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Le blog de Lucien PONS

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Brésil en « paralysie active… », par Richard Labévière

8 Septembre 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #La nation ., #AMERIQUE, #Amérique Latine

Source : Proche & Moyen-Orient, Richard Labévière, 04-09-2017

Oiapoque, Macapa, Belém, 3 septembre 2017.

A Saint-Georges – dernière ville de Guyane avant la frontière -, une fois passé le pont qui enjambe le rio Oiapoque, la première ville brésilienne d’Oiapoque (33 000 habitants) s’organise à partir du fleuve, de ses piroguiers, de ses bazars chinois – qui vendent de tout -, et du siège de la police fédérale, en face de l’église catholique qui résiste aux Evangélistes installés en périphérie dans de riches villas. Le centre-ville abrite aussi le musée amérindien très pédagogique avec ses cartes des zones tribales de l’Etat d’Amapa (800 000 habitants), une université dotée d’un département francophone très dynamique, le palais de justice et les deux churrascaria (restaurants de viandes) les plus fréquentés.

Pour sortir de ce bout de Brésil encore pionnier, on emprunte une piste de terre en direction de Macapa (300 000 habitants). Après une heure de route, sur la gauche, une piste plus improbable encore mène à Vila Velha Jari, au bord du rio Cassiporé qui débouche sur le lac Maruani : là où la création du monde a commencé, le royaume de Genival ! C’est l’heure du Mascaret1, lorsque la marée de l’océan remonte le courant descendant des bras d’Amazone : une grande vague qui peut dépasser sept mètres. C’est sur ces berges qu’on peut rencontrer les villageois brésiliens et amérindiens qui ont résisté aux expulsions forcées durant la dictature militaire (1964 -1985), ces années de plomb dont le grand écrivain Jorge Amado décrit si bien les logiques économiques. Les anciens se souviennent, croyant ces temps définitivement révolus…

Pourtant, une grande inquiétude règne de nouveau, car « l’histoire est en train de se répéter », explique Odaïr, « à l’époque, on voulait nous faire partir pour créer un parc naturel. Une fois vidées de leurs habitants, certaines de ces zones ont déjà été vendues par tranches aux miniers, forestiers et entreprises de l’agro-business. Le gouvernement actuel renouvelle le même processus en cédant aujourd’hui plus de 4 millions d’hectares de forêt – classée patrimoine de l’humanité – à des sociétés privées qui vont continuer à massacrer l’Amazonie et déplacer les dernières populations autochtones ».

NOUVEAU COUP CONTRE L’AMAZONIE

Sous la présidence de Lula et de Dilma Roussef, la déforestation en Amazonie brésilienne a enregistré un certain recul. Avec le président actuel Michel Temer et le PMDB (parti centriste), qui ont profité de la révocation de Dilma – la gauche brésilienne parle d’un coup d’Etat constitutionnel, un processus golpiste -, privatisation et massacre de la grande forêt reprennent de plus belle ! La course à l’argent s’attaque de nouveau au plus grand réservoir de biodiversité du monde qui s’étend sur près de 6 millions de km2 dans neuf pays dont le Brésil, qui en abrite 63%. Cette grande forêt abrite 16 000 variétés d’arbres (dont 6000 inscrites sur la liste rouge des variétés menacées d’extinction). Avec 2,5 millions de types d’insectes, 40 000 espèces de plantes, 3000 de poissons, 1294 d’oiseaux, 427 de mammifères et 378 de reptiles, l’Amazonie est de nouveau en grand danger.

Les Etats de l’Amapa et de Para – les plus écologistes du Brésil – vont être redonnés aux grandes compagnies minières. La décision unilatérale de Michel Temer donne un nouveau feu vert à l’orpaillage, aux trafics de bois et d’animaux rares, au percement de routes clandestines et à l’élevage intensif des grands latifundistes, autant d’activités que des décennies de revendications et de luttes des populations amazoniennes et brésiliennes avaient réussi à contenir avec l’aide des Nations unies et de grandes ONGs environnementalistes. Mais l’idéologie golpiste n’a que faire de ces entraves à l’enrichissement le plus rapide, le plus sauvage, sinon le plus meurtrier. Ainsi voit-on ressurgir aujourd’hui dans différentes régions de l’Amazonie brésilienne des groupes de pistoleros et d’autres organisations armées à la solde des grands propriétaires terriens.

GREVE NATIONALE

C’est l’un des sujets brandis par les étudiants de l’université de Macapa, qui sont en grève ce jeudi 31 août. Après un débat sur la francophonie politique, ils expliquent les autres raisons de cette journée de « protestation nationale » et de « paralysie active ». Le budget de l’éducation nationale va être gelé pour les vingt prochaines années ; l’existence de nombreuses universités – dont celle de Macapa et l’annexe d’Oiapoque – est gravement menacée, de même que les structures de la santé et la plupart des grands services publics. Dans les universités publiques de Rio de Janeiro, les salaires sont versés avec 6 mois de retard ; le recteur de l’Etat de Rio Grande do Sul a déjà fermé huit instituts culturels et de recherche.

Les étudiants expliquent que Michel Temer ne s’attaque pas seulement à l’Amazonie, aux universités et aux services publics, mais aussi aux contenus des programmes d’enseignement. Ainsi a-t-il décidé de supprimer les enseignements du Français et de l’Espagnol au profit de l’Anglais, « la seule langue qui trouve grâce à ses yeux ; la francophonie représentant pour lui une dimension culturelle subversive et dangereuse », déplore une enseignante « pour lui, l’Anglais globish est plus rassurant parce que c’est l’idiome du commerce, de la finance et de la force ».

Le démantèlement du droit du travail et le dossier des retraites inquiètent particulièrement la génération des 30/ 40 ans, puisqu’il est question de fixer l’âge de la retraite à 65 ans. « Mais pour toucher leurs droits, les gens auront dû travailler 49 ans, c’est-à-dire depuis l’âge de 16 ans, ce qui ne correspond absolument à rien dans un pays où le secteur de l’économie informelle est tellement important et où les professeurs ne trouvent un emploi stable qu’entre 25 et 30 ans au mieux », explique Anderson, l’un des responsables de la CUT (Central Unica dos trabalhadores) à Macapa. La loi sur les retraites n’a pas encore été votée car elle constitue une monnaie d’échange pour les députés et sénateurs qui veulent en profiter pour obtenir des compensations sur d’autres sujets en contrepartie de leur vote…

Le lendemain de la « paralysie active » : pas une ligne dans le Jornal do Dia, la feuille régionale dominante. Les étudiants nous avaient prévenus : « la presse mainstream, notamment la télévision Globo (Rede Globo de televisao), la Folha de S.Paulo et les grandes radios nationales ne diront pas un mot du mouvement, parce qu’ils soutiennent Temer et toute sa bande de corrompus après avoir soutenu et légitimé le coup d’Etat contre Dilma Roussef qui a été une farce, une imposture montée de toutes pièces avec le soutien des grandes entreprises, des sociétés minières et de l’agro-business ».

Les médias alternatifs comme Media Ninja, Conversa Afiada ou Pragmatismo Politico « ont le mérite d’exister, mais s’adressent à des citoyens déjà éclairés. Malheureusement, ils ne sont pas repris par la grande presse internationale et se perdent dans l’espace infini d’Internet », souligne Simon, étudiant en relations internationales, qui ajoute : « les jeunes générations qui n’ont pas connu la dictature militaire font preuve d’une grande naïveté et se laissent enfumer par l’idéologie golpiste, qui en est une résurgence ».

L’IDEOLOGIE GOLPISTE

Ce qui frappe Gabriela, c’est la montée de la haine, une haine « qui n’a jamais existé de cette façon : des gens veulent mettre Lula en prison. Ses amis, ses soutiens et les syndicalistes sont menacés et insultés publiquement dans la presse et les assemblées gouvernementales ». Un député du Parti social-chrétien (PSC) – Jair Bolsonaro -, a insulté en pleine séance parlementaire une députée du Parti des travailleurs (PT) en lui disant qu’elle « était tellement moche qu’elle ne méritait même pas d’être violée… ».

