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Le blog de Lucien PONS

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Que peuvent les Russes face à une attaque américaine en Syrie ?

15 Octobre 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #La nation ., #La mondialisation, #L'OTAN., #La Russie, #AMERIQUE, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #Terrorisme, #Comité pour une Nouvelle résistance, #Daesch

Que peuvent les Russes face à une attaque américaine en Syrie ?

Aux dernières nouvelles, la Russie a lancé un ultimatum passif aux États-Unis sur la Syrie
Saker US
Saker US

Par The Saker – Le 5 octobre 2016 – Source The Saker

Les tensions entre la Russie et les États-Unis ont atteint un niveau sans précédent. Je suis totalement d’accord avec les participants à l’émission CrossTalk, la situation est même pire et plus dangereuse que pendant la crise des missiles cubains. Les deux camps se dirigent maintenant vers ce qu’on appelle un Plan B  qui, pour le dire simplement, représente au mieux pas de négociations et, au pire, une guerre entre la Russie et les États-Unis.

L’essentiel à comprendre dans la position russe, dans d’autres conflits récents avec les Etats-Unis, est que la Russie est toujours beaucoup plus faible qu’eux et qu’elle ne veut par conséquent pas la guerre. Cela ne signifie pas pour autant qu’elle ne s’y prépare pas activement. En réalité, elle le fait intensément et activement. Tout cela signifie que si un conflit éclatait, la Russie essaierait, autant qu’elle le peut, de le maintenir aussi limité que possible.

Théoriquement, les niveaux possibles de confrontation sont, en gros, les suivants :

  1. Une impasse militaire du genre Berlin 1961. On pourrait dire que c’est déjà en cours en ce moment, quoique à distance et de manière moins visible.
  2. Un incident militaire unique, comme ce qui est s’est passé récemment lorsque la Turquie a abattu un SU-24 russe et que la Russie a choisi de ne pas riposter.
  3. Une série d’affrontements localisés semblables à ce qui se passe actuellement entre l’Inde et le Pakistan.
  4. Un conflit limité au théâtre de guerre syrien (disons comme une guerre entre le Royaume-Uni et l’Argentine à propos des îles Malouines).
  5. Une confrontation régionale ou mondiale entre les États-Unis et la Russie.
  6. Une guerre thermonucléaire totale entre les États-Unis et la Russie.

Pendant mes années d’études en stratégie militaire, j’ai participé à de nombreux exercices d’escalade et de désescalade, et je peux attester que s’il est très facile de trouver des scénarios d’escalade, j’attends encore de voir un scénario de désescalade crédible. Ce qui est possible, cependant, c’est l’«escalade horizontale» ou «escalade asymétrique», dans laquelle un camp choisit de ne pas faire monter les enchères ou de pratiquer directement l’escalade, mais choisit plutôt une autre cible de représailles, pas nécessairement plus utile, seulement différente, mais de même niveau d’importance conceptuelle (aux États-Unis, Joshua M. Epstein et Spencer D. Bakich ont fait la plus grande partie du travail novateur à ce sujet).

La principale raison pour laquelle nous pouvons nous attendre à ce que le Kremlin tente de trouver des options asymétriques pour répondre à une attaque des États-Unis est que dans le contexte syrien, la Russie est désespérément sous-armée par rapport aux États-Unis/OTAN, du moins quantitativement. La solution logique pour les Russes est d’utiliser leur avantage qualitatif ou de chercher des «cibles horizontales» comme options possibles pour des représailles. Cette semaine, quelque chose de très intéressant et de très inhabituel s’est produit : le major-général Igor Konachenkov, le chef de la Direction du service de presse et d’information du ministère de la Défense de la Fédération de Russie, a ouvertement mentionné l’une de ces options. Voici ce qu’il a dit :

«En ce qui concerne les menaces de Kirby [porte-parole du Département d’État] sur de possibles pertes d’avions russes et le renvoi de soldats russes en Russie dans des sacs mortuaires, je voudrais dire que nous savons exactement où et comment de nombreux «spécialistes non officiels» opèrent en Syrie et dans la province d’Alep, et nous savons qu’ils sont impliqués dans la planification opérationnelle et supervisent les interventions des militants. Bien sûr, on peut continuer à insister sur le fait qu’ils sont impliqués sans succès dans la tentative de séparer les terroristes de al-Nusra des forces de l’«opposition». Mais si quelqu’un tente de mettre ces menaces à exécution, il n’est pas du tout certain que ces militants auront le temps de se sortir de là.»

Sympathique, non ? Konachenkov semble menacer les «militants», mais il est sûr de mentionner qu’il y a beaucoup de «spécialistes non officiels» parmi ceux-ci et que la Russie sait exactement où ils sont et combien il y en a. Bien sûr, officiellement Obama a déclaré qu’il y a quelques centaines de conseillers spéciaux en Syrie. Une source russe bien informée suggère qu’il y a plus de 5 000 conseillers étrangers auprès des Takfiris, y compris environ 4 000 Américains. Je suppose que la vérité est quelque part entre ces deux chiffres.

Donc la menace russe est simple : vous nous attaquez et nous attaquerons les forces étasuniennes en Syrie. Bien sûr, la Russie niera farouchement viser les militaires américains et insistera pour dire que l’attaque n’était dirigée que contre des terroristes, mais les deux camps comprendront ce qui se passe ici. Fait intéressant, la semaine dernière, l’agence de presse iranienne Fars a rapporté qu’une telle attaque russe avait déjà eu lieu :

30 agents israélien du renseignement extérieur tués dans une attaque de missile Kalibr russe à Alep : 

«Les navires de guerre russes ont tiré trois missiles Kalibr sur la salle des opérations de coordination d’officiers étrangers dans la région de Dar Ezza dans la partie ouest d’Alep, près de la montagne Sam’an, tuant 30 officiers israéliens et étrangers», a annoncé le service en arabe de l’agence de presse russe Sputnik, citant une source du champ de bataille d’Alep qui l’a dit mercredi. La salle des opérations était située dans la partie occidentale de la province d’Alep au milieu de la haute montagne Sam’an et d’anciennes grottes. La région est profondément insérée dans une chaîne montagneuse. Plusieurs officiers américains, turcs, saoudiens, qataris et britanniques ont aussi été tués en même temps que les officiers israéliens. Les officiers étrangers qui ont été tués dans la salle des opérations d’Alep dirigeaient les attaques des terroristes à Alep et Idlib.» 

Que cela se soit vraiment passé ou que les Russes diffusent de telles histoires pour indiquer que cela pourrait arriver, le fait reste que les forces étasuniennes en Syrie pourraient devenir une cible évidente pour une riposte russe, par missile de croisière, bombes traditionnelles ou opération directe par les forces spéciales russes. Les États-Unis ont aussi plusieurs installations militaires secrètes en Syrie, y compris au moins un aérodrome avec des avions à rotors basculants à mission multiple V-22.

Un autre développement intéressant a été l’information rapportée par Fox News selon laquelle les Russes déploient des S-300V (c’est-à-dire des systèmes anti-missiles et anti-aériens SA-23 Gladiator) en Syrie. Lisez cet excellent article pour une analyse détaillée des capacités de ce système anti-missile. Je le résumerai en disant que les S-300V peuvent contrer des missiles balistiques, des missiles de croisière, des avions radar à très basse altitude (furtifs) et des avions AWACS. C’est un système de défense aérienne au niveau d’une armée ou d’un corps d’armée, tout à fait capable de défendre la plus grande partie de l’espace aérien syrien, mais aussi d’atteindre la Turquie, Chypre, la Méditerranée orientale et le Liban. Les radars puissants de ce système pourraient non seulement détecter et accrocher des avions américains (y compris furtifs) à longue distance, mais ils pourraient aussi fournir une aide énorme aux quelques avions de combat russes assurant la supériorité aérienne en leur fournissant une image claire du ciel et de l’aviation ennemie en utilisant des liaisons cryptées. Enfin, la doctrine aérienne étasunienne est extrêmement dépendante de l’usage des avions AWACS pour guider et soutenir les combattants américains. Les S-300V contraindront les AWACS des USA/OTAN à opérer à des distances très inconfortables. Entre les radars à longue portée des Sukhoi russes, les radars sur les croiseurs russes au large de la côte syrienne et les radars des S-300 et S-300V au sol, les Russes auront une bien meilleure vision de la situation que leurs homologues américains.

Il semble que les Russes s’efforcent de compenser leur infériorité numérique en déployant des systèmes haut de gamme pour lesquels les États-Unis n’ont pas de véritable équivalent ni de bonnes contre-mesures.

Il y a essentiellement deux possibilités de dissuasion : le déni, lorsque vous empêchez votre ennemi de frapper ses cibles, et la riposte, lorsque vous rendez les coûts d’une attaque ennemie inacceptables pour lui. Les Russes semblent suivre les deux pistes à la fois. Nous pouvons donc résumer l’approche russe de la manière suivante :

  1. Retarder autant que possible une confrontation en gagnant du temps.
  2. Tenter de maintenir toute confrontation au niveau d’escalade le plus bas possible.
  3. Si possible, répliquer avec des escalades asymétriques/horizontales.
  4. Plutôt que de l’«emporter» contre les USA/OTAN, rendre les coûts de l’attaque trop élevés.
  5. Essayer de faire pression sur les «alliés» des États-Unis dans le but de créer des tensions au sein de l’Empire.
  6. Essayer de paralyser les États-Unis au niveau politique en rendant les coûts d’une attaque politiquement trop onéreux.
  7. Essayer de créer progressivement les conditions sur le terrain (Alep) qui rendent futile une attaque des États-Unis.

Pour ceux qui ont grandi avec les films de Hollywood et qui continuent à regarder la télévision, ce genre de stratégie ne suscitera que frustration et condamnation. Il y a des millions de stratèges en chambre qui sont sûrs qu’ils pourraient faire un bien meilleur travail que Poutine pour contrer l’Empire US. Ces gens nous ont dit depuis des années maintenant que Poutine a «vendu» les Syriens (et les Novorusses) et que les Russes devraient faire ceci ou cela pour vaincre l’Empire anglosioniste. La bonne nouvelle est qu’aucun de ces stratèges en chambre n’est au Kremlin et que les Russes s’en sont tenus à leur stratégie ces dernières années, un jour après l’autre, même lorsqu’ils étaient critiqués par ceux qui veulent des solutions rapides et «faciles». Mais la principale bonne nouvelle est que la stratégie russe fonctionne. Non seulement l’Ukraine occupée par les nazis est en train de s’effondrer, mais les États-Unis sont fondamentalement à court d’options en Syrie (voir cette excellente analyse de mon ami Alexander Mercouris dans The Duran).

La seule étape logique qui reste pour les États-Unis en Syrie est d’accepter les conditions de la Russie ou de s’en aller. Le problème est que je ne suis pas convaincu que les néocons, qui dirigent la Maison Blanche, le Congrès et les médias dominants américains, soient «rationnels». C’est pourquoi les Russes ont recouru à tant de tactiques dilatoires et pourquoi ils ont agi avec une aussi grande prudence : ils affrontent des idéologues professionnels incompétents qui ne se conforment tout simplement pas aux règles non écrites, mais claires, qui président à des relations internationales civilisées. C’est ce qui rend la crise actuelle encore beaucoup plus grave que la crise des missiles cubains : une superpuissance est clairement devenue folle.

Les Américains sont-ils assez fous pour risquer une Troisième Guerre mondiale à cause d’Alep ?

Peut-être que oui, peut-être que non. Mais qu’en est-il si nous reformulons la questions et demandons…

Les Américains sont-ils assez fous pour risquer une Troisième Guerre mondiale afin de maintenir leur statut de «nation indispensable dans le monde», de «dirigeant du ‘monde libre’», de «Cité sur la colline» et tout le reste de leur non-sens impérialiste ?

Là, je suggérerais que oui, ils en sont potentiellement capables.

Après tout, les néocons ont raison lorsqu’ils ont le sentiment que si la Russie se met à défier ouvertement les États-Unis et à les vaincre en Syrie, personne ne prendra plus jamais les anglosionistes au sérieux [dans leur posture exceptionnaliste, NdT].

Que croyez-vous que pensent les néocons lorsqu’ils voient le président des Philippines qualifier publiquement Obama de «fils de pute» et puis dit à l’Union européenne d’«aller se faire foutre» ?

Bien sûr, les néocons peuvent encore trouver un certain réconfort dans la soumission abjecte des élites politiques européennes, mais ils savent que l’inscription est sur le mur 1 et que leur Empire tombe rapidement en ruines, non seulement en Syrie, en Ukraine ou en Asie mais même aux États-Unis. Le plus grand danger ici est que les néocons puissent tenter de rassembler la nation autour de son drapeau, soit en mettant en scène une nouvelle action sous fausse bannière soit en déclenchant une véritable crise internationale.

En ce moment précis, tout ce que nous pouvons faire est d’attendre en espérant qu’il y ait suffisamment de résistance au sein du gouvernement pour empêcher une attaque des États-Unis sur la Syrie avant que la nouvelle administration entre en fonction. Et tandis que je ne suis pas un partisan de Trump, je serais d’accord que Hillary et sa méchante cabale de néocons russophobes est si mauvaise que Trump me donne quelque espoir, du moins par rapport à Hillary.

Donc si Trump l’emporte, la stratégie de la Russie sera fondamentalement justifiée. Une fois que Trump est à la Maison Blanche, il y a au moins la possibilité d’une redéfinition complète des relations entre les États-Unis et la Russie, qui commenceraient évidemment par une désescalade en Syrie. Alors que Obama/Hillary refusent catégoriquement de se débarrasser de Daesh (par là, je veux dire al-Nusra, al-Qaïda et toutes leurs diverses dénominations), Trump semble déterminé à les combattre sérieusement, même si cela signifie que Assad reste au pouvoir. Il y a très certainement une base pour un dialogue ici. Si Hillary gagne, alors les Russes devront faire un choix absolument crucial : quelle est l’importance de la Syrie dans le contexte de leur objectif de rendre à nouveau la Russie souveraine et faire tomber l’Empire anglosioniste ? Une autre manière de formuler la même question est : «La Russie préférerait-elle une confrontation avec l’Empire en Syrie ou en Ukraine ?»

