Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
Le blog de Lucien PONS

Articles avec #amerique tag

Crimée. Le retour à la Patrie. Grand documentaires en 3 parties.

3 Juillet 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Ukraine, #La France, #La finance dérégulée, #La Russie, #Europe supranationale, #AMERIQUE, #Le capitalisme;, #La guerre, #le nazisme, #Le fascisme

Le retour à la Patrie. Grand documentaires en 3 parties.

Grand documentaire de la chaîne Rossiya 1 sur les évènements qui ont eu lieu au printemps 2014 en Crimée. [VOSTFR] Partie 1/3: http://dai.ly/x2lr5nl Partie 2/3: http://dai.ly/x2lradq Partie 3/3: http://dai.ly/x2lrf4g

Partie 1/3

Partie 1/3

Suite du grand documentaire de la chaîne Rossiya 1 sur les évènements qui ont eu lieu au printemps 2014 en Crimée. [VOSTFR]

Partie 2/3

Dernière partie du grand documentaire de la chaîne Rossiya 1 sur les évènements qui ont eu lieu au printemps 2014 en Crimée. [VOSTFR]

Lire la suite

Conflit d’intérêts? Eurodéputée, Sylvie Goulard émargeait à un think tank US. Par Maxime Perrotin

3 Juillet 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La Russie, #La République, #La nation ., #L'armée française

Sylvie Goulard

Conflit d’intérêts? Eurodéputée, Sylvie Goulard émargeait à un think tank US

© AFP 2017 Benjamin Cremel
France
URL courte
Maxime Perrotin
 

Mardi dernier, Sylvie Goulard démissionnait du gouvernement, invoquant l’enquête préliminaire visant le Modem pour justifier sa décision. Pourtant, le Canard enchaîné estimait qu’elle devait plus aux «plus de 10.000 €» mensuels qu’elle touchait d’un think-tank américain, alors qu’elle était eurodéputée. Est-on face à un conflit d’intérêts?

Malgré son départ du gouvernement, Sylvie Goulard serait-elle à son tour rattrapée par les affaires? Mardi 20 juin, soit 24 h avant la formation du gouvernement d'après-législatives, celle à qui incombait la mission ardue de succéder à Jean-Yves le Drian au ministère de la Défense annonçait sa démission. Un départ qui avait surpris, tant Sylvie Goulard faisait figure de blanche colombe en comparaison à ses confrères du Modem, François Bayrou et Marielle de Sarnez.

 

 

François Bayrou
© AFP 2017 Stephane De Sakutin
 
 
 
Un geste d'autant plus incompréhensible pour les observateurs que la ministre des Armées mettait en avant une justification on ne peut plus noble: la volonté de mettre à l'abri la grande Muette de toute affaire qui pourrait l'éclabousser «dans l'hypothèse où l'enquête préliminaire visant le MoDem conduirait à vérifier les conditions d'emploi de mes assistants au Parlement européen.» Sylvie Goulard déclarait vouloir «être en mesure de démontrer librement» sa bonne foi, «la mission de défense impose une exigence particulière. L'honneur de nos armées, celui des hommes et des femmes qui y servent, parfois au péril de leur vie, ne sauraient être mêlés à des polémiques auxquelles ils n'ont aucune part,» concluait ainsi la ministre dans le communiqué qui annonçait son départ.

Mais, finalement, ce n'est pas de Bruxelles que les coups pourraient venir, mais de l'autre côté de l'Atlantique. En effet, le Canard enchaîné évoquait dans son édition de la semaine dernière, que Sylvie Goulard avait touché une confortable rémunération de «plus de 10.000 euros» mensuels de l'institut Berggruen — un think-tank américain pro-Union européenne — en complément de ses émoluments d'eurodéputée. Une somme que l'ex-ministre aurait perçue, selon le JDD, d'octobre 2013 à janvier 2016.

Bien qu'il juge «très sain» le fait qu'un député — dans le cadre du débat démocratique — puisse participer à des think-tanks, Stephen Boucher, ancien codirecteur du think-tank Notre Europe/Institut Jacques Delors également coauteur de l'ouvrage Les thinks-tanks: cerveaux de la guerre des idées (Ed. Du Félin, 2012) s'étonne du niveau —et de la régularité- de ces honoraires:

«Cela fait naître effectivement la question de pourquoi cette rémunération? Qu'est-ce que cela achète comme potentielle influence ou accès que d'autres n'auraient pas? Pourquoi cette personne ne se consacre-t-elle pas entièrement à son mandat et aurait besoin d'être rémunéré par ailleurs?»

Une activité de «conseiller spécial» dont ne se cachait pas la ministre- puisqu'elle avait soigneusement reporté ces émoluments sur sa déclaration d'intérêts financiers transmise au Parlement de Strasbourg. Dans son interview accordée au JDD et publiée le 25 juin, elle évoque «un non-sujet» que l'hebdomadaire chiffre pourtant à « 300.000 dollars ».

 

Emmanuel Macron
© AFP 2017 Kenzo Tribouillard
 
 
 
 
Néanmoins, l'Élysée partage-t-elle cet avis? Dans son édition de mercredi dernier, le Canard enchaîné évoquait de son côté la nature même de l'institut Berggruen, citant un proche de la ministre selon lequel le think-tank serait soupçonné par «certaines barbouzes françaises […] d'avoir été infiltré par les services américains.»

Une rémunération conséquente d'un décideur politique, de la part d'un organisme étranger, qui soulève la question d'un éventuel conflit d'intérêt. Un élément que semble réfuter Stephen Boucher, mettant en avant l'essence des think-tanks qui ont pour «pour ambition de contribuer à l'intérêt général par la réflexion» notamment sur les questions de politiques publiques. Un point clef sur lequel François-Bernard Huyghe, directeur de recherche à l'Institut de Relations Internationales et Stratégiques (IRIS), n'a pas souhaité répondre explicitement, évoquant une question de morale il propose une comparaison:

«D'une certaine façon on peut se demander, Emmanuel Macron a touché deux millions de la banque Rothschild, est-il vraiment totalement indépendant des intérêts de la banque Rothschild? C'est à chacun d'en juger.»

Pour François-Bernard Huyghe, au-delà de ce montant qui fait «un petit peu rêver» — lui-même étant employé par un think-tank — c'est la nature de l'institut Berggruen qu'il tient à mettre en avant:

«Ce think-tank est voué à exercer une influence idéologique au profit d'intérêts pro-européens, pro-occidentaux, affichés, avoués: ils ont des convictions qu'ils ne dissimulent pas. Donc, c'est la question de l'influence idéologique et le retour sur ce que les Américains dans les années 60 appelaient la diplomatie publique, c'est-à-dire d'exercer une influence idéologique à travers les élites des autres pays en s'y rendant favorables. Ceci parallèlement à l'utilisation de radios internationales à l'époque.»

En effet, si un bon nombre de think-tanks avancent être « indépendants » et « non-partisan », les établissements américains sont généralement réputés pour leur approche «offensive» de la promotion de leurs idées.

«Derrière la question des think-tanks se pose la question de l'indépendance de la réflexion. En général les think-tanks se disent au-dessus de la mêlée, réfléchissant au bien commun et indépendant, mais naturellement en politique la notion d'indépendance est très relative. On peut défendre- et c'est tout à fait légitime- un point de vue particulier allant plutôt dans le sens d'une intégration européenne plus forte ou non,» souligne Stephen Boucher.

 

Influencer, un travail qui n'est pas sans évoquer celui des lobbys. Mais pour François-Bernard Huyghe il faut différencier l'activité des lobbyistes de celle des think-tankers «même si les premiers se dissimulent souvent sous le masque des seconds». En effet, si les lobbyistes recherchent à influencer les décisions d'hommes politiques afin de défendre les intérêts de leurs clients, dans le cadre des think-tanks, ce sont les leaders politiques eux-mêmes qui se chargent de véhiculer leurs idées, leur idéologie. Une idéologie, dans le cas de l'institut Berggruen, d'inspiration libérale. À titre d'exemple, on y retrouve le conseiller politique Alain Minc ou la fondatrice du Huffington Post, Arianna Huffington.

 

Sans doute la pratique est-elle assez courante à Bruxelles et l'éphémère ministre des Armées ne voyait-elle pas de mal à «arrondir» ses fins de mois grâce à un organisme ouvertement pro-européen, un «non-sujet», pour reprendre ses mots. Il n'en reste pas moins que la question de son allégeance, tiraillée entre ses fonctions d'eurodéputée rémunérée «5 à 10.000 euros» par mois et celles de conseiller à «plus de 10.000» euros mensuels peut se poser. Quoi qu'il en soit, médiatiquement, l'affaire semble faire l'effet d'un pétard mouillé, probablement n'est-ce pas étranger à la vision atlantiste qu'offre l'Institut Berggruen… on n'ose imaginer les réactions qu'une telle affaire aurait pu susciter, si un eurodéputé avait été rémunéré pour des activités similaires au sein d'un think-tank russe.

Lire la suite

CNN, la Pravda américaine: reportage en interne. Par Karine Bechet Golovko.

3 Juillet 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La Russie, #Les média

lundi 3 juillet 2017

CNN, la Pravda américaine: reportage en interne

 
 
 
Nous avons parlé il y a quelques jours du scandale autour de CNN qui, allée trop loin dans la propagande anti-russe, s'est retrouvée dans l'obligation de faire le ménage à l'intérieur (lire notre article ici). Voici maintenant une vidéo cachée sur un producteur de CNN, très locace, expliquant que tout cela n'est que du business, les journalistes de CNN n'ayant aucune preuve d'un quelconque lien entre Trump et la Russie.
 

 
Voici la vidéo en anglais sur J. Bonifield, producteur à CNN, qui éclaire la face cachée de ce qui est devenu une machine de propagande anti-russe:
 
 
L'on apprend ainsi que depuis l'entrée en fonction de Trump, CNN a cité dans ses nouvelles la Russie 15694 fois, ce qui est un record absolu. J. Bonifield reconnait que l'utilisation de la Russie contre Trump est très vendeur, car leur auditoire est principalement libéral et démocrate et n'aurait pas supporté un tel traitement de Obama. Ou quand le business rejoint la politique. C'est exactement de cette manière que l'on forme une machine propagandiste. Et en plus c'est rentable.
 
Notamment, depuis l'adoption de cette stratégie, le raiting de la chaîne est systématiquement supérieur à celui de l'année précédente:
 
 
Taper sur Trump rapporte autant que la politique anti-russe. Les deux ensemble permettent de décrocher le jackpot. Donc, lorsque les journalistes commençaient à passer trop de temps sur le climat, la direction de CNN leur a rappelé de revenir aux fondamentaux: la Russie - l'ennemi numéro Un qui instrumentalise Trump. 
 
 
Il faut faire du sensationnel, car il faut faire de l'audimat et de l'argent. L'éthique journalistique n'a ici que peu de place. Et cela aussi est une politique assumée:
 
 
Ainsi, la soi-disant collusion entre Trump et la Russie n'est qu'une opération médiatique, montée de toute pièce, qui sert particulièrement les intérêts de néoconservateurs qui viennent de perdre la présidence, mais veulent garder le pouvoir. Les commissions d'enquête n'ont rien, les journalistes n'ont rien. Mais tout le monde en parle, la communication est parfaitement bien coordonnée.
 
