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Le blog de Lucien PONS

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Les vandales de la santé, par Cyril Pocréaux et François Ruffin

15 Octobre 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #La mondialisation, #La République, #La finance dérégulée, #Le capitalisme;, #Le grand banditisme, #Les transnationales, #La lutte des classes, #l'horreur économique, #La santé

Source : Fakir, Cyril Pocréaux et François Ruffin, 01-10-2017

Sanofi, c’est le champion français des dividendes versés aux actionnaires.
Et comment ?
En détruisant des usines qui n’ont jamais servi.
En détruisant la recherche.
En détruisant des millions de vaccins.
En détruisant notre santé pour demain.
Et avec la complicité de nos dirigeants politiques…

Amiens, 28 avril.
C’est un courriel, d’abord, qui est parvenu au rédac’ chef :

De : <b.chris263 free.fr>
Date : 28 avril 2017 à 15:10
Objet : SANOFI ‑ info Midi Libre
À : comitesoutien@picardiedebout.fr

Bonjour Mr RUFFIN,
Je voulais vous transmettre cette info hallucinante publiée aujourd’hui dans Midi Libre (mais peut‑être que l’info vous a déjà été donnée).
« Montpellier.
Sanofi détruit une usine neuve.
Incroyable mais vrai.
La société Sanofi a lancé il y a quelques semaines sur son site de Montpellier le démantèlement d’un bâtiment flambant neuf. Un certain effarement parmi les chercheurs a accompagné l’annonce de la démolition puisque cette unité, achevée en 2012 et qui n’a jamais servi, aura coûté 107 millions d’euros !

L’objectif de Sanofi est de disposer, d’ici à la fin de l’année, d’une structure sans toit ni fenêtre afin d’éviter, notamment, le paiement de la taxe foncière sur le bâtiment, évaluée à 1 milliond’euros. »

Xavier Tabary, directeur du site :
« Depuis 2014, ce projet a fait l’objet d’une communication régulière auprès des collaborateurs. Ce bâtiment n’a pas servi, personne n’y a apporté un supplément d’âme. Dans ma feuille de route, il m’a été donné un certain nombre de dossiers à traiter, dont celui‑ci. L’important, c’est de le faire en cohérence avec les collaborateurs. Ensuite, c’est la vie d’un grand groupe. »

Ceci n’était qu’un message pour vous dire que ces grands groupes ont vraiment des agissements qui dépassent l’entendement.
Bien cordialement
Christophe B.

Notre rédac’ chef avait lancé, déjà, ses premières flèches contre le labo pharmaceutique, champion français des dividendes, menteur (au moins par omission) sur le dossier Dépakine. Aussi s’est‑il empressé de me transmettre ça, avec pour consigne : « URGENT – PRIORITE ». « Faut descendre à Montpellier ! », a tranché le boss.

Montpellier, vendredi 26 mai – La visite

« DI50 » : c’est le nom de code du bâtiment. Il se dresse, là, devant nous, colossal. Un beau vaisseau de 9 000 m2. 107 millions qu’on va détruire. Plus qu’un Téléthon… Lancé en 2003, le projet symbolisait la « volonté de développement » du groupe. L’ère de la recherche sur des petites molécules advenait, et le DI50 en serait « le pilote à la pointe de la technologie mondiale, prévu pour durer vingt à trente ans ». C’est l’ancien responsable du site, Philippe Courbin, qui claironnait ça. Neuf ans plus tard, en 2012, une fois le navire achevé, marche arrière toute : on passe aux molécules biologiques, le travail sur des organismes vivants. C’est la tendance du moment, plus difficile à copier pour ceux qui fabriquent des génériques. Le DI50 n’est plus adapté. Le détruire complètement coûterait trop cher. Le garder, c’est un million d’euros de taxe foncière. Cet automne, on va donc juste enlever le toit et quelques fenêtres.

Au pied du bâtiment, Annie, une ancienne de la maison, nous a rejoints : « On avait les budgets, le matériel, tout était installé, l’autorisation devait tomber le vendredi matin. Et le jeudi soir, ils nous disent ‘‘Le bâtiment, c’est pas qu’on va le fermer, c’est qu’on va pas l’ouvrir. On va le mettre sous cloche.’’ Comme pour les pyramides d’Égypte, pour les générations futures, en fait. »
À côté de moi, Olivier, délégué syndical Sud, s’emporte : « Jusque là, ils déclaraient aux salariés ‘‘C’est un truc fabuleux, une première mondiale, c’est l’avenir de Sanofi’’. Tout le site s’est mis à vivre à l’unisson de ce bâtiment. Tous les services techniques se sont réorganisés pour lui. Dans certaines équipes, ils faisaient des 2×2, des 2×4, on recrutait pour que les gens travaillent tous au même rythme. Et là, Tabary nous dit, dans le journal, ‘‘Y a pas de supplément d’âme, dans ce bâtiment’’. » Parce que c’est sans doute le souci numéro un de Sanofi, l’âme…

Mais ce DI50 n’est que la partie spectaculaire du carnage : qu’on se rende, juste à côté, dans les couloirs du service de « Recherche exploratoire ». « BG 207. Barouin Marie‑Christine : Hors service. BG 209. Lacroix Hélène : Hors service. » Il y en a des dizaines, des centaines, de feuilles comme ça, plaquée
à la porte des bureaux. Le couloir s’étend sur une centaine de mètres. Et après ce couloir, il y en a un autre, et puis un autre… Autant de locaux vides, ou désertés, plutôt. On se croirait dans un film de morts‑vivants, comme si le personnel avait quitté les lieux en catastrophe, il y a dix minutes à peine. « Tu aurais été là dix ans en arrière, à la même heure, dans ce couloir, c’était le coeur du site. T’avais plein de chercheurs qui passaient, ça courait d’un bureau à l’autre… » Adossé au mur, Olivier Genieys gratte sa barbe de trois jours. « Tout est resté là. L’autre jour, j’ai trouvé un agitateur magnétique, avec la bille et tout, qui tournait tout seul depuis trois mois ! Les gens sont vraiment partis du jour au lendemain. » Il y a sept ans encore, le lieu comptait 1 350 salariés. Ils sont désormais 878. Soit 472 « départs »…

Toulouse, mercredi 31 mai – Les chambres d’hôtes

Mais Montpellier, c’est rien, presque, comparé au massacre de Toulouse.
« Jusqu’en 2014, j’étais informaticien de labo, à bosser au milieu des chercheurs. » Dans un bar défraîchi du quartier Matabiau, Laurent Besson‑Imbert tapote la cuillère sur sa tasse de café.
« Aujourd’hui, sur le site, ils ont conservé les bâtiments, et des gens qui ouvrent les portes, vingt personnes. C’est symbolique. Pour maintenir le drapeau, pour ne pas froisser le gouvernement. Des 80 milliards de bénéfices annuels que faisait Toulouse, de toute la recherche, il ne reste plus rien.
— Et les salariés, ils sont devenus quoi ?
— Tout le monde a essayé de trouver autre chose. Certains n’ont rien, comptent sur le conjoint. D’anciens chercheurs vendent des croissants, d’autres tiennent des salons de thé. Ça peut être des très beaux métiers, mais quand un chercheur consultant en biochimie se reconvertit dans un métier qui n’a rien à voir, il s’en est peut‑être sorti, mais cette perte de savoir, c’est un gâchis.
— Et toi ?
— Je tiens deux chambres d’hôtes. »

Vitalité de la R&D ?

Juste un hic : ces témoignages, ça ne colle pas avec les rapports d’activités de Sanofi. La « vitalité » de la R&D (Recherche et Développement) y est partout proclamée : « Sanofi est à la 46e place mondiale » quant au dépôt de brevets, « à la 13e place française ». Graphiques à l’appui (lire en ligne).

D’après les chiffres officiels, le budget R&D aurait, depuis 2007, légèrement baissé en valeur relative, en pourcentage du chiffre d’affaires : de 16,2 % à 14,2 %. En revanche, il aurait continué de progresser en valeur absolue. Loin d’être, donc, la cata, le gâchis, décrit par mes témoins…
Qui ment ?
Où est la vérité ?
Je suis un peu perdu.

Dépakine : Sanofi ne veut pas payer (même un peu)
« J’ai failli la tuer ! Elle m’a gonflé, putain ! » C’est le directeur médical de Sanofi, Pascal Michon, qui jure ainsi, micro malencontreusement ouvert. Il cause d’une journaliste d’Envoyé spécial, qui vient de lui poser la question qui fâche :
« Sur la Dépakine, j’ai vu que votre groupe n’allait pas faire de provision, en cas de procès, de condamnation… Est‑ce que vous me confirmez cette information ?
— Je vous confirme cette information.
— Parce que vous, Sanofi, vous ne craignez pas qu’il y ait des procès, des condamnations ?
— Je n’ai pas plus de commentaires à vous faire. »

Qu’on résume l’affaire (étudiée dans Fakir n°78 et 79) :
Depuis 1967, les épileptiques sont traités, et traités efficacement, à la Dépakine (et aux autres médicaments contenant du valproate de sodium).
Dès 1986, d’après un rapport de l’IGAS, chez les enfants des malades, « des cas marquants [d’autisme] sont recensés » : « Un signal qui aurait dû, d’une part, conduire à une modification de l’Autorisation de mise sur le marché et, d’autre part, conduire le producteur (donc, Sanofi), à réaliser dès cette période des études complémentaires approfondies. »
En 1988, 1989, 1994, des publications scientifiques démontrent que « l’acide valproïque induit des troubles neuro‑développementaux » chez les enfants, ce que vérifient toutes les études ultérieures.
Il faudra attendre 2006, néanmoins, pour que ce médicament soit « déconseillé aux femmes enceintes ». Et 2013 pour qu’on indique dans les notices qu’il « ne doit pas être utilisé chez les femmes en âge de procréer ». Bref, deux décennies, au moins, se sont écoulées.
Depuis 1986, le labo sait.
Mais jusqu’en 2006, jusqu’en 2013 même, des femmes enceintes ont continué à prendre de la Dépakine, à acheter des boites remboursées par la Sécu, à donner massivement naissance à des enfants autistes.

Combien ?
D’après l’épidémiologiste Catherine Hill, « on peut raisonnablement estimer que 14 000 personnes ont présenté des atteintes causées par l’exposition in utero au valproate de sodium ». Voilà qui coûterait, au bas mot, jusqu’à la majorité des enfants, « 6 milliards d’euros à la collectivité » (d’après notre confrère du Figaro, Anne Jouan, qui effectue un véritable suivi sur ce dossier).

Mais pour ces milliards, Sanofi ne veut pas payer.
Pas du tout.
Aux parents qui lui réclament des comptes pour leurs deux fils autistes, le labo répond :
« Nous nous permettons de vous rappeler que les aléas thérapeutiques sont pris en charge par l’Oniam (Office national d’indemnisation des accidents médicaux) qui propose une procédure rapide d’indemnisation qui devrait pouvoir répondre à vos attentes et à celles des familles touchées par de telles situations. »
Et quand les victimes exigent que, au moins, 400 millions soient consignés, la firme répond non, toujours. Ce ne sera pas un rond.

Depuis ce 1er juin 2017, le décret est paru au Journal officiel. Un fonds d’indemnisa Le Médiator a ouvert la voie. C’est, pour Marine Martin, la présidente de l’association d’aide aux victimes Apesac, lanceuse d’alerte sur la Dépakine, l’aboutissement d’un long chemin. Ou plutôt une étape :
« C’est que de la bagarre, que de la lutte, que de l’affrontement. Les agences qui sont supposées défendre la santé, leur seul objectif, c’est qu’il n’y ait pas de vagues. À l’intérieur, on peut trouver des individus, des soutiens, mais le système lui‑même paraît conçu pour protéger l’industrie pharmaceutique. Et là, ma peur, c’est de gagner en perdant. Certes, l’Oniam va nous verser des indemnités, mais est‑ce qu’ils vont se retourner vers le labo ? Le décret le prévoit, mais on peut être très sceptique. C’est pas aux impôts de payer, c’est à Sanofi. De même, les procédures, on les a lancées il y a cinq ans, et on ne voit rien. Avec les appels, ça peut durer dix ans, quinze ans. Chez eux, tous les artifices sont bons pour ralentir, pour décourager les familles… »

Ce 12 juin, Anne Jouan écrivait dans Le Figaro :
« La justice prend son temps. Fin septembre, le parquet de Paris ouvrait une information judiciaire concernant la Dépakine après une enquête préliminaire d’un an. Mais dans ce dossier, aucune perquisition n’a été menée, aucune mise en examen n’a été prononcée. Pourtant, la justice est capable d’aller vite. Pour le Médiator, il n’avait fallu que six semaines pour voir des perquisitions après le début de l’enquête judiciaire. N’aurait‑on pas les mêmes exigences vis‑à‑vis de Sanofi que l’on en a eues pour Servier ? Il est vrai que le premier emploie 110 000 personnes contre 21 000 pour le second. »

Il est vrai, aussi, qu’Emmanuel Macron et Serge Weinberg, PDG de Sanofi, sont liés par une solide amitié (voir pages 16-17).

