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Le blog de Lucien PONS

Articles avec #amerique latine tag

Vers un « printemps latino » ? par Thierry Meyssan

19 Mai 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La mondialisation, #Amérique Latine, #Les transnationales, #le nazisme, #l'horreur économique

Vers un « printemps latino » ?

L’inquiétude grandit en Amérique latine : les États-Unis et le Royaume-Uni y préparent un « printemps », sur le modèle des « printemps arabes ». Bien sûr, il ne s’agira pas cette fois-ci de répandre la guerre en divisant les populations sur une ligne religieuse —les Latinos sont presque tous chrétiens—, mais d’utiliser des éléments d’identités locales. L’objectif serait pourtant le même : non pas remplacer des gouvernements par d’autres, mais détruire les États pour éradiquer toute possibilité de résistance à l’impérialisme.

| Caracas (Venezuela)  
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Avec le temps, de nombreux leaders politiques dans le monde ont réinterprété les « printemps arabes ». Ce qui apparaissait comme des révolutions spontanées contre des gouvernements autoritaires est aujourd’hui perçu pour ce qu’il est : un plan anglo-saxon de déstabilisation de toute une région du monde pour y placer au pouvoir les Frères musulmans. Le souvenir de la « révolte arabe de 1916 », au cours de laquelle Lawrence d’Arabie souleva la région contre l’empire ottoman en faisant rêver les peuples de liberté pour finalement les asservir dans l’empire britannique, atteste que Londres en a le savoir-faire.

Il semble que les Anglo-Saxons préparent une nouvelle vague de pseudo-révolutions en Amérique latine. Tout a commencé avec un décret de Barack Obama, le 9 mars 2015, déclarant un état d’urgence au vu de la menace extraordinaire que la situation au Venezuela ferait peser sur les États-Unis. Ce document suscita une vague d’indignation dans le continent contraignant le président US a présenter des excuses lors d’un sommet international. Mais le décret ne fut pas annulé et les préparatifs d’une nouvelle guerre se poursuivirent.

À la différence du Syrian Accountabilty Act de George W. Bush (2003), le texte d’Obama sur le Venezuela est un décret présidentiel et non pas une loi. Par conséquent l’Executif n’a pas à rendre compte des préparations au Législatif. S’il a fallu huit ans aux Anglo-Saxons pour passer à l’acte dans le monde arabe en général et en Syrie en particulier, de nombreux éléments laissent à penser qu’il leur faudra moins de temps pour lancer un programme de destruction de l’Amérique latine.

Des troubles ont éclaté au Brésil, à l’occasion des Jeux olympiques, contre la présidente Dilma Rousseff. Celle-ci a été destituée à l’issue d’une procédure parlementaire, certes légale, mais totalement contraire à l’esprit de la Constitution. Ce coup d’Etat a été conduit sous le contrôle de la Banque centrale —dont le n°2 était un brésilo-israélien— par des députés dont beaucoup sont aujourd’hui convaincus de corruption. Les services de sécurité de l’État sont restés étrangement passifs pendant ce coup. C’est que, durant les Jeux olympiques, ils avaient été placés sous la coordination… d’experts israéliens. Actuellement, le nouveau président, le brésilo-libanais Michel Temer, est à son tour largement contesté.

La situation n’est guère meilleure au Mexique. Le pays est de facto déjà divisé en quatre. Le Nord connaît une forte croissance, tandis que le Sud est en pleine récession. Les dirigeants politiques ont vendu la société pétrolière nationale et toutes ses réserves, Pemex, aux États-Unis (qui n’ont donc plus besoin du pétrole moyen-oriental). Seule l’armée semble encore croire en la patrie.

Exploitant des erreurs économiques du gouvernement, l’opposition vénézuélienne a réussi à rassembler quelques grandes manifestations pacifiques. Simultanément, elle a organisé de minuscules rassemblements extrêmement violents au cours desquels des policiers et des manifestants ont été tués. Créant la confusion, les agences de presse internationales donnent l’impression qu’une révolution a débuté contre les chavistes, ce qui n’est pas du tout le cas.

Ainsi, les trois principaux États latino-américains sont déstabilisés au même moment. Il semble que les néoconservateurs états-uniens anticipent une possible paix en Syrie et hâtent leur projet latino-américain.

Vendredi, dans une allocution télévisée, le président vénézuélien Nicolás Maduro a mis en garde son peuple contre le projet anglo-saxon de « printemps latino ». Il a répétitivement et longuement cité les précédents libyens et syriens, devant un parterre d’intellectuels de la région, auquel, Syrien de cœur, j’étais associé.

Source
Al-Watan (Syrie)

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L’accord Colombie-OTAN est dirigé contre le Venezuela et vers le pillage des ressources naturelles. Par Dick Emanuelsson

10 Janvier 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La mondialisation, #La finance dérégulée, #Le grand banditisme, #Economie, #La lutte des classes, #Politique étrangère, #Le fascisme, #Amérique Latine

L’accord Colombie-OTAN est dirigé contre le Venezuela et vers le pillage des ressources naturelles

http://www.investigaction.net/laccord-colombie-otan-est-dirige-contre-le-venezuela-et-vers-le-pillage-des-ressources-naturelles/#sthash.5xmijOqo.dpuf

09 Jan 2017

Dick Emanuelsson

http://www.investigaction.net/wp-content/uploads/2017/01/otan_col2-640x324.jpg

 

L’éventuel accord militaire entre le Gouvernement de la Colombie et l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN) est une provocation contre les accord de paix de l’Amérique du Sud signés à la CELAC et à l’UNASUR, des accords ratifiés même par le Gouvernement colombien lui-même. Ils ont les yeux fixés sur les réserves de pétrole aussi bien au Venezuela qu’en Colombie et sur les ressources naturelles de l’Amazonía en Amérique du Sud, déclare Horacio Duque, analyste politique colombien à Resumen Latinoamericano.

Mais le président colombien Juan Manuel Santos ne se souvient déjà plus de la promesse qu’il a faite en 2010 au président vénézuélien de l’époque, Hugo Chávez Frías de ne faire aucune alliance militaire avec l’OTAN. Le 23 décembre 2016, il a déclaré ce qui suit (https://youtu.be/kb2hVqZBqIo):

« Je suis plein de joie et de satisfaction parce que cet objectif, nous l’avions depuis l’époque où j’étais ministre de la défense. Nous avons fait la demande il y a 9 ans pour signer un accord de coopération qui est la possibilité la plus importante que l’OTAN a avec les pays qui ne osnt pas membres de l’OTAN pour collaborer mututellement et ils m’ont remis la lettre dans laquelle ils disent que « la Colombie a été acceptée ! »

L’accord de 2013

Le 5 mars 2013, Chávez est mort et le Gouvernement colombien, cette fois sous la baguette de Santos, a mis « mois pour que le ministre de la défense, Juan Carlos Pinzon, au siège de l’OTAN en Belgique, informe que la Colombie avait déjà un accord avec l’OTAN sur l’échange d’informations et la sécurité. Cela a été le premier memorandum de cette nature que l’Alliance ait singé avec un pays d’Amérique Latine.

Le Congrès de la République de Colombie a soutenu le 1é août 2014 l’accord signé le 25 juin 2013. Le 24 février 2015, le Procureur Général de Colombie a demandé qu’on déclare irrecevable l’accord signé entre la Colombie et l’OTAN en 2013 parce qu’il considérait que le document signé « n’indiquait pas avec précision sa finalité. »

En juin 2015, la Cour Constitutionnelle Colombie a supprimé l’accord signé en 2013 pour vices de forme quand il a été approuvé au Congrès colombien. Le 26 octobre 2016, le Sénat colombien a approuvé en seconde lecture l’accord sur la coopération et la sécurité concernant l’information entre la Colombie et l’OTAN. Le 23 décembre 2016 Santos annonce que l’OTAN a à nouveau accepté de commencer des négociations avec la Colombie.

Le but : contrôler le Venezuela

Le sénateur Paul Cordwell a été très sincère quand il a parlé au Congrès états-unien du Plan Colombie à la fin des années 90. Il a dit : « Pour contrôler le Venezuela, il faut occuper militairement la Colombie ! »

Avec le Plan Colombie, l’occupation militaire et la dépendance de ce pays envers les Etats-Unis se sont accélérées. Le 1é juin 2008, on a réactivé la 4° Flotte qui avait été inactive depuis 1950. Cette flotte opère dans les Caraïbes, l’Amérique du Sud et l’ Amérique Centrale et leurs 2 côtes.

Le 30 octobre 2009, l’ex président Álvaro Uribe Vélez a signé un accord avec le Commando Sud pour lui fournir 7 bases militaires en Colombie. Parmi ces 7 bases se trouvent la base navale de la Baie Málaga, construite au début des années 80 par la transnationale de construction suisse ABV. Santos non seulement est accusé de jouer au poker politique mais aussi d’être un menteur et un tricheur, ce qui se confirme avec le mensonge qu’il a dit à Chávez 2010. Nicolás Maduro a rappelé cette promesse violée quand il a commenté et condamné cette information, le 23 décembre :

« Nous allons chasser l’OTAN de là, j’appelle le peuple colombien et les peuples d’ Amérique du Sud et du Venezuela à lutter contre l’OTAN, non à l’OTAN en Amérique du Sud, ça suffit, ses guerres bien loin d’ici, l’Amérique du Sud sans alliances militaires avec des armes nucléaires et de guerre, » a déclaré Maduro dans son émission « La hora de la salsa. »

Horacio Duque Giraldo est un analyste politique colombien et il soutient aussi que la cible d’un éventuel accord entre la Colombie et l’OTAN est Caracas. A ce journaliste, il adit :

« Je crois que le but concret est le Venezuela, nous ne devons pas nous y tromper. Indépendamment de tous les problèmes et de toutes les contradictions d’un processus comme le processus vénézuélien, ici, le problème essentiel est les grandes entreprises pétrolières et minières et les armées qui travaillent pour leur sécurité. Elles sont derrière la rente pétrolière et les richesses du Venezuela et de l’Amazonie colombienne. »

Le général Kelly une vraie menace pour le Venezuela.

Duque continue:

« Les 7 bases militaires en Colombie et l’accord avec l’OTAN, la nomination comme ministre de l’Intérieur et de la Sécurité du Gouvernement de Donald Trump du général John Kelly, cet ex commandant de la 4° Flotte et du Commando Sud qui fut un interventionniste déclaré en ce qui concerne la situation au Venezuela, tout cela montre qu’il se charge de détruire la structure démocratique du Venezuela. Pour la détruire, ils ont décimé et traqué économiquement (le Venezuela), ce qu’ils ont voulu faire pendant tant d’années avec Cuba.

Et maintenant, ils vont, comme en ont l’habitude les oligarchies d’Amérique Latine et de l’Empire, provoquer subrepticement toutes les actions nécessaires pour atteindre leur objectif très ponctuel qui est de rétablir la domination de l’oligarchie au Venezuela, la vieille oligarchie d’AD et du COPEI vénézuéliens que nous connaissons et attaquer et piller la rente pétrolière et attaquer et piller les ressources de l’Amazonie colombienne, brésilienne et équatorienne. Sur cela, nous ne pouvons pas nous tromper. C’est le but central de cet accord qu’ils annoncent avec l’OTAN. »

La sous-traitance des Forces Armées de Colombie

Horacio Duque soutient que l’Accord de Paix avec les FARC et la fin d’un conflit social et armé doivent avoir des conséquences pour les Forces Militaires Colombiennes, les plus importantes du continent. Sur le demi-million d’unités militaires, elles devraient se réduire au oins de 100 000 militaires bien que Santos ait dit qu’il en les réduirait pas. L’idée, dit Duque, est de faire une sous-traitance, ce qui signifie que même l’Armée est « victime » du modèle néolibéral dans lequel l’Etat reste seulement l’administrateur d’un petit noyau de productions et de services, le reste étant fragmenté en coopératives ou privatisé.

Dans ce cas, l’Etat colombien a son « produit d’exportation » qui est le Plan Colombie. Il a réussi : seulement sur le continent latino-américain et dans les Caraïbes, 12 pays ont des contrats avec Bogota dans e domaine de la sécurité et de la formation.

L’un d’entre eux est le Honduras, la seconde nation la plus pauvre du continent américain où la pauvreté extrême atteint 42,6% de la population. Les militaires et les civils colombiens ont remplacé en grande partie les conseillers militaires et policiers du Commando Sud des Etats-Unis. Les militaires colombiens forment leurs collègues honduriens. C’est la même chose avec la police, les organismes de sécurité et de renseignement militaire. Des avions vont tous les jours de Tegucigalpa à Bogotá avec des Honduriens qui doivent être formés par les Colombiens alors que la Colombie a de nombreux contingents de militaires en terre hondurienne.

