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Le blog de Lucien PONS

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10 propositions d'enseignants pour l'éducation. Article paru dans Marianne2 le 22 janvier 2012.

22 Janvier 2012 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Ecole

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10 propositions d'enseignants pour l'éducation par

Jean-Paul Brighelli   

Jean-Paul Brighelli est professeur de Lettres. Face aux propositions des candidats à l'élection présidentielle de 2012 concernant l'éducation, le blogueur synthétise dix solutions envisagées par ses collègues.

 

http://www.marianne2.fr/10-propositions-d-enseignants-pour-l-education_a214662.html?TOKEN_RETURN

10 propositions d'enseignants pour l'éducation
La démocratie étant le pire système à l’exclusion de tous les autres, il m’a paru temps, à moins de trois mois du premier tour, de prendre vraiment le pouls de la profession, sans attendre des candidats des illuminations sur un métier — le nôtre — dont ils ignorent à peu près tout, sauf ce qui s’en dit au café du Commerce.

J’ai donc lancé sur un forum fréquenté par de très nombreux enseignants, de la maternelle à l’université, une enquête sur les propositions que nous attendrions de politiques intelligents et audacieux — exemple type de double oxymore. « Le bon sens du maraud quelquefois m’épouvante », comme disait Piron : les réponses de nos collègues, pour variées qu’elles semblent à première lecture, se recoupent toutes — en dix propositions. Les voici — cum commento, comme on disait jadis, quand on faisait du latin et non des TICE, des TPE et de l’ECJS — au lieu de faire de l’histoire et de la géographie.
Que ce soit bien clair : même si j'approuve l'essentiel de ce qui suit, je ne le contresignerais pas sans examen. Je me fais juste le petit rapporteur des désirs.

Une remarque enfin en passant. Pour l’essentiel, ces propositions recoupent le programme de Bayrou. Mais je n’empêche pas le PS, qui mouline dans la choucroute, ou l’UMP, qui patine dans le yaourt, de s’en inspirer. Les Verts, comme on sait, sont irrécupérables. Quant au FN, il se pare des plumes du paon en se faisant le chantre de l’école républicaine — jusqu’à ce qu’on s’aperçoive que sous le plumage dont il s’habille, la volaille est déjà plumée, le chèque-éducation en place et le privé confessionnel aux commandes.

Dix propositions

1 - Consacrer au moins 50 % du temps, en primaire, à l’apprentissage du français — ce qui suppose une réécriture complète des programmes. Et à ce titre, privilégier les méthodes d’apprentissage alpha-syllabiques. À ceux qui se demanderaient encore pourquoi, une seule réflexion de bon sens : outre le fait que c’est le mouvement naturel de la langue, qui va du simple au composé, nous passons de plus en plus de temps sur des claviers, où l’on ne tape pas des mots, mais des lettres et des suites de syllabes — étonnant, non ? Une expérimentation comme celle du SLECC a si bien prouvé son efficacité que le ministère, jamais à court d’erreurs, vient de sucrer la maigre subvention qui permettait de diffuser les très efficaces méthodes mises en place dans ce cadre.

2 - Mettre au feu les livrets de compétence, et autres fariboles chronophages — la réunionnite aiguë, par exemple, qui frappe de la maternelle à l’université. Tant qu’à faire, en revenir aux notes, aujourd’hui bannies du primaire. On s’étonne que dans la même logique la rue de Grenelle n’ait pas songé à faire interdire les thermomètres dans les hôpitaux.

3 - Penser le nombre d’élèves par classe en fonction de la réalité du terrain (30 élèves décents, ça se gère, 12 élèves en difficulté, ça se gère aussi) (1). Cela suppose d’oser enfin clairement des classes de niveau. Les « moyens » ne se distribuent pas uniformément, mais en fonction des besoins. Là aussi l'égalitarisme a tué — particulièrement ceux qui étaient moins égaux au départ.

4 - La remise en cause radicale du collège unique consisterait aussi à proposer une orientation positive en filière professionnelle dès la quatrième pour tous ces élèves qui s’ennuient si ostensiblement au collège qu’ils finissent par ennuyer les autres. Tout en imaginant des passerelles, qui existaient jadis, afin de leur permettre éventuellement de revenir dans le giron des études générales. La filière professionnelle doit cesser d’être la voiture-balai de l’école : y passer est aujourd’hui une sanction, elle doit être une opportunité. Dans cet esprit, il faut multiplier les formations en alternance, afin de faire connaître aux élèves les métiers réels, et faire accepter aux patrons (aux artisans, particulièrement) l’idée que ces élèves ne sont pas des délinquants en puissance.

5 - Inutile de renforcer les horaires : il faut sans doute dégraisser, au contraire. Supprimer par exemple l’inutile enseignement de l’anglais en primaire. Aujourd’hui, des gosses saturés d’anglais macaronique n’entrent plus en cours de langue, en sixième, qu’à reculons. Supprimer au collège toutes les activités périphériques — ont-ils vraiment besoin d’apprendre à l’école à surfer sur Internet ou à manier le joystick ? Dans le même esprit, la classe de seconde « indifférenciée » cumule tous les programmes de toutes les disciplines — on arrive à plus de 35 heures de cours par semaine. C’est absurde, et démotivant. Les vraies spécialisations doivent intervenir le plus tard possible. Ce n’est pas en détruisant le tissu enseignant que l’on peut faire des économies, c’est en supprimant des programmes toute la mauvaise graisse pédagonigologique.

6 - Côté discipline, il faut abroger les circulaires qui identifient les punitions à des « brimades » — et peut-être ne plus imposer à un établissement qui exclut définitivement un élève de lui trouver un autre établissement d’accueil, ce qui revient à faire circuler les trublions. Responsabilisons les parents — à eux de réinscrire leur voyou là où l’on voudra bien le prendre. On peut d’ailleurs inventer des écoles-relais, avec profs volontaires (et payés en conséquence), ou multiplier les internats, afin de décontextualiser des jeunes qui n’ont pas tous la chance d’être orphelins, comme disait Poil-de-carotte, et ne sortent du collège que pour mieux s’épanouir dans l’école de la rue. De même, il faut généraliser les règlements intérieurs intelligents (interdiction totale des portables, par exemple), et censurer les initiatives idiotes (l’interdiction des « colles » le mercredi, alors que c’est souvent le seul levier réel pour faire pression sur certains élèves). Et redonner aux enseignants la décision finale dans les conseils de classe (et non aux chefs d’établissement, qui en profitent pour soigner leurs statistiques). Non pour multiplier les redoublements, mais pour faire savoir aux élèves que le prof qu’ils sont tentés de chahuter aura son mot à dire, et que ce sera le dernier. Ça calme.

7 - En primaire comme au collège, réinstaurer l’étude du soir, en la confiant aux enseignants-stagiaires, aux étudiants tentés par le métier. Ce serait une initiation intéressante. Dans le même esprit, revenir à une formation des enseignants basée sur le compagnonnage, et non sur des cours théoriques coupés de la réalité des classes. D’aucuns suggèrent d’ailleurs de nommer en collèges les spécialistes auto-proclamés des « sciences de l’éducation » qui pontifient aujourd’hui dans les IUFM, à cinquante kilomètres et quelques années-lumières des réalités de terrain.

8 - La réforme du lycée est-elle bien utile ? Exemple-type d’interrogation rhétorique… En particulier, la suppression de l’histoire-géographie en terminale S (et son absence depuis des lustres dans les sections techniques) est une réforme strictement idéologique, inventée par des Grenelliens qui pensent, comme Big Brother, que « l’ignorance, c’est la force » (de même en sections techniques, d’où elle a disparu depuis vilaine lurette). Quant à « l’accompagnement personnalisé », c’est une fumisterie dans la plupart des cas. Et pour ce qui est de l’autonomie des établissements, il en faut certes assez pour qu’ils puissent faire face aux réalités du terrain (rien n’est jamais semblable), mais juste assez pour s’adapter sans négliger les fondamentaux (rien n’est vraiment différent).

9 - Un primaire mieux organisé produira des collégiens mieux adaptés, qui deviendront des lycéens épanouis, et donneront des étudiants adaptés (aujourd’hui le taux d’échec en université frôle les 50%). Il faut donc sans doute réorganiser les deux ou trois premières années de fac sur le modèle généraliste des prépas (toute spécialisation précoce est un échec assuré), sans que cela amène à supprimer les vraies prépas : il y a place pour l’excellence, parce qu’il y a une demande d’excellence. De ces formations-là sortiront des enseignants (à L3 ou M1) capables de transmettre des connaissances solides, et, à M2 (oui, l’agrégation sert à quelque chose !) de vrais spécialistes de leur matière. Bref, inventer des instituts d’enseignement supérieur qui ouvrent à la fois sur l’université et la recherche, et sur les métiers à spectres larges. Inutile de s’obstiner à lancer des néo-bacheliers riches d’incompétences dans des études pointues alors qu’ils ne maîtrisent pas l’orthographe ou la chronologie. Dans cet esprit il est essentiel de multiplier les système-relais, à tous les niveaux, afin d’amener au plus haut de leurs possibilités des élèves capables mais noyés dans des établissements (ZEP ou non) où l’on n’a guère eu le loisir de faire parler leurs qualités. Des propédeutiques, de l’entrée en sixième à la première année de fac — cela limitera les redoublements, et allègera d’autant la facture finale : investir là où il faut permet de ne pas arroser indifféremment un système obsolète. N'importe quel jardinier vous expliquera que le goutte-à-goutte ciblé donne de meilleurs résultats que l'arrosage indistinct.

10 - Affirmer haut et fort le caractère national, républicain et laïque de l’école. Ce n’est pas l’élève qui en est le centre, ce ne sont pas les « communautés » (un mot haïssable, contre lequel il faut s’insurger sans trêve) qui doivent y faire la loi, c’est la transmission des savoirs. Les enseignants doivent redevenir les passeurs de cette culture réelle et humaniste qui est le pivot de l’école. Le bac, même s’il est susceptible d’aménagements, doit être clairement revendiqué comme un examen national — peut-être examen de fin d’études, en laissant une plus grande souplesse aux universités pour recruter et orienter les étudiants qui aujourd’hui viennent se fracasser comme des moucherons affolés dans ces impasses que sont la psycho, la socio, la « communication » et autres attrape-nigauds. Les universités doivent d’ailleurs être sommées de dire, à l’inscription, quelles sont exactement les perspectives d’emploi de telle ou telle formation — et s’occuper activement de l’orientation de leurs étudiants. L’orientation est un souci à tous les niveaux, du collège à la fac, et c’est une chose trop sérieuse, comme aurait pu dire Clémenceau, pour la laisser aux COPSY, de plus en plus PSY, au détriment du reste (2).

(1) Et non 38 et 22, comme l'affirme Chatel dans une récente interview
(2) Questions cruciales que j'ai eu l'occasion de poser à Valérie Pécresse, ex-ministre des universités, dans un petit livre pratique qui sort ces jours-ci et intitulé
Après le Bac / Mode d'emploi

1 - Imposer fortement les cours privés du type Acadomia, qui prospèrent sur l’angoisse générée par tant de réformes inutiles et de désordre pédagogique. Accepter les parents comme « associés » — restons polis —, pas comme consommateurs de prestations. Enrôler de vrais spécialistes pour s’occuper des enfants handicapés, particulièrement au primaire. Revenir au système de mutations tel qu’il existait avant Claude Allègre — demander un poste précis, et avoir la possibilité de rester là où l’on était en cas d’impossibilité, sans se retrouver balancé sur un rectorat entier et deux ou trois établissements toujours à bonne distance les uns des autres.

2 - Curieusement (est-ce si curieux ?) la question des revendications salariales n’est pas une priorité : quand elle apparaît, c’est de façon raisonnable. Une augmentation de 20 % des salaires serait bienvenue, mais chacun sait qu’on ne se lance pas dans ce métier pour être riche, mais au moins assez bien payé pour être, en ces temps où l’on confond l’être et l’avoir, socialement mieux reconnu. Cela permettrait en tout cas de faire revenir les hommes dans le métier — et d’éviter la perpétuation de stéréotypes qui font d’une profession fortement féminisée une profession forcément dévaluée. En tout cas, la réévaluation des salaires des enseignants débutants, si elle est en soi une excellente chose, se fait au détriment de ceux qui enseignent déjà depuis des années, et donc l'ancienneté et l'expertise ne trouvent soudain plus de traduction sur leur fiche de salaire. C'est l'ensemble d'une profession qu'il faut revaloriser. Et ce n'est pas en claironnant que les missions ont changé et qu'il faut impérativement que les profs séjournent 35 heures par semaine dans leurs établissements que l'on ramènera vers l'enseignement des étudiants qui aujourd'hui le fuient.
 
3 - Last but not least : muter aux Eaux et Forêts les responsables de la prospective, ministériels ou rectoraux, afin qu’ils plantent des arbres pour compenser la déforestation occasionnée par leurs multiples circulaires.

Retrouvez Jean-Paul Brighelli sur son blog.
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Gardiens de la frontière. Le 21 janvier 2012, La journaliste Marie-Ange Patrizio donne des éléments de son voyage en Syrie.

22 Janvier 2012 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La Syrie - La Libye - l'Iran -

Gardiens de la frontière

 

Chers amis, voici la dernière partie de mon récit de séjour en Syrie, que j’ai différée depuis plusieurs semaines.

  Il y a deux mois exactement, j’avais quitté Damas ville sûre, tranquille et agréable ; elle a depuis été la proie de deux attentats, les agresseurs passant à une autre étape du terrorisme contre le peuple et le régime syriens. Et puis, ces jours-ci, dans la ville de Homs, le massacre d’une manifestation « pro-régime » faisant 26 blessés et 8 morts : 7 Syriens anonymes et un journaliste français : mort immédiatement exploitée ici comme unique par certains confrères de la victime qui, sans trop de scrupules déontologiques, écrasent l’ «instant du regard » en se précipitant dans un « moment de conclure »[1] qui semble avoir été écrit avant même leur départ sur le terrain[2].

  Les dernières notes manuscrites que je vais exploiter ici ne répondent ni à une logique politique ni à une chronologie du récit : ce sont tout simplement, le plus souvent, celles que j’ai eu le plus de mal à déchiffrer pour différentes raisons, matérielles ; elles sont ici complétées par de menus souvenirs (factures, cartes de visite, fiche de police etc.) qui évoquent ce qu’on n’a pas écrit mais qui laisse des traces. 

  Pour rappeler, une dernière fois, qu’il ne s’agit ici ni d’un reportage, ni d’une analyse politique mais du récit d’une voyageuse, à des amis : le temps et le mode de ce récit ne sont pas ceux des « journalistes free lance », « grands -ou petits- reporters », « envoyés spéciaux » en mission commandée par leurs rédactions, ou autres services plus ou moins secrets[3].

Deux mois et plus : un temps pour comprendre ce qu’on a vu, entendu, écrit.

 

Lundi 14 novembre, nous avons rendez-vous à l’hôtel Sheraton de Damas avec Michel Samaha, journaliste libanais, ancien ministre de l’information, puis Imad Moustapha, ex-ambassadeur de Syrie à Washington.

.De l’hôtel on aperçoit le Mont Qassioum qui domine Damas : de loin, il a l’air d’être couvert jusqu’à mi-hauteur de rangées de constructions assez sommaires : quelqu’un me dit que ce sont des sortes de cabanes construites de façon illégale, mais qu’une loi en Syrie interdit l’expulsion une fois que des gens sont installés quelque part, et que l’Etat doit même viabiliser les habitations. 

Entre ces deux entrevues nous avons assisté (par retransmission en direct à la télévision d’Etat) à la conférence de presse du ministre des affaires étrangères Walid al-Mouallem, après la décision de la Ligue Arabe de suspendre la Syrie de sa qualité  de membre (bien que la Syrie soit un des 7 membres fondateurs -avec la Libye- de cette même Ligue arabe : ça se passe comme ça avec les démocraties arabes, du Golfe).

Je ne rapporterai pas ici ces interventions, questions de la presse et réponses du ministre : en direct et en public, pas comme dans nos démocraties où, maintenant, les journalistes ne sont généralement que deux, choisis par leur « interlocuteur », dans un salon où tout est calculé au centimètre près, et posent les questions qu’ils ont données avant la conférence, quand ça n’est pas, plus simplement encore, leur « interlocuteur » qui les leur a suggérées avant la séance. Dans les conférences de presse du ministère des affaires étrangères de la « dictature » syrienne de Bachar al-Assad, les journalistes -arabes- sont nombreux, les questions tout aussi nombreuses, et, ce jour-là, la seule journaliste qui n’a pas posé une question en arabe mais en anglais est l’envoyée spéciale de Al-Jazeera, télévision appartenant maintenant à l’émir du Qatar. Tout au long de cette conférence de presse, il m’a semblé percevoir que le ton du ministre est ferme et assuré mais aussi, à l’occasion, débonnaire voire humoristique si j’en juge aux réactions parfois hilares des participants ; une fois de plus, je regrette de ne pas parler arabe. Les arabophones pourront retrouver cette conférence sur l’agence de presse officielle ou sur le site du gouvernement. Je précise au passage, au sujet des media syriens, que toutes les séances de travail du groupe dit du « Dialogue national » (tous les groupes et partis opposants engagés dans des discussions avec le régime, pour la nouvelle Constitution et pour les réformes) sont transmises intégralement et en direct à la télévision (d’Etat) ; je précise, au passage encore, que la Syrie a une constitution, contrairement à Israël et à toutes les monarchies du Golfe (pour ne rester que dans les « démocraties » de la région). C’est sur la réforme de cette constitution que les Syriens vont être appelés à se prononcer en mars, par référendum : nos media le découvrent (ou font semblant de le découvrir) ces jours-ci.

