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Le blog de Lucien PONS

amerique latine

Equateur : mandat d'arrêt contre l'ancien président Rafael Correa

9 Juillet 2018 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #AMERIQUE, #Amérique Latine

Equateur : mandat d'arrêt contre l'ancien président Rafael Correa
Equateur : mandat d'arrêt contre l'ancien président Rafael Correa© Daniel Tapia Source: Reuters
L'ancien président de l'Équateur, Rafael Correa, salue ses sympathisants à Esmeraldas, en Équateur, le 3 décembre 2017.
 

Habitant en Belgique, d'où est originaire son épouse, Rafael Correa, l'ancien président de l'Equateur, est sous le coup d'un mandat d’arrêt et d'une demande d'extradition de la part de la justice de son pays.

L'affaire prend une dimension politique internationale. La justice équatorienne a annoncé le 3 juillet avoir lancé un mandat d'arrêt contre l'ancien président Rafael Correa et a alerté Interpol en vue de son extradition. Le procureur voulait que Rafael Correa se présente au tribunal tous les 15 jours à partir du 2 juillet mais celui-ci, vivant en Belgique, pays de son épouse, avait décidé de se présenter à la place devant le consulat équatorien. Répondant favorablement à une demande du parquet mécontent, la juge Daniella Camacho a ordonné le placement en détention provisoire de l'ancien président.

Rafael Correa est accusé par un opposant d'avoir commandité une tentative d'enlèvement par des policiers équatoriens en Colombie en 2012. Fernando Balda, ancien parlementaire du Parti Société Patriotique (PSP), opposé à Rafael Correa, affirme qu'en 2012 à Bogota, cinq personnes, agissant sur ordre présidentiel, l'ont contraint à monter dans une voiture avant que la police colombienne ne vienne intercepter le véhicule et faire échouer l'enlèvement.

Fernando Balda a lui-même été accusé d'avoir orchestré un coup d'Etat déjoué en 2010. Ces accusations ont été portées lorsque l'homme était en Colombie, d'où il a finalement été expulsé vers l'Equateur en 2012 et a purgé une année en prison pour atteinte à la sécurité de l'Etat. Dans un entretien accordé à Ignacio Ramonet du Monde Diplomatiqueen espagnol et traduit sur le site Mémoire des luttes, Rafael Correa expliquait en 2011 ce coup d'Etat échoué et comment, en tant que président du pays, il avait demandé une arme pour se défendre.

Rafael Correa, qui vit en Belgique avec sa famille, a exprimé son indignation devant cette décision du tribunal de son pays, affirmant sur Twitter que la demande de placement en détention avait été faite sans «une seule preuve». Il estime en outre que l'extradition qu'il qualifie de «farce» n'a aucune chance d'aboutir au niveau international. Il a en outre appelé ses partisans à ne pas s'inquiéter ; «tout est une question de temps», a-t-il conclu.

Confiant en la Belgique

Dans un autre tweet, Rafael Correa a remercié ses partisans pour le soutien qu'il a reçu et exprimé sa confiance en la Belgique. «Je vous remercie toutes et tous pour vos démonstrations de solidarité face à cette nouvelle et grave violation de la justice et de mes droits. Ils chercheront à nous humilier et à nous faire passer un mauvais moment, mais une telle monstruosité ne prospérera jamais dans un Etat de droit comme la Belgique», a-t-il notamment écrit.

Rafael Correa a laissé son poste à son ancien allié Lenin Moreno en avril dernier. A l'époque, Correa avait salué la victoire de Moreno comme un «triomphe de la révolution». La situation a changé désormais, Correa qualifiant Moreno de «traître» et de «loup aux allures de mouton» depuis que ce dernier a proposé un référendum constitutionnel pour limiter le nombre de mandats présidentiels, empêchant ainsi Rafael Correa de se représenter aux élections de son pays en 2021. Le référendum tenu le 4 février s'est terminé par une victoire du gouvernement Moreno, la majorité des Équatoriens votant pour introduire les changements proposés.

Se disant victime de «persécution et de harcèlement», Rafael Correa avait accusé son successeur de vouloir utiliser ce scrutin pour le marginaliser définitivement. «Ils vont inventer un crime pour me disqualifier. C'est la nouvelle stratégie de la droite pour détruire les dirigeants progressistes comme il l'ont fait avec Dilma [Rousseff, ancienne présidente du Brésil], Lula [son prédécesseur] ou Cristina [Kirchner, ancienne présidente argentine]», avait déclaré Rafael Correa en février.

 

 

L'une des plus fortes actions de la politique étrangère de Rafael Correa a été l'octroi de l'asile au fondateur de WikiLeaks, Julian Assange, en 2012, qui est depuis bloqué dans l'ambassade d'Equateur à Knightsbridge, à Londres. Cette décision a attiré la colère du Royaume-Uni et des Etats-Unis qui ont demandé l'arrestation du lanceur d'alerte. Le nouveau président a également pris une position plus ferme sur Assange, le qualifiant de «plus qu'une nuisance» et de «hacker», ce qui correspond davantage à la rhétorique venant de Washington. Bien que Moreno ait accepté de prolonger l'asile d'Assange, l'accès Internet et les droits des visiteurs du fondateur de WikiLeaks ont été restreints.

En outre, depuis le mois de février, Rafael Correa anime sa propre émission sur la chaîne RT en espagnol intitulée «Conversando con Correa» dans laquelle il a interviewé des invités éminents comme les anciens présidents brésiliens Dilma Rousseff et Luiz Inacio Lula da Silva, l'ancien président uruguayen Jose Mujica, l'ancienne présidente argentine Cristina Kirchner, le philosophe américain Noam Chomsky et d'autres.

Lire aussi : Entretien exclusif avec Lula : «Les Etats-Unis ne veulent pas d'une Amérique latine forte» (VIDEO)

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BRÉSIL URGENT : LA DÉMOCRATIE ASSASSINÉE. Par João Whitaker

8 Avril 2018 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #La finance dérégulée, #l'horreur économique, #Amérique Latine

BRÉSIL URGENT : LA DÉMOCRATIE ASSASSINÉE. Par João Whitaker
BRÉSIL URGENT : LA DÉMOCRATIE ASSASSINÉE 

João Whitaker (urbaniste et militant de gauche à Sao Paulo)

L’emprisonnement de Lula, décrété le 5 avril, marque l’apothéose d’un coup d’État minutieusement préparé et mis en route depuis 2014. La version des grands médias en Europe ne fait que reproduire celles des cinq grands groupes de communication brésiliens, tous dans les mains de cinq grandes familles, elles-aussi impliquées dans le coup d’État. Voici une chronologie explicative des événements.

Acte 1 – renverser un gouvernement légitimement élu

1) Dans un premier temps, la stratégie est d’annuler un gouvernement légitimement élu. Aecio Neves, le candidat du PSDB (droite) vaincu par Dilma Roussef aux présidentielles de décembre 2014 (aujourd’hui en disgrâce à cause de multiples accusations de corruption), donne le ton dès le mois de juillet 2015 de ce qui sera la stratégie du coup d’État, Même si la présidente Dilma n’est nullement accusée accusation de corruption, Neves déclare: « nous n’avons pas perdu l’élection pour un parti politique, nous l’avons perdue pour une organisation criminelle ». Il conclut qu’« à la fin du mandat de Dilma, que je ne sais pas quand ce sera, mais probablement plus vite que certains l´imaginent, les Brésiliens seront devenus plus pauvres ». Ce climat de confrontation est créé dès le premier jour du mandat de la présidente, puisque la Chambre des Députés, où elle n’avait pas la majorité, empêche la présidente de gouverner, obstruant tout nouveau projet envoyé au parlement.

2) Eduardo Cunha, président-adjoint du Congrès et homme politique submergé d’accusations de corruption (aujourd’hui en prison depuis près de deux ans), se déclare l’ennemi mortel de la présidente, qui refuse d’entrer dans ses schémas corrompus. Il déclare publiquement qu´il la fera tomber. Excellente opportunité pour les barons de la politique et de l’économie brésilienne, associés aux grands médias, à Aecio Neves et son PSDB, il faut créer l’instabilité politique nécessaire. Le jugement pour corruption de Cunha, qui l’entraînera en prison, est reporté aux lendemains de l’impeachment de la présidente, quand il ne sera plus utile.

Sans réussir à trouver des accusations de corruption contre Dilma qui, au contraire, ne reçoit plus les députés dans son cabinet à cause de leurs pratiques de clientélisme, le Congrès déclare illégale une opération comptable-fiscale que tous les 26 États brésiliens pratiquent (en plus de municipalités), soit celle de s’avancer les fonds, en novembre-décembre, sur le budget de l’année suivante, pour ne pas interrompre les payements de projets sociaux comme la « bourse famille » pour les brésiliens très pauvres. Non seulement, ils rendent illégale ce qui est au pire une infraction administrative, en l’élevant  à la catégorie de « crime de responsabilité », le seul type de crime qui peut provoquer une demande d’impeachment par le Congrès.

La grande presse transfore cette infraction en une figure de publicité politique, lui donnant un nom plus assimilable par la population: les « pédalages fiscaux ». Dès lors, n’importe quel chauffeur de taxi au Brésil devient capable de discourir pendant des heures combien ce crime es grave et équivalent à de la corruption.

Après une série de manœuvres illégales faites avec l’appui du pouvoir judiciaire (comme des écoutes non constitutionnelles dans la résidence de la présidente, ou l’empêchement de nommer Lula ministre pour aider à gérer la crise, soit disant, parce qu’il est sous procès, alors que cela ne l’en empêche pas), le Congrès vote la destitution de la présidente. Les sénateurs sont publiquement « achetés » par le vice-président (et futur président) avec des postes importants pour leurs alliés dans la nouvelle administration.

Il faut savoir aussi que Lula et Dilma, mais aussi Cardoso, leur antécesseur du PSDB, ont comme vice-président des gens de parti le plus corrompu du Brésil, le PMDB, qui a comme tactique ne jamais s’éloigner du pouvoir, faisait des accords avec n’importe quel parti pour avoir la vice-présidence. Ayant un grand nombre de députés, leur appui est nécessaire pour quiconque veut disposer d’une majorité au parlement. Mais Dilma est e trahir par celui qui est aujourd’hui le président-usurpateur, Michel Temer, lui-même mêlé à des dizaines de cas de corruption.

Montrant à quel point tout cela est une farce, le Congrès démissionne Dilma, mais en lui laissant comme « prix de consolation » ses droits politiques, une aberration constitutionnelle (l’impeachment devrait enlever les droits politiques pour huit ans). À ce moment, la constitution brésilienne ne vaut déjà plus rien. La Cour suprême, dans sa première démonstration de servitude envers les pouvoirs dominants, préside cette saga d´inconstitutionnalité, lui donnant des airs de légalité.

Des milliers de personnes vêtues avec le maillot jaune de la « seleção » vont dans les rues demander la chute de Dilma. Ils sont convoqués par des campagnes massives de la presse, de grands magasins, de banques, qui financent des campagnes milliardaires dans les médias : « descends à la rue toi aussi », « le géant Brésil se réveille », etc. La presse reproduit ces photos, qui font le tour du monde.

Ce que la presse ne montre pas, systématiquement, et que le monde n’a probablement pas vu, c´est qu’à chaque manifestation de ce type, une autre, trois fois plus grande, réunit des centaines de milliers de partisans de Dilma et de Lula dans les rues. La manière dont ces photos sont escamotées par les médias mériterait des thèses en journalisme. Heureusement, les réseaux sociaux montrent la force des manifestations en faveur de Lula et Dilma.

Eduardo Cunha, devenu inutile, subit un procès « exemplaire » et est envoyé en prison. Plusieurs scandales révélés par la presse démontrent qu´il reçoit probablement des paiements élevés pour maintenir son silence.

Mais la classe moyenne brésilienne, celle qui justement a le plus bénéficié de la croissance économique sous Lula, démontre ses préjugés envers les plus pauvres. Un président ouvrier et sans université ne peut qu’être un bon à rien. Il ne peut être là que pour voler. La présidente qu´il a mis à sa place ne peut être qu´une voleuse et une incapable. En fin de compte, elle est une femme et de plus, elle est parrainée par un analphabète. Ce discours sournois gagne de la force, grâce à des financements importants dans les médias. Malgré toute sa popularité auprès des plus pauvres (qui pour la première fois, grâce aux politiques en place, commencent à avoir accès aux universités) et des secteurs intellectuels, Lula perd l’appui des classes moyennes et le Brésil se divise.

En même temps, face à la popularité de Lula et de Dilma, la droite et le PSDB ouvrent, comme dernier recours lors des élections présidentielles de 2010 (quand Lula réussit à faire élire Dilma pour la première fois), la porte à l’extrême droite. José Serra, le candidat d’alors, invite les secteurs de l’extrême droite à prendre part active à sa campagne. Sans succès. Mais le mal est fait. De plus en plus visible et sans se gêner avec la justice, qui au Brésil n’existe plus en tant que telle, le discours de la haine, du racisme, des préjugés contre les pauvres, les femmes, devient de plus en plus libre et généralisé. Il sert, en fait, à démoraliser toutes les politiques de Lula et Dilma envers les plus pauvres et les minorités.

3) À peine six mois après le départ de Dilma, le Congrès (parlement) vote à nouveau la légalité des pédalages fiscaux. Tout revient dans l’ordre. Le nouveau président Temer avance les fonds en décembre 2016 sur le budget de 2017, qui sont deux fois plus élevés que ce que Dilma a fait. Maintenant, c’est légal.

Depuis, une série de scandales se succèdent : des assistants proches du président Temer sont surpris avec des valises bourrées d’argent, une écoute (autorisée) de la police fédérale surprend des échanges du présidant visant à étouffer des témoignages qui peuvent l’impliquer. Le candidat vaincu par Dilma, Aecio Neves, tombe en disgrâce politique, mais il n’est pas menacé d’emprisonnement. L’hélicoptère d’un sénateur de de droite est appréhendé alors qu´il transporte 500 kg de cocaïne. Le sénateur n’est pas dérangé. Un autre sénateur dit, sous écoute : « il faut en finir avec cette hémorragie, il faut finir avec cette opération », se référant aux actions anticorruption.

Dans une série télévisée produite par Netflix, ayant comme thème les opérations contre la corruption au Brésil (dirigée par le polémique metteur en scène de la série Narcos), cette phrase, exactement la même, est prononcée, non pas par un sénateur corrompu du nouveau gouvernement, mais par un personnage ex-président à la barbe blanche, qui rappelle en tout Lula. Tous les moyens sont utilisés pour faire de Lula le bandit numéro 1 de la corruption au Brésil.

En même temps, Temer met en route un processus de destruction systématique des conquêtes sociales obtenues sous le gouvernement Lula : fin des lois régulant le travail, révision à la baisse de la retraite, réduction des terres autochtones, fin du programme de logements, et ainsi de suite.

Acte 2 – Détruire le Parti des travailleurs (PT) et son leader, Lula

Le problème est qu’avec tout cela, Lula, qui a présidé au pays alors qu’il connaissait la plus forte croissance économique de son histoire, leader populaire incontesté, se voit catapulter en première place dans tous les sondages présidentiels, place qu´il n’a plus jamais quitté jusqu’à maintenant. Il n´est alors plus suffisant d’enlever la présidente, il faut à tout prix casser ce mouvement et la force de Lula.

1) Sergio Moro, un juge de première instance de Curitiba, là où le mouvement anti-Lula est très fort, et où s’exprime fortement un « séparatisme » par rapport au « Brésil pauvre (et non blanc) du Nord », décide d’ouvrir un procès pour corruption contre l’ancien président.