Et Sanofi, donc, dans ses comptes, ne provisionne même pas 400 millions d’euros. Confiant, semble‑t‑il, dans l’État français et dans la justice
de notre pays…

Camping de Chasteuil, samedi 22 juillet – Hémorragie

Ces dossiers, j’ai tardé à les recevoir. Aussi, me voilà condamné, pour nos chers lecteurs de Fakir, à les éplucher sur la table de camping, avec les enfants en short qui tournent autour. Quatre cent pages de rapport d’experts‑comptables pour le Comité central d’entreprise :

« En France, six années de restructurations ont affaibli et fragilisé le capital humain. Le gel de l’effectif, puis les vagues de départ successives s’accompagnent d’une restriction extrême des embauches externes en CDI entre 2009 et 2014. La part des CDD dans l’effectif augmente depuis 2013 ; l’intérim, quoique marginal, augmente aussi. » Mais est‑ce compensé, alors, par une hausse des effectifs au niveau mondial ? Pas du tout, comme le prouve une seconde courbe (la figure 3 page ci-contre).

Et l’expert commente :
« Par‑delà les chiffres (de l’ordre de –4 000 CDI depuis début 2010, soit ‑32 %, malgré la consolidation des effectifs de Genzyme à partir de 2012), la réduction d’effectif au niveau mondial s’accompagne de perte de compétences dans la R&D, dont on sait qu’elles sont longues à (re)constituer. »
Et de conclure à une « hémorragie du capital humain ».
Logiquement, les projets en cours sont en chute libre, comme le montre la figure 4.

Le groupe Sanofi le reconnaissait d’ailleurs lui‑même : « Le nombre de nouvelles entités et vaccins en développement a nettement chuté entre 2012 et 2015, passant de 62 à 39. » (rapport de mai 2016).

Alors, comment expliquer ce paradoxe ?
D’un côté, les effectifs de chercheurs plongent, de l’autre Sanofi affiche un budget R&D stable ?
Tout tient dans un terme, un petit mot, qui résume toute la stratégie du groupe : externalisation.
Mettre au point un médicament, c’est long.
Incertain.
Silencieux.
Ça ne répond pas aux exigences d’une finance toujours plus court‑termiste. Alors, à la place, on achète à des start-up, à prix exorbitant, des produits déjà prêts. Qui ne valent pas grand‑chose, peut‑être, on verra plus tard, mais dont on peut claironner l’acquisition sur les sites boursiers. De quoi faire frissonner les actionnaires…
À tour de bras, on conclut de coûteux « partenariats » qu’on fait passer dans les dépenses R&D.
On le claironne.
Et en la matière, Sanofi ne lésine pas, s’acoquinant avec Immunogen (30 millions de dollars), Innate Pharma (400 millions d’euros), Bio‑N Tech (60 millions de dollars maintenant, jusqu’à 300 millions plus tard), Evotec et Apeiron (200 millions d’euros, plus des royalties), etc.

Ça déprimait Laurent, l’ancien informaticien de labo :
« Certains produits qu’on achetait n’auraient jamais passé les barrières internes à Sanofi. On les aurait jetés directement. Mais on l’avait acheté, alors on nous faisait décrypter le produit en catastrophe, et on découvrait en quelques mois qu’il fallait le mettre à la poubelle. Mais aujourd’hui, tout le monde a été renvoyé. Le site de Toulouse avait un coût de fonctionnement de 100 millions d’euros par an, et a rapporté 80 milliards de dollars. 80 milliards, tu te rends compte ? »
Un témoignage subjectif ?
Non. Parce que cette politique, experts‑comptables et documents internes la confirment : « 50 % des produits arrivant directement en Développement sont issus des acquisitions et partenariats ». Et même : « le nombre tend à s’accroître. » Pourtant : « sur la période 2012‑2015, 61 % des molécules arrêtées en cours de développement proviennent d’accords de licence ou d’acquisitions. »
Le rapport conclut, implacable, que cette stratégie « pourrait révéler une myopie financière ».
Mais qu’importe, puisque voilà de quoi habiller les données pour le grand public, pour le gouvernement. Et même pour les actionnaires.
Car il faut en venir là : eux sont les rois.

Dengue : la fièvre du profit« C’est Jean-Louis… J’ai vérifié, pour le vaccin… C’est 360 millions de doses… Ils vont tout détruire… Pas 360 000, 360 millions ! »Sur mon portable, un message de Jean-Louis, à la CGT du groupe Sanofi.Ses infos étaient parcellaires. Mais voici, reconstituée, l’histoire d’un scandale sanitaire :Après vingt ans de recherche et 1,5 milliard d’investissement, Sanofi produit dès fin 2013 un vaccin contre la fièvre tropicale, le Dengvexia, le seul qui existe alors dans le monde.Certes, le produit n’est pas parfait : seuls deux des trois types de dengue (qui touche 400 millions de personnes chaque année) sont évités. Mais il protège 93 % des vaccinés contre sa forme hémorragique, qui tue 22 000 personnes par an, surtout des enfants.Pour 300 millions d’euros, le site de Neuville‑sur‑Saône, près de Lyon, dédié à la chimie, a été reconverti pour produire le Dengvexia (avec la perte de 500 emplois, au passage). Quant au prix de vente, Sanofi promet une « politique juste à travers le monde et acceptable pour les autorités sanitaires ». En avril 2016, l’OMS le recommande donc dans les zones de pandémie.
Le Mexique reçoit les premières doses. Les Philippines vaccinent 500 000 enfants.
Sauf que l’économie se casse la gueule au Brésil, que la situation devient instable en Indonésie, bref, que le tiers‑monde est mauvais payeur.
Pour David Loew, directeur de Sanofi‑Pasteur (la filiale vaccin), une conclusion s’imposait : « Nous voulons rééquilibrer nos efforts vers des vaccins ayant un champ d’application géographique mondial » (Les Échos, 29/3/2017). Le marché régional, c’est trop incertain.

Le mardi 16 mai, à Gentilly, lors du comité de groupe France, la direction annonce le changement de stratégie. Récit de syndicalistes présents ce jour-là :
« La direction nous annonce avec un certain cynisme que 359 millions de doses vont être détruites mais que ce n’est pas grave, cela n’aura pas d’impact financier, ça n’entrera pas dans les comptes. Les ‘‘doses non-provisionnées’’, ils appellent ça. On s’est regardés, on leur a demandé de répéter, ils ont confirmé. On leur a dit que ça concernait la santé, que ça pourrait quand même servir à soigner des gens qui en ont besoin : il faut deux doses pour une vaccination complète. Mais ils avaient l’air de s’en foutre, des malades. En fait, avec la dengue, ils ont fait un pari idiot : ‘‘Comme on est les premiers sur la dengue, on va pouvoir la vendre au prix qu’on veut.’’ Sauf qu’on s’adressait à des pays pauvres, qui en plus ont connu des problèmes internes.
À partir de là, ils auraient pu donner ou céder les doses en trop à prix coûtant, car ça ne coûte rien à produire, rien du tout. Ils auraient très bien pu vendre 200 millions de doses à 1 dollar. Mais ils sont tombés dans une habitude malsaine de la pharmacie : détruire plutôt que donner, par peur que les acheteurs n’attendent ensuite que le prix baisse.
En attendant, le site de Neuville ne tourne plus, il est à l’arrêt. On va produire un peu jusqu’à la fin de l’année, et puis fini. Les doses sont stockées là, dans des gros sacs en plastique, congelées. Même l’Inspection du travail ne savait pas que Neuville était à l’arrêt. On ne produira plus de vaccin contre la dengue avant 2021, au mieux. D’ici là, on ne sait pas si on va se retrouver au chômage technique, ou autre chose. »

Mais de ce choix de détruire des centaines de millions de doses, il n’y avait pas de compte-rendu officiel.
Et la direction refusait de nous répondre.
Il a fallu ruser, un peu.
Des habitants de la circonscription, qui travaillent sur le site de Compiègne, sont inquiets, j’ai pleurniché à la direction du site de Neuville : est-ce que cette histoire de dengue, ces 359 millions de doses détruites, ça risquait d’influer sur Sanofi et sur leur emploi à eux ?
Réponse : « Je ne pense pas, car à ce jour c’est uniquement sur le site de Neuville qu’on le produit. Pour le site de Compiègne non, il y a peu de chances que ça les touche. C’est produit uniquement à Neuville, donc Compiègne, il ne devrait pas y avoir de conséquences. »
La confirmation implicite de cette destruction massive.

Derrière ce choix, ce chiffre, en forme de question : combien de mères qui pleureront leur enfant ?

L’actionnaire‑roi

« Voici le nouveau Sanofi. » Le directeur général, Chris Viehbacher, le promet en ce mois de février 2012 : ça va changer ! Et avec quel objectif ?
« Maximiser le retour pour les actionnaires. » Il s’engage à « distribuer 50 % des profits en dividendes en 2013 ». Et de proclamer : « Nous entamons vraiment un nouveau chapitre de l’histoire de Sanofi. »

C’est que le labo ne fut pas toujours aux mains des financiers.
« Avec Dehecq, avec Le Fur, y avait parfois de la merde, c’était pas parfait, mais ça allait. » Olivier, le délégué Sud, donne presque dans la nostalgie quand il évoque les anciens dirigeants. « C’était un peu une vision à la papa, l’indépendance thérapeutique, tu vois ? Des gars à l’ancienne. Une fois, quand ça chauffait avec les salariés, Dehecq nous l’avait dit : ‘‘Si j’étais dégueulasse, je m’en irais et je vous mettrais un financier à la place.’’ Ben, c’est ce qui s’est passé. »
Sanofi est fondée, en 1973, par l’entreprise publique Elf : le pétrolier veut se diversifier, pas seulement extraire mais transformer, et crée ainsi une filiale « Hygiène et Santé ». La nouvelle société grandit d’abord vite, et bien. La boîte avale ses concurrents un par un. Sanofi, c’est alors le Doliprane, le Plavix (un anti‑agrégant qui va devenir le deuxième médicament le plus vendu au monde), la Dépakine. Les hommes à sa tête sont des scientifiques, ingénieurs, comme Jean‑François Dehecq (PDG), docteurs en pharmacie, comme Gérard Le Fur (DG).

En 2008, eux pensaient encore « investissements » : à Montpellier, Sanofi, premier employeur privé sur la ville, passerait bientôt de 1 350 à 1 800 salariés, et on parlait même de 4 000. Mais des brevets qui arrivent à terme, un médicament retoqué aux États‑Unis, et l’action en bourse bat de l’aile. Une tempête toute relative : cette année‑là, les dividendes prennent quand même +16 %. Mais pour les gros actionnaires, Total et l’Oréal en tête, c’est intolérable.
Exit Dehecq et Le Fur.
Bienvenue à Chris Viehbacher, alors directeur financier du groupe pharmaceutique GlaxoSmithKline, accueilli avec un Golden Hello de 2 millions d’euros. La veille même de sa nomination, le cours de l’action reprend 5 %… Surnommé « Smiling Killer », pour sa propension à dégommer du salarié en souriant, il ne trahit pas sa réputation. Partout en France, sous couvert de jolis noms, « Transforming 1 », « Transforming 2 », « R&D 2.0 », PSE et restructurations se suivent et se ressemblent. Entre 2009 et 2015, quinze sites sont fermés ! Les effectifs en France s’effondrent, 6 200 postes en moins. Sur 30 000 salariés, ça fait du 20 %. Pour les salariés, une violence sourde, une souffrance imposée. Des vies lacérées, parfois (et on y reviendra dans le prochain numéro). Même Dehecq, l’ancien PDG et fondateur, s’arrache les cheveux : « On ne peut pas vivre en fonction du cours de Bourse, c’est une connerie ! Si les entreprises deviennent des machines à faire du fric pour les investisseurs, on est morts ! »

Mais ça marche.
Pour les actionnaires, ça marche.
Du tonnerre de feu.
« Les bactéries sont devenues résistantes, développent leurs propres défenses. Comme Sanofi. »
Entre 2008 et aujourd’hui, le cours de l’action a plus que doublé, passant de 37 à 81 euros.
Cette année, au sein d’un CAC 40 qui « bat des records », Sanofi est la médaille d’or des dividendes.
Pire encore : en 2017, 3,7 milliards (soit plus que le budget Recherche et Développement) seront consacrés au « rachat d’actions ».
On s’arrête un instant là‑dessus, pour les boursicoteurs novices : que signifie « rachat d’actions » ? C’est que l’entreprise consacre sa trésorerie à racheter ses propres actions pour les supprimer ! Dans quel but ? Puisqu’il y a moins d’actions sur les marchés, ça en fait monter le cours.
Difficile d’imaginer un usage plus absurde de l’argent…
Des usines qui sont détruites, sans même avoir servi.
Des vaccins qui sont détruits, plutôt que d’être bradés aux malades (voir encadré).
Des chercheurs qui sont détruits, leurs années d’études en jachère.
Du capital qui est détruit, par milliards.
C’est un monstre qui se dévore lui‑même.
Mais avec Sanofi, il ne s’agit pas seulement de « social », d’emplois, de vies brisées.
Il s’agit ici de notre santé.
Ce sont des médicaments qui, demain, ne seront pas produits.
Ce sont des recherches, sur l’épilepsie, sur l’autisme, sur le cancer, etc. qui ne seront pas menées.
Ce sont des milliers, des centaines de milliers, peut‑être des millions de malades qui ne seront pas soignés, de morts qui ne seront pas évitées.
Alors, ce doit être une de nos priorités : ôter les labos pharmaceutiques d’entre les mains des financiers.
Les remettre au service des gens, des peuples, d’ici et d’ailleurs.

