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Le blog de Lucien PONS

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Zeus a rendez-vous avec Hermès : Vers une diplomatie de la transformation ? Par Guillaume Berlat

8 Septembre 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #La nation ., #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La mondialisation, #La République, #Politique étrangère

Source : Proche & Moyen-Orient, Guillaume Berlat, 04-09-2017

« La vitesse est d’essence divine. Avant le Dieu des chrétiens qui a repris l’éclair et la foudre à Zeus, c’est Hermès qui l’a incarnée. Hermés va à la vitesse du vent » (Bernard Chambaz, À tombeau ouvert, 2016)1. Pour rafraichir la mémoire de tous ceux dont les souvenirs de la mythologie grecque et latine sont un peu flous, rappelons qu’au dieu grec Zeus (roi des dieux, dieu du ciel, du Climat, du Tonnerre et des Éclairs) correspond le dieu latin Jupiter et qu’au dieu grec Hermès (messager des dieux, dieu du Voyage, des Communications, du Commerce, des Voleurs, de la Ruse, de la Langue, de l’Écriture, de la Diplomatie) correspond le dieu latin Mercure.

La traditionnelle semaine des ambassadeurs (28-31 août 2017), première du quinquennat d’Emmanuel Macron, présente, par certains aspects, une dimension mythologique. Celle d’une rencontre improbable, inédite entre deux divinités : Zeus, alias Jupiter avec Hermès, alias Mercure. On ne pouvait trouver meilleure conjonction divine, astrale pour un début de quinquennat et pour une annonce aux excellences françaises. Revenons au XXIe siècle et à l’actualité internationale de cet été 2017. Avant toute chose, il importe de replacer cette semaine des ambassadeurs dans son contexte général afin d’analyser le contenu de l’intervention du président de la République censée fixer le cap de la diplomatie française2 et de nous livrer à quelques réflexions sur la pensée jupitérienne.

LE CONTEXTE GÉNÉRAL DE LA SEMAINE DES AMBASSADEURS : UN MONDE SANS MAÎTRES

Pour mieux appréhender le sens de l’intervention du président de la République, il importe de rappeler la genèse de la semaine des ambassadeurs, sa préparation diplomatique ainsi que la vie du microcosme parisien.

La semaine des ambassadeurs : une tradition ancienne

En quoi consiste la semaine des ambassadeurs qui remplace, sous l’influence de Laurent Fabius, la traditionnelle conférence des ambassadeurs ? Il suffit de se reporter au site du Quai d’Orsay. Lancée en 1993 par le ministre des Affaires étrangères, Alain Juppé, la conférence des ambassadeurs réunit chaque année, à la fin du mois d’août, tous nos chefs de mission diplomatique – accrédités auprès d’un État ou d’une organisation internationale – afin qu’ils reçoivent « les orientations » des plus hautes autorités françaises (président de la République, premier ministre, ministre des Affaires étrangères et, le cas échéant, les ministres concernés par l’ordre du jour de la session). Cette rencontre doit contribuer à mettre en cohérence tous les volets de l’action extérieure de la France que les ambassadeurs sont chargés de cordonner et d’animer. Nous ne sommes pas dans la simple tactique diplomatique mais dans la stratégie internationale. Cet exercice est d’autant plus attendu qu’il fournit au président de la République la première occasion du quinquennat de s’adresser à cette noble et docte assemblée et que le thème de réflexion retenu pour cette semaine des excellences est cardinal : « Renouveler notre action dans un monde de ruptures » !3

Outre les grands sujets d’actualité (avenir de l’Europe, multilatéralisme, développement du numérique…) et les questions d’organisation du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, la semaine se décline autour de trois grands axes : la journée « je rencontre un entrepreneur » (au titre de la diplomatie économique) avec le désormais traditionnel speed-dating#1Ambassadeur1Entrepreneur (dans le texte) ; la journée « je rencontre un ambassadeur » et un échange sur les réseaux sociaux avec les ambassadeurs et avec les invités du studio. Les ambassadeurs ne sont plus ringards, ils sont dans le vent du numérique et de la transparence. Ils se prêtent de bon gré à cet exercice de fausse transparence4.

La préparation diplomatique : un sans-faute jupitérien… ou presque

À la veille de la semaine des ambassadeurs, le chef de l’État effectue une tournée remarquée en Europe centrale. Va-t-il exposer son projet pour sortir l’Union européenne de l’impasse dans laquelle elle se trouve ? Que nenni ! Il tente de rallier certains de ses homologues à l’idée d’un durcissement de la directive Bolkenstein au même moment où à Paris les négociations avec les partenaires sociaux sur la réforme du droit du travail s’annoncent serrées. En marge d’une réunion à Salzbourg avec les dirigeants autrichien, slovaque et tchèque (23 août 2017) et avant de se rendre en Roumanie (il déclare devant la communauté française que « les Français détestent les réformes ») et en Bulgarie5, Emmanuel Macron se montre particulièrement sévère sur la directive travailleurs détachés et sur la Pologne, dénonce une « trahison de l’esprit européen », arguant que l’Europe n’avait pas pour but de « favoriser les pays qui font la promotion du moindre droit social ». Il obtient des résultats certains6. Plutôt que de pratiquer une diplomatie d’inclusion, il privilégie une diplomatie d’exclusion, ne se rendant pas en Hongrie et en Pologne (il réussit le tour de force de créer une crise diplomatique avec Varsovie !7). Si l’on peut féliciter le président de la République pour ses bons mots (ceux de ses plumes et de ses communicants), on peut aussi regretter l’absence de grande stratégie internationale qui s’attache à sa fonction. Autre excellente nouvelle pour le chef de l’État, l’embellie économique dont profite la France en cette fin d’année 2017… à l’exception notable du chômage8.

Rappelons que Jupiter envoie, le 26 août 2017 à Bagdad, le (la) ministre des Armées et le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères pour déguster les succès de la coalition anti-EIIL in situ et « renouer un partenariat historique » avec l’Irak comme à l’époque de Saddam Hussein9. Au passage, la France accorde un prêt (de soutien budgétaire, d’encouragement aux réformes de fond et à l’assainissement financier du pays) d’un montant de 430 millions d’euros à l’Irak remboursable en 17 ans à un taux favorable de 6,75% avec de l’argent que nous empruntons nous-mêmes. Le dimanche 28 août, après une séance de « selfies » au Touquet, Emmanuel Macron s’entretient avec son homologue turc pour exiger la libération de notre compatriote journaliste, Loup Bureau, ignorant que ce genre d’affaires se traite dans la plus grande discrétion pour obtenir la plus grande efficacité10.

Mais, ce n’est pas tout, le lundi 28 août, le président de la République réunit un « séminaire gouvernemental » pour resserrer les rangs (« il ne faut jamais céder aux Cassandre »), leur donner une feuille de route (« volontarisme, ambition et exigence »), substituer le concept de « transformation » à celui plus anxiogène de « réforme ». Il accueille un mini-sommet UE/Afrique sur les migrations en présence des chefs de gouvernement allemand, italien et espagnol, de la transparente Haute représentante de l’union européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité de l’Europe et de chefs d’État africains (Niger, Tchad, Libye…)11. Il remet sur la table son idée de « hot spots » et de suivi des migrants potentiels en Afrique12. On l’aura compris, Jupiter est sur tous les fronts.

La vie du microcosme : les tonton-flingueurs à la manœuvre

Mais, en ce mois d’août caniculaire, le baromètre politique est à la dépression. La politique intérieure reprend ses droits. En effet, dans le même temps (formule chère à Emmanuel Macron), nous apprenons que François Hollande entend rester dans le jeu politique et qu’il s’exprimera régulièrement « sous des formes diverses » pendant que François Fillon abandonne la politique pour se préparer à sa nouvelle vie de financier. Quant à Nicolas Sarkozy, il s’ennuie de la politique politicienne mais n’est pas mécontent de gagner plus d’argent que lorsqu’il était simple ministre. Pour sa part, l’éphémère garde des sceaux que fut François Bayrou sort de sa cure de silence pour critiquer la méthode de celui qu’il encensait il y a quelques mois encore.

Au-delà d’une critique justifiée par un sentiment d’amertume, deux de ses philippiques méritent d’être méditées : l’absence de cap de la politique actuelle (« L’opinion ne voit pas clairement la direction, le but, que l’on se fixe ») et l’absence d’un « gouvernement de plein exercice » qui dicte sa ligne à Bercy et aux grands corps de l’État (« Les hauts fonctionnaires semblent avoir plus de poids que par le passé »). Au passage, nous apprenons que le chef de l’État a dépensé 26 000 euros en frais de maquillage depuis sa prise de fonctions13. Confronté à cette impopularité croissante, le président de la République annonce qu’il change de stratégie… de communication14.

Quelques instants avant son discours aux excellences, il désigne le journaliste Bruno Roger-Petit, conseiller, porte-parole de la présidence pour relayer la parole de l’Élysée, redonner de la perspective à la parole présidentielle15. Nous sommes donc pleinement rassurés surtout en apprenant que le couple Macron vient d’adopter un chien surnommé « Nemo »16. Au cas où vous ne l’auriez pas compris, le président de la République nous informe : finie la réforme, le maitre-mot de la rentrée est TRANSFORMATION17. À quand l’annonce d’une transfiguration de Jupiter pour cause de dégringolade continue dans les sondages ? Afin de faire le service après-vente de son discours aux ambassadeurs, rien de tel qu’une resucée dans son long entretien au Point du 31 août 201718. Sur le plan de la communication, le moins que l’on puisse dire est que la séquence com’ est parfaite.

Le décor intérieur et extérieur ainsi planté, qu’en est-il de l’intervention du président de la République du 29 août 2017?

LE CONTENU DE L’ANNONCE FAITE AUX AMBASSADEURS

C’est autour d’un triptyque que le président de la République organise sa présentation : sécurité indépendance, influence. Ceci permettra à notre pays d’être plus fort et de lui permettre de tenir son rang grâce à une diplomatie mondiale et globale, toujours en initiative.

La protection de la sécurité de nos concitoyens doit devenir la raison d’être de notre diplomatie

Le fil d’Ariane, la première priorité de la politique étrangère française est désormais la lutte contre le terrorisme islamiste. Elle doit se décliner dans toutes ses dimensions : géographique (se concentrer sur les zones irako-syrienne et sahelo-libyenne) ; sécuritaire (conjuguer sécurité et stabilité) ; financière (assécher les finances du terrorisme) ; diplomatique (refus de prendre parti dans la querelle entre le Qatar et ses voisins, soutenir l’accord sur le nucléaire iranien) ; globale (compléter le militaire par le politique19) ; migratoire (régler le problème en amont) : africaine (arrimer l’Afrique à l’Europe en actionnant trois leviers : défense, développement et diplomatie).

Au titre des annonces faites, nous retiendrons la création d’un conseil présidentiel pour l’Afrique (CPA), la désignation d’un envoyé spécial sur la sécurité et le développement en faveur du Sahel et d’un ambassadeur chargé de coordonner l’ensemble des négociations liées aux migrations ; la réunion le 12 décembre 2012 d’une conférence de suivi financière de la COP2120, la réunion au début de l’année 2018 d’une conférence consacrée à la lutte contre le financement du terrorisme, présentation en 2018 d’un plan pour la promotion de la langue française et du plurilinguisme… Le président s’engage à veiller personnellement à ce que les ambassadeurs de France aient « les moyens de remplir leurs missions ». Ce qui veut tout dire et rien dire à la fois.

L’indépendance de la France suppose mobilité, autonomie et opportunisme

Le concept d’indépendance sans arrogance n’est pas celui des souverainistes mais celui de ceux qui veulent faire valoir les intérêts de la France et de ceux qui veulent ne pas être les obligés des grands. Le chef de l’État se livre à un plaidoyer pour le multilatéralisme, un multilatéralisme ouvert à de nouveaux formats, de nouvelles alliances pour organiser de grands projets qui le structurent. Il y décrit sa vision de l’Europe à laquelle il a donné corps en se rendant à Berlin pour s’accorder sur un « agenda de protection ». Il annonce son intention de la développer après les élections allemandes autour de 10 sujets de travail : protection des travailleurs, Europe de la défense, Union économique et monétaire, numérique, Europe à plusieurs formats, « simplification administrative radicale et plus de subsidiarité »… Son objectif est simple : apporter une réponse concrète aux attentes de nos citoyens. C’est pourquoi, il lancera des conventions démocratiques pour associer les citoyens à la réflexion sur l’Europe.

L’influence de la France articulée autour de nos valeurs et de nos idéaux

Le chef de l’État décline sa pensée – souvent confuse et approximative – autour de quelques idées force censées accroître l’influence de la France dans le monde : climat (réunion d’un sommet à Paris le 12 décembre prochain) ; paix (dialogue avec les grands dont la Russie pour mettre fin au conflit ukrainien, aux conflits gelés) ; justice et libertés (ferment de notre action collective) ; culture (défense des biens culturels) ; attractivité (à travers la diplomatie économique, le tourisme, priorités du réseau, les échanges universitaires, la marque France à l’étranger, la promotion de la langue française qui doit retrouver sa place). La diplomatie économique fait l’objet d’une intervention spécifique de Jean-Yves Le Drian à l’ouverture des rencontres « un ambassadeur, un entrepreneur (28 août 2017)21 complété par un entretien au Parisien22 et d’une longue et ennuyeuse intervention du premier ministre, Édouard Philippe23.

C’est à ce prix, celui de la transformation, que la France pourra reconquérir les « leviers de la puissance », faire entendre son identité, tracer un modèle civilisationnel, faire entendre sa voix originale, celle d’une « puissance grande par ses ambitions, grande par ses idéaux, grande par ses espérances ». Désormais, « la diplomatie française doit être globale, conjuguant économie, défense, éducation, culture, environnement » afin d’assurer son rayonnement. On le constate, le lyrisme est au rendez-vous.

Que penser de cette brillante intervention et de son cadre, la semaine des ambassadeurs ?

DE QUELQUES RÉFLEXIONS SUR LA PENSÉE JUPITERIENNE

Parvenu à ce stade de l’exégèse du discours jupitérien, deux questions peuvent être posées : que penser de la pertinence de son intervention et de celle de la semaine des ambassadeurs ?

Que penser de la pertinence de ce premier discours jupitérien ? Diplomatie de la transformation ou pétard mouillé ?

C’est avant tout un discours impérial (80 minutes) qui ne manque jamais de charme, le charme discret du personnage, d’une sorte de contentement de soi (le terme « je » revient de manière récurrente dans son discours) qui découvre un désir infini et certain de briller à l’international face aux grands de ce monde. Le ton est diplomatique mais l’intention est ferme : comme tous les autres domaines de l’action publique, la diplomatie doit se plier au nouveau mantra jupiétérien, la « transformation ». Emmanuel Macron, qui s’éloigne souvent de son texte, dispose de réels talents d’orateur hors du commun. Il manie à la perfection l’art des concepts (creux), des bons mots (sans contenu réel), des paraboles (hors de propos), des propositions (souvent floues), des incantations (lyriques). Bien qu’il s’en défende au début de son intervention, le chef de l’État passe en revue toutes les crises du monde sur lesquelles il entend que la France ait son mot à dire. Il semble à la recherche d’un « idéal pragmatique », bannissant le dogmatisme de son prédécesseur.

Mais discours interminable qui manque en somme de plusieurs vertus : concision, clarté, cohérence, anticipation, stratégie, souffle, distance, hauteur, humilité, priorités…. La diplomatie d’Emmanuel Macron – alors que son rôle relève de la détermination de la politique étrangère – s’apparente à une diplomatie du papillonnage, une « diplomatie du coup d’éclat permanent ». Nous n’en saurons pas plus sur sa vision du « nouveau désordre international »24 (qualifié par Emmanuel Macron « d’ordre mondial profondément bousculé ») que sur les remèdes autres que les gadgets qu’il propose : convocation de conférences à intervalles réguliers, création d’un groupe international de contact sur la Syrie, d’un conseil présidentiel pour l’Afrique, nomination d’un envoyé spécial pour le Sahel, d’un ambassadeur thématique chargé des migrations, annonce de la mise en chantier de plusieurs feuilles de route….

