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Le blog de Lucien PONS

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Quand France-Culture ré-informe par invités interposés.

5 Mars 2012 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La Syrie - La Libye - l'Iran -

Quand France-Culture ré-informe par invités interposés

Par Louis Denghien,


               Le 21 février dernier, France Culture consacrait un quart d"heure de son temps d'antenne à la Syrie dans le cadre de son émission L'Invité des Matins. l'animateur, Marc Voichet, commençait par présenter la situation dans les termes les plus politiquement corrects : "répression", "enlisement", "guerre civile", imputant implicitement, comme ça se fait généralement sur le ondes françaises, la responsabilité de tous ces maux à Bachar al-Assad et à son régime. Et puis il passait la parole à ses deux invités [...]

Le général Desportes : pas vraiment une "grande muette"...

Yves Chaliand :

le Qatar et l'Arabie Séoudite attisent la guerre civile en Syrie

 

 

Le 21 février dernier, France Culture consacrait un quart d »heure de son temps d’antenne à la Syrie dans le cadre de son émission L’Invité des Matins. l’animateur, Marc Voichet, commençait par présenter la situation dans les termes les plus politiquement corrects : « répression« , « enlisement« , « guerre civile« , imputant implicitement, comme ça se fait généralement sur le ondes françaises, la responsabilité de tous ces maux à Bachar al-Assad et à son régime. Et puis il passait la parole à ses deux invités : Gérard Chaliand, un de ces geostratèges versés dans l’étude et l’analyse de relations et situations internationale, et tout spécialement des conflits « irréguliers », qui enseigna aussi à l’ENA et à l’Ecole de Guerre ; et le général de division Vincent Desportes, entre autres titres maître de conférences à Sciences-Po Paris et enseignant à HEC, et auteur récent du livre « Le piège américain : pourquoi les Etats-unis peuvent perdre les guerres d’aujourd’hui« (1). Ajoutons que le général Chaliand a défrayé la chronique politique en juillet 2010 en s’attirant les foudres d’Hervé Morin, alors ministre de la Défense, pour avoir critiqué dans Le Monde la stratégie américaine – et donc française – en Afghanistan.

Pour en finir avec la vision bisounours

C’est Gérard Chaliand qui ouvre le bal : précisant d’emblée qu’il ne « prend pas parti » dans le conflit syrien et qu’il se limite à un « état des lieux« , il estime que le pays va tout droit vers la guerre civile, une guerre civile qui « était programmée depuis le début« . En effet, explique Chaliand, dès le début des « révolutions arabes », il y a eu une « entreprise de déstabilisation » du régime syrien menée par des puissances extérieures au premier rang desquelles le Qatar qui « rame » pour les sunnites et les Etats-Unis. Autre ingérent notable, l’Arabie Séoudite, en guère contre le messianisme politique chiite depuis la révolution iranienne de 1979. Et note Chaliand, le grand public français ne prend pas la mesure du règlement de comptes géopolitiques entre Etats sunnites et chiites, qui se fait aujourd’hui sur le dos de la Syrie. « Toute l’affaire » syrienne vise à l’affaiblissement indirect de l’Iran explique Chaliand. Et donc, contrairement à ce qui s’est passé pour les révoltes tunisienne et égyptienne, « tout le monde est dans le coup » en Syrie, c’est un « gros bras de fer international qui va déboucher sur une guerre civile extrêmement coûteuse« .

Marc Voichet interroge ensuite le général Desportes sur l’ASL, s’étonnant des difficultés qu’elle a à « libérer le pays« . Le général, après avoir précisé qu’il était d’accord avec l’analyse de Gérard Chaliand, notamment sur la dimension internationale et confessionnelle de la crise, laisse de côté l’épiphénomène ASL – après tout c’est un expert militaire qui doit savoir ce que vaut ce leurre médiatique – parle de « logique de montée aux extrêmes » avec un accroissement de la violence aux quatre coins du pays. La seule chose qui peut limiter le niveau de violence, dit-il, c’est l’accord des grandes puissances, américaines, russe, chinoise pour ne pas envenimer la situation par une implication trop directe.

Ce qui provoque une question du meneur de débat : le général veut-il dire que les rebelles syriens sont manipulés par l’étranger ? Vincent Desportes répond que tant que les rebelles syriens ne sont pas aidés par l’Occident comme ont été aidés les rebelles libyens, « les affaires seront cantonnées » à l’intérieur des frontières du pays. Et s’appuyant sur les récentes déclarations du général Dempsey, chef d’état-major de l’armée américaine, il constate, pour s’en féliciter, que les Américains ne souhaitent pas intervenir, directement ou indirectement, aux côtés des insurgés. Le général Desportes insiste sur les doutes de Dempsey quant à l’identité réelle des opposants armés à Bachar, que nous avions mis en exergue (voir notre article « Avec ou sans drones, les Américains sont impuissants », mis en ligne le 20 février). Il y a, rappelle Desportes, l’exemple libyen pour faire réfléchir sur le danger d’armer généreusement n’importe qui.

Revenant aux fondamentaux de la presse française sur le sujet, Marc Voichet demande à Chaliand si les « méchants » ne sont pas, tout de même, dans cette affaire du côté du régime de Damas. Chaliand répond en technicien de la géopolitique : « Dans une répression, les méchants sont  ceux qui sont forts« . Et il fait remarquer que les ex-rebelles libyens, présentés du temps de leur lutte contre Kadhafi comme des défenseurs du principe de liberté, torturent leurs opposants à présent qu’ils sont au pouvoir. « Dans cette zone-là, on torture celui qui est vaincu« .

Et puis rompant là avec les considérations soi disant morales suscitées par le conflit, Gérard Chaliand s’efforce de dégager une vision de l’avenir syrien : il n’est donc pas question d’une intervention extérieure des Grands. En revanche, il y a déjà, sur place, une aide dispensée  par les Qataris et Séoudiens aux rebelles. Des rebelles que Chaliand décrit comme « divisés, sans visage, certainement avec des antagonismes intérieurs » mais qui sont désormais soutenus durablement par les monarchies du Golfe, et donc, dit Chaliand, « on va continuer à pousser cette guerre civile » et « ceux qui se sont émus sur les 2 000 victimes du début du conflit vont s’apercevoir qu’on va passer à 10 000, 15 et peut-être 20 000 et au cas où les alaouites perdraient, on va avoir droit à des règlements de compte dont on n’a pas idée« . Et Chaliand voit, du fait de l’accroissement du conflit interne, la Turquie jouer un rôle : notre spécialiste revient sur le projet de « couloir humanitaire » agité conjointement depuis des mois par Ankara et Paris, et destiné dans les faits à offrir une base à l’ASL, et qui pourrait rcevoir à la faveur d’une montée de la guerre civile une concrétisation avec une intervention turque. Et Gérard Chaliand ne croit pas à l’ »enlisement » évoqué au début de l’émission, mais plutôt à un « conflit de plus en plus aigu« . Quant au général Desportes, il voit des similarités entre la Syrie de 2012 et la Bosnie des années 90, où l’OTAN a attendu que la violence devienne un vrai conflit pour intervenir, en 1999.

Dernière question de Marc Voichet sur le soutien interne à Bachar : Chaliand répond que du fait de la propagande (occidentale) qui est faite « nous oublions parfois de dire qu’une partie non négligeable de la population craint la prise de pouvoir des sunnites » notamment les plus radicaux d’entre eux. Donc il est faux de dire, conclut-il, que l’ensemble de la population qui veut la chute du régime.

On peut ne pas partager la conclusion pessimiste des invités de France Culture : l’armée syrienne peut détruire le gros des groupes rebelles, elle semble y parvenir dans leur principal abcès de fixation de Homs.. Mais par rapport au catéchisme bien pensant et falsificateur qu’on entend à longueur de temps sur la plupart de nos médias, les deux invités de Marc Voichet ont le mérite d’appeler un chat un chat, et d’assimiler l’information française sur la Syrie à de la propagande, et les groupes armés à des instruments de l’étranger.

(1) Paru en mars 2011 aux Editions Economica,

Ci-dessous le lien vers l’émission :

http://www.franceculture.fr/emission-l-invite-des-matins-gerard-chaliand-et-vincent-deportes-2012-02-21


 Article repris sur le blog, Infosyrie:

http://www.infosyrie.fr/re-information/quand-france-culture-re-informe-par-invites-interposes/

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Brillante intervention du député Jean-Pierre Brard contre le MES le 21 février 2012.

5 Mars 2012 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Europe supranationale

Jean-Pierre BRARD

Député de Seine-Saint-Denis (apparenté communiste)

 

Mécanisme Européen de Stabilité

Mardi 21 février 2012 – 1ère séance

 

Motion de rejet préalable.

 

Monsieur le président,
M. Lequiller vient de terminer son intervention en prétendant dire la vérité. Or, comme Nicolas Sarkozy, c’est La vérité si je mens. Et qu’il s’agisse du ministre ou des orateurs précédents, nous venons d’entendre les adorateurs du veau d’or, qui se perdent dans des approximations pour nous enfumer.

  

En conclusion de son discours, M. Lequiller a parlé de solidarité. Certes, mais en fait il s’agit de solidarité à l’égard de Warren Buffett, George Soros, la Deutsche Bank, la BNP, la Société générale, bref des capitalistes, que vous remplumez davantage, comme s’ils en avaient besoin !

  

L’exercice auquel je vais me livrer, au nom des députés du Front de gauche, est un exercice de pédagogie politique qui n’est pas destiné à vous convaincre, monsieur le ministre, puisque le Président de la République ne vous a pas fourni de sonotone, mais qui vise à expliquer aux personnes qui sont dans les tribunes et à celles qui nous regardent sur Internet ce que vous dissimulez.

  

Il faut que nos concitoyens comprennent bien quels sont les enjeux de ces deux textes. Ils doivent connaître la vérité que le Gouvernement veut imposer aux parlementaires dans le cadre d’une procédure accélérée.

Il faut que nos concitoyens puissent se déterminer en toute connaissance de cause lors des choix qu’ils auront à faire ces trois prochains mois.

Il faut qu’ils sachent que seuls les députés du Front de gauche ont demandé que ces deux projets de loi se concluent par des votes solennels pour qu’ils puissent apprécier le vote de chaque parlementaire sur ces textes qui remettent en cause la souveraineté de nos États et engagent l’Europe dans la voie d’un fédéralisme caporalisé.

L’absence de débat public et les silences coupables des médias sur ces questions nous interrogent sur l’état de notre démocratie. Les Français, eux, ne sont pas dupes. Ils savent qu'aujourd'hui c'est mardi gras. Ils savent qu'après les masques, après le carnaval, viennent toujours le mercredi des cendres, le jeûne, le Carême et l'abstinence (« Ho ! » sur les bancs du groupe UMP), abstinence à laquelle vous voulez soumettre les Français.

 Les dizaines et les dizaines de courriels que nous avons tous reçus le prouvent.
Nos concitoyens sont inquiets : inquiets du manque de débat citoyen, inquiets des prises de position peu claires de certains élus de gauche, inquiets de ce putsch « austéritaire » qui se joue, comme dirait notre ami Pierre Laurent, secrétaire national du PCF.

                             
Ceux du Groupe Manouchian et le Conseil National de la Résistance

Mais, avant de faire la lumière sur les projets funestes de M. Sarkozy et de Mme Merkel pour l'Europe, j'aimerais procéder à un petit rappel, qui remette nos débats d'aujourd'hui dans la perspective historique de notre nation.

 

Je veux rendre hommage à Spartaco Fontano, ajusteur italien, à Joseph Boczov, ingénieur chimiste hongrois, à Marcel Rajman, ouvrier polonais, à Celestino Alfonso, républicain espagnol, et à Missak Manouchian, poète arménien qui, il y a soixante-huit ans jour pour jour, le 21 février 1944, sont morts pour que vive la France où ils avaient choisi de vivre.

Ils voulaient fonder, comme le préciserait un an plus tard le programme du Conseil national de la Résistance, « une République nouvelle qui rende aux institutions démocratiques et populaires l'efficacité que leur avaient fait perdre les entreprises de corruption et de trahison qui précédèrent la capitulation ».

 

Soixante-huit ans plus tard, le sens de leur combat est foulé aux pieds, leur mémoire est de nouveau trahie.

 

On savait depuis le mois d'octobre 2007, grâce à l'ancien numéro deux du MEDEF, Denis Kessler, qui s'était laissé aller à la confidence dans la revue Challenges, que le gouvernement français s'employait à « sortir de 1945, et à défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance ».
Nous savons désormais, grâce à ces deux projets de loi que vous nous présentez aujourd'hui, monsieur le ministre, que cette stratégie du gouvernement français est en fait une stratégie européenne concertée.

Le Président de la République l'a d'ailleurs formulée clairement le 1er décembre dernier lors de son second discours de Toulon : « Chacun doit comprendre qu’il n’y a pas de différence entre la politique intérieure et la politique extérieure, entre la politique nationale et européenne. » Voilà, mes chers collèges, qui fait froid dans le dos !