Après le coup d’Etat de juin 2009, des rumeurs ont couru aussi bien au Honduras qu’en Colombie, disant que les grands propriétaires terriens de la côte nord du Honduras recrutaient des paramilitaires colombiens démobilisés venant de Magdalena Medio. Après la visite au Palais de Nariño d’une délégation hondurienne de la junte civique et militaire qui a été reçue par Álvaro Uribe en juin 2009, un mois après le coup d’Etat, Alvaro Uribe s’est rendu au Honduras en janvier 2010 et un accord a été signé entre les 2 pays pour la « lutte commune contre le terrorisme (lisez « contre la résistance hondurienne ») et le trafic de drogues ». Depuis cette date, les corps de l’armée et de la police honduriennes se sont remplis de militaires colombiens.

Le fond de l’Accord avec les FARC

C’est cette sorte de « conseils » qui ont été et seront les tâches des Forces Militaires (dans lesquelles on inclut aussi la Police Nationale colombienne). Par un accord avec l’OTAN, ce processus peut s’intensifier encore plus. Les militaires et les policiers colombiens qui ne veulent pas continuer à travailler pour les Forces Militaires peuvent devenir ouvertement des mercenaires recrutés par les alliés des Etats-Unis dans le Golfe Persique comme les 800 ex membres colombiens des Forces Spéciales colombiennes qui tuent aujourd’hui des Yéménites au Yemen, victimes d’un terrible génocide perpétré par l’Arabie Saoudite et l’Emirat Arabe.

« D’une certaine manière, l’Accord de Paix en Colombie poursuit ce but, c’est à dire déblayer les zones dans lesquelles se trouvent les grandes richesses minières et pétrolières, agricoles et agro-industrielles en Colombie. Les déblayer pour que les grandes multinationales viennent piller et emporter toutes les richesses, organiser de grandes étendues et de grandes propriétés foncières pour renforcer la politique de sécurité et des entreprises alimentaires des états qui vont venir profiter des grandes étendues de terre en Colombie, c’est ce que nous avons appelé « l’étrangérisation » de la terre en Colombie. C’est le but de l’accord de l’OTAN, c’est ce qu’ils veulent et qu’ils cherchent avec l’Accord de Paix en croyant que le mouvement populaire va baisser la garde et ne va pas se mobiliser. »

Il n’y a qu’un « mais » : Donald Trump a dit que l’OTAN n’a plus de raison d’exister mais une chose est ce que dit Trump et une autre ce que dit et fait le Pouvoir de Fait. Même le président Dwight Eisenhower admettait dans les années 50 que le Complexe Militaire et Industriel est le véritable Pouvoir aux Etats-Unis. Tous les autres, c’est RIEN !

Traduit de l’espagnol par Françoise Lopez pour Bolivar Infos

Source: Resumen Latinoamericano

 

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« Le dernier héros », l’ex-président d’Uruguay Mujica vu par Kusturica Par MAURICIO RABUFFETT

9 Janvier 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #AMERIQUE, #L'OTAN., #La mondialisation, #Amerique latine, #La finance dérégulée

« Le dernier héros », l’ex-président d’Uruguay Mujica vu par Kusturica

« Le dernier héros », l’ex-président d’Uruguay Mujica vu par Kusturica  Par MAURICIO RABUFFETT

 

L’ex-président Mujica filmé par le réalisateur Emir Kusturica à Montevideo, le 5 mars 2015. AFP Photo/Miguel Rojo)


Il lui porte la même admiration qu’à ses idoles de jeunesse: le cinéaste serbe Emir Kusturica vient de terminer le tournage en Uruguay de son documentaire Le dernier héros, consacré à l’ancien dirigeant José Mujica, surnommé le « président le plus pauvre du monde ».

« J’ai développé une vision particulière du monde, liée aux personnes que j’admirais depuis ma jeunesse, du (guérillero Ernesto) Che Guevara à (l’ex-président cubain Fidel) Castro », confie-t-il à l’AFP à l’occasion du tournage des dernières scènes à Montevideo.

« Comme je n’ai rien pu faire avec eux deux (…), quand j’ai entendu parler d’un homme qui était président tout en continuant à conduire son tracteur et réparer sa maison, je me suis dit « C’est lui mon homme ». Et je ne me suis pas trompé », assure le réalisateur de 62 ans, lauréat de deux Palmes d’or au Festival de Cannes (France), en 1985 et en 1995.

Cet homme, c’est José Mujica, 81 ans, dit « Pépé », qui s’est fait connaître dans le monde entier pour son style informel, son franc-parler et sa façon de gouverner l’Uruguay entre 2010 et 2015.

Promoteur de mesures pionnières comme le mariage homosexuel et la légalisation du cannabis, ce chantre anti-consommation reversait la quasi-totalité de ses revenus à un programme de logement social, s’attirant le surnom de « président le plus pauvre du monde ».

Même s’il a suscité des critiques dans son propre pays, pour Kusturica c’est Le dernier héros, titre du documentaire qu’il lui consacre, mêlant entretiens et images de ses nombreux voyages à l’étranger.

« Il y a des gens en Uruguay qui n’aiment pas ce qu’il fait, ce qui est naturel », observe-t-il, certains lui reprochant de ne pas avoir tenu ses promesses concernant la réforme de l’éducation ou de l’administration.

Mais « même s’il est populaire autour du monde, il ne l’est pas autant que je le souhaiterais », dit Kusturica.

Le cinéaste serbe, connu pour Chat noir chat blanc, Le temps des gitans ou encore Underground, voit dans « l’expérience » de vie de Mujica, ex-guérillero emprisonné 14 ans avant de se reconvertir dans la politique pour devenir député, sénateur, ministre et finalement président, une « synthèse » de « l’histoire compliquée » de nombreux pays.

« Humilité et engagement »

Aujourd’hui sénateur, Mujica vit toujours dans sa modeste « chacra » (ferme) en périphérie de Montevideo. C’est là que Kusturica tourne les dernières images.

« Il est connecté de façon presque religieuse avec la terre », s’enthousiasme le réalisateur, qui filme, par une journée chaude, un groupe de jeunes venus écouter Mujica leur raconter sa façon de cultiver.

Le documentaire se centrera sur « son dernier jour à la présidence », lorsqu’il était « en train de se préparer à transmettre les manettes à une autre personne », le leader de gauche Tabaré Vazquez qui lui a succédé début 2015.

Les proches de Mujica assurent que l’ex-président a « beaucoup de patience » avec Kusturica, mais en ce jour de tournage, le vieil homme regarde régulièrement sa montre tandis qu’il attend, devant sa maison, que ce soit son tour de « jouer » face aux caméras.

Portant un chapeau, une chemise aux manches retroussées, un pantalon large, des lunettes noires, de vieilles sandales en plastique, « Pepe » accueille le groupe de jeunes dans sa « chacra » où il a reçu nombre de personnalités, comme l’ancien roi d’Espagne Juan Carlos.

Au bout de 45 minutes, le tournage bascule sur la conversation entre le Serbe et l’Uruguayen.

Pour la première fois en quatre ans, Kusturica interroge Mujica sur sa famille, sur la mort. L’ex-président lui offre les paroles du tango La ultima curda (« La dernière beuverie »), traduites en anglais. Séduit, Kusturica propose d’utiliser la chanson dans le film.

Interrogé le jour suivant, Mujica salue l’idée du documentaire, qui, selon lui, permettra « que l’on connaisse l’Uruguay, qui a beaucoup à apporter au monde », même si c’est « le pays le plus petit d’Amérique latine ».

« Kusturica, je ne sais pas trop ce qu’il va faire, parce qu’il est à moitié… », dit-il en secouant sa main droite à côté de sa tête en signe de folie, « et moitié génial ». « Mais j’ai beaucoup de respect pour lui ».

Ce qu’il attend du projet ? Qu’il transmette un message d’« humilité et d’engagement ».

Kusturica prévoit, lui, que son documentaire soit prêt, au plus tôt, pour la Mostra de Venise en septembre 2017.

MAURICIO RABUFFETTI 
Agence France-Presse
Publié le 05 janvier 2017
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L'OTAN débarque en Colombie par Hector Bernardo

4 Janvier 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #Amérique Latine, #Terrorisme

 
L'OTAN débarque en Colombie
  L'OTAN débarque en Colombie  par Hector Bernardo

Le Président Santos a annoncé un accord entre son pays et l'Organisation commandée par les USA. Cet accord vient parachever la mise en coupe réglée de l'Amérique latine, un continent truffé des bases militaires US. La signature de l'accord met en danger la paix dans la région. Le journaliste Stella Calloni a dit: "C'est un accord avec des assassins. L'OTAN est une organisation terroriste qui a créé Daech et d'autres groupes similaires".

  L'OTAN débarque en Colombie  par Hector Bernardo

Le président de la Colombie, Juan Manuel Santos a confirmé la conclusion d'un accord entre son pays et l'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord (OTAN). L'annonce a provoqué une grande inquiétude parmi les promoteurs de l'accord de paix entre le gouvernement et les FARC-EP, les dirigeants de la région et les analystes politiques.

L'accord avait été demandé par le gouvernement colombien. Après avoir appris que la demande avait été approuvée par l'OTAN, Santos a déclaré lors d'un événement public: «C'est une nouvelle qui me remplit de joie et de satisfaction parce que nous avions cet objectif depuis que j'étais ministre de la Défense. Nous avions demandé il y a environ neuf ans de faire un accord de coopération mutuelle, qui est la forme la plus élevée de relation de l'OTAN avec des pays qui n'en sont pas membres ".

L'OTAN a été créée après la Seconde Guerre mondiale avec l'intention de freiner une possible avancée de l'Union soviétique. Ses membres majeurs sont les USA, LE Royaume-Uni, la France et l'Allemagne (aux actions desquels se joint toujours, bien qu'il n'en soit pas membre, Israël).

L'annonce de la signature d'un accord avec la Colombie a provoqué une grande inquiétude dans la région, vu quel'OTAN, rien que la partie écoulée de ce siècle, a impulsé des guerres en Irak, en Libye et en Syrie, causant des centaines de milliers de morts et d'énormes crise humanitaire. «Les réfugiés» que les médias montrent en train d'essayer désespérément d'atteindre l'Europe (et dont beaucoup meurent en mer) ne sont que les victimes fuyant les guerres déclenchées par l'OTAN en Libye et en Syrie.

Le bombardement de peuples sans défense, ainsi que la promotion et le financement de divers groupes terroristes, dont l'État islamique (ISIS), sont la marque distinctive de l'OTAN.

L'image de la secrétaire d'État US Hillary Clinton, célébrant l'assassinat sauvage de Mouammar Kadhafi, commis par l'un des groupes terroristes parrainés par l'OTAN, est un élément éloquent pour comprendre les intérêts et le fonctionnement de cette organisation.

Le gouvernement vénézuélien a exprimé sa préoccupation suite à l'annonce de Santos. Dans une déclaration, il a dit: "La République bolivarienne du Venezuela exprime sa profonde préoccupation et son rejet de l'annonce du Président de la République de Colombie, Juan Manuel Santos, sur l'ouverture de discussions pour concrétiser un accord de coopération militaire entre la Colombie et l'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord (OTAN). "

"Le gouvernement vénézuélien est fermement opposé à la tentative d'introduire des facteurs externes ayant une capacité nucléaire dans notre région, dont les agissements passés et récents relèvent d'une politique de guerre, violent les accords bilatéraux et régionaux auxquels la Colombie est partie (UNASUR, CELAC) par lesquels l'Amérique latine et les Caraïbes ont été déclarées zone de paix. Cette annonce porte atteinte aux principes de Bandoung qui ont donné lieu au Mouvement des non-alignés (NAM), qui interdit expressément à ses États membres de participer à des alliances militaires ", dit la déclaration.

Dans un dialogue avec Contexto, la journaliste, chercheuse et analyste internationale Stella Calloni a déclaré que «si cet accord est établi entre la Colombie et l'OTAN, ce serait une violation du droit international. L'OTAN a été créée pour défendre le territoire de l'Europe après la Seconde Guerre mondiale. C'est la même OTAN qui est utilisée pour les guerres dont ont besoin les USA, la Grande-Bretagne et Israël ".

"Cela montre le manque de sérieux du président Juan Manuel Santos, quand il a négocié la paix avec la guérilla. Quelle paix peut-il y avoir dans un pays qui est à la merci de l'OTAN, une organisation qui a produit les plus grands génocides de ce siècle? ", demande l'experte.

Calloni a conclu: Ceci est un accord avec des assassins. L'OTAN est une organisation terroriste qui a créé Daech et d'autres groupes similaires. C'est une situation très grave”.

Il faut rappeler que l'Amérique latine est truffée de bases militaires américaines. Le sociologue et chercheur Atilio Boron et la journaliste Telma Luzzani ont calculé qu'il y a plus de 80 bases dans la région, dont au moins sept en Colombie.

