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Le blog de Lucien PONS

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La réforme des retraites adoptée de justesse à l'Assemblée nationale.

16 Octobre 2013 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La réforme des retraites.

 

La réforme des retraites adoptée de justesse à l'Assemblée nationale

Le Monde.fr avec AFP | 15.10.2013

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Pierre Moscovici et Marisol Touraine à l'Assemblée nationale lors du vote sur la réforme des retraites. Pierre Moscovici et Marisol Touraine à l'Assemblée nationale lors du vote sur la réforme des retraites. | AFP/ERIC FEFERBERG

 

Les députés ont adopté, mardi 15 octobre en première lecture, le projet de loi réformant le système des retraites, alors que quelques milliers de personnes ont défilé dans la journée pour exprimer leur opposition à ce texte.

  

La réforme, la première d'un gouvernement de gauche sur ce sujet, a été adoptée de justesse grâce aux voix des socialistes : 270 députés ont voté pour, 249 contre. Dix-sept socialistes se sont abstenus d'après le journaliste du Monde Jean-Baptiste Chastand, présent au moment du vote.

 

 

Les radicaux de gauche ont également décidé de s'abstenir en raison du report de six mois de la revalorisation des pensions. Les députés EELV ont fait de même. "Les écologistes sont totalement opposés à l'allongement de la durée de cotisation", a rappelé leur chef de file, Véronique Massonneau, en ajoutant que "des mesures permettent de rééquilibrer un texte qui semblait mal embarqué". En revanche, les élus du Front de gauche ont voté contre le texte, comme les élus de l'UMP et de l'UDI.

Le projet, dont les mesures phares sont l'allongement progressif de la durée de cotisation à quarante-trois ans et l'instauration d'un compte pénibilité, sera discuté au Sénat à partir du 28 octobre.

Lire : "Comment la réforme des retraites a évité tous les écueils"

 UNE "ERREUR HISTORIQUE", SELON LES MANIFESTANTS

 

Plusieurs milliers de personnes ont défilé mardi, qualifiant la réforme des retraites d'erreur historique". Plusieurs milliers de personnes ont défilé mardi, qualifiant la réforme des retraites d'erreur historique". | AFP/MARTIN BUREAU

 

Après une mobilisation en demi-teinte le 10 septembre, plusieurs milliers de personnes ont défilé, mardi, à la mi-journée à Paris, dénonçant une "erreur historique" dans cette réforme. A l'appel de la CGT, de la FSU et de Solidaire, le cortège réclamait "des créations d'emploi, la retraite à 60 ans et l'augmentation des salaires". Il a rejoint un rassemblement de Force ouvrière au pont de la Concorde.

 


 

 

 

Entre 2 100 personnes (selon la police) et 20 000 personnes ont également manifesté à Marseille, et 1 300 personnes (5 500 de source syndicale) à Toulouse. Ils étaient environ 400 à Lyon, selon la police, 300 à Brest et 200 à Caen. Au total, 150 rassemblements étaient organisés en France.

"PAS À LA HAUTEUR D'UN GOUVERNEMENT DE GAUCHE" 

Pour les syndicats, même s'il comporte des "avancées", comme la meilleure prise en compte de la pénibilité, "le projet est plombé par l'allongement de la durée de cotisation", a résumé Jean-Claude Mailly (FO). Ils accusent le gouvernement de conduire cette réforme pour "satisfaire" la Commission européenne.

 

Jean-Claude Mailly, leader de FO, et Thierry Lepaon, numéro un de la CGT, dans le cortège contre la réforme des retraites mardi 15 octobre. Jean-Claude Mailly, leader de FO, et Thierry Lepaon, numéro un de la CGT, dans le cortège contre la réforme des retraites mardi 15 octobre. | AFP/MARTIN BUREAU

 

A quelques mois des municipales, le numéro un de la CGT, Thierry Lepaon, fait quant à lui le lien entre les promesses non tenues du président Hollande et le succès du Front national à la cantonale partielle de Brignoles (Var) : "On ne peut pas chaque dimanche se contenter de commenter que les pauvres ouvriers ont été contraints de voter Front national [...] parce qu'il y a du désespoir."

Lire aussi : "Quel impact aura la réforme sur vos retraites ?"

LES SYNDICATS RÉFORMISTES SATISFAITS

A l'inverse, les syndicats réformistes, CFDT en tête, se félicitent des résultats obtenus par la concertation. Jean-Louis Malys, responsable des retraites à la CFDT, a ainsi souligné à l'issue de l'examen du projet que "tous les sujets d'inégalités" mis en avant par sa centrale avaient été "entendus". D'ailleurs, selon un cadre de la centrale, "il n'y aucune demande de mobilisation du côté de la CFDT".

Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT, a préféré manifester aux côtés des salariés d'Alcatel-Lucent, dont la direction a annoncé la suppression de neuf cents emplois en France.

>> Voir aussi nos explications en vidéo :

 

 

 
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Haute trahison ou crétinerie ? Le sabotage de la présence française en Iran. Le site de l'UPR.

16 Octobre 2013 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Economie

Haute trahison ou crétinerie ? Le sabotage de la présence française en Iran

Haute trahison ou crétinerie ? Le sabotage de la présence française en Iran

En avril 2012, Peugeot s’est retiré du marché iranien sous la pression de son nouvel actionnaire General Motors et de United against nuclear Iran, un organisme piloté par les services secrets américains, britanniques, allemands et israéliens[1]. Le constructeur au lion a ainsi perdu un marché à l’export rentable et en croissance qui aurait pu l’aider à surmonter la conjoncture européenne déprimée.

Le 26 juillet 2013, Carlos Tavares, directeur général délégué de Renault, annonçait que « le Président Obama a donné l’ordre de cesser l’activité en Iran »[2]. En cause, le renforcement des sanctions de Washington à l’égard de l’Iran et la menace de rétorsion contre Nissan sur le marché américain en cas de poursuite des affaires iraniennes de Renault.

 

1) Le retrait de Peugeot et de Renault d’Iran, sur ordre des États-Unis et sans contestation du gouvernement français, est une nouvelle manifestation de la soumission de la France aux diktats américains.

 

1.1.- L’abandon de l’industrie française

Le gouvernement français n’a pas contesté le renforcement des sanctions contre l’Iran décidées unilatéralement par Washington, en dehors de tout cadre légal international. Que le directeur général délégué de Renault note, non sans ironie et sans amertume, qu’il reçoit ses ordres du Président américain en dit long sur le renoncement des autorités françaises à défendre les intérêts et les emplois de l’industrie tricolore.

L’abandon forcé du marché iranien par les constructeurs automobiles français est d’autant plus tragique :

  • qu’il clôt une présence vieille de 34 ans, établie en 1978 lorsque Peugeot avait racheté les actifs de Chrysler Europe[3], et qui avait survécu à l’avènement du régime islamique en 1979. Cette implantation historique avait permis aux marques de PSA de conquérir 30% du marché iranien[4]. Les firmes automobiles américaines sont, pour leur part, absentes d’Iran ;
  • qu’il accentue l’effondrement du commerce extérieur français déjà très déficitaire[5]. Peugeot a exporté des pièces détachées pour 450.000 véhicules en Iran en 2011[6] et Renault pour 100.000 en 2012[7] ;
  • qu’il contribue à la destruction de l’emploi automobile en France, déjà très affecté par la baisse des ventes en Europe[8].

Cette nouvelle marque de servilité à l’égard de Washington est intervenu quelques semaines seulement après que la France eut refusé l’asile à Edward Snowden, fermé son espace aérien sans raison au Président bolivien Evo Morales, et renoncé à toute action contre les entreprises suspectées de surveiller la population française pour le compte des services de renseignement américains.

En parallèle de cette servilité, les signes de plus en plus préoccupants du basculement des États-Unis dans un régime dictatorial se multiplient. Ils justifieraient qu’une puissance comme la France dise « leur fait » aux Américains au lieu de se confondre avec eux.

1.2 – Une agressivité croissante de la France à l’égard de l’Iran sur commande de Washington

Les responsables politiques de droite et de gauche n’ont cessé, depuis l’élection de Nicolas Sarkozy, de préparer les esprits à l’idée d’une guerre avec l’Iran, suivant la voie tracée par le gouvernement américain. L’objectif a été de convaincre l’opinion publique qu’il existe une « crise iranienne » aiguë, et que tous les moyens pacifiques de la résoudre seraient épuisés.

  • Nicolas Sarkozy s’était ainsi employé à imiter la rhétorique belliciste bushienne à l’égard de l’Iran, peu après son élection, lors de la conférence annuelle des ambassadeurs de France le 27 août 2007 en déclarant :

« Tout doit être mis en œuvre pour convaincre Téhéran de privilégier la coopération sur l’isolement et sur la confrontation. Personne n’a de meilleure stratégie à proposer et, si nous devions échouer, chacun connaît l’alternative catastrophique devant laquelle le monde serait placé : la bombe iranienne ou le bombardement de l’Iran ».

  • Hubert Védrine donnait crédit aux propos de Nicolas Sarkozy dans un article du 28 septembre 2007 sur Télos[9] : « ce qui est établi c’est la volonté de l’Iran de mener son programme nucléaire au-delà de ce que lui autorise le Traité de non-prolifération […] Dans ce contexte, la phrase du président Sarkozy, le 27 août 2007 devant les ambassadeurs, est difficilement contestable : « échapper à une alternative catastrophique : la bombe iranienne ou le bombardement de l’Iran » ».
  • Martial, Bernard Kouchner avait indiqué lors d’une interview télévisée le 16 septembre 2007 au sujet de l’Iran : « il faut se préparer au pire », « le pire, c’est la guerre » et « on se prépare en essayant d’abord de mettre des plans au point qui sont l’apanage des états-majors »[10].
  • Nullement en reste, Michèle Alliot-Marie, sa remplaçante au Quai d’Orsay, affirmait le 12 décembre 2010 que « la France n’accepte pas que l’Iran déstabilise » le Moyen-Orient et le monde[11], et n’hésitait pas à menacer l’Iran d’une escalade de tensions : « si les responsables iraniens ne lèvent pas le doute sur leurs intentions, toutes les sanctions d’ordre économique devront être envisagées ».
  • Alain Juppé, pour sa part, précisait le 7 mars 2012 à l’AFP[12] :
  • « je suis un peu sceptique parce que quand vous regardez la farce qu’ont constituée les élections en Iran, le succès de ce qu’on appelle les conservateurs, on finit par considérer (que le président Mahmoud) Ahmadinejad est un modéré ou un libéral » ;
  • « je crois que l’Iran continue à tenir un double langage, c’est la raison pour laquelle il faut que nous restions extrêmement fermes sur les sanctions que nous avons prises, qui sont de mon point de vue la meilleure manière d’éviter une option militaire qui pourrait avoir des conséquences incalculables ».

Dans une tribune en date du 18 juin 2011[13], il appelait, à nouveau, à durcir le ton envers l’Iran, au nom de la démocratie et des droits de l’Homme cette fois-ci, ne consacrant qu’une petite ligne à la question du nucléaire iranien. Il écrivait notamment :

  • « N’oublions pas l’Iran, où les autorités iraniennes refusent à leur population le droit de manifester pacifiquement » ;
  • « Depuis deux ans, la situation des droits de l’homme ne cesse de s’y dégrader, comme en témoigne la multiplication des informations qui nous parviennent sur les arrestations à grande échelle, les mauvais traitements et les tortures subis par les détenus, le caractère arbitraire des peines prononcées et la multiplication des exécutions capitales qui s’élèvent déjà à plus de trois cents depuis le début de l’année. » ;
  • « Le déni des aspirations de la population iranienne, et la poursuite d’un programme nucléaire, sans objectif civil crédible et en violation de la légalité internationale, conduisent à voir l’Iran mise au ban de la communauté des nations. »
  • Jean-Luc Mélenchon[14] légitimait, quant à lui, une frappe préventive contre l’Iran sur France inter le 12 février 2012 : « c’est la première fois qu’on voit un pays dire : « si on a une bombe, on ira taper sur Israël ». Personne ne peut accepter une chose pareille, que sur le plan international, quelqu’un décide qu’il va détruire, et à coup de bombes atomiques, son voisin […] Moi j’ai pas peur de le dire : un régime théocratique est toujours un danger pour le reste de l’humanité »[15].

melenchon-iranSur France Inter le 12 février 2012, Jean-Luc Mélenchon légitime toutes les interventions militaires de Washington : contre la Lybie, contre la Syrie et contre l’Iran…

  • Laurent Fabius lançait dans un entretien au Monde le 9 mai 2013 que le nucléaire iranien constituait « la plus grande menace actuelle contre la paix »[16].
  • François Hollande affirmait le 2 juin 2013 qu’« empêcher l’Iran d’accéder à l’arme nucléaire » relevait d’une « nécessité urgente, impérieuse » et que « c’est l’Europe qui se trouverait éventuellement visée par la détention de cette arme »[17], suggérant  que l’Iran pourrait projeter de… bombarder la France avec une arme nucléaire !

2) La France n’a pas de raison objective d’adopter une position agressive vis-à-vis de l’Iran.

 

2.1 – Des arguments empreints d’« un deux poids deux mesures »

Qu’a donc fait l’Iran pour mériter la vindicte unanime des dirigeants français ?

Deux arguments sont utilisés par ces derniers :

  • Le premier argument consiste à fustiger le régime politique iranien,

Le régime iranien n’est sans doute pas attrayant, mais il n’est pas le seul, sur la surface du globe, à restreindre les libertés individuelles et l’expression démocratique, à exercer une surveillance sur sa population, à brider la liberté religieuse ou à employer des méthodes de police musclées. En effet :

  • Le royaume d’Arabie saoudite est une monarchie absolue où règne l’arbitraire. Les principes de la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 y sont constamment bafoués, notamment la liberté d’expression, l’égalité entre les sexes et la liberté religieuse.Toute manifestation ou culte d’une autre religion que l’Islam est interdit sous peine d’apostasie, passible de la peine de mort, ce qui est loin d’être le cas en Iran où, par exemple, vit une communauté juive depuis vingt-six siècles. Le Deuxième livre des Rois situe, en effet, en 622 avant J.C. l’exil de la minorité juive de Babylone vers l’empire mède par le roi Assurbanipal.
  • Le royaume de Bahreïn, qui est une dictature familiale de même nature que l’Arabie saoudite, a écrasé dans le sang un mouvement de contestation de grande ampleur en 2011 et 2012. En février 2012, le roi Hamad ben Issa Al Khalifa a répondu aux manifestants par la proclamation de la loi martiale et une répression féroce. On estime que plus de 80 manifestants sont morts, soit au cours de heurts avec la police, soit sous la torture après leur arrestation, et que le nombre d’arrestations a atteint les 3.000, nombres considérables pour un petit pays de 1,2 million d’habitants.[18] Cette répression n’a pas suscité la moindre réaction de la prétendue « communauté internationale » – comprendre : les  États-Unis et leurs vassaux européens.

Il est frappant de constater le « deux poids deux mesures » avec lequel sont traitées, dans les médias et par la classe dirigeante française, les situations politiques en Iran et dans les deux pays cités ci-dessus. Il est vrai que ces derniers, à la différence de l’Iran, sont totalement soumis aux intérêts américains, le royaume du Bahreïn étant d’ailleurs le siège de la Ve Flotte américaine dans le Golfe persique.

De plus, les pays occidentaux devraient considérer leurs propres insuffisances avant de s’intéresser à celles d’autrui. En effet :

  • L’Union européenne dirigée par une oligarchie qui méprise les peuples et des institutions non élues et illégitimes rejetées par plusieurs référendums, bafoue les principes élémentaires de la démocratie ;
  • L’état de droit connaît des régressions majeures aux États-Unis, comme en attestent les mesures d’exception prises dans le cadre du Patriot Act, les détentions extrajudiciaires à Guantanamo et dans les prisons secrètes de la CIA, la torture en Irak et en Afghanistan, les exécutions sommaires au travers des drones décidées par Barack Obama ou bien encore le programme de surveillance planétaire PRISM.