Après pareil discours, nous sommes grisés, enivrés mais aussi perdus par une telle avalanche de mots. Nous n’en savons pas plus sur sa politique arabe qui a fait la spécificité de la diplomatie française depuis le général de Gaulle25. Nous n’en savons pas plus sur sa vision de l’Europe (« Europe à plusieurs formats ») : fédérale, confédérale…Que signifie une « souveraineté ouverte sur le monde », objectif qu’il assigne à la France ? Force est de constater que le président de la République est loin d’avoir retrouvé les chemins de la diplomatie perdue26. Le discours relève par plusieurs aspects de l’inventaire à la Prévert, de l’auberge espagnole dans laquelle : « tout a de l’importance et rien n’en a » comme le déclare son épouse au magazine Elle27. Malheureusement, comme le souligne le professeur Bertrand Badie, « sa diplomatie se résume à de la com sans aucune vision globale ». Heureusement, ses plus ardents thuriféraires nous expliquent que le président de la République inaugure une « diplomatie védrino-villepiniste » (réalisme et lyrisme) !

Quelques éléments peuvent être mis en exergue. Ils frisent parfois le comique, le ridicule. Comment peut-on dire sérieusement : « la sécurité des Français est la raison d’être de notre diplomatie » et « la politique étrangère a une seule et véritable priorité : lutter contre le terrorisme islamiste » ? La diplomatie consiste traditionnellement à informer, négocier représenter. La politique étrangère, c’est une stratégie, une tactique, une volonté et des moyens. Comment peut-on dans le même temps appeler les diplomates à se battre pour l’attractivité économique de la France à travers la diplomatie économique et leur demander de défendre avec vigueur certaines valeurs (droits de l’homme, de la femme, de la presse) ? Nous aurions aimé disposer de l’avis d’Emmanuel Macron sur l’Arabie saoudite et l’Égypte, pays à qui nous livrons larga manu des armes sophistiquées. Il nous livre un début de réponse deux jours plus tard dans son entretien accordé au Point : « nous ne pouvons pas avoir une politique commerciale qui ne prenne en compte cette sécurité ». Le marquis de Norpois n’aurait pas dit mieux. Que dire des propos enflammés, lyriques que tient le président de la République sur la défense de la langue française alors qu’il s’exprime en anglais dans des conférences internationales et autres cénacles ?28Comment parvenir à faire entrer toutes les crises de la planète dans trois concepts ? Comment éviter de dire tout et son contraire à quelques minutes d’intervalle ?

Cerise sur le gâteau, qui échappe à nos brillants experts, Emmanuel Macron confond allégrement politique étrangère (cap stratégique sur le long terme) qui relève de sa compétence et diplomatie (mise en œuvre au quotidien des grands principes) qui est du ressort de Jean-Yves Le Drian. Que font les nombreux conseillers de sa cellule diplomatique pour lui expliquer cette différence essentielle si l’on veut que la seconde soit la déclinaison de la première et prévenir la confusion des genres qui constitue la principale marque de fabrique du discours présidentiel ?

Que penser de la pertinence de cette semaine des ambassadeurs ? Diplomatie de l’efficacité ou diplomatie du tout Paris ?

« Qui veut voyager loin, ménage la superstructure » (Vincent Hervouët). A-t-on vu un secrétaire général du MAE démissionner comme vient de le faire le général Pierre de Villiers en raison des baisses de budget constantes ? On se laisse tondre avec le sourire. L’ambassadeur normal ne pratique pas l’impertinence. L’ambassadeur normal n’est pas querelleur. Il chahute dans les bus, s’épanche dans les bureaux, modère sa plume… et lorsqu’il a un solide carnet d’adresses, qu’il s’est constitué dans les cabinets ministériels, il va voir ailleurs (dans le secteur privé de préférence) pour arrondir ses fins de mois.

Que dit-il lorsque les anciens membres des cabinets pensent d’abord à se servir (un bon poste d’ambassadeur, la tête d’une direction, d’une sous-direction) au lieu de servir l’intérêt général et laissent bon nombre de ses collègues, qui n’ont pourtant pas démérité, moisir sur l’étagère ? Rien. C’est le courage fuyons ! Il est vrai que le Quai a été frappé depuis le début de l’année 2017 par une maladie mystérieuse : la macronnite aigüe. C’est pourquoi, il est encore trop tôt pour critiquer Jupiter dans la Maison. La semaine des ambassadeurs tourne à l’événement mondano-médiatique, à l’émission de télé-réalité sans la moindre consistance diplomatique : on distingue les ambassadeurs soucieux de la protection de l’environnement par la délivrance d’un diplôme. Dépourvus de ligne stratégique, les ambassadeurs sont comme des poules sans cou qui courent dans toutes les directions sans savoir où le vent divin les porte. Comme le disait en son temps un ambassadeur de France dignitaire : « les ambassadeurs ne sont pas des animaux de foire que l’on exhibe pour un numéro de cirque ». Le premier ministre réunit les ambassadeurs à la station F, haut lieu des start-up.

Peut-être serait-il grand temps de mettre fin à ce stupide exercice sans le moindre intérêt diplomatique ?29 L’intervention du président de la République, clou du spectacle, pourrait être diffusée sur le fil du Département (appellation interne du ministère des Affaires étrangères) comme elle l’est sur internet. Les ambassadeurs n’ont nul besoin qu’on les présente aux entrepreneurs, les fréquentant régulièrement à Paris et à l’étranger. Ils n’ont nul besoin de s’exposer sur les réseaux sociaux comme de vulgaires cabotins.

Quant aux jeunes étudiants qui caressent le projet d’entrer dans la « Carrière », ils n’ont qu’à s’adresser au bureau des concours du ministère pour en connaître les modalités pratiques (sélectivité des concours en raison du nombre restreint de postes proposés). Que font à l’Élysée, hormis se montrer et se pavaner ostensiblement, le président du Conseil constitutionnel (le ministre des Affaires étrangères émérite, Laurent Fabius auquel un hommage est rendu), le vice-président du Conseil d’État (le fourbe Jean-Marc Sauvé), le président de l’Institut du monde arabe (l’inoxydable Jack Lang) et bien d’autres parasites, fâcheux au lieu de s’occuper de leurs propres affaires ? À une époque où Bercy fait la chasse au moindre euro dépensé, il y aurait matière à économie en supprimant ce coûteux spectacle où la parole libre est proscrite, l’impertinence est bannie, la courtisanerie est reine.

« La valeur n’attend pas le nombre des années ». Emmanuel Macron est jeune et beau parleur30. Son intervention devant les excellences laisse l’observateur sur sa faim. Il est permis d’entrevoir de meilleures cuvées dans les éditions à venir de la semaine des ambassadeurs, si tant est qu’elle ne soit pas supprimée dans le cadre d’une vaste réforme de l’organisation de la diplomatie. Il est vrai que le président de la République n’a pas eu beaucoup de mal à faire un tout petit mieux que son prédécesseur lors de sa dernière intervention devant les ambassadeurs en août 201631. Mais rien ne parait impossible à Jupiter confronté aux dix travaux de réforme32 qui pourraient se transformer en pièges de la rentrée !33 Il est sans complexe. Il martèle que « la France (est), plus grande qu’elle-même ». Souvenons-nous que si la diplomatie est l’art des mots, elle se méfie des mots magiques qui vous reviennent à la figure comme par effet boomerang.

Que signifie au juste cette litanie de propositions, de coups de menton, de cartons rouges aux tyrans de la planète, de descriptions sans fin… ? Rien ou presque rien dans cette interminable intervention (20 pages autant que son entretien au Point) dont les deux destinataires principaux sont, d’abord et avant tout, les citoyens (je vous protège) et les médias (je communique pour vous) et, accessoirement, les ambassadeurs, à la recherche d’un improbable cap (je vous aime). Ne serait-ce pas un vulgaire exercice de salut par la diplomatie ?34

De cap, nos excellences n’en auront pas reçu un seul mais une foultitude, de quoi en perdre leur latin même si abondance ne nuit pas. Charles Trenet nous chantait : « le soleil a rendez-vous avec la lune ». Avec Emmanuel Macron, cette éclipse diplomatique prend la forme d’un rendez-vous entre Zeus et Hermès. Le premier apporte en présent divin au second la diplomatie de la transformation : « vous êtes ainsi appelés à devenir les ambassadeurs de la transformation de la France ».

Guillaume Berlat
4 septembre 2017
 

Source : Proche & Moyen-Orient, Guillaume Berlat, 04-09-2017

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Brésil en « paralysie active… », par Richard Labévière

8 Septembre 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #La nation ., #AMERIQUE, #Amérique Latine

Source : Proche & Moyen-Orient, Richard Labévière, 04-09-2017

Oiapoque, Macapa, Belém, 3 septembre 2017.

A Saint-Georges – dernière ville de Guyane avant la frontière -, une fois passé le pont qui enjambe le rio Oiapoque, la première ville brésilienne d’Oiapoque (33 000 habitants) s’organise à partir du fleuve, de ses piroguiers, de ses bazars chinois – qui vendent de tout -, et du siège de la police fédérale, en face de l’église catholique qui résiste aux Evangélistes installés en périphérie dans de riches villas. Le centre-ville abrite aussi le musée amérindien très pédagogique avec ses cartes des zones tribales de l’Etat d’Amapa (800 000 habitants), une université dotée d’un département francophone très dynamique, le palais de justice et les deux churrascaria (restaurants de viandes) les plus fréquentés.

Pour sortir de ce bout de Brésil encore pionnier, on emprunte une piste de terre en direction de Macapa (300 000 habitants). Après une heure de route, sur la gauche, une piste plus improbable encore mène à Vila Velha Jari, au bord du rio Cassiporé qui débouche sur le lac Maruani : là où la création du monde a commencé, le royaume de Genival ! C’est l’heure du Mascaret1, lorsque la marée de l’océan remonte le courant descendant des bras d’Amazone : une grande vague qui peut dépasser sept mètres. C’est sur ces berges qu’on peut rencontrer les villageois brésiliens et amérindiens qui ont résisté aux expulsions forcées durant la dictature militaire (1964 -1985), ces années de plomb dont le grand écrivain Jorge Amado décrit si bien les logiques économiques. Les anciens se souviennent, croyant ces temps définitivement révolus…

Pourtant, une grande inquiétude règne de nouveau, car « l’histoire est en train de se répéter », explique Odaïr, « à l’époque, on voulait nous faire partir pour créer un parc naturel. Une fois vidées de leurs habitants, certaines de ces zones ont déjà été vendues par tranches aux miniers, forestiers et entreprises de l’agro-business. Le gouvernement actuel renouvelle le même processus en cédant aujourd’hui plus de 4 millions d’hectares de forêt – classée patrimoine de l’humanité – à des sociétés privées qui vont continuer à massacrer l’Amazonie et déplacer les dernières populations autochtones ».

NOUVEAU COUP CONTRE L’AMAZONIE

Sous la présidence de Lula et de Dilma Roussef, la déforestation en Amazonie brésilienne a enregistré un certain recul. Avec le président actuel Michel Temer et le PMDB (parti centriste), qui ont profité de la révocation de Dilma – la gauche brésilienne parle d’un coup d’Etat constitutionnel, un processus golpiste -, privatisation et massacre de la grande forêt reprennent de plus belle ! La course à l’argent s’attaque de nouveau au plus grand réservoir de biodiversité du monde qui s’étend sur près de 6 millions de km2 dans neuf pays dont le Brésil, qui en abrite 63%. Cette grande forêt abrite 16 000 variétés d’arbres (dont 6000 inscrites sur la liste rouge des variétés menacées d’extinction). Avec 2,5 millions de types d’insectes, 40 000 espèces de plantes, 3000 de poissons, 1294 d’oiseaux, 427 de mammifères et 378 de reptiles, l’Amazonie est de nouveau en grand danger.

Les Etats de l’Amapa et de Para – les plus écologistes du Brésil – vont être redonnés aux grandes compagnies minières. La décision unilatérale de Michel Temer donne un nouveau feu vert à l’orpaillage, aux trafics de bois et d’animaux rares, au percement de routes clandestines et à l’élevage intensif des grands latifundistes, autant d’activités que des décennies de revendications et de luttes des populations amazoniennes et brésiliennes avaient réussi à contenir avec l’aide des Nations unies et de grandes ONGs environnementalistes. Mais l’idéologie golpiste n’a que faire de ces entraves à l’enrichissement le plus rapide, le plus sauvage, sinon le plus meurtrier. Ainsi voit-on ressurgir aujourd’hui dans différentes régions de l’Amazonie brésilienne des groupes de pistoleros et d’autres organisations armées à la solde des grands propriétaires terriens.

GREVE NATIONALE

C’est l’un des sujets brandis par les étudiants de l’université de Macapa, qui sont en grève ce jeudi 31 août. Après un débat sur la francophonie politique, ils expliquent les autres raisons de cette journée de « protestation nationale » et de « paralysie active ». Le budget de l’éducation nationale va être gelé pour les vingt prochaines années ; l’existence de nombreuses universités – dont celle de Macapa et l’annexe d’Oiapoque – est gravement menacée, de même que les structures de la santé et la plupart des grands services publics. Dans les universités publiques de Rio de Janeiro, les salaires sont versés avec 6 mois de retard ; le recteur de l’Etat de Rio Grande do Sul a déjà fermé huit instituts culturels et de recherche.

Les étudiants expliquent que Michel Temer ne s’attaque pas seulement à l’Amazonie, aux universités et aux services publics, mais aussi aux contenus des programmes d’enseignement. Ainsi a-t-il décidé de supprimer les enseignements du Français et de l’Espagnol au profit de l’Anglais, « la seule langue qui trouve grâce à ses yeux ; la francophonie représentant pour lui une dimension culturelle subversive et dangereuse », déplore une enseignante « pour lui, l’Anglais globish est plus rassurant parce que c’est l’idiome du commerce, de la finance et de la force ».

Le démantèlement du droit du travail et le dossier des retraites inquiètent particulièrement la génération des 30/ 40 ans, puisqu’il est question de fixer l’âge de la retraite à 65 ans. « Mais pour toucher leurs droits, les gens auront dû travailler 49 ans, c’est-à-dire depuis l’âge de 16 ans, ce qui ne correspond absolument à rien dans un pays où le secteur de l’économie informelle est tellement important et où les professeurs ne trouvent un emploi stable qu’entre 25 et 30 ans au mieux », explique Anderson, l’un des responsables de la CUT (Central Unica dos trabalhadores) à Macapa. La loi sur les retraites n’a pas encore été votée car elle constitue une monnaie d’échange pour les députés et sénateurs qui veulent en profiter pour obtenir des compensations sur d’autres sujets en contrepartie de leur vote…

Le lendemain de la « paralysie active » : pas une ligne dans le Jornal do Dia, la feuille régionale dominante. Les étudiants nous avaient prévenus : « la presse mainstream, notamment la télévision Globo (Rede Globo de televisao), la Folha de S.Paulo et les grandes radios nationales ne diront pas un mot du mouvement, parce qu’ils soutiennent Temer et toute sa bande de corrompus après avoir soutenu et légitimé le coup d’Etat contre Dilma Roussef qui a été une farce, une imposture montée de toutes pièces avec le soutien des grandes entreprises, des sociétés minières et de l’agro-business ».

Les médias alternatifs comme Media Ninja, Conversa Afiada ou Pragmatismo Politico « ont le mérite d’exister, mais s’adressent à des citoyens déjà éclairés. Malheureusement, ils ne sont pas repris par la grande presse internationale et se perdent dans l’espace infini d’Internet », souligne Simon, étudiant en relations internationales, qui ajoute : « les jeunes générations qui n’ont pas connu la dictature militaire font preuve d’une grande naïveté et se laissent enfumer par l’idéologie golpiste, qui en est une résurgence ».

