réussit (on ne saura jamais).
Imaginez que les électeurs s’en rendent compte et surtout qu’ils approuvent.

L’intérêt de la nation et de sa population, les politiciens s’en foutent.
Seul compte leur propre intérêt et ils sont prêts à plomber tous ceux qui pourraient mettre en danger leur business fructueux.

Désormais le “danger” est écarté et il a été remplacé par un homme plus “compatible” avec les intérêts de la “démocratie”.
“On” a échappé de peu à la catastrophe.

P.S. Il ne faut pas oublier que certaines personnes honnêtes se joignent parfois à des politiciens quand ils ont la garantie de pouvoir mener à bien des actions qu’ils jugent justes et utiles.

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L’INFO DE LA NUIT-Londres: 6 morts et 30 blessés, 3 terroristes abattus

4 Juin 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Terrorisme, #Daesch, #le nazisme

L’INFO DE LA NUIT-Londres: 6 morts et 30 blessés, 3 terroristes abattus

L’INFO DE LA NUIT-Londres: 6 morts et 30 blessés, 3 terroristes abattus

 

Le bilan de l’attaque terroriste, qui a frappé Londres hier soir, s’établit ce matin à 6 morts et 30 blessés. 3 terroristes ont été abattus par la police.

À 22h08 (23h08, heure de Paris) la Metropolitan police reçoit plusieurs appels signalant qu’une camionnette blanche a fauché des piétons dans le quartier de London Bridge.

Les témoins racontent que le véhicule a zigzagué pour percuter volontairement les passants. 3 hommes descendent de la camionnette. Ils sont armés de couteaux et frappent à la gorge ceux qu’ils croisent à Borough Market.

Un policier qui se rend sur les lieux de l’attaque tente d’intervenir. Il reçoit plusieurs coups de couteau. Il est grièvement blessé à la tête, au visage et aux jambes mais ses jours ne sont pas en danger.

Un 3e « incident » (terminologie employée par la Metropolitan police) signalé à Vauxhall était une fausse alerte.

 

À Borough Market, les 3 terroristes sont repérés par la police et sont abattus 8 minutes après le 1er appel téléphonique signalant l’attaque. Ce sont les coups de feu qui ont été entendus et signalés par les riverains. Les 3 hommes portaient de fausses ceintures d’explosifs autour du ventre.

Theresa May réunira ce matin le comité Cobra (Cabinet Office Briefing Room). Y participent les ministres concernés, les responsables de la police et des services de renseignement intérieur et extérieur.

Emmanuel Macron a réagi dans la nuit en publiant ce message sur Twitter vers 3 heures du matin : « Face à cette nouvelle tragédie, la France est plus que jamais aux côtés du Royaume-Uni. Mes pensées vont aux victimes et à leurs proches ».

Rappelons que ce soir, à Manchester, Ariana Grande et plusieurs autres artistes ont prévu de donner un grand concert au profit et à la mémoire des victimes de l’attentat perpétré par un kamikaze le 22 mai, attentat qui a fait 22 morts et 50 blessés. Étant données les circonstances, il paraît peu probable que ce concert puisse être maintenu. Sur Twitter, la chanteuse a écrit: « Praying for London ♡ »

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Le PROGRAMME d’Emmanuel MACRON : c'est la Commission EUROPÉENNE qui décide... Explications de François Asselineau.

3 Juin 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #La République, #La nation ., #La lutte des classes, #Les média

Publié par El Diablo

France Asselineau sur France 2 (capture d'écran)

France Asselineau sur France 2 (capture d'écran)

Le programme d’Emmanuel Macron mis à jour : La Commission européenne vient de publier les « GOPÉ » pour 2017-2018

Pendant toute la campagne présidentielle, François Asselineau a été le seul des 11 candidats à expliquer quel serait le programme des dix autres qui se refusaient à sortir la France de l’UE. Ce programme commun consiste en l’application des « GOPÉ », fixées par la Commission européenne en application de l’article 121 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne (TFUE). Comme le montre ce cliché, le président de l’UPR a même symboliquement déchiré un exemplaire du rapport des GOPÉ lors de l’émission organisée par France 2 le jeudi 20 avril 2017.

Pendant toute la campagne présidentielle, François Asselineau et l’UPR ont annoncé quel serait le VRAI programme des dix autres candidats, qui refusaient tous les dix de proposer aux Français de faire sortir la France de l’UE par la mise en œuvre la plus rapide possible de l’article 50 du traité sur l’Union européenne (TUE).

Du fait de l’engagement de la France dans l’euro et dans l’Union européenne, toutes les grandes décisions de notre politique économique et sociale sont dictées par les « recommandations » de la Commission européenne, également intitulées « grandes orientations des politiques économiques (GOPÉ) », que l’institution technocratique bruxelloise publie chaque année à la mi-mai.

Nous avions déjà publié un article pour expliquer quelles seraient les grandes mesures appliquées par le président de la République si François Asselineau n’était pas élu [1]. Il s’agissait tout simplement des GOPÉ pour 2016-2017, dont ce dossier décryptait la « langue de bois » européenne et qu’il est utile de relire aujourd’hui.

Or la Commission européenne vient de publier, ce 22 mai 2017 – soit quinze jours après le second tour de l’élection présidentielle, la mise à jour annuelle de ces fameuses « recommandations » [2].

L’examen de ce document révèle que les Commissaires européens – si grassement payés qu’ils gagnent plus que le président de la République française – ne se sont franchement pas fatigués puisqu’ils nous ont presque gratifiés d’un copier-coller du même document publié l’an dernier, le 18 mai 2016. On n’est pas loin de l’emploi fictif…

[…]

LIEN VERS LA SUITE DE L’ARTICLE CI-DESSOUS :

Le PROGRAMME d’Emmanuel MACRON :  c'est la Commission EUROPÉENNE qui décide...

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Une journée internationale de l'enfance  sur le front du Donbass. D'un côté le respect, de l'autre coté l'abjection. Par Erwan Castel.

3 Juin 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La mondialisation, #La Russie, #La République, #La nation ., #Ukraine, #le nazisme

vendredi 2 juin 2017

 

D'un côté le respect, de l'autre coté l'abjection

 
Une journée internationale de l'enfance 
sur le front du Donbass
 
 
Consacrer une journée pour rappeler l'importance de l'enfance dans les sociétés humaines est une tradition aujourd'hui reconnue et pratiquée par tous les pays du Monde, avec cependant des dates différentes. Suite au congrès de la Fédération internationale des femmes (à Paris) le Monde russe a décidé en 1949 de choisir la date du 1er juin pour célébrer l'enfance dans les pays du bloc soviétique. 40 ans plus tard les Nations Unies suivent cet exemple et décident de suivre l'initiative russe en choisissant la date du 20 novembre.
 
Dans le Donbass, recueillement et le respect
 
Comme les deux précédentes années de guerre, hier à Donetsk, cette journée internationale de l'enfance, qui insiste principalement sur le devoir universel de protéger cette innocence qui porte en elle notre avenir, a revêtu au coeur de la cité assiégée par l'armée de Kiev et bombardée quotidiennement une dimension émotionnelle particulière.  
 
Les différentes cérémonies qui ont eu lieu dans le Donbass, inauguration de plaques et monuments, témoignages, concerts en hommage aux enfants du Donbass qui depuis 3 ans vivent sous les obus et dans la peur, se sont achevées par un lâcher de lanternes lumineuses au dessus du lac du parc de Scherbakhova, au coeur de Donetsk.

101 ballons lancés vers les étoiles en mémoire des 
101 vies innocentes fauchées pendant leur printemps 
Merci à Sorokina Lena pour cette vidéo
 
Plus de 100 enfants ont été tués depuis le lancement de cette cynique et criminelle "Opération Spéciale Antiterroriste" menée par Kiev contre les populations russophones de la Novorossiya, cette région slave située au Sud et à l'Est de l'Ukraine contemporaine.
 
Les enfants du Donbass, victimes de la guerre ne sont pas morts au combat mais dans leurs écoles, jardins d'enfants, transports en commun ou habitats résidentiels, souvent loin des champs de batailles, victimes de tirs génocidaires sadiques de la part de soudards excités par la haine, la stupidité et l'alcool. 
 