 

Car la stratégie retenue par les gouvernements européens afin de – je le cite encore – « préserver la stabilité financière » en Europe, est celle de la « gouvernance » contre la démocratie, celle, comme dirait Angela Merkel, de la Disziplin et du Kontroll contre la solidarité et la libre association.

Comment, ce n’est pas bien ? Qui parle de discipline, qui dit qu’il faut faire rentrer les peuples du Sud dans le rang ? Qui demande au peuple grec de vendre ses îles ? Le gouvernement allemand.

  

Vous voulez nous faire taire, monsieur de Courson, mais vous n’y parviendrez pas, pas plus que les contre-révolutionnaires n’ont réussi à faire taire votre aïeul Lepeletier de Saint-Fargeau !

 

                                             Les peuples n'ont que faire de votre orthopédie fiancière!

Monsieur le ministre, vous voulez vous attacher, dites-vous, à prévenir les déséquilibres, à surveiller les politiques nationales pour favoriser des politiques budgétaires « saines ». Avec Mme Merkel et M. Sarkozy, « surveiller et punir » devient la nouvelle devise de l'Union européenne. Les peuples n'ont que faire de votre hygiénisme économique et de votre orthopédie financière. Ils n'ont que faire d'un système carcéral transposé aux finances publiques. Ils veulent reprendre en main leur destin confisqué par la finance et que des technocrates européens s'apprêtent, sous la houlette d'un directoire franco-allemand, à sanctuariser. Les peuples refusent de payer pour une crise qui n'est pas la leur.

  

Avec votre projet de fonds monétaire européen, l'austérité pratiquée ces dix dernières en Allemagne et les mesures de régression sociale de ces cinq dernières années en France vont devenir le modèle de développement unique des États européens, leur seul horizon. Le carcan de la rigueur budgétaire va peser ad vitam æternam sur les épaules de chacun des peuples de l'Union européenne.

                                                              
Le "modèle" allemand

  

Pourtant, ce modèle allemand qu’à droite vous portez aux nues et dont le Président de la République se sert comme alibi pour casser notre modèle social, l'immense majorité des citoyens allemands eux-mêmes le détestent. Ils sont 73 % à le considérer comme injuste.

 

Quel est ce pays modèle où, en dix ans, l'espérance de vie des plus pauvres a reculé de deux ans ? Quel est ce pays modèle que vous idolâtrez dans lequel 660 000 retraités de soixante-cinq à soixante-quatorze ans sont obligés de chercher des emplois non qualifiés, à temps partiel et sans protection sociale pour survivre ? Quel est ce pays modèle dans lequel 20 % des travailleurs sont des travailleurs pauvres ?

  

L'Allemagne, c'est le pays d'Europe où l'on a créé le moins d'emplois depuis vingt ans, celui où la hausse des inégalités de revenus a été la plus forte, celui où la part des salaires dans la richesse créée a le plus baissé, celui où le pourcentage de chômeurs indemnisés a le plus fortement chuté, celui où le nombre de personnes vivant sous le seuil de pauvreté atteint 17 %, contre 13 % en France, celui où 10 % de la population est obligée de fréquenter régulièrement les soupes populaires pour se nourrir.

  

Un emploi sur trois n’y est ni à temps plein ni à durée indéterminée, un emploi sur dix y est payé moins de 400 euros par mois. Le pourcentage des emplois à bas salaire a augmenté de six points et 2,5 millions de personnes travaillent aujourd'hui, en l'absence de salaire minimum, pour moins de cinq euros de l'heure.

  

Voilà votre modèle, à droite. Et à chaque fois que vous prenez l’Allemagne pour modèle, c’est dans la mauvaise direction !

Nos références, ce n’est pas Sainte Angèle de Germanie, c’est Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht, qui vous font encore froid dans le dos aujourd’hui ! (Applaudissements sur les bancs du groupe GDR.)

Voilà les résultats de la discipline pour les finances publiques et de la dérégulation du code du travail pour les salariés, les chômeurs et les retraités.

Voilà votre Allemagne, classée neuvième au rang des paradis fiscaux en octobre 2011 selon le Financial secrecy index. Cette Allemagne que vous idéalisez, c'est le jardin d'Éden pour le patronat et la descente aux enfers pour une majorité d'Allemands. Votre modèle, c'est un village Potemkine que vous construisez de toutes pièces pour casser le code du travail et imposer, partout en Europe, la loi des financiers.

  

Après le modèle américain et ses subprimes en 2007, voilà que le président Sarkozy essaie de nous vendre la prétendue vertu allemande et son efficacité. On le sait depuis la Révolution de 1789, la droite a toujours eu besoin de s'appuyer sur des modèles venus de l'étranger pour imposer ses choix politiques réactionnaires.

Je n’ai jamais été coblançard, mon cher collègue ! Et, quand il s’agit de l’intérêt national et du patriotisme, je n’ai jamais été du mauvais côté ! (Exclamations sur les bancs du groupe UMP.)

Ce qui est en préparation actuellement dépasse tout ce qui a pu être fait jusqu'à présent.

 

                                                                         La Grèce, laboratoire du capitalisme européen

La situation en Grèce, transformée en laboratoire du capitalisme européen, devrait pourtant vous convaincre, monsieur de Courson, vous qui ne jurez que par l’ancienne Union soviétique, que les propositions que vous portez, les solutions que vous imposez ne sont pas les bonnes. Vous refusez de voir la réalité en face. Et votre aveuglement idéologique, votre idolâtrie « austéritaire », la haine de l'État social pour certains d'entre vous, condamnent les peuples à la misère et au dénuement.

  

À Athènes, la situation sociale est devenue dramatique. La population est à bout. Comme l'écrit Pierre Salignon dans le rapport 2011 de Médecins du monde : « En Grèce pour les plus précaires, il n'est plus question d'austérité, mais de survie. »

  

En Grèce, les conventions collectives ont été supprimées, le salaire minimum a baissé de 22 %, les retraites ont été amputées de 15 %. La malnutrition fait des ravages dans les écoles primaires, où les manuels scolaires n'ont pas été distribués cette année.
La faim a fait son apparition dans les grandes villes du pays, où l'on voit désormais des SDF par milliers se presser dans les soupes populaires. Désormais, sur 11 millions d'habitants, la Grèce compte officiellement 3 millions de pauvres, soit près de 30 % de la population. Le chômage touche plus de 20 % des actifs et 40 % des jeunes entre quinze et vingt-quatre ans. Les Grecs en sont réduits à abattre les arbres de leurs forêts pour se chauffer, incapables de payer le mazout ou l'électricité dont les prix se sont envolés, augmentant respectivement de 100 % et 50 % en un an.

  

Au moment où le peuple grec en a le plus besoin, sous la pression de la Troïka, c’est-à-dire la Banque centrale, le FMI et l’Union européenne, le chef du gouvernement grec, non élu et donc illégitime, coupe à la hache dans les aides sociales et les structures d'accueil. C'est la condition sine qua non imposée par Bruxelles pour le déblocage de l'aide de l’Union européenne. Cette aide n'est pourtant pas destinée au développement social dont la Grèce a un besoin vital, mais à garantir le remboursement des dettes de l’État grec, aux banques françaises et allemandes notamment.

  

À cause d'une saignée de 40 % dans le budget du secteur hospitalier, les soins ne peuvent plus être assurés partout. Certains laboratoires pharmaceutiques refusent de livrer des médicaments aux centres de soins et aux pharmacies, de peur qu'ils ne puissent pas payer.
Les hôpitaux sont contraints de décliner les admissions pour les cas les « moins graves ». De 25 à 30 % des personnes qui se présentent dans les hôpitaux grecs sont refusées.
Plusieurs hôpitaux ont ainsi refoulé des femmes enceintes incapables de payer les 900 euros qui leur étaient demandés. L'usage des drogues explose – la consommation d’héroïne a crû de 20 % – de même que la prostitution, les cas de contamination au VIH ont augmenté de 54 % depuis 2010 et les suicides de 40 % en deux ans.

Après huit plans successifs d’austérité, la Grèce est à genoux et certains voudraient la voir ramper à plat ventre. C’est mal connaître le peuple grec, sa fierté, sa dignité ! Chaque jour ou presque de nouvelles conditions toujours plus drastiques et antidémocratiques sont infligées ou tentent de l’être au peuple grec : mise sous tutelle du pays en le plaçant sous l’administration d’un commissaire européen, création d’un compte bloqué dans les finances publiques consacré au versement des intérêts de la dette, garantie des nouvelles obligations grecques par des biens publics privatisables, impôts directement collectés par les banques...
Cela nous rappelle, monsieur le ministre, les fermiers généraux auxquels on a coupé le cou au moment de la Révolution.

  

Le mépris affiché des gouvernements européens en général et du gouvernement allemand en particulier pour le malheur grec est devenu insoutenable.

Que croyez-vous que les Grecs ressentent quand Wolfgang Schäuble, ministre allemand de l’économie, déclare que leur pays est « un puits sans fond », que les Européens « ne savent plus apprécier ce qu’ils ont », et « que l’Europe grandit avec les crises » ?

Que devons-nous penser lorsque Guido Westerwelle, ministre allemand des affaires étrangères, déclare que « les pays qui doivent être placés de manière prolongée sous la protection du fonds de secours de la zone euro doivent aussi être prêts à renoncer écoutez bien, mes chers collègues à certains pans de leur souveraineté, notamment pour que l’on puisse intervenir dans leurs budgets nationaux » ?

                                                          "la souveraineté appartient au peuple"

De la même façon, les « sacrifices de souveraineté » auxquels appelait, le 30 novembre dernier, le Président du Conseil de l’Europe et vers lesquels Nicolas Sarkozy souhaite nous conduire « à marche forcée », selon les termes de sa conférence de presse du 5 décembre 2011, sont inadmissibles

  

Il faut en effet toujours écouter l’adversaire pour le critiquer à bon escient, et si vous-même le faites, monsieur le ministre, le Président, lui, ne le fait pas car il est autiste.

 

Comme le proclame l’article 3 de la Constitution, « la souveraineté nationale appartient au peuple qui l’exerce par ses représentants ». L’en dessaisir, c’est le trahir. C’est trahir notre pacte républicain.

Mes chers collègues, comme le disent nos camarades grecs, nous ne prospérerons pas au milieu des ruines des sociétés européennes. Notre impératif catégorique, c’est la solidarité désintéressée et inconditionnelle pour bâtir avec les Grecs, les Allemands, les Portugais et tous les autres une Europe démocratique, prospère et pacifique, digne de son histoire et fière de ses luttes et non de ses capitulations.

 

Le président français, la chancelière allemande et ceux de Goldman Sachs veulent faire de la Grèce un exemple pour nous faire peur, pour que nous votions sans les regarder de trop près ces textes qui, sous couvert de solidarité, cherchent à constitutionnaliser l’austérité et à placer nos États sous tutelle.
Ils écrasent de leur « talon de fer », comme aurait dit Jack London, la patrie de Solon et de Périclès pour que nous acceptions leur chantage odieux qui conditionne la carotte au bâton et l’assistance à la punition.

                                                     
le "Mécanisme Européen de Stabilité"

Monsieur le ministre,

Ce mécanisme européen de stabilité – que par abus de langage vous présentez comme un mécanisme européen de « solidarité » – n’est rien de moins qu’une attaque contre la démocratie, une remise en cause de notre Constitution et, plus largement, une remise en cause de la souveraineté des peuples d’Europe, et de la nôtre en particulier. 

Et tout cela se passe dans un secret et un silence politique et médiatique assourdissant. Comme l’a rappelé mon camarade Jean-Luc Mélenchon, même pour les députés européens, il a été quasiment impossible de savoir comment se déroulaient les négociations.

En 1814, disais-je, dans un ouvrage intitulé De la réorganisation de la société européenne, le citoyen Saint-Simon avertissait pourtant ses contemporains – écoutez bien : il y a matière à réflexion pour vous – que « des obscurités de la politique naissent les troubles de l’ordre social ». La situation quasi insurrectionnelle en Grèce devrait inciter nos chefs d’État à un peu de prudence et à une plus grande transparence à défaut du respect démocratique dont ils n’ont que faire.

  

Avant de me pencher sur ce mécanisme de stabilité que vous nous présentez, j’aimerais dire deux mots de l’autre texte que nous discutons aujourd’hui, celui ratifiant la décision du Conseil européen de réviser l’article 136 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne. Pour la clarté de nos débats, je rappellerai que cette révision est un préalable indispensable à la création du MES.

  

Ce texte permet en effet de contourner l’article 125 du traité de Lisbonne, qui interdit à l’Europe de renflouer un État qui connaît de graves difficultés financières. C’est la fameuse clause du no bail out, ou « non-renflouement », selon laquelle l’Union européenne « ne répond pas des engagements [...] des autorités publiques [...] d’un État membre, ni ne les prend à sa charge ».