Une façon d’évaluer l’état d’esprit en Russie est d’examiner le langage d’une loi récente proposée par le président Poutine et adoptée par la Douma et relative à l’Accord entre la Russie et les États-Unis sur la gestion et l’élimination du Plutonium (PMDA dans son sigle anglais), qui, de nouveau, a vu les États-Unis échouer encore une fois à remplir leurs obligations, et que la Russie a maintenant suspendu. Ce qui est intéressant est le langage choisi par les Russes pour énumérer les conditions auxquelles ils recommenceraient à participer à cet accord et, fondamentalement, seraient d’accord pour reprendre tout type de négociations sur l’armement :

  1. Une réduction de l’infrastructure militaire et du nombre de troupes américaines stationnées sur le territoire des États membres de l’OTAN qui ont rejoint l’alliance après le 1er septembre 2000, aux niveaux où ils étaient au moment où l’accord original est entré en vigueur.
  2. L’abandon de la politique hostile des États-Unis à l’égard de la Russie, ce qui exigerait l’abolition de la Loi Magnitsky de 2012 et des conditions de la Loi sur le soutien à la liberté de l’Ukraine de 2014, qui étaient dirigées contre la Russie.
  3. L’abolition de toutes les sanctions imposées par les États-Unis sur certains ressortissants de la Fédération de Russie, individus et entités légales russes.
  4. La compensation de tous les dommages subis par la Russie en raison de l’imposition de sanctions.
  5. Les États-Unis sont aussi tenus de soumettre un plan clair pour l’élimination irréversible du plutonium couverte par le PMDA.

Non, les Russes ne délirent pas. Ils savent très bien que les États-Unis n’accepteront jamais de telles conditions. Donc de quoi s’agit-il réellement ? C’est une façon diplomatique mais sans ambiguïté de leur dire exactement la même chose que le président philippin Duterte (et Victoria Nuland) a dit à l’Union européenne.

Les Américains devraient commencer à faire attention.

The Saker

Article original paru sur The Unz Review

Traduit par Diane, vérifié par jj pour le Saker francophone

 
  1.  « L’inscription sur le mur », un idiotisme, est un présage de destin douloureux ou de malheur. Il est tiré du Livre de Daniel où un écrit surnaturel prédit la chute de Babylone. La version anglaise « The writing on the wall » est très utilisée dans la littérature. Wikipédia
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Syrie : la Russie et le régime de Bachar Al-Assad mènent “une guerre d’extermination”, par Nicolas Tenzer

14 Octobre 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Histoire, #La France, #AMERIQUE, #La mondialisation, #L'OTAN., #La Russie, #Terrorisme, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La paix, #Les média

14 Octobre 2016

Syrie : la Russie et le régime de Bachar Al-Assad mènent “une guerre d’extermination”, par Nicolas Tenzer

Alors pour les lecteurs élèves de Sciences-Po, voici aujourd’hui un cours de propagande.

La Russie et le régime de Bachar Al-Assad mènent “une guerre d’extermination“, par Nicolas Tenzer

Donc on commence par un titre bien choc, avec si possible undes mots Exterminer, Boucher ou Criminel.

Il faut que ce soit vraiment choc (comme la Stratégie du choc), pour frapper votre esprit de stupeur puis d’indignation, afin qu’il cesse de réfléchir.

Et que vous ne vous interrogiez pas sur le pourquoi des choses, les stratégies à l’oeuvre, les intérêts…

Source : France TV info, Nicolas Tenzer, 04/10/2016

Nicolas Tenzer, professeur à Sciences Po, accuse sur franceinfo la Russie de vouloir “tuer tout ce qui peut être tué” à Alep. Il explique que “seuls les États-Unis peuvent intervenir, l’Europe ne peut vraiment rien faire”.

C’est bien, on va encore avoir du coup la qualité du corps professoral de Sciences-Po, et donc al qualité de nos futurs (et donc, du coup, probablement derniers…) dirigeants à l’avenir, vu l’endogamie de la classe politique.

Douma, ville tenue par les rebelles à l'est de Damas, le 3 octobre. (ABD DOUMANY / AFP)

Douma, ville tenue par les rebelles à l’est de Damas, le 3 octobre. (ABD DOUMANY / AFP)

Alep est sous les bombes des avions russes et du régime de Bachar Al-Assad. La communauté internationale semble impuissante alors que les habitants de la ville du nord de la Syrie appellent à l’aide. Nicolas Tenzer, président du Think Tank Cerap et professeur à Sciences Po, a accusé mardi 4 octobre sur franceinfo la Russie de vouloir “tuer tout ce qui peut être tué”. Il a dénoncé la “faillite stratégique des Etats-Unis”.

franceinfo : Dans une tribune dans Libération vous évoquez une “guerre d’extermination”

Nicolas Tenzer : C’est bien une guerre d’extermination, on frappe délibérément. Les frappes russes et les frappes du régime visent des enfants, des civils, des marchés, des hôpitaux, des sauveteurs. Il y a une volonté de tuer tout le monde. De tuer tout ce qui peut être tué (…)

Ben oui, cible hautement stratégiques ! Je crois aussi que leurs snipers visent surtout les grands-mères en fauteuil roulant…

Cela renvoie la communauté internationale à une impuissance totale, qui correspond à une réalité. Face à une puissance aussi forte que la Russie, seuls les Etats-Unis peuvent intervenir, l’Europe ne peut vraiment rien faire.

Eh oui, c’est important d’appeler à l’aide, face à des bombardements en plein guerre, la puissance qui est à l’origine de tout ça (Merci Georges Bush) et qui, accessoirement, a rasé Hiroshima et Nagasaki…

Les Etats-Unis ont suspendu les discussions bilatérales avec la Russie. Qu’est-ce que cela va changer ?

Cela ne change absolument rien pour les Russes. Toutes les discussions, toutes ces négociations dans lesquelles les Américains n’auraient jamais dû s’engager, n’ont abouti à rien, sinon à renforcer les positions russes. C’est le cas de la dernière trêve [le 12 septembre], qui n’a pas été plus appliquée que les autres. C’est une faillite stratégique des États-Unis.

Obama n’aurait-il pas raté le coche en 2013 ?

François Hollande avait pris la bonne décision. (…)

Toujours féliciter le Pouvoir en place quand on est propagandiste attitré. D’ailleurs, qui pourrait douter que Hollande soit LA bonne personne pour prendre LES bonnes décision, hein… En plus, il était aidé par Fabius alors…

Il y avait des crimes contre l’humanité qui avaient été commis (…)

Bien sûr, plein..

Il fallait y aller, Barack Obama avait donné son accord et, on le sait, il l’a retiré après.

Ben oui, il a dit que les infos n’étaient pas fiables. Il a dû se dire qu’on risquait un jour d’appliquer le lois du Tribunal de Nuremberg, et qu’il pourrait finir pendu…

Ensuite, il s’est enlisé dans des négociations sans aucun sens.

On sent bien que pour le prof à Sciences-Po, les négociations sont à proscrire – c’est pour les faibles.

Concrètement, chaque seconde, chaque minute, chaque mois qui passe, ce sont des milliers voire des centaines de milliers de morts.

oui des centaines de milliers tous les mois, bien sûr… (300 000 en 60 mois, dont 100 000 djihadistes),

Comment empêcher que le massacre continue en Syrie ?

La seule solution, ce n’est pas d’armer les rebelles, c’est d’empêcher que les avions de la Russie et du régime d’Assad survolent Alep et les autres villes. (…)

Eh oui, le gouvernement syrien ne va pas survoler ses villes quand même !

C’est d’empêcher qu’ils puissent décoller et, donc, prendre le risque d’une confrontation avec la Russie.

!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

Ce qui se passe en Syrie actuellement est peut-être le pire évènement depuis la Seconde Guerre mondiale.

Tiens j’aurais parlé du Vietnam, des millions de morts en Irak, du génocide des Khmers Rouges ou du Rwanda ou du Congo…

Mais je ne suis pas prof à Sciences Po…

Il y a eu des crimes bien pires en nombre de victimes, mais là c’est un changement stratégique. Pour la première fois, on a un membre permanent du Conseil de Sécurité qui est un État criminel.

États-Unis : Hiroshima, Vietnam, Irak, etc.

France : Algérie, etc.

Chine : Tibet, etc.

Royaume-Uni : Inde, Afrique, Irlande…

Et en l’espèce, si la Russie est criminelle car elle bombarde Alep pour en chasser les terroristes qui ont hélas pris la population ne otage, il faudra m’expliquer ce qu’on bombarde nous-même en Syrie…

On est face à un criminel de guerre. Il faut le dire en ces termes. On ne peut pas dire : “On va négocier avec Poutine”. C’est quelqu’un qui a du sang sur les mains.

Je préfère ne pas dire le fond de ma pensée pour évite rl’injure publique (et soyez aussi polis en commentaire svp, sous peine de banissement)…

RIP Sciences-Po

Pour voir l’extrait vidéo et écouter l’interview c’est ici

Source : France TV info, Nicolas Tenzer, 04/10/2016

nicolas-tenzer

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2e couche sur Slate :

tuer

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Rappel : Article 20 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques de l’Onu de 1966 :

propagande-guerre-1

Toute propagande en faveur de la guerre est interdite par la loi.

avec cette réserve que la France s’est empressée de mettre:

propagande-guerre-2

“Adéquate” comment du coup ?

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C’était déjà bien drôle, mais alors quand j’ai vu ça ce soir :

onu-376

Passons sur le fait que quand on bombarde les djihadistes, ça aide les djihadistes.

Mais parlons du bilan à Alep : 376 morts en 2 semaines à cause des “bombardements massifs” !

Cela fait 25 morts (de trop !) par jour – sans qu’on sache combien ils y a de djihadistes dedans. Prenons l’hypothèse 0 pour être sympas.

La guerre en Syrie a fait 300 000 morts en 5 ans, donc 100 000 civiles environ, soit 55 par jour.

J’ai donc du mal à voir le changement brutal qu’il y aurait et qui nécessite ce délire dans tous nos médias…

Je rappelle que le génocide au Congo, c’est 6 millions de morts en 15 ans, soit 1 100 par jour... Et là, ce n’est même pas qu’on n’est pas intervenu, c’est qu’on en a même pas entendu parler !

Et face à ces 376 morts (pour combattre Al-Qaïda, hein !), on a eu ça la semaine passée :

 

sanaa

38 % du total d’Alep en un seul raid, chapeau ! Et pour un bel objectif :

sanaa-2

Bref, on semble quand même bien loin de ça (Vietnam) :

https://www.youtube.com/watch?v=JsGSlx7i9Z8&feature=youtu.be

 

 

Conclusion : on augmente encore le risque de confrontation pour un bien triste évènement, mais sans nouveauté…

 

65 réponses à Syrie : la Russie et le régime de Bachar Al-Assad mènent “une guerre d’extermination”, par Nicolas Tenzer

Commentaires recommandés

Duracuir Le 14 octobre 2016 à 07h11
 
 

Pourquoi Marianne, le présente-t-elle comme prof à Science-Po alors qu’elle aurait peut-être pu préciser qu’il avait aussi de grosses respnsabilité à l’institut ASPEN-France. Aspen de “Aspen” dans le Colorado dont le bureau est composé de gens neutres et pacifiques comme Madeleine Albright, Condoleeza Rice, le milliardaire philantrope célèbre Koch et bien plein d’autres dans le genre.
Pourquoi caché ce “détail”? C’est honteux ?
Parce que là, c’est le prof à Science Po qui parle où c’est le cadre dirigeant de la cellule française d’un Think Tank US bien marqué?
https://fr.wikipedia.org/wiki/Nicolas_Tenzer

  1. 14 octobre 2016 
     

    Sur l’appel à l’aide des “villes du nord” c’est démenti par les rebelles eux même qui refusaient tout cessez-le-feu déclarant qu’ils se battaient jusqu’à la victoire de leur révolution (islamique), tout comme Ils refusaient l’aide alimentaire des nations-unies accusées de comploter contre eux :
    Video d’une de leur manif :
    https://youtu.be/qN70jXkc_LM
    Article complet de thetelegraph indiquant que les nations-unis accusent les groupes rebelles d’instrumentaliser la situation humanitaire pour obtenir des “gains politiques” (pile poil ce qu’il se passe) :
    http://www.telegraph.co.uk/news/2016/09/14/un-says-armed-syrian-groups-blocking-aid-to-aleppo-for-political/

  2.  Le 14 octobre 2016 
     

    L’information vraiment intéressante c’est que Poutine vient de déclarer que si des pays voulaient la guerre, Ils l’auraient. Toute attaque sur la Syrie sera considérée comme une declaration de guerre vis à vis de la Russie.
    Quand c’est le président d’une nation nucléaire qui dit ça, c’est très clair et pas rassurant (ce qui est le but aussi).
    Cela met l’Europe au pied du mur : sommes nous prêt à déclarer la guerre à la Russie pour défendre Alep ?
    En France, malgré la détermination des fosialaud la réponse est clairement non.
    Les pays européens sont divisés.
    Cela explique peut-être cette rage décuplée qui s’affiche dans certains journaux et qui reflète une frustration …
    Quant aux USA, ça serait la 1ère fois qu’ils rentreraient en guerre directe contre la Russie depuis près d’1 siècle.
    S’ils envoient uniquement des missiles (plusieurs centaines satureraient la capacité de défense anti-aerienne) Ils se feront couler un croiseur ou un destroyer.
    S’ils attaquent aussi avec l’aviation, Ils y perdront des avions.
    Bref leur sang coulera et ils reviendront discuter.
    Le jeu est très dangereux. Je pense (et espère) que s’il y a un accrochage, ce sera un point d’étape ramenant tout le monde à la table des discussions.

