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Le blog de Lucien PONS

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Moscou, démolition des Khrouchtchevka: l'opposition s'organise Par Karine Bechet Golovko

15 Mai 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Europe supranationale, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La Russie

lundi 15 mai 2017

Démolition des Khrouchtchevka: l'opposition s'organise

 
 
 
Le mécontentement populaire monte à Moscou suite au programme massif de démolition lancé par le maire Sobianine. Au lieu de s'occuper au cas par cas des bâtiments menaçant ruine, le maire de Moscou annonce près de 5000 bâtimes visés, dont le choix laisse parfois perplexe. Les habitants, inquiets, se lancent dans un mouvement contestataire et certains simples citoyens rejoignent même l'opposition radicale pour les élections municipales de septembre. Un tel cadeau était inattendu, mais va être rentabilisé sans aucune hésitation.
 

 
Nous avions déjà écrit sur les problèmes juridiques posés par le programme de démolition lancé par le maire de Moscou Sobianine (voir ici) et son étrange formulation qui semble avoir été inspirée de l'extérieur, soit par des organismes internationaux, soit par des cabinets de conseils (voir ici).
 
Comme prévu, le mécontentement monte et l'opposition radicale n'hésite pas à le récupérer. L'on remarquera  au passage cette habitude de l'opposition radicale de récupérer, avec une efficacité très relative, les mouvements de mécontentement populaire, comme ce fut le cas à Bolotnaya - où elle s'est rapidement faite siffler par la foule. Elle fonctionne un peu comme un parasite qui se nourrit du corps du pouvoir, sans rien produire par lui-même. Quant à l'opposition parlementaire, son silence est troublant.
 
Mais, cette fois-ci nous n'en sommes qu'au début, l'opposition radicale est encore hésitante, comme nous avons pu le voir lors du meeting organisé hier contre les démolitions. De 8000 à 22000 personnes selon les sources.
 
 
Cette manifestation, autorisée par la mairie de Moscou, était prévue pour 4000 personnes. Elle a largement dépassé les attentes, comme nous pouvons le voir sur cette photo. Si les mouvements de l'opposition radicale ont fait une tentative, la population n'était pas venue pour eux. Les pancartes montrent bien les attentes des gens "C'est ma maison", "Akademitchesky contre la déportation", "L'on ne laissera pas détruire Moscou", "Conte la démolition", "Pas de démolition des immeubles en briques", etc.
 
La réaction des personnes interrogées est on ne peut plus saine. Un vieil homme déclare ne pas vouloir quitter sa maison, son hôpital est à côté, les magasins aussi. S'ils détruisent sa maison, il déclare aller s'immoler sur la Place Rouge. Un autre, dans la force de l'âge, explique très simplement à la caméra de la chaîne d'opposition Dojd que c'est sa maison et qu'il ne veut pas bouger, sans raison particulière, il est chez lui et il a le droit de simplement vouloir y rester. Une femme déclare être venue soutenir les manifestants qui risquent de perdre leur immeuble, elle habite dans le centre, donc n'est pas concernée pour l'instant, mais personne ne sait ce qu'il en sera d'ici 5 ou 6 ans et quelle loi sera encore adoptée explique-t-elle. Un homme s'indigne en demandant pourquoi quelqu'un doit décider à sa place ce qu'il doit faire de sa propriété privé. Une famille raconte habiter à Novikova-Priboya, où il y a des 5 étages en briques très solides, dans un quartier calme et vert, à proximité de la rivière Moskova. Plusieurs fois, il y a eu des tentatives pour construire sur ces zones vertes, mais ils ont réusi à résister. Maintenant, la Constitution a été mise à la poubelle, un tel banditisme contre la propriété, selon eux, n'existait pas même dans les années 90.
 
Il s'agit bien d'un mouvement populaire. D'une réelle contestation. L'on a vu ici ou là, dans différents quartiers de Moscou de petites manifestations de quelques dizaines de personnes en soutien au programme de démolition, avec beaucoup de drapeaux stéréotypés. Face à l'ampleur de la manifestation contre les démolitions, ces tentatives de légitimation semblent être plutôt le signe du réel niveau de contestation populaire. 
 
Navalny a bien évidemment tenté de récupérer l'évènement, mais les organisateurs n'ont pas voulu le laisser accéder à la scène pour faire un discours politique, expliquant qu'il n'avait pas participé à l'organisation et que le mouvement était non politique. Citoyen. Il a donc été sorti avec sa famille par les forces de l'ordre sur demande des organisateurs. Lui qui courageusement était venu protégé par sa femme et son fils, n'en revient pas sur son twitter: comment ont-ils osé touché à son enfant? Et lui comment ose-t-il utiliser sa famille pour se protéger?
 
 
Il ne respecte rien et est prêt à tout utiliser pour se faire de la publicité, cela montre la moralité du personnage.
 
Pour autant, l'opposition politique radicale est prête à capitaliser le mouvement de contestation populaire pour les futures élections municipales de Moscou qui auront lieu pour les conseillers municipaux en septembre 2017 et en 2018 l'élection du maire.
 
Ainsi, D. Gudkov, qui vise la mairie, explique que l'opposition recrute ses "candidats démocratiques" sur internet, mais surtout dans la rue, parmi les manifestants et en a déjà trouvé 1200. 1200 personnes qui sont prêtes à s'engager dans la politique contestataire en raison du programme de Sobianine. L'efficacité du maire de Moscou est incontestable ... De son côté, l'incontournable Khodorkovsky lance son école de préparation des candidats aux municipales. Ainsi, les "candidats démocratiques" recevront la formation qui leur manquait pour transformer un simple citoyen en opposant convaincu.
 
Et le mouvement va-t-il, de lui même, miraculeusement, s'éteindre avant les présidentielles ? Pour l'instant, les manifestants demandent la démission de Sobianine. Et ensuite? 
 
 
 
 
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La Commission fait monter la pression budgétaire sur la France, moins d’une semaine après l’élection présidentielle Le journal "Ruptures".

14 Mai 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #l'horreur économique, #Le fascisme, #Macron

La Commission fait monter la pression budgétaire sur la France, moins d’une semaine après l’élection présidentielle

Moscovici présentation

A l’occasion de la présentation des prévisions économiques européennes, le Commissaire Pierre Moscovici a salué l’élection du très pro-UE Emmanuel Macron, tout en l’appelant à accélérer les coupes dans les dépenses publiques

C’est peu dire que Bruxelles a accueilli l’élection d’Emmanuel Macron avec soulagement et enthousiasme. Pour autant, l’engagement pro-UE du nouveau maître de l’Elysée ne lui vaudra aucune indulgence particulière de la part de la Commission européenne. Cela va certes de soi, mais on n’est jamais trop prudent, a dû estimer Jean-Claude Juncker, président de l’exécutif européen. Dès le lendemain du scrutin, celui-ci le rappelait sans guère prendre de gants diplomatiques.

Le Commissaire aux Affaires économiques a réitéré le message jeudi 11 mai. Présentant les prévisions conjoncturelles européennes de printemps, Pierre Moscovici – qui fut lui-même locataire de Bercy avant Michel Sapin – a gentiment remis la pression, tout en s’en défendant officiellement.

Il s’est d’abord bien sûr réjoui du verdict des urnes : « personne ne devrait bouder son plaisir », a-t-il affirmé tout sourire, prévoyant que le nouveau chef de l’Etat français « aura à cœur de faire progresser la gouvernance de la zone euro et les politiques économiques européennes ». Il défendra fortement le projet de créer un budget propre de la zone euro et un ministre des Finances commun, s’est réjoui M. Moscovici.

Ces intentions se situent en fait dans la droite ligne de ce que défend traditionnellement Paris – déjà en son temps, Lionel Jospin plaidait pour « un gouvernement de la zone euro » – mais n’enchantent guère Berlin, peu enthousiaste à l’idée que les finances allemandes servent peu ou prou à renflouer les pays « à la traîne », notamment du sud.

Conscient de cela, l’ex-banquier de chez Rothschild a insisté lors de sa campagne sur son intention d’accélérer les coupes budgétaires et les « réformes » en France de manière à se présenter en élève modèle face aux dirigeants allemands, qui seraient ainsi plus enclins à faire des concessions.

Cette démarche a les faveurs de l’ex-dirigeant socialiste Pierre Moscovici, mais celui-ci est conscient des oppositions qu’elle devrait rencontrer : « il reste à voir si les conditions seront entièrement favorables » a noté prudemment ce dernier.

Prévisions puis « recommandations »

Passant aux prévisions proprement dites, le Commissaire a passé en revue les différents pays sur la base du rapport de ses services. Une semaine plus tard (le 18 mai), la Commission présentera ses « recommandations » (contraignantes) pour chacun des Etats membres.