En outre, plusieurs observateurs étrangers sérieux estimaient que, malgré les violences meurtrières et les manipulations électorales avérées, Mahmoud Ahmadinejad avait probablement gagné l’élection présidentielle du 12 juin 2009 :

  • Les deux observateurs du Washington Post situés en Iran, Ken Ballen et Patrick Doherty, estimaient dès le 15 juin 2009 que « le résultat des élections en Iran est peut-être le reflet de la volonté du peuple iranien » parce que le sondage qu’ils avaient réalisé eux-mêmes trois semaines avant les élections montrait que Mahmoud Ahmadinejad « menait par une marge de deux contre un, plus que celle sortie des urnes »[19]. Ils soulignaient en particulier le poids du vote favorable à Mahmoud Ahmadinejad à l’extérieur des grandes villes ;
  • L’ancien agent de la CIA affecté au Moyen-Orient, Robert Baer, chroniqueur au Time, écrivait dans un article paru le 16 juin 2009[20] :« Depuis de trop nombreuses années, les médias occidentaux regardent l’Iran par le prisme étroit de la classe moyenne iranienne libérale, une intelligentsia acquise à internet et à la musique américaine, qui parle plus volontiers à la presse occidentale, suffisamment riche pour se payer des tickets pour Paris ou Los Angeles » ;« Nous devons considérer sérieusement la possibilité qu’il y ait eu un engouement pour une ligne autoritaire, un mandat électoral pour Ahmadinejad et ses politiques. »

Les médias français ont occulté la popularité bien réelle de Mahmoud Ahmadinejad dans son pays à l’occasion de cette élection, comme ils ont occulté celle de Vladimir Poutine lors de l’élection présidentielle russe de mars 2012, préférant se concentrer sur les violences. Il est vrai que la France ne sait plus ce qu’est un dirigeant populaire, alors qu’elle connaît de mieux en mieux les violences civiles.

  • Le deuxième argument consiste à affirmer que l’Iran souhaite non seulement se doter de l’arme atomique mais compte en plus s’en servir.

Or l’Iran a indiqué à plusieurs reprises depuis 2007 que son programme nucléaire était à visée exclusivement civile. Mais encore :

  • l’Agence internationale pour l’énergie atomique (AIEA), qui conduit les inspections sur les sites nucléaires iraniens, n’a pas trouvé de preuves formelles que l’Iran construirait une bombe atomique, l’enrichissement de matière radioactive, poursuivi par l’Iran, ne constituant pas une preuve suffisante ;
  • la communauté des renseignements américaine[21], qui rassemble 17 agences de renseignement aux États-Unis et qui est probablement mieux informée encore que l’AIEA, a affirmé à plusieurs reprises, depuis le rapport National Intellignece Estimate de novembre 2007[22] que l’Iran a stoppé un programme nucléaire à visée militaire en 2003 et ne l’a pas réactivé depuis.Un article du 24 février 2012 du New York Times, rappelait que plusieurs responsables américains avaient publiquement repris ces constats, David Petraeus, alors directeur général de la CIA et Leon Panetta, Secrétaire d’État à la Défense[23], lui même ancien directeur général de la CIA de 2009 à 2011. Ce dernier avait estimé lors d’une interview sur CBS[24] le 8 janvier 2012[25] que l’Iran « n’est pas en train de fabriquer la bombe atomique ».
    James Clapper, directeur du renseignement américain, a présenté au Sénat le 12 mars 2013 un rapport sur l’état des menaces mondiales dans lequel il est écrit[26] :« Nous estimons que l’Iran est en train de développer une capacité nucléaire pour renforcer sa sécurité, son prestige et son influence régionale, et se donner la possibilité de développer des armes nucléaires dans le cas où une décision en ce sens serait prise. Nous ne savons pas si l’Iran décidera finalement de construire des armes nucléaires. »« Nous estimons que l’Iran ne pourrait pas […] produire une bombe nucléaire avant que cette activité ne soit découverte. »
  • François Nicoullaud, ambassadeur de France à Téhéran de 2001 à 2005, indiquait :
  • à l’AFP et dans une tribune publiée par l’Internaltional Herald Tribune le 27 juillet 2013[27] qu’Hassan Rohani, élu Président de la République islamique d’Iran le 14 juin 2013, démocratiquement selon toute vraisemblance et sans violence, est la personne qui a arrêté le programme clandestin de fabrication d’une arme nucléaire fin 2003, porté par les pasdarans, puissants « gardiens de la Révolution » ;
  • dans un billet du 19 juin 2013 sur son blogue[28] que Hassan Rohani a convaincu en 2003 le guide suprême Ali Khamenei d’interrompre le programme nucléaire militaire « parce que l’ennemi principal de l’Iran, Saddam Hussein, était éliminé et que l’on savait enfin qu’il n’y avait pas de programme irakien d’armes de destruction massive » ;
  • dans un article du 10 mai 2013[29] relayé par Le Figaro que « l’administration américaine n’osera plus monter de toutes pièces un dossier comme celui qui a conduit à l’invasion de l’Irak en 2003. Pour bien marquer la différence avec cette époque, la communauté américaine du renseignement rappelle chaque année depuis 2007, au grand chagrin des néo-conservateurs désireux d’en découdre avec l’Iran, que la république islamique a interrompu fin 2003 son programme nucléaire clandestin et n’a pas, depuis, pris la décision de se doter de l’arme atomique ».

Rien ne permet donc d’affirmer que l’Iran viole le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP) qu’il a signé en 1968, ratifié en 1970[30], et auquel un protocole additionnel contraignant a été ajouté en 2003 concernant l’Iran, avec l’accord de celui-ci[31].

En d’autres termes, aucune base légale du point de vue du droit international ne pourrait légitimer une intervention militaire en Iran. Du reste, dans l’hypothèse du viol du TNP par l’Iran, encore faudrait-il prouver le bien-fondé d’une action militaire internationale et faire voter cette dernière au Conseil de sécurité de l’ONU.

Pour leur part, Israël, qui ignore le TNP, et la Corée du nord, qui s’en est retirée, possèdent très vraisemblablement des armes nucléaires sans faire nullement l’objet des menaces américaines qui visent l’Iran[32]. Il s’agit d’un nouveau « deux poids, deux mesures » qui, inévitablement, jette le doute sur les intentions réelles des avocats d’une intervention militaire en Iran.

2.2 – Une vision tronquée de la réalité

Toutes les informations qui précèdent sont importantes à plusieurs égards. Elles montrent que :

  • le pays considéré comme principal ennemi par l’Iran est l’Irak, avant Israël. La guerre Iran Irak, connue sous le nom de « Guerre imposée » en Iran, entre 1980 et 1988 a été, en effet, d’une extrême violence[33] avec :la mort de trois cents mille à un million d’Iraniens ;l’emploi de gaz de combat par les forces irakiennes contre la population et l’armée iraniennes – ce qui n’a pas ému le moins du monde les Américains à l’époque – ;le bombardement du site nucléaire iranien de Bushehr par l’aviation irakienne[34]. Ce qui peut expliquer l’enfouissement systématique des sites nucléaires iraniens aujourd’hui.
  • ce n’est pas une politique de sanctions décidées par l’« Occident » qui a mis fin au programme nucléaire à visée militaire, connu, de l’Iran mais la suppression d’une menace extérieure. Cela montre également que les dirigeants iraniens agissent de façon rationnelle ;
  • le nouveau Président iranien devrait, compte tenu de son parcours, afficher une plus grande transparence que son prédécesseur sur le programme nucléaire. C’est d’ailleurs ce que l’on observe depuis le mois de septembre 2013. Ainsi que l’indique l’AIEA dans son dernier rapport en date du 22 mai 2013[35], des zones d’ombres demeurent sur les applications supposément civiles de ce programme ainsi que sur certaines traces de visées potentiellement militaires. En particulier :
  • les autorités iraniennes refusent l’accès aux inspecteurs du site de Parchin où se trouverait, « selon des informations que l’Agence a reçues d’États membres », « une grande cuve de confinement d’explosifs pour y mener des expériences hydrodynamiques ». Le rapport précise que :« la cuve de confinement a été installée sur le site de Parchin en 2000. L’emplacement de la cuve sur le site de Parchin n’a été déterminé qu’en mars 2011, et l’Agence en a informé l’Iran en janvier 2012 […] les images satellitaires dont dispose l’Agence pour la période allant de février 2005 à janvier 2012 ne révèlent quasiment aucune activité dans le bâtiment abritant la cuve de confinement ».
  • des indices existent que l’Iran a pu conduire un programme nucléaire à visée militaire dont il n’est pas possible de dire avec certitude qu’il est terminé. La cuve mentionnée plus haut ainsi que ces indices ont pu servir dans le cadre du programme militaire clandestin stoppé en 2003 par Hassan Rohani.

Cela étant, la prudence iranienne peut provenir des risques de « fuites » au sein de l’AIEA, qui est l’objet de l’attention de tous les services de renseignement. Il est compréhensible qu’un pays divulgue difficilement à une entité étrangère ses secrets stratégiques. Que feraient la France ou les États-Unis s’ils étaient sommés de dévoiler leurs secrets nucléaires à l’AIEA ?

  • les États-Unis, leurs affiliés et leurs médias tiennent un discours alarmiste et agressif vis-à-vis de l’Iran à leurs opinions publiques, tout en sachant que rien ne permet d’affirmer que l’Iran est en train de fabriquer une bombe atomique.

Depuis plusieurs années, les médias français ont pris le pli de la rhétorique guerrière contre l’Iran, présentant la situation comme critique, se faisant régulièrement l’écho de l’imminence d’une action israélienne et de la mise au point d’une bombe atomique par l’Iran ou suggérant que le régime iranien est discrédité auprès de sa population, donc qu’une intervention militaire aurait une vertu libératrice.

Une tempête médiatique s’était abattue sur Jacques Chirac lorsqu’il avait confié à des journalistes le 29 janvier 2007[36] que si l’Iran possédait l’arme atomique, ce ne serait « pas tellement dangereux » et que celle-ci « n’aura pas fait 200 mètres dans l’atmosphère que Téhéran sera rasée ».

Si l’on regarde les choses avec objectivité, ces déclarations de Jacques Chirac étaient peut-être discutables mais elles ne justifiaient pas l’atmosphère hystérique qui se déversa alors dans les médias contre le chef de l’État, lequel fut décrit comme ayant commis un inconcevable « dérapage ». Atmosphère qui témoigne du verrouillage médiatique draconien qui, déjà, frappait le dossier iranien.

Le comportement des médias français contribue à la dégradation de l’image de la France dans le monde musulman, qui est globalement mauvaise comme le montrait une enquête publiée le 25 juillet 2013[37].

 

3) En s’en prenant à l’Iran sans raison démontrée, les États-Unis et leurs affiliés, dont la France, menacent gravement la paix du monde.

 

3.1. – Un processus accusatoire analogue à celui employé contre l’Irak en 2003

Les arguments utilisés par les dirigeants occidentaux pour légitimer une action contre l’Iran sont les mêmes que ceux allégués par les États-Unis pour justifier leur agression contre l’Irak en 2003, de même que le processus : les pays désignés à l’avance comme coupables doivent faire la preuve de leur innocence, puisque l’accusateur est incapable de prouver son accusation.

Exemple frappant de l’analogie entre les situations irakienne et iranienne, le Premier ministre israélien a présenté à la tribune de l’ONU le 27 septembre 2012 un dessin montrant que l’Iran avait réalisé 90% du chemin devant l’amener à un armement nucléaire[38], rappelant l’épisode du 3 février 2003 au cours duquel Colin Powell, Secrétaire d’État américain, avait brandi devant le Conseil de sécurité une fiole censée prouver l’existence d’armes de destruction massive en Irak.

Les États-Unis ont commencé à « pousser » publiquement le thème d’une menace iranienne juste après les attentats du 11 septembre 2001, mettant l’Iran sur le même plan que l’Irak, et lui réservant probablement, alors, un même sort.

Lors du discours sur l’état de l’Union du 29 janvier 2002, George Walker Bush plaçait l’Iran sur « l’axe du mal »[39] des pays développant des armes de destruction massive et abritant des structures terroristes. Il allait même jusqu’à déclarer en juillet 2004 que l’Iran avait eu un rôle dans les attentats du 11 septembre 2001[40], accusation qui semble avoir été abandonnée par la suite.

La réalité est que les Iraniens, comme les Afghans, les Libyens ou les Syriens, n’ont rien fait aux Français ni aux Américains. Les invectives occidentales contre l’Iran obéissent à une logique étrangère à toute légitime défense et se placent en dehors du droit international.

Ce ne sont ni les caractéristiques coercitives du régime politique iranien, ni son programme nucléaire qui suscitent l’ire des États-Unis, mais l’attitude indépendante et insoumise de l’Iran depuis la chute du Shah en 1979.

 

3.2. – Un projet de soumission du Moyen-Orient aux intérêts américains

Les États-Unis souhaitent neutraliser l’Iran pour trois raisons :

  • Établir leur hégémonie politique au Moyen-Orient.

L’Iran est un pays plus unifié sur les plans linguistique, religieux et historique que ses voisins, même s’il présente des lignes de fracture nombreuses liées aux minorités ethniques transfrontalières, Azéris, Kurdes, Baloutches, Pashtounes, Tadjiks notamment. Cette force fait de l’Iran un bloc politique puissant, capable d’une mobilisation totale démontrée par la guerre avec l’Irak entre 1980 et 1988.

L’effondrement et l’état de partition latente de l’Irak, consécutifs à l’intervention américaine de 2003, ont permis à l’Iran d’affirmer son influence régionale et son indépendance. La position de Washington dans l’actuel conflit syrien vise à ébranler l’influence iranienne, qui s’étend désormais de Beyrouth, à Bagdad en passant par Damas.

En outre, comme le montre le rapport sur l’état des menaces mondiales, présenté au Sénat à Washington le 12 mars 2013 par James Clapper, l’Iran est perçu comme une puissance ayant les moyens de s’opposer à la présence américaine au Moyen-Orient :

« L’Iran a déjà le plus grand stock de missiles balistiques dans le Moyen-Orient et est en train d’augmenter l’échelle, la portée et la sophistication de son arsenal de missiles balistiques. Le stock croissant de missiles balistiques de l’Iran et sa production domestique de missiles de croisière contre les bateaux et le développement de son premier missile de croisière à longue portée continental lui fournit des possibilités d’améliorer sa projection de puissance. Téhéran considère ses missiles conventionnels comme faisant partie intégrante de sa stratégie de dissuasion – et de réplique si nécessaire – vis-à-vis de forces armées, y compris des forces américaines. »

  • S’accorder un accès exclusif aux ressources pétrolières et gazières.

Non seulement très riche en hydrocarbures avec les deuxièmes réserves mondiales de pétrole et de gaz, l’Iran contrôle en partie le détroit d’Ormuz par lequel transitent les ressources des pays du Golfe persique. C’est pour prévenir la convoitise de puissances étrangères que l’Iran s’est engagé dans une politique d’indépendance nationale.

Dick Cheney, lorsqu’il dirigeait Halliburton Energy Services, avant de devenir Vice-président des États-Unis sous George Walker Bush entre 2001 et 2009, avait livré dans un propos lapidaire le 23 juin 1998 au Cato Institute la doctrine américaine concernant les hydrocarbures ainsi que son inspiration quasiment messianique[41] :

« Le Bon Dieu n’a pas jugé bon de mettre du pétrole et du gaz seulement dans les pays démocratiques amis des États-Unis. Nous devons parfois agir là où, à tout prendre, on préfèrerait ne pas aller. Mais nous allons là où sont les affaires. »

  • Provoquer et contenir la Chine et la Russie.

Quatre trains de sanctions à l’encontre de l’Iran ont été pris à l’unanimité du Conseil de sécurité de l’ONU, donc avec l’aval de la Chine et de la Russie en décembre 2006, mars 2007, mars 2008 et juin 2010[42]. Deux résolutions ultérieures les ont prolongés. Ces sanctions sont cantonnées à la problématique nucléaire et interdisent par exemple, que l’Iran puisse se fournir à l’étranger en équipements sensibles dans ce domaine.

