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Le blog de Lucien PONS

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« Soumission : désormais, les USA vont valider les lois européennes !! » L’édito de Charles SANNAT

21 Mars 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #La nation ., #La République, #AMERIQUE, #Les transnationales, #Le grand banditisme, #le nazisme, #Terrorisme, #la liberté

« Soumission : désormais, les USA vont valider les lois européennes !! » L’édito de Charles SANNAT

« Soumission : désormais, les USA vont valider les lois européennes !! » L’édito de Charles SANNAT

Mes chères impertinentes, mes chers impertinents,

Soumission. Abdication. Désertion. Voilà les mots qui me viennent à l’esprit tant nous perdons nos esprits en Europe. Personne ne veut plus penser et comprendre ce que veut dire la liberté.

La liberté c’est la possibilité de choisir collectivement un destin. La liberté, par définition, ne peut se concevoir et s’exprimer que dans un cadre respectueux de la souveraineté.

Cette souveraineté peut être nationale, elle pourrait même dans l’absolu être européenne, sous réserve que l’Europe soit autre chose justement qu’un outil de propagande pour assurer, au mieux, notre soumission aux intérêts américains, intérêts qui ne sont plus depuis bien longtemps les intérêts du peuple américain mais ceux du totalitarisme marchand incarné par le “big business” et ses multinationales prédatrices aussi bien des hommes que des âmes ou des ressources.

L’Europe “contractuellement” sous tutelle américaine !

C’est le journal britannique The Independant (pour qui le nom même du journal doit encore signifier quelque chose) qui a sorti l’information en divulguant un document obtenu par le groupe d’action indépendant Corporate Europe Observatory (CEO) au cours des négociations entre l’UE et les États-Unis sur le Partenariat transatlantique de commerce et d’investissement (TTIP).

“Ce dernier a révélé qu’une commission non élue sera mise en place : elle aura le pouvoir de décider dans quels domaines une coopération avec Washington devrait avoir lieu, en écartant ainsi les États membres de l’UE et le Parlement européen.

L’objectif principal du TTIP est d’harmoniser les règles transatlantiques dans un éventail de domaines, y compris la sécurité alimentaire et les produits de consommation, la protection de l’environnement ainsi que les services financiers et bancaires.

Ce document montre un labyrinthe de procédures qui pourraient ligoter toutes les propositions de l’UE allant à l’encontre des intérêts des États-Unis, estime le groupe d’actions.

Selon les procédures révélées par le document, les autorités réglementaires américaines auront un “rôle discutable” dans le processus législatif de Bruxelles et affaibliront ainsi le Parlement européen.
Nick Dearden, directeur du groupe d’action britannique Global Justice Now, affirme que c’est “effrayant” que les États-Unis puissent obtenir le pouvoir de contester et de modifier les règlements européens avant que les politiciens européens aient l’occasion d’en discuter”.

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Le Traité transatlantique est en réalité la mort de toute idée européenne !

Je suis atterré d’entendre le silence.

Je suis atterré de voir les “progressistes” européens “bêlant” l’Europe en permanence ne pas se rendre compte qu’un tel traité est la mort de toute idée européenne, le faire-part de décès de toute souveraineté de l’Europe ou encore la disparition du concept de Fédération des États-nations européens dans ce que beaucoup rêvaient comme les “États-Unis d’Europe”.

L’Europe affaiblie, divisée, soumise, ouverte aux quatre vents n’est plus rien. Incapable de nous rêver, de nous imaginer un destin commun, il ne reste plus qu’à démanteler ces structures avant qu’elles ne produisent leurs effets délétères car en Europe, vieux continent chargé d’histoire, lorsque les choses se passent mal, généralement elles ne finissent pas bien du tout et nous en prenons sans conteste le chemin.

Sur un tel sujet, sur un tel traité, sur de telles dispositions, nous devrions avoir de gauche à droite, en France et ailleurs, une union européenne évidente de tous les citoyens, de toutes les forces politiques et syndicales, une union de ceux qui croient en une Europe souveraine, comme de ceux qui la rejettent car dans tous les cas, un tel traité est la négation même de cette idée de souveraineté : qu’on la rêve au niveau d’une nation ou des Etats-Unis d’Europe, dans les deux cas… c’est une soumission, un abandon, une résignation.

Ce traité signera notre mise en esclavage non pas par les États-Unis, mais par les grandes entreprises qui ont su par la corruption, par l’argent et par la force médiatique prendre le contrôle de la classe politique américaine.
Vous avez sous les yeux l’avancée du totalitarisme marchand. Le problème c’est qu’il est protéiforme, transnational, qu’il n’a pas d’armée d’occupation, qu’il n’a pas de leader, il n’a pas de parti politique, et pourtant, il est un totalitarisme aussi dangereux et violent que tous les autres.

Son immense force réside dans le fait qu’il n’est pas “incarné”. Pourtant, il existe, il est un parasite logé dans des hôtes sains dont les comportements progressivement s’altèrent. Ces hôtes, qui à l’origine étaient sains, sont des organisations politiques, des ONG, des médias, ou encore évidemment des nations et des États dont la politique et les actions ne servent plus les peuples et les gens mais les intérêts financiers d’une infime minorité.

Face à un tel ennemi, sans doute le plus redoutable que nous ayons eu à affronter (parce qu’il avance masqué et à travers d’autres sous des atours séduisants), nous ne devons pas nous décourager mais sans cesse dénoncer et informer. Cette guerre contre ce totalitarisme ne se gagnera pas avec des armes mais avec des mots. Il ne pourra y avoir de victoire qu’à travers des idées que nous ne devons pas abandonner. Ces idées de liberté, de nation, de souveraineté, ou encore de démocratie, de justice et de loi ne doivent pas se faire confisquer par euthanasie de la pensée et insultes de la bien-pensance, autres outils de ce totalitarisme marchand qui doit supprimer les obstacles sur les chemins de son expansion.

Toutes celles et ceux qui pensent la liberté, la justice, la démocratie et la nation comme cadre d’expression sont évidemment autant de freins à ce totalitarisme en marche.
Ne désespérons pas, “la nuit finira”.

En attendant mes chers amis, préparez-vous, il est déjà trop tard !

Charles SANNAT

“Insolentiae” signifie “impertinence” en latin
Pour m’écrire charles@insolentiae.com
Pour écrire à ma femme helene@insolentiae.com

Vous pouvez également vous abonner à ma lettre mensuelle « STRATÉGIES » qui vous permettra d’aller plus loin et dans laquelle je partage avec vous les solutions concrètes à mettre en œuvre pour vous préparer au monde d’après. Ces solutions sont articulées autour de l’approche PEL, “patrimoine, emploi, localisation”. L’idée c’est de partager avec vous les moyens et les méthodes pour mettre en place votre résilience personnelle et familiale.

« À vouloir étouffer les révolutions pacifiques, on rend inévitables les révolutions violentes » (JFK)

« Ceci est un article ‘presslib’, c’est-à-dire libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Insolentiae.com est le site sur lequel Charles Sannat s’exprime quotidiennement et livre un décryptage impertinent et sans concession de l’actualité économique. Merci de visiter mon site. Vous pouvez vous abonner gratuitement à la lettre d’information quotidienne sur www.insolentiae.com. »

Source The Independant, lire ici pour le croire !!

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Molière et Victor Hugo, les deux plus grands auteurs de la littérature française ont disparu des nouveaux programmes scolaires ...

20 Mars 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #La République, #La nation ., #Culture, #Comité pour une Nouvelle résistance, #Chroniques du fascisme ordinaire, #AMERIQUE, #Europe supranationale, #Histoire, #La poésie que j'aime

Bonjour

La meilleure façon de détruire la France est bien de détruire l'ECOLE de la REPUBLIQUE.

Tout semble programmé pour accélerer cette ignominie:

- L'industrie disparaît!

- L'agriculture disparaît!

- La recherche publique disparaît!

- L'armée disparaît!

- La diplomatie disparaît!

- L'état-nation disparaît!

- Les communes, les départements, issus de la Révolution française et garants de la continuité territoriale et de la démocratie de proximité disparaissent pour laisser palce à la gouvernance des transnationales et des banques via l'Union Européenne!

Le peuple français, comme dans les périodes les plus sombres de son histoire doit se lever et reprendre le pouvoir.

Les élections législatives de 2017 doivent permettre cette réappropriation de notre souveraineté et de notre indépendance.

Cordialement

Lucien Pons

Exit Molière et Victor Hugo

Les deux plus grands auteurs de la littérature française ont disparu des nouveaux programmes scolaires ...

Molière et Victor Hugo, les deux plus grands auteurs de la littérature française ont disparu des nouveaux programmes scolaires ...Molière et Victor Hugo, les deux plus grands auteurs de la littérature française ont disparu des nouveaux programmes scolaires ...

LES SOCIALISTES ONT OSÉ ! ?

E X I T  M O L I E R E  E T  V I C T O R  H U G O

Ce ne sont pas seulement des personnages historiques, des périodes et des règnes majeurs qui sont écartés, réduits à la portion congrue ou devenus optionnels. Des textes fondateurs, des traités et des lois décisives sont tout simplement passés à la trappe: le serment de Strasbourg (842), l'un des plus anciens textes en langue romane, le lointain ancêtre du français; le partage de Verdun (843), qui dessine une nouvelle carte de l'Europe d'où sont issus les Etats européens; l'ordonnance de Villers-Cotterêts (1539), qui impose l'usage du français dans l'administration à la place du latin, constituant ainsi une étape clé dans l'unification du royaume de France. La relégation du règne de Louis XIV en fin de programme de cinquième rend extrêmement difficile sinon impossible l'étude de la révocation de l'édit de Nantes (1685), qui marque l'interdiction du protestantisme en France et entraîne l'exil de plus de 250.000 protestants. L'histoire des arts n'est pas épargnée. Le précédent programme de quatrième prévoyait l'étude d'extraits du Bourgeois gentilhomme (1670), des Châtiments (1853) et des Misérables (1862), permettant d'inscrire Molière et Victor Hugo dans leur époque, de mesurer l'importance historique de leur œuvre et de faire prendre conscience aux élèves de leur génie littéraire. Or, les deux plus grands auteurs de la littérature française ont disparu des nouveaux programmes... ! ?