Pour la zone euro, les pronostics de croissance se veulent « optimistes » : le PIB s’accroîtrait de 1,7% en 2017, et 1,8% en 2018 (cette dernière prévision est évidemment très aléatoire). Les taux officiels de chômage devraient légèrement diminuer : 9,4% en 2017, et même 8,9% en 2018. Quant aux déficits publics, ils s’établiraient en moyenne pour les Dix-neuf à 1,4% du PIB en 2017, et à 1,3% en 2018.

Dans ce contexte, la France apparaît toujours aux yeux de Bruxelles comme un cancre. Certes, le déficit fin 2017 devrait s’établir à 3% du PIB, juste à la limite de la norme autorisée. Mais, encore à l’automne dernier, Michel Sapin affirmait mordicus qu’il réussirait à atteindre l’objectif préalablement imposé par Bruxelles, soit 2,7%.

Le locataire de Bercy se félicitait même de pouvoir réaliser « 46 milliards d’économies entre 2015 et 2017 », un montant qui aura cruellement manqué aux budgets de l’Etat, des collectivités locales, et de la protection sociale. Mais il s’agissait d’un engagement pris en février 2016 en échange d’un « délai de grâce » exceptionnel de deux ans accordé à la France pour rentrer dans les clous.

Procédure de déficits excessifs

Or en 2018, prédit d’un œil noir la Commission, le déficit français pourrait remonter à 3,2%, sur la base d’une croissance pronostiquée à 1,7%. Si une telle « dérive » se confirmait, Paris resterait soumis à la procédure de surveillance rapprochée prévue en cas de « déficits publics excessifs ». Aujourd’hui, outre la France, l’Espagne et le Portugal font l’objet de cette procédure infamante.

Certes, le nouveau président s’est engagé à renouer avec une stricte obéissance aux normes budgétaires européennes. Reste que passer en dessous des 3% semble quelque peu contradictoire avec des promesses de campagne, non pas tant en faveur du monde du travail (qui n’a pas grand-chose à attendre) que des entreprises : M. Macron a en effet promis de pérenniser le Crédit d’impôt dit pour la compétitivité et l’emploi (CICE), soit 20 milliards – une paille.

Le nouveau maître de l’Elysée compte sur sa réforme choc « du marché du travail » (et donc du code du même nom) par ordonnances pendant l’été pour négocier une indulgence provisoire de Bruxelles… et de Berlin. Le grand argentier allemand, Wolfgang Schäuble, a certes affirmé le 9 mai que son gouvernement « ferait tout pour soutenir Macron » ; mais cela ne signifie certainement pas qu’il faiblira sur les exigences budgétaires.

Bruxelles condescend à « donner sa chance » à la France…

Si Pierre Moscovici entendait rappeler que la Commission n’oublierait pas d’appliquer ses règles, il a cependant voulu adopter un ton bienveillant vis-à-vis de son pays d’origine : descendre au-dessous des 3% à la fin de 2017 (et quitter ainsi la procédure de déficits excessifs), c’est « jouable », c’est « à portée de la main », a affirmé le Commissaire, faisant allusion aux engagements du nouveau président.

Puis il a résumé : « mon message n’est pas un message de pression, en aucun cas un message de sanction, c’est un message de confiance et de bienvenue » à l’égard d’un homme qui « connait bien les règles européennes ». « Donnons-lui sa chance », a-t-il conclu.

Bruxelles qui condescend à « donner sa chance » à la France… Parfois, une brève formule en dit bien plus qu’un long discours.

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Macron est « fabriqué » selon Michel Onfray,Sur Public Sénat par Comité Valmy

14 Mai 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #Les média, #Macron

Macron est « fabriqué » selon Michel Onfray
Par Public Sénat

samedi 13 mai 2017, par Comité Valmy

Macron est « fabriqué » selon Michel Onfray

Le philosophe Michel Onfray se veut extrêmement critique dans son analyse de cette campagne présidentielle. Lui s’est abstenu au premier tour et ce pour deux raisons. La première est qu’il s’est senti victime d’un « coup d’état » quand le « non » au référendum de 2005 sur la Constitution européenne n’a pas été suivi des effets escomptés : « Il y a eu une rupture de contrat social ». Et la deuxième est cette division entre « petits » et « grands » candidats que le philosophe trouve ambigüe : « Tout a été fait pour que le goulot d’étranglement arrive à ce qu’il s’est passé là (…) Regardez, les « petits » candidats sont tous des gens qui sont contre la formule libérale de l’Europe. Drôle, hein ? Et tous ceux qui sont des « grands » candidats sont tous des gens qui sont pour la formule de l’Europe ». Pour Michel Onfray, les « petits » sont là pour « permettre d’amuser la galerie » pendant que les « sérieux » prennent l’espace.

 

Quand au résultat de l’élection, le philosophe est catégorique, il a déjà eu lieu : « C’est une élection à un tour, l’élection présidentielle. Et le président a déjà été élu hier [dimanche NDLR]. La preuve, il a déjà fait la fête ».

 

Pour Michel Onfray, Emmanuel Macron « est fabriqué » : »Benoît Hamon avait été choisi pour perdre [à la primaire NDLR] (…) Les gens ont oublié qu’il y a eu un bourrage d’urnes au Parti socialiste. Cela n’a posé aucun problème (…) Quand on bourre les urnes, c’est qu’on veut pousser un candidat (…) en faisant de telle sorte qu’il puisse descendre tellement bas, que ça ouvre la route à Macron ».

 

Invité de l’émission « On va plus loin », le philosophe Michel Onfray, analyse la campagne présidentielle du premier tour.

 

Interview intégrale de Michel Onfray par publicsenat

Interview intégrale de Michel Onfray

25 avril 2017
Mise en ligne CV : 10 mai 2017

Source :

Public Sénat

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La fabrication du produit Macron et la soumission de la presse…ou comment la démocratie est menacée ! Par Jacques Cotta

14 Mai 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Europe supranationale, #La France, #Macron

La fabrication du produit Macron et la soumission de la presse…ou comment la démocratie est menacée !  Par Jacques Cotta

La fabrication du produit Macron et la soumission de la presse…

…ou comment la démocratie est menacée !

Par Jacques Cotta2017: 

Sommaire

Journaliste depuis plus de 30 ans –le temps passe- je croyais avoir assisté durant ma vie professionnelle à un long déclin démocratique qui avait atteint le fond. La campagne présidentielle qui vient de se terminer par l’élection d’Emmanuel Macron vient démentir ce pronostic tout compte fait optimiste. Jamais en effet de mémoire professionnelle un tel point de soumission de la presse à des intérêts particuliers incarnés par le candidat Macron n’avait été atteint. Nul n’échappe au constat. Presse écrite, radio, télé… Qu’on en juge : durant les deux années de préparation de la candidature Macron, plus de 8000 articles, des centaines de reportages radios ou télé, une présence organisée, entretenue, digne des campagnes totalitaires. Voilà à quoi nous avons assisté. De tout temps il a été fréquent de considérer que la presse ne fait pas une élection. Et si celle de Macron était l’exception venant confirmer la règle ?
 

Macron au début, ça va pas fort…

D’où vient Macron, d’où vient donc sa popularité ? Comment s’est-il imposé dans l’espace public pour arriver aux plus hautes fonctions ? Comment donc ce jeune hussard de la Hollandie est-il parvenu à endosser le costume du Bonaparte de la 5ème république ? Qui donc lucidement aurait parié un kopek sur le protégé de Hollande ?

Lorsqu’il est nommé au ministère de l’économie par François Hollande, son niveau de popularité est très bas. Selon les sondages alors effectués, en octobre 2014, 11% seulement des personnes interrogées souhaitaient le voir jouer un rôle plus important dans la vie politique française
(Sondage TNS-SOFRES octobre 2014). 18 mois plus tard, il est donné perdant au premier tour, derrière Juppé, mais aussi derrière Jean-Luc Mélenchon (Sondage IFOP avril 2016). Parmi certaines catégories sociales, sa côte est très faible. Seuls 6% des ouvriers et 4% des artisans voient d’un œil bienveillant le ministre de l’économie. Nous sommes alors à une année de l’échéance électorale. Que s’est-il donc passé, par quel miracle le très libéral Macron est-il devenu selon tous les sondages la « personnalité politique préférée » des français (Sondage ODOXA janvier 2017) ? Comment l’opinion a-t-elle basculé ? Qui fut donc l’agent magique de Macron au point de modifier de fond en comble l’avis des français sur celui qui allait emporter les élections ?