  

Pour dépasser ce blocage institutionnel, vous nous demandez d’approuvez l’ajout du paragraphe suivant – et je demande à ceux qui nous regardent, en particulier sur internet, de bien écouter, surtout la dernière phrase : « Les États membres dont la monnaie est l’euro peuvent instituer un mécanisme de stabilité qui sera activé si cela est indispensable pour préserver la stabilité de la zone euro dans son ensemble. L’octroi, au titre du mécanisme, de toute assistance financière nécessaire, sera subordonné à une stricte conditionnalité. »

 

D’abord, l’acceptation de l’esclavage et puis une louche dans la gamelle…
Eh bien, nous, nous ne sommes pas pour cette relation entre les peuples ! (Applaudissements sur les bancs du groupe GDR.)

Cette décision a été adoptée conformément à la procédure de révision simplifiée visée à l’article 48, paragraphe 6, du traité sur l’Union européenne, dit « traité de Lisbonne », signé contre l’avis du peuple français le 13 décembre 2007, procédure qui autorise le Conseil européen à adopter une décision modifiant tout ou partie des dispositions de la troisième partie du traité sur le fonctionnement de l’Union. Cette décision ne peut pas accroître les compétences attribuées à l’Union dans les traités et son entrée en vigueur est subordonnée à son approbation ultérieure par les États membres, conformément à leurs règles constitutionnelles respectives.

  

Cette procédure allégée permet donc au Conseil européen de ne pas ouvrir la boîte de Pandore d’une renégociation du traité de Lisbonne, auquel les Français ont déjà dit « non » par référendum en 2005 – volonté populaire violée par Nicolas Sarkozy. L’absence formelle de transfert de nouvelles compétences à l’Union européenne permet enfin, et l’exposé des motifs de votre projet de loi est très clair sur ce point, d’éviter les fourches caudines des procédures nationales de ratification par voie référendaire, ce qui vous effraie.

 

Pour les défenseurs du MES, il n’y aurait pas, de façon formelle, accroissement des compétences de l’Union puisque le MES ne serait pas une institution de l’Union mais une organisation internationale dont le siège sera... au Luxembourg, tout juste sorti de la liste grise des paradis fiscaux en juillet 2009 !

  

Or, mes chers collègues, le traité créant le MES indique très clairement que, via la participation au mécanisme de la Commission européenne, de la Banque centrale et de la Cour de justice, l’Union accroîtra très sensiblement ses compétences au détriment de la souveraineté des États membres.

  

Monsieur le ministre chargé des affaires européennes, pouvez-vous répondre très clairement aux Français qui nous regardent et nous écoutent, et qui s’interrogent…

 

Vous voudriez bien qu’ils décrochent, monsieur Jacob, et qu’ils ne nous écoutent plus, pour que vous puissiez faire vos coups tordus dans l’ombre. (Protestations sur les bancs du groupe UMP.) Mais les Français ont la fibre patriotique qui leur tient les yeux ouverts, et surtout les oreilles ouvertes, ce que vous ne voulez pas voir ou subir !

 

Pouvez-vous donc répondre à cette question, monsieur le ministre : la modification de l’article 136 par la voie de la procédure de révision simplifiée est-elle légale ou ne l’est-elle pas ?

  

J’en viens maintenant à votre second projet de loi, celui qui nous propose de valider la ratification du traité instituant le mécanisme européen de stabilité, signé le 2 février dernier à Bruxelles par les États membres de la zone euro.

 

Avant d’aller plus loin, et toujours dans un souci de clarté – ne vous en déplaise –, il faut rappeler à ceux qui nous écoutent

que le MES et l’assistance financière conditionnée qui va avec ne pourront être mis en place que dans les États qui signeront le traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance dans l’Union économique et monétaire. Il s’agit du traité qui devrait être signé dans dix jours, le 1er mars – tout ça à la va-vite, à l’esbroufe –, et qui prévoit, entre autres réjouissances, une règle d’or limitant le déficit à 0,5 % du PIB, un budget des administrations publiques obligatoirement en équilibre, des mécanismes de sanctions financières automatiques, un examen préalable à Bruxelles des projets de lois de finances, et tout cela sous la forme de « dispositions contraignantes et permanentes s’imposant pleinement aux lois de finances nationales ».

  

Voilà ce que vous faites de la souveraineté nationale !

Vous la vendez aux représentants du grand capital ! (Vives exclamations sur les bancs du groupe UMP.)

Que devient l’article 14 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen – c’est notre héritage révolutionnaire que nous devrions avoir en partage et que vous piétinez –, qui dispose que « les citoyens ont le droit de constater, par eux-mêmes ou par leurs représentants, la nécessité de la contribution publique, de la consentir librement, d’en suivre l’emploi, et d’en déterminer la quotité, l’assiette, le recouvrement et la durée » ?

Que devient l’article 3 de la Constitution, qui proclame (Exclamations sur les bancs du groupe UMP)
Vous ne voulez pas qu’on relise les textes fondamentaux parce que vous êtes en train de les trahir et que vous craignez qu’on le dise au peuple ! (Protestations sur les mêmes bancs.)

Selon l’article 3 de la Constitution, disais-je, « la souveraineté nationale appartient au peuple qui l’exerce par ses représentants et par la voie du référendum ».

Que devient l’article 39 de la Constitution, qui dispose que « les projets de loi de finances et de loi de financement de la sécurité sociale sont soumis en premier lieu à l’Assemblée nationale » – et non pas soumis en premier lieu aux représentants étrangers qui piétinent les droits de notre peuple ?

Monsieur le ministre, la procédure de ratification de ces textes est peut-être légale, mais leur contenu est inconstitutionnel.

Avant de conclure, monsieur le président, je souhaite revenir à ce mécanisme européen de stabilité, dont l’entrée en vigueur était initialement prévue pour la mi-2013 et qui, bizarrement, à quelques semaines de l’élection présidentielle en France, a été avancée au mois de juillet 2012.

  

Ce dispositif va au-delà de tout ce qu’on a connu jusqu’à présent au niveau européen en matière d’abandon de souveraineté, d’opacité et de recul démocratique.
Loin, très loin des peuples, l’Europe, sous la direction du condominium franco-allemand, est en train de mettre en place une mécanique implacable de contrôle et de corsetage des finances publiques.

  

Société anonyme basée au Luxembourg, le MES n’aura de comptes à rendre à personne, ni au Parlement européen, ni aux parlements nationaux, et encore moins aux citoyens des États membres. À l’article 35 de ce traité-mécanisme, on peut lire ainsi que « dans l’intérêt du MES, le président du conseil de surveillance, les gouverneurs, les gouverneurs suppléants, les administrateurs, les administrateurs suppléants ainsi que le directeur général et les autres agents du MES – écoutez bien – ne peuvent faire l’objet de poursuites [...] et bénéficient de l’inviolabilité de leurs papiers et documents officiels »

  

Il s’agit d’un secret professionnel visant à protéger ces gens qui pourront perpétrer contre nos peuples tous les mauvais coups et qui n’auront de comptes à rendre à personne. Vous votez déjà leur immunité, comme dans les dictatures arabes où certains chefs d’État se font voter l’immunité avant de prendre l’avion ! (Vives exclamations sur les bancs du groupe UMP.)

Vos hurlements et les décibels ne remplacent pas la qualité de l’argumentation !
Vous trahissez l’intérêt national, c’est cela que vous ne voulez pas entendre !

Pour terminer (« Ah ! » sur les bancs du groupe UMP), c’est une Europe à deux vitesses, à trois vitesses même, qui est en train de se mettre en place, sous le haut patronage de la vertueuse Allemagne. Une Europe de la discipline économique, des sanctions financières et de la rigueur libérale. Comme l’écrivait, début avril 2010, l’ancien ministre des affaires étrangères allemand, Joschka Fischer, « Madame Europe s’est transformée en Frau Germania ». Tout est dit et il fallait que cela fût dit !

  

La Chancelière Merkel déclarait, le 5 décembre dernier, que « l’Europe ne pourrait se faire sur de mauvais compromis », et elle avait raison. Les mauvais compromis d’aujourd’hui nourriront les heures sombres de demain. Antidémocratique, focalisé sur l’austérité, ne proposant aucune stratégie de soutien à la croissance, ce projet de traité ne pourra jamais renforcer la solidarité entre les États membres. Ce n’est d’ailleurs pas son but. Il organise simplement la mise sous tutelle des faibles par les forts et acte la domination germano-française sur l’Europe, au bénéfice de la grande finance.  

Nous ne voulons pas de cette Europe-là, qui menace la paix pour demain.
Nous, nous voulons la paix, le développement et le droit au bonheur pour chaque citoyen d’Europe, comme le promettait déjà Saint-Just. (Applaudissements sur les bancs du groupe GDR et sur quelques bancs du groupe SRC.)

 

  Trente minutes de bonheur.

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Le vote sur la Syrie à l’ONU considéré comme une étape vers l’intervention militaire

4 Mars 2012 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La Syrie - La Libye - l'Iran -

Le vote sur la Syrie à l’ONU considéré comme une étape

vers l’intervention militaire

par Chris Marsden

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Mondialisation.ca, Le 22 février 2012

Le soutien de l’Assemblée générale des Nation unies de l’appel de la Ligue arabe au président syrien Bachar al-Assad de quitter le pouvoir pour des raisons « humanitaires » rapproche un peu plus d’une intervention militaire. Le vote adopté par 137 voix contre12, avec 17 abstentions, est non contraignant mais donne le feu vert de l’ONU à la proposition de la Ligue arabe en faveur d’un changement de régime qui avait été bloqué au Conseil de Sécurité par la Russie et la Chine.

Face à l’opposition de Moscou et de Beijing, et compte tenu de la position stratégique de la Syrie au Moyen-Orient en tant qu’allié de l’Iran, Washington, Paris et Londres doivent avancer avec précaution. Toutefois, l’intervention dispose maintenant du « visage arabe » tant souhaité par le gouvernement Obama, d’une légitimité conférée par l’ONU et de l’autorité implicite de la doctrine de la « responsabilité de protéger » en vertu de laquelle la guerre avait été menée contre la Libye.

Plutôt qu’une intervention directe, de nombreuses figures politiques, des journaux et des organismes politiques préconisent d’armer l’Armée syrienne libre oppositionnelle en guise d’étape préparatoire et en proclamant des « zones tampon » et « des couloirs humanitaires. » Ceci requerrait un bombardement de l’OTAN piloté par un ou plusieurs mandataires locaux dirigés par la Turquie et les Etats du Golfe.

Le ministre des Affaires étrangères, Alain Juppé, a dit mercredi que la France avait déjà entamé des négociations avec la Russie au sujet d’une nouvelle résolution du Conseil de sécurité de l’ONU sur la Syrie dans le but de créer des couloirs humanitaires. L’idée qui avait déjà été avancée de « couloirs humanitaires permettant aux ONG d’atteindre les zones qui font l’objet de massacres absolument scandaleux devraient être reprise au Conseil de sécurité, » a-t-il dit sur France Info.

Au Sénat américain, une résolution bipartisane fut déposée vendredi appelant le gouvernement Obama à fournir à l’opposition syrienne « un substantiel soutien matériel et technique ».

Ecrivant le 7 février dans le Guardian, Ian Black et Julian Borger ont souligné que le Conseil de sécurité nationale d’Obama a dit être en train de préparer un « décret présidentiel » consistant en « un décret-loi autorisant comme politique optionnelle des actions secrètes. »

La Turquie qui partage une longue frontière avec la Syrie et à partir de laquelle opèrent les directions de l’opposition politique et militaire, le Conseil national syrien (CNS) et l’Armée syrienne libre (ASL), aurait à jouer un rôle majeur dans une éventuelle attaque militaire. Sinan Ülgen, un ancien diplomate turc travaillant pour le Carnegie Endowment for International Peace, a dit qu’Ankara s’était déjà positionné pour conduire une force régionale soutenant une opération de l’OTAN. La Turquie avait « brûlé ses ponts » en misant « fortement sur un changement de régime, » a-t-il affirmé.

Le Qatar, l’Arabie saoudite, les Emirats arabes unis et la Jordanie apporteraient tous leur soutien, y compris une formation militaire et des armes, comme ils l’avaient fait dans le cas de la Libye.

Le Financial Times s’est rallié à cette option et a commencé des efforts à la fois ouverts et cachés pour renforcer le CNS et l’ASL. Le 13 février, un éditorial insistait pour dire que « chaque effort doit être fait pour développer l’unité et la cohérence programmatique de ce qui est à ce jour un camp rebelle pour l’instant querelleur. » L’article poursuivait en disant que le fait d’armer l’ASL « nécessiterait rapidement d’autres mesures telles des zones protégées pour les réfugiés qui devront alors être défendus, y compris au moyen d’un bombardement aérien. »

Le Financial Times a aussi ouvert ses pages à Radwan Ziadeh, qui a publié le 15 février une rubrique intitulée « Le Kosovo montre comment l’Occident peut intervenir en Syrie. »

 

« Les Etats-Unis ont été en mesure d’aider à créer un Kosovo indépendant en dehors du Conseil de sécurité de l’ONU, sans perdre un seul soldat américain, » a-t-il écrit. « Une stratégie d’intervention équilibrée inclurait ce qui suit. D’abord, comme au Kosovo, la communauté internationale – qu’il s’agisse d’une mission conjointe ONU-Ligue arabe ou d’une coalition des ‘Amis de la Syrie’ – doit désigner des zones sûres qu’il convient de protéger par des frappes aériennes. »

 

Ziadeh fait partie d’un nombre de représentants du CNS à être cités par les médias pour dépeindre l’intervention militaire comme une exigence populaire en Syrie. Tout indique cependant une opposition majoritaire à une intervention même parmi de nombreuses forces opposées à Assad alors que le soutien encore substantiel pour le régime baathiste est du à la crainte d’une intervention occidentale dans le but de mettre en place un régime sunnite qui persécuterait les minorités religieuses.

