Les adeptes de ce dernier clan vont pourtant devoir ravaler leurs cris d’orfraie et se faire une raison. Oui, c’est une chose fort remarquable et appréciable que le M5S soit un parti populiste. De gauche.

Populisme (du latin “populus”, peuple) : « discours politique favorable aux classes défavorisées, et souvent hostile aux élites » (Wiktionnaire)

Chasses et privilèges gardés

Les élites, surtout lorsqu’elles traversent des périodes de tourmente, ont toujours éprouvé un sombre ressentiment à l’égard de tout ce qu’elles assimilent au populaire. Qu’on en juge au dédain qui entoure le mot “plèbe” (du latin “plebis”, classe populaire), sans même aller jusqu’à parler du “vulgaire” (du latin “vulgus”, la foule).

Nos élites (et les fidèles serviteurs qui aboient dans leur ombre) ont transformé des mots comme “populistes” en mots-couperets censés disqualifier d’avance tous ceux qui s’en réclament… et menacent leur pré-carré d’élites. On y côtoie pêle-mêle les termes infamants de “démagogue” ou de “complotiste”. On y distribue à la pelle des points Godwin pour discréditer de gênantes comparaisons.

Bref, au bout du compte, il s’agit ni plus ni moins que de baliser le domaine du respectable et de l’admissible (le leur), dans lequel ceux-là s’adonneront au doux théâtre de la démocratie entre gens bien (et de biens), en rejetant d’avance les trublions perturbateurs du commun.

D’ailleurs, que la tempête se lève et les joueurs d’importance cessent instantanément leur joute de façade pour se regrouper en coalition d’intérêts bien compris. Ainsi en Grèce, de la Démocratie chrétienne (droite) et du Pasok (socialiste).

Amalgame désespéré

On remarquera que nos antipopulistes primaires, juchés sur leur branche de plus en plus vacillante, amalgament sans nuance le populisme de gauche (Grillo, Mélenchon) et le populisme de droite (Berlusconi, Le Pen). En ligne de mire des deux populismes, le peuple, mais non, pas pour les mêmes raisons, ce n’est pas vrai !

Amalgame finalement assez désespéré parce que les gens commencent précisément à ne plus être dupes. En Italie, les électeurs de gauche ont été finalement 25,5 % à se foutre des rodomontades de nos bras cassés et des injonctions des officines de sondage qui pensaient maintenir l’importun en deçà du cap des 20 %.

En dehors de menacer les intérêts d’une coterie de privilégiés, qu’est-ce qui fait qu’un populisme de gauche puisse être dangereux ? Son absence de programme. Il paraitrait que celui du signor Grillo ait été un peu plus sommaire que les projets du Front de gauche ou de Syriza.

Toujours les mêmes grosses ficelles

Mais enfin, on y trouve de mesures essentielles comme ce revenu d’existence fixé à 1 000 euros par mois. Irréaliste et populiste, braille notre gratin qui ne s’émeut guère quand les saints patrons augmentent annuellement leurs revenus déjà obscènes de 30 % par an.

Toujours les mêmes grosses ficelles faisandées ! N’y a-il pas assez de pâtes en Italie pour nourrir toute la population ? Assez de toits pour protéger le menu fretin du soleil. Non, disent nos oligarques, ce qui manque, c’est “les moyens”. Entendez, le pognon.

Eh bien, si l’argent manque, dit le populiste Grillo, on va aller se le chercher là où les voleurs l’ont planqué. En passant à la nouvelle lire et en enterrant leur euro de malheur.

Rupture bête et brutale

Ce que marque l’émergence d’un populisme de gauche, c’est la rupture bête et brutale des citoyens avec ceux qui prétendaient garantir leurs intérêts et qui ne parviennent même plus à masquer leurs collusions avec la finance en folie. Ah, la claque sur la figure de l’austérité personnifiée par le technocrate Monti (10,5 %) !

On renonce à leur demander en pure perte de revenir à la raison, de respecter leurs promesses électorales dont on sait désormais qu’ils ne le feront jamais. On les vire et on se débrouille soi-même.

Oui, le chemin du populisme (de gauche, je précise encore) est semé d’embûches et de chausse-trappes. Mais bien moins qu’en restant englué dans un système malfaisant qui vous entraîne assurément vers le fond.

Voilà pourquoi l’émergence d’un populisme de gauche à la Beppe Grillo est chose bien réconfortante.

 

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