  L'OTAN débarque en Colombie  par Hector Bernardo

À cela s'ajoutent le fait que le président de l'Argentine Mauricio Macri a signé un accord pour la participation du Commandement Sud des USA sur le territoire argentin, l'intention d'installer deux bases US dans le nord et le sud du pays et le désintérêt montré par le président et sa ministre des Affaires étrangères, Susana Malcorra pour la revendication argentine de souveraineté sur les Malouines, où l'OTAN a déjà une base militaire, illégale.

Toutes ces actions parachèvent progressivement le bouclage d'un continent qui, ces derniers temps, avait augmenté ses liens politiques et économiques avec la Chine et la Russie, les deux principaux concurrents des USA.

  L'OTAN débarque en Colombie  par Hector Bernardo

Base militaire aérienne de la Royal Air Force britannique de Monte Agradable (Mount Pleasant) dans l’île Soledad à 48 km au sud-ouest de Puerto Argentino/Stanley, capitale des Malouines


 



Merci à Tlaxcala
Source: http://www.diariocontexto.com.ar/2016/12/29/la-otan-desembarca-en-colombia/
Date de parution de l'article original: 29/12/2016
URL de cette page: http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=19573

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“Little Hiroshima”, par Hernando Calvo Ospina

4 Janvier 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Histoire, #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #Terrorisme, #Amerique latine

Pour ne pas oublier la terrible invasion de Panama en 1989…

Source : Hernando Calvo Ospina, 22-12-2016

Hernando CALVO OSPINA

C’était le 19 décembre 1989. Après le dîner, le couple s’était consacré à l’installation de la crèche de Noël. Ils avaient pratiquement tout mis en place : la Vierge Marie, Saint Joseph, les bergers, le bœuf, l’âne et un grand nombre de figurines. Elle avait dû expliquer vingt fois à Jorge, le plus jeune, qui avait quatre ans, pourquoi il devait attendre le 25 décembre pour placer l’enfant Jésus : c’est ce jour-là qu’il était né.

Au moment d’aller se coucher, les enfants refusèrent de dormir dans leurs lits. Ils voulaient rester près de la crèche. Ana, la mère, accepta à la condition qu’ils dorment de l’autre côté, près de la fenêtre. Les parents y disposèrent un matelas.

Il y avait de la musique dans le voisinage. L’ambiance festive allait crescendo, car ça sentait déjà Noël, particulièrement dans ce quartier panaméen du Chorrillo. Son mari alla se coucher. Elle se sentait étrange. Elle était fatiguée, mais elle préféra s’asseoir par terre et lire un livre. Par moments, elle observait avec tendresse ses deux petits garçons. Le temps passa.

Elle regarda le vieux réveil posé sur la télévision et se rendit compte qu’il manquait peu de temps pour qu’une aiguille recouvre l’autre : il était presque minuit. C’est alors que l’appareil commença à vibrer. Elle regarda les murs, le plafond et posa les yeux sur les figurines qui changeaient de place. Tout tremblait ! Elle entendit un terrible fracas, ensuite un autre, puis d’autres. Pendant quelques secondes, elle crut que c’était une autre manœuvre de l’Armée étasunienne cantonnée aux alentours du Canal.

Elle se leva comme un ressort et fonça vers la chambre où son mari était déjà debout, en slip. Ensemble, ils s’approchèrent de la fenêtre et se penchèrent terrifiés. Ils vivaient au quatrième étage. Partout des éclats de lumière et des explosions : « L’invasion, l’invasion ! » furent les cris angoissés qu’ils entendirent comme un chœur. Les hélicoptères lançaient des fusées contre la Caserne de l’Etat Major des Forces de Défense Panaméenne, située non loin de là.

Ils coururent au salon. Elle ouvrit la porte, sortant sur le balcon pour être témoin du début de l’apocalypse. Les cris de terreur s’amplifiaient de tous côtés, aussi bien que les explosions et les rafales de tirs. Elle entra et se jeta sur les enfants qui étaient déjà assis en pleurs, effrayés. Elle les embrassa. Elle leva les yeux et vit son mari planté là au milieu de la pièce et ne sachant que faire. « Apporte un matelas ! Apporte un matelas ! », lui cria-t-elle. L’homme réagit enfin en s’exclamant qu’il fallait mettre les enfants près de la crèche pour que la Vierge Marie les protège.

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« Apporte un matelas, je t’en prie, apporte-le ! », lui cria-t-elle, désespérée « La vierge ne peut rien pour nous en ce moment ! », précisa-t-elle. Voyant les éclats lumineux qui entraient par la fenêtre et le tremblement de terre à ses pieds, elle courut jusqu’à la chambre des garçons, saisit le matelas qui restait et le souleva, comme s’il s’agissait d’une plume et le plaça sur les petits qui ne cessaient de pleurer, paniqués.

Les avions supersoniques sillonnaient le ciel, suivis d’un bruit qui faisait éclater les tympans et les vitres. Le ciel devenait rougeâtre à cause du reflet des explosions et des incendies. Le bruit des rotors des hélicoptères résonnait partout. Les fusées aussi partaient de la baie très proche : les navires de guerre bombardaient également.

Soudain, par la porte entra une sorte de rayon aveuglant. Quand elle rouvrit les yeux, tout était encore illuminé et tremblant, mais il y avait une sorte de fumée dont on ne pouvait définir l’odeur. A la place de la crèche et de la télévision, il ne restait plus qu’une tache d’huile noire et des cendres. Même la Vierge n’avait pas été épargnée.

Son mari, atterré et muet, regardait « ça’ » puis regardait où se trouvaient les petits. Si sa femme n’avait pas été là…

Ana se rappela qu’elle était élue de la commune, et que pour cette raison elle devait se calmer et essayer d’aider. Elle ouvrit la porte de l’appartement et trouva tous les voisins déboussolés, en plein chaos.

Elle dit à son époux qu’il fallait partir avec les enfants, car une bombe pouvait détruire le bâtiment de sept étages. Il fallait chercher un refuge. Il sortit avec les enfants dans les bras, tandis qu’elle montait les étages pour exiger que tout le monde évacue les lieux. Au dernier étage, elle découvrit deux petits vieux qui pleuraient et criaient, tout en demandant à leur petit-fils de quitter le balcon d’en face. Le jeune menaçait un hélicoptère avec un revolver qui n’avait plus de balle. +Ana lui cria que par sa faute, ils allaient bombarder l’immeuble. Il semblait devenu fou et s’exclamait à pleins poumons « Yankees assassins ! Yankees fils de putes ! ». Les trois virent une sorte de rayon laser couper le jeune en deux, au niveau de la ceinture. Même une scie électrique ne l’aurait pas fait avec autant de facilité. Des cris et encore des cris de panique, et l’impuissance devant tant d’horreur. Ana poussa les vieux, les obligeant à descendre, même s’ils n’avaient plus envie de vivre.

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En bas, elle rencontra son mari. Tous les enfants qu’il y avait là étaient dans une panique totale. Elle, avec précaution, ouvrit le portail et sortit. Lui n’osa pas la retenir. Elle était comme ça. Dans la diagonale, plusieurs bâtiments brûlaient. A chaque explosion de bombes, les gens hurlaient, car ils croyaient qu’elles leur tombaient dessus.

Les hommes et les femmes couraient dans tous les sens, portant jusqu’à trois enfants dans les bras. Des enfants portaient des enfants. Des vieillards priaient, à genoux dans l’embrasure des portes.

Au coin de la rue, à quelque cent mètres, elle vit trois hommes en civil tirer sur les hélicoptères. Elle courut jusqu’à eux et demanda une arme. Il n’y en avait pas.

Elle revint sur ses pas, déçue. Elle proposa de rester là parce qu’il n’y avait nulle part où aller. Ils se blottirent à l’intérieur de l’immeuble. Certains s’étreignaient. Tout en pleurant, les hommes et les femmes se mirent à attendre que la lumière du jour se lève, car peut-être que cet horrible cauchemar serait moins épouvantable.

A 6h15, les explosions continuaient. Ana ouvrit lentement le portail, avança la tête et découvrit plusieurs hommes aux visages peints. Elle pensa qu’elle était morte quand ils la visèrent de leurs armes immenses. Ils commencèrent à lui crier plusieurs choses dont les seules qu’elle put comprendre furent « go, go, go », dehors, dehors, dehors. Ils leur firent signe de sortir les mains en l’air. Les envahisseurs avaient pris possession de presque toutes les maisons et les immeubles. L’un d’eux, qui avait une tête de latino, leur dit en espagnol qu’ils devaient aller jusqu’à Balboa, un port situé à l’embouchure du canal de Panama, au bord de l’Océan Pacifique. A peu près à cinq kilomètres de là.

Les tanks entraient massivement dans Chorrillo. Les envahisseurs sortirent des véhicules, criant en anglais de quitter les lieux. Ils commencèrent ensuite à lancer à l’intérieur des maisons un petit dispositif qui prenait feu comme par magie. A San Miguelito, un autre quartier peuplé de gens modestes, c’était le même scénario.

Ana voulut aider une femme blessée qui pouvait à peine marcher et qui portait son petit garçon dans les bras. Les soldats les visaient, menaçants. Une autre femme vint l’aider, sachant qu’elles pouvaient être assassinées si elles n’avaient pas les mains en l’air.

Il y avait beaucoup de morts dans les rues, tous des civils. Un garçon de dix ans montra horrifié les corps de deux petites camarades d’école gisant dans une grande flaque de sang. Ana sentit son âme se déchirer quand elle reconnut sa voisine, ses deux enfants dans les bras, tous trois quasiment calcinés.

Tout le groupe et ceux qui assistèrent à la scène lancèrent les cris les plus déchirants de leur vie en voyant un tank passer sur les corps de deux hommes, alors que l’un deux, blessé, était assis dans la rue. Les chenilles du tank les réduisirent en bouillie. Les cerveaux volèrent à plusieurs mètres. Parmi les témoins, certains se mirent à vomir ou tombèrent à genoux. Et ceci se reproduisit plusieurs fois pendant le trajet.

On marchait au milieu les cadavres. Les envahisseurs étaient libres d’assassiner comme bon leur semblait. Ils exécutaient des civils en pleine rue pour le seul motif qu’ils leur avaient crié « yankee go home », yanqui, dehors !

Il n’était pas permis de porter secours aux blessés, ni que les membres d’une même famille touchent à leurs morts. Les camions des envahisseurs venaient les chercher et les emportaient. De nombreux habitants de la capitale virent quand ils incinéraient les corps avec des lance-flammes sur les plages. Tandis que d’autres centaines de corps furent jetés dans des fosses communes.

Au même moment, dans les quartiers riches, des gens sortaient se prendre en photo avec les envahisseurs, en arborant le drapeau des Etats-Unis. Des femmes voulaient même les embrasser. Dans certains endroits de la campagne, on leur offrait aussi du Coca-Cola et des cigarettes.

Cette invasion étasunienne fut appelée « Juste Cause » : ce fut le plus grand débarquement aérien depuis la Seconde Guerre Mondiale. Sur ce petit pays de trois millions d’habitants, s’abattit tout le pouvoir militaire de la première puissance mondiale : 26 000 soldats qui semblaient assoiffés de sang. Tandis que l’ONU condamnait l’invasion barbare, le président français, François Mitterrand, fut le seul à la soutenir ouvertement.

Le Panama se transforma en un champ d’expérimentation de la technologie de guerre la plus avancée, celle qui fut ensuite utilisée en Irak, en 1991. Par exemple, le rayon qui détruisit la crèche et la télévision d’Ana, et qui coupa le petit-fils en deux : c’était aussi le baptême de l’avion bombardier invisible « Stealth ».

Les Forces de Défense de Panama comptaient à peine 3 000 combattants. La défense aérienne était inexistante. Civils et militaires donnèrent leur vie non pas pour le général Antonio Noriega, mais pour la souveraineté et pour la patrie.

Car s’il y eut plus de 4 000 personnes assassinées, c’était sous prétexte de capturer le dictateur Noriega recherché pour narcotrafic. Un militaire qui, peu de mois auparavant, était encore l’un des favoris des Etats-Unis en Amérique Latine. Salarié de la CIA, et grand ami de George Bush père, il servit de pont entre la mafia colombienne et la CIA pour le trafic de cocaïne qui finança la guerre contre-insurrectionnelle en Amérique centrale, dans les années quatre-vingt. Mais dans un sursaut de souveraineté, il refusa que les Etats-Unis aient le moindre contrôle sur Panama, à commencer par le Canal. Alors ses péchés, qui n’avaient jamais été considérés comme tels, firent tout à coup la une des journaux.

Lors de l’invasion, ils ne purent lui mettre la main dessus. La CIA fut ridiculisée. Ils durent promettre de l’argent pour le capturer. Noriega se rendit le 3 janvier 1990.