Ziadeh est un agrégé supérieur à l’Institut pour la paix des Etats-Unis. Il est le co-fondateur du Centre syrien d’Etudes politiques et stratégiques à Washington dont il a assuré la direction. Parmi ses autres fonctions figurent des interventions à Chatham House et à l’Institut royal des Affaires internationales.

Le « modèle Kosovo » impliquait la construction de l’Armée de libération du Kosovo (Kosovo Liberation Army, KLA) en un mandataire militaire américain utilisé pour déstabiliser la situation au moyen d’une campagne terroriste en fournissant ensuite un véhicule pour une intervention ouverte. Le CNS et l’ASL servent conjointement la même fonction, tout comme l’avait fait le Conseil national de Transition en Libye.

Ceci requiert de grands efforts pour adapter l’ASL au but recherché. Jeffrey White, un spécialiste à l’Institut pour la politique au Proche-Orient à Washington, a dit au magazine Foreign Policy, que le nombre des forces de l’ASL se situait entre 4.000 et 7.000, nettement moins que les 40.000 qu’elle revendique. Son commandement en Turquie n’a qu’un contrôle opérationnel restreint et il existe une lutte perpétuelle quant à qui le dirige – le colonel Riad al Assad qui est soutenu par la Turquie ou le transfuge de haut rang du régime, le général Moustapha al-Cheikh.

Lors d’une conférence de presse vendredi à Paris, le président Nicolas Sarkozy et le premier ministre britannique, David Cameron, ont insisté pour exiger l’unité de l’opposition syrienne. Sarkozy a dit qu’ils ne pouvaient pas faire la révolution en Syrie sans que l’opposition syrienne fasse maintenant l’effort de s’unir. Il a poursuivi en disant qu’en Libye il aurait été impossible d’avoir la révolution sans les Libyens et qu’il ne sera pas possible d’avoir une révolution syrienne sans que l’opposition syrienne fasse un effort de s’unir afin qu’ils puissent l’aider plus.

Une réunion a à présent été organisée du Groupe des amis de la Syrie, dirigée par Juppé et le ministre turc des Affaires étrangères, Ahmet Davutoglu, dans le but de lutter contre les divisions qui existent au sein de l’ASL en la plaçant fermement, grâce au CNS, sous la direction de l’Occident.

Malgré ses divisions internes, l’ASL et les agents de diverses puissances régionales opérant sous sa tutelle sont depuis des mois en train de monter une opération de déstabilisation de type KLA. Le journaliste Nir Rosen, qui a récemment passé un certain temps avec des combattants de l’opposition, a accordé une interview révélatrice à Al Jazeera qui est propriété du Qatar et qui soutient farouchement le soulèvement anti-Assad. Lors de l’interview, il a clairement fait savoir que l’opposition avait pris les armes « très tôt. » Il a remarqué que « dès l’été il y avait régulièrement des embuscades contre des agents de sécurité » alors que le mouvement « se transformait en une insurrection classique. »

L’opposition reçoit des fonds de la « diaspora syrienne qui est liée à des mouvements islamistes tels les Frères musulmans ou à des religieux conservateurs dans le Golfe [qui] envoient également de l’argent à certains groupes, » a-t-il dit.

Dans un commentaire allant à l’encontre d’une grande partie de la propagande utilisée pour justifier l’intervention, il a ajouté, « Tous les jours l’opposition publie un bilan des victimes, généralement sans préciser les raisons des décès. Nombre de ceux qui auraient été tués sont en fait des combattants de l’opposition mais la cause de leur décès est cachée et ils sont décrits dans les rapports comme étant d’innocents civils tués par les forces de sécurité, comme s’ils n’étaient que de simples manifestants ou de gens se trouvant à leur domicile. »


Article original, WSWS, paru le 18 février 2012

« Une défense basée sur l’aviation venant d’une telle coalition pourrait aussi servir à protéger les couloirs humanitaires, » a-t-il ajouté.
 Articles de Chris Marsden publiés par Mondialisation.ca
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La guerre secrète de la France contre le peuple syrien

4 Mars 2012 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La Syrie - La Libye - l'Iran -

La guerre secrète de la France contre le peuple syrien
par Réseau Voltaire

Mondialisation.ca, Le 22 février 2012

Lors de la prise du bastion insurgé dans le quartier de Bab Amr, à Homs, l’armée syrienne a fait plus de 1 500 prisonniers, dont une majorité d’étrangers. Parmi ceux-ci, une douzaine de Français ont requis le statut de prisonnier de guerre en déclinant leur identité, leur grade et leur unité d’affectation. L’un d’entre eux est colonel du service de transmission de la DGSE.

En armant la Légion wahhabite et en lui fournissant des renseignements satellitaires, la France a conduit une guerre secrète contre l’armée syrienne, qui a fait plus de 3 000 morts dans les rangs, et plus de 1 500 morts parmi les civils, en dix mois de combats.

Ces informations ont été partiellement dévoilées par Thierry Meyssan lors d’une intervention sur la première chaîne de télévision russe, le lundi 13 février 2012 ; puis dans un article publié le mardi 14 par Komsomolskaïa Pravda ; enfin dans une vidéo de Voltaire Network TV.

La France a sollicité l’aide de la Fédération de Russie pour négocier avec la Syrie la libération des prisonniers de guerre.

Le Réseau Voltaire n’a pas trouvé d’éléments permettant de confirmer les imputations selon lesquelles 120 Français auraient été faits prisonniers à Zabadani. Cette rumeur semble être une exagération de nos informations et paraît sans fondement.

Par ailleurs, le Réseau Voltaire s’interroge sur les articles d’envoyés spéciaux à Homs parus ces derniers jours dans des quotidiens français : une semaine après la reprise en main du quartier insurgé, et alors que ne subsistent que des combats urbains de faible intensité, ces reporters persistent à décrire une fiction de révolution, masquant la vérité à leurs lecteurs, laissant ainsi à Alain Juppé la possibilité de négocier en secret la restitution des prisonniers de guerre.

Le 17 février, Nicolas Sarkozy et David Cameron signaient une déclaration commune. On peut y lire : « La France et le Royaume-Uni soulignent que les personnes responsables des violences dans toute la Syrie ne doivent pas douter que le jour viendra où elles devront répondre de leurs actes. La France et le Royaume-Uni réaffirment leur détermination à faire en sorte que des éléments de preuve concernant les crimes soient dûment recueillis afin que les personnes qui ont ordonné ou commis des atrocités puissent rendre des comptes. »

En l’absence d’obligation par des traités pertinents, la guerre secrète conduite par le président Sarkozy et son gouvernement est un acte sans précédent sous la Ve République. Elle viole l’article 35 de la Constitution et constitue un crime passible de la Haute Cour (article 68).


 Articles de Réseau Voltaire publiés par Mondialisation.ca

http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=29443
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La conférence des « Amis de la Syrie » ou L’échec de la Sainte-Alliance arabo-atlantique

4 Mars 2012 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La Syrie - La Libye - l'Iran -

La conférence des « Amis de la Syrie » ou L’échec de la Sainte-Alliance arabo-atlantique


Mondialisation.ca, Le 29 février 2012
 

Généralités 

Avec beaucoup de ténacité, une soixantaine de pays occidentaux et d’autres arabes se réunirent à Tunis – devenu La Mecque des révolutionnaires printaniers – pour une conférence internationale sur la Syrie ; et cela dans le but d’exprimer, au peuple syrien égorgé par le « Vampire de Damas », leur amitié chaleureuse ainsi que leurs sentiments les plus distingués.

Parmi ces conférenciers audacieux, nous distinguâmes les fantômes des grands orateurs de la première Révolution française, incarnés en personnages de défendeurs de l’humanité et des droits de la personne les plus célèbres, tels que le ministre saoudite des Affaires étrangères, Faysal – une figure remarquable dans le domaine de la lutte des droits de femmes, ami de Vergniaud– ; le ministre tunisien des Affaires étrangères, Abdul Salam – un révolutionnaire printanier distingué, ami de Danton – ; le premier ministre qatari, Hamad – un despote immanquablement « éclairé », parrain du feuilleton « Le printemps aux pays des Arabes », « un des plus puissants seigneurs de la Westphalie, car son château avait une porte et des fenêtres»[1] – ; la secrétaire d’État de l’Empire étatsunien, Clinton – oratrice connue pour sa défense des droits de l’homme arabe, surtout au Bahreïn, au Yémen, en Libye et en Palestine, amie de Robespierre – ; sans oublier, certainement, le président du « Conseil national syrien », monsieur Burhan Ghalioun – un jacobin stagiaire, postmoderne et burlesque à la fois, qui se fut précipité au théâtre de la Sainte-Révolution syrienne[2] en hurlant « Liberté, Égalité, Fraternité », ami de Desmoulins.  

 

Summum de la campagne politique contre la Syrie

C'est encore une chose devenue universellement connue, qu’après divers échecs, les impliqués dans la conjuration contre la Syrie, à leur tête les émirs et sultans de la péninsule Arabique, qui, dépourvus de toute qualité leur permettant de s’élever au rang des Archanges gardiens des droits de l’homme, cherchent à se rassembler sur la scène internationale, la voix et le poing levés,  pour proférer de nouvelles menaces au président syrien, Bashar al-Assad, et pour lui promettre de nouvelles séries de sanctions et de pressions pour qu’il leur cède la Syrie.

Pourtant, avant de se laisser prendre par la « danse avec les loups»[3] et les injures du Capitaine Haddock[4], observons, le trajet qu’avait pris la campagne arabo-atlantique aux niveaux politique, diplomatique et militaire, depuis le 4 octobre 2011, date du premier projet de résolution du Conseil de sécurité sur la Syrie.  

Au préalable, la campagne politique contre la Syrie a atteint son « pinacle », le deuxième jour du mois d’octobre, date de la naissance du misérable « Conseil national syrien » et de l’élection de son président, monsieur Burhan Ghalioun. Nous nous rappelons bien de ce jour auguste où monsieur Ghalioun s’est précipité sur la scène des événements historiques s’habillant en Camille Desmoulins[5], levant par sa main droite le « Manifeste printanier » du CNS, qui n’était, en effet, qu’un amalgame d’idées mariant les déclarations des philosophes des Lumières avec celles des « Frères musulmans ». Cependant, au lendemain de ce jour grandiose, la foule opposante – s’agglomérant sous la bannière du CNS – se réveilla très tôt le matin, pour réaliser que tout ce bruit qu’elle eut fait la veille, restait sans horizon politique aucun. Dépourvue de tout agenda précis, autre que les injures et les cris de guerre, la foule opposante se trouvait de nouveau au point de départ, incapable de faire un pas en avant, lui permettant de pousser plus loin avec des pressions politiques contre la Syrie. Par contre, pour ne pas laisser la foule perdue dans son labyrinthe, deux jours plus tard, le 4 octobre, la Sainte-Alliance arabo-atlantique chevaucha au secours du CNS et présenta un projet de résolution au Conseil de sécurité, incriminant le président syrien et ouvrant la porte à une intervention militaire en Syrie. Heureusement, ce projet fut arrêté par l’opposition du double veto chinois et russe, qui tomba comme une bourrasque sur la tête de la Sainte-Alliance. Pour le ministre français des Affaires étrangères, M. Alain Juppé, l’échec du Conseil à adopter une résolution condamnant Damas était « un triste jour pour le peuple syrien » et « pour le Conseil de sécurité »[6]. Dénuées de toute modestie, Paris comme Washington promirent  de continuer à « soutenir » « les aspirations à la liberté et la démocratie du peuple syrien »[7]. M. Juppé assura que « la lutte des démocrates syriens pour la liberté est un juste combat », et que la France continuerait à le soutenir fermement « avec tous les pays qui le souhaitent »[8]. La France eut salué, quelques jours auparavant, la formation du « Conseil national syrien », et appelé le président Bachar al-Assad à quitter le pouvoir.

« En prison, jusqu’au jour où la loi et le cours régulier des sessions de justice t’appelleront à répondre ! », hurla Brabantio à Othello[9].  

 

Trajet descendant de la conjuration arabo-atlantique contre la Syrie

Après ce premier échec de la diplomatie arabo-atlantique, la Ligue arabe, dont le rôle et le poids furent réduits à un simple conseil Loya Jirga rassemblant les émirs et sultans du « Conseil de coopération du Golfe » (CCG), réussit, le 19 décembre, à pousser le régime syrien à signer un nouveau protocole de cesser le feu, de retirer l’armée des villes et de faciliter un déploiement d’observateurs arabes dans les zones de troubles[10].  