Moro a quelques caractéristiques qui ne peuvent être ignorées : il est le fils d’un homme politique du PSDB, le parti d’opposition qui a mené à l’élimination de Dilma ; son épouse est elle-même un cadre du parti dans son État (le Paraná) ; il est connu par sa haine contre Lula, qu´il distille, même en étant juge, dans les réseaux sociaux ; il est connu pour appeler l’ex-président « nine fingers », une allusion au fait que Lula a perdu un doigt dans un accident de travail quand il était ouvrier.

Moro décide de persécuter Lula à partir de la construction d´une fable pittoresque. Une grande entreprise de bâtiment (OAS) aurait offert à Lula un appartement triplex à la plage (de 250 m²), en échange de faveurs de celui-ci pour des contrats avec Petrobras, le géant pétrolier brésilien (entreprise publique), que Lula a fait exploser sur les marchés mondiaux, grâce notamment à la découverte, lors de son gouvernement, des réserves sous-marines. Il se trouve que la femme de Lula (aujourd’hui décédée d’un épanchement cérébral à la suite de ces persécutions) avait en effet demandé d’acheter cet appartement, en 2007, mais Lula s’était désisté par la suite. Il n´y a mis les pieds qu´une seule fois dans sa vie, et l’appartement, en construction jusqu’à il y a quelques mois, n’a jamais été à son nom ni à celui de sa femme (il est toujours au nom de l’OAS). Les huit premiers témoins lors du jugement ont d’ailleurs innocenté Lula. Lors du procès, Lula n’a cessé de répéter (les vidéos sont disponibles sur internet): « Monsieur le Juge, s’il vous plait, montrez-moi les preuves que je suis le propriétaire de cet appartement, et je me présente immédiatement pour être emprisonné volontairement ». Ces preuves, Moro ne les a jamais eues.

2) L’action suivante a été de promouvoir une version à l’effet que cet appartement était la pointe d’un iceberg d’un réseau de crimes et de corruption avec à sa tête Lula et les principales entreprises de bâtiment et d’infrastructure du pays qui, parce que c´était légal, finançaient toutes les campagnes électorales (y compris celles du PSDB). C´est Dilma, justement, qui a approuvé la loi interdisant le financement des campagnes par les entreprises privées au Brésil. La question est de réussir à prouver à quel point un président sait et contrôle toutes ces magouilles, et à quel point il doit en être responsabilisé. Ce serait bien utile et intéressant que cette discussion soit faite, mais dans le cadre de la loi, avec des enquêtes sérieuses, des preuves et toutes les échéances et appels garantis. Mais non, au Brésil, c’est utilisé par Morto comme une arme de persécution politique. Sans preuves concrètes.

En faveur de Lula, il faut savoir que gouvernement précédent de Cardoso (PSDB), avait, en huit ans, donné l’ordre de lancer 48 opérations anti-corruption de la Police fédérale. Pour leur part Lula et Dilma, en 12 ans, en ont ordonné 2.226 ! De plus, c´est Lula qui a restructuré la même Police fédérale pour augmenter sa capacité à combattre la corruption. Le plus insolite, cependant, est la démesure de l´accusation. Dans un pays où les propriétaires des chaines de télé et les grands milliardaires possèdent – illégalement – des îles entières, avec des villas non autorisées de quelques milliers de m² valant des millions de dollars, Moro et sa troupe d´accusateurs font passer l’idée que Lula serait corrompu pour des contrats du géant pétrolier, contre un appartement de moins de 300 m², le long d’une plage de classe moyenne sur le littoral de São Paulo. L’acceptation de la crédibilité de cette accusation n’a d’explication que dans les préjugés existants au Brésil envers les plus pauvres: « Lula ne sait même pas être corrompu. Lula négocie ce qui est à son hauteur. Le monde des villas et des millions n’est pas pour lui » ! C´est la base de ce discours médiatique.

Le plus impressionnant est qu´une simple recherche sur Google démontre que Cardoso, l’ancien président a reçu une ferme d’une de ces entreprises (Camargo Correa), qui y a même construit une piste d’atterrissage permettant de recevoir…. des Boeings ! Cardoso est aussi accusé d’avoir acheté un appartement dans le quartier le plus cher de São Paulo, à un prix de loin inférieur à celui du marché. Rien de tout cela, cependant, n’est motif à des enquêtes ou des procès.

Il faut bien comprendre qu’en 14 ans au pouvoir, le PT a commis beaucoup d’erreurs et s’est probablement impliqué dans plus d’une affaire douteuse. La corruption est endémique au Brésil depuis 500 ans et ce n´est pas un gouvernement qui, d’un seul coup, peut l’arrêter. Le PT n’est pas exempt d’avoir fait des mauvais choix et d’être entré bien des fois dans la logique de la politique brésilienne (quand même beaucoup moins que les autres partis, étant encore le seul à exercer des gouvernements tournés vers les intérêts des plus pauvres). Mais il ne faut pas confondre les choses : sous l’excuse d’une fausse lutte contre la corruption, ce que les élites brésiliennes, et surtout la justice ont mis en place, est en fait une persécution qui met en échec toute la démocratie.

Pour obtenir des « preuves », quelque qu’elles soient, Moro innove du point de vue juridique. Il reçoit de la Cour suprême, et c´est là sa deuxième action en faveur du coup d’État, que les gardes à vue se transforment en prison indéterminée. En 2016, après la sortie de Dilma, la Cour décide, par 6 voix à 5, d’interpréter un texte de la constitution, selon lequel au Brésil une personne ne peut être emprisonnée qu’une fois terminés tous les appels possibles. Elle décide que finalement, ce n’est pas le cas, qu’après le jugement de la deuxième instance, une personne peut être emprisonnée, alors que les appels aux instances supérieures continuent encore.

Cette décision est importante pour comprendre ce qui se passe aujourd’hui avec l’emprisonnement de Lula.

Ces deux décisions de la Cour suprême permettent au juge Moro de mettre en place une forme de chantage juridique, Il envoie en prison des personnes ayant une quelconque relation avec Lula, en leur promettant leur libération, s’ils acceptent de devenir délateurs. La presse laisse échapper que dans l’un des cas, la demande a été spécifique : « je vous laisse sortir si vous me présentez des accusations contre Lula ». Lorsque l´une de ces délatrices a dit que le Juge Moro lui avait demandé deux millions de réais pour permettre sa libération, elle a été rapidement oubliée par la presse.

Plus tard, le procès suit son cours, pendant que la population est harcelée par une campagne intense de diffamation de Lula et de Dilma. À chaque nouvel épisode du procès, alors qu’apparaît de plus en plus le manque de preuves, les élites sortent leurs casseroles pour les frapper dans les vérandas des appartements de luxe. La population plus pauvre a de plus en plus de difficultés à suivre les méandres juridiques. La classe moyenne fête la « fin de la corruption », alors que le gouvernement actuel, sous Temer, est probablement l’un des plus corrompus de l’histoire du Brésil.

Alors qu´un procès au Brésil dure des années à cause de la nonchalance du pouvoir judiciaire, celui de Lula sous le juge Moro est conclu en un temps record. Sans preuve, Moro condamne l’ex-président, toujours loin devant dans tous les sondages présidentiels, à neuf ans de prison. Une petite ironie envers le « nine fingers »? C´est possible. Le juge qui ne met que des chemises noires avec cravates rouges, rappelant des moments sombres de l’histoire du monde, n´a plus aucun scrupule.

Un livre signé par plus de 200 juristes brésiliens est alors publié, sans aucune couverture médiatique. Les juristes y dénoncent l’inconsistance du jugement de Lula sur une affaire sans preuves concrètes. Les arguments du juge Moro sont si peu solides que lui-même admet ne pas avoir de preuves, mais la « conviction » de la culpabilité de Lula. Depuis, au Brésil, vous pouvez vous faire incarcérer lors d’une garde à vue suite à une simple « conviction » du juge. C’est ce que le pouvoir judiciaire entend faire, d’ailleurs, en poursuivant cinq présidents des plus grandes universités fédérales, les emmenant en prison lors d’opérations policières avec mitraillettes et camions blindés (alors que la loi prévoit une convocation amiable devant le juge) pour des affaires insensées, comme « des erreurs de factures à l’achat de machines photocopieuses ». L’objectif de tout cela ?  Montrer à la population que les universités fédérales, objet d’une des actions les plus impressionnantes du gouvernement Lula qui avait créé une centaine de campus partout au Brésil, n’est en fait qu’un antre de corruption de la « machine criminelle » du PT. L´un des recteurs, trop humilié par ces événements, s’est suicidé. Mais cela n’a semblé déranger personne, outre la communauté de gauche des réseaux sociaux.

Malgré tout cela, les avocats de Lula font appel à la deuxième instance,. Encore une fois, c’est une procédure qui dure normalement plus de deux ans. Pour Lula, elle ne dure que quelques mois. Ce jury conclut par un jugement éclair, avec des arguments identiques, alors que les votes devraient être sensés indépendants. Les juges confirment le verdict de la première instance, et augmentent la peine de Lula à douze ans et deux mois. Pourquoi cette précision ? Le « crime » non prouvé de l’appartement remontant à plus de dix ans, Lula aurait le droit de la purger en liberté. Les méandres du coup d’état sont plein de petits détails.

Acte 3- Les militaires entrent dans le match

Lula peut donc être incarcéré. Mais ces avocats, invoquant que la Constitution a été changée de manière opportuniste, demandent une révision de cette décision. En même temps, ils demandent à la Cour suprême un Habeas Corpus pour que Lula ne soit pas emprisonné.

Les rites « normaux » de la Cour suggèrent, par les dates chronologiques des demandes, qu´elle juge tout d’abord l’inconstitutionnalité de la décision sur l’emprisonnement en deuxième instance, Cependant, Carmen Lucia, la présidente de la cour, sait que ce vote pourra défaire la décision antérieure, car un des juges annonce avoir changé de position, ce qui annulerait l’emprisonnement de Lula et la demande d´habeas Corpus. Elle inverse donc l’ordre, et décide de juger d’abord l’habeas corpus.

La veille du jugement final, le 4 avril, la mobilisation de la droite pour faire pression en faveur de l’emprisonnement est intense. Les casseroles retentissent sur les vérandas des riches bourgeois. Les médias convoquent à des manifestations contre Lula. Un géant de la communication du pays, l’entreprise SKY, autorise ses employés à participer aux manifestations sans perte de salaire.

Le même jour, un général à la retraite se fait menaçant : « Si la Cour suprême n’envoie pas Lula en prison, l’armée interviendra ». Quelques heures plus tard, le commandant de l’état-major sort de ces attributions constitutionnelles lui interdisant de se prononcer sur des questions politiques et écrit: « l’armée se solidarise avec les désirs de tous les citoyens « du bien » de condamner l’impunité, et se maintient attentive à ses missions institutionnelles ». Le message ne peut être plus clair.

Certes, les commandants de l’armée de l’air émettent plus tard un communiqué plus rassurant, ce qui démontre que, même dans les armées, les avis sont partagés. Mais ce qui est retenu est le menace d’intervention. Ainsi, une des juges de la Cour suprême change d’opinion, ce qui donne contre Lula six votes contre cinq en faveur de l’emprisonnement. Le changement est tellement bizarre, au point où cette juge dit textuellement qu´elle a endossé un jugement anticonstitutionnel. Est-ce la peur des militaires ?

La Cour suprême annonce donc que Lula peut être emprisonné, une fois terminés tous les appels en deuxième instance », ce qui pourrait encore durer 15 jours, étant donné que des appels sont encore possibles et légalement déposables. Mais la justice, le droit de défense, la présomption d’innocence, sont des valeurs périmées au Brésil, en tout cas pour Lula, et sûrement pour les sympathisants du PT. En moins de 24 heures, encore une fois de manière illégale, Moro donne l’ordre d’emprisonnement.

Des milliers de militants encerclent maintenant le siège du syndicat des métallos de São Bernardo, berceau de la carrière politique de Lula. Accompagné de sénateurs et du peuple qui le soutient, Lula ne s´est pas présenté à la justice. Moro lui avait donné jusqu’à 17 heures, le 5 avril, pour se présenter à Curitiba pour être emprisonné. Une action d’humiliation. Moro rajoute : « en raison de la dignité du poste qu´il a occupé, j’ordonne que l´on ne le menotte pas ».

Encore une fois, Moro montre que sa persécution acharnée de Lula passe au-dessus, non seulement des lois et de la Constitution, ce qu’il peut faire grâce à la bienveillance de la Cour dont le rôle ne semble plus de de protéger la Constitution, mais aussi des risques de provoquer une partie imposante de la population. Celle qui, dans les sondages de la semaine dernière, met Lula chaque fois plus loin devant dans la course á la présidence. Tous les débouchés sont maintenant pensables, y compris les plus tragiques. Le Brésil n’a plus de démocratie, son gouvernement élu a été déchu par des manœuvres dignes des pires mafias. La volonté démocratique du peuple est violée par des décisions à chaque fois illégales. Les militaires sont aux aguets. La presse continue son action irresponsable. Le pays est divisé. Le monde n’est plus capable de suivre les subtilités de ce coup d’État ignoble.

Comme l’observe un jeune sur les réseaux sociaux, l’élite « fête » l’emprisonnement imminent de Lula. Comme les brésiliens sont blagueurs, plusieurs messages ironisent. On se moque de son niveau de scolarité, de son doigt en moins, des homosexuels qui « devront maintenant quitter le pays », de l’indigence de Dilma (une femme), des pauvres, des sans-terre, des Noirs, qui maintenant, seront « obligés de travailler au lieu de vivre aux dépens du gouvernement », sur la « mort de la gauche ». La corruption n’est jamais citée. C’est le portrait du Brésil qui émerge des décombres d’une démocratie ravagée.

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D’un coup d’État à l’autre : le Honduras en état de siège

6 Décembre 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #Amérique Latine

D’un coup d’État à l’autre : le Honduras en état de siège

D’un coup d’État à l’autre : le Honduras en état de siège

Où sont passés les droits démocratiques des Honduriens qui ont voté aux élections présidentielles du 26 novembre ? Le pays est actuellement aux mains de ses forces armées. Les observateurs des droits de l’homme qui se trouvent sur place dénoncent les assassinats, disparitions et nombreux innocents blessés provoqués par la brutale répression militaire et policière.

Les premiers résultats publiés par le Tribunal Électoral lundi 27 novembre accordaient une nette différence en faveur du candidat de l’opposition Salvador Nasralla. Ensuite, il y a eu un deuxième décompte qui inversait radicalement la tendance, plaçant comme vainqueur l’ancien président Juan Orlando Hernandez. Face aux a protestations de fraude, le Tribunal a décidé de suspendre la publication finale des résultats. Les deux principaux candidats ont alors appelé leurs électeurs à défendre la victoire dans la rue.

image: http://reseauinternational.net/wp-content/uploads/2017/12/change-640x359.jpg

Changement dans la tendance des votes suite à la publication du deuxième communiqué des résultats par le Tribunal Electoral

Changement dans la tendance des votes suite à la publication du deuxième communiqué des résultats par le Tribunal Electoral

Mais les jours suivants, Nasralla a dénoncé que les protestations de l’opposition ont été infiltrées par des éléments externes, transmettant ainsi l’image d’un pays plongé dans le chaos. Le prétexte parfait pour que le ministre Jorge Ramon Hernandez annonce la suspension des garanties constitutionnelles la nuit du vendredi au samedi, pour une durée de 10 jours. Or, comme l’ont signalé des experts en droit constitutionnel, ce décret pouvait être approuvé uniquement par le président réuni en conseil de ministres.