Les envahisseurs s’acharnèrent sur Chorrillo et San Miguelito parce qu’ils savaient que dans ces quartiers ils n’étaient pas les bienvenus. Ils n’y laissèrent que quelques rares colonnes de béton armé. Les soldats étasuniens eux-mêmes se mirent à nommer Chorrillo leur « Petit Hiroshima », en souvenir des ruines, de la mort et de la désolation auxquelles fut réduite la ville japonaise après la bombe atomique lancée par les Etats-Unis le 6 août 1945. La grande majorité des Panaméens le considèrent comme le « Quartier Martyr ».

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Héroïne et martyre, Ana le fut. Elle laissa son mari avec les enfants et s’évada du camp de concentration où on les avait parqués à Balboa. Elle se joignit à ceux qui combattaient les troupes d’envahisseurs. Elle leur infligea plusieurs pertes et endommagea un hélicoptère. La femme qui tirait à ses côtés vit la balle qui transperça la poitrine d’Ana. Agonisante, elle murmura : « Parle de moi à mes enfants ». Sa main serrait si fort le fusil qu’on faillit ne pas le récupérer.

Hernando Calvo Ospina

Journaliste, écrivain et réalisateur colombien résident en France.
Texte extrait du livre Latines, belles et rebelles, Le Temps des cerises éditeurs, Paris 2015

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Quand on parle du monstre… Par Jean-Marie Bourget

22 Décembre 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Histoire, #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La Russie, #La lutte des classes, #La paix, #Amérique Latine, #Les média

Quand on parle du monstre…

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Quand on parle du monstre…

Tant pis, à mon âge avec une vie mal faite derrière moi, je peux vous le confier au risque de me retrouver devant la Cour Pénale Internationale : j’ai admiré Castro. Admiré sans réserve. Pas comme mon ami Régis Debray qui n’a pas été nul dans l’éloge, et même émouvant. Mais qui a émis les réserves habituelles, comme les suspects arrêtés par le commandant Renault dans le film Casablanca. Des mots parachute qui vous évitent le pilori. Le problème de Régis, pourtant grand croyant et souvent grand crédule, est d’être parfois un « in-fidèle », de ne pas aller jusqu’au bout alors qu’il le devrait, de lâcher la cause en route.

Comme on abandonne dans le col parce que le boyau est crevé et que soudain, coup de mou et faute de rustines, on se demande si la vie vaut la peine d’être vécue l’humanité étant dégueulasse. L’esprit de révolution est comme la pierre ponce, il s’use. Et il use. Régis est passé à une autre pierre, un autre Pierre où Jésus a bâti son Eglise. Dommage, mais admirons le salut final du dernier des Mohicans : il a toujours le goût à la liberté et refuse la vie au caviar proposée par les petits maîtres de la sociale démocratie française.

La mort du Leader maximo nous a permis de savoir qu’il y a toujours du fidèle en lui. Et je ne peux oublier une soirée heureuse, avec un retour à la case départ, celle qui précède « Révolution dans la Révolution ». Autour d’une table parisienne, dans un titre à la Alexandre Dumas nous étions réunis « Cinquante ans après ». Régis s’est retrouvé là ému, en militant prodigue rentré à la base pour honorer celui qui fût un temps son maître, Jacques Vergés. C’est l’avocat ami de Mao et rédacteur en chef, qui l’avait, pour la revue « Révolutions », expédié en première patrouille sur les terres explosives de l’Amérique du Sud.

Si, parlant de Castro je vous parle de Debray c’est par commodité. Car évoquer aujourd’hui en France le suprême barbu est une entreprise impossible pour qui n’a pas d’outil, de toise, de cadran. Equipé on plonge alors dans le bazar du temps pour retrouver un étalon, un échantillon témoin. Avons-nous rêvé que nous, et des millions d’autres, aimions Castro ? Sommes-nous seuls « rouges-bruns » survivants de cette admiration devenue honteuse ? Pour nous pincer, nous réveiller, j’ai donc convoqué Régis, le vrai expert devenu plus crédible en homme du réel qui porte des costumes balzaciens. Il est notre témoin de moralité. A la barre de l’histoire il comparait pour dire aux incroyants qu’il est vrai que nous avons été fous, que nous n’étions pas seuls et avions raison de l’être.

Si dans un pays de liberté agonisante, la France où Chomsky est interdit de parole, je sonne le rassemblement de ceux qui ont accompagné Fidel, c’est par peur de ne pas être cru. Oui nous avons supporté avec lui, et portons encore l’utopie d’un monde plus juste. Une idée qui se sent maintenant seule comme une petite vieille la nuit sur un banc du Métro. Sur les écrans des télévisions on voit ces maîtres d’hôtel chargés de servir la vérité bien chaude, nous affirmer qu’avoir une émotion à l’annonce de la mort de l’ami du Che est grandement coupable.

La preuve, dès qu’un politicien se montre -et nous n’en manquons pas, ce sont des gibiers de saison- il est assommé d’une question unique : « que pensez-vous des propos de Ségolène Royal sur Fidel Castro ? ». Disparu le vrai débat, l’œuvre et l’homme Fidel n’ont pas d’importance. Ne pas introduire l’idée contagieuse qu’hors le vin le rouge puisse être bon. Ce qui compte, c’est de demander à Bayrou, le Commandante du Béarn, ce qu’il pense des justes paroles sorties naturellement de la bouche innocente d’une ministre linotte : « Cuba n’est pas une dictature ».

Cette impossibilité de dire un mot positif, fut-il orphelin, sur l’œuvre de Castro -sauf à être un nouveau Faurisson- est un indicateur. Un indice scientifique comme celui qui mesure les marées. Puisqu’il est impossible de dire « Castro » sans recevoir de tomates, cela signifie que nos libertés sont mortes. Avec elles notre imaginaire et le devoir du contradictoire, du doute.

Je m’explique. Le droit de vomir Castro étant acquis et gravé dans les livres par la bande des Courtois, le gang des « Nouveaux » philosophes et autres techniciens de surface comme Enthoven, est-il possible d’introduire une nuance de Mandela dans le vert olive ? Non. L’affaire est pliée. Dire que Castro a mis un continent debout, et même un et demi en comptant l’Afrique, qu’il a rendu les frères de son île à l’état d’hommes, c’est postuler à l’opprobre. Celle d’une Cour de magistrats mondialisés qui tient open bar à La Haye. Voilà l’état de notre liberté. Et son emprisonnement dans la cellule de la pensée néo conservatrice, droit-de-l’hommiste, pourrait ne pas être grave… Il faudrait, pour un nano gramme d’optimisme, sentir pousser des lutteurs capables de cisailler ses barreaux. Bien non. Il n’y a pas grand monde.

Il n’y a plus de lutteurs, ils ont rendu leurs paquetages à la globalisation. Restent des naufragés de Facebook communiquant entre eux comme des tôlards, en faisant du tam-tam dans les tuyaux, qui osent dirent les gros mots : « Fidel… je resterai fidèle ». Car, pour la pensée Pujadas, celle qui compte comme devant un guichet banque dans ce temps qui tourne le dos à l’espérance pour embrasser Wall Street, Castro avec « ses camps » est devenu un peu Hitler. Et Kissinger un Prix Nobel combattant pour la démocratie. Ainsi va la nouvelle histoire écrite par la sociale démocratie de France made in Washington. Celle qui envoie des gendarmes, à propos du contenu de son cours sur la Russie délivré en collège, poser des questions à un professeur breton.

Je pense qu’il serait souhaitable que les fabricants de jeux pour enfants nous facilitent la tâche. Qu’ils inventent une tablette sur laquelle, dès que les petits doigts pianotent l’icône Castro, ils reçoivent une petite décharge électrique. Le logiciel devra laisser de l’espace « libre » afin que cette gégène, l’enfer de l’histoire, puisse regrouper tous les monstres en une correcte haine. Ainsi notre monde deviendra juste et nos enfants heureux.

Ne dites plus « non passaran », puisque les éradicateurs sont passés en piétinant nos raisons de vivre. Fidel tu as eu raison de mourir, ce monde n’est plus pour nous.

Jacques-Marie Bourget

source: http://prochetmoyen-orient.ch/quand-on-parle-du-monstre/


 
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Washington tente de briser les BRICS – Le pillage du Brésil commence (New Eastern Outlook)

29 Septembre 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #AMERIQUE, #Amérique Latine, #Le capitalisme;, #Les transnationales, #La mondialisation, #Le grand banditisme, #Terrorisme, #l'horreur économique

Washington tente de briser les BRICS – Le pillage du Brésil commence (New Eastern Outlook)

Washington tente de briser les BRICS – Le pillage du Brésil commence (New Eastern Outlook)

 

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arton30939-c6f9eL’appareil à changer les régimes de Washington a pour le moment réussi à briser un maillon important dans l’alliance des grands pays émergents par un passage en force d’une destitution par le Sénat de la présidente dûment élue, Dilma Rousseff. Le 31 août, son vice-président Michel Temer a prêté serment comme président. Dans son premier discours en tant que président, Temer a cyniquement appelé à un gouvernement de « salut national », en demandant la confiance du peuple brésilien. Il a présenté des plans de réforme et a également signalé son intention de réviser les lois du système de retraite et du travail, et de réduire les dépenses publiques, autant de thèmes chers aux banques de Wall Street, du Fonds Monétaire International et leur Consensus de Washington. Maintenant, après moins de trois semaines en poste, Temer a dévoilé ses plans pour la privatisation en masse des joyaux de la couronne du Brésil, à commencer par le pétrole. Le pillage prévu du Brésil par Wall Street est sur le point de démarrer.

 

Il est important de garder à l’esprit que la Présidente Rousseff n’a pas été condamnée ni même formellement accusée d’un acte concret de corruption, même si le courant pro-oligarchie des médias du Brésil, dirigé par O’Globo Group du milliardaire Roberto Irineu Marinho, a mené une campagne de diffamation, créant les conditions du renversement de Rousseff par une mise en accusation formelle devant le Sénat. Le virage a eu lieu lorsque le parti d’opposition de Tremer, le PMDB, a brisé le 29 mars sa coalition avec le Parti des Travailleurs de Rousseff, tandis que des accusations de corruption liées à Petrobras liées étaient lancées contre Rousseff et l’ancien président Luiz Inácio Lula da Silva.

Le 31 Août, 61 sénateurs ont voté pour la destitution, tandis que 20 ont voté contre. La charge formelle était « manipulation du budget de l’Etat » avant les élections de 2014 pour cacher le montant du déficit. Elle nie avec véhémence l’accusation. En effet, le Sénat a publié son propre rapport d’experts qui a conclu qu’il n’y avait « aucune indication d’implication directe ou indirecte de Dilma » dans des manœuvres budgétaires illégales. Selon Associated Press, « des auditeurs indépendants embauchés par le Sénat du Brésil ont déclaré dans un rapport publié lundi que la présidente suspendue Dilma Rousseff n’a pas participé à la comptabilité « créative » dont elle avait été accusée lors de son procès de mise en accusation. » Dans le cadre d’un système honnête l’histoire se serait arrêtée là. Mais pas au Brésil.

En effet, elle a été mise en accusation pour le déclin dramatique de l’économie brésilienne, un déclin délibérément aggravé par des agences de notation de crédit américains tandis que les médias brésiliens et internationaux traditionnels faisaient leurs titres sur les allégations de corruption chez Petrobras. Fait important, le Sénat n’a pas interdit l’ex-présidente de toute fonction publique pour 8 ans malgré les souhaits de Washington, et elle a promis un retour sur électoral. Temer, commandé par Washington, a jusqu’à la fin de 2018 pour livrer le Brésil à ses maîtres avant la fin légale de son mandat.

Il faut rappeler que Temer lui-même a été accusé de corruption par les enquêtes sur la compagnie pétrolière d’état Petrobras. Il aurait demandé au chef de l’unité de transport de Petróleo Brasileiro SA de l’époque, en 2012, d’organiser des contributions de campagne illégales au parti de Temer qui menait une campagne soutenu par Washington pour évincer le Parti des Travailleurs de Rousseff. Puis, au mois de juin dernier, quelques jours seulement après sa prise de fonctions en tant que président par intérim, deux des propres ministres nommés par Temer, dont le ministre de la transparence, ont été contraints de démissionner suite aux allégations selon lesquelles ils cherchaient à détourner l’enquête sur la corruption massive chez Petrobras.

L’un des deux, Romero Juca, un très proche allié de Temer, a été enregistré en train de comploter la destitution de Dilma comme un moyen d’arrêter l’enquête sur la corruption Petrobras en cours, tout en indiquant que les militaires du Brésil, les médias, et les tribunaux étaient tous impliqués dans le complot visant la destitution.