 
Et si personne n'a rien et que les médias continuent à en parler. Si CNN n'est qu'une nouvelle version couleur de la Pravda. Pourquoi les journalistes, français notamment, reprennent comme de bons petits soldats ces fausses informations. Pourquoi en France aussi la presse s'efforce tant et si bien à créer ce climat de défiance envers la Russie? 
 
Ceci laisse à penser que non seulement le pays n'a plus d'intérêt national propre pour s'investir dans le jeu politique interne des Etats Unis en soutenant le clan néoconservateur, mais que les journalistes politiques, français notamment, ne cherchent pas plus à faire leur travail que leurs collègues américains et nous créent une version provinciale de la Pravda US. La France elle-même semblant être devenue une province éloignée du néoconservatisme (version américaine du néolibéralisme européen), dont le centre reste toujours à Washington, quels que soient les Présidents - les autres pouvoirs, y compris la presse, y veillent.
 
 
Lire la suite

Le journal "RUPTURES" : Coup de chance : les généreux sponsors de Sylvie Goulard étaient américains et non russes…

3 Juillet 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La mondialisation, #Le grand banditisme, #Les média, #L'armée française

Coup de chance : les généreux sponsors de Sylvie Goulard étaient américains et non russes…

Un précédent article rendait compte ici même d’une bien étrange affaire révélée par le Journal du Dimanche : Sylvie Goulard, qui fut membre du gouvernement Philippe I avec le portefeuille des Armées, a touché pendant plus de deux ans de fort substantielles gratifications mensuelles de la part d’un Think tank américain. Ce dernier, le « Council on the Future of Europe », est connu pour son engagement et sa propagande en faveur de l’intégration européenne.

Rien d’illégal dans cette générosité. Et on peut évacuer la question de la morale (sauf tout de même à rappeler que le maître de l’Elysée prévoit de renforcer l’austérité en matière de dépenses publiques, de traitement des fonctionnaires, et plus généralement de salaires pour la masse des manants).

« Européanisation » de la Défense nationale

En revanche, un point mérite d’être noté : si l’ex-eurodéputée n’avait pas été obligée de rendre précipitamment son tablier, ou son treillis, c’est à elle que serait revenue la responsabilité de tenter d’engager l’« européanisation » de la Défense nationale.

Faire progresser « l’Europe de la Défense » – en fait, l’intégration militaire – est en effet le grand résultat espéré et mis en scène par Emmanuel Macron lors du Conseil européen des 22 et 23 juin. Ce sommet a en particulier dégagé deux axes : un « Fonds européen de défense », qui vise à promouvoir et financer la recherche militaire au sein de l’UE, mais aussi à produire des « capacités » (moyens, armements) communes.

L’autre axe est la mise en place d’une procédure (« coopération structurée ») permettant à un groupe de pays volontaires de prendre des initiatives, y compris bottées, sans obtenir l’aval de l’ensemble des vingt-huit pays membres.

Par ailleurs, les « groupements tactiques », composés d’environ 1500 soldats de différentes nationalités déployables en moins de dix jours, seraient désormais finançables par une cagnotte commune, ce qui faciliterait leur engagement.

L’idée, selon les conclusions du Conseil, est que l’UE « contribue à la paix et à la stabilité dans son voisinage et au-delà ». Ce qui signifie en termes clairs : pouvoir se projeter militairement aux quatre coins de la planète. Car, notait précédemment la Commission européenne, « la puissance douce ne suffit pas dans un voisinage de plus en plus dangereux » (Compte-rendu et analyse géopolitique du sommet dans l’édition de Ruptures à paraître le 28 juin).

« Si nous voulons faire l’Europe de la Défense, il va y avoir des restructurations à opérer »

On imagine que Mme Goulard se réjouissait à l’avance de mener à bien ce qui se veut un « pas historique de l’Union européenne ». Sur le plan industriel, elle avait du reste déjà plaidé pour sortir d’« une vision étriquée », et martelé (dans Le Figaro.fr) : « il est souhaitable que nous achetions ensemble des matériels, ce qui oblige de casser certaines routines, certaines facilités industrielles aussi. Je l’assume. Si nous voulons faire l’Europe de la Défense, il va y avoir des restructurations à opérer, faire des choix de compatibilité et, à terme, des choix qui pourraient passer dans un premier temps pour aboutir à privilégier des consortiums dans lesquels les Français ne sont pas toujours leaders ».

On comprend bien, dans ces conditions, que l’inspiration puisée dans le Think tank californien lui aurait été fort utile.

Pourtant, jusqu’à présent, cette révélation du JDD n’a pas ému outre mesure les grands quotidiens.

Si les sponsors de Mme Goulard n’avaient pas été américains, mais – au hasard – russes, on peut se demander si la discrétion de la caste politico-médiatique eût été aussi remarquable.

Lire la suite

Le journal "RUPTURES": Qui est Nicolas Berggruen, le milliardaire « philanthrope » qui a financé Sylvie Goulard ?

3 Juillet 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #La mondialisation, #Les transnationales, #Les média

Actu Analyses

Qui est Nicolas Berggruen, le milliardaire « philanthrope » qui a financé Sylvie Goulard ?

L’information était disponible depuis 2014, mais Le Journal du dimanche l’a actualisée et mise sur le devant de la scène le 25 juin dernier : Sylvie Goulard a reçu de l’Institut Berggruen plus de 10 000 euros par mois d’octobre 2013 à janvier 2016, période au cours de laquelle elle était députée européenne (voir notre article). Dans la rubrique « Mon parcours » de son site personnel, l’éphémère ministre des Armées présente ainsi son activité au service du think tank américain : « Conseillère spéciale du Council for the Future of Europe [Conseil pour l’avenir de l’Europe] », un groupe de réflexion qui dépend du « Nicolas Berggruen Institute for Governance [Institut pour la gouvernance] ».

Sylvie Goulard précise ensuite qu’il s’agit d’une « association à but non lucratif visant à promouvoir une meilleure gouvernance mondiale et européenne. » Elle ajoute que le Conseil pour l’avenir de l’Europe « est présidé par Mario Monti » et qu’il « comporte des personnalités de sensibilités politiques diverses telles que, notamment, Jacques Delors, Guy Verhofstadt, Pascal Lamy, Romano Prodi ou Jean Pisani-Ferry. » On imagine les débats enflammés entre ces anticonformistes que tout oppose…

Un milliardaire « philanthrope » de plus

Basé en Californie, l’Institut Berggruen a été fondé en 2010 par le milliardaire américano-allemand – qui a grandi en France – Nicolas Berggruen, fils du richissime collectionneur et marchand d’art Heinz Berggruen (décédé en 2007). Le magazine Forbes évalue la fortune personnelle du golden boy à 1,81 milliard de dollars. Mais, à 55 ans, cet ancien jet-setter est quelque peu blasé, il a l’argent triste et veut désormais être reconnu en tant qu’intellectuel.

Nicolas Berggruen est actionnaire et membre du conseil d’administration du Monde.

Nicolas Berggruen aspire même à une vie d’ascète : « Je ne suis pas si attaché aux biens matériels […]. Je possède très peu de choses. […] quelques papiers, deux ou trois livres et quelques chemises, vestes et pulls », déclare-t-il en 2012 au Daily Mirror. La preuve de son détachement des biens de ce monde : il a longtemps vécu « sans domicile fixe », c’est-à-dire dans des hôtels cinq étoiles, ce qui fascinent les médias. Le Figaro est tombé sous le charme de ce bourlingueur de luxe qui « sillonne le monde dans son jet privé Gulfstream IV. Ce nomade richissime peut ainsi résider dans 14 villes différentes en un mois. » Sans doute en phosphorant durant les vols sur les moyens de réduire l’empreinte carbone des gueux.

Financier à la réputation d’excentrique se piquant de « philanthropie » et d’ « idées », Nicolas Berggruen reste avant tout un homme d’affaires. Avec sa holding personnelle, qui fait des investissements immobiliers et financiers dans le monde entier, il est l’actionnaire majoritaire du premier groupe de médias espagnol Prisa (qui possède notamment le quotidien El País). Ce géant des médias présent dans 23 pays détient 15 % du groupe Le Monde. D’après Mediapart, M. Berggruen « siège au conseil d’administration du Monde ». On peine à comprendre la discrétion du « journal de référence » sur un si prestigieux compagnonnage.

L’amicale de la « mondialisation heureuse »

Quand L’Obs – alors encore Le Nouvel Observateur – publie un portrait du « loup de Wall Street repenti en berger philanthrope », qui est sollicité pour faire l’éloge du « milliardaire qui voulait sauver le monde » ?… L’indispensable Alain Minc bien sûr ! Le chantre de la « mondialisation heureuse » semble parler de lui-même lorsqu’il plaide en faveur de Nicolas Berggruen : « Un businessman arpentant le domaine des concepts ne fait-il pas œuvre plus utile qu’un intellectuel se lançant dans les affaires ? » Pur hasard : Alain Minc est lui aussi membre du Conseil pour l’avenir de l’Europe, ainsi que du 21st Century Council (Conseil du XXIe siècle), un autre groupe de réflexion issu de l’Institut Berggruen, dont la description et la composition valent le détour.

« C’est un honnête homme au sens du XVIIIe siècle. Quelqu’un qui a décidé de mettre son argent au service de l’intérêt général » – Jacques Attali, à propos de Nicolas Berggruen

Ancien président du conseil de surveillance du Monde, il se trouve qu’Alain Minc a représenté Prisa et… Nicolas Berggruen lorsque le groupe espagnol voulait racheter le quotidien vespéral en 2010, une offre concurrente de celle portée par le trio finalement victorieux Bergé-Niel-Pigasse (cf. le livre Un si petit Monde d’Odile Benyahia-Kouider, Fayard, 2011). Un banquier de chez Rothschild épaulait alors secrètement M. Minc dans cette opération tout en prétendant par ailleurs travailler gratis pour la Société des rédacteurs du Monde. C’était Emmanuel Macron. Le futur président était même allé jusqu’à se cacher au dernier étage d’un immeuble pour éviter – en vain – que son double jeu ne soit découvert.

Le portrait au cirage de Nicolas Berggruen brossé par L’Obs serait incomplet si l’irremplaçable Jacques Attali n’y avait pas apporté sa touche : « C’est un garçon étrange, extrêmement gentil, extrêmement cultivé et extrêmement curieux, dans tous les sens du terme ». Et le grand mage médiatique surenchérit : « C’est un honnête homme au sens du XVIIIe siècle. Quelqu’un qui a décidé de mettre son argent au service de l’intérêt général. Je le crois sincère dans sa démarche. » Même si elle a touché 300 000 euros d’émoluments, Sylvie Goulard devrait être décorée pour avoir servi un si précieux personnage.