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Le patriotisme est un humanisme

20 Mars 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #La nation ., #La République, #Europe supranationale, #AMERIQUE, #Le capitalisme;, #La mondialisation, #Les transnationales

dimanche 20 mars 2016

Le patriotisme est un humanisme

 
 
 
Patriote. Combien de fois le mot ne fut-il pas maudit dans les dernières décennies, stigmatisé, rabroué, accusé de tous les maux, considéré comme cause de toutes les violences, en regard d’un monde idéal et moderne qui s’en serait débarrassé.
 
La place que le monde post-moderne lui a assignée était d’être ad vitam aeternam le troisième pilier de la devise de Vichy. La cocarde ne pouvait plus être l’insigne des hommes épris de liberté, en lutte contre l’injustice et l’arbitraire, mais au mieux la marque de nostalgies surannées et douteuses, au pire le fait de fascistes et d’esprits étroits.
 
Une étrange hémiplégie a saisi le monde moderne. Seul le « patriotisme » des collaborateurs – pourtant un oxymoron puisqu’il consistait à se coucher devant l’ennemi - fut retenu comme la seule acception valable, accompagnée parfois d’un repoussoir supplémentaire : l’agressivité revancharde qui conduisit l’Europe à sa perte dans le première moitié du XXème siècle. L’erreur, la source de tous les maux, c’était l’état-nation et l’attachement à celui-ci, même lorsqu’il n’était qu’amour d’un mode de vie et d’une culture.
 
Qu’importe qu’un Romain Gary, héros de la France libre et compagnon de la Libération eût écrit en 1943 dans « L’éducation européenne » : « … le patriotisme, c’est d’abord l’amour des siens, le nationalisme, c’est d’abord la haine des autres », sens repris par le Général de Gaulle en 1951 sous la formule : « Le patriotisme, c'est aimer son pays. Le nationalisme, c'est détester celui des autres.”
 
Fut ignorée également la phrase de Jaurès, teintée de mystère, « Un peu d'internationalisme éloigne de la patrie ; beaucoup d'internationalisme y ramène. », montrant que les anathèmes et fausses oppositions pouvaient n’être pas si simples, que le camp de la haine et de la fermeture n’était pas nécessairement celui désigné par les adorateurs du paraître.
 
Nulle part mention non plus du fait que nos partenaires d’outre-atlantique, présentés comme le modèle d’une modernité qui devait se défaire des attachements anciens, ne renoncèrent jamais au sentiment patriotique, renouvelé et réaffirmé à chacun des temps forts de leur jeune histoire.
 
Mais il fallait en finir, faire apparaître coûte que coûte que l’attachement à son pays ne pouvait avoir qu’un seul sens – le mauvais – que la dualité complexe de l’amour n’existait plus. Il fallait à tout prix l’aplatir, la réduire, la tronquer, au prix du mensonge. Des philosophes de cour et de cocktail s’y employèrent, sectateurs de raisonnements simplistes les mettant eux seuls en valeur, là encore au prix du respect du réel.
 
 
 Que le patriotisme eût inspiré toute la palette des sentiments, depuis la lumineuse spiritualité d’un Jaurès jusqu’à la haine revancharde, fut une réflexion interdite, une interrogation à éradiquer. Notre époque qui se voulait moderne et avancée ne savait pas tenir un seul raisonnement valide, les résorbant en injonctions manichéennes et abêtissantes, en oppositions trop simples pour être vraies. Lorsque les hommes ne savent plus se tenir debout, il n’est guère étonnant que leurs raisonnements n’aient pas plus d’appuis.
 
Une telle condamnation à sens unique et réalisée avec tant d’empressement ne pouvait être engagée que pour d’autres raisons non avouées, derrière le paravent de la paix perpétuelle. Le nouveau désir, conscient ou inconscient, était bien de laisser le champ libre à d’autres gouvernements. Non ceux de l’élection démocratique, mais ceux tout d’abord des grandes compagnies trans-nationales, bientôt supplantées par la loi des banques et de la finance, plus sûr moyen d’attribuer une rente à ceux qui font profession d’aspirer des richesses sans en créer. La paix perpétuelle ne devait pas être celle de la société des nations, mais celle d’une association de malfaiteurs, l’absence de vagues qu’impose une mafia pour mener ses affaires entre amis, non la sérénité de peuples réconciliés.
 
Le roman des nations coupables fut développé et amplifié ad libitum. Face à un organe malade, nos Diafoirus de la mondialisation décrétèrent l’ablation pure et simple de celui-ci, manière commode de faire disparaître le malade, en même temps que le corps de leurs futurs délits.
 
Le brave homme simplement attaché à son village, sa mairie, son église, au goût de son pain frais fut considéré comme un criminel endurci, bien plus fautif et dangereux que ceux qui se complaisaient de jetons de présence en délits d’initiés, quand ils ne fracassaient pas des entreprises et des vies construites pendant des années sur l’utilité donnée aux autres.
 
La « common decency » chère à Orwell fut marquée du sceau de la suspicion permanente, accusée d’être la cause de toutes les haines et de toutes les guerres, par ceux mêmes qui pratiquaient le dépeçage en toute impunité. Quelques idiots utiles accompagnèrent l’ensemble, pensant sincèrement que la disparition des nations abolirait la violence humaine. Simplet fermait ainsi la marche des sept nains dévoyés, ou plutôt devrait-on dire des gnomes, surtout lorsqu’ils provenaient de Francfort.
 
Trop peu posèrent la simple question : et si les nations n’étaient pas seulement le cadre des violences perpétrées dans le précédent siècle, et non la cause de celles-ci ? Car notre société mondialisée, très loin d’avoir fait baisser les violences, vit resurgir celles-ci sous des formes souterraines tout aussi menaçantes, parfois aussi atroces. Certains s’étonnèrent de voir les pires tribalismes et les barbaries les plus impitoyables surgir hors de l’eau, et en déduisirent qu’une dose supplémentaire de mondialisation était nécessaire, allant jusqu’à se compromettre avec les pires régimes, pensant que la violence humaine est soluble dans les bons sentiments et les accords hypocrites.
 
Cet apparent paradoxe nous met cependant sur la voie des vraies causes de la barbarie, les plus récentes comme celle des deux guerres. Plutôt que l’explication simpliste par les états-nations, stupéfiant les peuples dans la niaiserie des bons et des méchants ou dans des buts sous-jacents et inavoués, c’est une fois encore la sagesse grecque qui nous suggère d’où provient la gorgone, le visage hideux de la guerre et de la haine.
 
Dans la Grèce antique, les causes funestes avaient un nom. Hubris. La démesure, l’absence de limites, l’expansionnisme à tous crins, la tyrannie des passions aveuglées par l’ego et la vanité. Si l’architecture grecque insistait tant sur le sens des proportions, c’est en vertu d’une primauté accordée à la mesure en toutes choses, devant supplanter les débauches de puissance.
 
Or l’Hubris permet une nouvelle lecture de notre monde moderne. Elle réunit les termes qui semblaient opposés, conciliant les contraires selon l’expression du Stagirite, montrant le dépassement des simplismes de notre époque qui se pense moderne mais n’est plus capable de former un concept.
 
Car tous les expansionnismes relèvent de l’Hubris. Le pan-germanisme, le pan-soviétisme, le pan-islamisme, … tout comme l’avidité financière qui n’a plus de frontière. Le mondialisme libéral n’est en rien le contraire et encore moins l’antidote de l’expansionnisme débordant des nations ou des idéologies arriérées et agressives. Il n’est que l’un des autres modes d’expression de l’Hubris, répondant comme en écho aux barbaries qu’il est censé combattre, n’étant en réalité que leur résonance montant sans cesse dans une infernale escalade.
 
L’erreur – bien connue des psychologues comme le mentionne un Paul Watzlawick, est de croire que le mal n’est pas guéri parce que la dose de « potion miraculeuse » est encore insuffisante. Nos Diafoirus modernes versent alors encore un peu plus de leur élixir, sans voir qu’il est en réalité le parfait combustible de l’incendie, et s’étonnent de voir les flammes gagner encore en hauteur et en voracité. Combattre les débordements de violence ancestraux par de la mondialisation revient à vouloir éteindre un incendie en versant de l’essence dessus. Les dérapages de la dérégulation à tout va et de la concurrence destructrice de l’UE ne suivent pas un autre scénario.
 
La Patrie prend un tout autre visage dès lors que l’on comprend son rôle face aux divergences de l’Hubris : le sens que les cités grecques lui accordaient, nullement péjoratif bien au contraire. La patrie grecque est à dimension humaine. Elle pose des limites, des frontières et une mesure à l’homme, celles qui lui permettent précisément de se dépasser mais dans un sens constructif. En cette date proche de l’anniversaire de naissance de Georges Perec, faut-il rappeler l’effet stimulant des contraintes et des règles sur la créativité ? Encore une conciliation des contraires bien loin de nos simplismes modernes, qui confondent la liberté avec l’autorisation de se répandre partout, dans tous les sens du terme.
 
L’Hubris forme des conquérants décadents, ivres de puissance et d’orgueil répandant leurs passions et leurs turpitudes comme des déjections, tels le djihadiste de Daesh ou le trader de Wall-Street. Ils sont tous deux incapables de la maîtrise, celle des vraies conquêtes. Là où ils pensent vaincre ils ne font que se déverser, et rabaissent le monde qui se trouve autour d’eux.
 
La patrie est le lieu de la force maîtrisée, de la mesure de l’homme, conscient de ses limites, de ses devoirs, de ses responsabilités. Les versions dévoyées du patriotisme ont toujours été celles que l’Hubris avaient instrumentées, en les choisissant pour déguisement.
 
Un argument fut souvent avancé pour justifier l’élimination de tout sentiment national au sein de l’Europe : nous devions nous unir en un seul bloc, être suffisamment vastes pour rivaliser avec les grandes puissances économiques qui à elles seules représentent l’équivalent des ressources et de la population de l’Europe. Outre le fait que nombre de petits pays tirent très bien leur épingle du jeu économique, cet argument ignore les fondamentaux de l’histoire quant à la construction d’une communauté. Les USA, la Chine, le Brésil ou la Russie ne se sont pas constituées par l’imposition d’une superstructure abstraite et formelle par-dessus les territoires à unir, mais par une vie entièrement partagée, faite d’espoirs, de conflits, d’ambitions ou de regrets.
 