A qui profite le crime ?
Ce seront les héritiers de Liliane Bettencourt qui, dans les dividendes
de Sanofi, encaissent le plus gros chèque. L’Oréal détient en effet 9,2 % des parts du groupe pharmaceutique. De quoi maintenir la grabataire héritière au rang de seconde fortune française.

Source : Fakir, Cyril Pocréaux et François Ruffin, 01-10-2017

 

SANOFI : Nos questions, leurs réponses

Source : Fakir, Cyril Pocréaux, 01-10-2017

Dans le dernier numéro de Fakir (n°82), le dossier consacré à Sanofi détaille comment l’entreprise, quatrième groupe pharmaceutique mondial, met à mal la recherche sur les médicaments, sur les vaccins.
Comment elle détruit l’emploi, en France et dans le monde.
Comment elle détruit des usines neuves, qui n’ont jamais servi, ou des millions de doses de vaccin.
Comment elle détruit, finalement, notre santé.
Tout cela avec l’aval de nos dirigeants politiques – Emmanuel Macron en premier lieu – et en étant financée par l’argent public, via la Sécu ou le Crédit impôt recherche.
Et en pointant comme le champion français des dividendes, avec quelque 3,7 milliards d’euros distribués à ses actionnaires en 2016.

Au fil de ce dossier, on se disait que la direction de Sanofi avait, forcément, des explications à fournir. Fin mai, nous les avons donc contactés par mail et par téléphone, proposant une rencontre à Montpellier avec le directeur du site, Xavier Tabary. Il n’a pas pu nous recevoir, ni nous rappeler, pour cause d’emploi du temps trop chargé. Entre la mi-juin et la mi-juillet, nous avons cherché à de multiples reprises à joindre Isabelle Depauw-Mercier, responsable du site de recherche de Neuville, via sa messagerie et son assistante. Pas de retour de sa part. Enfin, le 24 juillet, nous avons demandé par lettre recommandée un rendez-vous avec Olivier Brandicourt, directeur général de l’entreprise. Malheureusement, il n’a pu nous recevoir pour « raisons d’agenda ». Son service communication nous a toutefois envoyé ses réponses – loin, à nos yeux, de répondre à nos interrogations.

Nous les publions ici, dans leur intégralité.

  • Fakir : Comment expliquer la destruction à Montpellier d’un bâtiment flambant neuf de 107 millions d’euros, le DI50, qui n’a jamais servi ?

La réponse de Sanofi :

A savoir :
Un médicament, c’est souvent quinze, vingt ans de recherche et de développement. Le DI50 a été construit en six ans seulement, entre 2005 et 2011. Depuis peu, certaines entreprises se lancent dans la copie des produits biologiques. La nouvelle orientation stratégique (produire des produits qu’on ne peut pas copier) sera peut-être bientôt caduque. Et un nouveau DI50 à nouveau nécessaire ?

Fakir : Comment justifiez-vous votre politique de l’emploi, qui s’est traduite depuis 2009 par de lourdes pertes d’effectifs, en particulier dans la recherche, en France comme dans le monde ?

La réponse de Sanofi :

A savoir :
Plus que le nombre de recrutements en 2016, nous aurions aimé évoquer le solde entre le nombre d’embauches et de personnes qui quittent l’entreprise, qui lui est largement négatif (voir notre dossier). Et combien, parmi les personnes recrutées, de contrats de qualification, d’intérimaires, dont les rapports confirment qu’ils augmentent sans cesse ? Combien de contrats précaires renouvelés qui gonflent les chiffres pour remplacer un seul CDI ?

Fakir : Comment expliquez-vous le processus d’externalisation de votre recherche scientifique ?

La réponse de Sanofi :

A savoir :
Brandir un chiffre de six milliards pour la recherche n’a pas de sens quand on y intègre l’achat, à prix exorbitant, de produits clés en mains pour favoriser le cours en bourse de l’action. Quant aux « partenariats », eux aussi très coûteux, ils s’apparentent souvent à une perte de compétences. Celui avec Regeneron, 27% du budget externe à lui seul et dont Sanofi se réjouit ici, avait en fait pris fin une semaine avant que nous ne recevions cette réponse. Le laboratoire américain a en effet annoncé début août la fin de sa collaboration avec l’entreprise française, et qu’il se réservait le droit de développer seul tout nouvel anticorps issu de dix ans de recherche commune.

Fakir : Comment justifier la politique de Sanofi de privilégier toujours plus ses actionnaires au détriment de la recherche et de l’emploi ?

La réponse de Sanofi :

C’est ici un mystère, qui résume le cas Sanofi : comment, sur un marché des médicaments aussi incertain (l’histoire des vaccins contre la dengue le prouve), peut-on prévoir des années à l’avance, comme Sanofi l’avait fait dès 2012, qu’on versera plus de 50% de ses profits aux actionnaires ?

Fakir : Comment justifier, au vu de la baisse des effectifs dans la recherche, de toucher chaque année de l’Etat près de 150 millions d’euros de Crédit impôt recherche (CIR) ?

La réponse de Sanofi :

Cela ne résout pas le paradoxe : Sanofi touche l’argent du CIR pour embaucher davantage de chercheurs, ou a minima maintenir leurs emploi. Or, l’entreprise détruit des postes de chercheurs par milliers.

Source : Fakir, Cyril Pocréaux, 01-10-2017

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Les vraies raisons du dépeçage d’Alstom, par Leslie Varenne

14 Octobre 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #La nation ., #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #Politique étrangère, #l'horreur économique

Les vraies raisons du dépeçage d’Alstom, par Leslie Varenne

Source : IVERIS, Leslie Varenne, 10-10-2017

Lors d’une conférence, Christian Harbulot, patron de l’École de Guerre Économique a évoqué le cas Alstom, et le rachat de sa branche énergie par General Electric, comme faisant partie de la guerre économique très dure que se livrent les USA et la Chine (1). Effectivement, avant que l’affaire n’éclate, Alstom et Shanghai Electric s’apprêtaient à signer une joint-venture sur le marché des chaudières pour les centrales électriques. Ce partenariat leur aurait permis de devenir le leader mondial dans ce secteur. Par ailleurs, en juillet 2013, Alstom avait signé un accord de partenariat avec le groupe chinois Dongfang concernant des projets de réacteurs nucléaires. Pour comprendre les réelles causes du démantèlement de ce qui était un fleuron de l’industrie stratégique française, l’IVERIS propose un entretien avec Loïk le Floch-Prigent.

Pensez-vous que les projets de fusion et de partenariat d’Alstom avec des groupes chinois aient été déterminants dans la prise en main par les Américains de la branche Énergie d’Alstom, et en quoi ces deux activités étaient-elle stratégiques ?

Qu’est-ce que la mondialisation aujourd’hui ? Essentiellement la coexistence de deux systèmes antagonistes, les États-Unis d’Amérique avec une puissance économique et militaire inégalée et une population moyenne, et la Chine, qui s’est réveillée avec une population trois fois supérieure et une volonté de puissance incontestable. C’est l’Empire du Milieu qui a l’avenir devant lui, le temps, et qui avance ses pions tranquillement sur l’échiquier mondial. L’Europe est trop désunie pour peser dans cette aventure, et la Russie encore affaiblie après soixante-dix ans d’obscurantisme soviétique. Il est clair que du temps de la guerre froide notre industrie était regardée à la loupe afin qu’elle ne vienne pas en aide à l’empire soviétique. Désormais c’est la Chine qui est le problème numéro UN des USA. Ne pas le voir, ne pas en tenir compte, l’ignorer, c’est passer à côté de la réalité, soit par incompétence, soit par stupidité.

Alstom avait deux spécialités, après que la Compagnie Générale d’Électricité (CGE) ait été démantelée par de médiocres idéologues : le transport ferroviaire et l’énergie. Le rail n’est pas un problème central pour les USA, mais l’énergie est un atout majeur dans leur volonté de puissance. Ils dominent le pétrole depuis ses débuts, et veulent conserver cet avantage fondamental. Ces dernières années, la montée des prix du pétrole ont conduit les USA à rendre économiques leurs réserves de pétrole non conventionnel (pétrole de schiste), et ils sont devenus autonomes pour les 150 années à venir au moins, ce qui a justifié leur relatif désengagement de la politique du Moyen-Orient ; ils n’ont plus besoin de l’Arabie Saoudite pour fonctionner ! Toute alliance poussée d’une entreprise européenne avec la Chine dans le domaine de l’énergie est donc potentiellement dangereuse pour la superpuissance USA qui n’a qu’une idée en tête, bloquer la montée en puissance des Chinois afin qu’ils ne deviennent pas la première puissance mondiale.

Or, qu’a-t-on entendu pendant les années 2012-2013 venant d’Alstom, entreprise phare de la transformation de l’énergie (charbon, gaz, hydraulique, nucléaire) ! Elle allait trouver un partenaire russe pour satelliser son département ferroviaire, et elle allait se concentrer sur les solutions énergétiques, grâce à un accord avec Shangaï Electric pour les centrales charbon et à un autre avec Dongfang pour le nucléaire ! C’est d’ailleurs cette feuille de route qui est présentée à la presse et aux organisations syndicales par le patron du groupe qui signale à cette occasion que, devant la puissance de l’entreprise ferroviaire unique chinoise, Alstom-transport ne peut vivre seul puisque le marché futur est avant tout asiatique, et qu’il faut d’urgence trouver un partenaire dans ce secteur pour avoir la liberté de rester dans le cœur industriel d’Alstom, l’énergie !

Quelques semaines après, un dirigeant d’Alstom domicilié en Asie est arrêté lors d’un de ses déplacements aux USA, et le PDG du groupe annonce la cession du département énergie au conglomérat américain General Electric, ce qui doit permettre de faire du transport ferroviaire d’Alstom une pépite mondiale !

Un peu de recul, une bonne connaissance de la géopolitique mondiale, et on a compris… « faites vos bêtises dans le transport, cela ne nous concerne guère mais, l’énergie c’est nous, et servir vos connaissances aux Chinois, pas question » ! Ce n’est pas la première fois que les USA nous avertissent que ce sont eux les maîtres du monde en politique énergétique, on peut faire mine de l’ignorer, se battre contre des moulins à vent avec des trémolos dans la voix, s’indigner, encore faudrait-il s’en donner les moyens, et le groupe Siemens avec lequel on aurait pu discuter venait de sortir durablement affaibli d’une affaire semblable où il avait dû se séparer de toute son équipe dirigeante pour les mêmes raisons qu’Alstom : corruption d’États étrangers à coups de dollars, et donc punis par l’émetteur de la monnaie, les USA.

C’est cela l’histoire que nous avons vécue. Nous n’avons pas voulu la regarder en face, nous avons voulu croire à la corruption épouvantable de notre champion national mais, dans ce secteur d’activité, tout le monde a agi de la même manière. Ce qui a été insupportable c’est qu’Alstom s’engage dans une politique d’alliance avec la Chine sans l’autorisation explicite du pays maître de l’énergie, les USA.

Faut-il voir un lien avec la sévère condamnation aux États-Unis de Frédéric Pierucci dans le cadre de la loi contre la corruption puisqu’il était le vice-président Monde de la division chaudière, et qu’il devait prendre la tête de cette joint-venture ?

Il est clair que l’incarcération immédiate de Frédéric Pierucci, en train de mettre en place le joint-venture avec Shangai Electric dans le charbon mais aussi le centre des négociations avec la Chine, était d’une clarté aveuglante car il y avait un grand nombre d’autres dirigeants d’Alstom qui avaient participé aux actes incriminés, et le PDG en particulier. La détention de Frédéric Pierucci était à la fois un avertissement et un chantage à l’égard de l’équipe dirigeante du groupe, ce qui avait été déjà réalisé avec Siemens quelques années auparavant. On sait aussi que les politiques européens sont frileux dès que le mot « justice » apparaît. On peut dire que les Américains ont très bien joué !