La perception que les français ont du ministre Macron est au départ sans ambiguïté. Ceux qui le connaissent savent qu’il s’agit d’un ex-banquier de chez Rothschild, un libéral affirmé comme tel
(On trouvera dans « L’Imposteur », livre que j’ai consacré à Hollande et son entourage, un portrait de Macron qui retrace l’histoire déjà très « riche » du jeune collaborateur fétiche du chef de l’état. « L’Imposteur », Jacques Cotta, Editions Balland, 2014.), un homme dont le côté bling-bling n’échappe pas à l’opinion, instigateur d’une loi sur la dérégulation du travail, partisan du travail le dimanche, de la remise en cause des statuts professionnels, de « l’ubérisation » de secteurs importants de la société, d’une politique d’ensemble qui pousse les options de François Hollande et qui est plutôt mal reçue par les travailleurs.
 

… Mais un coup de presse, et ça repart !


Alors commence la fabrication du produit Macron (On verra une démonstration exhaustive de la manipulation médiatique au profit de Macron sur le site « le vent se lève » à l’adresse suivante : http://lvsl.fr/medias-ont-fabrique-candidat-macron). Un produit qui devait être susceptible de jouer la doublure fidèle de Hollande comme de Fillon en cas d’empêchement. Le produit Macron avait pour fonction première de boucher les trous, au cas où… Mais pour atteindre un tel but, il fallait sortir d’un relatif anonymat pour occuper le terrain, exister, devenir si besoin le candidat promis à la victoire. Le chemin était long car Macron partait de loin.

C’est une véritable surexposition médiatique qui devait remédier à l’image. Macron sous tous les angles, dans tous les médias. Macron est choyé par les « élites » journalistiques de tout bord, démontrant ainsi, bien malgré lui, qu’entre un journal dit de droite, un autre dit de gauche, un journal officiel du matin, un autre du soir, la différence n’existe que pour le petit jeu des médias, mais pas dans les faits. Durant les deux années qui viennent de s’écouler, Macron devient la personnalité politique la plus médiatisée.

  • Libération, le Nouvel Obs, le Monde, et l’Express totalisent plus de 8000 articles qui évoquent Macron entre janvier 2015 et janvier 2017, soit plus de 10 par jour !
  • Comparativement, Mélenchon, Hamon et Montebourg ne totalisent ensemble sur la même période et dans les mêmes organes que 7400 articles.

La guerre des mots est engagée. Leurs auteurs frisent le ridicule, mais ne désarment pas. Macron devient synonyme de « modernité », de « renouveau », de « trajectoire en forme de boulet de canon ». Quelques exemples :

  • Pour l’Express, « entre courage et indignation, il incarne la modernité ».
  • Pour LCI, il apporte « un air de renouveau ».
  • Pour BFM il est question de « l’iconoclaste Macron ».
  • Pour l’Opinion, il fera souffler « un vent de fraicheur sur un jeu politique statuffié ».

Evidemment au poids des mots doit se joindre le choc des photos. Paris Match, VSD, la presse people… Des centaines de couvertures nous présentent la nouvelle coqueluche des médias sous tous les angles. Une campagne publicitaire destinée à promouvoir un nouveau produit, digne des plus célèbres. La « mère Denis » détrônée par le « jeune Macron ». Tout y passe.

  • L’idylle amoureuse, le romantisme, l’inversion des âges, son ancienne prof de français, sa preuve d’ouverture…
  • Son passage chez le barbier… Une soudaine balafre… La France retient son souffle…
  • Le coiffeur, la simplicité…

« Simplicité », « modernité », « renouveau », il faut alors tenter de faire oublier que la politique mise en œuvre par Macron et préconisée par ses sponsors est vieille comme le siècle, nous ramenant d’ailleurs sur le plan social plusieurs décennies en arrière…
 

Macron propulsé sur l’air de « Il était un sauveur suprême… »

Tous ces efforts médiatiques avaient demandé de l’énergie, suscité des espoirs. Ils devaient d’autant plus servir que la terre se dérobait sous les pieds des « candidats naturels » à ce type d’élections. Bien avant les primaires socialistes, la popularité du chef de l’état ne lui laissait plus aucune chance pour tenter de répéter l’aventure. Hollande out ! De même le candidat naturel de la droite, François Fillon, une fois désigné à la primaire concernant son camp, se voyait rattraper par un secret de polichinelle. « L’affaire Pénélope » -les emplois fictifs et centaines de milliers d’euros- sortait de façon fort à propos pour libérer aussi de ce côté-là le terrain à un Macron dont les sponsors n’attendaient plus que ça.

Le moment était venu de passer à la vitesse supérieure. En appeler publiquement au sauveur suprême, indépendamment de la crédibilité du personnage, de son envergure, de son talent pour la fonction visée. On assiste alors à un tir tendu sur le même thème :

  • Christophe Barbier dans l’Express s’y colle le premier : « il est temps que macron annonce sa candidature… ».
  • France culture s’interroge, commentateur inquiet : « Macron, candidat ou pas ? ».
  • Le Monde prend le relai : « Macron toujours pas candidat… ».


Les médias font monter l’attente, comme si le suspens était insupportable. La Nation devrait ainsi retenir son souffle. Oui ou non le candidat fabriqué pour l’occasion viendra-t-il « nous sauver du chaos » ? France Inter, Le Monde, le Nouvel Obs évoque « l’espérance », « le candidat anti système » (sic), « la révolution démocratique » (re sic), pour conclure dans un souffle de soulagement « Macron enfin candidat ». Le jour de son officialisation, les JT du soir ne veulent se trouver en reste. Eux aussi doivent faire preuve d’allégeance, de discipline, de respect, de soumission. Le présentateur de la France 2, David Pujadas, consacre à « l’événement » 22 minutes lorsque TF1 lui sacrifie 17 minutes.

L’opération est définitivement lancée. Il faut passer au stade supérieur, celui qui fera de l’inconnu d’hier, du banquier et ministre de l’économie à la politique rejetée très majoritairement par les français, le candidat « naturel » de la cinquième république, « l’homme nouveau » qu’elle attendait avec envie.
Alors tout y passe :

  • Dans le Nouvel Obs : « Macron – Nuit debout, même combat ».
  • Dans le Nouvel Obs encore : « Macron contre le reste du monde politique »
  • Dans Le Monde : « Macron progresse sur l’implosion du système ».
  • Dans le Point : « Macron progresse encore ».
  • Sur RTL : « Macron en progression ».
  • Sur BFM : « La personnalité préférée des français, Macron ».


Il fallait alors scruter l’évolution. D’abord ne pas relâcher l’effort, en faire toujours autant sur le terrain de la promotion. Comme tout produit une fois installé en tête de gondole dans les supermarchés, il fallait organiser la fidélisation du public pour la marque déposée. Il fallait donc continuer avec un même acharnement. Généralement dans ce type d’élections, la presse se répartit les parts de marché. Là, tout le monde sur le même nom, la même image, le même candidat. Mais plus. Tous vont utiliser les mêmes outils. Comme il se doit le Front National et Marine Le Pen prendront la place d’épouvantail de service, montrant ainsi contre leur gré que le FN est bien un des piliers essentiels du système. « Pour éviter le mal » indique t’ils, « votez Macron ! ». Et sur les réseaux sociaux, un déchainement inouï de macronistes enthousiastes qui n’ont de mots assez durs pour toute résistance, qualifiant de « lepénistes » celui qui refuse, voire même qui se contente d’hésiter. La campagne ainsi engagée a dès lors le goût des campagnes totalitaires –avec le sourire certes, mais totalement totalitaire- d’un autre temps et d’autres lieux. Pour obtenir un score soviétique digne des républiques bananières, il faut ce qu’il faut ! Jusqu’au bout la presse aura été un élément clé de la réussite du produit Macron. Et lorsque la concurrence a semblé pouvoir menacer, alors le déchainement, avec une énergie redoublée, une détermination entière, s’est consacré à décrédibiliser l’adversaire, à le dénigrer, à faire par exemple de Jean Luc Mélenchon l’homme à abattre, de crainte que le scénario final ne soit contrarié. Pour le score plébiscitaire de Macron, il fallait que son opposant soit le Front National. La victoire large lui était alors assurée. Mélenchon, le danger pour le score mais pas seulement, pour l’élection elle-même. Alors éditorialistes, chroniqueurs, sondeurs, journalistes ont entonné le même couplet : le Venezuela, Chavez et Maduro, Cuba, Fidel Castro, … Il aura manqué 600 000 voix à Mélenchon pour battre Le Pen. C’est un ouf de soulagement qu’ont pu pousser tous les acharnés des médias. Leur entreprise macronienne l’a échappé belle !
 

2005 – 2017, une continuité

Il y avait eu le précédent de 2005 avec le référendum sur la constitution européenne. Nous avions alors assisté à un déferlement en faveur du OUI avec une interdiction de parole des opposants au projet constitutionnel dans la plupart des médias. Editorialistes, présentateurs, patrons de presse, tous unis alors sur une ligne commune : le traité soumis au vote des citoyens français devait passer coûte que coûte. Tout opposant, toute parole critique, seulement dubitative, était qualifiée de « lepéniste ». Rien ne devait pouvoir se mettre en travers d’un OUI victorieux sur un score totalitaire.