Cet ancien militaire, qui s’illustre régulièrement par ses saillies machistes et homophobes, est pourtant singulièrement populaire au point qu’il songe à se présenter à la prochaine élection présidentielle de l’automne 2018. Pour appuyer la révocation de Dilma, il a même osé invoquer la mémoire de Brilhante Ulstra, l’officier qui fut l’un des tortionnaires de l’ancienne présidente brésilienne ! Ces dérives, qui se multiplient dans la vie publique, ne sont pas dénoncées par la grande presse et rarement condamnées par la justice, sinon de manière symbolique.

La justice ! C’est l’un des problèmes majeurs du Brésil d’aujourd’hui. Nommés par le pouvoir exécutif, les juges n’en font qu’à leur tête et selon leurs intérêts personnels. Ils profitent singulièrement d’une situation paradoxale : la population veut qu’ils mènent à terme leur opération « mains propres » afin de lutter contre la corruption et d’assainir la vie politique, mais – de fait -, ils deviennent des électrons libres, prêts à subir n’importe quelle influence, voire à se laisser corrompre eux-mêmes.

Le plus bel exemple de cette dérive s’illustre par les facéties du juge fédéral de Brasilia, Sergio Moro. Cet ami personnel de Michel Temer et du président du Congrès est l’homme en charge de l’instruction des cinq procédures instruites contre Lula à qui l’on reproche entre autres différentes concessions accordées à Petrobras, l’entreprise nationale d’hydrocarbures. « Montées de toutes pièces, ces affaires sont seulement destinées à détruire le grand prestige intact de Lula parmi la population et à détruire le Parti des Travailleurs (PT), pour l’empêcher de présenter un candidat à la prochaine élection présidentielle », explique l’avocat carioca Luis Silmo, « à cet égard, le juge Sergio Moro mène une véritable chasse à l’homme contre Lula, cherchant à l’abattre – au propre comme au figuré – de toutes les manières possibles ».

Et lorsqu’on demande à Sergio Moro les preuves sur lesquelles il se fonde pour mettre ainsi en cause Lula, il répond qu’il s’intéresse davantage aux « intentions présumées » de l’ancien président du Brésil ? Formé aux Etats-Unis, ce juge chasseur de primes a fait de la traque anti-Lula l’affaire de sa vie, poussé par tous les ennemis politiques de la gauche brésilienne dont Aécio Neves, le président du Parti de la social-démocratie qui a mené la campagne pour la révocation de Dilma Roussef avec l’aide d’ONGs américaines.

Par conséquent, l’idéologie golpiste allie cinq composantes majeures : 1) une nostalgie de la dictature militaire ; 2) la faveur des grands propriétaires terriens, miniers et sociétés de l’agro-business ; 3) les attaques personnelles et contrats ad nominem à l’encontre de personnalités indépendantes ; 4) la remise en cause de la séparation des pouvoirs ; 5) enfin, la désinformation et la suprématie des fake news, des télénovelas et de la culture unique du football.

Sur ce dernier plan, l’extrême-droite brésilienne est très inventive en matière de communication, se spécialisant dans le changement de nom de ses organisations. Exemple : le PEN (Pari écologiste de la nation/extrême-droite), va désormais s’appeler Podemos, du même nom que l’organisation de l’extrême-gauche espagnole, sans parler du PAB, qui s’approprie l’hymne national pour s’instaurer en Parti de l’amour de la nation.

LULA, EN CARAVANE DANS LE NORDESTE !

Malgré ce déferlement de coups de force constitutionnels à répétition, de corruptions légalisées, d’abus de pouvoir, de propagande et de chasse à l’homme, le PT, les grandes centrales syndicales et la société civile brésilienne conservent une étonnante vitalité. Comme la Samba, la « paralysie active » des étudiants de Macapa n’est jamais à court d’idées et d’initiatives. Sur les voitures et maisons, contre les murs et sur les autoroutes fleurissent les slogans appelant à la résistance pour l’élection présidentielle de 2018.

Lula et son équipe ont organisé une caravane qui sillonne les Etats du Nordeste, les régions les plus pauvres du pays, celles qui ont le plus bénéficié de la Bolsa (bourse familiale) et de ses politiques sociales. Malgré les procédures engagées contre lui par Sergio Moro, les partisans de Lula espèrent toujours qu’il pourra se déclarer candidat pour la prochaine présidentielle. « Avec les recours et les cassations, le juge Moro n’arrivera pas à empêcher Lula de se présenter », explique un avocat de San Paulo, « désormais, le temps travaille pour lui. Si Lula est candidat, il gagnera cette élection haut la main… ».

Lancée le 17 août à Salvador de Bahia, cette campagne de reconquête – « Le Brésil a besoin de Lula » – sillonne le Nordeste, sa région natale qui constitue son véritable socle politique, jusqu’à la fin du mois de septembre. Ensuite, le peut-être candidat du Parti des travailleurs reviendra dans les grandes villes comme Sao-Paulo et Rio pour marteler son message : « parcourir le pays pour partager aux côtés du peuple, de notre peuple, ce qui se passe véritablement dans le pays ; un pays qui est soumis à un groupe de personnes qui n’ont jamais été capables de gouverner ».

L’ancienne présidente « empêchée » – Dilma Roussef – qui n’a jamais lâché Lula, est l’un des éléments les plus actifs de cette campagne qui, outre les plus pauvres, entend mobiliser aussi la jeunesse (et pas seulement les étudiants), ainsi que les personnes âgées qui sont aussi les principales victimes de la politique de casse sociale de Michel Temer.

A l’automne 2018, la prochaine élection présidentielle du Brésil va se dérouler dans un contexte régional passablement tendu. Du Venezuela aux pays andins, les gauches latino-américaines et les mouvements amérindiens font l’objet de plusieurs initiatives (parfois armées), à partir de Panama et de la Colombie. Le président Donald Trump a même menacé d’intervenir directement à Caracas et les observateurs avertis du continent parlent d’un « plan Condor bis and soft » à l’encontre des gauches bolivariennes.

Pour l’heure, le Brésil vit une tragédie shakespearienne où tous les coups sont permis, même les plus bas ! Dans cette démocratie « émergée », la séparation des pouvoirs exécutif, législatif et judicaire n’est plus garantie. « Lula et Dilma avaient redonné dignité et espoir à ce pays/continent. En moins de deux ans, Michel Temer, ses complices et leurs relais de l’idéologie golpiste ont ramené le Brésil aux mensonges qui ont généré la dictature militaire », déplore l’un des grands professeurs de l’université de génie civil de Sao-Paulo.

Fora Temer, autrement dit : Temer, dégage ! Mais est-ce que ça suffira ?

Richard Labévière

1 Dans l’embouchure de l’Amazone se produit un mascaret, nommé localement Pororoca, là où la profondeur n’excède pas 7 mètres. La vague déferlante d’une hauteur de 1,5 à 4 mètres progresse à plus de 25 km/h. Ce mascaret est la raison pour laquelle l’Amazone ne possède pas de véritable delta ; l’océan emporte rapidement le vaste volume de vase drainée par l’Amazone, ce qui rend impossible la formation d’un delta.

Source : Proche & Moyen-Orient, Richard Labévière, 04-09-2017

Nous vous proposons cet article afin d'élargir votre champ de réflexion. Cela ne signifie pas forcément que nous approuvions la vision développée ici. Dans tous les cas, notre responsabilité s'arrête aux propos que nous reportons ici. [Lire plus]Nous ne sommes nullement engagés par les propos que l'auteur aurait pu tenir par ailleurs - et encore moins par ceux qu'il pourrait tenir dans le futur. Merci cependant de nous signaler par le formulaire de contact toute information concernant l'auteur qui pourrait nuire à sa réputation. 

 

8 réponses à Brésil en « paralysie active… », par Richard Labévière

  1. Catalina Le 08 septembre 2017 à 08h22

    Pauvre monde, il me semble qu’on en arrive à un point où il n’est plus possible d’ignorer les spoliations du financiarisme sur tous les continents. AH, si la télé nous informait, ce monde aurait un autre visage. Pourquoi la télé ? parce qu’elle trône dans tous les salons. La télé rendue à son objectif premier, nous informer, pourrait être l’arme de destruction massive de la manipulation généralisée.
    Ce qui est dingue, c’est qu’il y aura un réveil, ce qui l’est encore plus c’est que plus il viendra tard, plus il y aura de souffrances.