Le financier qui voulait être philosophe

Fort de quelques cours particuliers de philosophie (on imagine le salaire des deux professeurs…), Nicolas Berggruen a écrit avec le journaliste Nathan Gardels un livre intitulé Gouverner au XXIe siècle : La voie du milieu entre l’Est et l’Ouest (Fayard, 2013). Cet ouvrage en appelle à une « gouvernance intelligente » faisant la synthèse entre la « démocratie libérale occidentale » et le « modèle chinois ». Ce must-read des élites transnationales comporte une préface de Jacques Attali et un avant-propos d’Alain Minc. Dans lesquels, on le soupçonne, les Dupond et Dupont du mondialisme néolibéral doivent insister sur les « réformes indispensables ». « Je dirais même plus, les indispensables réformes… »

« Le paradoxe de la démocratie : afin de sauver la démocratie, nous devrons peut-être en avoir moins » – Nicolas Berggruen

Le dessein intellectuel et politique de Nicolas Berggruen est assez facile à cerner à travers la fadeur cyber-patronale de ses propos : il s’agit de ripoliner l’incontournable capitalisme à coups de nouvelles technologies, de « gouvernance » et de « démocratie participative ». Dès lors on comprend son attachement à l’intégration européenne à la sauce digitale. Une visite du compte Twitter de ce ravi de la crèche mondiale donne un aperçu de sa « pensée profonde ». Il écrit par exemple le 24 mai 2017 : « Le paradoxe de la démocratie : afin de sauver la démocratie, nous devrons peut-être en avoir moins. » Précisons qu’il ne s’agit pas d’une citation de 1984. Un article du site Les Influences fournit d’autres éléments d’appréciation éclairants sur le personnage : « Nicolas Berggruen, le supercapitaliste des idées ».

À noter que notre financier-philosophe, via son Institut, a fondé avec le Huffington Post un nouveau média en 2014 : le WorldPost, une publication dédiée aux « enjeux mondiaux ». Il y (co)signe lui-même des articles, comme celui-ci ; le titre laisse deviner un point de vue résolument iconoclaste : « Le “président start-up” de la France est exactement ce dont l’Europe a besoin pour redémarrer ».

Macron pour les Nuls

Comme on peut aisément s’en douter, ce membre éminent de l’oligarchie est un détracteur féroce du nouveau président français. Ses tweets en attestent : « Macron écrit l’histoire pour la France et l’Europe – un leadership nouveau, post-parti » (7 mai) ; « La France célèbre ses francs-tireurs : le Roi-Soleil, Napoléon et maintenant, Macron » (12 juin) ; « Le gouvernement d’Emmanuel Macron offre une aube nouvelle à la France, à l’Europe et à la civilisation occidentale » (19 juin). Il ne manque qu’une sobre allusion à Jupiter. Dommage que Sylvie Goulard ne soit plus de cette aventure héroïque. Peut-être va-t-elle se consacrer à la 4e édition de son bien nommé classique L’Europe pour les Nuls.

« Il m’impressionne beaucoup parce qu’il est à la fois généreux et engagé » – Nicolas Berggruen, à propos de George Soros

Qui sont les modèles de Nicolas Berggruen ? Sans surprise, les milliardaires mécènes William Gates (Bill pour les intimes) et Warren Buffet. Mais aussi George Soros, à propos duquel il déclare en 2010 : « Il m’impressionne beaucoup parce qu’il est à la fois généreux et engagé. » Toutefois, comme M. Berggruen se réclame de la « post-idéologie » – une fumisterie capitaliste –, il nuance quelques années plus tard : « J’ai un grand respect pour lui, pour ce qu’il a fait. Mais l’Institut [Berggruen] n’a pas de parti pris idéologique [sic]. Nous ne sommes pas là pour dire à des pays arabes par exemple : la démocratie libérale à l’occidentale est le meilleur système. Il faut tout changer et être comme nous. »

Nicolas Berggruen fait penser au personnage de Paul Arnheim dans le génial roman L’Homme sans qualités (1930-1932) de Robert Musil. Comme l’industriel Arnheim, le financier Berggruen cherche à concilier l’esprit et les affaires. C’est très perceptible dans cet article – coécrit avec Nathan Gardels – publié dans le Washington Post (13 avril 2017). Le titre semble parodique mais il n’en est rien : « Comment les prochaines élections en France et en Allemagne peuvent sauver l’Occident ».

Remercions Sylvie Goulard d’avoir permis d’attirer l’attention sur son mécène. Dans le bestiaire du capitalisme mondialisé et « innovant », il aurait été regrettable de passer à côté du spécimen Nicolas Berggruen.

Laurent Dauré

Lire la suite

Quand « Ruptures » contraint Nicolas Berggruen à faire le ménage sur son compte Twitter le 01 juillet 2017

3 Juillet 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #Le capitalisme;, #Les transnationales, #La lutte des classes, #l'horreur économique, #Les média

Quand « Ruptures » contraint Nicolas Berggruen à faire le ménage sur son compte Twitter

Notre article sur Nicolas Berggruen, le milliardaire américano-allemand à la tête du think tank qui a généreusement rémunéré Sylvie Goulard pour « promouvoir une meilleure gouvernance mondiale et européenne », mentionne un message publié sur le compte Twitter du financier le 24 mai 2017.

Voici la traduction du tweet en question :

« Le paradoxe de la démocratie : afin de sauver la démocratie, nous devrons peut-être en avoir moins. »

Le 29 juin, moins de 24 heures après la mise en ligne de notre texte, Nicolas Berggruen supprimait ce message pourtant éclairant quant à sa vision « paradoxale » de la démocratie.

Heureusement (pour l’édification des amateurs de pensée subtile), nous avions anticipé l’éventualité d’une telle dérobade en faisant une saisie d’écran de ce tweet 1984-esque. La voici :

L’équipe de Ruptures peine à se remettre d’une nouvelle troublante : il y a un milliardaire parmi les lecteurs. Toutefois, après vérification, il apparaît que M. Berggruen ne fait pas partie des abonnés au mensuel ; il se limite à la consultation du site, dont le contenu est intégralement en accès gratuit (et diffère de celui du journal papier).

Nous indiquons donc au munificent mécène de Mme Goulard la page qui lui permettra de souscrire un abonnement (inutile d’aller jusqu’à acquérir 15 % de notre – très modeste – capital et de siéger à notre – très hypothétique – conseil d’administration comme il l’a fait avec Le Monde). Nous espérons qu’il ne sera pas trop déstabilisé par l’absence d’une formule « spéciale milliardaire » avec un prélèvement mensuel de 10 000 euros.

Lire la suite

Comment « Le Monde » invente la « répression » au Venezuela. (Partie II).

3 Juillet 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #Amérique Latine

(SUITE ET FIN)

monde 2

Le 16 mai, « Le Monde » dénonce « la mort d’un jeune de 17 ans, blessé par balle lors d’un rassemblement contre le président Maduro » (article ci-dessus). C’est faux. L’enquête montre que Yeison Natanael Mora Castillo a été tué par un projectile identique à celui utilisé pour assassiner le jouer de violon alto Cañizales. Il ne participait pas davantage à un rassemblement anti-Maduro. Ses parents sont membres d’une coopérative en lutte pour récupérer un latifundio de sept mille hectares, subissant depuis longtemps les attaques du grand propriétaire. Ils ont porté plainte contre les organisateurs de la marche de l’opposition et dans une interview au journal local Ciudad Barinas ont dénoncé la manipulation internationale de l’assassinat de leur fils, imputé faussement au gouvernement Maduro. (14)

C_8ydMrUMAAia5T-e1495124650541-260x347

Yeison Natanael Mora Castillo

Imputer systématiquement au gouvernement bolivarien les assassinats commis par la droite, c’est tout le « journalisme » de Paulo Paranagua. Le 21 avril déjà, il impute aux collectifs chavistes la mort d’un étudiant de 17 ans, Carlos Moreno, tué d’une balle dans la tête, tout comme celle de Paola Ramirez Gomez, 23 ans. Double mensonge. Selon la famille de Carlos Moreno, l’adolescent ne participait à aucune manifestation et se rendait a un tournoi sportif. Son assassin vient d’être arrêté : il s’agit d’un membre de la police d’Oscar Oscariz, maire de droite de la municipalité de Sucre. Le journal d’opposition Tal Cual en a rendu compte (15). Quant à la deuxième victime mentionnée par Paranagua, Paola Rodríguez, son assassin a été arrêté également par les autorités : il s’agit d’Iván Aleisis Pernía, un militant de droite.

Certes le « quotidien vespéral des marchés » n’est pas seul à mentir de manière aussi sordide dans ce « combat pour la liberté ». La Libre Belgique, le New York Times, France-Culture, El Pais, Le Figaro ou même Mediapart sont autant de robots de la vulgate mondiale. Cette invention de « la répression » est d’autant plus facile que l’image archétypale du manifestant matraqué par un garde national est gagnante d’avance lorsqu’on est privé d’accès au hors-champ de l’image. Loin du Venezuela, seuls les happy few flaireront la mise en scène où des jeunes sont entraînés, armés, payés pour provoquer les forces de l’ordre et produire « l’image » nécessaire. La concentration planétaire des médias et la convergence croissante des réseaux sociaux avec les médias dominants fait le reste, fixant l’imaginaire de la gauche comme de la droite. On voit ainsi des « insoumis » politiquement se soumettre médiatiquement et ajouter sans le savoir leur petite pierre à la campagne mondiale :

Tweet1

Et ci-dessous le retweeteur de cette belle affiche n’imagine sans doute pas la supercherie qui se cache derrière l’Anonymous vénézuélien. Cette capacité de l’extrême droite d’emprunter au mouvement alternatif mondial certains de ses symboles pour capitaliser un appui est décryptée ici : « Quand tombe le masque de Guy Fawkes de l’opposition vénézuélienne » (16)

tweet2

Bref, comme si l’histoire de la propagande et des guerres ne nous avait rien appris, nous retombons sans cesse dans la nasse. Malcolm X avait prévenu : « si vous n’y prenez garde, les médias vous feront prendre les victimes pour les bourreaux et les bourreaux pour les victimes ». En transformant les violences de l’extrême droite en « révolte populaire », en rhabillant en « combattants de la liberté » des assassins nostalgiques de l’apartheid des années 90, c’est d’abord contre les citoyens européens que l’uniformisation médiatique sévit : la majorité des auditeurs, lecteurs et téléspectateurs appuient sans le savoir une agression visant à renverser un gouvernement démocratiquement élu. Sans démocratisation en profondeur de la propriété des médias, la prophétie orwellienne se fait timide. Le Venezuela est assez fort pour empêcher un coup d’État comme celui qui mit fin à l’Unité Populaire de Salvador Allende mais la coupure croissante de la population occidentale avec le monde se retournera contre elle-même.

Micro-manuel d’auto-défense face à la déferlante médiatique.

« Le Venezuela est un « régime dictatorial». Faux. Depuis 1999, le Venezuela bolivarien a organisé un nombre record de scrutins (25), reconnus comme transparents par les observateurs internationaux. Selon l’ex-président du Brésil Lula da Silva, il s’agit d’un “excès de démocratie”. Pour Jimmy Carter qui a observé 98 élections dans le monde, le Venezuela possède le meilleur système électoral du monde. En mai 2011 le rapport de la canadienne Fondation pour l’Avancée de la Démocratie (FDA) a placé le système électoral du Venezuela à la première place mondiale pour le respect des normes fondamentales de démocratie. L’ONG chilienne LatinoBarometro a établi dans son rapport 2013 que le Venezuela bat les records de confiance citoyenne dans la démocratie en Amérique Latine (87 %) suivi de l’Équateur (62 %) et du Mexique (21 %). Le président Nicolás Maduro vient de lancer un processus constituant participatif qui permet à tous les secteurs sociaux de faire leurs propositions, ce qui donnera un nouveau scrutin, et a réaffirmé que des élections présidentielles auront lieu en 2018 comme le stipule la loi.