Cette période historique et déjà peu glorieuse de la presse nationale avait été marquée par la réaction interne aux rédactions, le refus de voir bafouée la liberté d’expression. Nous étions alors une poignée à avoir pris l’initiative, au départ dans le service public, d’un texte « le NON censuré dans les médias, ça suffit ! » qui très vite allait être contresigné par des centaines de confrères, au point de devenir un événement de la campagne référendaire. Avec ses milliers et milliers de signatures accumulées en quelques jours, cette bataille interne aux rédactions et plus généralement aux organes de presse allait peser, jusqu’à la victoire historique du NON qui déjouait la volonté des puissants, de l’oligarchie qui possède dans ses mains le pouvoir politique, économique et médiatique.

On croyait donc avoir touché le fond. La démocratie avait été menacée, mais le résultat l’avait sauvée. Les oligarques dans leur ensemble avaient été défaits et pour avoir gain de cause, ils devaient s’en remettre aux élus socialistes et UMP pour obtenir au congrès à Versailles ce que le peuple avait rejeté. La presse avait montré qu’elle était fortement gangrénée. Les plus optimistes ont voulu croire au lendemain de la victoire du NON que le monde des médias avait tiré le bilan. L’affaire Macron montre qu’il n’en n’est rien et qu’il suffit de la moindre occasion –là les présidentielles- pour que tout soit mis en œuvre au compte des intérêts politico-financiers d’une petite frange qui possède presse, radio ou chaines de télévision… sans oublier le public.

Là se trouve le lien entre deux évènements qui à première vue semblent bien distincts. La presse se trouve dans les mains d’une oligarchie politico financière qui sait mettre ses atouts à son service. La politique que Macron compte mettre en œuvre permet de comprendre ce travail minutieux des médias qui en ont fait leur candidat. Les patrons de presse, qui sont de grands patrons de l’industrie, du Cac 40 ou des banques, sont attachés aux retombées sonnantes et trébuchantes attendues du nouvel élu. Lorsque Emmanuel Macron annonce la destruction définitive du code du travail par ordonnances dès l’été, il leur parle. Lorsqu’il annonce la privatisation à venir de pans entiers de la sécurité sociale, il leur parle. Lorsqu’il prévoit la diminution des pensions par l’instauration des retraites par points, et donc l’ouverture plus grande encore aux assurances privées de ce secteur, il leur parle. Lorsqu’il se réclame de l’ubérisation générale de la société, il leur parle. Lorsqu’il prévoit la suppression de ce qui nous reste de souveraineté nationale face à l’UE, il leur parle encore. Et lorsqu’il indique la volonté de signer le CETA, accord commercial de déréglementation avec les USA, ou encore de prendre toute sa place dans l’OTAN, ce qui n’a d’autre sens que d’appuyer les opérations guerrières dans le monde au nom du combat anti terroriste, il leur parle toujours.

Les oligarques, les patrons de Cac 40, les banquiers et patrons de la finance à qui il parle l’entendent. Et comme ce sont eux les patrons de presse….

Cette affaire met à jour une véritable question démocratique. Il y a plus de 70 ans, le conseil national de la résistance plaçait dans son programme « la pleine liberté de pensée, de conscience et d’expression ; la liberté de la presse, son honneur et son indépendance à l’égard de l’état, des puissances d’argent et des influences étrangères ».

Il y a 70 ans, c’était hier, c’est aujourd’hui…

Jacques Cotta
Le 13 mai 2017

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Ils votent MACRON et se prennent pour des RÉSISTANTS [par Gilles Questiaux]

14 Mai 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #l'horreur économique, #Macron

Publié par El Diablo

Paul von Hindenburg

Paul von Hindenburg

En réponse à des délires moralisateurs qui sévissent sur le net :

Il est historiquement totalement faux que « les communistes n'ont pas voulu choisir entre Hitler et les sociaux-démocrates » parce qu'on ne leur a pas proposé un tel choix. Le SPD (Parti social-démocrate allemand), qui avait utilisé les proto-nazis des corps-francs pour massacrer les communistes en 1919, a voté contre Hitler pour Hindenburg, vieille ganache ultra droitière comme moindre mal, qui a été élu, et qui a appelé Hitler au pouvoir quelques semaines plus tard, où il a interdit le KPD (parti communiste allemand), puis les autres partis d'opposition. Hitler n'a donc pas non plus été "démocratiquement élu", répéter cela c'est ignorance pure. Il a été choisi par l'élite qui l'a placé au pouvoir pour qu'il puisse faire son coup d'État.

S'imaginer qu'on est une espèce de résistant parce qu'on a voté Macron est trop bête et ridicule pour mériter un commentaire.

Par ailleurs, si Marine Le Pen était un danger pour la pseudo-démocratie de marché qui fait les délices de la go-goche, son parti aurait été interdit depuis longtemps. C'est un épouvantail pour petits-bourgeois, et un leurre pour prolos. La comparaison avec le parti nazi en 1933 témoigne d'une ignorance crasse teintée de mauvaise foi absolue : le parti nazi était appuyé par les mêmes forces économiques et médiatiques qui nous ont imposé Macron, et par l'armée, par les structures de l'État, et il faisait régner la terreur dans la rue.

Les gens qui s'enflent d'indignation contre l'abstention et le vote blanc auraient mieux fait d'essayer de convaincre les gens de ne pas voter Le Pen que de vouloir forcer les gens à voter Macron. Et s'ils avaient aussi peur de Marine Le Pen qu'ils disent, pourquoi n'ont-ils pas voté Mélenchon au premier tour?

Mais ils ont eu finalement ce qu'ils désiraient vraiment : un nouveau bail pour le capitalisme.

Quant à ceux qui pensent que le vote Macron, malgré tout, a préservé les libertés publiques, ils se trompent : le niveau de répression de la loi Khomri, qu'il avait directement inspirée, devrait rester dans les mémoires moins d'un an après. Le résultat le meilleur de ce point de vue aurait été qu'il gagne avec un ou deux millions de voix d'avance, et non dix ! maintenant, lui, et surtout la clique de technocrates libéraux qui l'entoure vont se croire tout permis. Un tel résultat impliquait de prendre le risque (très modéré) d'une victoire de Marine Le Pen, sachant qu'elle n'avait en main aucun des instruments qui ont permis aux fascistes et aux nazis d'instaurer la dictature en 1922 et en 1933.

Il est d'ailleurs curieux de voir tant de défenseurs de la démocratie du bulletin de vote ne pas s'inquiéter d'une situation où l'un des deux candidats parait exclu a priori de la victoire (et l'a d'ailleurs intériorisé). Ce n'est pas la peine de s'égosiller contre la menace de la dictature si elle existe déjà.

Ils ne comprennent pas qu'il ne fallait pas voter pour Marine Le Pen, non parce qu'elle serait une émanation du démon, mais pour les mêmes raisons qu'il ne fallait pas voter pour Macron : c'est une ennemie des travailleurs, ni plus, ni moins.

Gilles Questiaux

Le 8 mai 2017

SOURCE :

 

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El Diablo à deux mots à vous dire...

14 Mai 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Europe supranationale, #Macron, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN.

Publié par El Diablo

El Diablo à deux mots à vous dire...

Électeurs « vraiment de gauche », communistes, « insoumis » etc… qui le 7 mai avez voté Macron pour « barrer la route à… », réécoutez avec attention son premier discours comme président de la République, réécoutez-le bien ; relisez les articles de ces journalistes bien en vue affirmant qu’il est « le président le mieux élu de la Vème République… » relisez-les bien ! Ah, je ne voudrai pas tomber dans « je vous l’avais bien dit » mais tout de même, comment dire, ce matin je suis un peu... agacé. Bon dimanche tout de même.

El Diablo

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Pour le juge italien Imposimato, "l'OTAN est une menace pour la Paix et la sécurité dans le monde"

14 Mai 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Histoire, #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La Russie, #Terrorisme, #La guerre, #Le fascisme

Pour le juge italien Imposimato, "l'OTAN est une menace pour la Paix et la sécurité dans le monde" .

Voici le discours du juge italien antimafia Ferdinando Imposimato, président honoraire de la Cour de cassation italienne, prononcé lors d'une réunion à Rome le 26 octobre 2015 à l'initiative du journaliste italien Giulietto Chiesa. M. Imposimato est un personnage extrêmement respecté en Italie pour l'ensemble de son combat contre le crime organisé. Le seul fait qu'un homme de sa trempe, aussi connu et inattaquable que lui, se prononce de façon tranchée sur le danger que représente l'OTAN pour la paix dans le monde, mais aussi sur sa vision des attentats du 11-Septembre, devrait provoquer un débat national voire, européen, sur ces questions. Il n'en est rien, de telles paroles ne seront jamais relayées par les médias grands publics et les journaux télévisés. Dormez bonnes gens.