 

Les notes que j’ai pu prendre pendant l’entrevue avec Michel Samaha sont très incomplètes ; il s’agit donc plus d’une série chronologique de réflexions que de la logique rigoureuse de son intervention.

 

[Lundi 14 novembre 2011, Hôtel Sheraton : Michel Samaha ; à gauche, une porte-parole du gouvernement. Photos M-A Patrizio].

 

N’ayant pas pu le joindre avant cette transcription, j’espère que d’autres membres du groupe, y compris nos collègues journalistes professionnels qui ont tout enregistré, donneront une version plus complète de cette entrevue.

« Pour commencer je pense qu’il n’y a dans le monda arabe actuel ni révolution ni printemps. Il y a un éveil dû à nombre de situations conjoncturelles locales mais aussi à une conjoncture encore plus changeante dans le reste du monde.

Eveil de l’extrémisme musulman : non pas du religieux, mais de l’extrémisme religieuxCe qui se passe en Syrie, je ne peux le mettre en aucune façon sur la cartographie ni d’un réveil ni de quoi que ce soit.

Mais plutôt dans une ligne de mire de l’antagonisme entre le projet nationaliste (syrien) résistant à l’ingérence étrangère : ingérence dans l’indépendance des pays du Proche-Orient, de l’Amérique Latine et d’autres pays. Antagonisme avec, essentiellement, la destruction de toute résistance au projet occidental (…) et à Israël. (…)

  Il faut voir la Syrie non pas en tant que Syrie mais dans la géographie régionale.

Le retrait américain de l’Irak va avoir des implications sur Israël et sur l’indépendance des pays de la région. Le fait que les américains quittent la région de cette façon est aussi une bonne nouvelle dans les stratégies de la région.

 On peut aboutir actuellement à un genre de guerre mondiale, pour éliminer la Syrie

(…) qui est l’Etat résistant, par une implosion : parce qu’ils ne peuvent plus faire une guerre ni une occupation comme en Irak. Alors il faut le faire par une guerre civile et que ça puisse, ensuite, aller en Irak et au Liban.

Et cette guerre civile doit être confessionnelle. (…)

Elle peut utiliser une chute de l’échelle des valeurs qui se vérifie à tous les niveaux et surtout chez les dirigeants ; on ne trouve plus de dirigeants qui aient une culture, quels que soient les pays. (…)

Il faut regarder les intérêts des Etats.

Ce qui ne va pas changer c’est la position des résistances (palestinienne, libanaise, irakienne).

Il reste deux Etats, l’Iran et la Syrie, qui ne sont pas le produit d’accords, où ce ne sont pas les forces victorieuses dans la région qui ont déterminé leur existence, comme par exemple pour les Etats du Golfe.

Parmi les états historiques, Turquie, Syrie, Iran, deux Etats ont adopté la ligne dure par rapport à Israël, pour retrouver tous les droits qui leur ont été usurpés par les impérialistes.

Il y a à l’heure actuelle un problème de survie d’Israël.

Et on est en train de voir les vraies positions des Etats arabes, russes, chinois etc. par rapport au cas syrien. Je ne vois pas que la position russe soit volatile[4]. (…)

Les deux prochains mois dans cette partie du monde, et en Syrie, vont marquer un tournant d’un point de vue régional et international, par la force que dégagent les gouvernements syrien et iranien et l’influence qu’ils ont sur les populations arabes.

Actuellement il n’y a d’occupation et de guerres par l’Occident dans le monde que chez les musulmans, en Asie et ici.

En même temps, après la chute des régimes qui étaient dans leur système, [les impérialistes] sont allés chercher un certain extrémisme musulman pour le rallier à eux. Un extrémisme qui génère la peur -et ne sera pas acceptable par l’occident- pour régénérer le conflit civilisationnel, intellectuel et militaire.

 Dans cette situation, on ne voit pas en Europe et en Occident de grandes statures d’hommes d’Etat, pas de visionnaire.

La vraie force de la Syrie, c’est le peuple syrien, un peuple qui s’est formé selon une échelle de valeurs nationales et spirituelles.

Exemple : dans un minaret à ( ?) ce sont les moines du patriarcat grec catholique qui font fonctionner le disque de l’appel à la prière.

Cela fait 8 mois qu’on essaie d’introduire la guerre confessionnelle ici, ça n’a pas pris.

 

Question sur les Frères Musulmans.

Les Frères musulmans ont toujours été une petite minorité (en Syrie) (…).

Les Frères Musulmans sont une organisation secrète. Pourquoi ? Qui les paye ? Tout mouvement qui prend les armes doit être financé. Le Qatar leur donne beaucoup de facilités (…) ; la Turquie va s’avérer une sorte d’islam atlantique, avec un marché atlantique, mais qui risque d’avoir des problèmes avec, par exemple les Frères Musulmans égyptiens. (…)

Ici dans toutes les classes de la population, beaucoup de démons sont réveillés par rapport aux Turcs et au souvenir de l’empire ottoman.

  La force syrienne se trouve dans un pays qui est uni, multiconfessionnel et qui, en même temps, est un Etat laïc : à notre façon dans cette région d’être laïc, c’est-à-dire dans le respect total du religieux  et des religions et de leurs pratiques et vie commune, et où l’Islam vit avec ces valeurs-là. (…)

   En Irak : les USA ont demandé à l’Irak que les instructeurs étasuniens aient l’impunité et l’Irak a dit non. Oui les USA partent d’Irak avec une défaite. On est en train de vivre une grande défaite du projet américain, comme celui en Afghanistan, et cela nous ramène aussi à l’histoire d’Israël, des territoires de 48.

Reportez-vous à ce que dit Meir Dagan [ancien chef du Mossad[5]], une voix contradictoire en Israël, qui a dit que l’ennemi n’est pas l’Iran, mais l’extrémisme à l’intérieur d’Israël.

Dans cet espace de temps (2 mois ?) ils vont essayer d’obtenir tous les moyens, à mon sens sans la guerre, pour essayer d’éliminer la Syrie.

Ce projet voué à l’échec.

Nous le voyons dans cet autre exemple : le Liban.

Ils ont tout fait pour disloquer ce pays ; mais ce qui en est sorti, c’est une résistance qui a repoussé Israël, et une victoire en 2006 qui a amené une grande partie des Libanais à être beaucoup plus citoyens, à épouser leur propre cause et qui a fait que pour la première fois dans l’histoire d’Israël il y a eu une coalition internationale contre Israël. Et pour la première fois ils ont été chercher une résolution de l’ONU (Finul) et ont dû avouer leur besoin d’avoir la communauté internationale avec eux face à une organisation qui, elle, a été acceptée par son peuple [Hezbollah].

Le peuple syrien fait la même chose depuis 8 mois ; ce qui ne veut pas dire qu’à l’intérieur de la Syrie il n’y ait pas besoin de réformes.

Ils veulent détruire un modèle de convivialité, ils veulent détruire par le salafisme un modèle de société où il y a du Coran en chaque chrétien et de l’Evangile en chaque musulman.

Les croisades ici nous les appelons les guerres des frangers [ ? des Occidentaux] parce que les chrétiens de la région ont combattu avec les musulmans contre les Croisés.

Nous, nous n’avons pas utilisé la Croix. (…)

On a besoin de retrouver une certaine autorité, religieuse, intellectuelle, culturelle et politique. Et Mère Agnès y contribue en remettant des pendules à l’heure.

   En Irak les chrétiens ont été chassés par les extrémistes d’Al Qaeda financés par l’Arabie saoudite qui sont les valets des Usa, qui font qu’aujourd’hui on a un Irak quasiment sans chrétiens qui sont venus en Syrie du fait de la guerre civile, qu’ils [les impérialistes] veulent lancer ici aussi.

Où sont les chrétiens de Palestine ?  Ce sont les Israéliens par leur occupation qui ne veulent plus de chrétiens chez eux ; ils veulent des pèlerins qui viennent en payant et qui repartent.

Nous chrétiens [sa famille est chrétienne] nous sommes des purs arabes, on était chrétiens avant la venue du prophète Mahomet ».

 

Imad Moustapha, ex-ambassadeur syrien à Washington, a été rappelé par son gouvernement « pour consultation », après que le gouvernement syrien ait prié l’ambassadeur étasunien Robert Ford de rester dans les limites d’usage de l’exercice de ses fonctions de diplomate. Robert Ford avait alors « quitté la Syrie "pour une durée indéterminée", en raison de "menaces crédibles pour sa sécurité personnelle", selon le département d'État » ; « Washington "s'inquiétait pour la sécurité personnelle de Robert Ford, après des articles critiques de la presse" syrienne »[6]. Inquiétude de courte durée puisque : « L'ambassadeur américain Robert Ford "retourne en Syrie", a annoncé mardi [6 décembre] le département d'État, assurant que sa présence dans le pays qu'il avait quitté fin octobre était la meilleure manière de véhiculer "le message selon lequel les États-Unis se tiennent au côté du peuple syrien"»[7].

 Imad Moustapha  est à l’évidence un homme prompt dans ses réactions : il sort son portable comme on dégainerait un pistolet, et le range d’ailleurs tout aussi rapidement après jeté un coup d’œil sur l’écran. J’ai vu ensuite sur Internet que sa formation de base est technique. On perçoit en effet un homme pragmatique dans ses interventions, fond et forme. Voici ce que j’ai retenu de cette entrevue (plus rapide qu’avec M. Samaha) :

Q. Pourquoi l’ambassadeur US a-t-il quitté la Syrie ?

- Problèmes de sécurité allégués, il n’y a pas eu d’expulsion de la part du gouvernement syrien. (…)

J’ai été, moi, appelé sur mon portable (au tout début des événements en Syrie) un dimanche matin pendant que j’étais au musée avec mes enfants, à Washington ; sur mon portable personnel ( !). C’était France 24[8] qui me demandait si je confirmais que j’étais démissionnaire et que je passais du côté de l’opposition au régime[9]. Je leur ai dit que je les attaquerai en justice s’ils diffusaient ça. (…)

Il faut donner le plus d’accès possible aux media du monde pour qu’ils viennent en Syrie. Il y a ici deux chaînes privées ( ? et ad-Dounia) qui luttent contre la propagande d’Al-Jazeera. (…)

Quels sont les atouts et les handicaps de la Syrie :

a)     les atouts : liberté de religion, statut de la femme, le meilleur de tout le monde  arabe, éducation entièrement gratuite : moi je suis d’un milieu modeste, mes parents n’ont jamais payé pour mon éducation, y compris université à l’étranger, tout est gratuit depuis la maternelle, prise en charge sanitaire gratuite et couverture universelle.

b)     Les mauvais éléments : bureaucratie, corruption, pas assez de participation à la vie sociale et politique. En économie, on parle de progrès mais pas comme nous le dit la Banque mondiale qui ne regarde que la croissance (générale) alors qu’il faut voir l’indice de développement humain, et de la croissance surtout dans les classes les plus pauvres.(…)

 

 

[Imad Moustapha, Hôtel Sheraton, Damas, 14 janvier]

Nous avons des défis importants à relever ; si on peut travailler sur ces défis : réformes de l’Etat, ouverture du système politique, combat contre la corruption, et (investissements ?) vers les secteurs les plus pauvres, on sera bien meilleurs que n’importe quel grand  (pays) arabe.

Q.: Votre interview au Wall Street Journal ?

Oui j’ai dit qu’il n’y a pas de démocratie sans changement de la société ».

Je ne sais pas si un autre ambassadeur a été nommé à Washington : Imad Moustapha a depuis été nommé ambassadeur … à Pékin. Grand amateur d’art, et des civilisations anciennes, il y trouvera de nombreux musées à visiter avec ses enfants. Avec France24 ?

 

   Pour retourner au centre de Damas, 5 limousines nous attendent pour un convoi à caractère officiel, sans escorte bien sûr, mais qui sont supposées se suivre en cortège : séquence inattendue (et unique dans le séjour) et qui va se révéler cocasse. Cette traversée de Damas en plein trafic quotidien, s’est avérée, pour moi, une occasion de voir ce qu’inspire le « régime », dans la rue, à travers un de ses attributs : voitures haut de gamme et chauffeurs pour des étrangers qu’on promène… Nous ne somme arrivés à rester à peu près avec les autres voitures du cortège qu’au prix d’une conduite musclée où je crois que seule la conviction, pour les chauffeurs officiels, de leurs passe-droits ostensibles et inaliénables, nous assurait finalement le passage in extremis entre les voitures : à la dernière seconde et à quelques centimètres près. Et sous les regards le plus souvent goguenards des voisins.

  Bref, le convoi nous a largué en ville pour une après-midi de tourisme, avec un guide qui précise qu’il n’est pas au parti Baas…

 

A nouveau la splendeur des Omeyyades et flâneries dans des ruelles.

 

 

 

Dans le vieux quartier juif, de nombreuses maisons sont fermées : celles de juifs syriens qui sont allés s’installer en Palestine. Quelqu’un nous dit que ces maisons sont protégées, ici, par une loi qui interdit d’occuper les biens des absents, en attendant un retour possible de leurs propriétaires. Plus loin, devant une petite échoppe de pizzas, je demande au patron si je peux photographier ce qui est affiché en bonne place, à côté du four : la photo de H. Nasrallah. Le jeune pizzaiolo sourit quand je lui propose de rester sur la photo.

 

 

 

A Marseille ce sont des kebabs qu’on vend dans ce genre de dînette : mais sans la photo d’Erdogan. Ni d’Obama d’ailleurs, dans les Mc Do. Ce doit être parce que, nous, nous sommes en démocratie et que nos dirigeants n’ont pas le culte de la personnalité.

 

   Le soir, dîner avec des membres de la Fédération des journalistes syriens : « régime » donc ; pas dans le menu : cuisine exquise comme partout en Syrie. Je bavarde avec Razzouk al-Ghawi (ancien journaliste à la télévision[10]). Je continue à donner ici les noms de mes interlocuteurs, pour infos et vérifications éventuelles : nombre d’entre eux savent que s’il arrive à la Syrie ce qui est arrivé à la Libye (sur quoi ils sont bien mieux informés que nous) leur compte est bon, pour dire les choses brièvement.

J’ai noté (brièvement car ou on mange ou on écrit), de notre conversation :

- la Syrie n’a pas de dette,

- c’est le seul pays arabe qui autorise tous les ressortissants de pays arabes à entrer sans visa,

- son fils est allé « aider le Hezbollah l’été 2006 (quand le Liban a été agressé par Israël) avec une vingtaine de copains, tous chrétiens » (sa famille à lui est sunnite).

Notre interlocuteur nous parle de ses enfants : sa fille médecin aux Usa, et son fils professeur de philosophie, si je me souviens bien : il cherche dans son portefeuille les photos de ses enfants qu’il a envie de nous montrer, je regrette de ne pas en avoir des miens. On bavarde, il parle plus de sa famille que de la presse.

   Les autres journalistes parlent plutôt entre eux, et ont l’air de bien s’amuser… Je me rapproche d’une conversation avec W. Tarpley : j’apprends que Ali Acça était le numéro 3 du réseau Gladio en Turquie, que « les services » l’ont su tout de suite. Vous aussi ? « Quand on voyage on apprend ça»[11].

Mère Agnès-Maryam de la Croix, à table : « l’information est un des droits de l’homme fondamentaux ».

 

  Vendredi 18 novembre, nous quittons le monastère pour Beyrouth. Vers 8 heures du matin nous sommes arrêtés au bord de la route pour laisser passer un convoi militaire : je compte 20 camions, débâchés, une vingtaine de soldats par véhicules, arme au pied, casqués, en treillis et gilets pare-balles ; sur le pare-brise de quasiment tous les camions, le portrait de Bachar. Je réalise aujourd’hui que j’ai pris l’habitude de la plupart des Syriens avec qui j’ai parlé, qui appellent le président par son prénom, pas par son nom. On imagine ici, dans nos conversations : Nicolas, Mario, David, Angela…

Un bataillon. Ils partent vers le nord.

Je vais repasser cette frontière le soir même, pour aller prendre l’avion à Damas samedi 19 à 8 heures du matin. Nous devons donc (avec un autre membre du groupe) quitter nos collègues et accompagnateurs qui restent un jour de plus à Beyrouth, pour rencontrer Michel Aoun et le patriarche Bechara, Raï des maronites, qui est à l’origine de ce séjour.