Le procès de Fréderic Pierucci a eu lieu le 25 septembre dernier et le verdict est ahurissant : trente mois de prison alors qu’il a seulement exécuté les ordres de sa hiérarchie, et n’a pas bénéficié d’enrichissement personnel. Il écope de la même peine que le PDG d’Halliburton, alors que ce dernier avait reçu un pot-de-vin de 10 millions de dollars. Ce cadre d’Alstom est clairement un otage économique, n’est-il pas aussi une victime de la guerre US/Chine ?

Bien entendu, mais il a aussi été abandonné par l’entreprise dont il était l’exécutant, et cela est tout simplement sidérant.

Donc le FCPA (loi américaine sur la corruption (2)) est également une arme de la guerre économique que se livrent ces deux États pour la domination économique mondiale ? Airbus, qui est actuellement sous le coup d’une procédure aux États-Unis, ne prend-il pas des risques lorsqu’il signe un contrat de 20 milliards d’euros sur les A330 avec la Chine ?

Le FCPA – c’est-à-dire la capacité d’agir dans le monde entier pour la justice américaine dès qu’un dollar a changé de mains – est une arme redoutable que les politiciens européens connaissent bien. Ils n’ont pas envie de monter en première ligne, et on les comprend, mais quand ils laissent des responsables industriels seuls dans la tourmente, on peut se demander à quoi ils jouent. Aucun commentateur ne s’en préoccupe. On a connu ce type de démission et d’aveuglement collectifs dans notre pays à d’autres moments de son histoire. Le FCPA est un problème fondamental pour la survie de la grande industrie de notre continent. Nous allons voir comment les affaires Airbus vont se régler !

Dans « l’affaire Alstom », qui est effectivement un véritable scandale d’État, il y a eu un rapport, un livre, un documentaire, des auditions à l’Assemblée nationale. Des ministres se sont exprimés sur le sujet et pourtant personne n’a vu qu’Alstom était la cible des Américains en raison de ses projets avec des groupes chinois. Pourquoi ? Cela ne signe-t-il pas la faillite de la pensée stratégique française ? Ne sommes-nous pas tous collectivement responsables de la situation d’Alstom aujourd’hui ?

Nous n’arrivons pas à chasser notre nombrilisme, c’est une maladie dont nous avons vu les ravages avec la COP 21, et la nécessité récente de donner « l’exemple » en interdisant l’exploration et la production d’hydrocarbures en France ! On croit rêver ! Notre production annuelle nationale représente la moitié de la production mondiale quotidienne ! Quel exemple, quel impact, sur qui ? Le monde va poursuivre son exploration et son exploitation d’hydrocarbures car les USA et la Chine ne vont pas arrêter leur croissance afin de satisfaire à la fois leur volonté de puissance et leur population. Notre chance, avec Alstom, c’était d’être à la pointe d’une utilisation plus propre du charbon qui reste le grand producteur d’électricité mondial, d’être à la pointe de l’hydraulique qui est la grande chance du continent africain qui va doubler sa population en 25 ans, à la pointe des turbo-alternateurs « Arabelle » qui équipent plus de la moitié des centrales nucléaires mondiales. Il nous fallait montrer notre détermination à rester maître de notre destin et éviter de prêter le flanc à la critique en voulant nous allier avec la Chine (3) ! Nous ne l’avons toujours pas compris et notre pays, nos équipes, nos ingénieurs en paient le prix aujourd’hui sans bien comprendre ce qui s’est passé. Certains sont encore dans la peine, d’autres bénéficient de jours heureux, mais notre pays souffre de ne pas voir et de ne pas comprendre qu’une politique énergétique est nécessaire, et qu’elle passe par un examen sans concessions de notre réalité. En nous « délestant » d’Alstom nous avons perdu le contrôle de notre filière nucléaire déjà mise à mal par beaucoup d’incompétence. Nous avons aussi perdu la main sur notre hydraulique, et nous ne représentons rien dans ce que nous appelons « les énergies nouvelles », c’est-à-dire le solaire et l’éolien. Notre politique énergétique est une politique de gribouille, ce qui ne peut que réjouir les USA et la Chine. Nous refusons de le voir. Nous avons eu bien d’autres aveuglements dans le passé, et les résultats ont plutôt été consternants.

Dans le monde où nous vivons, nous manquons systématiquement de recul. L’information en continu, les débats convenus entre prétendus experts sur tous les sujets d’actualité nous empêchent de prendre un peu de hauteur. Nous réagissons dans l’immédiateté tandis que les commentateurs et les acteurs politiques pratiquent en grande partie le déni de réalité.

Patrick Kron, l’ancien PDG d’Alstom, négociait avec des groupes chinois pour la branche Énergie, et avec les Russes pour la branche transport. Cette stratégie n’était-elle pas risquée ? Méconnaissait-il à ce point les rapports de forces ? Qu’aurait-il dû faire pour ne pas tomber dans les pièges, et être en capacité de protéger son groupe et ses salariés ?

Patrick Kron n’a pas eu la stratégie gagnante pour Alstom, c’est un fait acquis désormais. Je laisse à d’autres le soin de faire l’analyse des actions individuelles. J’ai indiqué ce que je pensais de notre aveuglément collectif, c’est bien plus grave.

(1) Cette conférence était dédiée au dernier livre de Christian Harbulot, intitulé “Le nationalisme économique américain“, publié aux éditions VA dans la collection “Guerre de l’information“.

(2) https://www.iveris.eu/list/compterendus_devenements/114-apres_alstom_a_qui_le_tour__

(3) https://www.iveris.eu/list/tribunes_libres/61-la_turbine_arabelle_ou_lindependance_technologique_francaise

Source : IVERIS, Leslie Varenne, 10-10-2017

 

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LE DÉCLIN DE L'OCCIDENT par Manuel De Diéguez

13 Octobre 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Histoire, #Europe supranationale, #La mondialisation

12/10/2017

LE DÉCLIN DE L'OCCIDENT

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Le Déclin de l’Occident

13 octobre   2017

 

1 - L'Occident éjecté de l'Histoire
2 - Qu'est-ce qu'une langue ?
3 - La postérité d'Oswald Spengler

 

1 - L'Occident éjecté de l'Histoire

Que signifie le verbe exister appliqué à la géopolitique? Une Europe politique peut-elle exister?

Pour tenter de comprendre la question, remontons au latin, notre langue-mère, dans laquelle le verbe exister renvoie à ex-sistere, sortir de l'immobilité debout, assise ou couchée et se mettre en mouvement dans une direction déterminée.

En ce sens, l'humanité, à l'instar des gastéropodes, se trouve pourvue d'une sorte de coquille existentielle chargée de protéger une espèce en déplacement. En 1818, Louis XVIII revenu au pouvoir en 1814, avait fait bénéficier le peuple français d'une Charte qui lui garantissait les apanages et les privilèges que la nation en mouvement avait déjà conquis à l'écoute de sa propre volonté en 1789. Tout le XIXe siècle a été scandé par le combat du peuple français pour la reconquête et la défense des droits d'une espèce auto-propulsive à laquelle son statut interdisait de jamais s'arrêter et de tomber dans la stagnation des troupeaux que leur position "courbée vers la terre", dit Salluste, condamne à "obéir à leur ventre".

Cette disposition universelle de notre espèce, Bergson l'a exprimée par les concepts de société ouverte et de société fermée, Sartre par la distinction entre l'en soi et le pour soi, le christianisme par la distinction entre le sacré et le profane, Pascal, par la distinction entre les "grandeurs d'établissement" et les "grandeurs spirituelles", les religions dans leur ensemble par la ligne de démarcation qu'elles tracent entre la matière et l'esprit. Il en résulte, en bonne et saine logique anthropologique, qu'une nation sort de l'arène de l'histoire quand elle cesse d'avancer - donc d'exister - conformément à sa nature.

Dans ce contexte, l'Espagne sortirait de l'histoire si elle perdait la Catalogne. Or la péninsule ibérique est composée de deux espèces de conquistadors, les Ibères proprement dits et les Portugais. Les premiers ont conquis l'Amérique, les seconds ont longé pendant des années, avec une patience tenace, tout le continent africain jusqu'au jour où, à force d'avoir le vent en poupe, ils ont dépassé la pointe sud de l'Afrique et ont réussi à garder le cap de leur bonne espérance. Or, la Catalogne s'est révélée la gigantesque plateforme de l'immobilité d'une civilisation ibérique en mouvement, mais qui avait besoin d'un magasinier. Depuis lors, comme disait Valéry, "le temps du monde fini a commencé".

Comment demeurer en chemin, comment persévérer à se rendre quelque part, comment seulement tracer une route dans une immensité connue s'il n'y a plus d'étendue à conquérir, à moins de se chercher une voie hors du système solaire?

 

2 - Qu'est-ce qu'une langue ?

Observons les rapports que les langues entretiennent avec la vocation auto-propulsive de l'espèce.

Il existe un dictionnaire du français classique. Mais le français du XVIIe siècle ne se réduit pas à un lexique cadenassé par un dictionnaire, lequel ferait d'un catalogue une forteresse. Il implique une pré-sélection des mots et des tournures chargés de donner leur élan, leur tonalité et leur âme une civilisation. Les mots ne sont pas inertes: quand le Général de Gaulle impose sa cadence et son pas à la politique de la France, il s'exprime dans une langue énergique et fermement rythmée, dont le flux naturel ne saurait se trouver entrecoupé des ânonnements et des bégaiements du français des dirigeants d'aujourd'hui. Leur langage traduit une infirmité de la volonté et une instabilité intellectuelle propres à toutes les décadences. A ce titre, François Hollande s'est révélé le premier Président de la Vè République que Régis Debray a pu qualifier d'illettré.

Cependant, méfions-nous également des pièges que nous tend le terme de décadence, lequel nous renvoie à cadere ou decadere, tomber. L'immaturité politique de la Catalogne, par exemple, est si grande qu'elle refuse la protection indispensable de Madrid pour se ruer les yeux fermés sous la tutelle rapace de Washington. Comment se fait-il qu'il aura suffi à la Tunisie visionnaire d'Habib Bourguiba de deux générations pour se rendre à nouveau massivement à la Mecque et pour y lapider un Lucifer censé s'y trouver en chair et en os? Comment se fait-il que la riche Algérie en soit venue, en un demi-siècle seulement, à acheter son pain à Paris? C'est que, sitôt ces nations devenues indépendantes, la sottise et l'ignorance scellent à nouveau le pacte avec un mécanisme bien connu, celui de la corruption avec l'incompétence. La presse algérienne d'aujourd'hui retentit de lamentations de ce que M. Bouteflika n'ait pas su diversifier l'industrie et le commerce algériens.

Considérons maintenant les apories qui étranglent l'Europe politique. Comment une bigarrure européenne de vingt-huit nations privées d'un passé commun, donc sans racines, et une polychromie désordonnée de vingt et une langues et de plusieurs religions radicalement incompatibles les unes avec les autres, changeraient-elles de rythme et de cadence et avanceraient-elles d'un seul et même pas? Ce peloton de pseudo nations n'a ni centre, ni frontières. Il ne peut que tomber dans le néant dont il est habité, puisqu'il n'a jamais réellement existé.

Une civilisation militairement occupée par cinq cents forteresses étrangères et qui n'a donc pas d'armée, n'a pas de souveraineté. Or, depuis soixante ans aucun journaliste n'a publié le plus innocent reportage sur la vie au jour le jour des troupes américaines incrustées sur le sol du Vieux Monde. Dans son interminable discours à la Sorbonne du 26 septembre 2017, parmi les réalisations urgentes auxquelles l'actuelle Union européenne doit se livrer afin de conquérir une "souveraineté active", la seule condition que le Président Macron a sciemment omise - et avec le plus grand soin - d'évoquer, est celle de l'expulsion des troupes d'occupation de l'empire américain camouflées sous l'habillage de l'OTAN.

Il existe une fable de l'antiquité grecque, inspirée d'Hérodote et racontée par Platon au début du deuxième livre de La République - celle de l'Anneau de Gygès. Le mythe décrit l'histoire d'un personnage de ce nom qui avait trouvé par hasard, lors d'un violent orage, une bague qui lui permettait de se rendre invisible. Gygès avait découvert qu'en tournant vers l'intérieur de sa paume le chaton de cette bague, il disparaissait aux regards, ce qui lui avait permis de séduire la reine de l'endroit, puis d'assassiner impunément le roi.

Aujourd'hui, le territoire de l'Europe est occupé par des régiments sur lesquels, non seulement personne n'ouvre les yeux, mais qui exigent maintenant que l'espace Schengen se change en champ de manœuvre de leur stratégie. Le continent est quadrillé du nord au sud et de l'est à l'ouest par cinq cents bases de l'étranger, mais M. Emmanuel Macron n'a pas cité leur démantèlement comme condition évidemment première d'un recouvrement par l'Europe de sa souveraineté. Puisque ni lui, ni aucun autre dirigeant européen ne voient ces troupes venues d'ailleurs, nous devons en conclure que les soldats de l'OTAN portent tous au doigt la fameuse bague qui les rend invisibles.