L’IDEOLOGIE GOLPISTE

Ce qui frappe Gabriela, c’est la montée de la haine, une haine « qui n’a jamais existé de cette façon : des gens veulent mettre Lula en prison. Ses amis, ses soutiens et les syndicalistes sont menacés et insultés publiquement dans la presse et les assemblées gouvernementales ». Un député du Parti social-chrétien (PSC) – Jair Bolsonaro -, a insulté en pleine séance parlementaire une députée du Parti des travailleurs (PT) en lui disant qu’elle « était tellement moche qu’elle ne méritait même pas d’être violée… ».

Cet ancien militaire, qui s’illustre régulièrement par ses saillies machistes et homophobes, est pourtant singulièrement populaire au point qu’il songe à se présenter à la prochaine élection présidentielle de l’automne 2018. Pour appuyer la révocation de Dilma, il a même osé invoquer la mémoire de Brilhante Ulstra, l’officier qui fut l’un des tortionnaires de l’ancienne présidente brésilienne ! Ces dérives, qui se multiplient dans la vie publique, ne sont pas dénoncées par la grande presse et rarement condamnées par la justice, sinon de manière symbolique.

La justice ! C’est l’un des problèmes majeurs du Brésil d’aujourd’hui. Nommés par le pouvoir exécutif, les juges n’en font qu’à leur tête et selon leurs intérêts personnels. Ils profitent singulièrement d’une situation paradoxale : la population veut qu’ils mènent à terme leur opération « mains propres » afin de lutter contre la corruption et d’assainir la vie politique, mais – de fait -, ils deviennent des électrons libres, prêts à subir n’importe quelle influence, voire à se laisser corrompre eux-mêmes.

Le plus bel exemple de cette dérive s’illustre par les facéties du juge fédéral de Brasilia, Sergio Moro. Cet ami personnel de Michel Temer et du président du Congrès est l’homme en charge de l’instruction des cinq procédures instruites contre Lula à qui l’on reproche entre autres différentes concessions accordées à Petrobras, l’entreprise nationale d’hydrocarbures. « Montées de toutes pièces, ces affaires sont seulement destinées à détruire le grand prestige intact de Lula parmi la population et à détruire le Parti des Travailleurs (PT), pour l’empêcher de présenter un candidat à la prochaine élection présidentielle », explique l’avocat carioca Luis Silmo, « à cet égard, le juge Sergio Moro mène une véritable chasse à l’homme contre Lula, cherchant à l’abattre – au propre comme au figuré – de toutes les manières possibles ».

Et lorsqu’on demande à Sergio Moro les preuves sur lesquelles il se fonde pour mettre ainsi en cause Lula, il répond qu’il s’intéresse davantage aux « intentions présumées » de l’ancien président du Brésil ? Formé aux Etats-Unis, ce juge chasseur de primes a fait de la traque anti-Lula l’affaire de sa vie, poussé par tous les ennemis politiques de la gauche brésilienne dont Aécio Neves, le président du Parti de la social-démocratie qui a mené la campagne pour la révocation de Dilma Roussef avec l’aide d’ONGs américaines.

Par conséquent, l’idéologie golpiste allie cinq composantes majeures : 1) une nostalgie de la dictature militaire ; 2) la faveur des grands propriétaires terriens, miniers et sociétés de l’agro-business ; 3) les attaques personnelles et contrats ad nominem à l’encontre de personnalités indépendantes ; 4) la remise en cause de la séparation des pouvoirs ; 5) enfin, la désinformation et la suprématie des fake news, des télénovelas et de la culture unique du football.

Sur ce dernier plan, l’extrême-droite brésilienne est très inventive en matière de communication, se spécialisant dans le changement de nom de ses organisations. Exemple : le PEN (Pari écologiste de la nation/extrême-droite), va désormais s’appeler Podemos, du même nom que l’organisation de l’extrême-gauche espagnole, sans parler du PAB, qui s’approprie l’hymne national pour s’instaurer en Parti de l’amour de la nation.

LULA, EN CARAVANE DANS LE NORDESTE !

Malgré ce déferlement de coups de force constitutionnels à répétition, de corruptions légalisées, d’abus de pouvoir, de propagande et de chasse à l’homme, le PT, les grandes centrales syndicales et la société civile brésilienne conservent une étonnante vitalité. Comme la Samba, la « paralysie active » des étudiants de Macapa n’est jamais à court d’idées et d’initiatives. Sur les voitures et maisons, contre les murs et sur les autoroutes fleurissent les slogans appelant à la résistance pour l’élection présidentielle de 2018.

Lula et son équipe ont organisé une caravane qui sillonne les Etats du Nordeste, les régions les plus pauvres du pays, celles qui ont le plus bénéficié de la Bolsa (bourse familiale) et de ses politiques sociales. Malgré les procédures engagées contre lui par Sergio Moro, les partisans de Lula espèrent toujours qu’il pourra se déclarer candidat pour la prochaine présidentielle. « Avec les recours et les cassations, le juge Moro n’arrivera pas à empêcher Lula de se présenter », explique un avocat de San Paulo, « désormais, le temps travaille pour lui. Si Lula est candidat, il gagnera cette élection haut la main… ».

Lancée le 17 août à Salvador de Bahia, cette campagne de reconquête – « Le Brésil a besoin de Lula » – sillonne le Nordeste, sa région natale qui constitue son véritable socle politique, jusqu’à la fin du mois de septembre. Ensuite, le peut-être candidat du Parti des travailleurs reviendra dans les grandes villes comme Sao-Paulo et Rio pour marteler son message : « parcourir le pays pour partager aux côtés du peuple, de notre peuple, ce qui se passe véritablement dans le pays ; un pays qui est soumis à un groupe de personnes qui n’ont jamais été capables de gouverner ».

L’ancienne présidente « empêchée » – Dilma Roussef – qui n’a jamais lâché Lula, est l’un des éléments les plus actifs de cette campagne qui, outre les plus pauvres, entend mobiliser aussi la jeunesse (et pas seulement les étudiants), ainsi que les personnes âgées qui sont aussi les principales victimes de la politique de casse sociale de Michel Temer.

A l’automne 2018, la prochaine élection présidentielle du Brésil va se dérouler dans un contexte régional passablement tendu. Du Venezuela aux pays andins, les gauches latino-américaines et les mouvements amérindiens font l’objet de plusieurs initiatives (parfois armées), à partir de Panama et de la Colombie. Le président Donald Trump a même menacé d’intervenir directement à Caracas et les observateurs avertis du continent parlent d’un « plan Condor bis and soft » à l’encontre des gauches bolivariennes.

Pour l’heure, le Brésil vit une tragédie shakespearienne où tous les coups sont permis, même les plus bas ! Dans cette démocratie « émergée », la séparation des pouvoirs exécutif, législatif et judicaire n’est plus garantie. « Lula et Dilma avaient redonné dignité et espoir à ce pays/continent. En moins de deux ans, Michel Temer, ses complices et leurs relais de l’idéologie golpiste ont ramené le Brésil aux mensonges qui ont généré la dictature militaire », déplore l’un des grands professeurs de l’université de génie civil de Sao-Paulo.

Fora Temer, autrement dit : Temer, dégage ! Mais est-ce que ça suffira ?

Richard Labévière

1 Dans l’embouchure de l’Amazone se produit un mascaret, nommé localement Pororoca, là où la profondeur n’excède pas 7 mètres. La vague déferlante d’une hauteur de 1,5 à 4 mètres progresse à plus de 25 km/h. Ce mascaret est la raison pour laquelle l’Amazone ne possède pas de véritable delta ; l’océan emporte rapidement le vaste volume de vase drainée par l’Amazone, ce qui rend impossible la formation d’un delta.

Source : Proche & Moyen-Orient, Richard Labévière, 04-09-2017

Nous vous proposons cet article afin d'élargir votre champ de réflexion. Cela ne signifie pas forcément que nous approuvions la vision développée ici. Dans tous les cas, notre responsabilité s'arrête aux propos que nous reportons ici. [Lire plus]Nous ne sommes nullement engagés par les propos que l'auteur aurait pu tenir par ailleurs - et encore moins par ceux qu'il pourrait tenir dans le futur. Merci cependant de nous signaler par le formulaire de contact toute information concernant l'auteur qui pourrait nuire à sa réputation. 

 

8 réponses à Brésil en « paralysie active… », par Richard Labévière

  1. Catalina Le 08 septembre 2017 à 08h22

    Pauvre monde, il me semble qu’on en arrive à un point où il n’est plus possible d’ignorer les spoliations du financiarisme sur tous les continents. AH, si la télé nous informait, ce monde aurait un autre visage. Pourquoi la télé ? parce qu’elle trône dans tous les salons. La télé rendue à son objectif premier, nous informer, pourrait être l’arme de destruction massive de la manipulation généralisée.
    Ce qui est dingue, c’est qu’il y aura un réveil, ce qui l’est encore plus c’est que plus il viendra tard, plus il y aura de souffrances.

    L’autruche ne peut pas garder la tête dans le sable indéfiniment

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Le Venezuela est-il victime d’une guerre économique ? Par Valentine Delbos

8 Septembre 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Histoire, #La nation ., #AMERIQUE, #Amérique Latine

Source : LVSL, Valentine Delbos, 10-07-2017

Un gouvernement autoritaire qui affame son peuple et le réprime à coups de matraques : c’est de cette manière que la situation au Venezuela est présentée par les médias occidentaux. Le gouvernement de la révolution bolivarienne, quant à lui, n’a de cesse de dénoncer une stratégie de déstabilisation comparable à celle mise en place contre le président Salvador Allende, au Chili (1970-1973), laquelle se solda par un coup d’Etat. La comparaison est-elle valable ?

Valentine Delbos, pour LVSL

Le Venezuela traverse une situation extrêmement tendue et, malheureusement, les médias dominants – donnant une vision très incomplète des événements en cours dans ce pays– n’aident en rien à la compréhension de la situation pour le citoyen lambda se trouvant à des milliers de kilomètres de Caracas. Si tous les journalistes s’accordent à dire que le pays sud-américain traverse une terrible situation économique, rares sont ceux qui se penchent en profondeur sur les multiples raisons qui l’alimentent. Alors que pour l’expliquer la plupart des médias mettent uniquement en avant l’incompétence du gouvernement en matière de gestion et une corruption qui battrait tous les records, diverses voix et jusqu’au président Maduro s’unissent pour dénoncer de leur côté et depuis plusieurs années une guerre économique… que la presse cite peu ou de façon presque sardonique, faisant passer le mandataire pour un affabulateur ou un « complotiste ».

En effet, il n’est pas de bon ton de mentionner « l’impérialisme » de ce côté-ci de l’atlantique, et le fait que l’histoire de l’Amérique latine soit le résultat de plusieurs siècles de relations tumultueuses avec les Etats-Unis n’a pas l’air d’attirer l’attention de la plupart des « experts » et autres éditorialistes, qui ont plutôt l’air de vouloir suivre la doctrine avancée par le président Obama vis-à-vis du sous-continent : « oublions le passé ».

L’histoire : séance d’auto-flagellation ou outil pour comprendre le présent ?

Faut-il oublier le passé ? Il est évidemment fort commode pour celui qui a commis des exactions de demander à celui qui les a subies de faire table rase et de « se tourner vers le futur ». Demander aux Africains de penser à l’avenir, certes, mais comment leur exiger d’oublier la Françafrique ? Il en va de même en Amérique latine. On ne balaie pas d’un simple revers de main plus d’un siècle et demi d’expansionnisme et d’interventionnisme, de diplomatie de la canonnière ou du « gros bâton », de politique du dollar et d’ingérence continue dans sous-continent considéré jusqu’il y a encore peu- comme la chasse gardée ou l’arrière-cour des Etats-Unis.

Il est intéressant de rappeler la réponse de la présidente de l’Argentine Cristina Fernandez au président Obama après que celui-ci eu proposé – lors du VII Sommet des Amériques qui se tint à Panama en avril 2015 – « d’avancer en laissant derrière le passé » :

« Faisons la part des choses, je vois que le président Barack Obama –il vient de le signaler– n’aime pas beaucoup l’histoire ou bien qu’il la considère comme peu importante ; au contraire à moi elle m’aide à comprendre ce qui se passe [aujourd’hui], ce qui s’est passé et pourquoi, mais surtout à prévenir ce qui pourrait se produire à nouveau. Nous n’abordons pas l’histoire comme un exercice de masochisme ou une séance d’auto-flagellation, mais comme un outil pour comprendre pourquoi nous en sommes arrivés au point où nous nous trouvons. » [1]

Pour les pays historiquement dominés, la mémoire est en effet utile pour comprendre le présent et appréhender le futur, surtout quand les vieilles habitudes perdurent. Car s’il est vrai que le temps ou les troupes américaines pouvaient débarquer n’importe où dans la région et y hisser leur drapeau est bien révolu, il serait vraiment naïf de penser que les Etats-Unis auraient aujourd’hui renoncé à vouloir continuer de favoriser leurs intérêts au sud du Rio Grande. Avec les plus grandes réserves de pétrole du monde et un discours panlatinoaméricaniste intolérable, il est tout naturel de considérer le Venezuela comme une des principales cibles de l’administration étatsunienne. Le président Obama n’a-t-il pas décrété en mars 2015 « un état d’urgence nationale suite à la menace inhabituelle et extraordinaire pour la sécurité nationale et la politique étrangère des États-Unis posée par la situation au Venezuela » ? [2]

C’est en ayant tous ces éléments en vue qu’il faut considérer les allégations du gouvernement vénézuélien lorsqu’il déclare être victime d’une déstabilisation comparable à celle qu’a connue le Chili sous la présidence de Salvador Allende (1970-1973). Une instabilité qui serait le résultat d’une pression politique et médiatique incessante, à laquelle il faudrait rajouter une guerre économique aux effets ravageurs.

Pourtant, rares sont les journalistes qui se sont penchés sérieusement sur cette question, comme si le terme de « guerre économique » ne pouvait renvoyer qu’à des théories conspirationnistes nauséabondes issues d’un esprit paranoïaque. Mais c’est faire montre de beaucoup d’ignorance que de déconsidérer cette pratique qui est loin d’être neuve dans l’histoire de l’humanité en général et dans la boîte à outil interventionniste de la politique étrangère américaine en particulier.

Qu’est-ce que la guerre économique?

La guerre économique a toujours existé ; elle est une réalité qui a beaucoup été étudiée, autant par les universitaires que par les experts en questions militaires… et enseignée : ne trouve-t-on pas une Ecole de Guerre Economique dans le VIIème arrondissement de Paris ? [3]

Comment la définir ? Selon le géopoliticien Pascal Boniface, il s’agirait de « la mobilisation de l’ensemble des moyens économiques d’un État à l’encontre d’autres États pour accroître sa puissance ». Alors que le temps des conflits frontaux associés aux conquêtes territoriales est révolu, « les conflits d’intérêts entre pays développés ne peuvent désormais trouver d’expression qu’à travers l’affrontement économique ». [4]

Et si selon Clausewitz la guerre représentait la continuation de la politique par d’autres moyens, il en va de même aujourd’hui pour la guerre économique qui n’est « qu’un outil qui permet d’atteindre des objectifs qui demeurent fondamentalement d’ordre politique » [5]

Le blocus commercial, économique et financier imposé à Cuba par les Etats-Unis depuis 1960 est peut-être un des plus clair exemples. Il convient ici de rappeler l’objectif qui motiva sa mise en place (sous la présidence de Dwight Eisenhower) avec la lecture d’une note du 6 avril 1960 -secrète à l’époque mais aujourd’hui déclassifiée- du sous-secrétaire d’État adjoint aux Affaires interaméricaines, Lester D. Mallory, dans laquelle celui-ci affirme que :

« la majorité des Cubains soutient Castro » et qu’il « n’existe pas une opposition politique effective », en ajoutant que« le seul moyen prévisible de réduire le soutien interne passe par le désenchantement et le découragement basés sur l’insatisfaction et les difficultés économiques (…) Tout moyen pour affaiblir la vie économique de Cuba doit être utilisé rapidement (…) : refuser de faire crédit et d’approvisionner Cuba pour diminuer les salaires réels et monétaires dans le but de provoquer la faim, le désespoir et le renversement du gouvernement. » [6]

L’on voit bien comment le blocus est utilisé contre Cuba comme un outil destiné à étouffer l’économie [7] dans un but politique : provoquer un mécontentement populaire qui provoquerait un soulèvement puis un changement de gouvernement. Dans cette variante de la guerre économique, l’affrontement est ouvert, officiel, et montre clairement la volonté d’une puissance de faire plier un gouvernement ennemi.