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Les États-Unis rappellent qu’ils ne veulent pas s’interdire la première frappe nucléaire 

14 Octobre 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Histoire, #AMERIQUE, #La Russie, #La France, #La guerre

4 Octobre 2016


Les États-Unis rappellent qu’ils ne veulent pas s’interdire la première frappe nucléaire 

Le Secrétaire à la Défense Ash Carter s’adresse aux troupes sur la base Kirtland de l’Air Force, au Nouveau Mexique, le 27 septembre 2016. (Image : Département de la Défense des États-Unis)

Le Secrétaire à la Défense Ash Carter s’adresse aux troupes sur la base Kirtland de l’Air Force, au Nouveau Mexique, le 27 septembre 2016. (Image : Département de la Défense des États-Unis)

Military.com, le 27 septembre 2016, par Richard Sisk

Le Secrétaire à la Défense Ashton Carter a déclaré mardi que la doctrine de dissuasion nucléaire, qui permet la possibilité d’une « frappe préventive » avant une attaque ennemie, restera à la base de la doctrine américaine, en dépit de l’introduction de nouvelles générations d’armes nucléaires.

« C’est notre doctrine actuelle et nous n’avons pas la moindre intention de la changer, » a dit Carter aux aviateurs lors d’une session de questions-réponses sur la base aérienne de Kirtland, au Nouveau Mexique.

Carter répondait à une question à propos de nations telles que la Corée du Nord et la Russie qui exhibent leur arsenal nucléaire pour bousculer, intimider et voir si les États-Unis donneraient suite.

« Ce n’est pas la méthode américaine de brandir ses armes, pas la méthode américaine d’intimider, a précisé Carter. Aussi loin que je puisse me souvenir, les dirigeants américains se sont toujours conduits avec un immense respect vis-à-vis de l’effrayant pouvoir destructeur de ces armes. »

OB : il ne ment pas, notez, vu qu’il est né en 1954…

bombardement-hiroshima

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Toutefois, Carter a suggéré que la doctrine de la dissuasion pourrait être « ajustée » dans le futur pour s’adapter aux nouvelles menaces. « On ne peut pas toujours faire la même chose, a-t-il dit. Nous devons observer ceux que nous dissuadons et nous adapter en fonction de cela. »

Les États-Unis doivent « être conscients que les autres raisonnent différemment en matière d’armes nucléaires, » a déclaré Carter, et « nous allons devoir adapter notre approche de la dissuasion en conséquence. » Il n’a pas donné de détails sur la façon dont les États-Unis pourraient s’adapter.

Depuis l’aube de l’ère nucléaire, la base de la doctrine de dissuasion des États-Unis a été que toute « première frappe » ennemie serait suivie d’une réponse massive. Mais aucun président américain n’a exclu la possibilité de lancer d’abord une attaque nucléaire avant qu’un ennemi ne frappe.

En réponse aux rapports indiquant que le président Obama envisageait d’exclure par décret la possibilité d’une « frappe préventive », 30 sénateurs américains lui ont envoyé la semaine dernière une lettre l’exhortant à conserver la possibilité d’une telle frappe.

La politique de frappe préventive a fait partie du débat lundi soir entre le candidat présidentiel républicain Donald Trump et la candidate démocrate Hillary Clinton.

Dans un premier temps, Trump a semblé plaider en faveur de la destruction des stocks d’armes nucléaires. « J’aurais aimé que tout le monde y mette fin, que tout le monde s’en débarrasse, tout simplement. Je ne ferais certainement pas de frappe préventive. »

Puis Trump a semblé changer d’avis : « En même temps, nous devons être prêts, je ne peux éliminer cette hypothèse. »

Clinton a critiqué les précédents commentaires de Trump, qui suggérait que les États-Unis pourraient bénéficier du développement de l’arme nucléaire par des alliés comme le Japon, la Corée du Sud et l’Arabie saoudite. « Son attitude désinvolte au sujet des armes nucléaires est très inquiétante, » a-t-elle affirmé.

Kirtland constituait la seconde escale du voyage d’une semaine de Carter, destiné à faire pression pour la modernisation de la triade nucléaire de la nation et aussi pour renouveler l’engagement des États-Unis pour le rééquilibrage des forces américaines dans la région du Pacifique.

Lundi, Carter était sur la base de l’Air Force de Minot, dans le Dakota du Sud, où sont basés le 5e Bomb Wing et le 91e Missile Wing. Là, il a déclaré que le Département de la Défense des États-Unis cherche 108 milliards de dollars pour les cinq prochaines années afin de débuter le processus de mise à niveau de la triade nucléaire de la nation, comprenant les missiles balistiques intercontinentaux, les sous-marins et les bombardiers stratégiques.

« Je pense que nous sommes maintenant déterminés à rattraper l’époque où les investissements étaient insuffisants, » a déclaré Carter à Kirtland, siège du 377e Air Base Wing et du 498e Nuclear Systems Wing, et où se trouve également le Nuclear Weapons Center (NWC) de l’Air Force Materiel Command. Le NWC a la responsabilité d’acquérir et de moderniser les programmes nucléaires pour les Départements de la Défense et de l’Energie.

Mercredi, Carter visitera le Sandia National Laboratory et le Los Alamos National Laboratory au Nouveau-Mexique, et, jeudi, il a prévu d’être à bord du porte-avions Vinson, mouillé au port de San Diego, pour un discours sur les priorités américaines croissantes dans le Pacifique. Carter se rendra ensuite à Honolulu pour des réunions avec les ministres de la Défense asiatiques.

Le Congressional Budget Office (CBO) a prévu un financement pour la modernisation de l’arsenal nucléaire de la nation jusqu’en 2024 à hauteur d’environ 348 milliards de dollars. Dans son rapport, le CBO a déclaré :

** « Les forces nucléaires stratégiques actuelles, constituées de sous-marins lance-missiles balistiques (SSBN), de missiles balistiques intercontinentaux terrestres (ICBM), de bombardiers à long rayon d’action, avec les armes nucléaires qu’ils transportent, atteignent la fin de leur durée d’utilisation. »

** « Au cours des deux prochaines décennies, le Congrès devra prendre des décisions dans la mesure où la quasi-totalité des systèmes d’armes nucléaires et leur logistique devront être modernisés ou remplacés par de nouveaux. »

Source : Military.com, le 27/09/2016

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

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Les Etats-Unis ne veulent pas s’interdire la première frappe nucléaire

Source : 7 sur 7, 28/09/16

Le chef du Pentagone Ashton Carter © getty.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le chef du Pentagone Ashton Carter © getty.

Les Etats-Unis ne veulent pas s’interdire de dégainer les premiers l’arme nucléaire en cas de conflit, a déclaré mardi le chef du Pentagone Ashton Carter, en visite dans un site de recherche nucléaire militaire américain.

Parmi les puissances nucléaires, la Chine par exemple a pris l’engagement de ne jamais utiliser l’arme atomique en premier. Mais les États-Unis, et leurs alliés de l’Otan, ne veulent pas renoncer à cette option, a affirmé M. Carter. Le maintien d’une possibilité de tirer les premiers “a été notre politique depuis longtemps et fait partie de nos plans pour l’avenir”, a déclaré le secrétaire à la Défense américain sur la base aérienne de Kirtland (Nouveau-Mexique, sud-ouest), qui accueille le centre de recherches atomiques.Des rumeurs à Washington ont récemment prêté à Barack Obama l’intention de faire cette déclaration de renoncement à la première frappe.En 2009, le président américain avait affirmé à Prague, dans un discours resté célèbre, son attachement à un monde sans armes nucléaires.La question de première frappe a été soulevée mardi soir par Lester Holt, le présentateur du premier débat télévisé opposant les candidats à la Maison Blanche Hillary Clinton et Donald Trump.Mais les deux candidats n’ont pas articulé de réponse claire, Donald Trump répondant par des phrases ambigües, et Hillary Clinton n’abordant pas la question.Source : 7 sur 7, 28/09/16

 

premire-frappe

 

 

45 réponses à Les États-Unis rappellent qu’ils ne veulent pas s’interdire la première frappe nucléaire

Commentaires recommandés

DUGUESCLIN Le 14 octobre 2016 à 05h29
 
 

Avis aux peuples de la terre. Tout pays insoumis et menacé dans sa souveraineté qui osera invoquer la légitime défense sera considéré comme un agresseur et prendra des bombes nucléaires sur la tronche. Le message est clair. Qu’on se le dise.

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Vidéo de Charles Xavier Durand: "La colonisation par l'anglais"

14 Octobre 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La défense de la langue française., #Comité pour une Nouvelle résistance, #Histoire, #La France

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Le racisme mortel de l’impérialiste libéral «antiraciste». Par Neil Clark journaliste, écrivain et blogueur écossais.

14 Octobre 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #La nation ., #La mondialisation, #L'OTAN., #Europe supranationale, #AMERIQUE, #La Russie, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #La Turquie, #ISIL, #Comité pour une Nouvelle résistance, #Daesch, #Terrorisme

Le racisme mortel de l’impérialiste libéral «antiraciste»

Le racisme mortel de l’impérialiste libéral «antiraciste». Par Neil Clark journaliste, écrivain et blogueur écossais.

Y a-t-il des cas où les humains ne comptent pas pour des humains ? D'après le journaliste Neil Clark, pour les libéraux occidentaux «hypocrites» et «bellicistes», la réponse est bel et bien «oui».

Quand il s’agit d’hypocrisie, les bellicistes «libéraux» occidentaux sont en terrain familier. Tout en professant la lutte contre le racisme, ces bellicistes libéraux soutiennent la forme la plus dangereuse et la plus mortelle de racisme qui existe dans le monde d’aujourd'hui - l’impérialisme américaino-occidental contemporain.

Une forme de racisme rarement signalé, mais qui a dévasté des pays entiers, tué des millions de personnes et risque de nous entraîner dans une confrontation militaire au potentiel catastrophique avec la Russie.

Nous avons le droit de bombarder ou d'envahir illégalement les pays à tout moment, quand nous en avons envie, pour n'importe quelle raison fictive

Nous pouvons voir ce racisme odieux dans les débats qui sont en cours dans les cercles élitistes de l'Ouest au sujet de la Syrie. Il est considéré que l'Occident, c'est-à-dire les États-Unis et leurs alliés, a le droit de déclarer qui est ou qui n’est pas le gouvernement légitime de la Syrie. On peut exiger que «Bachar el-Assad parte», mais aucun responsable du gouvernement syrien ne peut demander qu'un de NOS leaders s'en aille. On n'ose même pas y penser !

Nous avons le droit d’imposer des «zones d'exclusion aérienne» qui, bien sûr, ne concernent pas NOS appareils, seulement les LEURS. Nous avons le droit de bombarder ou d'envahir illégalement les pays à tout moment, quand nous en avons envie, pour n'importe quelle raison fictive - mais si le peuple du pays ciblé a le courage de se battre, nous les appelons «génocidaires» et accusons son leader (et ses alliés) des crimes de guerre, en les poussant à être envoyés à la Haye. Entre temps, nos leaders peuvent violer le droit international et tuer des centaines de milliers de gens en toute impunité.

Si vous avez des doutes concernant le racisme inhérent à l’ordre mondial actuel et croyez que j'exagère, regardez ce qui se passe à la Cour pénale internationale (CPI). Depuis 14 ans de son existence, ce n'était que les Africains qui étaient les seules personnes mises en accusation et jugées par la Cour pénale internationale.

Que diriez-vous s’il y avait un tribunal national en Angleterre qui ne jugeait que les Africains ? Et que les Européens, quels que soient les crimes odieux qu’ils aient commis, n’ont jamais étaient traduits en justice. Vous appelleriez cela le comble du racisme, et vous auriez raison.

Une partie importante des anti-racistes qui existent encore à l’Ouest sont passés à ce racisme libéral pernicieux, sans même en avoir conscience

Mais cela se passe à la CPI et les libéraux bellicistes «anti-racistes» se taisent, montrant qu'on peut s'en tirer avec les niveaux les plus stupéfiants de discrimination à l'échelle internationale qui n'auraient jamais passé inaperçus dans le pays. 

Malheureusement, une partie importante des anti-racistes qui existent encore à l’Ouest sont passés à ce racisme libéral pernicieux, sans même en avoir conscience. Preuve en est le tout petit nombre de personnes qui ont le courage de reconnaître publiquement : «En fait, le gouvernement syrien a le droit de se battre contre les djihadistes soutenus par les Etats-Unis.»

Encore une fois, il est considéré comme acquis que les pays du sud qui sont ciblés par les Etats-Unis et leurs alliés n'ont absolument aucun droit de s’engager dans la résistance violente. On n'attend de leurs gouvernements qu'ils disparaissent. S'ils osent résister et se battre avec force, comme la Syrie l'a fait, certains représentants du mouvement anti-guerre les traitent de coupables et d'agresseurs.

Souvenez-vous de l'indignation de la «Nation exceptionnelle» et de ses alliés, lorsque les forces yougoslaves ont abattu un bombardier furtif américain en 1999 ! «Comment osent-ils ?!» Nous avons le droit de bombarder votre pays jusqu'à le faire retourner à l’âge de pierre pour des raisons «humanitaires» - mais vous n’avez pas le droit de cibler et descendre nos avions !»

La déshumanisation des nombreuses victimes de l’agression menée par l’Occident et ses alliés est un exemple du racisme libéral «acceptable»

Quand trois soldats américains ont été capturés, le président Bill Clinton a averti les Yougoslaves que ces derniers n'avaient pas le pouvoir de les traduire en justice, tout en soulignant que les bombardements illégaux de la Yougoslavie dirigés par les Etats-Unis allaient continuer.

 

 

 

Encore une fois, la seule manière de respecter ces doubles standards criants est de croire que les Américains et leurs alliés de l'OTAN sont supérieurs aux Yougoslaves. Là, ce serait du racisme.

La déshumanisation des nombreuses victimes de l’agression menée par l’Occident et ses alliés est un autre exemple du racisme libéral «acceptable».

Les millions de victimes de l'impérialisme occidentalo-américain en Irak, au Pakistan, en Afghanistan, en Syrie, en Libye, au Yémen, en Yougoslavie ou ailleurs n'ont pas leur jour de commémoration à eux dans le calendrier. Il est fort peu probable qu'ils auront un jour l'honneur de devenir des personnages de superproductions hollywoodiennes.