En bref, la destitution de Dilma Rousseff et son Parti des Travailleurs après 13 ans de pouvoir au Brésil était une nouvelle forme de Révolution Colorée de Washington, que nous pourrions appeler un coup d’Etat judiciaire par des juges et des membres corrompus du Congrès. Sur les 594 membres du Congrès, selon le quotidien Globe and Mail of Toronto, « 318 font l’objet d’une enquête ou ont été accusés » alors que leur victime, la présidente Rousseff, « n’est elle-même accusée d’aucun délit financier. »

Le lendemain du premier vote de mise en accusation à la Chambre basse au mois d’avril, un membre dirigeant du parti PSDP de Temer, le sénateur Aloysio Nunes, s’est rendu à Washington pour une mission organisée par le cabinet de lobbying Albright Stonebridge Group de l’ancien secrétaire d’Etat de Bill Clinton, Madeleine Albright. Nunes, en tant que président du Comité des relations étrangères du Sénat brésilien, a maintes fois préconisé que le Brésil se réoriente une fois de plus vers une alliance avec les Etats-Unis et le Royaume-Uni.

Madeline Albright, directrice d’un des principaux think-tanks étasuniens, le Council on Foreign Relations, est également présidente du principal ONG derrière les « révolutions de couleur » du gouvernement des États-Unis, le National Democratic Institute (NDI). Vous ne trouvez rien de louche, là-dedans ? Nunes serait allé à Washington pour rallier un soutien à Temer et au coup d’Etat judiciaire contre Rousseff.

Du côté de Washington, un acteur clé, le bourreau politique de facto de Rousseff, était, une fois de plus, le vice-président Joe Biden, le ’Dick Cheney’ des sales coups de l’administration Obama.

Le voyage fatidique de Biden au Brésil

En mai 2013, le vice-président Joe Biden a effectué une visite fatidique au Brésil pour rencontrer la présidente Rousseff. En Janvier 2011, Rousseff avait succédé à son mentor du Parti des Travailleurs, Luis Inacio Lula da Silva, ou Lula, qui était limité à deux mandats consécutifs par la Constitution. Biden était allé au Brésil pour parler de pétrole avec le nouveau président. Les relations entre Lula et Washington s’étaient refroidies lorsque Lula a soutenu l’Iran contre les sanctions américaines et s’est rapproché économiquement de la Chine.

Fin 2007, Petrobras avait découvert ce qui a été estimé comme une gigantesque réserve de pétrole de haute qualité sur le plateau continental maritime brésilien dans le bassin de Santos. Au total, le plateau continental brésilien pourrait contenir plus de 100 milliards de barils de pétrole, ce qui transformerait le pays en une puissance pétrolière et gazière, chose que les géants pétroliers US Exxon et Chevron, aimeraient contrôler.

En 2009, selon une fuite de câbles diplomatiques US publiés par Wikileaks, le consulat américain à Rio a écrit que Exxon et Chevron ont essayé en vain de modifier une loi soutenue par le mentor et prédécesseur de Rousseff au sein du Parti des Travailleurs, le président Luis Inacio Lula da Silva. Cette loi de 2009 fait de Petrobras le chef-opérateur les blocs pétroliers offshore. Washington et les géants pétroliers US ne sont pas du tout heureux de perdre le contrôle sur la plus grande découverte potentielle de pétrole depuis des décennies.

Lula avait non seulement écarté ExxonMobil et Chevron de la position majoritaire en faveur de la Petrobras, mais il a aussi ouvert l’exploration pétrolière brésilienne pour la Chine, qui est depuis 2009 un membre central des pays en voie de développement du BRICS avec le Brésil, la Russie, l’Inde et l’Afrique du Sud.

En Décembre 2010, dans un de ses derniers actes en tant que président, Lula a supervisé la signature d’un accord entre l’entreprise énergétique brésilien-espagnol Repsol et la société Sinopec qui appartient à l’état chinois. Sinopec a formé une coentreprise, Repsol Brasil Sinopec, en investissant plus de $7,1 milliards dans Repsol Brésil. Déjà en 2005, Lula avait approuvé la formation de Sinopec International Petroleum Service of Brazil Ltd dans le cadre d’une nouvelle alliance stratégique entre la Chine et le Brésil.

En 2012, lors d’un forage d’exploration en commun, Repsol Sinopec Brasil, le norvégien Statoil et Petrobras ont fait une nouvelle découverte majeure dans Pão de Açúcar, le troisième dans le bloc BM-C-33, qui comprend Seat et Gávea, ce dernier étant l’un des 10 plus importantes découvertes au monde en 2011. Les grandes compagnies pétrolières étasuniennes et britanniques n’étaient pas visibles dans les parages.

La tâche de Biden était de sonder le successeur de Lula, Rousseff, pour revenir sur l’exclusion des grandes compagnies pétrolières US en faveur des Chinois. Biden a également rencontré quelques unes des principales sociétés d’énergie au Brésil, y compris Petrobras.

Bien que peu a été dit publiquement, Rousseff a refusé de modifier la loi sur le pétrole de 2009 d’une manière qui aurait satisfait Biden, Washington et les compagnies pétrolières US. Quelques jours après la visite de Biden, les révélations de Snowden qui montraient que la NSA et les Etats-Unis avaient également espionné Rousseff et de hauts responsables de Petrobras. Elle était livide et a dénoncé l’administration Obama au mois de septembre devant l’Assemblée générale de l’ONU pour avoir violé le droit international. Elle a annulé une visite prévue à Washington en signe de protestation. Après cela, les relations entre les Etats-Unis et le Brésil se sont sérieusement dégradées.

Après ses pourparlers de mai 2013 avec Rousseff, Biden lui a clairement donné le baiser de la mort.

Avant la visite de mai 2013 de Biden, Dilma Rousseff avait une cote de popularité de 70%. Moins de deux semaines après le départ de Biden, des manifestations nationales par un groupe très bien organisé appelé Movimento Passe Livre, sur une augmentation des tarifs de bus de 10 centimes, ont pratiquement paralysé le pays et devinrent très violentes. Les protestations portaient la marque d’une « révolution de couleur » avec des déstabilisations via les médias sociaux qui semblent suivre Biden partout où il passe. En quelques semaines, la popularité de Rousseff est tombée à 30%.

Washington avait clairement envoyé un signal que Rousseff devait changer de cap ou faire face à de graves problèmes. La machine à changer de régime de Washington, y compris la totalité de sa gamme d’opérations de guerre financières allant d’un audit fuité de PwC sur Petrobras à la dégradation du Brésil par l’agence de notation de crédit Standard & Poors de Wall Street en Septembre 2015, est entrée en action pour éliminer Rousseff, un bailleur de fonds clé de la Nouvelle Banque de Développement du BRICS et d’une stratégie de développement national indépendant pour le Brésil.

La vente des joyaux de la Couronne

L’homme qui a personnellement manoeuvré pour s’emparer de la présidence, le corrompu Michel Temer, a travaillé pendant tout ce temps comme informateur pour Washington. Dans les documents publiés par Wikileaks, il a été révélé que Temer était un informateur de renseignement américain depuis au moins 2006, par l’intermédiaire de télégrammes à l’ambassade des États-Unis au Brésil classifiés par l’ambassade comme « sensibles » et « pour usage officiel seulement. »

L’homme de Washington au Brésil, Temer, n’a pas perdu de temps pour apaiser ses parrains de Wall Street. Même en tant que président par intérim en mai, Temer a nommé Henrique Meirelles Ministre des Finances et de la Sécurité sociale. Meirelles, ancien président de la Banque centrale brésilienne et instruit à Harvard, a été président de BankBoston aux Etats-Unis jusqu’en 1999, et travaillait pour cette banque en 1985 lorsqu’il a été reconnu coupable d’avoir omis de déclarer $1,2 milliards de transferts de fonds illégaux vers des banques suisses. Meirelles supervise actuellement la vente massive prévue des « joyaux de la couronne » du Brésil aux investisseurs internationaux, un mouvement destiné à diminuer gravement le pouvoir de l’État dans l’économie. Un autre des conseillers économiques clés de Temer est Paulo Leme, ancien économiste du FMI et maintenant Directeur Général des Recherches sur les Marchés Émergements de Goldman Sachs. Wall Street est centre du pillage économique du Brésil mené par Tremer.

Le 13 Septembre, le gouvernement Temer a dévoilé un programme de privatisation massive avec un commentaire cyniquement trompeur, « Il est clair que le secteur public ne peut pas avancer seul sur ces projets. Nous comptons sur le secteur privé. » Il a omis de préciser que le secteur privé dont il parlait était celui de ses parrains.

Temer a dévoilé des plans qui aboutiraient à la plus grande privatisation du pays depuis des décennies. Idéalement, le processus doit être achevé d’ici la fin de 2018, juste avant la fin du mandat de Temer. L’influent Conseil des Affaires Etats-Unis-Brésil a détaillé la liste des privatisations sur son site Internet. Le Conseil des Affaires Etats-Unis-Brésil a été fondé il y a quarante ans par Citigroup, Monsanto, Coca-Cola, Dow Chemicals et d’autres multinationales US.

Des appel d’offres pour le premier tour des concessions seront émis avant la fin de cette année. Ils comprendront la privatisation de quatre aéroports et deux terminaux portuaires, tous vendus aux enchères au cours du premier trimestre de 2017. D’autres concessions comprennent cinq autoroutes, une ligne de chemin de fer, des enchères sur de petits blocs de pétrole et ensuite sur les grands blocs d’exploitation pétrolière, principalement au large des côtes. En outre, le gouvernement va vendre des certains actifs actuellement contrôlés par son Département de Recherches Minières plus six distributeurs d’électricité et trois installations de traitement de l’eau.

Le cœur de son projet de privatisation sont, sans surprise, les compagnies pétrolières et gazières de l’Etat très convoitées par Joe Biden ainsi que des pans de la compagnie d’électricité de l’État Eletrobrás. Temer prévoit d’obtenir jusqu’à $24 milliards de cette vente massive. $11 milliards du total proviendront de la vente de titres clés dans le pétrole et de gaz. Bien sûr, lorsque les actifs de l’Etat tels que les énormes ressources pétrolières et gazières sont vendues à des intérêts étrangers dans ce qui sera à l’évidence une vente au rabais, ils ne peuvent être vendus qu’une seule fois. Le pétrole, le gaz ou des projets d’énergie électrique génèrent un flux de revenus constant qui s’élève à plusieurs fois les gains obtenus par une privatisation. C’est l’économie du Brésil qui sera l’ultime perdant dans cette privatisation. Les banques et les multinationales de Wall Street seront bien sûr, comme prévu, les gagnants.

Du 19 au 21 Septembre, selon le site du Conseil des Affaires Etats-Unis-Brésil, les principaux ministres du gouvernement brésilien pour les infrastructures dont le ministre Moreira Franco ; le Ministre Fernando Bezerra Coelho Filho, ministre des Mines et de l’énergie ; et le ministre Mauricio Quintella Lessa, ministre des Transports, Ports et de l’Aviation civile, seront à New York pour rencontrer des « investisseurs en infrastructure. » de Wall Street.

C’est la méthode de Washington, la méthode des Dieux de l’Argent de Wall Street [Wall Street Gods of Money], pour reprendre le titre d’un de mes livres. Tout d’abord, détruire toute volonté de dirigeants nationaux déterminés à oeuvrer pour un véritable développement national, tels que Dilma Rousseff. Les remplacer par un régime vassal prêt à faire n’importe quoi pour l’argent, y compris vendre les joyaux de la couronne de leur propre pays comme l’ont fait des gens comme Anatoli Tchoubaïs en Russie dans les années 1990 sous la « thérapie de choc » de Boris Eltsine. Comme récompense pour son comportement, Tchoubaïs siège au conseil consultatif de JP MorganChase. Ce que Temer et ses associés obtiendront pour leurs efforts reste encore à découvrir. Washington pour l’instant a brisé un des BRICS qui menaçait son hégémonie mondiale. Si l’histoire récente peut servir de leçon, il est peu probable que cela soit un succès durable.

William Engdahl F

Traduction « filhos da puta » par VD pour le Grand Soir avec probablement toutes les fautes et coquilles habituelles.

http://journal-neo.org/2016/09/24/washington-tries-to-break-brics-rape…

source:http://www.legrandsoir.info/washington-tente-de-briser-le-brics-le-pillage-du-bresil-commence-new-eastern-outlook.html

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De nouvelles manœuvres déstabilisatrices en Bolivie. le 11 Septembre 2016

11 Septembre 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #AMERIQUE, #Amérique Latine, #Bolivie, #Le grand banditisme, #Terrorisme

De nouvelles manœuvres déstabilisatrices en Bolivie

Analyse communiste internationale

Blog d'information et d'analyse des mouvements politiques

 

Par Guillermo Alvarado

Des autorités de la Bolivie ont dénoncé la persistance de manœuvres déstabilisatrices et putschistes de la part des secteurs de droite, qui de concert avec des intérêts économiques et étrangers, cherchent à renverser le gouvernement d'Evo Morales, comme il s'est passé récemment au Brésil avec la présidente Dilma Rousseff.

Après l'assassinat du vice ministre de l'Intérieur et de la police, Rodolfo Illanes, par des membres d'une coopérative minière, action déplorable, il y a des secteurs qui essaient de se servir d'une vidéo manipulée sur ces faits, pour essayer de faire croire à l'opinion que le gouvernement n'a suffisamment pas fait pour sauver la vie de ce fonctionnaire.