Le Chili du début des années 70 est aussi un grand cas d’école mais dans une autre modalité de la guerre économique : celle-ci qui allie volonté géostratégique d’une puissance extérieure (les Etats-Unis) et groupes d’intérêts locaux opposé au gouvernement en place (grand patronat, oligarchie locale).

Petit rappel des faits.

En pleine guerre froide et alors que les Etats-Unis craignent que la révolution menée par Fidel Castro à Cuba n’aide à propager le « virus rouge » en Amérique latine, un président démocratiquement élu -Salvador Allende- menace de mettre en place une transition vers le socialisme à base de nationalisations et d’une redistribution plus équitable de la richesse. Une situation d’autant plus intolérable pour le républicain Richard Nixon que le nouveau gouvernement chilien menace directement les intérêts des multinationales américaines présentes dans le pays, notamment l’entreprise téléphonique ITT. [8]

Orchestrée par le conseiller à la sécurité nationale Henry Kissinger, la stratégie suivie par les Etats-Unis et ses services secrets n’aura d’autre but que de préparer le terrain pour le coup d’Etat du général Pinochet (11/09/1973) : les documents -aujourd’hui déclassifiés- du Conseil de Sécurité Nationale montrent noir sur blanc les efforts déployés par l’administration américaine pour « déstabiliser économiquement » le Chili entre 1970 et 1973. [9]

Le directeur de la CIA ne prend pas de détours pour décrire les projets de son agence dès 1970 : « Faire tomber [le gouvernement d’] Allende par un coup d’Etat est notre objectif ferme et persistant. (…) Il est impératif que ces actions soient mises en place de façon clandestine et sûres afin que le Gouvernement des Etats-Unis et la main américaine reste bien cachée ». De son côté, le président Nixon ordonne lui-même a son agence de renseignement de « faire hurler l’économie » chilienne afin de renverser Allende. [10]

Plus de 40 ans après les faits, personne n’oserait aujourd’hui mettre en doute qu’une complexe stratégie de déstabilisation a été mise en place par les Etats-Unis contre le gouvernement du Chili du président Allende (s’appuyant sur l’oligarchie locale, la droite chilienne ainsi que la presse d’opposition) et que le volet économique y a joué un rôle prépondérant.

Peut-on faire un parallèle entre le Chili d’Allende et le Venezuela d’aujourd’hui ?

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Source : LVSL, Valentine Delbos, 10-07-2017

Nous vous proposons cet article afin d'élargir votre champ de réflexion. Cela ne signifie nullement que nous "soutenons" le Président Maduro. Par principe, nous ne "soutenons" aucun gouvernement nulle part sur la planète. [Lire plus]Nous sommes au contraire vigilants, tout gouvernement devant, pour nous, justifier en permanence qu'il ne franchit aucune ligne jaune. Mais nous sommes évidemment également attachés à lutter contre le deux poids 2 mesures, et à présenter tous les faits. Au final, notre vision est que le peuple vénézuelien puisse choisir librement et démocratiquement son avenir, sans ingérences extérieures, et nous condamnons toutes les atteintes aux Droits de l'Homme des deux camps...

 

27 réponses à Le Venezuela est-il victime d’une guerre économique ? Par Valentine Delbos

Commentaire recommandé

Puisqu’on vous dit que c’est la socialisation de l’économie qui est responsable des pénuries!

Surtout ne lisez pas cet article complotiste,non sourcé et qui ne passera pas au decodex!!!!!!

Merci à olivier pour cet éclairage, Maurice Lemoine a, lui aussi, commis 4 articles :la guerre économique pour les nuls (et les journalistes) sur le sujet.Ils sont trouvables sur mémoires des luttes,le grand soir ou investig’action……pastillés rouge par le decodex comme il se doit

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L’ASSEMBLÉE NATIONALE CONSTITUANTE DE LA RÉPUBLIQUE BOLIVARIENNE DU VENEZUELA COMME INSTRUMENT DE DIALOGUE NATIONAL POUR LA PRÉSERVATION DE LA PAIX ET DE LA DÉMOCRATIE

8 Septembre 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #AMERIQUE, #Amérique Latine

L'ASSEMBLÉE NATIONALE CONSTITUANTE
DE LA RÉPUBLIQUE BOLIVARIENNE DU VENEZUELA

 

L’ASSEMBLÉE NATIONALE CONSTITUANTE COMME INSTRUMENT DE DIALOGUE NATIONAL POUR LA PRÉSERVATION DE LA PAIX ET DE LA DÉMOCRATIE

 

 

La paix au Venezuela avait donné déjà des symptômes d’instabilité en janvier 2015, après l’installation de la nouvelle Assemblée Nationale (pouvoir législatif), où l’opposition est majoritaire.   En effet, dans son premier discours à la Nation, le nouveau Président de l’Assemblée Nationale, le Député Henry Ramos Allup, avait annoncé que dans un délai de six mois il ferait partir le Président Nicolás Maduro de la Présidence de la République.
 
Etant donné que le mandat du gouvernement du Président Nicolás Maduro arrive à son terme en 2018, cette affirmation du Pouvoir Législatif représentait une menace à la démocratie vénézuélienne.  L’Assemblée nationale a déclaré ouvertement son intention d’attenter contre le Pouvoir Exécutif, méconnaissant sa légalité et sa légitimité, issue d’élections libres et démocratiques qui se sont tenues en 2013.
 
Les actions entreprises en suite par l’Assemblée Nationale ont accentué la méconnaissance des attributions légales et légitimes du Pouvoir Exécutif, vulnérant ainsi l’équilibre qui doit exister entre les Pouvoirs Publics et prônant la suprématie du Pouvoir Législative sur les autres Pouvoir Publics constitués.  Ces actions, inadmissibles dans une démocratie, ont érodé la paix au Venezuela et sont devenues un des principaux antécédents de la violence que connaîtra la Nation vénézuélienne pendant le premier semestre de l’année 2017.
 
Dans le dernier trimestre de 2016, et face à une rupture potentiel de l’ordre démocratique par le Pouvoir Législatif, le Gouvernement du Président Nicolás Maduro a proposé aux représentants de l’opposition politique vénézuélienne d’établir un mécanisme de dialogue permettant de renforcer la démocratie et ses institutions, à travers des accords qui respecteront l’indépendance et l’équilibre entre les Pouvoirs Publics ; la tolérance et le respect de la diversité des opinions politiques (liberté de pensée) ; la primauté des Droits de l’Homme sur toute idéologie politique ; le refus de toute forme violente de solution de controverses et tout autre thème que les parties considèrent pertinente.
 
Malheureusement, cette première tentative de dialogue n’a pas abouti.  Tout au long du premier semestre de 2017, le Gouvernement du Président Nicolás Maduro a insisté en vain sur le besoin de reprendre le dialogue avec l’opposition politique vénézuélienne.  L’option prise par les groupes extrémistes des partis politiques d’opposition, et soutenue par leurs représentants au Pouvoir Législatif, a été le recours à la violence dans le but de renverser le gouvernement légitimement constitué du Venezuela. La violence a eu comme conséquence plus de cent victimes mortelles, d’énormes dommages matériels et le ralentissement de l’économie vénézuélienne.
 
Devant cette situation, le Président Nicolás Maduro a décidé de se servir des mécanismes stipulés par la Constitution vénézuélienne pour chercher à rétablir la paix nationale et garantir la stabilité de la démocratie vénézuélienne.  C’est dans ce contexte qu’a lieu la convocation de l’Assemblée Nationale Constituante, dont l’objective est d’être un instrument de dialogue national qui canalise les différences politiques dans les voies du respect et de la tolérance.
 
Après l’élection et l’installation de l’Assemblée Nationale Constituante, la violence qui s’était instaurée au Venezuela s’est évanouie.
 
LE PERFECTIONNEMENT DE LA CONSTITUTION NATIONALE POUR RENFORCER LA DÉMOCRATIE PARTICIPATIVE
 
L’Assemblée Nationale Constituante a pour objectif de perfectionner la Constitution Nationale en vigueur, par la rédaction de normes constitutionnelles garantissant que les controverses qui surgiront parmi les acteurs politiques qui conforment la société vénézuélienne, ainsi que les différences entre les Pouvoirs Publics, puissent trouver une solution par la voie pacifique.  L’Assemblée Nationale Constituante cherche donc à perfectionner la démocratie participative et favoriser la tolérance politique.
 
Il résulté donc inconcevable que les vénézuéliens élus comme membres de l’Assemblée Constituante rédigent des normes constitutionnelles qui altèrent l’équilibre entre les Pouvoirs Public, qui favorisent la perpétuation au pouvoir de certains acteurs politiques, qui portent atteinte aux Droits de l’Homme et au Droit International.  La tradition démocratique vénézuélienne oblige les membres de l’Assemblée Constituante à préserver la démocratie.
 
Dans une vraie démocratie, comme la vénézuélienne, le Pouvoir Constituant a des limitations car il naît de la volonté populaire. Tous les pouvoirs sont limités par les Droits de l’Homme, y compris le Pouvoir Constituant Originel.  Les droits de chaque vénézuélien sont supérieures à tout et ne peuvent être violés.  Une des tâches des membres de l’Assemblée Constituante est justement de renforcer ces droits.
 
En conséquence, tant la société vénézuélienne que la communauté internationale ont la garantie absolue que l’action de l’Assemblée Nationale Constituante ne pourra, sous aucune circonstance, représenter un danger pour la démocratie, ni aura, sous aucun concept, des vestiges de despotisme.
 
L’ASSEMBLÉE NATIONALE CONSTITUANTE N’A PAS DISSOUT, ET NE DISSOUDRA PAS, LES POUVOIRS PUBLICS LÉGITIMEMENT CONSTITUES
 
Le Venezuela est une démocratie présidentielle qui a cinq Pouvoirs Publics indépendants établis dans la Constitution Nationale actuelle: le Pouvoir Exécutif (un président qui exerce les fonctions de chef d'État et de chef du gouvernement), le Pouvoir Législatif (composé des députés de l'Assemblée Nationale), le Pouvoir Judiciaire (représenté par le Tribunal Suprême de Justice), le Pouvoir Électoral (composé des recteurs du Conseil National Électoral) et le Pouvoir Citoyen (composé du Défenseur des Droits ou ombudsman, du Procureur Général, et du Contrôleur General de la République).
La vocation démocratique du peuple vénézuélien a conduit l'Assemblée Nationale Constituante à établir, strictement, un Décret dans lequel elle affirme qu'elle cohabitera harmonieusement avec tous les Pouvoirs Publics légitimement constituées.
 
L'Assemblée Nationale Constituante a été convoquée pour être un instrument pour vaincre la violence et atteindre la paix et la stabilité du Venezuela ; il est donc insensé de penser que ses actions pourraient conduire à une déstabilisation de l'ordre démocratique et des institutions publiques. Par conséquent, même si l'Assemblée Nationale Constituante peut prendre des décisions qui entrent dans le domaine de compétences de tous les Pouvoirs Publics constitués, cela ne signifie pas que l'existence desdits Pouvoirs n'est pas reconnue, que leurs fonctions sont usurpées ou qu'ils sont dissous.
 
À cet égard, l'Assemblée Nationale Constituante, dans le but d'appliquer la Constitution Nationale, a décidée d’avancer la date des élections régionales (prévues pour décembre 2017). En vertu de cette décision, l'élection des gouverneurs se tiendra en octobre 2017. Bien que cette résolution de l'Assemblée Nationale Constituante corresponde au domaine de compétences du Conseil National Électoral, cela ne signifie pas la dissolution du Pouvoir Électoral. Au contraire, la décision prise par l'Assemblée Nationale Constituante renforce le Pouvoir Électoral en lui donnant une dynamique qui l'amène à perfectionner ses mécanismes de convocation des élections et à assurer l'accomplissement rapide de ses obligations établies dans la Constitution Nationale.
 
L'Assemblée Nationale Constituante a également jugé nécessaire engager un processus de lutte contre la corruption au Ministère Public. Cette décision, qui entre dans le domaine des compétences du Pouvoir Citoyen, n'a pas signifié la dissolution ou la méconnaissance dudit Pouvoir Public. L'action de l'Assemblée Nationale Constituante, loin de diminuer les compétences d'un Pouvoir Public constitué, a renforcé le Pouvoir Citoyen en lui exigeant de garantir la transparence dans l'administration de la justice au Venezuela.
 
De même, l'Assemblée Nationale Constituante a créé la Commission pour la Vérité, la Justice et la Paix, afin d'enquêter sur tous les actes de violence politique qui ont eu lieu dans le pays et parvenir à la réconciliation, le pardon et la paix avec justice. Cette décision concerne le Pouvoir Exécutif, le Pouvoir Judiciaire et le Pouvoir Citoyen, qui n'ont pas été ni méconnus ni usurpés.
 
Finalement, l'Assemblée Nationale Constituante a décidé de prendre des initiatives législatives en matière économique, afin de faire face aux grandes difficultés économiques que traverse le Venezuela. Même si cette décision entre dans le domaine de compétences des législateurs et du Gouvernement National (qui met en œuvre la Politique Économique du Venezuela), cette attribution de l'Assemblée Nationale Constituante ne représente pas une menace pour le Pouvoir Exécutif et le Pouvoir Législatif.
 
L'Assemblée Nationale Constituante a pris des décisions qui visent à renforcer les institutions publiques. Son domaine de compétence est large et implique la prise de décision dans des domaines qui sont également de la compétence des Pouvoirs Publics constitués. Ces pouvoirs ont la possibilité de voir leur fonctionnement renforcé et même de participer dans ces initiatives, car l'objectif ultime de toutes les institutions de l'Etat doit être, indépendamment de l'idéologie politique de ses membres, de contribuer au renforcement de la démocratie vénézuélienne, et sauvegarder la paix de tous les vénézuéliens.
 
LA PROPOSITION DE LA NOUVELLE CONSTITUTION NATIONALE SERA SOUMISE A LA VOLONTÉ POPULAIRE PAR LA VOIE D’UN REFERENDUM D’APPROBATION
 
L'Assemblée Nationale Constituante élaborera une proposition de Constitution Nationale qui sera soumise à la volonté populaire. Le peuple vénézuélien, par la voie d’un référendum d'approbation, décidera s’il approuve ou non une nouvelle Constitution. La légitimité de la nouvelle Constitution Nationale n'existera que si elle est approuvée par le peuple vénézuélien, qui, fidèle à sa tradition démocratique, est le seul à avoir le pouvoir de décider les changements transcendantaux au Venezuela, et qui prendra jalousement soin des réussites démocratiques accomplies. Le Gouvernement vénézuélien accompagne le peuple dans ce but. C’est la raison pour laquelle le président Nicolas Maduro a affirmé, à maintes reprises, que ce sera le peuple vénézuélien qui décidera l'avenir du Venezuela et de sa Constitution par la voie d’un référendum d’approbation, toujours fondé sur la nécessité impérieuse de renforcer la démocratie et de la protéger de tout acte de violence politique, terroriste ou de tout autre type.