« Il n’y pas de liberté d’expression au Venezuela ». Faux. Sur les plus de 1000 stations de radio et chaînes de télévision auxquelles l’État a accordé l’autorisation d’émettre, 67% sont privées (la grande majorité opposées à la révolution bolivarienne), 28% sont aux mains des communautés mais ne transmettant que sur une échelle strictement locale et 5% sont propriété de l’État. Sur les 108 journaux qui existent, 97 sont privés et 11 publics. 67% de la population vénézuélienne a accès à internet. Cette plate-forme dominante des médias privés renforcée par le réseau des transnationales joue un rôle crucial dans la désinformation au service de la déstabilisation. Pour un dossier détaillé et chiffré de ce paysage médiatique, voir Thomas Cluzel ou l’interdiction d’informer sur France-Culture » (17)

« Il y a des prisonniers politiques au Venezuela ». Faux. A moins de considérer comme « prisonniers politiques » les assassins du parti d’extrême droite Aube Dorée emprisonnés en Grèce. Dans un État de Droit, qu’il s’appelle France ou Venezuela, être de droite ne signifie pas être au-dessus des lois ni pouvoir commettre impunément des délits tels qu’assassinats, attentats à la bombe ou corruption. Ce n’est pas pour leurs opinions politiques mais pour ce type de délits que des personnes ont été jugées et emprisonnées (18). Dans la pratique on observe d’ailleurs un certain laxisme de la justice. Selon la firme privée de sondages Hinterlaces, 61 % des vénézuéliens considèrent que les promoteurs des violences et des actes de terrorisme devraient répondre de leurs actes devant un tribunal (19).

Rappelons que les leaders actuels de la droite n’ont jamais respecté les institutions démocratiques : ce sont les mêmes qui en avril 2002 avaient mené un coup d’État sanglant contre le président Chavez, avec l’aide du MEDEF local et de militaires formés à la School of Americas. Ce sont les mêmes qui ont organisé les violences de 2013 à 2016. Notons l’identité d’un de leurs mentors : Alvaro Uribe, un des plus grands criminels contre l’humanité de l’Amérique Latine, ex-président d’un pays gouverné par le paramilitarisme et les cartels de la drogue, qui possède les plus grandes fosses communes du monde, qui compte 9500 prisonniers politiques, 60.630 personnes disparues au cours des 45 dernières années et qui depuis la signature des accords de paix a repris une politique sélective d’assassinat de leaders sociaux et de défenseurs des droits de l’homme. Pour une information complète et en photos sur ces liens des héros du « Monde » avec le paramilitarisme colombien, lire « Venezuela : la presse française lâchée par sa source ? », https://venezuelainfos.wordpress.com/2015/08/04/venezuela-la-presse-francaise-lachee-par-sa-source/

Thierry Deronne, Venezuela, 20 mai 2017.

Notes

  1. Lire https://venezuelainfos.wordpress.com/2014/02/22/brevissime-cours-de-journalisme-pour-ceux-qui-croient-encore-a-linformation/
  2. Entretien intégral de Cristina Kirschner avec Jorge Gestoso https://www.youtube.com/watch?v=-WM6nD6hPu0
  3. http://ambito.com/883274-tras-reunirse-con-michetti-correa-defendio-a-venezuela . Voir aussi http://www.telesurtv.net/news/Long-rechaza-injerencia-de-EE.UU.-en-asuntos-internos-de-Venezuela-20170518-0039.html
  4. http://correodelorinoco.gob.ve/cancilleres-de-caricom-resaltan-solucion-pacifica-para-situacion-de-violencia-en-venezuela
  5. http://www.ultimasnoticias.com.ve/noticias/politica/papa-francisco-dialogo-venezuela-afectado-la-division-la-oposicion/
  6. https://www.state.gov/documents/organization/252179.pdf (voir page 96)
  7. http://www.southcom.mil/Portals/7/Documents/Posture%20Statements/SOUTHCOM_2017_posture_statement_FINAL.pdf?ver=2017-04-06-105819-923
  8. Comme le reconnaît Julio Borges, leader du parti d’extrême droite Primero Justicia et actuel président de l’Assemblée Nationale, dans l’interview non complaisante que lui fait le journaliste de la BBC Stephen Sackur, le 19 mai 2017 : http://bbc.co.uk/programmes/p052nsxd
  9. http://tatuytv.org/index.php/noticias/duelo/3680-terrorismo-hallan-sin-vida-y-con-signos-de-tortura-a-militante-del-psuv-secuestrado-en-zona-opositora
  10. Détails de plusieurs cas sur le site du Parquet : http://bit.ly/2ro4iXE ; http://bit.ly/2qE9MNb ; http://bit.ly/2q5RsbU ; http://bit.ly/2rnNT5s
  11. http://albaciudad.org/2017/05/lista-fallecidos-protestas-venezuela-abril-2017/
  12. http://hastaelnocau.wordpress.com/2017/05/09/radiografia-de-la-violencia
  13. http://www.lavanguardia.com/internacional/20170507/422343873153/violinista-muerto-venezuela-manifestaciones.html
  14. http://www.desdelaplaza.com/poder/yeison-lo-mataron-manifestantes-la-mud-destacado/
  15. http://www.talcualdigital.com/Nota/142708/detenido-polisucre-por-asesinato-de-estudiante-de-la-ucv-carlos-jose-moreno
  16. https://venezuelainfos.wordpress.com/2014/03/15/fauxccupy-sous-les-masques-de-guy-fawkes-de-lopposition-venezuelienne
  17. https://venezuelainfos.wordpress.com/2015/03/12/thomas-cluzel-ou-linterdiction-dinformer-sur-france-culture
  18. https://venezuelainfos.wordpress.com/2015/08/04/venezuela-la-presse-francaise-lachee-par-sa-source/
  19. http://hinterlaces.com/61-afirma-que-responsables-de-manifestaciones-violentas-deberian-ir-presos/

URL de cet article : http://wp.me/p2ahp2-2zk

Lire la suite

Comment « Le Monde » invente la « répression » au Venezuela. (Partie I).

3 Juillet 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #Amérique Latine, #Les média

Comment « Le Monde » invente la « répression » au Venezuela

Mettons-nous dans la peau d’un habitant de la planète qui n’aurait que les médias pour s’informer sur le Venezuela et à qui jour après jour, on parlerait de « manifestants » et de « répression ». Comment ne pas comprendre que cette personne croie que la population est dans la rue et que le gouvernement la réprime ?

Mais il n’y a pas de révolte populaire au Venezuela. Malgré la guerre économique la grande majorité de la population vaque à ses occupations, travaille, étudie, survit. C’est pourquoi la droite organise ses marches au départ des quartiers riches. C’est pourquoi elle recourt à la violence et au terrorisme, dont les foyers sont localisés dans les municipalités de droite. ll y a 90 pour cent de quartiers populaires au Venezuela. On comprend l’énorme hiatus : les médias transforment les îles sociologiques des couches aisées (quelques % du territoire) en « Venezuela ». Et 2% de la population en « population ». (1)

C_fdueOW0AAe7YT

Caracas en mai

Le 12 mai l’ex-présidente argentine Cristina Fernández, après Evo Morales, a dénoncé « la violence utilisée au Venezuela comme méthodologie pour arriver au pouvoir, pour renverser un gouvernement » (2). Depuis l’Équateur, l’ex-président Rafael Correa a rappelé que « le Venezuela est une démocratie. C’est par le dialogue, avec les élections, que doivent se régler les divergences. De nombreux cas de violences viennent clairement des partis d’opposition » (3). C’est aussi la position du Caricom, qui regroupe les pays des Caraïbes (4). Le Pape François a dû pousser les évêques du Venezuela qui comme dans le Chili de 1973 traînaient les pieds face au dialogue national proposé par le président Maduro (5). Ce dernier a par ailleurs lancé le processus participatif de l’Assemblée Constituante, avec vote à la clef, et confirmé la tenue du scrutin présidentiel légalement prévu en 2018.

DASHjEPXsAUGzdi

Assemblée populaire et d’enseignants pour faire des propositions dans le cadre de l’Assemblée Nationale Constituante, dans l’état d’Apure le 20 mai 2017. Ce processus doit être ouvert et participatif. Une image qu’on ne risque pas de voir dans les médias… Photo de Marco Teruggi

Depuis la disparition d’Hugo Chavez en 2013, le Venezuela est victime d’une guerre économique qui vise à priver la population des biens essentiels, principalement les aliments et les médicaments. La droite locale renoue avec certains éléments de la stratégie mise en place jadis au Chili par le tandem Nixon-Pinochet, en clair provoquer l’exaspération des secteurs populaires jusqu’au débordement de rage et légitimer la violence. Selon le rapport budgétaire 2017 mis en ligne sur le site du Département d’Etat (6), 5,5 millions de dollars ont été versés aux “sociétés civiles” du Venezuela. Le journaliste vénézuélien Eleazar Diaz Rangel, directeur du quotidien Ultimas Noticias (centre-droit) a révélé des extraits du rapport que l’amiral Kurt Tidd, chef du Southern Command, a envoyé au Sénat US : « avec les facteurs politiques de la MUD (coalition vénézuélienne de l’opposition) nous avons mis au point un agenda commun qui comprend un scénario abrupt combinant des actions de rue et l’emploi dosifié de la violence armée sous l’angle de l’encerclement et de l’asphyxie« . (7)

La phase insurrectionnelle implique d’attaquer des services publics, des écoles, des maternités (El Valle, El Carrizal) et des établissements de santé, barrer les rues et les principales artères routières pour bloquer la distribution des aliments et paralyser l’économie. A travers les médias privés, majoritaires au Venezuela, la droite appelle ouvertement les militaires a mener un coup d’État contre le président élu (8). Plus récemment les bandes paramilitaires colombiennes passent du rôle de formatrices a un rôle plus actif : le corps sans vie de Pedro Josué Carrillo, militant chaviste, vient d’être retrouvé dans l’État de Lara, portant les marques de torture typiques au pays d’Uribe (9).

violenciaC-6Zb3bW0AALQ8U

tachiraparas_0Malgré les mortiers, armes à feu, grenades ou cocktails Molotov utilisés par les manifestants « pacifiques » (sans oublier les mannequins de chavistes pendus aux ponts, signature du paramilitarisme colombien), la loi interdit à la Police ou la Garde Nationale d’user de leurs armes à feu. Les manifestants de droite en profitent pour pousser leur avantage, déverser leur racisme sur les gardes ou policiers, les provoquer à coups de jets d’urine, d’excréments et de tirs à balles réelles, guettant la réaction pour les caméras de CNN. Les fonctionnaires des forces de l’ordre qui ont désobéi et qui se sont rendus coupables de blessures ou de morts de manifestants ont été arrêtés et poursuivis en justice (10). Le fait est que la grande majorité des victimes sont des travailleurs qui allaient au boulot ou en revenaient, des militants chavistes ou des membres des forces de l’ordre (11). C’est pourquoi le « Monde » parle de morts en général  – pour que l’on croie qu’il s’agit de « morts du régime ». Allonger la liste des « morts » sert à augmenter l’appui planétaire a la déstabilisation : il y a dans ces meurtres, il est terrible de le constater, un effet de commande médiatique.

