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Le blog de Lucien PONS

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Affaire Baby Loup. L’arrêt de la Cour de cassation encourage la discrimination envers les laïques et les non-croyants, et restreint leur liberté d’entreprendre. Article de Catherine Kintzler.

24 Mars 2013 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La Laïcité

Par Catherine Kintzler
Auteur de "Qu'est-ce que la laïcité", publié chez Vrin, 2007.


Afficher cet article dans son contexte d'origine (source : http://www.mezetulle.net/artic...)

L’arrêt de la Cour de cassation dans l’affaire de la crèche Baby Loup1 fait grand bruit et les laïques l’accueillent comme un coup sur la tête. Il y a en effet de quoi s’indigner. Mezetulle n’hésite pas à parler d’encouragement à la discrimination envers les laïques et les non-croyants ainsi que d’une forme d’inégalité entre les entreprises.

Au-delà de son aspect choquant et à cause de lui (car les magistrats en principe ne font que dire le droit), cet arrêt pose des questions très intéressantes sur la constitution du concept de laïcité et pointe des lacunes dans le droit du travail, lacunes qu’il n’appartient pas au juge de corriger mais que le législateur serait fautif de laisser en l’état.
En France, sous certaines conditions, on a le droit de créer une entreprise à caractère confessionnel, mais on n’a pas le droit, sous les mêmes conditions, de créer une entreprise qui entend faire valoir le principe de neutralité religieuse en son sein. Voilà ce que nous apprend l’arrêt de la Cour de cassation. Un petit enfant a le droit, dans une crèche privée, d’être soumis à des manifestations religieuses de la part du personnel, mais ses parents n’ont pas le droit de réclamer la neutralité pour lui, mieux : ils n’ont même pas la possibilité de trouver une crèche privée qui par son règlement le mettrait à l’abri de ces manifestations. Plus généralement, un croyant voit ses droits à la manifestation religieuse respectés au sein de son entreprise, mais un non-croyant a le devoir de subir ces manifestations sans pouvoir obtenir un moment et un lieu de retrait où il en serait préservé. La liberté de conscience se restreindrait-elle à la liberté religieuse ?

Avant de monter sur nos grands chevaux tentons de voir en quoi cet arrêt pose des questions très intéressantes sur la constitution même du concept de laïcité. La lutte en faveur de la courageuse crèche de Chanteloup les Vignes et de son exemplaire directrice Natalia Baleato ne s’en trouvera que mieux soutenue et alimentée2 .


1 - Le champ d’application du principe de laïcité en tant que principe organisateur de la cité


Le principe de laïcité, en tant que principe politique, concerne le domaine de l’autorité publique, le champ de constitution et de maintien des droits. Il s’applique donc à ce qui participe de cette autorité et de la sphère de constitution des droits. En vertu de ce principe, les institutions, les services, les activités et les administrations d’Etat ainsi que ceux des collectivités locales sont laïques : les manifestations et signes religieux y sont prohibés. La loi de mars 2004 a inclus les élèves des écoles publiques dans cette obligation de réserve et de discrétion.

En conséquence, ce principe ne s’applique pas dans le reste de la société. C’est ce que j’ai appelé la société civile dans maint article publié sur ce blog et ailleurs. Les manifestations religieuses sont donc libres, encadrées par le droit commun, dans ce qu’on appelle parfois l’espace privé lequel comprend aussi l’espace social accessible au public (la rue, les commerces, les magasins, etc.). J’ai mille fois exposé cette distinction et les dérives qui en résultent lorsqu’elle est négligée ou bafouée pour me sentir dispensée de la détailler davantage ici.
Baby Loup n’est pas une crèche publique, mais une entreprise privée. L’application éventuelle du principe de laïcité à son personnel ne saurait donc s’y justifier par un statut de droit public. Il faut que son application se justifie par une autre voie. C’est ce que rappelle, entre autres, l’arrêt de la Cour de cassation. A ma connaissance, cela n’a jamais été contesté par personne.


2 - Les entreprises privées peuvent afficher des caractères particuliers et des « tendances »


Cela dit, une entreprise privée peut adopter des règles particulières en son sein, par exemple consignées dans un règlement intérieur, notamment en raison de la nature de son activité. Elle peut exiger de ses employés un certain « profil », y compris une tenue vestimentaire, une présentation extérieure, pourvu que cela ne contrevienne pas par ailleurs au droit commun. Par exemple elle peut déclarer qu’elle entend promouvoir une « tendance », notamment confessionnelle.

Une entreprise privée comme une crèche, une maison de retraite, une institution pour personnes dépendantes ou handicapées, peut donc revendiquer ce caractère particulier, si le droit commun est respecté et en avançant la nature de son activité : fournir aux personnes dont elle a la charge ou auxquelles elle s’adresse l’environnement confessionnel qu’elles sont en droit d’attendre d’elle. Si j’inscris mon enfant dans une crèche confessionnelle, j’ai la garantie que ma religion y sera observée et que mon enfant sera environné par un climat éducatif lié à ma religion. C’est ma liberté ; c’est aussi la liberté d’entreprendre. Une entreprise privée confessionnelle a conséquemment le droit de sélectionner son personnel sur des critères particuliers, clairement définis - par exemple un incroyant militant affiché n’a guère de chance d’y être embauché, ou une personne qui y travaille peut être l’objet de mesures disciplinaires - cela peut aller probablement jusqu’au licenciement - si elle contrevient délibérément et ouvertement à ce caractère particulier. Autrement dit, dans une entreprise dite de tendance, la discrimination envers les employés est de principe et n’est pas contraire au droit.


3 - La laïcité peut-elle être présentée comme une « tendance » ou une particularité ?


Une question qui se pose alors est la suivante. Une entreprise peut-elle se déclarer de tendance laïque à l’instar de celles qui se déclarent de telle ou telle tendance confessionnelle ?
La Cour de cassation, d’après ce que j’ai pu comprendre, répond négativement ou du moins invite à répondre négativement, ou exclut cette option - peu importe : c’est non. C’est dire notamment que la laïcité n’est pas une tendance. Ce qui est vrai ! une république laïque, en imposant la laïcité dans ses services, administrations et institutions, n’impose effectivement aucune orientation ou tendance particulière ni aux citoyens ni aux personnels qui exercent dans ces divers services, administrations et institutions. Et c’est ce que les laïques, y compris moi-même, ne cessent de répéter : la laïcité n’est pas un courant philosophique particulier, c’est une règle de l’association politique organisant la coexistence des libertés.  En ce sens elle ne saurait constituer un courant de pensée comparable à d’autres (différence notoire avec la conception belge de la laïcité par exemple).
Cette décision de la Cour de cassation oblige donc les militants laïques à affronter la définition fondamentale de la laïcité, en tant qu’elle est d’abord une règle de l’association politique et non pas un courant de pensée particulier.

La question devient alors : est-il possible revendiquer le principe de laïcité de manière privée ? Juste une remarque en ce point de l’argumentation : il est clair que si une entreprise revendique l’application de ce principe, elle ne le fait qu’à des fins non-discriminatoires, notamment afin de pouvoir accueillir ses clients sans distinction de religion. Ce que fait précisément la crèche Baby Loup. Il est donc singulier de voir qu’on lui reproche un acte de discrimination : car c’est précisément pour assurer la non-discrimination à l’égard de ses usagers et des enfants dont elle a la charge qu’elle réclame de son personnel un minimum de discrétion en matière d’affichage religieux. Mais revenons à la question.


4 - Peut-on revendiquer et appliquer le principe de laïcité de manière privée ? Le principe de laïcité est-il un monopole d’État ?


La laïcité fait partie des obligations de l’État et des collectivités publiques dans leurs diverses fonctions et activités. Cependant, la laïcité n’étant pas une propriété qui demande un exercice en monopole d’État (comme par exemple la juridiction, la police, le port d’armes, le droit de battre monnaie, le droit de lever l’impôt, le droit de priver quelqu’un de liberté) je ne vois pas pourquoi une association ou une entreprise ne pourrait pas se déclarer laïque, s’astreindre volontairement à cette règle d’abstention, et revendiquer pour son propre compte l’application du principe de laïcité en son sein, du moment bien sûr qu’elle ne prétend pas étendre cette application à l’espace civil accessible au public. A ma connaissance Baby Loup n’a jamais demandé à personne de s’abstenir d’une signalisation religieuse ailleurs que dans ses locaux et autrement que pendant le temps du service, et elle ne l’a fait qu’à l’égard de son personnel, jamais à l’égard de ses clients-usagers.

Si une entreprise privée décide en son sein et pour son personnel d’appliquer des règles en vigueur par ailleurs dans certains services de l’État, du moment que ces règles n’ont pas un caractère de monopole et qu’elles se justifient par la nature de son activité, commet-elle une infraction ? Si une entreprise privée se crée sur le modèle d’institutions ou de services par ailleurs pratiqués par la puissance publique mais qui ne demandent aucun monopole public pour s’exercer (comme par exemple une école, un hôpital, une université, un, théâtre, un musée privés), si elle y applique les mêmes principes que la puissance publique (par exemple la même tarification, ou … la laïcité), s’arroge-t-elle indûment une propriété exclusive de l’État ? La laïcité est certes et d’abord une obligation absolue de l’Etat, mais est-elle pour autant une exclusive publique telle que si quelqu’un veut l’appliquer dans un cercle privé clairement défini et avec des motifs pertinents, il commet une usurpation ? Commet-il un abus de pouvoir, une restriction de liberté à l’égard de ses employés ou de ses usagers3 ? En va-t-il de la laïcité dans une institution privée destinée à la petite enfance ou à l’éducation comme des trois couleurs du drapeau français qu’on n’a pas le droit d’utiliser seules sur un document privé ?


5 - Y aurait-il des entreprises moins libres que d’autres ? Qui exerce la discrimination religieuse ?


Avec l’évolution récente de l’affaire Baby Loup, on est devant le paradoxe suivant. Une entreprise de tendance confessionnelle peut refuser d’embaucher ou même probablement peut licencier un salarié qui ne correspond pas au profil de sa tendance, une association peut limiter l’adhésion de ses membres à des conditions très restrictives (par exemple n’admettre que des femmes). En revanche une entreprise privée ayant en charge des personnes mineures ou fragiles ne peut pas décider qu’elle exclut les manifestations religieuses de la part de son personnel, y compris pour des motifs de protection des personnes qui sont sous sa responsabilité - ce qui semble pourtant conforme à la clause de la nature de l’activité exercée. Il y a là une inégalité évidente entre entreprises. Y aurait-il des entreprises moins libres que d’autres ?

On peut le dire en d’autres termes, encore plus clairs. Une entreprise à tendance religieuse dûment autorisée a le droit de pratiquer la discrimination religieuse à l’égard de ses employés. Mais ici c’est l’entreprise laïque, désireuse d’accueillir sans discrimination toutes les confessions, toutes les croyances et non-croyances en pratiquant la discrétion sur l’affichage religieux, qui est accusée de discrimination !
Quelle belle démonstration d’une liberté appliquée préférentiellement à ceux qui pratiquent réellement l’exclusion !


6 - La liberté des non-croyants et des indifférents est-elle plus restreinte que celle des autres ?


Non seulement il y a inégalité entre entreprises, mais il y a inégalité entre les individus. En effet, si je me tiens en dehors de toute religion comme le font de très nombreuses personnes en France, quelle garantie puis-je avoir, en inscrivant un enfant dans une crèche privée, ou en installant une personne invalide ou très âgée, ou une personne handicapée mentale dans une institution privée destinée à en prendre soin, qu’ils ne seront pas témoins de manifestations religieuses ostentatoires susceptibles de les influencer ? Ai-je même le choix d’un tel établissement puisque la liberté de les entreprendre est entravée ? Comment puis-je mettre mes enfants ou mes ascendants à l’abri de manifestations que je considère comme indiscrètes ?

Apparemment, il est plus important d’assurer la liberté de ceux qui pratiquent obstinément l’indiscrétion de manière quasi-professionnelle. C’est si important qu’on n’en préserve même pas la petite enfance, laquelle en la matière n’a droit à aucun autre égard, dans les établissements privés, que celui de se voir proposer et imposer des modèles religieux. Et on ose parler par ailleurs, la main sur le cœur, des « droits de l’enfant » ! Le droit des enfants dans ces établissements serait-il d’être mis en présence de manifestations d’opinion ? Auraient-ils, dès ce jeune âge, la maturité leur permettant de juger par eux-mêmes de ce qui est libérateur et de ce qui ne l’est pas ?

En revanche, si je demande l’inscription pour un enfant ou un ascendant dans un établissement confessionnel pour des raisons religieuses, j’obtiens la garantie que la religion que j’ai choisie y sera présente officiellement et pratiquée. On a bien sûr le droit de soumettre son enfant à l’autorité d’une religion - et Mezetulle n’a jamais contesté ce droit, lequel est inscrit dans les droits de l’homme : les parents ont le droit de choisir l’éducation qu’ils entendent donner à leurs enfants, dans le cadre du droit commun. Mais faut-il en conclure qu’aucune entreprise privée n’aurait, symétriquement, le droit de proposer un service où la présence de l’autorité religieuse et l’exposition à des modèles religieux sont réduites autant que possible ?

Il y a là une évidente inégalité et une forme de discrimination à l’égard de ceux qui professent l’absence de religion ou même simplement l’indifférence à l’égard des religions. La liberté des non-croyants serait-elle moins large que celle de ceux qui professent une religion ? La liberté des chefs d’entreprise de créer une entreprise accueillant toutes les opinions religieuses précisément en vertu de sa discrétion en la matière serait-elle moindre que celle des autres ? Ou tout simplement inexistante ?

Ou alors faut-il revendiquer la non-croyance comme « tendance » ? mais dans ce cas on n’est plus dans le cadre d’une entreprise laïque acceptant toutes les opinions pourvu qu’elles restent discrètes : on n’accepterait alors que des non-croyants, ce qui est contraire au but recherché et affiché. La Cour de cassation se serait-elle proposé de séparer et de coaliser des communautés ?

Il me semble que s’agissant d’une entreprise ou d’une association, on aurait intérêt à poser la question du point de vue de l’usager. Une crèche privée, une maison de retraite privée, etc., ne peut-elle pas définir son « segment de marché » en proposant des critères comme ceux que je viens d’évoquer : garantir à ses usagers l’absence de toute manifestation religieuse ostentatoire ? Cela n’est-il pas particulièrement pertinent s’agissant, comme c’est le cas, de petits enfants dont la liberté n’est pas constituée ?


7 - L’arrêt de la Cour de cassation encourage la discrimination à l’égard des non-croyants et des laïques en montrant que la loi protège leurs libertés moins que celles les autres


Telles sont les questions que je me pose à l’issue de cet arrêt de la Cour de cassation qui me semble encourager la discrimination envers les citoyens laïques et installer une inégalité de principe entre ceux qui affichent des opinions et ceux qui pratiquent l’abstention en matière d’affichage, encourager les uns et restreindre la liberté des autres.
En disant cela je ne commets aucun délit, car on a le droit de dire publiquement le mal qu’on pense d’une décision de justice, pourvu qu’on ne jette pas l’opprobre sur ceux qui l’ont prise ni qu’on mette en doute leur indépendance, et pourvu qu’on la respecte tant que la législation dont elle s’autorise (peut-être à tort car les magistrats ne sont pas à l’abri d’une erreur) n’est pas modifiée. Il est inutile et il serait injurieux en l’occurrence de soupçonner les magistrats d’interprétation tendancieuse : il ne font en principe que dire le droit. Et c’est devant ce droit qu’un citoyen a le devoir de s’interroger et parfois de s’indigner. Car la loi est faite en son nom.