La Chine et la Russie ont donc refusé de « durcir » les sanctions dans le sens des mesures, très restrictives notamment dans les domaines bancaires et pétroliers, prises ultérieurement et unilatéralement par les États-Unis et leurs affiliés. Chine et Russie occupent désormais une place prépondérante dans les échanges de l’Iran avec le reste du monde :

  • La Chine est le premier acheteur de pétrole iranien et le premier partenaire commercial de l’Iran ;
  • La Russie a conclu des contrats significatifs dans le domaine de la défense avec l’Iran, même si l’exécution de ceux-ci n’apparaît pas certaine[43] et doit construire une deuxième centrale nucléaire dans le pays, d’après une annonce en date du 11 août 2013[44].

Chine et Russie étaient en outre présentes à Téhéran :

  • Le 9 août 2012, lors d’une conférence internationale consultative sur la Syrie rassemblant des représentants de 29 États cumulant 3.528.129.000 habitants soient 50,9% de la population mondiale[45] ;
  • Le 29 mai 2013, lors d’une autre conférence internationale sur la Syrie[46].

L’Iran est également membre observateur depuis 2005 de l’Organisation de coopération de Shanghai, organisation intergouvernementale régionale asiatique dans laquelle Chine et Russie jouent un rôle moteur, et dont les réalisations concernent essentiellement la sécurité, par exemple des manœuvres militaires communes. L’Iran a déposé une candidature pour devenir membre à part entière le 24 mars 2008[47].

Neutraliser l’Iran permettrait donc aux États-Unis de porter un coup d’arrêt à l’influence grandissante de la Chine et de la Russie au Moyen-Orient. Les sanctions américaines, qui contrarient Chine et Russie en particulier pour les paiements bancaires, sont le prélude de cette confrontation et permettent à Washington d’engager un bras de fer avec ces deux pays.

Les objectifs poursuivis par les États-Unis dans le dossier iranien traduisent un rêve impérialiste et délirant de domination du monde, d’une extrême dangerosité pour la paix.

 

4) La France, une fois de plus, s’acharne à détruire les liens singuliers qu’elle entretenait avec le reste du monde.

 

4.1. – Une relation ancienne avec l’Iran

La France entretenait traditionnellement une relation singulière et privilégiée avec l’Iran, caractérisée par la diffusion de la culture et de la langue françaises dans l’enseignement, la recherche, la création artistique, l’élite intellectuelle et politique[48].

La France est perçue depuis Saint Louis par les Perses comme une puissance « alternative » pouvant faire contrepoids aux empires désireux de les soumettre. Les premiers échanges marchands et diplomatiques d’importance entre les deux pays apparurent sous les règnes de Louis XIII puis de Louis XIV. Les relations franco-persanes se développèrent particulièrement sous le Second Empire : Napoléon III décida d’ouvrir une légation française à Téhéran en 1854, puis des consulats à Rasht en 1864 et à Tabriz en 1866 . Parallèlement, l’influence française en Perse se renforça par l’envoi de médecins personnels des shahs de la dynastie Qadjar à la cour, d’enseignants et de conseillers militaires.

Après la Première Guerre mondiale, la France décida d’augmenter sa présence en Perse en y multipliant les réalisations : augmentation du nombre de consulats, augmentation du nombre d’enseignants français, notamment à la faculté de Droit de l’Université de Téhéran, fondation d’un lycée français et d’une école d’agriculture, création d’une première banque française à Téhéran, ajout d’une section commerciale à la légation française, mise en place d’un service international de TSF pour contrer les services britanniques et allemands, publication d’un journal en langue française en Iran, dont la langue était alors de plus en plus parlée à la Cour et comme langue diplomatique dans tout le Proche-Orient.

Après la Deuxième Guerre mondiale, c’est le général de Gaulle qui restaura le prestige de la France auprès du shah d’Iran. Le dirigeant de la France libre s’était déjà arrêté à Téhéran en novembre 1944, sur le chemin de Moscou, afin d’assurer au nouveau monarque, Mohammad Reza Shah (que personne n’avait invité à la conférence de Téhéran quelques mois auparavant) l’importance que la France attachait à la continuité monarchique en Iran. Devenu président de la République en 1958, Charles de Gaulle se rendit de nouveau en Iran à partir du 16 octobre1963 pour s’y entretenir avec le Mohammed Reza Shah, éduqué dans une école suisse de langue française, et dont la troisième épouse, la jeune Farah Diba avait effectué ses études supérieures en France.

 journal-teheranLe Journal de Téhéran, daté du mercredi 16 octobre 1963, annonce en Une l’arrivée de Charles de Gaulle, président de la République française, à Téhéran. Ce journal francophone n’existe plus de nos jours…

Le dernier shah d’Iran sera d’ailleurs le seul chef d’État que de Gaulle, après son départ du pouvoir en 1969, accepta de recevoir à Colombey avant de mourir. Dans les années 60, la France était très présente en Iran, notamment au point de vue culturel.

Le régime autocratique du shah et son alignement de plus en plus manifeste sur Washington conduisirent Paris à prendre peu à peu ses distances avec Téhéran (le président Pompidou n’envoya que son Premier ministre Jacques Chaban-Delmas aux célébrations de Persépolis en 1971 pour le 2500e anniversaire de la monarchie perse, ce qui fut jugé comme un affront). Cependant, la France profita de la vive augmentation du pouvoir d’achat de l’Iran à la suite du premier choc pétrolier survenu après la guerre du Kippour de 1973 : Paris vendit à l’Iran sa technologie nucléaire, par un contrat signé en 1975 dans lequel Framatome se voyait confier la construction de cinq centrales nucléaires tandis que l’Iran se voyait attribuer une participation dans Eurodif SA, compagnie créée pour fournir de l’uranium enrichi. La révocation du contrat par le gouvernement iranien de transition de Bakhtiar en 1979 puis l’avènement de la république islamique refroidirent les relations franco-iraniennes.

 

4.2.- Le recul spectaculaire de tous les intérêts tricolores en Iran

Ayant survécu à la révolution islamique de 1979 et au soutien de la France à l’agression irakienne contre l’Iran l’année d’après, la relation franco-iranienne s’est considérablement réduite par la suite, du fait de l’alignement de Paris sur Washington dans le dossier nucléaire et, plus largement, dans les affaires régionales. La perspective politique « alternative » que l’Iran avait sollicitée et trouvée pendant des siècles auprès de la France s’est effacée.

Les retraits de Peugeot et de Renault interviennent après une série de reculs spectaculaires des intérêts français en Iran, sous pression américaine :

  • Le pétrolier Total a annoncé son départ d’Iran en septembre 2010, avec trois autres firmes européennes, sous la contrainte américaine. C’est le Secrétaire d’État adjoint américain, James Steinberg, qui avait lui-même annoncé ce retrait, dans ces termes[49] :« J’ai le plaisir d’annoncer que nous avons reçu des engagements de quatre entreprises énergétiques internationales qui vont mettre fin à leurs investissements et se refuser à toute nouvelle activité dans le secteur de l’énergie en Iran »Il est à noter que le capital de Total fin 2010 était possédé par des investisseurs institutionnels anglo-américains à 38%[50].
  • L’essentiel des structures d’apprentissage du français entretenues par la France en Iran ont été fermées, comme l’indiquait François Nicoullaud dans un article du 19 mars 2013 publié par Le Monde : « nos échanges universitaires et de recherche se sont taris, et nous avons fermé l’Institut français de Téhéran, où des milliers d’Iraniens apprenaient notre langue ».

Toute coopération dans le nucléaire, le spatial ou la défense, domaines d’excellence français, est empêchée. Les « intérêts moraux » de la France, à savoir son message de liberté et de respect égal pour toutes les nations du monde, sont par ailleurs piétinés.

Dans un article du 17 juin 2013 intitulé « Ce que les sanctions contre l’Iran coûtent à la France », une journaliste du Monde indiquait[51] :

« Quatrième partenaire commercial de la République islamique dans les années 2000, la France a chuté en 15ème position depuis la mise en place de sanctions européennes, onusiennes et américaines contre un éventuel programme nucléaire iranien à usage militaire. […] Entre 2005 et aujourd’hui, les exportations françaises en Iran se sont effondrées, passant de 2 milliards d’euros à 800 millions (-60%). »

 

4.3. – Éliminer la concurrence en Iran de pays étrangers, et surtout de la France : le véritable objectif des sanctions américaines

Les sanctions imposées par Washington, et répercutées par l’Union européenne, sont un moyen de faire place nette en Iran de la concurrence d’autres pays. Ces sanctions apparaissent pourtant contestables au regard des règles de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC), dans la mesure où Washington s’accorde, de fait, un pouvoir d’extraterritorialité en frappant les intérêts d’entreprises étrangères qui commerceraient avec l’Iran.

Dans un article du 25 février 2013 publié par Al Jazeera[52], deux universitaires américains indiquent que :

« Les sanctions secondaires[53] sont un château de cartes des points de vue légal et politique. Elles violent très clairement les engagements américains pris dans le cadre de l’Organisation Mondiale du Commerce, qui s’ils permettent à ses membres de rompre toutes relations commerciales avec les États qu’ils considèrent comme des menaces à leur sécurité nationale, n’autorisent en aucun cas les sanctions prises à l’encontre de membres de pays tiers qui auraient commercé légalement. Washington perdrait très certainement si l’affaire venait à être portée devant la Commission de Règlement des Différends de l’OMC. » ;

« L’an dernier, l’Union européenne, qui pendant des années avait condamné la possibilité d’une application extraterritoriale d’une loi commerciale nationale et avait même menacé de porter l’affaire devant la Commission de Règlement des Différends si Washington venait à sanctionner des entreprises européennes en raison de leurs liens d’affaires avec l’Iran, s’est finalement rangée du côté des États-Unis et a interdit par exemple l’achat de pétrole iranien et a imposé des restrictions économiques à l’encontre de la République islamique que l’on pourrait qualifier d’embargo. »

De fait, les sanctions américaines sont appliquées de façon très variable entre les pays :

  •  
    • Plusieurs observateurs ont noté que Washington ne respecte pas ses propres sanctions lorsque ses intérêts sont en jeu. Dans l’article du 17 juin 2013 du Monde :
      • Sébastien Regnault chercheur au CNRS relève que les Américains « vendent beaucoup de produits, comme des ordinateurs Apple, des iPhones et du Coca-Cola, mais c’est difficile à chiffrer puisque ça se fait sous le manteau » ;
      • Ali Ahani, ambassadeur d’Iran en France note que « les exportations américaines ont augmenté de 50% ces deux dernières années et les européennes ont baissé de moitié depuis leur embargo sur notre pétrole ».

De fortes suspicions existent également que les forces armées américaines stationnées en Afghanistan aient acheté du pétrole iranien[54].

De plus, un article du Figaro du 4 octobre 2013 indiquait que General Motors noue des contacts depuis six mois avec Iran Khodro, ancien partenaire de PSA, afin d’expédier ses productions vers l’Iran[55]. De nombreuses autres entreprises américaines, japonaises, allemandes et britanniques ont entrepris de s’implanter sur le marché iranien.

iran-entreprises-americainesLe Figaro, daté du 4 octobre 2013, révèle que les entreprises américaines font des affaires juteuses en Iran, pendant que les entreprises françaises se sont sabordées à la demande de Washington et du gouvernement français qui sombre une fois de plus dans l’indignité et la haute trahison de nos intérêts nationaux.

  • De nombreuses entreprises israéliennes poursuivent discrètement leurs affaires avec l’Iran, comme le rappelait un article du Point en date du 10 février 2012[56]. Il était notamment précisé que :« Deux cents compagnies internationales opérant en Israël entretiendraient de vastes liens commerciaux avec l’Iran, y compris avec son industrie énergétique, qui représente la principale source de revenus de la République islamique et sert à financer le développement de son programme nucléaire et de son armement. »

iran-israelLe Point, daté du 10 février 2012, révèle que les relations secrètes entre Israël et l’Iran totaliseraient des dizaines de millions de dollars.

  • Les États-Unis ont trouvé une voie d’entente avec plusieurs pays décidés à ne pas subir les sanctions américaines et à se faire respecter de Washington. Le Secrétaire d’État américain annonçait le 5 juin 2013 que l’Inde, la Chine, la Malaisie, la Corée du Sud, Singapour, l’Afrique du Sud, le Sri Lanka, la Turquie et Taïwan bénéficieraient d’une dérogation concernant l’embargo pétrolier contre l’Iran[57].

En somme, l’Union européenne et le gouvernement français appliquent avec célérité les sanctions américaines, qui sont pourtant :

  • contournées par une série de pays, dont les États-Unis eux-mêmes et Israël ;
  • inefficaces parce que contournables ;
  • dépourvues de toute légitimité internationale ;
  • probablement contraires aux règles de l’OMC ;
  • dévastatrices pour les intérêts de la France.

C’est dire la mentalité de « colonisé » qui s’est emparée de l’élite dirigeante française, qui n’hésite plus, désormais, à se rendre coupable de haute trahison contre les intérêts de son propres pays, au vu et au su de tous. Le recul considérable des intérêts français en Iran prouve que la France est la cible privilégiée du régime de sanctions américain.

 

4.4 – La France dissoute dans l’Union européenne et l’OTAN

La France n’existe plus vraiment en tant que telle dans le dossier iranien. En effet Nicolas Sarkozy s’est employé à la faire disparaître dans un processus de négociation piloté par la Britannique Catherine Ashton, « haute représentante de l’Union européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité ».

Cette décision :

  • empêche la France de porter le message de son choix. Qu’ont pu penser les Iraniens d’une initiative comme celle de Michel Rocard en mai 2012, demandée ou non par François Hollande, puisque la France est, par ailleurs, réduite au silence ?
  • pousse les Iraniens à confondre la France avec la Grande Bretagne, puissance honnie qui leur a imposé un régime quasiment colonial de la fin du XIXème siècle à la nationalisation de l’Anglo-Iranian Oil Company (devenue BP pas la suite) en mars 1951. Signe de la détérioration de la relation irano-britannique, l’ambassade de Grande Bretagne en Iran est fermée depuis novembre 2011[58].

Catherine Ashton, qui représente le groupe des « 5+1 » (États-Unis, France, Grande-Bretagne, Russie, Chine et Allemagne)[59] dans les négociations avec l’Iran, n’a obtenu aucun résultat malgré plusieurs rencontres avec la partie iranienne. Il est vrai qu’elle n’a aucune chance d’aboutir en raison de sa propre incompétence – de notoriété publique – et des intérêts parfaitement contradictoires des pays qu’elle est censée représenter. Dès lors, que fait la France dans un tel processus ?

Neutralisée sur le plan diplomatique, la France se retrouve entraînée, en raison de son appartenance à l’OTAN, dans la stratégie de tension militaire voulue par Washington. L’installation de batteries de missiles antimissile Patriot fin 2012 par l’OTAN en Turquie, près de la frontière syrienne, a suscité de vives réactions de la part des autorités iraniennes qui y voient un canon pointé vers elles[60].

Ce déploiement n’est pas sans rappeler celui des missiles Jupiter en novembre 1961, en Turquie, par les Américains, retirés en avril 1963 après la crise de Cuba qui avait failli déclencher un conflit mondial.

De plus, la France, vassalisée au sein de l’Union européenne et de l’OTAN, est empêchée d’exercer une influence auprès des foyers chiites de la région, liés à l’Iran, par exemple au Liban, en Syrie ou en Irak.

La décision, inutile en elle-même, prise par l’Union européenne – donc aussi par la France – le 22 juillet 2013 de placer l’aile militaire du Hezbollah sur la liste des organisations terroristes ne peut que tendre un peu plus la situation au Liban et en Syrie. Cette décision conforte l’anathème général jeté par les Euro-américains sur les chiites.

La France qui entretenait des relations distinctes et originales avec tout le Moyen-Orient, du fait de sa politique indépendante, de la francophonie et de son appui à l’établissement de la liberté religieuse, est ainsi purement gommée de la scène.