Aucune de ces unifications ne s’est d’ailleurs faite paisiblement : guerre de sécession ou royaumes combattants, les grands blocs ont tous scellé leurs histoires propres dans le sang de conflits qui mettaient en présence les différentes voies à prendre, les destins possibles de leur nation. Le très beau film de Zhang Yimou, Hero, relate cette geste concernant la constitution de la Chine. Jet Li y incarne l’un des derniers chevaliers à l’époque des royaumes combattants, troublée par d’incessantes luttes féodales. Il est venu pour assassiner le roi Qin, qui brigue le titre d’empereur et rêve d’unifier la Chine sous son égide. Qin est un homme tyrannique et la cause du chevalier semble juste. Alors qu’il a la possibilité de l’éliminer, le chevalier est finalement ému par le dernier plaidoyer de Qin, qui lui explique qu’en le tuant, c’est la dernière chance qu’aura la Chine de devenir un pays qui sera mise à mort. Et que pour le peuple, cette chance n’a pas de prix. Le chevalier repart en laissant le roi et futur empereur sain et sauf, afin que naisse le pays, que chacun ait une patrie : cette dernière scène est d’autant plus émouvante qu’il sait sacrifier sa vie en agissant ainsi. Les grands pays se sont ainsi constitués dans des aventures humaines faites de violence, de comportement parfois admirables, parfois terribles, non par des structures abstraites capables d’imposer des règlements, … ou des dérèglements. Les âmes béates qui ont pensé obtenir la paix par de telles superstructures sont de ceux qui pensent que l’on peut abolir la violence par décret.
 
C’est aussi le sens de l’épisode biblique de la tour de Babel. Il a toujours semblé étrange que l’Eternel punisse et mette à bas un projet recherchant la concorde entre les hommes. Mais Babel, malgré toutes ses bonnes intentions, est une construction ignorante de la mémoire et de l’histoire des hommes, une superstructure comme le sont l’UE ou l’ONU, un « machin », comme se plaisait à dire le Général. La leçon de Babel est qu’aucun grand projet n’a vu le jour s’il a omis de passer par les étapes de construction de la mémoire, s’il a pensé court-circuiter la lente gestation de la vie des peuples, parvenir au résultat final en mettant l’histoire entre parenthèses. Les seules logiques économiques, et a fortiori financières, sont la mise en œuvre de ces gouvernances en gants blanc et à l’air dégoûté et hautain que nous imposent les thuriféraires de l’UE. Leur sort est celui réservé à la mégalomaniaque tour biblique, dans laquelle la sagesse des antiques aurait vu une incarnation supplémentaire de l’Hubris, de bons sentiments et de soi-disant leçons sur la tolérance ne masquant qu’une inextinguible volonté de puissance, un mélange de candeur et de cynisme ignorant toutes les lois de l’histoire et de la solidarité entre les hommes.
 
La cité grecque nous donne un autre inestimable apport, celui de montrer comment les hommes atteignent à des valeurs universelles sans se bercer d’illusions. Les dévots de la mondialisation heureuse ne savent raisonner qu’en oppositions binaires, c’est-à-dire ne pas raisonner du tout : gentils ouverts contre méchants fermés, universalité contre patrie, humanité contre nation. La cité grecque est un microcosme, patrie et nation particulière, mais représentant l’univers ordonné qui est notre vision et notre souhait. En matière d’histoire et de mémoire des hommes, il n’y a pas à opposer le particulier et l’universel, mais montrer comment le particulier a pu incarner et exemplifier le tout. Lorsque les citoyens d’Athènes pénétraient dans le Parthénon, ils découvraient une représentation remarquable et hélas perdue du ciel étoilé sur la voute du bâtiment, puis aboutissaient aux pieds de l’Athéna Parthénos, la sculpture de Phidias représentant la déesse protectrice de la Cité. Combien l’héritage grec ne nous a-t-il pas laissé de valeurs devenues des universaux, concernant les lois ou les sciences, en même temps qu’elles étaient constituées au sein d’une patrie chérie et défendue par tous ses citoyens ?
 
Le patriotisme est ainsi un humanisme à deux titres. Celui du sens commun, de la proximité à l’être humain, à la « common decency » chère à Orwell, de celui qui s’intéresse aux hommes et les respecte. Nullement fermeture, il goûte sa propre culture pour mieux rencontrer celle des autres. Et si d’autres hommes veulent rejoindre son pays, l’offre qu’il leur fera sera véritable car pourvue d’un sens : bienvenue dans ma patrie, en tant que nouveau citoyen, à condition que vous partagiez son histoire et que vous la fassiez vôtre. Sans d’ailleurs renier nullement votre propre passé, qui vous a conduit jusqu’ici. Sans condition et sans âme, l’accueil de l’étranger n’a aucun sens, il est formalité administrative et non accueil humain invitant à nous rejoindre et à bénéficier de la solidarité nationale. S’il faut en résumer l’esprit d’un trait, la phrase admirable de Marc Bloch le dira : "Il est deux catégories de Français qui ne comprendront jamais l'histoire de France, ceux qui refusent de vibrer au souvenir du sacre de Reims ; ceux qui lisent sans émotion le récit de la fête de la Fédération." On ne peut mieux montrer ce qui est tout à la fois roman national propre à la France et émotion universelle.
 
Le patriotisme est aussi humanisme historique, celui que nous a légué la cité grecque, la recherche du microcosmos, communauté qui nous est propre mais également image de l’univers ordonné. Il est peu connu qu’il fut très présent lors de la période de la renaissance, bien que l’étude attentive de l’œuvre d’un Joachim Du Bellay le suggère. Bien plus tard, le risorgimento italien y puisera encore son inspiration, montrant un patriotisme humaniste et libérateur.
 
Enfin, faut-il rappeler que l’une des sagas les plus fondatrices de notre culture et pierre angulaire de l’humanisme légué par les anciens représente un homme cherchant à tout prix à rejoindre sa patrie, au terme d’une célèbre Odyssée ? Exploration du monde tout autant que voyage intérieur, l’épopée d’Ulysse montre le sens véritable du patriotisme, nullement agressif mais attachement aux êtres, condition des véritables rencontres avec le monde et avec l’autre. L’éternel explorateur et le symbole de l’humain, y compris avec ses défauts, est un homme qui revient sur son histoire, sa famille et ses attachements premiers, pour enfin les rejoindre. Tout homme doit avoir son Ithaque pour être véritablement souverain.
 
 
La dernière tirade du « Fanny et Alexandre » d’Ingmar Bergman nous donnera le dernier mot :
 
 « Il vaut mieux oublier les idées fumeuses et prétentieuses. Vivons dans ce qui est à notre taille. Dans notre petit monde. Et acceptons-le tel qu’il est. Chérissons-le, aimons-le. Tirons-en le meilleur parti  … Tout le problème est là, il faut comprendre les gens. Autrement nous n’oserons jamais les aimer ou en dire du mal … Le monde est un repère de brigands… Il n’épargne personne. Il s’attaque à tous, à Hélène, Victoria, à la petite Aurore. Nous devons retirer de la joie de notre cher petit monde, de ce que nous mangeons, de moindre sourire, des fleurs, des fruits et de ces belles valses. »
 
Dans ses dernières gammes, le maître suédois capte ainsi l’essence du théâtre : troupe, communauté soudée, tout en étant une image en miniature du monde qu’il cherche à comprendre et à civiliser. Le petit théâtre des hommes nous aide à comprendre le grand théâtre des opérations, et à humaniser celui-ci. Il n’est pas étonnant, une fois de plus, que le théâtre fût aussi prisé par les cités grecques. La patrie est cet attachement à notre petit monde, à son atmosphère familière, qui nous redonne confiance, courage et humanité.


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DÉFAITE D’OBAMA : LA TOTALITÉ DES GOUVERNEMENTS SUD-AMÉRICAINS LUI DEMANDE DE RETIRER SON DÉCRET CONTRE LE VENEZUELA

20 Mars 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #AMERIQUE, #Amérique Latine, #Le grand banditisme, #Le capitalisme;, #Les transnationales, #Terrorisme

Publié par Jean Lévy

 

 

DÉFAITE D’OBAMA : LA TOTALITÉ DES GOUVERNEMENTS SUD-AMÉRICAINS LUI DEMANDE DE RETIRER SON DÉCRET CONTRE LE VENEZUELA

Publié par Venezuela infos 

 

Cinglante défaite pour Barack Obama et nouveau pas dans l’unité et la souveraineté latino-américaines : tous les Etats membres de l’Union des Nations Sud-Américaines (Unasur), à savoir l’Argentine, la Bolivie, le Brésil, le Chili, la Colombie, l’Équateur, le Guyana, le Paraguay, le Pérou, le Surinam, l’Uruguay et le Venezuela se sont réunis en session extraordinaire à Quito ce samedi 14 mars 2015 pour manifester leur rejet unanime du décret pris par Washington contre le Vénézuéla le 9 mars 2015 parce qu’”il constitue une menace d’ingérence et de violation de la souveraineté et du principe de non-intervention dans les affaires intérieures d’autres États”.

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Chargé de lire la déclaration finale, le chancelier de l’Uruguay a expliqué que les douze gouvernements ont réaffirmé leur engagement “avec la pleine actualité du droit international, la solution pacifique des controverses et le principe de non-intervention” et, dans une claire allusion à la possibilité d’un blocus économique ou d’une invasion militaire, ont appelé tout gouvernement “à s’abstenir de mesures coercitives unilatérales qui violent le droit international”. Les participants à la réunion de Quito ont demandé instamment aux États-Unis d’évaluer et de mettre en pratique “des alternatives de dialogue avec le Gouvernement du Venezuela basée sur les príncipes de souveraineté des peuples« .

En outre, le porte-parole a rappelé que l’UNASUR poursuivra sa mission d’accompagnement du “plus large dialogue politique avec toutes les forces démocratiques vénézuéliennes, dans le plein respect de l’ordre constitutionnel, des droits humains et de l’État de droit”. La semaine passée la délégation de l’UNASUR s’était rendue à Caracas pour enquêter sur la tentative de coup d’État du 12 février contre le gouvernement de Nicolas Maduro, avait invité les diverses forces politiques à un réunion et s’était entretenue avec les autorités du Centre National Électoral. Au terme de ces travaux, le président de l’UNASUR, l’ex–président colombien Ernesto Samper, avait rejeté l’ ingérence extérieure et recommandé à l’opposition de jouer le jeu électoral et de renoncer à la violence.