Faut-il, pour voir ses droits respectés, former communauté et se livrer au lobbying ? Je me permets d’inviter à la réflexion sur problème suivant. Il est très facile de piétiner la liberté des non-croyants parce qu’ils forment une classe paradoxale - ensemble d’éléments qui n’ont pas d’autre propriété commune que de préserver leurs singularités et la liberté de ne pas être comme sont les autres, la liberté de l’écart, et parce qu’ils pratiquent la liberté sous la forme du silence. Il est facile, parallèlement, d’exalter la liberté de ceux qui revendiquent à grand bruit une communauté de propriétés et d’intérêts, classe non-paradoxale qui s’affirme en parlant et en s’affichant. Or il faut assurer la liberté de chacun, mais pour assurer la liberté de chacun il faut d’abord penser qu’une république n’est pas un patchwork de lobbies tapageurs, mais un rassemblement de singularités dont la liberté individuelle est conditionnée par celle d’autrui et comprend aussi la liberté de s’abstenir et de voir cette abstention respectée. Il est donc licite qu’un croyant puisse manifester sa religion, mais il ne peut le faire que dans des conditions permettant à d’autres de se soustraire à cette manifestation. Lorsque je croise une femme voilée ou un prêtre en soutane dans la rue, personne ne m’oblige à rester sur place, je suis libre de me soustraire à ce qui me déplaît, comme ils sont libres de manifester leur appartenance : la symétrie des libertés s’équilibre ici et personne ne peut se plaindre. Mais une crèche n’est pas un tel espace de libre circulation pour les enfants qui y sont placés et pour le temps qu’ils y séjournent, et aucune crèche privée n’a le droit de garantir cette abstention.

L’arrêt de la Cour de cassation a pour conséquence à mes yeux de souligner que le non-croyant a moins de liberté que celui qui professe une religion, puisqu’il n’a pas, par exemple, celle de trouver ni celle de créer un établissement privé où les petits enfants sont soustraits aux manifestations religeuses ostentatoires. Je n’ai jamais demandé la disparition des manifestations religieuses de l’espace civil ; je trouve juste et normal qu’un croyant ait la possibilité de faire valoir sa foi publiquement, juste et normal aussi qu’il puisse fonder une entreprise confessionnelle. Mais les citoyens n’ont-ils pas le même droit symétrique de faire valoir la neutralité (laquelle n’exclut personne) dans leurs entreprises privées et de penser qu’elle est nécessaire à l’éducation des petits enfants ? N’ont-ils pas aussi le droit à la même liberté d’entreprendre lorsqu’il s’agit de préserver ladite neutralité dans des domaines où elle est justifiée ?

 

 

8 - Deux poids et deux mesures. Le législateur est interpellé


Telles sont aussi les questions que je pose à certains de mes amis militants laïques qui se contentent parfois de la colère et réclament sans autre discernement l’application du principe de laïcité partout. Pour passer de la colère à l’indignation, il faut affronter le concept de laïcité et oser le penser jusque dans ses paradoxes constitutifs, qui en font à la fois la grandeur et la fragilité.
Non le principe de laïcité ne peut pas s’appliquer partout, et notamment pas dans l’espace civil accessible au public, qui doit rester libre à l’égard de toute manifestation dans le cadre du droit commun. Mais pourquoi refuserait-on à une entreprise privée de s’inspirer en son sein, en sa clôture et pour son seul personnel, du principe de laïcité afin d’assurer la liberté de ses clients et de ses usagers en fonction du service qu’elle leur propose ?
Et si une entreprise à objet éducatif a le droit de faire valoir un caractère confessionnel, une autre ne pourrait-elle pas aussi faire valoir un caractère de neutralité religieuse ? Il y a là deux poids et deux mesures qui me semblent contraires à l’égale liberté d’entreprendre et à l’égale liberté de conscience. Plus généralement, c’est aussi le droit du travail qui présente des lacunes à ce sujet. Il n’appartient pas à la Cour de cassation de faire la loi, mais en la disant, en la rappelant et en l’interprétant elle en pointe aussi les lacunes. De ce fait le législateur est interpellé.


© Catherine Kintzler, 2013

  1. La Cour de cassation a cassé la décision de la Cour d’Appel de Versailles qui avait validé le licenciement en 2008 d’une salariée de la crèche privée Baby Loup (Chanteloup les Vignes) laquelle refusait d’ôter son voile musulman. []
  2. Le présent texte pose des questions, propose des pistes de réflexion et non une théorie aboutie. J’ajoute que, n’ayant aucune compétence en droit, je parle d’une part en simple citoyen et de l’autre parce que j’ai réfléchi depuis longtemps sur des concepts de philosophie politique, lesquels sont disjoints des concepts juridiques. Il se peut donc que je commette des inexactitudes et je demande l’indulgence des juristes ainsi que leurs lumières. []
  3. Ce serait plutôt l’inverse ! []

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Crèche Baby Loup : la justice annule le licenciement de l'employée voilée. Réactions de Lucien PONS.

24 Mars 2013 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La Laïcité

521516_340883149314037_23057486_n.jpgPremière réaction.

 

Je suis également consterné et furieux de constater que des factions communautaristes imposent leurs lois à notre République laïque. Il est vrai qu'aujourd'hui tout est bon pour détruire et anéantir notre état-nation dans lequel le peuple français peut trouver l'échelon pertinent de la lutte contre l'ultralibéralisme. Le démantèlement de nos institutions, les euro-régions; la fin des communes, le transfert total de souveraineté aux instances non élues de l'Union Européenne, l'abandon de la langue française (la loi Fioraso)...

 Cette entreprise de démolition est programmée de longue date par des stratèges de l'empire anglo-saxon. L'union Européenne est l'outil idéal pour détruire les souverainetés populaires. Il suffit pour cela de lire `"Le grand Echiquier", écrit par Zbigniew Brzezinski en 1997. Il explique avec un certain cynisme les mécanismes de cette domination, l'élargissement sans fin de l'UE par exemple. En janvier 2012 Wikileak donnait des précisions sur les câbles que l'ambassadeur US adressait à Hillary Clinton où il était question « d'aider les banlieux à s'émanciper ».

Je suis en train de lire le livre de Jean-Loup Izambert, "Crimes sans châtiments", il est très instructif. On y apprend l'utilisation et l'instrumentalisation des mouvements islamistes à des fins de domination au services des multinationales et cela depuis fort longtemps. Les USA, l'Angleterre, la France et d'autres pays, protègent et accueillent des terroristes auteurs d'attentats sanglants et meurtriers auprès d'innocents. Le mouvement  ENNAHDHA au pouvoir actuellement en Tunisie bénéficie en France d'une base arrière. On comprend mieux ainsi l'acharnement des gouvernements français à soumettre la Libye et la Syrie à l'ordre mondial des multinationales. 

Je crois que le but en France est de détourner la colère contre les étrangers. L'outil de l'intégrisme religieux est excellent à plusieurs égards. Il divise la population en désignant à la vindicte publique tous les étrangers d'origine musulmane. Il suffit de l'arrogance du voile et de jugements révoltants du type de celui de la crèche"Baby Loups". Pendant ces colères légitimes on ne pense pas à la lutte des classes et aux reculs imposés par la caste des décideurs. Autre avantage pour ces cerveaux malades, il suffit de donner la parole au FN sur ces questions et toute idée relevant du simple bon sens concernant ces questions et plus généralement sur la pertinence de l'Euro et de l'Union Européenne, se trouvent par là même discréditées.

Le problème est grave. La plupart des partis politiques à la gauche du PS n'osent pas aborder ces questions. Même mieux, ils défendent l'Euro et l'Union Européenne, aucun débat sérieux contradictoire n'est toléré. Je trouve cela très dangereux, on voudrait favoriser le FN que l'on ne s'y prendrait pas autrement. Loin de moi l'idée que ce soit voulu par la gauche de la gauche, mais il me semble que pour combattre l'extrême droite il ne suffit pas de lancer des invectives, il faut aussi la combattre sur le terrain idéologique. Si nous ne prenons pas conscience de ce problème, le FN va continuer à s'installer dans le paysage pour le plus grand intérêt des grands capitalistes. L'exemple de la seconde guerre mondiale est édifiant à ce sujet. Annie Lacroix-Riz par ces nombreux ouvrages nous explique ce danger que nous ne voulons pas voir.

 

Deuxième réaction.

 

Je salue le courage et la détermination de Carole dans ce combat pour la laïcité. Il est absolument essentiel d'éviter le piège qui nous est tendu par les prétendus "démocrates" qui prônent la liberté et la démocratie en coupant des têtes au sabre (l'Arabie Saoudite recherche des bourreaux). Il faut prendre la mesure du danger qui nous guette, diviser nos forces afin d’imposer sans coup férir l’ordre eurolibéral au service des fameux 1%. La ficelle est grosse, mais comme disait Goebbels, plus elle est grosse mieux elle passe. C’est le cas je crois dans cette affaire. Comment peut-on défendre l’obscurantisme primaire sous prétexte de défendre la liberté? Cette pourriture se répand partout afin de permettre la prédation des richesses. Comment peut-on défendre le droit d’ingérence en lieu et place du droit international qui lui reconnaît le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes ? Les néoconservateurs de gauche que sont Jean-François Botul alias BHL, Bernard Kouchner et toute la bande, prétendent que l’on peut apporter la paix en lâchant des tonnes de bombes sur les populations. L’ex-Yougoslavie, l’Irak, la Libye et la Syrie en sont de malheureux exemples. « La stratégie du Choc » de Naomi Klein décrit très bien ces actions barbares au bénéfice des transnationales. Le mécanisme de pillage est toujours le même dans ce capitalisme du désastre.

Dans ma précédente intervention je parlais de la connivence entre les services secrets des occidentaux et les salafistes, les frères musulmans et les takfiristes. On se sert de ces fous pour faire nos guerres coloniales modernes. Pour éradiquer les états nations et la souveraineté populaire l’usage de ces agents dormants est tout à fait adapté. Dans notre pays on entretien la confusion entre la défense des travailleurs exploités que sont toujours les immigrés et la défense du différentialisme et de l’ethnicisme. La tentation est grande de tomber dans le piège.

Les terroristes d’ENNAHDHA au pouvoir actuellement en Tunisie sont contre la liberté, contre la démocratie, contre le droit des femmes. Certains d’entre eux se sont rendus coupables d’actes barbares, asperger de vitriol le visage d’une femme non voilée par exemple. Je suis en contact avec des universitaires proches de leurs collègues de la faculté de la Manouba en Tunisie. Le recteur de cette université, un démocrate ardent défenseur de la laïcité s’est toujours opposé au port du voile dans ce lieu public. Il y a depuis longtemps des enragés qui ont réclamé le droit de porter le voile. Autrefois, conformément à la constitution de ce pays, les autorités n’ont jamais donné suite à ces enragées de la charia. Depuis l’accession des islamistes au pouvoir les plaintes ont redoublées et que croyez-vous qu’il arrivât ?  Il est convoqué par la justice et il risque jusqu’à 5 ans de prison. La Tunisie est un pays laïc où de dangereux personnages ont pris le pouvoir. La condition de la femme sous Bourguiba était beaucoup plus avancée qu’en France, par exemple le droit à l’avortement, le divorce, la contraception était en vigueur très tôt.

Je crois que nous avons une vraie richesse en France, la laïcité. La vraie et non pas la laïcité positive ou ouverte qui ne sont que des effets de langage pour la détruire. De même pour cette interprétation basée sur l’individu et non sur l’intérêt général de neutralité, cette inversion de sens qui consiste à affirmer que la laïcité c’est la liberté de chacun d’exprimer ses convictions, donc les signes ostentatoires, donc le voile et la burqua. Nous sommes tellement habitués à ce détournement du langage que l’on ne prête plus d’attention à cette supercherie, ne dit-on pas réforme pour régression et ne dit on pas « plan de sauvegarde de l’emploi » pour licenciement.

Il me semble important de rappeler le titre du livre de Jean-Loup Izambert « Crimes sans châtiment »  qui permet d’identifier ce sabotage en cours.

Je finirai mon propos par la maxime de Jean-Jacques Rousseau « C’est la liberté qui opprime et la loi qui libère ».

Merci à Carole de permettre ces échanges courtois entre personnes qui ne sont pas obligatoirement du même avis.  

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Crèche Baby Loup : la justice annule le licenciement de l'employée voilée. Sur le blog de Caroleone.

24 Mars 2013 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La Laïcité

374285_239159126153107_100001770649973_546365_209445217_n.jpgJe suis consternée par cette décision qui va contre nos principes laïcs et renforce encore plus l'islamisme sur notre territoire.

Je suis très inquiète par les chemins que semblent prendre notre république française, peinée par tout ce temps perdu, ces espoirs qui sentaient bon le renouveau d'une laïcité seule garante de nos libertés.

Et quand il s'agit de l'éducation des enfants, quoi de plus à leur offrir que de vivre au sein d'organisations laïques ?

 

Avec une pensée très profonde et émue pour Natalia, je n'ai pas eu le courage cette après-midi de me rendre avec mes camarades au procès, je pense que ce n'était pas plus mal car revenir avec de telles nouvelles dans ses bagages, ça plombe les idéaux pendant un temps.

 

Caroleone

 

 

 

La Cour de cassation est revenue sur la décision d'un conseil des prud'hommes dans le feuilleton judiciaire de la crèche Baby Loup, annulant le licenciement en 2008 d'une employée de la crèche qui s'était vue reprocher par son employeur de refuser d'ôter son voile.

 

"S'agissant d'une crèche privée", la plus haute juridiction judiciaire a jugé que le licenciement de Fatima Afif, qui date de 2008, constituait "une discrimination en raison des convictions religieuses" et devait être "déclaré nul". Lors de l'audience devant la chambre sociale de la Cour de cassation, le 12 février, l'avocat général avait préconisé le rejet du pourvoi de Mme Afif. Le ministre de l'intérieur, Manuel Valls, a déclaré regretter "une mise en cause de la laïcité". "En sortant quelques secondes de mes fonctions, je voudrais vous dire que je regrette la décision de la Cour de cassation sur la crèche Baby Loup", a-t-il déclaré.

 

REMOUS

 

En décembre 2010, le conseil des prud'hommes de Mantes-la-Jolie avait pourtant estimé que la direction de la crèche était en droit de licencier la plaignante pour "insubordination caractérisée et répétée" et "faute grave", celle-ci ayant souhaité travailler voilée au retour d'un congé parental. Elle avait ensuite été déboutée une deuxième fois par la cour d'appel de Versailles en octobre 2011.

 

 

 

Tout au long de la procédure judiciaire, la crèche Baby Loup s'est posée en "entreprise à tendance laïque" et défendant "une vision anticommunautariste qui interdirait les signes ostentatoires religieux dans une crèche, comme c'est le cas dans l'école publique", selon l'un de ses avocats, Richard Malka.

 

Selon sa directrice, Natalia Baleato, le règlement intérieur prévoyait une obligation de "neutralité philosophique, politique et confessionnelle", une notion trop vague pour les avocats de Mme Afif, mais essentielle pour cette directrice, qui dit être confrontée depuis le début des années 2000 "à une montée des revendications religieuses". Or, pour l'un des conseils de Mme Afif, Michel Henry, "un règlement intérieur ne peut pas tenir en échec l'exercice d'une liberté fondamentale, la liberté religieuse".

 

Cette affaire avait créé des remous au sein de la Haute Autorité de lutte contre les discriminations et pour l'égalité (Halde), saisie par la salariée licenciée. L'institution lui avait d'abord apporté son soutien, mais, en octobre 2010, sa nouvelle présidente, Jeannette Bougrab, avait pris position en faveur de Baby Loup.