C-inImtXcAA5eCV

Après avoir vendu cette image à son réseau international, l’agence Reuters s’est « excusée » d’avoir fait passer pour une arrestation arbitraire visant à étouffer la liberté d’expression ce qui était en réalité l’aide apportée par un garde national à un caméraman blessé…

Tout manifestant qui tue, détruit, agresse, torture, sabote sait qu’il sera sanctifié par les médias internationaux. Ceux-ci sont devenus un encouragement à poursuivre le terrorisme. Toute mort, tout sabotage économique seront attribués au « régime » y compris à l’intérieur du Venezuela où les médias, comme l’économie elle-même, sont majoritairement privés. Que la démocratie participative qu’est le Venezuela tente de se défendre comme doit le faire tout État de Droit, et elle sera aussitôt dénoncée comme « répressive ». Qu’elle ose punir un terroriste, et celui-ci deviendra ipso facto un « prisonnier politique ». Pour le journaliste et sociologue argentin Marco Teruggi « pour une intervention au Venezuela, le Gouvernement des États-Unis a des conditions plus favorables que celle qu’il avait pour bombarder la Libye si on tient compte du fait que l’Union Africaine avait condamné cette intervention presque à l’unanimité. (..) Tout dépend de la capacité de la droite à soutenir longtemps un bras de fer dans la rue en tant qu’espace politique. D’où l’importance de maintenir la caisse de résonance médiatique internationale» (12).

monde 1

Exemple sordide de cette alliance : le 5 mai 2017, à l’aide d’une photo digne d’un ralenti hollywoodien (mais qui n’est pas celle de la victime) « Le Monde » dénonce « la mort d’un leader étudiant tué lors des protestations contre le projet du président Maduro de convoquer une assemblée constituante ». Or la victime, Juan (et non José comme l’écrit « le Monde ») Bautista Lopez Manjarres est un jeune dirigeant étudiant révolutionnaire assassiné par un commando de droite alors qu’il participait a une réunion de soutien au processus d’assemblée constituante.

Juan Bautista Lopez Manjarres

Le dernier tweet de Juan Bautista Lopez Manjarres : la conférence de presse où il annonçait le soutien du secteur étudiant au processus de l’assemblée constituante

« Le Monde » mentionne aussi la réaction du chef d’orchestre Gustavo Dudamel, en tournée à l’étranger, qui demande que « cesse la répression » à la suite de la mort du jeune joueur de violon alto Armando Cañizales. Or ce musicien n’a pas été victime de la répression mais, lui aussi, d’un projectile tiré des rangs de la droite.

C_AZauPXgAAsIFQ-e1493931862583

Armando Cañizales

Le journal espagnol La Vanguardia, bien que virulent opposant a la révolution bolivarienne, l’admet exceptionnellement sous la plume de son envoyé spécial Andy Robinson : « De même qu’à d’autres moments de cette crise, le storytelling d’une jeunesse héroïque massacrée par la dictature bolivarienne ne colle pas dans le cas d’Armando Cañizales. (..) Il est pratiquement sûr que le projectile n’a pas été tiré par la police mais par les manifestants eux-mêmes. Il est notoire que certains d’entre eux ont fabriqué des armes artisanales pour les affrontements quotidiens avec la police» (13).

La réaction rapide de Mr. Dudamel est représentative des personnalités artistiques – nombreuses, on peut mentionner Ruben Blades ou René du groupe Calle 13 – subissant la forte pression du dispositif médiatique de leurs pays, contraintes de faire des déclarations pour satisfaire l’opinion publique convaincue à 99 % par les médias qu’il faut dénoncer la « répression au Venezuela ».

 

(A SUIVRE)

 

Lire la suite

Syrie, six ans de guerre… Après le cauchemar, les rêves ou la réalité ? Par Michel Raimbaud — 01 juillet 2017

3 Juillet 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La Russie, #La Syrie - La Libye - l'Iran -

Syrie, six ans de guerre…Après le cauchemar, les rêves ou la réalité ?

Intervention de l’Ambassadeur Michel Raimbaud à la Conférence organisée par « Chrétiens d’Orient pour la paix » le 27 juin 2017

I/ Un conflit universel

Par un vilain jour de mars 2011 était donné le coup d’envoi de cette interminable guerre syrienne qui est aujourd’hui l’objet de notre réflexion. Qui aurait pu deviner alors qu’elle allait s’installer dans l’opinion sous l’image labellisée que nous lui connaissons : celle d’une guerre soi-disant « oubliée » entre un mouvement populaire « démocratique et pacifique » et un « régime massacreur », une bonne cause à défendre pour les élites (de droite ou de gauche) qui depuis vingt ans communient dans un consensus bétonné autour de toutes les certitudes molles héritées du « néoconservatisme » à l’américaine. L’adhésion spontanée ou calculée aux « valeurs » véhiculées par ce consensus, signant leur allégeance (ou leur appartenance) à « l’Etat profond », leur confère le droit – le privilège devrait-on dire – de s’exprimer sur les antennes, les écrans et dans les gazettes.

C’est adossé à cette foi idéologique sommaire que notre mainstream va très vite se polariser sur l’urgence de faire « dégager Bachar » et de renverser « le régime syrien » tout en s’employant – avec un certain succès – à faire partager cette hantise par de larges couches de la population.

Dans le paysage audio-visuel, intellectuel et politique naîtra donc comme par enchantement un front sans faille qui veillera à rendre inaudibles les contestataires de la narrative officielle. Le conflit syrien sera catalogué d’emblée comme un épisode des « printemps arabes », dans la lignée de ceux de Tunis, du Caire, du Yémen, de Libye, et on décrètera une fois pour toutes qu’un scénario à la libyenne est inéluctable en Syrie.

On croyait naguère le lavage de cerveau réservé aux régimes totalitaires : or, le conflit de Syrie, comme celui de Libye auparavant, aura donné aux « grandes démocraties », la nôtre y compris, l’occasion de montrer tout leur savoir-faire en la matière. En occultant la mise à mort d’un peuple attaché à la souveraineté, à l’intégrité et à l’indépendance de son pays, en faisant le silence sur les destructions massives, en falsifiant les réalités, c’est la résistance stoïque du peuple syrien qui sera volontairement ignorée, l’image héroïque d’une armée nationale qui sera défigurée, le déni amplifiant d’autant la souffrance.

Il faut bien le dire, la volonté de dégager Bachar al Assad (qui « ne mérite pas d’être sur terre » mais serait mieux « six pieds au-dessous »), la volonté de détruire (Bachar ne partira peut-être pas, mais nous aurons détruit sa Syrie, comme osait le dire récemment encore un opposant démocrate « modéré ») et la volonté de tuer (nous sommes prêts à sacrifier les deux tiers de la population syrienne afin de sauver le dernier tiers) n’ont pas choqué grand monde du côté de chez nous durant ces années de dévastation de la légalité et de la morale internationales. Malgré les contradictions, les évidences, les révélations, les témoignages, on trouve encore des fanatiques ou des naïfs, des cas désespérés, pour défendre mordicus la thèse selon laquelle la guerre de Syrie serait réductible à la lutte d’un peuple révolté contre un régime oppresseur. Un épisode des « printemps arabes » qui aurait mal tourné, mais n’aurait pas dit son dernier mot…

Toutefois, trop c’est trop. Les rangs des soutiers et des charbonniers de la « révolution » auront fini par s’éclaircir. Quand on a le nez plongé dans les décombres du chaos créateur, si l’on n’a pas les yeux emplis d’effroi devant la sauvagerie et la conscience révulsée par la gestion de la barbarie djihadiste, c’est que l’on a choisi de fermer les yeux. Il faut être aveugle et se contenter d’analyses convenues ou d’idées reçues pour ne voir dans la tragédie syrienne qu’un évènement banalisé dans une séquence épidémique de « printemps arabes » épars. Il faut avoir un cerveau délabré ou particulièrement sommaire pour refuser par principe d’insérer cette tragédie dans le contexte qui est le sien, et qui saute aux yeux si l’on se réfère aux crises et aux guerres des dernières décennies. C’est celui d’une entreprise géopolitique et géostratégique globale de déstabilisation et de destruction, inspirée, planifiée, annoncée, conduite par l’Empire sous direction américano-israélienne, utilisant systématiquement des régimes inféodés et des complices de circonstance (islamistes dans le cas d’espèce) dont l’agenda, pour différent qu’il soit, est compatible à court et moyen terme avec celui des maîtres atlantiques.

Vu par la lorgnette des neo-cons qui l’inspirent depuis maintenant un quart de siècle, l’Occident (l’Amérique, Israël et ses alliés européens) a pour vocation de disputer à l’Eurasie russo-chinoise la maitrise de la planète, et la déconstruction du monde arabo-musulman, qui sépare ces deux ensembles, est une condition imposée par la géopolitique. Pour les forces islamistes radicales, la décomposition des Etats de cette « ceinture verte musulmane » en entités à base ethnique ou confessionnelle est le passage obligé vers la création d’une bouillie d’Emirats, étapes incertaines vers la refondation d’un Etat islamique fondé sur la Charia (loi coranique) ou le rétablissement du Califat, un siècle après son abolition. Pour des raisons historiques, culturelles, religieuses, politiques et géopolitiques, la Syrie est le centre et l’épicentre de cette confrontation dont l’issue sera déterminante pour l’instauration d’un nouvel ordre mondial en gestation.

En tout cas, il est difficile de nier que les guerres de Syrie (ou les guerres en Syrie) ont dégénéré en un conflit universel qui oppose deux camps, l’un ayant démontré sa solidité et le second se trouvant en pleine dislocation:

– Le camp de la Syrie légale et de ses alliés (Iran, Hezbollah, Russie et Chine, par extension les BRICS), mais aussi des pays comme l’Algérie, et de plus en plus l’Irak, ses forces armées, son Hachd al Chaabi (rassemblement populaire), le Yémen « légal » du Président Ali Abdallah Saleh et d’autres forces résistantes à l’hégémonie.

– Le camp adverse, regroupant les régimes islamistes (Turquie, Arabie Saoudite, Qatar et émirats du Golfe Persique), les terroristes et djihadistes ainsi que les groupes de miliciens divers, financés, armés, soutenus par Israël et – malheureusement – les Occidentaux. Tous ces adversaires de la « Syrie légale » se concerteront régulièrement dans le cadre du groupe dit « des Amis de la Syrie ».

Cet affrontement universel, qui a connu depuis plus de six ans de nombreux développements, peut se décliner – j’ai tenté d’en faire une recension dans mon ouvrage « Tempête sur le Grand Moyen Orient » publié en février 2015, puis en février 2017 – en une bonne douzaine de conflits aussi impitoyables les uns que les autres, mêlant l’odeur de sainteté au fumet du gaz, les illuminations messianistes et les ambitions stratégiques, les références aux valeurs morales et les valeurs boursières, la guerre sainte pour la religion et la lutte profane pour le pouvoir étatique :

1/ Sur le plan syrien proprement dit :

– 1/ C’est au premier abord une guerre pour le pouvoir conduite par une opposition soi-disant « démocratique et pacifique » contre l’oppression d’un « régime massacreur ».