Même si on entend parfois des «regrets» au sujet des victimes civiles «accidentelles», personne ne prétendrait éprouver du chagrin pour les soldats qui se combattent pour les armées des Etats ciblés, incinérés en grand nombre. Avez-vous ressenti la préoccupation des bellicistes libéraux occidentaux, quand, le mois dernier, les Etats-Unis et leurs alliés ont tué 62 soldats syriens, ce qui a mis fin au cessez-le-feu ? Moi non plus.

Il est fort probable que nos «humanitaires» libéraux anti-guerre qui réclament l’imposition d’une zone d’exclusion aérienne en Syrie (ou plutôt la zone d’exclusion aérienne pour eux et pas pour nous) n'aient jamais rencontré des soldats de l’armée arabe syrienne. Mais moi, j’en ai vus.

Pour ces bellicistes «libéraux» occidentaux, les soldats syriens qui défendent loyalement leur pays ne sont pas du tout des êtres humains : on peut les abattre en masse

Il y a quelques années, j’étais à Lattaquié, en Syrie, à attendre un bus pour me rendre à mon appartement à Damas. J’avais manqué le dernier, mais un bus spécial de l’armée était sur le point de partir. On m’a invité à le prendre. Pendant toute la journée, les soldats ont généreusement partagé avec moi leur nourriture, leurs boissons et cigarettes. Ils chantaient des chansons, on se racontait des blagues, on rigolait. C’était une journée parfaite.

J’ai toujours une pensée pour ces soldats syriens dès que j’entends un belliciste libéral «antiraciste», faire preuve d'un prétendue inquiétude humanitaire concernant la Syrie. Car, pour ces gens-là, les soldats syriens, ces soldats qui défendent loyalement leur pays, ne sont pas du tout des êtres humains : on peut les abattre en masse. Et quand c’est fait, c’est à célébrer.

«Les humains, quand ne comptent-ils pas pour des humains ?», demandait mon collègue chroniqueur du site rt.com, Dan Glazebrook, dans un article du Morning Star publié en août 2012. La réponse est : quand ils sont des soldats des pays du Sud qui résistent à l’invasion soutenue par les Etats-Unis.

Glazebrook notait que, alors que les soldats de l'armée d'occupation était «toujours humains, peu importe les atrocités auxquelles ils avaient pris part», ceux des armées qui défendent leurs pays de l'agression occidentale «n'étaient jamais des humains... même s'ils n’avaient jamais tiré de leur vie».

La forme la plus virulente et mortelle de racisme qui affecte le monde d'aujourd'hui c'est le racisme qui sous-tend la politique étrangère des Etats-Unis et de ses alliés les plus proches

La triste vérité est que trop d’«antiracistes» occidentaux sont plus préoccupés par les mauvaises paroles que peuvent avoir certaines personnes, que par la lutte contre la forme la plus virulente et mortelle de racisme qui affecte le monde d'aujourd'hui : le racisme qui sous-tend la politique étrangère des Etats-Unis et de ses alliés les plus proches.

Imaginez, si des groupes d'extrême-droite en France entreprenaient de faire des pogromes racistes généralisés contre les noirs ? Il y aurait un tollé, une indignation parfaitement justifiée. Les auteurs seraient traduits en justice – et à juste titre. Mais comme l'a souligné Dan Glazebrook, les pogromes racistes contre les noirs ont été «caractéristiques» de la rébellion libyenne soutenu par l'Occident dès le début en 2011.

Pourtant, les «antiracistes» libéraux occidentaux ont soutenu la rébellion et les frappes aériennes occidentales «humanitaires» en faveur de «rebelles» racistes. Comment pouvez-vous dénoncer les pogromes racistes contre les noirs en Europe tout en les soutenant en Libye ? Eh bien, les impérialistes «antiracistes» libéraux y arrivent. Comme a écrit Maximilian Forte : «Si c’était de "l’humanitarisme", il ne pourrait être tel qu’en excluant les Africains des membres de l'humanité».

Le véritable antiraciste (par opposition au pseudo «antiraciste» de l’impérialisme libéral) estime que tous les pays sont égaux, que les Etats-Unis et leurs alliés n’ont pas plus le droit de menacer la Syrie que la Syrie de menacer les Etats-Unis et leurs alliés. Un véritable antiraciste croit que toutes les vies humaines se valent. Et que le droit international doit être applicable à tous. Et que les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, Israël et leurs alliés ne devraient pas en être exemptés. Il est temps que les véritables antiracistes reprennent la bannière antiraciste des bellicistes libéraux occidentaux. Avant que ces faux et racistes chantres de la vertue amènent à leur Troisième Guerre mondiale «humanitaire».

Lire aussi : «Les preuves du soutien aux terroristes en Syrie par "les Casques blancs" financés par l’étranger»

Les opinions, assertions et points de vue exprimés dans cette section sont le fait de leur auteur et ne peuvent en aucun cas être imputés à RT.

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Vade retro Halloween ! Par Didier Catineau.

14 Octobre 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La défense de la langue française., #La France, #La République, #La nation ., #Comité pour une Nouvelle résistance, #Histoire, #ACTUALITE, #Europe supranationale, #La mondialisation, #l'horreur économique

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Pourquoi je n'aime PAS la fête d'Halloween ? Par Robin Guinin

14 Octobre 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #ACTUALITE, #Comité pour une Nouvelle résistance, #La France, #AMERIQUE, #La mondialisation, #Economie, #Les média, #La défense de la langue française.

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Quand la firme Bayer achetait « des lots de femmes » à Auschwitz par Yannis Youlountas ·

13 Octobre 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #l'Allemagne, #le nazisme, #Le fascisme, #Terrorisme, #Histoire, #Comité pour une Nouvelle résistance, #Chroniques du fascisme ordinaire

Quand la firme Bayer achetait « des lots de femmes » à Auschwitz

par Yannis Youlountas · 11/10/2016

Le capitalisme pue la mort et son histoire est une rivière de sang. Voilà, par exemple, le vrai visage de la firme colossale Bayer qui vient de se payer Monsanto pour 59 milliards d’euros :

QUAND LA FIRME BAYER ACHETAIT « DES LOTS DE FEMMES » À AUSCHWITZ

Sous le régime nazi, Bayer, alors filiale du consortium chimique IG Farben, procéda à de nombreuses expériences médicales sur des déportés qu’elle se procurait dans les camps de concentration.

Voici des extraits de cinq lettres adressées par la Maison Bayer au commandant du camp d’Auschwitz, publiées dans le numéro de février 1947 du Patriote Résistant.

Les lettres, trouvées à la libération d’Auschwitz par l’Armée rouge, datent d’avril-mai 1943.

Première lettre :
» En vue d’expérimenter un soporifique, vous serait-il possible de mettre à notre disposition quelques femmes et à quelles conditions, toutes les formalités concernant le transfert de ces femmes seront faites par nous. »

Deuxième lettre :
» Nous accusons réception de votre lettre. Considérant le prix de 200 marks exagérés, nous offrons 170 marks par sujet, nous aurions besoin de 150 femmes. «

Troisième lettre :
» D’accord pour le prix convenu. Veuillez donc faire préparer un lot de 150 femmes saines que nous enverrons chercher très prochainement. «

Quatrième lettre :
» Nous sommes en possession du lot de 150 femmes. Votre choix est satisfaisant quoique les sujets soient très amaigris et affaiblis. Nous vous tiendrons au courant du résultat des expériences. «

Cinquième lettre :
» Les expériences n’ont pas été concluantes. Les sujets sont morts. Nous vous écrirons prochainement pour vous demander de préparer un autre lot. «

IG Farben, le consortium de Bayer, a également fournit aux nazis le Zyklon B utilisé dans les chambres à gaz, et a massivement exploité la main-d’œuvre concentrationnaire dans ses usines.

Condamnée pour crimes contre l’humanité à Nuremberg, puis à la dissolution, IG Farben possède toujours un statut juridique, malgré son démantèlement entre les sociétés Bayer, BASF et Hôchst.

Et maintenant, à quand le Nuremberg du capitalisme ?

Y.Y.

Sources :
http://www.cbgnetwork.org/163.html
et http://bellaciao.org/fr/spip.php?article152015
(merci Annie Chalmeton)

N&B – Paroxysme du pouvoir.

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Les progressistes doivent-ils avoir peur de l’histoire de France ? par Georges Gastaud #identité #nationale

13 Octobre 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #La nation ., #La République, #Europe supranationale, #Histoire, #Comité pour une Nouvelle résistance, #Culture

Les progressistes doivent-ils avoir peur de l’histoire de France ? par Georges Gastaud #identité #nationale

histoire-de-franceDoit on avoir peur de lhistoire de France ? Georges Gastaud philosophe et secrétaire national du PRCF propose une construction progressiste du récit national

Par Georges Gastaud [1]

Alors que la direction « eurocommuniste » du PCF-PGE a renié le drapeau rouge frappé des « outils » et qu’elle tient soigneusement le drapeau tricolore à l’écart des manifs populaires –, alors que le NPA n’a jamais remis en question le mythe trotskiste et supranationaliste des « Etats-Unis d’Europe » (que Lénine dénonçait déjà en 1916 comme une duperie social-impérialiste), la proposition de J.-L. Mélenchon d’affronter pcf-logo-pgepubliquement Sarkozy sur la question de l’histoire de France, a donné prétexte à MM. Laurent, Chassaigne et Dartigolles (PCF-PGE), ainsi qu’à M. Olivier Besancenot (NPA), tous unis dans un même élan mélencho-phobique, pour dénoncer un candidat « indépendantiste » trop attaché selon eux à la et au « récit national » français[2]. Mais de vrais progressistes, et a fortiori, des communistes, doivent-ils avoir peur de l’histoire de France ? Ne convient-il pas au contraire  d’associer dialectiquement l’approche progressiste de l’histoire de la nation aux débats urgents sur les perspectives d’avenir du mouvement populaire ?

1. De l’arrière-plan politicien des polémiques euro-« communistes » sur la question nationale.

PCF pierre laurent hollande droite européenneLe tir de barrage déclenché par les milieux eurocommunistes sur la question de l’histoire nationale est principalement nourri par ceux qui, à la direction du PCF-PGE, travaillent aux « retrouvailles des deux gauches », notamment à l’occasion des présidentielles. C’est ce que vient de rappeler André Chassaigne, le chef de file des députés PCF : du même mouvement, le député du Puy-de-Dôme a annoncé sa possible candidature au présidentielles et a vertement attaqué Mélenchon, érigé en principal diviseur de « la » gauche. Mais pour conforter la stratégie électorale « unitaire » du PCF-PGE, qui vise clairement à rabouter la gauche populaire (laquelle combat les directives européennes), à la « gauche » atlantico-maastrichtienne de Valls (laquelle exécute, voire aggrave les euro-diktats !), le PCF-PGE doit évidemment continuer de célébrer l’introuvable « Europe sociale, pacifique et démocratique » (un mot d’ordre qu’elle partage avec le PS), de vendre au bon peuple la dérisoire « réorientation progressiste de l’euro », et de promouvoir la non moins improbable « refondation démocratique de l’Europe » dans le cadre de l’UE : un exercice acrobatique au moment où l’UE assume agressivement son ancrage impérialiste en affichant, contre la Russie, son « partenariat stratégique avec l’OTAN ». Porteuse d’un tel paquet « euro-constructif »[3], la direction du PCF-PGE ne peut évidemment que refuser tout ce qui l’amènerait à lutter si peu que ce soit pour la reconquête plénière de notre souveraineté nationale (politique, monétaire, budgétaire, sociale, économique, militaire, diplomatique… et, plus largement, culturelle au sens gramscien du mot !). Impossible donc pour cette direction euro-compromise et socialo-dépendante de relever le gant pour combattre frontalement la relecture xénophobe que les Wauquier, Guaino et autres Sarkozy voudraient imposer de l’histoire de France avec plusieurs « buts de guerre » ultraréactionnaires : diviser les travailleurs,  concurrencer le FN sur sa droite, et surtout, susciter une diversion pseudo-patriotique et pseudo-historique, voire pseudo-mémorielle, à la dissolution rapide de la République française dans l’Empire euro-atlantique du capital…

juncker UE dictature europePourtant, le caractère foncièrement inamendable de la « construction » euro-atlantique, au principe de laquelle adhèrent, PCF-PGE en tête, les dirigeants boboïsés d’une certaine gauche dite alternative, relève de l’évidence la plus textuelle : si l’on en doute, que l’on veuille bien nous expliquer comment une UE que ses traités constitutifs définissent comme une « économie de marché ouverte sur le monde où la concurrence est libre et non faussée », pourrait tolérer la moindre évolution de l’ainsi-dite « Europe », ou simplement, de l’un de ses Etats-membres, vers le socialisme, voire vers une forme timide de néo-keynésianisme ou de nationalisation démocratique… Sauf pour MM. Laurent, Chassaigne et Dartigolles, il est clair que le dispositif supranational de l’UE est verrouillé de manière totalitaire[4] pour prohiber la marche au progrès social ; c’est d’ailleurs ce que reconnaissait naguère l’ultralibéral Alain Madelin quand il présentait cyniquement Maastricht comme une « assurance tous risques contre le socialisme ».

plan A plan B sortie de l'UE europe PRCFDès lors, épouvanté(s) par la formule (en progrès mais pas encore dénuée d’équivoque…) de Jean-Luc Mélenchon selon laquelle « l’UE, on la change ou on la quitte ! », le PCF-PGE (et, plus anecdotiquement, le NPA) redoutent surtout que progresse si peu que ce soit dans les masses, à la faveur d’une candidature « indépendantiste de gauche » talonnant ou devançant le candidat PS, l’idée virtuellement révolutionnaire d’une sortie de l’UE-OTAN par la porte à gauche : car les vertueux « internationalistes » bleu-étoilés qui dirigent le PCF-PGE veulent à tout prix préserver les prébendes institutionnelles du Parti de la Gauche Européenne (PGE) que préside P. Laurent[5] ; les dirigeants euro« communistes » veulent en outre ménager leurs bonnes relations avec les gens bien de la petite gauche « alter-européiste », quand bien même celle-ci dispose actuellement d’une audience très voisine de zéro dans la classe ouvrière. Enfin, il leur faut collaborer (sous des prétextes ostensiblement « antinationalistes ») au démontage euro-libéral de l’Etat-nation français et des conquêtes qui lui sont historiquement attachées à la suite de plusieurs siècles de luttes humanistes, laïques, démocratiques et prolétariennes conclues notamment par les grandes avancées sociales que portèrent notamment le , puis les ministres communistes de la Libération. Et comme un refus ostentatoire d’indépendance (nationale) à l’égard de l’UE peut cacher un refus (inavouable…) d’indépendance (politique !) à l’égard du PS maastrichtien, on ne peut comprendre ces polémiques d’apparence théoriques sur l’histoire de France sans les rattacher à la volonté acharnée de certains appareils prébendiers en perdition d’atomiser, non pas « la gauche », mais la gauche de gauche au premier tour des présidentielles, de refuser la salutaire rupture entre les « deux gauches » (la première, tendanciellement populaire, républicaine et patriotique, et en cela virtuellement capable d’unir les classes populaires aux couches moyennes contre le grand capital ; la seconde, qui inclut l’appareil d’Europe-Ecologie, incorrigiblement euro-fédéraliste, atlantique, voire va-t-en-guerre[6] !), de travailler à « unir toute la gauche »[7].