4.5. -Le partenaire occidental introuvable

L’attitude française est d’autant plus tragique que l’Iran aurait besoin d’une ouverture vers l’« Occident », autrement dit qu’il y a une « place à prendre ».

La France pourrait remplir à nouveau, vis-à-vis de l’Iran, le rôle qu’elle a historiquement tenu plusieurs fois, et cela pour trois raisons :

  • L’Iran doit faire face à un double encerclement géopolitique.
  • La plupart de ses voisins directs font partie de l’orbite américaine, Pakistan, Afghanistan, Irak, Turquie, mais également les pays de la rive sud du Golfe persique, Émirats arabes unis, Oman, Bahreïn, Qatar, Arabie saoudite, Koweït.Le Pakistan beaucoup plus peuplé que son voisin persan, avec 183 millions d’habitants contre 77 millions, possède l’arme atomique, tout comme Israël situé à mille cinq cents kilomètres de Téhéran. De plus, les États-Unis entretiennent une présence militaire permanente à l’abord direct de l’Iran, via leur cinquième flotte basée au Bahreïn ;
  • Les voisins de l’Iran sont globalement tous à majorité sunnite, alors que l’Iran est le grand pays chiite. La tension entre les deux branches principales de l’Islam est, aujourd’hui, à son extrême, par exemple en Irak, au Liban et en Syrie où les affrontements meurtriers entre les deux communautés sont quotidiens.

L’Iran aurait besoin d’un partenaire occidental à même de comprendre ces menaces sur sa propre intégrité et sa sécurité, et de jouer les intermédiaires pour en atténuer les tensions.

  • La relation, qui tend à une exclusivité forcée, avec la Chine et la Russie n’est pas satisfaisante pour l’Iran.

L’Iran court le risque d’un enfermement dans une relation exclusive avec la Chine et la Russie, qui pourraient être tentées d’exercer une forme de prédation sur elle, notamment sur ses ressources naturelles.

De plus, les relations entre la Russie et l’Iran sont marquées par[61] :

  • la perte des territoires perses du Caucase au profit de la Russie impériale au cours du XIXème siècle, avec les traités de Golestan (1813)[62], de Turkmanchai (1828)[63] et d’Akhal (1881)[64] ;
  • la tutelle coloniale exercée par la Russie sur l’Iran à la suite de la convention anglo-russe de 1907 qui partagea l’Iran en deux zones d’influence étrangères ;
  • l’occupation soviétique de l’Iran pendant la Seconde Guerre mondiale ;
  • le soutien de Moscou à l’Irak lors de la guerre Iran Irak ;
  • une compétition dans le domaine énergétique, – Russie et Iran possédant respectivement les première et deuxième réserves mondiales de gaz naturel -, et dans le contrôle de la mer Caspienne.

Historiquement, la Russie s’est donc révélée être, pour l’Iran, davantage une menace qu’un allié.

  • Le nouveau Président iranien fait preuve d’une attitude plus ouverte envers l’« Occident » que son prédécesseur.

Le nouveau Président iranien, Hassan Rohani, francophone, réputé avoir donné un coup d’arrêt au programme nucléaire militaire de l’Iran en 2003, et désireux – d’après ses déclarations – d’apaiser les tensions avec le « camp occidental », devrait être un interlocuteur privilégié pour la France.

Cette dernière, cependant, a entrepris de ne rien faire de ces circonstances favorables :

  • En décidant, comme annoncé le 25 juillet 2013, de ne pas envoyer l’ambassadeur de France assister à la cérémonie d’investiture d’Hassan Rohani mais un diplomate de rang inférieur[65] ;
  • En refusant par principe la présence de l’Iran à la conférence en préparation sur la Syrie dite « Genève-2 », peu avant l’élection d’Hassan Rohani et même après[66].

Cependant, un retournement spectaculaire de la diplomatie française n’est pas à exclure, à l’instar de celui qu’elle a déjà opéré en acceptant le principe d’un « Genève-2 » porté par les Américains et les Russes, alors qu’elle demandait le départ préalable de Bachar el-Assad. Ce camouflet avait déjà gravement entamé la crédibilité de la France[67].

Il faut noter que l’ONU[68] et la Russie[69] sont favorables à la présence de l’Iran à la conférence « Genève-2 ». Le vice-ministre iranien des Affaires étrangères a indiqué, de plus, avoir reçu une invitation « verbale » à cette conférence[70].

Les médias sont soupçonnés d’avoir voulu discréditer le plus rapidement possible le nouveau Président iranien en rapportant ses propos sur Israël[71] de façon déformée, dans le but de le rapprocher de son prédécesseur, habitué des escalades verbales et des outrances inacceptables vis-à-vis de l’État hébreu.

 

Conclusion : la France dindon de la farce euro-atlantiste, disparaît de la scène mondiale

 

Le dossier iranien témoigne de façon tragique et révoltante de l’impéritie scandaleuse et des œillères idéologiques insensées des gouvernements français depuis au moins l’accession de Nicolas Sarkozy à la présidence de la République. En se vautrant dans la soumission à Washington, ils font de la France le dindon de la farce euro-atlantiste et provoquent l’évanouissement accéléré de la France des affaires du monde. L’Union européenne et l’OTAN, qui dépossèdent la France de sa liberté d’action et la soumettent à Washington, ont ruiné les positions que Paris avait construites depuis des siècles en Iran, ses intérêts économiques ainsi que son rayonnement culturel et linguistique.

De la même façon, le régime de sanctions unilatérales décidé par les États-Unis a pour objectif réel de faire disparaître d’Iran, et par extension du Moyen-Orient, des pays concurrents, et d’abord la France. Les mots employés dans le débat public sont volontairement trompeurs : « construction européenne » et « sanctions américaines » sont des expressions leurres destinées à masquer l’amère réalité, la destruction de la France.

Le jeu d’alliances de plus en plus automatiques que constitue l’OTAN emmène la France vers une guerre sans aucun fondement rationnel avec l’Iran. Dans un pareil contexte, qui n’est pas sans rappeler les engrenages néfastes qui conduisirent à la Première Guerre mondiale, la sortie de la France de l’Union européenne et de l’OTAN s’impose comme une absolue nécessité.

En démontant les causes réelles de la vindicte dont l’Iran fait l’objet de la part de l’oligarchie euro-atlantiste et de la classe politique et médiatique, l’UPR est, comme à l’accoutumée, le seul mouvement politique français à présenter aux Français, de façon circonstanciée, les causes réelles du déclin de la France.

François ASSELINEAU
François-Xavier GRISON, Responsable national de l’UPR, en charge des solidarités francophones

[8] La baisse des ventes des constructeurs français en Europe est largement due aux politiques d’austérité conduites par les institutions européennes, aux règles de libre-échange inégales avec des pays à faibles coûts de production, imposées par les traités européens, et au taux de change de l’euro vis-à-vis du dollar américain, trop élevé.

[31] En représailles à la transmission du dossier nucléaire iranien au Conseil de sécurité de l’ONU en février 2006, l’Iran a suspendu l’application de ce protocole additionnel. Voir : http://www.lexpress.fr/actualite/monde/proche-orient/chronologie-de-la-crise-du-nucleaire-iranien-2003-2011_481591.html

[47] Voir : http://news.xinhuanet.com/english/world/2013-08/13/c_132627291.htm Candidature en suspens en raison des sanctions de l’ONU

[53] Sanctions punitives visant des importateurs ou exportateurs en affaire avec l’Iran

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L'air du soupçon (A propos des accusations grotesques des « antifafs »). Les gardiens de l'orthodoxie trouvent de nouveaux ennemis.

16 Octobre 2013 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Les Antifafs.

Décidément à gauche, les gardiens de la pensée unique n’arrêtent pas de se ridiculiser. A les entendre les rangs des rouges-bruns n’en finissent pas de grandir !

Après Annie Lacroix-Riz, voici venu le tour de François Ruffin. Son tort ? Poser des questions dérangeantes est immédiatement suspect. Installer un protectionnisme, sortir de l’Union Européenne, sortir de la monnaie unique,…,  sont des sujets que seuls les gens d’extrême droite doivent aborder. Ces propos sont définitivement bannis à gauche. Tant pis si autrefois le Parti Communiste prônait ces thèses. Tant pis si les ouvriers se désespèrent et ne vont plus massivement aux urnes. Pendant ce temps, à Brignoles et ailleurs, de fausses solutions émergent et s’installent peu à peu dans les esprits.

Sans prétendre que les options nationales soient des vérités révélées, il serait peut-être temps que la gauche sorte de son sectarisme et autorise le débat.

Bien cordialement.

Lucien PONS

 

De : investigaction [mailto:no-reply@investigaction.org]
Envoyé : jeudi 10 octobre 2013 11:25

 


A propos des accusations grotesques des « antifas »
L'air du soupçon

FRANCOIS RUFFIN

Pierre Carles, Hervé Kempf, Alain Gresh, Étienne Chouard, Jean Bricmont... tous fachos ? Les accusations pleuvent sur les sites des « antifas ». Et Fakir n’échappe pas à cette suspicion : des « nationaux-staliniens moisis », qui entretiendraient des liens obscurs avec des gens pas clairs. Alors, amis lecteurs, êtes-vous, sur le site d’un journal d’une officine du Front National ? Marcherez-vous bientôt au pas de l’oie à nos côtés ?

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Lettre à mes amis qui croient encore à la gauche, par Denis Collin.

16 Octobre 2013 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La nation .

Lettre à mes amis qui croient encore à la gauche

Par Denis Collin • Actualités • Vendredi 04/10/2013 •

Je ne sais plus quand j’avais posté un message qui se résumait à « Hollande = Sarko+ ». La formule lapidaire m’a valu des reproches et des incompréhensions. Il est vrai que la communication instantanée et permanente sous le régime de laquelle nous vivons de plus en plus présente bien des défauts et se révèle peu propice à la nuance et a fortiori à la pensée dialectique. Je ne tiens pas mordicus à la formule. Je suis tout prêt à admettre que l’on doit faire des différences entre Hollande et Sarkozy et je veux bien admettre encore que l’on peut trouver ici et là, dans quelques mesures de détail, un certain « progrès » par rapport au gouvernement précédent. Il me faut donc essayer ici de préciser le contenu que je mettais sous cette formule et donc procéder à une analyse suffisamment détaillée de la politique suivie par le gouvernement Hollande depuis l’élection de 2012.

Ma thèse est la suivante : avec l’élection de 2012 et ses suites, nous assistons au parachèvement d’une transformation fondamentale de la vieille social-démocratie française. J’ajoute que ce basculement n’est pas un processus spécifiquement français, mais qu’il concerne tous les partis sociaux-démocrates : l’Italie avec l’évolution du PCI vers le PDS et du PDS vers le PD (après la quasi-disparition du Parti Socialiste Italien), la Grèce où le PASOK a été balayé par les électeurs et se trouve réduit à l’état de béquille du gouvernement conservateur aux ordres de la troïka, l’Allemagne où les dernières élections confirment la décomposition du SPD, mais aussi l’Espagne, le Portugal, etc. Du reste l’Internationale Socialiste est dissoute de fait au profit de nouveaux regroupements internationaux de type « centre-gauche ».

 

Commençons par revenir sur le passé de la social-démocratie. Il est évident qu’il y a très longtemps – au moins un siècle – que la social-démocratie, en dépit des discours pour les jours de fête, a renoncé à toute transformation radicale du capitalisme et a donc renoncé au socialisme tel qu’elle le pensait lors de la fondation de la Seconde Internationale en 1889. Les bolcheviks affirmaient que la social-démocratie est « passée définitivement du côté de l’ordre bourgeois » en votant les crédits de guerre en 1914 et en participant activement à la grande boucherie de la Première Guerre mondiale. Pour ceux qui pensent qu’il s’agit là d’une lubie léniniste, je voudrais citer ici Fernand Braudel qu’on ne taxera pas de gauchisme sectaire. S’appuyant sur les progrès impressionnants des organisations socialistes et sociale-démocrates, dans la période 1890-1914, il écrit : « Dans ces conditions, sans s’exagérer la puissance de la Seconde Internationale à partir de 1901, on a le droit d’affirmer que l’Occident, en 1914, autant qu’au bord de la guerre, se trouve au bord du socialisme. Celui-ci est sur le point de se saisir du pouvoir, de fabriquer une Europe aussi moderne, et plus peut-être qu’elle ne l’est actuellement. En quelques jours, en quelques heures, la guerre aura ruiné ces espoirs. C’est une faute immense pour le socialisme européen de cette époque que de n’avoir pas su bloquer le conflit. C’est ce que sentent bien les historiens les plus favorables au socialisme et qui voudraient savoir qui porte au juste la responsabilité de ce « retournement » de la politique ouvrière. Le 27 juillet 1914, à Bruxelles, se rencontrent Jouhaux et Dumoulin d’une part, secrétaires de la C.G.T. française, et K. Legien, de l’autre, secrétaire de la Centrale syndicale d’Allemagne. Se sont-ils rencontrés par hasard, dans un café, ou sans autre but que d’échanger leur désespoir ? Nous ne le savons pas et nous ne savons pas non plus le sens qu’il faut attribuer aux dernières démarches de Jean Jaurès, le jour même où il va être assassiné (31 juillet 1914). »

 

Ce grand tournant exprime le fait que ces partis sociaux-démocrates ont renoncé à leurs objectifs proclamés et sont devenus des partis d’intégration de la classe ouvrière au système capitaliste : partis du salariat, leur objectif est, au fond, de maintenir le salariat. Mais l’existence même des appareils bureaucratiques et électoraux de ces partis suppose que les salariés puissent y trouver, d’une manière ou d’une autre, leur compte. C’est pourquoi pendant très longtemps, les partis sociaux-démocrates ont parlé le langage de la lutte des classes et du socialisme et se sont souvent fait les porteurs de revendications sociales et politiques prétendant à une transformation pacifique, lente et réformiste, certes, du capitalisme vers un socialisme très indéterminé, mais qui restait l’horizon. C’était encore la position du PS avant 1981, un parti qui se disait « révolutionnaire », voulait faire des « réformes de structure anticapitalistes » et proposait même une « rupture avec le capitalisme » que certains proposaient même d’accomplir en cent jours ! Ce qu’il est advenu de tout cela, dans la séquence 1981-2002, Jacques Cotta et moi-même en avons fait le récit et l’analyse voilà maintenant plus de douze ans dans L’Illusion Plurielle et il n’y a pas grand-chose à rajouter.

 

On aurait pu croire que l’élection de Hollande allait simplement renouveler une phase du type Jospin 1997-2002 : quelques réformes en faveur des salariés, quelques acquis (bien maigres) et de nouvelles capitulations justifiées au nom de l’Union européenne, de la contrainte extérieure, etc. Après tout, Hollande avait déclaré « mon ennemi, c’est la finance » et les socialistes se sont fait élire sur le mot d’ordre « faire payer les riches ». Mais par rapport aux expériences antérieures, ce qui ne manquera pas de frapper quiconque regarde honnêtement les faits, c’est la rapidité avec laquelle la nouvelle majorité s’est coulée dans les traces de ses prédécesseurs en renonçant complètement à tout programme de réforme sociale. Alors que les précédents gouvernements « de gauche » tentèrent toujours de faire passer les amères pilules de la « gestion loyale du capitalisme » (Blum) avec la promesse d’un avenir meilleur, il ne reste rien de tout cela dans le gouvernement actuel. On me dira qu’au fond c’est plus honnête. Sans doute. Mais comme en politique tout est affaire de symboles, il y a là quelque chose qui interroge. On sait que Hollande, un « bébé Delors », n’a jamais été socialiste dans quelque acception du terme que ce soit. Il a longtemps animé les « transcourants » favorables à une rupture franche avec la tradition et les références du passé socialiste. À peine élu président, il a affirmé qu’il n’était pas un président socialiste. Il n’y a plus l’ombre du souvenir d’un discours socialiste dans les propos des ministres et des bonzes du PS, y compris les « emmanuellistes » et autres prétendus représentants de la « gauche » du PS. Seul Filoche maintient la tradition, mais son influence au sein du PS est pratiquement insignifiante – son texte pour la défense des retraites n’a obtenu qu’à peine 6000 signatures.