– 2/ Cette lutte interne se militarisera rapidement, transformée sous la plume des analystes en une « guerre civile », qui n’en est pas une dans la mesure où elle est importée…

– 3/ En effet, le conflit sera internationalisé par l’intervention massive des régimes sunnites radicaux et de combattants étrangers aux côtés de l’opposition (lourdement) armée, puis par l’ingérence et le soutien ouvert des Occidentaux, devenant clairement une guerre d’agression, le crime international par excellence, selon le Tribunal de Nuremberg.

– 4/ Elle constituera en fait un politicide – qui est à l’encontre d’un Etat ce que l’homicide est à l’encontre d’un être humain – visant à provoquer un éclatement de l’Etat-nation syrien en mini-entités à base confessionnelle ou ethnique, conformément aux plans israélo-américains. C’est l’objectif du Protocole de Doha adopté sous l’égide du Qatar en novembre 2012 par la Coalition Nationale Syrienne des Forces de l’Opposition et de la Révolution.
2/ Sous l’angle religieux :

– 5/ C’est une guerre au nom de l’islam contre un « régime impie », placée sous le signe du djihad, de « la sauvagerie et la gestion de la barbarie » qui constitue la stratégie officielle de l’Etat Islamique (Da’ech).

– 6/ Recyclée en guerre sainte par les islamistes, la guerre d’agression se résumera donc bientôt pour la communauté internationale à une guerre terroriste.

– 7/ Elle engendrera ainsi une reprise de la guerre globale contre le dit terrorisme, considéré (en paroles du moins) comme l’ennemi numéro un de tous les pays, une guerre vouée à servir de feuille de vigne à la guerre d’agression contre la Syrie.

– 8/ Un assaut des radicaux sunnites wahhabites (et assimilés) contre « l’axe chiite » allant de Téhéran au Liban, via la Syrie et l’Irak, présenté par les wahhabites et leurs alliés comme un volet du combat anti-terroriste.

– 9/ Une guerre acharnée entre les deux camps du radicalisme sunnite (Turquie et Qatar contre Arabie Saoudite, Frères Musulmans contre Wahhabites) pour la direction de l’islam sunnite et de l’islam.

3/ Du point de vue géopolitique

– 10/ Une guerre Atlantique/Eurasie par procuration

– 11/ Une guerre pour l’énergie, pour le gaz notamment

– 12/ Une guerre pour l’intérêt supérieur d’Israël, omniprésent dans les préoccupations américaines et occidentales

– 13/ Pour couronner l’ensemble, un kriegspiel planétaire joué sur le « grand échiquier », ayant pour enjeux le contrôle du « Grand Moyen-Orient » revisité et le leadership du monde.

Le bilan humain, matériel et financier de ces seules guerres syriennes à tiroirs est terrifiant, à l’image du bilan global de la « démocratisation du Grand Moyen-Orient » que l’on doit à George W. Bush et ses sbires .

II/ En légitime défense, la Syrie fait vaillamment face à la guerre d’agression
1/ La légitimité de l’Etat syrien.

Membre des Nations-Unies, la Syrie est un Etat indépendant et souverain. Son régime est républicain et de style laïcisant. Parler du « régime syrien » pour désigner son gouvernement vise évidemment à le délégitimer, au mépris d’un principe en général oublié : si l’on mentionne volontiers le droit des peuples à l’autodétermination, on oublie fréquemment le droit des Etats à décider de leur régime politique, hors de toute ingérence étrangère.

Selon la loi internationale, le gouvernement dispose du monopole d’usage légal de la force : ceci doit être rappelé à tous ceux qui ont rêvé de détruire un Etat récalcitrant, à ceux qui voulaient le « politicider » parce qu’il résistait à leurs visées néocoloniales.

L’armée syrienne n’est pas « l’armée du régime alaouite », mais une armée nationale, de conscription. Elle a le droit absolu de reconquérir ou de libérer toute portion du territoire sans demander l’autorisation de quiconque. En restaurant la souveraineté de l’Etat sur le sol national, elle ne fait que permettre à l’Etat dont elle est l’un des organes régaliens d’exercer son droit de contrôle du territoire. Elle ne fait qu’affirmer le droit de la Syrie à préserver sa souveraineté, son intégrité, son indépendance.

Depuis plus de six ans, un pays qui n’agressé personne, doit résister à une guerre d’agression impliquant d’une façon ou d’une autre (ressortissants, combattants, gouvernements…) plus d’une centaine de pays membres des Nations-Unies, se heurtant en outre à un appareil international et onusien qui est loin d’être neutre. La résistance du « régime syrien » et de ses alliés a pourtant grippé l’entreprise des « neocons » et des takfiristes, ses détracteurs et ennemis admettant désormais (comme l’ancien ambassadeur US à Damas Robert Ford) que la Syrie a potentiellement gagné.

2/ La Syrie vit dans une atmosphère de fin de guerre

Sur le front des opérations militaires : depuis la libération d’Alep qui a fait date et marqué les esprits en décembre 2016, l’armée syrienne est partout à l’offensive, du côté de Damas, d’Alep, de Homs, de la frontière jordanienne, de la steppe syrienne. Malgré les intimidations américaines, elle reconquiert peu à peu le territoire national. Même si la guerre risque d’être encore longue, l’évolution favorable de la “bataille du désert” actuellement en cours laisse entrevoir une accélération des avancées.
Passant outre aux injonctions et menaces américaines, l’armée syrienne a opéré sa jonction avec les forces irakiennes du « Hachd Chaabi » sur la frontière entre les deux pays, exploit qui semblait improbable il y a quelques mois. Cette remise en cause des frontières Sykes-Picot entre la Syrie et l’Irak est un fait considérable, puisqu’elle signifie la mise en échec ab initio du mémorandum concocté par Tel-Aviv et présenté à Trump avant ses voyages en Arabie et en Israël, qui proposait une nouvelle base de coopération avec les Etats-Unis. Repris tel quel lors des sommets de Riyad, ce plan mort-né prévoit :
°la reconnaissance par Washington de la souveraineté d’Israël sur le Golan
°le refus de toute présence militaire permanente de l’Iran en Syrie
°l’alourdissement des sanctions contre Téhéran en raison de « son soutien au terrorisme »
°l’accroissement de la pression sur le Hezbollah
°Un engagement visant à empêcher l’établissement d’un corridor Iran – Irak – Syrie – Liban qui donnerait à l’Iran un débouché sur la Méditerranée.

Les multiples provocations (un avion, puis un drone syriens abattus par les Américains, des frappes ici ou là, des attaques ponctuelles contre l’armée syrienne) ne changeront rien, tant elles apparaissent contre-productives. Loin d’intimider, ce combat d’arrière-garde mené par une puissance en déclin (et donc dangereuse) a provoqué un raidissement de Moscou quant aux conditions futures de la coopération technico-militaire entre Russes et Américains contre le terrorisme. Il a inspiré aux Iraniens une grande première, sous la forme d’un tir de missile sur Da’esh en Syrie, à partir de leur territoire.

On pourrait dire la même chose des « Forces Démocratiques de Syrie », qu’elles soient kurdes, arabes ou turkmènes, qui pourraient faire un mauvais calcul en recherchant la création d’un Kurdistan « introuvable » en Syrie.

Sur le plan politico-médiatique, la Syrie semble bel et bien avoir gagné. Les officines de propagande et les donneurs de leçons de morale ont prétendu et prétendent toujours avec l’aplomb des escrocs qu’un peuple unanime se dressait et se dresse contre « le dictateur » ou le « tyran massacreur ». Depuis 2011 pourtant, il n’est pourtant pas difficile de voir, malgré l’omerta, que les narratives officielles sèment à tous vents des farandoles de « false flags » (faux drapeaux), arme favorite des terroristes démocrates, des cannibales modérés, des révolutionnaires du circuit Elizabeth Arden et des révérends prêcheurs de l’Axe du Bien.

Les populations votent toujours avec leurs pieds lorsqu’elles en ont la possibilité, et ce genre de scrutin n’a pas besoin d’un long dépouillement. Au fur et à mesure que l’armée reconquiert le territoire national, ceux qui en ont la possibilité fuient les zones rebelles et accueillent l’armée syrienne en libératrice.

Durant des années, il a été à la mode en France, en Navarre ou ailleurs, de répéter comme des perroquets que « Bachar doit partir », que « Bachar n’a pas de place dans l’avenir de la Syrie » : or, on ne compte plus les arrogants perroquets qui ont disparu et n’ont plus de rôle à jouer dans l’avenir de leur pays, alors que leur tête de turc est toujours là. C’est que ce président, cette tête de turc est resté pour beaucoup et devenu pour beaucoup d’autres le symbole de la résistance de l’Etat et de l’attachement du peuple syrien à son modèle de société tolérante.

3/ Diplomatiquement, les évènements se bousculent

La solidité de l’alliance entre la Syrie et ses alliés (Hezbollah, Iran, Irak, Russie, Chine) contraste avec la dislocation de la coalition adverse:

°La dislocation du bloc islamiste (entre l’Arabie et la Turquie, entre l’Arabie et le Qatar, la scission au sein du Conseil de Coopération du Golfe) est si évidente qu’elle se passe de commentaires.

°Le désengagement progressif de Trump vis-à vis de l’Arabie de Ben Salman et son souci de faire payer très cher à Riyad (des centaines de milliards de dollars déjà) le maintien d’une fiction d’alliance à la vie à la mort est assez transparent. Il faut être aussi inexpérimenté et brouillon que Mohammad Ben Salman pour ne pas voir que le contrat sécurité contre pétrole a cédé la place à un arrangement armes contre dollar. De même, ses décisions ambigües concernant le Qatar, son attitude ambigüe sur les Kurdes et la Turquie, ne sont pas très rassurantes pour les intéressés. Pour reprendre la formule usuelle des humoristes : « il est dangereux d’avoir les Etats-Unis pour ennemis, mais il est deux fois plus dangereux encore de les avoir pour amis ».

°Le désamour entre l’Europe et les Etats-Unis, mis en lumière par le sommet de l’OTAN a déjà introduit une manière de schisme atlantique, sur la même base : les Européens veulent de la sécurité à nos dépens ; qu’ils la paient le juste prix ».

°L’interview accordée par le nouveau Président de la République à plusieurs journaux européens et consacrée à sa vision à venir de la politique de la France a été qualifiée par beaucoup de virage à 180° en ce qui concerne la Russie, la Syrie et le Président Bachar al Assad:

– Pour Emmanuel Macron, le départ de Bachar al Assad ne serait plus une obsession. Il n’y a pas de « successeur légitime » à Bachar al Assad. Le chef de l’Etat syrien n’est pas l’ennemi de la France.

– Le seul ennemi de la France en Syrie est Da’ech…Il faut une solution politique, avec une feuille de route.

– M. Macron a du respect pour Vladimir Poutine et souhaite engager une coopération avec Moscou, y compris sur la Syrie.