PRCF affiche départementales UE vallsDès lors, qui ne voit qu’au-delà des polémiques pseudo-théoriques sur l’histoire de France et sur la « question nationale », le but que poursuivent certains apparatchiks euro- et socialo-dépendants est de plomber toute forme de dynamique franchement patriotico- progressiste se déployant sur la gauche du PS ? Ainsi permettraient-ils à Hollande d’accéder in extremis au second tour et de gagner à l’arrache contre le FN avec le soutien d’un « front républicain » jetant ses derniers feux[8]. Dans un tel schéma, les leurres politiques conjoints d’une « communiste » dé-marxisée (autour d’une candidature Chassaigne), d’un « rassemblement de la gauche »… derrière le PS, d’une « refondation européenne » en barbe-à-papa et d’un « barrage antifasciste » hollando-juppéiste au second tour, permettraient in fine à ceux qui, dès longtemps, ont préféré au combat de classe la lutte des places et ses « donnant-donnant », de quémander auprès du PS, pour juste prix de leurs efforts « unitaires », de salvatrices « candidatures uniques de la gauche ». Lesquelles sont censées préserver de l’élimination définitive (du moins certains le croient-ils !) les ultimes députés du PCF : comme disait Bachelard, l’expérience ne peut rien contre le rêve…

Bref, derrière le baratin pseudo-internationaliste et « antinationaliste » des dirigeants du PCF-PGE, les communistes et les progressistes doivent apprendre à décrypter les manigances d’appareils cherchant à sauver leur part de marché politico-idéologique sans le moindre souci de la classe ouvrière, de la nation et de l’urgente reconstruction d’un vrai parti communiste !

2. A propos des reproches contradictoires adressés à J.-L. Mélenchon par les dirigeants du PCF-PGE

Concernant l’acte d’accusation dressé contre J.-L. Mélenchon par les étoiles de l’euro-trotskisme et de l’euro-« communisme » rose vif, notons d’abord leur formulation syntaxiquement douteuse (M. Dartigolles « préfère un débat entre historiens qu’un débat instrumentalisé », M. Besancenot cultive un faux « parler-peuple », comme si les ouvriers auxquels il s’adresse méprisaient la langue française autant que lui ! – Cf document reproduit ci-dessous). Remarquons en outre que ces accusations sont pétries de mauvaise foi. Débattre avec Sarkozy a-t-il jamais signifié le cautionner ? Aborder une question signifie-t-il écarter les autres ? Et l’ex-député communiste André Lajoinie n’a-t-il pas débattu jadis avec Le Pen dans le but de le démasquer ? Du reste, l’éloquent André Chassaigne se déroberait-il au devoir d’affronter Sarkozy si ce dernier lui faisait l’improbable « fleur » politique de lui accorder un face-à-face télévisé ?

europe sociale PCFQuant au reproche dartigollien adressé à J.-L. M. de mettre au centre du débat politique le faux problème de l’identité nationale (sous-entendu, aux dépens du débat social), il contredit tout l’héritage du PCF patriote et internationaliste de Pierre Sémard, de Jacques Duclos, de Danielle Casanova et de Missak Manouchian, lesquels n’eurent de cesse d’associer la défense de l’indépendance nationale à celle du prolétariat mondial. Que l’on consulte l’article lumineux Race, peuple et nation de Georges Politzer, qui sera par la suite fusillé par les nazis ; que l’on relise les écrits tout à la fois scientifiques et vibrants de qu’écrivit l’historien-résistant Marc Bloch, et l’on verra si Politzer – qui était issu de l’immigration – , ou si M. Bloch, qui était d’origine juive et que persécutèrent les pseudo-patriotes de Vichy, refusaient d’évoquer haut et fort la question de l’histoire nationale, de la lier sans PCF-PartiDesFusilléssimplification ni caricature à l’histoire socio-économique de notre pays, de rappeler que « la nation, c’est le peuple » (Politzer) ou de citer le mot de Jaurès « un peu d’internationalisme éloigne de la patrie, beaucoup d’internationalisme y ramène ». Qu’on se souvienne aussi que Maurice Thorez fut ovationné par le VIIème congrès de l’Internationale communiste (1935) pour avoir, avec ses camarades Cachin, Duclos et Frachon, disputé aux faux patriotes fascistes le drapeau tricolore, en assumant dans sa totalité contradictoire l’histoire de la nation. C’est sans le moindre complexe que le jeune secrétaire du PC-SFIC, arborait alors le drapeau bleu-blanc-rouge de Valmy et en associant la Marseillaise à l’Internationale, comme le firent si souvent par la suite les résistants communistes que les nazis conduisaient au poteaux d’exécution de Châteaubriant, du Mont Valérien ou de la Citadelle d’Arras…

commune-de-paris-patriotismeEn réalité, de même que les Communards de 1871 défendirent Paris assiégé contre Bismarck et contre ce Kollabo avant la lettre qu’était le bien prénommé Adolphe Thiers, de même les Francs-Tireurs et Partisans de France et leurs frères immigrés des FTP-MOI furent-ils le fer de lance de la Résistance patriotique armée contre l’Occupant ; comme l’a écrit l’écrivain gaulliste Mauriac, « seule la classe ouvrière est alors restée fidèle, dans sa masse, à la France profanée » ; ce furent bien pour l’essentiel les ouvriers communistes qui « montaient de la mine » et les paysans rouges qui « descendaient des collines » qui, à l’avant-garde des Forces Françaises de l’Intérieur, menèrent l’insurrection parisienne de 1944 en bousculant certains faiseurs de « trêve » qu’effrayait plus que tout l’appel du PCF clandestin aux « armes citoyennes »… Relisons, ou plutôt, redécouvrons – comme devraient le faire ces Jeunes Communistes auxquels la direction du PCF-PGE cèle leur grandiose héritage patriotique – le rapport historique prononcé par Georges Dimitrov devant le Congrès de l’Internationale communiste en 1935 : en écho au Front populaire, antifasciste et patriotique qui se dessinait alors en France sur la proposition politique du PCF, cette figure de proue de l’antinazisme[9] qu’était Dimitrov adjura les partis communistes de chaque pays européen de disputer aux fascistes les figures héroïques qui, aux yeux de chaque peuple, ont historiquement incarné le devenir-nation de leurs pays respectifs[10].

Bref, attelons-nous de nouveau au grand chantier politico-culturel qu’a délaissé l’euro-« gauche » établie : reconstituons du point de vue de la classe ouvrière et des forces progressistes en lutte, sans rien gommer ni idéaliser, sans forcer les continuités et sans durcir les inéluctables ruptures, un récit national non falsifié par les classes dominantes. A partir d’une étude scientifique du devenir des modes de production et des hégémonies culturelles, redécouvrons l’ensemble des figures et des évènements nationaux qui ont pu porter et scander les luttes de libération dans notre pays, qu’il s’agisse de l’émancipation nationale stricto sensu (car comme le disait Jaurès, « l’émancipation nationale est le socle de l’émancipation sociale »), de l’émancipation politique – ce fut l’œuvre, encore inachevée aujourd’hui, des Sans Culotte et de Robespierre – ou de l’émancipation sociale[11], sans omettre l’émancipation anticoloniale : car les anticolonialistes communistes Henri Martin et Henri Alleg n’eurent jamais la sottise d’opposer l’émancipation de « nos » colonies à l’honneur de notre pays, que déshonoraient alors les profiteurs des guerres coloniales et autres « trafics de piastre »…

3.  Histoire de France : « Notre » histoire nationale et la « leur ».

la marseillaise

La Marseillaise est le second film de Jean Renoir dédié au Front populaire, après La vie est à nous. Le film est financé en partie par une souscription publique de la CGT dont le prix plancher est fixé à deux francs par personne, tarif d’une place de cinéma à l’époque

C’est pourquoi, quand Olivier Dartigolles prétend que « nous sommes les filles et les fils de ce qui émancipe et libère » et qu’en conséquence il faudrait boycotter tout débat portant sur la nation, donc abandonner ce chantier incontournable à la fascisante idéologie sarko-lepéniste, le porte-parole officiel du PCF-PGE profère un sophisme grossier. Et puisqu’il est question des Gaulois ces temps-ci, rappelons ceci au nanti Sarkozy de Nagy-Bocsa : lorsque Vercingétorix souleva et unifia une majorité de peuples gaulois contre César, quand – selon son historien Camille Jullian – ce noble arverne longtemps isolé dans son milieu social reçut surtout le soutien de la campagne et des petites gens (ce que César signale avec mépris dans ses Commentaires), quand la résistance celtique à l’occupant romain affronta, non seulement les légions de César, mais une partie de l’aristocratie gauloise (qui apprenait le latin et rêvait d’intégrer le Sénat…), quand, lors de la reddition d’Alésia, Vercingétorix eut l’élégance, pour tenter de sauver la vie des Gaulois assiégés, de se livrer aux Romains en renonçant aux facilités d’un suicide[12], il n’incarnait pas seulement les promesses d’unification et d’indépendance des tribus celtes asservies, mais l’honneur de tous ceux qui, en tout temps, préfèreront toujours s’exclamer « patria o muerte ! », plutôt que le navrant « j’aime mieux être un Allemand vivant qu’un Français mort » que proférera Jean Giono à la veille de l’invasion hitlérienne.

gg20101De même y avait-il bien de l’émancipation nationale dans l’air (même si on peut discuter l’épithète étant donné l’époque) voire, en puissance, de l’émancipation sociopolitique quand, à Bouvines (1214), le Capétien Philippe-Auguste qui, pour l’occasion, avait déserté la Croisade, s’allia aux milices communales antiféodales pour battre la coalition formée par Jean Sans Terre, l’Empereur romano-germanique, le Comte de Flandres et plusieurs grands feudataires révoltés contre le roi de France. C’est en effet à Bouvines que les milices communales picardes alliées à Philippe contre les prédateurs impériaux et seigneuriaux jetèrent les bases populaires du sentiment national français, qualitativement très différent bien sûr du patriotisme républicain qui triomphera bien plus tard à Valmy aux cris de « vive la Nation ! ». De même, des progressistes actuels peuvent-ils être sensibles aux efforts convergents de François 1er et du poète Joachim du Bellay pour « défendre et illustrer » la langue française et pour l’établir aux dépens du latin d’Eglise qui n’était compris que des clercs. Et comment ne pas savoir gré à l’effort salvateur d’Henri IV et du « Parti des politiques » que fréquenta Montaigne, pour sortir la France des Guerres de Religion, reconstruire le pays ruiné et distinguer enfin (Edit de Nantes) le statut de sujet du roi de France de celui de membre de l’Eglise romaine ? Oui, Colbert créant l’industrie française d’Etat, oui, Vauban fixant et fortifiant le territoire national tout en proposant un système fiscal injuste, oui, le Dunkerquois Jean Bart brisant le blocus anglo-hollandais et sauvant la France de la famine, ou encore, pour nous tourner vers les classes dominées de l’Ancien Régime, les Croquants du Limousin, les Jacques du Nord, les Parisiens insurgés d’Etienne Marcel (1358), les Bonnets rouges bretons (dont le symbole est aujourd’hui dévoyé par le MEDEF breton), les Va-Nus-Pied normands, les Camisards cévenols, sans oublier cette Fronde du peuple parisien qui inventa les barricades, méritent bien l’estime des républicains éclairés et même des communistes, que Lénine invitait à pratiquer l’ « assimilation critique » de leur héritage national et international.

a0014-bataille-de-valmy-300x2791Car évidemment, la réalité objective de la France et le sentiment national qu’elle a suscité à la longue n’ont pas surgi du néant à Valmy, même si ce sont bien les combats de l’An II inspirés par le Contrat social de Rousseau qui ont accouché de la nation moderne[13]. C’est pourquoi la nation s’identifie désormais à la République, et plus encore à l’aspiration communarde à la République sociale : au point que lorsque la République sociale est démontée par les euro-régressions du type Loi Travail, quand de surcroît les représentants du « communisme » officiel s’alignent sur l’idéologie dominante et qu’en conséquence, le monde du travail délaissé peine à s’organiser politiquement pour stopper l’offensive euro-patronale, c’est toute la France républicaine qui est menacée de déchéance nationale !