Un territoire occupé se situe en deça de toute possibilité de seulement évoquer sa souveraineté. Même la Suisse n'est souveraine que parce qu'elle s'est armée jusqu'aux dents en temps de paix. Or, privée de souveraineté, l'Europe occupée se trouve privée de toute existence politique, donc de destin. En vérité, le nouvel horizon qui servira de finalité à une espèce en mouvement ne pourra être autre qu'une plongée dans l'infini d'une vraie connaissance de soi. Seul ce désert nouveau ouvert au mouvement intérieur, que Socrate a placé sous nos pas il y a deux millénaires et demi, nourrira une résurrection

 

3 -La postérité d'Oswald Spengler

Nous approchons du centième anniversaire de la parution en 1918 à Vienne et en 1922 à Munich de l'ouvrage d'Oswald Spengler portant le titre prémonitoire Le Déclin de l'Occident et qui n'a été traduit en français que trente ans plus tard, chez Gallimard, en 1948. Cet ouvrage a marqué de son empreinte les Arnold Toynbee et même les Raymond Aron.

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C'est pourquoi une grande nation ne saurait se donner deux grammaires et deux syntaxes pour langues officielles et qui exprimeraient son identité à parts égales. Car les langues génératrices d'une haute culture philosophique, littéraire et scientifique servent de pilotes cérébraux aux empires. Leur logique interne et leur message jouent le rôle d'ordinateurs et de têtes chercheuses de l'humanité. On ne raisonne pas en allemand comme en français, en anglais comme en espagnol, en russe comme en chinois ou en portugais.

Certes, dit Descartes, j'existe puisque je pense. Mais puisque penser, c'est avancer, je ne sais qui je suis si j'ignore les signifiants qui font de moi un itinérant. Comment saurions-nous que nous marchons si nous ne savons pas comment notre langue nous fait progresser. Pour cela, il faudrait que nos universités se rendent capables de décoder la progression de la rédaction des vingt-neuf étapes de la Jeune Parque de Valéry. On a vu récemment un candidat au prix Goncourt présenter un roman mécaniquement fabriqué sur une imitation automatique du style de Céline. Mais quand Balzac écrit à Mme Hanska qu'il a réécrit treize fois César Birotteau, marchand parfumeur "les pieds dans la moutarde", c'est une bien mystérieuse moutarde que celle dont la vocation obéit au commandement intérieur qui fait dire à Balzac: "J'ai arraché des mots à la nuit et des idées au silence".

Notre enseignement universitaire ignore tout des secrets de la création littéraire. Quant aux célèbres universités américaines, dont la réputation est si surfaite en Europe, elles sont encore plus loin que les nôtres de savoir le premier mot du génie littéraire. Elles ont bien tenté d'enseigner l'art d'écrire. Mais sitôt qu'elles ont voulu préciser le rôle de l'individu unique dans une création unique, elles sont demeurées muettes.

Quant à nos élites politiques et à notre intelligentsia, elles n'ont les yeux fixés que sur des emplois à sauver, alors que seul le sauvetage des fleurons de notre industrie aurait permis de sauver d'un même mouvement le prestige de la nation et les emplois. Pour la première fois, M. Montebourg évoque la comparution future à la barre d'un tribunal approprié de l'ancien et de l'actuel Président de la République pour haute trahison, en raison des conditions suspectes de la vente des turbines à gaz d'Alstom à l'Amérique, puis du TGV à l'Allemagne.

Malheureusement, le patriotisme du peuple français n'est pas près de se réveiller sur un échiquier moteur, celui des industries de l'avenir. Une classe dirigeante bégayante et balbutiante témoigne à chaque instant que les langues vivantes sont le propulseur de l'histoire du monde et qu'un groupe de nations scindées entre une foultitude de syntaxes et de grammaires ne dispose pas et ne disposera jamais de la cohérence cérébrale qui seule peut assurer une cohésion politique.

Aujourd'hui, l'implosion d'une civilisation se révèle parallèle à la dispersion et à la dissolution de son langage, à la disparition de son souffle critique, à la mort de sa lucidité et à la complaisance à son auto-domestication.

Le 13 octobre 2017

Source : http://aline.dedieguez.pagesperso-orange.fr/tstmagic/1024...

 

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Censure de Jacques Sapir, message n°7: le chercheur pointe la responsabilité d'un conseiller ministériel

12 Octobre 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Histoire, #Europe supranationale, #La France, #Jacques Sapir

 

Blog de Jacques Sapir fermé : le chercheur pointe la responsabilité d'un conseiller ministériel

Censure de Jacques Sapir, message n°7: le chercheur pointe la responsabilité d'un conseiller ministériel

Face à la fermeture de son blog Russeurope hébergé sur le portail universitaire OpenEdition, Jacques Sapir dénonce une décision basée, selon lui, sur des motifs fallacieux. Plusieurs membres des milieux universitaires lui ont apporté leur soutien.

Accusé d'avoir utilisé son blog comme «tribune politique partisane» et de publier des textes «déconnectés du contexte académique et scientifique» par Marin Dacos, chercheur au CNRS et fondateur d'OpenEdition, Jacques Sapir a dénoncé auprès de RT France «une accusation parfaitement gratuite, et fausse».

«Tous mes textes sont en relation, directe ou indirecte, avec mes recherches. Quand OpenEdition et Hypotheses.org m’ont signifié qu’il y avait un problème, les quatre notes qu’ils ont cités étaient des copies d’articles, ou des références à mon travail», nous a-t-il confié le 27 septembre.

L'économie peut être elle traitée sans parler de politique ? «C’est strictement impossible», répond le chercheur à l'EHESS, avant de préciser que toutes ses notes «politiques» sont en références à ses recherches, à ses livres et à ses articles. «Je ne me suis jamais prononcé hors de ce cadre», a-t-il assuré.

Constatant que d'autres blogs, tels que celui de son ami sociologue Michel Wieviorka, contenant des articles publiés dans des journaux, Jacques Sapir s'interroge sur la différence de traitement dont il fait l'objet. 

«Je m’interroge aussi sur les fonctions aujourd’hui occupées par le responsable, Marin Dacos, et je me demande s’il n’y a pas, pour le moins, conflit d’intérêts», a-t-il lâché, faisant référence à la fonction de conseiller scientifique pour la science ouverte au Ministère de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation du responsable d'OpenEdition. 

Contacté par RT France, Marin Dacos n'a pas encore donné suite à notre sollicitation. 

«Même académique, la pensée unique doit d'abord rester... unique !»

Jacques Sapir a reçu le soutien de nombreux internautes et d'universitaires, mais aussi de personnalités telles que Philippe Béchade, économiste membre des Econoclastes, pour qui le chercheur paye avant tout ses prises de positions opposées à la politique d'Emmanuel Macron

«La censure de Jacques Sapir par son hébergeur Hypothèses démontre que même académique, la pensée unique doit d'abord rester... unique !», a-t-il affirmé dans un deuxième tweet. 


«La dictature en marche ! Toute ma solidarité à Jacques Sapir», a tweeté Paolo Becchi, professeur de philosophie à l'université de Gênes. 

Hélène Clément-Pitiot, économiste à l'EHESS, a elle aussi apporté son soutien au chercheur. «Censure à outrance ! La dictature en marche passe à la vitesse supérieure», a-t-elle déclaré sur le réseau social Twitter. «Briser les formes institutionnelles de ce dialogue est un affront», a-t-elle ajouté dans un second message.

«C'est très exactement le problème. Et c'est pourquoi il faut faire pression sur Hypothèses», a commenté Jacques Sapir sur le réseau social, répondant à sa collègue économiste. 


lire aussi : Jacques Sapir : «Le souverainisme est en train de gagner la bataille culturelle»

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Censure de Jacques Sapir, message n°6: Jugé trop «partisan», le blog de Jacques Sapir bloqué sur le portail universitaire OpenEdition

12 Octobre 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Histoire, #Europe supranationale, #La France, #Jacques Sapir

Jugé trop «partisan», le blog de Jacques Sapir bloqué sur le portail universitaire OpenEdition

Censure de Jacques Sapir, message n°6: Jugé trop «partisan», le blog de Jacques Sapir bloqué sur le portail universitaire OpenEdition

Dans son court texte, le fondateur du portail qui héberge les publications de nombreux chercheurs, universitaires et scientifiques, justifie cette exclusion en reprochant à Jacques Sapir des textes «s’inscrivant dans une démarche de tribune politique partisane, déconnectés du contexte académique et scientifique».

L'économiste se voit donc banni d'un blog qu'il anime de façon régulière et constante depuis 2011 et dans lequel il commente l'actualité économique et politique, souvent dans ses secteurs de prédilection comme l'économie, l'analyse des crises au sein de la zone euro ou la Russie.

Sans avancer aucune hypothèse d'ordre idéologique sur la raison de cette ostracisation par la communauté scientifique, l'auteur s'est contenté de comparer le caractère soi-disant «partisan» de ses analyses avec celles d'un économiste lui aussi présent sur la plateforme et aux vues opposées aux siennes.

Directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS), Jacques Sapir est connu médiatiquement pour ses analyses économiques, souvent critiques envers les politiques économiques menées au sein de l'Union européenne et envers l'euro, de même que pour sa ligne géopolitique favorable à un rapprochement avec la Russie. Des prises de position qui lui ont valu de nombreuses critiques de la part de la presse comme de la communauté universitaire et scientifique française. 

 

 

https://francais.rt.com/france/43831-juge-partisan-economiste-jacques-sapir-portail-universitaire-openedition-archiv%C3%A9

 

Dans son court texte, le fondateur du portail qui héberge les publications de nombreux chercheurs, universitaires et scientifiques, justifie cette exclusion en reprochant à Jacques Sapir des textes «s’inscrivant dans une démarche de tribune politique partisane, déconnectés du contexte académique et scientifique».

L'économiste se voit donc banni d'un blog qu'il anime de façon régulière et constante depuis 2011 et dans lequel il commente l'actualité économique et politique, souvent dans ses secteurs de prédilection comme l'économie, l'analyse des crises au sein de la zone euro ou la Russie.

Sans avancer aucune hypothèse d'ordre idéologique sur la raison de cette ostracisation par la communauté scientifique, l'auteur s'est contenté de comparer le caractère soi-disant «partisan» de ses analyses avec celles d'un économiste lui aussi présent sur la plateforme et aux vues opposées aux siennes.

Directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS), Jacques Sapir est connu médiatiquement pour ses analyses économiques, souvent critiques envers les politiques économiques menées au sein de l'Union européenne et envers l'euro, de même que pour sa ligne géopolitique favorable à un rapprochement avec la Russie. Des prises de position qui lui ont valu de nombreuses critiques de la part de la presse comme de la communauté universitaire et scientifique française. 

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Censure de Jacques Sapir, message n°5: La pétition

12 Octobre 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Histoire, #Europe supranationale, #La France, #Jacques Sapir

Censure de Jacques Sapir, message n°5: La pétition

La suspension de mon carnet Russeurope par Hypotheses.org a légitimement choqué. J’en veux pour preuve le succès de la pétition à laquelle se sont associés des universitaires reconnus. Mais, cette suspension suscite aussi de légitimes questions auxquelles il me faut répondre.

Pourquoi se battre pour le réouverture de Russeurope ?

Russeurope fut ouvert sur le portail Hypotheses.org en septembre 2012, après que j’ai été démarché par des personnes travaillant pour ce portail. Il était d’une grande facilité d’utilisation, et en un sens lié, même si très indirectement et symboliquement, à l’EHESS (mon institution) et à la FMSH. J’ai signalé dès l’ouverture que, outre des articles théoriques, des billets servant à tester des hypothèses de travail, je comptais publier aussi des textes plus politiques et polémiques. Ce fut accepté, mais hélas sans trace écrite. Je pensais avoir affaire à des personnes « décentes » au sens ou Orwell parle de « common decency ». J’avoue que j’ai probablement eu tort, du moins pour certaines.

Les responsables m’ont fait connaître, de diverses manières, la satisfaction qu’ils avaient à voir le nombre de connexion sur mon carnet progresser rapidement, de mois en mois.

Alors, oui, je considère Hypotheses.org comme un bon outil, une remarquable plate-forme. Je pensais pouvoir bénéficier de l’équivalent de ce que l’on appelle les « franchises universitaires » sur ce carnet. Il semble que je me sois, là aussi, trompé. Mais, l’iniquité de la mesure qui me frappe est une raison supplémentaire pour vouloir justement voir mon carnet ré-ouvert. De plus, je suis fondé à penser qu’Hypotheses.org constitue une délégation de service public. Dès lors, mon éviction prend un sens symbolique très fort, pour l’ensemble des chercheurs, qu’ils partagent ou non mes idées et mes positions.