 

Le monde

http://cocomagnanville.over-blog.com/article-creche-baby-loup-la-justice-annule-le-licenciement-de-l-employee-voilee-116336948.html

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Crèche Baby-Loup : Appel à toutes les consciences républicaines ! Signez la pétition!

24 Mars 2013 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La Laïcité

Crèche Baby-Loup : Appel à toutes les consciences républicaines !

Adressée à : Assemblée nationale et Sénat  

Cette pétition sera remise à:

Assemblée nationale et Sénat

Crèche Baby-Loup : Appel à toutes les consciences républicaines !

 

 Le moment est grave, nous sommes dans une heure de vérité où la laïcité en France doit absolument être consolidée et réaffirmée, faute de quoi elle subira un recul dramatique.


Rappelons les faits. En conformité avec son règlement intérieur établi sur le principe de "neutralité philosophique, politique et confessionnelle", la crèche Baby Loup de Chanteloup les Vignes a licencié en 2008 l'une de ses employées, au motif qu'elle manifestait ostensiblement son appartenance religieuse par le port d'un voile dit islamique. Le Conseil des prudhommes de Mantes la Jolie en 2010, et la Cour d'appel de Versailles en 2011 ont approuvé ce licenciement.

 

En ce 19 mars 2013, la Cour de cassation a invalidé ces jugements et lui nie ce droit en affirmant que " (...) s'agissant d'une crèche privée, (elle) ne peut dès lors, en dépit de sa mission d'intérêt général, être considérée comme une personne privée gérant un service public " à laquelle le principe de laïcité devrait s'appliquer.

Il ne nous appartient pas comme à tout citoyen respectueux de l'Etat de droit, de commenter l'arrêt de la Cour, mais nous constatons qu'une crèche qui accomplit depuis 22 ans un travail de terrain extraordinaire, seule en France ouverte 24h sur 24 et 7 jours sur 7, ne peut appliquer la laïcité dans son règlement intérieur pour faire vivre en harmonie enfants et parents de 54 nationalités qui se côtoient entre ses murs. Cela, notre droit le lui interdit aujourd'hui.

 Dans un État laïque, il serait ainsi permis de créer une crèche privée religieuse, mais pas une crèche laïque ? Impérative pour la puissance publique, la laïcité serait interdite aux citoyens et aux structures privées ? Parce qu'ils sont précisément d'entre nous tous, les êtres les moins pourvus de défense et les plus malléables, les enfants ont droit à la neutralité, garante de leur libre arbitre en formation.

 Notre loi doit impérativement être modifiée. Il n'est pas acceptable qu'un organisme dont l'utilité publique n'est plus à démontrer et dont les personnels ont manifesté un dévouement exemplaire à l'intérêt général, soit contraint de céder à des exigences personnelles. Il est inadmissible que ces professionnels soient mis dans l'impossibilité d'exercer une mission de service public dans le respect de la laïcité.

C’est au législateur qu’il revient de remédier à cet état de confusion et de combler ce vide juridique qui, menaçant gravement l'application de la laïcité, principe constitutionnel de notre République, met en péril le vivre ensemble.

 

http://www.change.org/fr/p%C3%A9titions/cr%C3%A8che-baby-loup-appel-%C3%A0-toutes-les-consciences-r%C3%A9publicaines

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Le Venezuela avant et après Hugo Chávez - Le témoignage de F. Asselineau .

11 Mars 2013 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Amérique Latine

-crise

Dimanche 10 mars 2013

Le Venezuela avant et après Hugo Chávez

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Je ne suis allé qu’une seule fois dans ma vie au Venezuela.

C’était à l’occasion de l’inauguration d’une grande exposition de plusieurs centaines d’entreprises exportatrices françaises, baptisée « Francia 2000 », organisée par le Centre Français des Manifestations à l’Étranger, et qui se tenait à Caracas dans les tout premiers jours de mai 1993.

Travaillant à l’époque, et depuis quelques jours, au cabinet du ministre du commerce extérieur, celui-ci m’avait demandé d’accompagner Mme Lucette Michaux-Chevry, ministre chargée de l’action humanitaire et des droits de l’homme, que le Premier ministre français avait désignée pour aller inaugurer cette exposition. Car il est d’usage qu’un membre du gouvernement fasse le déplacement dans de tels cas, pour soutenir les efforts de nos entreprises à l’exportation.

Début mai 1993 : Une étrange audience avec un Président de la République aux abois

Parmi les visites protocolaires, le programme prévoyait que la représentante du gouvernement français serait reçue en audience par le Président de la République de l’époque, M. Carlos Andrés Pérez. J’avais accompagné la ministre et l’ambassadeur de France à cet entretien.

Cela valait le déplacement et je me le rappelle, vingt ans après, comme si c’était hier. Alors que nous fûmes reçus au Palais de Miraflores – la présidence de la République – pour une audience fixée à 15 heures, donc en milieu de journée, nous eûmes la surprise de découvrir un palais présidentiel quasiment en état de siège. Tous les volets de l’édifice étaient fermés et les tentures tirées.

Situé dans le centre ville de Caracas et entouré de jardins, le Palais de Miraflores est l'équivalent de notre Palais de l'Élysée.

Situé dans le centre ville de Caracas et entouré de jardins, le Palais de Miraflores est l’équivalent de notre Palais de l’Élysée.

Lorsque le Président de la République du Venezuela nous reçut dans son majestueux bureau, aux hautes boiseries couleur crème de style Louis XV, et à la moquette sable sur laquelle était planté un drapeau vénézuélien, l’atmosphère était la même : volets à persienne métalliques fermés et lourds rideaux de soie bleu pâle tirés. Le chef de l’État vivait claquemuré ainsi, sous un lustre en cristal à pampilles, à la lumière électrique toute la journée.

L’ambassadeur de France m’expliqua ensuite que cet étrange isolement résultait probablement des craintes que nourrissait le chef de l’État d’être assassiné par son propre peuple. Il est vrai qu’un tireur isolé aurait pu se cacher à quelques centaines de mètres, dans les jardins publics proches du bâtiment de la présidence de la République, et l’abattre par un fusil à longue portée en voyant son ombre passer à travers les fenêtres.

Ambiance…

Il faut dire qu’au moment où il nous reçut, le président Carlos Andrés Pérez avait de quoi être préoccupé.

Carlos Andrés Pérez avait été élu Président du Venezuela une première fois en 1974 pour un mandat de 5 ans qui courut du 12 mars 1974 au 12 mars 1979. On le voit ici, solidement encadré entre les deux présidents américains Gerald Ford à droite (Président des États-Unis du 9 août 1974 au 20 janvier 1977) et James Carter à gauche (Président des États-Unis du 20 janvier 1977 au 20 janvier 1981). La Guerre du Kippour ayant provoqué le premier choc pétrolier avec un quadruplement brutal des prix du pétrole, le Venezuela et ses fabuleuses réserves pétrolières devint un élément fondamental pour Washington dans sa géopolitique de l'Or noir.

Carlos Andrés Pérez avait été élu Président du Venezuela une première fois en 1974 pour un mandat de 5 ans qui courut du 12 mars 1974 au 12 mars 1979. On le voit ici, solidement encadré entre les deux présidents américains Gerald Ford à droite (Président des États-Unis du 9 août 1974 au 20 janvier 1977) et James Carter à gauche (Président des États-Unis du 20 janvier 1977 au 20 janvier 1981). La Guerre du Kippour ayant provoqué le premier choc pétrolier avec un quadruplement brutal des prix du pétrole, le Venezuela et ses fabuleuses réserves pétrolières devint un élément fondamental pour Washington dans sa géopolitique de l’Or noir.

Années 90 : les effets dévastateurs du FMI et du « consensus de Washington »

 

Alors qu’il avait été réélu chef de l’État en 1989 avec 52,9 % des suffrages en fustigeant le « consensus de Washington », le FMI et la Banque mondiale, Carlos Andrés Pérez avait opéré sans vergogne un virage à 180° sitôt sa réélection acquise.

Tel un François Hollande faisant campagne contre le TSCG et l’adoptant quelques semaines après son élection sans même faire semblant de s’y opposer, le président Carlos Andrés Pérez avait imposé un plan d’austérité ultra-libéral, directement inspiré du « consensus de Washington », après avoir présenté aux électeurs le programme exactement contraire.

Le Venezuela devint alors le théâtre des réformes présentées bien entendu comme « indispensables » par le FMI : hausses généralisées de prix, libéralisation et privatisation de l’économie, gel des salaires et réduction des dépenses publiques, devaient, paraît-il, assurer la félicité publique.

Carlos Andrés Pérez fut réélu Président du Venezuela - avec le plein soutien des États-Unis - une seconde fois en 1989 pour un mandat de 5 ans. Il n'allait pas le terminer et dut démissionner le 21 mai 1993, trois semaines après qu'il nous ait reçus dans son bureau barricadé de la présidence de la République. On le voit ici aux côtés de son mentor américain George H. Bush, père de "W.", Président des États-Unis du 20 janvier 1989 au 20 janvier 1993. C'est pendant ce second mandat qu'Hugo Chávez, alors âgé de 38 ans, déclencha une tentative de coup d'État contre Carlos Andrés Pérez, le 4 février 1992. La tentative échoua et Hugo Chávez alla méditer son échec en prison pendant 2 ans. Il fut libéré le 26 mars 1994 par le Président Rafael Caldera.

Carlos Andrés Pérez fut réélu Président du Venezuela – avec le plein soutien des États-Unis – une seconde fois en 1989 pour un mandat de 5 ans. Il n’allait pas le terminer et dut démissionner le 21 mai 1993, trois semaines après qu’il nous ait reçus dans son bureau barricadé de la présidence de la République. On le voit ici aux côtés de son mentor américain George H. Bush, père de “W.”, Président des États-Unis du 20 janvier 1989 au 20 janvier 1993.
C’est pendant ce second mandat qu’Hugo Chávez, alors âgé de 38 ans, déclencha une tentative de coup d’État contre Carlos Andrés Pérez, le 4 février 1992. La tentative échoua et Hugo Chávez alla méditer son échec en prison pendant 2 ans. Il fut libéré le 26 mars 1994 par le Président Rafael Caldera.

Il avait découlé de ces réformes ce qui s’en suit systématiquement, et qu’a minutieusement décrit l’Américain Joseph Stiglitz, Prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d’Alfred Nobel en 2001 (dit “Prix Nobel d’économie”), dans son ouvrage Globalization and Its Discontents , paru en 2002 et traduit en français sous le titre accrocheur La Grande Désillusion. (Livre dont je recommande au passage vivement la lecture).

Comme Stiglitz le démontre dans cet ouvrage avec beaucoup de références historiques et d’exemples statistiques à l’appui, le FMI fait passer l’intérêt de son « principal actionnaire », les États-Unis, avant ceux des nations les moins favorisées qu’il a pourtant pour objectif théorique de servir. L’auteur démontre également, en prenant comme exemples la crise asiatique et la transition russe, que les politiques préconisées par le FMI aggravent presque toujours les problèmes dont il a à s’occuper, entraînant des conséquences sociales dévastatrices et un accroissement de la pauvreté.

C’est exactement ce qui se passa au Venezuela avec la politique ultra-libérale imposée par Carlos Andrés Pérez.

Selon les statistiques officielles de l’ONU que je suis allé rechercher dans le rapport spécifique de la Commission économique pour l’Amérique latine et les Caraïbes (CEPAL) de l’ONU du 12 avril 2002, le taux de pauvreté des Vénézuéliens connut en effet un bond effarant de 1990 à 1999.

Pendant cette décennie – qui couvre les présidences de Carlos Andrés Pérez puis de ses fugaces successeurs Octavio Lepage, Ramón José Velásquez et Rafael Caldera, et qui s’achève par l’accession au pouvoir d’Hugo Chávez le 2 février 1999 -, le pourcentage de pauvres au Venezuela bondit de 40,0 % de l’ensemble de la population à… 49,4 %, et cela alors même que le pays est assis sur des réserves faramineuses d’hydrocarbures.

Le pourcentage de ménages pauvres passa quant à lui, toujours selon les mêmes statistiques onusiennes, de 34,2 % des ménages à 44,0 %.

Au même moment, le nombre “d’indigents” – c’est-à-dire de personnes vivant dans la rue ou dans des bidonvilles avec moins de 1 $ par jour de revenu – explosa : de 1990 à 1999, leur pourcentage passa de 14,6 % à 21,7 % de la population générale, ce qui – compte tenu de l’accroissement démographique entretemps – représente une hausse vertigineuse de quelque + 80 %.    [Source pour toutes les données précédentes : http://www.eclac.cl/publicaciones/xml/4/7924/Capitulo_I_2001.pdf, tableau page 12 ]

Ce sont des données fondamentales à garder à l’esprit. Lorsque Hugo Chávez accéda au pouvoir :

  • 1 Vénézuélien sur 2 vivait dans la pauvreté,
  • plus d’1 Vénézuélien sur 5 vivait dans l’extrême misère,
  • et une toute petite oligarchie vivait dans un luxe insolent, parce que, parfaite “collabo” de la puissance américaine, elle avait monnayé ce train de vie contre la cession de l‘essentiel  de la rente pétrolière vénézuélienne aux grandes compagnies américaines.

Le Venezuela des années 90 : un pays aux inégalités révoltantes 

Ces inégalités, qui ressortent des chiffres glacés des statistiques, se voyaient à l’œil nu. Elles ne pouvaient manquer de susciter un sentiment d’incrédulité et d’indignation pour le Français de passage que j’étais. Car, des rapides vues que j’avais pu glaner au cours de ce bref séjour à Caracas, il me reste en effet deux images très fortes.

D’un côté, sur des kilomètres et des kilomètres en venant de l’aéroport, des quartiers misérables de favelas s’alignaient au bord des autoroutes, tandis que les passants très pauvres et des SDF hantaient le centre ville.

De l’autre côté, j’avais assisté à un dîner avec la haute société vénézuélienne dans l’un des grands restaurants les plus chics de la capitale. On s’y serait cru dans un épisode de la série américaine Dallas : hommes en smoking à la chevelure gominée et au sourire carnassier ; femmes coiffées, maquillées et manucurées comme dans un studio d’Hollywood, se faufilant dans l’assistance avec de somptueuses robes de soirée, le cou orné de rivières de diamants ou d’émeraudes. Des vraies pierres, pas du strass.

Précision nécessaire pour bien comprendre la situation du Venezuela (comme celle de nombreux pays latino-américains, en particulier du monde andin), une différence essentielle me sauta aux yeux : cette haute bourgeoisie vénézuélienne – que notre voyage officiel pour soutenir les exportateurs français nous amenait à rencontrer – avait essentiellement le teint blanc et du sang espagnol ; elle vivait comme séparée du reste du pays, dans une enclave mentale où l’on envoie ses enfants étudier aux États-Unis et où l’on passe ses vacances en Europe. Le petit peuple en guenilles, dont j’avais croisé le regard muet dans les rues, avait quant à lui très majoritairement le teint foncé et mat ; et ses traits révélaient le sang indien ou afro-caribéen qui coulait dans ses veines.

Incontestablement, il n’est pas possible de comprendre la “Révolution bolivarienne” d’Hugo Chávez, et son immense succès auprès des couches les plus défavorisées du peuple vénézuélien, si l’on fait abstraction de ce contexte autant ethno-sociologique qu’économique.

 

Carlos Andrés Pérez était né dans une vaste hacienda, à la frontière vénézuélo-colombienne près de la ville de Rubio, dans une famille de la moyenne bourgeoisie. Son père, Antonio Pérez Lemus, était un pharmacien et un planteur de café d'origine colombienne, dont les grands-parents, venus d'Espagne et des îles Canaries, avaient émigré au Venezuela dans les dernières années du XIXe siècle. Sa mère, Julia Rodríguez, était la fille d'un propriétaire terrien de premier plan dans la ville de Rubio.