Le couvre-feu empêche strictement la population de sortir dans la rue de 18h à 06h. Très tôt, les images des premiers morts ont commencé à être relayées sur les réseaux sociaux. Mais cela n’empêche pas certains de dormir…

Le difficile chemin vers la démocratie

Après que le Tribunal Électoral ait annoncé le changement de tendance dans les résultats en faveur de Juan Orlando Hernandez, Nasralla a annoncé que ces résultats étaient « un vol » et que cette fois-ci il n’allait « pas le permettre », faisant référence aux élections de 2013 où il s’était aussi présenté comme candidat obtenant 13 % des votes. Nasralla était alors le candidat du Parti Anti-corruption, qu’il avait co-fondé.

En septembre 2014, le directeur de l’Institut Hondurien de la sécurité sociale a été capturé par la police suite à un vol estimé à 335 millions de dollars. Le gouvernement de Juan Orlando Hernandez avait fait de la lutte contre la corruption l’un de ses axes prioritaires et signé des conventions avec des organismes internationaux en faveur de la transparence.

Entre-temps, la période post-coup a été extrêmement dure pour les Honduriens, qui ont courageusement résisté face à la répression et l’impunité de l’État. En 2015, le peuple hondurien a défilé chaque semaine dans la rue avec les « marches de la torche » pour protester contre la dictature en place, mais l’État a persécuté et assassiné de nombreux leaders sociaux. Le peuple hondurien subissait de plein fouet la violence extrême du système, mais l’alternative semblait s’éloigner car le mouvement contre la dictature n’était pas encore unifié.

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Salvador Nasralla et Manuel Zelaya Début juillet 2017, après des mois d’attente et seulement un jour avant la date limite, le Tribunal Électoral a enregistré la candidature de l’Alliance de l’Opposition contre la Dictature. Cette coalition, coordonnée par l’ancien président destitué Manuel Zelaya, rassemble les différentes forces politiques autour d’un programme social et démocratique : transparence et éradication de la corruption ; un système économique alternatif avec la reconstruction des secteurs productifs ; investissement dans les secteurs publics comme l’éducation, la santé, le logement ; protection de la nature et de l’environnement, etc.

Salvador Nasralla et Manuel Zelaya
Début juillet 2017, après des mois d’attente et seulement un jour avant la date limite, le Tribunal Électoral a enregistré la candidature de l’Alliance de l’Opposition contre la Dictature. Cette coalition, coordonnée par l’ancien président destitué Manuel Zelaya, rassemble les différentes forces politiques autour d’un programme social et démocratique : transparence et éradication de la corruption ; un système économique alternatif avec la reconstruction des secteurs productifs ; investissement dans les secteurs publics comme l’éducation, la santé, le logement ; protection de la nature et de l’environnement, etc.

 

 

Lors des élections internes du Parti Anti-Corruption en début d’année, le parti PAC avait écarté son co-fondateur Salvador Nasralla du poste de secrétaire général. Ensuite, Nasralla est devenu le candidat de l’Alliance d’Opposition en raison de sa popularité en tant qu’ancien journaliste sportif.

La démocratie et l’impunité sont-elles compatibles ?

Il faut mesurer la difficulté à mobiliser les électeurs dans un pays plongé dans une extrême violence structurelle. Le Honduras est en effet l’un des pays les plus dangereux au monde. Le nombre de meurtres est seulement comparable à la situation des pays en guerre comme l’Irak ! A l’approche des élections, on a témoigné d’une recrudescence de la violence. Les semaines précédant les élections du 26 novembre, des militants de l’Alliance d’Opposition et aussi du parti au pouvoir ont été pris pour cible.

L’assassinat de la militante Berta Caceres en mars 2015 a marqué les esprits d’une génération. Depuis, les pancartes, fresques et affiches se sont multipliées pour célébrer le courage dont elle a fait preuve dans son combat contre vents et marées. Le slogan « Berta vit, elle s’est multipliée » s’est répandu au-delà des frontières de ce petit pays. Berta était devenue une figure mondialement reconnue pour son rôle dans les luttes sociales de son organisation, la COPINH. Son cas est loin d’être le seul : pendant des années, les militants pour la défense de l’environnement ont été harcelés et agressés en toute impunité.

Dans ce contexte, les deux filles de Caceres, Laura et Bertha Zuniga, n’ont pas hésité à prendre le relais et dénoncer la responsabilité du gouvernement de Juan Orlando Hernandez : « Les groupes oligarchiques ont de puissants agents en train de mobiliser l’armée pour réprimer les populations. Il faut dire que, depuis le Coup d’État de 2009, beaucoup de militaires sont devenus actionnaires de projets « extractivistes »”(hydroélectriques et miniers, entre autres). Mais les mafias de la corruption permettent également les agissements de groupes criminels qui travaillent en coordination avec les entreprises…».

Début novembre, un rapport indépendant est venu taper dans la fourmilière. On y démontrait enfin la complicité de l’État dans l’assassinat de Berta Caceres, confirmant les forts soupçons exprimés dès le premier jour par la famille et les amis. Les auteurs du rapport sont catégoriques : « Parmi les échanges via chat entre les fonctionnaires de Desa, les experts ont pu déceler qu’il y avait un contact permanent entre l’entreprise et les agents de la force de sécurité de l’État, comme le Secrétariat de Sûreté et la Police préventive. Par exemple, seulement 14 heures après l’assassinat de Berta, il y a eu des messages entre les cadres et les employés de Desa qui révélaient qu’ils avaient demandé de l’aide aux fonctionnaires publiques afin de les écarter de tout lien avec une quelconque enquête » .

Juan Orlando Hernandez avait donc tout intérêt à occulter les liens incestueux de l’État avec les intérêts des multinationales. Ce n’est pas un hasard que sous le gouvernement de Juan Orlando Hernandez le budget de la sécurité ait été augmenté et que des forces militaires spéciales aient été créées.

L’aide à hauteur de 17’3 millions de dollars en matière sécuritaire venant des Etats-Unis ne semble pas poser de problème à nos démocraties. Mais la boucle est bouclée lorsqu’on apprend que le président du Tribunal Constitutionnel David Matamoros est un proche de Dennis Matamoros Batson, le représentant légal d’une compagnie qui offre des services à l’entreprise Desa, accusée de jouer un rôle dans l’assassinat de Berta Caceres.

L’un des enjeux dans ces élections au Honduras est de nettoyer de fond en comble cette culture de l’impunité politique.

Le Venezuela, épouvantail omniprésent lors des élections mondiales

La campagne médiatique sur les élections au Honduras a été également une opportunité de dénigrer le Venezuela. La chaîne CNN en espagnol a sommé le candidat Nasralla de répondre à la question cruciale de notre temps: « Quelle est votre position sur le Venezuela ? », ce à quoi il a répondu « les problèmes du Venezuela doivent être réglés par les Vénézuéliens, de même que les problèmes du Honduras doivent être réglés par les Honduriens » … et de rajouter que si le gouvernement du Venezuela vendait le pétrole à bas prix , le Honduras n’allait pas rechigner…

Afin de prouver une ingérence du Venezuela dans le processus électoral, le candidat de droite du Parti National Juan Diego Zelaya a montré dans la même chaîne une photo de Manuel Zelaya, coordinateur de la campagne de l’Alliance, dans une voiture à côté de Nicolas Maduro. Il a ainsi omis de préciser le contexte de cette vieille image, datant d’il y a presque dix ans ! Lors du coup d’État contre Zelaya en 2009, Maduro fut l’un des seuls ministres des affaires étrangères latino-américains à s’être personnellement engagé en accompagnant Mel Zelaya à la frontière et en mettant sa vie en danger pour défendre la démocratie dans ce pays. Peu importe, il s’agissait surtout de diaboliser l’Alliance de l’Opposition profitant de sa réputation de dictateur fabriquée par les médias…

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Le candidat du Parti National secoue l’épouvantail du Venezuela

Le candidat du Parti National secoue l’épouvantail du Venezuela

Pour l’idéologie dominante, évoquer l’épouvantail vénézuélien est une manière de détourner l’attention des échecs de la politique économique des gouvernements adeptes de la foi dans le « libre marché » . Cultiver l’amnésie en effaçant d’un trait de plume les exemples historiques de conquêtes sociales qui gênent les puissants de ce monde… voici une technique de propagande bien huilée qui a le mérite d’éclipser les besoins du peuple hondurien ! Le moment le plus surréaliste a été lorsque le gouvernement de Juan Orlando Hernandez a expulsé le groupe de musique vénézuélien Les Guaragaos, qui allaient participer à un acte de campagne de l’opposition. Il faut croire que le folklore latino-américain serait devenu une arme de destruction massive pour le pouvoir en place…(1)

La leçon du peuple hondurien

L’Alliance de l’Opposition avait plaidé pour une complète transparence dans le processus de décompte spécial annoncé par le Tribunal Électoral, et transmis une lettre avec les 11 conditions nécessaires pour qu’elle accepte le résultat. Mais le Tribunal n’ayant pas respecté ces conditions, l’Alliance de l’Opposition a appelé les gens à défier l’état de siège et défendre la victoire volée par la fraude électorale. Nasralla a clairement désigné le président Juan Orlando Hernandez et le président du Tribunal Électoral David Matamoros comme étant les seuls responsables de la situation,

Certes, les élections ne sont qu’un moment éphémère dans la vie des gens. Or, dans des pays de l’Amérique centrale, où les institutions ont tout fait sauf assurer des services publics de qualité, où ses représentants ont détruit ce qu’il y restait en pillant à tout-va dans les caisses de la sécurité sociale, l’enjeu est pourtant central. Les citoyens auraient de bonnes raisons de tomber dans le fatalisme du « tous pourris » . Si à cela on rajoute la banalisation de la violence et une impunité judiciaire, on pourrait croire qu’il n’y a plus rien à faire. Mais cela répond à une conception très méprisante du peuple.

L’histoire prouve, au contraire, que des résistances sont nécessaires et inévitables. C’est ainsi que dès le lendemain du coup d’État, malgré les souffrances dont le peuple hondurien a été l’objet, ce dernier n’est pas resté les bras croisés. Il s’est d’abord organisé en créant un Front de Résistance contre le gouvernement issu du coup d’État. Ensuite il a centré ses efforts autour du combat contre la corruption et la continuité, notamment lorsque Juan Orlando Hernandez a contourné la loi pour présenter sa réélection qui est considérée comme étant illégale du point de vue de la Constitution en vigueur. Enfin, il est tout aussi important de souligner que ces mouvements ont compris que les luttes, pour être efficaces, doivent aussi déboucher sur un changement de gouvernement, même si le résultat n’est pas la fin de la partie. Elles se sont donc engagées dans la création d’une Alliance d’Opposition qui soit en mesure de battre l’adversaire politique du moment, n’hésitant pas à qualifier ouvertement de dictature le gouvernement de Juan Orlando Hernandez.

La nuit de samedi au dimanche 3 décembre, les Honduriens ont manifesté à nouveau leur mécontentement face à la fraude électorale, l’état de siège et la répression en faisant sonner des casseroles. Dans un tel contexte, l’annonce de nouveaux résultats par un Tribunal Électoral soupçonné d’être de mèche avec le gouvernement ne garantit pas le dénouement de cette profonde crise politique et institutionnelle. Seul le respect des conditions exigées par le principal parti de l’opposition et l’arrêt immédiat de la répression sont de nature à la résoudre.

Face au défi posé par les événements qui se déroulent actuellement dans ce pays, les réactions des organismes internationaux, comme l’OEA (présidé par un Luis Almagro exclusivement obsédé par le Venezuela) et des grands médias sont timides ou inexistantes. Cela prouve bien que les grandes puissances s’accommodent très bien des États défaillants, lorsque ceux-ci répondent à leurs intérêts géopolitiques.

Le peuple hondurien est en train de donner une courageuse leçon d’espoir pour les peuples opprimés du monde entier. Ne le laissons pas tout seul.

Alex Anfruns

Note

1) Les Guaragaos se sont fait connaître pour leur interprétation de la chanson d’Ali Primera « Casas de carton » (maisons en carton) qui dénonce la pauvreté structurelle dans les pays latino-américains.

Photos : La Prensa de Honduras, El Tiempo de Honduras

 Source : Le Journal de Notre Amérique, décembre 2017 (à paraître)

via:https://www.mondialisation.ca/dun-coup-detat-a-lautre-le-honduras-en-etat-de-siege/5621301

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Brésil en « paralysie active… », par Richard Labévière

8 Septembre 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #La nation ., #AMERIQUE, #Amérique Latine

Source : Proche & Moyen-Orient, Richard Labévière, 04-09-2017

Oiapoque, Macapa, Belém, 3 septembre 2017.

A Saint-Georges – dernière ville de Guyane avant la frontière -, une fois passé le pont qui enjambe le rio Oiapoque, la première ville brésilienne d’Oiapoque (33 000 habitants) s’organise à partir du fleuve, de ses piroguiers, de ses bazars chinois – qui vendent de tout -, et du siège de la police fédérale, en face de l’église catholique qui résiste aux Evangélistes installés en périphérie dans de riches villas. Le centre-ville abrite aussi le musée amérindien très pédagogique avec ses cartes des zones tribales de l’Etat d’Amapa (800 000 habitants), une université dotée d’un département francophone très dynamique, le palais de justice et les deux churrascaria (restaurants de viandes) les plus fréquentés.

Pour sortir de ce bout de Brésil encore pionnier, on emprunte une piste de terre en direction de Macapa (300 000 habitants). Après une heure de route, sur la gauche, une piste plus improbable encore mène à Vila Velha Jari, au bord du rio Cassiporé qui débouche sur le lac Maruani : là où la création du monde a commencé, le royaume de Genival ! C’est l’heure du Mascaret1, lorsque la marée de l’océan remonte le courant descendant des bras d’Amazone : une grande vague qui peut dépasser sept mètres. C’est sur ces berges qu’on peut rencontrer les villageois brésiliens et amérindiens qui ont résisté aux expulsions forcées durant la dictature militaire (1964 -1985), ces années de plomb dont le grand écrivain Jorge Amado décrit si bien les logiques économiques. Les anciens se souviennent, croyant ces temps définitivement révolus…

Pourtant, une grande inquiétude règne de nouveau, car « l’histoire est en train de se répéter », explique Odaïr, « à l’époque, on voulait nous faire partir pour créer un parc naturel. Une fois vidées de leurs habitants, certaines de ces zones ont déjà été vendues par tranches aux miniers, forestiers et entreprises de l’agro-business. Le gouvernement actuel renouvelle le même processus en cédant aujourd’hui plus de 4 millions d’hectares de forêt – classée patrimoine de l’humanité – à des sociétés privées qui vont continuer à massacrer l’Amazonie et déplacer les dernières populations autochtones ».

NOUVEAU COUP CONTRE L’AMAZONIE

Sous la présidence de Lula et de Dilma Roussef, la déforestation en Amazonie brésilienne a enregistré un certain recul. Avec le président actuel Michel Temer et le PMDB (parti centriste), qui ont profité de la révocation de Dilma – la gauche brésilienne parle d’un coup d’Etat constitutionnel, un processus golpiste -, privatisation et massacre de la grande forêt reprennent de plus belle ! La course à l’argent s’attaque de nouveau au plus grand réservoir de biodiversité du monde qui s’étend sur près de 6 millions de km2 dans neuf pays dont le Brésil, qui en abrite 63%. Cette grande forêt abrite 16 000 variétés d’arbres (dont 6000 inscrites sur la liste rouge des variétés menacées d’extinction). Avec 2,5 millions de types d’insectes, 40 000 espèces de plantes, 3000 de poissons, 1294 d’oiseaux, 427 de mammifères et 378 de reptiles, l’Amazonie est de nouveau en grand danger.