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Le Maire confirme la vente de 10 milliards d'euros d'actifs détenus par l'État

6 Septembre 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #La nation ., #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #La République, #Economie, #alstom

Le Maire confirme la vente de 10 milliards d'euros d'actifs détenus par l'État

Le Maire confirme la vente de 10 milliards d'euros d'actifs détenus par l'État

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Dans un entretien à Ouest-France à paraître mercredi, le ministre de l'Économie, Bruno Le Maire, a confirmé que l'Etat allait céder pour 10 milliards d'euros d'actifs qui serviront à crée un fonds de "l'innovation de rupture", fonds souhaité par le président Emmanuel Macron.

Début juillet, Bercy avait déjà fait comprendre qu'une série d'actifs seraient cédés par l'Etat pour financer l'innovation. Pour l'essentiel, ce devrait être des participations minoritaires dans des entreprises du secteur concurrentiel c'est-à-dire non stratégiques.

Pour rappel, la France dispose, selon le rapport du Compte Général de l'Etat 2016, de 1817 participations financières pour un montant de 262,7 milliards d'euros. Dans le détail, 137,5 milliards d'euros correspondent à des valeurs relatives à des entités contrôlées par l'Etat - comme EDF, la Poste ou SNCF mobilités - et 125,2 milliards d'euros concernent des entités non contrôlées par l'Etat. On compte parmi celles-ci Engie, Orange, Renault, Dexia ou encore Alstom.

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Fumée et feu Par James Howard Kunstler

3 Septembre 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #La nation ., #Histoire, #ACTUALITE, #AMERIQUE, #La France, #Terrorisme, #Le fascisme

Dans leurs costumes de guerre noirs et leurs masques les ANTIFA ressemblent aux groupes fascistes des années 1930 malgré le nom « Antifa » qui prétend évidemment en faire leurs ennemis.

Fumée et feu


Par James Howard Kunstler – Le 14 août 2017 – Source kunstler.com

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Coucou les « Nazis corn pone » ! 1. Voici venir les tireurs de ficelle. Bon, vous vous attendiez à quoi ?

Avec les différentes autorités de cette culture qui enfoncent sans cesse des notions de « privilège blanc » dans le crâne du public, tôt ou tard, elles étaient sûres de provoquer une réponse des cerveaux reptiliens suivant les ordres de bas niveau de leur cerveau limbique de blanc-becs. Bien sûr, vous ne pouviez pas organiser un acte de provocation plus stupide dans l’État de Virginie, garantissant de faire bondir de rage les bas de plafond du coin, que de menacer d’enlever une statue de Robert E. Lee.

Il y a une tonalité tragiquement déprimante dans toute cette affaire qui suggère que l’arc de l’histoire lui-même conduit cette affaire – un sombre animus dans l’âme nationale qui lutte pour résoudre ses contradictions. Et l’incident de Charlottesville, qui a laissé une femme sur le carreau et beaucoup d’autres gravement blessés à coup de voiture-bélier, a la saveur d’un « premier coup de feu » dans une nouvelle guerre civile.

L’écho de la campagne pour les droits civils du moment – une étrange breuvage à base de Black Lives Matter, d’« Antifa » (anti-fasciste), de féminisme de la dernière vague, de politique autour des sanctuaires pour une immigration illégale et d’agitation LGBTQQ – émane des campus universitaires et se glisse dans la culture de masse comme un miasme, empoisonnant les relations sociales, montant groupes contre groupes, dans une orgie de revendications de victimisation d’un genre qui mène inévitablement à la violence. C’est ainsi que commencent les guerres tribales et religieuses dans les sociétés primitives.

Il y a aussi un air qui sonne faux dans cette campagne qui devrait alerter les centres supérieurs de jugement du cerveau. Le meurtre de Michael Brown à Ferguson qui a déclenché le mouvement Black Lives Matter n’a jamais été un cas convaincant d’injustice, mais a été largement considéré comme tel, malgré les enquêtes étatiques et fédérales (menée par le Ministère de la Justice sous Obama), qui en a conclu autrement. Le prédicat du « privilège blanc » n’est pas responsable des taux extraordinaires d’homicides des Noirs entre eux à Chicago et à Baltimore ou des flash mobs d’adolescents noirs dans les centres commerciaux du pays. Ce que l’on peut soupçonner derrière tout cela, c’est l’échec spectaculaire de la campagne originelle des droits civiques des années 1960 à modifier les structures de la pauvreté dans l’Amérique noire, ainsi que la culpabilité grincheuse chez les progressistes démocrates blancs pour les échecs de leurs propres politiques bien intentionnées, converties de manière perverse en auto-flagellation raciale.

La dernière itération du féminisme provient des campus qui ont été largement pris en charge par les pédagogues féminines issues du baby-boom, en particulier les départements non techniques, et qui est maintenant un fait accompli, de sorte que les griefs qui continuent d’en couler semblent fabriqués et hystériques. Elle a également une forte odeur de simple malentendus et l’ensemble de cette idéologie est enveloppé dans un jargon impénétrable d’école supérieure conçu pour lui donner un éclat intellectuel immérité et malhonnête. Le fait sombre est que, tôt ou tard, même certains hommes intelligents pourraient le remarquer et finir par s’en foutre.

Le mouvement « Antifa » serait amusant s’il n’était pas lui-même propice à la violence, puisqu’il épouse exactement le même despotisme contre la pensée libre qu’il prétend combattre. Il veut arrêter et éradiquer le débat dans l’arène publique et piétiner les principes qui le gênent, par exemple, le premier amendement affirmant le droit à la liberté d’expression. Il se moque du cri de guerre pour la « diversité » (diversité uniquement pour les idées approuvées par les Antifas). Que tant d’étudiants universitaires actuels s’abonnent à ce mouvement devrait faire réfléchir les gens et leur faire percevoir le malaise sur la scène politique de la prochaine génération. Dans leurs costumes de guerre noirs et leurs masques, ils ressemblent aux groupes fascistes des années 1930 malgré le nom « Antifa » qui prétend évidemment en faire leurs ennemis.

Le mouvement de sanctuarisation des immigrants illégaux est tout simplement insensé, en commençant par le refus des fonctionnaires de faire une distinction entre les citoyens et les autres. Il y a toutes les raisons de penser que les maires des « villes sanctuaires » et les administrateurs des « campus sanctuaires » devraient être poursuivis en vertu de la loi fédérale. Cela a atteint un tel degré en Californie que les doyens du collège de l’État intègrent des étudiants « sans papiers » dans des programmes spéciaux, au point où ils sont sûrs de provoquer une coupe des financements et peut-être la destruction de leurs propres institutions. Le mouvement est l’essence même de l’anarchie et une disgrâce pour la classe supposément pensante.

Le mouvement LGBTQQ, une ramification du féminisme 3.0, vise à effacer la biologie elle-même appliquée à la sexualité des mammifères humains, en même temps qu’elle veut créer de nouveaux droits sociaux et politiques spéciaux – basés sur diverses catégories de désir sexuel qui sont, et ils insistent, biologiquement guidés, comme l’envie d’un homme de s’équiper par chirurgie pour se comporter comme une femme. Le mouvement est maintenant allé jusqu’à essayer de faire honte aux personnes qui se situent dans les catégories biologiques originales (« cisgenre », un autre caillot de jargon métaphysique de l’école secondaire) et surtout les hommes hétérosexuels. Tous les autres obtiennent des bons points pour être « à la pointe de la pointe ». Il faut vraiment se demander combien de temps cette absurdité va se poursuivre avant de provoquer une réaction parmi les savants en biologie.

Si nous entrons dans une nouvelle guerre civile, ne commettez pas l’erreur de penser que c’est le produit uniquement des rustres d’extrême droite. Ces bozos le clown de nazis et du KKK ne se lèvent que parce que les personnes habilitées à penser au centre ont été trop lâches pour se heurter à la marée montante de l’idiotie aux deux extrémités du spectre, et surtout à gauche avec son entrisme direct dans les fabriques politiques de la vie américaine, dictant la façon dont les gens doivent penser et agir, et de quoi ils devraient se préoccuper.

Ce que nous ne pouvons pas vraiment dire encore, c’est si ces batailles en resteront là et même vont s’accroitre avec le fardeau financier avec lequel la nation est en train de « somnambuler », ou si la crise financière les submergera comme un tsunami et laissera ces stupides drapeaux de guerre en lambeaux, lessivés sur une plage isolée.

James Howard Kunstler

Note du Saker Francophone

Pour comprendre les réseaux de déstabilisation agissant de concert aux USA et en France notamment, on vous conseille cette conférence du Cercle Aristote de Thibault Kerlirzin, Soros Connection.

À relire aussi le texte de Richard M. Ebeling sur ces nouvelles formes de tyrannie.

Traduit par Hervé, vérifié par Wayan, relu par Catherine pour le Saker Francophone

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Terrorisme : le doigt et la Lune Par Caroline Galactéros

3 Septembre 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La nation ., #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #La République, #Terrorisme, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La finance dérégulée, #Daesch, #La Turquie

Terrorisme : le doigt et la Lune


Par Caroline Galactéros − Le 27 août 2017 − Source galacteros.over-blog.com

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La terreur ne prend pas de vacances. Levallois-Perret, Marseille, Barcelone, Cambrils, Turku, jusqu’à Surgut en Sibérie… Les plages se vident, les enfants font leurs cartables et taillent leurs mines pour apprendre, grandir, aimer la vie et les autres…, tandis que les islamistes affûtent leurs poignards, bourrent leurs sacs à dos d’explosifs, se ceinturent de Semtex ou de pâte à modeler, louent des camionnettes ou empruntent des voitures pour les détruire. Chacun va donc faire ses devoirs et les services de police et de renseignement feront ce qu’ils peuvent – ce qui n’est pas rien mais ne peut tout –, modernes Sisyphes d’un monde occidental qui s’étourdit dans le déni. Combien d’attentats déjoués en vérité ? Combien à venir ? Doit-on s’y habituer, comme certains responsables politiques osent nous y inviter, comme on accepte sans broncher qu’un cambriolage ait lieu en France toutes les deux minutes ?

 

Le terrorisme « fait-il partie de notre vie », chacun devant vaquer à ses affaires dans une indifférence désabusée, espérant échapper aux prochaines rafales par des calculs de probabilité rassurants ? Croit-on sérieusement qu’en ignorant le défi qui nous est lancé, en le minorant, en réduisant la menace à des passages à l’acte d’individus psychiatriquement atteints – dans un tiers de cas nous répète-t-on désormais à l’envi –, on va faire disparaître la menace et lasser l’adversaire qui nous laissera en paix ? L’accent mis sur la maladie mentale est une inquiétante défausse. Cette tentation du politique grandit à mesure que se manifeste l’ampleur du phénomène et que monte le sentiment d’impuissance des pouvoirs publics.

Que des individus fragiles ou même malades agissent de manière mimétique par rapport au modus operandi des terroristes, certes, mais 120 bonbonnes de gaz ont été retrouvées en Espagne pour faire exploser la Sagrada Familia et d’autres monuments ! Ce sont désormais les symboles les plus éclatants de la chrétienté en déroute qui sont ciblés en Europe même, et non plus seulement dans le lointain Orient. Ce sont les dirigeants européens qui « sont dans le gaz » ! À moins que leur calcul implicite ne soit plus cynique encore : notre mode de vie, le choix de nier les problèmes pour ne pas devoir les traiter, suppose un certain ratio de pertes humaines, en quelque sorte incompressible, qu’il faut accepter et faire admettre d’une manière ou d’une autre à nos concitoyens, « parce que nous le valons bien » et qu’on s’en sortira… Fermez le ban.

Une guerre que nous ne voulons pas voir

Refusons cette coupable inhibition. Prenons nos responsabilités. La première d’entre elles est la lucidité : chaque attentat n’est pas l’expression d’une violence exceptionnelle, incompréhensible voire inévitable, mais scande une étape sanglante supplémentaire dans une guerre qui nous a été déclarée et que nous ne voulons pas voir.

On ne fait d’ailleurs pas davantage le lien – sans être taxé de racisme ou d’islamophobie primitive – entre cette « problématique sécuritaire », qui rythme désormais tragiquement notre quotidien, et la vague migratoire qui inonde l’Europe, gonfle en silence, charriant dans son écume d’innombrables malheureux, mais aussi moult individus dangereux, et des centaines de milliers d’autres dont on sait très bien qu’ils sont en train de faire changer notre continent de nature… et de culture. Réfugiés économiques ou politiques, migrants, demandeurs d’asile, légitimement fondés à venir en Europe ou pas, est-ce finalement la question ? Évidemment non.

Cet exode massif programmé n’est pas le fruit d’un odieux « complot » mais celui d’un enchaînement de circonstances, d’intérêts, et aussi de (nos) décisions politiques folles. Il est surtout une calamité que chacun pressent, mais que nul n’ose dénoncer sans honte et surtout sans s’exposer à la vindicte « d’élites » confites dans l’aveuglement et la repentance délirante… Nos politiques, pour la plupart complaisants et démagogues, pratiquent l’omerta trans-partisane et refusent de traiter sérieusement cet immense péril. Eux aussi espèrent passer entre les gouttes jusqu’au prochain scrutin… Et puis, s’ils devenaient courageux, il leur faudrait encourir l’opprobre du chœur des vierges aux yeux crevés et l’impopularité immédiate, se montrer durs, forcément injustes, oser traiter des nombres et non plus des destins particuliers, imposer des devoirs et restreindre des « droits », traiter « le local » avant « le global », le national avant l’universel. Pas très valorisant ni valorisable électoralement parlant. Il leur faudrait surtout cesser d’invoquer l’Europe, dont chacun sait qu’elle ne peut rien, car elle n’est que la somme des volontés de ses États membres… et donc de leur absence. Aussi préfèrent-ils maquiller le danger manifeste en aubaine pour l’emploi ou la diversité…

En plein délire, en plein déni

On nage donc en plein délire et surtout en plein déni. Même Angela Merkel, maîtresse de l’Europe au grand cœur, réalise désormais amèrement le prix de sa naïveté. R. T. Erdogan vient de lui donner une cinglante leçon d’ingérence et poursuit son chantage à l’ouverture des vannes migratoires. Cela lui a rapporté beaucoup déjà. Désormais, il va plus loin encore. La chancelière critique l’évolution autocratique de son pouvoir et renvoie l’intégration de la Turquie dans l’UE aux calendes grecques ? Il appelle publiquement contre elle les Turcs d’Allemagne à ne pas voter pour la CDU ou ses alliés dans quelques semaines. Cela ne changera probablement pas sensiblement l’issue du vote. Certes, mais il y a plus de trois millions de Turcs en Allemagne et c’est là encore voir la paille et non la poutre. Car le signal est limpide : les communautés musulmanes d’Europe sont devenues, bon gré mal gré, les vecteurs d’une entreprise de déstabilisation progressive du Vieux Continent aux fins de sa submersion politico-culturelle et de sa subversion idéologico-religieuse. Ces chevaux de Troie, activés par d’habiles leaders d’influence locaux ou lointains, peuvent à tout moment prendre le mors aux dents et jeter à terre leurs piètres cavaliers sans éperons ni étriers.

Rappelons, pour éviter tout malentendu ou procès d’intention, que les Français de confession musulmane sont dans leur immense majorité les cibles, les otages, les victimes d’une instrumentalisation politique extérieure, exactement comme les populations civiles d’un pays en guerre. Ils sont la matière première semi-consciente d’une entreprise globale de subversion d’un ordre ancien qui se structure dans l’indifférence générale. Le gros de ces populations est pacifique, travaille, et pratique (ou pas) un islam modéré, c’est-à-dire compatible avec les lois de notre République. Car la question n’est pas, rappelons-le aussi, d’adapter la République aux religions et communautés présentes sur le sol français, mais de définir la marge possible d’expression et de pratique de ces religions dans la seule mesure où elles ne remettent pas en péril les lois, pratiques et équilibres de la République ni la cohésion nationale, et cela dans le respect du cadre historico-politique d’un pays d’histoire et de culture chrétiennes multiséculaires. En toute rigueur, cela suppose, très spécifiquement pour l’islam, qui est par essence un système politico-religieux holistique et ne reconnaît pas la primauté de la loi des hommes sur celle de Dieu, une réforme intellectuelle sérieuse (sur le plan de l’exégèse même du Coran) et en tout cas une constriction, une compression du domaine légitime et légal d’expression et d’observance de la foi musulmane en France.