Carlos Andrés Pérez était né dans une vaste hacienda, à la frontière vénézuélo-colombienne près de la ville de Rubio, dans une famille de la moyenne bourgeoisie. Son père, Antonio Pérez Lemus, était un pharmacien et un planteur de café d’origine colombienne, dont les grands-parents, venus d’Espagne et des îles Canaries, avaient émigré au Venezuela dans les dernières années du XIXe siècle. Sa mère, Julia Rodríguez, était la fille d’un propriétaire terrien de premier plan dans la ville de Rubio.

La famille Chávez, d'origine principalement indienne-indigène, espagnole et afro-vénézuélienne, a des ancêtres dans le centre du Venezuela, dans la région des llanos. Hugo Chávez était l'arrière-petit-fils du rebelle Pedro Perez Delgado, plus connu sous le nom de « Maisanta », qui soutint une insurrection et qui, avant sa capture en 1922, mena à la mort à la fois un ex-président vénézuélien et un gouverneur d’État.

La famille Chávez, d’origine principalement indienne-indigène, espagnole et afro-vénézuélienne, a des ancêtres dans le centre du Venezuela, dans la région des llanos. Hugo Chávez était l’arrière-petit-fils du rebelle Pedro Perez Delgado, plus connu sous le nom de « Maisanta », qui soutint une insurrection et qui, avant sa capture en 1922, mena à la mort à la fois un ex-président vénézuélien et un gouverneur d’État.


 La  chute infamante de Carlos Andrés Pérez

Si le Président de la République Carlos Andrés Pérez avait donné instruction de garder nuit et jour fermés tous les volets de la Présidence de la République par crainte d’un tireur en embuscade, ce n’était pas seulement à cause de la situation économique et sociale explosive qu’il avait créée de ses propres mains, et qui fait toujours le lit de toutes les révolutions (une situation qui, soit dit en passant, se propage à l’identique actuellement à toute la zone euro).

Non. Il y avait une autre raison, encore plus sordide : sa corruption notoire était en train de faire vaciller les institutions du pays.

En mars 1993 en effet – c’est-à dire un mois et demi avant notre venue à Caracas -, le procureur et inspecteur général des Comptes de la République, M. Ramon Escobar Salom, avait osé porter contre Carlos Andrés Pérez des accusations de malversations, pour un montant de 250 millions de bolivars. Cette somme tirée sur le budget de l’État, qui équivalait à quelque 17 millions de dollars, devait abonder des fonds secrets au ministère de l’Intérieur. Mais elle s’était mystérieusement perdue en route, en passant justement par le secrétariat de la présidence de la République…

Au moment précis où Carlos Andrés Pérez accordait une audience à la ministre française que j’accompagnais, il savait donc que ses jours à la tête de l’État étaient extrêmement compromis et suspendus à la décision de la Cour suprême de Justice, attendue par toute la presse dans les semaines suivantes.

Il y avait donc, dans cette fermeture des volets et cette coupure palpable du monde extérieur, un réflexe de protection primaire et superstitieux, presque puéril. Pendant qu’il expliquait d’une voix machinale à Mme Michaux-Chevry tout l’intérêt qu’il portait au développement des exportations françaises vers le Venezuela, et qu’il balayait d’un revers de main ironique la situation intérieure de son propre pays, j’observais le caractère pathétique de cet escroc. Cela se voyait dans son regard fuyant et ses gestes légèrement fébriles, cela se sentait au timbre de sa voix : cet homme était intérieurement saisi d’effroi, il se savait irrésistiblement entraîné vers l’abîme.

De fait, le 20 mai suivant, soit moins de 3 semaines après cette audience, la Cour suprême de Justice du Venezuela rendit son arrêt : elle jugea que les éléments à charge étaient suffisamment graves et concordants pour qu’il y ait matière à procès. Dès le lendemain, 21 mai 1993, le Sénat suspendit Carlos Andrés Pérez de ses fonctions de Président de la République au motif, infamant s’il en est, de malversations et d’appropriation illégale.

On apprit ensuite que cette somme aurait, en partie, servi à financer des campagnes politiques dans des pays latino-américains voisins, et notamment la campagne électorale de Violeta Chamorro, élue présidente du Nicaragua en 1990 contre Daniel Ortega et les révolutionnaires sandinistes. Bien entendu, la main de la CIA ne devait certainement pas être très éloignée de tout ce micmac.

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Le 31 août 1993, le Congrès national destitua Carlos Andrés Pérez, qui fut enfermé dans la prison El Junquito puis qui fut assigné à résidence dans sa propriété personnelle, du fait de son âge, dans l’attente du jugement. Le 30 mai 1996, la Cour suprême de Justice le condamna, pour malversation aggravée, à 2 ans et 4 mois… d’arrestation à domicile.

En 1999, remis en liberté, ce diable d’homme osa créer un nouveau parti politique. Probablement était-ce dans le but d’obtenir un siège de sénateur et d’être ainsi protégé, par l’immunité parlementaire y afférente, des nouvelles accusations de corruption qui étaient apparues entre-temps contre lui : la presse avait en effet révélé qu’il possédait des comptes secrets aux États-Unis. Le 20 décembre 2001, un tribunal de première instance de Caracas ordonna qu’il soit de nouveau assigné à résidence dans sa propriété personnelle pour le juger sur ce nouveau scandale.

Mais l’oiseau s’était envolé en République Dominicaine. Le 3 avril 2001, Hugo Chávez, nouveau Président du Venezuela, demanda à la République Dominicaine l’extradition de l’ex-Président. Cependant, cette extradition ne fut jamais exécutée car Carlos Andrés Pérez s’était enfui pour résider en Floride, dans la ville de Miami (États-Unis).

Naturellement, le gouvernement de Washington n’accorda jamais l’extradition de son agent Carlos Andrés Pérez et celui-ci put vivre une fin de vie luxueuse en continuant, jusqu’à sa mort survenu en 2010, à offrir un appui aux groupes opposés au président Hugo Chávez.

Carlos Andrés Pérez réfugié dans sa somptueuse villa de Miami (Floride) au début des années 2000. C'est là qu'il mourut en 2010 - aux États-Unis donc - entouré de sa famille comme un chef de la mafia, mais sous l’opprobre de tout son peuple. Mis à part les quelques milliers de Vénézuéliens, bien sûr, qu'il avait arrosés de largesses. L'ancien Président vénézuélien vécut ainsi les dix dernières années de sa vie, dans le luxe misérable procuré par ses « comptes secrets », alimentés par les détournements de fonds en tout genre auxquels il s’était livré pendant qu'il était chef d’État. Alimentés, sans doute aussi, par les services américains appropriés. À l'annonce de son décès, les grands médias occidentaux ne lui consacrèrent que quelques lignes fort discrètes, et pas le torrent de boue qu'ils viennent de jeter sur le corps encore chaud d'Hugo Chávez...

Carlos Andrés Pérez réfugié dans sa somptueuse villa de Miami (Floride) au début des années 2000. C’est là qu’il mourut en 2010 – aux États-Unis donc – entouré de sa famille comme un chef de la mafia, mais sous l’opprobre de tout son peuple. Mis à part les quelques milliers de Vénézuéliens, bien sûr, qu’il avait arrosés de largesses.
L’ancien Président vénézuélien vécut ainsi les dix dernières années de sa vie, dans le luxe misérable procuré par ses « comptes secrets », alimentés par les détournements de fonds en tout genre auxquels il s’était livré pendant qu’il était chef d’État. Alimentés, sans doute aussi, par les services américains appropriés.
À l’annonce de son décès, les grands médias occidentaux ne lui consacrèrent que quelques lignes fort discrètes, et pas le torrent de boue qu’ils viennent de jeter sur le corps encore chaud d’Hugo Chávez…


2013 : les effets de la présidence d’Hugo Chávez

Depuis ce bref séjour de 1993, ni ma vie professionnelle ni ma vie personnelle ne m’ont donné l’occasion de retourner au Venezuela. Je n’ai donc pas eu l’occasion, ni de rencontrer Hugo Chávez, ni de me rendre compte de mes propres yeux de l’évolution du pays depuis 20 ans, et en particulier depuis qu’il a accédé à la tête de l’État le 2 février 1999.

Première photo officielle du Président Hugo Chávez

Première photo officielle du Président Hugo Chávez

Si je veux me faire un jugement lucide et objectif de cet homme, à l’évidence hors du commun, qui a présidé aux destinées du Venezuela pendant 14 ans, de 1999 à 2013, j’en suis donc rendu à me fier aux statistiques de l’ONU.

En particulier à celles de la Commission économique pour l’Amérique latine et les Caraïbes (CEPAL) de l’ONU, tirées du très officiel “Panorama social de América Latina 2011″  publié par la CEPAL en 2012 : http://www.eclac.cl/cgi-bin/getProd.asp?xml=/publicaciones/xml/1/45171/P45171.xml&xsl=/dds/tpl/p9f.xsl&base=/dds/tpl/top-bottom.xsl

Ces statistiques, dignes de foi, dressent de façon laconique le bilan d’une décennie de gestion “chaviste” :

  • le taux de “pauvreté extrême” (“indigencia” en espagnol, correspondant à moins de 1 $ de revenu par jour) est passé, sur la même période, de 22,2 % à 10,7 %. Il s’agit de ces Vénézuéliens qui vivaient dans des favelas ou dans la rue et dont le nombre m’avait tant frappé en 1993.
  • le Venezuela a diminué de 58% le taux de malnutrition infantile, qui est passée de 7,7% en 1990 à 3,2% en 2009.

 

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Ce tableau, tiré du “Panorama social de América Latina 2011″  publié par la CEPAL en 2012, fait ressortir de façon très intéressante les politiques de justice sociale des différents États d’Amérique du sud au cours des 3 périodes (de durée variable) 1990- 2002, puis 2002-2008, puis 2008-2010.   

À chaque période correspond une barre de couleur différente, de la valeur de l’augmentation ou de la diminution du coefficient de Gini, c’est-à-dire de la hausse ou de la baisse des inégalités de revenus dans la population. 

Comme on le voit de façon spectaculaire, tous les régimes alignés politiquement sur Washington et économiquement sur le FMI ont laissé croître vivement les inégalités : ce fut le cas, dans les années 90, des gouvernements d’Argentine, de Bolivie, du Brésil, du Chili, de Colombie, du Costa Rica, de l’Équateur, du Salvador, du Mexique, du Paraguay… et du Venezuela de Carlos Andres Perez.    

Le même tableau fait en revanche ressortir de façon spectaculaire les politiques de réduction des inégalités entreprises, à partir des années 2000, par les régimes plus ou moins en rupture avec le tuteur états-unien :

  • Argentine, avec le Président Nestor Kirchner puis la présidence actuelle de sa veuve Cristina
  • Bolivie d’Evo Morales, ami de Hugo Chávez
  • Brésil de la Présidente Dilma Rousseff, amie de Hugo Chávez
  • Équateur du Président Rafael Correa, très lié à Hugo Chávez
  • Salvador du Président Mauricio Funes, du Front Farabundo Martí de libération nationale (FMLN)
  • Nicaragua du Président sandiniste Daniel Ortega
  • Pérou du Président Ollanta Humala
  • Uruguay du Président José Alberto Mujica
  • Venezuela du Président Hugo Chávez

Seuls deux États font exception à cette règle cynique, et seulement depuis 2008 :

  • le Mexique du Président Felipe Calderon sur la dernière période de 2008 et 2010. Rappelons que cet homme, proche des Américains comme tous ses prédécesseurs, était néanmoins de formation chrétienne-démocrate et non membre du Parti Révolutionnaire Institutionnel (PRI) – cas exceptionnel pour le chef de l’État mexicain. Il était co-fondateur du Parti action nationale (PAN), d’inspiration chrétienne-sociale et membre de l’Internationale démocrate-chrétienne.   
  • et le Panama du Président Ricardo Martinelli sur la même période. Mais c’est sans doute parce que cet homme d’affaire, soutenu par Washington, a senti le vent du boulet : son opposante Balbina Herrera, proche de Hugo Chávez, avait été longtemps donnée gagnante dans les sondages.

Il me semble utile de préciser que le coefficient de Gini pour la France est passé de 0,279 en 1996 à 0,299 en 2010. [ source INSEE septembre 2012 : http://www.insee.fr/fr/ffc/ipweb/ip1412/ip1412.pdf ]. Et j’ajoute que l’on peut, à défaut de statistiques plus récentes, anticiper sans grand risque de se tromper que le coefficient de Gini a dû fortement grimper en 2011 et 2012 : il doit certainement être désormais aux alentours de 0,31 ou 0,32.

La France reste donc sensiblement moins inégalitaire que le Venezuela post-Chávez.  

Mais les inégalités progressent rapidement chez nous alors qu’elles ont beaucoup régressé au Venezuela sous Hugo Chávez.

 

Les grands médias occidentaux et Hugo Chávez

 

Le moins que l’on puisse dire, c’est que la mort d’Hugo Chávez n’aura pas incité les grands médias occidentaux – et notamment français – à faire preuve de bienveillance, ni même d’indulgence, vis-à-vis du défunt.

Bien au contraire, les jours qui ont suivi l’annonce de sa mort ont été marqués par un dénigrement, voire des critiques acerbes, des médias contre cet homme, régulièrement présenté comme un “dictateur” alors qu’il s’était fait élire à chaque fois par une large majorité de Vénézuéliens.

Pour n’en citer que deux exemples parmi bien d’autres :  

L’adjectif « dévasté » faisant d’habitude penser aux effets d’un cyclone, d’un tremblement de terre ou d’un tsunami, j’ai regardé de plus près cet article pour saisir les arguments avancés par le journaliste pour en justifier l’emploi. Pour faire court, Hugo Chávez aurait « laissé une économie dévastée » parce que la dette publique du pays est passée de 28 à 130 milliards de dollars en 14 ans, que le déficit public a dépassé 7 % du PIB l’an dernier, et que les industries vénézuéliennes fermeraient les unes après les autres.

J’avoue que ces arguments m’ont fait rire :  

  • Si Hugo Chávez a « dévasté » l’économie parce qu’il a fait grimper la dette publique de 102 milliards de dollars en 14 ans, quel verbe le quotidien Les Échos réserve-t-il alors à Nicolas Sarkozy qui a, quant à lui, fait exploser la dette publique française de quelque 700 à 800 milliards de dollars en 5 ans (5 à 600 milliards d’euros) ? Et qu’il a porté le déficit public jusqu’à 8,5 % ? 
  • Si Hugo Chávez a « dévasté » l’économie parce que le secteur industriel vénézuélien serait sinistré, que dit alors le quotidien Les Échos du démantèlement général de nos protections douanières et de la liberté totale des mouvements de capitaux qui nous ont été imposés par les traités européens et qui ont conduit, depuis 12 ans, à la disparition d’au moins 1/3 des heures travaillées dans l’industrie française ? Que dit le même quotidien du taux de change externe de l’euro qui, joint aux phénomènes précédents, explique que la France perd actuellement 800 emplois industriels et une usine en moyenne par jour ouvrable ?

Cependant, ce journal – propriété du milliardaire français Bernard Arnault – étant un journal réputé sérieux, il n’ose quand même pas travestir totalement la réalité. Le journaliste reconnaît, du bout des lèvres, le succès spectaculaire remporté par Chávez en matière de lutte contre les inégalités. Cependant, pour discréditer ce phénomène historique, l’article venimeux porte le titre « Chávez a réduit les inégalités au prix d’un échec économique. »

Mais, comme l’a justement fait remarquer l’un des lecteurs critiques de cet article, si « Chávez a réduit les inégalités au prix d’un échec économique », que dire alors de la totalité des dirigeants européistes qui ont, quant à eux, augmenté les inégalités, et cela au prix d’un échec économique bien pire encore… ?