Cette victoire « blitzkrieg » de la Ligue arabe n’était, en vérité, qu’une impression fautive du déroulement de la campagne contre la Syrie ; car le transfert du dossier syrien à la Ligue était, en effet, le résultat de l’échec diplomatique au sein du Conseil de sécurité. Il n’est plus secret que le dossier syrien fut transféré d’une organisation internationale – le Conseil de sécurité – à une organisation régionale déchirée par des conflits d'émirs et de sultans – la Ligue arabe.

Par ailleurs, la campagne militaire s’accélérait et commença à dessiner un trajet ascendant, parallèle au trajet descendant qu’avait suivi la campagne diplomatique contre la Syrie depuis le premier échec. Le 23 décembre 2011, des installations des services de sécurité syriens à Damas furent la cible de deux attaques terroristes. Quarante-quatre personnes furent tuées et 166 autres blessées. « La main d'Al-Qaïda était derrière » ces attentats, selon un communiqué du ministère de l'intérieur[11]. Deux semaines plus tard, le 6 janvier, Damas fut de nouveau la cible d’un attentat suicide faisant 26 morts et 63 blessés.

La capitale des Omeyyades ne tarda pas à formuler sa réplique à l’ingérence des émirs et sultans de la péninsule Arabique. Ainsi, dans un discours prononcé le 10 janvier à l’amphithéâtre de l’université de Damas, le président syrien déclara le commencement d’une contre-offensive : « Nous avions fait preuve de patience et d'endurance dans un combat sans précédent dans l'historie moderne de la Syrie et ceci nous a rendu plus solide, et bien que ce combat porte de grands risques et des défis fatidiques, la victoire est à deux doigts tant que nous nous maintenons capables de résister, d'exploiter nos points forts qui sont nombreux, et de savoir les points faibles de nos adversaires, qui sont plus nombreux », déclara-t-il[12].

À côté de ces attaques terroristes contre les civils et les édifices gouvernementaux, les groupes wahabites armés et les milices de la soi-disant « Armée syrienne libre », appuyés par des milliers de mercenaires arabes et atlantiques[13], prirent contrôle de la ville de Homs et la transformèrent en un bastion de rebelles wahabites. En plus, la ville d’Idlib au Nord et le Rif de Damas tombèrent aussi sous la main des groupes armés.

De surcroît, l’aggravation militaire sur le terrain fut accompagnée par une nouvelle tentative de la part de la Sainte-Alliance arabo-atlantique à faire passer, le 4 janvier, un nouveau projet de résolution au Conseil de sécurité. Le projet fut de nouveau opposé par un double veto sino-russe. Suite à ce nouvel échec, une pluie de colère frappa les capitales occidentales ainsi que la péninsule Arabique dont le climat était d'une nature désertique. Partout aux quatre coins du monde, nous entendions les dirigeants et les responsables de la Sainte-Alliance proférer des menaces et des injures. Jamais dans l’histoire de la pratique diplomatique, l’échange verbal sur la scène internationale n’a atteint un niveau aussi avancé de prosaïsme et de vulgarité. L’ambassadrice étatsunienne au sein du Conseil de sécurité, Susan Rice, se sentit « dégoutée » de la position russe et chinoise[14] ; de son côté, le ministre français de la Défense, Gérard Longuet, décrit la Russie et la Chine comme des pays qui « méritent des coups de pied au cul »[15]. Plus loin vers l’Orient, les émirs et sultans arabes ainsi que les califes ottomans se réveillèrent brusquement d’un long sommeil « centenaire », pour réaliser la nécessité de réformer le droit au veto au sein du Conseil de sécurité. Tragiquement, deux cents vetos étatsuniens opposés aux projets de résolutions visant la protection du peuple palestinien de l’atrocité de la soldatesque israélienne ne suffisaient pas pour que les crocodiles turcs et arabes versassent leurs larmes sur le Prométhée palestinien enchaîné[16].

Mensonges, vulgarité, prosaïsme, injures, menaces, larmes de crocodile, telle fut la réplique arabo-atlantique  au deuxième veto chinois et russe. Pourtant, la Syrie gagna de nouveau la bataille au Conseil de sécurité.

« Vieillesse ennemie n'avons-nous tant vécu, misérables vieillards, que pour apprendre cette catastrophe inattendue ! »[17].

 

Précipitation à l’Assemblée générale

Douze jours après l’opposition par la Russie et la Chine, le 16 février, le groupe arabe à l’Assemblée générale de l'ONU présenta au vote un texte de résolution condamnant la Syrie. L’Assemblée l’adopta à une écrasante majorité, malgré l'opposition de Moscou et de Pékin. Partout sur la scène internationale, les « révolutionnaires printaniers » ainsi que leurs parrains arabo-atlantiques applaudissaient la « victoire décisive » contre le « Vampire de Damas ». Sans reprendre son souffle, la machine médiatique de la Sainte-Alliance parlait de la chute inévitable du président syrien et prévoyait la nouvelle ère de l’après-Assad. La résolution exigea du gouvernement syrien qu'il mît fin « à ses attaques contre sa population civile »[18], et qu’il soutînt les efforts de la Ligue arabe « pour assurer une transition démocratique »[19] du pouvoir.

Pourtant, cette « victoire » restait illusoire, car la résolution n’avait qu’une portée essentiellement symbolique. Le groupe arabe le savait bien, surtout que les tiroirs de l’Assemblée générale sont pleins, jusqu’à présent, de textes pareils dénonçant l’atrocité israélienne contre le peuple palestinien, depuis 1947.   

En effet, l’utilité d’une telle résolution – s’il y en avait une – se présentait dans le besoin de donner une certaine « dose morale » aux groupes armés, qui perdaient de terrains dans des combats féroces avec l’armée syrienne à Homs, à Idlib et au Rif de Damas.  

 

Conférence d’« amis » à Tunis : Fin de partie

C’est d’abord un fait assez constant qu’après le double veto sino-russe au projet de la résolution du Conseil de sécurité sur la Syrie, l’indignation arabe et occidentale, s’étant dirigée contre Moscou et Pékin, ne reconnut que le « Conseil national syrien » comme seul représentant légitime du peuple syrien ; soit que ces orateurs « sanctifiés » de tout péché se moquassent de l’Histoire humaine, soit que cette Histoire ne fût, en vérité, qu’une scène de théâtre sur laquelle se jouaient les grandes farces de l’humanité.

Ainsi se réunirent les révolutionnaires printaniers et leurs parrains arabo-atlantiques, « amis de la Syrie », dans une salle de conférence à Tunis, le 24 février.

Dans la déclaration finale, les conférenciers appelèrent la Syrie à « cesser immédiatement toute forme de violence »[20] et s’engagèrent à prendre « des mesures pour appliquer et renforcer les sanctions sur le régime »[21]. Le groupe d’« amis » réaffirma aussi « son attachement à la souveraineté, l’indépendance et l’intégrité territoriale de la Syrie » et souligna la nécessité d’une « solution politique »[22] à la crise.

La moindre chose à dire de ces « réaffirmations » et ces « soulignements » qu’ils sont ridicules, burlesques et carnavalesques. Les peuples de la région le savent bien. En effet, pendant quinze ans de guerre civile atroce qui détruisit leur pays entre 1975 – 1990, les Libanais ne recevaient des émirs et sultans de la péninsule Arabique que des appels à cesser le feu, des « réaffirmations » de la souveraineté du Liban et des « soulignements » d’une solution politique. Pourtant, plus de cent mille personnes furent tués ; et le Liban fut déchiré en mille cantons et quelques. Parallèlement au supplice du peuple libanais, « Les Mille et une résolutions » de la Ligue arabe sur la Palestine n’ont pu ni arrêter l’atrocité de la soldatesque israélienne ni mettre fin au calvaire du peuple palestinien.

À plus forte raison, que ce soit l’accès libre des agences humanitaires, la reconnaissance du CNS comme représentant légitime du peuple syrien, ou la création d’une force arabe ; aucun appel de la conférence de Tunis ne laisse d’impact sur le terrain ; pour la simple raison qu’ils ne peuvent être réalisés sans la présence d’une des deux conditions suivantes : l’agrément du régime syrien – ce qui n’est point le cas – sinon l’invasion de la Syrie par les forces de la Sainte-Alliance – ce qui semble encore plus ridicule, vu le rapport de force établi dans la région entre « le camps de résistance » (l’Iran, la Syrie, le Liban) et l’Empire depuis la défaite de l’armée israélienne à la guerre de juillet 2006. En plus, les récentes victoires militaires qu’a menées l’armée syrienne sur les groupes armés laissent les deux options hors du jeu.

Dans ce sens, les effets d’une telle déclaration sur l’intérieur syrien reste sans efficacité aucune, mais d’une grande valeur d’échange dans le souk international d’accusations et d’injures contre le régime syrien.

Il en reste à dire qu’en manque d’une sortie « apothéose » de l’impasse politique et diplomatique où se furent mis, les conférenciers de Tunis, ne trouvant que la reconnaissance du CNS comme un « représentant légitime » du peuple syrien, annoncèrent aux spectateurs la fin de partie au Proche-Orient[23]. 

« Pas d’autre cause, pas d’autre cause, mon âme ! »[24].



Fida Dakroub, Ph.D

 

Pour communiquer avec l’auteure : http://bofdakroub.blogspot.com/

Notes

[1] « Candide » de Voltaire, chapitre I.

[2] http://www.legrandsoir.info/le-11-vendemiaire-de-la-sainte-revolution-syrienne-ou-l-echec-du-conseil-national-syrien.html

[3] « Danse avec les loups » (Dances with Wolves) est un film américain réalisé par Kevin Costner en 1990.

[4] Archibald Haddock est un capitaine de fiction et l'un des personnages principaux de la série de bande dessinée « Les Aventures de Tintin », créée par Hergé.

[5] http://www.legrandsoir.info/le-11-vendemiaire-de-la-sainte-revolution-syrienne-ou-l-echec-du-conseil-national-syrien.html

[6] http://www.lepoint.fr/societe/veto-sino-russe-triste-jour-pour-les-syriens-et-le-conseil-de-securite-juppe-05-10-2011-1380910_23.php

[7] http://www.lepoint.fr/societe/veto-sino-russe-triste-jour-pour-les-syriens-et-le-conseil-de-securite-juppe-05-10-2011-1380910_23.php

[8] http://www.lepoint.fr/societe/veto-sino-russe-triste-jour-pour-les-syriens-et-le-conseil-de-securite-juppe-05-10-2011-1380910_23.php

[9] dans “Othello” de Shakespeare.

[10] http://www.lepoint.fr/monde/syrie-les-monarchies-du-golfe-exigent-l-arret-immediat-de-la-repression-20-12-2011-1410544_24.php

[11] http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2011/12/23/attentats-contre-les-services-de-securite-a-damas-selon-la-television-syrienne_1622169_3218.html

[12] http://www.sana.sy/fra/51/2012/01/10/pr-393414.htm

[13] http://rt.com/news/britain-qatar-troops-syria-893/

[14] http://www.lepoint.fr/monde/pluie-de-critiques-apres-le-double-veto-a-l-onu-sur-la-syrie-05-02-2012-1427667_24.php 

[15] http://mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=29208 

[16] Dans la mythologie grecque, Prométhée est un Titan. Il est connu pour son intervention dans plusieurs mythes anthropogéniques : création des hommes à partir d'argile et d'eau et vol du « savoir divin » (le feu sacré de l’Olympe) pour l’offrir aux humains. Courroucé par ses excès, Zeus, le roi des dieux, le condamne à finir enchaîné et torturé sur le Mont Caucase. Il lui inflige aussi un supplice. Héphaïstos l’enchaîne nu à un rocher dans les montagnes du Caucase, où un aigle vient lui dévorer le foie chaque jour. Sa souffrance devient ainsi infinie, car chaque nuit son foie repoussait.

[17] Dans « Perses » d’Eschyle.

[18] http://www.ledevoir.com/international/actualites-internationales/342895/syrie-l-assemblee-generale-de-l-onu-condamne-massivement-la-repression

[19] http://www.ledevoir.com/international/actualites-internationales/342895/syrie-l-assemblee-generale-de-l-onu-condamne-massivement-la-repression

[20] http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2012/02/24/les-amis-de-la-syrie-veulent-relance-du-calendrier-diplomatique_1647859_3218.html

[21] http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2012/02/24/les-amis-de-la-syrie-veulent-relance-du-calendrier-diplomatique_1647859_3218.html

[22] http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2012/02/24/les-amis-de-la-syrie-veulent-relance-du-calendrier-diplomatique_1647859_3218.html

[23] http://www.voltairenet.org/Fin-de-partie-au-Proche-Orient

[24] Dans "Othello" de Shakespeare.

 

Docteur en Études françaises (UWO, 2010), Fida Dakroub est écrivaine et chercheure, membre du « Groupe de recherche et d'études sur les littératures et cultures de l'espace francophone » (GRELCEF) à l’Université Western Ontario. Elle est l’auteur de « L’Orient d’Amin Maalouf, Écriture et construction identitaire dans les romans historiques d’Amin Maalouf » (2011). Fida Dakroub est un collaborateur régulier du « Centre de recherche sur la mondialisation ».