Tout cela ne nous incline nullement à donner tête baissée, non pas dans le récit national, mais dans un infantile roman national sarko-lepéniste qui, tel un conte de fées pour banlieues assagies, estomperait les contradictions de classes, enterrerait les séquelles du colonialisme et la réalité du néocolonialisme, ignorerait que nombre de rois furent aussi de féroces oppresseurs, ou méconnaîtrait le fait que la bourgeoisie révolutionnaire de 1789 ne tarda pas à accoucher d’une oligarchie impérialiste avide de piller les peuples africains que l’odieux discours de Dakar prononcé par Sarkozy osait sommer de « rentrer dans l’histoire »… dont la traite négrière et le colonialisme avaient voulu les sortir ! Non, il n’y a en soi rien de scandaleux à ce que, cum grano salis s’il le faut, nos compatriotes d’origine maghrébine ou subsaharienne acceptent de se reconnaître dans le malicieux anti-impérialisme d’Astérix : si et seulement si par ailleurs, leurs condisciples blondinets apprennent aussi à honorer l’Antillais Toussaint Louverture, figure mondiale de l’antiesclavagisme noir ou s’ils apprennent dans des manuels d’histoire enfin respectueux de la Commune, que cette insurrection à la fois patriotique et internationaliste compta parmi ses chefs de file le Hongrois Frankel, le Polonais Dombrowski ou la Bulgare Dmitrieva… A l’inverse, ne tombons pas symétriquement dans le mépris anachronique et faussement « progressiste » pour ce « prophétisme féminin », que partagèrent Jeanne d’Arc et d’autres jeunes patriotes du Moyen Âge finissant, sous prétexte que ce dispositif politico-religieux[14], archaïque à nos yeux postrévolutionnaires, s’inscrivait dans une culture fort différente de celles qui verront germer l’humanisme d’un Rabelais, le rationalisme d’un Descartes… ou l’athéisme communisant que diffusa clandestinement l’étonnant curé de campagne Jean Meslier à l’orée du Siècle des !

marx-histoire-lutte-des-classesAjoutons que MM. Laurent et Dartigolles, qui font la fine bouche à l’idée de reconstruire une forme (pourquoi pas critique et progressiste ?) de récit national (et international)[15], travaillent sans cesse eux-mêmes à recomposer de tels récits… sur les bases politiquement lisses que délimitent désormais le néo-communisme décaféiné dont ils se réclament. Par exemple, accompagnant le processus de dé-bolchévisation, de dé-communisation et d’euro-rangement du PCF qui s’est successivement nommé « mutation » puis « métamorphose », les dirigeants successifs du PCF-PGE dé-marxisé ont peu à peu purgé la nomenclature des allées de la fête de l’Huma, cet itinéraire fléché de l’histoire nationale et mondiale, de toute une série de noms malsonnants : exit Lénine, exit Stalingrad, ou, pour rester en France, au Purgatoire Marat, en enfer Thorez et tous ces communistes français trop rugueux que l’histoire officielle, qui criminalise l’URSS et ses amis français, les Duclos, Frachon, Tillon, Martha Desrumeaux et autres héros nationaux incontestables, a à jamais proscrits du Panthéon national[16]. De même la manchette de la nouvelle Huma a-t-elle été purgée de toute référence aux anciens dirigeants du journal que furent Cachin, Vaillant-Couturier, Péri ou Fajon (dont les noms voisinaient naguère avec l’emblème ouvrier et paysan), pour ne conserver qu’un seul nom, jugé consensuel parce que « reconnu »… par la gauche non communiste, celui du grand Jean Jaurès[17].

georges gastaud marxisme et universalisme nationIl faut donc en finir avec l’hypocrisie à propos du « récit national » : toute nation, en tant qu’elle résulte d’un choix politique collectif  ancré sur un ensemble de données objectives de nature historique, socio-économique, linguistico-culturelle, voire psychique, mais aussi tout citoyen d’un pays donné, participent nécessairement, voire inconsciemment – y compris quand ils prétendent le refuser ! – d’un récit national… ou à l’inverse, d’un récit antinational, d’un récit infranational[18], voire d’un récit supranational (le plus souvent euro-atlantique et/ou « françallemand ») relevant de cet autodénigrement maladif que nos médias anglo-complexés nomment le « French Bashing »[19].

En effet cette même bourgeoisie française qui enseignait jadis, dans les manuels d’Ernest Lavisse d’histoire de France, que « nos ancêtres (blonds, de préférence…) s’appelaient les Gaulois » (tant il est vrai que l’impérialisme français prenait alors appui sur l’Etat-nation et sur ses prolongements impériaux), ce dont se gaussèrent fort justement Boris Vian et… Henri Salvador !, se reconnaît aujourd’hui pleinement dans le honteux Manifeste qu’a publié le MEDEF en décembre 2011 ; dans ce texte lourdement antinational, le grand patronat appelle sans détour à construire « les Etats-Unis d’Europe », à précipiter à leur avantage un maximum de « transferts de souveraineté », à projeter la nouvelle Franceurope dans l’ « Union transatlantique » préfigurée par l’OTAN et par le TAFTA, à sacrifier notre langue si ringarde au tout-anglais érigé en « langue de l’entreprise et des affaires » (selon les fortes paroles du baron Seillière, 2004), à « reconfigurer » le territoire national en supprimant les communes et les départements (dixit Pierre Gattaz) et à substituer à la République une et indivisible et à ses services publics d’Etat les nouvelles « euro-métropoles » assorties de grandes régions à l’allemande, si possible transfrontalières » (Grande Catalogne, Grande Flandre, Alsace-Rhénanie, etc. ?). Mais le mot France évoquera-il alors autre chose que ce « couteau sans manche dont on a perdu la lame » que raillait jadis Lichtenberg ? Cette même grande bourgeoisie objectivement nostalgique de Vichy en appelle même désormais, toute honte bue, à « démanteler le programme du CNR » (Denis Kessler, Challenges, nov. 2007) et sans attendre, elle privatise, délocalise et brade à l’étranger les derniers fleurons industriels nationaux (Alstom, France-Télécom, Renault, EDF…) ; et avec l’aide du Parti Maastrichtien Unique au pouvoir, ce « PMU » malfaisant composé du PS, de l’UDI et des LR, elle dépiaute l’Education « nationale », les conventions collectives, le Code du travail et la Sécu et contourne de plus en plus la loi de 1905 séparant l’Etat des Eglises. Bref, à la faveur d’un rapport des forces mondialement et nationalement contre-révolutionnaire, où le monde du travail s’est vu réduire à la défensive, elle tente d’araser tout ce qui a permis aux couches populaires d’apposer leur marque indélébile sur cette nation française incorrigible dans laquelle continue de résister, selon le mot de Marcel Paul, « un noyau révolutionnaire irréductible »…

4. Briser l’étau de la xénophobie et de l’auto-phobie nationale, réarticuler la dialectique universaliste au récit national, dialectiser histoire-récit et histoire-science

Dans des conditions délétères, faut-il s’étonner si se met en place une savante division du travail historico-idéologique entre divers secteurs de l’oligarchie « française » ?

LR fascisme FND’un côté, on trouve les ultra-réacs Sarkozy et Wauquier qui rabattent vers une version figée, métaphysique, mystique ou naturaliste de la France éternelle (alors que l’identité est dialectique, « négation de la négation », intégration et refonte permanente) dont le but revendiqué est de concurrencer le FN sur sa droite, de stigmatiser les enfants d’immigrés, de les contraindre au déracinement et non au pluri-racinement, de diviser la classe ouvrière sur des bases ethniques (et de renforcer, par contrecoup, les communautarismes religieux et les séparatismes régionaux !) au lieu de « mettre le monde du travail au centre de la vie nationale ainsi qu’y invitait le programme du CNR intitulé Les Jours heureux. Symétriquement, toute une partie de l’historiographie contemporaine travaille très politiquement et de manière fort peu « scientifique », à dénationaliser l’histoire et la géographie enseignées en classe, non pas en relativisant et en complexifiant le simpliste « nos ancêtres les Gaulois », non pas en montrant, comme le faisait Thorez avec les mots de son temps que « vingt races ont fait la France », mais en promouvant le grotesque « Nos ancêtres les Européens » qui – au nom même de l’esprit critique ! – devient peu à peu la nouvelle doxa « post-nationale ». Sans oublier d’exalter un Empereur fanatiquement catholique, ce Charlemagne qui extermina des milliers de « païens » pour convertir la Saxe ; c’est ainsi que beaucoup d’« historiens » bien en cours mériteraient de recevoir le Prix Charlemagne, annuellement décerné par l’UE, tant ils préfèrent au trop local Vercingétorix, à la Pucelle « illuminée » et au « monstre froid » Robespierre, le précurseur de la Nouvelle Carolingie à laquelle l’oligarchie rêve d’intégrer les contrées les mieux nanties de l’Europe occidentale : Benelux, RFA-Autriche, Axe Lille/Paris/Lyon/PACA, Suisse, Savoies et Italie du nord (« Padanie ») détachée de la Péninsule… En avant donc, Brexit oblige, pour une fraternelle Europe à plusieurs vitesses, vivent les « coopérations renforcées » et tant pis pour l’Europe du sud essorée, pour l’Europe de l’Est recolonisée, voire pour les parties périphériques, appauvries et potentiellement « inutiles » de l’Hexagone qui n’auraient pas intégré à marche forcée l’identité nationale et la mondialisation « heureuses » chères à MM. Alain Juppé et Alain Minc !

Car de cette nouvelle historiographie là, qui s’impose pas à pas dans les manuels, la gauche « euro-bobo » ne pipe mot. C’est pourtant avec l’argent des contribuables allemands et français et sur la commande politique expresse de MM. Kohl et Chirac que s’écrit et se répand un « manuel d’histoire » franco-allemand officiel qui – la « paix » a bon dos ! – vise clairement à pré-formater l’« histoire » enseignée aux futurs petits « Françallemands ». Qu’y faire ? A « communauté de destin » européen, reformatage mythique d’un passé commun où le 11 novembre et le 8 mai deviennent subrepticement de grandes dates de l’amitié franco-allemande ! Tout cela ne vérifie que trop hélas l’adage ironique qui affirme qu’ « en histoire on ne sait jamais de quoi hier sera fait »… Comme si la « distanciation » propre à l’historien devait se fixer pour tâche unique la « déconstruction du récit national » tout en fermant les yeux sur le nouveau roman supranational européen qu’une myriade de cercles idéologiques mettent en place avec l’appui des d’institutions !

Car quitte à dépasser « scientifiquement » (ce qui ne signifie pas liquider, mais insérer, situer et recadrer) le « récit national », autant ne pas s’enfermer par avance dans une visée « européenne » étriquée : autant voir large, partir de loin et viser haut. Ce pour quoi il faut assumer à la fois le patriotisme français, l’universaliste humaniste, la déconstruction des idéologies coloniales et sexistes et, pourquoi pas, le souci environnemental devenu incontournable en situant notre histoire nationale, non seulement dans celle de l’humanité, « préhistoire » incluse (le peuplement de l’Hexagone n’a commencé ni avec les Celtes, ni même avec les Ibères ancêtres des Basques !), mais, pourquoi pas, dans celle du devenir général de la nature sur lequel la zoologie de l’évolution, la botanique, la géologie et le climatologie, l’astrophysique et la cosmogonie ont accumulé les connaissances les plus solides[20]

5. User du doute méthodique à l’encontre de l’idéologie contre-révolutionnaire et anti-progressiste

eurofascisation europe anticommuniste UEEnfin il est impossible de négliger le fait massif qu’à notre époque, où « le vent d’Ouest » (celui de l’euro-atlantisme néolibéral) l’a provisoirement emporté sur le « vent d’Est » (celui que soufflèrent successivement Octobre 17, Stalingrad et les luttes révolutionnaires des peuples chinois et vietnamien, sans parler des révolutions cubaines et africaines), tout est fait pour désigner la « passion révolutionnaire » comme l’ennemie principale de l’impartialité historique. On occulte ainsi le fait que désormais, les préjugés anticommunistes, l’acharnement anti-« jacobin » et la fureur contre-révolutionnaire que nourrissent cent officines idéologiques et mille fabriques pseudo-historiques menacent davantage l’objectivité historique que ne l’a jamais fait le progressisme naïf de jadis lequel, malgré ses limites de classe et d’époque, restait historiquement lié aux Lumières et à leur optimisme historique. Comment par ex. ne pas voir qu’aujourd’hui, déchaînées par la défaite… historique du camp socialiste et par la montée concomitante des Empires transatlantique et « trans-pacifique » (USA, Japon, Corée du sud…) centrés sur Washington, des forces mondialement porteuses d’un négationnisme historique généralisé s’acharnent à extirper des mémoires, non seulement cette Russie rouge qui ébranla le capitalisme mondial et qui vainquit Hitler, non seulement cette France jacobine qui défit l’Europe monarchique, non seulement cette Italie du Risorgimento qu’usurpent et bafouent les Monti et autre Berlusconi, mais cette civilisation hellénique qui, de Milet à Alexandrie en passant par Athènes, engendra les premières Lumières (Thalès, Démocrite, Euclide…), et dont les soldats-citoyens firent échec à l’ « invincible » Empire achéménide ?

affiche nazie l'Europe contre le bolchevisme

affiche nazie l’Europe contre le bolchevisme

Quel beau rêve c’est déjà, pour l’oligarchie mondiale, qu’une Europe devenue « historiquement correcte », qui perd ou renie la mémoire du Grec Solon abolissant l’esclavage pour dettes, des Gracques luttant pour la loi agraire, de Spartacus baladant les légions de Crassus, des Soldats de l’An II dispersant la Coalition monarchique et ses relais chouans, de Toussaint Louverture affrontant Bonaparte, de Garibaldi fusionnant en sa personne le patriotisme italien et le cosmopolitisme progressiste, des Soviets repoussant dix-huit armées impérialistes, de Clara Zetkin unissant pour l’Egalité le combat des femmes à celui du prolétariat, de toutes ces histoires nationales si diversement porteuses d’émancipation générale que l’on somme aujourd’hui de se dissoudre dans l’acide de la « mondialisation heureuse » chère aux idéologues de la « fin de l’histoire »[21]. Mais à l’inverse, quel cauchemar pour les classes exploitées et pour les peuples dominés, tous gavés dès l’enfance de l’idée nihiliste que l’émancipation sociale et l’affranchissement national mènent au pire… alors que la « bonne gouvernance » reposerait à jamais sur une totale abdication de soi : auto-phobie des « communistes », hier huïstes et aujourd’hui laurentins, reniant l’« illusion » bolchévique, auto-phobie nationale de nos élites s’acharnant sur l’« exception française » (toujours « franchouillarde », « franco-française » et « hexagonale »…), et plus généralement, mauvaise conscience achevée des « damnés de la Terre » promis à la servitude volontaire éternelle par la croyance que toute lutte progressiste n’enfantera jamais que des lendemains qui chantent… Le tout mâtiné de xénophobie et de diabolisation de l’Autre, le Russe au Poutine entre les dents, le Nord-Coréen au missile entre les dents[22], le Mollah irano-libanais, l’Envahisseur islamo-prolétarien, sans oublier le Chinois plus rusé et sournois que jamais…

Tant il est vrai que, comme l’a montré Sartre, la haine d’autrui est inséparable du mépris de soi et que la xénophobie et l’auto-phobie nationales se nourrissent aux mêmes racines de classe antipopulaires…

Résumons-nous :

En matière historique, la position progressiste ne consiste ni à mythifier le passé national ni à l’ignorer ; pas plus qu’elle ne mène à le nier, à le dénigrer ou à le diaboliser en dissimulant ses contradictions objectives, ses complexités, ses racines diverses et ses dynamiques contradictoires.