(cf. l’évolution inquiétante, mentionnée supra, du coefficient de Gini en France)

En bref, les articles de la presse française ont décidé, en guise de nécrologie, de traîner dans la boue un homme qui s’est dressé contre la mainmise politique et le racket économique des États-Unis sur son pays, et qui a sorti de la misère la plus affreuse des millions de ses compatriotes.

En se comportant de la sorte, la grande presse française se déshonore encore un peu plus et témoigne, surtout, de qui sont les puissances qui la musèlent.

 

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À la différence de Carlos Andrés Pérez, le président Hugo Chávez est mort en fonctions et dans sa patrie. Derrière ses airs bravaches, il a souffert le martyre.

chavez_funeralchavez_funeral_uprchavez_enterrement_uprLe transfert de sa dépouille, puis son enterrement, les 7 et 8 mars 2013, ont drainé des foules immenses.
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chavez_pleurschavez_pleurs_uprchavez_tristesse_uprviva_chavez_uprchavez_cercueil_uprchavez_cercueilchavez_hommage_uprchavez_commandante_upr
L’ampleur exceptionnelle du soutien populaire au président défunt et l’affliction réelle d’une très grande majorité des Vénézuéliens semblent avoir pris de court les responsables politiques et les grands médias du monde occidental. Car dans ce monde occidental, on ne sait plus, au fond, ce qu’est un dirigeant qui œuvre sincèrement pour le bien de son peuple, et non sous l’injonction de tel ou tel lobby bancaire ou industriel ! Il faut remonter à l’assassinat de John Kennedy le 22 novembre 1963, ou à la mort de Charles de Gaulle le 9 novembre 1970, pour retrouver des émotions populaires d’une telle envergure et d’une telle intensité.

La France une nouvelle fois en-dessous de tout

Pour ce qui concerne plus directement la France, la mort d’Hugo Chávez aura confirmé, s’il en était besoin, à quel point les actuels dirigeants français sont indignes et lâches.

Que l’on ait aimé, ou pas aimé, Hugo Chávez, tout dirigeant français digne de ce nom aurait dû saisir l’importance historique de cet événement planétaire. Il aurait dû comprendre qu’il était de notre plus haut intérêt national de se rendre sur place, à Caracas, pour participer aux obsèques de Chávez et témoigner ainsi de la solidarité du peuple français avec le peuple vénézuélien et, au-delà, avec l’ensemble des peuples d’Amérique latine, tous plus ou moins bouleversés par cette mort.

C’est ce qu’avait si bien compris Charles de Gaulle, à la fois lorsqu’il s’était rendu aux funérailles de Kennedy en 1963, nonobstant les griefs avec le gouvernement de Washington, pour montrer que le peuple français compatissait à la douleur du grand peuple américain. C’est aussi, dans des circonstances différentes, ce qu’avait fait le fondateur de la Ve République, en effectuant sa célèbre tournée latino-américaine, au printemps et à l’automne 1964.

Ainsi donc, et comme je le faisais remarquer déjà, voici quelques jours, pour le Festival du cinéma panafricain de Ouagadougou, le Président de la République française, ou à défaut le Premier ministre, auraient dû impérativement faire le voyage de Caracas.

Ni l’un ni l’autre n’ont fait le déplacement. Ni même, comble de l’offense vis-à-vis des nouvelles autorités vénézuéliennes, le ministre des affaires étrangères. M. Laurent Fabius a fait savoir qu’il avait des “contraintes d’agenda” qui l’empêchaient d’être présent dans la capitale du Venezuela ce vendredi 8 mars.

Moyennant quoi, n’osant quand même pas laisser notre ambassadeur représenter la France tout seul sans autorité politique à ses côtés, le gouvernement a jugé bon de se faire représenter, à un niveau minimal, en choisissant Victorin Lurel, ministre “des Outre-mer”.

Ainsi donc, il faut que tout change pour que tout reste pareil :

  • en 1993, déjà, Mme Michaux-Chevry, ministre RPR  d’origine guadeloupéenne, dont le portefeuille n’avait aucun rapport avec le Venezuela, et sans aucun poids politique, avait été choisie pour aller inaugurer l’exposition Francia 2000 de Caracas et rencontrer le Président Carlos Andrés Pérez.
  • vingt ans après, M. Victorin Lurel, ministre PS, lui aussi d’origine guadeloupéenne, dont le portefeuille n’a lui aussi aucun rapport avec le Venezuela, et qui n’a lui aussi aucun poids politique, a été choisi pour assister aux funérailles du Président Hugo Chávez.

Décidément, l’UMP et le PS se comportent donc exactement de la même et détestable façon, à la fois vis-à-vis de nos compatriotes guadeloupéens – dont la participation au gouvernement consiste surtout à les charger de missions dont aucun autre ministre ne veut, dès lors qu’elles se situent dans la zone Caraïbes ; et à la fois vis-à-vis des plus hautes autorités vénézuéliennes, qui ne peuvent que prendre en très mauvaise part l’indifférence teintée de dédain avec laquelle le gouvernement français les considère.

Ce mauvais procédé n’était au fond pas très grave de conséquences en 1993, dans la mesure où l’événement (une grande exposition commerciale) n’était guère politique et dans la mesure où le chef de l’État était un homme corrompu, honni d’une grande majorité de la population, et qui n’avait plus que quelques jours à rester en fonctions.

En 2013, en revanche, dans la mesure où l’événement revêt une immense portée politique et symbolique, et suscite l’émotion chauffée à blanc de tout un peuple, c’est une nouvelle et véritable faute diplomatique lourde que la France vient de commettre.

 

Complètement à côté de la plaque : telle a été l'attitude minable, et non dénuée de venin, de François Hollande face à la mort d'Hugo Chávez. C'est, une nouvelle fois, une véritable faute lourde diplomatique et une trahison des intérêts supérieurs de la France et du peuple français.

Complètement à côté de la plaque : telle a été l’attitude minable, et non dénuée de venin, de François Hollande face à la mort d’Hugo Chávez. C’est, une nouvelle fois, une véritable faute lourde diplomatique et une trahison des intérêts supérieurs de la France et du peuple français.

Sentant quand même qu’il fallait faire et dire quelque chose, notre chef de l’État s’est fendu d’un communiqué, le 6 mars, d’une platitude non dénuée de perfidie et de réserve :  « Le président vénézuélien aura profondément marqué l’histoire de son pays », a affirmé M. Hollande, avant de poursuivre fielleusement : « Le président défunt exprimait, au-delà de son tempérament et de ses orientations que tous ne partageaient pas, une volonté indéniable de lutter pour la justice et le développement. Je suis convaincu que le Venezuela saura surmonter cette épreuve dans la démocratie et l’apaisement. »

Une chose est en tout cas certaine. C’est que, lorsque viendra le jour où il sera à son tour enterré, il ne se trouvera certainement pas grand-monde pour affirmer que François Hollande, empreint jusqu’à la moelle de l’esprit de soumission et médiocre exécuteur des basses œuvres euro-atlantistes, « aura profondément marqué l’histoire de son pays ». Ou alors ce sera pour manier l’ironie cinglante.

Hugo Chávez se sentait libre et en droit de parler à tous les dirigeants du monde, y compris et surtout à ceux diabolisés par Washington et l'OTAN. Il le faisait d'ailleurs le plus souvent avec bonhommie, et parfois avec des débordements de truculence. C'est certainement cette insoumission à l'ordre atlantiste qui lui valut les foudres des grands médias occidentaux, et qui lui valent encore une opprobre post mortem. De gauche à droite et de haut en bas : avec Vladimir Poutine (Fédération de Russie), Hu Jintao (République Populaire de Chine), Mahmoud Ahmadinejad (République Islamique d'Iran), Barack Obama (États-Unis d'Amérique), Lula da Silva (Brésil) et Mouammar Kadhafi (Jamahiriya arabe libyenne)

Hugo Chávez se sentait libre et en droit de parler à tous les dirigeants du monde, y compris et surtout à ceux diabolisés par Washington et l’OTAN. Il le faisait d’ailleurs le plus souvent avec bonhommie, et parfois avec des débordements de truculence.
C’est certainement cette insoumission à l’ordre atlantiste qui lui valut les foudres des grands médias occidentaux, et qui lui valent encore une opprobre post mortem.
De gauche à droite et de haut en bas : avec Vladimir Poutine (Fédération de Russie), Hu Jintao (République Populaire de Chine), Mahmoud Ahmadinejad (République Islamique d’Iran), Barack Obama (États-Unis d’Amérique), Lula da Silva (Brésil) et Mouammar Kadhafi (Jamahiriya arabe libyenne)

 chavez_chomsky20 septembre 2006. Devant la 61e session de l’Assemblée Générale de l’Organisation des Nations Unies, Hugo Chávez brandit à la tribune l’ouvrage du philosophe américain Noam Chomsky intitulé en français Hégémonie ou Survie: Quête de l’Amérique pour la domination mondiale.  Dans son discours, le président vénézuélien qui se présenta comme le défenseur des pauvres du continent américain, n’hésita pas à appeler le président George W. Bush « le diable ». C’est sans doute ce que Le Figaro appelle de la “provocation”.

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6 mars 2013 : Trois présidents sud-américains se précipitent à Caracas pour rendre un dernier hommage à Hugo Chavez, avant même son enterrement. De gauche à droite :

  • Mme Cristina Fernández de Kirchner Présidente de la République Argentine,
  • M. José Alberto Mujica, Président de la République d’Uruguay  (surnommé “Pepe Mujica” et connu pour être le chef d’État le plus pauvre du monde puisqu’il reverse 90 % de son salaire de 9000 euros à des ONG),
  • M. Evo Morales, Président de la République de Bolivie.
  • Entre la présidente argentine et le président uruguayen, on aperçoit Nicolás Maduro à l’arrière-plan, vêtu d’une veste aux couleurs du drapeau vénézuélien. Vice-président de la République, le plus proche collaborateur du défunt, il a prêté serment le 8 mars comme président par intérim, à la suite de la mort d’Hugo Chávez, dans l’attente de la prochaine élection présidentielle à laquelle il sera le candidat du Mouvement Bolivarien.

CONCLUSION : UN HOMME D’ÉTAT RESPECTABLE, DANS UN MONDE OÙ TANT DE CHEFS D’ÉTAT NE LE SONT PAS

Sans doute Hugo Chávez avait-il des défauts. Qui n’en n’a pas ?

Sans doute l’ensemble de son bilan n’est-il pas sans reproche. Quel bilan est sans zone d’ombre ?

Sans doute a-t-il parlé, parfois, un peu trop vite. Sans doute a-t-il porté des accusations un peu trop hasardeuses. Mais qui n’a jamais commis d’impair ?

Sans doute le personnage avait-il un caractère comédien, voire cabotin. Il est vrai que ses apparitions hebdomadaires dans un programme télévisé appelé « Alo presidente » étaient singulières vues de Paris, Londres ou Berlin puisqu’il lui arrivait d’y chanter, d’y réciter des poèmes, d’y nationaliser des entreprises en direct, d’y licencier, toujours en direct, des hauts fonctionnaires ou d’y annoncer la nomination de ministres clés. C’est ce qu’il fit en 2004, en révélant le nom des nouveaux ministres des Relations extérieures et de l’Information. En lui reprochant cela, n’oublie-t-on pas un peu vite qu’il s’agissait d’un Latino-Américain, avec la culture théâtrale qui s’attache souvent à la tradition locale ?

Mais que pèsent ces travers face au reste ?

  • Hugo Chávez a fait incontestablement le bien pour la grande majorité de la population vénézuélienne, en sortant des millions de ses compatriotes de la misère sans nom où l’avaient plongé les manœuvres de Washington et les injonctions du FMI.
  • Hugo Chávez fut un patriote au sens le plus élevé du terme, aimant les peuples étrangers mais pénétré de cette volonté intransigeante de souveraineté et d’indépendance nationales, dans la droite ligne des idéaux de Simon Bolivar, eux-mêmes directement hérités des idéaux de la Révolution française.
  • Hugo Chávez fut d’un très grand courage puisque, pendant toute la période passée à la tête de l’État vénézuélien, c’est cette même volonté qui l’amena à s’opposer constamment à la volonté prédatrice américaine.
  • Hugo Chávez fut d’un grand désintéressement personnel et fut, quoi qu’on en dise, un démocrate, puisqu’il avait même instauré le référendum révocatoire à mi-mandat.

Homme de bien, patriote intransigeant, courageux, désintéressé et démocrate. C’est pour tout cela que l’on peut, malgré l’anachronisme et des différences éminentes, le comparer en effet à un “De Gaulle latino-américain”. C’est une comparaison qui, probablement, aurait plu à l’un comme à l’autre de ces deux hommes hors du commun.

 

François ASSELINEAU

http://sos-crise.over-blog.com/article-le-venezuela-avant-et-apres-hugo-chavez-le-temoignage-de-f-asselineau-116071086.html
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PREMIER SONDAGE en ALSACE. Repris sur le blog "Référendum en Alsace"

10 Mars 2013 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La réforme territoriale

 

PREMIER SONDAGE en ALSACE

Le premier sondage sur la Collectivité Territoriale d'Alsace vient d'être publié (le 7 mars 2013) alors que les électeurs commencent à s'y intéresser.

Et le constat est cruel pour les partisans du projet car les sondés y sont a priori favorables (à plus de 70% mais avec une participation qui risque tout de même de faire échouer le projet si elle s'effrite un peu, avec le fameux seuil des 25% des inscrits). Mais pour 60% d'entre eux, ils sont favorables à condition de faire des économies et d'être vraiment plus efficace. Or, c'est justement là que le bât blesse. Le oui se fonde pour le moment sur un malentendu qu'il s'agit de mettre en lumière.

Le 4 février dernier, le président du Conseil Général du Haut-Rhin, Charles Buttner, reconnaissait publiquement qu'il n'y aurait « sans doute pas d'économies ». De fait, les économies annoncées actuellement sont de 30 millions d'€ sur 5 ans, pour un budget cumulé de 2766M€, soit 0,2% du total. Le fait que Philippe Richert ait récemment fait monter les enchères en public à 100M€, cela donne environ 10 euros d'économie par an et par habitant. Quand on compare avec les hausses considérables d'impôts locaux qui ont suivi les derniers transferts de compétences, et notamment par le biais des budgets des communautés de communes et d'agglomération dont les prélèvements ont flambé, avec des augmentations parfois à des deux chiffres, on est à des années-lumière de ce qu'attendent les électeurs.

Le sondage parle aussi de « structure unique » plus efficace. Mais avec une assemblée d'Alsace à Strasbourg, un conseil exécutif à Colmar, deux conférences départementales, huit à douze conseils de territoire de vie, et une flopée de présidents et de vice-présidents, on est très loin de toute simplification. Il faut souligner que le nouveau statut dérogatoire d'eurométropole pour Strasbourg, avec compétences départementales et régionales, sortira la capitale alsacienne de la compétence du Conseil d'Alsace, en en faisant « le siège d'un territoire qui n'est pas le sien », comme le regrette Charles Buttner lui-même. On marche sur la tête.

En l'état actuel du projet, qui désorganisera ce qui existe sans gain véritable, ne pas voter « oui » est donc un choix de raison et de prudence.

M.L.

Pour plus de précisions sur tous ces points : Blog "referendum en Alsace"
Commentaire n°1 posté par Referendum en Alsace aujourd'hui à 10h04

 

http://referendum.alsace.over-blog.com/pages/Qui_suisje_-8560440.html

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LE 7 AVRIL, VOTEZ NON ET FAITES VOTER NON LORS DU REFERENDUM EN ALSACE ! Texte général du M'PEP.