 

Si l’on sort du purement symbolique, pour en venir à la politique pratique, on constatera que la social-démocratie a abandonné à peu près totalement le keynésianisme qui lui avait servi de substitut au marxisme depuis les années d’après-guerre. La régulation étatique et le compromis social (paix sociale moyennant des progrès des salaires et des conditions de vie des travailleurs) ne sont plus de mise. Si on présente souvent le keynésianisme comme une politique de la demande, et qui pour cette raison même peut entrer en résonnance immédiate avec les revendications des salariés, Jean-Marc Ayrault a eu l’occasion de préciser qu’il était, lui, partisan d’une « politique socialiste de l’offre » et, interrogé sur les mesures néolibérales de Thatcher et Reagan, il n’a rien trouvé d’autre à leur reprocher que leur « brutalité » (interview à France-Inter). On peut sans dommage ôter le mot « socialiste » et on a la politique d’Ayrault-Hollande, une politique reaganienne moins brutale que Reagan.  Ce sont eux qui le disent, pas de méchants calomniateurs mélenchonnistes !

 

Je sais bien que le keynésianisme n’est pas le socialisme et il me semble en effet qu’il est devenu une politique impraticable sans un affrontement sérieux avec le capital. Il reste que, du point de vue d’un parti qui se disait encore récemment le parti des salariés, ce changement radical de doctrine économique a une signification lourde : loin d’être un « parti réformiste » ou « social-démocrate », le PS s’affirme comme un pur et simple parti au service du capital financier, mettant en œuvre une politique pleinement adéquate avec les intérêts des possesseurs de ce capital. Ensuite il peut y avoir des nuances : le parti démocrate aux États-Unis n’est pas le parti républicain, mais quand on sait qui a massivement financé la première campagne d’Obama (Goldmann-Sachs, par exemple), on comprend bien que les divergences entre démocrates et républicains ne portent que la manière de défendre ces intérêts de classe-là mais nullement sur le fond politique. On le sait : c’est le SPD Schröder qui a porté les coups les plus durs à l’État social allemand et Merkel finalement en a profité et parfois a pu se payer le luxe de paraître plus « sociale » que son prédécesseur. Du coup, on apprécie mieux la réalité de la situation en France.

Entrons maintenant dans les détails. Mais pas trop ! Car pour saisir ce qui est en cause, il faut partir des grandes lignes qui dirigent la politique du pays et modèlent son avenir et non de telle ou telle mesure particulière qui, en elle-même, pourrait paraître judicieuse. Aucun gouvernement depuis 1944 n’a été absolument mauvais. L’horrible Mollet de la guerre d’Algérie est l’auteur de la 3esemaine de congés payés. Les acquis sociaux sous De Gaulle ne manquent pas et nous n’avons pas eu beaucoup de gouvernements plus « réformateurs » que le gouvernement Giscard-Chirac de 1974-1976 (IVG, droit de vote à 18 ans, généreuse indemnisation du chômage économique, etc.). Mais je crois qu’aucun d’entre nous n’aurait appuyé ou défendu un tant soit peu les gouvernements susnommés… Ce qui compte ce sont les lignes directrices, celles qui « fixent le cap » comme on aime à dire aujourd’hui. J’en retiendrai quatre.

 

La première direction concerne évidemment les relations entre les classes sociales, la vieille question des rapports de production qui permet de délimiter de quel côté du champ de la lutte des classes on se situe. Ici deux « réformes » essentielles, selon le gouvernement lui-même, retiennent notre attention.

 

La première est la réforme des relations entre salariés en employés issue de l’accord national interprofessionnel (ANI), signé par les « syndicalistes » (sic) de la CFDT, mais refusé par la CGT et FO. Cet accord permet aux patrons de licencier en contournant la justice prudhommale et en s’exonérant de « plans sociaux » qui pouvaient toujours être « retoqués » par un tribunal. C’est un grand pas en avant vers la flexibilité réclamée par le MEDEF et un coup sévère porté au Code du travail. Sur ce sujet je renvoie aux articles bien documentés de Gérard Filoche. En fait, c’est un accord de ce type que cherchait Sarkozy, mais pour des raisons de calculs politiques il n’a pu entraîner la CFDT qui avait déjà beaucoup donné et ne voulait pas se comprendre encore un peu plus avec la droite. En contrepartie de cette « flexibilité », les signataires de l’accord se sont engagés à offrir à tous les salariés une mutuelle complémentaire.  Ça tombe bien : ce gouvernement comme les précédents réduit continuellement le champ de ce qui est couvert par l’assurance-maladie (moins de 50% des dépenses aujourd’hui si on met de côté les hospitalisations et la longue maladie) et donc l’ANI complète cette orientation de privatisation de la sécurité sociale. Les « mutuelles » privées d’ailleurs l’ont bien compris qui multiplient les publicités pour prendre ce marché juteux.

 

La seconde « réforme » est celle des retraites qui n’est rien que le prolongement et l’aggravation des réformes de la droite en 2003 et 2010. D’ailleurs Larcher, ancien ministre du Travail et sénateur UMP l’a dit clairement : les socialistes ont validé notre réforme ! Augmentation des cotisations des salariés et non de celles des employeurs (puisque leur augmentation sera compensée par une diminution des cotisations au régime famille), recul de l’âge de la retraite. Ça paraît moins grave que le rapport Moreau et que ce que voulaient les plus décidés de la droite, mais ce radicalisme « libéral » est de la poudre aux yeux. Plutôt que de faire une révolution qui pourrait jeter tout le monde dans la rue comme en 1995, on procède progressivement : la machine à étrangler les retraites avance d’un cran tous les 3 ou 4 ans et chaque gouvernement apporte sa petite touche. Après avoir dénoncé la droite, les socialistes ont suivi la voie indiquée par Sarkozy et l’UMP.

 

La deuxième direction concerne l’école. Là encore, sauf les sourds, les aveugles et ceux qui ne savent pas lire, tout le monde reconnaît que la prétendue réforme républicaine de l’école initiée par Peillon est dans la ligne directe de la loi Fillon sur le « socle » et des réformes Chatel. Symboliquement, la loi Peillon n’est pas vraiment une loi nouvelle, mais une série d’amendements à la loi Fillon qui en préservent l’esprit et les grandes directions et souvent aggravent les choses en poussant les feux de la décentralisation, de l’autonomie des établissements, de la régionalisation et la communalisation de l’éducation nationale. Pour faire avaler la pilule, des recrutements d’adultes (et pas seulement et pas principalement de professeurs) ont été annoncés, mais ça n’empêche pas la machine à supprimer les postes de continuer de fonctionner à plein régime, même quand les effectifs augmentent. Par ailleurs, on met en place une nouvelle maquette des concours de recrutement qui diminue drastiquement la part des contenus disciplinaires au profit de ces charlataneries que l’on appelle « sciences de l’éducation » - s’il y avait une science de l’éducation, cela se saurait !

 

La troisième direction concerne la fiscalité. Là encore, c’est un bon marqueur des différences et des ressemblances. Et Hollande allait faire payer les riches ! Mais il n’en a rien été. Il s’est contenté de poursuivre le blocage de barèmes de l’impôt, initié par Sarkozy et, après l’avoir rejetée, a repris sous une forme un peu atténuée la hausse de la TVA. En s’attaquent au matraquage fiscal de Hollande, la droite est d’ailleurs mal placée car Hollande ne fait que poursuite le matraquage fiscal de son prédécesseur : à eux deux, en deux ans, ils ont prélevé 3% du PIB et le prochain budget en prélèvera 1,5% de plus (ce doit être ça la « pause fiscale »). Cazeneuve a déclaré : « la République, c’est l’impôt ! »  Il ne faut pas manquer de culot pour dire ça ! L’Ancien régime aussi, c’était l’impôt pour le peuple qui ployait sous son fardeau. Éventuellement, la République, c’est l’impôt juste ! Ce n’est pas exactement la même chose. Ayrault avait expliqué que « 95% des Français seraient épargnés par la hausse des impôts » : c’était un gros mensonge et il doit aujourd’hui annoncer que des mesures seront prises pour que les petits revenus ne soient pas trop pénalisés… Après la farce des taxations à 75%, toute idée de recréer de nouvelles tranches d’imposition pour les hauts et très hauts revenus à disparu. De même l’imposition des successions n’est pas touchée et les gros patrimoines pourront se transmettre aussi facilement que sous Sarkozy. Mais si on prend les détails, comme l’a fait avec beaucoup de précision Laurent Mauduit dans Mediapart, on voit que l’orientation suivie par Bercy est celle d’une contre-réforme fiscale qui vise à transférer la charge de l’impôts vers les salariés, les ménages, les familles et d’en décharger toujours plus les entreprises à qui il suffit de crier un peu ou de s’appeler « pigeons » pour que le gouvernement accoure les mains pleines de cadeaux fiscaux pour leur dire « je vous aime ». À l’attaque contre les « niches fiscales » familiales (la réduction d’impôt, très modeste d’ailleurs, pour les enfants qui poursuivent des études supérieures, le gouvernement s’est empressé de renouveler les juteuses niches fiscales de ses prédécesseurs dans le domaine immobilier : la loi Duflot promet d’importantes exonérations d’impôts à ceux qui investissent dans le logement locatif et les publicités expliquant comment ne pas payer d’impôts sur le revenu grâce à cette loi inondent l’internet. C’est en effet très simple : vous empruntez, vous investissez, vous faites payer vos remboursements en touchant des loyers et on vous dégrève. À la fin, on dispose d’un capital qui n’a pas coûté grand-chose. Bref ceux qui ont de l’argent pour faire les premières avances et qui présentent de bonnes garanties ramassent le pactole. On avait déjà cela avec les dispositifs De Robien, Besson et Sellier. Mme Duflot s’est mise à bonne école.

 

La dernière direction tout aussi importante concerne les institutions. Et ici encore, c’est la plus absolue continuité qui frappe. Monsieur « Moi, Président, je », avec une morgue imperturbable, réaffirme le « Führerprinzip » si caractéristique du sarkozysme. On me dira que ça ne marche pas bien, mais les « cacophonies » gouvernementales confirment négativement qu’il s’agit bien de maintenir coûte que coûte l’édifice vermoulu de la Ve République, avec son exécutif qui décide de tout et son Parlement croupion. La déconstruction du maillage républicain se poursuit : ainsi du projet sarkozyste du « Grand Paris » que les socialistes poursuivent sans état d’âme, réduisant les municipalités à des fantômes impuissants.

Je laisse de côté les opérations de diversion « sociétales ». Il faudrait s’intéresser à la diplomatie et analyser ce que le Monde Diplomatique d’octobre appelle la cinglante déroute de la diplomatie française en Syrie. Sarkozy avait eu la Lybie, Hollande voulait la Syrie – la propension des socialistes à s’engager dans les guerres coloniales et à s’agenouiller devant leur maître américain, reste un sujet d’étonnement même pour celui qui en comprend théoriquement les raisons déjà analysées en 1926 par Trotski dans  Europe et Amérique. En matière européenne, les rodomontades préélectorales n’ont pas tenu longtemps et Hollande a avalisé sans coup férir le plan Merkel-Sarkozy et le « mécanisme européen de stabilité ».

 

Je me contenterai de conclure en soulignant que je ne vois aucune différence sérieuse, stratégique, entre Hollande et Sarkozy et je crois avoir apporté suffisamment d’éléments à l’appui. Peut-être faut-il rectifier la formule « Hollande = Sarko+ ». Si on est gentil et si on oublie Manuel Valls, on dira que Hollande, c’est du « sarkozysme à visage humain ». Mais, à se moquer de toutes ces subtiles nuances, de plus en plus nombreux sont nos concitoyens et à force d’entretenir les illusions, de se refuser à appeler un chat un chat, on se prépare à des lendemains qui nous donneront la gueule de bois. Hollande, pour l’heure, a la chance d’avoir en face de lui une droite divisée, et qui a du mal à vraiment attaquer une politique qu’elle approuve en réalité – en général, les critiques de la droite se bornent à dire que Hollande ne va pas assez loin, ce qui veut bien dire que pour l’UMP il est dans la bonne direction ! Qui profite de cela ? Nous le savons bien, c’est Mme Le Pen et les vieilles ficelles de l’antifascisme ne marchent plus. Les électeurs de gauche dans plusieurs partielles sont passés assez largement du côté du FN après l’élimination du PS au premier tour. Il n’y a plus guère que la « upper middle class » … et le Front de Gauche pour persister à croire que la gauche existe encore et qu’elle est mieux que la droite. Il serait grandement temps de tourner la page, de laisser les morts enterrer leurs morts et de construire une nouvelle politique à la hauteur des enjeux auxquels nous sommes confrontés. On me dira : mais que peut-on faire d’autre ? que proposes-tu ? Mais tout d’abord, ce sont ceux qui ont le pouvoir et leurs amis qui doivent répondre de leur politique. Ensuite, s’il n’y a pas d’autre politique possible que celle de Hollande et Sarkozy, alors il faut cesser de parler de démocratie : la politique se réduirait simplement à des jeux de pression pour obtenir tel ou tel avantage pour soi-même ou sa corporation et les partis ne seraient plus que des systèmes clientélistes sans aucun projet, sans aucun programme, sans aucun idéal. Ceux qui défendent Hollande au nom du réalisme nourrissent directement l’abstentionnisme et l’aquoibonisme, le repli sur la vie privée et tous ces mauvais penchants qui corrompent le peuple et préparent l’avènement des démagogues.

 

Inversement, en partant d’une critique radicale du mode de production capitaliste, en montrant où se trouvent les racines de la crise qui n’est pas seulement une crise économique et sociale, mais aussi une crise morale profonde, en appelant au sursaut des consciences, en rappelant que nous ne sommes pas condamnés à nager dans les eaux glacées du calcul égoïste et qu’un autre monde est possible, on s’oppose efficacement à cette lente décomposition qui mine notre pays et l’Europe tout entière. Pour ceux qui veulent des éléments de programme, je ne peux que renvoyer aux nombreux articles publiés sur « La Sociale » ou à mon livre, Revive la République qui donne de nombreuses pistes.

Denis COLLIN – le 3 octobre 2013

Fernand Braudel, Grammaire des civilisations, Arthaud-Flammarion, 1987, p. 428

 

J’ai développé les raisons de cette transformation dans Le cauchemar de Marx (Max Milo, 2009).

Éditions JC Lattès 2001

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http://la-sociale.viabloga.com/news/lettre-a-mes-amis-qui-croient-encore-a-la-gauche

 

Lettre à mes amis qui croient encore à la gauche

Par Denis Collin • Actualités • Vendredi 04/10/2013 •

Je ne sais plus quand j’avais posté un message qui se résumait à « Hollande = Sarko+ ». La formule lapidaire m’a valu des reproches et des incompréhensions. Il est vrai que la communication instantanée et permanente sous le régime de laquelle nous vivons de plus en plus présente bien des défauts et se révèle peu propice à la nuance et a fortiori à la pensée dialectique. Je ne tiens pas mordicus à la formule. Je suis tout prêt à admettre que l’on doit faire des différences entre Hollande et Sarkozy et je veux bien admettre encore que l’on peut trouver ici et là, dans quelques mesures de détail, un certain « progrès » par rapport au gouvernement précédent. Il me faut donc essayer ici de préciser le contenu que je mettais sous cette formule et donc procéder à une analyse suffisamment détaillée de la politique suivie par le gouvernement Hollande depuis l’élection de 2012.

Ma thèse est la suivante : avec l’élection de 2012 et ses suites, nous assistons au parachèvement d’une transformation fondamentale de la vieille social-démocratie française. J’ajoute que ce basculement n’est pas un processus spécifiquement français, mais qu’il concerne tous les partis sociaux-démocrates : l’Italie avec l’évolution du PCI vers le PDS et du PDS vers le PD (après la quasi-disparition du Parti Socialiste Italien), la Grèce où le PASOK a été balayé par les électeurs et se trouve réduit à l’état de béquille du gouvernement conservateur aux ordres de la troïka, l’Allemagne où les dernières élections confirment la décomposition du SPD, mais aussi l’Espagne, le Portugal, etc. Du reste l’Internationale Socialiste est dissoute de fait au profit de nouveaux regroupements internationaux de type « centre-gauche ».