Les Etats de l’Amapa et de Para – les plus écologistes du Brésil – vont être redonnés aux grandes compagnies minières. La décision unilatérale de Michel Temer donne un nouveau feu vert à l’orpaillage, aux trafics de bois et d’animaux rares, au percement de routes clandestines et à l’élevage intensif des grands latifundistes, autant d’activités que des décennies de revendications et de luttes des populations amazoniennes et brésiliennes avaient réussi à contenir avec l’aide des Nations unies et de grandes ONGs environnementalistes. Mais l’idéologie golpiste n’a que faire de ces entraves à l’enrichissement le plus rapide, le plus sauvage, sinon le plus meurtrier. Ainsi voit-on ressurgir aujourd’hui dans différentes régions de l’Amazonie brésilienne des groupes de pistoleros et d’autres organisations armées à la solde des grands propriétaires terriens.

GREVE NATIONALE

C’est l’un des sujets brandis par les étudiants de l’université de Macapa, qui sont en grève ce jeudi 31 août. Après un débat sur la francophonie politique, ils expliquent les autres raisons de cette journée de « protestation nationale » et de « paralysie active ». Le budget de l’éducation nationale va être gelé pour les vingt prochaines années ; l’existence de nombreuses universités – dont celle de Macapa et l’annexe d’Oiapoque – est gravement menacée, de même que les structures de la santé et la plupart des grands services publics. Dans les universités publiques de Rio de Janeiro, les salaires sont versés avec 6 mois de retard ; le recteur de l’Etat de Rio Grande do Sul a déjà fermé huit instituts culturels et de recherche.

Les étudiants expliquent que Michel Temer ne s’attaque pas seulement à l’Amazonie, aux universités et aux services publics, mais aussi aux contenus des programmes d’enseignement. Ainsi a-t-il décidé de supprimer les enseignements du Français et de l’Espagnol au profit de l’Anglais, « la seule langue qui trouve grâce à ses yeux ; la francophonie représentant pour lui une dimension culturelle subversive et dangereuse », déplore une enseignante « pour lui, l’Anglais globish est plus rassurant parce que c’est l’idiome du commerce, de la finance et de la force ».

Le démantèlement du droit du travail et le dossier des retraites inquiètent particulièrement la génération des 30/ 40 ans, puisqu’il est question de fixer l’âge de la retraite à 65 ans. « Mais pour toucher leurs droits, les gens auront dû travailler 49 ans, c’est-à-dire depuis l’âge de 16 ans, ce qui ne correspond absolument à rien dans un pays où le secteur de l’économie informelle est tellement important et où les professeurs ne trouvent un emploi stable qu’entre 25 et 30 ans au mieux », explique Anderson, l’un des responsables de la CUT (Central Unica dos trabalhadores) à Macapa. La loi sur les retraites n’a pas encore été votée car elle constitue une monnaie d’échange pour les députés et sénateurs qui veulent en profiter pour obtenir des compensations sur d’autres sujets en contrepartie de leur vote…

Le lendemain de la « paralysie active » : pas une ligne dans le Jornal do Dia, la feuille régionale dominante. Les étudiants nous avaient prévenus : « la presse mainstream, notamment la télévision Globo (Rede Globo de televisao), la Folha de S.Paulo et les grandes radios nationales ne diront pas un mot du mouvement, parce qu’ils soutiennent Temer et toute sa bande de corrompus après avoir soutenu et légitimé le coup d’Etat contre Dilma Roussef qui a été une farce, une imposture montée de toutes pièces avec le soutien des grandes entreprises, des sociétés minières et de l’agro-business ».

Les médias alternatifs comme Media Ninja, Conversa Afiada ou Pragmatismo Politico « ont le mérite d’exister, mais s’adressent à des citoyens déjà éclairés. Malheureusement, ils ne sont pas repris par la grande presse internationale et se perdent dans l’espace infini d’Internet », souligne Simon, étudiant en relations internationales, qui ajoute : « les jeunes générations qui n’ont pas connu la dictature militaire font preuve d’une grande naïveté et se laissent enfumer par l’idéologie golpiste, qui en est une résurgence ».

L’IDEOLOGIE GOLPISTE

Ce qui frappe Gabriela, c’est la montée de la haine, une haine « qui n’a jamais existé de cette façon : des gens veulent mettre Lula en prison. Ses amis, ses soutiens et les syndicalistes sont menacés et insultés publiquement dans la presse et les assemblées gouvernementales ». Un député du Parti social-chrétien (PSC) – Jair Bolsonaro -, a insulté en pleine séance parlementaire une députée du Parti des travailleurs (PT) en lui disant qu’elle « était tellement moche qu’elle ne méritait même pas d’être violée… ».

Cet ancien militaire, qui s’illustre régulièrement par ses saillies machistes et homophobes, est pourtant singulièrement populaire au point qu’il songe à se présenter à la prochaine élection présidentielle de l’automne 2018. Pour appuyer la révocation de Dilma, il a même osé invoquer la mémoire de Brilhante Ulstra, l’officier qui fut l’un des tortionnaires de l’ancienne présidente brésilienne ! Ces dérives, qui se multiplient dans la vie publique, ne sont pas dénoncées par la grande presse et rarement condamnées par la justice, sinon de manière symbolique.

La justice ! C’est l’un des problèmes majeurs du Brésil d’aujourd’hui. Nommés par le pouvoir exécutif, les juges n’en font qu’à leur tête et selon leurs intérêts personnels. Ils profitent singulièrement d’une situation paradoxale : la population veut qu’ils mènent à terme leur opération « mains propres » afin de lutter contre la corruption et d’assainir la vie politique, mais – de fait -, ils deviennent des électrons libres, prêts à subir n’importe quelle influence, voire à se laisser corrompre eux-mêmes.

Le plus bel exemple de cette dérive s’illustre par les facéties du juge fédéral de Brasilia, Sergio Moro. Cet ami personnel de Michel Temer et du président du Congrès est l’homme en charge de l’instruction des cinq procédures instruites contre Lula à qui l’on reproche entre autres différentes concessions accordées à Petrobras, l’entreprise nationale d’hydrocarbures. « Montées de toutes pièces, ces affaires sont seulement destinées à détruire le grand prestige intact de Lula parmi la population et à détruire le Parti des Travailleurs (PT), pour l’empêcher de présenter un candidat à la prochaine élection présidentielle », explique l’avocat carioca Luis Silmo, « à cet égard, le juge Sergio Moro mène une véritable chasse à l’homme contre Lula, cherchant à l’abattre – au propre comme au figuré – de toutes les manières possibles ».

Et lorsqu’on demande à Sergio Moro les preuves sur lesquelles il se fonde pour mettre ainsi en cause Lula, il répond qu’il s’intéresse davantage aux « intentions présumées » de l’ancien président du Brésil ? Formé aux Etats-Unis, ce juge chasseur de primes a fait de la traque anti-Lula l’affaire de sa vie, poussé par tous les ennemis politiques de la gauche brésilienne dont Aécio Neves, le président du Parti de la social-démocratie qui a mené la campagne pour la révocation de Dilma Roussef avec l’aide d’ONGs américaines.

Par conséquent, l’idéologie golpiste allie cinq composantes majeures : 1) une nostalgie de la dictature militaire ; 2) la faveur des grands propriétaires terriens, miniers et sociétés de l’agro-business ; 3) les attaques personnelles et contrats ad nominem à l’encontre de personnalités indépendantes ; 4) la remise en cause de la séparation des pouvoirs ; 5) enfin, la désinformation et la suprématie des fake news, des télénovelas et de la culture unique du football.

Sur ce dernier plan, l’extrême-droite brésilienne est très inventive en matière de communication, se spécialisant dans le changement de nom de ses organisations. Exemple : le PEN (Pari écologiste de la nation/extrême-droite), va désormais s’appeler Podemos, du même nom que l’organisation de l’extrême-gauche espagnole, sans parler du PAB, qui s’approprie l’hymne national pour s’instaurer en Parti de l’amour de la nation.

LULA, EN CARAVANE DANS LE NORDESTE !

Malgré ce déferlement de coups de force constitutionnels à répétition, de corruptions légalisées, d’abus de pouvoir, de propagande et de chasse à l’homme, le PT, les grandes centrales syndicales et la société civile brésilienne conservent une étonnante vitalité. Comme la Samba, la « paralysie active » des étudiants de Macapa n’est jamais à court d’idées et d’initiatives. Sur les voitures et maisons, contre les murs et sur les autoroutes fleurissent les slogans appelant à la résistance pour l’élection présidentielle de 2018.

Lula et son équipe ont organisé une caravane qui sillonne les Etats du Nordeste, les régions les plus pauvres du pays, celles qui ont le plus bénéficié de la Bolsa (bourse familiale) et de ses politiques sociales. Malgré les procédures engagées contre lui par Sergio Moro, les partisans de Lula espèrent toujours qu’il pourra se déclarer candidat pour la prochaine présidentielle. « Avec les recours et les cassations, le juge Moro n’arrivera pas à empêcher Lula de se présenter », explique un avocat de San Paulo, « désormais, le temps travaille pour lui. Si Lula est candidat, il gagnera cette élection haut la main… ».

Lancée le 17 août à Salvador de Bahia, cette campagne de reconquête – « Le Brésil a besoin de Lula » – sillonne le Nordeste, sa région natale qui constitue son véritable socle politique, jusqu’à la fin du mois de septembre. Ensuite, le peut-être candidat du Parti des travailleurs reviendra dans les grandes villes comme Sao-Paulo et Rio pour marteler son message : « parcourir le pays pour partager aux côtés du peuple, de notre peuple, ce qui se passe véritablement dans le pays ; un pays qui est soumis à un groupe de personnes qui n’ont jamais été capables de gouverner ».

L’ancienne présidente « empêchée » – Dilma Roussef – qui n’a jamais lâché Lula, est l’un des éléments les plus actifs de cette campagne qui, outre les plus pauvres, entend mobiliser aussi la jeunesse (et pas seulement les étudiants), ainsi que les personnes âgées qui sont aussi les principales victimes de la politique de casse sociale de Michel Temer.

A l’automne 2018, la prochaine élection présidentielle du Brésil va se dérouler dans un contexte régional passablement tendu. Du Venezuela aux pays andins, les gauches latino-américaines et les mouvements amérindiens font l’objet de plusieurs initiatives (parfois armées), à partir de Panama et de la Colombie. Le président Donald Trump a même menacé d’intervenir directement à Caracas et les observateurs avertis du continent parlent d’un « plan Condor bis and soft » à l’encontre des gauches bolivariennes.

Pour l’heure, le Brésil vit une tragédie shakespearienne où tous les coups sont permis, même les plus bas ! Dans cette démocratie « émergée », la séparation des pouvoirs exécutif, législatif et judicaire n’est plus garantie. « Lula et Dilma avaient redonné dignité et espoir à ce pays/continent. En moins de deux ans, Michel Temer, ses complices et leurs relais de l’idéologie golpiste ont ramené le Brésil aux mensonges qui ont généré la dictature militaire », déplore l’un des grands professeurs de l’université de génie civil de Sao-Paulo.

Fora Temer, autrement dit : Temer, dégage ! Mais est-ce que ça suffira ?

Richard Labévière

1 Dans l’embouchure de l’Amazone se produit un mascaret, nommé localement Pororoca, là où la profondeur n’excède pas 7 mètres. La vague déferlante d’une hauteur de 1,5 à 4 mètres progresse à plus de 25 km/h. Ce mascaret est la raison pour laquelle l’Amazone ne possède pas de véritable delta ; l’océan emporte rapidement le vaste volume de vase drainée par l’Amazone, ce qui rend impossible la formation d’un delta.

Source : Proche & Moyen-Orient, Richard Labévière, 04-09-2017

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8 réponses à Brésil en « paralysie active… », par Richard Labévière

  1. Catalina Le 08 septembre 2017 à 08h22

    Pauvre monde, il me semble qu’on en arrive à un point où il n’est plus possible d’ignorer les spoliations du financiarisme sur tous les continents. AH, si la télé nous informait, ce monde aurait un autre visage. Pourquoi la télé ? parce qu’elle trône dans tous les salons. La télé rendue à son objectif premier, nous informer, pourrait être l’arme de destruction massive de la manipulation généralisée.
    Ce qui est dingue, c’est qu’il y aura un réveil, ce qui l’est encore plus c’est que plus il viendra tard, plus il y aura de souffrances.

    L’autruche ne peut pas garder la tête dans le sable indéfiniment

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Le Venezuela est-il victime d’une guerre économique ? Par Valentine Delbos

8 Septembre 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Histoire, #La nation ., #AMERIQUE, #Amérique Latine

Source : LVSL, Valentine Delbos, 10-07-2017

Un gouvernement autoritaire qui affame son peuple et le réprime à coups de matraques : c’est de cette manière que la situation au Venezuela est présentée par les médias occidentaux. Le gouvernement de la révolution bolivarienne, quant à lui, n’a de cesse de dénoncer une stratégie de déstabilisation comparable à celle mise en place contre le président Salvador Allende, au Chili (1970-1973), laquelle se solda par un coup d’Etat. La comparaison est-elle valable ?

Valentine Delbos, pour LVSL

Le Venezuela traverse une situation extrêmement tendue et, malheureusement, les médias dominants – donnant une vision très incomplète des événements en cours dans ce pays– n’aident en rien à la compréhension de la situation pour le citoyen lambda se trouvant à des milliers de kilomètres de Caracas. Si tous les journalistes s’accordent à dire que le pays sud-américain traverse une terrible situation économique, rares sont ceux qui se penchent en profondeur sur les multiples raisons qui l’alimentent. Alors que pour l’expliquer la plupart des médias mettent uniquement en avant l’incompétence du gouvernement en matière de gestion et une corruption qui battrait tous les records, diverses voix et jusqu’au président Maduro s’unissent pour dénoncer de leur côté et depuis plusieurs années une guerre économique… que la presse cite peu ou de façon presque sardonique, faisant passer le mandataire pour un affabulateur ou un « complotiste ».

En effet, il n’est pas de bon ton de mentionner « l’impérialisme » de ce côté-ci de l’atlantique, et le fait que l’histoire de l’Amérique latine soit le résultat de plusieurs siècles de relations tumultueuses avec les Etats-Unis n’a pas l’air d’attirer l’attention de la plupart des « experts » et autres éditorialistes, qui ont plutôt l’air de vouloir suivre la doctrine avancée par le président Obama vis-à-vis du sous-continent : « oublions le passé ».

L’histoire : séance d’auto-flagellation ou outil pour comprendre le présent ?

Faut-il oublier le passé ? Il est évidemment fort commode pour celui qui a commis des exactions de demander à celui qui les a subies de faire table rase et de « se tourner vers le futur ». Demander aux Africains de penser à l’avenir, certes, mais comment leur exiger d’oublier la Françafrique ? Il en va de même en Amérique latine. On ne balaie pas d’un simple revers de main plus d’un siècle et demi d’expansionnisme et d’interventionnisme, de diplomatie de la canonnière ou du « gros bâton », de politique du dollar et d’ingérence continue dans sous-continent considéré jusqu’il y a encore peu- comme la chasse gardée ou l’arrière-cour des Etats-Unis.