Une position réaffirmée ce samedi par le chancelier uruguayen : “L’Unasur considère que la situation intérieure du Venezuela doit être résolue par les mécanismes prévus dans la Constitution vénézuélienne” et offre son plein appui dans le cadre de l’observation des prochaines élections législatives prévues cette année au Venezuela,  “convaincue de l’importance de maintenir l’ordre constitutionnel, la démocratie et la plus totale permanence des droits humains fondamentaux de l’Unasur”.

Pour rappel, le lundi 9 mars 2015, le gouvernement des États-Unis avait franchi un nouveau seuil dans les menaces vis-à-vis du Venezuela lorsque le président Barack Obama avait signé un ordre exécutif décrétant “l’urgence nationale aux États-Unis vu la menace extraordinaire et inhabituelle que représente le Venezuela pour notre sécurité nationale et notre politique extérieure” (sic). Ce document avait, en peu de jours, suscité une solidarité active avec le Venezuela de la part des mouvements sociaux latino-américains et de collectifs du monde entier qui ont défilé à Buenos Aires, à Brasilia, à La Paz, à Managua, à La Havane, etc.. jusqu’à Madrid : collectifs citoyens, mouvements étudiants, syndicats de travailleurs, mouvements paysans comme les Travailleurs Sans Terre du Brésil

 

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Marche de soutien au Venezuela á Buenos Aires

Marche de soutien à Buenos Aires

Marche de soutien au Vénézuéla á Brasilia

Marche de soutien à Brasilia

Le président équatorien Rafael Correa a déclaré : “Comment ne pas rejeter avec indignation cette barbarie ! A l’époque des dictatures des années 70, c’était quelque chose de commun mais aujourd’hui, en plein XXIème siècle ! Le droit international existe ! Que l’on soit ou non d’accord avec le gouvernement de Nicolas Maduro, la plus élémentaire des dignités nous oblige, en tant que latino-américains, à rejeter tant d’arrogance, tant d’unilatéralisme, tant d’impérialisme. Nous en avons assez ! Quelle honte !”. Pour l’ex-Président Mujica, dire que « le Venezuela est une menace est une folie, nous en avons assez de l’intromission permanemte des États-Unis ! » et  le président bolivien Evo Morales a exigé au président Obama de présenter ses excuses à l’Amérique Latine.

Des théologiens brésiliens de la Libération comme le père franciscain Leonardo Boff et l’évêque Pedro Casaldáliga, le Père nicaraguayen Miguel d’Escoto, ex-Président de l’Assemblée des Nations-Unies, ainsi que l’évêque Thomas Gumbleton et l’ex-Procureur Général des États-Unis Ramsey Clark, ont  écrit au président Obama pour lui demander de retirer son décret. “Nous qualifions d’honteux et de profondément hypocrite votre décret. Il constitue également une violation flagrante du droit international en tant que menace d’usage de la force contre le Venezuela et en tant qu’encouragement à vos agents vénézuéliens pour qu’ils continuent à déstabiliser le pays”. (1)

T.D., Caracas, 14 mars 2015.

Note: (1) Lire Cinq théologiens et activistes des droits humains écrivent à Obama sur le Vénézuéla, http://wp.me/p2ahp2-1NG

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Le 6 avril, les Néerlandais rejetteront-ils le rejeton du TAFTA ?

20 Mars 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #AMERIQUE, #Ukraine, #Europe supranationale, #Le grand banditisme, #Le capitalisme;, #Le traité Transatlantique., #Les transnationales

Le 6 avril, les Néerlandais rejetteront-ils le rejeton du TAFTA ?

jeudi 17 mars 2016

La ratification de l’accord UE-Ukraine qui s’est faite en France en catimini fera l’objet d’un référendum le 6 avril 2016 aux Pays Bas. Une nouvelle occasion pour les Néerlandais de dire NON ?

Grâce au zélé gouvernement Hollande-Valls, comme dans la plupart des autres pays de l’Union européenne, la ratification de l’accord UE-Ukraine* s’est faite en catimini. Moins de trois heures de débat à l’Assemblée et au Sénat. Aucun écho médiatique et silence des parlementaires. Cela pour cacher les lourdes implications politiques et économiques de cet accord. Aux Pays Bas, les citoyens ont arraché l’organisation d’un référendum.

Pour le grand patronat des pays de l’UE, l’Ukraine va devenir un nouvel Eden pour les délocalisations. La main d’œuvre y est encore « meilleur marché » que dans les pays de l’est membres de l’UE. Les droits sociaux, ou ce qu’il en reste, vont être tirés vers le bas. Les répercussions sont très négatives aussi pour le peuple ukrainien : le libre échange entre l’UE et l’Ukraine met automatiquement fin au libre échange entre l’Ukraine et la Russie (la Russie rentrerait sinon dans la même zone que l’UE). Or l’économie et en particulier ce qui reste de l’industrie en Ukraine est historiquement complémentaire de celle de la Russie. Concurrencée directement et « librement » par l’UE, elle va péricliter rapidement et entraîner chômage et pauvreté.

Enfin, l’accord d’association avec l’Ukraine risque d’introduire en Europe l’une des dispositions les plus dangereuses du traité de libre-échange entre l’UE et les Etats-Unis (TAFTA) : la possibilité pour les multinationales d’attaquer les Etats devant un tribunal arbitral international. Une fois de plus, le gouvernement « socialiste » n’a pas hésité à porter atteinte à la souveraineté de la France.

C’est donc pour empêcher son gouvernement de ratifier cet accord que peuple néerlandais a obtenu la tenue d’un référendum. 428 000 signatures ont été rassemblées lors d’une campagne « citoyenne », bien plus que les 300 000 requises par la Constitution. Le résultat sera considéré comme valide si la participation dépasse 30%. Certes le référendum sur l’accord d’association entre l’UE et l’Ukraine est non contraignant mais si le non l’emporte le gouvernement néerlandais sera en difficulté puisqu’il devra choisir : soit se soumettre à la volonté populaire (nombre de partis font campagne pour le NON) ou passer outre. Rappelons qu’en 2005, le peuple néerlandais avait, quelques jours après le peuple français, voté NON au projet de « constitution européenne ». Depuis, aux Pays Bas comme en France, le rejet populaire de l’UE n’a fait que s’amplifier. Le 6 avril prochain, les Néerlandais pourront à nouveau l’exprimer dans les urnes.

*En 2013, c’est le refus de l’accord avec L’UE, par le gouvernement légal de l’Ukraine, qui a déclenché la crise, le coup d’Etat et la guerre avec l’ingérence de l’Otan et de l’UE. S’en est suivi le soutien de l’UE au pouvoir putschiste du président Porochenko qui sombre dans la faillite, la corruption et la bienveillance à l’égard des groupes néonazis

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Michel Raimbaud contre les Etats voyous et les grandes voyoucraties

20 Mars 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #AMERIQUE, #La Russie, #Terrorisme, #Daesch, #La Turquie, #l'immigration

Le mardi 6 octobre 2015

Michel Rimbaud

Michel Rimbaud

Le point de vue de Michel Raimbaud, un ancien ambassadeur de France s’inscrivant dans la tradition de notre diplomatie gaullienne, nous a paru intéressant à faire connaître dans la situation actuelle.

On le savait déjà, il y a désormais deux camps dans la communauté des nations : celui du droit international œuvrant en faveur d’un nouvel ordre mondial multipolaire en gestation, et celui de l’hypocrisie et de l’arrogance qui cherche à préserver son hégémonie en installant le chaos partout où il rencontre de la résistance.

L’univers arabe et musulman et ses abords d’Afrique, d’Asie ou d’Europe sont le lieu d’une entreprise de destruction et d’asservissement conduite conjointement par l’empire atlantiste sous haute influence israélienne et ses clients islamistes radicaux. La Syrie est devenue le centre de gravité et l’enjeu d’une guerre inédite et perverse, mais aussi, pour ses promoteurs criminels, une cible emblématique.

La « mère de la civilisation », qui combat en première ligne les terroristes sauvages du soi-disant « Etat Islamique » et du front Al Nosra/al Qaida, est donc présentée comme « l’Etat voyou » par excellence par ceux-là mêmes qui financent, arment et soutiennent le gangstérisme sanglant des djihadistes. Dans nos « grandes démocraties », l’inversion des rôles est devenu si naturel que nul ne songe plus à s’en offusquer : c’est la base même du « false flag », omniprésent dans la narrative atlantiste.

L’Assemblée Générale des Nations Unies a consacré la journée du lundi 28 septembre dernier à la Syrie. Les puissants de ce monde ont utilisé cette tribune pour réaffirmer leurs positions sur l’interminable conflit. A la lumière des déclarations, il n’y a pas photo.

Obama dénonce la logique (russe) consistant à soutenir un « tyran » sous prétexte que l’alternative « serait pire ». Le tyran, c’est Bachar Al Assad, qui « massacre des enfants innocents ». Kerry, colombe repentie, précise : « Après tant de sang versé et de carnages, il ne peut y avoir un retour au statu quo d’avant la guerre ».

Le Nobel de la Paix ne manque pas d’air : s’il a peut-être apaisé les relations avec Cuba et anesthésié jusqu’à sa fin de mandat le dossier nucléaire iranien, s’il a renoncé aux « frappes punitives » en Syrie en raison de ses réticences et/ou devant la détermination de l’adversaire, il a allumé ou entretenu au moins autant de conflits que George Debeliou et il est à la tête d’un Etat responsable de la mort de millions d’enfants et d’adultes, de la destruction d’Etats et de sociétés entières, de dizaines de millions de vies brisées, sans même remonter aux centaines de milliers de victimes d’Hiroshima et Nagasaki.

Heureuse Amérique, bienheureuses « grandes démocraties », toujours sûres de leurs valeurs, plus souvent boursières que morales !

41ljf7j6i-l._sx340_bo1_204_203_200_-7db20Il faut le répéter, il n’appartient pas aux maîtres occidentaux, à Erdogan l’apprenti calife, ou aux potentats pétroliers, de prescrire l’avenir de la Syrie après l’avoir détruite : c’est au peuple syrien et à lui seul d’en décider, sans ingérence étrangère. C’est ce principe de souveraineté que rappelle le Président chinois, Xi Jin Ping, clamant haut et fort que l’ère unipolaire est révolue et que le monde est désormais multipolaire.