Et ces vies innocentes, fauchées à le fleur de leurs premières années, ne sont pas des "dommages collatéraux" mais bien une cible intentionnelle déclarée et reconnue par le Président ukrainien Porochenko lui-même !
 
 
En Ukraine, crime et abjection  
 
Malgré le cessez le feu déclaré à l'occasion de cette journée internationale de l'enfance l'armée ukrainienne a réalisé des tirs et bombardements sur des quartiers résidentiels, au Nord de Donetsk et à Trudovsky notamment (Ouest), montrant leur mépris total de la vie.
 
Trudovsky 1er juin en après midi, tirs ukrainiens 
pendant le cesse le feu sur un quartier résidentiel
 
A Volvo Center, dans l'Ouest de Oktyabrsky les ukrainiens ont tiré des traçantes contre les ballons lumineux qui ont été également lancés dans le ciel dans ce quartier Nord de Donetsk, tels des crapules cherchant à tuer une deuxième fois leurs victimes innocentes.
 
 
Mais c'est certainement dans les territoires occupés par l'armée ukrainienne que s'est déroulé le "fait divers" le plus révélateur de la mentalité abjecte qui domine les actes des soudards excités de ce régime issu des poubelles du Maïdan.
 
Ce 1er juin, un nouveau viol a été commis par un soldat ukrainien contre une gamine vivant à Andreevka un village du district de Volnovakha, occupé par Kiev en ce moment. La victime est une jeune fille de 14 ans qui a été violée avant d'être assassinée.
 
Voilà comment à Kiev on célèbre la journée de l'enfance !
 
 
A Oktyabrsky, lorsqu'un enfant est réveillé par les bombardements, sa maman lui dit en essuyant ses larmes que c'est l'orage qui passe dans le ciel, loin des rêves et des jouets et que demain le soleil victorieux fera encore briller les balançoires et fondre les glaces au chocolat...
 
Il y a quelques semaines étaient lancé le projet "101 vies", exposition itinérante destinée à alerter le public et éveiller les consciences sur la situation réelle du Donbass à travers une évocation des enfants qui y ont été massacrés par les forces armées ukrainiennes.
 
 
Venir dans le Donbass, poussé par un idéal, une envie de concrétiser un engagement politique ou un devoir de libérer la vérité en réinformant est une motivation déjà forte et qui nous aide, les volontaires étrangers venus servir les Républiques de Donetsk ou Lugansk, à franchir le pas, sautant vers l'inconnu par dessus la barrière de la langue. Mais lorsque que l'on côtoie cette population à la fois humble et courageuse, l'engagement prend alors une autre dimension, plus intime et intuitive, plus forte à chaque sourire rencontré au coin d'une rue, dans un jardin ou une épicerie, dans une tranchée où à une table d'hôte... 
 
Au milieu de ces regards croisés parfois le temps d'une station de bus, ceux des enfants restent les plus étonnants dont la flamme conservant l'innocence de l'enfance exprime souvent une gravité mesurée, expression d'une conscience éveillée et cultivant malgré la guerre un avenir plein de rêves et d'espérances...
 
Erwan Castel, volontaire en Novorossiya
 
 
Autres articles sur le sujet :
 
 
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S'il vous plaît, pour m'aider dans le travail de réinformation et l'aide engagée auprès des habitants sinistrés de mon quartier

Si l'argent est le nerf de la guerre il est malheureusement également aussi celui de la réinformation pour laquelle j'ai décidé de me consacrer seul et à plein temps malgré une absence actuelle de revenus et une censure de mon travail par les agences de presse occidentales collabos, mais également par des crapules, jaloux ou obsédés du monopole de l'information venus jouer les vautours dans le Donbass..

J'ai réduits mes besoins de subsistance à leur portion congrue (8 000 roubles par mois (150 euros au taux de change local) pour pouvoir plus encore aider des personnes isolées et des familles de mon quartier.

Merci d'envoyer vos contributions de soutien sur le compte référencé ci après à partir duquel sont envoyés des virements vers le Donbass

Observation : la plus petite somme (équivalent à celle d'un paquet de cigarette) est la bienvenue et vitale ici.

En vous remerciant par avance de votre soutien moral et matériel

Bien à vous
Erwan
 
 
 
 
 
 
 
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Le Russie gate, une nouvelle forme de Maccarthysme, par Robert Parry

3 Juin 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La Russie, #La République, #La nation ., #La finance dérégulée, #La guerre, #l'horreur économique

Source : Consortium News, Robert Parry, 07-05-2017

Exclusif : les cauchemars des défenseurs des libertés individuelles au sujet de l’État espion deviennent réalité, mais puisque les victimes sont d’anciens conseillers de Trump, beaucoup  des militants de ces mouvements sont ici étonnamment silencieux, écrit Robert Parry.

Par Robert Parry

Le Congrès exige de plusieurs conseillers de la campagne Trump des informations sur leur vie privée et leurs affaires, voilà qui prouve à quel point l’enquête sur le Russia-gate ne cesse de prendre de l’importance jusqu’à se transformer en un nouveau type de maccarthysme portant atteinte aux libertés du citoyen, comme la liberté de parole et la liberté d’association.

Carter Page, ex-conseiller en politique étrangère de Trump

On avait d’abord pensé que les enquêtes du Congrès et autres allaient se concentrer sur des problèmes spécifiques autour de la présumée ingérence russe dans l’élection de 2016. Ainsi on aurait pu chercher à savoir si un intermédiaire de Trump avait, d’une façon ou d’une autre, fait passer à WikiLeaks des mails dérobés aux Démocrates pour que cette organisation les publie sur le net.

WikiLeaks nie avoir reçu des Russes les mails qui ont fuité et la campagne et Trump nie avoir conspiré avec les Russes, ce qui n’a pas empêché les chefs du renseignement du président Obama de prétendre que les agents russes avaient piraté les mails avant de les faire passer par des intermédiaires à WikiLeaks, même si aucune preuve de ces agissements n’a, jusqu’à présent, été rendue publique.

Cependant, au lieu de se concentrer sur cette question centrale, le Sénat, semble-t-il, va à la pêche aux informations en enquêtant  sur quasiment tous les contacts entre les conseillers de Trump et des Russes, susceptibles d’avoir ou non des liens avec le gouvernement.  Le nombre des renseignements exigés est tel que les enquêteurs pourraient piéger leurs cibles, en interprétant comme obstruction à une enquête officielle l’omission, intentionnelle ou non, d’un nom ou d’un contact.

Par exemple, le comité sénatorial du renseignement a exigé de Carter Page, l’ancien conseiller en politique étrangère de Trump, qui fait de nombreuses affaires avec la Russie et a de nombreux contacts personnels dans le pays, qu’il fournisse le nom et des informations à propos de quasiment toutes les personnes contactées au cours de cette période de dix huit mois et susceptibles d’être des responsables russes ou liées, d’une façon ou d’une autre, avec des entreprises russes.

Dans une lettre datée du 28 avril, le responsable Républicain du comité, Richard Burr de la Caroline du Nord et le responsable Démocrate Mark Warner de Virginie, ont donné à Page jusqu’au 9 mai pour fournir : “une liste de toutes vos rencontres avec un officiel russe ou un représentant d’intérêts de firmes russes entre le 16 juin 2015 et le 20 janvier 2017. Pour chacune de ces rencontres, vous devrez indiquer la date, l’heure, le lieu, le nom de toutes les personnes présentes et inclure des copies des notes prises par vous ou pour vous.”

Rencontres avec les membres de la campagne

En outre, le Comité a fixé la date limite du 19 mai pour que lui soit également fournie : “Une liste de toutes les rencontres dont vous avez eu connaissance entre un membre de la campagne Trump et tout responsable russe ou représentant d’intérêts de firmes russes, qui se sont déroulées entre le 16 juin 2015 et le 20 janvier 2017. Pour chaque rencontre de la liste, vous devrez indiquer la date, l’heure, le lieu et le nom de toutes les personnes présentes.”

Donald Trump s’adresse à des sympathisants lors d’un meeting à Fountain Park, Fountain Hills, Arizona, le 19 mars 2016.