Il ne peut s’agir davantage de nier a priori, au nom d’un marxisme primitif, que les classes dominantes aient pu, dans des conditions toujours relatives et transitoires qui semblent avoir fait leur temps en France, jouer un rôle progressif partiel même si, sur la longue durée, ce sont bien les peuples opprimés, les classes exploité(e)s et, ne l’oublions jamais, le sexe si longtemps dominé, qui portent structurellement ce que Hegel appelait superbement la « patience du négatif ».

L’attitude progressiste ne peut non plus consister à substituer une mémoire orientée, ni a fortiori une hagiographie, fût-elle révolutionnaire – convenons qu’aujourd’hui, ce n’est pas, et de loin s’en faut, le risque méthodologique principal ! – à l’approche en droit objective de l’historien exerçant méticuleusement son métier. C’est-à-dire à une approche matérialiste partant des faits[23] et s’efforçant de dégager de grandes tendances socio-historiques, voire, quand cela s’y prête et sans forcer le trait, des constantes et pourquoi pas, des lois du devenir social. Le grand PCF du Front populaire et de la Résistance antifasciste avait entrepris ce travail de reconquête éclairée de l’histoire nationale, avec de grands historiens comme Albert Soboul ou avec des philosophes comme Politzer ou Lucien Sève[24]. Qui reprendra aujourd’hui cette tâche où l’intérêt national, le service du peuple travailleur et celui de la recherche objective, sont en droit solidaires ?

Georges Gastaud, livre marxisme et universalismeGeorges Gastaud, philosophe marxiste, est notamment l’auteur de

  • Marxisme et Universalisme, Classes, Nations,Humanité paru aux Editions Delga en 2015,
  • et de Lumières Communes, cours laïque de à la lumière du matérialisme dialectique, à paraître en 2016 aux Editions Delga

[1] Professeur agrégé de philosophie, militant du PRCF. Dernier livre paru, Marxisme et universalisme, Delga 2015. A paraître incessamment sur souscription chez le même éditeur Lumières communes, Traité de philosophie générale à la lumière du matérialisme dialectique.

[2]Et pourtant l’organisation unitaire de combat mise en place par le PCF clandestin sous l’Occupation se nommait bien Front national de lutte pour la liberté et l’indépendance de la France… Dans le célèbre film de Jean Renoir intitulé « La vie est à nous » et commandé par le PCF en 1936, on voit à tout instant l’élan patriotique voisiner avec le souffle internationaliste, le drapeau rouge voisiner avec le drapeau tricolore et l’Internationale prolonger subtilement la Marseillaise… Mais avant de se prononcer sur l’histoire de France, les actuels dirigeants du PCF devraient faire se réapproprier l’histoire qui fut celle de leur parti avant que ce dernier n’ait « muter » pour devenir l’antenne hexagonale du Parti de la Gauche Européenne…

[3] Voire « atlantico-réceptif ? A ce propos, le PC de Grèce, KKE, vient de dénoncer un début de collusion du PCF-PGE avec l’OTAN dans le cadre de cette auberge espagnole qu’est devenue la Fête de l’Huma.

[4]Ce mot suscite de légitimes suspicions méthodologiques. Nous l’employons tout de même ici pour renvoyer à leurs contradictions les anticommunistes qui dirigent l’UE « libérale » : étrange « antitotalitarisme » qui a gravé dans le marbre des Traités la prohibition définitive de toute espèce d’alternative sociale et de pluralisme politique effectifs.

[5] … qui figurait sur la liste commune PS/PC aux municipales parisiennes, et dont le siège de sénateur francilien dépend d’ailleurs  objectivement du futur bon vouloir du PS…

[6] Combien de ces « écolos » qui ne disent mot contre le nucléaire militaire quand ils sont au pouvoir et qui « engueulent » ouvertement les « lâches » dirigeants « munichois » de l’Occident, coupables de ne pas intervenir à tous propos manu militari, et de préférence, au sol dans les Etats du Sud… et  avec les jolis résultats que cela a donné du Mali à l’Irak en passant par la Syrie, par l’Afghanistan et par la Libye !

[7] M. Chassaigne s’est apitoyé sur ces « élus socialistes ou écolos » qui « souffrent » tant de la politique élyséenne… Il nous permettra de plaindre davantage les ouvriers, employés, chômeurs, profs de collège, paysans, etc., qui souffrent durement de la politique de Hollande que soutiennent ces « malheureux » élus PS et écolos bourrés d’états d’âme !

[8] Cette recette a déjà maintes fois servi pour grimer en « antifascistes » les politiciens pro-Maastricht dont les reniements (du gaullisme, du jauressisme, du communisme…) ont tour à tour gonflé les voiles du FN.  On l’a encore vu lors des Régionales où le PS et le PCF-PGE ont appelé à voter pour les « antifascistes » C. Estrosi et X. Bertrand…

[9] Accusé mensongèrement au procès des incendiaires du Reichstag, Dimitrov ridiculisa Göring et le procureur nazi !

[10] A l’adresse du PC français, Dimitrov citait Jeanne d’Arc, l’héroïne populaire à laquelle les dramaturges allemands B. Brecht et A. Seghers consacreront par la suite, en vrais marxistes, la pièce intitulée Le procès de Jeanne d’Arc)

[11]C’est en France que la Conspiration pour l’Egalité de Babeuf et de Buonarotti accoucha du premier mouvement politique au monde, précurseur des partis marxistes, qui appelât à la lutte révolutionnaire pour une société sans classes…)

[12] Il paya ce geste de sept ans de détention et d’un humiliant « triomphe » dans les rues de Rome, aussitôt suivi par une strangulation.

[13] Comme l’avait signalé Engels quand il montra comment la Révolution a su favoriser la fusion dans un unique creuset citoyen de composantes régionales marquées par une grande diversité linguistique, culturelle et juridique

[14] C’est en effet le « prophétisme féminin » qui,  selon la médiéviste Colette Beaune, structure largement la geste patriotique, populaire et messianique de Jeanne. Ce dispositif politico-charismatique était alors la seule « entrée en politique possible pour une femme du peuple… Par ailleurs, il semble que la famille de Jeanne, qui n’était pas noble, se nommait Darc, et non d’Arc, ce qui signifie… du Pont dans le patois de la marche lorraine.

[15]  Selon eux, l’incontournable débat civique sur l’histoire de France doit être courageusement abandonné aux « historiens » : comme s’ils étaient tous des scientifiques impeccables  et comme si certains d’entre eux n’étaient pas passionnément engagés dans la révision contre-révolutionnaire et euro-formatée de l’histoire nationale et mondiale… Ils sont scientifiques, voyons, et la preuve, c’est qu’ils le disent !

[16] Panthéon dans lequel ne figure même pas Croizat, le fondateur communiste de la Sécu, ni Marcel Paul, déporté-résistant, organisateur d’un réseau militant à l’intérieur d’un camp allemand, secrétaire de la Fédération CGT de l’Energie, créateur d’EDF et du statut des électriciens-gaziers…

[17] Lénine voyait plus large : dans la liste des noms qui lui était soumise et qui devait figurer sur un monument dédié aux précurseurs du socialisme, Lénine avait conservé les noms de Proudhon, de Jaurès ou de dirigeants anarchistes français, et il n’en avait retiré qu’un : le sien.

[18] C’est le cas des différents séparatismes  régionalistes et des divers communautarismes religieux, pour n’évoquer que deux facteurs actuels de décomposition nationale, sans parler du négationnisme fasciste…

[19] Ajoutons qu’un certain antipatriotisme anarchisant qui, de manière parfois bien sympathique, brocarde l’armée, la police, l’école, l’ « autorité » et la nation elle-même (Prévert, Brassens, Renaud, voire, au début de leur carrière, les futurs patriotes Aragon ou Eluard…) appartient typiquement, quoiqu’à son insu, à l’héritage de la gauche française alors que, dans tant de pays, même la gauche est terriblement patriote…

[20] Comme l’a noté Michel Serres, et bien avant lui Friedrich Engels, les sciences modernes, y compris les « sciences dures », se font de plus en plus « historiennes ». Loin d’invalider à jamais les « grands récits » (le théorie de l’Atome primitif et de l’expansion de l’univers, dont le cosmogoniste belge Georges Lemaître dessina de manière fulgurante les grandes lignes ne date pas d’hier, sans parler des hypothèses de Kant et de Laplace sur la formation du système solaire !), c’est sur des bases vérifiables que les sciences cosmo-physiques, planétologiques, géologiques, biologiques, anthropologiques, reconstituent pas à pas la chronologie de l’univers, du système solaire, de la Terre, de l’évolution biologique, sans oublier l’hominisation, n’en déplaise aux idéologues postmodernes et anti-progressistes qui dévaluent toute idée de sens ou qui l’abandonnent aux religions. Et dire que dans certains milieux historiques et philosophiques, on se croit encore d’avant-garde quand on prétend, contre le marxisme qui n’a d’ailleurs jamais réduit l’histoire à du récitatif, que le « temps des grands récits » est forclos !)

[21] … qui, pour peu que l’on parle, non de l’historicité humaine mais de la discipline historique, ne croient hélas pas si bien dire !

[22] Et puisqu’il est question de guerre atomique, rappelons que jusqu’à nouvel ordre, ce n’est pas le « dictateur fou de Pyongyang » qui a ordonné d’atomiser Hiroshima et Nagasaki… Mais une fois encore, sait-on jamais de quoi hier sera fait ? L’Obs ne fait-il pas sa Une, d’une brûlante actualité, sur « Mao le plus grand criminel de l’histoire » pendant qu’à Tokyo, le gouvernement ultra-droitier minimise les menées génocidaires antichinoises du Japon militariste et entreprend d’en finir avec la constitution pacifiste imposée au Japon après 1945…

[23] La recherche historique doit certes reconstruire rationnellement les faits et se méfier des fausses évidences de l’empirisme, comme c’est le cas dans toute science, mais la vérité historique n’est jamais seulement une « construction », ni une « fabrique de l’histoire » : sans cela, nul n’aurait rien à objecter au révisionnisme historique !) et d’une démarche dialectique prenant en compte toutes les contradictions et toutes les bifurcations du devenir humain. Mais hélas, nous décrivons là l’historien idéal plus que la triste réalité qui domine aujourd’hui, où, comme ledit l’historienne Annie Lacroix-Riz, l’histoire, spécialement l’histoire contemporaine, est « sous influence » et suit majoritairement le sillon contre-révolutionnaire lourdement partial tracé par Courtois et par feu François Furet.

[24]Cf, malgré quelques simplifications reconnues ultérieurement par l’auteur, son grand livre des années soixante sur L’histoire de la philosophie en France de 1789 à nos jours.


DOCUMENTS :

Mélenchon attaqué sur l’identité nationale par le PCF et par le NPA

  • Par Marc de Boni 28/09/2016 à 20:14 / LE SCAN POLITIQUE – Le candidat de la «France insoumise» souhaiterait débattre face à Nicolas Sarkozy des questions d’identité nationale, une perspective qui révolte au sein du parti communiste.

«Un débat solide sur l’identité nationale» face à Nicolas Sarkozy, Jean-Luc Mélenchon ne dit pas non. «À partir du moment où l’on est Français, on adopte le récit national», fait valoir le candidat de la «France insoumise», cité dans nos colonnes ce mercredi, en réponse au débat sur «nos ancêtres les gaulois» lancé par le candidat Républicain. De quoi alimenter à nouveau le conflit croissant qui l’oppose au parti communiste mais aussi à d’autres composantes de l’extrême gauche. Dans une note de blog publiée sur Mediapart, le porte-parole du PCF, Olivier Dartigolles, accuse le fondateur du parti de gauche de participer à «rendre centrale la question de l’identité dans le débat politique français».

«Si nous sommes les filles et les fils de ce qui émancipe et libère, un débat sur l’identité avec l’homme du ministère de l’immigration, de l’intégration, et de l’identité nationale, (…) celui des “gauloiseries”, est une erreur» déplore l’élu de Pau. «La surenchère identitaire d’une partie de la droite est un danger pour notre démocratie. Le rappel historique de ce qui s’est déjà produit dans les années 30 devrait davantage être réfléchi, discuté et débattu de manière “solide”», plaide Olivier Dartigolles. «Je préfère un débat entre historiens qu’un débat instrumentalisé avec, comme toile de fond, un présidentialisme exacerbé qui ne permet pas de faire entendre les exigences populaires».

Ce «présidentialisme exacerbé» est actuellement mis en avant place du colonel Fabien pour refuser l’arrimage à une campagne jugée trop centrée autour de la personne de Mélenchon. «L’enjeu est aujourd’hui d’agréger toutes les mémoires, y compris les mémoires blessées, dans un nouveau récit républicain en ne laissant pas la plume à une droite qui attaque si durement les valeurs républicaines dans son projet politique pour 2017», écrit encore le proche de Pierre Laurent.