Plus immédiatement encore, cela impose aux autorités françaises d’exiger des représentants des Français musulmans (et non des « musulmans de France » !) un grand « ménage » dans les mosquées et les associations et de les appuyer dans cette œuvre de salut public, afin de nous débarrasser de tous les imams salafistes et agents prosélytes prêcheurs de haine et de régression. Car c’est en ces lieux, où se mêlent ignorance, ingérences et pressions extérieures, que s’exprime le rapport de force politico-religieux et que l’on sent la volonté de faire progressivement plier la République devant le poids démographique et électoral croissant d’une communauté de plus en plus réduite à son identité confessionnelle. Or, là est le drame. Car la confessionnalisation de la violence politique, que l’Occident a sciemment encouragée notamment depuis le tournant du siècle, gangrène désormais le monde entier et a transformé, en France, des parents inoffensifs et travailleurs, des enfants revendicatifs et des petits-enfants remplis de haine envers leurs pays nourriciers en une arme à double détente par destination.

Confessionnalisation

Pour en revenir à l’attitude de la Turquie, l’appel du néo-Sultan à la désobéissance civique et surtout à l’obéissance à une appartenance communautaire politico-religieuse supérieure transcende l’autorité du pays d’installation et la méprise ouvertement. Cela se passe aujourd’hui en Allemagne. Mais il y aura d’autres appels. Car il sera de plus en plus facile d’activer ces masses humaines globalement insérées, mais en fait désincarnées de la chair nationale d’États en décomposition, et de les mobiliser contre leurs pays d’accueil au service d’un dessein plus vaste. Dans les mosquées ou sur les réseaux sociaux. Question d’opportunité, de mûrissement communautaire et d’affadissement perçu de la volonté d’appareils d’États déliquescents et craintifs.

Cela rappelle fortement une autre situation, celle de la Bosnie-Herzégovine en 1991, avec l’instrumentalisation tragique de la nationalité confessionnelle des « Musulmans de Bosnie » (avec un grand M), invention de Tito en 1968 pour mieux dominer Serbes et Croates en introduisant un troisième larron dans leur face à face conflictuel. Rebaptisés « Bosniaques », majoritaires en nombre par rapport aux catholiques croates et orthodoxes serbes, les Musulmans de Bosnie (« ethniquement » serbes ou croates !) virent dans l’implosion de l’ancienne Fédération yougoslave – après celle de l’URSS et la réunification allemande – l’occasion inespérée d’une émancipation politique et d’une domination communautaire sous le couvert de conquête démocratique. On connaît la suite…

La confessionnalisation de la revendication politique, économique et sociale est un engrenage extrêmement dangereux. Le jour venu, en France, en Allemagne ou ailleurs en Europe, ceux qui n’ont pas même encore conscience de cette part de leur identité, quand on leur intimera l’ordre de choisir, pourraient adopter tout naturellement cette forme de « nationalité sans nation », conforme à ce qu’est l’Islam, un système politico-religieux total. Des voisins vivant jusque-là en bonne intelligence autour d’un socle national laïque commun se définiraient alors tout à coup autrement, comme des ennemis prêts à se déchirer. Impossible, improbable ? Délirant ? À voir. Ou plutôt à ne pas voir. Nous devons conjurer ce péril terrifiant, cette dynamique destructrice et faire en sorte que ceci n’arrive pas.

Que faire alors ? Au moment crucial de poser un diagnostic, il faut prendre garde à un leurre redoutable : le « discours d’expert » sur le terrorisme. Il a évidemment ses vertus : il cherche des explications – souvent des excuses -, décompose les modus operandi, fait des liens, remet en perspective, essaie d’anticiper. Il permet aussi d’expurger une frayeur et un dégoût qui nous saisissent devant le caractère apparemment irrationnel, indiscriminé, injustifiable des cibles de ces « voyous barbares », brebis égarées de la mondialisation transformées en « loups solitaires » ou en meutes morbides. Mais ce discours coupe aussi artificiellement le symptôme du mal. Il fait comme si le terrorisme était un phénomène en soi, qu’il suffisait de bien analyser et de combattre pour le circonscrire et l’éradiquer. Comme dans un jeu vidéo.

Or, il faut s’interroger : ces brebis sont-elles égarées ou, au contraire, se sentent-elles (re)mises sur La Voie ? C’est la vraie question. Celle qui nous gêne tant, nous terrifie même, car elle met en échec tout notre référentiel. On leur a, dit-on, « lavé le cerveau », pour les lancer, décérébrées et désespérées, contre d’innocents civils ou des représentants de l’autorité, pour faire trembler dans les chaumières et provoquer la sidération progressive d’une nation qui se défait et sa paralysie avant sa reddition ultime. Est-ce si sûr ? N’est-ce que cela ? Ne peut-on penser que ces individus, pour la plupart, s’engagent en toute connaissance de cause dans un combat en fait très cohérent à leurs yeux, qui leur paraît absolument valable et louable ? Ils échappent, par leur sacrifice (le don de leur vie biologique), à la confusion que nos démocraties hyper-individualistes ont opérée entre vie et existence. La vie, tout à la fois souffle et commandement divin, traverse les corps et les justifie, inscrit l’individu dans un dessein transcendant, appelle comme un salut sa mort terrestre au service d’une cause, d’un sens, et le démarque ainsi des « infidèles » prisonniers d’une « existence » réduite à leur pure matérialité biologique et surtout à un matérialisme déspiritualisé… C’est là, on en conviendra, une puissante réponse à la perte de repères spirituels et moraux que fait subir la modernité occidentale à ses enfants les moins aptes à la mobilité mentale et sociale.

Mais en Occident, nous confondons depuis longtemps déjà vie et vivant. C’est précisément ce que l’on appelle la modernité. Nous sommes de ce fait quasi incapables de reconnaître une quelconque validité à un tel « délire ». Car il défie notre idole absolue : « le progrès », essentiellement technique et technologique, entré désormais en complète symbiose avec le marché. Admettre que ce que nous considérons comme un « égarement » régressif et pathologique dans l’acte terroriste est, aux yeux des acteurs de cette terreur, l’aboutissement d’une quête spirituelle que le monde d’ici-bas ne peut assouvir nous est proprement impensable. Car cela revient à admettre que certains individus, élevés au bon lait de la modernité occidentale et souvent loin de toute misère sociale ou intellectuelle, rejetteraient en toute connaissance de cause et en bloc les étalons lumineux de l’Occident consumériste. Un Occident qui se prétend toujours référent ultime du progrès humain, veut éradiquer toute idée même de mystère ou de destinée, et vogue désormais béatement vers les rivages prometteurs du transhumanisme, sa nouvelle idole, bien décidé à remettre Dieu à sa place pour offrir tout seul l’immortalité et l’omniscience à l’homme…

Attention ! Que l’on me comprenne bien ! Je ne justifie évidemment rien. C’est exactement l’inverse. Tout combat commence par l’évaluation froide et la plus ouverte possible de l’adversaire. Notre difficulté est que nous sommes incapables d’une grille de lecture lucide sans autocomplaisance. La « conversion du regard » indispensable pour comprendre le fonctionnement de l’autre (non pour l’excuser) nous est inaccessible. Car nous confondons les deux et nous nous fermons intellectuellement de peur d’excuser l’inexcusable en comprenant. Or, le fait de considérer comme de simples fous déséquilibrés ou délirants les auteurs d’attentats nous prive d’un regard à la mesure de la menace que leur élan destructeur fait peser sur notre monde développé.

Ces individus ne versent pas dans le salafisme parce qu’ils sont mal insérés socialement ou économiquement dans nos sociétés. On peut être pauvre, marginalisé ou inculte sans prendre les armes pour égorger son prochain. La source de l’islamisme violent et de son expression terroriste n’est donc pas sociale (chômage, désinsertion, etc.), pas plus qu’elle ne relève du dérèglement mental ou de « l’égarement » religieux. Elle est PO-LI-TIQUE ! Le religieux est ici massivement instrumentalisé, avec un franc succès, auprès de ses cibles (les masses musulmanes) comme auprès de ses victimes (les populations non musulmanes et les systèmes politiques des États ciblés). Il sert de leurre à une offensive géante qui essaime de manière virale dans des esprits fragiles ou structurés. Une offensive politique donc, mais appuyée, justifiée par la radicalité structurelle d’une Foi qui opère la symbiose totale entre le terrestre et le spirituel et offre donc une cohérence. Le moteur du « sacrifice » consenti et de l’action destructrice des agents de la terreur est infiniment puissant car il est cohérent. C’est en conséquence non une désorientation, mais une réorientation radicale qui les meut.

Refuser de concevoir cette cohérence intime retrouvée, et nier la globalité du défi qui nous est lancé appauvrit notre analyse et notre capacité de riposte. Réduire la lutte antiterroriste à une « guerre asymétrique » est séduisant mais indigent. « Tuer des terroristes », comme vient de le dire modestement Donald Trump à propos de la nouvelle « stratégie américaine » en Afghanistan, n’a aucune chance, jamais, de mettre fin au terrorisme. On peut faire cela jusqu’à la fin des temps. Car le véritable théâtre de cette guerre globale est sans frontières. Ce sont le communautarisme et le confessionnalisme présents au cœur même de nos propres Nations qui sont nos véritables ennemis. Et personne ne veut les voir ni les combattre autrement qu’à mots couverts. On les laisse prospérer, quand on ne les encourage pas.

Dès lors, la concentration de l’attention politique sur la dimension militaire de ce qui n’est qu’un pan, un mode d’action d’une stratégie globale, nous fait manquer l’essentiel. Le terrorisme n’est que l’autre nom de la guérilla, technique de combat vieille comme le monde. Ce n’est pas une fin en soi ni une absurdité, c’est l’un des moyens mis au service d’une entreprise d’ordre révolutionnaire, au long cours, tous azimuts, qui se joue simultanément au loin et chez nous. Une entreprise qui rassemble de nombreux acteurs qui jouent sur les faiblesses et la pusillanimité des démocraties modernes, sur leur renoncement à l’autorité, à la sélection, à la punition. Une entreprise qui vise le renversement de l’ordre politique occidental et son remplacement par un ordre politico-religieux dont le référent unique serait l’islam sunnite dans sa pureté originelle, pour lequel la Foi, la Loi et le Droit ne font qu’un, et qui tient les catégories occidentales de la modernité politique et sociale, sa rationalité et les concepts de liberté ou d’égalité pour des pêchés mortels contre Allah lui-même.

En conséquence, la focalisation sur les modus operandi de la terreur comme le discours actuel sur le recul (réel) du groupe État islamique ou de ses avatars, effectivement engagé dans une phase de déterritorialisation en Syrie et en Irak, qui tirerait pathétiquement ses dernières cartouches en inspirant encore quelques consciences troublées réduites à des modes d’action primitifs (le camion ou la voiture lancée dans la foule, les attaques au couteau, etc.) sont donc séduisants, rassurants…, mais parfaitement insuffisants. Ce récit transpire la peur et le renoncement. Un story telling complaisant qui laisse penser, à l’ennemi notamment, que c’est gagné, que l’on est incapable de lui opposer ne serait-ce qu’une claire conscience de ce qu’il est et veut véritablement. Il faut dire que le renoncement est dans l’air du temps : il y a quelques jours, il s’est bien trouvé une « experte » pour expliquer doctement à la radio que l’empoisonnement des œufs au fipronil était comparable à l’effet d’un café où nagerait une mouche : désagréable mais toujours buvable ! De la même façon que nous devons nous débarrasser de tous ces poisons qui posent un problème de santé publique colossal, mais ne font parler d’eux que lorsqu’il y a quelques « blessés » ou morts non camouflables, nous devons éradiquer sans pitié l’engeance islamiste qui empoisonne graduellement le corps de la nation mais dont on ne réalise la nocivité que lorsqu’elle nous frappe spectaculairement. Mais nos démocraties sont fortes nous dit-on, pleines de « résilience ». « Nous n’avons pas peur » et ne changerons pas d’un iota notre attitude collective ni individuelle. C’est là que le bât blesse. Car il faut tout changer.

En premier lieu, il faut cesser de sous-estimer l’ennemi et comprendre la nature et l’ampleur de la guerre qui nous est menée. Le terrorisme n’est, nous l’avons dit, que l’un des modes d’action d’une guerre de nature révolutionnaire à finalité idéologico-religieuse qui nous est faite à très grande échelle en profitant du lent dépérissement des États depuis 1990, de l’hyper-mondialisation et de l’idéologie ultra-individualiste qui l’accompagne. La question du « complot » et de la folie américaine initiale du financement massif de l’islamisme contre l’URSS, celle de « la vengeance » du monde arabo-musulman sont sans intérêt. Stupidité stratégique, complot ou pas, une dynamique imperturbable s’accélère et accule progressivement les régimes démocratiques pris au piège de leurs propres « valeurs » et utopies et surtout de l’effet boomerang de leur égalitarisme tant porté aux nues qu’il a fini par dissoudre la cohésion nationale.

En second lieu, il faut en finir avec cette culture de l’excuse implicite dans nos démocraties schizophrènes, qui ont intégré la repentance à un point tel qu’elles se sentent coupables d’être et d’offrir le gîte, le couvert, le savoir, la sécurité à ceux qui les méprisent, les haïssent et les frappent.

En troisième lieu, il faut rompre le pacte avec le Diable conclu par complaisance et surtout ignorance par des politiques de tous bords. J’explique depuis longtemps, et reste convaincue, que l’incohérence entêtée d’une ligne diplomatique qui nous fait, contre quelques contrats ou prébendes, soutenir des États suppôts directs ou indirects du salafisme et mécènes d’un prosélytisme religieux qui déstructure nos nations entretient un cercle vicieux redoutable et nous asservit en profondeur. Comment ne pas voir non plus l’absurdité, l’irresponsabilité d’une politique au petit pied, sans vision, qui nous a conduits à abattre des États autoritaires mais laïcs au nom de la démocratie et de la protection des populations, alors que nous tenons un discours permanent sur la vertu de la laïcité pour la coexistence paisible des diverses croyances autour d’un socle national partagé ? Il est vrai que notre antienne est de plus en plus formelle, car dans les faits, nous laissons dépérir ce socle et confortons le communautarisme dans nos villes et banlieues au nom même d’une liberté qui masque un autorenoncement à l’autorité de l’État et à l’imposition d’un référentiel commun. Nos politiques avalent depuis des lustres, le nez bouché et en mettant un cierge, la potion amère des associations musulmanes d’obédiences diverses qui leur promettent paix sociale, soutien électoral ou financements en échange de l’acceptation de leur implantation locale « au service des habitants ». Il est urgent de redécouvrir les vertus de la verticalité. L’horizontalité noie les responsabilités, accentue les réflexes de défausse, transforme les libertés offertes en violence et finalement creuse les disparités. C’est un paradoxe qu’il faut enfin regarder en face.

La guerre qui nous est faite est certes asymétrique, évidemment, puisque nos armées constituées et formatées pour le combat de haute intensité font face à des commandos, des individus, des milices qui les harcèlent au long cours avec des ruptures de rythme incessantes. Mais il faut bien comprendre que la négation obtuse du lien entre ce qui se passe au loin et ce qui se passe sur le territoire national nous affaiblit. Engager une contre-offensive crédible requiert une détermination et une vision globales et déjà une remise au diapason républicain de communautés entières, elles-mêmes « travaillées » au corps et au cœur comme la pâte à modeler de la domination future.