    L’autruche ne peut pas garder la tête dans le sable indéfiniment

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Le Venezuela est-il victime d’une guerre économique ? Par Valentine Delbos

8 Septembre 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Histoire, #La nation ., #AMERIQUE, #Amérique Latine

Source : LVSL, Valentine Delbos, 10-07-2017

Un gouvernement autoritaire qui affame son peuple et le réprime à coups de matraques : c’est de cette manière que la situation au Venezuela est présentée par les médias occidentaux. Le gouvernement de la révolution bolivarienne, quant à lui, n’a de cesse de dénoncer une stratégie de déstabilisation comparable à celle mise en place contre le président Salvador Allende, au Chili (1970-1973), laquelle se solda par un coup d’Etat. La comparaison est-elle valable ?

Valentine Delbos, pour LVSL

Le Venezuela traverse une situation extrêmement tendue et, malheureusement, les médias dominants – donnant une vision très incomplète des événements en cours dans ce pays– n’aident en rien à la compréhension de la situation pour le citoyen lambda se trouvant à des milliers de kilomètres de Caracas. Si tous les journalistes s’accordent à dire que le pays sud-américain traverse une terrible situation économique, rares sont ceux qui se penchent en profondeur sur les multiples raisons qui l’alimentent. Alors que pour l’expliquer la plupart des médias mettent uniquement en avant l’incompétence du gouvernement en matière de gestion et une corruption qui battrait tous les records, diverses voix et jusqu’au président Maduro s’unissent pour dénoncer de leur côté et depuis plusieurs années une guerre économique… que la presse cite peu ou de façon presque sardonique, faisant passer le mandataire pour un affabulateur ou un « complotiste ».

En effet, il n’est pas de bon ton de mentionner « l’impérialisme » de ce côté-ci de l’atlantique, et le fait que l’histoire de l’Amérique latine soit le résultat de plusieurs siècles de relations tumultueuses avec les Etats-Unis n’a pas l’air d’attirer l’attention de la plupart des « experts » et autres éditorialistes, qui ont plutôt l’air de vouloir suivre la doctrine avancée par le président Obama vis-à-vis du sous-continent : « oublions le passé ».

L’histoire : séance d’auto-flagellation ou outil pour comprendre le présent ?

Faut-il oublier le passé ? Il est évidemment fort commode pour celui qui a commis des exactions de demander à celui qui les a subies de faire table rase et de « se tourner vers le futur ». Demander aux Africains de penser à l’avenir, certes, mais comment leur exiger d’oublier la Françafrique ? Il en va de même en Amérique latine. On ne balaie pas d’un simple revers de main plus d’un siècle et demi d’expansionnisme et d’interventionnisme, de diplomatie de la canonnière ou du « gros bâton », de politique du dollar et d’ingérence continue dans sous-continent considéré jusqu’il y a encore peu- comme la chasse gardée ou l’arrière-cour des Etats-Unis.

Il est intéressant de rappeler la réponse de la présidente de l’Argentine Cristina Fernandez au président Obama après que celui-ci eu proposé – lors du VII Sommet des Amériques qui se tint à Panama en avril 2015 – « d’avancer en laissant derrière le passé » :

« Faisons la part des choses, je vois que le président Barack Obama –il vient de le signaler– n’aime pas beaucoup l’histoire ou bien qu’il la considère comme peu importante ; au contraire à moi elle m’aide à comprendre ce qui se passe [aujourd’hui], ce qui s’est passé et pourquoi, mais surtout à prévenir ce qui pourrait se produire à nouveau. Nous n’abordons pas l’histoire comme un exercice de masochisme ou une séance d’auto-flagellation, mais comme un outil pour comprendre pourquoi nous en sommes arrivés au point où nous nous trouvons. » [1]

Pour les pays historiquement dominés, la mémoire est en effet utile pour comprendre le présent et appréhender le futur, surtout quand les vieilles habitudes perdurent. Car s’il est vrai que le temps ou les troupes américaines pouvaient débarquer n’importe où dans la région et y hisser leur drapeau est bien révolu, il serait vraiment naïf de penser que les Etats-Unis auraient aujourd’hui renoncé à vouloir continuer de favoriser leurs intérêts au sud du Rio Grande. Avec les plus grandes réserves de pétrole du monde et un discours panlatinoaméricaniste intolérable, il est tout naturel de considérer le Venezuela comme une des principales cibles de l’administration étatsunienne. Le président Obama n’a-t-il pas décrété en mars 2015 « un état d’urgence nationale suite à la menace inhabituelle et extraordinaire pour la sécurité nationale et la politique étrangère des États-Unis posée par la situation au Venezuela » ? [2]

C’est en ayant tous ces éléments en vue qu’il faut considérer les allégations du gouvernement vénézuélien lorsqu’il déclare être victime d’une déstabilisation comparable à celle qu’a connue le Chili sous la présidence de Salvador Allende (1970-1973). Une instabilité qui serait le résultat d’une pression politique et médiatique incessante, à laquelle il faudrait rajouter une guerre économique aux effets ravageurs.

Pourtant, rares sont les journalistes qui se sont penchés sérieusement sur cette question, comme si le terme de « guerre économique » ne pouvait renvoyer qu’à des théories conspirationnistes nauséabondes issues d’un esprit paranoïaque. Mais c’est faire montre de beaucoup d’ignorance que de déconsidérer cette pratique qui est loin d’être neuve dans l’histoire de l’humanité en général et dans la boîte à outil interventionniste de la politique étrangère américaine en particulier.

Qu’est-ce que la guerre économique?

La guerre économique a toujours existé ; elle est une réalité qui a beaucoup été étudiée, autant par les universitaires que par les experts en questions militaires… et enseignée : ne trouve-t-on pas une Ecole de Guerre Economique dans le VIIème arrondissement de Paris ? [3]

Comment la définir ? Selon le géopoliticien Pascal Boniface, il s’agirait de « la mobilisation de l’ensemble des moyens économiques d’un État à l’encontre d’autres États pour accroître sa puissance ». Alors que le temps des conflits frontaux associés aux conquêtes territoriales est révolu, « les conflits d’intérêts entre pays développés ne peuvent désormais trouver d’expression qu’à travers l’affrontement économique ». [4]

Et si selon Clausewitz la guerre représentait la continuation de la politique par d’autres moyens, il en va de même aujourd’hui pour la guerre économique qui n’est « qu’un outil qui permet d’atteindre des objectifs qui demeurent fondamentalement d’ordre politique » [5]

Le blocus commercial, économique et financier imposé à Cuba par les Etats-Unis depuis 1960 est peut-être un des plus clair exemples. Il convient ici de rappeler l’objectif qui motiva sa mise en place (sous la présidence de Dwight Eisenhower) avec la lecture d’une note du 6 avril 1960 -secrète à l’époque mais aujourd’hui déclassifiée- du sous-secrétaire d’État adjoint aux Affaires interaméricaines, Lester D. Mallory, dans laquelle celui-ci affirme que :

« la majorité des Cubains soutient Castro » et qu’il « n’existe pas une opposition politique effective », en ajoutant que« le seul moyen prévisible de réduire le soutien interne passe par le désenchantement et le découragement basés sur l’insatisfaction et les difficultés économiques (…) Tout moyen pour affaiblir la vie économique de Cuba doit être utilisé rapidement (…) : refuser de faire crédit et d’approvisionner Cuba pour diminuer les salaires réels et monétaires dans le but de provoquer la faim, le désespoir et le renversement du gouvernement. » [6]

L’on voit bien comment le blocus est utilisé contre Cuba comme un outil destiné à étouffer l’économie [7] dans un but politique : provoquer un mécontentement populaire qui provoquerait un soulèvement puis un changement de gouvernement. Dans cette variante de la guerre économique, l’affrontement est ouvert, officiel, et montre clairement la volonté d’une puissance de faire plier un gouvernement ennemi.

Le Chili du début des années 70 est aussi un grand cas d’école mais dans une autre modalité de la guerre économique : celle-ci qui allie volonté géostratégique d’une puissance extérieure (les Etats-Unis) et groupes d’intérêts locaux opposé au gouvernement en place (grand patronat, oligarchie locale).

Petit rappel des faits.