  Dans la nuit du 18, nous quittons la maison où nous avons dîné et où les autres vont être hébergés, sur une hauteur de Beyrouth : institution pour des enfants « cas sociaux » dirait-on ici. Le repas et l’accueil ont été chaleureux ; Agnès-Maryam se met en quête d’un taxi, parmi son réseau. Un jeune homme arrive finalement, à minuit passé, l’air tout à fait maussade. Comme il est « recommandé », nous partons quand même en confiance. Avant de partir il nous demande, trois fois, si on a des visas pour entrer en Syrie. Non, on n’en a pas mais l’avant-veille nous étions allés au ministère de l’information, où nous devions rencontrer le ministre qui, finalement, n’est pas venu… Mais où nous avons vu une jeune chef de cabinet, qui nous a dit qu’elle faisait sur le champ faxer les éléments de nos passeports dans les postes de frontière concernés. Nous rassurons notre taxi : les visas nous attendent à la frontière. Il est perplexe ; les heures qui suivent vont nous montrer qu’il avait raison.

  Nous partons dans une nuit glaciale et pluvieuse : dans une dernière tentative de ne pas partir, le chauffeur nous dit qu’il neige sur les hauteurs entourant la Bekaa et qu’on risque de ne pas pouvoir passer. L’argument ne me semble pas assez fort. Je monte devant pour « ouvrir l’œil » comme m’avait recommandé un ami, ici, qui en a vu (beaucoup) d’autres. Il n’y a que 90 Kms de Beyrouth à Damas, mais le trajet va durer plusieurs heures.

  En route, pour briser la glace en quelque sorte, je demande à notre chauffeur, à présent taciturne, où est la neige : « Y en a pas ». Nous arrivons assez rapidement à la frontière, déserte évidemment à cette heure là. Déserte signifie bien, ici, qu’il n’y a pas de barrage renforcé, pas de présence militaire, personne dehors.

   Ce passage -non clandestin- de la frontière va s’avérer un nouvel exemple, banal,  de la bureaucratie du « régime » et de sa police.

  Le vaste hall du poste de Masnaa est entièrement vide quand nous y entrons, confiants dans les organisateurs de notre voyage. Deux jeunes policiers arrivent assez rapidement derrière les guichets : formalités, papiers, et… visa ? Aucun visa ne nous attend. Le taxi, très taciturne maintenant, nous sert quand même d’interprète. Extraits :

-          le policier (à nous) : vous ne pouvez pas entrer (sans visa) ;

-          le taxi (à nous) : on rentre à Beyrouth ;

-          nous (au policier puis au taxi) : on ne sort d’ici que pour aller à Damas, si vous partez on ne vous paye pas.

Nous restons.

Questions, logiques, de la part des policiers : pourquoi vous revenez, sans visa, en Syrie alors que vous en êtes sortis ce matin ? Que faites-vous en Syrie et au Liban ? Voyage de presse. Vous êtes journalistes ? Non (conformément à la fiche de police que je viens de remplir)…

L’épisode va durer un peu moins de trois heures en passant assez rapidement du hall inconfortable au bureau chauffé du chef de poste ; vautré dans un fauteuil entre l’écran de son ordinateur et une série à la télé (aussi nulle que les notres : on a le temps d’en voir une bonne partie). Il n’est pas en uniforme, et semble surtout agacé par l’embarras qui se présente à 2h du matin. A nouveau les questions, logiques, mais en impasse dans notre cas : bien que n’étant pas journalistes, nous faisons partie d’un voyage de presse, et nous rentrons en Syrie avec l’autorisation du ministère de l’information qui n’a cependant pas envoyé les visas annoncés ; nous rentrons en pleine nuit, en ayant largué le reste du groupe, pour prendre un avion à Damas alors que ça aurait été simple en effet –pour tout le monde et surtout pour eux- d’en prendre un à Beyrouth dans quelques heures. Mais plus cher.

   Dizaines d’allées et venues des employés subalternes qui téléphonent, faxent, e-mailent en vain, et sans précipitation d’ailleurs, à la recherche des fameux visas. Il fait bon dans le bureau du chef de poste et le taxi continue malgré tout à traduire nos questions. Et les réponses laconiques du policier ; pour passer le temps, je prends quelques notes de la journée : « qu’est-ce que vous écrivez, madame ? » Rien, on va tranquillement regarder la télé.

  Presque deux heures plus tard, il semble qu’il y ait une relève, et entre dans le bureau un jeune policier, en uniforme impeccable, lui, et apparemment de bonne humeur en prenant connaissance de la situation. Le va et vient des subalternes affairés continue. A chaque fois que je tente d’avoir quelques renseignements, le policier avenant me répond en m’indiquant le fauteuil pour que je me tienne tranquille, no problem madam, no problem. Et en effet no problem : un peu avant cinq heures du matin, un des subalternes arrive avec deux papiers. Le taxi : « ils ont renvoyé les visas » ; j’ai bien entendu : renvoyé. Erreur de traduction ou lapsus révélant quelque inefficience dans les services publics (et policiers) ?

   Entre temps le jeune policier -je trouve qu’il a le front de Hafez al-Assad !- avait demandé au taxi de me montrer une fiche où il avait écrit quelque chose : ayant vu ma profession, il me fait demander si je peux analyser sa signature ; l’interrogatoire –de la police du régime- prend donc un tour tout à fait inattendu. Comme on est bête dans ces moments-là : je lui fais dire, aimablement, que je regrette, ça n’est pas ma spécialité, je n’y crois pas beaucoup d’ailleurs etc. Déception me semble-t-il de mon interrogateur. Quelle idiote : qu’est-ce que ça me coûtait de lui dire : une écriture décidée, du caractère : affabilité, honnêteté, droiture, ce qui était le cas d’ailleurs, dans la situation ? 

  On paye 19 euros de visa et on remonte en voiture. C’est maintenant que les choses peuvent se compliquer puisque on entre, en pleine nuit, pluie, froid et route déserte, du côté syrien : notre hôte la veille à Beyrouth m’avait dit ne partez pas, c’est dangereux. T. Meyssan et Agnès-Maryam : aucun problème partez tranquilles ; dois-je dire que je les ai maudits - à tort- pendant tout le trajet ?

  Je scrute la route. Au bout de quelques kilomètres, un homme armé d’une mitraillette surgit et nous fait signe d’arrêter : morte de peur, je m’entends répéter mot à mot au taxi ce que nous avait dit le prêtre au départ de Baniyas, deux jours avant : « [s’il y a un barrage] ne vous arrêtez pas, foncez, foncez ». Le taxi me regarde, lassé : madame c’est la douane...

  L’épisode va se reproduire deux autres fois : entre temps, j’ai eu le temps de réaliser l’erreur (grossière…) de ma réaction : s’ils voulaient nous tirer dessus ils ne s’approcheraient pas de la voiture en gardant la kalache ballante le long du corps. A chaque fois le pauvre douanier s’approche du côté du conducteur et regarde brièvement nos papiers et l’intérieur du véhicule –et une seule fois le coffre- et nous fait signe rapidement de repartir. Je pense alors qu’eux, oui, avaient de quoi avoir peur : de nous, et bien plus que nous, parce que, eux, ils risquent vraiment leur peau face aux terroristes. Seuls, en pleine nuit, routes désertes.

  Consciente du ridicule de ma réaction, je tente de me justifier en racontant l’épisode de Baniyas, les objectifs de notre séjour et par qui nous étions invités. Tout change dès que je dis « Agnès-Maryam de la Croix » : vous étiez avec elle ? Elle est à Beyrouth ? Je constate à ce moment-là la popularité et la notoriété de «Mère Agnès ». Et nous finissons le voyage en excellents termes avec Ramzy, qui nous donne sa carte en arrivant à l’aéroport, au cas où on aurait à nouveau besoin de lui !

  L’aéroport international de Damas, le 19 novembre 2011, n’est sécurisé par aucune troupe armée, aucun barrage ; on se gare derrière un bus pour ne pas être vus car il y a ici les mêmes chasses gardées de taxis que dans certaines villes européennes, pour accéder aux gares et aéroports. Notre taxi libanais n’a aucun droit d’amener des clients ici. Nous ferons donc les derniers mètres jusqu’à l’aéroport à pied, avec nos bagages, et les jolis cabas offerts à la pâtisserie S. où nous avions acheté de superbes fruits confits, vraiment pas chers ; et achetés aussi, en gros, à de très bas prix par nos épiceries françaises les plus fines qui les revendent sous leur marque exactement 20 fois plus cher. Roses de Damas : l’embargo, et sanctions, et gel des transactions bancaires, ne vont pas embêter que les artisans syriens.

 

  J’attends l’heure de l’embarquement allongée sur les sièges du hall, en toute tranquillité, illusoire pourtant puisque aucune force ne sécurise vraiment cet aéroport ; ou bien, justement, puisque les forces de sécurité du « régime » peuvent débarquer à tout moment pour nous assassiner, n’est-ce pas ? Afin, pour le régime, de faire croire qu’il y a des bandes armées de terroristes qui massacrent le peuple -et les membres de groupes de presse étrangère- en Syrie et justifier sa répression sanglante, et faire peur aux journalistes étrangers (qui parlent très peu de ces massacres, et n’en montrent pas d’image), etc. ? C’est bien ce qu’on entend ici, non, de tous nos media ignorants, ou achetés : chiens de garde déployant sans aucun sens du ridicule leurs théories du complot sur ceux que leurs maîtres ont décidé de renverser ; mais se gaussant des « théories du complot » quand elles ont été démontrées par de véritables historiens, et véritables journalistes d’investigation. Ceux qui arrivent au moins à se poser la question de base : à qui profite le crime ?

  A qui profitent les crimes des attentats suicide terroristes de Damas : annoncés la veille de l’attentat sur Al-Jazeera par un groupe « Fierté syrienne », proche de l’ « Armée libre syrienne », qui a cru prudent de démentir ensuite, mais seulement plusieurs jours après, alors que l’annonce émanait de leur compte Facebook ?

  A qui profitent les crimes qui sèment la terreur dans les villes et villages où les paysans, les artisans et surtout les fonctionnaires, et leurs familles, ont peur de sortir pour aller travailler parce qu’ils savent qu’ils sont visés en priorité, et leurs cadavres dépecés jetés devant chez eux ? A qui profite le crime si des secteurs entiers dans certaines villes et villages sont désertés, risquant de mettre en péril non seulement la survie matérielle de leurs familles, mais peu à peu toute l’économie d’un pays ? Au « régime » qui a interdit pendant des mois à ses soldats d’être armés pour aller disperser des manifestants ? Une amie syrienne, ici, non favorable au régime, a rapporté que son frère, militaire, a dû le faire : elle m’avait accompagnée dans une soirée où j’étais en principe invitée pour parler de mon séjour ; mais ça passe mal, tout ça, devant un auditoire –de « gauche »- convaincu (et content) du bien fondé de son scepticisme pourtant sélectif, droit-de-l’homme désormais de nos démocraties.

  

 A Masnaa, le jeune fonctionnaire de la République Arabe Syrienne m’a rendu avec mon passeport la « Entry/Exit Card For Arabs & Foreigners » que j’avais remplie en arrivant : par inadvertance sans doute…

  J’espère que toute la frontière syrienne est renforcée, contre les divers services secrets et forces spéciales « démocratiques », et assassins que nos media serviles et/ou stupides veulent faire passer pour les « insurgés » d’une « guerre civile interconfessionnelle » qu’on a du mal à fomenter.

  Merci de votre accueil généreux et vigilant, à vous tous que j’ai rencontrés, à Masnaa, Baniyas, Homs, Damas et Beyrouth, et frères et sœurs de Saint Jacques l’Intercis. Citoyens lucides et courageux, qui défendez votre pays et la civilisation, gardiens de la frontière contre la barbarie qui nous menace, tous.

 

marie-ange patrizio,

Marseille, 21 janvier 2012

 



[1] Le temps logique et l’assertion de certitude anticipée, J. Lacan, in Ecrits, (Ed. du Seuil, Paris, 1966), p. 197.

[2] Voir par exemple les récits successifs  de la mort de Gilles Jacquier que fait  Jacques Duplessy, « journaliste free lance » les 11, 12 et 13 janvier 2012 : http://www.europe1.fr/International/Gilles-Jacquier-le-temps-des-soupcons-900947/

http://www.20minutes.fr/ledirect/858258/deces-journaliste-gilles-jacquier-circonstances-mort-font-polemique

http://www.sudouest.fr/2012/01/13/mort-du-grand-reporter-gilles-jacquier-jacques-duplessy-affirme-qu-il-s-agit-d-un-guet-apens-603997-7.php .

Voir aussi l’ensemble des témoignages de Caroline Poirron, J. Duplessy, Patrick Vallélian et Christophe Kenk dans le reportage d’Envoyé Spécial de jeudi 19 janvier 2012.

[8] Comment la chaîne France 24 a-t-elle le numéro du portable personnel de l’ambassadeur syrien ?

[9] Ce qui a, par contre, été annoncé, encore par France 24, pour Lamia Shakkour, ambassadrice syrienne à Paris : information aussitôt reprise par Le Figaro : http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2011/06/07/97001-20110607FILWWW00640-syrie-demission-de-l-ambassadrice-a-paris.php , et démentie par Madame Shakkour :

http://www.lexpress.fr/actualites/1/monde/l-ambassadrice-de-syrie-en-france-dement-sa-demission-et-parle-de-desinformation_1000391.html . On a ici un exemple de la grande fiabilité (et professionnalité) de nos media.

 

[11] Gilles Vigneault.

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L'économie chinoise.

21 Janvier 2012 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Politique étrangère

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VOICI CE QUE LES OCCIDENTAUX N’ONT PAS COMPRIS DE L’ECONOMIE MODERNE
                        de Jean-Paul Pougala

Le Dumping Social, la sous-évaluation de la monnaie chinoise, le Yuan,
la concurrence déloyale etc. Voilà quelques-uns des florilèges
d'accusations que font pleuvoir sur la Chine la majorité des
économistes et politiciens occidentaux. Et si ce beau petit monde
était à côté de la plaque ?

La croissance de la Chine et son positionnement stratégique au rang de
la première puissance mondiale montante a fait naître un désarroi sans
précédent chez les anciens puissants d’hier et la conséquente
navigation a vu chez les économistes et politiciens occidentaux qui
étaient incontestablement il y a peu de temps les références pour un
modèle économique réussi, qui semblait indétrônable. Avec la Chine qui
a imposé un nouveau modèle économique, le désarroi est total, et 10
ans après, la boussole leur semble toujours introuvable pour mieux
orienter les idées et comprendre de quel côté se trouve le Nord au
XXIème, c’est-à-dire à l'Est.

A- ET SI LA COMPETITIVITE AVAIT PRIS UN NOUVEAU VISAGE !

Comme il est déconcertant de voir des économistes occidentaux
s’accrocher à des considérations puériles pour expliquer leur manque
de compétitivité vis-à-vis de la Chine et le conséquent désert
industriel qui semble avoir stablement élu domicile en Occident, en
invoquant tous les bas salaires pratiqués en Chine, ce qui est faux.

Ceci est faux parce qu'en matière de salaires, ils sont deux fois plus
bas en Afrique et en Amérique du Sud qu'en Chine, sans que ces deux
régions attirent les mêmes investissements. Les vraies raisons sont
ailleurs :

1- Il existe en Chine un état fort qui est présent dans presque tout
le processus économique avec un objectif bien précis et bien visible,
celui de sortir des millions de chinois de la misère.

2- Dans la formation du coût d'un produit, la main d'œuvre compte pour
environ de 2 à 4 %, pire, à 10%. Il est donc absurde qu'en Occident,
on utilise la question des salaires prétendument élevés pour justifier
la non compétitivité des entreprises. Si un producteur Italien met un
article sur le marché à 100 € alors que son concurrent chinois est
capable de l'offrir à 25 €, la différence de 200% ne peut nullement
être justifiée par les 10% de coût de l'emploi. Même si on avait
offert le coût des salaires gratuitement au producteur européen, il
resterait toujours une différence de 190% à couvrir et c'est peut-être
en se concentrant sur cette valeur que l'Occident peut avoir un début
de solution à sa crise qui n'est qu'au début, malheureusement. Il
s'agit notamment des  coûts liés à l'architecture industrielle
elle-même du pays de l'acquisition des  matières premières à la
qualité de la formation professionnelle et au type de la logistique
pour toucher le client du bout du monde  et que nous allons étudier
ci-dessous.

3- Les matières premières achetées par l'Etat.
Contrairement à l'Occident où chaque industriel doit se débrouiller
tout seul pour trouver les intrants dans le monde entier, la Chine
utilise d'autres méthodes: il existe des mastodontes d'états qui se
chargent de grouper ses achats et donc, réussit à décrocher les
meilleures conditions d'achat qu'un privé Occidental ferait rarement,
ou grâce à une guerre humanitaire.

4- Produits semi-finis par l'Etat.
Contrairement à l'Occident où une industrie par exemple d'automobiles
s'installe et se fournit chez des sous-traitants, en Chine, c'est
l'Etat qui produit l'essentiel et le fabriquant de bicyclettes se
développe en achetant les pièces fournies par l'Etat. C'est le cas
chez les fabricants de climatiseurs, et bien d'autres secteurs clés,
là où le fabriquant italien doit se débrouiller tout seul pour assurer
sa production de A à Z, très souvent, son concurrent chinois qu'il
doit affronter sur le marché, n'a eu qu'à traiter la partie de S à Z,
très souvent de l'assemblage et la vente. Or, le prix des pièces qu'il
assemble, non seulement proviennent de l'Etat qui veut des devises et
qui ne vend pas mais cède pour créer des emplois et stimuler son
économie.