– Le Président affirme vouloir tourner la page sur dix années de « logique néo-conservatrice »…

III/ La Syrie est désormais à la croisée des chemins

1/ « Syria invicta » : c’est le titre d’un sous-chapitre de « Tempête sur la Grand Moyen-Orient », mentionné précédemment. Participant en février dernier à une conférence à Damas, j’avais avancé l’idée que si « la Syrie victorieuse » (c’était le slogan choisi par les organisateurs) n’avait pas encore gagné, elle le ferait de toute façon. S’agissant d’une conviction intime depuis le début de la crise, il serait malvenu de me dédire, alors que se produisent des changements radicaux, militaires d’une part, politiques et diplomatiques d’autre part. Les clignotants s’allument de toutes parts pour signifier que la victoire politique de la Syrie légale semble acquise. Cette perspective devrait aller de pair avec le maintien du Président en place et avec un « adieu aux révolutions arabes », dont la flamme – on peut en être certain – sera entretenue pendant quelque temps dans les palaces occidentaux et les palais orientaux.

Invaincue, la Syrie est néanmoins dévastée. A elle seule, elle compte environ 400 000 morts, sans doute 15 millions de réfugiés, déplacés et exilés, 1,5 million de blessés et handicapés divers. Près des 2/3 du pays sont en ruines, avec des dégâts estimés par certains à 1 300 milliards de USD, sans compter l’impact continu des sanctions, blocus et embargos divers…
Une question reste posée : Faut-il arrêter la guerre ? De l’avis des experts russes, bien placés pour en débattre étant donné l’investissement de leur pays dans le conflit syrien, il n’y a pas d’issue militaire à la crise. Il faudrait garantir un règlement politique en établissant un dialogue avec les représentants de l’opposition, les plus présentables d’entre eux du moins. Selon la directrice de recherches au Centre d’Etudes Arabes et Islamiques à l’Académie des Sciences de Russie, une désescalade serait susceptible de permettre le déploiement de forces de maintien de la paix. Selon Alexander Aksenyonok, membre du Conseil russe des Affaires Etrangères, l’engagement « nécessaire » de la Russie dans les dossiers du Moyen-Orient a eu des résultats positifs, en interdisant l’arrivée des forces radicales au pouvoir à Damas. Mais il pourrait y avoir des retombées négatives, telles que le risque de compétition militaire entre Russie et Etats-Unis : d’où la nécessité de maintenir ouverts des canaux diplomatiques et d’accepter de grands compromis, comme celui de s’asseoir à la table des négociations avec certaines organisations qui n’y sont pas vraiment à leur place. (Club de Valdai, 27 et 28 février 2017 à Moscou).
Cette option diplomatique est discutable et discutée, au vu des expériences de la guerre de Syrie. Certes, la guerre ne peut mettre fin à la guerre et la diplomatie seule mettra fin à la tragédie. Cependant, il est clair que l’Etat syrien doit pouvoir négocier en position de force relative : l’évolution actuellement constatée n’est pas le fruit de bons sentiments, mais le résultat de la montée en puissance de l’option militaire face aux provocations.

Le Moyen-Orient ne sera plus jamais le même. Il en ira de même pour la Syrie. Avant même l’après-conflit, la fin de guerre risque d’être longue. Pourtant il est temps de songer :

°A la poursuite du difficile dialogue politique qui aura été entamé à l’occasion des pourparlers de Genève ou d’Astana. Selon toute vraisemblance, il n’est pas facile pour ceux qui ont défendu leur pays contre l’agression dans des conditions éprouvantes de discuter « diplomatiquement » avec des interlocuteurs qui ont appelé avec constance à l’intervention étrangère afin de détruire la Syrie.

°A l’immense travail de reconstruction du pays, de ses infrastructures, de son économie, ramenée plusieurs décennies en arrière par le chaos. Le choix des partenaires s’annonce délicat.

°A la réconciliation de sa société (sérieusement ébranlée dans ses valeurs ou ses fondements), avec la poursuite du travail discret mais impressionnant conduit par le gouvernement, en particulier le ministère de la réconciliation nationale. Des expériences comme celles de l’Algérie, serviront d’inspiration.

°Au réapprentissage du vivre ensemble des forces vives, avec un soin particulier pour la jeunesse qui a grandi dans la guerre, et qui constitue à la fois l’avenir de la Syrie et un bassin de recrutement pour les groupes terroristes.

A l’incitation au retour et à la réinstallation des millions de migrants (déplacés, réfugiés, exilés), un enjeu décisif pour l’avenir du pays.

Mais, ce sera mon mot de la fin, au plan diplomatique et politique, la France, à l’origine de tant de décisions hostiles et ravageuses contre la Syrie (sanctions, soutien à la rébellion armée, rupture des relations diplomatiques, appui aux régimes islamistes et aux « amis de la Syrie ») et qui a entraîné l’Europe dans son sillage, devrait bien admettre qu’elle a un devoir de réparation. En tant qu’ancien diplomate, je ne puis que souhaiter le retour à la grande tradition gaullienne de la France, cette politique de dialogue, d’ouverture, de conciliation envers tous les autres partenaires de la communauté des nations, qui faisait notre fierté, mais qui a sombré dans les eaux de l’atlantisme.

La priorité des priorités pour la France, étant donné ses responsabilités, serait qu’elle décide la levée unilatérale des sanctions qui ont été imposées, en bonne partie à son initiative et sous ses pressions, au peuple syrien. Mais le fera-t-elle ? Espérons sans trop y croire que M. Macron joindra les actes à la parole et les mettra en conformité avec ses effets d’annonce, espérons au minimum que ses actes ne contrediront pas ses discours. Dans le climat empoisonné qui règne depuis des années du fait de notre diplomatie, il faudra plus qu’une déclaration pour réparer les dégâts.

Michel Raimbaud | 27 juin 2017

Lire la suite

Résurrection de la défense européenne : La plaisanterie ! Par Guillaume Berlat

3 Juillet 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN.

Résurrection de la défense européenne : La plaisanterie ! Par Guillaume Berlat

Source : Proche & Moyen Orient, Guillaume Berlat,  19-06-2017

« L’histoire est un perpétuel recommencement » nous enseigne Thucydide ! Nous avons l’occasion de le vérifier chaque jour. C’est devenu un classique du genre. La période actuelle n’échappe pas à la règle. Quand la construction européenne se meurt, ce qui est le cas de nos jours, on nous ressort du chapeau bruxellois la martingale usée de la défense européenne qui renaîtrait tel Lazare de ses cendres. Sans la moindre hésitation, nos folliculaires préférés nous annoncent à grands coups de trompette la renaissance prochaine d’une Europe de la défense. Alléluia.

À gauche avec le Monde, c’est « une étape décisive vers une Europe de la défense »1 complété sous la rubrique éditoriale par « Défense européenne : la fin d’un tabou »2. Bigre. À droite, avec le Figaro, on choisit la voie d’une certaine retenue : « UE : un fonds pour redémarrer la politique de défense »3. Mazette ! Personne ne nous avait avertis qu’elle avait été interrompue. Les Européens seraient décidés, cette fois-ci, de tirer tous les enseignements du « Brexit », des facéties de Donald Trump (sur l’OTAN) et des menaces posées par le terrorisme (multiplication des attentats en Allemagne, Belgique, France, Royaume-Uni…) et la prolifération des armes de destruction massive (multiplication des provocations de la Corée du nord). On reste sans voix devant tant d’audace.

Un retour en arrière s’impose pour mieux appréhender la décision prise par la Commission européenne (organe le moins démocratique de l’Union européenne) et, surtout, ses limites intrinsèques (tenant à l’existence d’un machin qualifié d’Alliance atlantique).

LA DÉFENSE EUROPÉENNE, TOUT SAUF UN LONG FLEUVE TRANQUILLE

Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, nombreuses ont été les initiatives lancées en vue de mettre sur pied ce que l’on qualifie improprement dans le langage journalistique de défense européenne. Nous devons établir une distinction entre les grands projets et les petits projets.

L’acte de décès des grands projets

De facto, ce sont trois coups de poignards successifs qui vont tuer dans l’œuf le projet d’une défense européenne imaginée, au départ, pour amarrer l’Allemagne au continent et prévenir les folies du IIIème Reich. C’est d’abord la France qui est la manœuvre. Le projet de Communauté européenne de défense (CED) envisage la mise en place d’une armée européenne permettant d’intégrer les futures unités allemandes dans un ensemble placé sous une autorité européenne unique, militaire et politique. Il suscite de très vifs débats en France. Accepté par la plupart des États occidentaux, le projet est rejeté en août 1954 par l’Assemblée nationale française. Finalement, le refus de l’Assemblée nationale française de ratifier le traité instituant la CED entraîne également automatiquement l’abandon du projet de Communauté politique européenne dont il est le corollaire institutionnel.

Ensuite, c’est l’Allemagne qui œuvre. S’il scelle le rapprochement des deux anciens ennemis, la traite d’amitié franco-allemand du 22 janvier 1963, dit traité de l’Élysée soulève un problème de la plus haute importance. En effet, il est vidé de son contenu par le préambule unilatéralement voté par le Bundestag, le 15 juin 1963 : les députés allemands réaffirment à cette occasion leur lien avec les États-Unis et le Royaume-Uni, à la grande colère de De Gaulle, qui voit réduite à néant son aspiration à une Europe indépendante… Enfin, les Britanniques s’opposeront à toutes les velléités françaises de développer une politique de sécurité commune à travers l’Union de l’Europe occidentale (UEO) pour éviter toute duplication avec l’OTAN. Faute de disposer d’architectes, l’Europe doit se contenter de pompiers.

La prolifération des petits projets

Faute de penser un avenir, un grand dessein pour l’Europe sur le long terme, les Européens en sont conduits à multiplier les déclarations et initiatives sans lendemain. À l’évidence, elles relèvent de l’inventaire à la Prévert et sont d’une importance inégale : création en 2001 d’un État-major de l’Union européenne (EMUE) chargé de fournir une capacité d’alerte rapide, de planifier, d’évaluer et de faire des recommandations relatives au concept de gestion des crises et la stratégie militaire générale ; adoption d’une stratégie européenne de sécurité en 20034 ; lancement en 2003 de première opération militaire autonome de l’Union européenne baptisée Artemis ; création en 2004 de l’Agence européenne de défense (AED) visant à soutenir les efforts de défense de l’Union européenne ; adoption en 2006 du concept de « groupements tactiques » en application des décisions du Conseil européen d’Helsinki de 1999 (importance d’une capacité de réaction rapide) ; … conclusions des conseils européens de 2013 et de 2015 dans le domaine de la défense ; proposition franco-allemande de revitalisation de la PSDC du 11 septembre 2016…

Les dernières initiatives européennes sont les suivantes : adoption d’un « paquet défense » en novembre 2016 complété en mars 2017 par la déclaration de Rome promettant d’œuvrer à une industrie de la défense plus compétitive et plus intégrée « en complément de l’OTAN ». Chassez le naturel, il revient au galop dans une Europe atlantiste sans parler de la France depuis qu’elle a retrouvé les chemins de l’organisation militaire intégrée grâce à Nicolas Sarkozy en 20095.

Quelles sont les novations principales de la dernière des initiatives prise par la Commission pour relancer l’idée d’une défense européenne ?

LA DÉFENSE EUROPÉENNE, UN SIGNE D’ÉMANCIPATION ?

À en croire les récents écrits de la presse gavée aux éléments de langage (EDL) bruxellois, nous assisterions au grand retour de la défense européenne rendu possible grâce au grand retour du moteur franco-allemand en espérant qu’il ne fonctionne pas au diesel.