En pleine guerre froide et alors que les Etats-Unis craignent que la révolution menée par Fidel Castro à Cuba n’aide à propager le « virus rouge » en Amérique latine, un président démocratiquement élu -Salvador Allende- menace de mettre en place une transition vers le socialisme à base de nationalisations et d’une redistribution plus équitable de la richesse. Une situation d’autant plus intolérable pour le républicain Richard Nixon que le nouveau gouvernement chilien menace directement les intérêts des multinationales américaines présentes dans le pays, notamment l’entreprise téléphonique ITT. [8]

Orchestrée par le conseiller à la sécurité nationale Henry Kissinger, la stratégie suivie par les Etats-Unis et ses services secrets n’aura d’autre but que de préparer le terrain pour le coup d’Etat du général Pinochet (11/09/1973) : les documents -aujourd’hui déclassifiés- du Conseil de Sécurité Nationale montrent noir sur blanc les efforts déployés par l’administration américaine pour « déstabiliser économiquement » le Chili entre 1970 et 1973. [9]

Le directeur de la CIA ne prend pas de détours pour décrire les projets de son agence dès 1970 : « Faire tomber [le gouvernement d’] Allende par un coup d’Etat est notre objectif ferme et persistant. (…) Il est impératif que ces actions soient mises en place de façon clandestine et sûres afin que le Gouvernement des Etats-Unis et la main américaine reste bien cachée ». De son côté, le président Nixon ordonne lui-même a son agence de renseignement de « faire hurler l’économie » chilienne afin de renverser Allende. [10]

Plus de 40 ans après les faits, personne n’oserait aujourd’hui mettre en doute qu’une complexe stratégie de déstabilisation a été mise en place par les Etats-Unis contre le gouvernement du Chili du président Allende (s’appuyant sur l’oligarchie locale, la droite chilienne ainsi que la presse d’opposition) et que le volet économique y a joué un rôle prépondérant.

Peut-on faire un parallèle entre le Chili d’Allende et le Venezuela d’aujourd’hui ?

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Source : LVSL, Valentine Delbos, 10-07-2017

Nous vous proposons cet article afin d'élargir votre champ de réflexion. Cela ne signifie nullement que nous "soutenons" le Président Maduro. Par principe, nous ne "soutenons" aucun gouvernement nulle part sur la planète. [Lire plus]Nous sommes au contraire vigilants, tout gouvernement devant, pour nous, justifier en permanence qu'il ne franchit aucune ligne jaune. Mais nous sommes évidemment également attachés à lutter contre le deux poids 2 mesures, et à présenter tous les faits. Au final, notre vision est que le peuple vénézuelien puisse choisir librement et démocratiquement son avenir, sans ingérences extérieures, et nous condamnons toutes les atteintes aux Droits de l'Homme des deux camps...

 

27 réponses à Le Venezuela est-il victime d’une guerre économique ? Par Valentine Delbos

Commentaire recommandé

Puisqu’on vous dit que c’est la socialisation de l’économie qui est responsable des pénuries!

Surtout ne lisez pas cet article complotiste,non sourcé et qui ne passera pas au decodex!!!!!!

Merci à olivier pour cet éclairage, Maurice Lemoine a, lui aussi, commis 4 articles :la guerre économique pour les nuls (et les journalistes) sur le sujet.Ils sont trouvables sur mémoires des luttes,le grand soir ou investig’action……pastillés rouge par le decodex comme il se doit

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L’ASSEMBLÉE NATIONALE CONSTITUANTE DE LA RÉPUBLIQUE BOLIVARIENNE DU VENEZUELA COMME INSTRUMENT DE DIALOGUE NATIONAL POUR LA PRÉSERVATION DE LA PAIX ET DE LA DÉMOCRATIE

8 Septembre 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #AMERIQUE, #Amérique Latine

L'ASSEMBLÉE NATIONALE CONSTITUANTE
DE LA RÉPUBLIQUE BOLIVARIENNE DU VENEZUELA

 

L’ASSEMBLÉE NATIONALE CONSTITUANTE COMME INSTRUMENT DE DIALOGUE NATIONAL POUR LA PRÉSERVATION DE LA PAIX ET DE LA DÉMOCRATIE

 

 

La paix au Venezuela avait donné déjà des symptômes d’instabilité en janvier 2015, après l’installation de la nouvelle Assemblée Nationale (pouvoir législatif), où l’opposition est majoritaire.   En effet, dans son premier discours à la Nation, le nouveau Président de l’Assemblée Nationale, le Député Henry Ramos Allup, avait annoncé que dans un délai de six mois il ferait partir le Président Nicolás Maduro de la Présidence de la République.
 
Etant donné que le mandat du gouvernement du Président Nicolás Maduro arrive à son terme en 2018, cette affirmation du Pouvoir Législatif représentait une menace à la démocratie vénézuélienne.  L’Assemblée nationale a déclaré ouvertement son intention d’attenter contre le Pouvoir Exécutif, méconnaissant sa légalité et sa légitimité, issue d’élections libres et démocratiques qui se sont tenues en 2013.
 
Les actions entreprises en suite par l’Assemblée Nationale ont accentué la méconnaissance des attributions légales et légitimes du Pouvoir Exécutif, vulnérant ainsi l’équilibre qui doit exister entre les Pouvoirs Publics et prônant la suprématie du Pouvoir Législative sur les autres Pouvoir Publics constitués.  Ces actions, inadmissibles dans une démocratie, ont érodé la paix au Venezuela et sont devenues un des principaux antécédents de la violence que connaîtra la Nation vénézuélienne pendant le premier semestre de l’année 2017.
 
Dans le dernier trimestre de 2016, et face à une rupture potentiel de l’ordre démocratique par le Pouvoir Législatif, le Gouvernement du Président Nicolás Maduro a proposé aux représentants de l’opposition politique vénézuélienne d’établir un mécanisme de dialogue permettant de renforcer la démocratie et ses institutions, à travers des accords qui respecteront l’indépendance et l’équilibre entre les Pouvoirs Publics ; la tolérance et le respect de la diversité des opinions politiques (liberté de pensée) ; la primauté des Droits de l’Homme sur toute idéologie politique ; le refus de toute forme violente de solution de controverses et tout autre thème que les parties considèrent pertinente.
 
Malheureusement, cette première tentative de dialogue n’a pas abouti.  Tout au long du premier semestre de 2017, le Gouvernement du Président Nicolás Maduro a insisté en vain sur le besoin de reprendre le dialogue avec l’opposition politique vénézuélienne.  L’option prise par les groupes extrémistes des partis politiques d’opposition, et soutenue par leurs représentants au Pouvoir Législatif, a été le recours à la violence dans le but de renverser le gouvernement légitimement constitué du Venezuela. La violence a eu comme conséquence plus de cent victimes mortelles, d’énormes dommages matériels et le ralentissement de l’économie vénézuélienne.
 
Devant cette situation, le Président Nicolás Maduro a décidé de se servir des mécanismes stipulés par la Constitution vénézuélienne pour chercher à rétablir la paix nationale et garantir la stabilité de la démocratie vénézuélienne.  C’est dans ce contexte qu’a lieu la convocation de l’Assemblée Nationale Constituante, dont l’objective est d’être un instrument de dialogue national qui canalise les différences politiques dans les voies du respect et de la tolérance.
 
Après l’élection et l’installation de l’Assemblée Nationale Constituante, la violence qui s’était instaurée au Venezuela s’est évanouie.
 
LE PERFECTIONNEMENT DE LA CONSTITUTION NATIONALE POUR RENFORCER LA DÉMOCRATIE PARTICIPATIVE
 
L’Assemblée Nationale Constituante a pour objectif de perfectionner la Constitution Nationale en vigueur, par la rédaction de normes constitutionnelles garantissant que les controverses qui surgiront parmi les acteurs politiques qui conforment la société vénézuélienne, ainsi que les différences entre les Pouvoirs Publics, puissent trouver une solution par la voie pacifique.  L’Assemblée Nationale Constituante cherche donc à perfectionner la démocratie participative et favoriser la tolérance politique.
 
Il résulté donc inconcevable que les vénézuéliens élus comme membres de l’Assemblée Constituante rédigent des normes constitutionnelles qui altèrent l’équilibre entre les Pouvoirs Public, qui favorisent la perpétuation au pouvoir de certains acteurs politiques, qui portent atteinte aux Droits de l’Homme et au Droit International.  La tradition démocratique vénézuélienne oblige les membres de l’Assemblée Constituante à préserver la démocratie.
 
Dans une vraie démocratie, comme la vénézuélienne, le Pouvoir Constituant a des limitations car il naît de la volonté populaire. Tous les pouvoirs sont limités par les Droits de l’Homme, y compris le Pouvoir Constituant Originel.  Les droits de chaque vénézuélien sont supérieures à tout et ne peuvent être violés.  Une des tâches des membres de l’Assemblée Constituante est justement de renforcer ces droits.
 