5- POUR LES CHINOIS L’ENERGIE NE SE VEND PAS

En termes de capitalisation boursière, selon les informations fournies
par Fortune Global 500 pour l'année 2010, sur les 7 plus grandes
sociétés du monde, 6 sont des sociétés qui s'occupent d'énergie dont
une américaine, une Britannique, une hollandaise et 3 chinoises. Mais
le plus intéressant est de constater une fracture entre les
entreprises occidentales et chinoises sur les bénéfices réalisées qui
sont plus forts chez les premiers. Par exemple, la Shell avec 97.000
employés, réalise 20,116 milliards de $ de bénéfice, la Exxon Mobile
avec 103.000 employés a réalisé un bénéfice net de 30,40 milliards de
$, alors que les chinoises semblent à la traine : la Sinopec avec
640.000 employés ne réalise que 7,63 milliards $ de profits alors que
sa consœur la China National Petroleum, avec 1.500.000 employés a
réalisé à peine 14,37 milliards de $ de profit.


Selon les évaluations classiques en Occident, Shell et Exxon sont à
féliciter parce qu'elles ont fait du bon travail. Mais selon la vision
pragmatique des chinois, le montant élevé de leurs profits est un
indicateur du niveau du frein à la compétitivité d'une nation. Pour la
Chine, la compétitivité de ses entreprises commence avec le coût de
l'énergie. Les entreprises du secteur ne doivent réaliser des
bénéfices que pour leur propre développement pour la recherche et les
besoins d'exploration de nouveaux gisements, alors qu'en Occident, les
bénéfices colossaux font le bonheur des actionnaires qui iront ainsi
figurer sur la liste des individus les plus riches du monde.

Cette différente conception du monde de l'économie a été encore plus
criante en 2008, lorsqu'en pleine crise économique, avec la volée des
prix du pétrole brut sur les marchés, toutes les entreprises
pétrolières de l'Occident annoncent des bénéfices historiquement
élevés. La Exxon Mobil par exemple annonce les bénéfices de 45
milliards de dollars en hausse de 11% par rapport à 2007 ; en France,
Total annonce les bénéfices de 22 milliards de dollars (17 milliards
d'Euros) alors que pour la même année, leur concurrente chinoise,
Petrochina, la première en terme de quantité du pétrole produit perd
de l'argent parce qu'une décision politique très intelligente (à mon
avis) prise par le gouvernement de Pékin sur le gel des prix du
carburant porte à une chute drastique de 22% des résultats nets, pour
permettre aux entreprises chinoises de rester toujours les plus
compétitives du monde. Il est évident que tous les produits dérivés du
pétrole en plastique comme les jouets, les accessoires pour voitures,
emballages etc. proviennent à 90% de la Chine, ce n'est pas parce
là-bas la main d'œuvre coûte moins cher. C'est tout simplement parce
que l'état a placé le vrai bénéfice à la fin de la chaîne en terme
d'emplois crées, de devises étrangères accumulées, d'excédents de la
balance commerciale et non pas spéculer de façon idiote sur tout ce
qui bouge, allant même jusqu'à l’auto-flagellation (se donner des
coups à soi-même) comme c'est le cas en Occident. En Chine, il existe
un objectif clair, c'est celui de la redistribution des richesses
créées qui doivent se traduire en termes de millions de personnes
qu’on réussit à sortir de la misère et non la célébration de la gloire
de voir des noms de quelques milliardaires dans le classement annuel
de Forbes.

Sur le plan des produits pétroliers, en Europe, les gouvernants
semblent vouloir le beurre et l'argent du beurre à la fois. On veut la
compétitivité des entreprises, mais en même temps, on taxe jusqu'à 77%
les produits énergétiques qui entrent pour près de 40% dans la
formation du coût d'un produit fini, transporté, livré à la boutique
et même le coût du déplacement de l'acheteur pour venir le prendre
peut être pris en considération.

Ce qu'on vient de voir pour  le pétrole est identique sinon pire dans
le secteur de l'électricité qui en Chine est presque gratuite. La même
année 2010, la première société d'électricité au monde, State Grid
corporation de Pékin, avec 1.564.000 employés et ses centaines de
millions d'abonnés, ne réalise que 4,56 milliards de dollars US de
bénéfice, c'est-à-dire moins des 5 milliards de dollars d'EDF
(Électricité De France) un an plus tôt, en 2009 (avant sa chute de 74%
en 2010 à cause des déboires sur les marchés étrangers) et avec ses
158.000 employés, c'est-à-dire, 10 fois moins que son concurrent
chinois et 20 fois moins d'abonnés. La vérité est que pour Edf,
entreprise publique, les abonnés sont des pigeons qu’il faut plumer
avec des augmentations à chaque début d’année sous des prétextes les
plus variés, comme l’homologation au prix du pétrole, lorsque ce
dernier monte.


B- LA LOGISTIQUE COMME INSTRUMENT DE PUISSANCE GEOSTRATEGIQUE

La Chine a des mastodontes de mer qui pratiquent très souvent des prix
politiques. Ce n'est nullement du dumping, mais les opérateurs sont
juste facturés au prix coûtant. Un exemple est la COSCO (China Ocean
Shipping Company), propriétaire de 201 bateaux porte-conteneurs soit
900.000 EVP (Equivalent Vingt Pieds, taille moyenne d’un conteneur)
permet aux transitaires de facturer un conteneur 20-40 pieds de la
Chine pour livraison à n'importe quel port en Europe pour des prix
incroyablement bas, en fonction des objectifs que l’Etat chinois veut
atteindre en terme d’exportation ; C'est-à-dire que parce que COSCO
est une entreprise publique qui ne recherche pas le bénéfice pour
elle-même, mais le bénéfice pour la nation chinoise, elle est un
instrument très puissant de géostratégie, qui participe à l’objectif
de conquérir, tous les marchés potentiels. Elle rapproche les côtes
chinoises des côtes du monde entier. On arrive ainsi au paradoxe que
le coût de transport terrestre à l’intérieur de la même Europe va
souvent jusqu’à 4 fois plus cher que le coût du transport maritime de
30 jours de mer de la Chine jusqu’en Europe. Et lorsqu'on sait que 75%
des échanges en Europe se font entre pays Européens eux-mêmes, on peut
aisément imaginer toute l'aubaine que cela représente pour la Chine
dans les années à venir, si rien n'est fait par les économistes
européens pour trouver une solution à long terme.

Le 7 Juin 2010, c’est ce même Cosco qui a acheté pour 1,90 milliards
de yuan, les lots mis en vente par  la municipalité de Shanghai,
c’est-à-dire que pour ce que deviendra dans les 10 ans à venir le
premier centre financier du monde, l’immobilier est encore une fois
sous le contrôle de l’état chinois. En effet, sur les 11 lots mis en
vente, 9 ont été achetés aux enchères par les entreprises publiques et
seulement 2 aux privés chinois.

Cosco est à l’image de la polyvalence des géants publiques chinois,
contrôlant tout ou presque dans son secteur, de la gestion des ports
(3,4 milliards de dollars pour la concession de la gestion de
conteneurs dans le port de Pirée en Grèce en 2008.) à l’immobilier en
passant par  la construction des bateaux et la fabrication des
conteneurs. Ce qui lui donne un avantage inouï au service de la
compétitivité des entreprises chinoises sur toutes leurs concurrentes
qui selon le modèle de développement du capitalisme occidental,
pêchent par une trop grande spécialisation dit-on pour réaliser le
maximum de profit.

Par exemple, sa succursale française COSCO FRANCE dont le siège est à
Paris est présente dans toutes les villes portuaires françaises et
travaille surtout comme une société commissionnaire de transport,
agissant dans le domaine de la consignation, la réparation de navires,
mais aussi, le fret aérien, avec le même objectif que le produit sorti
de l’usine chinoise doit arriver n’importe où sans souffrir d’une
quelconque pénalisation liée au transport ou à la logistique.

En Juin 2011, 52 Avions Airbus A320 sont sortis de la nouvelle usine
de Tianjin en Chine. Là encore c’est Cosco qui est devenu
incontournable au titre d’entrepreneur général des programmes de la
société Airbus de Tianjin, et chargé du transport des grosses pièces
de l'Europe à Tianjin, notamment le transport par péniche, le
transport intérieur et le transport océanique par conteneur dans la
section européenne, ainsi que le transport intérieur et le transport
aérien à la section de Tianjin.

Ici aussi, le choix d’une société publique chinoise n’est pas un
hasard, mais c’est le résultat d’une décision géostratégique bien
pensée. C’est en effet Cosco qui est choisi pour mener bientôt la même
opération mais en sens contraire de la Chine vers l’Afrique, pour
l’assemblage de l’avion chinois dénommé XIAN MA-60 sur lequel la Chine
a fait un pari pour remplacer les mauvaises habitudes africaines de
n’acheter que les vieux avions en Occident paradoxalement plus coûteux
(que le neuf chinois), et qui se révèlent de vrais cercueils volants
au-dessus du continent africain. La Xia MA-60 équipe déjà les
compagnies : Air Zimbabwe, Air Burkina, Air Burundi, South African
Express, British Caledonian, Laos Airlines, Sri Lanka Air-Force, mais
aussi, selon le quotidien chinois People Daily du 25 Mai 2011, les
compagnies de plusieurs autres pays en Asie, en Afrique et en Amérique
du Sud et sont en service sur une centaine de lignes aériennes. Selon
les indiscrétions à Pékin, Cosco effectuera bientôt le même transport
des parties d’avions des côtes chinoises vers les côtes africaines,
dans la ville portuaires de Kribi au Cameroun où un port en eau
profonde est en construction pour accueillir ce genre de bateau.
Lorsque la société EADS (Airbus) s’est installée en Chine, elle l’y
était contrainte, comme condition posée par la Chine à l’achat d’un
nombre important de ses avions. Mais lorsque la Chine prévoit de
construire ses avions destinés à l’Afrique directement sur le sol
africain, ses économistes et stratèges démontrent d’avoir compris ce
que les économistes occidentaux peinent encore à comprendre et c’est
que : dans l’économie moderne, vous ne pouvez pas vous obstiner à être
prospère tout seul et que pendant que tout va à merveille, c’est le
bon moment pour aider à se renforcer de nouveaux partenaires à être là
pour vous aider lorsque les moments difficiles arriveront, parce que
vous leur aurez donné les moyens et la possibilité d’être cette porte
de recours, cette issue de secours.


C- LA FAIBLESSE DEMOCRATIQUE

Si la démocratie du suffrage universel était quelque chose de si
merveilleux, nul doute que l’Occident préférait la conserver et même
la cacher comme un secret militaire, afin de l’utiliser comme avantage
sur les autres peuples de la planète. Si la démocratie du suffrage
universel pouvait permettre le développement d’une nation, il est
parfaitement évident que l’Occident ne serait pas si engagé à financer
des oppositions créées ad-hoc pour tel ou tel autre pays, pour les
aider à devenir de dangereux concurrents sur le plan de la production
industrielle, sur le plan de la  production intellectuelle. La vérité
est toute autre et bien plus amère. C’est que l’Occident a compris que
l’une des raisons de son déclin est bien la démocratie du suffrage
universel qui a porté au pouvoir les personnalités les plus médiocres,
à condition qu’elles soient soutenues par les puissances de l’argent
qui sont rarement là pour l’intérêt général.

La médiocrité des hommes politique s’est accompagnée des économistes
piégés par la prétendue supériorité sans faille de
l’ultra-libéralisme. On a ainsi vu des économistes de renom en
Espagne, en Grèce, au Portugal, en France, en Italie soutenir une
thèse des plus grotesques selon laquelle l’Allemagne avait le devoir
d’aider financièrement les pays Européens en crise, parce que selon
eux, l’argent allemand provenait de la vente des grosses berlines dans
ces pays. Ce genre de raisonnement trahit l’état de déconfiture de ces
économistes qui ne sont tout simplement plus en mesure de comprendre
que l’Allemagne n’a pas les moyens de se sauver elle-même et que la
crise allemande n’est plus qu’une question de temps comme pour tous
les pays occidentaux qui à première vue semblent épargnés, puisqu’ils
sont régis par les mêmes modèles économiques. Pire, ce sont les même
qui projettent de faire la concurrence à la Chine. Comment peuvent-ils
y parvenir, s’ils se refusent à l’exercice le plus facile qui aurait
consisté non pas à vouloir partager les gains allemands, mais à se
demander comment réussir eux aussi à vendre en Allemagne, premier
marché de l’union Européenne.

La vérité est que ces économistes se sont déjà rendus et ont renoncé à
se battre, faute d’idée. Et ils sont déjà en train de passer au plan
B, d’un Occident qui deviendrait une destination touristique pour les
nouveaux émergents. C’est le président américain Barack Obama qui a
vendu la mèche le 18/01/2012, en présentant dans un parc d’attraction
touristique en Floride son désir de faire des USA, la première
destination touristique du monde, au nom de la relance de l’emploi. Ce
que Monsieur Obama ne sait pas, c’est que le tourisme n’a jamais aidé
un pays à se développer. La France dont il veut contester la première
place avec ses 77 millions de touristes en 2010 (contre 59 pour les
USA, deuxième),  n’aurait pas les problèmes financiers qu’elle
connait, si le tourisme était une baguette magique. Ces économistes
occidentaux qui croient avoir trouvé leur plan miraculeux pour sortir
de la crise, en prédisposant les infrastructures pour accueillir les
nouveaux riches de Chine, Inde et Brésil, doivent se demander pourquoi
l’endroit qui attire les touristes fortunés en France, la prestigieuse
Côte d’Azur est paradoxalement la région (PACA) avec le plus fort taux
de pauvreté de toute la France ? (source Insee). Aucun pays ne peut
s’en sortir en s’éloignant des métiers de la production. Un touriste,
fut-il le plus riche du monde, ne consommera jamais la nourriture de 5
personnes et s’il faut importer pour satisfaire à ses besoins, on
revient au point de départ, sans compter les problèmes que cela
comporte de se spécialiser sur les riches. L’Ile Maurice croyait
éviter les problèmes du tourisme sexuels de la Thaïlande des
pédophiles occidentaux, en misant sur un tourisme de luxe. 30 ans
après, le pays s’est retrouvé la capitale africaine de la drogue,
introduite dans les Yachts de luxe et les Jets privés qui ne sont
soumis à aucun contrôle, pour ne pas froisser ces riches. Qu’à cela ne
tienne, si la crise peut transformer le racisme institutionnel qui
faisait que seules les populations de race blanche pouvaient entrer
aux USA sans visas, l’engouement touristique du président américain
serait un progrès pour l’humanité. Et l’allié de toujours, Taiwan
serait le premier à en bénéficier. La vérité est que le nord du monde
en crise n’attire plus grand monde, même plus les pauvres du sud.


D- CONCURRENCE INTELLECTUELLE

Selon un article publié par Christine Murris dans le Magazine français
Valeurs Actuels du 19/01/2012, en France, sur 16.800 places offertes
par les écoles d’ingénieurs en 2011, seuls 14.700 étudiants se sont
inscrits. Pire sur les ingénieurs sortis en 2010, seuls 42% sont allés
créer des richesses. Les autres ont été engloutis par l’industrie de
la spéculation qu’est le secteur financier. Avant même leur sortie
d’école note-t-elle, ils sont démarché par plusieurs entreprises
d’assurance, de banques pour utiliser leurs capacités mathématiques
pour leur faire gagner plus de fric, sans faire d’effort.

Au même moment, sur les 11 universités que compte la troisième ville
chinoise de Tianjin, 9 sont des écoles pour former les ingénieurs. En
Occident, le pouvoir politique est détenu par des personnes qui ont
suivi une formation de droit ou de littérature. EN Chine, ce sont les
ingénieurs qui ont le pouvoir politique. On comprend dès lors la
différence d’engouement des jeunes chinois et occidentaux pour la
formation en métiers de création de la richesse. Mais puisque les 2
parties sont en concurrence, comment s’étonner que toutes les mesures
prises en occident contre la désertification industrielle sans toucher
aux valeurs mêmes sur lesquelles toute la société s’est bâtie n’est
que de la pure propagande qui ne convainc même pas celui qui la dit.
La vraie concurrence des nations aujourd’hui est d’abord
intellectuelle. Une nation s’en sortira ou non par sa capacité à
former et mettre à la disposition de ses usines suffisamment des
cerveaux pour penser, pour créer et ensuite seulement on pourra parler
de compétition.

L’occident a depuis 2 siècles cru que l’intelligence était le fait de
l’ADN d’une population caucasienne dite Blanche. Le défi que l’orient
lui a lancé sur ce domaine est colossal et il n’arrive pas à relever
le défi, c’est la concurrence des ingénieurs. Un ordinateur, un
téléphone est vieux après 3 mois, c’est le défi lancé. Et ce ne seront
pas les symboles qui pourront changer la donne.