Pour le 19 mai aussi, le Comité a exigé que soient fournis : ” tous les enregistrements de communications  électroniques telles que mails ou textos, toute la correspondance manuscrite et les enregistrements des appels téléphoniques, qui ont eu lieu entre le 16 juin 2015 et le 20 janvier 2017, entre vous-même et tout responsable russe ou représentant d’intérêts de firmes russes.

“Tous les enregistrements de communications  électroniques telles que mails ou textos, toute la correspondance manuscrite, et les enregistrements d’appels téléphoniques ayant un rapport quelconque avec la Russie, qui ont eu lieu entre vous et des membres et conseillers de la campagne Trump.”

“Toutes les informations relatives à vos avoirs financiers et immobiliers en lien avec la Russie entre le 16 juin 2015 et le 20 juillet 2017, dont les valeurs mobilières ou les biens immobiliers que vous avez vendus ou dont vous vous êtes séparés durant cette période.”

Des demandes d’information similaires auraient été adressées à d’autres conseillers de la campagne Trump comme Roger Stone, Paul Manafort et Michael Flynn.

Page a énormément de relations commerciales avec la Russie où il a d’ailleurs vécu plusieurs années, ce qui assimile ces considérables demandes d’information à une façon de piéger, pour faux témoignage, la personne concernée. En effet, même si Page faisait de son mieux pour fournir la liste de tous ses contacts réels, téléphoniques et mails, il oublierait forcément quelque chose ou quelqu’un, ce qui l’amènerait à être poursuivi pour avoir fait obstruction à l’enquête ou pour avoir menti aux enquêteurs.

Un mandat FISA [Foreign Intelligence Surveillance Act]

En outre, puisque l’administration Obama est censée avoir obtenu, l’été dernier, un mandat FISA contre Page grâce à la  loi sur la surveillance et le renseignement étranger, le gouvernement états-unien a probablement plus d’informations sur les contacts de Page et ses communications que l’intéressé lui-même, ce qui fait courir à ce dernier, d’un point de vue juridique, un risque bien plus élevé d’omission.

Le directeur du Renseignement National James Battant (à droite) s’entretient avec le Président Barack Obama dans le Bureau Ovale, avec John Brennan et d’autres assistants à la sécurité nationale. (Crédit Photo: Bureau du Directeur du Renseignement National)

Le mandat FISA aurait été obtenu, en partie, en raison d’un discours prononcé par Page, en Russie, le 7 juillet 2016, discours qui exprimait une critique modérée de la politique étrangère des États-Unis envers les pays de l’ex-Union soviétique. Cette enquête du FBI, qui a commencé fin juillet, s’est étendue depuis, de manière bien plus vaste, aux membres de la campagne présidentielle de Trump qui peuvent avoir des liens avec la Russie.

Dans un article sur les origines de l’enquête visant Page et d’autres conseillers de Trump, le New York Times a présenté le discours prononcé par Page à la Nouvelle école économique de Moscou en juillet comme une critique de “la politique américaine vis-à-vis de la Russie en des termes qui faisaient écho à ceux du président Poutine”.

Le Times a alors cité une ligne du discours de Page : “Washington et les autres capitales occidentales ont fait obstacle à des progrès possibles en se concentrant, souvent de façon hypocrite, sur des idées comme la démocratisation, l’inégalité, la corruption et le changement de régime.”

Les auteurs de l’article, Scott Shane, Mark Mazzetti et Adam Goldman ajoutent : “Ses remarques [celles de Page]  coïncidaient avec l’opinion positive qu’a M. Trump du président russe, ce qui a conduit à spéculer sur ce que M. Trump pouvait bien voir en M. Poutine, accusé en général aux États-Unis d’être un  implacable autocrate anti-occidental.”

En réalité, le discours de Page était beaucoup plus nuancé que ce que le Times a bien voulu en rapporter. Il soulignait surtout que le passage précipité, dans l’ex-Union soviétique, d’une économie contrôlée par l’État à une économie de marché, avait eu des effets pervers, notamment l’augmentation de la corruption.

“Comme l’État continuait à dominer et qu’en même temps, s’ouvraient de nouveaux marchés, à la suite du démantèlement de l’Union soviétique, les membres de ces sociétés ont mis au point des méthodes et des moyens qui leur ont permis de survivre grâce à la corruption”, a déclaré Page, en ajoutant que l’Occident n’était pas sans rencontrer, lui aussi, ce genre de problèmes.

“Ces approches rappellent plusieurs formes de corruption que l’on trouve parfois dans les sociétés occidentales. Certaines peuvent être explicites comme le scandale Madoff dans le monde de la finance et l’affaire Enron dans celui de l’énergie, tandis que d’autres sont plus subtiles comme les injustices sociales mises en lumière par le mouvement Occupy Wall Street.”

En d’autres termes, les commentaires de Page s’inscrivent dans une évaluation raisonnable des problèmes auxquels ont été confrontés les pays de l’ex-Union soviétique. Page a aussi admis que l’Occident, malgré son attitude moralisatrice envers les pays moins développés, avait des soucis, lui aussi, avec la corruption aussi bien dans sa forme explicite, passible de poursuites, que dans une forme plus subtile qu’on retrouve dans les machinations de Wall Street. Après tout, la crise financière de 2008 n’a-t-elle pas dépouillé de milliers de milliards de dollars les citoyens de base tant américains qu’européens, en les délestant de leurs actifs et en leur faisant payer le coût des renflouements gouvernementaux ?

Un écho à Poutine ?

Pour le New York Times, notons-le, les remarques de Page font “écho à la position de Vladimir V. Poutine”, ce qui laisse entendre que Page, un ancien officier de marine états-unien, faisait preuve, quelque part, de déloyauté.

Le président russe Vladimir Poutine, après son discours à l’assemblée générale de l’ONU le 28 septembre 2015.

Les opinions de Page exprimées dans ce discours ont, à ce que suggère le New York Times, contribué à la décision de l’administration Obama d’obtenir un mandat FISA qui a permis au gouvernement américain de surveiller ses communications comme agent potentiel d’une puissance étrangère.

Normalement, les défenseurs des libertés individuelles devraient s’émouvoir d’une démarche gouvernementale aussi intrusive contre un citoyen au prétexte qu’il exprime ses opinions, que celles-ci fassent écho ou non aux vues du président Poutine. Cependant, comme Page a été brièvement conseiller de politique étrangère de Trump, et que beaucoup des défenseurs des libertés du citoyen font partie de #Resistance à Trump en raison des  menaces que ce dernier ferait peser sur les libertés, ils sont tous restés extraordinairement silencieux sur le traitement maccarthyste auquel étaient soumis Page et d’autres conseillers de Trump.

Le général de corps d’armée à la retraite, Michael Flynn, qui a été brièvement conseiller à la sécurité nationale du président Trump, a déjà eu un aperçu de la façon dont les autorités de surveillance du gouvernement des États-Unis peuvent piéger un citoyen et lui faire commettre un délit passible de poursuites, comme mentir à des enquêteurs ou faire obstruction à la justice.

Le 29 décembre 2016, plusieurs semaines avant l’investiture de Trump, Flynn, alors en vacances en République dominicaine, a répondu à un appel téléphonique de l’ambassadeur russe Sergueï Kislyak lors duquel ils ont, semble-t-il, discuté de la montée des tensions entre Washington et Moscou, alors que les écoutaient, à leur insu, des responsables du renseignement des États-Unis.

Comme Flynn ne faisait pas officiellement partie du gouvernement au moment de cet appel, les fonctionnaires du ministère de la Justice de l’administration Obama ont concocté un prétexte pour ouvrir une enquête criminelle en invoquant la loi Logan, adoptée en 1799 pour défendre aux citoyens non autorisés de négocier avec des gouvernements étrangers mais qui n’a jamais été utilisée pour condamner qui que ce soit. Cette loi est, en outre, d’une constitutionalité douteuse et n’à sûrement jamais été destinée à s’appliquer aux conseillers d’un président élu.

Cependant, sur la base de ce prétexte peu convaincant, les agents du FBI – avec une transcription de l’interception électronique de l’appel téléphonique entre Kislyak et Flynn ont mis à l’épreuve la mémoire de Flynn sur la conversation et ont trouvé ses souvenirs incomplets. Flynn a également été critiqué pour avoir donné une conférence payée en 2015, lors d’un dîner à Moscou rendant hommage au dixième anniversaire de la station de télévision russe RT. Sous la pression politique et médiatique, le président Trump a renvoyé Flynn.

Le Nouveau Maccarthysme

Ainsi, alors que l’on peut légitimement critiquer le jugement de Flynn, la grande question de liberté civile que pose l’enquête sur le Russia-gate est la perspective de criminaliser des contacts dans un autre contexte inoffensifs avec la Russie et de punir les citoyens américains de leur résistance à la Nouvelle Guerre froide.

La leader du Parti Vert, Jill Stein et le général de corps d’armée à la retraite Michael Flynn assistent à un dîner marquant les 10 ans d’existence de la chaîne RT à Moscou, en décembre 2015, assis à la même table que le président russe Vladimir Poutine.

De nombreux démocrates, des libéraux et même des progressistes semblent enthousiasmés par la perspective de brandir ce nouveau maccarthysme contre les conseillers de Trump dans l’espoir que le Russia-gate puisse devenir une affaire menant à la destitution de Trump.

Mais le précédent ainsi mis en place pourrait se révéler très dangereux à long terme. Si les Américains peuvent être soumis à des mandats intrusifs de la part du FISA pour s’être rendus à l’étranger et avoir critiqué des politiques américaines ou si des appels téléphoniques interceptés peuvent être utilisés pour tester les souvenirs des citoyens lors d’interrogatoires par le FBI, nombre d’avertissements des défenseurs des libertés civiles sur les dangers d’une application large du droit de surveillance dans la “guerre contre le terrorisme”, pourraient devenir réels.

Après avoir pris connaissance des requêtes radicales du Congrès au sujet des documents et autres données, Carter Page, consultant de l’industrie pétrolière, qui a  de nombreux contacts étrangers, y compris en Russie, a répondu en prenant note de la surveillance déclarée à laquelle la FISA l’avait soumis, en écrivant aux sénateurs Burr et Warner :

“Je reste déterminé à aider le Comité sénatorial sur le renseignement dans toute la mesure de mes moyens. Mais, je vous prie de noter que tous les enregistrements que je pourrais avoir effectués en tant que simple citoyen disposant de ressources technologiques limitées seront peu de chose comparés à la base de données complète qui a déjà été recueillie sous la direction de l’administration Obama au cours du mandat FISA complètement injustifié de l’année dernière, qui m’a pris pour cible pour avoir exercé mes droits du premier amendement, tant en 2016 que lors des années précédentes.”

 “En tant que premier de la liste dans cette résurgence de la chasse aux sorcières que suggèrent les tâches fastidieuses définies dans votre… lettre, je vous prie de commencer par partager [avec moi] les informations que vous avez actuellement… En se fondant  sur la base de données d’informations personnelles déjà recueillies au cours de l’opération intérieure de renseignement politique de l’administration Obama qui aurait débuté l’année dernière, il semble clair que beaucoup des lourdes tâches que vous m’avez assignées ont probablement déjà été largement menées à leur terme.” 

“En tant que simple individu, je peux vous assurer que mes capacités administratives personnelles sont dérisoires à côté de la force de frappe bureaucratique que représente le personnel nombreux des branches exécutives, législatives et judiciaires du gouvernement des États-Unis qui est  apparemment impliqué dans cette surveillance abusive depuis de longs mois.”

Justifiée ou pas, la surveillance de la FISA de Page – et donc d’autres personnes qu’il a contactées – peut servir de base à certaines  accusations criminelles contre lui. On peut coincer d’autres conseillers de Trump pour divers délits procéduraux, comme des rapports non correctement réalisés, avec le Foreign Agents Registration Act [Loi sur l’enregistrement des agents étrangers], une autre loi qui s’applique de façon sélective principalement contre les personnes sans soutien politique.

Dans une interview vendredi, Page m’a dit qu’il était un petit joueur qui n’avait violé aucune loi, mais qui était devenu une cible  “évidente” dans les tentatives de l’administration Obama pour saper la campagne de Trump.

“Je n’ai pas de protection [politique] et j’ai de vrais liens, profonds, avec les Russes”, a-t-il affirmé avant d’ajouter que s’il voulait obéir aux injonctions du Sénat, il devrait passer en revue “des milliers de mails et des centaines d’appels téléphoniques… Cette affaire est un défi à toute logique, à tout bon sens”.

Mais, en réalité, dans le microcosme de Washington, une fois que la pression monte autour d’un “scandale”, quelqu’un doit être condamné pour quelque chose, sinon tous les gros bonnets qui sont intervenus dans “l’affaire” auraient l’air stupide. Dans le Russia-gate, cependant, d’importants principes touchant le droit à une opinion dissidente, le droit au respect de la vie privée et le droit d’association sont, en ce moment, foulés aux pieds.”

Pour plus d’informations sur ce sujet, voir Consortiumnews.com et notamment “La chasse aux sorcières : avez-vous parlé aux Russes ?”.

Journaliste d’investigation, Robert Parry a publié de nombreuses révélations sur le dossier Iran-Contra pour l’Associated Press et Newsweek dans les années 1980.

Source : Consortium News, Robert Parry, 07-05-2017

 

31 réponses à Le Russie gate, une nouvelle forme de Maccarthysme, par Robert Parry

Commentaires recommandés

Georges Clounaud Le 31 mai 2017 à 07h48
 
 

Sur ce sujet il serait peut-être intéressant d’entendre l’avis du “maitre du Kremlin” qui a donné une interview for intéressante au figaro lors de son passage à Paris.
http://www.lefigaro.fr/international/2017/05/30/01003-20170530ARTFIG00381-vladimir-poutine-au-figaro-arretez-d-inventer-des-menaces-russes-imaginaires.php
On peut ne pas être d’accord avec lui et avoir certaines réserves sur ces dires mais il y a au moins une qualité qu’on peut lui accorder : ces propos sont nets, clairs et précis.
Et son explication sur l’inutilité de favoriser un candidat en est un parfait exemple. (à partir de la 22ème minute) : “Nous n’en avons aucun besoin […] la personne élue a ses opinions […] mais le lendemain des élections il est visité par des gens avec des attachés-caisses, bien vêtus […] qui lui explique comment réagir en bon président et changer quelque chose dans ces conditions est très difficile”
Très posément, Poutine nous explique donc qu’il est inutile de “corrompre” tout président américain car c’est la “bureaucratie”, le deep state qui dirige les États-Unis. Et ce ne sont pas les fidèles de ce blog qui iront le contredire…

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La Russie n'a pas invité l'AFP au Sommet des agences de presse à Saint Petersbourg. Par Karine Béchet Golovko.

3 Juin 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Europe supranationale, #La France, #L'OTAN., #AMERIQUE, #La Russie, #La République, #La nation ., #Les média

vendredi 2 juin 2017

 

La Russie n'a pas invité l'AFP au Sommet des agences de presse à Saint Petersbourg

 
 
 
A l'occasion du Forum économique de Saint Petersbourg, le Président russe invite les directeurs des grandes agences de presse mondiales pour un Sommet de la presse. Cette année, l'absence de l'AFP a été remarquée. Juste après le comportement scandaleux de Macron à Paris, peut être que la Russie n'avait pas envie de voir des propagandistes autour de la table, mais des journalistes.
 

La Russie est bien connue pour ses réactions asymétriques et le silence du Président russe, qui n'a pas voulu faire de scandale suite à l'accusation d'organe de propagande portée par E. Macron à l'encontre de  RT et Sputnik, ne pouvait rester sans réaction bien longtemps.
 
Celle-ci ne s'est pas faite attendre. L'Agence France Presse n'a pas participé à la conférence des grandes agences de presses mondiales à Saint Petersbourg avec le Président V. Poutine. Le porte-parole du Kremlin a très diplomatiquement expliqué cela:
"Le fait est que cela s'appelle le Sommet des agences de presse, autrement dit y participent les directeurs, sinon au minimum les sous-directeurs. Le format de la rencontre ne prévoit pas une autre forme de participation"
C'est simple et très clair en même temps. Toute action entraîne réaction et il est naïf de la part du Président français d'imaginer que la Russie restera sans bouger face à un tel comportement. Le fait de ne pas casser la vaisselle en public ne signifie pas que tout soit pardonné et accepté. 
 
Mais à ce niveau, est-ce de la naîveté ou de l'incompétence de la part de E. Macron?
 
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Lettre à mes consoeurs et confrères journalistes… … qui n’ont de cesse d’enjoliver Macron et de noircir Mélenchon. Par Jacques Cotta .

3 Juin 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #La nation ., #Europe supranationale, #La France, #Les média, #Macron, #l'horreur économique

Lettre à mes consoeurs et confrères journalistes…  … qui n’ont de cesse d’enjoliver Macron et de noircir Mélenchon.  Par Jacques Cotta .

Lettre à mes consoeurs et confrères journalistes…

… qui n’ont de cesse d’enjoliver Macron et de noircir Mélenchon.

Par Jacques Cotta •  Vendredi 02/06/2017 

 
Chers Collègues,                                                                                                                                                                                                                                                                              Notre profession a toujours été soumises à des effets de mode. Nous nous en sommes toujours défendus, préférant ramener notre production journalistique à notre talent personnel. Mais la mode existe et s’impose de fait au plus grand nombre, sous la pression d’une hiérarchie déterminée qui pousse à une surenchère dans laquelle l’information ne trouve pas son compte. J’ai décidé cette lettre après avoir pris connaissance d’une critique me concernant. Pour annoncer mon dernier documentaire « dans le secret de la violence sociale » (diffusé le 23 mai sur France 2) un confrère en explique l’intérêt et souligne « le côté militant du film, ce qui fait sa force et sa faiblesse. Jacques cotta a soutenu publiquement jean Luc Mélenchon ». Cela m’a d’abord fait sourire. Puis réflexion faite, je me suis demandé ce que ma position vis à vis de la « France Insoumise » et de Jean Luc Mélenchon venait faire au milieu. La mode actuelle, nous y voilà ! Dans la presse, tous supports confondus, il est de bon ton de diaboliser Mélenchon, et de n’épargner nul qui l’approche. Mode qui n’est pas innocente.

Avant de vous parler de ce que cela m’inspire précisément pour notre profession, je voudrais dans cette lettre aborder trois points pour tenter de bien me faire comprendre.
  • Quelques exemples illustratifs de ce que je nomme « la mode journalistique ».
  • La « mode » actuelle, un anti mélenchonisme d’une violence inouïe qui n’a d’égal que la promotion éhontée d’Emmanuel Macron.
  • Les conséquences qui risquent d’en découler.

Quelques exemples de mode journalistique

Dans les années 1985-1990, les plus anciens l’auront en mémoire, la victoire de Mitterrand, quelques années avant, avait libéré un espace que nous étions prompts à occuper. Les fausses factures étaient exhibées, les financements illégaux étaient dénoncés, et les arguments étaient sans détour. Lorsqu’il nous semblait que le mensonge voulait l’emporter, nous tenions bon, étions fermes, attachés à une enquête dont la rigueur était la seule exigence. Pour une catégorie de journalistes, l’impertinence –parfois excessive- et la ténacité étaient la marque d’un exercice professionnel sans concession. Il n’était au moins pas question de plier devant les puissants. Tout au contraire.

Puis sont arrivées les années 1995. La grande grève contre la réforme des retraites a constitué un tournant. Rappelez-vous cette page peu glorieuse. Un soir venteux et pluvieux, des grévistes convoqués autour d’un brasero pour 18 secondes de temps de parole alors que sur le plateau, bien au chaud, ministres et spécialistes pouvaient déverser leur version, leur savoir, leurs justifications sans contradiction durant plus de deux heures. Rappelez-vous cette haine de la profession montant du fond de la société, des confrères cameramen notamment se faisant prendre à partie dans les manifestations au cri de « politiques vendus, journalistes complices ». Un triste retour de balancier. La mode était alors à la « complaisance », à la « soumission ».

Il y a eu ensuite les années 2000 marquées par l’épisode référendaire. La « mode » précédente était poussée jusqu’à la caricature. Le « Oui » à la constitution européenne avait droit exclusif d’expression dans les médias, tous supports confondus. Un espoir cependant surgissait. Alors que nous n’étions qu’une poignée à lancer un appel « le Non censuré dans les médias, ça suffit ! », en quelques jours, des centaines de confrères de toute la France signaient, des centaines qui jusque-là étaient demeurés silencieux empruntait une voie enfin ouverte, celle de la contestation à l’intérieur du système médiatique. Des centaines, confortés par la signature de milliers de nos compatriotes. Des centaines qui jusque-là rasaient les murs de peur d’être traités de lepénistes, de fachos, d’arriérés, de peur d’être d’abord « blacklistés » dans leur rédaction, avant d’en être virés. Car apparut alors clairement que les patrons des journaux, radios, télévisions, les employeurs des journalistes, avaient partie liée avec de grands groupes industriels, souvent côtés au Cac40, et avec le personnel politique en place, de « gauche » comme de « droite ». Le pouvoir de cette oligarchie s’imposait.

L’aggravation de l’exercice de notre profession allait connaître de nouveaux développements. La « mode » voulait alors que les « importants » fassent ouvertement partie de la cour. Nicolas Sarkozy notamment a ramené une partie de la presse au rang de « subordonné de sa majesté ». Les patrons des grands groupes imposaient leur choix. Subtilement le plus souvent, mais leur choix était clair, la presse comme auxiliaire du pouvoir, ni plus, ni moins. Des confrères ont participé à la cour. Certains ont joué des coudes pour y avoir une place de choix. L’osmose presse-politique est apparue au grand jour, d’autant plus scandaleuse qu’elle était revendiquée, comme légitime.

C’est alors que survient cette incroyable élection présidentielle de 2017. Evidemment c’est de cela surtout que je veux vous parler, mais pas sans avoir tenté à grand trait de la replacer dans le contexte historique qui touche notre profession. Car si dans le domaine vestimentaire il est fréquent de dire que « les modes se suivent mais ne se ressemblent pas », dans le domaine médiatique, elles se suivent mais depuis maintenant plus de 20 ans grossissent le trait commun qui les définit, la subordination au pouvoir et plus encore, au système, quel que soit d’ailleurs le pouvoir en place.

La mode actuelle : un anti mélenchonisme d’une violence inouïe qui n’a d’égal que la promotion sans mesure du macronisme

Deux ans avant les élections présidentielles, la promotion d’Emmanuel Macron a occupé tous les médias. Chers collègues, peut-être la plupart d’entre nous, emportés par la rapidité et la densité du flux, ne s’en est pas rendu compte. Dans les hautes sphères des différents organes de presse –pour la défense d’intérêts économico-financiers- les choix ont été faits, les hiérarchies intermédiaires étant chargées de faire passer la ligne –sans le dire ouvertement, ça va de soi- et les journalistes de terrain ayant pour tâche d’appliquer les consignes avec le sentiment évidemment qu’ils font le boulot, ni plus ni moins.

Dans mon article « La Fabrication du produit Macron et la soumission de la presse » (qu’on trouvera à l’adresse suivante: javascript:void(0);/*1496402743232*/ ) j’indique dans le détail la complicité objective, sinon souvent consciente, entre la presse dans son ensemble et le candidat Macron qui passera en quelques mois d’un anonymat pratiquement total à celle de « candidat préféré des français ». Je n’y reviens pas, mais les chiffres suffisent à eux-mêmes. En deux ans, Macron aura bénéficié de 8000 articles, soit plus de 10 par jour (Nouvel Obs, de l’Express de Libération et du monde), de centaines de reportages (LCI, BFM, I-télé, France télévisions), sans que les radios ne soient en reste…

Le candidat du système jouit donc de bout en bout d’une adulation médiatique sans précédent. Voilà le rôle que nombreux d’entre nous ont joué, consciemment ou malgré eux.

Mais il y a plus.

Le sort réservé à Jean Luc Mélenchon a quelque chose d’incroyable. Durant la présidentielle déjà, dans la dernière ligne droite, tous les organes de presse s’y sont donnés à loisir. Chavez, Maduro, Poutine, le Venezuela, Cuba et Castro exhumé pour l’occasion, tout y est passé. Aidé il est vrai par la « maladresse » de Clémentine Autain venu mettre ce thème dans le débat public, même « l’alliance bolivarienne » est devenue un argument anti Mélenchon de circonstance.