La ministre des Communications, Marianela Paco, a déclaré que des secteurs de l'opposition prétendent ouvrir un procès parlementaire contre le président Morales, qu'ils rendent responsable de la mort de Rodolfo Illanes.

Rappelons que le vice ministre s'est rendu de bonne foi, à Potosí, pour négocier avec les membres des coopératives et les convaincre de lever les barricades qu'ils avaient dressées et qui bloquaient des routes importantes. Il a été retenu contre sa volonté, puis cruellement exécuté par ses kidnappeurs, qui ont refusé toute négociation.

L'existence de tels films vidéos attire l'attention. Ils n'ont pu être filmés que par des personnes qui se trouvaient sur les lieux au moment où les faits ont été commis. Soit ils faisaient partie du groupe qui a roué de coups ce fonctionnaire jusqu'à ce que mort s'en suive, soit ils en étaient complices ou du moins des témoins clés.

Ce serait naïf de penser que des mineurs exaltés, au point de battre à mort une personne sans défense, allaient permettre à des inconnus de se mettre en premier rang pour filmer le crime qui était commis.

Ce qui ont filmé cette vidéo savaient très bien ce qu'ils faisaient. Cela faisait partie de toute évidence, du scénario de la nouvelle conspiration. La meilleure preuve est qu'au lieu de remettre ces pièces à la justice pour accélérer les enquêtes, ils les diffusent sur les réseaux sociaux et disent que le gouvernement n'a rien fait pour éviter cette mort.

Des plans contre Evo Morales sont concoctés depuis son arrivée au pouvoir en 2006. Rappelons que suite à la nationalisation des ressources naturelles en 2008, une conspiration connue sous le nom de Media Luna a été préparée. Les préfets de Santa Cruz, Pando, Beni, et de Tarija, dans le Sud du pays ont voulu se séparer du pays après avoir déclaré qu'ils méconnaissaient le gouvernement.

En septembre 2008, le préfet de Pando, Leopoldo Fernández, a ordonné le massacre d'un groupe de paysans. Il prétendait inculper le gouvernement pour cette action et demander une intervention des États-Unis. Cette manœuvre a échoué lorsque les autorités ont démasqué les véritables auteurs du massacre.

C'est dans ce contexte déstabilisateur que la soi-disant rébellion indienne a eu lieu en 2011-2012. Elle a été marquée par des accrochages importants.

On se sert maintenant des membres des coopératives minières pour rééditer ce type d'action déstabilisatrice.

Où se trouve la main qui écrit les scénarios de ces conspirations? Bien à l'abri à Washington, dans un bureau qui, sans aucun doute, doit être très proche du célèbre bureau ovale

Edité par Tania Hernández

source: http://www.radiohc.cu/fr/noticias/internacionales/104901-de-nouvelles-man%C5%93uvres-destabilisatrices-en-bolivie-sont-denoncees

Tag(s) : #Amérique latine Bolivie
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VENEZUELA : une militante chaviste ASSASSINÉE et BRÛLÉE

7 Juillet 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #AMERIQUE, #Amérique Latine, #Le capitalisme;, #Terrorisme, #Le socialisme, #Le grand banditisme, #l'horreur économique

Publié par El Diablo

 

Elizabeth Aguilera (source twitter -Patria Grande Inter)

Elizabeth Aguilera (source twitter -Patria Grande Inter)

Resumen Latinoamericano, 27 juin 2016.-

Traduction Françoise Lopez pour Bolivar Infos

Freddy Bernal a confirmé mardi l'assassinat de al dirigeante des Unités de Bataille Bolívar-Chávez-Escuela Sucre (Ubch), Elizabeth Aguilera à la Cota 905.

Cet événement a eu lieu dans l'accès qui communique avec la rue Los Pinos du secteur de San Miguel.

Des sources policières ont indiqué que la militante chaviste est morte suite à de multiples impacts de balles et qu'ensuite, ses assassins ont brûlé ses restes.

Dans un message sur son compte twitter ‏@FreddyBernal a écrit : « Hier, la délinquance organisée a assassinée ignoblement une grande camarade de lutte Elizabeth Aguilera, chef de l'UBCH de la côte 905...

Dans un autre message, il a dit : « Une femme révolutionnaire qui a travaillé jour après jour pour sa patrie et dont le seul péché a été de croire en une société d'égalité. (…) Il y en a marre des assassinats sélectifs, fermeté contre le para-militarisme inoculé depuis la Colombie. Alerte, ils veulent détruire la Paix du Venezuela ».

Daniel Aponte, chef du District de la Capitale a condamné ce crime dans des messages partagés sur twitter.

« Je veux exprimer mon chagrin et ma condamnation de l'assassinat de notre camarade Elizabeth Aguilera (Chef de l'UBCH, Cota 905). Combattante infatigable, CHAVISTE RADICALE, Leader populaire et communale. Femme fidèle à ses principes et restée avec le Président Nicolas Maduro. Un groupe paramilitaire lui a pris la vie et elle laisse un grand vide. Justice sera faite de ce crime. Le @PartidoPSUV Ccs en totale solidarité ».

source en espagnol :

http://www.resumenlatinoamericano.org/2016/06/28/asesinan-y-queman-a-militante-chavista-de-las-unidades-de-batalla-bolivar-chavez-en-la-cota-905/

 

SOURCE:

 

http://www.communcommune.com/2016/07/venezuela-une-militante-chaviste-assassinee-et-brulee.html?utm_source=_ob_email&utm_medium=_ob_notification&utm_campaign=_ob_pushmail

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Entretien avec la Présidente Dilma Rousseff.

5 Juillet 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #AMERIQUE, #Amérique Latine, #La France, #Le capitalisme;, #l'horreur économique, #Le grand banditisme

Source : Le Grand Soir, 247, 17-06-2016

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Brasil 247

Le 8 juin 2016, la Présidente du Brésil Dilma Rousseff s’est entretenue avec les journalistes Leonardo Attuch, Tereza Cruvinel et Paulo Moreira Leite, du site Brasil 24s7.

247 – Quand on arrive à l’Alvorada (Palais de la Présidence à Brasilia NdT), il faut passer par un barrage de police. Sommes-nous en train de rendre visite à une Présidente de la République ou à une personne prisonnière d’une prison de luxe ?

Dilma Rousseff – Je ne me sens pas retenue prisonnière. Je maintiens mes droits d’aller et venir. Mais ce barrage de police est extrêmement gênant et ridicule.

247 – Quel est son but ?

Dilma Rousseff – J’en suis très curieuse. C’est d’une telle stupidité que la réponse en serait qu’ils sont devenus fous. Mais comme ils ne sont pas devenus fous, je présume qu’ils veulent savoir qui vient me visiter. Qui me visite, politiquement. Pourquoi ? Pour savoir sur qui ils doivent faire pression.

247 – Une enquête d’opinion divulguée aujourd’hui par l’Institut CNT/MDA révèle que l’indice d’approbation du président intérimaire Michel Temer est très bas. Devant ce fait, quelle a été votre articulation politique, même en sachant que vous êtes surveillée par cette barrière policière ?

Dilma Rousseff – Mon articulation est basée sur l’exercice d’une chose très simple : le dialogue, le dialogue, le dialogue. Il n’y a aucun autre exercice à faire, à part de persuader qu’un coup d’État est en cours. Il ne s’agit pas seulement d’un coup d’État contre mon mandat. C’est un coup d’État qui pose de sérieux problèmes par rapport à l’institution brésilienne, On ne fait pas un coup d’État contre un président de la République qui représente un contrat et qui a eu 54 millions de votes, sans la tentation de rompre d’autres contrats.

247 – Vous pouvez nous citer des exemples ?

Dilma Rousseff – Licencier le président de l’EBC (Entreprise Brésilienne de Communication. (entre temps, la Cour Suprême a remis le Président à son poste NdT) a été une rupture de contrat. Suspendre des contrats de publicité (envers les blogs et sites progressistes NdT) a aussi été une rupture de contrat. La première tentation de tous les coups d’État, qu’ils soient militaires ou parlementaires, et de faire taire. Faire taire la divergence. Ils essayent même d’interdire l’expression coup d’État. La simple expression coup d’État les incommode. Ce n’est pas pour rien qu’un groupe de parlementaires nous a envoyé une notification afin que nous expliquions la raison pour laquelle nous appelons coup d’État ce coup d’État.

247 – Et vous l’avez fait ? Leur avez-vous envoyé l’éditorial du New York Times qui dénonce le coup d’État au Brésil ?

Dilma Rousseff – Non, je n’ai pas envoyé le New York Times. J’ai été plus classique. J’ai envoyé une phrase de Beaumarchais dans les Noces de Figaro. Elle dit ceci : « Quand on cède à la peur du mal, on ressent déjà le mal de la peur ». C’est la phrase la plus synthétique. Ils veulent faire taire parce qu’ils ont peur. Ils ont peur du contradictoire. Ils ont peur des manifestations politiques. Ils ont été jusqu’à fermer l’accès à l’Alvorada ! J’ai passé ici cinq ans et il n’y a jamais eu de barrage. Tout d’un coup il apparaît et nous ne savons pas pourquoi.

247 – Vous avez parlé de la tentative de faire taire la divergence. Y-a-t-il un risque que ce gouvernement provisoire se transforme en un régime autoritaire ?

Dilma Rousseff – Il y a ce risque, oui. Les gouvernements illégitimes n’aiment pas, par exemple, la culture. Supprimer le Ministère de la Culture, comme ils l’ont fait, c’est atteindre le symbolique, dans un pays qui a besoin d’affirmer sa diversité nationale (le Ministère de la Culture a été rétabli depuis NdT). Nous avons aujourd’hui un président intérimaire qui n’a pas une once de légitimité et qui n’est pas encore sorti dans la rue (après avoir évité plusieurs engagements, Temer est finalement sorti depuis NdT) Le recours à la force peut, oui, être le prochain pas.

247 – Le présidence est intérimaire mais, en théorie, est légitimé par un procès d’impeachment.

Dilma Rousseff – Ce procès d’impeachment traite de six décrets de crédit supplémentaire et du Plano Safra (Plan Récolte), à l’élaboration duquel je n’ai même pas participé. Comme il n’y pas le moindre indice de crime de responsabilité, il s’agit, bien évidemment, d’un coup d’État. Le fait est qu’au Brésil s’est créée une situation absurde, avec cet impeachment fait sur la base d’une loi de 1950, dont des pans immenses ne sont pas régulés. Nous avons un président intérimaire qui a démonté toute une structure de gouvernement. Il démonte des programmes et des politiques publiques, sans aucune légalité, et a du mal, ainsi, à mettre un pied dans la rue. Il n’a aucune légitimité. Vous savez ce qui surprend le plus les correspondants internationaux et les émissaires des gouvernements étrangers qui nous rendent visite ?

247 – Quoi ?

Dilma Rousseff – Le fait que nous soyons en train de vivre une situation unique. Je suis la présidente élue. Je n’ai pas quitté ma charge. Ils sont intérimaires et ils pensent qu’ils peuvent tout démonter. Une chose dont je suis certaine, c’est qu’à mon retour il y aura une modification de cette loi. Sinon, le présidentialisme au Brésil sera une farce. Beaucoup parlent aujourd’hui de parlementarisme. Quelques-uns de semi-parlementarisme. D’autres, de semi-présidentialisme. Mais il est important de dire que le parlementarisme au Brésil signifie l’hégémonie conservatrice.

247 – Cette loi de 1950 a été faite par un politicien gaucho (du sud), Raul Pila, qui était un doctrinaire du parlementarisme. Ensuite cette loi fut réglementée par un autre politicien gaucho, Paulo Brossard, qui était aussi parlementariste. D’une certaine façon, le parlementarisme essaie de s’imposer au présidentialisme, sans que le peuple ne soit consulté ?

Dilma Rousseff – Très bien observé. Vous savez qui était Raul Pila ? Un représentant du Parti Libéral. Paulo Brossard aussi. Cette loi de 1950 exprime une vision parlementaire du pouvoir. Dans le parlementarisme, le président peut être retiré par un vote de méfiance. Le président peut aussi convoquer de nouvelles élections générales et dissoudre le parlement. Dans notre présidentialisme, il devrait y avoir un équilibre. Je dis ceci parce que ce qui est arrivé au Brésil a été une élection indirecte travestie d’impeachment, et donc, putschiste, par une manœuvre où tout le pouvoir retombe sur le gouvernement provisoire, et aucun pouvoir ne reste à celui qui a été légitimement élu. Il y a donc quelque chose qui ne va pas.

247 – Ce parlementarisme imposé de force est-elle la principale expression du coup d’État ?