10 Mars 2013 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La réforme territoriale

LE 7 AVRIL, VOTEZ NON ET FAITES VOTER NON LORS DU REFERENDUM EN ALSACE !

Par le Mouvement politique d’émancipation populaire (M’PEP).

Le 9 mars 2013.

Le 7 avril 2013, peu de Français le savent encore, un référendum aura lieu en Alsace. La question posée sera : « Approuvez-vous le projet de création, en Alsace, d’une ‘‘Collectivité Territoriale d’Alsace’’, par fusion du Conseil Régional d’Alsace, du Conseil Général du Bas-Rhin et du Conseil Général du Haut-Rhin répondant aux principes d’organisation énoncés ci-joints. » Les grands médias et les partis politiques nationaux, pour l’instant, gardent le silence sur ce référendum dont les enjeux sont pourtant considérables. Ils considèrent que le problème est régional, qu’il ne concerne que l’Alsace, et qu’il n’y a donc pas lieu d’organiser un débat national. C’est une grave erreur car le référendum du 7 avril en Alsace a une portée politique éminemment nationale. Son enjeu doit devenir clair pour tous les Français : allons-nous mettre le doigt dans un engrenage qui vise à broyer la démocratie française, remettre en cause le principe sacré de l’égalité des citoyens, éliminer la souveraineté populaire et nationale, créer de grandes régions appelées « euro-régions » contournant l’État-nation et directement branchées sur les oligarques de Bruxelles, livrer nos territoires au marché ?

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LIBYE 2011 - SYRIE 2012 - MALI 2013 : les temps de guerres et de questions. Repris sur le blog de "Commun-Commune".

10 Mars 2013 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Afrique

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Nous vivons un temps d’incertitudes, de situations complexes et manipulations des idées : la férocité la plus noire se prétend humanisme libérateur, l’impérialisme guerrier en quête de profits et de domination, se dit aide désintéressée aux plus faibles, l’idéologie la plus réactionnaire ou fasciste se déguise en moralisme religieux : Rien d’étonnant dans ce tourbillon des faits et des idées, si les esprits vacillent, nous ne sommes plus au temps de Stalingrad, où d’héroïques combattants rouges de la liberté luttaient pour libérer le monde de la férocité nazie. D’ailleurs, même en 1943, le bien et le mal étaient-ils toujours si simples à déceler pour nos aïeux d’il y a 70 ans ?

 

Rien d’étonnant évidemment de constater avec quelle vigueur dirigeants de la droite française et du PS sont pareillement interventionnistes au Moyen Orient, et en Afrique : depuis Guy Mollet, Lacoste et Mitterrand, le parti des socialistes français a toujours soutenu, sinon organisé, les guerres coloniales et la torture en guerre d’Algérie, les expéditions impérialistes en Égypte, en Afrique, au service des sociétés pétrolières ou minières, en quête de pétrole au Tchad, d’uranium au Niger. Rien d’étonnant non plus si les dirigeants opportunistes du PCF- Front de gauche, les yeux rivés sur leur plan de carrière et leurs petits pouvoirs , sont prêts comme depuis trente ans à tous les agenouillements pour avoir les voix du PS aux municipales et aux législatives

 

Il est plus surprenant par contre de constater les hésitations, les contradictions, au sein même de la petite armée résiduelle des militants français ou africains anti-impérialistes. Quelques uns semblent avoir provisoirement oublié que tous les impérialismes se valent étant partie liée : on ne peut refaire l’erreur des socialistes en 1914, approuver l’un d’entre eux, fut-il de son pays, contre l’autre, sans trahir les peuples qui sont victimes de tous, coalisés ou concurrents. D’autres condamnent à juste titre les ingérences économiques ou militaires de l’Occident (USA, Europe, France, Qatar, etc.) en Libye, en Syrie, au Mali. Mais ils ont tendance ce faisant à donner un blanc-seing immérité aux politiciens dictatoriaux comme Kadhafi, Bachar El Assad, ou aux intégristes islamistes qui tentent par la corruption, le meurtre et le trafic de s’emparer du Moyen orient et de l’Afrique avec souvent l’appui de l’Occident.

 

Face à deux erreurs contraires, il faut le répéter, comme le firent avec lucidité Lénine et les bolcheviks en leur temps : tout impérialisme est néfaste, et toute idéologie réactionnaire aussi, qu’elle se pare d’oripeaux religieux ou non, parce qu’elle soutient le capitalisme, qui porte en lui la guerre comme la nuée porte l’orage.
 

 

Les débats entre nous sont nécessaires, et chacun doit pouvoir exprimer ses analyses contradictoires, sans concession, et sans tabous. Mais il faut en finir avec tous ces procureurs, et donneurs de leçons. Le temps devrait être fini des attaques personnelles publiques, claironnées à l’univers entier par le biais d’internet, de ces excommunications du militant qui ne pense pas comme nous : le sectarisme, la suffisance, sont devenues pour les anti-impérialistes d’autant plus néfastes que nous sommes affaiblis, face à une contre révolution conservatrice qui est la pensée dominante dans le monde de 2013.

 

 

Débats sans concessions, certes ; mais la ligne rouge est franchie quand on oublie les principes fondamentaux ; elle est franchie aussi quand la divergence devient anathème : un anti-impérialiste a aussi le droit à l’erreur. Les faits trancheront entre nous.

 

 

NON, CLAIREMENT, À TOUTE GUERRE IMPÉRIALISTE.

Nous avons été les premiers au nom du Collectif communiste Polex en 2011 à dénoncer en France la guerre menée par Sarkozy, l’OTAN et le Qatar, contre la Libye : elle n’avait pour objectif que d’y établir un gouvernement à la botte de l’Occident. Cela même alors que le PS approuvait la droite, et que les plus opportunistes-carriéristes au sein des directions du PCF (Le Hyaric), du Front de gauche (Mélenchon) ou du NPA restaient muets ou approuvaient cette ingérence-agression, mal camouflée sous des prétextes « humanitaires » de protection des civils. Nous avions bien raison, la Libye écrasée est deux ans plus tard écartelée entre milices intégristes ou ethnicistes, ouverte à l’exploitation de son pactole énergétique par les multinationales occidentales, réduite au non-développement industriel pour longtemps : mission remplie pour les guerriers français de l’Occident…

 

Nous avons redit dès le départ notre opposition à toute ingérence extérieure en Syrie, au soutien financier, politique et militaire aux insurgés armés antigouvernementaux, par les puissances occidentales, USA, OTAN, Turquie, France, monarques du Golfe ; nous avons dénoncé l’envoi par le Qatar, avec leur complicité, de mercenaires intégristes internationaux, fer de lance de l’insurrection, pratiquant le massacre de soldats ou de civils syriens lors d’attentats aveugles.

 

Nous avons répété souvent que la seule issue à cet égorgement de la Syrie ne pouvait être militaire, mais devait être négocié entre gouvernement et opposants syriens, à l’exclusion d’intervenants extérieurs. Cela ne faisait pas de nous des partisans aveugles d’un protagoniste mais des anti-impérialistes conséquents. Nous fûmes alors trop peu nombreux pour susciter un mouvement français sérieux d’opposition à la guerre en Syrie. Cela reste nécessaire aujourd’hui ; il faut pour cela réunir tous ceux convaincus que seuls les citoyens syriens sont habilités à choisir le destin du pays et son gouvernement. Ce rassemblement ne peut se faire qu’en respectant nos divergences sur Assad et ses bombardiers, sur les insurgés et leur propagande omniprésente aux médias français.

 

La guerre déclarée au Mali par le Président François Hollande a été dénoncé par le Collectif Polex dès les premiers jours. Cette dénonciation était d’autant plus remarquable qu’elle rompait un consensus politique ultra-majoritaire en France (du PS à la Droite, du FN aux Verts et jusqu’aux pleureuses « humanitaires » qui peuplent les directions du Front de gauche et des syndicats FSU et CGT). Un consensus si fort qu’il a destabilisé quelques militants anti-impérialistes chevronnés, à Paris, à Dakar, et les a amenés à de trop rapides proclamations de soutien à l’offensive française ou à nier les responsabilités des intégristes du Sahel, alors qu’on les dénonçait en Syrie.

 

NON À LA GUERRE FRANÇAISE AU MALI

Nous ne pouvons en aucun cas approuver l’intervention militaire de la France du président Hollande : les vraies motivations en sont très différentes de celles, humanitaires, claironnées à tout propos par les dirigeants français et leurs porte-voix médiatiques.

 

L’état malien, déjà déconsidéré par la corruption et les mesures de privatisation prises sous la présidence d’Amani Toumani Touré, s’est effondré lors du putsch militaire dirigé par le capitaine Sanogo. Depuis l’armée malienne s’est liquéfiée et les autorités « provisoires » ne représentent plus guère qu’elle-même. Il est vrai que, dans ces condition de déliquescence, le risque était réel de voir les commandos intégristes du nord progresser jusqu’à Bamako sans résistance sérieuse. C’est ce qui a permis à la France d’intervenir à la mi-janvier, à la demande d’un président malien qui n’a jamais été élu, sous le prétexte de stopper l’avancée islamiste que les militaires malien étaient bien incapables de stopper. Les bombardiers et hélicoptères français l’ont fait en quelques jours et nous ne regrettons pas ce coup d’arrêt qui est ressenti par le peuple malien désemparé comme un soulagement immédiat.

 

Mais l’objectif guerrier du président Hollande et de Fabius s’est affirmé dès les premiers jours tout autre qu’une aide ponctuelle à un allié : il s’agit d’une guerre pour la reconquête du Nord Saharien non limitée dans le temps et dans l’espace, prévue jusqu’à la « destruction » des djihadistes occupant ces immenses territoires. Pour cela, des milliers de soldats français prêts à combattre au sol, à la place d’une armée malienne qu’il était au départ prévu de former et d’aider, dans la résolution de l’ONU. Nous sommes entrés ainsi dans une guerre française, dont le but est la maîtrise par la France d’un espace saharien plus vaste que l’hexagone, central par rapport à l’ancien domaine colonial. La France, puissance impérialiste et néo coloniale en déclin, entame ainsi la reconquête du nord-ouest africain pour y retrouver à nouveau ses prérogatives de chasse gardée militaire (bases et accords de formation et d’ingérence diplomatique et plus encore économique). Le Sahara et le sahel ont des ressources potentielles immenses à exploiter, minérales et énergétiques (pétrole, gaz, uranium et énergie solaire).

 

Si les USA peuvent envisager en une décennie l’auto suffisance grâce au « gaz de schiste », en ce domaine la France devra toujours importer gaz, pétrole, uranium etc… Il s’agit donc pour ses dirigeants d’interdire dans cet espace les concurrents, quels qu’ils soient certes, mais dont les plus menaçants sont les Chinois, déjà concurrents d’Areva au Niger et potentiellement ailleurs.

 

Selon des informations qui circulent sur internet (Capitaine Martin. Cyberrésistances – 28/01/2013), précises et non démenties, les autorités maliennes auraient signé en septembre 2011 trois accords commerciaux avec la Chine pour la coquette somme de 739 milliards de yuans, dont plus de 600 destinés au bassin hydroélectrique de Taoussa près de Gao.

 

Curieux emballement de la chronologie : c’est début 2012 que les mercenaires touaregs du libyen Kadhafi vaincu par les bombardements franco-otaniens, se rapatrient vers le désert nord malien avec armes et bagages, sous le regard complaisant du Quai d’Orsay. Conséquence concomitante de la guerre menée par Sarkozy et ses alliés qataris en Libye, des tonnes d’armes se diffusent au Nord Mali, où elles équipent la nébuleuse de trafiquants-« djihadistes » qui y sévissent, séparatistes du MNLA, intégristes d’Ansar Eddine, Mujao et autres « fous de Dieu » et vendeurs de narcotiques. En quelques semaines, ils se rendent maîtres du désert malien, bousculant sans difficultés une armée malienne sans grands moyens et peu combative.

 

Le 21 mars 2012, une partie de cette armée, dirigée par le capitaine Sanogo, expulse le président élu Amadou Toumani Touré du pouvoir lors d’un putsch aux motivations peu claires. ATT avait certes laissé se développer corruption et inégalités sociales, peu résisté aux injonctions du FMI (privatisations et austérité budgétaire), mais il était surtout en froid avec la France pour n’avoir pas signé, seul, d’accords migratoires, et lorgné un peu trop vers les concurrents asiatiques ou d’ailleurs.

 

Résultats du putsch en tout cas : une armée divisée incapable de faire face à la moindre menace, une flambée des réponses religieuses à la crise sociale, le discrédit des partis, un pouvoir ne représentant que lui-même et les putschistes à Bamako, la quasi disparition d’un état laïque digne de ce nom.

 

En janvier 2013, quelques groupes armés djihadistes progressent vers le Sud sans rencontrer de résistance sérieuse, ce qui permet à l’armée française de venir « sauver Bamako des terroristes » (opération « SERVAL ») et de se lancer dans la foulée à la conquête du Nord-Mali, un espace grand comme un état européen.

N’allons pas plus loin dans les hypothèses : mais convenons que ce déroulement des faits n’en manque pas, ni de mobiles ni de présomptions.

Imprégnée de son passé colonial, la France officielle, qu’elle soit dirigée par la droite ou le parti socialiste, a toujours considéré depuis les indépendances africaines octroyée de mauvaise grâce en 1960, que tout le nord-ouest du continent, Maghreb, Sahara, Sahel, jusqu’au golfe de guinée, était sa zone d’influence naturelle, économique, diplomatique. Elle a toujours vu d’un mauvais œil les velléités d’indépendance nationale en ces contrées, au point d’y aller imposer militairement des gouvernements à sa botte plus de vingt fois en cinquante ans ; et, dans ce nouveau siècle, elle s’exaspère de constater l’arrivée de nouveaux concurrents : les chinois sont d’ores et déjà présents au Niger, en Algérie…

 

Pour ces objectifs, la France impérialiste n’a jamais hésité à faire la guerre, les dernières étant dans la zone, l’installation manu-militari de Ouattara à la tête de la Côte d’Ivoire et la guerre sarkozienne contre la Libye. 
 

Ces objectifs de l’impérialisme français sont à la fois aventureux sur le plan militaire (la guerre au sol peut durer des années face à une guérilla endémique), et irréalistes sur le plan géopolitique : Paris n’a plus les moyens de mener cette reconquête africaine avec les seuls moyens et à son seul profit, l’exemple libyen le démontre : c’est la France de Sarkozy qui a, pratiquement seule, écrasé la Libye de Kadhafi. Un an plus tard, dans ce pays vassalisé et désarticulé, ce ne sont pas les entreprises françaises qui tirent le plus de bénéfices des sources énergétiques libyennes mais celles, occidentales, anglo-saxonnes ou Qataries. On peut prédire sans grand risque qu’il en sera de même au Mali : La France prend les risques, mais au final, elle ne pourra aboutir qu’au rétablissement des contrées sahélo-sahariennes dans la zone d’influence de l’occident, États-Unis en tête. Ils ont déjà en un an placé leurs antennes militaires un peu partout dans les régions, au Burkina Faso par exemple et s’apprêtent à le faire ailleurs.