Vladimir Poutine se place lui aussi dans le cadre de la légalité internationale et soutient l’Etat syrien et son gouvernement, ainsi que « les forces armées du président Al Assad qui sont les seules à combattre réellement l’Etat Islamique”. Il propose une « large coalition antiterroriste » en Syrie et en Irak, dans laquelle les pays arabes « joueraient un rôle clé » et qui devrait inclure le gouvernement syrien et l’Iran, son allié. Les décisions du Président russe suscitent la colère des Occidentaux, qui ont refusé la résolution déposée au Conseil de Sécurité par le Kremlin. Ils sont agacés par la référence appuyée à un droit international qu’eux-mêmes traitent avec légèreté.

Pour perpétuer leur hégémonie, les dirigeants atlantistes avancent à l’ombre des faux drapeaux de la démocratie, de la justice, de la morale et du droit. Ils diabolisent les pays qui font obstacle à leurs ambitions en les reléguant dans la géhenne des Etats « préoccupants » ayant vocation à être dépecés en entités « démocratiques » à la mode de l’Oncle Sam : en bref, les « Etats voyous ». Ce concept a joué un rôle essentiel dans la stratégie américaine plusieurs décennies durant, et c’est en jouant de cet épouvantail que les Etats-Unis, encourageant leurs alliés à faire de même, ont violé et violent systématiquement le droit international.

Ce droit est fondé sur la Charte des Nations-Unies qui, dans son article 51, attribue au seul Conseil de Sécurité le pouvoir de prendre les mesures adéquates qu’il juge nécessaires au maintien de la paix et de la sécurité internationales « une fois constatée l’existence d’une menace contre la paix, d’une rupture de la paix ou d’un acte d’agression (…) ».

Mais les néocons de Washington se moquent de la légalité onusienne. Seules comptent « les menaces contre nos intérêts », qui sont le fait des « Etats voyous »et rendent nécessaires « des interventions militaires directes » et « le maintien de forces de projection considérables », particulièrement en direction du Proche-Orient. Pour ces faucons, le fondement du droit n’est pas la Charte de l’ONU, mais la Constitution américaine.

Selon Noam Chomski, « ce mépris de la primauté du droit est profondément enraciné dans la culture et les pratiques américaines ». Infiltrés au sein du « pouvoir profond », les néocons vont répandre chez les alliés occidentaux une idéologie dont le fondement reste simple : même si la guerre froide est terminée, les Etats-Unis conservent la responsabilité de protéger le monde face aux « Etats voyous ». En août 1990, Washington et Londres décrètent que l’Irak en est un, et ce ne sera que l’un des premiers d’une longue liste…

Une étude commandée en 1995 par le Strategic Command pose les « principes de base de la dissuasion dans l’après-guerre froide » : depuis que les Etats-Unis ont « remplacé l’Union soviétique par les Etats dits “voyous” », ils doivent projeter une image « irrationnelle et vindicative d’eux-mêmes », « certains éléments » du gouvernement apparaissant « comme potentiellement fous, impossibles à contrôler ». C’est une reprise de la « théorie du fou » de Nixon qui jugeait souhaitable que l’Amérique soit dirigée par « des cinglés au comportement imprévisible, disposant d’une énorme capacité de destruction, afin de créer ou renforcer les craintes des adversaires ».

Cette prose délirante justifie en quelque sorte la transformation des « grandes démocraties » en « voyoucraties », respectant les trois critères qui, selon l’un des « nouveaux historiens » israéliens, Avraham Shlaim, professeur émérite à Oxford, définissent l’Etat voyou, le « rogue state » des anglo-saxons :

  • Violer régulièrement la légalité internationale,
  • Détenir des armes de destruction massive,
  • Utiliser le terrorisme pour terroriser les populations civiles.

C’est ainsi que Robert McNamara, ex-secrétaire américain à la défense (de 1961 à 1968), estime en juin 2000 (The International Herald Tribune) que les Etats-Unis sont devenus un « Etat voyou ». Noam Chomski fera de même au début des funestes « printemps arabes », constatant que son pays « se place au-dessus du droit international ».

A l’heure où le Grand-Moyen Orient est ravagé par l’extrémisme islamiste, patronné par les Occidentaux et leurs affidés régionaux, le débat sur l’éthique dans les relations internationales est pipé. Le conflit n’est plus entre un monde « libre »et un monde « totalitaire », mais entre les partisans du droit international et du respect mutuel entre nations et ceux qui se comportent en Etats voyous, guidés par la « théorie du fou » et la stratégie du « chaos innovateur ».

Conviction réelle pour les uns, leurre pour les autres, la référence au droit international n’a pas la même valeur pour les deux camps : les prêcheurs de guerre jouent avec l’idée d’un conflit mondial qui assurerait leur triomphe… sauf si l’équilibre militaire des forces rend leur victoire trop incertaine.

La Russie vient donc de bouleverser la donne en proposant sa « grande coalition » et en se lançant dans une lutte globale contre les terroristes, conformément aux résolutions du Conseil de Sécurité et à la demande du gouvernement de Damas, tout en recherchant une solution politique entre Syriens, en application de l’accord de Genève. C’est un pavé dans la mare où depuis un an s’ébat presque seule la coalition US, dont les frappes homéopathiques détruisent la Syrie sans beaucoup nuire aux terroristes de Da’ech. C’est un pas important en direction de la paix, conforme au droit international. Les Européens saisiront-ils la perche ?

On l’a entendu à la tribune onusienne, le représentant du « pays des lumières », François Hollande, est plongé tout entier dans ses menées obscures et nourrit une obsession pathologique qui a nom Bachar, lequel doit être « neutralisé » et exclu de toute transition politique : « On ne peut faire travailler ensemble victimes et bourreau. Assad est à l’origine du problème : il ne peut pas faire partie de la solution ».

Droit dans ses bottes tordues, le grand chef de guerre fait valoir qu’il n’est pas seul sur cette position intenable : « Barack Obama s’y refuse, d’autres dirigeants (on sait lesquels – NDLR) s’y refusent. Les Russes doivent en tirer les conséquences », conclut-il, impérial. Prend-on des gants avec le chef d’un « Etat-voyou » quand on est soi-même aussi populaire ?

Mou face aux problèmes de l’Hexagone, Hollande aura fait preuve d’un activisme forcené face à des affaires qui ne le regardent pas, le conflit de Syrie par exemple, où la France a déjà un bilan accablant : mauvaise évaluation de la solidité de l’État syrien, de la crédibilité de l’opposition offshore, appui inacceptable à la rébellion armée débouchant sur la couverture du terrorisme, obsession de « neutraliser »Bachar Al Assad, volonté manifeste de casser la Syrie rebelle et acharnement dans la destruction de son identité.

Qu’on le veuille ou non, notre pays est partie prenante dans l’entreprise criminelle et prédatrice de ses alliés atlantistes, de ses amis turcs, saoudiens et qataris et des mercenaires qu’ils instrumentalisent. Il est coresponsable du résultat : des millions de réfugiés, déplacés, sinistrés, morts et blessés, des millions de familles dispersées, de vies brisées, le démantèlement du patrimoine, des infrastructures, des entreprises…

Il aura aussi fait preuve d’une approche très floue de la légalité internationale et d’un certain déficit de cartésianisme, les terroristes étant traités en ennemis au Mali et « faisant du bon boulot » en Syrie.

Dans les grands dossiers de ce début de millénaire – la glissade du Moyen-Orient vers le chaos, la déstabilisation de l’ex-glacis soviétique grâce à la sollicitude de l’Occident – la France est affaiblie comme jamais et a perdu sa crédibilité, car elle est en divorce avec les acteurs qui comptent. Son hypocrite diplomatie compassionnelle lui attire le mépris. Les écarts de langage font le reste. Des voix de plus en plus nombreuses s’élèvent pour réclamer le départ de Fabius, condition nécessaire mais non suffisante pour se refaire une virginité.

Fabius et Hollande étant ce qu’ils sont, on peut craindre que la France tarde à coopérer avec la Russie, l’Iran et la Syrie pour rétablir une paix juste et durable, dans le cadre d’un ordre mondial nouveau. Mais notre pays devra bien sortir de la triple impasse dans laquelle il s’est enfermé : l’entêtement à rester internationalement hors-la-loi devra céder la place à une politique plus décente et moins destructrice. En d’autres termes, il s’agira de reprendre son rôle traditionnel de faiseur de paix et non pas de fauteur de guerre.

Les citoyens des « grandes démocraties » finiront-ils par s’inquiéter de la dérive « voyoucratique » de leurs élites dirigeantes qui fait peu à peu de l’Occident arrogant une minorité honnie et haïe par le reste de la planète ? Comme on dit : ça urge.

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Interview – Bahar Kimyongür : «L’Algérie connaît mieux que quiconque les ravages du wahhabisme»

20 Mars 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #AMERIQUE, #Le capitalisme;, #Israël - palestine - Moyen-Orient, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #Terrorisme

Interview – Bahar Kimyongür : «L’Algérie connaît mieux que quiconque les ravages du wahhabisme»

 
Bahar Kimyongür. D. R.
Bahar Kimyongür. D. R.