 

Commençons par revenir sur le passé de la social-démocratie. Il est évident qu’il y a très longtemps – au moins un siècle – que la social-démocratie, en dépit des discours pour les jours de fête, a renoncé à toute transformation radicale du capitalisme et a donc renoncé au socialisme tel qu’elle le pensait lors de la fondation de la Seconde Internationale en 1889. Les bolcheviks affirmaient que la social-démocratie est « passée définitivement du côté de l’ordre bourgeois » en votant les crédits de guerre en 1914 et en participant activement à la grande boucherie de la Première Guerre mondiale. Pour ceux qui pensent qu’il s’agit là d’une lubie léniniste, je voudrais citer ici Fernand Braudel qu’on ne taxera pas de gauchisme sectaire. S’appuyant sur les progrès impressionnants des organisations socialistes et sociale-démocrates, dans la période 1890-1914, il écrit : « Dans ces conditions, sans s’exagérer la puissance de la Seconde Internationale à partir de 1901, on a le droit d’affirmer que l’Occident, en 1914, autant qu’au bord de la guerre, se trouve au bord du socialisme. Celui-ci est sur le point de se saisir du pouvoir, de fabriquer une Europe aussi moderne, et plus peut-être qu’elle ne l’est actuellement. En quelques jours, en quelques heures, la guerre aura ruiné ces espoirs. C’est une faute immense pour le socialisme européen de cette époque que de n’avoir pas su bloquer le conflit. C’est ce que sentent bien les historiens les plus favorables au socialisme et qui voudraient savoir qui porte au juste la responsabilité de ce « retournement » de la politique ouvrière. Le 27 juillet 1914, à Bruxelles, se rencontrent Jouhaux et Dumoulin d’une part, secrétaires de la C.G.T. française, et K. Legien, de l’autre, secrétaire de la Centrale syndicale d’Allemagne. Se sont-ils rencontrés par hasard, dans un café, ou sans autre but que d’échanger leur désespoir ? Nous ne le savons pas et nous ne savons pas non plus le sens qu’il faut attribuer aux dernières démarches de Jean Jaurès, le jour même où il va être assassiné (31 juillet 1914). »

 

Ce grand tournant exprime le fait que ces partis sociaux-démocrates ont renoncé à leurs objectifs proclamés et sont devenus des partis d’intégration de la classe ouvrière au système capitaliste : partis du salariat, leur objectif est, au fond, de maintenir le salariat. Mais l’existence même des appareils bureaucratiques et électoraux de ces partis suppose que les salariés puissent y trouver, d’une manière ou d’une autre, leur compte. C’est pourquoi pendant très longtemps, les partis sociaux-démocrates ont parlé le langage de la lutte des classes et du socialisme et se sont souvent fait les porteurs de revendications sociales et politiques prétendant à une transformation pacifique, lente et réformiste, certes, du capitalisme vers un socialisme très indéterminé, mais qui restait l’horizon. C’était encore la position du PS avant 1981, un parti qui se disait « révolutionnaire », voulait faire des « réformes de structure anticapitalistes » et proposait même une « rupture avec le capitalisme » que certains proposaient même d’accomplir en cent jours ! Ce qu’il est advenu de tout cela, dans la séquence 1981-2002, Jacques Cotta et moi-même en avons fait le récit et l’analyse voilà maintenant plus de douze ans dans L’Illusion Plurielle et il n’y a pas grand-chose à rajouter.

 

On aurait pu croire que l’élection de Hollande allait simplement renouveler une phase du type Jospin 1997-2002 : quelques réformes en faveur des salariés, quelques acquis (bien maigres) et de nouvelles capitulations justifiées au nom de l’Union européenne, de la contrainte extérieure, etc. Après tout, Hollande avait déclaré « mon ennemi, c’est la finance » et les socialistes se sont fait élire sur le mot d’ordre « faire payer les riches ». Mais par rapport aux expériences antérieures, ce qui ne manquera pas de frapper quiconque regarde honnêtement les faits, c’est la rapidité avec laquelle la nouvelle majorité s’est coulée dans les traces de ses prédécesseurs en renonçant complètement à tout programme de réforme sociale. Alors que les précédents gouvernements « de gauche » tentèrent toujours de faire passer les amères pilules de la « gestion loyale du capitalisme » (Blum) avec la promesse d’un avenir meilleur, il ne reste rien de tout cela dans le gouvernement actuel. On me dira qu’au fond c’est plus honnête. Sans doute. Mais comme en politique tout est affaire de symboles, il y a là quelque chose qui interroge. On sait que Hollande, un « bébé Delors », n’a jamais été socialiste dans quelque acception du terme que ce soit. Il a longtemps animé les « transcourants » favorables à une rupture franche avec la tradition et les références du passé socialiste. À peine élu président, il a affirmé qu’il n’était pas un président socialiste. Il n’y a plus l’ombre du souvenir d’un discours socialiste dans les propos des ministres et des bonzes du PS, y compris les « emmanuellistes » et autres prétendus représentants de la « gauche » du PS. Seul Filoche maintient la tradition, mais son influence au sein du PS est pratiquement insignifiante – son texte pour la défense des retraites n’a obtenu qu’à peine 6000 signatures.

 

Si l’on sort du purement symbolique, pour en venir à la politique pratique, on constatera que la social-démocratie a abandonné à peu près totalement le keynésianisme qui lui avait servi de substitut au marxisme depuis les années d’après-guerre. La régulation étatique et le compromis social (paix sociale moyennant des progrès des salaires et des conditions de vie des travailleurs) ne sont plus de mise. Si on présente souvent le keynésianisme comme une politique de la demande, et qui pour cette raison même peut entrer en résonnance immédiate avec les revendications des salariés, Jean-Marc Ayrault a eu l’occasion de préciser qu’il était, lui, partisan d’une « politique socialiste de l’offre » et, interrogé sur les mesures néolibérales de Thatcher et Reagan, il n’a rien trouvé d’autre à leur reprocher que leur « brutalité » (interview à France-Inter). On peut sans dommage ôter le mot « socialiste » et on a la politique d’Ayrault-Hollande, une politique reaganienne moins brutale que Reagan.  Ce sont eux qui le disent, pas de méchants calomniateurs mélenchonnistes !

 

Je sais bien que le keynésianisme n’est pas le socialisme et il me semble en effet qu’il est devenu une politique impraticable sans un affrontement sérieux avec le capital. Il reste que, du point de vue d’un parti qui se disait encore récemment le parti des salariés, ce changement radical de doctrine économique a une signification lourde : loin d’être un « parti réformiste » ou « social-démocrate », le PS s’affirme comme un pur et simple parti au service du capital financier, mettant en œuvre une politique pleinement adéquate avec les intérêts des possesseurs de ce capital. Ensuite il peut y avoir des nuances : le parti démocrate aux États-Unis n’est pas le parti républicain, mais quand on sait qui a massivement financé la première campagne d’Obama (Goldmann-Sachs, par exemple), on comprend bien que les divergences entre démocrates et républicains ne portent que la manière de défendre ces intérêts de classe-là mais nullement sur le fond politique. On le sait : c’est le SPD Schröder qui a porté les coups les plus durs à l’État social allemand et Merkel finalement en a profité et parfois a pu se payer le luxe de paraître plus « sociale » que son prédécesseur. Du coup, on apprécie mieux la réalité de la situation en France.

Entrons maintenant dans les détails. Mais pas trop ! Car pour saisir ce qui est en cause, il faut partir des grandes lignes qui dirigent la politique du pays et modèlent son avenir et non de telle ou telle mesure particulière qui, en elle-même, pourrait paraître judicieuse. Aucun gouvernement depuis 1944 n’a été absolument mauvais. L’horrible Mollet de la guerre d’Algérie est l’auteur de la 3esemaine de congés payés. Les acquis sociaux sous De Gaulle ne manquent pas et nous n’avons pas eu beaucoup de gouvernements plus « réformateurs » que le gouvernement Giscard-Chirac de 1974-1976 (IVG, droit de vote à 18 ans, généreuse indemnisation du chômage économique, etc.). Mais je crois qu’aucun d’entre nous n’aurait appuyé ou défendu un tant soit peu les gouvernements susnommés… Ce qui compte ce sont les lignes directrices, celles qui « fixent le cap » comme on aime à dire aujourd’hui. J’en retiendrai quatre.

 

La première direction concerne évidemment les relations entre les classes sociales, la vieille question des rapports de production qui permet de délimiter de quel côté du champ de la lutte des classes on se situe. Ici deux « réformes » essentielles, selon le gouvernement lui-même, retiennent notre attention.

 

La première est la réforme des relations entre salariés en employés issue de l’accord national interprofessionnel (ANI), signé par les « syndicalistes » (sic) de la CFDT, mais refusé par la CGT et FO. Cet accord permet aux patrons de licencier en contournant la justice prudhommale et en s’exonérant de « plans sociaux » qui pouvaient toujours être « retoqués » par un tribunal. C’est un grand pas en avant vers la flexibilité réclamée par le MEDEF et un coup sévère porté au Code du travail. Sur ce sujet je renvoie aux articles bien documentés de Gérard Filoche. En fait, c’est un accord de ce type que cherchait Sarkozy, mais pour des raisons de calculs politiques il n’a pu entraîner la CFDT qui avait déjà beaucoup donné et ne voulait pas se comprendre encore un peu plus avec la droite. En contrepartie de cette « flexibilité », les signataires de l’accord se sont engagés à offrir à tous les salariés une mutuelle complémentaire.  Ça tombe bien : ce gouvernement comme les précédents réduit continuellement le champ de ce qui est couvert par l’assurance-maladie (moins de 50% des dépenses aujourd’hui si on met de côté les hospitalisations et la longue maladie) et donc l’ANI complète cette orientation de privatisation de la sécurité sociale. Les « mutuelles » privées d’ailleurs l’ont bien compris qui multiplient les publicités pour prendre ce marché juteux.

 

La seconde « réforme » est celle des retraites qui n’est rien que le prolongement et l’aggravation des réformes de la droite en 2003 et 2010. D’ailleurs Larcher, ancien ministre du Travail et sénateur UMP l’a dit clairement : les socialistes ont validé notre réforme ! Augmentation des cotisations des salariés et non de celles des employeurs (puisque leur augmentation sera compensée par une diminution des cotisations au régime famille), recul de l’âge de la retraite. Ça paraît moins grave que le rapport Moreau et que ce que voulaient les plus décidés de la droite, mais ce radicalisme « libéral » est de la poudre aux yeux. Plutôt que de faire une révolution qui pourrait jeter tout le monde dans la rue comme en 1995, on procède progressivement : la machine à étrangler les retraites avance d’un cran tous les 3 ou 4 ans et chaque gouvernement apporte sa petite touche. Après avoir dénoncé la droite, les socialistes ont suivi la voie indiquée par Sarkozy et l’UMP.

 

La deuxième direction concerne l’école. Là encore, sauf les sourds, les aveugles et ceux qui ne savent pas lire, tout le monde reconnaît que la prétendue réforme républicaine de l’école initiée par Peillon est dans la ligne directe de la loi Fillon sur le « socle » et des réformes Chatel. Symboliquement, la loi Peillon n’est pas vraiment une loi nouvelle, mais une série d’amendements à la loi Fillon qui en préservent l’esprit et les grandes directions et souvent aggravent les choses en poussant les feux de la décentralisation, de l’autonomie des établissements, de la régionalisation et la communalisation de l’éducation nationale. Pour faire avaler la pilule, des recrutements d’adultes (et pas seulement et pas principalement de professeurs) ont été annoncés, mais ça n’empêche pas la machine à supprimer les postes de continuer de fonctionner à plein régime, même quand les effectifs augmentent. Par ailleurs, on met en place une nouvelle maquette des concours de recrutement qui diminue drastiquement la part des contenus disciplinaires au profit de ces charlataneries que l’on appelle « sciences de l’éducation » - s’il y avait une science de l’éducation, cela se saurait !

 

La troisième direction concerne la fiscalité. Là encore, c’est un bon marqueur des différences et des ressemblances. Et Hollande allait faire payer les riches ! Mais il n’en a rien été. Il s’est contenté de poursuivre le blocage de barèmes de l’impôt, initié par Sarkozy et, après l’avoir rejetée, a repris sous une forme un peu atténuée la hausse de la TVA. En s’attaquent au matraquage fiscal de Hollande, la droite est d’ailleurs mal placée car Hollande ne fait que poursuite le matraquage fiscal de son prédécesseur : à eux deux, en deux ans, ils ont prélevé 3% du PIB et le prochain budget en prélèvera 1,5% de plus (ce doit être ça la « pause fiscale »). Cazeneuve a déclaré : « la République, c’est l’impôt ! »  Il ne faut pas manquer de culot pour dire ça ! L’Ancien régime aussi, c’était l’impôt pour le peuple qui ployait sous son fardeau. Éventuellement, la République, c’est l’impôt juste ! Ce n’est pas exactement la même chose. Ayrault avait expliqué que « 95% des Français seraient épargnés par la hausse des impôts » : c’était un gros mensonge et il doit aujourd’hui annoncer que des mesures seront prises pour que les petits revenus ne soient pas trop pénalisés… Après la farce des taxations à 75%, toute idée de recréer de nouvelles tranches d’imposition pour les hauts et très hauts revenus à disparu. De même l’imposition des successions n’est pas touchée et les gros patrimoines pourront se transmettre aussi facilement que sous Sarkozy. Mais si on prend les détails, comme l’a fait avec beaucoup de précision Laurent Mauduit dans Mediapart, on voit que l’orientation suivie par Bercy est celle d’une contre-réforme fiscale qui vise à transférer la charge de l’impôts vers les salariés, les ménages, les familles et d’en décharger toujours plus les entreprises à qui il suffit de crier un peu ou de s’appeler « pigeons » pour que le gouvernement accoure les mains pleines de cadeaux fiscaux pour leur dire « je vous aime ». À l’attaque contre les « niches fiscales » familiales (la réduction d’impôt, très modeste d’ailleurs, pour les enfants qui poursuivent des études supérieures, le gouvernement s’est empressé de renouveler les juteuses niches fiscales de ses prédécesseurs dans le domaine immobilier : la loi Duflot promet d’importantes exonérations d’impôts à ceux qui investissent dans le logement locatif et les publicités expliquant comment ne pas payer d’impôts sur le revenu grâce à cette loi inondent l’internet. C’est en effet très simple : vous empruntez, vous investissez, vous faites payer vos remboursements en touchant des loyers et on vous dégrève. À la fin, on dispose d’un capital qui n’a pas coûté grand-chose. Bref ceux qui ont de l’argent pour faire les premières avances et qui présentent de bonnes garanties ramassent le pactole. On avait déjà cela avec les dispositifs De Robien, Besson et Sellier. Mme Duflot s’est mise à bonne école.

 

La dernière direction tout aussi importante concerne les institutions. Et ici encore, c’est la plus absolue continuité qui frappe. Monsieur « Moi, Président, je », avec une morgue imperturbable, réaffirme le « Führerprinzip » si caractéristique du sarkozysme. On me dira que ça ne marche pas bien, mais les « cacophonies » gouvernementales confirment négativement qu’il s’agit bien de maintenir coûte que coûte l’édifice vermoulu de la Ve République, avec son exécutif qui décide de tout et son Parlement croupion. La déconstruction du maillage républicain se poursuit : ainsi du projet sarkozyste du « Grand Paris » que les socialistes poursuivent sans état d’âme, réduisant les municipalités à des fantômes impuissants.

Je laisse de côté les opérations de diversion « sociétales ». Il faudrait s’intéresser à la diplomatie et analyser ce que le Monde Diplomatique d’octobre appelle la cinglante déroute de la diplomatie française en Syrie. Sarkozy avait eu la Lybie, Hollande voulait la Syrie – la propension des socialistes à s’engager dans les guerres coloniales et à s’agenouiller devant leur maître américain, reste un sujet d’étonnement même pour celui qui en comprend théoriquement les raisons déjà analysées en 1926 par Trotski dans  Europe et Amérique. En matière européenne, les rodomontades préélectorales n’ont pas tenu longtemps et Hollande a avalisé sans coup férir le plan Merkel-Sarkozy et le « mécanisme européen de stabilité ».