Il est intéressant de rappeler la réponse de la présidente de l’Argentine Cristina Fernandez au président Obama après que celui-ci eu proposé – lors du VII Sommet des Amériques qui se tint à Panama en avril 2015 – « d’avancer en laissant derrière le passé » :

« Faisons la part des choses, je vois que le président Barack Obama –il vient de le signaler– n’aime pas beaucoup l’histoire ou bien qu’il la considère comme peu importante ; au contraire à moi elle m’aide à comprendre ce qui se passe [aujourd’hui], ce qui s’est passé et pourquoi, mais surtout à prévenir ce qui pourrait se produire à nouveau. Nous n’abordons pas l’histoire comme un exercice de masochisme ou une séance d’auto-flagellation, mais comme un outil pour comprendre pourquoi nous en sommes arrivés au point où nous nous trouvons. » [1]

Pour les pays historiquement dominés, la mémoire est en effet utile pour comprendre le présent et appréhender le futur, surtout quand les vieilles habitudes perdurent. Car s’il est vrai que le temps ou les troupes américaines pouvaient débarquer n’importe où dans la région et y hisser leur drapeau est bien révolu, il serait vraiment naïf de penser que les Etats-Unis auraient aujourd’hui renoncé à vouloir continuer de favoriser leurs intérêts au sud du Rio Grande. Avec les plus grandes réserves de pétrole du monde et un discours panlatinoaméricaniste intolérable, il est tout naturel de considérer le Venezuela comme une des principales cibles de l’administration étatsunienne. Le président Obama n’a-t-il pas décrété en mars 2015 « un état d’urgence nationale suite à la menace inhabituelle et extraordinaire pour la sécurité nationale et la politique étrangère des États-Unis posée par la situation au Venezuela » ? [2]

C’est en ayant tous ces éléments en vue qu’il faut considérer les allégations du gouvernement vénézuélien lorsqu’il déclare être victime d’une déstabilisation comparable à celle qu’a connue le Chili sous la présidence de Salvador Allende (1970-1973). Une instabilité qui serait le résultat d’une pression politique et médiatique incessante, à laquelle il faudrait rajouter une guerre économique aux effets ravageurs.

Pourtant, rares sont les journalistes qui se sont penchés sérieusement sur cette question, comme si le terme de « guerre économique » ne pouvait renvoyer qu’à des théories conspirationnistes nauséabondes issues d’un esprit paranoïaque. Mais c’est faire montre de beaucoup d’ignorance que de déconsidérer cette pratique qui est loin d’être neuve dans l’histoire de l’humanité en général et dans la boîte à outil interventionniste de la politique étrangère américaine en particulier.

Qu’est-ce que la guerre économique?

La guerre économique a toujours existé ; elle est une réalité qui a beaucoup été étudiée, autant par les universitaires que par les experts en questions militaires… et enseignée : ne trouve-t-on pas une Ecole de Guerre Economique dans le VIIème arrondissement de Paris ? [3]

Comment la définir ? Selon le géopoliticien Pascal Boniface, il s’agirait de « la mobilisation de l’ensemble des moyens économiques d’un État à l’encontre d’autres États pour accroître sa puissance ». Alors que le temps des conflits frontaux associés aux conquêtes territoriales est révolu, « les conflits d’intérêts entre pays développés ne peuvent désormais trouver d’expression qu’à travers l’affrontement économique ». [4]

Et si selon Clausewitz la guerre représentait la continuation de la politique par d’autres moyens, il en va de même aujourd’hui pour la guerre économique qui n’est « qu’un outil qui permet d’atteindre des objectifs qui demeurent fondamentalement d’ordre politique » [5]

Le blocus commercial, économique et financier imposé à Cuba par les Etats-Unis depuis 1960 est peut-être un des plus clair exemples. Il convient ici de rappeler l’objectif qui motiva sa mise en place (sous la présidence de Dwight Eisenhower) avec la lecture d’une note du 6 avril 1960 -secrète à l’époque mais aujourd’hui déclassifiée- du sous-secrétaire d’État adjoint aux Affaires interaméricaines, Lester D. Mallory, dans laquelle celui-ci affirme que :

« la majorité des Cubains soutient Castro » et qu’il « n’existe pas une opposition politique effective », en ajoutant que« le seul moyen prévisible de réduire le soutien interne passe par le désenchantement et le découragement basés sur l’insatisfaction et les difficultés économiques (…) Tout moyen pour affaiblir la vie économique de Cuba doit être utilisé rapidement (…) : refuser de faire crédit et d’approvisionner Cuba pour diminuer les salaires réels et monétaires dans le but de provoquer la faim, le désespoir et le renversement du gouvernement. » [6]

L’on voit bien comment le blocus est utilisé contre Cuba comme un outil destiné à étouffer l’économie [7] dans un but politique : provoquer un mécontentement populaire qui provoquerait un soulèvement puis un changement de gouvernement. Dans cette variante de la guerre économique, l’affrontement est ouvert, officiel, et montre clairement la volonté d’une puissance de faire plier un gouvernement ennemi.

Le Chili du début des années 70 est aussi un grand cas d’école mais dans une autre modalité de la guerre économique : celle-ci qui allie volonté géostratégique d’une puissance extérieure (les Etats-Unis) et groupes d’intérêts locaux opposé au gouvernement en place (grand patronat, oligarchie locale).

Petit rappel des faits.

En pleine guerre froide et alors que les Etats-Unis craignent que la révolution menée par Fidel Castro à Cuba n’aide à propager le « virus rouge » en Amérique latine, un président démocratiquement élu -Salvador Allende- menace de mettre en place une transition vers le socialisme à base de nationalisations et d’une redistribution plus équitable de la richesse. Une situation d’autant plus intolérable pour le républicain Richard Nixon que le nouveau gouvernement chilien menace directement les intérêts des multinationales américaines présentes dans le pays, notamment l’entreprise téléphonique ITT. [8]

Orchestrée par le conseiller à la sécurité nationale Henry Kissinger, la stratégie suivie par les Etats-Unis et ses services secrets n’aura d’autre but que de préparer le terrain pour le coup d’Etat du général Pinochet (11/09/1973) : les documents -aujourd’hui déclassifiés- du Conseil de Sécurité Nationale montrent noir sur blanc les efforts déployés par l’administration américaine pour « déstabiliser économiquement » le Chili entre 1970 et 1973. [9]

Le directeur de la CIA ne prend pas de détours pour décrire les projets de son agence dès 1970 : « Faire tomber [le gouvernement d’] Allende par un coup d’Etat est notre objectif ferme et persistant. (…) Il est impératif que ces actions soient mises en place de façon clandestine et sûres afin que le Gouvernement des Etats-Unis et la main américaine reste bien cachée ». De son côté, le président Nixon ordonne lui-même a son agence de renseignement de « faire hurler l’économie » chilienne afin de renverser Allende. [10]

Plus de 40 ans après les faits, personne n’oserait aujourd’hui mettre en doute qu’une complexe stratégie de déstabilisation a été mise en place par les Etats-Unis contre le gouvernement du Chili du président Allende (s’appuyant sur l’oligarchie locale, la droite chilienne ainsi que la presse d’opposition) et que le volet économique y a joué un rôle prépondérant.

Peut-on faire un parallèle entre le Chili d’Allende et le Venezuela d’aujourd’hui ?

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Source : LVSL, Valentine Delbos, 10-07-2017

Nous vous proposons cet article afin d'élargir votre champ de réflexion. Cela ne signifie nullement que nous "soutenons" le Président Maduro. Par principe, nous ne "soutenons" aucun gouvernement nulle part sur la planète. [Lire plus]Nous sommes au contraire vigilants, tout gouvernement devant, pour nous, justifier en permanence qu'il ne franchit aucune ligne jaune. Mais nous sommes évidemment également attachés à lutter contre le deux poids 2 mesures, et à présenter tous les faits. Au final, notre vision est que le peuple vénézuelien puisse choisir librement et démocratiquement son avenir, sans ingérences extérieures, et nous condamnons toutes les atteintes aux Droits de l'Homme des deux camps...

 

27 réponses à Le Venezuela est-il victime d’une guerre économique ? Par Valentine Delbos

Commentaire recommandé

Puisqu’on vous dit que c’est la socialisation de l’économie qui est responsable des pénuries!

Surtout ne lisez pas cet article complotiste,non sourcé et qui ne passera pas au decodex!!!!!!

Merci à olivier pour cet éclairage, Maurice Lemoine a, lui aussi, commis 4 articles :la guerre économique pour les nuls (et les journalistes) sur le sujet.Ils sont trouvables sur mémoires des luttes,le grand soir ou investig’action……pastillés rouge par le decodex comme il se doit

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L’ASSEMBLÉE NATIONALE CONSTITUANTE DE LA RÉPUBLIQUE BOLIVARIENNE DU VENEZUELA COMME INSTRUMENT DE DIALOGUE NATIONAL POUR LA PRÉSERVATION DE LA PAIX ET DE LA DÉMOCRATIE

8 Septembre 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #AMERIQUE, #Amérique Latine

L'ASSEMBLÉE NATIONALE CONSTITUANTE
DE LA RÉPUBLIQUE BOLIVARIENNE DU VENEZUELA

 

L’ASSEMBLÉE NATIONALE CONSTITUANTE COMME INSTRUMENT DE DIALOGUE NATIONAL POUR LA PRÉSERVATION DE LA PAIX ET DE LA DÉMOCRATIE

 

 

La paix au Venezuela avait donné déjà des symptômes d’instabilité en janvier 2015, après l’installation de la nouvelle Assemblée Nationale (pouvoir législatif), où l’opposition est majoritaire.   En effet, dans son premier discours à la Nation, le nouveau Président de l’Assemblée Nationale, le Député Henry Ramos Allup, avait annoncé que dans un délai de six mois il ferait partir le Président Nicolás Maduro de la Présidence de la République.
 
Etant donné que le mandat du gouvernement du Président Nicolás Maduro arrive à son terme en 2018, cette affirmation du Pouvoir Législatif représentait une menace à la démocratie vénézuélienne.  L’Assemblée nationale a déclaré ouvertement son intention d’attenter contre le Pouvoir Exécutif, méconnaissant sa légalité et sa légitimité, issue d’élections libres et démocratiques qui se sont tenues en 2013.
 
Les actions entreprises en suite par l’Assemblée Nationale ont accentué la méconnaissance des attributions légales et légitimes du Pouvoir Exécutif, vulnérant ainsi l’équilibre qui doit exister entre les Pouvoirs Publics et prônant la suprématie du Pouvoir Législative sur les autres Pouvoir Publics constitués.  Ces actions, inadmissibles dans une démocratie, ont érodé la paix au Venezuela et sont devenues un des principaux antécédents de la violence que connaîtra la Nation vénézuélienne pendant le premier semestre de l’année 2017.
 
Dans le dernier trimestre de 2016, et face à une rupture potentiel de l’ordre démocratique par le Pouvoir Législatif, le Gouvernement du Président Nicolás Maduro a proposé aux représentants de l’opposition politique vénézuélienne d’établir un mécanisme de dialogue permettant de renforcer la démocratie et ses institutions, à travers des accords qui respecteront l’indépendance et l’équilibre entre les Pouvoirs Publics ; la tolérance et le respect de la diversité des opinions politiques (liberté de pensée) ; la primauté des Droits de l’Homme sur toute idéologie politique ; le refus de toute forme violente de solution de controverses et tout autre thème que les parties considèrent pertinente.
 
Malheureusement, cette première tentative de dialogue n’a pas abouti.  Tout au long du premier semestre de 2017, le Gouvernement du Président Nicolás Maduro a insisté en vain sur le besoin de reprendre le dialogue avec l’opposition politique vénézuélienne.  L’option prise par les groupes extrémistes des partis politiques d’opposition, et soutenue par leurs représentants au Pouvoir Législatif, a été le recours à la violence dans le but de renverser le gouvernement légitimement constitué du Venezuela. La violence a eu comme conséquence plus de cent victimes mortelles, d’énormes dommages matériels et le ralentissement de l’économie vénézuélienne.
 
Devant cette situation, le Président Nicolás Maduro a décidé de se servir des mécanismes stipulés par la Constitution vénézuélienne pour chercher à rétablir la paix nationale et garantir la stabilité de la démocratie vénézuélienne.  C’est dans ce contexte qu’a lieu la convocation de l’Assemblée Nationale Constituante, dont l’objective est d’être un instrument de dialogue national qui canalise les différences politiques dans les voies du respect et de la tolérance.
 
Après l’élection et l’installation de l’Assemblée Nationale Constituante, la violence qui s’était instaurée au Venezuela s’est évanouie.
 
LE PERFECTIONNEMENT DE LA CONSTITUTION NATIONALE POUR RENFORCER LA DÉMOCRATIE PARTICIPATIVE
 
L’Assemblée Nationale Constituante a pour objectif de perfectionner la Constitution Nationale en vigueur, par la rédaction de normes constitutionnelles garantissant que les controverses qui surgiront parmi les acteurs politiques qui conforment la société vénézuélienne, ainsi que les différences entre les Pouvoirs Publics, puissent trouver une solution par la voie pacifique.  L’Assemblée Nationale Constituante cherche donc à perfectionner la démocratie participative et favoriser la tolérance politique.
 
Il résulté donc inconcevable que les vénézuéliens élus comme membres de l’Assemblée Constituante rédigent des normes constitutionnelles qui altèrent l’équilibre entre les Pouvoirs Public, qui favorisent la perpétuation au pouvoir de certains acteurs politiques, qui portent atteinte aux Droits de l’Homme et au Droit International.  La tradition démocratique vénézuélienne oblige les membres de l’Assemblée Constituante à préserver la démocratie.
 
Dans une vraie démocratie, comme la vénézuélienne, le Pouvoir Constituant a des limitations car il naît de la volonté populaire. Tous les pouvoirs sont limités par les Droits de l’Homme, y compris le Pouvoir Constituant Originel.  Les droits de chaque vénézuélien sont supérieures à tout et ne peuvent être violés.  Une des tâches des membres de l’Assemblée Constituante est justement de renforcer ces droits.
 
En conséquence, tant la société vénézuélienne que la communauté internationale ont la garantie absolue que l’action de l’Assemblée Nationale Constituante ne pourra, sous aucune circonstance, représenter un danger pour la démocratie, ni aura, sous aucun concept, des vestiges de despotisme.
 
L’ASSEMBLÉE NATIONALE CONSTITUANTE N’A PAS DISSOUT, ET NE DISSOUDRA PAS, LES POUVOIRS PUBLICS LÉGITIMEMENT CONSTITUES
 
Le Venezuela est une démocratie présidentielle qui a cinq Pouvoirs Publics indépendants établis dans la Constitution Nationale actuelle: le Pouvoir Exécutif (un président qui exerce les fonctions de chef d'État et de chef du gouvernement), le Pouvoir Législatif (composé des députés de l'Assemblée Nationale), le Pouvoir Judiciaire (représenté par le Tribunal Suprême de Justice), le Pouvoir Électoral (composé des recteurs du Conseil National Électoral) et le Pouvoir Citoyen (composé du Défenseur des Droits ou ombudsman, du Procureur Général, et du Contrôleur General de la République).
La vocation démocratique du peuple vénézuélien a conduit l'Assemblée Nationale Constituante à établir, strictement, un Décret dans lequel elle affirme qu'elle cohabitera harmonieusement avec tous les Pouvoirs Publics légitimement constituées.
 
L'Assemblée Nationale Constituante a été convoquée pour être un instrument pour vaincre la violence et atteindre la paix et la stabilité du Venezuela ; il est donc insensé de penser que ses actions pourraient conduire à une déstabilisation de l'ordre démocratique et des institutions publiques. Par conséquent, même si l'Assemblée Nationale Constituante peut prendre des décisions qui entrent dans le domaine de compétences de tous les Pouvoirs Publics constitués, cela ne signifie pas que l'existence desdits Pouvoirs n'est pas reconnue, que leurs fonctions sont usurpées ou qu'ils sont dissous.
 