 

http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=29557

 


Fida Dakroub est un collaborateur régulier de Mondialisation.ca.  Articles de Fida Dakroub publiés par Mondialisation.ca

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Syrie : L’ONU « incapable » de vérifier les violations de l’Armée syrienne libre

4 Mars 2012 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La Syrie - La Libye - l'Iran -

Syrie : L’ONU « incapable » de vérifier les
 
violations de l’Armée syrienne libre
 

Mondialisation.ca, Le 1 mars 2012
  
 

Le dernier rapport de l’ONU sur la Syrie publié par la Commission d’enquête a poussé le Conseil des droits de l’homme à tenir le 28 février un débat urgent sur la question.

 Selon un communiqué de presse de l’ONU :

Le Président de l'Assemblée générale [Nassir Abdulaziz Al-Nasser] a relevé que le rapport de la Commission d'enquête présente une situation désastreuse et indique que le «Gouvernement syrien a failli à son obligation de protéger sa population civile» [...] Ses forces se sont livrées des violations grossières des droits de l'homme. (Conseil des droits de l'homme, Le Conseil des droits de l'homme tient un débat urgent sur la situation en Syrie, 28 février 2012)

La Commission d’enquête a cependant basé en grande partie son évaluation de la situation en Syrie sur des témoignages d’opposants recueillis à l’extérieur de la Syrie. Le rapport est par ailleurs contradictoire. Il affirme que les violations commises par les forces syriennes sont plus importantes que celles commises par les « groupes antigouvernementaux », tout en admettant que le « manque d’accès au pays […] a rendu problématique la documentation des abus commis par les groupes armés antigouvernementaux et les opposants […] »

Le gouvernement a manifestement failli à son obligation de protéger sa population civile. Depuis novembre 2011, ses forces se sont livrées à davantage de violations grossières et systématiques des droits humains. Les groupes antigouvernementaux ont eux aussi commis des abus, dont l’ampleur et l’organisation ne sont toutefois pas comparables à ceux commis par l’État. (Conseil des droits de l'homme, Report of the independent international commission of inquiry on the Syrian Arab Republic, 22 février 2012, p.1)

La commission a entrepris de montrer les violations et abus commis par toutes les parties. Toutefois, le manque d’accès au pays a rendue problématique la documentation des abus commis par les groupes armés antigouvernementaux et les opposants, puisque la plupart des victimes et des témoins de ces abus sont demeurés dans le pays et que le gouvernement n’a pas facilité les entrevues avec les victimes de violence de la part des groupes armés durant la période considérée. (Ibid., p.5)

Après son premier rapport, la commission a interrogé d’autres victimes et témoins de violations, des déserteurs et d’autres individus possédant des renseignements privilégiés pertinents. Du 9 au 25 janvier 2012, la commission s’est rendue dans plusieurs pays afin de recueillir des témoignages en personne de gens ayant récemment fui la République arabe syrienne. (Ibid., p.6)

Concernant l’ensemble de preuves recueilli, le rapport mentionne que « la commission a appliqué la norme de preuve utilisée dans son premier rapport ». Celle-ci est basée sur « le doute raisonnable ».

Plus important encore, le rapport dit :

Afin de remplir son second mandat (« identifier les responsables ») la commission a considéré qu’un ensemble de documents fiables devait être accumulé afin d’indiquer quels individus pouvaient être responsables de violations des droits humains. La commission a reçu des informations quant à la responsabilité présumée d’un certain nombre de personnes pour des violations commises dans la République arabe syrienne de mars 2011 jusqu’au moment d’écrire ce rapport.

La commission n’a pas appliqué droit international humanitaire pour les besoins du rapport et la période couverte. Le droit international humanitaire est applicable si la situation peut être qualifiée de conflit armé, ce qui dépend de l’intensité de la violence et du niveau d’organisation des parties. Bien que la commission craigne sérieusement que la violence dans certains endroits ait atteint le niveau requis d’intensité, elle a été incapable de vérifier si l’Armée syrienne libre, les groupes locaux s’identifiant comme tel ou les autres groupes armés antigouvernementaux avaient atteint le niveau d’organisation nécessaire. (Ibid.)

Les auteurs du rapport de l’ONU accusent le gouvernement syrien d’avoir commis plus de violations que les groupes armés et/ou l’Armée syrienne libre (ASL), tout en admettant leur « manque d’accès au pays », leur incapacité d’évaluer l’importance de l’ASL et leur accès restreint aux témoignages de leurs victimes. Si les enquêteurs ont été incapables d’évaluer l’importance des violations de la FSA, comment peuvent-ils affirmer que celles du gouvernement étaient de bien plus grande ampleur?

Les enquêteurs affirment avoir tenu compte du rapport du 22 janvier 2012 de la Ligue des États arabes. Les observateurs de cette mission, qui, eux, ont eu accès au pays, ont noté ce qui suit :

À Homs et Dara la mission a observé des groupes armés commettant des actes de violence contre les forces gouvernementales ayant provoqué des décès et des blessures dans leurs rangs. Dans certaines situations, les forces gouvernementales ont répliqué par la force aux attaques contre leur personnel.

À Homs, Idlib et Hama, la mission d’observation a été témoin d’actes de violence contre des forces gouvernementales et des civils ayant entraîné plusieurs décès et blessures. On peut citer par exemple l’attaque à la bombe d’un autobus publique ayant fait huit morts et des blessés, incluant des femmes et des enfants, ainsi que l’attaque à la bombe d’un train transportant du diesel. Lors d’un autre incident à Homs, deux policiers ont trouvé la mort dans l’explosion d’un autobus de la police. Des attaques à la bombe ont par ailleurs ciblé un oléoduc et de petits ponts.

Selon ses équipes sur le terrain, la mission a également noté que les médias exagéraient la nature des incidents et le nombre de personnes tuées dans les incidents et les manifestations dans certaines villes. (Mission d’observation en Syrie de la Ligue des États arabes Report of the Head of the League of Arab States Observer Mission to Syria for the period from 24 December 2011 to 18 January 2012, 27 janvier 2012.)

Toutefois, ces observations ne font pas partie du discours de l’ONU et des médias sur la Syrie. Les représentants de l’ONU et les médias dominants minimisent ou ignorent le rôle des groupes armés et de l’Armée syrienne libre.

Un reportage du Haaretz montre que même si les groupes armés ont commis des violations des droits humains, ceux-ci ne sont pas mentionnés :

[La Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme Navi] Pillay, a dit que la communauté internationale doit agir pour empêcher les forces de sécurité syriennes de continuer leurs attaques contre des civils, lesquelles ont entraîné, dit-elle, « d’innombrables atrocités » […]

Mme Pillay a cité le rapport d’un groupe d’experts de l’ONU publié la semaine dernière et concluant que des représentants officiels du gouvernement  syrien étaient responsables de « crimes contre l’humanité » commis par les forces de sécurité contre des membres de l’opposition. Les crimes comprennent le bombardement de civils, l’exécution de déserteurs et la torture de détenus. Certains groupes d’opposition ont aussi commis des abus, affirme le rapport […]

Mme Pillay a réitéré sa demande de référer la Syrie à la Cour pénale internationale « en raison des violations épouvantables qui ont lieu à tout moment ». (Reuters, The Associated Press and DPA UN human rights chief: Some 500 children killed in Syria violence, Haaretz, 28 février 2012.)

Lors du débat le 28 février, les États-Unis ont réclamé, sous couvert d’humanisme, une intervention militaire et un « changement de régime », blâmant « Assad et sa cohorte meurtrière » :

Les États-Unis demandent que le gouvernement Assad cesse ses crimes atroces contre le peuple syrien, le retrait de toutes les forces de sécurité et un accès humanitaire immédiat […] Bachar Al-Assad doit partir. (Conseil des droits de l'homme, Human Rights Council holds urgent debate on Human Rights and humanitarian situation in Syria, 28 février 2012)

Il convient de noter que le nombre d’Irakiens décédés suite à l’invasion illégale de l’Irak par les États-Unis se chiffre à près de 1,5 million. Les crimes commis sont donc de « bien plus grande ampleur » que ceux attribués à « Assad et sa cohorte meurtrière ». Pourtant, dans les neuf dernières années, l’ONU a gardé le silence sur ces « innombrables atrocités » et ces « crimes contre l’humanité » documentés.

De plus, alors que l’ONU s’appuie sur des témoignages d’opposants recueillis surtout hors de la Syrie et ne fournit pas de chiffres précis, le gouvernement syrien a fourni un compte-rendu détaillé des pertes humaines. Là encore, ces informations sont minimisées bien qu’elles soient plus précises que les témoignages et approximations de l’ONU.

Le gouvernement syrien a fourni ses propres chiffres au Haut-commissariat des Nations unies aux droits de l'homme : 2,493 civils et 1,345 soldats et policiers tués entre le 15 mars 2011 and 18 janvier 2012 (un total de 3,838 décès). Il est possible que le nombre exact de pertes humaines soit largement supérieur. Même si les manifestations sont demeurées considérablement pacifiques, les reportages d’attaques armées par des combattants antigouvernementaux contre les forces syriennes ont augmenté, ayant également davantage de conséquences sur les civils. (Ibid.)

Le rapport de l’ONU et les reportages des médias accusent les autorités syriennes de crimes contre l’humanité sans détenir beaucoup de preuves factuelles. Ils accordent plus de crédibilité à des témoignages de l’opposition souvent impossibles à vérifier qu’à des données précises fournies par les autorités, tout en ignorant le rôle des groupes armés dans le meurtre de civils et des forces de l'ordre et persistent à parler de « manifestations pacifiques ». En outre, l’ONU affirme que le gouvernement syrien a « manifestement failli à son obligation de protéger sa population civile », mais n’aborde pas de manière adéquate la question des groupes armés appuyés et financés par d’autres États qui demandent la résignation d’Al Assad.

Comme ce fut le cas avec l’opposition libyenne, les États-Unis montrent qu’ils ont deux poids deux mesures dans la « guerre au terrorisme ». Alors qu’ils demandent à Al Assad de démissionner, ils admettent que l'opposition est appuyée par des organisations terroristes comme Al Qaeda et ferment les yeux sur leurs crimes à l’endroit du peuple syrien.

Julie Lévesque


Julie Lévesque est journaliste et chercheur au Centre de recherche sur la Mondialisation.


Julie Lévesque est un collaborateur régulier de Mondialisation.ca.  Articles de Julie Lévesque publiés par Mondialisation.ca

Article repris: http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=29572
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L’Union Européenne, ce n'est pas la paix, c’est la Guerre ! (+ vidéos)

4 Mars 2012 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Europe supranationale

François Asselineau : L'Europe c'est la PAIE

Méthodes Mafieuses et Dictature

Il faut voir toutes les vidéos de François  Asselineau !

Ses vidéos sont étonnantes, décapantes !

Dégustez-les ! Ecoutez ses conférences !

Voyez ici :  http://www.u-p-r.fr/,

le site officiel, vous aurez tous les liens !

  Et aidez F. Asselineau à faire entendre une voix différente !


 

  Repris sur le blog d'Eva:

http://r-sistons.over-blog.com

 

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Abroger LRU, LOLF et Pacte pour la Recherche (III)

4 Mars 2012 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Ecole

Abroger LRU, LOLF et Pacte pour la Recherche (III)

Le 3 mars 2012, La Voix Eco écrit « Vingt-cinq pays membres signent un nouveau pacte de discipline budgétaire », se référant aux « règles d'or budgétaires » complémentaires au Mécanisme Européen de Stabilité (MES) et prévues dans les considérants de ce dernier. En s'abstenant lors des votes parlementaires à l'Assemblée Nationale et au Sénat, le Parti Socialiste a permis l'adoption de ce dispositif. Le consensus UMP - PS est donc clair quant à la suite de la casse sociale et de son organisation à l'échelle de l'Union Européenne, quel que soit le résultat des élections présidentielles. Le 3 mars également, l'Humanité claironne « Europe : le traité qu'il nous faut », réclamant « une Union européenne démocratique, 
fondée sur l’intervention citoyenne ». Mais s'agit-il d'autre chose que d'un leurre ? Certes, le texte véhicule une solution commode pour l'image du candidat du Front de Gauche Jean-Luc Mélenchon, qui fut il y a vingt ans un ardant défenseur du Traité de Maastricht instituant l'Union Européenne. Mais que peuvent attendre les citoyens de ce caméléonisme politique ? Jean-Luc Mélénchon fut également ministre du gouvernement dit de « gauche plurielle » de Lionel Jospin, auquel les milieux financiers et les multinationales doivent notamment, outre un record de privatisations : i) la stratégie de Lisbonne et le Processus de Bologne dont ont découlé la Loi n°2007-1199 du 10 août 2007 relative aux libertés et responsabilités des universités (LRU), le Pacte pour la Recherche avec la Loi n°2006-450 du 18 avril 2006 de programme pour la recherche, la mastérisation... ii) la Loi Organique Relative aux Lois de Finances d'août 2001 (LOLF), loi de casse de la fonction publique et du budget de l'Etat ; iii) les accords du Conseil Européen de Barcelone, dont a découlé la Loi n° 2010-1330 du 9 novembre 2010 portant réforme des retraites... Il s'agit de toute évidence de mesures dont l'abrogation paraît indispensable, de même que la dénonciation des accords européens qui en sont à l'origine. Autant de questions essentielles qu'escamote le texte nommé « Appel de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche » qui évite notamment de formuler des revendications d'abrogations claires, incontournables dans le contexte actuel. Pourtant, la mise en application du MES et du traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance dans l'Union économique et monétaire (TSCG) qui lui est connexe risque de se traduire par une rapide dégradation du statut de chercheurs et enseignants-chercheurs français sous la pression de l'Union Européenne. Le 3 mars, Zone Bourse rapporte « Bourse de Paris : 2012 - Hollande promet de "rendre" l'Etat aux Français ». Mais comment Nicolas Sarkozy et François Hollande peuvent-ils promettre de « rendre l'Etat aux Français », alors qu'ils viennent de commun accord de le livrer à l'Union Européenne et aux milieux financiers via le MES ?