Algeriepatriotique : La France vient de remettre au prince héritier des Al-Saoud la Légion d’honneur tandis que la Belgique décore le président Erdogan de l’Ordre de Léopold. De hautes distinctions pour deux pays qui soutiennent le terrorisme. Comment expliquez-vous que l’Occident récompense ainsi le soutien au terrorisme ?
Bahar Kimyongür :
Elites occidentales et monarchies du Golfe font partie du même monde. Nos rois et leurs rois ont les mêmes objectifs, les mêmes intérêts, la même (im)moralité. Les dirigeants français et belges veulent entretenir de bons rapports avec leurs amis, leurs clients et leurs alliés stratégiques. Ils sont prêts aux pires compromissions pour satisfaire leurs intérêts personnels. Comme l’a d’ailleurs écrit le conseiller de Hollande pour le Moyen-Orient David Cvach, «c’est le moment d’acheter des actions MBN», initiales de Mohammed Ben Nayef. Le chef de la patrie des droits de l’Homme achète les faveurs de tortionnaires, de bourreaux et de criminels de guerre et vice-versa. C’est le contraire qui aurait été surprenant. Nos dirigeants nous font passer la pilule en arguant que les régimes saoudien et erdoganien luttent contre le terrorisme alors que ces deux régimes sont les principaux sponsors du terrorisme au Moyen-Orient. On dit que l’argent n’a pas d’odeur. L’argent que le prince Mohammed Ben Nayef a offert à Hollande en a bien une : l’odeur du sang des victimes du terrorisme.
Il fut un temps où l’Occident avait fait le pari de greffer l’islam turc, dit islam modéré et libéral, sur le monde arabe. Cependant, l’implication directe d’Erdogan dans les conflits internes de l’Irak, de l’Egypte, du Liban et de la Syrie a fait de lui l’homme le plus détesté de la région. Comment expliquez-vous son passage de réformateur éclairé à dictateur ?
Erdogan a toujours été un insatiable dictateur. Au début, il devait cacher son jeu, s’appuyer sur la confrérie Gülen, draguer l’élite intellectuelle, composer avec des forces politiques et des acteurs économiques concurrents, séduire l’Union européenne, surfer sur la cause palestinienne comme il l’a fait face à Shimon Peres au Forum économique de Davos. Il a dû pratiquer la taqiyya,la ruse, pour gravir les échelons et s’emparer des pleins pouvoirs. Si sa popularité convertie en victoires électorales retentissantes et l’appui international que le réseau des Frères musulmans lui a prodigué ont trahi son tempérament de fier-à-bras, c’est surtout la tape dans le dos de Barack Obama qui a fait d’Erdogan un faucon du Moyen-Orient. L’administration Obama a poussé Erdogan à s’impliquer dans la guerre contre Al-Assad lorsque le gouvernement syrien a commencé à vaciller face à l’insurrection islamiste tout comme les administrations Carter et Reagan poussèrent Saddam Hussein à affronter l’Iran de Khomeiny. Les pressions américaines sur Erdogan pour qu’il s’implique dans le conflit syrien ont été révélées par le journal Sabah,un média pro-Erdogan qui fait état d’une réunion entre le leader turc et le directeur de la CIA Leon Panetta en mars 2011. La mission de Panetta fut de convaincre Erdogan de lâcher Al-Assad et c’est ce qui se produisit. Erdogan a fini par accueillir l’ASL, la Coalition nationale syrienne (CNS) puis, en toute logique, les terroristes de la terre entière. Toutes ces forces combattent par procuration pour le compte d’Erdogan qui, lui-même, combat en Syrie par procuration pour le compte des Etats-Unis. Finalement, Erdogan est certes un dictateur, mais il reste un simple exécutant aux ordres de Washington et un intermédiaire entre les Etats-Unis et la galaxie Daech-Nosra-Ahrar-ASL.
«Daech disparaîtra quand Al-Assad s'en ira», a déclaré le ministre saoudien des Affaires étrangères, Adel Al-Jubeir, en visite en France, il y a quelques jours. Est-ce un aveu indirect que le groupe terroriste est actionné et soutenu par l'Arabie Saoudite ?
Le régime wahhabite est conscient que sa doctrine est en adéquation et donc en concurrence directe avec Daech. Il constate non sans crainte que la sympathie de la population sunnite saoudienne envers Daech grandit. La monarchie redoute Daech à domicile. Par contre, cette même monarchie voit Daech comme un moindre mal en Syrie, au Yémen ou en Irak tant que ce groupe combat les Etats, les idéologies ou les communautés jugées hostiles : Syrie laïque, Iran chiite, minorités alaouite, chrétienne ou zaydite. Il y a une instrumentalisation évidente de Daech de la part du régime saoudien. Lors de la prise de Mossoul par Daech, certains médias saoudiens proches du pouvoir se réjouissaient du triomphe de la «révolution sunnite» contre Maliki le chiite. Le nombre de Saoudiens chez Daech, dont des membres de l’armée saoudienne de haut rang, est une illustration parmi d’autres de la proximité idéologique et stratégique qui existe entre Daech et les Saoud. Les guerres du régime saoudien contre l’Irak, la Syrie, le Liban et le Yémen constituent un soutien indirect à Daech dans la région. Si les Saoud avaient réellement voulu le bien du peuple yéménite, ils se seraient alliés aux Houthis et aux troupes de Saleh contre Daech et Al-Qaïda. Eh bien, non ! Le roi Salmane préfère se concentrer sur l'anéantissement des seules forces yéménites qui résistent contre les deux groupes terroristes les plus barbares de notre siècle.
La Tunisie fait face, depuis l’année passée, à des attaques terroristes sur son sol, la dernière étant l’attaque de Ben Guerdane. L’arsenal découvert et le nombre de terroristes impliqués dans l’opération renseignent sur l’existence de cellules terroristes sur le sol tunisien. Le triomphalisme des Tunisiens ne risque-t-il pas d’avoir un effet néfaste sur la lutte contre le terrorisme ?
Au lendemain d’un événement aussi traumatisant que l’opération djihadiste de Ben Guerdane, le triomphalisme peut s’avérer utile pour souder le peuple tunisien autour de son armée. Mais le gouvernement tunisien devra veiller à ne pas sombrer dans l’ivresse du succès, car le djihadisme tunisien n’est pas près de se tarir. Près de 5 000 Tunisiens combattent en Syrie et plus d’un millier en Libye. La Tunisie est de plus en plus fréquemment le théâtre d’attaques terroristes d’ampleur : attentat du musée de Bardo, de Sousse, explosion dans un bus militaire à Tunis. Sans oublier les assassinats ciblés contre des militants laïcs et de gauche comme Chokri Belaïd et Mohamed Brahmi. Le sanctuaire terroriste libyen est aux portes de la Tunisie. La guerre du peuple tunisien contre Daech est donc loin, très loin d’être finie.
Avez-vous des échos sur la situation qui prévaut en Syrie ?
Depuis l’intervention russe, les terroristes n’ont plus remporté de victoire. Les raids qu’ils lancent contre l’armée syrienne finissent en Bérézina. Damas est solidement sécurisée. Les quartiers d’Alep occupés par les terroristes sont en passe d’être repris par l’armée. La province de Latakia a été entièrement libérée. A Deraa, les groupes terroristes sont en recul. Palmyre se transforme en cimetière pour Daech. Restent les provinces d’Idlib sous la férule d’Al-Nosra et puis Raqqa et Deirezzor, deux provinces quasi entièrement occupées par Daech. Sur le front nord, les Forces démocratiques syriennes (FDS) chapeautées par les Kurdes YPG, sont parvenues à chasser Daech de la province de Hassaké et avancent face à Daech dans le nord de la province d’Alep. L’annonce par le président Poutine du retrait prochain de ses troupes du front syrien indique que la Syrie est à même d’affronter les reliquats terroristes. Cela dit, l’armée syrienne continuera d’être appuyée dans les airs par Moscou. Au sol, elle le sera par les miliciens des Forces de défense nationale (NDF), par Téhéran, par le Hezbollah libanais, par des volontaires afghans et irakiens chiites, par des volontaires internationaux arabes sunnites (Garde nationale arabe), par des tribus syriennes sunnites (Shaïtat, Maghawir), par des ex-rebelles mobilisés dans l'Armée de la loyauté, par les Brigades Baath, par les forces kurdes (YPG), par les Druzes du Bouclier de la nation, par les brigades assyriennes (Sotoro)... Parallèlement, de timides initiatives de réconciliation voient le jour en marge des négociations de Genève tandis que l’étau se desserre autour de certaines zones acquises aux forces anti-gouvernementales, permettant l’accès aux convois humanitaires. Cinq ans après le début de la contre-révolution syrienne, on peut enfin croire en la fin du cauchemar.
L’Algérie a refusé de participer à la guerre au Yémen et de classer le Hezbollah comme organisation terroriste. Reste-t-elle le seul bastion contre l’hégémonisme saoudien après l’écroulement de l’Irak, de la Libye et de la Syrie ?
L’Algérie connaît mieux que quiconque le colonialisme occidental et le terrorisme djihadiste. Le peuple algérien a subi ces deux fléaux durant deux décennies et a fini par les vaincre : 1954-1962 et de 1991 à 2002. Elle connaît mieux que n’importe quel pays musulman les ravages idéologiques et culturels du wahhabisme au sein du monde islamique et les valeurs sacrées et universelles de la résistance incarnées dans le monde islamique par le Hezbollah. Même durant les moments les plus critiques de la crise syrienne, l’Algérie n’a jamais caché ses sympathies envers le peuple syrien, son gouvernement et son armée tout en insistant sur la nécessité de trouver une solution politique à la crise syrienne. Cette position respectueuse de la souveraineté nationale syrienne a valu à l’Algérie d’être continuellement attaquée par le régime saoudien. Plusieurs pays arabes ont plus ou moins poursuivi leurs relations avec la Syrie, notamment l’Egypte, la Tunisie et Oman. Mais seule l’Algérie a assumé sa solidarité avec fermeté. Malgré les pressions saoudiennes et occidentales, l’Algérie entretient d’excellentes relations avec l’Iran, détruisant par la même occasion tous les clichés sur la soi-disant guerre entre monde sunnite et monde chiite. L’Algérie, en tant que capitale du tiers-mondisme, est restée fidèle à son histoire. C’est tout à son honneur. Le peuple syrien résistant lui en est infiniment reconnaissant.


Interview réalisée par Mohamed El-Ghazi
Bahar Kimyongür a fait l’objet d’un mandat d'arrêt international lancé par le régime islamiste d’Ankara à son encontre.

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Colombie : va-t-on prendre le problème du para-militarisme au sérieux ? Julian Cortés

20 Mars 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #AMERIQUE, #Amérique Latine, #La France, #Le socialisme, #Le capitalisme;

13 mars 2016

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C'est sur cette question que s'achève la lettre publique adressée au Président de la République de Colombie Juan Manuel Santos par le meneur paysan Andrés Gil (1), également dirigeant du mouvement Marche Patriotique. Ce dernier appelle à la mise en détention des assassins d'activistes colombiens après l'assassinat en moins d'une semaine de William Castillo, Klaus Zapata, Marisela Tombe, et Alexander Oime, figures du monde paysan et estudiantin et du mouvement indigène

 

Cet article est extrait du Journal de Notre Amérique du mois de mars (n°12)



Pour Andrés Gil le manque d’écho dans la presse et au sein du gouvernement concernant ces morts est inquiétant, et il remet en question la véritable volonté du gouvernement quant au processus de paix.