J’entends déjà les cris d’orfraie ! Catastrophisme ! Raisonnement fasciste, islamophobe ! Il est impossible, illégal, illégitime, antirépublicain d’engager une telle résistance ! À nous la méthode Coué, l’incantation extatique sur « le vivre ensemble », la danse de la pluie ! Mais « le vivre ensemble » ne se décrète pas. Il se fait respecter. Mais notre République se meurt à force de s’offrir repentante, à ceux qui veulent l’abattre. Mais la résilience ne suffit pas. Mais les fleurs et les bougies sont indécentes. Mais voir les familles des victimes elles-mêmes dénoncer les photos terrifiantes de leurs proches en morceaux signe un inquiétant déni de réalité. Plus de corps, plus de mort ? Plus de danger ? L’euphémisation du réel est impardonnable. On peut le comprendre d’un parent perdu par le chagrin de la perte d’un être aimé, pas d’un État qui doit protéger ses concitoyens.

Car c’est une guerre globale mais soigneusement « perlée » qui nous est faite. Le rythme des attentats, leur occurrence en salves sporadiques et étendues géographiquement en témoignent. Un rythme suffisamment régulier pour maintenir la pression et faire grandir la peur dans la population, mais insuffisamment massif encore pour déclencher la fureur populaire et contraindre les pouvoirs publics à l’action martiale. Le risque est pourtant grand, à moyen terme, de la procrastination régalienne. C’est donc l’ennemi qui donne le tempo. Il peut décider d’en changer et monter en intensité subitement. Sommes-nous prêts ? Et puis, les moutons pourraient cesser d’accepter leur sacrifice aléatoire et se rebeller ; sans berger, décider de se défendre seuls, en dressant quelques chiens. Et là, ce serait la fin de la République et de l’État de droit. Et l’irruption de la guerre civile.

Caroline Galactéros

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Les 10 victoires du Président Maduro, par Ignacio Ramonet

2 Août 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #La nation ., #La France, #AMERIQUE, #La mondialisation, #La finance dérégulée, #Le capitalisme;, #Le grand banditisme, #Les transnationales, #La lutte des classes, #l'horreur économique, #Amérique Latine

Les 10 victoires du Président Maduro, par Ignacio Ramonet

Source : Ignacio Ramonet, Janvier 2017

Depuis l’arrivée au pouvoir de Hugo Chavez, le pays a dû affronter une série d’obstacles politiques, sociaux et économiques aussi bien internes qu’externes, qui se son accentués lors de la présidence de Nicolas Maduro. Ignacio Ramonet analyse ici l’année 2016, l’année la plus compliquée de la révolution bolivarienne.

Début 2016, pour les autorités de Caracas, la situation était très compliquée. Pour principalement trois raisons : 1) L’opposition néo libérale avait gagné les élections législatives de décembre 2015 et contrôlait l’Assemblée Nationale. 2) Le prix du pétrole, principale ressource du Venezuela,  était tombé à son niveau le plus bas depuis longtemps. 3) Le président des Etats Unis, Barack Obama venait de signer un décret où le Venezuela était présenté comme une « menace non usuelle et extraordinaire pour la sécurité nationale et la politique extérieure des Etats Unis » (1).

Autrement dit, la révolution bolivarienne semblait être à la défensive sur les trois champs décisifs que sont la politique, l’économique et la géopolitique, alors que la contrerévolution, aussi bien interne qu’externe pensait avoir, enfin, à portée de main le pouvoir au Venezuela.

Tout cela dans un contexte de guerre médiatique de longue durée contre Caracas, qui avait commencé avec l’arrivée au pouvoir de Hugo Chavez en 1999 y qui s’est intensifiée à partir d’avril 2013, en atteignant des niveaux inédits de violence depuis l’élection de Maduro.

L’atmosphère de harcèlement agressif et permanent par les media se traduit pas une désinformation insidieuse sur le Venezuela qui jette le trouble même chez de nombreux amis de la révolution bolivarienne. Dans cette ère de la « post-vérité », la pratique du mensonge, de la fraude intellectuelle  et de la tromperie éhontée n’est pas sanctionnée par aucune conséquence négative, que ce soit en termes de crédibilité ou d’image.  Tout se vaut, tout sert dans cette « ère du relativisme post-factuel ». Même les faits et les données les plus objectifs ne sont pas pris en considération. On n’accepte pas non plus l’argument – si évident dans le cas du Venezuela – du complot, de la conjure, de la conspiration. Le nouveau discours médiatique dominant dénonce par avance et ridiculise le « prétendu complotisme » comme reprend un « récit éculé » qui ne peut qu’être rejeté avec mépris.

Début 2016, tout donc semblait très difficile pour le président du Venezuela. Au point que l’opposant acharné, et néolibéral, Henry Ramos Allup, passablement enivré avec sa majorité parlementaire, s’est permis d’affirmer dans son premier discours, en janvier 2016, comme président de l’Assemblée Nationale, qu’il allait enlever Maduro du pouvoir dans « un délai ne dépassant pas six mois ». S’inspirant sans doute du coup d’Etat institutionnel contre Dilma Roussef au Brésil, il pariait sur une victoire à un éventuel référendum qui révoquerait le président.

Les  choses étaient ainsi quand le président Maduro a surpris tout le monde, dans une série magistrale de coups d’échecs que personne n’a vu venir – et qui était parfaitement légale selon la Constitution. Il a rénové, comme celle-ci le lui autorise, les membres du Tribunal Suprême de Justice (TSJ), organe supérieur du pouvoir judiciaire, dont la « Salle Constitutionnelle » a le dernier mot en matière d’interprétation de la Constitution.

Aveuglée par sa superbe, l’opposition a alors commis deux erreurs majeures : elle a décidé d’ignore les avertissements du TSJ, en acceptant que siègent à l’assemblée trois députés de l’Etat d’Amazonie dont l’élection, en décembre 2015, avait été suspendue pour cause d’irrégularités. Face à cet affront, le TSJ n’a pu que décréter que la présence de ces trois députés « non élus régulièrement » enlève toute validité aux décisions de l’assemblée. Le TSJ a en fait jugé que l’Assemblée était en état de désobéissance et que, par conséquent, « toutes ses décisions seront considérées comme étant nulles ».  En raison de ses propres erreurs, non seulement l’Assemblée Nationale n’a pas réussi à légiférer, ni à exercer son contrôle sur le gouvernement, mais, comme le reconnaissent de prestigieux spécialistes de droit constitutionnel, elle s’est elle-même annihilée, elle a dilapidé son pouvoir et s’est, en fait, auto dissoute (2). Telle fut la première grande victoria de Nicolas Maduro en 2016.

Obsédée par son désir de renverser le président, l’opposition a aussi décidé d’ignorer les conditions légales (article 72 de la Constitution) – en l’occurrence, les étapes à suivre, telles qu’elles sont consignées dans la règlementation – lorsqu’elle a voulu lancer, en 2016, un referendum demandant la révocation du président (3). Un autre fracassant échec pour elle. Et une autre victoire de Nicolas Maduro.

Même ainsi, il est arrivé un moment, en mars-avril 2016, où tout s’est énormément compliqué. Aux coups de boutoir habituels des forces hostiles à la révolution bolivarienne est venue s’ajouter une sécheresse exceptionnelle, la deuxième en importance depuis 1950, accompagnée de chaleurs extrêmes, dues au phénomène El Niño. Au Venezuela, 70% de l’énergie électrique est fournie par les barrages, la principale centrale hydroélectrique étant celle du Guri, dont le niveau a été réduit au minimum, faute de pluies.

La contrerévolution a essayé de tirer parti de la situation pour multiplier les sabotages électriques, en cherchant à créer le chaos énergétique, le mécontentement social et susciter des mouvements de protestation. Le danger était particulièrement grand, au problème électrique s’ajoutant, du fait de la sécheresse persistante, le manque d’eau potable.

Le président Maduro a toutefois agi à nouveau avec célérité, en adoptant des mesures drastiques : il décida de substituer des millions de lampes à incandescence par d’autres, beaucoup moins gourmandes en électricité ; il donna l’ordre de remplacer les vieux appareils d’air conditionné par de nouveaux, également moins gourmands ; il décréta la mi-journée de travail dans l’administration publique et un plan spécial de limitation de la consommation électrique et d’eau.

Il parvint ainsi, grâce à ces mesures audacieuses, à éviter une crise énergétique majeure (4), tout en obtenant une de ses victoires les plus populaires de l’année 2016.

Un changement de paradigme

Un autre problème important, peut-être le plus grave, auquel a dû faire face le gouvernement – conséquence en partie de la guerre économique contre la révolution bolivarienne – est celui de l’approvisionnement alimentaire. Il faut se rappeler qu’avant 1999, 65% des vénézuéliens vivaient dans la pauvreté. Sur dix vénézuéliens, seulement trois consommaient régulièrement de la viande, du poulet, du café, du lait,… Pendant les seize dernières années, la consommation alimentaire a littéralement explosé, faisant un bond de 80%, grâce à l’investissement social massif par la révolution.

Ce changement structurel explique, à lui tout seul, pourquoi la production nationale d’aliments, bien plus importante de ce que l’on croit (5), s’est trouvée être insuffisante.

La demande ayant augmenté massivement, la spéculation s’est déchaînée. Face à une offre structurellement limitée, les prix ont augmenté de manière vertigineuse, le marché noir explosant littéralement. Beaucoup de personnes achetaient les produits subventionnés par le gouvernement pour les revendre à des prix bien plus élevés (le « bachaqueo »). Certains allaient même jusqu’à les « exporter » dans les pays voisins (Colombie, Brésil) où ils les revendaient pour le double ou le triple de leur prix subventionné. Privant ainsi de ces produits les plus humbles, et le pays de ses dollars, devenus plus rares avec l’effondrement du prix du pétrole. Une telle situation scandaleuse ne pouvait durer.

Une fois de plus, le président Maduro a décidé d’agir avec fermeté. Il a d’abord – point très important – changé la philosophie de l’aide sociale. Il commença par corriger une erreur majeure qui se commettait au Venezuela depuis des lustres. Il décida que l’Etat, au lieu de subventionner les produits, ne subventionnerait plus que les personnes, de sorte que les pauvres, ceux qui en ont réellement besoin, soient les seuls à avoir accès aux produits subventionnes. Pour tous les autres, les produits se vendent au prix du marché. Ce qui évite la spéculation et le « bachaqueo » (6).

La seconde mesure décisive du président fut l’annonce que tout allait être fait pour changer le caractère économique du pays, pour qu’il passe d’un « modèle de rente » à un « modèle productif ». Il définit à cet effet « quinze moteurs » (7) pour réanimer l’activité économique, aussi bien du secteur privé que du secteur public et de l’économie communautaire.

Ces deux décisions essentielles se sont matérialisées par la création des CLAP (Comités Locaux d’Approvisionnement et de Production), une nouvelle forme d’organisation populaire. Les représentants des communautés organisées fournissent, à un prix réglementé, des colis de biens alimentaires. Beaucoup d’entre eux proviennent d’une nouvelle production nationale.  Les CLAP devraient approvisionner, dans les prochains mois de 2017, environ quatre millions de familles modestes. On peut voir là une autre grande victoire du président Maduro.

L’investissement social

Una autre victoire, non des moindres, de cette année 2016, si difficile, est constituée par le record en matière d’investissement social, qui a atteint 71,4% du budget du pays. Un record mondial. Aucun autre pays de la planète consacre presque les trois quarts de son budget à l’investissement social.

En ce qui concerne la santé, par exemple, le nombre d’établissements hospitaliers a été multiplié par 3,5 depuis 1999. Et l’investissement dans un nouveau modèle humain de santé publique a été multiplié par dix.

La Misión Barrio Adentro (« mission au cœur des quartiers ») – qui a pour objectif de s’occuper des malades dans les aires urbaines les plus humbles – a réalisé presque 800 millions de consultations et sauvé la vie à un million et demi de personnes. Huit Etats ont ainsi été couverts à 100% en 2016, alors que l’objectif était de six.

Une autre victoire sociale fondamentale, non mentionnée par les grands média, concerne les retraites. Avant la révolution, à peine 19% des retraités recevaient une pension, les autres subsistaient souvent dans la misère ou en étant à la charge de leurs familles. En 2016, le pourcentage de retraités qui reçoivent une pension, même s’ils n’ont pas cotisé pendant leur vie active, a atteint les 90%. Un record en Amérique du Sud.

Une autre victoire du même ordre – et que les grands média se gardent bien, aussi, de mentionner – est celle obtenue par la Mission Logement qui est chargé de  construire des logements sociaux, à un prix réglementé, pour les familles modestes.

En 2016, elle a construit 359.000 logements – à titre de comparaison, un pays développé comme la France n’a construit, en 2015, que 109.000 logements sociaux. Se rajoutent à cela les 335.000 logements réhabilités dans le cadre de la Mision Barrio Nuevo  Tricolor , qui a attiré les éloges du célèbre architecte Frank Gehry, auteur entre autres du Musée Guggenheim de Bilbao et du Musée Louis Vuitton de Paris. Au point qu’il a déclaré vouloir  s’y impliquer. Soit presque 700.000 logements sociaux construits ou rénovés  en 2016. Un nombre sans équivalent dans le monde

Depuis le début de son mandat, en 2013, le président Maduro a déjà remis près d’un million et demi de logements à des familles modestes. Un record mondial passé sous silence par tous les médias hostiles à la révolution bolivarienne. Et que beaucoup de ses amis oublient parfois de mentionner.

Des liens internationaux

Rappelons, pour finir, quelques unes des brillantes victoires obtenues sur le plan géopolitique.  Avoir empêché,  par exemple, que l’Organisation des Etats Américains (OEA), dominée par Washington, condamne Caracas comme le prétendait son secrétaire général, Luis Almagro, qui invoquait la « Charte Démocratique » contre le Venezuela.

Ou bien le succès du XVIIème sommet du Mouvement des Pays Non Alignés (MNOAL) réalisé en septembre 2016 dans le Centre de Conventions Hugo Chavez de l’île Margarita, avec la présence de nombreux chefs d’Etat et de gouvernement, les représentants de cent vingt pays ayant manifesté leur solidarité avec le Venezuela.

Pour finir, rappelons le rôle important du président Maduro, qui a effectué de nombreuses tournée internationales dans ce cadre, dans la réussite inespérée d’un accord entre pays OPEP et non-OPEP pour la réduction concertée des exportations de pétrole. Accord qui, signé fin novembre 2016, a freiné la chute du prix du pétrole qui, de 24 dollars en janvier est passé au-dessus des  45 dollars fin décembre 2015.

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1. Voir Ignacio Ramonet, “Venezuela candente”, Le Monde diplomatique en español, janvier 2016. http://www.monde-diplomatique.es/?url=editorial/0000856412872168186811102294251000/editorial/?articulo=2ebf5b30-e930-4492-971c-2fb37aa6e443

2. Cf. BBC Mundo, 24 octobre 2016 : http://sumarium.com/se-ha-vuelto-irrelevante-la-asamblea-nacional-en-venezuela/

3. “L’article 72 de la Constitution du Vénezuela stipule que le référendum révocatoire peut avoir lieu après la première moitié du mandat présidentiel. Dans le cas de Maduro, le mandat a commencé le  10 janvier 2013, et se finira le 10janvier 2019. La mi-mandat est donc au 10 janvier 2016. La confusion sur la date à laquelle la convocation au référendum peut avoir lieu tient à ce que Hugo Chavez est mort le 5 mars 2013, avant d’être remplacé par Maduro. Mais selon l’article 231 de la Constitution, l’actuelle période présidentielle a commencé le 10janvier 2013 et non le 19 avril. Cf. la déclaration de Tibisay Lucena, présidente du Consejo Nacional Electoral (CNE), le 9 aôut 2016. http://albaciudad.org/2016/08/cne-referendo-revocatorio-para-2017/

4. Avec l’arrivée progressive des pluies, fin mai, le niveau du barrage Guri a monté, et le président a décrété, le 4 juillet, la fin du rationnement électrique.