La science et la politique

On le sait, le grief principal qui m’est fait est d’avoir publié des textes qui seraient purement politiques sans aucun aspect de recherche. D’une part, cela part de l’hypothèse, difficile à soutenir, que textes scientifiques et textes politiques pourraient être clairement séparés. En réalité, c’est une impossibilité dans les sciences sociales. Ensuite, je peux montrer que TOUS mes textes que l’on veut faire passer pour des tribunes partisanes sont tous complètement insérés dans mes travaux de recherche. Enfin, prétendre qu’il y aurait eu un « changement de ligne » est un mensonge complet.

Dès septembre 2012, j’ai publié des textes que l’on rangerait aujourd’hui dans la catégorie de polémiques, même si pour moi ce sont de simples textes politiques. Ainsi, sur les 14 notes publiées en septembre 2012, pas moins de 4 entraient dans cette catégorie. En octobre 2012, mois dans lequel j’ai publié 13 notes, ce sont cette fois 6 notes que l’on peut considérer comme « politiques ». On voit que les responsables d’Open Edition et d’Hypotheses.org ne peuvent nullement plaider un « changement de ligne » survenu depuis ces derniers mois dans le carnet. S’ils étaient gênés, ils auraient dû protester dès novembre 2012. Par ailleurs rien que cette expression est déjà étrange. Car, cette expression s’applique à un parti, ou au moins à une organisation, qui est susceptible de « changer de ligne ». Serais-je donc devenu un parti politique à moi tout seul ?

On voit où l’argument se ridiculise lui-même, comme un grand, et sans qu’il soit besoin d’y revenir.

Qu’en est-il de la liberté des universitaires ?

Le portail Hypotheses.org a été développé par le Centre pour une édition électronique ouverte (Cléo), un centre qui est lui-même placé sous la quadruple tutelle du CNRS, de l’Université d’Aix Marseille, de l’Université d’Avignon et de l’EHESS. Nous sommes donc bien au cœur de l’Université.

Or, il faut savoir que les libertés des universitaires ont été bien précisées par différentes lois. On peut ainsi citer l‘article L 952-2 du code de l’éducation, issu lui-même de l’article 57 de la loi Savary du 26 janvier 1984, et qui dit très précisément : “les enseignants-chercheurs, les enseignants et les chercheurs jouissent d’une pleine indépendance et d’une entière liberté d’expression dans l’exercice de leurs fonctions d’enseignement et de leurs activités de recherche, sous les réserves que leur imposent, conformément aux traditions universitaires et aux dispositions du présent code, les principes de tolérance et d’objectivité[1]. Les chercheurs sont ainsi traités de la même manière que les enseignants chercheurs, professeurs et maîtres de conférence. Un Directeur d’études à l’EHESS est, de plus, assimilé à un professeur des universités. Leur liberté est donc entière, dans le respect de la loi qui réprime la diffamation, dans l’enseignement, dans l’activité de recherche et dans les médias qui permettent de la faire connaître. Ces principes ont été rappelés par diverses juridictions, allant de la Cour Européenne des Droit de l’Homme (CEDH) au Conseil Constitutionnel. On peut ainsi citer l’arrêt du CEDH du 27 mai 2014 n°346/04 et 39779/04) mais la jurisprudence du Conseil Constitutionnel français (CC n° 83-165 DC du 20 janvier 1984 et n° 94-355 du 10 janvier1995) ou encore l’article L.111-1/al. 4 du Code de la propriété intellectuelle qui fait dérogation, pour les universitaires, au statut général de la fonction publique. Par ailleurs, on peut encore citer l’article L.411-3 du code de la recherche qui protège l’autonomie de la démarche scientifique ainsi que les articles L.123-9, L.141-6, L.952-2 du code de l’éducation qui rappellent une norme d’indépendance et de liberté d’expression des enseignants, chercheurs et enseignants-chercheurs[2].

Il est aujourd’hui clair que ces principes n’ont pas été respectés par Hypotheses.org et par OpenEdition

Une plateforme indépendante est-elle liée par les règles de l’Etat ?

Il semble que les responsables d’Hypotheses.org et d’OpenEdition ont tellement conscience d’avoir ici franchi une ligne rouge qu’ils argumentent aujourd’hui, sur divers blogs, de la manière suivante : Hypothèses.org n’est pas une instance universitaire, mais une institution originale, indépendante, de droit privé. Elle peut parfaitement se doter d’un règlement intérieur particulier et si l’un de ses membres y contrevient prendre des mesures contre lui. Notons ici que j’étais loin d’être le seul à publier des article dits « politiques » sur Hypotheses.org. On trouvera ici une liste non exhaustive[3]. Dès lors se pose une autre question, celle de l’inégalité de traitement. Or, cette question relève, elle, du droit commun et non de la sphère du droit public. Rien que pour cela, les responsables d’Hypotheses.org et d’OpenEdition ont commis une faute grave.

Mais, revenons à l’argument qui prétend qu’Hypothèses est une plate-forme privée, donc qu’elle ne serait pas concernée par le droit de l’administration et de l’éducation nationale.

Fort bien ; mais, ce qu’oublient ces responsables, c’est qu’Hypotheses.org fonctionne en réalité dans un régime que l’on peut assimiler à celui d’une délégation de service public[4]. Car, nul ne contestera que le travail fait par ce portail correspond bien à un service public. Dès lors, il apparaît pour le moins étrange que cette plate-forme ne se sente pas concernée par les règles et la jurisprudence du service public. Il n’en aurait pas été de même si Hypothèses.org avait été un service payant. Mais, la gratuité du service offert, son lien avec des centres de recherches et le financement public d’Hypotheses.org, renforce la parenté avec la délégation de service public. On peut ici remarquer au parallèle avec certaines associations sportives qui reçoivent, conformément à l’article L.131-14 du code du sport, une délégation de mission de service public.

Par ailleurs, des principes généraux, comme ceux énoncés dans les arrêts du Conseil Constitutionnel et de la CEDH s’appliquent normalement à TOUT acteur de droit français. Ils s’appliquent alors évidemment à Hypotheses.org, et ils semblent bien qu’ils aient été violés dans mon cas.

C’est pour l’ensemble de ces raisons que j’appelle à signer et à faire signer la pétition qui circule actuellement ici

Notes

[1] Je remercie Roseline Letteron pour cette citation. Voir : http://libertescheries.blogspot.fr/2017/09/menace-sur-la-pensee-libre-le-blog-de.html

[2] Pour plus de précision on se reportera au blog de Jérôme Valluy « Bâillonner les universitaires », publié le 8 octobre 2017, https://blogs.mediapart.fr/jerome-valluy/blog/081017/baillonner-les-universitaires

[3] Par exemple :

https://brexit.hypotheses.org/804

« Victor Orban a ainsi émis de fortes réserves sur les qualités du chef de l’État français. Ce dernier ne doit, toutefois, pas trop s’inquiéter d’une telle appréciation étant donné la qualité de la personne qui l’a formulée… »

https://brexit.hypotheses.org/760

(à propos des élections parlementaires de 2017 au RU)

« Les discussions sur le Brexit en seront retardées d’autant. Finalement, il aurait fallu que ces élections interviennent bien plus tôt, immédiatement après le référendum de juin 2016 ainsi que nous le soutenions dans d’autres publications. Trop heureuse d’accéder à son graal politique, Mme May avait rapidement écarté cette option. Décidément, she’s not the right person at the right moment.” »

https://brexit.hypotheses.org/632

« La présence de M. Macron au second tour de l’élection présidentielle française face à Mme Le Pen est une bonne nouvelle pour le débat politique, car il contribue à replacer en son cœur la question de l’avenir de l’Union européenne »

“Il est vrai qu’une victoire d’un candidat dont l’avenir politique de l’Europe corrélée à la relance indispensable du couple franco-allemand est une ligne de force du programme, serait un événement majeur – et dès lors que les promesses électorales se traduiront en actions concrètes. Il sera aussi indispensable que le mouvement En Marche ! bénéficie d’une majorité ou d’un soutien parlementaire pour défendre efficacement son projet européen. »

https://politbistro.hypotheses.org/3663

(suite à l’élection de Trump)

« Plus de commentaires sur l’élection elle-même dans quelques jours, une fois que j’aurai complètement absorbé l’idée que cette voix insupportable qui sort de mes enceintes pour appeler à la déportation en masse de populations civiles et à la prolifération d’armements atomiques est celle du commandant en chef de la plus importante force armée mondiale. […]Le personnage est affligeant, l’événement est traumatique, le processus est spectaculaire, et les causes sont inquiétantes. »

http://wieviorka.hypotheses.org/803

« Les Français sont pessimistes, ce souffle d’air frais consécutif à l’élection d’Emmanuel Macron peut avoir un impact sur le moral de la collectivité, nous redonner de la fierté. »

« Quand on écoute les électeurs de Jean-Luc Mélenchon, on sent de la rage, de la colère, de la frustration, qui celle là n’est pas relative ! S’il n’y pas de réponse à toutes ces attentes, pas de traitement politique, la violence en est l’horizon. »

[4] Lombard M.et G. Dumont, Droit administratif, Dalloz, 8e édition,

 

 réponses à [Russeurope en Exil] Les questions et la pétition, par Jacques Sapir

Commentaire recommandé

basile Le 11 octobre 2017 
 
 

Je comprends pourquoi ces auteurs, Aurélien Antoine et Michel Wieviorka, sont choyés, et que Sacques Sapir perturbe la machine. Ils sont en plein dans la ligne des média grand public.

Dans leur ton, leurs mots, leur humanisme doucereux non violent de bons pères de famille qui « savent », ils sont du même tonneau que tous ces spécialistes des plateaux télés qui diffusent la bonne parole. Que dis-je, la messe.

Un blog qui s’appelle Russ…., c’est déjà suspect. Il suffit de constater comme même chez nos proches amis, même dans notre famille, la propagande anti russe a fait son oeuvre. « Il faut une armée européenne pour contenir la Russie, blablabla »

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[Russeurope en exil] Mobilisation contre la suspension de Russeurope et le risque de discrédit international qui pèse sur les institutions de recherche françaises, par Jacques Sapir. Message n°4

11 Octobre 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Histoire, #Europe supranationale, #La France, #Jacques Sapir

[Russeurope en exil] Mobilisation contre la suspension de Russeurope et le risque de discrédit international qui pèse sur les institutions de recherche françaises, par Jacques Sapir. Message n°4
8 Oct. 2017

[Russeurope en exil] Mobilisation contre la suspension de Russeurope et le risque de discrédit international qui pèse sur les institutions de recherche françaises, par Jacques Sapir

Le carnet de recherches Russeurope a été suspendu depuis plus de 10 jours. La mobilisation pour demander sa réouverture ne cesse depuis de s’amplifier. Un premier bilan de cette mobilisation s’impose. Au-delà, il faut considérer les conséquences de cette suspension, et elles pourraient être très déplaisantes pour la recherche française.

Une impressionnante mobilisation

Cette mobilisation a été très large, et elle a touchée des universitaires comme des simples particuliers, ce que M. Emmanuel Macron, dans son inimitable langage, appellerait « des gens qui ne sont rien », et qui sont, pour moi, le sel de la terre.

De très nombreux sites ou blog (plus de 30 en France, et plus de 20 à l’étranger tel que j’ai pu les comptabiliser) ont repris les annonces que j’avais faites, ou ont publié leur propres textes de soutien. Je les en remercie vivement. J’ai reçu le soutien de plusieurs institutions universitaires et en particulier l’Institut de Prévision de l’Economie (Moscou).

De très nombreux courriers (plus de 600 en 3 jours) ont été envoyés à M. Dacos et M. Beretz, au point que le premier s’en est plaint publiquement sur Twitter et a visiblement, à plusieurs reprises, fermé momentanément sa messagerie.

Ceci est la preuve d’une mobilisation qui a porté des coups non négligeables contre les forces de la censure. Mais, pour l’instant, cela n’a pas suffi. Il faut donc redoubler d’efforts, continuer d’écrire sans relâche à MM. Dacos et Beretz, tout en gardant dans ces écrits la correction et le respect qu’il convient d’avoir dans un monde civilisé. Ce n’est pas parce que j’ai été la victime de comportements que l’on a bien du mal à qualifier de civilisé qu’il faut abandonner les pratiques de décence et de correction. Il faut donc continuer à écrire à M. Dacos (marin.dacos@openedition.fr), pour demander que l’usage du carnet Russeurope me soit rétabli, et à faire remonter vos commentaires à M. Alain Beretz (alain.beretz@recherche.gouv.fr),

Ce que nous dit le droit (et les juristes)

Si M. Dacos se mure dans le silence, estimant avoir tout dit, certains de ses amis n’hésitent pas à faire courir sur mon compte des bruits déplaisants et calomniateurs. Ainsi, M. Sylvain Piron affirme, sans la moindre preuve, que mon carnet contiendrait des « appels aux meurtres ». Si cela était vrai, cela constituerait un délit. On peut s’étonner, alors, que nulle plainte n’ait été déposée contre moi. En vérité, cela fait ressortir encore plus la faiblesse de l’argumentaire qui m’est opposé.