À cet égard, l'Assemblée Nationale Constituante, dans le but d'appliquer la Constitution Nationale, a décidée d’avancer la date des élections régionales (prévues pour décembre 2017). En vertu de cette décision, l'élection des gouverneurs se tiendra en octobre 2017. Bien que cette résolution de l'Assemblée Nationale Constituante corresponde au domaine de compétences du Conseil National Électoral, cela ne signifie pas la dissolution du Pouvoir Électoral. Au contraire, la décision prise par l'Assemblée Nationale Constituante renforce le Pouvoir Électoral en lui donnant une dynamique qui l'amène à perfectionner ses mécanismes de convocation des élections et à assurer l'accomplissement rapide de ses obligations établies dans la Constitution Nationale.
 
L'Assemblée Nationale Constituante a également jugé nécessaire engager un processus de lutte contre la corruption au Ministère Public. Cette décision, qui entre dans le domaine des compétences du Pouvoir Citoyen, n'a pas signifié la dissolution ou la méconnaissance dudit Pouvoir Public. L'action de l'Assemblée Nationale Constituante, loin de diminuer les compétences d'un Pouvoir Public constitué, a renforcé le Pouvoir Citoyen en lui exigeant de garantir la transparence dans l'administration de la justice au Venezuela.
 
De même, l'Assemblée Nationale Constituante a créé la Commission pour la Vérité, la Justice et la Paix, afin d'enquêter sur tous les actes de violence politique qui ont eu lieu dans le pays et parvenir à la réconciliation, le pardon et la paix avec justice. Cette décision concerne le Pouvoir Exécutif, le Pouvoir Judiciaire et le Pouvoir Citoyen, qui n'ont pas été ni méconnus ni usurpés.
 
Finalement, l'Assemblée Nationale Constituante a décidé de prendre des initiatives législatives en matière économique, afin de faire face aux grandes difficultés économiques que traverse le Venezuela. Même si cette décision entre dans le domaine de compétences des législateurs et du Gouvernement National (qui met en œuvre la Politique Économique du Venezuela), cette attribution de l'Assemblée Nationale Constituante ne représente pas une menace pour le Pouvoir Exécutif et le Pouvoir Législatif.
 
L'Assemblée Nationale Constituante a pris des décisions qui visent à renforcer les institutions publiques. Son domaine de compétence est large et implique la prise de décision dans des domaines qui sont également de la compétence des Pouvoirs Publics constitués. Ces pouvoirs ont la possibilité de voir leur fonctionnement renforcé et même de participer dans ces initiatives, car l'objectif ultime de toutes les institutions de l'Etat doit être, indépendamment de l'idéologie politique de ses membres, de contribuer au renforcement de la démocratie vénézuélienne, et sauvegarder la paix de tous les vénézuéliens.
 
LA PROPOSITION DE LA NOUVELLE CONSTITUTION NATIONALE SERA SOUMISE A LA VOLONTÉ POPULAIRE PAR LA VOIE D’UN REFERENDUM D’APPROBATION
 
L'Assemblée Nationale Constituante élaborera une proposition de Constitution Nationale qui sera soumise à la volonté populaire. Le peuple vénézuélien, par la voie d’un référendum d'approbation, décidera s’il approuve ou non une nouvelle Constitution. La légitimité de la nouvelle Constitution Nationale n'existera que si elle est approuvée par le peuple vénézuélien, qui, fidèle à sa tradition démocratique, est le seul à avoir le pouvoir de décider les changements transcendantaux au Venezuela, et qui prendra jalousement soin des réussites démocratiques accomplies. Le Gouvernement vénézuélien accompagne le peuple dans ce but. C’est la raison pour laquelle le président Nicolas Maduro a affirmé, à maintes reprises, que ce sera le peuple vénézuélien qui décidera l'avenir du Venezuela et de sa Constitution par la voie d’un référendum d’approbation, toujours fondé sur la nécessité impérieuse de renforcer la démocratie et de la protéger de tout acte de violence politique, terroriste ou de tout autre type.

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Les 10 victoires du Président Maduro, par Ignacio Ramonet

2 Août 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #La nation ., #La France, #AMERIQUE, #La mondialisation, #La finance dérégulée, #Le capitalisme;, #Le grand banditisme, #Les transnationales, #La lutte des classes, #l'horreur économique, #Amérique Latine

Les 10 victoires du Président Maduro, par Ignacio Ramonet

Source : Ignacio Ramonet, Janvier 2017

Depuis l’arrivée au pouvoir de Hugo Chavez, le pays a dû affronter une série d’obstacles politiques, sociaux et économiques aussi bien internes qu’externes, qui se son accentués lors de la présidence de Nicolas Maduro. Ignacio Ramonet analyse ici l’année 2016, l’année la plus compliquée de la révolution bolivarienne.

Début 2016, pour les autorités de Caracas, la situation était très compliquée. Pour principalement trois raisons : 1) L’opposition néo libérale avait gagné les élections législatives de décembre 2015 et contrôlait l’Assemblée Nationale. 2) Le prix du pétrole, principale ressource du Venezuela,  était tombé à son niveau le plus bas depuis longtemps. 3) Le président des Etats Unis, Barack Obama venait de signer un décret où le Venezuela était présenté comme une « menace non usuelle et extraordinaire pour la sécurité nationale et la politique extérieure des Etats Unis » (1).

Autrement dit, la révolution bolivarienne semblait être à la défensive sur les trois champs décisifs que sont la politique, l’économique et la géopolitique, alors que la contrerévolution, aussi bien interne qu’externe pensait avoir, enfin, à portée de main le pouvoir au Venezuela.

Tout cela dans un contexte de guerre médiatique de longue durée contre Caracas, qui avait commencé avec l’arrivée au pouvoir de Hugo Chavez en 1999 y qui s’est intensifiée à partir d’avril 2013, en atteignant des niveaux inédits de violence depuis l’élection de Maduro.

L’atmosphère de harcèlement agressif et permanent par les media se traduit pas une désinformation insidieuse sur le Venezuela qui jette le trouble même chez de nombreux amis de la révolution bolivarienne. Dans cette ère de la « post-vérité », la pratique du mensonge, de la fraude intellectuelle  et de la tromperie éhontée n’est pas sanctionnée par aucune conséquence négative, que ce soit en termes de crédibilité ou d’image.  Tout se vaut, tout sert dans cette « ère du relativisme post-factuel ». Même les faits et les données les plus objectifs ne sont pas pris en considération. On n’accepte pas non plus l’argument – si évident dans le cas du Venezuela – du complot, de la conjure, de la conspiration. Le nouveau discours médiatique dominant dénonce par avance et ridiculise le « prétendu complotisme » comme reprend un « récit éculé » qui ne peut qu’être rejeté avec mépris.

Début 2016, tout donc semblait très difficile pour le président du Venezuela. Au point que l’opposant acharné, et néolibéral, Henry Ramos Allup, passablement enivré avec sa majorité parlementaire, s’est permis d’affirmer dans son premier discours, en janvier 2016, comme président de l’Assemblée Nationale, qu’il allait enlever Maduro du pouvoir dans « un délai ne dépassant pas six mois ». S’inspirant sans doute du coup d’Etat institutionnel contre Dilma Roussef au Brésil, il pariait sur une victoire à un éventuel référendum qui révoquerait le président.

Les  choses étaient ainsi quand le président Maduro a surpris tout le monde, dans une série magistrale de coups d’échecs que personne n’a vu venir – et qui était parfaitement légale selon la Constitution. Il a rénové, comme celle-ci le lui autorise, les membres du Tribunal Suprême de Justice (TSJ), organe supérieur du pouvoir judiciaire, dont la « Salle Constitutionnelle » a le dernier mot en matière d’interprétation de la Constitution.

Aveuglée par sa superbe, l’opposition a alors commis deux erreurs majeures : elle a décidé d’ignore les avertissements du TSJ, en acceptant que siègent à l’assemblée trois députés de l’Etat d’Amazonie dont l’élection, en décembre 2015, avait été suspendue pour cause d’irrégularités. Face à cet affront, le TSJ n’a pu que décréter que la présence de ces trois députés « non élus régulièrement » enlève toute validité aux décisions de l’assemblée. Le TSJ a en fait jugé que l’Assemblée était en état de désobéissance et que, par conséquent, « toutes ses décisions seront considérées comme étant nulles ».  En raison de ses propres erreurs, non seulement l’Assemblée Nationale n’a pas réussi à légiférer, ni à exercer son contrôle sur le gouvernement, mais, comme le reconnaissent de prestigieux spécialistes de droit constitutionnel, elle s’est elle-même annihilée, elle a dilapidé son pouvoir et s’est, en fait, auto dissoute (2). Telle fut la première grande victoria de Nicolas Maduro en 2016.

Obsédée par son désir de renverser le président, l’opposition a aussi décidé d’ignorer les conditions légales (article 72 de la Constitution) – en l’occurrence, les étapes à suivre, telles qu’elles sont consignées dans la règlementation – lorsqu’elle a voulu lancer, en 2016, un referendum demandant la révocation du président (3). Un autre fracassant échec pour elle. Et une autre victoire de Nicolas Maduro.

Même ainsi, il est arrivé un moment, en mars-avril 2016, où tout s’est énormément compliqué. Aux coups de boutoir habituels des forces hostiles à la révolution bolivarienne est venue s’ajouter une sécheresse exceptionnelle, la deuxième en importance depuis 1950, accompagnée de chaleurs extrêmes, dues au phénomène El Niño. Au Venezuela, 70% de l’énergie électrique est fournie par les barrages, la principale centrale hydroélectrique étant celle du Guri, dont le niveau a été réduit au minimum, faute de pluies.

La contrerévolution a essayé de tirer parti de la situation pour multiplier les sabotages électriques, en cherchant à créer le chaos énergétique, le mécontentement social et susciter des mouvements de protestation. Le danger était particulièrement grand, au problème électrique s’ajoutant, du fait de la sécheresse persistante, le manque d’eau potable.

Le président Maduro a toutefois agi à nouveau avec célérité, en adoptant des mesures drastiques : il décida de substituer des millions de lampes à incandescence par d’autres, beaucoup moins gourmandes en électricité ; il donna l’ordre de remplacer les vieux appareils d’air conditionné par de nouveaux, également moins gourmands ; il décréta la mi-journée de travail dans l’administration publique et un plan spécial de limitation de la consommation électrique et d’eau.

Il parvint ainsi, grâce à ces mesures audacieuses, à éviter une crise énergétique majeure (4), tout en obtenant une de ses victoires les plus populaires de l’année 2016.

Un changement de paradigme

Un autre problème important, peut-être le plus grave, auquel a dû faire face le gouvernement – conséquence en partie de la guerre économique contre la révolution bolivarienne – est celui de l’approvisionnement alimentaire. Il faut se rappeler qu’avant 1999, 65% des vénézuéliens vivaient dans la pauvreté. Sur dix vénézuéliens, seulement trois consommaient régulièrement de la viande, du poulet, du café, du lait,… Pendant les seize dernières années, la consommation alimentaire a littéralement explosé, faisant un bond de 80%, grâce à l’investissement social massif par la révolution.

Ce changement structurel explique, à lui tout seul, pourquoi la production nationale d’aliments, bien plus importante de ce que l’on croit (5), s’est trouvée être insuffisante.

La demande ayant augmenté massivement, la spéculation s’est déchaînée. Face à une offre structurellement limitée, les prix ont augmenté de manière vertigineuse, le marché noir explosant littéralement. Beaucoup de personnes achetaient les produits subventionnés par le gouvernement pour les revendre à des prix bien plus élevés (le « bachaqueo »). Certains allaient même jusqu’à les « exporter » dans les pays voisins (Colombie, Brésil) où ils les revendaient pour le double ou le triple de leur prix subventionné. Privant ainsi de ces produits les plus humbles, et le pays de ses dollars, devenus plus rares avec l’effondrement du prix du pétrole. Une telle situation scandaleuse ne pouvait durer.

Une fois de plus, le président Maduro a décidé d’agir avec fermeté. Il a d’abord – point très important – changé la philosophie de l’aide sociale. Il commença par corriger une erreur majeure qui se commettait au Venezuela depuis des lustres. Il décida que l’Etat, au lieu de subventionner les produits, ne subventionnerait plus que les personnes, de sorte que les pauvres, ceux qui en ont réellement besoin, soient les seuls à avoir accès aux produits subventionnes. Pour tous les autres, les produits se vendent au prix du marché. Ce qui évite la spéculation et le « bachaqueo » (6).

La seconde mesure décisive du président fut l’annonce que tout allait être fait pour changer le caractère économique du pays, pour qu’il passe d’un « modèle de rente » à un « modèle productif ». Il définit à cet effet « quinze moteurs » (7) pour réanimer l’activité économique, aussi bien du secteur privé que du secteur public et de l’économie communautaire.

Ces deux décisions essentielles se sont matérialisées par la création des CLAP (Comités Locaux d’Approvisionnement et de Production), une nouvelle forme d’organisation populaire. Les représentants des communautés organisées fournissent, à un prix réglementé, des colis de biens alimentaires. Beaucoup d’entre eux proviennent d’une nouvelle production nationale.  Les CLAP devraient approvisionner, dans les prochains mois de 2017, environ quatre millions de familles modestes. On peut voir là une autre grande victoire du président Maduro.

L’investissement social

Una autre victoire, non des moindres, de cette année 2016, si difficile, est constituée par le record en matière d’investissement social, qui a atteint 71,4% du budget du pays. Un record mondial. Aucun autre pays de la planète consacre presque les trois quarts de son budget à l’investissement social.

En ce qui concerne la santé, par exemple, le nombre d’établissements hospitaliers a été multiplié par 3,5 depuis 1999. Et l’investissement dans un nouveau modèle humain de santé publique a été multiplié par dix.

La Misión Barrio Adentro (« mission au cœur des quartiers ») – qui a pour objectif de s’occuper des malades dans les aires urbaines les plus humbles – a réalisé presque 800 millions de consultations et sauvé la vie à un million et demi de personnes. Huit Etats ont ainsi été couverts à 100% en 2016, alors que l’objectif était de six.

Une autre victoire sociale fondamentale, non mentionnée par les grands média, concerne les retraites. Avant la révolution, à peine 19% des retraités recevaient une pension, les autres subsistaient souvent dans la misère ou en étant à la charge de leurs familles. En 2016, le pourcentage de retraités qui reçoivent une pension, même s’ils n’ont pas cotisé pendant leur vie active, a atteint les 90%. Un record en Amérique du Sud.

Une autre victoire du même ordre – et que les grands média se gardent bien, aussi, de mentionner – est celle obtenue par la Mission Logement qui est chargé de  construire des logements sociaux, à un prix réglementé, pour les familles modestes.

En 2016, elle a construit 359.000 logements – à titre de comparaison, un pays développé comme la France n’a construit, en 2015, que 109.000 logements sociaux. Se rajoutent à cela les 335.000 logements réhabilités dans le cadre de la Mision Barrio Nuevo  Tricolor , qui a attiré les éloges du célèbre architecte Frank Gehry, auteur entre autres du Musée Guggenheim de Bilbao et du Musée Louis Vuitton de Paris. Au point qu’il a déclaré vouloir  s’y impliquer. Soit presque 700.000 logements sociaux construits ou rénovés  en 2016. Un nombre sans équivalent dans le monde

Depuis le début de son mandat, en 2013, le président Maduro a déjà remis près d’un million et demi de logements à des familles modestes. Un record mondial passé sous silence par tous les médias hostiles à la révolution bolivarienne. Et que beaucoup de ses amis oublient parfois de mentionner.