En conséquence, tant la société vénézuélienne que la communauté internationale ont la garantie absolue que l’action de l’Assemblée Nationale Constituante ne pourra, sous aucune circonstance, représenter un danger pour la démocratie, ni aura, sous aucun concept, des vestiges de despotisme.
 
L’ASSEMBLÉE NATIONALE CONSTITUANTE N’A PAS DISSOUT, ET NE DISSOUDRA PAS, LES POUVOIRS PUBLICS LÉGITIMEMENT CONSTITUES
 
Le Venezuela est une démocratie présidentielle qui a cinq Pouvoirs Publics indépendants établis dans la Constitution Nationale actuelle: le Pouvoir Exécutif (un président qui exerce les fonctions de chef d'État et de chef du gouvernement), le Pouvoir Législatif (composé des députés de l'Assemblée Nationale), le Pouvoir Judiciaire (représenté par le Tribunal Suprême de Justice), le Pouvoir Électoral (composé des recteurs du Conseil National Électoral) et le Pouvoir Citoyen (composé du Défenseur des Droits ou ombudsman, du Procureur Général, et du Contrôleur General de la République).
La vocation démocratique du peuple vénézuélien a conduit l'Assemblée Nationale Constituante à établir, strictement, un Décret dans lequel elle affirme qu'elle cohabitera harmonieusement avec tous les Pouvoirs Publics légitimement constituées.
 
L'Assemblée Nationale Constituante a été convoquée pour être un instrument pour vaincre la violence et atteindre la paix et la stabilité du Venezuela ; il est donc insensé de penser que ses actions pourraient conduire à une déstabilisation de l'ordre démocratique et des institutions publiques. Par conséquent, même si l'Assemblée Nationale Constituante peut prendre des décisions qui entrent dans le domaine de compétences de tous les Pouvoirs Publics constitués, cela ne signifie pas que l'existence desdits Pouvoirs n'est pas reconnue, que leurs fonctions sont usurpées ou qu'ils sont dissous.
 
À cet égard, l'Assemblée Nationale Constituante, dans le but d'appliquer la Constitution Nationale, a décidée d’avancer la date des élections régionales (prévues pour décembre 2017). En vertu de cette décision, l'élection des gouverneurs se tiendra en octobre 2017. Bien que cette résolution de l'Assemblée Nationale Constituante corresponde au domaine de compétences du Conseil National Électoral, cela ne signifie pas la dissolution du Pouvoir Électoral. Au contraire, la décision prise par l'Assemblée Nationale Constituante renforce le Pouvoir Électoral en lui donnant une dynamique qui l'amène à perfectionner ses mécanismes de convocation des élections et à assurer l'accomplissement rapide de ses obligations établies dans la Constitution Nationale.
 
L'Assemblée Nationale Constituante a également jugé nécessaire engager un processus de lutte contre la corruption au Ministère Public. Cette décision, qui entre dans le domaine des compétences du Pouvoir Citoyen, n'a pas signifié la dissolution ou la méconnaissance dudit Pouvoir Public. L'action de l'Assemblée Nationale Constituante, loin de diminuer les compétences d'un Pouvoir Public constitué, a renforcé le Pouvoir Citoyen en lui exigeant de garantir la transparence dans l'administration de la justice au Venezuela.
 
De même, l'Assemblée Nationale Constituante a créé la Commission pour la Vérité, la Justice et la Paix, afin d'enquêter sur tous les actes de violence politique qui ont eu lieu dans le pays et parvenir à la réconciliation, le pardon et la paix avec justice. Cette décision concerne le Pouvoir Exécutif, le Pouvoir Judiciaire et le Pouvoir Citoyen, qui n'ont pas été ni méconnus ni usurpés.
 
Finalement, l'Assemblée Nationale Constituante a décidé de prendre des initiatives législatives en matière économique, afin de faire face aux grandes difficultés économiques que traverse le Venezuela. Même si cette décision entre dans le domaine de compétences des législateurs et du Gouvernement National (qui met en œuvre la Politique Économique du Venezuela), cette attribution de l'Assemblée Nationale Constituante ne représente pas une menace pour le Pouvoir Exécutif et le Pouvoir Législatif.
 
L'Assemblée Nationale Constituante a pris des décisions qui visent à renforcer les institutions publiques. Son domaine de compétence est large et implique la prise de décision dans des domaines qui sont également de la compétence des Pouvoirs Publics constitués. Ces pouvoirs ont la possibilité de voir leur fonctionnement renforcé et même de participer dans ces initiatives, car l'objectif ultime de toutes les institutions de l'Etat doit être, indépendamment de l'idéologie politique de ses membres, de contribuer au renforcement de la démocratie vénézuélienne, et sauvegarder la paix de tous les vénézuéliens.
 
LA PROPOSITION DE LA NOUVELLE CONSTITUTION NATIONALE SERA SOUMISE A LA VOLONTÉ POPULAIRE PAR LA VOIE D’UN REFERENDUM D’APPROBATION
 
L'Assemblée Nationale Constituante élaborera une proposition de Constitution Nationale qui sera soumise à la volonté populaire. Le peuple vénézuélien, par la voie d’un référendum d'approbation, décidera s’il approuve ou non une nouvelle Constitution. La légitimité de la nouvelle Constitution Nationale n'existera que si elle est approuvée par le peuple vénézuélien, qui, fidèle à sa tradition démocratique, est le seul à avoir le pouvoir de décider les changements transcendantaux au Venezuela, et qui prendra jalousement soin des réussites démocratiques accomplies. Le Gouvernement vénézuélien accompagne le peuple dans ce but. C’est la raison pour laquelle le président Nicolas Maduro a affirmé, à maintes reprises, que ce sera le peuple vénézuélien qui décidera l'avenir du Venezuela et de sa Constitution par la voie d’un référendum d’approbation, toujours fondé sur la nécessité impérieuse de renforcer la démocratie et de la protéger de tout acte de violence politique, terroriste ou de tout autre type.

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« L’État islamique prépare une vague d’attentats en Europe ! » L’édito de Charles SANNAT

8 Septembre 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Europe supranationale, #La France, #La République, #La nation ., #Terrorisme, #Daesch

Mes chères impertinentes, mes chers impertinents,

Avant de vous parler des attentats qui risquent d’endeuiller notre pays prochainement, avec en fond la crainte sourde d’un « hyper-attentat » chimique, je vais faire une petite digression sur cette histoire de pyramide dite “de Maslow”.

Vous allez très vite comprendre le rapport entre l’un et l’autre, et ce qui nous préoccupe tous ici.

C’est en 1970, dans la deuxième édition de son ouvrage Motivation and Personality, qu’apparaît l’exposé le plus complet de la théorie de la motivation de Maslow, à savoir la hiérarchie des besoins.

Recherchant ce qui se cache derrière ces motivations, il met à jour cinq (groupes de) besoins fondamentaux : les besoins physiologiques, les besoins de sécurité, les besoins d’appartenance et d’amour, les besoins d’estime et le besoin d’accomplissement de soi. Cette taxinomie des besoins est, selon Maslow, universelle. En effet, le caractère particulier d’une motivation a pour origine les nombreux déterminismes tels que la culture, le milieu social ou l’éducation. Ainsi une personne peut satisfaire son estime en étant reconnue comme un bon chasseur par ses pairs et une autre en possédant du pouvoir. En conclusion, derrière chaque motivation ou chaque objet de désir se cache un besoin fondamental.

Maslow découvrit par la suite que les besoins s’inscrivaient dans le cadre d’une hiérarchie. Tous les besoins sont continuellement présents, mais certains se font plus sentir que d’autres à un moment donné.

Comme vous pouvez le voir sur cette image de la pyramide de Maslow, après avoir été nourri, votre second besoin immédiat est très logiquement celui de sécurité.

C’est d’ailleurs la raison pour laquelle les idées de liberté, de démocratie, ou encore de droit, ne pèsent pas bien lourd lorsque les gamelles sont vides ou que la sécurité n’est plus assurée.

Dans nos sociétés complexes, il est évident que la sécurité est la condition sine qua non au bon fonctionnement de notre système économique.

Sans sécurité, le système économique ne peut plus s’épanouir et matérialiser son potentiel de croissance.