Dilma Rousseff – Il y a de nombreuses strates au coup d’État. L’une d’entre elles, la plus évidente, est le procès pour impeachment, sans crime de responsabilité, qui a culminé par cette élection indirecte. Ensuite, cette situation de nouveau régime, qui a permis à un gouvernement intérimaire de changer les politiques publiques sans aucune légitimité. Il faudra discuter, dans le futur, des limites de l’intérimaire.

247 – Vous allez rétablir tout ce que le président intérimaire a fait, ou y-a-t-il des choses qui peuvent servir ?

Dilma Rousseff – Nous devrons tout rétablir, sans le moindre doute. Il n’y a aucune hypothèse de laisser voir disparaître le Ministère de la Science et de la Technologie (incorporés au Ministère des Communications NdT) Les autres modifications qu’ils ont faites n’ont que sens que pour leur stratégie, mais elles ne correspondant pas au désir de la population. Par exemple : quand ils retirent le S de la Previdência Social(Assurance Sociale) et mettent le Ministère sous la tutelle du Ministère des Finances, cela exprime une certaine vision du monde. Laquelle ? Retirer des droits aux retraités et aux travailleurs. Quand ils mettent l’Incra (Institut National de Colonisation et de Réforme Agraire) sous la tutelle du Ministère de l’Intérieur (Casa Civil), ils visent à retirer des droits aux travailleurs ruraux ou d’agréer à des intérêts physiologiques. Rien de tout cela ne peut continuer, sans parler de ce qu’ils ont fait avec les femmes, les noirs, les homosexuels, les handicapés et toutes les minorités.

247 – Ce gouvernement provisoire a rendu les minorités invisibles ?

Dilma Rousseff – Une invisibilité totale. Et rendre invisible, dans ce gouvernement d’hommes blancs, est une manière de faire taire. En plus, cette femme qui a assumé le Secrétariat d’État aux Femmes [Fatima Pelaes] a dit une chose très grave.

247 – Vous parlez de quoi en particulier ?

Dilma Rousseff – Elle a dit, puis s’est dédit. Mais ce qu’ils pensent, c’est ce qu’ils disent la première fois. Elle a affirmé que l’avortement doit être interdit même en cas de viol. La loi brésilienne a été perfectionnée et modifiée peu à peu. L’avortement est permis en cas de viol, des grossesse à haut risque et d’anencéphalie. Le fonctionnaire public n’a pas à aimer ou pas. Il doit obéir et c’est tout. Mais elle est seulement un exemple.

247 – Quels seraient les autres ?.

Dilma Rousseff – Ensuite est arrivé le ministre de la santé qui a dit que le SUS (Sistema Unico de Saude – équivalent de la couverture universelle NdT) ne tenait pas dans le budget. L’autre a parlé de faire des coupes dans le Bolsa Familia (Bourse Famille), qui coûte 0,5% du PIB. Ensuite, on a parlé de désindexer le revenu des retraités du salaire minimum. C’est très grave. Cela atteint 70% des retraités, 23 millions de personnes. S’ils font ça, la retraite ne sera plus jamais un salaire minimum. On va revenir où nous en étions au temps de Fernando Henrique Cardoso (président du PSDB de 1995 à 2003 NdT).

247 – Ce gouvernement intérimaire n’aurait-il pas au moins le mérite de révéler au peuple brésilien le vrai visage de la droite brésilienne ?

Dilma Rousseff – Hier, j’ai reçu ici un groupe d’historiens qui étudient l’esclavage. Ils ont dit une chose très vraie. La logique du privilège est encore très forte au Brésil. Elle s’exprime dans ce manque de respect envers les plus pauvres. Ils m’ont parlé d’un club à Rio de Janeiro où les bonnes d’enfants ne peuvent s’asseoir ni aller aux toilettes. Malheureusement, il existe encore ce sentiment au Brésil. Quand le pauvre s’élève, la maison des maîtres (Casa Grande) devient folle.

247 – Le gouvernement intérimaire parle de retirer les étrangers du programme Mais Médicos (Plus de Médecins, auquel participent beaucoup de médecins cubains NdT). Quelles en seraient les conséquences ?

Dilma Rousseff – C’est simple. S’ils enlèvent les médecins étrangers, le Mais Médicos s’arrête. Parce que les étrangers, et spécialement les cubains, sont la grande majorité des professionnels qui participent au programme. Pourquoi avons-nous fait le Mais Médicos ? Parce que notre quantité de médecin per capita est encore très faible. Bien plus bas que dans des pays voisins comme l’Argentine et l’Uruguay. N’en parlons pas quand on compare à un pays comme l’Angleterre. Un des objectifs du gouvernement est d’amplifier les écoles de médecine et pas seulement dans les capitales. Mais former un médecin est très long.

247 – N’est-il pas possible de continuer le programme avec uniquement des médecins brésiliens ?

Dilma Rousseff – Non. Avant le Mais Médicos, nous avions plus de 700 municipalités (qui peuvent être gigantesques NdT) sans aucun médecin. Le médecin formé au Brésil, la plupart du temps, n’allait pas vers les périphéries des grandes villes. D’ailleurs, l’État de São Paulo, le plus riche du Brésil, est celui qui a demandé le plus de professionnels du programme. Nous avions plus de 20 millions d’habitants sans attention médicale. Nous ne sommes pas en train de parler du fin fond de la campagne, mais de São Paulo.

247 – Beaucoup de cabinets médicaux ont été des départements de propagande de l’impeachment, vous le savez ?

Dilma Rousseff – Eh, mais là…. Comme l’offre de médecins est faible, les médecins n’allaient pas vers la périphérie des grandes villes, l’Amazonie, les départements de santé indigène. Nous avons fait des enquêtes. Plus de 90% des personnes bénéficiaires approuvent le programme. Et plus de 60 millions de personnes reçoivent des soins du Mais Médicos. 63 millions de personnes.

247 – Mais ce gouvernement prend beaucoup de décisions de nature idéologique. N’ont-ils pas fait ça pour faire partir les cubains ?

Dilma Rousseff – Je n’y crois pas, spécialement depuis que les États-Unis se sont rapprochés de Cuba. Cette idée perd de sa force, ce n’est plus à la mode. Mais je dois dire une chose. Vive le médecin cubain ! Vive le médecin cubain ! Le médecin cubain rassure le patient, il vous regarde, il vous touche, il regarde ton histoire, il va chez toi si c’est nécessaire. Ils ont une vision de la médecine qui est très importante pour les médecins brésiliens. D’un autre côté, ils font aussi l’éloge du médecin brésilien, qui est très bien préparé et très bien formé. Je crois qu’il y a une complémentarité. Un autre point intéressant est que les médecins cubains font l’éloge de nos infirmières.

247 – Dans une des villes où est passée la torche olympique, un médecin cubain a été choisi pour la porter. Est-ce un signal de reconnaissance ?

Dilma Rousseff – Certainement. Il y a une identification très grande entre le médecin cubain et le peuple brésilien. Il ressemble au peuple brésilien, il a l’allure du brésilien. Il est important de dire que l’accord n’a pas été conclu avec le gouvernement cubain, mais avec l’OPAS, l’Organisation Panaméricaine de Santé. S’ils veulent retirer les cubains du programme, ils vont avoir un gros problème avec l’OPAS, avec l’OMS, avec l’OCDE. Ce sera une autre rupture unilatéral de contrat. Un contrat international. Le port de Mariel (à Cuba NdT), que j’ai dû beaucoup expliquer pendant ma campagne électorale, est une autre raison d’oublier ce préjugé idéologique.

247 – Pourquoi ?

Dilma Rousseff – Aujourd’hui, il y a 30 entrepreneurs américains qui s’y installent. Parce que c’est le port le plus important des Caraïbes, et qui sera administré par les hollandais, qui ont une grande expérience dans ce domaine.

247 – En parlant d’économie, le gouvernement intérimaire rejette sur vous la responsabilité d’un déficit de 170 milliards de reals.

Dilma Rousseff – Ils sont absolument responsables de cela. Je ne suis pas en train de créer 14.000 postes de fonctionnaires (que la Chambre a approuvé et que le Sénat doit voter NdT). J’étais contre cette proposition bombastique. J’ai apposé mon véto aux augmentations. Nous avons envoyé au Congrès un déficit de 96 milliards de reals, parce qu’il y a une chute constante des recettes fiscales. Ils ont augmenté le déficit à 170 milliards pour avoir de la marge pour les dépenses, et pour créer les conditions de l’impeachment.

247 – Veulent-ils acheter les consciences pour approuver l’impeachment au cours du second vote au Sénat ?

Dilma Rousseff – Cela me paraît clair. Ils veulent contrôler leur base, et garantir les votes, par le moyens des dépenses publiques. Pour cela, ils ont augmenté le déficit. Un autre motif est qu’ils souhaitent échapper au contrôle du TCU (Tribunal des Comptes de l’Union). Parce que la situation que le TCU a créé au cours de ce procès d’impeachment rend in-viable toute politique fiscale. Le Brésil vit aujourd’hui une crise qui réduit les recettes fiscales. Selon la logique du TCU, il y aurait un risque de « shutdown » (arrêt des activités gouvernementales fédérales, comme c’est arrivé aux États-Unis NdT), à chaque fois que les dépenses atteindraient le plafond, paralysant toutes les activités de l’État. Ils nous mettent le couteau sous la gorge.

247 – Quel est le poids de la crise politique dans cette chute des recettes fiscales ?

Dilma Rousseff – Joseph Stiglitz (prix Nobel d’Économie) et venu ici et a dit une chose intéressante. La crise économique, avec la chute des commodities et la récession internationale, était inexorable. Mais il a dit aussi : ce que vous ne pouvez expliquer est la crise politique.

247 – Voyez-vous un signe de reprise économique ?

Dilma Rousseff – Il y a beaucoup de choses qui se passent que nous avions déjà préparées. Par exemple, la chute de l’inflation. Il y a eu une dévalorisation du change, un changement de prix relatifs et l’impact inflationniste a déjà été contenu. Ils disent que maintenant il va y avoir un superavit externe. Nous sommes sortis d’un déficit de 4 milliards de dollars, nous sommes passés par un superavit externe de 20 milliards de dollars l’année passée, et cette année le superavit sera entre 40 et 50 milliards de dollars. Ce qui est très bien, dans un moment où le monde entier marche à petite vitesse. Maintenant, dans des moments d’expansion, quand tout va bien, il n’y a pas de conflit de distribution. Ces conflits surgissent dans les moments de récession.

247 – Comme évaluez-vous la question fiscale et la nécessité d’augmenter les impôts ?

Dilma Rousseff – Quand l’économie se développe, il n’y a pas de conflit de distribution. Tout le monde y gagne. Le conflit distributif surgit dans les périodes de récession, comme aujourd’hui. Ici, au Brésil, il y a une chose symptomatique. Ils disent que l’on ne peut pas augmenter les impôts. Pourquoi ne peut-on pas payer d’impôts ?

247 – Et la question de payer pour les autres ?

Dilma Rousseff – Ici, c’est le pauvre, le retraité qui doit payer pour les autres. En tout cas selon la vision de ce gouvernement intérimaire. Je vous demande le suivant : pourquoi ne mettent-ils pas la CPMF ? (taxe sur les transactions financières NdT) La CPMF atteint proportionnellement celui qui fait des transactions financières. Elle n’atteint pas les comptes des salariés. Elles n’atteint pas les comptes de retraite. Ceux-ci en sont exempts. En plus, la CPMF permet le contrôle des transactions financières et empêche ainsi un niveau de fraude. Ils ne permettent pas non plus les intérêts sur le capital propre, ni les impôts sur les profits et dividendes. C’est une autre des particularités brésiliennes. Des pays qui pourraient entrer à l’OCDE, nous sommes le seul qui n’impose ni les profits, ni les dividendes.

247 – Le Brésil est un pays d’entreprises pauvres et d’entrepreneurs riches ?

Dilma Rousseff – Exactement. À l’étranger, l’entreprise est riche et le patron entre dans un patron normal de richesse. Comme on le dit au Minas (État du Minas Gerais, d’où Dilma Roussef est originaire NdT), quand quelqu’un passe de canard à oie, si c’était à l’étranger, ça ne changerait pas beaucoup. Ça pourrait même être difficile.

247 – Et la politique extérieure ? Le président intérimaire n’a reçu aucun coup de téléphone et le chancelier n’a été reçu pratiquement par personne. Le Brésil sera-t-il un paria international ?

Dilma Rousseff – Il arrivera probablement avec le Brésil ce qui est arrivé avec le Paraguay. La relation sera froide et distante. Le jour où sera faite une élection nationale, les choses changeront. Je ne suis pas en train de parler de président « élu » par un impeachment ou par une élection indirecte. Il doit être élu par le peuple. Au Paraguay, même après les élections, la relation est restée froide pendant un moment. Tant qu’il n’y aura pas de gouvernement légitime, le monde gardera ses distances avec le Brésil. C’est comme ça que cela fonctionne.

247 – Cela signifie-t-il que vous défendez déjà de nouvelles élections ?