E- COMMUNISTE DEDANS, CAPITALISTE DEHORS

Dans le rapport 2011-2012 du forum des 1600 entreprises Européennes en
Chine il est écrit que la Chine est un pays communiste à l’intérieur
et capitaliste à l’étranger. Ce rapport qui n’est pas tendre du tout
dit que «il doit être particulièrement agréable pour la Chine de
pratiquer le libéralisme économique le plus déchaîné à l’exportation
tout en continuant à s’appuyer sur les fondamentaux du dirigisme à la
soviétique sur le marché intérieur ». Ce rapport de 338 pages, signé
par le Président de l’European Union Chamber of Commerce, Monsieur
Davide Cucino et son secrétaire général Monsieur Dirk Moens, traduit
la frustration de tous les entrepreneurs occidentaux qui ont couru en
Chine dans l’espoir de conquérir le milliard de consommateurs Chinois
et qui se trouvent à n’avoir pour seule issue louable que d’exporter
de la Chine vers leurs pays d’origine.

Tout ceci nous interpelle sur la nécessité de revoir de fond en comble
toutes les théories économiques des deux siècles précédents qui ne
prennent jamais en considération la possibilité d’un pays de jouer sur
deux registres en même temps, le communisme à l’intérieur et le
capitalisme débridé à l’exportation. Sans cette réécriture, il n’y a
pas de solution au problème de la compétitivité des entreprises
occidentales. On pourra même réduire à zéro le coût du travail en
Occident, cela ne changera pas de beaucoup la trajectoire de la course
vers le mur dès lors que la problématique est viciée par une variable
non maîtrisée : le rôle de l’état dans l’économie moderne.

F- QUELLES LECONS POUR L’AFRIQUE ?

Les privatisations forcées du Fond Monétaire International et de la
Banque Mondiale sont des cathédrales d’erreurs monumentales à ne plus
commettre. Céder par exemple au Cameroun l’entreprise publique
d’électricité SONEL aux privés américains de AES a été une erreur
stratégique de grande importance, non  seulement parce que les
délestages n’ont pas cessé, mais aussi parce que dans un pays qui veut
décoller à partir de ses industries, le prix de l’énergie à commencer
par l’électricité doit être conçu dans une politique globale des
mesures pour assurer la compétitivité des entreprises, pour qu’elles
soient mieux aguerries pour affronter la jungle du marché
international, en position de force.

Les recettes que les Africains formés en occident ont appliquées comme
du copier-coller en Afrique selon lesquelles il faut taxer tout ce qui
bouge est une autre erreur stratégique qui mène droit dans le mur.
L’urgence pour l’Afrique est de produire la richesse. Et l’état doit
s’activer afin que cette production soit effective et à grande échelle
et sa redistribution devienne plus aisée, pourvue qu’il y ait d’abord
quelque chose à partager. L’Afrique doit exporter au maximum ses
produits finis, pour constituer un capital de devises étrangères
nécessaires au bien-être de sa population. Le prix stratégique de
l’énergie (gaz, essence, électricité) est plus important que le bas
coût de la main d’œuvre. Taxer les bouts de routes bitumées peut
donner l’illusion d’alléger le poids financier de l’Etat en Afrique,
mais cela fait juste partie des recettes erronées du système rentier
de l’Occident, qui plombent la compétitivité africaine. Il se pose en
Occident même le problème de la moralité même de leur système. Le 10
janvier 2012 c’est le PDG de Free, Monsieur Niel qui devenant le 4ème
opérateur de la téléphonie mobile en France, en divisant les prix par
5, a mis à nu la mafia rentière d’un capitalisme protégé par l’état
pour arnaquer sa propre population.

Les économistes africains doivent s’activer à écrire leurs théories
économiques qui prennent en compte les spécificités africaines, les
intérêts africains, au lieu d’être dans une attente permanente de
recevoir la consécration d’un poste de subalterne dans telle ou telle
autre Institution Occidentale. A mon avis, le courage et l’autonomie
des économistes Africains de se distancer des formules élaborées par
les bureaucrates de Washington, pour trouver leur propre voie, à
partir de nouvelles variables purement africaines et revisitées dans
un contexte du 21ème siècle ferait honneur à ces mêmes intellectuels
car ils auront eu l’ambition historique d’être des précurseurs d’une
nouvelle Afrique, d’une Afrique avec leurs signatures, plutôt que,
comme ils croient par erreur, qu’ils n’ont de valeur que si sur leur
curriculum, il y aura le nom d’une institution internationale qui sont
pour la plupart au service de l’occident et donc, contre les intérêts
même de l’Afrique. Ils doivent tous se poser la question : pourquoi
après l’échec de l’Union Européenne d’empêcher les Chinois d’investir
en Afrique, pourquoi après l’échec de l’administration américaine de
freiner les investissements chinois en Afrique, ce sont désormais ces
institutions où tous souhaitent aller travailler, qui ont pris le
relai ? Comment expliquer que le Fond Monétaire International, plutôt
que de se réjouir que grâce surtout à la Chine, l’Afrique soit
finalement sortie de la misère, monte au créneau pour tout chambouler
? Au début du mois août 2011 à Nouakchott en Mauritanie, se tenait
l'African Caucus, une réunion rassemblant les pays africains et leurs
créditeurs, avec le directeur du FMI à la tête. Ce qu’on retiendra de
cette rencontre, c’est l’énervement contre les 1000 milliards de
dollars que la Chine a puisé de ses réserves en devises pour
l’injecter dans l’économie africaine (pour comparer, le fameux plan
Marshall était de 100 milliards de dollars, c’est-à-dire, 10 fois
moins).  On a vu des scènes ahurissantes des autorités burundaises,
très contentes de la signature des contrats avec la Chine, mais
plonger le lendemain dans l’angoisse des représailles du FMI. En RDC,
c’est par décret du 21/12/2010 que Monsieur Obama a exclu  la
République Démocratique du Congo de la liste des pays africains
pouvant bénéficier du projet AGOA, et exporter aux USA sans droit de
douane, à cause des nombreux investissements chinois dans le pays,
même si les motivations officielles parlaient du recul de la
démocratie. Paradoxe : pour profiter pleinement des avantages de
l’Agoa, et exporter les produits finis vers les Usa, le Congo avait
bien besoin que quelqu’un investisse au préalable pour créer les
usines de transformation. Et comment lui reprocher d’accepter l’argent
chinois ? Qui faut-il le rappeler n’a aucune odeur lorsqu’il fiancer
les fonctionnaires USA qui prennent ces décisions, y compris son
président, mais pue dès lors qu’il s’agit de l’Afrique.

Les municipalités africaines doivent rivaliser d’ingéniosité pour
créer de la richesse et donc créer des postes d’emplois à leurs
administrés. 90% des bibles utilisées par les nombreuses confréries
religieuses aux USA sont imprimées en Chine. Et la plupart de ces
imprimeries appartiennent à des mairies qui en tirent des revenus pour
bitumer de nouvelles routes, et pour créer de nouveaux emplois dans la
commune. En Afrique ce sont des municipalités capables de créer des
ressources  qui pourront garantir l’émergence d’un état fort en mesure
de résister et freiner les élans individualistes et égoïstes  des
privés. Sans cela, il n’est pas exclu que le continent se libère du
joug de l’occident pour se retrouver avec un joug interne d’une
poignée de clans qui installent ensuite et allègrement une économie
rentière, exactement le modèle qui est en train de mener l’occident
droit dans le mur.

21/01/2012

Jean-Paul Pougala
www.pougala.org

Jean-Paul Pougala est citoyen Camerounais, Directeur de l’Institut
d’Etudes Géostratégiques de Genève en Suisse.

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Sarkozy : menaces & débacles. Les voeux au corps diplomatique

20 Janvier 2012 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La sécurité sociale

Sarkozy : menaces & débacles

Par Louis Denghien, sur le blog: Info Syrie.


 
Nos voeux diplomatiques à Nicolas Sarkozy : heureuse retraite !

Nos voeux diplomatiques à Nicolas Sarkozy : heureuse retraite !

« La France ne se taira pas devant le scandale syrien » : c’est Nicolas Sarkozy qui l’a dit vendredi matin 20 janvier, à l’occasion de ce qui pourrait bien être ses ultimes voeux au corps diplomatique. Ces dix derniers mois, en tout cas, il est certain que la France, par sa bouche et plus encore celle de son ministre des Affaires étrangères, n’est pas restée silencieuse sur le cas syrien. Et, hélas, la France – par la faute de ces deux hommes – a proféré beaucoup de contre-vérités, de mensonges, sans oublier les menaces et rodomontades. C’est bien simple, Sarkozy/Juppé regnante, notre pays a parlé d’une même voix avec les Etats-Unis.

La veille, Alain Juppé avait une nouvelle fois envoyé un coup de patte à la mission d’observation de la Ligue arabe, qui se déroule selon lui « dans des conditions qui ne sont pas satisfaisantes« . Pas satisfaisantes pour lui, ça ne fait guère de doute : nombre des quelque 165 observateurs arabes ont fait état de violences de partisans de l’opposition, d’autres ont dit que la situation dans telle ou telle ville était calme ou allait en s’arrangeant.

Le coût politique et humain d’un tropisme pro-américain

Cette guérilla de communiqués et de déclarations fielleuses est, il est vrai, la seule intervention qui reste permise au tandem Sarkozy/Juppé : le jour même de la présentation des voeux présidentiels, quatre nouveaux militaires français tombaient en Afghanistan – 16 autres étant blessés dans le même attentat. Et la première réaction du « chef » de l’Etat était d’évoquer un possible « retrait anticipé » de nos troupes, la deuxième consistant à suspendre « toutes les opérations de formation et d’aide au combat » à l’armée afghane. Alors, dans ces conditions, une intervention militaire otanesque à participation française comme au « bon vieux temps » de la Libye… D’ailleurs, Alain Juppé vient même de se prononcer contre l’idée – il est vrai délirante – de ses amis qataris de déployer une force arabe en Syrie, c’est dire si la jactance n’empêche pas la prudence !

Revenons sur cette tragédie franco-afghane : 82 militaires français ont été tués – et 500 blessés – à ce jour en Afghanistan parce que Chirac, puis Sarkozy ont voulu mériter l’amitié de l’Oncle Sam, que celui-ci ait les traits de George Bush Jr ou ceux de Barack Obama. En Afghanistan, Sarkozy a imité en toute chose Obama (pourtant, il est notoire que les deux hommes se méprisent mutuellement), augmentant (juillet 2010) les effectifs français après qu’Obama eût décidé d’envoyer 30 000 G.I.’s supplémentaires, et annonçant le retrait de 1 100 soldats quand son homologue américain a annoncé le départ de 33 000 soldats d’ici septembre 2012.

Et ce suivisme s’est retrouvé sur l’Iran, la Libye (où l’élève français a dépassé et précédé le maître yankee)… et la Syrie. Au point que des hommes de la DGSE se retrouvent en Turquie pour « aider » les gangs de l’ASL. « Attention, président dangereux » écrivions nous (le 1er septembre 2011) à propos de Nicolas Sarkozy. Dangereux parce qu’il pense et réagit américain. Ou pro-américain, avec ce que ça suppose de surenchère. Des analystes ont pu écrire que si cet homme avait été président en 2003, la France se serait retrouvée embarquée dans le désastre irakien. Et d’autres disent que Sarkozy aurait bien aimé en découdre avec l’Iran. Et bien sûr avec la Syrie, dans le collimateur des Américains et de leurs suiveurs parce que c’est un allié de l’Iran, LA cible géopolitique à abattre – en attendant la Russie et la Chine – pour les stratèges néo-conservateurs sévissant des deux côtés de l’Atlantique. On n’en attendait pas moins de « Sarko l’Américain« . Mais quant au « gaulliste » Juppé…

Quoiqu’il en soit, ces menaces françaises interviennent sur fond de débâcle. Débâcle politique plus encore que militaire en Afghanistan qui ne devrait pas échapper longtemps à la reconquista des Talibans, en dépit des propos lénifiants des Juppé et autres Longuet. Débâcle électorale annoncée par les sondages et la plupart des analystes pour la présidentielle à venir – il y a fort à parier que Bachar al-Assad survivra politiquement à Nicolas Sarkozy. Mais combien de militaires français tomberont-ils encore avant la fin de ce calamiteux et déshonorant quinquennat ? Et combien de mensonges et de coups tordus contre la Syrie de la part de ce qui fut la diplomatie française ?

 

  http://www.infosyrie.fr/actualite/sarkozy-menaces-debacles/


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Une grande figure du journalisme anglais dénonce le bourrage de crâne sur la Syrie

20 Janvier 2012 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La Syrie - La Libye - l'Iran -

Une grande figure du journalisme anglais dénonce le bourrage de

 crâne sur la Syrie

Par Louis Denghien,


Jonathan Steele : une pointure du journalisme britannique, et un dénonciateur des mensonges de son gouvernement - et d'autres - sur la Syrie

Jonathan Steele : une pointure du journalisme britannique, et un dénonciateur des mensonges de son gouvernement - et d'autres - sur la Syrie

Même dans les pays les plus alignés sur le Nouvel Ordre mondial et ses mots d’ordre, des voix discordantes – et autorisées -se font quand même entendre. Ainsi en Grande-Bretagne, plus que jamais, en ce qui concerne la politique étrangère et singulièrement le dossier syrien, le « porte-avions des Etats-Unis en Europe« . Et dont le Premier ministre David Cameron a mérité au moins autant que son prédécesseur Tony Blair le sobriquet de « caniche » de président américain.

Une voix isolée, mais dans un journal influent

Eh bien, dans ce même pays sous influence, dont le Premier ministre vient de traiter Bachar al-Assad de « maudit tyran« , c’est un journaliste chevronné, l’ancien responsable de la rubrique internationale du grand quotidien de référence The Guardian (de sensibilité plutôt travailliste) qui vient de dénoncer les mensonges et l’attitude de son gouvernement et d’une grande partie de sa presse. Jonathan Steele, déjà auteur en novembre dernier d’une tribune libre qui s’attaquait à nombre de contre-vérités sur la crise syrienne véhiculés docilement par ses confrères, vient à nouveau de dénoncer – dans une nouvelle tribune libre publiée par The Guardian - la désinformation dont continue malheureusement à faire l’objet ce pays. « Cette couverture médiatique est devenue une arme de propagande contre la Syrie » dit-il notamment. Et Steele de pointer plusieurs éléments de cette propagande, les négations, omissions ou francs mensonges relatifs aux faits suivants : la popularité de Bachar, la mission des observateurs arabes, l’implication militaire et diplomatique américaine. A propos de la mission de la Ligue arabe en Syrie, Jonathan Steele écrit que son actuel dénigrement par les Occidentaux est motivé par la crainte que les observateurs donnent dans leurs rapports un son de cloche, notamment sur la soi disant opposition pacifique, un son de cloche assez éloigné de la vulgate en cours.

Et, toujours sur ce sujet, le journaliste prévoit – sans prendre trop de risques, il est vrai – que la Ligue arabe va, à l’occasion de sa réunion du 22 janvier au Caire, de fortes pressions pour mettre fin à sa mission. Mission dont Steele estime la prolongation nécessaire pour garantir une vision plus objective de la situation, elle-même condition de l’instauration d’un dialogue effectif entre pouvoir et opposition.

Jonathan Steele a, comme Infosyrie de l’autre côté de la Manche, fort à faire dans un pays qui héberge l’agence de désinformation qu’est l’OSDH dont le patron Rami Abdel Rahmane a ses entrées chez William Hague, patron de la diplomatie britannique, une diplomatie aussi fidèlement suiviste du Département d’Etat américain sur la Syrie qu’elle l’avait été pour Israël, l’Irak, l’Afghanistan ou la Libye. Mais Steele est une grande figure du journalisme anglais – deux fois lauréat des trophées de la presse britannique, catégorie « Reporter de l’année ». Et The Guardian, qui offre une tribune à son ex-collaborateur, est un média de premier plan.

 

  Syrie: http://www.infosyrie.fr/re-information/une-grande-figure-du-journalisme-anglais-denonce-le-bourrage-de-crane-sur-la-syrie/

 


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Pétition pour le musée Jean Moulin à Nice.

18 Janvier 2012 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Histoire

312119 209782269090793 100001770649973 473455 1104-copie-1Bonjour.

L'association "Comité pour une Nouvelle Résistance-CNR" dont je suis le président lance une pétition nationale pour sauver un lieu de mémoire à Nice. Un appartement de 40 mètres carrés environ, a servi pendant la seconde guerre mondiale de planque à Jean Moulin. Peintre et amateur d'art il avait monté la Galerie Romanin. Cette couverture lui a permis de rencontrer les chefs des différents réseaux de résistances à l'occupation allemande. Il a ainsi pu réunir ces patriotes afin de créer en mai 1943 le fameux Conseil National de la Résistance juste avant son arrestation. Il est de notre devoir de citoyens de garder intacte la mémoire de ces luttes pour la liberté, pour la justice, pour la République. Il nous appartient de transmettre aux jeunes générations les idéaux et les actes de ceux qui ont combattu au péril de leur vie la barbarie et la haine afin de nous permettre de vivre des jours heureux.  

Il nous apparaît très important que la mémoire de Jean Moulin soit plus présente aujourd'hui. A Nice ce modeste local situé au 22 rue de France, est mis en vente. Sa position centrale en fait le lieu idéal pour faire connaître le rôle déterminant joué par Jean Moulin dans la victoire des alliés sur les nazis.