 

Je me contenterai de conclure en soulignant que je ne vois aucune différence sérieuse, stratégique, entre Hollande et Sarkozy et je crois avoir apporté suffisamment d’éléments à l’appui. Peut-être faut-il rectifier la formule « Hollande = Sarko+ ». Si on est gentil et si on oublie Manuel Valls, on dira que Hollande, c’est du « sarkozysme à visage humain ». Mais, à se moquer de toutes ces subtiles nuances, de plus en plus nombreux sont nos concitoyens et à force d’entretenir les illusions, de se refuser à appeler un chat un chat, on se prépare à des lendemains qui nous donneront la gueule de bois. Hollande, pour l’heure, a la chance d’avoir en face de lui une droite divisée, et qui a du mal à vraiment attaquer une politique qu’elle approuve en réalité – en général, les critiques de la droite se bornent à dire que Hollande ne va pas assez loin, ce qui veut bien dire que pour l’UMP il est dans la bonne direction ! Qui profite de cela ? Nous le savons bien, c’est Mme Le Pen et les vieilles ficelles de l’antifascisme ne marchent plus. Les électeurs de gauche dans plusieurs partielles sont passés assez largement du côté du FN après l’élimination du PS au premier tour. Il n’y a plus guère que la « upper middle class » … et le Front de Gauche pour persister à croire que la gauche existe encore et qu’elle est mieux que la droite. Il serait grandement temps de tourner la page, de laisser les morts enterrer leurs morts et de construire une nouvelle politique à la hauteur des enjeux auxquels nous sommes confrontés. On me dira : mais que peut-on faire d’autre ? que proposes-tu ? Mais tout d’abord, ce sont ceux qui ont le pouvoir et leurs amis qui doivent répondre de leur politique. Ensuite, s’il n’y a pas d’autre politique possible que celle de Hollande et Sarkozy, alors il faut cesser de parler de démocratie : la politique se réduirait simplement à des jeux de pression pour obtenir tel ou tel avantage pour soi-même ou sa corporation et les partis ne seraient plus que des systèmes clientélistes sans aucun projet, sans aucun programme, sans aucun idéal. Ceux qui défendent Hollande au nom du réalisme nourrissent directement l’abstentionnisme et l’aquoibonisme, le repli sur la vie privée et tous ces mauvais penchants qui corrompent le peuple et préparent l’avènement des démagogues.

 

Inversement, en partant d’une critique radicale du mode de production capitaliste, en montrant où se trouvent les racines de la crise qui n’est pas seulement une crise économique et sociale, mais aussi une crise morale profonde, en appelant au sursaut des consciences, en rappelant que nous ne sommes pas condamnés à nager dans les eaux glacées du calcul égoïste et qu’un autre monde est possible, on s’oppose efficacement à cette lente décomposition qui mine notre pays et l’Europe tout entière. Pour ceux qui veulent des éléments de programme, je ne peux que renvoyer aux nombreux articles publiés sur « La Sociale » ou à mon livre, Revive la République qui donne de nombreuses pistes.

Denis COLLIN – le 3 octobre 2013

Fernand Braudel, Grammaire des civilisations, Arthaud-Flammarion, 1987, p. 428

 

J’ai développé les raisons de cette transformation dans Le cauchemar de Marx (Max Milo, 2009).

Éditions JC Lattès 2001

Articles portant sur des thèmes similaires :

En quoi la vitesse devient-elle arme du capitalisme ? - 01/07/10

Émancipation et liberté - 18/02/10

Le fond de l'air est-il de droite? - 21/10/09

Sommes-nous en dictature "molle" mondialisée ? - 29/09/09

Appel pour le 3 octobre - 07/09/09

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Sarkozy n’est pas Le Pen - 01/01/06

La droite "moderne" est-elle révolutionnaire ? - 23/08/09

L'économiste Pragmatique - 25/10/08

 

http://la-sociale.viabloga.com/news/lettre-a-mes-amis-qui-croient-encore-a-la-gauche

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Une religieuse risque jusqu’à 30 ans de prison pour avoir manifesté contre une installation d’armes nucléaires.

16 Octobre 2013 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #L'OTAN.

Une religieuse risque jusqu’à 30 ans de prison pour avoir manifesté contre une installation d’armes nucléaires

Le juge de district rejette l’appel de Sœur Megan Rice, 83 ans, et deux autres militants, citant leur intention de « désarmer » Oak Ridge

Karen McVeigh
theguardian.com, Vendredi, 4 octobre 2013 11.57 EDT

Sœur  Megan Rice avant le début de son procès à Knoxville, Tennessee, en mai dernier.
Photograph: J Miles Cary/AP

Une religieuse catholique romaine octogénaire, emprisonnée pour être entrée par effraction dans un établissement d’armes nucléaires au Tennessee, risque jusqu’à 30 ans de prison après avoir perdu son appel à laisser tomber la charge la plus grave.

Sœur Megan Rice, 83 ans, et deux compagnons, militants de la paix, avait organisé une manifestation non-violente pour désarmer symboliquement l’établissement d’armes nucléaires d’Oak Ridge, l’endroit de fourniture le plus important du pays en uranium fortement enrichi, en juillet. Ils avaient initialement été inculpés pour s’être introduit dans une propriété privée, un délit punissable jusqu’à un an de prison, mais des charges de crimes ont rapidement suivi. Ils ont finalement été condamnés pour interférence contre la sécurité nationale et dommage de propriété fédérale.  

Cette semaine un juge a refusé une motion pour les acquitter d’interférer contre la sécurité nationale sous la section de sabotage du code criminel US, qui entraîne une sentence de prison plus grave jusqu’à 20 ans. Rice et ses deux compagnons, Greg Boertje-Obed, 57 ans, un charpentier, et Michael Walli, 68 ans,  un ancien combattant risquent maintenant 30 ans de prison, bien que le jugement du juge de district Amul Thapar dans le district est du Tennessee, suggère que leurs condamnations seront plus clémentes que le maximum autorisé.

Les trois se décrivent eux-mêmes comme  des « Transformer maintenant les charrues », un référence à un passage de la bible, Isaïe 2 :4, qui dit : « Ils frapperont leurs sabres en socs de charrues et leurs lances en ébranchoirs ; une nation ne lèvera pas son sabre contre une nation, et elles n’apprendront plus la guerre. »

Ils sont actuellement dans le centre de détention du comté d’Irwin en Géorgie, attendant leur sentence.

Dans son jugement refusant la motion dite Règlement 29, Thapar écrit ; Les accusés ont le droit à leurs opinions concernant la moralité d’armes nucléaires. Mais les croyances morales sincères des accusés ne sont pas une carte de non emprisonnement qu’ils peuvent déployer pour échapper à la responsabilité pénale. »

Bill Quigley, un professeur de droit à l’Université Loyola de New Orleans qui travaille pro bono pour les trois, a dit “tout le monde est désappointé » par cette décision. « Nous croyons vraiment fortement qu’ils n’ont rien fait qui pourrait être considéré comme un sabotage ou une violation de la sécurité nationale des US. Le ministère public admet que la sécurité nationale n’a pas été endommagée. Leur théorie est que même si elle n’ pas été endommagée, ils avaient l’intention de le faire.

Cependant, il a dit qu’il a apprécié la reconnaissance du juge que la nature non violente des manifestants et leur caractère seraient pris en considération pour la sentence.   

Le New York Times a décrit l’entrée par effraction  comme «  la plus grande violation de la sécurité » dans l’histoire atomique de la nation.

Les manifestants expliquent que bien qu’ils soient entré dans l’usine avec l’intention de causer quelques dommages symboliques, y compris peindre des slogans sur les bâtiments, leur comportement non violent et leurs natures pacifiques ne pouvaient pas être interprétés comme essayant d’interférer avec la défense nationale. Ils argumentent qu’aucun jury raisonnable n’aurait pu trouver une intention de faire du mal, que le gouvernement n’a prouvé la moindre intention et que leurs actions non-violentes n’ont en réalité pas porté atteinte à la défense nationale.

Cependant, dans son jugement datant du 1eroctobre, le juge cite des communications téléphoniques des accusés pendant qu’ils étaient en garde à vue, y compris une où Rice disait que les trois étaient entré dans Y-12 pour « commencer le travail du désarmement » ; Thapar prétend que ceci était une preuve qu’ils agissaient pour contrecarrer la mission de l’usine de stocker et d’enrichir l’uranium. La mission, dit-il, se situait parmi « des activités de préparation nationale ».  

A un endroit du jugement, le juge se réfère à l’accusation de sabotage et pose la question : « Et quoi au sujet du fait de la non violence de l’accusée – cela a-t-il du sens d’agir aussi sévèrement avec des manifestants non violents qu’avec des saboteurs étrangers ? » Il conclut que le tribunal doit interpréter le statut criminel par ses termes et « et ne peut pas façonner cas par cas des exceptions d’accusés sympathiques ». Il continue en disant que la non violence des accusés sera prise en compte dans la sentence.

Le tribunal doit tenir compte à la fois de la « nature et des circonstances du délit et de l’histoire et des caractéristiques » des accusés, dit-il. Il a aussi rejeté la motion « Règlement 33 des accusés, qui demandait un rejugement basé sur le délit mineur du ministère public.

Ralph Hutchinson, coordinateur de l’Alliance de paix environnementale d’Oak Ridge a dit qu’il était désappointé mais non surprise par le jugement. Il a dit qu’il avait parlé avec Rice après le jugement et qu’elle lui a dit : « Nous allons bien, nous allons bien, tout va bien. »

Ralph Hutchinson a dit : « Nous ne nous attendions pas à ce que le juge se montre à la hauteur de la situation. Le juge a dit pourtant, qu’il se sentait contraint par le langage technique de la loi et a suggéré qu’il n’allait pas être trop sévère en condamnant.

 

La condamnation est prévue pour le28 janvier de l’an prochain. 

J’ajoute ce commentaire  (ER) qui semble expliquer « le délit » ;

« Ces trois personnes très paisibles ont utilisé des pinces coupantes pour arriver au building principal du Y-12 où nous traitons nos armes nucléaires, elles ont écrit des slogans sur les murs, elles ont trouvé un garde sous contrat, endormi dans son camion, l’ont éveillé et ont dit « nous venons d’entrer par effraction et avons écrit des slogans sur les buildings, vous feriez mieux de nous arrêter ».

Cette sécurité au sommet de ces clowns a été contrecarrée par une vieille nonne de 80 ans et deux de ses vieux amis. Ces trois doivent être punis pour embarrasser une défense nucléaire sous contrat, pénétrable par des enfants du jardin d’enfants.

 

http://www.theguardian.com/world/2013/oct/04/nun-protesting-nuclear-weapons-denied-appeal

 

 

 

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Débat de rue sur l'Union Européenne. "L'Union Européenne, l'Euro, et si la France en sortait ?" Animation de rue par les militants du M'PEP 77. Le blog d'Eldiablo.

16 Octobre 2013 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Europe supranationale

Débat de rue sur l'Union Européenne

Le samedi 12 octobre 2013, une partie se sont déplacés dans les rues de Melun pour animer un débat autour de la question

 

"L'Union Européenne, l'Euro, et si la France en sortait ?".

 

Comme nous l'avions déjà expérimentée à plusieurs reprises, nous avons utilisé la technique du "porteur de paroles" pour aller à la rencontre de ceux qui ne viennent jamais dans les salles, qu'on ne voit jamais dans les débats publics.

 

La technique est simple : nous nous installons sur une place avec une question écrite en gros sur un panneau coloré. Puis nous affichons les réponses des passants (s'ils le veulent bien) à partir des entretiens que nous menons avec eux.

 

L'initiative a été comme à chaque fois, très bien reçue par des passants qui ont davantage l'habitude d'être alpagués par des militants et leur attirails (drapeaux, badges, tracts etc.)... qui n'ont pas l'habitude d'être invités à exprimer leur point de vue, mais plutôt qu'on tente de leur en imposer un.

 

Cela n'a pas empêché les militants du M'PEP de développer leurs analyses et propositions, et chaque personne rencontrée est repartie avec un tract qu'elle prendront le temps de lire confortablement chez eux. 

UE-rue1.jpg

 

 

En moins de deux heures nous avons mené une vingtaine d'entretiens très intéressants avec des jeunes, des vieux... des personnes de toutes professions, beaucoup de gens issues des classes populaires. 

 

Cette expérience nous a donc permis de constater deux choses :

 

- la technique du porteur de parole est efficace et permet de toucher un public qui a des choses à dire, mais qui ne se déplace pas dans les réunions publiques,

 

 

- mais surtout que l'idée de la sortie de l'Union Européenne est, comme nous le pressentions, en train de monter très fortement dans l'opinion publique comme un passage obligé pour reprendre en main notre destin et sortir le pays de la mouise (même si la sortie de l'Union Européenne n'est pas une fin en soit).

 

Les idées du M'PEP font donc leur chemin, et ceux qui à gauche comme à droite nous expliquent que "sortir de l'euro et de l'Union Européenne nous conduiraient à la catastrophe"... sont de moins en moins crédibles au regard des classes populaires notamment.

 

Malheureusement, à ne pas vouloir rompre avec ce pilier de la mondialisation néolibérale qu'est l'Union Européenne, la gauche laisse un boulevard au Front National qui peut surfer tranquillement sur la vague du mécontentement général, bien perceptible lui aussi cet après-midi.

UE-rue2.jpg

 

Source : M'PEP Seine-et-Marne

 

http://www.communcommune.com/article-debat-de-rue-sur-l-union-europeenne-120613001.html

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Baby Loup : le parquet s'oppose à l'arrêt de la Cour de cassation sur le licenciement de la salariée voilée. Le blog de Caroleone.

16 Octobre 2013 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La Laïcité

Baby Loup : le parquet s'oppose à l'arrêt de la Cour de cassation sur le licenciement de la salariée voilée

Publié le 16 Octobre 2013

Un article du monde à lire en lien ci-dessous :

 

Fait rare dans une procédure judiciaire, les magistrats du parquet de Paris vont s'opposer à l'arrêt de la Cour de cassation dans l'affaire Baby Loup – qui avait annulé en mars le licenciement de la salariée voilée de la crèche – , selon une information du Figaro .Cette salariée, de retour d'un congé maternité, avait annoncé son intention de garder son foulard au travail contre l'avis de la directrice de la crèche. L'affaire revient jeudi 17 octobre devant la cour d'appel de Paris.

 

Merci à Michèle des bois et JB

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Message d'Yves Cimbolini à sa hiérarchie où il explicite son refus de posséder des actions gratuites d'EDF.

16 Octobre 2013 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #"Comité pour une Nouvelle Résistance-CNR".

MR Yves CIMBOLINI

Agent technique exploitation

RTE -TESE

GET Cote d’Azur

MR Pierre GADONNEIX

Président Directeur Général

EDF

Objet : Tombées du camion

 

Mr le président,

Vous n’êtes pas sans  savoir que les industries électriques gazières telles que nous les avons connues jusqu' alors on été crées en 1946 et qu’elles sont l’émanation du Conseil National de la Résistance, dont le programme du 15 mars 1944 prévoyait entre autre la nationalisation des grands moyens de production.

Je vous rappelle que les membres de ce conseil ont prouvé plusieurs fois leur attachement aux valeurs de la nation tout d’abord pendant l’occupation en s’engageant dans la résistance, mais aussi après guerre. En effet le programme  visionnaire du Conseil National de la Résistance prévoyait, notamment à travers la nationalisation des grands moyens de production, de doter la France d’un outil industriel sans précédent à la pointe du progrès dont nous en  profitons encore les bienfaits.

 

Compte tenu de cela, je pense pouvoir affirmer que l’entreprise EDF appartient à la nation et qu’elle en est la propriété insaisissable (c’est même écrit sur ses compteurs)

                                   

Vous comprendrez donc l’ampleur de ma surprise,  à la réception  d’un courrier m’indiquant que des actions EDF gratuites me seraient données prochainement.