5. Depuis 1999, le gouvernement bolivarien a investi comme aucun autre dans l’agriculture, avec la priorité d’augmenter la production locale. Le Venezuela est auto suffisant en pommes de terre, poivrons, tomates, oignons, ails, céleri, yuca, auyama, laitues, choux, coriandre, citron, melon, quayaba, bananes entre autres. 80% du riz est de provenance nationale. 85% pour le fromage et la  charcuterie. Concernant le poulet et la viande bovine, les importations ne sont que de 24%. Elles sont de l’ordre de 15% pour les carottes, les lentilles et les pois chiches.

6. Cf. Pasqualina Curcio Curcio, “La Mano visible del Mercado. Guerra económica en Venezuela”, Editorial Nosotros Mismos, Caracas, 2016.

7. Los 15 moteurs sont 1. Agroalimentaire. 2 Pharmacie. 3 Industrie. 4 Exportations. 5 Economie communautaire, sociale et socialiste. 6 Hydrocarbures. 7 Petrochimie. 8 Produits miniers. 9 Tourisme national et international. 10 Construction. 11 Produits forestiers. 12 Industrie militaire. 13 Télécommunications et Informatique. 14 Banque publique et privée. 15 Industrie de base.

Ignacio Ramonet

Directeur de l’édition espagnole  du Monde Diplomatique

Source : Ignacio Ramonet, Janvier 2017

 

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Le Congrès des États-Unis adopte de manière écrasante une loi de sanctions contre la Russie, par Joseph Kishore

31 Juillet 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La Russie, #Ukraine, #La guerre

Le Congrès des États-Unis adopte de manière écrasante une loi de sanctions contre la Russie, par Joseph Kishore
Le Congrès des États-Unis adopte de manière écrasante une loi de sanctions contre la Russie, par Joseph Kishore

Aujourd’hui, la vision des trotskystes américains…

Source : World Socialist Web Site, Joseph Kishore, 27-07-2017

La Chambre des représentants des États-Unis a adopté massivement un projet de loi mardi qui impose de nouvelles sanctions à la Russie, à l’Iran et à la Corée du Nord et limite la capacité de l’Administration Trump de les annuler. Le résultat du vote était de 419 pour et 3 contre. Cette mesure augmenterait considérablement les conflits géopolitiques entre les États-Unis et ses principaux rivaux, non seulement la Russie, mais aussi les puissances impérialistes en Europe.

Le projet de loi va maintenant passer au Sénat, où une version antérieure (sans les sanctions de la Corée du Nord) a été approuvée en juin à une marge similaire : 97 pour et 2 contre. Trump a envoyé des signaux mitigés sur la question de savoir s’il signera le projet de loi, mais les majorités d’une telle ampleur dans les deux chambres du Congrès signifient que, malgré la possibilité théorique d’un veto, il est presque certain d’être promulgué.

Les nouvelles sanctions exposent les principales questions derrière la campagne sur le « piratage électoral » des médias américains et de l’establishment politique, dirigé par les organismes de renseignement qui s’opposent à toute modification de la politique anti-Russie développée sous l’Administration Obama. Le vote presque à l’unanimité dans les deux chambres du Congrès (tous les votes « non » à la Chambre proviennent de républicains) témoigne de la mesure dans laquelle la CIA (l’Agence centrale de renseignement), la NSA (l’Agence nationale de la sécurité) et d’autres agences d’espionnage contrôlent directement les institutions de l’État et le personnel qui les composent.

Les vrais enjeux dans ce conflit âpre au sein de la classe dirigeante ont été énoncés dans un éditorial du Washington Post lundi, « La riposte drastique – mais nécessaire – du Congrès à Trump ». Le Post, qui, avec le New York Times, a été une des voix médiatiques de premier plan dans la campagne anti-Russie, a salué ce projet de loi si nécessaire pour protéger les « intérêts vitaux » des États-Unis.

L’accord sur les sanctions, écrit le Post, a placé : « la politique de Trump envers le régime de Vladimir Poutine sous séquestre, l’empêchant de lever les sanctions sans accord du Congrès ». Trump a montré une « affinité inexplicable » à l’égard de la Russie, a écrit le journal, et a mis en doute la prétendue intervention de la Russie dans la campagne électorale américaine.

« Pour la communauté du renseignement des États-Unis », a déclaré le Post, « il n’y a pas un tel doute […] Le refus de M. Trump d’accepter ces conclusions et la possibilité qu’il puisse arrêter les sanctions imposées à la Russie pour cette ingérence et pour son invasion militaire de l’Ukraine a généré un consensus extraordinaire dans un congrès autrement polarisé ».

Aucune des allégations faites par le Post sur l’implication de la Russie dans les élections ne peut être démontrée et les déclarations de la « communauté du renseignement des États-Unis » ne sont pas plus crédibles que les allégations selon lesquelles le gouvernement de Saddam Hussein possédait des « armes de destruction massive » avant l’invasion de l’Irak en 2003. Même si l’on devait accepter ces conclusions comme vraies, il ne fait aucun doute que Clinton travaillait avec toutes sortes de gouvernements étrangers pour faire progresser sa campagne électorale.

Le véritable problème n’est pas le « piratage » russe, mais les intérêts géostratégiques de l’impérialisme américain. Comme le précise le Post, sa principale préoccupation est que la Russie a entravé les opérations de l’Armée et des agences de renseignement américaines en Ukraine et en Syrie. La référence à « l’invasion militaire de l’Ukraine » fait référence à l’annexion par la Russie de la Crimée et à la guerre civile interne qui a suivi l’opération de changement de régime de 2014 organisée par les États-Unis et menée par des organisations fascistes pour démanteler un gouvernement pro-russe.

L’éditorial se plaint plus tard que les actions de Trump donnent à la Russie « des concessions majeures pour rien », y compris « le retrait du soutien américain aux forces rebelles en Syrie ». Il s’agit de la décision de Trump de mettre fin au soutien de la CIA aux forces d’opposition syrienne, dominées par Al-Qaïda, qui ont mené une guerre civile soutenue par les États-Unis pour renverser le président syrien Bashar al-Assad.

L’éditorial reconnaît que le projet de loi sur les sanctions « pourrait avoir des conséquences involontaires », y compris sur « la coordination entre les États-Unis et l’Europe sur la Russie ». Il est « néanmoins essentiel », car « Trump ne peut pas être digne de confiance pour protéger les intérêts vitaux des États-Unis contre une agression persistante de la Russie ».

Quels sont ces « intérêts essentiels des États-Unis » ? Ils n’impliquent pas l’offensive de l’Administration Trump sur les soins de santé, son assaut brutal contre les travailleurs immigrés ou son programme militariste. Il s’agit plutôt des intérêts de la classe dirigeante dans la domination du Moyen-Orient et de ses vastes ressources énergétiques et de l’expansion du pouvoir américain en Europe de l’Est. Pour les factions de la classe dirigeante pour laquelle le Postparle, en outre, l’agression américaine contre la Russie est considérée comme essentielle pour conserver l’allégeance des puissances européennes et pour s’en prendre à la Chine.

Le nouveau projet de loi sera adopté dans des conditions de tensions géopolitiques explosives qui peuvent rapidement se transformer en un conflit militaire direct impliquant des puissances nucléaires. Au cours des dernières 24 heures, les États-Unis ont procédé à des tirs d’avertissement sur un navire iranien ; l’armée chinoise a intercepté un avion américain ; le Wall Street Journal a rapporté les préparatifs de la Chine en prévision d’une guerre américaine contre la Corée du Nord ; et la Chine a organisé des opérations militaires conjointes avec la Russie en mer Baltique.

Les différents pays touchés par le projet de loi le prendront comme un signe clair que les États-Unis ont l’intention de faire face à leurs affrontements économiques et militaires avec eux. Un mémo de l’Union européenne révélé par la presse a rapporté les déclarations du chef de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, selon lesquelles l’UE « devrait se préparer à agir en quelques jours » après le passage du projet de loi et que les sanctions « pourraient avoir une incidence sur un nombre potentiellement important de sociétés européennes faisant des affaires légitimes régies par des mesures de l’UE avec des entités russes ».

L’Administration Trump, de plus en plus pressée et isolée, pourrait décider que la meilleure façon de résoudre sa crise interne est de commencer une guerre, peut-être avec l’Iran ou la Corée du Nord. Et si les adversaires de Trump réussissent à forcer un changement dans sa politique ou à le faire tomber, cela impliquera un changement vers une politique encore plus agressive au Moyen-Orient et, surtout, contre la Russie.

Quelles que soient les divisions au sein de l’État, la classe dirigeante américaine est poussée par une logique implacable. La dissolution de l’Union soviétique en 1991 ne lui a pas apporté une « fin de l’histoire », mais un quart de siècle de guerre sans fin et en expansion, dans laquelle la classe dirigeante a cherché à inverser le déclin du capitalisme américain et à maintenir sa position économique mondiale à travers l’utilisation de la force militaire. Cette politique folle et insouciante amène le monde entier au bord de la troisième guerre mondiale.

(Article paru d’abord en anglais le 26 juillet 2017)

Source : World Socialist Web Site, Joseph Kishore, 27-07-2017

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Réponses à "Le Congrès des États-Unis adopte de manière écrasante une loi de sanctions contre la Russie", par Joseph Kishore
  1. Fritz Le 31 juillet 2017

    Rien à ajouter à ce texte. Affilié au Parti socialiste de l’égalité (Socialist Equality Party), le site wsws.org est l’une de mes sources d’information préférées. il avait dénoncé la guerre de Libye dès le premier jour, comme une guerre d’agression impérialiste.

    Des trotskistes comme ça, on en voudrait davantage chez nous. Hélas, nous avons les pitres du NPA, genre Julien Salingue ou Gilbert Achcar. Les gardes rouges de l’impérialisme, les crétins utiles de l’OTAN.

    https://www.les-crises.fr/massacres-a-alep-lettre-a-un-camarade-qui-sobstine-a-justifier-linjustifiable-par-julien-salingue-reponse/
    https://www.les-crises.fr/syrie-empecher-leffondrement-du-regime-assad-entretien-avec-gilbert-achcar/

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Emir Kusturica : «Les pays capitalistes se dirigent vers le fascisme» (EXCLUSIF)

20 Juillet 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Histoire, #La nation ., #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La mondialisation, #La Russie, #Ukraine, #Terrorisme, #La guerre, #Le fascisme

Emir Kusturica : «Les pays capitalistes se dirigent vers le fascisme» (EXCLUSIF)

Emir Kusturica : «Les pays capitalistes se dirigent vers le fascisme» (EXCLUSIF)
Emir Kusturica

Evoquant les difficiles relations entre la Russie et l'Occident, le réalisateur serbe Emir Kusturica confie à RT sa vision de Vladimir Poutine, Donald Trump, et de la situation en Ukraine, en laquelle il voit une redite de la guerre de Yougoslavie.

RT : Vous avez un jour dit que la Serbie était respectée dans le monde entier, et ce grâce à Vladimir Poutine. Quelle en est selon vous la raison ?

Emir Kusturica (E. K.) : Vladimir Poutine, à mon avis, a fait quelque chose de très important pour le monde entier. Car, comme l'a dit un écrivain russe fort instruit, c’est la démocratie qui a souffert le plus après la chute de l’URSS.

A l’époque de l’Union soviétique, les démocrates français, italiens, anglais... tâchaient de démontrer à ceux qui étaient de l’autre côté du rideau de fer que régnait une vraie démocratie dans leur pays. Avec la chute de l’URSS, ils n’avaient plus rien à prouver à personne. Il ne fallait que suivre le mouvement du progrès naturel, qui est, en grande partie, alimenté par le côté obscur de la nature humaine.

Aussi, j'approuve les actions de Vladimir Poutine, qui, avec une manière, fine, qui lui est propre, remet la Russie sur pieds après la période Eltsine, afin que le peuple puisse être fier de son histoire et – et c'est le plus important – de sa culture.

Pourquoi l’Occident a-t-il des problèmes avec Vladimir Poutine ? Quels sont les avantages que présente la position du président russe ? Prenons l’exemple de l’Asie. Il s'agit de la région la plus peuplée, dotée de grandes puissances économiques, notamment la Chine. Les meilleurs réalisateurs asiatiques tournent des films dédiés à des questions d’éthique, d'auteurs des XIXe et du XXe siècles et que nous pouvons trouver dans les livres des grands écrivains russes.

C'est l'histoire qui nous montrera qui a raison et qui a tort, et non pas ceux qui essayent de réduire à zéro le rôle de la culture dans l'histoire de l’humanité. A chaque fois que je me rends en Occident, je m'entretiens avec des intellectuels qui en savent très peu sur Vladimir Poutine et la Russie contemporaine. Celui qui a interdit les importations de semences OGM mérite au minimum qu’on le respecte. C’est l’un des pires aspects de notre monde : nous sommes en proie à la production de Monsanto, qui n’a rien de naturelle et qui est quotidiennement à l'origine de cas mortels. Vladimir Poutine a interdit les OGM et revitalisé l’agriculture russe. Les résultats qu’il a obtenu sont splendides. En outre, c’est un homme qui préserve la culture de son pays. Pour cette raison, c'est un héros.

Lire aussi : Pour Emir Kusturica, Vladimir Poutine est «un type bien»

RT : Qu'avez vous pensé de la récente rencontre entre Vladimir Poutine et le président américain Donald Trump ?

E. K. : Je considère que Donald Trump n’a toujours pas dit ce qu’il devait dire. Je parle des promesses faites au cours de sa campagne électorale, promesses qu’il a oubliées. Il y a deux choses à faire remarquer. Premièrement, le fait est que l’Etat profond est derrière toutes les décisions importantes prises aux Etats-Unis. Deuxièmement, le complexe militaro-industriel américain est tellement puissant que le président ne peut pas agir sans le consentement d’autres personnes. Je trouve que la position de Vladimir Poutine est positive et en même temps, supérieure. J’ai également remarqué un peu d'incertitude dans le comportement du président américain. Je dirais même que cette rencontre nous a prouvé que ce n’était pas lui qui prenait les décisions. Et ça, c’est un grand problème pour l’humanité dans son ensemble.

RT : Ici même, à Mecavnik, en Serbie, vous avez récemment tourné votre film On the Milky Road, dans lequel Monica Belucci et vous-même jouez les rôles principaux. Ce film a reçu un grand prix à Sébastopol, en Crimée. Le 23 juillet prochain, vous envisagez de donner un concert à Yalta, autre ville de Crimée. N’avez-vous pas peur des sanctions ?

E. K. : Non. La vie n'a de sens que si tu es libre, si tu fais ce que tu veux. Tout au long de ma vie, je suis resté fidèle à mes décisions, à ma façon de faire. Dans cette situation je préférerais que les sanctions soient imposées à ceux qui donnent des concerts, disons, à New York ou même à Washington, où tant de guerres ont été préparées. Prenons l’exemple de Mouammar Kadhafi, ou le chaos que les Américains sèment dans le monde entier depuis déjà 20 ans. Si on doit imposer des sanctions, ce n'est certainement pas contre des musiciens qui jouent là où ils l'entendent, surtout à Yalta.

RT : Que pensez-vous de la situation en Ukraine ?

E. K. : La situation en Ukraine, telle que je la connais, ressemble à celle qui a eu cours en Yougoslavie. Nous assistons aux pressions de l'Occident. Au cours de l'unification européenne, l’Ouest a divisé la Yougoslavie. Et quoi qu'on dise de l'impossibilité de maintenir son intégrité, la Yougoslavie divisée est devenue un casse-tête pour le monde entier. La destruction n’émane pas de ceux qui veulent sauver leur patrie, mais de ceux qui paient pour la déstabilisation de cette dernière.

Victoria Nuland [diplomate américaine, chargée de l'Europe au département d'Etat de 2013 à 2017] a déclaré publiquement qu’il avait fallu 50 milliards de dollars pour plonger l'Ukraine dans un tel chaos. En outre, comment pouvons-nous soutenir des gens qui ont des conceptions nazies ? Les événements qui ont lieu dans le monde prouvent que les pays capitalistes se dirigent vers le fascisme.

Lire aussi : Non, ce n’est pas parce qu’il est ami avec Vladimir Poutine qu’Emir Kusturica ne sera pas à Cannes

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