 

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Après 52 ans sur son pas de tir, la FUSÉE Lecanuet a enfin décollé… [par Philippe Arnaud]

14 Mai 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Histoire, #La nation ., #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La mondialisation, #La Russie

Publié par El Diablo

affiches : Jean Lecanuet en 1965 et Emmanuel Macron en 2017

affiches : Jean Lecanuet en 1965 et Emmanuel Macron en 2017

Les remarques ci-après ont déjà été présentées à de multiples reprises (par Atlantico, Le Point, Mediapart, France Inter, Les Échos, Boulevard Voltaire, etc.) lors de ces derniers jours. Néanmoins, en dehors des professeurs et étudiants d'histoire, et des férus d'histoire politique, elles ne peuvent parler qu'aux sexagénaires (et plus...). Je vais donc essayer de ne pas répéter ou recopier ces médias.

Qu'est-ce qui rapproche les deux hommes ?

1. Leur jeunesse et leur allure : Emmanuel Macron a 39 ans et Jean Lecanuet, pour la présidentielle de 1965, en avait 45. Même si 45 ans, en 2017, est vu comme un âge plus "tendre" qu'en 1965 (compte tenu de l'allongement de l'espérance vie et de l'amélioration de la santé et de la condition physique en 52 ans), il n'empêche que Lecanuet apparaissait comme "jeune" par rapport à de Gaulle (75 ans), à Mitterrand (près de 50 ans, mais une longue carrière derrière lui), à Tixier-Vignancour (58 ans), à Pierre Marcilhacy (55 ans). Dans l'allure, il s'agit d'hommes minces, élancés, au visage avenant. [Cette jeunesse et cette allure pouvait faire penser, aux Français, au souvenir tout proche du président Kennedy - récemment assassiné - et qui avait été président de son pays à 43 ans.]

2. Leur parcours de "bons élèves" : Jean Lecanuet avait été le plus jeune agrégé de philosophie à 22 ans, et, plus tard, directeur de cabinets ministériels. Emmanuel Macron a eu la mention très bien au bac, a été élève de Sciences Po, de l'ENA, est passé par la banque Rothschild, a été secrétaire général de l’Élysée, ministre de l’Économie...

3. Leur apparence "d'hommes neufs" : en 1965, même si Lecanuet avait une longue expérience des cabinets ministériels, cette expérience n'était pas de celles qui portent sur le devant de la scène. Même chose pour Emmanuel Macron jusqu'en 2014 : qui se souvient des secrétaires généraux de l’Élysée, en dehors de ceux qui ont eu plus tard une carrière ministérielle, comme, par exemple, Édouard Balladur ou Dominique de Villepin ?

4. Leur appartenance à un courant libéral en économie, pro-européen (ou européiste si l'on veut être péjoratif) et atlantiste, c'est-à-dire à la fois favorable à la politique étrangère des États-Unis et à l'OTAN comme alliance militaire, donc, corrélativement hostile à l'intervention de l’État dans l'économie et à une politique extérieure française trop favorable, jadis à l'URSS, en 2017 à la Russie ou aux pays non-alignés (on dirait aujourd'hui les BRICS).

5. Leur inscription dans ce courant qui, sous la IVe République (1946-1958), a vu se succéder, dans tous les gouvernements, le duopole SFIO et MRP, à la fois atlantiste, pro-américain, pro-européen, anticommuniste et anti-gaulliste. Or c'est le même courant qui voit le Parti socialiste pratiquer la même politique économique (privatisation, dérèglementation) et étrangère (retour dans l'OTAN, soumission à la Commission européenne, soutien aux États-Unis) que la droite au pouvoir. C'est le même courant qui voit les ministres ou élus passer alternativement des hautes fonctions de l’État aux hautes fonctions à Bruxelles ou dans le privé et qui servent (ou conseillent) indifféremment la droite ou la "gauche" (entendre le Parti socialiste). Des hommes tels que Jean-Pierre Jouyet (voire Jacques Attali), qui a servi à la fois Nicolas Sarkozy et François Hollande, sont emblématiques de ce courant.

6. Outre Jean Lecanuet, Emmanuel Macron peut être rapproché d'un autre homme, présenté, lui aussi, à son époque comme "jeune" et qui, lui aussi, s'inscrivait dans le même courant anti-gaulliste (en tant que ce courant contre le rôle de l'Etat dans l'économie et pour une politique étrangère européiste et favorable aux Etats-Unis), Valéry Giscard d'Estaing. Assisterions-nous à une revanche posthume, après 60 ans, de la IVe République sur la Ve République ?

Je vous saurais gré de vos remarques, précisions, rectifications et critiques.

Bien à vous

Philippe Arnaud

Amis du Monde Diplomatique Tours

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Les Français ont veauté ! Par Jean-Pierre Brighelli

14 Mai 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Histoire, #La nation ., #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La mondialisation, #Le grand banditisme, #l'horreur économique, #Le fascisme

Les Français ont veauté !

 

 

http://blog.causeur.fr/bonnetdane/les-francais-ont-veaute-001671.html

 

 

Emmanuel Macron est donc le huitième président de la Vème République. Élu par une conjuration de bobos friqués et de pseudo-démocrates inquiets. C’est à ces derniers que j’aimerais dire des douceurs.

Vous vous êtes crus très malins en portant au pouvoir un homme qui est l’émanation des grands groupes qui contrôlent les finances et les médias. Qu’un financier vote Macron, rien à redire : il est l’homme des banques, qui depuis quinze jours qu’il est arrivé en tête du premier tour, pavoisent à la Bourse. Inutile de parier que les cours des dites banques s’envoleront mardi.
Les autres…

 

Comme je veux que les choses soient claires, autant les dire.
Pendant cinq ans, j’ai subi les jérémiades de ceux qui avaient voté Hollande — le chœur des cocus ! Et qui, tout implorants et furieux qu’ils fussent, ont avalé les couleuvres néo-libérales et germanophiles de la Promotion Voltaire. La loi El Khomri, la France à l’encan européen, le communautarisme triomphant, et la réforme du collège. Carton plein.
Un clou chasse l’autre. Le bébé Hollande est arrivé à maturité, et il aggravera la politique de son mentor marionnettiste. Après la Promotion Voltaire, place à la promotion Senghor, qui d’ailleurs n’a pas attendu l’élection du mieux-disant d’entre eux pour s’installer aux postes de commande. Aussi bien sous Sarkozy que sous Hollande — Boris Vallaud, l’époux de celle-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom, est de ceux-là.

 

Je dénie à tous ceux qui ont voté Macron le droit de se plaindre dans les cinq ans à venir.
Je dénie aux profs qui ont voté Macron — obéissant scrupuleusement aux consignes de la FSU, du SGEN et du SU-UNSA — le droit de manifester quand le recrutement sera délégué aux établissements en fonction d’un « projet » défini par les plus pédagos du coin, et qu’ils seront notés par une commission tripartite réunissant administration locale, parents et élèves. Les bonnes notes, dorénavant, vous les mettrez en espérant être à votre tour bien notés.
Je dénie aux jeunes qui ont voté Macron le droit de protester quand ils n’auront plus le choix qu’entre un CDD à temps partiel et la file d’attente de Pôle Emploi.
Je dénie à tous les travailleurs qui ont voté Macron le droit de rouspéter quand le tarif horaire français rejoindra celui des Polonais — au nom de la directive Bolkenstein.
Je dénie à tous ceux qui ont voté Macron le droit de vilipender les extrémistes religieux de l’UOIF qui pourront désormais faire acquérir la nationalité française à Tariq Ramadan — après tout, son frère Hani, l’homme qui justifie la charia en général et la lapidation en particulier, a appelé lu aussi à voter pour le candidat de l’entente cordiale des intérêts bien compris. Ce n’est pas demain qu’il y aura moins de voiles islamiques dans les rues en général et dans les facs en particulier. Sûr que la laïcité y gagnera.
Je dénie à tous les gens de gauche qui ont voté Macron le droit de lui reprocher de faire une politique de droite. Ils l’ont voulu, ils l’ont eu. Comment dit Dorine déjà, dans Tartuffe ? « Vous serez, ma foi, macronisés » — ou à peu près.