Les attentats et les guerres que nous menons ont un coût évident. Ce coût psychologique, financier, humain, a bien oblitéré notre croissance. Ce n’est vraisemblablement, hélas, que le début d’un processus qui devrait s’aggraver, et si l’on en croit la dernière livraison du Telegraph de Londres, il y a de quoi nourrir les plus grandes inquiétudes.

Daech prépare une nouvelle vague d’attentats en Europe

Selon le journal The Telegraph, qui cite un représentant des forces antiterroristes kurdes, Lahur Talabany, le chef de l’État islamique, Abu Bakr al-Baghdadi, est toujours en vie et prépare de nouvelles attaques terroristes visant les pays européens en guise de vengeance pour les défaites subies en Irak et en Syrie.

D’après le Telegraph, al-Baghdadi se cache probablement dans le désert à la frontière entre la Syrie et l’Irak et envisage de lancer une vague d’attentats en Europe destinée à revigorer le moral des terroristes de l’État islamique afin de démontrer que le groupe djihadiste est toujours capable de mener la guerre contre l’Occident.

D’après les forces de renseignement, c’est une vague d’attentats sans précédent qui se prépare, et le dernier démantèlement fortuit d’un laboratoire de fabrication d’explosif en région parisienne montre bien que nous sommes assis sur une poudrière.

Les hyper-attentats seront dévastateurs pour la croissance économique

La stratégie de la montée des tensions entre les communautés qui désormais tiraillent les pays européens a pour objectif de semer le chaos dans nos sociétés très complexes donc par nature très fragiles.

Aucun groupe terroriste ne pourra mettre à genou un pays comme la France ou le Royaume-Uni en termes de pertes humaines même si cela est évidemment dramatique.

L’objectif poursuivi est celui de la déstabilisation des relations entre les communautés afin d’aboutir à un climat de telle terreur que la société civile, dans son ensemble, se trouve paralysée ou très fortement ralentie dans son fonctionnement, sans oublier les coûts exorbitants des besoins en sécurité qu’exige la menace permanente qui pèse sur chacune de nos activités.

Peu d’attentats nous coûtent en réalité très cher. Ils nous obligent à déployer des troupes, à surveiller nos lieux sensibles, etc.

La stratégie de l’État islamique est donc aussi profondément militaire que sociale ou encore économique, et nous sommes particulièrement vulnérables.

Cette situation aura des répercussions économiques et patrimoniales évidentes. À vous de les anticiper. Je vous en parlerai bien évidemment dans ma lettre STRATÉGIES.

Il est déjà trop tard, mais tout n’est pas perdu. Préparez-vous !

Charles SANNAT

« Insolentiae » signifie « impertinence » en latin
Pour m’écrire charles@insolentiae.com
Pour écrire à ma femme helene@insolentiae.com

Vous pouvez également vous abonner à ma lettre mensuelle « STRATÉGIES » qui vous permettra d’aller plus loin et dans laquelle je partage avec vous les solutions concrètes à mettre en œuvre pour vous préparer au monde d’après. Ces solutions sont articulées autour de l’approche PEL – patrimoine, emploi, localisation. L’idée c’est de partager avec vous les moyens et les méthodes pour mettre en place votre résilience personnelle et familiale.

« À vouloir étouffer les révolutions pacifiques, on rend inévitables les révolutions violentes » (JFK)

« Ceci est un article ‘presslib’, c’est-à-dire libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Insolentiae.com est le site sur lequel Charles Sannat s’exprime quotidiennement et livre un décryptage impertinent et sans concession de l’actualité économique. Merci de visiter mon site. Vous pouvez vous abonner gratuitement à la lettre d’information quotidienne sur www.insolentiae.com. »

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"LA DETTE" le documentaire - non censuré + Bonus Etienne CHOUARD

6 Septembre 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #La nation ., #Europe supranationale, #La France, #La République, #Terrorisme, #Le capitalisme;, #La finance dérégulée, #Le grand banditisme, #La lutte des classes, #Le fascisme, #l'horreur économique

"LA DETTE" le documentaire - non censuré + Bonus Etienne CHOUARD

 
Ajoutée le 5 mars 2017

« En janvier 2012, il y a deux ans, je vous avais signalé (sur le blog) un film qui allait sortir, intitulé "LA DETTE", pour lequel les réalisateurs (Nicolas et sa petite famille, bien sympas) étaient passés à la maison (durant l'été 2011) pour évoquer les enjeux et les mécanismes de la création monétaire et de la dette publique.

Ce film a d'abord tourné dans les réseaux militants, avec succès.
Après un an, en 2013, il a été décidé de distribuer le film LA DETTE en salle, comme les vrais films.
Mais à cette occasion, sans doute par peur des calomnies des talibantifas, "on" a retiré tous les passages du père Chouard : sur le site du film, plus la moindre trace de nos entretiens... ni dans la bande-annonce... ni dans les interviews... ni dans les bonus du DVD... gommé, le Chouard, vaporisé... :-)

On avait déjà vu une autre censure de mon travail (différente cependant) avec le (bon) film "Dédale, un fil vers la démocratie". » Etienne Chouard

La DETTE, le documentaire
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Vous allez enfin savoir pourquoi les caisses de l'Etat sont vides... et où l'argent public s'est volatilisé...

Soyons francs. Jusqu’ici, la dette de la France ne nous avait jamais empêchés de dormir. Mais depuis quelques années, les discours politiques ont fait de cette question du remboursement de la dette une telle obsession, qu’il a bien fallu y regarder d’un peu plus près. Faut-il privatiser les services publics, vendre notre patrimoine, réduire les salaires, travailler plus longtemps, moins rembourser les médicaments, fermer des hôpitaux et des écoles, augmenter la TVA, les impôts, les taxes en tout genre...

POUR REMBOURSER LA DETTE ? QUELLE DETTE ?

La réduction de la dette est aujourd'hui au centre de toute la politique économique et sociale de notre gouvernement. L'argument semble irréfutable, il faut réduire les dépenses pour payer la dette, sinon c'est la faillite. Personne ne peut souhaiter la faillite.

Les sacrifices qu'il va falloir faire pour payer cette dette méritent néanmoins qu'on s'attarde sur la logique de l'argument, pour en vérifier la solidité. D'abord de quelle dette parle-t-on? Qui doit à qui ? Combien ?

Il a fallu reprendre les manuels d’économie, retenir des chiffres, des ordres de grandeur. Notre table de nuit s’est peu à peu couverte d’ouvrages aux titres improbables sur la dette et la monnaie. Mais en réalité le sujet est vite devenu passionnant car derrière le problème de la dette se cache celui de l’argent et de sa création par les banques.


UNE QUESTION D'ARGENT

En fait, les attaques contre la dette des pays de l’Union Européenne posent la question du financement de ces pays et de leurs économies. Les Etats ont besoin d’argent. Et doivent l’acheter à des taux de plus en plus élevés. Depuis la fin des trente glorieuses, le système bancaire s’est peu à peu privatisé et aujourd’hui contrairement à une idée fréquemment répandue, l’Etat ne peut pas créer de la monnaie, il doit l'emprunter sur le marché.

On prête donc de l'argent à l'Etat, contre intérêt. Et ces intérêts varient, de 1,5 à 5 % mais parfois jusqu'à 20% ou plus selon les croyances du marché et les publications des agences de notation.


LA FAILLITE ?


En 2012, avec le montant des intérêts accumulés depuis 30 ans, la dette atteindrait plus de 1800 milliards d’euros. C’est ce que l’Etat français devrait rembourser pour retrouver des comptes équilibrés. Mais le peut-il vraiment ?
Chaque année, l’Etat rembourse péniblement 50 milliards d’Euros d'intérêts. C'est la totalité de ce que rapporte l'impôt sur le revenu des français.

Cette somme est versée chaque année aux banques et aux créanciers de la France. A ce rythme, l'Etat n'aura pas fini de payer en 2030 en espérant qu’aucune crise ne vienne aggraver les dépenses ni augmenter les taux auxquels la France peut emprunter aujourd’hui. Ce qui est fort improbable… En incluant le remboursement du capital, la dette est devenue le premier poste de dépense de l'Etat : 100 milliards d'euros au total sont engloutis chaque année au paiement de la dette. Une hémorragie permanente d'argent public vers un petit nombre de créanciers. Pendant ce temps, les villes, les régions, les administrations et de plus en plus de particuliers, sont dans un état proche sinon avéré de surendettement. Il n'y aura bientôt plus d'argent...