Des liens internationaux

Rappelons, pour finir, quelques unes des brillantes victoires obtenues sur le plan géopolitique.  Avoir empêché,  par exemple, que l’Organisation des Etats Américains (OEA), dominée par Washington, condamne Caracas comme le prétendait son secrétaire général, Luis Almagro, qui invoquait la « Charte Démocratique » contre le Venezuela.

Ou bien le succès du XVIIème sommet du Mouvement des Pays Non Alignés (MNOAL) réalisé en septembre 2016 dans le Centre de Conventions Hugo Chavez de l’île Margarita, avec la présence de nombreux chefs d’Etat et de gouvernement, les représentants de cent vingt pays ayant manifesté leur solidarité avec le Venezuela.

Pour finir, rappelons le rôle important du président Maduro, qui a effectué de nombreuses tournée internationales dans ce cadre, dans la réussite inespérée d’un accord entre pays OPEP et non-OPEP pour la réduction concertée des exportations de pétrole. Accord qui, signé fin novembre 2016, a freiné la chute du prix du pétrole qui, de 24 dollars en janvier est passé au-dessus des  45 dollars fin décembre 2015.

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1. Voir Ignacio Ramonet, “Venezuela candente”, Le Monde diplomatique en español, janvier 2016. http://www.monde-diplomatique.es/?url=editorial/0000856412872168186811102294251000/editorial/?articulo=2ebf5b30-e930-4492-971c-2fb37aa6e443

2. Cf. BBC Mundo, 24 octobre 2016 : http://sumarium.com/se-ha-vuelto-irrelevante-la-asamblea-nacional-en-venezuela/

3. “L’article 72 de la Constitution du Vénezuela stipule que le référendum révocatoire peut avoir lieu après la première moitié du mandat présidentiel. Dans le cas de Maduro, le mandat a commencé le  10 janvier 2013, et se finira le 10janvier 2019. La mi-mandat est donc au 10 janvier 2016. La confusion sur la date à laquelle la convocation au référendum peut avoir lieu tient à ce que Hugo Chavez est mort le 5 mars 2013, avant d’être remplacé par Maduro. Mais selon l’article 231 de la Constitution, l’actuelle période présidentielle a commencé le 10janvier 2013 et non le 19 avril. Cf. la déclaration de Tibisay Lucena, présidente du Consejo Nacional Electoral (CNE), le 9 aôut 2016. http://albaciudad.org/2016/08/cne-referendo-revocatorio-para-2017/

4. Avec l’arrivée progressive des pluies, fin mai, le niveau du barrage Guri a monté, et le président a décrété, le 4 juillet, la fin du rationnement électrique.

5. Depuis 1999, le gouvernement bolivarien a investi comme aucun autre dans l’agriculture, avec la priorité d’augmenter la production locale. Le Venezuela est auto suffisant en pommes de terre, poivrons, tomates, oignons, ails, céleri, yuca, auyama, laitues, choux, coriandre, citron, melon, quayaba, bananes entre autres. 80% du riz est de provenance nationale. 85% pour le fromage et la  charcuterie. Concernant le poulet et la viande bovine, les importations ne sont que de 24%. Elles sont de l’ordre de 15% pour les carottes, les lentilles et les pois chiches.

6. Cf. Pasqualina Curcio Curcio, “La Mano visible del Mercado. Guerra económica en Venezuela”, Editorial Nosotros Mismos, Caracas, 2016.

7. Los 15 moteurs sont 1. Agroalimentaire. 2 Pharmacie. 3 Industrie. 4 Exportations. 5 Economie communautaire, sociale et socialiste. 6 Hydrocarbures. 7 Petrochimie. 8 Produits miniers. 9 Tourisme national et international. 10 Construction. 11 Produits forestiers. 12 Industrie militaire. 13 Télécommunications et Informatique. 14 Banque publique et privée. 15 Industrie de base.

Ignacio Ramonet

Directeur de l’édition espagnole  du Monde Diplomatique

Source : Ignacio Ramonet, Janvier 2017

 

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Comment « Le Monde » invente la « répression » au Venezuela. (Partie II).

3 Juillet 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #Amérique Latine

(SUITE ET FIN)

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Le 16 mai, « Le Monde » dénonce « la mort d’un jeune de 17 ans, blessé par balle lors d’un rassemblement contre le président Maduro » (article ci-dessus). C’est faux. L’enquête montre que Yeison Natanael Mora Castillo a été tué par un projectile identique à celui utilisé pour assassiner le jouer de violon alto Cañizales. Il ne participait pas davantage à un rassemblement anti-Maduro. Ses parents sont membres d’une coopérative en lutte pour récupérer un latifundio de sept mille hectares, subissant depuis longtemps les attaques du grand propriétaire. Ils ont porté plainte contre les organisateurs de la marche de l’opposition et dans une interview au journal local Ciudad Barinas ont dénoncé la manipulation internationale de l’assassinat de leur fils, imputé faussement au gouvernement Maduro. (14)

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Yeison Natanael Mora Castillo

Imputer systématiquement au gouvernement bolivarien les assassinats commis par la droite, c’est tout le « journalisme » de Paulo Paranagua. Le 21 avril déjà, il impute aux collectifs chavistes la mort d’un étudiant de 17 ans, Carlos Moreno, tué d’une balle dans la tête, tout comme celle de Paola Ramirez Gomez, 23 ans. Double mensonge. Selon la famille de Carlos Moreno, l’adolescent ne participait à aucune manifestation et se rendait a un tournoi sportif. Son assassin vient d’être arrêté : il s’agit d’un membre de la police d’Oscar Oscariz, maire de droite de la municipalité de Sucre. Le journal d’opposition Tal Cual en a rendu compte (15). Quant à la deuxième victime mentionnée par Paranagua, Paola Rodríguez, son assassin a été arrêté également par les autorités : il s’agit d’Iván Aleisis Pernía, un militant de droite.

Certes le « quotidien vespéral des marchés » n’est pas seul à mentir de manière aussi sordide dans ce « combat pour la liberté ». La Libre Belgique, le New York Times, France-Culture, El Pais, Le Figaro ou même Mediapart sont autant de robots de la vulgate mondiale. Cette invention de « la répression » est d’autant plus facile que l’image archétypale du manifestant matraqué par un garde national est gagnante d’avance lorsqu’on est privé d’accès au hors-champ de l’image. Loin du Venezuela, seuls les happy few flaireront la mise en scène où des jeunes sont entraînés, armés, payés pour provoquer les forces de l’ordre et produire « l’image » nécessaire. La concentration planétaire des médias et la convergence croissante des réseaux sociaux avec les médias dominants fait le reste, fixant l’imaginaire de la gauche comme de la droite. On voit ainsi des « insoumis » politiquement se soumettre médiatiquement et ajouter sans le savoir leur petite pierre à la campagne mondiale :

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Et ci-dessous le retweeteur de cette belle affiche n’imagine sans doute pas la supercherie qui se cache derrière l’Anonymous vénézuélien. Cette capacité de l’extrême droite d’emprunter au mouvement alternatif mondial certains de ses symboles pour capitaliser un appui est décryptée ici : « Quand tombe le masque de Guy Fawkes de l’opposition vénézuélienne » (16)

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Bref, comme si l’histoire de la propagande et des guerres ne nous avait rien appris, nous retombons sans cesse dans la nasse. Malcolm X avait prévenu : « si vous n’y prenez garde, les médias vous feront prendre les victimes pour les bourreaux et les bourreaux pour les victimes ». En transformant les violences de l’extrême droite en « révolte populaire », en rhabillant en « combattants de la liberté » des assassins nostalgiques de l’apartheid des années 90, c’est d’abord contre les citoyens européens que l’uniformisation médiatique sévit : la majorité des auditeurs, lecteurs et téléspectateurs appuient sans le savoir une agression visant à renverser un gouvernement démocratiquement élu. Sans démocratisation en profondeur de la propriété des médias, la prophétie orwellienne se fait timide. Le Venezuela est assez fort pour empêcher un coup d’État comme celui qui mit fin à l’Unité Populaire de Salvador Allende mais la coupure croissante de la population occidentale avec le monde se retournera contre elle-même.

Micro-manuel d’auto-défense face à la déferlante médiatique.

« Le Venezuela est un « régime dictatorial». Faux. Depuis 1999, le Venezuela bolivarien a organisé un nombre record de scrutins (25), reconnus comme transparents par les observateurs internationaux. Selon l’ex-président du Brésil Lula da Silva, il s’agit d’un “excès de démocratie”. Pour Jimmy Carter qui a observé 98 élections dans le monde, le Venezuela possède le meilleur système électoral du monde. En mai 2011 le rapport de la canadienne Fondation pour l’Avancée de la Démocratie (FDA) a placé le système électoral du Venezuela à la première place mondiale pour le respect des normes fondamentales de démocratie. L’ONG chilienne LatinoBarometro a établi dans son rapport 2013 que le Venezuela bat les records de confiance citoyenne dans la démocratie en Amérique Latine (87 %) suivi de l’Équateur (62 %) et du Mexique (21 %). Le président Nicolás Maduro vient de lancer un processus constituant participatif qui permet à tous les secteurs sociaux de faire leurs propositions, ce qui donnera un nouveau scrutin, et a réaffirmé que des élections présidentielles auront lieu en 2018 comme le stipule la loi.

« Il n’y pas de liberté d’expression au Venezuela ». Faux. Sur les plus de 1000 stations de radio et chaînes de télévision auxquelles l’État a accordé l’autorisation d’émettre, 67% sont privées (la grande majorité opposées à la révolution bolivarienne), 28% sont aux mains des communautés mais ne transmettant que sur une échelle strictement locale et 5% sont propriété de l’État. Sur les 108 journaux qui existent, 97 sont privés et 11 publics. 67% de la population vénézuélienne a accès à internet. Cette plate-forme dominante des médias privés renforcée par le réseau des transnationales joue un rôle crucial dans la désinformation au service de la déstabilisation. Pour un dossier détaillé et chiffré de ce paysage médiatique, voir Thomas Cluzel ou l’interdiction d’informer sur France-Culture » (17)

« Il y a des prisonniers politiques au Venezuela ». Faux. A moins de considérer comme « prisonniers politiques » les assassins du parti d’extrême droite Aube Dorée emprisonnés en Grèce. Dans un État de Droit, qu’il s’appelle France ou Venezuela, être de droite ne signifie pas être au-dessus des lois ni pouvoir commettre impunément des délits tels qu’assassinats, attentats à la bombe ou corruption. Ce n’est pas pour leurs opinions politiques mais pour ce type de délits que des personnes ont été jugées et emprisonnées (18). Dans la pratique on observe d’ailleurs un certain laxisme de la justice. Selon la firme privée de sondages Hinterlaces, 61 % des vénézuéliens considèrent que les promoteurs des violences et des actes de terrorisme devraient répondre de leurs actes devant un tribunal (19).

Rappelons que les leaders actuels de la droite n’ont jamais respecté les institutions démocratiques : ce sont les mêmes qui en avril 2002 avaient mené un coup d’État sanglant contre le président Chavez, avec l’aide du MEDEF local et de militaires formés à la School of Americas. Ce sont les mêmes qui ont organisé les violences de 2013 à 2016. Notons l’identité d’un de leurs mentors : Alvaro Uribe, un des plus grands criminels contre l’humanité de l’Amérique Latine, ex-président d’un pays gouverné par le paramilitarisme et les cartels de la drogue, qui possède les plus grandes fosses communes du monde, qui compte 9500 prisonniers politiques, 60.630 personnes disparues au cours des 45 dernières années et qui depuis la signature des accords de paix a repris une politique sélective d’assassinat de leaders sociaux et de défenseurs des droits de l’homme. Pour une information complète et en photos sur ces liens des héros du « Monde » avec le paramilitarisme colombien, lire « Venezuela : la presse française lâchée par sa source ? », https://venezuelainfos.wordpress.com/2015/08/04/venezuela-la-presse-francaise-lachee-par-sa-source/

Thierry Deronne, Venezuela, 20 mai 2017.

Notes

  1. Entretien intégral de Cristina Kirschner avec Jorge Gestoso https://www.youtube.com/watch?v=-WM6nD6hPu0
  2. Comme le reconnaît Julio Borges, leader du parti d’extrême droite Primero Justicia et actuel président de l’Assemblée Nationale, dans l’interview non complaisante que lui fait le journaliste de la BBC Stephen Sackur, le 19 mai 2017 : http://bbc.co.uk/programmes/p052nsxd
  3. Détails de plusieurs cas sur le site du Parquet : http://bit.ly/2ro4iXE ; http://bit.ly/2qE9MNb ; http://bit.ly/2q5RsbU ; http://bit.ly/2rnNT5s
  4. https://venezuelainfos.wordpress.com/2015/08/04/venezuela-la-presse-francaise-lachee-par-sa-source/
URL de cet article : http://wp.me/p2ahp2-2zk
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Comment « Le Monde » invente la « répression » au Venezuela. (Partie I).

3 Juillet 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #Amérique Latine, #Les média

Comment « Le Monde » invente la « répression » au Venezuela

Mettons-nous dans la peau d’un habitant de la planète qui n’aurait que les médias pour s’informer sur le Venezuela et à qui jour après jour, on parlerait de « manifestants » et de « répression ». Comment ne pas comprendre que cette personne croie que la population est dans la rue et que le gouvernement la réprime ?

Mais il n’y a pas de révolte populaire au Venezuela. Malgré la guerre économique la grande majorité de la population vaque à ses occupations, travaille, étudie, survit. C’est pourquoi la droite organise ses marches au départ des quartiers riches. C’est pourquoi elle recourt à la violence et au terrorisme, dont les foyers sont localisés dans les municipalités de droite. ll y a 90 pour cent de quartiers populaires au Venezuela. On comprend l’énorme hiatus : les médias transforment les îles sociologiques des couches aisées (quelques % du territoire) en « Venezuela ». Et 2% de la population en « population ». (1)

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Caracas en mai

Le 12 mai l’ex-présidente argentine Cristina Fernández, après Evo Morales, a dénoncé « la violence utilisée au Venezuela comme méthodologie pour arriver au pouvoir, pour renverser un gouvernement » (2). Depuis l’Équateur, l’ex-président Rafael Correa a rappelé que « le Venezuela est une démocratie. C’est par le dialogue, avec les élections, que doivent se régler les divergences. De nombreux cas de violences viennent clairement des partis d’opposition » (3). C’est aussi la position du Caricom, qui regroupe les pays des Caraïbes (4). Le Pape François a dû pousser les évêques du Venezuela qui comme dans le Chili de 1973 traînaient les pieds face au dialogue national proposé par le président Maduro (5). Ce dernier a par ailleurs lancé le processus participatif de l’Assemblée Constituante, avec vote à la clef, et confirmé la tenue du scrutin présidentiel légalement prévu en 2018.