De nombreux juristes se sont exprimés sur ce sujet. M. Stéphane Rials (professeur de relations internationales et de philosophie politique à Panthéon-Assas) a ainsi écrit que « la légalité d’une mesure aussi générale, assez mal motivée semble-t-il, manquant du moins de base légale, pourrait être contestée »[1].

Mme Letteron (Professeur des Universités, professeur de Droit à Paris-Sorbonne et qui tient le blog Liberté, Libertés Publiques[2]), de son côté, écrit : « Aux termes de l’article L 952-2 du code de l’éducation, issu de l’article 57 de la loi Savary du 26 janvier 1984,les enseignants-chercheurs, les enseignants et les chercheurs jouissent d’une pleine indépendance et d’une entière liberté d’expression dans l’exercice de leurs fonctions d’enseignement et de leurs activités de recherche, sous les réserves que leur imposent, conformément aux traditions universitaires et aux dispositions du présent code, les principes de tolérance et d’objectivité“. (…) La liberté est donc entière, non seulement dans l’enseignement mais aussi dans l’activité de recherche et dans les médias qui permettent de la faire connaître. (…) Un service chargé de gérer une plateforme de blogs, au nom des Universités membres, a le même devoir. »

La question de la liberté d’expression

Ces deux citations, extraites entre bien d’autres, indiquent bien de quoi il est question. Derrière l’argutie d’une séparation entre textes « académiques » et textes « politiques », c’est bien de la liberté d’expression de tous dont cette triste affaire est l’enjeu.

Il me faut, ici, citer à nouveau Roseline Letteron : « (…) la liberté d’expression, et pas seulement celle des universitaires et chercheurs, s’analyse comme un régime répressif. Autrement dit, chacun peut s’exprimer librement, sauf à rendre compte d’éventuelles infractions devant le juge pénal, a posteriori. C’est exactement la formule employée par l’article 11 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 qui énonce que “la libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme ; tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi”. Tout citoyen, sauf Jacques Sapir. On ne lui reproche en effet aucune infraction. On lui interdit simplement de publier par une mesure a priori. Au régime répressif se substitue celui de la censure »[3]. J’ajoute ici que de nombreux autres carnets de Hypotheses.org publient des textes de même nature à ceux que je publiais sur Russeurope. Je ne demande nullement leur suspension. Je demande que ce qui vaut pour Pierre valle également pour Paul, ou pour Jacques…

Par ailleurs, l’idée que l’on puisse établir une séparation claire entre écrits de nature académique et écrits de nature politique est pour le moins douteuse en Sciences Humaines et Sociales. C’est ce que remarquait un auteur d’un carnet de recherches sur Hypotheses.org, qui écrivait à propos de la suspension de mon propre carnet : « il est vraiment difficile de tracer une limite nette entre la recherche en SHS, l’expertise sur le monde social et l’engagement personnel (cf. tweet de Dominique Lecourt). Chaque chercheur a son style, sa posture, qui peuvent varier dans le temps. En fait on pourrait même arguer que si l’un des intérêts du carnet de recherche consiste précisément à donner à voir l’effort de formalisation scientifique en train de se faire, cela implique justement que certains des affects et des engagements, qui animent l’effort de recherche, y soient visibles… »[4].

Le risque de discrédit qui pèse sur les institutions de la recherche française

On peut alors constater que M. Dacos, qui a pourtant été nommé Conseiller scientifique pour la science ouverte auprès du Directeur général de la recherche et de l’innovation au ministère de l’enseignement supérieur, a bien une conception très fermée de la science et de l’expression des scientifiques.

Les collègues de l’Institut de Prévision Economique écrivent ainsi : « Nous, chercheurs russes étions dans l’illusion que la liberté des discussions scientifiques était en France strictement inviolable. Il se fait que c’était une erreur. Il y a des gens en France qui considèrent une forme douce de censure dans les discussions scientifique comme acceptable ».

We, Russian researchers were under the illusion that freedom of academic discussions in France is strictly inviolable. But it turned out that it was a mistake. There are people in France that consider soft censorship in academic discussions to be acceptable[5].

Des termes peu différents peuvent être trouvés sur le blog Goofynomics, qui – il faut le rappeler – est le blog aujourd’hui le plus influent en économie en Italie[6].

On imagine alors l’effet désastreux que la suspension de mon carnet de recherches peut avoir sur la réputation des institutions de recherche françaises à l’étranger. Cette mesure de suspension a suscité légitimement, que ce soit dans le milieux académique ou non-académique, que ce soit en France ou à l’étranger, une profonde émotion. Cette émotion est de nature à porter préjudice à hypotheses.org, ce qu’il convient de constater, de déplorer (car ce portail fait œuvre utile), mais aussi de considérer comme inévitable si cette mesure n’était point rapportée.

Il faut avoir conscience du discrédit que la prolongation d’une telle mesure pourrait faire porter sur les institutions de la recherche française à l’étranger. C’est aussi pourquoi, au-delà de l’injustice et du préjudice que je subis, qu’il faut demander aux organes dirigeants d’hypotheses.org et d’Open Edition de rapporter cette mesure de suspension et de ré-ouvrir dans les plus brefs délais le carnet Russeurope.

Jacques Sapir

[1] https://assasri.wordpress.com/2017/09/29/resistance-soutien-total-a-m-jacques-sapir-directeur-detudes-a-lecole-des-hautes-etudes-en-sciences-sociales-victime-dune-atteinte-insupportable-a-la-liberte-de-lesprit-a-la-libre-recher/

[2] http://libertescheries.blogspot.fr

[3] http://libertescheries.blogspot.fr

[4] http://rumor.hypotheses.org/4121

[5] https://ecfor.ru/en/jacques-sapir-s-blog-is-blocked/

[6] http://goofynomics.blogspot.fr/2017/09/solidarieta-jacques-sapir.html

 

Réponses à [Russeurope en exil] Mobilisation contre la suspension de Russeurope et le risque de discrédit international qui pèse sur les institutions de recherche françaises, par Jacques Sapir

Commentaire recommandé

Stella2b Le 08 octobre 2017 
 
 

La fermeture de l’espace d’expression de M. Sapir est une porte ouverte sur la confiscation de toutes les idées qui sortent de la pensée unique dédiée au libéralisme.
D’autant moins que cet éminent économiste est certainement bien moins dangereux que tous ces amuseurs publics, se prenant pour des journalistes, qui polluent la réflexion des téléphages en répétant, tels des magnétophones, la petite musique ” il n’y a pas d’autre alternative ” …
Cette forme d’autodafé est hautement symbolique et éminemment dangereuse pour la liberté d’expression.
Nous ne devons pas laisser ce mouvement liberticide se poursuivre et montrer immédiatement et sans faille que nous tenons résolument à cette liberté fondamentale qui a toujours enrichi le débat citoyen et permis l’avancée des idées.
Nous sommes devant une régression majeure et historique qui sert les intérêts d’une caste arrogante et destructrice.

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Censure de Jacques Sapir. Message n°2. Deuxième partie

11 Octobre 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Histoire, #Europe supranationale, #La France, #Jacques Sapir

Censure de Jacques Sapir. Message n°2. Deuxième partie

2° partie

 

Tableau 1

Chiffres de fréquentation de Russeurope pour les 4 premiers et les 4 derniers mois

Mois

Visiteurs différents dans le mois

Nombre de connexions dans le mois

Nombre de notes dans le mois

Nombre de connexions/notes

octobre-2012

10 856

26 111

13

2009

novembre-2012

14 770

36 802

12

3067

décembre-2012

13 456

36 225

10

3623

janvier-2013

14 019

38 771

13

2982

mai-2017

134 198

315 938

33

9574

juin-2017

97 286

234 556

18

13031

juillet-2017

102 137

231 402

18

12856

août-2017

94 822

213 146

17

12538

Alors, on peut penser que ce qui aurait été toléré pour un carnet connaissant mois de 40 000 connexions par mois était devenu insupportable pour un carnet connaissant plus de 200 000 connexions mensuelles. Ne soyons pas naïf ; la jalousie, sous ses formes les plus mesquines, existe aussi dans le monde universitaire. Et ce d’autant plus qu’il était de nature publique que les articles et notes de Russeurope étaient repris sur d’autres blogs, que ce soit en France, en Belgique, en Italie. Il est, bien entendu, impossible de tenir une comptabilité précise, mais je pense que le nombre réel des lecteurs dépassait de 50% à 100% suivant les occasions les lecteurs enregistrés par Hypothèses.org. Oui, cela était de nature à fâcher les fâcheux…D’autant plus que Russeurope représentait entre 10% et 15% du flux total de la plateforme.

 

Il y a un autre point dérangeant dans la démarche d’Open Edition. Tous les articles cités datent de 2017, et de la période dite de « campagne présidentielle », alors que j’ai publié des prises de position dès l’ouverture du carnet. Or, je constate qu’en 2017 M. Marin Dacos est devenu « Conseiller scientifique pour la science ouverte auprès d’Alain Beretz, Directeur général de la recherche et de l’innovation au Ministère de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation ». Ceci correspond à une position officielle. Elle est de nature à induire un conflit d’intérêts avec sa position de directeur d’Open Edition qui, par nature, est une plate-forme ouverte à toutes les opinions.

Surtout, elle pourrait me fonder à penser qu’il y a là la source de la mesure qui me frappe. Ce n’est point tant le fait de publier des textes politiques, ou s’inscrivant dans une lecture du politique découlant de recherches scientifiques que l’on me reproche, mais bien les opinions de ces textes. Ce serait donc un procès d’opinion, chose que l’on croyait bannie dans un pays se disant démocratique, procès sans doute mélangé des effluves de la jalousie.

 

Devant cet état des faits, et devant les multiples soutiens que j’ai reçus, que ce soit en France ou en Italie, je demande donc solennellement à Open Edition d’annuler sa mesure arbitraire à mon encontre.

Si, vous aussi, êtes choqués par ce comportement de M. Dacos et d’Open Edition, je vous invite à le faire savoir à M. Dacos (marin.dacos@openedition.fr) ou sur son compte twitter (@marindacos), à demander que l’usage du carnet Russeurope me soit rétabli, et à faire remonter vos commentaires à M. Alain Beretz (compte twitter @alain_beretz), le supérieur hiérarchique de M. Dacos.

 

Par Jacques Sapir le 28 septembre 2017

 

Annexe

Extraits de la charte d’OpenEdition

 

Article 10. Contenu

En adhérant à la plateforme électronique du portail OpenEdition du Cléo, l’Éditeur s’engage à ne pas mettre en ligne un contenu comprenant :

— un message et/ou images faisant l’apologie d’idéologies fascistes, xénophobes, racistes ou sectaires ;

— des propos diffamatoires et/ou injurieux ;

— des propos et/ou images à caractère insultant, humiliant ou portant atteinte à la vie privée d’une personne ;

— des propos et/ou images à caractère pédophile ;

— des propos et/ou images et/ou vidéos à caractère pornographique ;

— des propos et/ou images susceptibles de porter atteinte à l’ordre public, au respect de la personne humaine ou de sa dignité, à l’égalité entre les femmes et les hommes, à la protection des mineurs ;

— des propos et/ou des images encourageant, contenant ou provoquant à la discrimination, l’injure, la haine ou la violence à l’égard d’une personne ou d’un groupe de personnes, notamment en raison de leur origine, ou de leur appartenance ou non à une ethnie, une nation, une race ou une religion, de leur handicap, de leurs préférences sexuelles ou de toute autre différence ;

— des propos et/ou des images faisant l’apologie ou la négation ou la remise en question des crimes de guerre et/ou contre l’humanité (négationnisme) ;

— des propos et/ou images encourageant la commission de crimes et délits ou le commerce et la consommation de substances illicites, la prostitution, le terrorisme, les agressions sexuelles, le vol, le suicide, la violence, les dégradations et détériorations volontaires dangereuses pour les personnes, les atteints à l’autorité de la Justice ;

— des éléments portant atteinte à des droits de propriété intellectuelle (marque, droit d’auteur, dessins et modèles, brevets) ;

— des propos et/ou images portant au droit de la personnalité (atteinte à la vie privée, divulgation d’une image sans l’autorisation de la personne, divulgation de données privées et/ou personnelles…).

 

 

 

 


 

 

Jacques SAPIR

 

[1][1] Par exemple :

http://russeurope.hypotheses.org/763 Comment sommes-nous dépossédés de la Démocratie

http://russeurope.hypotheses.org/765 Légalité, Légitimité et les apories de Karl Schmitt

http://russeurope.hypotheses.org/2300 Souveraineté et Ordre Démocratique 1

http://russeurope.hypotheses.org/2333 Souveraineté et Ordre Démocratique 2

http://russeurope.hypotheses.org/2393 Etat Social et Démocratie

http://russeurope.hypotheses.org/4263 La Société au risque de la Souveraineté

http://russeurope.hypotheses.org/4330 Tyrannies et Dictature

https://russeurope.hypotheses.org/5319 , Etat de Droit et Politique

Lire la suite

Censure de Jacques Sapir. Message 2 (1° partie).