 

Comment peut-on me donner une partie de ce qui fait partie du bien public ?

 

Comment puis-je accepter cela sans me transformer en receleur ?

 

 Croyez moi,  je me suis longuement posé la question (pas si longtemps que ça en fait), et j’en ai facilement déduit que je ne pouvais accepter ces actions.

Accepter ces actions c’est accepter un système que je combat.

Accepter ces actions qu’elles soient payantes ou gratuites équivaut pour moi, à

trahir ceux qui dans une période très difficile de notre histoire, ont œuvré au péril de leur vie, et qui l’ont même perdue parfois, afin que nous vivions dans une société meilleure.

 

Je pense à Jean MOULIN, George BIDAULT, Louis SAILLANT, mais aussi Marcel PAUL, et tous les résistants et syndicalistes qui ont su défendre nos libertés. Je ne peux me résoudre à conclure leur action par un acte purement mercantile.

Il y a quelques temps, j’ai écrit à mon directeur de sous unité pour lui demander de prendre des mesures afin que ma messagerie ne soit plus encombrée par des messages ayant attrait à l’actionnariat salarié, qui sous cette forme libérale ne peut être qu’un leurre, voire à terme une escroquerie pour les agents.

 

Ma jeunesse je l’ai vécue dans  un quartier plus proche de la cour des miracles que de Neuilly, dans un appartement de vingt mètres carrés au maximum,  avec pour loisir principal la rue et son lot de surprises. Pourtant grâce à mes parents ouvriers, j’y ai appris, que l’on ne gagne pas sa vie sur le dos des autres, que voler n’est pas gagner,  que tout doit se mériter.

Pendant les dix huit mois que j’ai passés en école de métier, plus exactement à la Pérollière, au-delà du métier passionnant que j’ai appris, grâce au contact des anciens, j’ai acquis ou confirmé certaines valeurs sociales qui m’animent encore aujourd’hui, qui se traduisent entre autre par un attachement sans concession au service public.  

 

 Je vous informe qu’en 2004 si j’ai fait plusieurs jours de grève pour défendre l’entreprise intégrée dans l’intérêt des usagers, ce n’est pas pour participer aujourd’hui à son morcellement matérialisé par des actions, qu’elles soient faites de papier recyclé ou non.

Je réside dans la région niçoise et pour ce qui est des confettis nous avons tout ce qui faut lors du carnaval. Le dernier jour nous nous payons même le luxe de bruler le roi. 

Je vous demande donc Mr le directeur de remettre ces actions où elles étaient, et de ne plus essayer de me tenter. Toute nouvelle tentative sera vouée à l’échec donc ne gaspillez plus le précieux temps du service public en le détournant pour ce genre de choses.

Enfin considérant qu’un peu d’histoire ne fait du mal à personne je vous joins le programme du Conseil National de la Résistance. Je vous invite à le lire, vous verrez il est vraiment d’actualité, d’ailleurs il ne parle pas que des IEG, il parle aussi, entre autre, des retraites, de la sécurité sociale, bref tout ce qu’aujourd’hui les partisans du monde libéral s’acharnent à détruire, faisant abstraction du sacrifice de nos anciens et de l’avenir de nos enfants. Comme la lettre de Guy MÔQUET il mériterait d’être lu et commenté dans nos écoles.

Au fait Mr le président savez vous qui est à l’origine de cette phrase « ce que vous nous prenez aujourd’hui,  nous vous le reprendrons  demain au centuple » ? 

C’est un patron revanchard, qui avait la défaite amère lors de la nationalisation des IEG.

Le temps de la revanche aurait il sonné ? Peut être…..Dans ce cas là nous pouvons espérer car le temps de la reconquête n’est plus très loin.

 

 

En vous écrivant cette lettre je suis conscient que je  prends des risques. Le risque de vous déplaire (je plais toujours à ma femme ça me suffit), le risque de vous mettre en colère (je ne suis pas inquiet mon bureau n’est pas à coté du votre), enfin, le risque de ne pas être compris (c’est celui qui me gène le plus, mais bon,  faudra faire avec).

En fait, ce sont vraiment de petits risques, comparés aux risques pris par ceux qui nous ont montré l’exemple ?

Après tout qui ne risque rien n’a rien.

Dans l’attente de vous lire peut être bientôt, je retourne à mes actions……celles de la rue bien entendu, elles rapportent plus sur le court et le long terme.

Avant de vous quitter Mr le Président, et en toute humilité, je me permets de vous faire une petite suggestion qui vous aidera dans votre quête effrénée du bonheur des agents.

 Au lieu de leur donner des actions dont la valeur est incertaine et sujette à fluctuations je vous propose de faire un geste fort en augmentant leur pouvoir d’achat à travers leur salaire (n’hésitez pas c’est une valeur sure) et leur évolution de carrière. Des négociations sont en cour profitez en n’hésitez pas à vous faire entendre on pourra même vous donner un petit coup de pouce.

Je vous prie d’agréer Mr le Président l’expression de mes respectueuses salutations. 

 

                                                                                                               MR Yves CIMBOLINI

 

                                                   Membre CGT de la commission secondaire de TESE-RTE

                                                   Délégué du personnel au GET Côte-d’Azur

 

Et avant tout Citoyen !

 

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Le jeudi 17 octobre 2013 à 18h, l'association "Comité pour une Nouvelle Résistance-CNR" propose une projection/débat sur la privatisation d'EDF.

16 Octobre 2013 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #"Comité pour une Nouvelle Résistance-CNR".

 

 

N'oubliez pas le rendez-vous du jeudi 17 octobre 2013 à 18h. Il portera sur la privatisation d'EDF !

Lieu : Le Court-Circuit Café,

4 Rue Vernier à NICE.

 

 

 

Savez-vous qu'il existe un métier prometteur et plein d'avenir ? Il s'agit de courtier en électricité. Son rôle est de spéculer sur le prix du KW en organisant la pénurie afin de faire des affaires en bourse.

 

En PJ vous trouverez le message d'Yves Cimbolini à sa hiérarchie où il explicite son refus de posséder des actions gratuites d'EDF.

 

C'est un acte fort de Résistance !!!

 

 

Le jeudi 17 octobre 2013 à 18h, l'association "Comité pour une Nouvelle Résistance-CNR" propose une projection/débat sur la privatisation d'EDF.

 

 

Bonjour à tous.

Nous fêtons cette année le 70° anniversaire de la création du Conseil National de la Résistance par Jean Moulin le 27 mai 1943 à la rue du Four à Paris. Dans les jours sombres de notre histoire, des hommes courageux, les yeux remplis d'étoiles, ont décidé au péril de leur vie, de bâtir une société plus juste et plus égalitaire. Le programme du CNR adopté le 15 avril 1944 proposait cette utopie: "Les Jours Heureux". Tout cela deviendra réalité avec les fameuses ordonnances de 1944, 1945 et 1946 qui bâtirent le modèle social français auquel nous sommes tous très attachés.

Cet attachement viscéral dépasse et de loin les clivages politiques. Il n'y a guère que les fameux 1¨% profitant de la dérégulation généralisée pour s'y opposer. Ils s'emploient à décrire ce modèle social comme obsolète. Ces gens-là ont tous les pouvoirs. Ils sont capables de dicter leurs volontés aux hommes politiques de droite comme de gauche. Ils imposent les différentes régressions aux différents gouvernements, qu'ils soient de droite ou de gauche. Ils veulent réduire la France et l'Europe tout entière en un vaste champ de ruines où ils peuvent jouir sans entraves des bienfaits de la mondialisation libérale. C'est la fameuse parabole du "Renard Libre dans le Poulailler Libre". Le philosophe des lumières, l'humaniste Jean-Jacques Rousseau, disait déjà dans le "Contrat social" : C'est la liberté qui oppresse et c'est la loi qui libère".

La dictature de la dette, conduit à tout sacrifier sur l'autel de la finance prédatrice. La sécurité sociale, les retraites, le droit du travail, les entreprises publiques, l'hôpital public, la santé, l'école publique, l’université, la recherche publique, etc..., tout doit passer sous contrôle des grands monopoles privés. Ces gens-là se réjouissent déjà de ce nouvel eldorado. "Ami entends-tu le cri sourd du pays qu'on enchaîne". "Ami entends-tu le vol noir des rapaces sur tout ce qu'on aime".

Il est temps d'ouvrir les yeux. Il est temps de lever la tête. Il est temps de combattre la barbarie. Il est temps de redevenir humaniste. Il est temps de RESISTER !

 

 

La soirée se décompose ainsi :

1° Partie :Projection du film de Gilles Balbastre sur la privatisation de EDF.

2° Partie : Le débat sur la défense du service public de l'énergie mis en place à la libération par le ministre communiste Marcel Paul.

 

Complément nécessaire pour la deuxième partie :

La nationalisation de cette entreprise a été réalisée à la libération sous la direction du ministre Marcel Paul. Il a mis en application,dans la France dévastée et ruinée d'après-guerre, le programme du Conseil National de la Résistance. Voici deux phrases de ce texte important sur ce sujet :

" Une organisation rationnelle de l'économie assurant la subordination des intérêts particuliers à l'intérêt général et affranchie de la dictature professionnelle",

"Le retour à la nation des grands moyens de production monopolisée, fruits du travail commun, des sources d'énergie, des richesses du sous-sol, des compagnies d'assurances et des grandes banques."

Mais depuis les années quatre-vingt, l'ultralibéralisme est devenu la doxa dominante. On pouvait prévoir ces dérives depuis le début. En particulier depuis la signature par messieurs Jospin et Chirac à Barcelone en 1998 du texte européen sur l’ouverture à la concurrence du secteur de l’énergie. Ils ont acté à ce moment-là, la libéralisation du marché de l'électricité en France, conformément aux intérêts financiers qui ont créé « l'Union Européenne » et qui la dirigent depuis toujours pour le plus grand bonheur des transnationales.

La distribution d'électricité doit être une marchandise rentable pour les actionnaires. Le service public n'est plus, place maintenant aux profits gigantesques pour les délinquants de la finance.

Malgré cette forfaiture signée dans la capitale de la Catalogne, le doute pouvait encore subsister tellement les promesses émanant des « europiomanes » ont souvent été ignorées, voire prises à contre-pied. Mais l'intérêt supérieur des marchés est une obligation qu'il faut respecter et imposer !

EDF va devenir peu à peu une entreprise au service des capitaux privés. Peut-être passera-t-elle bientôt comme France Télécoms avant elle, et comme la Poste plus récemment, sous le statut juridique d'une société anonyme où tout est fait pour augmenter le profit des actionnaires. L'usager se transforme peu à peu en client qu'il convient de dépouiller chaque jour un peu plus.

C'est vrai que les bienfaits de l'économie de marché ne nous apparaissent pas clairement. Nous sommes trop attachés aux valeurs archaïques d'un autre temps. Pour nous, seuls les services publics sont garants de l'intérêt général.

La nécessité d'augmenter les tarifs d'électricité est un impératif pour les ultralibéraux. Selon les instances européennes, les tarifs régulés constituent une distorsion de concurrence à l'égard des autres opérateurs du marché. Vendre aux usagers le kilowatt au prix de revient devient un crime. Ce beau monde doit s'enrichir allègrement sur le dos des clients que nous devenons. Pour y parvenir la loi NOME a été mise en place.

Un parallèle intéressant : La CALIFORNIE. La privatisation de l'électricité aux USA sous Ronald Reagan (ancien gouverneur de la Californie avant de devenir Président des USA...) est abordée dans le film projeté. Le président a dit dans son discours d'investiture devant le congrès:"... l'Etat n'est pas la solution, c'est le problème!...". Les prédateurs ont eu les mains libres !

Le mode opératoire des adeptes de l'économie de marché est maintenant bien connu : Privatiser, Organiser la pénurie, Augmenter les prix, Organiser le racket et le pillage.

Mais il faut rappeler que les services publics constituent l'un des moyens essentiels d'exercice des droits fondamentaux. Ils doivent être organisés par l'état qui est le garant de l'intérêt général. Cela permet l'égalité de traitement sur l'ensemble du territoire national. Ils sont le moyen essentiel que se donne la puissance publique :

·       Pour réguler le marché

·       Pour conduire des politiques pour la protection de l'environnement

·       Pour concourir à un développement économique et social harmonieux sur tout le territoire (aménagement du territoire)

·       Pour garantir l'égalité de traitement sur tout le territoire national. C'est l'exemple de la péréquation tarifaire.

Le Conseil National de la Résistance a fait inscrire dans le préambule de la constitution de 1946, la phrase suivante, reprise dans le préambule de la constitution actuelle : « Tout bien dont l'exploitation a le caractère d'un monopole de fait, doit devenir la propriété de la collectivité. ».

En fait la privatisation des services publics relève plus d'une décision dogmatique (économie de marché) que rationnelle. Les différentes privatisations vont coûter très cher en termes financiers, politiques, écologiques et sociaux à la collectivité. Il nous appartient de nous mobiliser contre ce pillage en règle de notre patrimoine commun.

Bien cordialement

Lucien PONS Président de l'association "Comité pour une Nouvelle Résistance-CNR".

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Pourquoi l'extrême droite semble être une solution en Europe et particulièrement en France.

16 Octobre 2013 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #"Comité pour une Nouvelle Résistance-CNR".

La déroute de la gauche aux différentes élections partielles doit nous interroger. La dernière en date, l’élection nette dimanche 13 octobre 2013 d’un conseiller général Frontiste dans la ville de Brignoles, interpelle beaucoup de personnes. L’union sacrée du « Parti Maastrichtien Unique », le PMU selon une expression de Georges Gastaud, n’impressionne plus le peuple. L’entêtement européiste de l’UMP et du PS produit un effet désastreux. A cause de cette stupide posture, s’installe dans les esprits, les idées dangereuses de l’extrême droite. D’ailleurs dans tous les pays soumis à la dictature de l’Union Européenne on constate que l’austérité imposée par la politique suicidaire de Bruxelles fait monter mécaniquement la droite extrême. Dans le laboratoire ultralibéral que constitue la Grèce, la troïka peut être fière d’avoir l’appui du parti nazi « Aube Dorée » !

Le bras armé de cette politique du désastre est l’Euro, monnaie unique. Celle-ci est confié à une banque centrale indépendante, chargée, comme dans les années trente en Allemagne, d’assurer la réduction des déficits. Cette politique a permis l’accession au pouvoir d’Hitler, il est quand même invraisemblable que nos décideurs ignorent à ce point l’histoire pour nous rejouer la prise de pouvoir du fascisme en Europe.

Il est nécessaire de revenir à ces fondamentaux, c’est pourquoi je vous livre quelques pistes de réflexion sur ces années qui ont précédé le grand désastre.

Bien cordialement.

Lucien PONS

 

La Cagoule - Une tentative fasciste de prise du pouvoir (vidéo 53'54) :

 

http://mai68.org/spip/spip.php?article6113

La Cagoule, enquête sur une conspiration d'extrême droite.

Vidéo ARTE et FR3 de William Karel publiée en 1996

1936, c'est à l'entreprise que tout se joue! Le blog de Michel Peyret.

1936, c'est à l'entreprise que tout se joue! On a parlé de "contagion" disent les auteurs. Le mot ne suffit pas à expliquer le phénomène. (…) Tous ces éléments jouent leur rôle dans la généralisation…

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Etudier et dénoncer l'attitude des patrons pendant l'Occupation [un article d'Annie Lacroix-Riz.                                           http://lucien-pons.over-blog.com/article-etudier-et-denoncer-l-attitude-des-patrons-pendant-l-occupation-un-article-d-annie-lacroix-riz-119920497.html(Sur le blog, consultez la rubrique : Histoire ).

Sébastian Haffner - De Bismarck à Hitler, une histoire du Reich allemand. Le blog "La lettre volée".

Sébastian Haffner - De Bismarck à Hitler, une histoire du Reich allemand L'Allemagne c'est ce voisin battu en 1945 non sans nous avoir battus en…

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