 

Je vous transmets ci-dessous le texte de la pétition nationale que nous avons lancé.

 

En cliquant sur le lien vous pourrez signer celle-ci.

 

Si cette cause vous interpelle, si vous voulez comme nous préserver ce haut lieu de résistance, alors signez cet appel et surtout  contribuez à le faire connaître à tous vos contacts.

 

Proposez-le aussi à divers organismes de presse si vous le pouvez, que ce soit sur le net ou sur papier ou sur d'autres supports.

 

Le temps presse, il ne reste que 4 semaines pour le délai de préemption, comme l'indique dans son commentaire une signataire. La réussite de cette belle entreprise dépend de vous, de votre mobilisation et de votre capacité à faire vivre ce combat pour la mémoire.

·         Le lien pour la pétition: 293966_228444113877709_100001363671692_552611_3892-copie-1.jpg 

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  • Le texte de la pétition:

Ce qui était la "galerie Romanin" doit devenir le musée Jean Moulin à Nice. L'association Comité pour une Nouvelle Résistance-CNR06. 

 

Jean Moulin était le représentant du général de Gaulle, parachuté dans la France occupée pendant la seconde guerre mondiale.

Il a réussi à rassembler les patriotes de tous bords autour des idéaux et des valeurs de la France-Libre.

Sa détermination et son courage ont permis la création en mai 1943 à Paris, du Conseil National de la Résistance. Le CNR est à l’origine :
1. Du regroupement des réseaux de résistance autour du général de Gaulle.
2. De nombreuses avancées sociales dont nous bénéficions aujourd’hui encore. La sécurité sociale et la retraite par répartition en sont des exemples emblématiques.

Pour accomplir cet énorme travail de rassemblement des résistances, il a occupé un local à Nice, qu’il a transformé en « Galerie Romanin ».
Peintre lui-même, amateur d’art et de peinture, ce lieu va devenir une parfaite couverture pour ses actions de l’ombre. Cette cache va lui permettre de rencontrer les principaux chefs des groupes combattant l’occupation allemande et la collaboration. Ainsi a pu naître la Résistance Unie.
Cette modeste maison, située au 22 rue de France, à Nice, est actuellement en vente. C’est une occasion inespérée de l’intégrer au patrimoine national. Elle deviendrait alors la mémoire vivante, indispensable, de ce symbole de notre histoire.

Le but de cette pétition est d’alerter les citoyens et les autorités de la nation sur l’absolue nécessité de préserver ce haut lieu de la Résistance, qui pourrait être géré en collaboration avec le musée de la Résistance de Nice.

Nous demandons donc à Monsieur le ministre de la culture, de favoriser par tous les moyens la réalisation de cet objectif légitime, notamment en soutenant notre projet de Fondation.

Il s’agirait de créer en cet endroit un musée consacré à Jean Moulin et à la Résistance.
L’œuvre de ce grand homme a besoin d’être mieux connue et mieux respectée. Les jeunes générations doivent connaître son engagement total pour une société plus juste et plus humaine.

L’association « Comité pour une Nouvelle Résistance-CNR06 » vous remercie de l’intérêt que vous
portez à cette cause.

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  • Le message d'une signataire de la pétition: 

 

TENEZ MOI INFORMEE DES ACTIONS QUE L'ON PEUT FAIRE; iL NE RESTE QUE 4 SEMAINES POUR LE DELAI DE PREEMPTION!

 

  • Le communiqué de l'AFP le 13 janvier 2012.

"Mise en vente controversée d'une ancienne cache de Jean

 Moulin à Nice"

"La mise en vente d'un appartement niçois qui servit de cache en 1943 au chef de la résistance français Jean Moulin a suscité jeudi l'émoi d'une association revendiquant les idéaux de la Résistance ainsi que de l'opposition municipale, qui appellent à en faire un lieu de mémoire.

Au premier étage de l'immeuble, situé dans le centre de Nice, une plaque commémorative rappelle: "Jean Moulin fit le sacrifice de sa vie pour que la France vive libre. Dans cette maison il servit la Résistance avant son arrestation en 1943".

Il y a quelques jours, le panneau de mise en vente accroché à la plaque cachait même l'inscription.

Au rez-de-chaussée, aujourd'hui occupé par un restaurant gastronomique, fut logée jadis une éphémère galerie d'art, la galerie Romanin, couverture de Jean Moulin, grand amateur d'art.

La galerie, louée fin 1942, fut confiée à une amie de Jean Moulin, Colette Pons. "Il s’agissait de camoufler ses activités secrètes dans la Résistance sous la couverture, officielle, de marchand de tableaux", a-t-elle raconté, rapporte le site du Musée de la résistance azuréenne.

"Cette boutique et l’appartement au-dessus comportaient plusieurs issues, ce qui nous arrangeait particulièrement. Régulièrement, des hommes et des femmes arrivaient au 22 rue de France et me demandaient +la clé de Rex+... Il s’agissait de la clé de l’appartement... Je la retrouvais par la suite dans la boîte aux lettres. Jean Moulin, lui, y venait tous les mois. La Gestapo recherchait +Rex+ ou +Max+, mais pas lex-préfet devenu marchand de tableaux".

A l'arrestation de Jean Moulin, sa soeur envoya un télégramme à Colette Pons ("Vendez comme prévu") pour lui signifier de fuir la galerie avant l'arrivée de la Gestapo".

"Jeudi, le conseiller municipal socialiste Patrick Allemand a écrit au député-maire UMP Christian Estrosi pour lui demander d'exercer son droit de préemption sur l'appartement d'une quarantaine de mètres carrés, après plusieurs changements de propriétaires".

"Un musée Jean Moulin aurait toute sa place dans la ville de Nice", estime pour sa part Lucien Pons, président du Comité pour une Nouvelle Résistance, une association s’inspirant des idéaux énoncés par le Conseil national de la Résistance (CNR).

Dans son blog, il suggère, en collaboration avec les associations d'anciens combattants et résistants des Alpes-Maritimes et du Var, de faire circuler une pétition pour sauver le lieu qui était rattaché à la galerie Romanin."

AFP  AFP  

 

 

  • Un lien vers le précédent article sur ce sujet.

 http://srv04.admin.over-blog.com/index.php?id=1292415055&module=admin&action=publicationArticles:editPublication&ref_site=1&nlc__=161326842748

 

  • Deux vidéos:

Le chant des partisans:

http://www.youtube.com/watch?NR=1&v=

 

Le poème d'Aragon en hommage aux résistants: La rose et le réséda:  

http://www.youtube.com/watch?v=bkRY_NbFNf0&feature=youtu.be

 

 

 

En espérant trouver un écho favorable auprès de vous tous, je vous suis très

 

 reconnaissant et je vous remercie vivement.

  

 

Lucien PONS  (Président de l'association "Comité pour une Nouvelle Résistance-CNR").

 

 

 

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La guerre financière globale, l’escalade dans le golfe Persique et les menaces vitales contre le système des pétrodollars

17 Janvier 2012 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La Syrie - La Libye - l'Iran -

La guerre financière globale, l’escalade dans le golfe Persique et les menaces vitales contre le système des pétrodollars

 

 

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Standards & Poor’s – certainement visée par l’ancien Président français Valery Giscard d’Estaing lorsqu’il parlait d’« officines» déstabilisant l’économie européenne – perpétue une stratégie de diversion en dégradant la note de neuf pays de l’Euroland, parmi lesquels la France, l’Italie, le Portugal, l’Autriche et l’Espagne. L’entreprise financière Standards & Poor’s, critiquée depuis une décennie pour son incapacité à prédire l’effondrement d’Enron, de Lehman Brothers et plus récemment de MF Global, provoque donc un choc psychologique en France à 100 jours de l’élection présidentielle, les effets de cette « dégradation » étant sur-amplifiés par une certaine dramatisation médiatique. 
 


Si l’on adhère à la lecture des événements que partagent Valery Giscard d’Estaing, le chercheur
Emmanuel Todd ou la présidente du MEDEF Laurence Parisot, la guerre psychologique menée contre l’Europe par les « officines » anglo-saxonnes et leurs relais médiatiques et spéculatifs monte en intensité, l’Euroland étant ciblé dans son ensemble. Pourtant, de l’autre côté de l’océan Atlantique, les États-Unis – qui malgré leurs difficultés structurelles restent la première puissance mondiale sur le plan financier, militaire, culturel et économique – affichent un endettement national de plus de 15 000 000 000 000 de dollars US, pour une dette totale avoisinant les 56 000 000 000 000 de dollars US, selon les chiffres officiels de l’horloge nationale de l’endettement des États-Unis. 
 

Au vu de cette dette gargantuesque, nous pouvons affirmer avec confiance que, dans l’hypothèse où le système des pétrodollars s’effondre du fait de la diversification monétaire dans les échanges commerciaux et pétroliers internationaux, les États-Unis en tant qu’État fédéral font faillite et se retrouvent de facto en catégorie D (« En défaut »), quelle que soit la position des agences de notation. Dans ce contexte, les généraux du Pentagone, qui représentent l’omnipuissant complexe militaro-financier-énergétique des États-Unis, ne peuvent accepter la politique d’abandon du dollar comme monnaie d’échanges pétroliers qui est menée par l’Iran, en ce qu’elle constitue par essence une menace vitale contre le système des pétrodollars. Par conséquent, tout porte à croire que les généraux du Comité des chefs d’État-major interarmées du Pentagone (JCS) planifient un conflit armé contre l’Iran, comme l’indiquent les dernières déclarations du général Dempsey – qui dirige le JCS – et de Leon Panetta, le secrétaire à la Défense à l’origine du récent durcissement rhétorique visant l’Iran (avant l’offensive économique, psychologique et stratégique actuelle). 
 

Aujourd’hui, les États-Unis mènent à l’égard de l’Iran une guerre économique totale, accompagnée de mouvements militaires à grande échelle. Ce déploiement stratégique est axé sur le positionnement prochain d’au moins deux porte-avions US dans le golfe Persique (l’USS Carl Vinson étant censé relever l’USS John Stennis, avant d’être rejoint par l’USS Abraham Lincoln). Cette importante planification écourte les nuits du commandant en chef de l’US Navy, l’amiral Jonathan Greenert, selon ses propres déclarations publiques.  


Depuis le naufrage de l’USS Maine dans le port de Cuba en 1898, dont l’exploitation médiatique provoqua la guerre hispano-américaine, en passant par les mystérieux
incidents du golfe du Tonkin du 4 août 1964 qui précipitèrent les États-Unis dans la guerre contre le Nord-Vietnam, l’Histoire militaire des États-Unis reste entachée de zones d’ombres lorsqu’il est question des incidents navals comme casus belli, et plus généralement des justifications précipitant les forces armées US dans leurs récentes guerres. Sachant que Dick Cheney avait songé, selon Seymour Hersh, à organiser une attaque sous faux pavillon contre des navires de la 5ème flotte des États-Unis – envisageant une opération contre la flotte US par des Navy Seals grimés en Gardes révolutionnaire iraniens à proximité du détroit d’Ormuz – une provocation navale immédiatement attribuée à l’Iran semblerait suffire au déchainement de la puissance militaire des États-Unis contre un Iran déterminé à résister. Il semblerait que de telles provocations soient en cours au moment où ces lignes sont écrites. Quoi qu’il en soit, l’on pourrait penser qu’en ne réagissant pas militairement à la politique étrangère de l’Iran, les hauts responsables US auraient beaucoup plus à craindre de l’effondrement du système des pétrodollars que d’une guerre contre l’Iran, aux conséquences pourtant incalculables au vu du contexte économique et financier particulièrement volatile (quoique propice aux augmentations constantes du prix des hydrocarbures). Sans surprise, les pétromonarchies du Golfe et Israël soutiennent ouvertement cette guerre. 

 

Quoi qu’il en soit, à travers la politique étrangère iranienne, le statu quo des pétrodollars semble sérieusement menacé. Aujourd’hui, la Chine achète le pétrole iranien en euros, et les États-Unis ne semblent pas en mesure d’influer sur la politique chinoise vis-à-vis de l’Iran, les relations sino-iraniennes datant de la période préislamique, au 1er siècle avant Jésus Christ. L’Inde est en train de mettre en place un système d’achat de l’or noir perse en roupies. Enfin, la Russie s’apprête à mettre en œuvre avec l’Iran un accord d’échanges pétroliers et commerciaux en rial et en roubles. Comme elle l’a fait il y a quelques mois avec la Russie, le Chine a également adopté avec le Japon un système d’échanges énergétiques et commerciaux centré sur leurs monnaies respectives. La suprématie du dollar comme monnaie de réserve internationale est donc indiscutablement mis à mal. Toutefois, le système des pétrodollars qui l’impose depuis des décennies est encore plus dangereusement remis en cause par une politique d’affirmation de puissance invariablement menée par l’Iran. 
 


Comme l’a écrit avec justesse Peter Dale Scott à l’aube du conflit ayant déstructuré la
Libye, « La question du pétrole est étroitement liée à celle du dollar, car le statut du dollar comme monnaie de réserve mondiale dépend largement de la décision de l’OPEP de libeller les achats du pétrole de l’OPEP en dollars. L’économie actuelle des pétrodollars se fonde sur deux accords secrets passés durant les années 1970 avec les Saoudiens pour recycler les pétrodollars dans l’économie des États-Unis. Le premier de ces accords assurait une participation spéciale et durable de l’Arabie saoudite dans la santé du dollar US ; le second sécurisait un soutien saoudien continuel pour la tarification de l’intégralité du pétrole de l’OPEP en dollars. Ces deux accords garantissaient que l’économie des États-Unis ne serait pas affaiblie par les hausses de prix du pétrole de l’OPEP. Depuis lors, le plus lourd fardeau a en fait été porté par les économies des pays les moins développés, qui doivent acheter des dollars pour leurs fournitures en pétrole. Comme Ellen Brown l’a relevé, d’abord l’Irak et ensuite la Libye ont décidé de défier le système des pétrodollars et de stopper leurs ventes de pétrole en dollars, peu avant que ces deux pays ne soient attaqués ». Aujourd’hui, l’Iran semble être dans cette position de « cible » chez les planificateurs militaires du Pentagone. Toutefois, ce pays vient de démontrer qu’il est opérationnellement capable de boucher l’aorte d’une économie mondiale fragilisée et instable : le détroit d’Ormuz.




Maxime Chaix
, traducteur et analyste politique indépendant.


 Articles de Maxime Chaix publiés par Mondialisation.ca
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Le sommet de mercredi 18 janvier 2012. Ce que prépare Sarközy

17 Janvier 2012 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Politique intérieure

Sommet de crise : Ce que prépare Sarkozy

Nicolas Sarkozy réunit mercredi les partenaires sociaux pour un "sommet de crise" qui doit apporter des réponses à la progression du chômage et à la perte du "triple A" français. Voici les principales pistes de travail.

Nicolas Sarkozy, à Amboise pour rendre hommage à Michel Debré
Nicolas Sarkozy, à Amboise pour rendre hommage à Michel Debré SIPA/Thibault Camus/AP

À moins de 100 jours du premier tour de l'élection présidentielle, des « décisions importantes » devraient être prises dans la foulée du « sommet de crise », a promis le chef de l'Etat, qui ira ensuite les présenter lui-même aux Français à la fin du mois. Mais déjà, les principales pistes de travail se dessinent.

- Instaurer la TVA sociale

C'est certainement la décision la plus périlleuse que pourrait prendre Nicolas Sarkozy. Le gouvernement souhaite baisser le coût du travail et compenser le manque à gagner en augmentant la TVA. Le patronat y est favorable, la majorité des syndicats y sont farouchement opposés et les Français y sont franchement hostiles, à en croire les sondages. « Si le gouvernement augmente de 2 ou 3% la TVA, c'est un plan de rigueur » qui aura comme conséquence une diminution du pouvoir d'achat des salariés, a averti dimanche le patron de la CFDT François Chérèque. Très remonté, le secrétaire général de FO, Jean-Claude Mailly, a prévenu qu'il enverrait « bouler » Nicolas Sarkozy s'il voulait lui parler de TVA sociale lors du sommet.

Cliquez ici !

Pour l'heure, les modalités de cette réforme, qui devrait être soumise au Parlement dès février, ne sont pas arrêtées. S'agit-il de baisser les charges salariales et patronales, ou seulement ces dernières ce qui signifierait une perte de pouvoir d'achat pour les Français ? Quelle hausse de la TVA et sur quels produits ? La CSG (Contribution sociale généralisée) va-t-elle aussi être relevée permettant une hausse moindre de la TVA ? Autant de questions brûlantes que doit encore trancher le chef de l'Etat.

- Enterrer les 35 heures

C'est le retour du « travailler plus » de 2007, mais sans le « gagner plus ». Accusées de tous les maux par Nicolas Sarkozy, les 35 heures devraient une nouvelle fois se retrouver en ligne de mire, via l'idée d'un « pacte compétitivité-emploi ». Le principe est de permettre à chaque entreprise en difficulté de négocier avec ses employés une nouvelle durée du temps de travail ou une baisse des salaires, en échange d'une garantie de maintien des emplois. La mesure fait bondir la gauche comme les syndicats qui rappellent que le site Continental de Clairoix (Oise) a fermé en 2010 malgré un accord sur le retour aux 40 heures par semaine qui devait pourtant assurer sa survie jusqu'en 2012.