« Mais tout se passera sur le front des luttes ! » protestent ces imbéciles heureux. C’est la politique Poutou, qui devrait réviser son petit Marx portatif — et particulièrement Guy Debord. Les médias à sa solde ont constitué Macron en objet de désir, en le divisant en autant de quartiers qu’il y avait de segments de population à conquérir. Onfray l’a merveilleusement analysé le 25 avril dernier sur Public Sénat, expliquant qu’en fait cette présidentielle était une élection à un tour — la pantalonnade de dimanche 7 mai se contente d’entériner le résultat acquis. Oui, ils auraient dû relire ce que Marx explique sur la fétichisation de la marchandise (en l’occurrence la marchandise Macron, parée de toutes les vertus) et ce que Debord pensait d’une société médiatique capable de vendre n’importe quel produit, pourvu qu’il soit assez martelé. Surtout quand le produit concurrent paraît faible.

Mais le produit concurrent, ce n’était pas Marine Le Pen, dont je ne fais pas grand cas ! C’était la souveraineté de la France — déjà cocufiée en 2005, quand la même collusion d’intérêts supra-nationaux a renversé le vote des Français. Péché originel de cette classe politique qui s’est assise sur la volonté populaire.
Les mêmes s’apprêtent à gouverner ensemble : parions que Macron sortira finalement de sa poche un gouvernement de coalition copié sur le principe que Merkel a fait jouer pour asseoir son autorité en Allemagne et étouffer toute opposition. À ceci près que la France n’est pas l’Allemagne, et que les Français ont la tête plus près du bonnet. Mais enfin, avec quelques émissions de télé-réalité et quelques matches de foot, on devrait régler assez facilement les émotions populaires. Relis Marx, Poutou ! Il n’y a pas que la religion, aujourd’hui, qui soit l’opium du peuple. Il y a aussi l’OM et Koh-Lanta.

Au Vème siècle avant J.C., lors de la guerre contre les Volsques, le Sénat promit aux plébéiens d’effacer leurs dettes — et s’empressa d’oublier sa promesse, une fois la première victoire acquise. Il ne fallait pas heurter les banquiers de l’époque. Le peuple vexé se retira sur l’Aventin, l’une des collines de la ville, refusant toute participation ultérieure aux combats. C’est alors que Ménénius Agrippa, envoyé en délégation, improvisa sa fable des membres et de l’estomac — reprise plus tard par La Fontaine — pour les convaincre de revenir sur leur décision de s’abstenir. Parce que l’abstention — ou le vote blanc —, ça compte, n’en déplaise aux commentateurs !

Mais le peuple obtint tout de même l’effacement des dettes, et le droit d’être enfin représenté par des élus qui parleraient en son nom.
Mélenchon, qui connaît l’Histoire, y a sans doute pensé. Son attitude lors du second tour est un retrait — en attendant mieux. C’est digne — et intelligent. Mais les autres, tous les autres, ceux qui sont allés à la pêche aux postes et au retour d’ascenseur, ceux qui ont cru à la théorie de l’épouvantail (je trouve au passage immonde que l’on fasse encore porter à Marine Le Pen les outrances de son père — sans doute parce que c’est une femme, et que l’on persiste à l’imaginer sous influence), tous ceux qui ont voté Macron, quelle excuse ont-ils ? Ils ont offert la République au jeune ambitieux fringant et ils ont cinq ans pour la regarder se faire empapaouter.
On appelle ça du candaulisme… À l’échelle d’une nation, c’est inédit.

Alors, c’est décidé : je me retire sur mon Aventin personnel — et pour longtemps. Je renonce à parler de politique. Je causerai désormais de bons vins, de bons films, de bons livres et de belles personnes — autant me choisir mon propre opium. Et je me permettrai de rire chaque fois qu’un cocu de Macron jurera ses grands dieux qu’il n’avait pas voulu ça.

Jean-Paul Brighelli

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Les Kagan sont de retour ; les guerres vont suivre, par Robert Parry

14 Mai 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La mondialisation, #La Russie, #Ukraine, #Terrorisme, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre

Source : Consortium News, le 15/03/2017

Le 15 mars 2017

Exclusif: La famille “royale” néoconservatrice des Kagan compte sur les Démocrates et les prétendus progressistes pour jouer les fantassins dans la nouvelle campagne néoconservatrice qui vise à pousser les Républicains et le président Trump à engager d’autres guerres de « changement de régime ».

Par Robert Parry

La famille Kagan, fleuron de l’aristocratie néoconservatrice de l’Amérique, refait surface après s’être remise de n’avoir pas vu s’accroître son influence – ce que lui aurait offert l’élection d’Hillary Clinton – et d’avoir perdu son pouvoir officiel au début de la présidence Trump.

L’ancienne Secrétaire d’État adjointe aux Affaires européennes, Victoria Nuland, qui a milité pour le coup d’État en Ukraine et qui a contribué à choisir les dirigeants de l’après coup d’État. (Elle est l’épouse du théoricien néoconservateur Robert Kagan.)

La famille Kagan est de retour, pontifiant dans les tribunes des plus grands journaux. Elle incite maintenant à un élargissement de l’intervention militaire étatsunienne en Syrie et elle harcèle les Républicains pour qu’ils participent avec un peu plus d’enthousiasme à la chasse aux sorcières antirusse au sujet de la contribution présumée de Moscou à l’élection de Trump.

Dans une tribune du Washington Post datée du 7 mars, Robert Kagan, cofondateur du Project for the New American Century et l’un des principaux cerveaux de la guerre d’Irak, a attaqué les Républicains dont le peu d’empressement à enquêter faisait d’eux « des complices après coup de la Russie. »

Puis Frederick Kagan, directeur du Critical Threats Project à l’American Enterprise Institut néoconservateur et sa femme, Kimberly Kagan, qui a son propre groupe de réflexion, l’Institute for the Study of War (Institut pour l’étude de la guerre), vantaient, dans une tribune du Wall Street Journal du 15 mars, les avantages d’un renforcement de l’intervention américaine en Syrie.

Pourtant, quelle que soit l’influence que gardent les Kagan à Washington, dans le monde des groupes de réflexion et des tribunes libres, ils demeurent presque totalement à l’écart des centres du pouvoir de la nouvelle ère Trump, même si, semble-t-il, ils ont vu une porte qu’on pouvait forcer.

Il y a un an, cependant, leurs perspectives avaient l’air bien plus exaltant. Ils pouvaient faire leur choix parmi un grand nombre de candidats républicains néoconservateurs à la présidence ou, comme Robert Kagan, ils pouvaient soutenir la candidate de l’establishment démocrate, Hillary Clinton, dont « l’interventionnisme progressiste » se confondait quasiment avec le néo conservatisme et n’en différait que par les explications rationnelles invoquées pour justifier toujours davantage de guerres.

Il y avait aussi l’espoir qu’Hillary Clinton présidente reconnaîtrait sa communauté de vues avec les faucons progressistes et les néoconservateurs en donnant une promotion à la femme néoconservatrice de Robert Kagan, Victoria Nuland, qui passerait du poste de secrétaire d’État adjointe aux Affaires européennes à celui de secrétaire d’État.

Alors ils auraient bénéficié d’un formidable élan pour à la fois augmenter l’intervention militaire américaine en Syrie et accroître l’escalade de la nouvelle guerre froide avec la Russie, remettant l’idée de « changement de régime» pour ces deux pays à l’ordre du jour. Ainsi, au début de l’an dernier, les opportunités semblaient infinies pour la famille Kagan qui allait pouvoir montrer sa force et engranger beaucoup d’argent.

Une affaire de famille

Comme je l’ai fait remarquer il y a deux ans dans un article intitulé “Une affaire de famille de guerre sans fin” : « Le commentateur néoconservateur Robert Kagan et sa femme, la secrétaire d’État adjointe aux Affaires européennes Victoria Nuland, sont à la tête d’une affaire de famille remarquable : elle, elle a déclenché une vraie guerre en Ukraine et elle a contribué à provoquer une seconde Guerre froide avec la Russie, et lui, il intervient pour exiger que le Congrès augmente le budget de l’armée afin que l’Amérique puisse faire face à ces nouvelles menaces contre la sécurité.

L’intellectuel néoconservateur bien connu Robert Kagan. (Photo credit: Mariusz Kubik, http://www.mariuszkubik.pl)

« Cet extraordinaire duo conjugal représente, pour le complexe militaro-industriel, deux forces qui s’unissent, une équipe dedans-dehors qui crée le besoin d’un budget militaire plus important, use de pressions politiques pour assurer des dotations plus élevées et regarde avec reconnaissance les marchands d’armes offrir de généreuses donations aux groupes de réflexion bellicistes de Washington.

« Non seulement la communauté des néoconservateurs dans son ensemble bénéficie de ces largesses, mais c’est le cas aussi d’autres membres du clan Kagan, y compris celui du frère de Robert, Frederick de l’American Enterprise Institute, et de sa femme Kimberly qui dirige sa propre agence, l’Institute for the Study of War. »

Cependant, les événements ne se sont pas déroulés tout à fait comme les avaient imaginés les Kagan. Les Républicains néoconservateurs ont trébuché lors des primaires et c’est Trump qui a gagné, et après qu’Hillary Clinton a renvoyé le sénateur Bernie Sanders dans les cordes et qu’elle a été nommée candidate pour les Démocrates, elle a perdu devant Trump lors de la présidentielle.