Après la Grèce, l’Irlande, l’Espagne ou l'Italie, la France est sur la liste des victimes de la dette.

Mais alors pourquoi les Etats ont-ils donné aux banques le pouvoir de créer la monnaie s'ils pouvaient la faire eux-même ?

Vaste question... à laquelle vous saurez bientôt répondre grâce au film que vous pouvez commander en DVD. Alors c'est parti, vous allez bientôt en savoir davantage que la plupart des "experts" en économie...

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Les habits neufs de l’aliénation. Par André Bellon  

6 Septembre 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Histoire, #La nation ., #Europe supranationale, #La France, #La République, #Terrorisme, #La finance dérégulée, #Le fascisme, #l'horreur économique

  Les habits neufs de l’aliénation

Les habits neufs de l’aliénation

Par André Bellon  |  6 septembre 2017     → 

Le dogme est de retour, plus insidieux qu’autrefois car il se coule dans les déguisements inattendus de la raison. L’Homme peut-il résoudre cette aporie ?

Le néolibéralisme, nouvelle idéologie de la pensée économique, se pare, en effet, des attributs qui caractérisent traditionnellement la science. Ainsi, des économistes tels que Kydland et Prescott, prix Nobel [1] 2004, appellent à enserrer dans des règles incontournables une démocratie jugée trop soumise à l’incertitude. De nouveaux grands inquisiteurs dénoncent les hérétiques et fulminent contre eux des anathèmes. Le livre intitulé Le Négationnisme économique : et comment s’en débarrasser [2] ? dessine ainsi les bûchers modernes au nom de la science.

L’esprit critique

Le développement de ces thèses s’est fait avec le soutien plus ou moins assumé des forces dites « de gauche ». La phrase honteuse de François Mitterrand, « Contre le chômage, on a tout essayé » fut prononcée dans le cadre d’un discours politique qui se voulait rassembleur sur la base d’une « France unie » autour d’un discours européen commun. La mondialisation sert de justification à l’extension universelle de cette pensée présentée comme une vérité.

Mais, comme le rappelle Alain Supiot [3], « les véritables scientifiques savent que les lois découvertes par les sciences de la nature sont inhérentes aux phénomènes observés, alors que celles qui donnent ordre et sens à la vie humaine sont nécessairement postulées. Les scientistes, au contraire, croient trouver dans une science fétichisée les vraies lois qui régiraient l’humanité et s’emploient à les faire régner ». En présentant la mondialisation comme un fait de nature et non comme une construction humaine contestable, les principales forces politiques ont fermé la discussion sur les politiques menées.

Paradoxalement donc, des méthodes dites scientifiques détruisent l’esprit critique qui est pourtant la base fondamentale de la science [4]. Méthode ou apparence ? S’interroge-t-on sur la manière dont sont conçus les chiffres qui abreuvent le public, par exemple le taux de « prélèvements obligatoires » [5], véritable épouvantail des faux débats de plateaux télévisés ?

Méthode ou vocabulaire ? Je repense souvent à Horace, ce personnage d’Eugène Labiche qui déclare à un parvenu plutôt méprisant : « Nous avons de par le monde une bande de petits poseurs… sérieux, graves, avec de grands mots dans la bouche… ça étonne les imbéciles » [6].

Certes le monde est complexe, pour reprendre une formule largement répandue. Mais la complexité doit-elle être le paravent d’un refus d’analyser ou d’une renonciation à comprendre ? Doit-elle in fine servir à empêcher toute contestation ?

La mythification de la complexité aboutit à magnifier les experts, nouvelle élite censée porter la vérité. Que des experts soient utiles pour éclairer la décision publique, pour aider aux choix démocratiques, va de soi. Mais éclairer ne veut pas dire choisir. Car l’expertise se présente de plus en plus comme le substitut à l’échange et à la confrontation des arguments. Elle permet trop souvent d’empêcher la contestation. On est loin du « débat libre et raisonné » proposé par Condorcet. L’esprit critique se méfie des évidences, il questionne, il cherche, il se confronte aux autres, il construit une pensée. A l’inverse, la vision dominante aujourd’hui tend à imposer des a priori.

Dans sa Tour, en Gironde, au plafond de son bureau, sur les poutres du plafond, Montaigne avait fait peindre des maximes, généralement tirées de la Bible. L’une d’elles est particulièrement d’actualité : « Malheur à vous qui vous pensez sages ! [7] ». Peut-on revenir à ce précepte ? Le peut-on, alors que les médias jouent un rôle très négatif en simplifiant à outrance les enjeux, en déséquilibrant la parole publique au profit de la pensée dominante, en plaçant sur le même plan simples témoignages et travaux scientifiques ? Qui plus est, l’absence de critique résulte également de l’évolution des contenus enseignés dans les écoles : la diminution des horaires de philosophie n’est-elle pas un signe de ce refus d’analyse ?

On ne s’étonnera pas, dans ce contexte, de la propagation du complotisme et des intox (fake news). Une société qui a désappris à réfléchir et à débattre est particulièrement vulnérable à ces phénomènes et démunie pour les combattre. Mais, au fond, l’irréalisme du complotisme n’est-il pas le miroir de l’irréalisme du discours dominant ? Au-delà de ces considérations, c’est la conception même de l’être humain qui est en jeu. Car l’esprit critique est le fondement de l’humanisme qui donne au citoyen le rôle de décideur dans la Cité, à l’homme la maîtrise de son propre destin.

Défaite de la volonté

Pour sa part, la pensée dominante magnifie les émotions au détriment de la raison [8]. Elle se caractérise par une justification des démissions face aux défis extraordinaires d’un tournant historique profond. Loin de mobiliser les volontés, elle privilégie les remords et les condamnations sans conséquences. Non seulement les porte-parole les plus écoutés dégoulinent de bonne conscience, mais ils croient, de plus, faire œuvre novatrice en ressassant les mêmes prêches.

Ainsi, on ne peut plus évoquer la République sans s’indigner des abominations de la colonisation, la nation sans s’apitoyer sur les malheurs de la guerre, le peuple sans évoquer les débordements de violence. Dans le panthéon des personnages historiques, la victime a remplacé le héros. Parmi les symboles de cette dérive, évoquons le choix consternant du monument érigé à Paris pour représenter le général Dumas, père de notre grand écrivain, né esclave et devenu héros de la Révolution [9]. Alors qu’un projet du sculpteur sénégalais Ousmane Sow représentant la force et la fonction du général avait été proposé, la mairie de Paris a inauguré, le 4 mai 2009, une énorme chaîne d’esclave. Ainsi, un symbole de la fraternité révolutionnaire, de la promotion républicaine, de la volonté nationale, est-il réduit à son ancienne condition servile.

L’Histoire ne peut alors plus mobiliser une volonté collective. L’analyse de la Révolution française, considérée par le grand écrivain mexicain Carlos Fuentes comme « la meilleure révolution du millénaire [10] », n’est présentée qu’au travers des violences, conduisant par exemple Jean-François Copé à déclarer qu’il régnait « en France, une ambiance malsaine de nuit du 4 Août [11] », anathème porté contre l’abolition des privilèges, symbole historique jusqu’alors consensuel.

Nombre d’intellectuels dits « de gauche » se laissent aller à ces facilités. Ainsi, François Ewald et Dominique Lecourt s’indignent-ils publiquement que, « sous la Terreur, [les révolutionnaires] éliminaient les scientifiques eux-mêmes (Bailly, Condorcet, Lavoisier) » parce qu’ils voulaient « rabaisser l’arrogance du savant que son savoir distinguait trop du peuple des sans-culottes [12] ». Analyse stupide quand on connaît la fascination scientiste de la Révolution et le rôle qu’a joué, sous la Convention, le comité des savants avec Berthollet, Chaptal, Lakanal, Monge.

Ces déclarations ne seraient jamais que des interjections anecdotiques absurdes si l’invasion du politiquement correct ne formatait pas les pensées des citoyens, si les lois mémorielles ne restreignaient pas la liberté de pensée au bénéfice des juges, si le champ du débat n’était pas, par ces biais, réduit à la peau de chagrin.

Notre propos n’est pas de justifier la violence. Mais la volonté de ne regarder l’histoire, ou du moins les moments que l’on choisit de condamner [13], qu’au travers des violences, est totalement contraire à toute utilisation de la raison. Il ne reste à l’homme, ramené à une condition de pécheur, qu’à demander l’absolution.