 

Il suffit de suivre l'évolution de la situation en Grèce pour comprendre que l'adoption du MES conduira à des attaques directes contre le statut des personnels de la recherche et de l'éducation en France. Merci aux sénateurs de « gauche » qui ont laissé passer cet accord sont la portée leur est bien connue...

Le 5 des considérants au TRAITÉ INSTITUANT LE MÉCANISME EUROPÉEN DE STABILITÉ, http://www.european-council.europa.eu/media/582863/06-tes... , stipule :

Le 9 décembre 2011, les chefs d'État et de gouvernement d'États membres dont la monnaie est l'euro ont convenu d'évoluer vers une union économique plus forte comprenant un nouveau pacte budgétaire et une coordination accrue des politiques économiques qui devront être mis en oeuvre au moyen d'un accord international, le traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance dans l'Union économique et monétaire ("TSCG"). Le TSCG aidera à développer une coordination plus étroite au sein de la zone euro afin d'assurer une bonne gestion durable et solide des finances publiques et donc de répondre à l'une des principales sources d'instabilité financière. Le présent traité et le TSCG sont complémentaires dans la promotion de pratiques budgétaires responsables et de la solidarité au sein de l'Union économique et monétaire. Il est reconnu et convenu que l'octroi d'une assistance financière dans le cadre des nouveaux programmes en vertu du MES sera conditionné, à partir du 1er mars 2013, à la ratification du TSCG par l'État membre concerné et, à l'expiration du délai de transposition visé à l'article 3, paragraphe 2, du TSCG, au respect des exigences dudit article.

(fin du 5 des considérants, source : site du Conseil Européen, © Union européenne, 2004-2011, http://www.european-council.europa.eu/home-page/highlight... )

Le TSCG est accessible à l'adresse : http://european-council.europa.eu/media/639232/08_-_tscg....

Mais ne nous y trompons pas. Ce danger était déjà ancien. Depuis longtemps, des « personnalités influentes » françaises, et même des « directeurs en colère » de la période 2004-2005, se plaignent qu'en France « tout le monde a une tenure ». En clair, ces dames et messieurs veulent des précaires à la place. Et quelle est, sur le plan de la stabilité d'emploi, la situation de la majorité des chercheurs et des enseignants-chercheurs en Grande-Bretagne, en Allemagne, dans les pays du Nord de l'Europe... ?

Lorsque l'Appel dit du 23 février renonce à la demande d'abrogation de la LRU, du Pacte pour la Recherche, de la LOLF, de la stratégie de Lisbonne... il ouvre la voie à la suppression de notre statut de fonctionnaires. Dont acte.

Le C3N, instance du plus haut niveau du Comité National de la Recherche Scientifique, a diffusé cette semaine une « Adresse aux candidats à l’élection présidentielle… et aux électeurs ! » : http://www.cnrs.fr/comitenational/c3n/motions/c3n_motion_... qui critique explicitement « ce que disent François Hollande et Nicolas Sarkozy ». Cette dénonciation de la stratégie Sarkollande est clairement juste et factuelle. Mais par la suite, le texte rentre dans le bercail des revendications vagues et faciles à récupérer.

En même temps, avec la plus grande discrétion, le monde politique français vient de donner le feu vert au traité instituant l'Eurogendfor. Et si les gendarmeries française, espagnole (Garde Civile), italienne (Carabinieri)... subissent une marginalisation croissante, quel avenir attend l'éducation et la recherche dans ce même contexte européen ?

Sur l'Eurogendfor, les organisations qui forment le Front de Gauche semblent garder le silence. Curieux, pour une mouvance politique qui dit réclamer « une Union européenne démocratique, 
fondée sur l’intervention citoyenne »... et qui dispose d'élus au Parlement. Ces élus ont-ils quelque chose à dire aux citoyens ?

 

Les demandes d'élaboration de nouvelles dispositions légales et reglémentaires dont l'Appel du 23 février et la déclaration du C3N sont porteurs, au lieu de la revendication d'abrogation de la LRU et du Pacte pour la Recherche clairement exprimée par les mouvements de 2009, paraissent d'autant plus nuisibles qu'elles s'incrivent de fait dans le consensus Sarkollande où la tutelle de l'Union européenne est destinée à jouer un rôle croissant.

De surcroît, les prises de position des organisations syndicales ou de leurs élus (ou les absence des prises de position) ont présenté de nombreuses lacunes au cours de la période récente. Tel fut le cas en juin 2009, avec le vote favorable au contrat d'objectifs du Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS) par un Conseil Scientifique à présidence syndicale. Voir nos articles :

CNRS, contrat d'objectifs, décret, recours...Record d'abstention aux élections du CNRS
CNRS : un contrat d'objectifs liquidateur (I)
CNRS : un contrat d'objectifs liquidateur (II)
CNRS : le vote du Conseil Scientifique sur le contrat d'objectifs (I)
CNRS : le vote du Conseil Scientifique sur le contrat d'objectifs (II)
CNRS : Non au contrat d'objectifs !

Et c'est loin d'être le seul cas où le comportement des élus syndicaux et de leurs organisations se trouve à l'origine de dangereux précédents.

Par exemple, les enseignants-chercheurs pourront-ils échapper à l'évaluation quadriennale et aux « rapports qui flinguent » (dixit Marianne à propos des frères Bogdanoff),  après l'adoption de MES par le Sénat ? L'enseignement supérieur pourra-t-il éviter une précarisation accélérée ?

Précisément, dans la prétendue « affaire Bogdanoff », les organisations syndicales ont laissé se mettre un place un très dangereux précédent (rapport anonyme et sans cachet rendu public alors qu'ils est attribué à une instance officielle qui normalement n'évalue pas les thèses de doctorat, etc...).

Dans le contexte de tensions croissantes qui découlera du MES et des « réformes » sous la houlette de l'Union Européenne, un tel précédent ne manquera pas de se retourner contre les enseignants-chercheurs, les doctorants et, sans doute, contre les chercheurs et les autres fonctionnaires aussi. D'emblée, en ce qui concerne la déréglémentation de fait des évaluations professionnelles. Quelles en seront les conséquences ?

Sidérant, que le SNESup, SUD Education, les syndicats de la recherche... n'aient pas réagi dans le cas des Bogdanoff au fait que :

i) le Comité National de la Recherche Scientifique ait accepté, d'après les médias, d'évaluer non seulement un travail de thèse mais aussi le travail des membres des jurys des deux thèses sans qu'aucun texte réglementaire ne lui assigne une telle mission ;

ii) les intéressés n'aient apparemment pas été prévenus de l'élaboration d'un rapport les concernant, ni reçu communication dudit rapport suite à son adoption ;

iii) le prétendu « rapport » aurait été rendu public, sans cachet ni signature de surcroît. Par qui, d'ailleurs ?

Et quel a été le comportement des élus syndicaux au sein des deux sections du Comité National concernées (Mathématiques et Physique Théorique), à supposer qu'un rapport de cette nature ait été adopté par les deux sections ? Existe-t-il des procès-verbaux des sections concernées du Comité National attestant de l'adoption de ce rapport sur les thèses des frères Bogdanoff ?

Le précédent, et le silence syndical qui constitue un autre précédent en la matière, sont là. La facture risque de tomber tôt ou tard, l'application prévisible du MES pouvant exploiter ce type de caution objective à des pratiques « nouvelles ».

 

Le problème posé par l'Appel du 23 février ou la déclaration du C3N rejoint celui du fonctionnement et des prises de position d'un milieu militant en syndical depuis les années 1980. La politique « européenne » imposée depuis la période de Jacques Delors n'a jamais été vraiment combattue par les mouvements revendicatifs. Il en a été de même de la vaste casse institutionnelle et sociale menée à terme par la « gauche plurielle » de Lionel Jospin, ou de la mise en place de l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC) que dirige actuellement le « socialiste » français Pascal Lamy. On s'obstine à présent à appeler « politique de Sarkozy » ce qui n'a été que l'application d'une stratégie commune à « droites » et « gauches » depuis 1985 environ. Et c'est de toute évidence pourquoi les demandes d'abrogation pure et simple de la LRU ou du Pacte pour la Recherche ne sont pas les bienvenues, pas plus que les rappels concernant la stratégie de Lisbonne, le processus de Bologne, la LOLF... adoptés par la « gauche plurielle » de 1997-2002.

Evidemment, pour que les citoyens se déplacent aux urnes, les représentants du monde politique doivent faire croire aux citoyens qu'il existe entre eux de véritables différences. L'Appel du 23 février dit « de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche » contribue à propager le même mirage.

Rien d'étonnant, donc, à ce que ni l'Appel ni la déclaration du C3N n'aient infléchi d'un pouce le programme affiché par François Hollande. Voir encore sa prestation d'il y a une semaine sur TF1 :

http://videos.tf1.fr/parole-de-candidat/emission-du-27-fe...

 

La suite: http://science21.blogs.courrierinternational.com/archive/2012/03/03/abroger-lru-lolf-et-pacte-pour-la-recherche-iii.html

 

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Abroger LRU, LOLF et Pacte pour la Recherche (II)

4 Mars 2012 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Ecole

Abroger LRU, LOLF et Pacte pour la Recherche (II)

Le 25 février, LCI écrit « Sarkozy-Hollande : tacles et contre-attaque sur la politique agricole », alors que Le Parisien commente « Bayrou : les Français vont refuser le "piège" du match Hollande-Sarkozy ». D'après La Dépêche, François Bayrou « dénonce la Sarkhollandisation de la campagne ». Mais cet ancien défenseur acharné du Traité Constitutionnel Européen (TCE) rejeté par les Français en 2005, et par la suite partisan d'aller plus loin que le Traité de Lisbonne adopté sans référendum, est-il lui-même étranger au système ? Dans l'ensemble, le panorama apparaît bien verrouillé pour les prochaines élections présidentielles et législatives. Au point que même si Jean-Luc Mélenchon s'est opposé devant les électeurs à l'adoption du Mécanisme Européen de Stabilité (MES), dans la pratique le Front de Gauche ne semble pas avoir jugé utile d'organiser une manifestation à l'occasion de l'approbation du MES en première lecture par l'Assemblée Nationale mardi dernier. Qu'en sera-t-il le mardi 28 février, lors de l'examen par le Sénat « de gauche » du même projet de ratification, alors que la Commision des finances recommande l'abstention ? Dans ce contexte, des acquis historiques et des revendications essentielles sont directement menacés par les consensus politiciens et les non-dits. C'est le cas notamment, pour l'Education et la Recherche, des demandes d'abrogation : de la Loi n°2007-1199 du 10 août 2007 dite « relative aux libertés et responsabilités des universités » (LRU) ; de la Loi Organique Relative aux Lois de Finances d'août 2001 (LOLF) ; et du Pacte pour la Recherche qui comprend la Loi n°2006-450 du 18 avril 2006 dite « de programme pour la recherche ». De manière fort inquiétante et avec une publicité « bien-pensante » du blog Sciences2 de Libération, un « Appel de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche » vient d'être mis en ligne avec des signatures supposées « contestataires » par rapport à la politique gouvernementale, mais avec un contenu qui revient de fait à abandonner, entre autres, l'ensemble de ces demandes d'abrogation. L'Appel ne comporte même pas une réelle défense des établissements publics à caractère scientifique et technologique (EPST) comme le Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS). Mais est-ce vraiment étonnant, au vu des déclarations récentes de François Hollande publiées par The Guardian, ou encore de celles de Michel Sapin à Radio France dimanche dernier refusant toute abrogation de la LRU ?

 

L'article de Sylvestre Huet « Présidentielles : l'"Appel du 23 février" lancé par des Universitaires » est très clair dans ses prises de position tacites : il n'est plus question de mouvement revendicatif, mais d'arrangements pour après les élections présidentielles que la « gauche » espère remporter via François Hollande. Il en est de même de l'Appel qu'il présente.

Précisons également, en ce qui concerne la Coordination Nationale des Universités (CNU), qu'aucune réunion de la CNU n'a entériné un tel appel et que la consultation intervenue sur la liste « Préparation de la Coordination Nationale des Universités » a rencontré très peu de votants (94, alors que la liste compte plus de 700 inscrits) dont une partie ont voté contre ou se sont abstenus. Un « consensus » plutôt maigre.