A la suite de sa surprenante victoire, Trump, en dépit de ses nombreuses lacunes, a reconnu ne pas être proche des néoconservateurs et les a laissés, pour la plupart, à la porte. Nuland a non seulement perdu son poste de secrétaire d’État adjointe mais elle a aussi démissionné du département d’État.

Trump à la Maison-Blanche, l’establishment de la politique étrangère de Washington, dominé par les néoconservateurs, avait pris un coup, mais il n’était pas au tapis. Les néoconservateurs ont reçu alors une bouée de sauvetage de la part des Démocrates et des progressistes qui détestaient Trump à un point tel qu’ils ont été ravis de reprendre le flambeau de la nouvelle Guerre froide de Victoria Nuland avec la Russie. Participant à un plan douteux pour écarter Trump du pouvoir, les Démocrates et les progressistes ont monté en épingle des accusations sans preuve selon lesquelles la Russie se serait entendue avec l’équipe de Trump afin de truquer l’élection américaine.

L’éditorialiste du New York Times, Thomas L. Friedman, a parlé pour nombre d’entre eux quand il a comparé la présumée « ingérence » de la Russie dans les élections avec le bombardement de Pearl Harbour et les attentats du 11-Septembre par al-Qaïda.

Dans l’émission Morning Joe sur MSNBC, il a exigé que les accusations de piratage contre la Russie soient traitées comme un casus belli. « C’était un événement de la même ampleur que le 11-Septembre, a-t-il déclaré. Ils ont attaqué le cœur de notre démocratie. C’était un événement de l’ampleur de Pearl Harbour. » Aussi bien Pearl Harbour que le 11-Septembre ont mené à des guerres.

Ainsi beaucoup de progressistes, aveuglés par leur haine de Trump, ont-ils favorisé le retour des néoconservateurs.

Le harcèlement des Républicains

Robert Kagan a choisi la page des tribunes libres du Washington Post pour harceler des Républicains qui comptent, comme le représentant Devin Nunes, président du House Intelligence Committee, qui se trouvait en photo au-dessus de l’article et de son titre « Roulant pour une ingérence de la Russie ».

Le général David Petraeus devant le Capitole avec Kimberly Kagan, fondatrice et présidente de l’Institute for the Study of War. (Photo credit: ISW’s 2011 Annual Report)

« Il aurait été impossible d’imaginer il y a un an, » écrit Kagan, « que des dirigeants du Parti républicain aideraient effectivement les Russes à s’ingérer dans le système politique de notre pays. Pourtant, et c’est incroyable, c’est le rôle que joue le Parti républicain. »

Kagan a alors repris la doxa des responsables de Washington qui acceptaient, sans émettre le moindre doute, les allégations des directeurs sortants des services de renseignement de la présidence Obama, à savoir que la Russie avait piraté les mails des Démocrates et les avait publiés via WikiLeaks pour gêner la campagne de Clinton.

Bien que les responsables du renseignement d’Obama n’aient fourni aucune preuve pour étayer ce qu’ils avançaient et que WikiLeaks ait nié avoir reçu ces deux liasses de mails des Russes, les officiels de Washington ont largement admis ces allégations, les considérant comme des motifs pour discréditer Trump et essayer de le destituer.

Passant sous silence le conflit politique d’intérêts de ceux qui avaient été nommés par Obama, Kagan a estimé que « vu l’importance de cette découverte particulière [l’ingérence de la Russie], les preuves doivent être déterminantes » et cela justifie « une enquête sérieuse, d’une grande ampleur et transparente. »

Kagan, cependant, doit aussi avoir compris quelle opportunité de revenir au pouvoir constituait pour les néoconservateurs ce rideau de fumée d’une nouvelle Guerre froide avec la Russie.

Il a déclaré : « La question la plus importante concerne la capacité de la Russie à manipuler les élections des États-Unis. Ce n’est pas un problème politique. C’est un problème de sécurité nationale. Si le gouvernement russe s’est effectivement ingéré dans les processus électoraux des États-Unis l’an dernier, alors il a la capacité de le faire dans toutes les autres élections à partir de maintenant. C’est une arme puissante et dangereuse, plus redoutable que des vaisseaux de guerre, des chars ou des bombardiers.

« Ni la Russie ni aucun autre adversaire éventuel n’a le pouvoir de mettre à mal le système politique étatsunien avec des armes de guerre. Mais en instillant des doutes sur la validité, l’intégrité et la fiabilité des élections des États-Unis, elle peut saper les bases de ce système. »

Une réalité différente

Le ton de la tribune de Kagan était alarmiste, mais la réalité était bien différente. Même si les Russes ont effectivement piraté les mails des Démocrates et les ont, d’une façon ou d’une autre, fait passer à WikiLeaks, affirmation non étayée et controversée d’ailleurs, ces deux séries de mails n’ont pas joué un rôle si important dans le résultat de l’élection.

L’ancienne secrétaire d’État Hillary Clinton et le sénateur Bernie Sanders. (NBC photo)

Selon Hillary Clinton, le responsable de sa défaite surprise, c’est le directeur du FBI James Cormey qui a ré-ouvert brièvement l’enquête sur le serveur privé dont elle se servait quand elle était secrétaire d’État.

En outre, tout porte à croire que les mails publiés par WikiLeaks étaient authentiques et révélaient les agissements illicites des dirigeants des Démocrates, comme la manière dont le Comité national du Parti démocrate a lésé Bernie Sanders et favorisé Hillary Clinton. Dans les mails du directeur de campagne de Clinton John Podesta, on a pu lire les discours rétribués que Clinton avait prononcés devant les financiers de Wall Street et qu’elle essayait de cacher aux électeurs, sans oublier quelques exemples d’octroi de marchés aux donateurs de la Fondation Clinton.

En d’autres termes, la publication de WikiLeaks a contribué à informer les électeurs américains à propos des irrégularités du processus démocratique dans leur pays. Les mails n’étaient pas de la « désinformation » ni des « fausses nouvelles », ils contenaient de vraies informations.

On a eu cette semaine une communication d’informations semblable à celles qui s’étaient produites avant l’élection. On a fait fuiter, en effet, des informations sur les feuilles d’impôts de Trump, lesquelles sont protégées par la loi. Cependant, à part le camp Trump, presque personne n’a jugé que la publication illicite des feuilles d’impôts d’un citoyen constituait, quelque part, une menace contre la démocratie américaine.

Les Américains ont le droit de connaître ce genre de détails à propos d’un candidat à la Maison-Blanche, c’était le sentiment général. Je suis tout à fait d’accord, mais est-ce qu’il ne s’ensuit pas également que nous avions le droit de savoir que le Comité du Parti démocrate abusait de son pouvoir pour faciliter la nomination de Clinton, le droit de savoir ce que contenaient les discours prononcés devant les banquiers de Wall Street et le droit de savoir que des gouvernements étrangers cherchaient à se faire attribuer des marchés en faisant des donations à la Fondation Clinton ?

Pourtant, parce que les hauts fonctionnaires nommés par Obama dans la communauté du renseignement « estiment » que la Russie était la source des mails de WikiLeaks, cette attaque contre la démocratie des États-Unis justifie une Troisième Guerre mondiale.

Toujours plus de propos inconsidérés

Accuser cependant, sans preuve, la Russie de fragiliser la démocratie des États-Unis n’était pas suffisant pour Kagan. Il a affirmé comme un « fait », bien que, une fois de plus, il n’ait pas présenté de preuves, les éléments suivants : la Russie « s’ingère dans les élections à venir de la France et de l’Allemagne, et elle s’est déjà ingérée dans le récent référendum italien et dans de nombreuses autres élections en Europe. Elle utilise cette arme contre autant de démocraties qu’elle peut pour saper la confiance des citoyens dans les institutions démocratiques. »

Le Secrétaire d’État des États-Unis, John Kerry, accompagné de la secrétaire d’État adjointe aux Affaires européennes et eurasiennes Victoria « Toria » Nuland, s’adresse au président russe Vladimir Poutine lors d’une réunion au Kremlin à Moscou, en Russie, le 14 juillet 2016. [Photo du Département d’État]

Les dirigeants à Washington et les médias traditionnels ont beaucoup déploré leur impuissance au sujet de l’ère « post-vérité », mais ces prétendus avatars de la vérité sont aussi coupables que quiconque, agissant comme si la répétition constante d’une allégation non étayée de faits revenait à la prouver.

