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Le blog de Lucien PONS

Articles avec #comite pour une nouvelle resistance tag

Nice Louis Delfino : footballeur du Gym, pilote de chasse et homme politique

18 Mai 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #La République, #La Russie, #Histoire, #Comité pour une Nouvelle résistance

N

Publié le 
L'équipe du Gym en 1930-31 : Delfino est au premier rang, 2e à partir de la gauche.Photo

Dans nos colonnes, nous évoquions, voici quelque temps, le vol du buste du général d'aviation Louis Delfino. