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28 Avril 2015 , Rédigé par Lucien Pons

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D’une civilisation capitaliste industrielle vers une barbarie ploutocratique

28 Avril 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Le capitalisme;, #La mondialisation, #La lutte des classes, #Les transnationales, #La finance dérégulée, #La France, #Europe supranationale, #Economie

Comprendre le capitalisme [3/4]

D’une civilisation capitaliste industrielle vers une barbarie ploutocratique 

Par Alberto Rabilotta et Michel Agnaïeff – Le 25 avril 2015

La mondialisation appauvrit plus qu’elle n’enrichit, la concentration de la richesse s’accentue, les inégalités se creusent, les ménages et les pays s’enfoncent dans l’endettement, l’automatisation ravage les emplois et l’exploitation débridée de la nature se poursuit. Parallèlement, la politique se vide de son contenu, les institutions perdent de leur sens et la sphère financière s’hypertrophie pendant que la dynamique du capitalisme s’étouffe. Une satrapie oligarchique pire que le capitalisme se profile à l’horizon. Vers quelle forme d’organisation sociale, politique et économique faut-il s’orienter pour s’éviter ce basculement dans un univers qui nierait foncièrement les valeurs éthiques et morales qui nous définissent en tant qu’êtres sociaux?

Ce bref essai tente de poser les balises d’une approche cohérente d’un tel défi. Il le fait en s’interrogeant d’abord sur le capitalisme d’où nous émergeons et sur la résurgence du libéralisme pur et dur, ensuite sur le capitalisme dans lequel nous nous retrouvons et finalement sur les possibilités qui s’offrent en vue d’une défense plus efficace des intérêts vitaux de toute la société et de la planète. Cet essai porte principalement sur les sociétés du capitalisme dit avancé, soit le centre du système.

Troisième partie : A quel capitalisme sommes nous arrivés ? [b]

Incertitude, insécurité et friabilité humaine

Chaque crise du système est porteuse de sa part de désagrégation sociale. Fruit du développement économique, et de l’enrichissement des nations clés du capitalisme, de même que des crises économiques et des circonstances historiques déjà mentionnées, le développement de l’État-providence a permis d’assurer une certaine stabilité sociale de ces nations. Les politiques sociales et la démocratisation de l’éducation ont contribué, entre autres, à compenser l’affaissement des solidarités familiales traditionnelles, en assurant une continuité du revenu aux plus âgés, aux inemployés ou aux inemployables.

Zygmunt Bauman, sociologue britannique d’origine polonaise et auteur notamment de Liquid Modernity28, considère qu’il s’est agi là d’une étape d’incrustation des individus dans des structures solides comme le régime de production industrielle ou des institutions démocratiques. En plus, ces structures étaient marquées par une forte tradition territoriale. Tout le contraire de ce qui est en train de se produire dans l’étape actuelle de l’évolution du système, où les dominants ne se reconnaissent plus aucune responsabilité dans l’administration d’un territoire.

Du point de vue de Bauman, nous serions ainsi plus près de la fin de la géographie que de celle de l’histoire. Grâce aux nouvelles technologies, l’élite mondiale s’est dégagée des difficultés qui se dressaient entre le proche et le lointain et s’est libérée de cette façon des obligations et des contraintes liées au territoire. Une différence grandissante s’est introduite de la sorte entre le pouvoir devenu global et la politique demeurée locale. Cette dernière peine de plus en plus à imposer des orientations et des objectifs, perdant graduellement l’efficacité de son action et semant ainsi l’incertitude. Et cette incertitude se traduit en insécurité chez les individus, d’autant plus que la prise en charge collective des risques individuels s’affaiblit, créant un climat incitateur à la recherche de solutions individuelles.

Si l’étape précédente peut être décrite comme celle d’une modernité solide, stable et répétitive, l’étape actuelle est celle d’une modernité liquide, flexible et versatile, illustrative du changement et de la transition. Une de ses caractéristiques est un individualisme exacerbé par l’instabilité et l’insécurité qui rend les relations précaires, transitoires et volatiles. À tout prendre, nous sommes dans une période dans laquelle les modèles et les structures sociales ne subsistent pas déjà suffisamment pour être enracinés et régir ainsi les coutumes des citoyens. La société n’est plus en mesure de leur offrir un horizon de sens défini une fois pour toutes. Comme Bauman nous le rappelle, les solides conservent leur manière d’être et persistent dans le temps: ils durent; tandis que les liquides sont des rapports et ils sont constamment transformés: ils coulent. Pensons ici à la déréglementation, l’assouplissement ou la libéralisation des marchés.

Dans un article consacré à cette modernité liquide et à la friabilité humaine29, le professeur Adolfo Vasquez Rocca, de l’université de Valparaiso (Chili), résume ainsi la pensée de Bauman sur la fragilité des liens humains: «L’incertitude dans laquelle nous vivons correspond à des transformations, comme l’affaiblissement des systèmes de sécurité qui protègent l’individu et la renonciation à la planification à long terme: l’oubli et le déracinement affectif sont présentés comme une condition de réussite. Cette nouvelle (in)sensibilité exige de la souplesse, de la fragmentation et le cloisonnement des intérêts et des personnes touchés, il faut toujours être prêt à changer de tactique, à abandonner les engagements et les loyautés. Bauman se réfère à la crainte de relations à long terme et la fragilité des liens de solidarité qui semblent se fonder uniquement sur les profits qu’elles génèrent. Bauman s’efforce de montrer comment la sphère du commerce imprègne tout et que les relations sont désormais mesurées en termes de coût et de bénéfice, comme de la liquidité dans le sens strictement financier du terme.»

Dans cet état d’esprit, les chômeurs n’apparaissent plus comme une armée industrielle de réserve, un potentiel à mettre s’il y a lieu en œuvre, mais comme une catégorie d’individus superflus, inutiles, des hors-jeu, des exclus. L’économie se porterait tellement mieux s’ils pouvaient disparaître. Mieux vaut donc cultiver l’art de tronquer les relations, de se déconnecter du désagréable, de se replier sur soi. Ce même état d’esprit mène aussi à devenir accro à la sécurité, sans jamais en être certain pour autant, dans une dynamique de la peur de la peur. Nous l’acceptons comme si c’était logique, ou du moins inévitable, tant et si bien que, selon Zygmunt Bauman, nous contribuons ainsi à «normaliser le statut d’urgence». Bref, un état d’esprit qui mène, si on se fonde sur les réflexions du philosophe et essayiste allemand Peter Sloterdijk, à un régime de sabotage social et à une logique de panique comme argument central de la politique.

Pour sa part, le politologue argentin Edgardo Mocca30 nous rappelle que dans le cas de son pays, et cela peut être valable pour le reste de monde, «la société actuelle est le résultat de l’ensemble d’expériences politiques qui se sont développées, au cours des quarante dernières années, dans le contexte d’un changement radical à l’échelle planétaire du monde du travail, social et culturel dans lequel nous vivons, un changement qui cache dans son noyau la question politique, la question du pouvoir».

En s’inspirant des idées de sociologues comme Richard Sennett ou de philosophes comme Horst Kurnitzky, il souligne que «le changement mondial est, avant tout, l’affirmation d’une nouvelle hégémonie culturelle et politique, celle d’un bloc social organisé autour des nouvelles formes de domination économique qui ont en leur centre le capital financier. Il s’agit du capital extraterritorialisé par excellence, celui qui n’a pas besoin des usines ni des concentrations de travailleurs, celui qui peut être déplacé sans limites à travers la planète. Ce n’est pas une simple domination, c’est une hégémonie parce qu’il a la capacité de former le bon sens prédominant, pas seulement par sa capacité indéniable de manipulation à travers des gigantesques agences de formation d’opinion, mais principalement parce que ce bon sens correspond à une manière nouvelle et distincte de vivre, dont l’essence est la dispersion, la désagrégation sociale, l’extrême individualisme. C’est la manière de vivre qui correspond au démantèlement de la société industrielle et salariale, à l’assouplissement des relations du travail, à l’affaiblissement des vieilles formes productives des fordistes et à l’apogée des services, mis à la disposition d’une impulsion consommatrice qui bouge dans une forme vertigineuse ».

Gilles Lipovetsky, sociologue, philosophe et essayiste français, décrit cette nouvelle manière de vivre et cette pulsion consommatrice vertigineuse comme relevant d’une nouvelle forme extrême d’individualisme, produit d’une société hypermarchande31 triomphante et issue du bouleversement permanent représenté par la privatisation élargie, l’érosion des identités sociales, la désaffection idéologique et politique, la déstabilisation des personnalités32. Privés de repères, les individus vivent seuls cette «désaffiliation» dans des sociétés perçues comme des «empires de l’éphémère»33. Lipovetsky qualifie cette nouvelle forme d’hyperindividualisme. Il la présente comme reposant sur cette valeur désormais centrale qu’est l’accomplissement personnel, mais comme menant aussi au narcissisme, à une mentalité du ici et maintenant, et à la difficulté de séparer les désirs superflus des besoins essentiels. Lipovetsky refuse cependant de confondre simplement individualisme et égoïsme. À la création d’un individualisme irresponsable par une société hyperconsommatrice, répondrait un mouvement d’individualisme responsable. Il souligne à cet effet l’existence d’un tronc commun de valeurs et l’importance du bénévolat.

Il reconnaît cependant que cet individualisme extrême vient consacrer l’éclatement du principe de la subordination de l’individuel aux règles rationnelles collectives. La notion de citoyen se retrouve ainsi diluée dans une infinie déclinaison d’intérêts minuscules, sous la poussée d’une recherche narcissique d’une identité propre. Il suffit de penser à ce sujet aux innombrables regroupements de toute nature surgis ces deux dernières décennies.

Bauman se penche aussi sur cette notion de citoyenneté. Il note que «victimes des pressions vers l’individualisation, les individus sont progressivement mais systématiquement dépouillés de l’armure protectrice de leur citoyenneté et expropriés de leur capacité et de leurs intérêts de citoyens. Dans ces circonstances, les possibilités que l’individu de droit se transforme en individu de fait, en quelqu’un qui contrôle les ressources indispensables d’une autodétermination authentique, sont de plus en plus lointaines. L’individu de droit ne peut pas se transformer en individu de fait sans d’abord se convertir en citoyen. Il n’y a pas d’individus autonomes sans une société autonome, et l’autonomie de la société exige une auto-constitution délibérée et réfléchie, quelque chose qui peut seulement être atteint par l’ensemble de ses membres ».

Sur le plan politique, ce qui saute aux yeux, c’est que toute cette évolution se traduit par un morcellement de l’espace social. On assiste ainsi à une fragmentation de l’intérêt public en une myriade de mini-intérêts et à une transformation des rapports entre l’État et des citoyens de plein droit en relations de service avec des citoyens-clients enfermés dans leur univers privé. Ce morcellement génère l’indifférence à autrui et rend encore plus ingrat un contexte déjà peu favorable aux initiatives inspirées par le principe de solidarité.

Une des pierres d’achoppement à cet égard réside dans le fait que la défense d’intérêts ainsi miniaturisés aboutit plus fréquemment au prétoire qu’à la tribune politique. Cela conforte une dynamique, déjà très perceptible dans bien des pays dits avancés, où le pouvoir judiciaire se retrouve à trancher de plus en plus souvent des enjeux sociétaux majeurs, évacuant de ce fait le débat public et toute participation démocratique.

Une autre pierre d’achoppement est la difficulté pour les dominés dans cette société liquide ou hypermoderne, mais qui demeure d’abord une société de classes, de se construire une identité sociale, une identité de résistance, une identité de mobilisation et de s’en servir comme raison d’agir et de se libérer ainsi des dérives identitaires religieuse ou ethnique dictées par l’insécurité, fruit vénéneux de la disparition des formes passées d’organisation sociale.

Une ploutocratie déconnectée du reste de la société

L’évolution en cours se traduit également par une régression démocratique. D’un scrutin à l’autre, les électeurs continuent de choisir leurs représentants, mais leur vote a-t-il beaucoup de prise sur les politiques menées ensuite par les instances élues? La nouvelle réalité fait que l’essentiel de ces politiques est désormais encadré par des dispositions régionales et internationales qui échappent à tout contrôle démocratique.

D’un traité ou d’un accord à l’autre, ces dispositions ont contribué à vider progressivement, mais avec constance, la démocratie de tout contenu autre que formel dans les pays qui se targuaient d’être les plus avancés sur ce plan. Elles l’ont fait en assurant l’hégémonie de la fonction marchande sur les autres fonctions sociales et en délégitimant du coup toutes les régulations politiques et sociales de ces nations, au nom des vertus de la liberté de la circulation des capitaux, des marchandises et des hommes. Pieux propos derrière lequel se dissimulait l’enjeu de la disparition de toute entrave à l’enrichissement et au pouvoir de ceux qui étaient déjà riches et puissants.

Marx a mis en lumière comment la bourgeoisie, comme force agissante, avait au XVIIIe et au XIXe siècle contribué à rompre avec l’ordre ancien, en substituant la logique contractuelle à celle des liens naturels. Il a aussi mis en lumière la tendance profonde du capitalisme à la concentration et à la financiarisation. Maintenant que nous sommes parvenus à un stade inégalé jusqu’ici de concentration du capital et le que le capitalisme d’aujourd’hui n’est plus du tout celui des années 1960, comment peut-on décrire la force agissante qui a fait jouer ce changement à son avantage, en accaparant tous les bénéfices de son action et en externalisant les risques et les pertes sur les populations? Cette force agissante récapitule sans doute bon nombre de traits de la bourgeoisie du XIXe siècle, mais elle possède aussi des traits qui lui sont propres et qui correspondent à la phase actuelle du développement du système.

David Rothkopff, un ancien sous-secrétaire au commerce dans l’administration Clinton, assimile cette force agissante à une nouvelle élite mondiale du pouvoir qu’il qualifie de superclasse dans son livre du même nom. La mondialisation est à la fois le creuset de sa formation et le vecteur de sa domination. Nous devons reconnaître, écrit-il, « que quelque chose de nouveau est en train de se produire, un déséquilibre énorme dans la répartition du pouvoir dans le monde, qui accorde une grande influence à des regroupements informels d’élites. Ces élites dépassent ou supplantent souvent les institutions du passé: gouvernements nationaux, systèmes légaux (…). Au cœur de cette nouvelle réalité, se trouvent les membres de la superclasse, des individus dont les décisions quotidiennes réorientent des flux massifs de capitaux entre les marchés, créent, disloquent ou éliminent des emplois dans le monde entier, déterminent la viabilité des programmes gouvernementaux et parfois des gouvernements; et jouent également un rôle essentiel dans le façonnement de l’ère planétaire (…). En outre, ces individus, en tant que groupe, en raison de leur influence, jouent un grand rôle dans la définition de la teneur de notre temps, déterminant quelles vues sont acceptables et quelles vues ne le sont pas, et quelles sont nos priorités. L’influence de cette superclasse transnationale est souvent amplifiée quand ses membres agissent dans les groupes tissés par des ententes d’affaires, des conseils d’administration, des mouvements d’investissement, d’anciens liens d’école, des adhésions de club, et d’innombrables autres occasions qui les transforment, sinon en ces comités conspirateurs de la légende, au moins en groupes passés maîtres dans l’avancement de leurs intérêts convergents34.»

Rothkopff avance qu’il a identifié environ six mille personnes qui correspondraient à sa définition de la superclasse, le critère principal étant «la capacité d’influencer régulièrement la vie de millions de personnes dans de nombreux pays à travers le monde». L’immense majorité de ces personnes est de sexe masculin, d’âge mûr, d’ascendance européenne et issue des meilleures institutions universitaires occidentales. Les grandes capitales, les grands hôtels et les grandes messes du capitalisme (Davos, Crans-Montana, etc.) sont leurs carrefours de rencontre. La nature exclusive des liens au sein de cette superclasse est bien illustrée par une citation éclairante dans le premier chapitre du livre, une observation d’ailleurs empruntée à un ancien haut fonctionnaire des Nations unies: «Quand on déambule dans les soirées de Davos, on se rend compte qu’on y connaît plus de gens que lorsqu’on se promène dans les parcs de nos villes respectives35.»

Un des grands traits caractéristiques des membres de cette «élite mondiale» est qu’ils considèrent leurs relations entre eux comme plus importantes que leurs liens avec leur pays d’origine et les gouvernements. Un autre trait caractéristique est que les membres de cette élite embrassent en très grande majorité le fondamentalisme du marché des «Chicago Boys», les disciples de Milton Friedman à l’Université de Chicago, mais dans la mesure seulement où les souffrances qu’il entraîne est le lot des classes inférieures. Ils résistent discrètement à toute réforme qui pourrait grignoter leur contrôle des leviers économiques. Malgré sa foi dans le capitalisme et ses attentes optimistes à l’égard des membres de cette nouvelle élite, Rothkoppf concède que «beaucoup parmi la superclasse sont trop proches de leurs intérêts et très loin de l’univers de la plupart des habitants de la planète36.»

Pour d’autres, la notion d’une élite mondiale déracinée tient du conte de fées pour école de commerce ou d’épouvantail pour les altermondialistes. Études empiriques à l’appui, Michael Hartman37 avance que «la classe mondiale paraît étonnamment allergique au cosmopolitisme. Aux États-Unis comme dans les grandes puissances économiques européennes et asiatiques, les entreprises les plus importantes sont presque toutes dirigées par des locaux. En moyenne, la proportion de dirigeants étrangers ne dépasse pas les 5%. Elle chute même à 2% si l’on écarte du tableau les hauts dirigeants provenant du même espace linguistique (et souvent culturel) que leur pays d’accueil, comme les Suisses et les Autrichiens en Allemagne ou encore les Irlandais, les Australiens, les Canadiens et les Sud-Africains au Royaume-Uni et aux États-Unis. Même au sein des multinationales les plus influentes du monde, le gratin se recrute de préférence chez soi.» Une des causes principales est que l’accès aux fonctions régaliennes de l’appareil économique dépend des structures locales de formation et de reproduction des élites.

Le seul réseau à caractère transnational est celui formé par les membres externes des conseils de surveillance. Les liens ainsi tissés relient presque exclusivement l’Europe anglo-saxonne et l’Amérique du Nord. Les pays d’Europe méridionale, le Japon et la Corée du Sud n’y occupent qu’une place insignifiante, tout comme la Chine, le Brésil, l’Inde ou la Russie.

Dans un ouvrage38 consacré à la dislocation sociale de la population blanche des États-Unis en deux classes principales, une supérieure et une inférieure, le sociologue américain Charles Murray montre comment la mécanique de la mobilité sociale s’est complètement grippée, au profit d’une nouvelle classe supérieure qualitativement différente de celles qui l’ont précédée, une élite cognitive qui reflète l’évolution du système.

Au sommet de cette élite se trouvent ceux qui exercent le pouvoir dans les domaines politique, économique et médiatique. Ils constituent l’élite restreinte qui comprend également les juges et les avocats qui influencent le cours de la jurisprudence constitutionnelle, les responsables qui décident comment les événements seront présentés dans les bulletins de nouvelles, les journalistes et chroniqueurs publiés dans les médias dominants et sur l’internet, les hauts dirigeants des entreprises majeures, des grandes institutions financières, des grandes fondations et des plus importants organismes à but non lucratif. Elle comprend aussi les producteurs, les réalisateurs et les scénaristes qui créent les films et les séries télévisées, les professeurs les plus influents des universités d’élite, et des administrateurs publics de haut niveau ainsi que des politiciens d’une certaine stature. Le nombre de ces individus s’élève certainement à moins de cent mille individus et peut-être même à seulement quelque dix mille.

À cette élite restreinte, le cercle intérieur en quelque sorte, s’ajoute une élite plus largement définie, le cercle extérieur, constituée essentiellement de personnes influentes au sein des villes et des régions (propriétaires des plus grosses entreprises locales, patron des médias locaux, médecins et avocats en vue, etc.). Les deux combinées représenteraient moins d’un million et demi personnes, soit un peu moins d’un demi-pour cent de la population du pays, dont la majorité se retrouve graduellement reléguée dans la classe inférieure, la classe moyenne se réduisant comme peau de chagrin.

Aux yeux de Charles Murray, la notion d’establishment ne suffit plus pour décrire cette nouvelle élite. Contrairement aux personnes arrivées, à un titre ou autre, au pouvoir dans le passé, et qui le plus souvent différaient assez considérablement entre elles, reflétant ainsi une certaine diversité sociale et culturelle, les membres de cette nouvelle élite sont plus uniformes en matière de goût, de préférences, et de culture Ils forment ainsi une véritable classe sociale qui se développe dans l’isolement du reste de la nation, aussi bien dans le choix du lieu de résidence que des institutions d’enseignement fréquentées, ou encore quant à la situation économique personnelle, la consommation de produits culturels ou la pratique politique. Cet isolement grandissant s’accompagne d’une ignorance croissante des conditions réelles dans lesquelles vit le reste de la population du pays sur lequel leur pouvoir exerce pourtant une telle emprise.

Murray note, en outre, que cette nouvelle élite a développé une véritable mainmise héréditaire sur les professions les plus intéressantes et les postes importants de direction, en ayant plus facilement accès aux universités prestigieuses, les facteurs d’ordre culturel, notamment, jouant à l’avantage des enfants de cette élite.

À ce propos, William Deresiewicz, un professeur de Yale, juge durement les universités américaines de prestige, dans son livre intitulé Excellent Sheep39. Il remet spécialement en question leur processus de sélection. Ces universités encouragent de milliers de jeunes de tout milieu à présenter leur candidature, quand en réalité elles sont à la recherche d’étudiants au profil bien défini. Le système d’admission semble respirer la méritocratie. Or, il n’en est rien. Les critères de sélection sont essentiellement calqués sur les caractéristiques des enfants de la classe moyenne supérieure, des enfants formés dès leur jeune âge à performer et à sauter les obstacles. Quant aux enfants des plus riches, Deresiewicz précise qu’ils peuvent être admis sans sauter quoi que ce soit.

Une fois admis, les exigences vont en redoublant et une vie de stakhanovistes attend les étudiants. Ils sont rapidement amenés à accepter, sous la pression d’une concurrence futile et dénuée de tout soupçon d’humanisme, des activités accaparantes, onéreuses en temps et en énergie, comme première condition de leur vie future de leaders.

Le même auteur rappelle, cette fois dans un article publié dans The American Scholar40, que la façon des institutions supérieures de traiter les étudiants les prépare en fait à leur future position sociale. Dans des institutions comme l’université d’État de Cleveland, moins prestigieuses, ils sont entraînés à occuper des positions intermédiaires dans le système de classes, quelque part dans une obscure bureaucratie. Ils sont conditionnés pour des vies qui n’offriront pas trop de secondes chances ou de possibilités d’avancement ou encore d’ouverture sur de nouveaux horizons; des vies marquées par la subordination et rythmées par la supervision et le contrôle; des vies balisées par des échéanciers plutôt que par des lignes directrices souples. Dans des institutions comme Yale, c’est l’inverse évidemment.

Plus attentif aux manifestations de la concentration du capital et de la financiarisation de l’économie, Samir Amin préfère parler de ploutocratie, le gouvernement des riches, par les riches, pour les riches. Dans un article41 paru dans la revue Marianne, en septembre 2008, il établit un lien direct entre la centralisation du capital et la dérive ploutocratique qui sape les fondements de la vie en société. «Le capitalisme aujourd’hui est tout autre chose. Une poignée d’oligopoles occupent seuls toutes les hauteurs dominantes de la gestion économique nationale et mondiale. Il ne s’agit pas d’oligopoles strictement financiers, mais de groupes au sein desquels les activités de production de l’industrie, de l’agrobusiness, du commerce, des services et évidemment les activités financières (dominantes au sens que le système est dans son ensemble «financiarisé», c’est-à-dire dominé par les logiques financières) sont étroitement associées. Il s’agit d’une «poignée» de groupes: une trentaine de gigantesques, un millier d’autres, guère plus. Dans ce sens, on peut parler de ploutocratie, même si ce terme peut inquiéter ceux qui se souviennent de son usage abusif par les démagogues du fascisme.

Cette ploutocratie de groupes domine la mondialisation en place, qu’elle a d’ailleurs elle-même véritablement façonnée (pour ne pas dire fabriquée) en fonction de ses seuls stricts intérêts

Elle commande les marchés financiers mondialisés et «détermine le taux de l’intérêt qui lui permet d’opérer à son profit un prélèvement massif sur la plus-value produite par le travail social, comme – largement – les taux de change qui lui conviennent

Le reste de l’économie n’a d’autre choix que de suivre et de s’ajuster en permanence aux stratégies déployées par la ploutocratie. Cette situation est nouvelle, qualitativement différente de celle qui a caractérisé le capitalisme historique dans les phases antérieures de son développement. Le marché invoqué par les économistes conventionnels n’existe plus. Il est une farce véritable.

Finalement, pour Amin, et cela peut servir de conclusion à cette section, le paradoxe majeur est que «des opinions qui se pensent sincèrement démocratiques ne voient pas la contradiction flagrante entre la gestion du monde par la ploutocratie en place et les principes fondamentaux de la démocratie. En fait, le nouveau capitalisme ploutocratique des oligopoles financiarisés est l’ennemi de la démocratie, fut-elle bourgeoise, qu’elle vide de tout contenu. Cette déconstruction de la démocratie bourgeoise, en cours, est poursuivie d’une manière tout à fait systématique par la classe politique dirigeante». On peut penser ici au rapport de la Commission trilatérale intitulé The Crisis of Democracy42, rédigé, en 1975, par Samuel Huntington (Harvard), Joji Watanuki (Université Sophia,Tokyo) et Michel Crozier (Centre de Sociologie des Organisations, Paris)

Alberto Rabilotta et Michel Agnaïeff

28 Zygmunt Bauman, Liquid Modernity , Polity Press with Blackwell Publishing Ltd, Cambridge UK, 2000

29 Adolfo Vasquez Rocca, « Modernidad líquida y fragilidad humana; de Zygmunt Bauman a Sloterdijk », http://www.observacionesfilosoficas.net/n6rof2008.html

30 Edgardo Mocca, « Los medios en discusion », http://www.pagina12.com.ar/diario/elpais/1-239496-2014-02-09.html

31 G. Lipovetsky (et Sébastien Charles), Les temps hypermodernes, Paris, Grasset, 2004

32 G. Lipovetsky, L’ère du vide. Essai sur l’individualisme contemporain , Paris, Gallimard, 1993

33 G. Lipovetsky, L’empire de l’éphémère, La mode et son destin dans les sociétés modernes, Paris, 1987

34 David Rothkopf, Superclass-The Global Power Elite and the World they are making,Toronto, Penguin Canada, 2008

35 ibidem

36 ibidem

37 Michael Hartman, art. « Le mythe de la classe globale », Le Monde diplomatique, août 2012

38 Charles Murray, Coming Apart, The State of White America 1960-2010 , New York, Crown Forum, 2012

39 William Deresiewicz, Excellent Sheep, the Miseducation of the American Elite, Free Press, august 2014

40 William Deresiewicz, « The Disadvantages of an Elite Education », The American Scholar, Summer 2008

41 Samir Amin, « La nouvelle ploutocratie née de la mondialisation », Marianne, septembre 2008

42 Trilateral Commission, The Crisis of Democracy , New York, University Press, 1975

Chapitre précédent… A quel capitalisme sommes nous arrivés? [a]

A Suivre…Quatrième partie: Le chemin se fait en marchant

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Nouvelles régions : les préfets préfigurateurs proposeront fin juin une réorganisation des services de l’Etat

par Xavier Brivet

Toute candidature doit être déposée en préfecture avant jeudi 6 mars à 18 heures.© Fotolia

Le gouvernement a présenté le 22 avril, en Conseil des ministres, les principes et le calendrier de la réforme de l’Etat, qui doit adapter son organisation à la nouvelle carte régionale s’appliquant au 1er janvier 2016. Il a nommé sept préfets préfigurateurs dans les nouvelles régions, chargés d'ici fin juin « de coordonner la réforme, de conduire le dialogue avec les élus et les organisations syndicales, pour arrêter le projet territorial à la base de la réforme » et les mesures d'accompagnement des agents de l’Etat. Le gouvernement arrêtera ses décisions en juillet.

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Cet article fait partie du dossier:

Elections régionales : 13 réorganisations capitales

voir le sommaire

Dans une communication en Conseil des ministres, le 22 avril, le gouvernement a présenté le calendrier et les principes de la réforme de l’Etat en région. Dans les 7 nouvelles régions (La Corse, Provence-Alpes-Côte d’Azur, l’Ile-de-France, le Centre, les Pays de la Loire et la Bretagne ne sont pas concernées par cette réforme), les préfets préfigurateurs sont les suivants :

  • Alsace-Lorraine-Champagne-Ardenne : le préfet de la région Alsace,
  • Languedoc-Roussillon et Midi-Pyrénées : le préfet de la région Midi-Pyrénées ,
  • Nord-Pas-de-Calais-Picardie : le préfet de la région Nord-Pas-de-Calais,
  • Basse et Haute-Normandie : le préfet de la région Haute-Normandie,
  • Auvergne et Rhône-Alpes : le préfet de la région Rhône-Alpes,
  • Aquitaine-Poitou-Charentes-Limousin : le préfet de la région Aquitaine,
  • Bourgogne-Franche-Comté : le préfet de la région Bourgogne.

Les préfets travailleront sous l’autorité du préfet Jean-Luc Nevache, nommé en février dernier pour deux ans coordonnateur national de la réforme des services déconcentrés de l’Etat auprès du Premier ministre. Ils devront présenter dès la fin juin un schéma de réorganisation des services comportant notamment des préconisations relatives à l’implantation géographique des directions déconcentrées. Ces propositions ne seront pas forcément uniformes et pourront être adaptées aux spécificités de chaque territoire. L’Etat arrêtera ses décisions « en juillet ».

7 « directeurs de projets »
Les préfets seront assistés de 7 « directeurs de projet » notamment pour la finalisation dudiagnostic territorial demandé aux préfets en février dernier par le Premier ministre. Ces directeurs devront formaliser des propositions « d’organisation-cible » des services de l’Etat dans la région élaborées en concertation avec les chefs de services déconcentrés (régionaux, départementaux, infra-départementaux).

Leurs travaux seront alimentés par les conclusions de la mission inter-inspections relative à la nouvelle organisation de l’Etat, qui travaille depuis l’automne dernier, et par la revue des missions de l’Etat engagée par Thierry Mandon qui devrait en présenter un bilan fin avril. Le gouvernement « arrêtera les premières décisions sous un mois, amorçant le processus de réexamen permanent par l’Etat de ses activités à tous les niveaux d’administration», précise le communiqué du Conseil des ministres.

Le rapport « Quelle action publique pour demain ? »  élaboré par France Stratégie, remis récemment à Thierry Mandon, pourrait guider leurs réflexions. Ils pourront aussi s’inspirer des recommandations de la  mission « de préfiguration de la réorganisation des services régionaux de l’Etat » en Bourgogne-Franche-Comté confiée par Matignon aux deux préfets (Éric Delzant et Stéphane Fratacci).

Des directeurs et recteurs préfigurateurs pour la santé et l’éducation

Pour ce qui concerne les agences régionales de santé, sept directeurs généraux préfigurateurs sont nommés : ce sont ceux des régions Lorraine, Aquitaine, Rhône-Alpes, Bourgogne, Midi-Pyrénées, Basse-Normandie et Nord-Pas-de-Calais. « Les futures agences régionales de santé auront pour périmètre les nouvelles régions. La désignation de ces préfigurateurs ne prédétermine en aucune façon le choix d’implantation du service. »

Pour ce qui concerne les services déconcentrés de l’éducation nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche, neuf recteurs coordonnateurs sont désignés dans les sept nouvelles régions (respectivement les recteurs de Nancy-Metz, Bordeaux, Lyon, Besançon, Toulouse, Caen, Lille) ainsi que dans les régions d’Ile-de-France et de Provence-Alpes-Côte-d’Azur (recteurs des académies de Paris et d’Aix-Marseille). « Chacun d’entre eux mène, en lien avec le préfet préfigurateur et les autres recteurs concernés, la concertation avec les organisations syndicales pour élaborer un projet d’organisation inter-académique, pouvant aller de dispositifs de coopération renforcée à une intégration conduisant à une fusion d’académies. Ces projets de convergence sans alignement sur les nouvelles régions feront également l’objet de décisions en juillet 2015. » Dans l’ensemble des neuf régions concernées, « des comités de recteurs sont mis en place à la rentrée scolaire 2015 pour assurer l’unité de la parole de l’Etat sur les sujets de politiques partagées avec les nouvelles régions. »

Un calendrier serré et une mise en oeuvre étalée sur trois ans
A l’issue de ces travaux, le gouvernement présentera en juillet son projet de réorganisation des services de l’Etat. L’automne 2015 « sera consacré, après validation des projets de préfiguration par le Gouvernement, à la préparation des conditions juridiques et administratives des nouvelles directions ». La création juridique de la nouvelle organisation de l’Etat « sera rendue effective au 1er janvier 2016, pour une mise en place progressive. A l’issue d’une phase transitoire de trois ans, l’ensemble des nouvelles organisations de l’Etat en région devra être stabilisé », précise le gouvernement.

Comme il l’avait précisé dans une communication en Conseil des ministres le 4 mars dernier, il devrait publier début mai une nouvelle charte de la déconcentration des pouvoirs « poursuivant et amplifiant le mouvement engagé dans les années 1990, pour donner aux représentants de l’Etat dans les régions et départements les marges de manœuvre leur permettant de mieux répondre aux enjeux locaux ». Cette charte « sera suivie de nouvelles mesures de déconcentration budgétaire, et en matière de gestion des ressources humaines », précise le gouvernement.

Parallèlement, l’Etat arrêtera « durant l’été », par décret, la liste des chefs-lieux provisoires des régions pour l’organisation des élections régionales des 6 et 13 décembre 2015. Les chefs-lieux définitifs seront arrêtés en juillet 2016, après renouvellement des conseils régionaux.

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La reconquête de la souveraineté des peuples doit devenir le cœur battant de la gauche.

27 Avril 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La gauche, #Le syndicalisme, #Le socialisme, #Europe supranationale, #Le capitalisme;, #La France, #La finance dérégulée, #Les transnationales, #La mondialisation

La reconquête de la souveraineté des peuples doit devenir le cœur battant de la gauche.

La reconquête de la souveraineté des peuples doit devenir le cœur battant de la gauche

 

Par Morvan Burel  |  26 avril 2015     →   

Chômage élevé, augmentation de la pauvreté, généralisation de la précarité, explosion des inégalités… La crise financière de 2007-2008 a exacerbé en Europe une crise économique, sociale et politique déjà structurellement installée depuis plusieurs décennies. Elle prend racine dès le début des années 1980.

A cette époque, alors que le monde du socialisme réellement existant s’écroule, les libéraux radicaux accèdent au pouvoir. Profitant d’une victoire dans la confrontation idéologique, ils parviennent facilement à imposer leur programme, garanti selon eux par une forme d’inéluctabilité historique. Les socialistes alors aux commandes de la France choisissent de se mettre au pas dès 1983. C’est le fameux « tournant de la rigueur » : en choisissant de se rattacher à l’ordre économique néolibéral, la France oriente le projet européen dans cette même voie et contribue à diffuser l’idée d’une impuissance progressive des Etats face à la mondialisation économique. Désormais, qu’ils soient conservateurs-libéraux ou sociaux-démocrates (puis sociaux-libéraux), les gouvernements n’ont plus vocation à agir sur l’état du monde. Au contraire, au nom de la poursuite de la compétitivité nationale dans un monde sans frontières, le politique déconstruit méthodiquement et systématiquement les acquis sociaux, arrachés durement par le mouvement ouvrier.

La mondialisation économique, impulsée par les gouvernements, a pourvu les détenteurs de capitaux d’un extraordinaire levier pour favoriser leurs intérêts au détriment de ceux des salariés. La dérégulation des échanges de marchandises et de capitaux a permis aux multinationales de mettre en concurrence les travailleurs dans un espace plus vaste que celui des Etats, et donc de mettre en concurrence les Etats eux-mêmes, les législations de ces Etats elles-mêmes. Les gouvernements n’ont plus d’autre ambition que de rendre leur territoire le plus compétitif possible pour retenir ou attirer les détenteurs de capitaux. Ceux-ci n’hésitent plus à exercer un chantage permanent dans le but de réduire ou supprimer les dispositifs qui nuisent à la rentabilité maximum de leurs investissements.

De nombreux salariés ont déjà fait les frais des fermetures de sites industriels occasionnées par les délocalisations, beaucoup ont dû accepter des dégradations de leurs conditions de travail face à des situations de chantage à l’emploi et tous ont subi des législations sociales en recul (santé, retraite, accès aux services publics, etc.).

La poursuite de la compétitivité économique comme objectif pour une société constitue la négation absolue de la souveraineté populaire. La souveraineté peut en effet se définir comme la capacité du peuple de se doter et de mettre en œuvre des règles de vie commune choisies librement. Ces normes concernent bien évidemment le champ économique et social. En effet, c’est dans ce domaine que se définissent des concepts aussi importants que la répartition des richesses, la solidarité entre les individus, la protection face aux aléas de la vie (maladie, invalidité au travail, vieillesse), etc. Les choix effectués par le peuple souverain en matière économique et sociale représentent d’ailleurs une grande partie de son identité culturelle. La France s’est caractérisée par la construction d’une très forte solidarité, contraignant, plus que dans les pays anglo-saxons par exemple, les détenteurs de capitaux au bien-être commun.

L’érection de la compétitivité en dogme rend précisément ces choix impossibles. Les normes économiques et sociales s’alignent toutes sur une norme présentée comme incontournable, auquel il convient de s’adapter, afin d’attirer ou de retenir sur son territoire les capitaux, et donc les emplois. Et comme cette norme est définie par les capitalistes, elle s’aligne toujours sur le moins-disant. En établissant cette règle de la vie économique, en détruisant au nom de cette sacro-sainte compétitivité leurs normes sociales, les Etats renoncent de fait à ce qui doit être leur rôle, c’est-à-dire l’exercice de la souveraineté déléguée par le peuple.

Restaurer la souveraineté perdue doit donc figurer au coeur du corpus revendicatif des organisations de la gauche de transformation sociale, à part égale avec la description de la nouvelle société qu’elle appelle de ses vœux.

En France, les causes de la crise, la nécessité de dénoncer fermement les politiques de dérégulation et de privatisation, la prise en compte de la nouvelle donne environnementale ont été analysées par les organisations de la gauche de transformation sociale, partis et syndicats. Ils ont élaboré un discours cohérent autour d’un modèle alternatif de société : plus de justice sociale, rééquilibrage du rapport capital/travail, renforcement des services publics, révolution énergétique, etc. Ce que les citoyens n’ont pas perçu, c’est leur capacité politique à mettre en œuvre une alternative, ici et maintenant. Soit les moyens de la souveraineté pour appliquer de manière effective les idées proposées.

L’échec du Front de gauche aux élections de 2014 et 2015 (municipales, européennes et départementales) et du mouvement social à créer les conditions d’une contestation d’ampleur (aucune grève majeure n’a eu lieu depuis l’opposition à la « réforme » sur les retraites en 2010 menée par Nicolas Sarkozy et François Fillon) peut s’analyser ainsi. Les citoyens sont demeurés incrédules sur la capacité de ces organisations à renverser le rapport de forces imposé par les multinationales dans une économie mondialisée. Comment expliquer sinon que la crise permanente, l’ampleur destructrice prise par celle-ci depuis 2008 n’aient pas permis à ses dénonciateurs de rencontrer une adhésion auprès des citoyens les plus durement touchés ?
 
La restauration de la souveraineté implique inévitablement une dénonciation de l’ordre européen actuel. Sur ce point crucial, le discours des syndicats et des partis politiques de gauche est demeuré beaucoup trop flou, timide et ambigu.

L’Union européenne (UE) a en effet précisément dilué la souveraineté populaire, grâce à la libre circulation des marchandises et des capitaux, et imposé ainsi une domination des intérêts économiques privés.

La politique de libre-échange est au coeur du projet européen. Elle est garantie par les traités constitutifs de la construction européenne (traité de Rome de 1957 et Acte unique européen de 1986 principalement). L’absence de régulation des flux marchands sur l’ensemble du continent, au-delà des frontières des Etats, permet de contourner efficacement les législations porteuses d’un modèle économique et social solidaire exigeant : il suffit pour les détenteurs de capitaux de substituer à la production de biens sur ces territoires l’importation de ces mêmes biens depuis des Etats où les normes en vigueur sont beaucoup plus faibles.

Simultanément, la libre-circulation des capitaux permet à des entreprises européennes de placer leurs unités de production sur des territoires « moins-disant » d’un point de vue réglementaire. Cette double tendance, au cœur de la stratégie économique des grands groupes, rend la production de biens, et donc le maintien de l’emploi, de plus en plus difficile dans les Etats qui défendent encore des législations sociales ambitieuses.

Dans ce contexte, la dénonciation du traité de libre-échange en cours de négociation avec les Etats-Unis (projet de grand marché transatlantique, dit GMT – TAFTA ou TTIP selon les acronymes anglophones) permet d’illustrer opportunément tous les enjeux liés à la problématique de la souveraineté tels qu’ils pourraient être intégrés dans un discours rénové de la gauche radicale. Ce traité est négocié par la Commission européenne, avec l’accord et le soutien du Parlement européen et du Conseil européen. Il a vocation à étendre dans un espace conjoint Europe/Etats-Unis les règles de circulation non régulée des marchandises et des capitaux en vigueur aujourd’hui sur les territoires de l’UE et de l’Amérique du Nord [1] pris séparément.

La lutte contre le GMT est d’abord justifiée par les conséquences immédiates et inacceptables qu’il impliquerait sur la vie des peuples européens. L’alignement des normes en vigueur sur des standards américains représenterait ainsi un recul social irrémédiable en matière d’environnement (exploitation des houilles de schiste), de droit du travail (fin du système généralisé de protection sociale), d’accès aux services publics (privatisation progressive des services de santé ou d’éducation), d’agriculture et d’alimentation (utilisation d’intrants chimiques, d’hormones de synthèse, etc.).

Mais la dénonciation de ce traité se justifie aussi en elle-même par la fin de la souveraineté populaire qu’il compte imposer. L’ampleur du champ social que le texte a vocation à englober (la totalité, en réalité), l’étendue des populations qu’il concerne et les moyens imaginés par ses promoteurs pour en assurer le fonctionnement réduisent à néant la souveraineté des peuples. L’instauration de tribunaux d’arbitrage privés et d’un mécanisme de coopération réglementaire [2] chargés d’assurer la bonne application du traité constitue la manifestation la plus outrancière d’une perte de souveraineté insidieuse et calculée. L’application dans le temps du traité sera confiée à des organismes non démocratiques. Les Etats deviennent des justiciables placés au même rang que les personnes privées. Leurs décisions sont susceptibles d’être contestées, car non conformes aux intérêts économiques d’opérateurs privés, représentés dans ces instances arbitrales. Avec ce projet, les détenteurs du capital parviennent à se débarrasser habilement et silencieusement de « l’aléa démocratique » : aucun gouvernement, aucune élection ne pourra plus menacer leurs intérêts.

La plupart des forces du mouvement social se sont regroupées pour empêcher la signature de ce traité. La gauche radicale doit maintenant amplifier la lutte et la contestation autour du GMT. L’importance des enjeux, le caractère frappant de certaines de ses conséquences (fin de l’interdiction d’importation de poulets aux hormones américains, impuissance juridiquement organisée des Etats avec le recours aux tribunaux d’arbitrage) doit servir de catalyseur pour dénoncer la mondialisation économique et revendiquer ainsi la restauration de la souveraineté du peuple.

Au-delà de ce seul projet de traité, ce sont tous les traités de libre-échange qui doivent être remis en cause. Le GMT, ou l’AECG (Accord économique et commercial global, accord de libre-échange avec le Canada, en cours de ratification – CETA en anglais) vont certes beaucoup plus loin que les autres accords caractérisant la politique commerciale européenne (dont les traités de l’UE eux-mêmes). Cependant, ils s’inscrivent dans la même logique et poursuivent le même objectif que les accords de libre-échange précédents : l’annihilation des moyens des peuples et des Etats afin que plus rien ne s’oppose au libre jeu du marché et à la maximisation des profits des acteurs économiques et financiers.

La destruction de l’exercice réel de la souveraineté des peuples par les puissances économiques et financières s’inscrit donc dans une longue et patiente mise en place d’accords de libre-échange. Ce phénomène connaît une forte accélération ces dernières années avec l’émergence de ces nouveaux projets de traités, comme l’AECG ou le GMT. S’ils sont mis en place, la souveraineté des peuples risque d’être totalement détruite. Sa reconquête doit donc devenir un enjeu central pour la gauche de transformation sociale. A ce titre, les organisations qui la composent vont devoir de nouveau appréhender des questions cruciales susceptibles de produire des clivages.

La souveraineté s’exerce par définition sur un territoire défini, la délimitation de celui-ci revêt donc une importance fondamentale. Pour la gauche, aujourd’hui, cela consiste bien sûr à répondre à cette question : le continent européen peut-il être ce territoire ? Si l’on veut bien écarter un présupposé idéologique répandu à gauche qui déconsidère la nation pour n’y voir qu’un concept réactionnaire et qui, par opposition, valorise l’espace européen, une analyse pragmatique des faits historiques démontre que la Communauté européenne, puis l’UE, s’est construite autour des seules idées de concurrence, de compétitivité, de libre-échange, qui ont pour vocation de supprimer la souveraineté.

L’urgence sociale et politique est aujourd’hui absolue et la conquête d’une Europe sociale, si tant est qu’elle soit possible, n’est pas envisageable à très court terme. L’UE à vingt-huit Etats membres rassemble des objectifs politiques, des réalités économiques, sociales et historiques trop disparates pour se réformer spontanément et incarner subitement un espace où la souveraineté populaire pourra se rétablir immédiatement. Au contraire même, parce que l’idée européenne s’est construite sur la seule compétitivité, ses institutions telles qu’elles existent sont devenues un obstacle contre lequel les peuples doivent se dresser.

Cela s’avère d’autant plus nécessaire que la disparation de la capacité d’agir du politique, actée et constatée depuis maintenant trois décennies, a créé une nouvelle menace : la montée en puissance des extrêmes droites dans de nombreux pays d’Europe, en Belgique, aux Pays-Bas, en Autriche, au Royaume-Uni, et bien évidemment en France. Le Front national se nourrit des abandons successifs de souveraineté entérinés par toutes les autres forces politiques en présence. Il axe son discours sur cette seule thématique, en affichant une capacité d’agir sans ambiguïté : sortie immédiate de l’euro, rupture avec l’UE, rétablissement des frontières nationales, retour du protectionnisme, etc.

Il est capital pour la gauche radicale de ne pas refuser de s’emparer de ces revendications précisément parce que le Front national les a intégrées à son discours. Ce dernier se garde d’ailleurs bien de décrire le projet qu’il porte, dans la mesure où il s’agit d’un programme de droite classique, préservant les intérêts du capital. Il est diamétralement opposé aux intérêts des classes sociales ouvrières, victimes de la mondialisation, dont une partie lui apporte pourtant son soutien électoral.

La conquête de la souveraineté populaire, aujourd’hui sa restauration, est une des revendications historiques de la gauche, qui a tout à perdre si elle choisit de tourner le dos à cet héritage, issu de la Révolution française, au seul motif que l’extrême droite a récupéré et dévoyé ce débat depuis plusieurs années.

Aujourd’hui, en Europe, des forces politiques de progrès sont au pouvoir, ou en sont aux portes. Des mouvements sociaux de grande ampleur, comme en Espagne, ont rassemblé des millions de citoyens contre l’austérité. Ces forces sont enfin prêtes à bouleverser l’ordre social réactionnaire qui enferme les peuples dans une crise sans fin. En Grèce, en Espagne, ce changement s’exerce dans le cadre de l’État nation. C’est lorsque les sociétés se seront enfin durablement orientées vers le progrès social dans un nombre significatif d’Etats nations en Europe (territoires sur lesquels la souveraineté populaire s’est construite, où existent des compromis sociaux, des institutions et des services publics efficaces et immédiatement mobilisables) que la construction européenne pourra être repensée entièrement. Il ne doit plus s’agir de la construction d’une souveraineté technocratique supranationale, mais de la définition d’objectifs politiques communs à atteindre par la coopération volontaire de peuples souverains.