11 Octobre 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Histoire, #Europe supranationale, #La France, #Jacques Sapir

BONJOUR

Je lance une série de publication sur la censure qui s'est abattue sur Jacques Sapir. 

Voici le deuxième billet, il concerne le message initial de Jacques Sapir.

Cordialement

Lucien Pons

Censure de Jacques Sapir. Message 2 (1° partie).

 

1°partie.

 

Chers amis,

Chers collègues

 

Mon carnet scientifique, ouvert en septembre 2012 sur Hypotheses.org vient d’être suspendu. Je ne puis plus installer de notes ni faire des modifications sur les textes publiés. Le communiqué, signé par Marin Dacos, directeur d’Open Edition dit : « Le carnet que vous consultez est désormais une archive et ne sera plus alimenté. Les droits d’accès en écriture ont été retirés à son auteur par l’équipe d’OpenEdition.

À de nombreuses reprises, l’auteur du carnet y a publié des textes s’inscrivant dans une démarche de tribune politique partisane, déconnectés du contexte académique et scientifique propre à Hypothèses et constituant une condition indispensable pour publier sur la plateforme. » Je conteste formellement cette affirmation et cette procédure, dont on peut s’étonner qu’elle survienne maintenant alors que je publie tout type de textes depuis l’ouverture du carnet, fin septembre 2012. Mais, tous les textes publiés sont en relation avec mes recherches, qu’il s’agisse d’articles scientifiques, de notes de travail, ou d’articles de réaction à l’actualité. Tous ces textes s’inscrivent dans le contexte de mes recherches. De plus, et il faut l’ajouter, de nombreux carnets réagissent eux-aussi à l’actualité.

Parme les textes qui me sont reprochés il y a les textes suivants qui servent de prétextes à ce blocage sont les suivants :

 

Candidats du passé, candidats du futur (8 avril 2017)

https://russeurope.hypotheses.org/5888

Ce texte est la version française de l’interview que j’avais donnée à Russia Today (RT). Je souhaitais mettre cette contribution à la disposition de mes lecteurs francophones sous une forme écrite..

Times of change for French politics (24 avril 2017)

https://russeurope.hypotheses.org/5929

Ce texte correspond à la version anglaise d’un article publié dans la revue russe Ekspert. Cette pratique de republier un texte paru dans un journal est fréquente sur Hypothèses.org . Par exemple, sur le carnet de Michel Wieviorka on trouve la version française de l’intéressant article qu’il a publié dans le quotidien espagnol La Vanguardia (L’autonomie du politique / https://wieviorka.hypotheses.org/818 ), ou encore un article publié dans le New-York Times (https://wieviorka.hypotheses.org/826 ) ou enfin dans Libération (https://wieviorka.hypotheses.org/831 ). Que Michel Wieviorka puisse publier des articles, parus dans la presse, est une fort bonne chose et, quand on ne peut pas suivre les journaux, on est fort heureux de pouvoir retrouver ces textes. Mais pourrait-on m’expliquer ce qui justifie la différence de traitement avec moi ? Est-ce la revue russe, pourtant considérée dans son domaine comme une revue de référence ? Ou alors, faut-il croire que ce sont les opinions ?

Macron, Ferrand et la « propagande » (30 mai 2017)

https://russeurope.hypotheses.org/6052

Ce texte correspond à un point d’application de mes travaux dus la légitimité et la légalité. J’ai d’ailleurs publiés de nombreuses notes sur cette question[1][1].

Le président Potemkine? (2 juin 2017)

https://russeurope.hypotheses.org/6067

Ce texte dresse un parallèle entre la situation actuelle et l’histoire de la Russie sur la question de la communication et des représentations, et s’inscrit à la confluence de mes travaux, tant sur la Russie que sur le couple légalité/légitimité.

 

La phrase du communiqué « l’auteur du carnet y a publié des textes s’inscrivant dans une démarche de tribune politique partisane, déconnectés du contexte académique et scientifique propre à Hypothèses » apparaît, alors, comme un pur prétexte. On se souvient du vieil adage « qui veut noyer son chien l’accuse de la rage ». On comprend immédiatement que pour tout auteur, et c’est mon cas, qui estime que la recherche ne se fait pas dans les limbes, les travaux scientifiques me conduisent à prendre parti dans l’agora électronique. Par ailleurs, rien dans la charte des contenus sur Open Edition ne mentionne l’interdiction d’une démarche « de tribune politique partisane ». On consultera, en annexe l’article 10 de cette dite charte.

 

Alors, peut-être est-ce tout simplement le succès du carnet Russeurope qui m’attire les foudres de Marin Dacos et d’Open Edition. Et il est vrai que Russeurope a connu un développement auquel je ne m’attendais pas quand je l’ai créé. Le nombre de connexions mensuelles, tout comme le nombre de visiteurs, a atteint des chiffres étonnants.

 

A suivre

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Censure à l'encontre de Jacques Sapir.

11 Octobre 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Europe supranationale, #La France, #La mondialisation, #Jacques Sapir

D'ABORD, ILS SONT VENUS POUR LES NAZIS ET LES PEDOPHILES... - I.

1. Bateau Saker.jpg

 

Sapir viré de Russeurope

 

Suspension de la publication sur ce carnet

Marin Dacos – Russeurope 28 septembre 2017

 

Chères lectrices,
Chers lecteurs,

Le carnet que vous consultez est désormais une archive et ne sera plus alimenté. Les droits d’accès en écriture ont été retirés à son auteur par l’équipe d’OpenEdition.

À de nombreuses reprises, l’auteur du carnet y a publié des textes s’inscrivant dans une démarche de tribune politique partisane, déconnectés du contexte académique et scientifique propre à Hypothèses et constituant une condition indispensable pour publier sur la plateforme.

L’équipe d’OpenEdition a informé l’auteur que des billets de ce type n’avaient pas leur place sur la plateforme, en précisant que des mesures seraient prises en cas de poursuite de ce type d’usage du carnet de recherche..

Suite à la publication de nouveaux contenus dépassant le périmètre éditorial de la plateforme, l’équipe d’OpenEdition a procédé à la suspension des droits en écriture de l’auteur. Aucun contenu n’a été supprimé. Aucun nouveau contenu ne pourra être publié. Une archive de l’ensemble des billets a été transmise à l’auteur.

Marin Dacos
Directeur du Centre pour l’édition électronique ouverte

Lire le communiqué des Conseils scientifiques d’OpenEdition et d’Hypothèses

Source : http://russeurope.hypotheses.org/6303

 

2. François Demassieux.GIF

 

Lettre de Claude et François Roddier au représentant d’Hypothèses et OpenEdition

 

Monsieur le Directeur,

C’est avec stupéfaction que nous avons pris connaissance de votre texte et de celui des conseils scientifiques d’Hypothèses et OpenEdition suspendant la publication de contenus sur le carnet Russeurope alimenté par Jacques Sapir.

Nous sommes un couple d’astronomes ayant travaillé 16 ans aux États Unis, revenus en France pour notre retraite. En tant qu’universitaires scientifiques nous n’arrivons pas à comprendre comment vous pouvez affirmer que les billets de Jacques Sapir sont déconnectés d’un contexte académique et scientifique. Nous soutenons, au contraire, que l’ensemble des textes du carnet de Jacques Sapir sont parfaitement à leur place dans un portail d’édition académique.

Les textes des carnets sont le plus souvent des textes mettant l’économie à la portée de non-économistes, ce qui est notre cas. Nous avons découverts le carnet il y a plusieurs années, en avons été des lecteurs réguliers et avons beaucoup appris en le lisant.

Jacques Sapir prend ouvertement position sur quelques sujets-clés pour lui : l’euro, la laïcité, la souveraineté et explique très clairement les enjeux liés aux choix faits dans ces domaines.

Pour Jacques Sapir, fils de l’un des responsables de la Résistance dans les Alpes-Maritimes, la laïcité et la souveraineté de la France sont des piliers pour lesquels il a décidé de se battre. C’est cette position qu’il défend systématiquement depuis le commencement de son carnet. Pourquoi donc les conseils scientifiques d’Hypothèses et OpenEdition n’ont-ils pas suspendu la publication de contenu depuis cinq ans maintenant ?

Est ce parce que notre président désire remplacer la souveraineté française par la souveraineté européenne et trouve naturel de brader Alstom-Energie à l’américain General Electric et Alstom-Transport à Siemens que votre portail d’édition s’inquiète brusquement de «démarche «démarche de tribune politique partisane» ? Votre démarche n’est-elle pas simplement de bloquer une voix dissidente ? N’avons nous pas affaire à un procès d’opinion ?

En tant que citoyens français attachés aux valeurs fondamentales de notre République, nous vous demandons, Monsieur le Directeur, d’annuler la mesure de suspension de publication de contenus sur le carnet Russeurope.

 

Claude et François Roddier,

Professeurs retraités des universités de Aix-Marseille, Nice, Institute for Astronomy de l’Université de Hawaii (USA).

 

 

2. François Demassieux.GIF

 

 

Cette prise de position leur a valu la lettre suivante de Jacques Sapir :

 

Chers amis,

Chers collègues,

Ce courriel pour vous informer que le mouvement de protestation contre la suspension de mon carnet de recherches est en train de s'amplifier.

M. Dacos, sur Twitter, a eu le front de se plaindre et de se dire "fatigué" des 600 messages (!) qu'il aurait reçus concernant mon carnet.

C'est ce que l'on appelle un magnifique "effet Streisand". J'ai reçu le soutien de la communauté scientifique, que ce soit en France, mais aussi en Italie, en Allemagne, en Espagne, en Grande-Bretagne et en Russie.

Une note de protestation a été mise sur le blog de la World Economic Association.

Je remercie de tout mon coeur ceux qui se sont joints à ce mouvement.

Je me suis "exilé" provisoirement chez Olivier Berruyer, d'où j'ai repris mon travail.

Avec toutes mes amitiés,

Jacques Sapir

2. François Demassieux.GIF

 

Nous y ajoutons la mise au point générale de l’intéressé, publiée ce-jour par Les Crises :

 

[Invité] – Russeurope en exil (forcé), par Jacques Sapir

 

10. sapir_russeurope-296.jpg

 

Mon carnet scientifique, ouvert en septembre 2012 sur Hypotheses.org vient d’être suspendu. Je ne puis plus installer de notes ni faire des modifications sur les textes publiés. Le communiqué, signé par Marin Dacos, directeur d’OpenEdition dit :

 

« Le carnet que vous consultez est désormais une archive et ne sera plus alimenté. Les droits d’accès en écriture ont été retirés à son auteur par l’équipe d’OpenEdition.

À de nombreuses reprises, l’auteur du carnet y a publié des textes s’inscrivant dans une démarche de tribune politique partisane, déconnectés du contexte académique et scientifique propre à Hypothèses et constituant une condition indispensable pour publier sur la plateforme ».

 

Je conteste formellement cette affirmation et cette procédure, dont on peut s’étonner qu’elle survienne maintenant alors que je publie tout type de textes depuis l’ouverture du carnet, fin septembre 2012. Mais, tous les textes publiés sont en relation avec mes recherches, qu’il s’agisse d’articles scientifiques, de notes de travail, ou d’articles de réaction à l’actualité. Tous ces textes s’inscrivent dans le contexte de mes recherches. De plus, et il faut l’ajouter, de nombreux carnets réagissent eux-aussi à l’actualité.

Parme les textes qui me sont reprochés il y a les textes suivants qui servent de prétextes à ce blocage sont les suivants :

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Source : https://www.les-crises.fr/invite-russeurope-en-exil-force...

 

2. François Demassieux.GIF

 

Félicitons-nous au passage de cette solidarité entre résistants « alternatifs », et souhaitons qu’elle se généralise.

Si serrer les rangs face à l’ennemi est la seule arme qui nous reste, qu’au moins il soit bien sûr qu’il lui faudra l’affronter à ses risques et périls.

2. François Demassieux.GIF

 

Ce n’est pas la première fois que quelqu’un se fait bâillonner pour ses idées par un site privé. On se rappelle ici, par exemple, les démêlés de Serge Uleski avec L’Obs, mais il y en a eu bien d’autres avant l’inénarrable offensive de l’imMonde et de son « Décodex ». Il semble que les droits du commerce passent de plus en plus les droits des sociétés civiles : celles des citoyens et des États, que garantissent pourtant les lois.

En août dernier, un (très long) article du Saker sur ce sujet nous avait frappés et nous avions commencé à le traduire, pour finir par jeter l’éponge par manque de temps et d’énergie. Cette affaire-ci nous pousse à le reprendre avec quelque retard. Comme toujours, le Saker réfléchit à voix haute et va jusqu’au tréfonds d’une question de principe, en finissant, comme toujours, par y chercher des solutions pratiques. Il faut le lire, fût-ce en plusieurs jours.

Grand merci à Anna S. pour les corrections !

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