Mais ce que Kagan et d’autres néoconservateurs ont à l’esprit est clair : c’est une escalade des hostilités avec la Russie et une augmentation substantielle des dépenses consacrées au matériel militaire américain et à la propagande occidentale pour « contrer » ce qui est considéré comme une « propagande russe ».

Kagan l’admet, il a déjà beaucoup de Démocrates et de progressistes de premier plan de son côté. Donc, il cherche à forcer les Républicains à se joindre à cette campagne hystérique de dénigrement contre la Russie, quand il écrit :

« Mais ce sont les Républicains qui les couvrent. Le chef actuel du parti, le président, remet en cause les découvertes, les motivations et l’intégrité de la communauté du renseignement. Les dirigeants républicains au Congrès se sont opposés à la création d’un comité spécial d’enquête, que ce soit à l’intérieur ou à l’extérieur du Congrès. Ils ont insisté pour que les enquêtes soient menées par les deux comités de renseignement.

« Pourtant, le président républicain du comité à la Chambre a indiqué que cette enquête n’était pas bien urgente et il a même mis en cause la gravité et la validité des accusations. Le président républicain du comité au Sénat a abordé cette tâche à contrecœur.

« En conséquence, on a l’impression que les enquêtes avancent avec une lenteur délibérée, produisant peu d’informations et en fournissant encore moins au public. Il est difficile de ne pas conclure que c’est précisément l’intention de la direction du Parti républicain, à la fois à la Maison-Blanche et au Congrès. …

« Lorsque les Républicains s’opposent à des enquêtes approfondies, transparentes et immédiates, ils deviennent complices de la Russie après coup. »

Mentir avec les néoconservateurs

Beaucoup de démocrates et de progressistes peuvent trouver encourageant qu’un néoconservateur de premier plan, qui a contribué à ouvrir la voie de la guerre en Irak, soit désormais de leur côté pour dénigrer les Républicains coupables de ne pas se joindre avec enthousiasme à la dernière chasse aux sorcières russe. Mais ils pourraient également réfléchir un instant et se demander comment ils ont pu laisser leur haine de Trump les conduire à s’allier avec les néoconservateurs.

Le président russe Vladimir Poutine, après son discours à l’Assemblée générale des Nations Unies, le 28 septembre 2015. (Photo de l’ONU)

Mercredi, dans The Wall Street Journal, Frederick, le frère de Robert Kagan, et sa femme, Kimberly, sont allés plus loin en présentant le vieux rêve des néocons d’une invasion américaine à grande échelle en Syrie, projet qui a été mis en attente en 2004 à cause des échecs militaires des États-Unis en Irak.

Cependant, les néoconservateurs sont avides, depuis longtemps, d’un « changement de régime » en Syrie et n’ont pas été satisfaits par ce qu’a fait Obama en armant les rebelles antigouvernementaux et par l’implication limitée de forces spéciales dans le nord de la Syrie afin de contribuer à la reconquête de la « capitale » de l’EI, Raqqa.

Dans leur tribune du Wall Street Journal, Frederick et Kimberly Kagan appellent à l’ouverture d’un nouveau front dans le sud-est de la Syrie.

« Les forces armées américaines seront nécessaires. Mais les États-Unis peuvent recruter de nouveaux partenaires sunnites en combattant avec eux dans leur pays. Au départ, le but doit être de se battre contre l’EI parce qu’il contrôle, en Syrie, les dernières zones où les États-Unis peuvent raisonnablement espérer trouver des alliés sunnites qui ne soient pas sous l’influence d’al-Qaïda. Mais après la défaite de l’EI, il faudra lever une armée arabe sunnite capable de vaincre al-Qaïda et de contribuer à négocier un règlement de la guerre.

« Les États-Unis devront faire pression auprès du régime d’Assad, de l’Iran et de la Russie pour mettre fin au conflit dans des conditions que les arabes sunnites accepteront. Ce sera plus facile si on dispose d’une base sûre, indépendante et influente à l’intérieur de la Syrie. Le président Trump devrait s’affranchir des raisonnements erronés et de la planification inadaptée hérités de son prédécesseur. Il peut transformer cette lutte, mais seulement en transformant l’approche qu’en a l’Amérique »

Un nouveau plan pour la Syrie

En d’autres termes, les néoconservateurs sont de retour avec leur habileté à jouer avec les mots et leurs manœuvres stratégiques pour amener les forces armées étatsuniennes à accomplir un projet de « changement de régime » en Syrie.

Ils pensaient avoir quasiment atteint ce but en faisant porter au gouvernement syrien la responsabilité de la mystérieuse attaque au gaz sarin qui a eu lieu dans la banlieue de Damas le 21 août 2013 et en piégeant ainsi Obama qui se serait trouvé forcé de lancer une attaque aérienne d’envergure contre l’armée syrienne.

Mais le président Vladimir Poutine est intervenu et il a réussi à ce que le président syrien Bachar el-Assad livre toutes ses armes chimiques, même si ce dernier continuait à nier avoir joué le moindre rôle dans l’attaque au sarin.

L’intercession de Poutine, en mettant en pièces le rêve des néoconservateurs d’un « changement de régime » en Syrie, l’a propulsé en haut de la liste de leurs ennemis. Des néoconservateurs importants, comme Carl Gershman, président du National Endowment for Democracy, n’ont pas tardé alors à prendre l’Ukraine pour cible, ce qui, pour Gershman, constituait « la plus belle récompense » et une première étape qui devait aboutir à la destitution de Poutine à Moscou.

C’est à la secrétaire adjointe Victoria « Toria » Nuland qu’est revenu de superviser le « changement de régime » en Ukraine. L’un des coups de fil qu’elle a donné sur une ligne non sécurisée fin janvier ou début février 2014 a été intercepté, et on l’y entend parler avec l’ambassadeur en Ukraine, Geoffrey Pyatt, d’« arranger » ou d’« accoucher » un changement dans le gouvernement élu du président Viktor Ianoukovitch.

Quelques semaines plus tard, les combattants néonazis et ultranationalistes étaient en première ligne de l’attaque violente contre les bâtiments gouvernementaux et ont forcé Ianoukovitvh et d’autres responsables à s’enfuir pour sauver leur vie tandis que le gouvernement étatsunien se dépêchait de saluer le gouvernement issu du coup d’État comme « légitime ».

Mais le putsch ukrainien a conduit à la sécession de la Crimée et à une sanglante guerre civile dans l’est de l’Ukraine contre la minorité ethnique russe, des événements que le département d’État et les médias occidentaux ont qualifié d’« agression russe » ou d’« invasion russe ».

Ainsi, depuis les dernières années de l’administration Obama, tout était en place pour que les néoconservateurs et la famille Kagan mènent à bien la dernière étape de leur plan stratégique qui consistait à acculer la Russie et à instituer un « changement de régime » en Syrie.

Tout ce qu’il fallait, c’était qu’Hillary Clinton soit élue présidente. Pourtant, étonnamment, ces plans si bien conçus ont échoué. Bien qu’il ne soit pas, d’une manière générale, apte à la présidence, Trump a battu Clinton, amère déception pour les néoconservateurs et leurs alliés progressistes interventionnistes.

Pourtant, la prétendue #Resistance à la présidence de Trump et l’utilisation sans précédent par le président Obama de ses agences de renseignement pour dépeindre Trump comme un « candidat vendu aux Russes » a donné un nouvel espoir aux néoconservateurs pour la mise en œuvre de leur ordre du jour.

Il ne leur a fallu que quelques mois pour se réorganiser et se regrouper, mais ils ont maintenant l’espoir d’exercer sur Trump, à propos de la Russie, une pression si forte qu’il n’aura plus d’autre choix que de se laisser convaincre par leurs plans bellicistes.

Comme c’est souvent le cas, la famille Kagan a défini la stratégie : forcer les républicains à se joindre à la campagne de dénigrement de la Russie et à persuader un Trump radouci de lancer une invasion à grande échelle de la Syrie. Et dans cette entreprise, les Kagan utilisent Démocrates et progressistes comme fantassins.

Le journaliste d’investigation Robert Parry a dévoilé une grande partie des scandales Iran-Contra pour l’Associated Press et Newsweek dans les années 1980.

Source : Consortium News, le 15/03/2017

 

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

 

 

 

Réponse à Les Kagan sont de retour ; les guerres vont suivre, par Robert Pa Le 14 mai 2017 à 07h57Il “faut” au moins lire un résumé de la pensée de R Kagan exposée dans son livre “La puissance et la faiblesse” ((Of Paradise and Power : America and Europe in the New World Order) paru au début des années 2000.
https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Puissance_et_la_Faiblesse
http://www.lemonde.fr/international/article/2002/07/26/puissance-americaine-faiblesse-europeenne-par-robert-kagan_285878_3210.html

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