- Développer le chômage partiel

C'est le sujet le plus consensuel. Face à la crise de 2008, Sarkozy avait déjà eu recours au chômage partiel pour tenter d'amortir les effets sur l'emploi de la tempête économique. A l'heure actuelle, toute entreprise qui subit une baisse conjoncturelle de son activité peut y recourir pour éviter des licenciements. Le gouvernement veut simplifier davantage ce dispositif. Ainsi, alors qu'aujourd'hui les entreprises qui souhaitent l'utiliser doivent déposer une demande auprès de l'administration qui dispose de 20 jours pour notifier sa décision, ce délai pourrait être réduit.

- Formation des chômeurs

Là aussi, le sujet devrait faire consensus. Selon le Premier ministre François Fillon, il s'agit de « passer d’un système où une personne au chômage doit accepter un emploi à un système où elle doit accepter une formation et, à l’issue de celle-ci, un emploi ».

- Le débat sur les heures supplémentaires

La CGT compte exiger la fin des exonérations - de 30 milliards d'euros- concédées aux entreprises « sans contre partie », et en particulier la suppression des heures supplémentaires défiscalisées. C'est une demande unanime des syndicats, mais aussi une mesure symbole du mandat de Sarkozy, seule concrétisation du « travail plus pour gagner plus » de 2007. La défiscalisation des heures supplémentaires coûte autour de 4,5 milliards d'euros par an à l'Etat. Mais le chef de l'Etat refuse de la remettre en cause, au nom de la défense du pouvoir d'achat.

- Taxer les transactions financières

Après avoir défendu son entrée en vigueur au niveau européen, le chef de l'Etat est aujourd'hui résolu, malgré les critiques, à faire cavalier seul en instaurant une taxation des transactions financières en France, pour « montrer l'exemple ».

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La mort du journaliste français Gilles Jacquier, un article publié par l’équipe de télévision russe

17 Janvier 2012 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Politique étrangère

3666459-5374645.jpge fiasco des barbouzes français à Homs
Boris V. | Lundi 16 Janvier 2012

 

Alors que Paris accuse Damas d’avoir organisé l’assassinat du journaliste de France-Télévisions Gilles Jacquier à Homs, Pierre Tolstoï vient de présenter une toute autre version des faits lors d’une émission spéciale de la première chaîne de télévision russe. Selon l’enquête conduite sur place par son équipe, M. Jacquier commandait sous couverture de presse une opération des services secrets militaires français qui a tourné au fiasco. Les accusations françaises ne sont qu’un moyen pour masquer la responsabilité de Paris dans les actions terroristes entreprises pour déstabiliser la Syrie. Nous reproduisons ici la traduction d’un article publié par l’équipe de la télévision russe dans Komsomolkaya Pravda. - New Orient News

 

Le journaliste français Gilles Jacquier a été tué lors d’un reportage à Homs, le mercredi 11 janvier. Il était venu couvrir les événements en Syrie pour le magazine « Envoyé spécial. »

Persuadé qu’il n’y avait pas de groupes terroristes, mais une révolution réprimée dans le sang, il avait refusé la protection des services de sécurité et ne portait ni casque, ni gilet pare-balles. Avec des collègues qui partageaient ses convictions, ils avaient loué trois minibus et trouvé des fixeurs, c’est-à-dire des locaux capables de les aider à se repérer, à prendre des rendez-vous, et leur servant de traducteurs.

Tous ensemble avaient demandé à rencontrer des représentants alaouites avant de se rendre dans les quartiers insurgés de Bab Amr et Bab Sbah. Arrivés à l’hôtel As-Safir, ils avaient rencontré par hasard un capitaine qui leur proposa de les accompagner avec son détachement jusqu’au quartier alaouite de Najha où les attendait une assistante du gouverneur de Homs.

Avec son aide, les journalistes purent rencontrer des personnalités et interroger les passants. A 14h45, la représentante du gouverneur leur avait demandé de quitter les lieux au plus vite, le cessez-le-feu de facto prenant fin chaque jour à 15h précises.

Cependant, les journalistes de la radio télévision belge flamande (VRT) s’étant aventurés plus loin chez des particuliers jusque dans le quartier d’Akrama, le groupe fut lent à se mouvoir. Des membres de l’association des victimes du terrorisme qui avaient prévu de manifester devant un car affrété par le ministère de l’Information pour une quarantaine de journalistes anglo-saxons, mais qui ne les avaient pas trouvés, se sentirent utiles en scandant des slogans pour le président Bachar à la vue de quelques caméras.

A 15h, comme chaque jour, la bataille d’Homs reprit. Un projectile explosa sur la terrasse d’un immeuble, détruisant un réservoir de mazout. Un second projectile tomba sur une école, puis un troisième sur les manifestants pro-Assad, tuant deux d’entre eux. Les journalistes montèrent sur la terrasse pour filmer les dégâts. Il y eut une accalmie. Gilles Jacquier, pensa que les tirs étaient finis et descendit avec son cadreur pour aller filmer les cadavres des manifestants. Arrivé dans l’embrasure de la porte, il fut tué avec six militants pro-Assad par une quatrième explosion qui le projeta sur sa fixeuse qui le suivait. La jeune femme fut blessée aux jambes.

Dans la confusion générale, le mort et la blessée furent évacués dans des voitures vers des hôpitaux. Ce seul incident fit 9 morts au total et 25 blessés. La bataille de Homs se poursuivi avec de nombreux autres incidents durant la soirée et la nuit.

Au premier abord, tout est clair : Gilles Jacquier est mort par hasard. Il se trouvait au mauvais endroit au mauvais moment. Surtout ses convictions sur la nature des événements en Syrie lui faisaient croire qu’il ne devait craindre que les forces gouvernementales et qu’il ne courrait aucun risque en dehors de manifestations anti-régime. Il avait donc refusé une escorte, il n’avait pas pris de casque et de gilet pare-balles, et il n’a pas respecté l’heure fatidique de fin du cessez-le-feu. En définitive, il n’a pas su évaluer la situation car il a été victime de l’écart entre la propagande de ses collègues et la réalité qu’il niait.

Dans ces conditions, on ne comprend pas très bien pourquoi, après une première réaction courtoise, la France, qui avait légitimement exigé une enquête sur les circonstances de la mort de son ressortissant, a subitement insinué que Gilles Jacquier avait été assassiné par les Syriens et a refusé que l’autopsie ait lieu sur place en présence de ses experts. Ces accusations ont été publiquement explicitées par un des journalistes qui accompagnait Jacquier, Jacques Duplessy.

Pour la presse française, les faits ne sont pas si évidents qu’il y paraît : un doute persiste sur l’identification des projectiles mortels. Selon la plupart des reporters, il s’agissait de tirs de mortiers. L’armée syrienne confirme que cette arme est quotidiennement utilisée par les terroristes à Homs. Mais selon certains témoins, c’était des roquettes tirées depuis un lance-roquette portatif, et la télévision privée syrienne Ad-Dounia a montré des ailettes de roquette. Des forums se passionnent sur ce sujet, non sans arrières-pensées. En France, les anti-Assad croient au mortier et accusent l’armée syrienne d’avoir tiré. Tandis que les pro-Assad croient à la roquette et accusent les terroristes. En définitive, ce détail ne prouve rien : certes l’armée syrienne utilise des mortiers, mais pas de ce calibre, et les groupes armés utilisent des lance-roquette, mais rien n’empêche chaque camp de varier son armement.

Au demeurant, s’il s’agit de tirs de mortier, les deux premiers ont permis d’ajuster le tir du troisième et du quatrième pour frapper les manifestants qui étaient leur cible. Mais s’il s’agit de tirs de roquette, il était possible de viser beaucoup précisément et de tuer une personne en particulier. La thèse de l’assassinat devient possible.

L’étude des images et des vidéos montre que les corps des victimes ne sont pas ensanglantés et criblés d’éclats, comme lors de l’explosion d’un obus qui se fragmente. Au contraire, ils sont intacts, le sang coulant selon les cas par le nez ou les oreilles, comme lors de l’explosion d’une roquette thermobarique dont le souffle comprime les organes provoquant des hémorragies internes. De même, les points d’impact sur le trottoir ne portent aucune trace de fragmentation.

Notez que certains témoins parlent, eux de grenades, ce qui ne fait guère avancer notre compréhension puisqu’il existe des grenades à souffle et des grenades à fragmentation. En définitive, seule l’hypothèse de l’arme de souffle (RPG ou grenade) est compatible avec les éléments médicaux-légaux visibles sur les photos et vidéos. Accourus sur les lieux, des enquêteurs syriens et des observateurs de la Ligue arabe ont retrouvé deux queues de mortier de 82mm et une queue de roquette de fabrication israélienne.

Par conséquent, les autorités françaises ont raison d’étudier la possibilité de l’assassinat même s’il s’agit pour elles de se saisir d’un drame pour l’instrumenter et justifier leur ambition de guerre contre la Syrie. Pourtant les diplomates français, s’ils ont pour consigne de chercher la vérité, ont manifestement aussi pour consigne de s’assurer que les Syriens ne la découvrent pas. Ainsi, ils ont empêché toute personne francophone d’approcher la photographe Caroline Poiron, compagne du journaliste Gilles Jacquier, qui veillait sa dépouille toute la nuit. La jeune femme, en état de choc, ne maîtrisait plus son comportement et aurait pu trop parler. Puis, ils ont interdit l’autopsie sur place et ont rapatrié le corps au plus vite. Quelle est donc l’hypothèse que la France veut vérifier pour elle-même, mais cacher au grand public ?

Ici commence notre plongée dans le monde des services spéciaux occidentaux qui conduisent en Syrie une « guerre de basse intensité », comparable à celles organisées dans les années 80 en Amérique centrale ou plus récemment en Libye pour préparer et justifier l’intervention de l’OTAN.

Gilles Jacquier était un reporter apprécié de ses confrères, et récompensé par sa profession (Prix Albert Londres, Prix des correspondants de guerre etc.). Mais il n’était pas que cela.…

Dans une lettre à en-tête de France-Télévisions, datée du 1er décembre 2011, les rédactrices en chef du magazine « Envoyé spécial » –l’émission politique la plus regardée du pays– avaient sollicité un visa du ministère syrien de l’Information. Prétendant vouloir vérifier la version syrienne des événements selon laquelle « les soldats de l’armée syrienne sont victimes d’embuscades et de groupes armés qui sévissent dans le pays », elles demandèrent que Jacquier puisse suivre le quotidien des soldats de la 4e division blindée commandée par le général Maher el-Assad (frère du président) et de la 18e division blindée, commandée par le général Wajih Mahmud. Les autorités syrienne furent surprises par l’arrogance des Français : d’une main, ils encadrent les groupes armés qui attaquent les troupes loyalistes, de l’autre ils entendaient infiltrer un agent de renseignement militaire dans leurs troupes pour informer les groupes armés de leurs déplacements. Il ne fut pas donné suite à cette demande.

Aussi, Gilles Jacquier tenta t-il une autre voie. Il sollicita l’entremise d’une religieuse grecque-catholique au franc-parler, estimée et parfois redoutée par le pouvoir, Mère Agnès-Mariam de la Croix, higoumène du monastère Saint-Jacques de l’Intercis. Elle avait organisé le premier voyage de presse ouvert aux journalistes occidentaux depuis le début des événements afin de montrer le soutien patriotique des Syriens chrétiens à l’administration Assad, et leur crainte de voir les Occidentaux placer au pouvoir des fanatiques takfiristes. La célèbre religieuse, qui dispose d’une double nationalité, espéra que la presse française agirait professionnellement et favoriserait la réconciliation nationale. Elle fit donc le siège du ministère de l’Information jusqu’à obtention d’un visa pour Jacquier et son cadreur.

Les choses s’accélérèrent le 20 décembre, d’autres médias prièrent Mère Agnès-Mariam de leur obtenir la même faveur. Gilles Jacquier, quant à lui, sollicita un autre visa pour sa compagne, la photographe Caroline Poiron, et pour la reporter Flore Olive, représentant toutes deux Paris-Match. Ce devait être au total un groupe de 15 journalistes français, belges, néerlandais et suisses. Selon toute vraisemblance, les Français et le Néerlandais étaient pour la plupart, voire tous, des agents de la DGSE. Le temps pressait pour leur mission.

Ici un petit retour en arrière est indispensable.

Pour affaiblir la Syrie, les groupes armés par l’OTAN entreprennent diverses actions de sabotage. Bien que le centre historique de la rébellion des Frères musulmans soit Hama, et que seuls deux quartiers de Homs les soutiennent, l’OTAN à choisi cette ville pour concentrer ses actions secrètes. En effet, elle est au centre du pays et constitue le principal nœud de communication et d’approvisionnement. Successivement, des « révolutionnaires » ont coupé le pipe-line, puis les ingénieurs canadiens qui dirigeaient la centrale électrique ont été rapatriés à la demande des Etats-Unis. Enfin, cinq ingénieurs iraniens chargé de faire re-fonctionner la centrale ont été enlevés, le 20 décembre 2011.

Des médias ont reçu une revendication d’une mystérieuse brigade contre l’expansion chiite en Syrie. Puis, l’ambassade a confirmé avoir débuté une négociation avec les preneurs d’otages. Restaient à ceux-ci à transmettre une « preuve de vie », par exemple une photographie datable des otages en bonne santé.

Contre toute attente, celle-ci ne fut pas envoyée directement à la République islamique, mais publiée par Paris-Match (édition du 5 janvier). Un photographe du magazine, disait-on, avait pu entrer secrètement en Syrie et réaliser ce cliché. Peut-être les lecteurs français se sont demandés si ce reporter était bien humain pour prendre des photos d’otages sans leur venir en aide. Peu importe, le message était clair : les ingénieurs sont en vie et les preneurs d’otages sont contrôlés par les services français. Aucune réaction officielle, ni d’un côté, ni de l’autre. C’est donc que les négociations se poursuivent.

Arrivés à Damas, les médias français et néerlandais furent logés par les autorités dans des hôtels différents, mais Jacquier les regroupa immédiatement au Fardos Tower Hotel. Le manager de cet établissement n’est autre que Roula Rikbi, la soeur de Bassma Kodmani, porte-parole du Conseil national basé à Paris. L’hôtel sert de cache aux services secrets français.

En résumé, un agent de renseignement militaire, ayant pour compagne une photographe dont une collègue a pu entrer en contact avec les otages, a formé un groupe de « journalistes » ayant une mission liée à ces otages, probablement leur remise par des Français à des Iraniens. Ils se sont rendus à Homs après s’être débarrassés des services de sécurité, mais le chef de mission a été tué avant de pouvoir établir le contact prévu.

On comprend que, dans ces conditions, l’ambassadeur de France soit devenu nerveux. Il était en droit d’envisager que Gilles Jacquier ait été assassiné par des membres des groupes armés, inquiets de la dislocation de l’alliance militaire France-Turquie, et jusqu’au-boutistes d’une guerre de l’OTAN. Hostiles à la négociation en cours, ils auraient fait capoter sa conclusion.

L’ambassadeur de France, qui n’avait pas le temps de reconstituer les événements, s’appliqua donc à empêcher les Syriens de le faire. Contrairement aux normes internationales, il refusa que l’autopsie soit réalisée sur place en présence d’experts français. Les Syriens acceptèrent de déroger à la règle à la condition de réaliser une radiographie. En réalité, ils en profitèrent pour photographier le cadavre sous tous les angles. Selon nos informations, le corps porte la trace d’éclats à la poitrine et de coupures sur le front.

Puis, l’ambassadeur prit dans ses voitures blindées les « journalistes » français et le néerlandais, et la dépouille du défunt. Il partit avec eux accompagné d’une lourde escorte, laissant sur le carreau la Mère supérieure stupéfaite et un journaliste de l’Agence France Presse : le diplomate pressé avait récupéré ses agents et abandonné les civils. Le convoi passa récupérer les effets personnels de chacun à l’hôtel As-Safir de Homs, puis rejoignit l’ambassade à Damas. Le plus vite possible, il arriva à l’aéroport d’où un avion spécial affrété par le ministère français de la Défense évacua les agents vers l’aéroport de Paris-Le Bourget.

Les barbouzes ne feignaient plus de réaliser des reportages en Syrie, ils oubliaient avoir obtenu un allongement de leur visa, ils fuyaient juste avant que les Syriens ne découvrent le pot aux roses de cette opération ratée.

Arrivé à Paris, le corps fut immédiatement transféré à l’institut médico-légal et autopsié avant l’arrivée d’experts mandatés par la Syrie. En violant les procédures pénales, le gouvernement français a invalidé le rapport d’autopsie, qui sera tôt ou tard rejeté par la Justice, et a définitivement écarté la possibilité d’établir la vérité.