Pour la campagne législative, voilà que ça repart de plus bel. Sur France Inter, sur Euronews, sur CNews, sur BFM, dans les colonnes du Figaro, de Libération, du Monde, etc… il est question du candidat de la France Insoumise comme d’un gourou, un chef de secte, un illuminé, un autoritaire qui a bien caché sa véritable nature durant les présidentielles, etc… Cela évidemment pendant que les « anonymes » macroniens bénéficient de portraits flatteurs et que les sondages sont rabâchés à longueur de colonnes, d’éditoriaux, de papiers oraux ou écrits, pour expliquer que Macron aura une majorité et que la France Insoumise retombe tel un soufflé. La hargne est telle qu’elle n’épargne aucun des soutiens déclarés de Mélenchon, pas même un journaliste documentariste auquel on trouve comme défaut suprême d’avoir appelé à voter pour la France Insoumise.

Chers collègues, chacun a évidemment ses sympathies et ses antipathies. Jean Luc Mélenchon ne laisse pas indifférent. Ce qui est en cause, ce n’est évidemment pas cela. Car pendant que les critiques fusent sur sa personne, pendant que les louanges se répandent sur celle de Macron, pendant qu’on s’attarde sur le côté renfrogné de l’un et le sourire enjoliveur de l’autre, on évite l’essentiel : quelle est la politique que proposent les uns et les autres, ce qui à priori devrait être le contenu principal du travail journalistique pour informer nos concitoyens, leur exposer les enjeux, leur permettre de choisir en toute connaissance de cause.

La concentration des attaques sur Mélenchon aura des conséquences

Le débat de fond est évacué. Pourtant, c’est lui qui nous concerne en tant que citoyens, qui devrait nous concerner et nous intéresser en tant que journalistes.

Les mesures politiques pour lesquelles le président de la république veut une majorité absolue à l’assemblée nationale sont claires. A titre d’exemple :
  • « Réformer » jusqu’au bout le code du travail dans la foulée de la loi El Kohmri.
Alors que la loi El Kohmri permet de négocier entreprise par entreprise le temps de travail, une nouvelle déréglementation de taille se dessine : négociation par entreprise des salaires par exemple ou de tout ce qui relève aujourd’hui de la loi concentrée dans le code. 
  • L’utilisation des ordonnances pour accomplir ce que le nouveau chef de l’état a défini comme étant sa priorité.
Il y a là une conception de la démocratie, du fonctionnement des institutions, de l’autoritarisme au sommet de l’état illustré par les propos du porte-parole du gouvernement Christophe Castaner lorsqu’il déclare « que ne sera pas toléré le blocage du pays ».
  • La suppression des cotisations maladies et des cotisations chômage et l’augmentation massive de la CSG.
Outre les conséquences craintes de voir une diminution de la consommation populaire et une baisse de l’activité en découler, cela devrait aboutir à une ponction massive sur les retraites notamment, de l’ordre de 250 euros par an pour une pension de 1200 euros par mois.
  • La suppression de 120 000 postes de fonctionnaires...
  • La poursuite de la politique scolaire des gouvernements précédents, et leur aggravation…
Sur tout cela et sur d’autres questions, il devrait y avoir débat, et ce devrait être notre fierté que de l’impulser, nous journalistes dont le travail indépendant devrait primer sur toute autre considération. Nous sommes nombreux à avoir cette conception du métier. Mais dans la réalité, qu’en est-il ?

C’est « Challenges » qui résume le mieux possible l’affaire. Alors que toutes ces questions sont évincées, on s’attarde sur le changement de ton de Mélenchon, sur la mort de Rémi Fraisse et Bernard Cazeneuve, l’ex ministre de l’intérieur, mis en cause par le leader de la France Insoumise au détour d’une phrase dans un discours de 40 minutes, sur le « tournant gauchiste bien loin de la campagne hugolienne à la présidentielle ». Tout y passe sauf l’essentiel, le principal, les programmes. Il est question de « nationalisme », de « sectarisme », « d’absence de tempérance », de « populisme », et de bon nombre d’autres amabilités lorsqu’il n’y a pas un mot sur la politique proposée et sur les mesures combattues. Enfin, dévoilant les motivations réelles d’une telle hargne, il est indiqué à l’encontre de la « France Insoumise » « une logique politique sectaire, décidée à rompre toute attache avec les partis républicains modérés ».

Chers collègues, comment ne pas voir là le cœur du problème pour lequel des centaines de nos confrères sont en fait manipulés. Ce qui est reproché à Mélenchon et ce pourquoi journalistes de presse écrite, de télévision ou de radios sont instrumentalisés, c’est son refus, contrairement à ce qui reste du parti socialiste, à ce qui se débat dans « LR », à ce qui est envisagé au FN, son refus de tout soutien à quelque mesure anti sociale du gouvernement d’Emmanuel Macron. C’est cela que l’oligarchie lui reproche et c’est cela qu’elle veut d’emblée lui faire payer. Ah, si le leader de la « France Insoumise » avait appelé à voter Macron au prétexte de Le Pen, il n’y aurait plus de problème. Tout le monde serait rentré dans le rang !

Voilà pourquoi plus que Mélenchon, les attaques touchent tout ce qui de près ou de loin le soutient. Il est question de « foules haineuses ». Il y a bien de la haine dans tout cela, mais du côté des accusateurs qui évitent les vraies questions pour demeurer sur les personnes, pratiquer l’anathème, l’injure, les attaques ad hominem. Cette haine contre Mélenchon, ce qui est en soi de peu d’importance, est surtout une haine contre les aspirations qui sont celles de millions qui ont voté « France Insoumise ». Cela se nomme la « haine de classe ». Ni plus, ni moins.

L’avenir sera sans doute marqué par de nouveaux soubresauts tels que l’histoire de notre pays en a déjà connu. Il ne sert à rien de vouloir interdire « le blocage du pays », ou encore les protestations d’ampleur nationale. Lorsqu’une politique s’impose à la volonté majoritaire d’un peuple qui se réveille, voit la réalité telle qu’elle est, rien, aucune menace ne peut interdire de réagir pour sa survie, pour sa vie tout simplement. Le choc qui s’annonce risque d’être d’une grande brutalité, et rendre compte, avertir, révéler, dénoncer, prévenir, doit être notre fierté.

Chers collègues, est-ce pour éviter cela que le président de la république, comme une de ses premières mesures, a indiqué qu’il choisirait personnellement qui parmi vous serait autorisé à le suivre, à l’interroger, à rendre compte ? Tel le roi à Versailles, il choisirait les bons sujets ? Est-ce pour se prémunir de toute activité journalistique qui contrarierait ses projets ? Ce qui sur le plan électoral ne saurait s’affirmer cherchera d’autre voies pour balayer les mesures réactionnaires qui s’annoncent et pour l’emporter sur les forces qui veulent les imposer. Prenons garde à force de ne pas lever le ton à ne pas être emportés par la vague est en train de se former.

Il y a plus de 70 ans, le conseil national de la résistance réclamait « La pleine liberté de pensée, de conscience et d’expression ; la liberté de la presse, son honneur et son indépendance à l’égard de l’État, des puissances d’argent et des influences étrangères ».
Indépendamment de la position particulière que nous pouvons avoir sur une question ou une autre, sans doute serait-il bénéfique que tous ceux qui dans la profession jugent nécessaire de renouer avec ces exigences puissent se regrouper, se doter d’un cadre de débat, d’élaboration et d’action. Que tous ceux qui le désirent prennent contact par l’intermédiaire de ce courrier et qu’on puisse enfin s’organiser.