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Assemblée populaire et d’enseignants pour faire des propositions dans le cadre de l’Assemblée Nationale Constituante, dans l’état d’Apure le 20 mai 2017. Ce processus doit être ouvert et participatif. Une image qu’on ne risque pas de voir dans les médias… Photo de Marco Teruggi

Depuis la disparition d’Hugo Chavez en 2013, le Venezuela est victime d’une guerre économique qui vise à priver la population des biens essentiels, principalement les aliments et les médicaments. La droite locale renoue avec certains éléments de la stratégie mise en place jadis au Chili par le tandem Nixon-Pinochet, en clair provoquer l’exaspération des secteurs populaires jusqu’au débordement de rage et légitimer la violence. Selon le rapport budgétaire 2017 mis en ligne sur le site du Département d’Etat (6), 5,5 millions de dollars ont été versés aux “sociétés civiles” du Venezuela. Le journaliste vénézuélien Eleazar Diaz Rangel, directeur du quotidien Ultimas Noticias (centre-droit) a révélé des extraits du rapport que l’amiral Kurt Tidd, chef du Southern Command, a envoyé au Sénat US : « avec les facteurs politiques de la MUD (coalition vénézuélienne de l’opposition) nous avons mis au point un agenda commun qui comprend un scénario abrupt combinant des actions de rue et l’emploi dosifié de la violence armée sous l’angle de l’encerclement et de l’asphyxie« . (7)

La phase insurrectionnelle implique d’attaquer des services publics, des écoles, des maternités (El Valle, El Carrizal) et des établissements de santé, barrer les rues et les principales artères routières pour bloquer la distribution des aliments et paralyser l’économie. A travers les médias privés, majoritaires au Venezuela, la droite appelle ouvertement les militaires a mener un coup d’État contre le président élu (8). Plus récemment les bandes paramilitaires colombiennes passent du rôle de formatrices a un rôle plus actif : le corps sans vie de Pedro Josué Carrillo, militant chaviste, vient d’être retrouvé dans l’État de Lara, portant les marques de torture typiques au pays d’Uribe (9).

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tachiraparas_0Malgré les mortiers, armes à feu, grenades ou cocktails Molotov utilisés par les manifestants « pacifiques » (sans oublier les mannequins de chavistes pendus aux ponts, signature du paramilitarisme colombien), la loi interdit à la Police ou la Garde Nationale d’user de leurs armes à feu. Les manifestants de droite en profitent pour pousser leur avantage, déverser leur racisme sur les gardes ou policiers, les provoquer à coups de jets d’urine, d’excréments et de tirs à balles réelles, guettant la réaction pour les caméras de CNN. Les fonctionnaires des forces de l’ordre qui ont désobéi et qui se sont rendus coupables de blessures ou de morts de manifestants ont été arrêtés et poursuivis en justice (10). Le fait est que la grande majorité des victimes sont des travailleurs qui allaient au boulot ou en revenaient, des militants chavistes ou des membres des forces de l’ordre (11). C’est pourquoi le « Monde » parle de morts en général  – pour que l’on croie qu’il s’agit de « morts du régime ». Allonger la liste des « morts » sert à augmenter l’appui planétaire a la déstabilisation : il y a dans ces meurtres, il est terrible de le constater, un effet de commande médiatique.

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Après avoir vendu cette image à son réseau international, l’agence Reuters s’est « excusée » d’avoir fait passer pour une arrestation arbitraire visant à étouffer la liberté d’expression ce qui était en réalité l’aide apportée par un garde national à un caméraman blessé…

Tout manifestant qui tue, détruit, agresse, torture, sabote sait qu’il sera sanctifié par les médias internationaux. Ceux-ci sont devenus un encouragement à poursuivre le terrorisme. Toute mort, tout sabotage économique seront attribués au « régime » y compris à l’intérieur du Venezuela où les médias, comme l’économie elle-même, sont majoritairement privés. Que la démocratie participative qu’est le Venezuela tente de se défendre comme doit le faire tout État de Droit, et elle sera aussitôt dénoncée comme « répressive ». Qu’elle ose punir un terroriste, et celui-ci deviendra ipso facto un « prisonnier politique ». Pour le journaliste et sociologue argentin Marco Teruggi « pour une intervention au Venezuela, le Gouvernement des États-Unis a des conditions plus favorables que celle qu’il avait pour bombarder la Libye si on tient compte du fait que l’Union Africaine avait condamné cette intervention presque à l’unanimité. (..) Tout dépend de la capacité de la droite à soutenir longtemps un bras de fer dans la rue en tant qu’espace politique. D’où l’importance de maintenir la caisse de résonance médiatique internationale» (12).

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Exemple sordide de cette alliance : le 5 mai 2017, à l’aide d’une photo digne d’un ralenti hollywoodien (mais qui n’est pas celle de la victime) « Le Monde » dénonce « la mort d’un leader étudiant tué lors des protestations contre le projet du président Maduro de convoquer une assemblée constituante ». Or la victime, Juan (et non José comme l’écrit « le Monde ») Bautista Lopez Manjarres est un jeune dirigeant étudiant révolutionnaire assassiné par un commando de droite alors qu’il participait a une réunion de soutien au processus d’assemblée constituante.

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Le dernier tweet de Juan Bautista Lopez Manjarres : la conférence de presse où il annonçait le soutien du secteur étudiant au processus de l’assemblée constituante

« Le Monde » mentionne aussi la réaction du chef d’orchestre Gustavo Dudamel, en tournée à l’étranger, qui demande que « cesse la répression » à la suite de la mort du jeune joueur de violon alto Armando Cañizales. Or ce musicien n’a pas été victime de la répression mais, lui aussi, d’un projectile tiré des rangs de la droite.

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Armando Cañizales

Le journal espagnol La Vanguardia, bien que virulent opposant a la révolution bolivarienne, l’admet exceptionnellement sous la plume de son envoyé spécial Andy Robinson : « De même qu’à d’autres moments de cette crise, le storytelling d’une jeunesse héroïque massacrée par la dictature bolivarienne ne colle pas dans le cas d’Armando Cañizales. (..) Il est pratiquement sûr que le projectile n’a pas été tiré par la police mais par les manifestants eux-mêmes. Il est notoire que certains d’entre eux ont fabriqué des armes artisanales pour les affrontements quotidiens avec la police» (13).

La réaction rapide de Mr. Dudamel est représentative des personnalités artistiques – nombreuses, on peut mentionner Ruben Blades ou René du groupe Calle 13 – subissant la forte pression du dispositif médiatique de leurs pays, contraintes de faire des déclarations pour satisfaire l’opinion publique convaincue à 99 % par les médias qu’il faut dénoncer la « répression au Venezuela ».

 

(A SUIVRE)

 

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Après le discours hostile de TRUMP à Miami : une déclaration du gouvernement révolutionnaire de CUBA

18 Juin 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #La nation ., #La finance dérégulée, #Le grand banditisme, #Les transnationales, #Le fascisme, #l'horreur économique, #Amérique Latine

Publié par El Diablo

Après le discours hostile de TRUMP à Miami : une déclaration du gouvernement révolutionnaire de CUBA

Le 16 juin 2017, Donald Trump, président des États-Unis, a prononcé dans un théâtre de Miami qui porte le nom d’un mercenaire de Playa Girón [Baie des cochons - NdR], un discours bourré d’une rhétorique hostile rappelant l’époque de la guerre déclarée contre notre pays, et dans lequel il a dévoilé la politique que son administration suivra contre Cuba et qui annule des progrès faits ces deux derniers années, après que les présidents Raúl Castro et Barack Obama eurent décidé, le 17 décembre 2014, de rétablir les relations diplomatiques et de s’engager sur la voie de la normalisation des liens entre les deux pays.

Dans ce discours, ainsi que dans un décret de politique intitulé : « Mémorandum présidentiel de sécurité nationale sur le renforcement de la politique des États-Unis envers Cuba » signé au même endroit, Trump inflige une régression aux relations entre les deux pays : il élimine les échanges éducationnels « interpersonnels » que pouvaient faire les individus, il instaure un plus grand contrôle de tous les voyageurs se rendant à Cuba et il prohibe les transactions économiques, commerciales et financières de sociétés étasuniennes avec différentes entreprises cubaines liées aux Forces armées révolutionnaires et aux service de renseignement et de sûreté, en vue de priver notre pays des revenus correspondants. Le président étasunien a, pour justifier cette nouvelle politique, avancé comme prétexte son inquiétude devant l’état des droits de l’homme à Cuba et son obligation d’appliquer rigoureusement les lois du blocus, dont la levée ainsi que toute amélioration des relations bilatérales seront conditionnées, selon lui, par les modifications que notre pays devra opérer dans son ordre constitutionnel.

Trump a aussi dérogé le décret de politique intitulé : « Normalisation des relations entre les États-Unis et Cuba”, émis par le président Obama le 14 octobre 2016. Ce décret, tout en n’occultant pas les visées interventionnistes de la politique étasunienne ni la volonté de la Maison-Blanche de fomenter des changements dans l’organisation économique, politique et sociale de notre pays, reconnaissait toutefois, d’une part, l’indépendance, la souveraineté et l’autodétermination de Cuba, d’autre part le gouvernement cubain comme un interlocuteur légitime sur un pied d’égalité, ainsi que les avantages qu’une coexistence civilisée procurerait aux deux pays et aux deux peuples, malgré les grandes différences existant entre leurs gouvernements. Le décret admettait aussi que le blocus devait être éliminé en tant que politique anachronique.

La nouvelle administration étasunienne en revient aux méthodes coercitives du passé et adopte des mesures qui renforcent le blocus toujours en vigueur depuis février 1962, lequel non seulement inflige des dommages et des privations au peuple cubain et constitue un obstacle indéniable au développement de notre économie, mais viole aussi la souveraineté et les intérêts de pays tiers, d’0ù son rejet par la communauté internationale.

Les mesures annoncées imposent des entraves supplémentaires aux occasions déjà fort limitées dont bénéficiait le secteur entrepreneurial étasunien pour faire du commerce et investir à Cuba.

Elles restreignent encore plus le droit des Étasuniens à visiter notre pays, alors pourtant qu’ils doivent déjà demander des autorisations discriminatoires, au moment même où le Congrès du pays, reflétant la volonté de vastes secteurs de la société, réclame la levée non seulement de cette prohibition aux voyages, mais aussi des restrictions imposées au commerce avec Cuba.

Les mesures annoncées par le président Trump prennent le contrepied de l’opinion publique étasunienne, dont celle de l’émigration cubaine, qui soutient dans sa majorité la levée totale du blocus et l’instauration de relations normales entre Cuba et les États-Unis.

Au contraire, de nouveau mal conseillé, le président étasunien prend des décisions favorables aux intérêts politiques d’une minorité extrémiste d’origine cubaine implantée dans l’État de la Floride qui, poussée par des motifs misérables, s’entête à vouloir punir le peuple cubain d’exercer tout simplement son droit légitime et souverain d’être libre et de prendre en main ses propres destinées.

Nous analyserons ensuite plus en profondeur la portée et les implications de cette annonce.

Tout en dénonçant ces nouvelles mesures visant à durcir le blocus, le gouvernement cubain tient à signaler qu’elles sont toutefois vouées à l’échec, comme le passé l’a démontré à maintes reprises, et qu’elles ne parviendront pas à affaiblir la Révolution ni à faire plier le peuple cubain qui a fait la preuve, pendant presque soixante ans, de sa capacité de résistance aux agressions, de quelque type ou origine qu’elles soient.

Le gouvernement cubain refuse la manipulation à des fins politiques et selon un deux poids deux mesures de la question des droits de l’homme. Le peuple cubain jouit des droits et libertés fondamentales, et peut se vanter avec fierté d’acquis qui restent une chimère dans de nombreux pays du monde, y compris aux États-Unis, tels que le droit à la santé, à l’éducation, à la sécurité sociale, le droit à un salaire égal à travail égal, les droits de l’enfant, le droit à l’alimentation, à la paix et au développement. Cuba a aussi contribué à améliorer les droits de l’homme dans de nombreux endroits du monde, malgré ses modestes ressources et malgré les limitations que lui impose sa condition de pays soumis à un blocus.

Les États-Unis ne sont pas en droit de nous faire la leçon. Nous sommes sérieusement préoccupés, pour notre part, devant la façon dont les droits de l’homme sont respectés et garantis dans ce pays, qui connaît de nombreux cas d’assassinats, de brutalités et d’abus de la police, notamment contre la population afro-étasunienne ; où le droit à la vie est violé à cause de la prolifération d’armes à feu ; où l’on peut constater le travail des enfants et de graves manifestations de discrimination raciale ; où les services de santé sont menacés de nouvelles restrictions qui laisseraient vingt-trois millions de personnes sans assurance-maladie ; où la femme ne touche pas le même salaire que l’homme ; où les émigrants et les réfugiés, notamment ceux provenant de pays islamiques, sont marginalisés ; où l’on prétend ériger des murs conçus pour discriminer et dénigrer les voisins ; et où les dirigeants bafouent des engagements internationaux visant à préserver l’environnement et à faire face aux changements climatiques.

Nous sommes tout aussi inquiets devant les violations des droits de l’homme que les États-Unis commettent dans d’autres pays, y compris dans le nôtre où ils maintiennent en détention arbitraire et torturent des dizaines de personnes sur le territoire qu’ils occupent illégalement dans la base navale de Guantánamo ; devant les exécutions extrajudiciaires et les assassinats de civils par drones interposés ; et devant les guerres déclenchées contre des pays comme l’Irak, fondées sur des mensonges tels que l’existence d’armes de destruction massive, avec toutes les conséquences néfastes que l’on sait pour la paix, la sécurité et la stabilité du Moyen-Orient.

Nous rappelons que Cuba est partie à quarante-quatre instruments internationaux sur les droits de l’homme, alors que les États-Unis ne le sont qu’à dix-huit, de sorte que nous avons beaucoup à montrer, à dire et à défendre.

Quand ils ont décidé de renouer les relations diplomatiques, Cuba et les États-Unis ont ratifié leur intention de développer des liens de respect et de coopération entre leurs peuples et gouvernements, conformément aux buts et principes consacrés dans la Charte des Nations Unies. Dans sa Déclaration du 1er juillet 2015, le Gouvernement révolutionnaire de Cuba a réaffirmé : « Ces relations devront reposer sur le respect absolu de notre indépendance et de notre souveraineté, sur celui du droit inaliénable de tout État de choisir son système politique, économique, social et culturel, sans aucune ingérence de quelque nature qu’elle soit ; de l’égalité souveraine et de la réciprocité, tous principes incontournables du droit international », qui ont été d’ailleurs entérinés par les chefs d’État et de gouvernement de la Communauté des États latino-américains et caribéens (CELAC) quand ils ont signé à La Havane, à leur Deuxième Sommet, la Proclamation faisant de l’Amérique latine et des Caraïbes une Zone de paix. Cuba n’a pas renoncé à ces principes et elle n’y renoncera jamais !

Le gouvernement cubain réitère sa volonté de poursuivre un dialogue respectueux et une coopération dans des domaines intéressant les deux pays, ainsi que de négocier le contentieux bilatéral avec le gouvernement étasunien. Comme n’a cessé de le répéter Raúl Castro Ruz, président du Conseil d’État et du Conseil des ministres de Cuba, les deux pays ont prouvé ces deux dernières années qu’ils pouvaient coopérer et coexister d’une manière civilisée, à condition qu’ils sachent respecter leurs différences et promouvoir tout ce qui est bénéfique aux deux nations et aux deux peuples. Mais qu’on n’espère pas en échange que Cuba fasse des concessions sur des questions inhérentes à sa souveraineté et à son indépendance, ni qu’elle accepte des conditions, de quelque nature qu’elles soient.

N’importe quelle stratégie visant à modifier le système politique, économique et social de Cuba, que ce soit par des pressions et des diktats, que ce soit par des méthodes plus subtiles, est vouée à l’échec.

Car c’est le peuple cubain qui continuera de décider en toute souveraineté, comme il l’a fait depuis 1959, des changements qu’il conviendra d’apporter à Cuba, telle, en l’occurrence, l’Actualisation de notre modèle économique et social.

Comme nous l’avons fait depuis le triomphe du 1er janvier 1959, nous courrons tous les risques et continuerons résolument, sûrs de nous, de bâtir une nation souveraine, indépendante, socialiste, démocratique, prospère et écologiquement durable.

La Havane, le 16 juin 2017

SOURCE :

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