 

[1] Dans le cadre de l’Alena, accord de libre-échange regroupant les Etats-Unis, le Canada et le Mexique.

[2] Ce mécanisme complexe aura pour vocation de soumettre, une fois le traité ratifié, toutes les décisions politiques ultérieures à l’examen de leur conformité aux règles commerciales fixées par le traité. Un « conseil de coopération réglementaire », composé de membres non élus, sera chargé de le faire fonctionner. Le processus tiendra les peuples à l’écart laissera toute la place aux lobbyistes et groupes d’intérêts privés d’influer sur le contenu final des textes législatifs et réglementaires. Voir « TAFTA, une attaque camouflée sur la démocratie et les normes de réglementation » http://corporateeurope.org/sites/default/files/ttip_fr.pdf

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L’Autriche songe à quitter l’Union européenne

27 Avril 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Europe supranationale, #La France, #La finance dérégulée, #La mondialisation, #La nation ., #Les transnationales, #Economie


par tiger54  »  Publié le 26 Avr 2015 23:19 / Commentaires : 0 / Vus : 1263 fois

 
ImageLe 7 janvier 2015, le ministère de l’Intérieur autrichien a accepté le principe de l’initiative populaire (Volksbegehren) optant pour la sortie de l’UE.

Les Autrichiens, déçus de l’Europe, songe à une Autriche libre, indépendante et neutre.

L’initiative populaire est le moyen le plus puissant de la démocratie directe encore aux mains de la population autrichienne.

Dans un premier temps, le ministère et la Cour constitutionnelle refusèrent les presque dix mille signatures dûment validées demandant ce vote. Dans un second temps (à nouveau dix mille signatures, donc en tout vingt mille signatures) ils ne purent plus refuser.




Ainsi, pendant 8 jours, entre le 24 juin et le 1er juillet 2015, les Autrichiens pourront s’inscrire sur les listes officielles dans leur commune ou mairie pour exprimer officiellement, par leur signature, leur volonté de quitter l’UE.

Voici le texte officiel de l’initiative en faveur de la sortie de l’UE (extrait) :

Presque toutes les promesses faites avant l’adhésion à l’UE il y a 20 ans et ayant mené au «oui» à l’adhésion n’ont pas été tenues :
 
  • Au lieu de la croissance, nous avons assisté à une détérioration dans presque tous les domaines : chômage, surendettement, pouvoir d’achat pour la grande majorité de la population.
  • Le taux de criminalité a progressé (au lieu d’apporter plus de bonheur aux peuples).
  • Les petites exploitations agricoles continuent de disparaître.
  • L’environnement s’est détérioré.
  • Les décisions prises au niveau de l’UE sont très souvent dictées par les entreprises internationales de la pharmaceutique, de l’énergie nucléaire et du génie génétique, ainsi que des multinationales agroalimentaires qui ne laissent aucune chance à un approvisionnement local et régional favorable aux classes moyennes.
  • La politique de paix est particulièrement mise en danger suite à notre appartenance à l’UE.
  • Le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes est de plus en plus contrarié, or il est le fondement de la paix et la liberté.
  • La participation aux sanctions économiques contre la Russie est incompatible avec la neutralité perpétuelle ancrée dans la législation autrichienne.
 
« Nous voulons de nouveau vivre dans un pays libre et neutre sans être une «colonie» de Bruxelles et de Washington. Nous ne voulons surtout pas être entraînés dans des conflits à l’étranger qui ne nous regardent en rien et représentent un réel danger pour la paix. Stoppons de telles exigences dès le début, sinon il sera trop tard » ajoute le texte.
 
  • Seul le fait de quitter l’UE nous permettra d’échapper aux fameux accords transatlantiques de libre échange entre l’UE et les Etats-Unis (TTIP) et le Canada (CETA).
  • L’Autriche ne récupère qu’une petite part des milliards d’euros annuels servant à la «promotion» de l’UE. Du fait de ces paiements annuels dus à l’UE, nous sommes un contributeur net depuis 20 ans.
  • L’Autriche n’a même pas le «droit» de codécision pour l’utilisation de cet argent.
  • En fin de compte, le fait d’être membre de l’UE est depuis 20 ans une affaire à perte pour l’Autriche pour avoir entraîné la diminution des prestations sociales et des investissements étatiques en faveur de la population.
  • En cas de sortie de l’UE, l’Autriche n’économiserait pas seulement ses paiements annuels en tant que contributeur net mais également les paiements pour les divers «fonds de sauvetage pour l’euro».
  • Les obligations de dépôts à hauteur de milliards pour le Mécanisme européen de stabilité (MES) et les énormes garanties pour le Fonds européen de stabilité financière (FESF) seraient supprimées.
  • L’Autriche pourrait réintroduire sa propre monnaie et mener une politique monétaire servant tout d’abord son économie nationale.

L’objectif de cette initiative populaire est parfaitement démocratique, et personne n’a de raisons de s’y soustraire, et le retrait de la République autrichienne de l’Union européenne évitera davantage de dommage à la population.

Celle-ci la ressent comme un instrument centralisé, paralysant, mettant le pays sous tutelle, présentant des aspects toujours plus dictatoriaux, et nullement prometteur.

Les petits pays indépendants offrent beaucoup plus de chances pour une économie et une vie respectueuse de la nature et durable qui profitera aux générations futures.
Ce texte a été remis personnellement au ministère de l’Intérieur à Vienne le 17 décembre 2014

Source: WEGWARTE, 25e année, no 2, avril 2015, Mitteilungen der Initiative Heimat & Umwelt

Sortie de l’UE garantie par l’art. 50 du Traité de l’Union Européenne (1) :
 
  1. Tout Etat membre peut décider, conformément à ses règles constitutionnelles, de se retirer de l’Union.
  1. L’Etat membre qui décide de se retirer notifie son intention au Conseil européen. À la lumière des orientations du Conseil européen, l’Union négocie et conclut avec cet Etat un accord fixant les modalités de son retrait, en tenant compte du cadre de ses relations futures avec l’Union. Cet accord est négocié conformément à l’article 218, paragraphe 3, du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne. Il est conclu au nom de l’Union par le Conseil, statuant à la majorité qualifiée, après approbation du Parlement européen.
  1. Les traités cessent d’être applicables à l’Etat concerné à partir de la date d’entrée en vigueur de l’accord de retrait ou, à défaut, deux ans après la notification visée au paragraphe 2, sauf si le Conseil européen, en accord avec l’Etat membre concerné, décide à l’unanimité de proroger ce délai.


© Alain Leger pour Dreuz.info.

(1) diplomatie.gouv.fr/fr/IMG/swf/carte.swf
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