Jacques Cotta
Le 1er juin 2017
Lettre à mes consoeurs et confrères journalistes…  … qui n’ont de cesse d’enjoliver Macron et de noircir Mélenchon.  Par Jacques Cotta .
Lettre à mes consoeurs et confrères journalistes…  … qui n’ont de cesse d’enjoliver Macron et de noircir Mélenchon.  Par Jacques Cotta .
Lettre à mes consoeurs et confrères journalistes…  … qui n’ont de cesse d’enjoliver Macron et de noircir Mélenchon.  Par Jacques Cotta .
Lettre à mes consoeurs et confrères journalistes…  … qui n’ont de cesse d’enjoliver Macron et de noircir Mélenchon.  Par Jacques Cotta .
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Le calendrier ultra-serré des ordonnances sur le travail. Par Manuel Jardinaud

1 Juin 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Europe supranationale, #La France, #La mondialisation, #La finance dérégulée, #Le capitalisme;, #Le grand banditisme, #Economie, #l'horreur économique, #Terrorisme, #Le fascisme

Le calendrier ultra-serré des ordonnances sur le travail.  Par Manuel Jardinaud

Le calendrier ultra-serré des ordonnances sur le travail

Par Manuel Jardinaud

Selon un document confidentiel que Mediapart s'est procuré, le gouvernement veut aller très vite pour réformer le code du travail. Le processus débutera avant les législatives et se terminera le 20 septembre, date de l'adoption du paquet d'ordonnances par le conseil des ministres.

Le gouvernement veut aller vite, très vite, sur les ordonnances concernant la réforme de la loi sur le travail. Après les propos du premier ministre sur le plateau du JT de France 2 le 30 mai dans lesquels il évoquait une présentation desdites ordonnances avant la fin septembre, Mediapart est en mesure d’en détailler le calendrier en exclusivité.

Selon un document confidentiel que nous nous sommes procuré, daté du 27 mai 2017, le projet de loi d’habilitation, première étape de la procédure du vote parlementaire, va être envoyé au conseil d’État dès le 14 juin. C’est dire que, étant donné le timing, tout semble déjà bouclé.

Le 28 juin, soit juste dix jours après le second tour des élections législatives, le projet de loi sera examiné en conseil des ministres pour être voté par le Parlement entre le 24 et le 28 juillet en session extraordinaire. Selon cet agenda précipité, l’envoi des ordonnances au conseil d’État, première étape vers l’adoption des textes visant le fond de la réforme, se fera le 28 août au plus tard.

 

Le document détaillant le calendrier du vote des ordonnances visant à réformer le code du travail. © DRLe document détaillant le calendrier du vote des ordonnances visant à réformer le code du travail. © DR

 

Le gouvernement se prépare à un sprint effréné. Il envisage l’adoption du paquet d’ordonnances en conseil des ministres le 20 septembre. L’ultime étape étant le vote du Parlement dans la foulée, lors de la première session à l’automne. Contacté, le ministère du travail n'a pas répondu à notre demande de confirmation.

Sans être une véritable surprise, ce calendrier précis montre ainsi la volonté farouche du nouvel exécutif de ne pas laisser respirer les partenaires sociaux qui se retrouvent pris dans une cadence infernale au beau milieu de l’été. De fait, compte tenu des dates retenues, ce sont à peine deux mois qui leur seront proposés pour ce qui devrait  ressembler davantage à des consultations qu'à une véritable négociation.

 

 

Avec un troisième round de rencontres qui s’ouvre aujourd’hui rue de Grenelle avec Muriel Pénicaud, la ministre du travail, le gouvernement peut déjà faire valoir qu'il a engagé un dialogue avec les syndicats et le patronat. Même si chacun, quelle que soit sa position, reste encore sur sa faim puisque l’Élysée et Matignon n’ont rien lâché sur le fond. Une lettre de cadrage doit être envoyée aux représentants des organisations syndicales et patronales en milieu de semaine prochaine, qui précisera les sujets sur lesquels ils auront à se pencher.

Dans sa volonté réformatrice, Emmanuel Macron veut frapper un grand coup. Après cette séquence de consultation destinée à donner des gages d'ouverture, le président de la République trace sa route à toute vitesse. Les séances de concertation, si elles ont lieu, se feront en plein cœur de l’été, si peu propice à une mobilisation dans la rue.

Si l’on s’en tient au programme du candidat, les points clés des ordonnances seront le référendum à l’initiative de l’employeur, le regroupement des instances représentatives du personnel, le champ de la négociation au sein de l’entreprise par rapport à la branche, le compte de pénibilité et, bien sûr, l’explosif sujet du barème obligatoire des indemnités aux prud’hommes. L'été risque d'être chaud.

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Les leçons de la rencontre Macron / Poutine par Karine Bechet Golovko.

31 Mai 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La mondialisation, #La Russie, #La République, #La nation ., #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #Terrorisme, #Les transnationales, #le nazisme, #l'horreur économique

mardi 30 mai 2017

 

Les leçons de la rencontre Macron / Poutine

 
 
 
Lorsque deux chefs d'Etat se rencontrent, chacun doit avoir une idée claire de ce qu'il attend de la discussion. Si l'on comprend sans difficulté l'intérêt pour Macron d'inviter le Président russe, l'intérêt de la Russie de se prêter au jeu du faire-valoir est beaucou plus flou. De cette confrontation, semble-t-il inattendue pour la Russie, en ressortira peut-être plus de clairvoyance dans sa vision de la France contemporaine.
 

Le produit Macron, un produit à la mode
 
E. Macron est un produit qui s'est bien vendu en France et dont le cours continue à augmenter, si l'on en croit les convertions récentes parmi ceux qui le critiquaient il y a encore peu. La forme fait oublier le fond. Il a suffit de mettre les habits d'un chef d'Etat qui reprend un minimum de patriotisme pastellisé, en le mêlant à de l'européanisme débridé, pour que chacun y trouve son De Gaulle ou son Delors, sans même faire le lien entre les figures contradictoires et inconciliables du produit. 
 
La technique de marketing très poussée qui a été emloyée est d'une efficacité redoutable et ce qui reste de capacité de réflexion indépendante des individus de notre société ne rassure pas. Nous avons plutôt l'impression d'être confronté à un troupeau de moutons qui se prend pour une société humaine et se dirige "de lui même" dans la voie qui lui a été préparée. 
 
Ce produit doit maintenant être vendu à l'international. L'on a vu la fameuse poignée de mains entre Trump et Macron, surmédiatisée en France, ici aussi la forme masquant le fond. Quel apport pour la politique française? Aucun. Simplement, il fallait donner l'image d'un homme de ce gringalet flottant dans son costume face à l'énorme Trump. L'intérêt reste au niveau de la communication: Macron est apte à tenir face à Trump. En tout cas, il est capable de serrer la main. Quel homme! Quel Président! Et toute la machine de presse de montrer un Macron digne d'un nouveau Talleyrand, face un à Trump sorti de son Western. Décidément, ce produit de consommation courante bénéficie de toutes les comparaisons glorieuses, comparaisons qui doivent le dispenser de faire réellement ses preuves.
 
De l'autre côté, l'autre homme fort est V. Poutine. L'invitation est lancée à la hâte, mais pas pour autant à la légère. Et elle est acceptée immédiatement. Il faut donc donner au Président russe un produit acceptable. Versailles, les ors de la Monarchie prostitués par la République, l'histoire retravaillée pour l'occasion et une haie d'honneur. On descend le perron et l'on sert la main chaleureusement, en véritable maître des lieux, Sans oublier que le but reste la mise à genoux, au minima le couteau dans le dos. Mais pour cela il y a la conférence de presse. La Russie ne s'attend pas à trouver si peu d'humanité derrière un tel sourire. C'est oublier que Macron n'existe pas, il est fabriqué, il ne fonctionne que pour remplir le but fixé.
 
Et le premier but de cette rencontre est rempli: Macron est un produit à la mode, il est devenu plus populaire que Trump, il sera donc acheté. Pari réussi.
 
 
Echanges de tirs lors de la conférence de presse
 
Voici la vidéo de la conférence de presse en français:
 
 
 
La vidéo en russe:
 
 
Avant même d'entrer sur le fond, une chose saute aux yeux: le Président russe est totalement absent, Macron occupe l'espace. La presse russe elle-même remarque cette attitude effacée de V. Poutine qui ne lui ressemble pas. Car si formellement il ne s'agit que d'une conférence de presse, banale, aucune règle n'est en réalité préservée, les organisateurs ont bousculé les convenances pour destabiliser. Et ça a marché.
 