Afin d’empêcher les journalistes français (les vrais) de mettre leur nez dans cette affaire, les journalistes (les faux) qui accompagnaient Jacquier ont, une fois revenus en France, multiplié les déclarations contradictoires, mentant de manière éhontée pour créer de la confusion et noyer le poisson. Ainsi, bien que 8 manifestants pro-Assad aient été tués, Jacques Duplessis dénonce « un guet-apens tendu par les autorités syriennes » pour l’éliminer avec ses confrères. Vérification faite, M. Duplessy a longuement travaillé pour une ONG réputée avoir servie de paravent …à la DGSE.

Pour les Iraniens et les Syriens, la mort de Jacquier est une catastrophe. En laissant circuler le groupe d’espions français et en le surveillant discrètement, ils espéraient bien remonter aux ravisseurs et, à la fois, libérer les otages et arrêter les criminels.

Depuis un an, les services secrets militaires français sont placés au service de l’impérialisme états-unien. Ils ont organisé un début de guerre civile en Côte d’Ivoire. Par la suite, ils ont manipulé le séparatisme de la Cyrénaïque pour faire croire à une révolution anti-Kadhafi et s’emparer de la Libye. Maintenant, ils encadrent des repris de justice recrutés par le Qatar et l’Arabie saoudite pour semer la terreur, accuser le gouvernement syrien et menacer de venir le changer.

Il n’est pas sûr que le peuple français apprécierait de savoir que Nicolas Sarkozy a rabaissé son pays au niveau d’un vulgaire preneur d’otages. Et il ne faudra pas s’étonner si un Etat qui pratique le terrorisme chez les autres doive un jour le confronter sur son sol.

Par Boris V. - 16 janvier 2012
Article publié par l’équipe de télévision russe dans Komsomolkaya Pravda
publiés par Mondialisation.ca

 

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En Syrie comme en France, le chemin de la souveraineté et de l’indépendance mène à la liberté

16 Janvier 2012 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Politique étrangère

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En Syrie comme en France,


Le chemin de la souveraineté et de l’indépendance mène à la liberté

 et au progrès démocratique et social


par Claude Beaulieu (Président du Comité Valmy).                 

lundi 16 janvier 2012, par Comité Valmy

 

 

Que se passe t-il en Syrie ? Quelques semaines après notre séjour dans ce pays, les Français à ce sujet comme sur d’autres, sont plus que jamais assujettis à une désinformation généralisée.

 

Un lavage permanent des cerveaux en immersion dans la pensée unique ambiante, le jet continu des mensonges et de la falsification de la réalité syrienne imposés méthodiquement au peuple de France, par les médias de l’oligarchie au pouvoir, rendent pour la plupart des citoyens manipulés que nous sommes, impraticable la recherche critique et le discernement de la vérité concernant la situation politique complexe qui se développe dans ce pays.

 

La tragique agression médiatiquement orchestrée, qu’a subi récemment le peuple libyen a même démontré que pour nombre de militants qui se réclament d’une culture progressiste et anti-impérialiste, il reste facile de subir les effets de l’imprégnation idéologique dominante et de résister à la pression politico médiatique du front américano- occidentaliste. A ce propos, le cas du NPA qui n’est pas isolé, à « gauche de la gauche » en France, dans sa divagation idéologique, est édifiant. (1) Depuis 1945, les émules de Goebbels ont réalisé d’immenses progrès dans la fabrication des opinions publiques, grâce en particulier à leur mainmise sur les moyens modernes de communication et de propagande.

 

La guerre idéologique que mènent contre les peuples leur ennemi commun étasunien et ses vassaux est inégale. Elle exige donc en permanence, des militants et organisations anti-impérialistes, une vigilance rigoureuse et une forte mobilisation en premier lieu dans cette bataille des idées. Elle rend urgente la réflexion anti-impérialiste individuelle et collective. La concertation et le débat militant ainsi que l’élaboration d’une démarche multiforme de front uni à l’échelle internationale, destinées à faire face à la guerre impérialiste aujourd’hui permanente et qui tend à se généraliser, sont devenus indispensables et urgents.

 

La visite en Syrie et au Liban où à la mi-novembre, j’ai eu l’occasion d’accompagner un groupe de journalistes, a été très riche en visites de zones sensibles et en possibilités d’apprécier la réalité politique sur place à partir de rencontres diverses et l’apport de témoignages précieux. Cette expérience, si elle a confirmé et renforcé mon appréciation préalable de la situation en Syrie, aura cependant été précieuse et extrêmement utile pour différentes raisons, la principale étant précisément qu’elle m’a permis d’apprécier plus concrètement encore, le niveau sidéral atteint de nos jours par le viol idéologique et politico médiatique des peuples en général et de notre peuple de France en particulier.

 

Réagissant à sa défaite en Irak et à celle qui se dessine en Afghanistan, Obama toujours obsédé par la poursuite chimérique d’une « nouvelle aurore du leadership américain » ainsi que ses commanditaires, les vrais détenteurs du pouvoir dans l’oligarchie américano - occidentaliste, sont à la recherche d’alternatives politiques susceptibles selon eux de pérenniser leur dictature mondialisée dont l’avenir s’avère incertain. Ils ont en particulier choisi de déstructurer les Etats nations qui apparaissent comme l’armature des résistances et des combats populaires face à l’impérialisme.

 

Cette stratégie géopolitique qui se déploie aussi chez nous en France, contre la souveraineté nationale et populaire à travers l’euro dictature atlantiste et à visée régionaliste, ethniciste et supranationale, est parallèlement concrétisée contre les peuples arabo-musulmans, dans la relance des guerres de remodelage du Grand Moyen Orient déjà prévues par l’administration de George W. Bush.

Il existe un parallélisme évident entre la démarche supranationale euro transatlantique et la politique de remodelage occidentaliste qui vise à démembrer la Syrie et d’autres pays arabes ou musulmans. Dans les deux cas l’objectif de domination recherché implique la destruction des nations, c’est tout particulièrement le cas de la Syrie et celui de la France.

 

Avec la Syrie, il s’agit de détruire une nation qui représente un obstacle majeur aux objectifs de l’impérialisme et de sa composante sioniste. L’unité nationale de la Syrie est profondément enracinée dans une histoire millénaire caractérisée en particulier, par une habitude ancestrale du vivre ensemble et une aptitude à la coexistence fraternelle entre sensibilités religieuses. Selon le journaliste américain Webster Tarpley, qui était présent dans notre groupe, la société syrienne est la plus tolérante du Moyen-Orient.

 

Pour la plupart, les Syriens sont des patriotes convaincus - indépendamment de leurs appartenances religieuses- y compris semble-t-il, chez les sunnites majoritairement favorables à l’unité nationale. La minorité chrétienne est particulièrement mobilisée contre la guerre civile qui pourrait se traduire pour elle par une épuration confessionnelle à l’exemple de ce qui a eu lieu en Irak.

 

C’est la richesse de cette réalité nationale spécifique, forgée sur une longue période historique, le patriotisme exemplaire du peuple syrien qui en découle et que l’on perçoit concrètement en permanence chez les Syriens, qui permet un optimisme raisonnable pour l’avenir. Si le peuple - nation de Syrie n’est manifestement pas encore tiré d’affaire, je suis personnellement convaincu que s’appuyant d’abord sur ses propres forces nationales, culturelles, progressistes et sur ses choix laïques rejetant le communautarisme confessionnel, il triomphera en fin de compte de ses ennemis extérieurs ainsi que leurs agents des escadrons de la mort infiltrés ou recrutés à l’intérieur. Il pourra aussi compter dans son combat sur le soutien de ses nombreux amis et de ses alliés qui se situent dans les états qui sont conduits à se dresser pour l’endiguement de la menace étasunienne et occidentaliste ainsi que dans les peuples du monde parmi lesquels la prise de conscience anti-impérialiste progresse.

 

Dans l’opposition au gouvernement et à Bachar el Assad, on retrouve logiquement une composante nationale, qui refuse la guerre civile, l’intervention militaire étrangère et se prononce pour l’indépendance et la souveraineté de la Syrie. C’est ainsi par exemple, que Haytham Manaa, président de la Coordination nationale, qui regroupe une tendance de l’opposition intérieure syrienne vient de se démarquer du Conseil national syrien vassal de l’OTAN. Il a affirmé dans un journal libanais à propos de la Syrie : « Jamais nous ne la donnerons à l’OTAN, jamais elle ne sera aux mains de ces gens-là ! ». Il existe donc en Syrie une opposition qui revendique légitimement plus de libertés démocratiques Mais qui n’a pas de sang sur les mains et n’est globalement pas impliquée dans cette politique criminelle armée organisée, dirigée et téléguidée de l’étranger.

 

Les communistes syriens quant à eux, sont également dans le camp des patriotes. Tout en combattant pour des réformes démocratiques, ainsi que pour le refus des privatisations et des directives néolibérales du FMI, ils s’opposent à l’ingérence impérialiste et aux éléments favorables à la guerre civile. Le Parti Communiste Syrien (unifié) a appelé « à rassembler des forces pour défendre la patrie et mettre en œuvre les réformes nécessaires ».

 

Deux groupes distincts venus mi-novembre 2011, à l’initiative de chrétiens stimulés par Agnès-Mariam de la Croix, religieuse patriote et militante admirable de la cause des chrétiens d’Orient, ont pour l’essentiel vécu ensemble ce séjour en Syrie. Le premier rassemblait quelques journalistes, belges pour la plupart, qui avaient manifestement pour mission impossible de conforter à travers leurs reportages, le point de vue occidentaliste de leurs rédactions. Le second groupe était composé de militants anti-impérialistes impliqués dans la résistance à la désinformation et la recherche d’une alternative de communication idéologiquement rebelle à l’aliénation idéologique dominante. Les deux groupes ont bénéficié des contacts et de l’excellente connaissance de la situation en Syrie et au Liban, du militant anti-impérialiste Thierry Meyssan et du Réseau Voltaire.

 

L’observation essentielle que notre groupe anti-impérialiste a retiré de cette expérience exceptionnelle est que jusqu’ici les dirigeants étasuniens et leurs vassaux les plus serviles tels les Juppé et Sarkozy, utilisés à nouveau avec leur alter ego, l’émir du Qatar, comme premiers couteaux de la mafia américano occidentale, n’ont pas jusqu’ici, réussi à déclencher une guerre civile en Syrie malgré leurs efforts acharnés et tous les milliards qu’ils distribuent avec largesse, pour y parvenir.

 

Soulignons le caractère antidémocratique de la désinformation pratiquée à grande échelle par les médias du système américano occidentaliste et de leur utilisation méthodique du mensonge y compris dans la manipulation des images ou dans le travestissement du contenu réel de certains reportages télévisés. (Il n’est pas inhabituel de montrer des vidéos de manifestations de masse favorables à Assad présentées frauduleusement comme étant le fait de l’opposition.) De même, la surestimation de l’importance des manifestations de l’opposition syrienne est méthodique.

 

Ce que nous avons pu observer sur place en novembre, était totalement contraire à la propagande médiatique occidentale qui martelait le thème de la guerre civile, des manifestations de masse de l’opposition, de leur répression dans le sang qui aurait provoqué des milliers de morts. Nous avons bien vu une importante manifestation de masse à Damas mais elle était favorable à Bachar el Assad et clairement hostile à l’islamisme radical et à l’éclatement de la Syrie laïque en communautés religieuses antagonistes.

 

Ce qui nous est apparu clairement, c’est que si il n’y avait à cette époque, ni manifestations de masse significatives de l’opposition, ni de massacres de populations désarmées, ni de guerre civile. Certaines forces s’employaient bel et bien à allumer celle-ci sur une base inter confessionnelle, en cherchant à susciter des affrontements entre les différentes communautés religieuses qui habituellement coexistent pacifiquement. Ces forces extérieures et intérieures parmi lesquelles les frères musulmans, sont jusqu’ici tenues en échec grâce à la maturité du peuple Syrien et à sa volonté majoritaire d’union nationale.

 

A Homs et à Baniyas notamment, nous avons pu nous rendre compte à travers les témoignages directs de civils dont des proches ont été victimes d’enlèvements et de militaires blessés par des tireurs isolés ou dans des embuscades, combien les épreuves du peuple syrien étaient dures et cruelles. Plus de 1100 militaires ont été ainsi assassinés et la plupart des tués ne seraient pas, selon le gouvernement syrien, issue de l’opposition.

 

A ce sujet il nécessaire de souligner, que le nombre de morts indiqués par les médias du système et par l’ONU partiellement sous contrôle de l’OTAN, est sans fondement réels et incontrôlable. Il est fourni de manière arbitraire par un prétendu Observatoire syrien des droits de l’homme (Osdh). Celui- ci basé à Londres, est une officine contrôlée par des frères musulmans. Cette organisation est de notoriété publique en contact direct avec le Ministère des affaires étrangères britannique. L’Osch de plus, est financée par le National Endowment for Democraty organisation qui tire elle même ses ressources du Congrès des Etats-Unis. Cela confirme donc la pertinence de l’observation de l’un de nos interlocuteurs à propos de l’émergence d’un islamisme atlantique qui n’est pas, nous le voyons, seulement une spécialité turque.

 

La population syrienne est l’objet d’attaques meurtrières très dures en application d’une stratégie de la tension destinée à déstabiliser le pays. Alternativement ou parallèlement, surtout dans les villes sensibles, des assassinats ciblés sont perpétrés par des gangs, dans les quartiers où dominent les différentes sensibilités religieuses. Le peuple résiste et en général, ne se laisse pas manipuler. L’un de nos interlocuteurs nous disait que selon lui, les Syriens étaient prêts à consentir des sacrifices incroyables et terribles. Ces assassinats et maintenant les attentats à la bombe comme ceux de Damas sont principalement l’œuvre de bandes armées venues de l’extérieur, infiltrées à partir des différentes frontières qui bordent la Syrie. Ces groupes terroristes sont composés d’extrémistes musulmans arabes venant de pays divers mais on y retrouve également des Patchounes. Ces escadrons de la mort, moyennant finance, recrutent aussi sur place en particulier dans le lumpenprolétariat et parmi d’anciens trafiquants de drogues notamment, des tueurs qui sont payés pour chaque assassinat réalisé.

 

Cette mouvance radicale n’a pas été capable malgré l’aide extérieure des turcs notamment, de réaliser prés d’une frontière, son objectif de créer au moins une base, comme point d’appui à l’intérieur de la Syrie. Elle cause des dégâts humains et matériels considérables mais se situe maintenant nettement dans une perspective de marginalisation probablement irréversible.

 

Le 6 janvier 2012-01-06, le prétendu Conseil National Syrien a franchi un pas de plus dans la trahison nationale en lançant un appel à l’intervention étrangère et tout d’abord française en Syrie afin de créer des zones de pénétration dite de sécurité ou zones tampon. Le CNS appelle à une intervention militaire internationale qui débuterait par une campagne de frappes aériennes préventives, comme en Libye. Celles-ci selon le CNS pourraient être réalisées par des avions français, britanniques, turcs et qataris. Le CNS s’est ainsi placé en état de totale vassalisation au service des objectifs de l’OTAN .

 

Les attentats aveugles à la bombe qui indiquent le recours à des tueries semblables à celles utilisée en Irak, ne sont pas un signe de force et ne devraient pas non plus améliorer la popularité de cette fraction de l’Islam qui s’est placée au service de la stratégie géopolitique américano occidentaliste. Bien au contraire, la radicalisation extrémiste en cours pourrait avoir pour conséquence d’accélérer le dialogue déjà entrepris entre syriens ainsi que l’application des réformes démocratiques et sociales qu’ils peuvent souhaiter et qui ne doivent relever en principe, en Syrie comme ailleurs, que de la souveraineté nationale et populaire. (Souveraineté populaire et indépendance nationale dont la France d’aujourd’hui est privée, pour cause d’euro dictature.)

 

La violence extrémiste qui change de dimension dans la stratégie de la tension et le niveau de la terreur recherchée , devrait également être susceptible de stimuler plus encore le réflexe patriotique du peuple syrien et favoriser le vaste rassemblement populaire majoritaire qui se dessine.

 

En juillet 2011, le parlement syrien a rendu légale l’existence de partis d’opposition qui ne devront pas être fondés sur des bases religieuses ou tribales, ne pas être issus d’un parti ou d’une organisation non syrienne et tenus de respecter en particulier la déclaration universelle des droits de l’homme. Par ailleurs, de nombreux prisonniers ont été libérés ainsi que le demandaient en particulier, les communistes et dimanche 15 janvier, une amnistie générale a été annoncée.

 

Dans son discours du 10 Janvier, Bachar el-Assad a proclamé différentes réformes parmi lesquelles la mise en chantier d’une nouvelle constitution qui entérinera le passage effectif au multipartisme et consacrera le principe de la souveraineté populaire. Ce projet de constitution sera soumis à un référendum, lui-même suivi par des élections législatives.

 

Ces changements majeurs en gestation ou déjà en application, pourraient être mis a profit par l’ensemble des patriotes syriens authentiques, quel que soit leur positionnement individuel ou collectif, par rapport au gouvernement ou a l’opposition non violente, pour la recherche en commun d’une voie de rassemblement national et de progrès démocratique et social. Cette convergence patriotique est potentiellement majoritaire et capable d’éviter au pays, à la fois la guerre civile et l’agression impérialiste.

 

(1)France : Le Nouveau Parti Anticapitaliste soutient une intervention impérialiste en Syrie

Dimanche 15janvier 2012

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