Dilma Rousseff – J’ai toujours été en faveur des élections. Sinon, on aurait dit que j’étais en faveur de la dictature et non des élections. La solution démocratique passe par mon retour. Mais dans un second temps, nous allons devoir discuter : que s’est-il rompu au Brésil ? Nous avons rompu le pacte politique qui a soutenu le Brésil depuis la Constitution de 1988. Les forces politiques qui se sont unis à ce moment se sont rompues. Ce 17 avril (jour du vote à la chambre des députés NdT) a été un moment de rupture. Qu’est-ce que cela signifie ? Ce sera très difficile de refaire un pacte après cela. Il faut un nouveau pacte, par des élections directes, par le vote.

247 – Le dialogue n’est pas possible ?

Dilma Rousseff – C’est très difficile de s’asseoir à une table et de dialoguer de la situation telle qu’elle est aujourd’hui. Vous croyez que le président intérimaire et ses alliés qui ont usurpé le pouvoir partiront par eux-mêmes ? Le fait est que leur sortie passe par mon retour. Après, c’est une autre histoire.

247 – Avant de nouvelles élections, ne doit-il pas y avoir une autre discussion sur un nouveau modèle de gouvernance ? Parce que telle qu’elle est, avec le présidentialisme de coalition ou, comme le pense beaucoup, cette extorsion de l’Exécutif par le Législatif, ça ne marche pas.

Dilma Rousseff – Je vais vous raconter une question qu’ils m’ont posée : est-ce que ça n’aurait pas été mieux d’appuyer Eduardo Cunha (ex-président de la Chambre des Députés, principal artisan de l’impeachment NdT) ? Qu’est-ce qu’il se passe ? Il se passe ceci : comment était le pacte auparavant ? Fernando Henrique (Cardoso), avec son alliance, ou bien nous-même, avec notre alliance avec le centre politique, nous parvenions à garantir une stabilité au pays. Mais récemment a surgi à l’intérieur du PMDB (principale base alliée du PT au pouvoir NdT) une force avec des convictions propres, ultralibérales en économie, conservatrice dans ses coutumes et avec un plan propre. Quel est ce plan du gouvernement Temer ?

247 – Vous parliez de Cunha ou de Temer ? Les deux sont-ils la même chose ?

Dilma Rousseff – Dans les enregistrements de Romero Jucá, outre le fait qu’il fallait, selon lui, arrêter l’hémorragie (selon cette conversation, enlever Dilma Rousseff du pouvoir pouvait freiner l’Opération Lava Jato, qui se rapprochait du PMDB NdT), il dit aussi une chose importante : « Temer est Cunha ». Jucá le dit et le répète. Eduardo Cunha contrôle 55% des votes de la Chambre. Et ses plans sont exprimés dans le conservatisme de tout le gouvernement Temer. Et il n’y a pas de négociation. La majorité du gouvernement Temer est de Cunha. Le fait d’être président provisoire donne quelques pouvoirs à Temer. Mais les lignes générales appartiennent à Cunha. Dans mon cas, un accord avec lui aurait été de me rendre. Il n’y a que ceux qui ont jeté aux orties leur convictions qui font des accords avec Cunha. Regarde le cas des États-Unis. Obama n’a la majorité ni à la Chambre no au Sénat. Et affronte la bande vraiment dure du Tea Party. Mais personne ne lui demande d’abandonner ses convictions et son ordre du jour.

247 – Quelle est votre position sur le parlementarisme ?

Dilma Rousseff – Au Brésil, la politique la plus progressiste s’est faite dans les relations avec le gouvernement fédéral. Après la Republica Velha, avec l’arrivée de notre cher Getúlio Vargas, toutes les modifications progressistes, jusqu’à la structuration de l’État national, se sont faites par des politiques de régimes de présidentialisme. Mais, d’un autre côté, quand on regarde la question du parlement, sans nommer quiconque, les filtres économiques, oligarchiques ou liés à des intérêts construisent un profil plus conservateur que celui des forces qui arrivent à la présidence.

247 – Il suffit de dire que Fernando Henrique Cardoso a été président avec l’appui de 20% du parlement. Lula 18%. Et vous 16%. Vous avez tous dépendu de ce centre.

Dilma Rousseff – Je dirais que la grande régression qui peut sortir de ce procès d’impeachment, si ils poursuivent et que je ne reviens pas, est un renforcement de la tendance au parlementarisme. Quand je dis qu’il est fondamental pour la démocratie que je revienne, l’un des motifs est que je me refuse à approuver le parlementarisme ou le semi-parlementarisme.

247 – D’accord, mais comment un président va former une majorité après qu’un phénomène comme l’Opération Lava Jato ait implosé les relations entre le législatif et l’exécutif ? Parce que maintenir le présidentialisme et le rendre sujet aux extorsions parlementaires n’a pas beaucoup de sens.

Dilma Rousseff – Qui sait si nous n’aurons pas un meilleur Congrès après une réforme politique ? Je le dis et je le répète. Nous ne sortirons pas de cette crise si nous ne faisons pas de réforme politique.

247 – Vous parlez de revenir. Mais quelle force auriez-vous pour gouverner ?

Dilma Rousseff – La force du retour. Je suis en train de tenter de gagner des votes (au Sénat pour le prochain vote de l’impeachment NdT) avec le dialogue et la persuasion sur la nature du coup d’État. Mais chaque chose en son temps.

247 – Considérez-vous avoir bien fait de convier l’ex-président Lula à devenir ministre de la Casa Civil (sorte de premier ministre, qui fait le lien avec les institutions, et particulièrement avec le Congrès NdT) un jour après les manifestations du 13 mars ?

Dilma Rousseff – C’est une décision que je ne regrette absolument pas. L’erreur a été qu’ils ne le laissent pas assumer ce poste dans notre gouvernement. Aujourd’hui, il y a plusieurs ministres mis en examen dans ce gouvernement intérimaire et personne ne dit rien. Penser que cette invitation à Lula a contribué à mon écartement de la présidence est une erreur. Ainsi que de croire que ce coup d’État a été tramé par les États-Unis, comme on me le demande souvent.

247 – Il n’y a vraiment pas la main des États-Unis dans l’impeachment ?

Dilma Rousseff – La main des États-Unis n’est pas nécessaire. La société brésilienne a été capable de commettre cette folie, qui a été ce coup d’État. Maintenant, il est vrai que ce coup d’État affecte notre souveraineté. Que les États-Unis s’en réjouissent ou non, c’est une autre histoire.

247 – Parlons du pré-sal. Dans son discours d’arrivée à la présidence de la Petrobras, le nouveau président, Pedro Parente, a déclaré que l’entreprise est à présent favorable à l’ouverture du pré-sal. Comment voyez-vous ce nouveau positionnement ?

Dilma Rousseff – Il parle pour les intérêts qu’il représente. Les intérêts qu’ils représente ne sont pas les intérêts nationaux. Celui qui dit que la Petrobras n’a pas d’intérêt dans le pré-sal ment, ou bien est en train de donner une richesse pétrolifère gigantesque. Ils disaient auparavant que nous serions incapables d’extraire le pétrole et nous en sommes déjà à un million de barils en moins de huit ans. Maintenant, dire ceci dès le premier jour est une irresponsabilité et un manque des respect pour la Petrobras. Ce n’est pas correct.

247 – C’est un crime de lèse-patrie ?

Dilma Rousseff – C’est plus que lèse-patrie. Ça entre déjà dans la catégorie de la stupidité nationale. Nous savons où est le pétrole. Nous savons comment l’extraire et nous savons quelle est sa qualité. Quel est le sens d’abandonner cette richesse ?

247 – Mais ils ne sont pas idiots.

Dilma Rousseff – Je n’ai pas parlé d’idiotie individuelle, mais en idiotie nationale. Celui qui défend des intérêts qui ne sont pas des intérêts nationaux peut être très intelligent.

247 – Ils vont tenter de changer la loi du pré-sal au mois de juillet. Ils vont réussir ?

Dilma Rousseff – Ce sera extrêmement dangereux pour eux de le tenter. Il existe deux modèles : celui de concession et celui de partage. La concession se justifie quand il existe un risque de ne pas trouver de pétrole. Dans ce cas, il est juste que celui qui assume le risque reste avec la part du lion. Le partage est justifié dans le cas du pré-sal parce que nous savons où est le pétrole. Il n’y a pas de risque. Ceci ne signifie pas que nous ne voulons pas faire de partenariat. Dans le champ de Libra, par exemple, la Petrobras est partenaire de la Shell, de Total et de deux entreprises chinoises, la CNOOC et la CNPC. Nous pouvons faire des partenariats, mais non abandonner le pré-sal à d’autres. Nous irions le donner entièrement à une entreprise contre quoi ? Ah, ils vont dire que la Pétrobras est endettée. C’est du grand n’importe quoi. Un projet de pré-sal est extrêmement attirant pour le financement de n’importe quelle banque nationale ou internationale. Et la Petrobras doit avoir la préférence.

247 – Mais Parente va dire que cela importe peu.

Dilma Rousseff – C’est là qu’est le danger. C’est pour cela que la limite minimum de 30% de participation de la Petrobras doit être maintenue.

247 – Parlons des Jeux Olympiques. Il y a quelques jours, le maire de Rio, Eduardo Paes, a affirmé qu’il se sent frustré parce que nous ne saurons pas qui sera le président à la Cérémonie d’ouverture. Avec cette confusion politique, le Brésil peut-il laisser de côté ce grand événement ?

Dilma Rousseff – Je vais vous dire une chose. Ce Rio 2016 est surtout le fruit de la détermination de Lula, qui a été voir chacun des membres du Comité Olympique, ainsi que de la politique étrangère extrêmement accommodante et généreuse du Brésil ces dernières années. C’est pourquoi, si il y a une personne qui mérite de recevoir un hommage à cette cérémonie d’ouverture, c’est bien Lula. En outre, en tant que ministre puis comme présidente, j’ai assumé et respecté littéralement tous les engagements avec la construction de la meilleure infrastructure possible à Rio de Janeiro. Cela comprend le Parc Olympique à Deodoro, et une amélioration significative de tout Rio, avec des travaux comme celui du VLT (tramway). En plus, nous avons acqui beaucoup de savoir-faire en matière de sécurité. Nous avons fait la Coupe Pan-America, les Jeux Militaires, la Coupe du Monde et maintenant c’est le tour des Rio 2016.

247 – Vous irez à la cérémonie d’ouverture ?

Dilma Rousseff – Bien sûr, je serai là. Et ce sera la plus belle cérémonie d’ouverture de tous les temps. Le COI a engagé Abel, l’un des meilleurs artistes de ce pays pour les grands événements.

247 – On peut voir que vous êtes émue quand vous parlez des Jeux Olympiques.

Dilma Rousseff – Bien sûr. C’est mon travail. J’ai mis ma vie dans ce travail. Quand vous posez votre travail, cela fait mal. Je n’ai peut-être pas encore été jugée. Mais qui devraient être là, c’est nous, moi la présidente, et Lula, le président qui a obtenu les Jeux. L’usurpateur peut faire ce qu’il veut pour être à la cérémonie, mais dans ces Jeux Olympiques, il sera toujours un usurpateur. Son gouvernement, uniquement d’hommes blancs et riches, ne représente pas le Brésil. Malgré eux, nous serons fiers de ces Olympiades.

Traduction Si le Brésil m’était traduit…

 

 

 Réponses à Entretien avec la Présidente Dilma Rousseff

  1.  
     

    La traduction est “faible”, malheureusement.
    Sur le fond par contre cet entretien est très intéressant. A l’opposé de ce qu’en disent la plus part des médias français qui se contentent de faire peser sur le PT, le parti des travailleurs, l’incurie et la corruption endémique qui sévit au Brésil, nous pouvons comprendre le rapport de force entre le peuple et la bourgeoisie des riches propriétaires principalement du sud du Brésil et de l’industrie.
    Les USA ne sont pas forcément responsables de ce coup d’état semi-légal. Les bourgeois brésiliens n’ont besoin de personne pour trahir leur pays. Ainsi les termes de l’exploitation pétrolière peuvent être bradés du moment qu’ils y trouvent leur compte…

    Finalement ces bourgeois sont les mêmes partout. Là bas c’est le pétrole, entre autre, ici chez nous c’est l’électricité d’EDF, entre autre, que l’on bradera aux intérêts bien réel de cette bourgeoisie mondialisée…
    Et le bourgeois de clamer; Vive la réaction, vive l’Europe, vive le monde, vive le village planétaire (comme dit Attali)…

  2. Juste à côté, en Argentine, une enquête a été officiellement ouverte contre Macri, l’homme de paille des Américains, suite au scandale des Panama Papers. La peine encourue par le président argentin va jusqu’à deux ans de prison : http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2016/06/macri-en-perd-son-panama.html
    De quoi s’interroger à nouveau sur l’origine réelle des Panama Papers…

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