Une prise de distance face à l’évolution du discours mélenchoniste qui hérisse le poil de la tête de proue du NPA, Olivier Besancenot. Dans une interview sur Hors Série publiée le 24 septembre, le postier parisien s’insurge: «Aujourd’hui, une partie de la gauche radicale aime à se réconforter dans les idées du souverainisme, de la frontière, de la nation. Tout en expliquant que “sur le reste on tiendra bon“». «Jean-Luc Mélenchon nous a fait des grandes sorties au début sur le souverainisme économique –et promis, juré, craché, c’était que ça- au nom de la lutte, nécessaire par ailleurs, contre les institutions européennes», rappelle l’ancien candidat à la présidentielle de la LCR. «À la fin, t’en viens à bafouiller sur la liberté de circulation et d’installation. Et puis, à la fin, t’en viens à dire que t’es pas pour la liberté d’installation», déroule le trotskiste, qui ne voit pas cette dérive d’un bon oeil: «Tout ça, je l’analyse comme des grands sujets de régression politique pour la gauche radicale», conclut-il.

André Chassaigne s’imagine en candidat PCF

Dans l’entourage de Jean-Luc Mélenchon, l’idée s’installe qu’il faudra faire campagne sans le PCF. Si certaines figures comme Marie-Georges Buffet le soutiennent, la direction du parti pourrait lui préférer Arnaud Montebourg ou même un candidat issu de ses rangs. «Dans les conditions actuelles, il n’est pas possible de soutenir Jean-Luc Mélenchon», a estimé le député communiste André Chassaigne, interrogé par le site Regards.fr. «Il subsiste un désaccord stratégique qui a son importance. Je ne crois pas aux deux gauches irréconciliables (…) Nous, on se bat pour rassembler la gauche, parler aux militants et aux élus socialistes en souffrance, aux écologistes», explique l’élu du Puy-de-Dôme. Fustigeant «la dérive égocentrique» de Mélenchon, le député juge que, «dans les conditions actuelles», «il n’est pas possible de le soutenir: exiger la soumission comme il le fait est contre-productif. Ça ne marchera pas», prévient-il. L’auvergnat mise pour le moment sur «une candidature présentée par le PCF» qui pourrait «bousculer cette campagne présidentielle». Lui-même serait volontaire, comme il l’avait déjà été -en vain- en 2012. Les communistes trancheront cette question cruciale pour l’année à venir le 5 novembre prochain.


L’enquête, codirigée par cette professeure des sciences de l’éducation, prend à rebours les discours inquiets de nombre d’hommes politiques. L’histoire de France telle que racontée par la jeunesse hexagonale est un récit optimiste, laïc et emprunt de fierté. La guerre est la trame du roman national, l’égalité son épilogue.

  • «Chez les jeunes, un roman national existe, beaucoup plus fort que ce qu’on imaginait»

Ils avaient peur que leur enquête, lancée en 2011, soit du «réchauffé». A l’époque, Nicolas Sarkozy est candidat à sa réélection, il y a eu les débats sur l’identité nationale, un ministère lui a été consacré et le projet de musée de l’histoire de France n’a pas encore capoté. Mais les travaux des chercheurs demeurent d’une brûlante actualité. Election approchant, la droite en remet traditionnellement une couche sur l’identité et le roman national, prenant pour cible l’enseignement de l’histoire qui tuerait dans l’œuf tout élan patriotique des élèves. Ces cours seraient le lieu d’apprentissage de l’autoflagellation où l’on formerait des citoyens honteux et paumés. Eh bien non. Ce n’est qu’un marronnier de campagne qui ne se vérifie pas sur le terrain.

C’est ce que prouve l’équipe internationale et pluridisciplinaire emmenée par Françoise Lantheaume, historienne, spécialiste des sciences de l’éducation et sociologue, dans le Récit du commun, présenté au stand des Presses universitaires de Lyon à l’occasion des Rendez-Vous de l’histoire, à Blois, ce week-end. Les chercheurs se sont fait conter l’histoire nationale par 6 600 jeunes de 11 à 19 ans. Cette étude, d’une ampleur inédite, coordonnée par le laboratoire Education, Cultures, Politiques (ECP) de l’université Lyon-II, montre que le roman national existe bel et bien. Et il est aussi vivace, que progressiste. Les valeurs républicaines en constituent la trame narrative. L’enquête a été menée en métropole mais aussi à la Réunion, puis en Suisse, en Allemagne et en Catalogne.

L’énoncé de votre enquête était très simple : «Raconte l’histoire de France…»

«… telle que tu la connais, telle que tu t’en souviens», sans aucune autre contrainte. Il ne s’agit pas d’une évaluation, la consigne se démarque des énoncés scolaires habituels : elle pousse au récit. Raconter induit une implication personnelle. La question suivante portait sur les sources de leurs connaissances, ils devaient choisir cinq possibilités parmi une vingtaine et hiérarchiser les cinq premiers.

Existe-t-il un récit commun ?

A vrai dire, nous doutions de son existence, non pas au niveau de l’enseignement transmis mais des élèves. La mondialisation ayant tendance à produire un éclatement mémoriel réduisant la part laissée à l’histoire proprement nationale, nous voulions comprendre s’il y avait construction d’un récit commun par le bas, par les élèves eux-mêmes et vérifier de quoi il était constitué. Or, il ressort de notre enquête qu’un roman national très fort, beaucoup plus fort que ce qu’on imaginait, demeure. Et ce, quel que soit l’âge, l’origine sociale ou géographique des élèves. Finalement, c’est le récit de l’histoire de France du personnel politique qu’il faudrait étudier. Le décalage se situe peut-être là !

Avez-vous retrouvé l’«apartheid territorial» décrit par Manuel Valls ?

En banlieue ou dans les ZEP, on trouve les mêmes constituants avec trois ingrédients incontournables : les rois, la guerre, la Révolution. Et les élèves sont du côté du peuple, même dans les établissements privés. La seule sous-population à se distinguer, ce sont les élèves de lycées professionnels. Le nombre de non-réponse ou de réponses farfelues, avec des textes qui associent par exemple Zidane et la Révolution, y est significatif. Le récit est probablement une forme qui ne convient pas aux sections professionnelles où la maîtrise de l’écrit est plus problématique. Si nous menions des entretiens avec ces élèves, peut-être raconteraient-ils l’histoire de France différemment, dégagés de l’angoisse de la page blanche.

L’école n’est pas la seule source, quel est ce «bain historique» dans lequel les élèves baignent ?

C’est la «mythistoire», pour reprendre le concept de Jocelyn Létourneau qui codirige avec moi l’ouvrage collectif. Il s’agit d’un mélange de savoirs et de mythologie diffusé dans la société par différents canaux – les familles, la télé… – et dont les jeunes s’imprègnent en se socialisant. Cette mythistoire construit la conscience historique, celle d’appartenir à un temps et d’en être le produit. Quand un élève dit que les Français ont «toujours été rebelles», il est dans la représentation, la croyance. Sont mêlées la vision qu’ils ont d’eux-mêmes et l’histoire, avec ses révoltes successives.

Le passé est aussi ce que l’on réécrit en permanence…

Les élèves ont une vision très «présentiste» de l’histoire. Ils pensent vivre son aboutissement, sa fin et considèrent qu’il n’y a pas mieux. Une chose m’a frappée, en lisant et relisant les textes : pour eux, l’histoire de France est un progrès permanent. Les récits ne sont pas du tout déclinistes, la France a surmonté beaucoup d’épreuves, parfois avec l’aide des Alliés, comme les Américains, et s’est grandie.

Ils ont une approche assez morale de l’histoire ?

Oui, au sens où c’est la justice qui gagne. Les principes de liberté et d’égalité construisent les récits. Leurs jugements se fondent sur ces deux critères : est-ce que tel événement a permis plus de liberté, plus d’égalité ? Si oui, c’est bien. Sinon, c’est mal. Il transparaît que les élèves sont porteurs d’un principe politique profondément ancré : l’aspiration à l’égalité. Paradoxalement, la dimension sociale et économique est très faible. Idem pour la religion. Elle suscite la méfiance des élèves, associée au danger de l’éclatement du corps social. En fait, c’est le politique qui structure profondément le récit commun dont le début est associé à un fait politique : le baptême de Clovis qui institue la royauté, la Révolution française qui instaure la République ou la Seconde Guerre mondiale qui permet le retour à la démocratie. Ce qui fait la dynamique, c’est la conflictualité politique. Les élèves ne sont absolument pas sensibles à ce qui est de l’ordre du compromis ou du consensus. Le sens de l’histoire est ainsi, le politique permet au peuple, aux dominés, grâce à des conflits, d’acquérir de nouveaux droits. La guerre est l’épreuve à travers laquelle on voit la résilience et la résistance de ce collectif. Et le happy end, c’est la démocratie, le droit de vote et l’égalité, même si ce n’est pas parfait. Ils font de la conflictualité une sorte d’habitus national, elle fait partie de la vie sociale, et politique et permet d’expliquer le présent.

Et la France a dans leurs esprits toujours le beau rôle, elle n’envahit jamais, elle conquiert…

C’est le travers des récits : ils sont centrés sur la dimension nationale… La fierté s’exprime clairement, les emblèmes nationaux sont très présents. Les mentions de la guerre d’Algérie ou des guerres coloniales sont faibles.

Vous soulignez aussi un «imaginaire guerrier et vainqueur»…

Même si la guerre est décrite comme source de douleur infinie et de souffrances atroces, c’est grâce à elle que la France est devenue grande, démocratique, moderne. Elle est fondamentale dans leur discours, à la fois optimiste et humaniste. Mais tout n’est pas rose. Certains estiment que l’histoire aurait pu être mieux, déplorent des moments moches, comme la collaboration avec les nazis ou l’exploitation de paysans par des rois. Curieusement, le territoire n’est pas historicisé : la France a toujours été là, comme ça, telle quelle !

Et quand commence l’histoire de France ?

Les élèves ne sont pas d’accord entre eux. C’est une particularité française, ce rapport très subjectif au début de l’histoire. Beaucoup la font démarrer aux Lumières, à la Révolution. D’autres choisissent la Première Guerre mondiale ou la Seconde. Ceci dit, pour la majorité, cela commence avec les Gaulois qu’ils voient comme une assemblée de petits groupes. Il y a une idée de diversité, de brassage, qu’ils jugent positivement. Selon eux, la France est le résultat de cette constitution progressive par agrégation et mélanges.

C’est en quelque sorte l’affirmation du droit du sol…

Oui, même s’ils ne le formulent pas ainsi. Pour eux, l’important, c’est la géographie, ce territoire sans histoire, sur lequel vivent des peuples différents mais s’entendent autour du politique. C’est cela être français.

Et ses «racines chrétiennes» ?

Les élèves racontent une histoire très sécularisée, voire laïcisée. L’Eglise apparaît davantage comme institution que spiritualité, c’est le clergé, un lieu de pouvoir.

Qui sont les héros de leur panthéon ?

Les élèves évoquent de façon lapidaire un tiercé gagnant : Louis XIV, Charlemagne, Napoléon. Comme prévu, il y a très peu de personnages de femmes, mais elles sont présentes en tant que groupe. En revanche, des personnages ont presque disparu, comme Richelieu. Même Jeanne d’Arc est peu citée…

Vous relevez d’autres absences comme l’histoire locale ?

Nous avions formulé l’hypothèse d’une différenciation géographique, liée par exemple à l’insularité. Dans les îles, la moitié des élèves avaient un questionnaire différent, demandant de raconter «l’histoire du pays» et non «de France», libre à eux de choisir la région, ou un autre pays dont ils seraient originaires… Finalement, les différences sont marginales, avec des récits feuilletés, alternance d’une petite couche d’histoire corse essentiellement mythique, avec une autre, nationale, davantage étayée par des savoirs. Les récits de la Réunion sont très «géographiques» et accordent plus de place à l’esclavage. Mais, il y a une nationalisation forte de l’histoire. Autres absences : les institutions intermédiaires effacées par le face-à-face du pouvoir et du peuple.

Il y a le fond mais aussi la forme, comment racontent-ils ?

Le récit est un mode d’appropriation du monde, une façon de le mettre à sa mesure. Un grand nombre de textes sont des énumérations, des listes ou des nuages de mots. Peut-être est-ce lié à des pratiques juvéniles ou à l’enseignement de l’histoire qui s’est longtemps méfié du récit, réservé à la fiction, préférant des exercices avec des réponses à items. Autre hypothèse : le stade des listes est une étape de l’apprentissage. D’ailleurs, le phénomène se retrouve surtout chez les plus jeunes et dans les lycées professionnels. Enfin, le contexte de l’enquête joue : ils s’adressent à des gens qui savent, il est donc inutile d’expliquer.

Etonnamment, dans les récits suisses, c’est comme s’il n’y avait jamais eu de guerre !

La vraie île, c’est la Suisse ! Les élèves du canton de Genève sont dans le localisme, ils en racontent l’histoire mythologique, connue essentiellement à travers une pratique sociale, la fête de l’Escalade et sa chanson commémorant la victoire en 1602 sur les assaillants savoyards, se contentant parfois d’écrire les paroles… Ils évoquent très rarement la Seconde Guerre mondiale et beaucoup la neutralité.

Les récits allemands aussi sont surprenants.

Quand les jeunes Français s’impliquent dans les récits, emploient souvent le «je», le «nous», parlent de leurs grands-parents, les Allemands la racontent avec distance. Pourtant, la pédagogie de l’implication, incluant émotionnellement les jeunes Allemands pour développer l’empathie à l’égard des victimes du nazisme, est mise en œuvre. Mais ce qui transparaît, c’est au contraire un refus de s’impliquer, une manière d’affirmer que cette histoire, ce n’est pas celle de leur génération. Hitler occupe l’essentiel de leurs récits, celui qui porte seul tout le mal.

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