Sur la manière, le choc entre deux hommes incarnant deux modes politiques irréconciliables. D'une part, la politique européenne traditionnelle européenne chez le Président russe, dont la courtoisie, pourtant mise à rude épreuve, reste inébranlable. Même à l'excès. D'autre part, Macron , l'agressivité et le manque de tact, tant face aux journalistes qu'à l'égard de son invité. 
 
Un exemple flagrant concerne la réponse faite par Macron sur le refus d'accès opposé aux journalistes de RT et Sputnik lors de la campagne présidentielle, question posée par une jouraliste de RT, devant le Président russe, son Président. Macron répond en dépassant toutes les bornes de la diplomatie:
 
 
 
Et pas une réaction rien. La situation était, certes, délicate. Réagir aurait pu être considéré comme une confirmation, un soutien direct apporté aux médias russes. Mais quel Président laisserait ses journalistes se faire insulter devant lui à l'étranger? La réaction est venue plus tard. Trop tard. Le porte-parole du Kremlin, D. Peskov a déclaré que le Kremlin ne consière pas que RT et Sputnik soient des organes d'influences. RT a publié un commentaire:
«Il est très décevant que ce qui avait commencé comme une rencontre productive entre deux chefs d'Etat se soit transformée en une nouvelle occasion pour le président Macron de proférer des accusations sans fondement contre RT. Il se trouve que, malgré les nombreuses invectives adressées durant la campagne présidentielle, jusqu’à aujourd’hui, pas un seul exemple, pas une seule preuve que RT ait diffusé des fausses informations à propos d’Emmanuel Macron n’a été présentée. Ni par son équipe, ni par les grands médias qui ont aveuglément diffusé les accusations de l’équipe d’Emmanuel Macron contre RT. Le tout sans questionnement aucun et sans prendre la peine de vérifier ces attaques. En qualifiant de fausse information toute information avec laquelle il ne se montre pas d’accord, le président Macron pose les bases d’un dangereux précédent qui menace à la fois la liberté d’expression et le journalisme dans son ensemble.»
Cet échange fait la Une de la presse française et donne l'image d'un Macron qui a su s'imposer face à Poutine, qui à la surprise générale, n'a pas répondu, alors qu'il en avait la possibilité:
 
Macron aurait-il pu répondre autement? Oui, s'il ne s'était agit que d'un enjeu secondaire. Or, en répondant aussi directement, d'une part il fait une réelle publicité à ces chaînes "d'opposition" en France, mais il lance un signal ouvertement liberticide à la société. La journaliste de RT, en provoquant cette réponse, a permis, d'autre part, de montrer toute la rigidité du système politico-médiatique actuel en France, qui ne supporte plus la contradiction et l'assimile à du mensonge. C'est toute la frontière entre l'information et la propagande.
 
L'agressivité de Macron s'est vue également en ce qui concerne la Syrie, où la menace de recourir aux bombardements en cas d'utilisation d'armes chimiques était directement adressée à la Russie, accusée a priori de couvrir les bombardements chimiques attribués au régime d'Assad par la communauté internationale, cette communauté qui refuse toute enquête indépendante. Ici non plus, le Président russe n'a pas répondu. Mais cette attaque a fait le bonheur du New York Times:
 
With Mr. Putin standing beside him, he accused two news organizations with ties to Russia of acting as “organs of influence” rather than as true outlets for journalism. And he publicly warned the Russian leader that the use of chemical weapons was a “red line” for France. “The use of chemical weapons by anyone will be the object of reprisals and immediate retaliation on the part of France,” he said.Mr. 
Putin has strongly backed President Bashar al-Assad of Syria, whose forces have been accused of using chemical weapons as recently as April. The Russian president did not respond directly to Mr. Macron’s implicit challenge.
D'une manière générale, E. Macron a donné le ton dès son discours d'introduction:
"Pierre le Grand est le symbole de cette Russie qui veut s'ouvrir à l'Europe et qui vient tirer en Europe tout ce qu'elle a de grand et de fort. (...) La Russie qui s'ouvre à l'Europe"
C'est cette Russie qui est la bienvenue, cette Russie qui connait sa place et ne prétend pas à plus, cette Russie qui vient apprendre de l'Europe, docilement, lorsque l'Europe a un peu de temps à consacrer à son éducation. Pour cela, d'ailleurs, il faut créer un Forum franco-russe des sociétés civiles: les grands esprits français vont pouvoir reformater les faibles esprits russes. Ce n'est jamais l'Europe qui s'ouvre à la Russie. Cette vision des rapports entre l'Europe et la Russie nous renvoie bien en arrière, à cette condescendance européenne, à cette Russie curiosité intéressante aux portes de la civilisation. 
 
La Russie d'aujourd'hui peut-elle l'accepter? En a-t-elle besoin? Et Macron d'enfoncer le clou avec la défense des droits des LGBT en Tchétchénie et des ONG en général en Russie:
"J'ai indiqué au Président Poutine les attentes de la France et nous sommes convenus d'avoir un suivi extrêmement régulier ensemble."
Autrement dit, Macron a fait la leçon et maintenant le Président va devoir rendre des comptes? Est-ce bien ce que la Russie est venue chercher à Versailles?
 
Toute la presse française célèbre la victoire de Macron, qui a effectivement largment dominé l'exercice en imposant ses règles:
 
 
 
 
 
Quel était le but de la Russie?
 
La question de savoir ce que pouvait faire le Président russe face à un tel comportement, reste ouverte. Soit la dénégation, soit le scandale. Il eût été aussi possible de répondre avec humour pour dénigrer son vis-à-vis, il est dommage que le choix ait été celui de la dénégation. Car en suivant la conférence de presse, l'on a vraiment l'impression que les deux Présidents font deux conférences de presse distinctes.
 
Et l'on voit bien que les différends ne sont pas conjoncturels, le maintien des échanges commerciaux ne règlera rien et ne signifie rien, sauf que les milieux d'affaires qui ne vivent pas de la globalisation n'ont aucun pouvoir d'influence sur la politique en France, qui se décide ailleurs. Et remettre en vrac sur le tapis, et en se dépêchant, la question des sanctions, alors que la Russie avait toujours pris de la hauteur en refusant par principe de discuter de ce qu'elle n'a pas initié, a clos la conférence de presse sur une étrange impression. 
 
Les différends sont profonds, c'est une vision du monde différente. Une vision du monde et un comportement auxquels, manifestement, la délégation russe n'a pas été préparée. Macron a clairement lancé un défi à V. Poutine: ou vous jouez selon nos règles, car nous reprenons les manettes suite à la défaite de Clinton, soit l'on ne vous reconnaît pas comme des nôtres. Et ces "valeurs" qu'il impose comme de fait acceptées par V. Poutine. 
 
La Russie, pour reprendre le terrain dans ces nouveaux types de rapports politiques, va devoir s'adapter très vite. Les victoires militaires ne comptent que pour autant qu'elles sont médiatisées : que reste-t-il d'Alep ou de Palmyre? Les bévues n'existent que pour autant que l'on en parle: qui s'inquiète des morts civils syriens suite aux bombardement américains? L'Occident maîtrise la parole médiatique et laisser RT et Sputnik se faire attaquer dans ce monde devenu largement virtuel n'est plus une faute de goût, c'est une erreur très grave. La Russie aussi doit affirmer ses lignes rouges dans ce nouveau monde, qu'il s'agisse de ses diplomates ou de ses journalistes.
 
Le seul avantage de cette rencontre est d'avoir pu faire tomber les illusions quant à Macron, ce Président particulièrement cultivé, très intelligent, pragmatique, avec lequel il sera possible de parler. Cette France-là ne cherche pas à coopérer avec la Russie, elle veut la faire rentrer dans le rang. Sans émotion superflue. Question d'intérêt: être globaliste ou ne pas être. La Russie va devoir faire un choix, il existe peu de camps. Or, à l'intérieur du pays, les sirènes néolibérales et globalistes chantent aussi, adapter la position stratégique du pays nécessite une clarification de sa politique.  
 
La scène s'est déroulée dans la Galerie des Batailles de Versailles. Ce n'est qu'une bataille, mais qui augure de la guerre qui se joue.
 
 
 
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