Notre collectif n'a pas participé au vote, vu le blocage opposé par les rédacteurs du texte à toute inclusion claire d'une demande d'abrogation de la LRU et du Pacte pour la Recherche susceptible de rétablir la situation juridique pré-existante.

En même temps, se portant candidat à la présidence de l'Université Paul Sabatier à Toulouse, l'actuel secrétaire national du Parti Socialiste pour la recherche et l'enseignement supérieur et ancien président de Sauvons la Recherche, Bertrand Monthubert, déclare avoir combattu la LRU mais ne demande pas son abrogation : http://www.ensemble-ups.fr/?p=1 .

Ce n'est pas une surprise : déjà en 2009, dans les réunions de la CNU, on avait vu des représentants de Sauvons la Recherche s'opposer à cette revendication.

Une autre ancienne présidente de Sauvons la Recherche, Isabelle This-Saint Jean, est actuellement vice-présidente de la Région Ile-de-France pour l'enseignement supérieur et la recherche. Elle fut élue en mars 2010 au Conseil régional sur la liste du Parti Socialiste (Jean-Paul Huchon). Son soutien tacite à la politique de Valérie Pécresse apparaît dans cette déclaration à EducPros du 27 octobre 2010 : « Nous faisons le pari que l’échelon du PRES va devenir incontournable parce qu’il a du sens. Mais attention, pas n’importe quel PRES ! ».

Les pôles de recherche et d'enseignement supérieur (PRES) ont été créés en 2006 par la loi dite de programme pour la recherche dont la CNU demandait l'abrogation. Cette revendication a également été supprimée dans l'Appel du 23 février.

Le virage imposé aux déclarations du mouvement universitaire par des groupes qui semblent avoir choisi une orientation électoraliste « pro-Hollande » mérite une analyse sur le fond. Nous lui consacrerons plus d'un article sur ce blog, mais rappelons d'emblée que la demande d'abrogation de la LRU et du Pacte pour la Recherche a été une revendication centrale du mouvement des universités et de la recherche. De même, demander l'abrogation de la LOLF de Lionel Jospin paraît indispensable pour protéger la fonction publique et le budget de l'Etat.

 

Mais dimanche dernier, Michel Sapin a été très clair sur Radio France, dans sa réponse à la question « La réforme des universités vous la corrigerez ? », Michel Sapin répond (http://politique.radiofrance.fr/michel-sapin/) : « (...) ce n’est pas parce que quelque chose a été fait qu’il faut forcément le détruire ; ça peut être corrigé (...) une loi sur les autonomies des universités a été votée ; la raison pour laquelle nous l’avons critiqué c’est dû au problème des moyens qui seraient donnés aux uns et aux autres ; si ces moyens existent pour les uns et pour les autres je ne vois pas pourquoi nous reviendrions en arrière, sauf pour modifier quelque peu ce qu’on appelle la gouvernance de l’université qui aujourd’hui est quand même quelque peu concentrée en quelques mains ».

En clair, la continuité avec quelques retouches... Que peut-on attendre de partis politiques dont la vocation même est de gérer le système en place ? La véritable politique de François Mitterrand, à laquelle se réfèrent autant François Hollande que Jean-Luc Mélenchon, a-t-elle jamais été autre chose ? Pas seulement depuis les années 1980, d'ailleurs.

Et la LRU est-elle autre chose que l'application du processus de Bologne et de la stratégie de Lisbonne signés par Lionel Jospin ? Ces accords découlant à leur tour du Traité de Maastricht signé en 1992 avec le soutien de Francois Mitterrand, François Hollande, Jean-Luc Mélenchon (qui sera également ministre sous Jospin en 2000-2002)...

Et puisqu'il s'avère que Jean-Luc Mélenchon revendique, comme François Hollande, l'héritage de François Mitterrand, quel est vraiment cet héritage ?

Force est de constater que si, juste après son élection, François Mitterrand a accordé des concessions au mouvement social, le temps d'asseoir son pouvoir présidentiel et de récupérer un certain nombre de « grands contestataires » attitrés, sa politique a par la suite changé. Elle a très rapidement viré à la prétendue « austérité », à la « rigueur » et, après juillet 1984, à la casse sociale ouverte. Les acquis du début de la période Mitterrand, de même que ceux de la Libération, sont très rapidement devenus une cible. Mais était-ce vraiment inattendu ?

En réalité, l'arrivée très rapide de la politique dite « d'austérité » sous Pierre Mauroy mettait déjà en évidence que les nationalisations et les concessions sociales intervenues après mai 1981 ne s'etaient pas faites au détriment des détenteurs du pouvoir économique. Quant aux acquis de la Libération, était-ils autre chose que le résultat du rapport des forces de l'époque et d'un important besoin d'accumulation de capital (le « retroussez vos manches », les appels à l'épargne populaire...) ? Une fois l'accumulation de capital menée à terme, les nationalisations et les concessions sociales sont devenues des cibles.

 

Il paraît utile de rappeler ce qu'était le programme de François Mitterrand en novembre 1946 lorsqu'il se présenta aux élections législatives dans la Nièvre avec notamment le soutien du Parti Républicain de la Liberté (PRL). Plein d'anciens de Vichy, le PRL réclamait l'amnistie des épurés et s'en prenait au « péril communiste ». Pour se faire élire dans la Nièvre, Mitterrand présenta un programme électoral avec ces points (source : La main droite de Dieu, Seuil 1994, page 145 ; les gras et italiques qui suivent correspondent à des extraits de cet ouvrage) :

Défendre « en premier lieu la liberté d'enseignement car l'enfant appartient à ses parents et non à l'Etat ». Mitterrand réclame que « la paix religieuse soit maintenue dans un climat débarrassé de tout sectarisme ». Cette « paix religieuse » doit donc être préservée par la « liberté d'enseignement ». En 1984, Mitterrand ne soutiendra pas son ministre André Savary qui osera « trop s'en prendre » à l'enseignement privé.

Encourager « la production par la suppression des réglements qui briment les libertés de l'agriculture et du commerce ». Quarante ans plus tard, Mitterrand sera là (et Delors, à Bruxelles) lorsque commenceront les négociations de l'OMC. Mais ce n'est pas tout. Mitterrand exige « le retour aux méthodes saines de gestion budgétaire ; la lutte contre l'Etat-trust qui se substitue partout à l'initiative privée ». C'est également ce qui se mettra en place dans les années 1980-90 dans une atmosphère très « consensuelle ».

Affirmer haut et fort : « Non à l'installation du PC au pouvoir : non aux nationalisations hâtives et coûteuses qui alourdissent nos charges ; non à la gabegie administrative. 276.000 postes de fonctionnaires ont été créés depuis 1939. On nous avait promis de les réduire, or le récent collectif budgétaire comportait en tout et pour tout 410 suppressions d'emploi ». C'est également « ce qui s'est fait » progressivement depuis 1985.

Le véritable programme de l'héritier politique de François Mitterrand qu'est, tout compte fait, François Hollande est-il fondamentalement différent ?

Il est sans doute également intéressant d'examiner cet extrait de La main droite de Dieu d'Emmanuel Faux, Thomas Legrand et Gilles Perez, rappelant des faits survenus à une époque où François Hollande faisait déjà partie des conseillers de François Mitterrand : http://michel.delord.free.fr/maindroite.pdf (source : blog de Michel Delord, http://michel.delord.free.fr/).

Soixante-et-un ans après la profession de foi de François Mitterrand de novembre 1946 à l'adresse des électeurs de la Nièvre, et peu avant de devenir président du Siècle, l'alors président du groupe Scor Denis Kessler écrivait dans Challenges (le 4 octobre 2007) un éditorial intitulé « Adieu 1945, raccrochons notre pays au monde ! ». Rien de moins.

Denis Kessler s'en prend avec virulence au « modèle social français » qu'il n'hésite pas à qualifier de « pur produit du Conseil national de la Résistance » et de « compromis entre gaullistes et communistes ». Voir, sur cette prise de position publique d'un futur président du Siècle, notre article du 11 août 2008 « Le CNRS, acquis de la Libération » et d'autres notes sur ce blog.

Tel est, aujourd'hui, le contenu réel de la politique prétendument « consensuelle » à laquelle il paraît indispensable de s'opposer fermement.


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  http://science21.blogs.courrierinternational.com:80/archive/2012/02/25/abroger-lru-lolf-et-pacte-pour-la-recherche-ii.html

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Abroger LRU, LOLF et Pacte pour la Recherche (I)

4 Mars 2012 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Ecole

Abroger LRU, LOLF et Pacte pour la Recherche (I)

Le 18 février, en pleine montée de la campagne  pour les élections présidentielles de 2012, L'Humanité écrit « Un scénario à la grecque pour la France ? Oui, pour un Français sur deux », se référant à un sondage Ifop pour Sud Ouest Dimanche. Sondages à part, les déclarations de François Hollande diffusées par The Guardian cette semaine ont-elles un autre contenu ? Il y est question de « réduction du déficit public », de « libéralisation de l'économie », de « privatisations »... Telles ont été les cartes de visite brandies par François Hollande. Au même moment, LCI fait état de « 250 manifestants en soutien au peuple grec à Marseille » alors que de son côté Le Figaro rapporte « Grèce : réunion sur les mesures d'austérité », se référant aux propositions du gouvernement grec pour « mettre en oeuvre les mesures d'austérité exigées par l'UE et le FMI ». Et la France n'a-t-elle pas déjà subi une importante casse sociale depuis l'accession de Jacques Delors à la présidence de la Commission Européenne ?  S'agissant de l'Education et de la Recherche, des dispositifs comme la Loi n°2007-1199 du 10 août 2007 relative aux libertés et responsabilités des universités (LRU), le Pacte pour la Recherche (avec notamment la Loi n°2006-450 du 18 avril 2006 de programme pour la recherche) et la Loi Organique Relative aux Lois de Finances d'août 2001 (LOLF), ont considérablement miné le secteur public et les moyens d'action de l'Etat. C'est pourquoi il paraît indispensable de rappeler la demande d'abrogation de cet ensemble, exprimée à plusieurs reprises par les personnels et les usagers, même si le monde politique ne semble pas souhaiter donner suite à une telle revendication. Le 18 février 2012 au soir, Le Parisien diffuse une information intitulée « Paris : Manifestation de soutien à la Grèce », rappellant que la nouvelle loi d'austérité adoptée par le Parlement grec impose 3.3 millions de coupures budgétaires aux dépens des salaires, des retraites et de l'emploi dans la fonction publique. Jusqu'où laissera-t-on se dégrader la situation dans l'éducation, la recherche et la fonction publique françaises ? Et quels intérêts défend vraiment le monde politique, qui depuis longtemps soutient cette évolution ?

 

Sur les sites des organisations syndicales, les réactions aux déclarations récentes de François Hollande à Londres (voir également notre article « François Hollande, gardien de la casse sociale (I) ») ne sont pas très nombreuses. Curieux silence, vu la gravité de ces déclarations.

D'autant plus, s'agissant de la recherche et de l'éducation, que les prises de position de l'équipe de François Hollande dans ces domaines sont pour le moins très tièdes. Alors que l'abrogation de la LOLF, de la LRU et du Pacte pour la Recherche est une revendication exprimée de longue date.

S'agissant de la LRU, François Hollande se borne à déclarer (engagement 39) : « Je réformerai la loi LRU pour garantir une autonomie réelle des établissements, avec des moyens et une gouvernance plus collégiale et démocratique ». En clair, quelques retouches tout en porsuivant la même stratégie que Nicolas Sarkozy et Valérie Pécresse.

Doit s'en étonner ? La LRU et la « mastérisation » sont-elles autre chose que l'application du Processus de Bologne (lancé en 1999) et de la stratégie de Lisbonne (mars 2000), entérinés par le gouvernement de Lionel Jospin ? De même que le récente loi sur les retraites n'est rien d'autre que l'application des accords de Barcelone (mars 2002) également signés par Lionel Jospin.

Sans oublier le rôle très important des gouvernements français de « gauche » dans la préparation de la création et des accords de l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC), que dirige actuellement le « socialiste » français Pascal Lamy. Et qu'un autre « socialiste » français, Dominique Strauss-Kahn, dirigeait jusqu'à récemment le Fonds Monétaire International (FMI).

Quant à la LOLF de 2001, préparée et promulguée par le gouvernement de Lionel Jospin dans un « consensus » général, elle fait partie du « patrimoine » revendiqué par François Hollande devant la presse britannique en se référant à la casse sociale des « 15 ans » de gouvernements de « gauche ».

Et le Pacte pour la Recherche, avec création de l'AERES (Agence d’Evaluation de la Recherche et de l’Enseignement Supérieur) et de l’Agence Nationale de la Recherche (ANR) au détriment des organismes publics comme le Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS), fut très largement « négocié » en 2004-2005.

C'est notamment pourquoi, dans cette campagne électorale où les vrais problèmes sont systématiquement enterrés, il paraît indispensable de consacrer une série d'articles à la revendication bien connue d'abrogation de la LRU, de la LOLF et du Pacte pour la Recherche.

 

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