S’adressant au gouvernement, il déclare ceci : « Si vous continuez à nous tuer, alors nous comprendrons que la paix n’était pas mise en œuvre pour nous mais qu’il s’agissait uniquement d’un coup monté du gouvernement et des groupements d’intérêts économiques pour viabiliser le pays afin d’y développer leurs affaires, de transformer les paysans en travailleurs journaliers, les travailleurs en employés de prestataires de services, les patients en clients, les étudiants en apprentis d’instituts techniques (…) et les vendeurs ambulants en nécessiteux puisqu’ils gênent et enlaidissent les villes. »

La situation n’est pas moins préoccupante si l’on prend en compte que nous sommes deux ans après la création du mouvement politique de gauche Marche Patriotique et qu’en 2014 son dirigeant et ex-parlementaire Piedad Córdoba déplorait l’assassinat de 70 de ses membres (2).

Dans sa missive, Gil regrette également être fatigué de la persécution constante qu’il subit à l’instar de beaucoup d’autres dirigeants qui reçoivent des menaces répétées de nouveaux groupes paramilitaires affiliés à la politique droitière de la Colombie. Il dénonce aussi le harcèlement permanent contre Prensa Rural [NdT : Presse Rurale] et Contagio Radio, deux médias alternatifs qui sont constamment désignés par les médias de masse comme proches des FARC-EP.

Ces éléments posés, le tour d’horizon d’une éventuelle étape post accord comporte beaucoup d’écueils. Premièrement, la poursuite du phénomène du paramilitarisme qui allié à la politique droitière remplit un rôle central pour contrer l’avancée des forces démocratiques et révolutionnaires en Colombie. Le devoir du gouvernement est d’empêcher un génocide tel que celui qui a été perpétré contre l’Union Patriotique dans les années 80. Les FARC-EP ont de leur côté toujours déclaré qu’il était nécessaire que l’État combatte véritablement le paramilitarisme, mais il semble y avoir des liens profonds et très difficiles à dénouer entre les forces armées colombiennes et ces forces paramilitaires liées au narcotrafic. Les intérêts de nombreuses élites régionales sont menacés en cas d’un éventuel accord de paix.

Deuxièmement, il est évident que les élites colombiennes maintiendront leur campagne de dissimulation des mouvements sociaux à l’inverse des médias alternatifs qui sont aujourd’hui victimes de persécution officielle et officieuse. La possibilité d’une démocratisation des médias comme le propose cette même insurrection ne s’est pas traduite dans les accords de La Havane et il persiste même une sorte d’exception concernant les insurgés qui déclarent que sans démocratisation des médias une réelle participation politique des forces d’opposition n’est pas possible.

Si l’on arrive à percevoir tous ces éléments avant la signature des accords de La Havane, quelle sera la situation une fois que les guérilleros auront dit adieu aux armes et qu’ils deviendront un mouvement politique légal ?

Notes :

1) http://www.las2orillas.co/president...

2) http://www.telesurtv.net/news/Denun...

Traduit de l’espagnol par Rémi Gromelle

Source : Le Journal de Notre Amérique n°12, mars 2016 (à paraître prochainement)

 

 

 
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L’Amérique Latine entre turbulence et résistance Alex Anfruns, Romain Migus

20 Mars 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #AMERIQUE, #Amérique Latine, #Le socialisme, #Le capitalisme;

14 mars 2016

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Sociologue installé en Amérique Latine depuis de nombreuses années, Romain Migus est un observateur privilégié du rôle des mouvements sociaux qui ont réussi à contrecarrer les politiques d'austérité du FMI depuis plus d'une décennie. Alors que la droite est actuellement en train de récupérer des espaces de pouvoir - tant au Venezuela qu'en Argentine- et continue à menacer la Bolivie et l'Equateur avec l'appui des Etats-Unis, nous nous demandons quels sont les défis des processus révolutionnaires dans l'immédiat et dans la durée. Romain Migus répond à nos questions.

 

Cette interview est extraite du Journal de Notre Amérique du mois de mars (n°12)

- Commençons par le début. Après avoir souffert des politiques du FMI pendant les années 80 et 90, les mouvements sociaux d’Amérique Latine firent émerger au début des années 2000 des leaders qui, pour la première fois, ressemblaient à leurs peuples : Evo, Lula, Chavez... Comment ce bouleversement politique a t-il été rendu possible ?

Après la chute du mur de Berlin et le démembrement de l´Union Soviétique, la gauche - c´est à dire tous ceux qui portaient un discours et une pratique politique orientés à la défense du travail et des classes populaires - s´est trouvée brusquement orpheline de ce qui fut le grand référent des luttes au cours du XXe siècle. Du coup, face au néolibéralisme triomphant, il a fallu se réinventer.

Ce n´est pas un hasard si les premières révoltes contre la « fin de l´Histoire » nous vinrent de l´Amérique Latine puisque, dès 1973 et le coup d´Etat de Augusto Pinochet, ce continent a été le laboratoire de l´implantation des théories néolibérales. En 1989 d´abord, la révolte du Caracazo au Venezuela a matérialisé dans le sang des victimes (2000 morts) le refus de ce modèle économique générateur de misère et d´exclusion sociale. De même, le cri de la jungle Lacandone et l’irruption sur le devant de la scène de l´Armée Zapatiste de Libération Nationale (EZLN) s´inscrivaient dans ce rejet du modèle néolibéral et la construction d´alternatives.

Face aux bouleversements et aux renoncements d´une gauche dont le but avait toujours été la prise de pouvoir, on a pu constater à cette époque l´émergence d´une nouvelle gauche radicale en rupture avec le marxisme « orthodoxe », ses pratiques politiques et sa phraséologie.

Racontez-nous de quelle façon la gauche s’est renouvelée

Les mouvements sociaux remplacèrent les partis, les « multitudes » se substituèrent aux classes sociales. Puisque le « Pouvoir » ne correspondait plus au Pouvoir d´Etat, comme l´ont ensuite souligné certains auteurs de l´époque (je pense évidemment à John Holloway, figure intellectuelle incontournable de ce changement d´Epistémè), l´organisation d´une partie de la société en vue de gagner les espaces politiques de l´administration de l´Etat devint une chimère.

Les mouvements sociaux se révélèrent néanmoins être une puissante force de lutte contre les conséquences du néolibéralisme, plus à même de convoquer et d´organiser les populations que les structures traditionnelles de contestation (partis communistes ou révolutionnaires, syndicats) en crise depuis la disparition du bloc soviétique.

Tant le Mouvement des Sans Terres au Brésil (MST) que la Confédération des Nationalités Indigènes (Conaie) en Equateur ou encore les associations de voisinages en Bolivie et le mouvement Piqueteros en Argentine, tous ont joué un rôle prépondérant non seulement dans la résistance au Consensus de Washington mais aussi pour imposer dans l´agenda politique de leurs pays respectifs des idées « nouvelles » (l´écologie politique ou l´égalité de genre) ainsi que des sujets aussi anciens que la lutte des classe : justice sociale, vivre-ensemble, éducation, santé publique de qualité, etc.

Ces années de lutte ont été un réservoir d´idées mais aussi de pratiques politiques et discursives pour faire émerger un nouveau leadership régional. Face à des peuples dévastés par deux décennies de néolibéralisme, le discours anti-néolibéral et patriotique s´est avéré comme le mieux à même de porter une alternative au pouvoir.

Mais justement, ne s´était-on pas éloigné à travers l´idéologie « mouvementiste » de la prise du pouvoir ?

Si les mouvements sociaux des années 90 ont bien évidemment aidé à construire une alternative politique crédible et légitime, ce ne sont pas eux qui ont pris le pouvoir (dans certains cas, comme en Equateur, la Conaie n´a d´ailleurs pas soutenu la candidature de Rafael Correa en 2006). Les alliances politiques et les leaders qui les représentaient ont effectivement repris à leur compte toute une série de revendications des mouvements sociaux mais ils ont, pour prendre le pouvoir, établi une série d´alliance avec des secteurs de la population qui n´ont jamais été partie prenante des luttes des années précédentes.

Pour prendre le contrôle de l´Etat et changer la réalité sociale des citoyens, il a été nécessaire de construire une nouvelle hégémonie politique qui va bien au-delà des simples courants de gauche ou des mouvements sociaux.

Une fois au pouvoir, les gouvernements des Chavez, Lula, Evo, Correa, ou des Kirchner ont appliqué des politiques sociales qui ont vidé le discours des mouvements sociaux de leur substance. Par ailleurs, beaucoup d´acteurs de ces années de lutte ont été cooptés par l´appareil d´Etat ou par les nouveaux partis créés pour répondre aux attentes électorales.

Si l´on devait acter la rupture définitive entre les défenseurs de l´idéologie « mouvementiste » et les partisans du socialisme du XXIe siècle, je crois qu´il faut revenir au 27 janvier 2006. Ce jour-là, en conclusion du Forum Social Mondial à Caracas, Hugo Chávez rappela la nécessité de la prise de pouvoir pour améliorer les conditions de vie des peuples latino-américains et construire une société plus juste. Dix ans plus tard, ce débat peut apparaitre surréaliste, surtout chez les plus jeunes, mais à l´époque le discours de Chavez avait provoqué un tollé et suscité une rupture idéologique qui aujourd´hui a pris des tournures parfois très violentes entre certains tenants de l´ultragauche et les gouvernements progressistes au pouvoir.

Sauf que l´on peut juger ou faire un bilan de ces gouvernements. Quels ont été les principaux acquis de cette décennie d´or ?

La période néolibérale a été terrible pour les peuples d´Amérique Latine. Le nombre de pauvres dans ce continent est passé de 100 millions en 1980 à 210 millions en 1996. Les taux de malnutrition, de mortalité infantile, de chômage ont explosé. Les Etats latino-américains sont bradés sur l´autel des privatisations. Jugez vous-mêmes : 90 milliards de dollars de biens publics passent des mains de l´Etat à la gestion privée entre 1988 et 2003.

Les gouvernements progressistes ont replacé l´Etat sur le devant de la scène. Ce dernier est devenu l´acteur central autour duquel s´est réorganisée la distribution de la richesse, la réduction des inégalités mais aussi une forme de démocratie participative. Et cela marche, comme le démontrent les statistiques de la Commission Economique des Nations Unies pour l´Amérique Latine et les Caraïbes (Cepal).