Le grand retour de l’Europe de la défense européenne

On l’aura compris, ce que l’on nous présente aujourd’hui, c’est du sérieux. Oubliés les états-majors fantômes, les « groupements tactiques » et autres « Eurocorps » qui ne s’animent que sur le papier et parfois dans les défilés. Brisé le tabou vieux de plusieurs décennies, celui qui voulait que le projet européen dans le domaine de la sécurité ne soit que civil (le « soft »), le militaire (le « hard ») étant de la compétence exclusive de l’Alliance atlantique (plus précisément de la puissance tutélaire, les États-Unis) située à Evere à quelques arpents de terre du Berlaymont à Bruxelles. On va voir ce que l’on va voir, les Européens vont prendre leur destin en main. En effet, la Commission européenne a proposé le 7 juin 2017 la création d’un tout premier Fonds pour la Défense. Elle suggère aux États membres un plan ambitieux : un budget annuel de 500 millions d’euros pour la recherche à partir de 2020 auquel s’ajouterait la mobilisation (par l’Union et les États) de 5,5 milliards d’euros dans le cadre d’un « volet capacités » doté d’un instrument financier (le mot est lâché) permettant aux pays d’acquérir des équipements militaires en réduisant leurs coûts. Les capitales définiraient en commun leurs besoins d’investissement.

L’objectif poursuivi, parfaitement logique au demeurant, est de dépenser mieux en période de fortes restrictions budgétaires. Dans les milieux bien informés, on précise que l’objectif n’est pas de créer un fonds mais de « mettre en place toute une palette de financements pour soutenir l’intégralité du cycle de développement des capacités de défense ». Telle Ponce Pilate en évitant de parler d’armée européenne, la Commission propose aux États membres le choix entre trois options allant de la minimaliste à la maximaliste : plus de coopération, une sécurité partagée et une défense vraiment commune. Une sorte de QCM.

Le grand retour du moteur franco-allemand dans la construction européenne

Signe supplémentaire de cette volonté d’aller de l’avant au niveau européen (celle des 28 et bientôt des 27 après le départ du Royaume-Uni), l’Allemagne et la France prépareraient des propositions sur un fonds de défense de l’Union européenne à présenter lors d’une réunion ministérielle bilatérale prévue le 13 juillet, déclare la ministre allemande de la Défense, Ursula von der Leyen. Une coopération sur des drones, des moyens de transport militaires et sur des efforts conjoints pour stabiliser la région du Sahel sont autant de projets qui pourraient être financés par ce nouveau plan, explique-t-elle. « L’Allemagne et la France veulent devenir le moteur d’une union européenne de la défense et mettre en œuvre intelligemment le fonds de défense » précise-t-elle. « Le référendum sur le Brexit et les élections américaines nous ont ouvert les yeux. Les Européens doivent davantage assumer leur propre sécurité ». Elle conclut en indiquant que les ministres des Finances des deux pays œuvrent pour mettre au point des mécanismes, tandis que les ministres de la Défense s’emploient à définir les différents chantiers à lancer.

La Commission européenne n’aurait fait qu’apporter cette semaine son soutien aux projets franco-allemands d’intégration des armées et des industries de l’armement de l’Union européenne. Heureuse initiative6. Reste désormais à savoir ce qu’en penseront nos partenaires peu enclins à faire l’Europe de la défense ailleurs que sous la forme d’un vulgaire pilier européen de l’OTAN et sous la tutelle exigeante du grand frère américain ? Même si nous ne disposons pas encore de leur réponse à cette question, nous imaginons ce qu’elle pourrait être : au mieux embarrassée, au pire dilatoire pour ne froisser personne mais surtout pour ne rien faire de très concret pour faire avancer la recherche de la solution du problème.

Mais quand est-il au juste dans la réalité ? Essayons d’aller un petit peu plus loin que les analyses aseptisées que nous servent quotidiennement nos brillants journalistes français « embedded » sous contrôle7.

LA DÉFENSE EUROPÉENNE, OTAGE DE L’ALLIANCE ATLANTIQUE

Si novateur et si attrayant soit-il, le projet tel qu’il nous est présenté par la Commission européenne, est malheureusement grevé de plusieurs hypothèques qui tiennent aux différentes logiques qui le sous-tendent.

Tout d’abord, il privilégie une logique financière à une logique politique. Il met la charrue avant les bœufs. Nous n’avons aucune précision sur le véritable dessein politique qui préside à ce qui nous est présenté à Bruxelles comme une révolution copernicienne. Robert Azevêdo, directeur général de l’Organisation mondiale pour le commerce souligne que : « L’OMC a besoin de capital politique »8.

C’est bien ce qu’il manque à l’Union européenne. Sur un sujet aussi important, il aurait été plus logique que cette décision de la Commission européenne (l’administration de l’Union) se cantonne à mettre en œuvre sur le plan technique et financier une décision éminemment politique adoptée sous forme de déclaration politique formelle par l’instance politique suprême de l’Union, à savoir le Conseil des chefs d’État et de gouvernement des 27 (l’exécutif sans le Royaume-Uni). Or, il n’en est rien. Mais, comme aurait dit Coluche dans son sketch sur les journalistes : « ne rigolez-pas, c’est avec votre pognon ! ». Les solutions aux problèmes politiques ne sont pas uniquement financières. Elles sont avant tout politiques.

Ensuite, corollaire de la précédente, il privilégie une logique institutionnelle à une logique fonctionnelle. Comme souvent dans la construction européenne, on met en place des structures couteuses sans leur assigner auparavant d’objectif politique précis. À titre d’exemple, on crée un Service européen d’action extérieure (SEAE), sorte de corps diplomatique européen (pléthorique, une authentique armée mexicaine), ayant à sa tête un haut représentant de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, l’évanescente Federica Mogherini (sorte de ministre des Affaires étrangères qui parle pour ne rien dire si ce n’est réciter quelques éléments de langage de pure langue de bois) pour mettre en œuvre une politique étrangère et de sécurité commune (PSDC qui n’existe toujours pas).

Avec cette logique d’épicier, nous sommes à l’évidence plus au royaume de Franz Kafka et d’Alfred Jarry que dans celui du général de Gaulle attachée à une Europe qui fonctionne dans l’interdépendance entre ses membres et dans l’indépendance avec les États-Unis. Cette manie du millefeuille institutionnel n’est-elle pas la cause de la crise de confiance croissante entre les citoyens et les institutions européennes ?

Enfin, et c’est là que le bât blesse assurément le plus, il privilégie une logique de soumission (à l’OTAN) à une logique d’indépendance (de l’Union européenne). Dans ce domaine, comme dans tant d’autres, il faut que tout change pour que rien ne change. Tout est dit par la taiseuse Federica Mogherini qui déclare : « il n’est pas question non plus de remplacer l’OTAN » même si le plan de la Commission nous explique doctement en langage diplomatique que : « la protection de l’Europe dépendrait désormais d’une responsabilité commune se renforçant mutuellement, celle de l’OTAN et de l’UE ».

En définitive, l’Union européenne demeurerait, ce qu’elle a toujours été dans le passé, une « succursale de l’OTAN ». Comme l’a écrit un jour Régis Debray : « L’occident n’a qu’un seul numéro de téléphone en cas de crise, celui de la Maison-Blanche ». Quand la Maison-Blanche tarde à répondre, c’est l’affolement général. Le président Trump de les rassurer en réaffirmant qu’il ne les abandonnera pas et qu’il restera le chef suprême d’une organisation « obsolète » comme il l’a pourtant dit avec raison9. Tant que ce point essentiel n’aura pas été éclairci et que les 28 n’auront pas abandonné leur ambiguïté constructive en la matière (vouloir plus d’Europe dans les mots en se ruant dans la servitude de l’Amérique dans les faits), rien ne se passera et la défense européenne restera pour longtemps encore dans l’ordre des chimères. « Jouer le bon élève et le meilleur allié des États-Unis ne paie pas »10.

« La première raison de la servitude volontaire, c’est l’habitude » nous enseigne Etienne de la Boétie dans son célèbre, et trop méconnu de nos dirigeants politiques, Discours de la servitude volontaire. Est, c’est bien de cela dont il s’agit lorsqu’on évoque la problématique de la défense européenne ! Que n’a-t-on vu les membres de l’Union européenne, allongés devant leur maître, Donald Trump posant devant le nouveau bunker de l’OTAN à Evere lors du récent sommet des chefs d’État et de gouvernement du 25 mai 2017 après avoir quémandé son engagement envers l’Organisation qu’il avait auparavant qualifiée « d’obsolète » ?11?

À cette occasion, notre grand inquisiteur tweeter écarte de la photo de famille le premier ministre du Monténégro, État tout juste admis à prier dans l’église de la famille occidentale. C’est du bout des lèvres qu’il vient de leur concéder, le 9 juin 2017, son engagement à mettre en œuvre les dispositions de l’article 5 du traité de Washington en cas d’agression contre l’un de ses membres.

Mais, il attend d’eux qu’ils mettent la main au portefeuille pour augmenter leurs budgets de défense avec de l’argent qu’ils n’ont pas, pour la plupart d’entre eux. Au fond, ce n’est pas la création de ce fonds ou de tout autre bidule technocratique qui contribuera, de près ou de loin, à mettre sur pied une véritable défense européenne. Aujourd’hui, ce concept galvaudé relève encore et toujours de l’ordre de la grande illusion12, de la plaisanterie13.

Guillaume Berlat
19 juin 2017

1 Jean-Pierre Stroobants/Nathalie Guibert, Une étape décisive vers une Europe de la défense, Le Monde, Économie & Entreprise, 8 juin 2017, p. 3.
2 Éditorial, Défense européenne, la fin d’un tabou, Le Monde, 8 juin 2017, p. 25.
3 Jean-Jacques Mével, UE : un fonds pour redémarrer la politique de défense, Le Monde, 8 juin 2017, p. 8.
4 « Une Europe sûre dans un monde meilleur. Stratégie européenne de sécurité », 12 décembre 2003, disponible sur le site internet www.consilium.europa.eu/uedocs
5 Hadrien Desuin, La France atlantiste ou le naufrage de la diplomatie, Cerf éditions, 2017.
6 Bernard de Montferrand, Dialogue franco-allemand : place aux actes, le Figaro, 8 juin 2017, p. 16.
7 S.Q., Des « embedded » sous contrôle, Marianne, 9-15 juin 2017, p. 22.
8 Roberto Azevêdo (propos recueillis par Marie de Vergès), « L’OMC a besoin de capital politique », Le Monde, Économie & Entreprise, 10 juin 2017, p. 6.
9 Jack Dion, Avec le Monténégro, l’OTAN fait son marché à l’Est, Marianne, 9-15 juin 2017, p. 9.
10 Hadrien Desuin précité, p. 81.
11 Francis Demay, La fuite en avant de l’OTAN, Courrier des lecteurs, Marianne, 9-15 juin 2017, p. 53.
12 Jean-Dominique Merchet, Défense européenne, la grande illusion, Larousse, 2009.
13 Milan Kundera, La plaisanterie, Gallimard, 1968.

Source : Proche & Moyen Orient, Guillaume Berlat,  19-06-2017

Lire la suite
<< < 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 20 30 40 50 60 70 80 90 100 200 > >>