 

Nous n’ignorons pas les concurrences entre impérialismes occidentaux dans cette partie de l’Afrique. Samir Amin et d’autres anti-impérialistes africains ont raison de faire remarquer que les USA et leurs protégés qataris et saoudiens ont permis à des mouvements intégristes (frères musulmans) d’accéder au pouvoir en Égypte, Libye, Tunisie, qu’ils soutiennent dans leur insurrection contre le gouvernement syrien et que leur attitude à l’égard des djihadistes du Sahara malien est plus qu’ambiguë. Faut-il aller jusqu’à supposer un vaste projet de « sahelistan » contrôlé par des djihadistes qui serait ouvert aux intérêts étatsuniens au détriment même de l’impérialisme français ? Il a pu germer dans les cerveaux de quelques stratèges anglo-saxons, proches des financiers arabes du golfe, mais les tenants de l’impérialisme yankee n’ont pas qu’un fer au feu et ne sont pas unanimes. Même si cette ambition était avérée, cela ne peut en aucun cas nous conduire à approuver l’impérialisme français contre celui de Washington, Doha et Riyad : leur pouvoir de nuisance pour les peuples est identique, nous sommes et demeurons opposés à tout impérialisme, à commencer par celui de notre propre pays. Les chiens de guerre occidentaux ne valent pas mieux que ceux supposés « fous de Dieu » et véritables narcotrafiquants, armés par les monarques du Golfe et instrumentalisés par les USA.

L’entrée en guerre de la France du président Hollande et ses amis socialistes est aussi une vaste opération de manipulation de l’opinion à usage intérieur. Ce pouvoir, englué dans sa soumission à l’Europe supranationale, soumis jusqu’à la bassesse au moindre désir du patronat français (MEDEF) et des spéculateurs mondialistes (Mittal), multiplie les mesures d’austérité, détruit les conquêtes sociales et ne fait rien sauf en paroles contre la destruction des industries françaises et leur délocalisation vers des taux de profits élevés et exotiques : il le paie d’une impopularité pire que celle Sarkozy avant sa défaite électorale. Comme nous pouvions le craindre depuis un an, le pouvoir socialiste français a lancé, seul, la guerre du Mali pour redorer son blason en faisant oublier dans une aventure consensuelle les sujets qui fâchent, chômage, pauvreté, « flexibilité » etc… Cela en manipulant le rejet justifié par les français de l’intégrisme religieux et du terrorisme et les vieilles nostalgies coloniales qui traînent dans les têtes de ce pays. Pour l’instant, l’opération est réussie grâce notamment au matraquage médiatique de l’opinion. Le déclenchement de la guerre a été approuvé par la quasi unanimité des partis politiques, du PS enthousiaste à la droite sarkozienne et jusqu’au Front National. Front de gauche et NPA vont du mutisme embarrassé aux réticences discrètes, seuls quelques individualités communistes redisent sans écho leur refus du consensus colonial et prennent date pour l’avenir. Car ce brouillard ne pourra occulter longtemps les réalités françaises les plus féroces (les exclus sociaux de Florange, de Renault, de PSA, de FRALIB et d’ailleurs, sont encore en lutte) ; comme ce fut le cas pour la guerre d’Algérie il y a 60 ans, les premières difficultés militaires éveilleront très vite l’opinion anesthésiée…

 

Après les premières semaines de guerre, que proposer qui tienne compte à la fois des réalités sur le terrain et de notre idéal permanent d’égalité entre les hommes et les peuples ?

 

L’offensive intégriste vers Bamako semble brisée et nous en prenons acte, même si nous étions et restons plus que jamais opposés à l’intervention française.
 

 

La capacité de nuisance des groupes armés intégristes au nord Mali reste grande, et la France, ex puissance coloniale, n’est pas qualifiée pour reconquérir cet espace à son profit, pas plus que les autres puissances occidentales, ou leurs affiliés africains de la CEDEAO ( Ouattara, Compaoré etc.)

Les seuls qualifiés à décider du sort du Mali sont les citoyens maliens et leurs représentants librement désignés, dès que possible.

Le rôle des partenaires extérieurs, FRANCE, USA, CEDEAO NE PEUT ËTRE EN AUCUN CAS DE PROFITER DE L’ÉTAT DE FAIBLESSE DE L’ÉTAT MALIEN POUR S’EN RENDRE MAÎTRES ; elle peut être tout au plus d’aider à la reconstruction des forces armées du pays, à sa survie économique et plus tard à son développement économique et industriel (car le non développement et la pauvreté y sont source de tous les maux).

A l’issue de quinze jours de guerre au Mali, le ministre français des armées a reconnu que la France avait dépensé pour le seul transport et défraiement des troupes au sol environ 700 millions d’euros. En tenant compte du coût énorme par heure de vol des bombardiers et hélicoptères qui n’ont pas chômé, c’est en milliards d’euros que se chiffreront les dépenses de guerre, pour un pays qu’on dit si endetté que ses salariés et retraités doivent envisager de drastiques cures d’amaigrissement selon nos argentiers sociaux-libéraux. Combien ces sommes folles auraient-elles permis de construire d’usines, produisant vêtements ou outils pour les besoins locaux, fournissant des emplois aux Maliens désespérés de devoir émigrer pour survivre ? Car c’est bien ce désespoir social né du sous-développement agraire et industriel africain qui sert de vivier à l’intégrisme islamiste, nourrit les dérives ethnicistes et séparatistes : l’Afrique livrée au seul pillage de ses richesses naturelles par les sociétés transnationales et l’impérialisme occidental est, de ce fait, condamnée aux explosions guerrières et aux convois de réfugiés, aux délinquances criminelles et politiques.

Est-ce à dire que les trafiquants, les mercenaires armés qui font régner la terreur au Sahara ou au Sahel, doivent être excusés, voire justifiés, à cause d’un impérialisme occidental prédateur ? Il serait infantile de le faire, ils sont les meilleurs alliés de l’empire d’Occident qui épuise les peuples africains. La misère sociale et culturelle de certains quartiers ghettoisés de France, explique la dérive vers la drogue et le crime de certains de leurs habitants ; elle nous oblige à rappeler que la seule répression sécuritaire n’est en rien une solution ; elle ne justifie aucunement ceux qui deviennent chefs de bandes, dealers ou meurtriers ; d’autres vivant dans le même quartier s’échinent à survivre par leur travail quand ils en trouvent…

 

« COMPRENDRE L’INTÉGRISME ISLAMIQUE » OU LE COMBATTRE ?

Ces dernières années, quelques intellectuels d’Occident théorisant leur impuissance douillette et protégée, se laissent aller à confondre l’anti-impérialisme nécessaire avec l’approbation de ses ennemis ponctuels : ils créent ainsi la confusion, et gênent, de ce fait, le rassemblement de tous ceux opposés à l’ingérence coloniale ou impériale.

Ils condamnaient à juste titre l’intervention de la France et de l’OTAN en Libye : était-ce une raison pour exiger des manifestants contre la guerre une approbation de l’histrion brutal Kadhafi, condamné par l’Occident qu’il avait si souvent servi ?

Aujourd’hui, aussi mal inspirés, ils confondent l’opposition absolue à l’ingérence militaire des puissances de l’OTAN et du Qatar en Syrie, au service d’insurgés armés soutenus par des mercenaires intégristes venus d’ailleurs ; ils exigent de nous une réhabilitation béate du régime autoritaire d’El Assad, ancré si longtemps dans la répression féroce des progressistes syriens, et désunissent ainsi ainsi le mouvement contre la guerre.

S ‘opposant à juste titre à l’intervention étrangère au Mali, ils se répandent en jérémiades irrationnelles sur les pauvres Touaregs délaissés par Bamako, et nous demandent de « comprendre » les « motivations religieuses » des « combattants islamistes » de l’Afrique saharienne. Il faudra donc être très clair à ce sujet :
 

Les communistes ne peuvent avoir aucune complaisance pour les séparatistes du MNLA et les guerriers intégristes qui ont imposé par la terreur leur volonté aux populations du Nord Mali. Les premiers mercenaires nomades au service de Kadhafi, l’ont abandonné quand les bombardiers de Sarkozy et de l’OTAN ravageaient la Libye en 2011 et ont fui vers le désert malien sous la protection de la France. Ils se sont alors découverts représentants des Touaregs et ont revendiqué, avec l’accord complaisant du quai d’Orsay, la sécession absurde du Sahara à leur profit, sous le nom d’Azawad. Ils ont surtout réussi à faire se réfugier les populations affolées du désert, touareg ou non, vers les pays voisins, Algérie, Mauritanie, Niger et sahel malien. Ils n’ont plus aujourd’hui qu’une influence minime ; ils ont surtout permis la conquête du nord Mali par les groupes armés « djihadistes », Ansar Eddine, Mujao, AQMI, etc… qui occupent aujourd’hui les immensités sahariennes autour de Gao et Tombouctou, rayonnent jusqu’aux désert algérien, tunisien, libyen et nigérien et jusqu’au nord du Nigeria. Cette nébuleuse de groupes armés, dirigés par des chefs de guerre de diverses origines (Algériens, touaregs ou non, Nigériens ou d’Afrique Sahélienne), regroupent quelques milliers de baroudeurs aguerris, issus parfois des combats afghans, yéménites ou somaliens et de nationalité diverses, du Maghreb, du Nigeria, voire originaires de pays occidentaux. Ils sont très bien armés et équipés en véhicules tous terrains, matériel de communication et repérage, armement parfois sophistiqué (qui leur a permis d’abattre un hélicoptère français). Ces équipements proviennent des stocks éparpillés lors de la guerre contre la Libye, parfois d’origine occidentale. Mais ils en ont aussi beaucoup acheté, grâce aux bénéfices des divers trafics qu’ils pratiquent dans le désert (de migrants, de drogue, d’otages rançonnés) et à l’aide financière des potentats pétroliers arabes du golfe, d’inspiration intégriste (et pro occidentale) Qatar et Arabie Saoudite. Ces groupes mobiles et d’obédience diverse n’ont en commun que l’idéologie intégriste, instrumentalisation de la religion musulmane au profit de leur vision politique, comme le franquisme en Espagne ou les Oustachis en Croatie il y a 70 ans utilisèrent le catholicisme au profit du fascisme.

Sous prétexte de revenir à la lettre du Coran d’il y a 7 siècles, ils prônent une pratique terroriste de la loi (la charia), un régime théocratique débarassé par la force de toute forme de démocratie politique, mais tout à fait compatible avec le marché capitaliste.

L’intégrisme djihadiste islamiste n’est pas une variété de l’islam, il est une forme de fascisme contemporain en pays musulman.

 

DIVERSITÉS RELIGIEUSES

Évacuons d’abord quelques interrogations proprement religieuses, comme de bons esprits pas toujours bien intentionnés nous y incitent, à propos de la foi musulmane. Contrairement à une idée reçue, l’Islam n’est pas la seule à se vouloir totalisante, à prétendre régir aussi la morale, l’économie, la politique : Toutes les « religions du Livre », fondées sur des textes considérés comme sacrés, font de même. La bible judaïque, l’Évangile chrétien, comme le Coran musulman, sont pleins de préceptes moraux, politiques et sociétaux, rédigés il y a parfois plus de 1000 ans , souvent contradictoires, parce que nés de sociétés différentes : chacun y peut y trouver son miel, les théologiens peuvent en faire une lecture littérale, ou s’en inspirer, comme de fables symboliques. Ainsi oublie t’on trop souvent que si certains versets du Coran ordonnent aux femmes le voile pour se protéger du désir masculin, d’autres disent l’inverse, et que Saint Paul, l’un des pères du christianisme, prescrivait le même attirail vestimentaire féminin à ses fidèles. Il existe donc de ce fait , au sein de chaque religion, des pratiques très différentes, liées à des lectures divergentes des textes : Les Musulmans se divisent ainsi en Sunnites ( les plus nombreux du Maghreb en Orient) Chiites (les protestants de l’Islam, majoritaires en Iran). Les adeptes du Soufisme (courant mystique),etc…

Dans certaines régions, l’Islam s’est enrichi de cultes syncrétiques (issues de croyances antérieures) comme les marabouts dédiés à des saints au Sahel ou au Maghreb,  de confréries comme au Sénégal (Mourides, etc…) cette diversité des pratiques de l’Islam est énorme, à l’échelle des trois continents concernés (Asie Afrique, Europe) autant que celles des chrétiens (catholiques, orthodoxes, évangéliques , etc…) et diversifiée jusqu’au niveau des individus : il existe autant de pratiques chrétiennes que de pratiquants, autant de pratiques de l’Islam que de musulmans. Ce foisonnement infini de croyances, de comportements religieux n’interroge que les théologiens, ou les croyants. Gardons nous bien de trancher leurs débats, ils n’ont rien à voir avec notre propos sur l’intégrisme, qui n’est lié à aucune de ces catégories religieuses, plus qu’à une autre. Le 30 janvier 2013, les érudits, prêcheurs et imans musulmans du Mali, du Niger, de Mauritanie, du Burkina, d’Algérie, se sont réunis à Alger pour condamner au nom de leur diversité régionale «  la violence, le fanatisme, l’extrémisme » comme contraire à leur conception de l’Islam (El Watan. Alger 31/1/13).

 

L’intégrisme ou « fondamentalisme » actuel dit souvent s’inspirer du Wahhabisme (version politique de l’Islam imposée à l’Arabie en 1803 par les monarques Saud), ou du salafisme (dont l’objectif est la restauration aujourd’hui de la société islamique des origines d’il y a 14 siècles). Il prévoit d’imposer ses objectifs politiques, aux non musulmans et aux musulmans hérétiques   qui ne pensent pas comme lui par la force, «  le djihad » ou guerre sainte : une lecture spécifique de ce concept, qui pour l’immense majorité des musulmans signifie le combat que le croyant doit mener contre ses mauvais instincts pour se conduire bien à l’égard de Dieu et des autres. Cette distorsion sémantique inventée par les intégristes « islamistes » a réussi à s’imposer aux opinions occidentales, associée au concept fourre tout de « terrorisme ».. il est donc plus que jamais nécessaire de répéter que ce «  djihadisme », ce « terrorisme », bien réels n’ont rien de spécifiquement musulman, ne sont que le produit des mouvements politiques « islamistes » ( à ne pas laisser confondre avec « islamiques »)

 

Parler à leur propos de fascisme ne relève pas du qualificatif moral, de l’insulte, mais de l’analyse politiques comparée : les similitudes sont troublantes avec les idéologies fascistes qui envahirent l’Europe il y a 80 ans, et notamment avec la plus élaborée d’entre elles, le nazisme.

 

DES PARENTÉS « ISLAMISMES » - NAZISME

Elles sont d’abord politiques. On sait à quel point les Nazis avaient pour objectif d’éliminer par la terreur toute forme de démocratie politique, de partis de syndicats, de représentativité populaire au profit d’un état totalitaire. Ils l’ont fait une fois au pouvoir en Allemagne après 1933, par les camps de concentration, l’assassinat, l’exil forcé pour les opposants, à commencer par les communistes. Durant la décennie sanglante, il y a 20 ans, les intégristes salafistes ont massacré environ 100 000 citoyens en Algérie, ciblant les militants progressistes, les contraignant au silence ou à l’exil par la terreur, détruisant pour longtemps le tissu syndical ou politique du pays. Les intégristes actuels, qui les prolongent, rêvent de faire la même chose en Égypte, Libye, Tunisie, Syrie ou au Sahel. Leurs agissements politiques ne sont « modérés » que quand le rapport de forces ne leur est pas encore favorable : leur objectif totalitaire est toujours là, l’Égypte et la Tunisie actuelle le prouvent.
 