En Amérique Latine, durant la période 1999-2014, le taux de pauvreté est passé de 43,8% à 21,1% de la population, le chômage est passé de 11.2% à 6.8% sur la même période. La mortalité infantile a été diminuée de plus de la moitié, les taux de scolarité dans le primaire et le secondaire ont augmenté de façon exponentielle tout comme l´accès à la santé. Et encore, je vous donne là des chiffres de l´Amérique Latine dans son ensemble. Lorsque l´on regarde des pays comme la Bolivie, le Venezuela ou l´Equateur, cette amélioration des conditions de vie est encore plus significative.

Ces mesures quantitatives sont très importantes car elles sont un bon indicateur du chemin parcouru. Nous ne sommes pas dans une discussion de salon pour savoir s’il s´agit du vrai socialisme, si Lénine aurait été d´accord ou pas avec Chávez et Evo. Il en va de la vie de millions de personnes.

- Malgré cela, nous avons assisté aux défaites du kirchnerisme en Argentine, du chavisme au Venezuela et plus récemment d´Evo Morales au referendum concernant la possibilité pour le Président bolivien de pouvoir se représenter en 2019, comment l´expliquez-vous ?

En tout premier lieu, il faut mentionner l´extrême dépendance de ces processus révolutionnaires à l´exploitation des matières premières. La chute de celles-ci a frappé de plein fouet les politiques de redistribution sociale des gouvernements progressistes. Prenons le Venezuela, par exemple. Son économie est dépendante de son exploitation pétrolière qui représente 98 % de ses exportations et donc de ses rentrées de devises, et 50 % des recettes fiscales.

La baisse de plus de la moitié de la valeur du brut depuis l’arrivée au pouvoir de Nicolas Maduro en 2013 a considérablement amputé le budget de l’État vénézuélien. Le cas du pays bolivarien est symptomatique mais il reflète la réalité de tous les pays de la région. Cette dépendance aux matières premières a été une des préoccupations des gouvernements progressistes. Le Venezuela a essayé de développer son agriculture, l´Equateur mise sur l´économie de la connaissance pour dépasser ses politiques extractivistes mais les changements de matrice productive impliquent aussi un changement culturel qui prend du temps. N´oublions pas que la révolution industrielle en Europe s´est étalée sur 70 ans et ne s´est pas déroulée dans le contexte démocratique que connaissent les révolutions latino-américaines. Cette crise qui affecte les conquêtes sociales des années passées est donc un premier élément de réponse.

Pendant cette crise, les forces réactionnaires, sont-elles restées les bras croisés ?

Bien sûr que non. Parallèlement, l´opposition néolibérale a appris de ses nombreuses défaites électorales. Elle s´est réorganisée, sous l´auspice de l´empire états-unien, afin de reconquérir le pouvoir. Nous avons donc assisté au cours de ces dernières années à un changement stratégique. Il n´est plus possible pour un politicien latino-américain de prétendre revendre les bienfaits du néolibéralisme.

Ce serait la défaite assurée. Des gourous du marketing politique tel que l´équatorien Jaime Durán Barba ou le vénézuélien Juan José Rendón ont élaboré une série de tactiques basées sur l´appel aux émotions de l´électorat, en leur présentant des candidats jeunes peu ou pas liés avec le passé néolibéral. Le discours politique est complètement éludé au profit d´un style festif, proche du peuple (alors que la majorité des candidats appartiennent à la grande bourgeoisie comme c’est le cas de Macri en Argentine, Capriles au Venezuela ou encore Lasso en Equateur).

Il convient de vendre à un consommateur (l´électeur) un produit politique (le candidat) en utilisant les mêmes ressources que dans le marketing ou la publicité. La triangulation politique, stratégie promulguée par Dick Morris ancien conseiller de Bill Clinton, est systématiquement appliquée pour faire croire à ceux qui auraient des réserves quant au produit-candidat que ce dernier maintiendrait les bonnes politiques des gouvernements progressistes mais en les améliorant.

Evidemment, il ne s´agit ici que de stratégies de prises de pouvoir. Une fois en place, le nouveau gouvernant applique à la lettre toutes les vieilles recettes néolibérales : destruction de l´Etat, privatisations, dérèglement des marchés, alignements sur les politiques du FMI ou de la Banque Mondiale. Mais, lorsque les consommateurs-électeurs se rendent compte que l´offre publicitaire était un mirage, ils n´ont plus que leurs yeux pour pleurer, car tous les média publics passent sous la coupe du nouveau pouvoir. L´Argentine de Macri est un cas exemplaire de cette nouvelle stratégie de la droite latino-américaine.

La droite a donc profité du contexte marqué par la crise économique et la chute du prix du pétrole ?

En effet. Mais en plus de la crise et des nouvelles stratégies des droites latinos, il y a, à mon avis un troisième facteur qui peut nous aider à comprendre pourquoi les électeurs choisissent de voter pour des projets politiques allant à rebours de leurs intérêts personnels et de classes. Il s´agit de l´incapacité des processus révolutionnaires à avoir construit une hégémonie culturelle qui assure la continuité du pouvoir. Il ne s´agit pas seulement d´un thème communicationnel mais de nouvelles valeurs, d´une esthétique qui ancre définitivement certains éléments dans le sens commun.

Il y a eu des tentatives et certaines réflexions à ce sujet mais, dans l´ensemble, trop embryonnaires. Cette absence a évidemment favorisé l´émergence et la réception du discours de la droite dans de nombreux secteurs de la population, notamment chez les jeunes (qui n´ont connu et vécu que sous les gouvernements progressistes) et parmi les nouvelles classes moyennes (les anciens pauvres dont les conditions de vie se sont améliorées sans un renouvellement des valeurs idéologiques et culturelles).

Pour conclure cette question, on voit bien que la seule alternative aux gouvernements progressistes est une alternative de droite et qu´elle implique un changement terrible pour des millions de Latino-américains.

Peut-on en conclure, comme certains l’affirment, que c’est la fin des révolutions populaires en Amérique Latine ?

Je ne pense pas. D´abord parce que les peuples latino-américains savent désormais qu´il existe une alternative possible au néolibéralisme. Et ce, parce qu´ils ont vécu cette expérience pratique du pouvoir. Ce qui est très différent des années 90 ou de la situation en Europe en ce moment. L´argument du TINA ("There is not alternative", NdlR) de Margaret Tatcher est impensable dans cette région du monde.

Deuxièmement, il y a désormais des partis politiques ou des alliances électorales fortement organisées et qui vont jouer le rôle de contrepouvoir s´ils sont dans l´opposition. Troisièmement, il y a une symbolique forte qui renvoie aux plus belles années de ces révolutions : le leader, le pouvoir populaire, le socialisme, l´intégration régionale. Ces symboles peuvent même se convertir en mythes populaires au fil des années. Le chemin révolutionnaire ouvert en Amérique Latine a encore de beaux jours devant lui. La perte du pouvoir n´est pas synonyme de la fin de la révolution. Regardez la France par exemple.

La « Constituante » n´est pas la « Monarchie Constitutionnelle », la Convention n´est pas la mal nommée « Terreur » et celle-ci n´a pas grand-chose à voir avec le Directoire, voire même avec l´Empire. Et pourtant, il s´agit de la Révolution Française dont, parait-il, « on ne peut rien extraire sous peine de déroger à la vérité historique ». Et même aujourd´hui, qu´on le veuille ou non, l´épopée révolutionnaire française d´il y a 200 ans est encore le socle autour duquel s´organise notre vie politique. Donc, n´en déplaise aux entreprises de communication du Capital, il n´ont pas fini d´entendre parler du socialisme du XXIe siècle en Amérique Latine.

Vous allez être en France ces jours-ci pour donner deux conférences sur les thèmes que nous venons d´évoquer...

J´ai effectivement été invité par notre cher camarade Jean Ortiz et par Marielle Nicolas à participer à l´excellent festival CulturAmerica à Pau le 18 mars 2016 à 20h30 à l´Amphithéâtre de la présidence de l´Université de Pau et des pays de l´Adour. Comme je ne viens pas souvent en France, j’en profiterai pour étendre le débat sur Paris. Ce sera le 22 mars 2016, au Lieu-dit, 6 rue Sorbier, dans le XXe arrondissement de Paris.

Cette interview est une bonne mise en bouche. Nous nous attaquerons à la côte de bœuf lors de ces deux conférences. Ce sera très didactique parce que le modèle typique d´une conférence magistrale est généralement assez chiant. Et ce n’est pas parce que c´est moi qui la donne que cela va changer. C´est pour cela que je vais essayer de modifier un peu le prototype en incluant des vidéos, de l´humour, des anecdotes, des détournements d´images. Pour qu´on se marre un peu tout en restant dans l´analyse. L´idée, c´est surtout que des gens qui ne connaissent rien de l´Amérique Latine viennent débattre avec nous. Qui plus est, cette conférence est un palindrome. On peut l´écouter comme une analyse des processus révolutionnaires en Amérique Latine mais, dans l´autre sens, on devine des éléments pratiques pour sortir de la décadence politique en France et en Europe.

Il ne s´agira pas d´une analyse académique, encore moins d´une lecture politicienne, mais d´un regard de l´intérieur, d´un ensemble de photographies appartenant à un modeste voyageur qui a pris le train en marche il y a maintenant 12 ans ; un témoignage non objectif (puisque militant) mais honnête (car militant). Un regard où se croiseront et s´entremêleront le politique et l´humour, l´historique et l´anecdotique, le calme de la réflexion et la fureur de l´action.

Source : Journal de Notre Amérique, mars 2016 (à paraître)
 

 

Conférence de Romain Migus : Un regard sur les révolutions populaires dans une Amérique Latine en turbulence"

22 mars 2016

à 19h au Lieu-Dit, 6 rue Sorbier, Paris XXe

Avec :

Michel Mujica, Ambassadeur de la République Bolivarienne du Venezuela en France.

Romain Migus, écrivain, journaliste installé au Venezuela depuis 2005. Auteur de nombreux articles sur la Révolución bolivarienne et la guerre médiatique ainsi que trois ouvrages en español, disponible sur www.romainmigus.com : La Telaraña imperial (avec Eva Golinger, Monte Avila, 2008), El programa de la MUD (Barrio Alerta, 2012), El imperio contraataca (Fondo editorial Wilian Lara, 2013).

 

 
 
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