La démocratie

Ce sont alors la volonté, la souveraineté populaire, le suffrage universel, en un mot la démocratie, qui sont attaqués. On ne compte plus les déclarations ramenant le suffrage universel à sa caricature au travers d’allégations plus ou moins subtilement discutables. Ainsi, anathème commode, le suffrage universel aurait créé Hitler [14]. Que le suffrage universel soit bafoué, ou que le mépris du suffrage soit amplifié par des institutions antidémocratiques, est une évidence que le référendum de 2005 sur le traité constitutionnel européen a particulièrement éclairée. Mais en quoi cela remet-il en cause son principe ?

Les attaques contre le suffrage universel sont, en fait, des attaques contre la raison humaine présentée comme dangereuse ou antisociale. Ainsi, la volonté fort répandue de promouvoir le tirage au sort est une insulte à la particularité, à la parcelle de souveraineté que porte tout être humain. Au nom de l’égalité, on promeut par ce biais l’uniformité, comme si tous les individus étaient interchangeables. Ce n’est sans doute pas par hasard que les thuriféraires d’une telle idée proposent que les heureux gagnants de cette loterie soient entourés par des experts qui vont guider leur réflexion. Coucou, les revoilà !

L’histoire de la République est évidemment contradictoire. Rappeler ceux qui se sont battus pour ses valeurs essentielles, pour la libération de l’humanité et la démocratie, ne peut être que salutaire. C’est Jean Jaurès qui souhaitait amplifier l’œuvre républicaine et déclarait : « Ceux qui prévoient la prise de possession brusque du pouvoir et la violence faite à la démocratie, ceux-là rétrogradent au temps où le prolétariat était réduit à des moyens factices de victoire [15] ». C’est Pierre Mendès France qui, votant contre le traité de Rome, proclamait son refus « de la délégation des pouvoirs à une autorité extérieure, laquelle, au nom de la technique, exercera en réalité la puissance politique [16] ».

Nous sommes loin de telles pensées. Aujourd’hui, loin de chercher à identifier et résoudre les conflits, la vie politique cherche à imposer des consensus, à empêcher l’expression des divergences fondamentales, bref à marginaliser le rôle créatif de l’esprit critique dans la vie publique.

Demain n’est pas fatal

C’est donc la place et le rôle mêmes de l’Homme qui doivent être le cœur du débat aujourd’hui. C’est de lui que doit émaner le pouvoir car c’est la seule manière de faire face efficacement aux défis de ce moment dramatique. C’est dans cette logique que l’élection aux États généraux de 1789 avait été précédée par l’élaboration des cahiers de doléances.

Une telle perspective ne saurait émaner des institutions actuelles. Elle doit être construite par les citoyens, en même temps qu’elle construit les citoyens. Et, tout particulièrement, la présidentielle, élection particulièrement aliénante, ne peut rebâtir la citoyenneté. La logique du scrutin présidentiel est personnalisante et destructrice de la liberté de pensée. En acceptant les moyens, elle privilégie le « faire » par rapport au « penser ».

La reconstruction démocratique doit être un travail philosophique autour de la liberté. Il ne saurait évidemment être lié à un extérieur autoritaire qui enserre la pensée en même temps qu’il donne plus ou moins les réponses. Il doit, de plus, se construire de la façon la plus décentralisée possible pour affirmer la place et la force des initiatives les plus locales possibles. La commune, aujourd’hui massacrée par les pouvoirs successifs, nationaux autant qu’européens, peut être la base de cette dynamique. C’est dans un tel cadre que les initiatives associatives nombreuses peuvent trouver une capacité de synergie.

L’objectif démocratique peut trouver ainsi sa réalisation car une telle démarche allie la liberté de l’individu à la recherche de l’intérêt général. Notre époque n’est plus à la présentation de solutions clefs en main, mais à la reconnaissance de la volonté humaine sur son propre destin.

 

 

Illustration : Affichette de la Révolution française, entre 1789 et 1794

 

Notes

[1] Il s’agit du prix de la Banque de Suède en sciences économiques, en mémoire d’Alfred Nobel, généralement appelé prix Nobel d’économie.

[2] Pierre Cahuc et André Zylberberg, Le Négationnisme économique : et comment s’en débarrasser, Flammarion, Paris, 2017.

[3] Alain Supiot, L’Esprit de Philadelphie. La justice sociale face au marché total, Seuil, Paris, 2010.

[4] André Bellon, « Science sans critique », La Jaune et la Rouge, août-septembre 2015.

[5] Censée représenter la part de la richesse nationale affectée aux agents publics, cette expression désigne le rapport entre un chiffre d’affaires et une valeur ajoutée, ce qui n’a aucun sens.

[6]  Les Vivacités du capitaine Tic, acte II, scène 6.

[7] Jérémie, V.

[8] Lire Anne-Cécile Robert, « La stratégie de l’émotion », Le Monde diplomatique, février 2016.

[9] Sur cette place du général Catroux étaient érigées avant la guerre les statues des trois générations : le général ; son fils Alexandre Dumas ; et son petit-fils, l’auteur de La Dame aux camélias. Celle du général fut détruite par les Allemands sous l’occupation.

[10] Carlos Fuentes, « Ma révolution préférée », Le Monde, 23 septembre 1999.

[11] France Inter, 20 juillet 2010.

[12] Lire François Ewald et Dominique Lecourt, « Les OGM et les nouveaux vandales », Le Monde, 4 septembre 2001.

[13] Faut-il rappeler que la semaine sanglante de liquidation de la Commune par Thiers, ou même la répression du mouvement ouvrier de 1848 firent plus de morts que la Terreur ?

[14] Hitler, en dépit de résultats très importants, n’a jamais été majoritaire seul. Ce sont des alliances avec d’autres partis très présentables, ainsi que le soutien de la bourgeoisie allemande, qui lui ont donné les pleins pouvoirs.

[15] Jean Jaurès, « Question de méthode », article-préface du 17 novembre 1901 au Manifeste du Parti communiste de Marx et Engels.

[16] Discours de Pierre Mendès France à l’Assemblée nationale le 18 janvier 1957.

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Le Maire confirme la vente de 10 milliards d'euros d'actifs détenus par l'État

6 Septembre 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #La nation ., #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #La République, #Economie, #alstom

Le Maire confirme la vente de 10 milliards d'euros d'actifs détenus par l'État

Le Maire confirme la vente de 10 milliards d'euros d'actifs détenus par l'État

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Dans un entretien à Ouest-France à paraître mercredi, le ministre de l'Économie, Bruno Le Maire, a confirmé que l'Etat allait céder pour 10 milliards d'euros d'actifs qui serviront à crée un fonds de "l'innovation de rupture", fonds souhaité par le président Emmanuel Macron.

Début juillet, Bercy avait déjà fait comprendre qu'une série d'actifs seraient cédés par l'Etat pour financer l'innovation. Pour l'essentiel, ce devrait être des participations minoritaires dans des entreprises du secteur concurrentiel c'est-à-dire non stratégiques.

Pour rappel, la France dispose, selon le rapport du Compte Général de l'Etat 2016, de 1817 participations financières pour un montant de 262,7 milliards d'euros. Dans le détail, 137,5 milliards d'euros correspondent à des valeurs relatives à des entités contrôlées par l'Etat - comme EDF, la Poste ou SNCF mobilités - et 125,2 milliards d'euros concernent des entités non contrôlées par l'Etat. On compte parmi celles-ci Engie, Orange, Renault, Dexia ou encore Alstom.

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Le système Bancaire de A à Z

6 Septembre 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #La nation ., #Europe supranationale, #La France, #La mondialisation, #La République, #Terrorisme, #La finance dérégulée, #Le grand banditisme, #l'horreur économique

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Un documentaire sur le fonctionnement du système bancaire

Ajoutée le 18 nov. 2012

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Comprendre la dette publique (en quelques minutes). Par MrQuelquesMinutes

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Ajoutée le 28 sept. 2011

 

Site internet: www.mrquelquesminutes.fr/#dettepublique_video Apprenez en quelques minutes ce qu'est la création monétaire par le crédit, le système des réserves fractionnaires, et l'article 123 du traité de Lisbonne... sans lesquels il est impossible de comprendre l'origine des dettes publiques et privées qui ravagent l'ensemble des pays développés.

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