 

Les nazis savaient utiliser le drapeau rouge et le verbiage anticapitaliste, tout en se faisant financer par les trusts, et en débarrassant le capitalisme de ses ennemis. L’intégrisme islamiste se prétend antioccidental, et ne l’est que dans la mesure où il rejette, comme tous les fascismes, l’héritage idéologique des Lumières et des révolutions démocratiques, de 1789 et 1917. Il est aussi attaché au libéralisme économique, à la loi du marché, que ses animateurs pratiquent grâce à une finance « islamique » insérée dans le jeu mondial du profit. Ses porte flingues, et égorgeurs peuvent être de pauvres diables miséreux comme les S.A. ou S.S. étaient souvent des ouvriers au chômage. L’impérialisme occidental et notamment étasunien, lui, ne s’est jamais trompé sur les motivations de l’intégrisme. Il les a financés et armés en Afghanistan dès la décennie 80 contre les communistes locaux et leurs alliés soviétiques ; il les a soutenus , a accueilli leurs chefs à New York ou Londres quand les tueurs du GSPC égorgeaient les démocrates algériens en 1995 ; il les a aidés à accéder au pouvoir en les finançant au Maghreb, en Égypte, dans les bouleversements récents du « printemps arabe », avec ses comparses du Qatar et d’Arabie saoudite, il les utilise au sein de l’insurrection syrienne armée, et au Mali, en attendant mieux : en quelque sorte conscient de ses intérêts convergents, l’impérialisme occidental, y compris la France de Sarkozy en Libye, de Hollande en Syrie, soutient et utilise l’islamisme à la carte, entre deux discours « antiterroristes ».

 

Sur le plan sociétal enfin, le projet ultra réactionnaire intégriste, contre l’égalité des sexes, prônant la barbarie des supplices en guise de justice (la charia), rappelle on ne peut mieux la même idéologie machiste et patriarcale, la même férocité judiciaire de l’ère nazie. Que l’une se prévale d’une lecture bornée du Coran et l’autre d’une race prétendument supérieure ne change rien aux résultats.

 

Il faut par ailleurs faire un sort à l’affirmation selon laquelle l’islamisme ne serait qu’un anodin discours politique nourri d’Islam, comme les démocrates chrétiens européens se prévalent du christ, ou Chavez au Venezuela se dit inspiré par les Évangiles. Cet amalgame est hypocrite, et historiquement absurde. Car la démocratie chrétienne en France (MRP) celle d’Italie après guerre (relisez Don Camillo…) étaient issues de la Résistance antinazie, et la DC allemande elle-même à toujours réfuté l’héritage hitlérien, au moins en paroles, et le fait que certains révolutionnaires soient aussi croyants n’est pas une nouveauté. Camilo Torres est mort en guérilla en Amérique Latine pour le même idéal que le Che, c’est l’insulter que de l’assimiler aux fanatiques islamistes. Historiquement, à l’inverse de la DC européenne les partis intégristes islamistes se sont construits dans les pays arabes contre les nationalismes progressistes, contre le Nassérisme, contre le Baath socialiste en Syrie, etc…

 

Il est vrai qu’il existe en pays musulmans des politiciens, des partis, qui se disent inspirés de l’Islam, et ne sont pas fascistes pour autant, et ne peuvent se définir par le seul intégrisme, qui les a contaminés. Ainsi le Hezbollah au Liban, le Hamas palestinien à Gaza sont d’authentiques mouvements populaires de libération nationale, même si malheureusement, l’idéologie intégriste imprègne certains de leurs dirigeants : c’est d’ailleurs ce qui facilite d’étranges manipulations : sait-on assez que les colonialistes israéliens ont financé au départ le Hamas contre l’OLP et la gauche palestinienne, et que les Émirs pro étasuniens du Qatar le chouchoutent aujourd’hui ?

On ne peut conclure provisoirement cette analyse nécessaire, mais succincte sans commenter en quelques mots une affirmation qui revient souvent dans les discours militants anti-impérialistes ; « l’intégrisme islamiste comme les xénophobies racistes ou nationalistes, est une conséquence de la crise actuelle du capitalisme ».
 

Et il est certes exact que le désespoir que cette société livrée aux mécanismes du marché et du profit fournit la masse de manœuvre de ces formes actuelles d’aliénation politique, en Afrique et jusqu’en Europe. La croissance des intégrismes, des ethnicismes, au Mali, comme en France, n’est pas fabriquée par les financiers ou des services secrets qataris ou étasuniens. Elle naît des difficultés sociales, du chômage, de la misère ….

 

Encore faut-il éviter de répéter « la crise, la crise », en sautillant comme un cabri, selon la formule de De Gaulle, comme un croyant explique toutes les complexités de l’univers par Dieu.

Crise du capitalisme ? certes, mais cela ne doit pas nous cacher que ce capitalisme n’est certes pas en agonie, que depuis les années 1990 il a renforcé son emprise sur les peuples d’Afrique, d’Orient , ou d’Europe, grâce à une véritable contre révolution idéologique. La flambée actuelle des intégrismes en pays d’Islam, comme des xénophobies racistes en Europe, y est aussi la conséquence de la crise des idéologies et mouvements révolutionnaires, de leurs dérives opportunistes, carriéristes, de leur ralliement à la vulgate « libérale ». 
 

Et de cela, nous sommes comptables. L’histoire sera ce que nous la ferons, en Afrique, en Europe et ailleurs.

 

Pas plus qu’en 1936-44 on ne compose pas avec le fascisme, qu’il se prétende catholique, « aryen » ou musulman. On le combat.

 

En ce sens, nous comprenons fort bien le désir de la grande majorité des maliens de se débarrasser par les armes de cette peste brume verte qui a envahi Sahara et Sahel. Nous n’oublions pas que c’est dès le départ avec la complicité des monarchies du golfe et des pays de l’OTAN dont la France de Sarkozy. Mais cette responsabilité occidentale dans le déclenchement du drame malien n’atténue en rien celle de ces chiens de guerre intégristes qui veulent asservir à leur pouvoir les peuples africains ; Ils ont à nouveau révelé leur vraie nature en expédiant un commando s’emparer du site gazier algérien de In Amenas, en y exécutant froidement des salariés désarmés, surtout asiatiques. Leur objectif était de détruire les installations construite par la société nationale Sonatrach autant que de prendre des otages : seule l’action résolue de l’armée algérienne les en a empêchés.

 

Francis ARZALIER

 

Source : Collectif Communiste Polexhttp://www.communcommune.com/article-libye-2011-syrie-2012-mali-2013-les-temps-de-guerres-et-de-questions-115988119.html

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Lettre ouverte à Madame le Ministre Geneviève Fioraso et aux sénateurs PS sur leur volonté de réduire la place du français dans l’enseignement supérieur et la recherche.

10 Mars 2013 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Ecole

Lettre ouverte à Madame le Ministre Geneviève Fioraso et aux sénateurs PS sur leur volonté de réduire la place du français dans l’enseignement supérieur et la recherche.

En catimini le gouvernement socialiste s'apprête à porter un coup dur à la langue française. Dans un projet de loi a priori abscons, Geneiève Fioraso, ministre de l'Enseignement supérieur, écrit en filigrane que le français serait un obstacle à l'attractivité de notre pays pour les étudiants étrangers. Un comble quand on sait que nombre de jeunes gens viennent en France justement pour la richesse de notre langue et le rayonnement de notre culture.

Sous le prétexte d'internationalisation de l'enseignement, les socialistes veulent remplacer le français par l'anglais comme langue de référence dans l'enseignement supérieur. Debout la République ne pouvait pas rester passif face à cette énième attaque contre notre cohésion nationale. Non seulement cette loi ne va aucunement accroitre l'attractivité de notre enseignement, mais elle va en plus affaiblir le niveau de maitrise du français chez les jeunes générations.

Dans cette lettre ouverte à Madame Fioraso et aux sénateurs socialistes, Eric Anceau et Marion Sigaut, membres du Bureau national de DLR, prennent au nom de tous les adhérents et sympathisants de DLR la défense de notre patrimoine commun : la langue française.

 

Lettre ouverte à Madame le Ministre Geneviève Fioraso

Stendhal écrivait que le premier instrument du génie d’un peuple est sa langue. Nous craignons, Madame la ministre et Mesdames et Messieurs les sénateurs socialistes, que vous n’ayez pas assez médité cette phrase.

Au fur et à mesure que le temps passe, les craintes que nous formulions voilà quelques semaines sur votre projet de loi sur l’enseignement supérieur et la recherche, Madame la ministre, ne font que se renforcer, puisqu’il porte maintenant une grave atteinte à la place de la langue française dans nos établissements d’enseignement supérieur. Plutôt que de vous attaquer aux vraies raisons qui font décliner notre pays et souffrir nos compatriotes, vous cherchez à les inscrire un peu plus chaque jour dans la globalisation dont les prix à payer sont la marchandisation de toutes les activités, y compris les plus précieuses, celles de la connaissance et de la culture, et le nivellement par le bas.

Jusqu’à aujourd’hui, le Code de l’éducation affirme dans son article L 121-3 que :

  1. La maîtrise de la langue française et la connaissance de deux autres langues font partie des objectifs fondamentaux de l'enseignement.
  2. La langue de l’enseignement, des examens et concours, ainsi que des thèses et mémoires dans les établissements publics et privés d’enseignement est le français, sauf exceptions justifiées par les nécessités de l'enseignement des langues et cultures régionales ou étrangères, ou lorsque les enseignants sont des professeurs associés ou invités étrangers. Les écoles étrangères ou spécialement ouvertes pour accueillir des élèves de nationalité étrangère, ainsi que les établissements dispensant un enseignement à caractère international, ne sont pas soumis à cette obligation.

Désormais, se verrait ajouter, par vos soins, à la fin du premier alinéa du paragraphe II: « ou lorsque les enseignements sont dispensés dans le cadre d’un accord avec une institution étrangère ou internationale tel que prévu à l’article L. 123-7 ou dans le cadre de programmes bénéficiant d’un financement européen, ou par l’intérêt pédagogique de cette démarche, ou lorsque les enseignements sont destinés à un public international. Dans ces deux derniers cas des enseignements permettant aux étudiants francophones d'acquérir la maîtrise de la langue d'enseignement sont mis en œuvre. Lorsque les enseignements ne sont pas assurés en français, l’établissement doit organiser, à destination des étudiants étrangers qui ne maîtrisent pas bien le français, un parcours de formation destiné à leur permettre la maîtrise du français ».

Ainsi, l’enseignement dans une langue étrangère (principalement l’anglais, on l’aura compris) serait non seulement permis dans nos Universités, mais deviendrait la norme dès lors qu’un partenaire étranger ou qu’un financement européen y serait associé. Notons au passage que celui-ci est en réalité français puisque notre pays est contributeur net au budget européen. Cela reviendrait à financer nous-mêmes l’expulsion de la langue française de l’enseignement supérieur et de la recherche, en d’autres termes, à nous suicider !

Cependant pour certains de vos amis, cela ne suffisait pas encore. Nous nous sommes sentis obligé, Mesdames et Messieurs les sénateurs socialistes, de vous rendre aussi destinataires de cette lettre puisque trente-six d’entre vous, dont l’un des vice-présidents délégués, avez déposé sur le bureau du Sénat, le 12 février dernier, une proposition de loi « relative à l’attractivité universitaire de la France » qui aggrave encore le projet initial avec votre assentiment, Madame la Ministre.  Comme l’indique clairement votre exposé des motifs, il s’agit à vos yeux de renforcer la place de la France dans la concurrence internationale. L’article 6 de votre proposition ajoute le passage suivant à l’article L. 761-1 du Code de l’éducation : « par dérogation à l’article L. 121-3 [celui cité plus haut], la langue de l’enseignement, des examens et concours, ainsi que des thèses et mémoires, dans les établissements d’enseignement supérieur, peut être une autre langue que le français. Pour les étudiants ne justifiant pas d’une connaissance suffisante du français, lorsqu’ils suivent une formation dispensée dans une langue étrangère, cette dérogation est soumise à l’obligation de suivre un cursus d’apprentissage de la langue et de la culture françaises ».

Si le texte est voté et promulgué, les étudiants étrangers qui viendront en France n’auront plus d’effort à faire pour s’exprimer en français et comprendre notre culture. Ils ne feront plus rayonner notre pays en retournant chez eux. Or, il suffit de dialoguer avec eux pour se rendre compte qu’ils sont demandeurs, qu’ils n’aspirent qu’à devenir nos meilleurs ambassadeurs. Au lieu d’attirer des enseignants et des étudiants étrangers, vous les ferez fuir vers d’autres pays. Pour découvrir notre gastronomie et notre folklore, point n’est besoin de venir étudier ou travailler chez nous, quelques jours de tourisme suffisent.

En outre, il sera désormais possible qu’un étudiant français suive, en France, une formation en anglais sans connaître aucun des termes spécifique à sa discipline… dans la langue française ! Croyez-vous que le niveau de nos étudiants soit suffisant pour se permettre de leur dispenser un enseignement dans une autre langue alors que beaucoup d’entre eux ne maîtrisent justement pas les rudiments de la leur ?

Méconnaissez-vous à ce point cette vérité élémentaire que le recours à l’anglais lorsque les interlocuteurs ne sont anglo-saxons ni l’un ni l’autre entraîne une double traduction, source évidente d’erreurs et d’appauvrissement ? Indépendamment d’une contribution au développement du globish, vous imaginez-vous réellement permettre un progrès quelconque dans la connaissance réelle de l’anglais, sauf pour quelques privilégiés qui pourront s’offrir des cours particuliers et des séjours dans le monde anglo-saxon ? Ne vous rendez-vous pas compte que la compétence linguistique primera la compétence scientifique alors que ce que nous vivons tous les jours avec le monde de la finance aurait dû vous alerter, les mêmes causes produisant le plus souvent les mêmes effets ? Croyez-vous réellement apporter une pierre  à l’édifice socialiste en augmentant les inégalités et en coupant encore davantage des masses l’élite mondialisée et hors-sol que vous dénonciez quand vous étiez dans l’opposition et en campagne électorale ?

Permettez-moi de vous dire au contraire que  selon la belle formule d’Umberto Eco, « la langue de l’Europe, c’est la traduction » et pas l’anglais, que la lutte contre le communautarisme, le chômage et la précarité passe par le renforcement du français, que la précision des mots de notre langue en fait une langue de culture mais aussi de science, qu’elle a produit un René Descartes, un Victor Hugo ou un Louis Pasteur, mais aussi qu’elle a permis à une Marie Curie, un Eugène Ionesco, un Henri Troyat, un Milan Kundera, un Georges Charpak, un Hector Bianciotti ou un François Cheng de produire une œuvre mondialement reconnue.

Lorsque l’on se méprise soi-même comment espérer que les autres vous respectent ? N’oubliez pas, Madame la ministre, que vous êtes pour partie l’héritière ès qualité de Jules Ferry auquel le président Hollande rendait hommage en prenant ses fonctions. Vous envoyez un signal négatif à tous ceux qui, par le monde, voudraient apprendre le français, vous sapez la politique de la francophonie alors même que nos amis québécois ou africains sont si fervents, vous risquez de contribuer à faire de la France une simple province d’un vaste ensemble euro-atlantiste anglophone et de ravaler notre langue qui est celle des droits de l’homme et de l’olympisme au rang de l’idiome.

Permettez-nous de citer un écrivain que l’actuel hôte de l’Elysée aime autant, croyons-nous, que l’aimait François Mitterrand, Léopold Sedar Senghor. Á la question « Pourquoi écrivez-vous en français ? », il répondit dans Éthiopiques : « Parce que nous sommes des métis culturels. Parce que si nous sentons en nègre, nous nous exprimons en français, parce que le français est une langue à vocation universelle, la langue de la civilisation de l’universel. » En un mot comme en cent, Madame la ministre et Mesdames et Messieurs les sénateurs socialistes, n’entraînez pas le pays, un peu plus, sur la voie de la capitulation et renoncez à vos funestes projets. Sachez résister comme nous-mêmes.

Eric Anceau
Membre du Bureau national de DLR
Délégué national à l'Assimilation et à la Cohésion nationale
 
Marion Sigaut
Membre du Bureau national de DLR
Déléguée nationale à la Vitalité de la Langue française
 
 
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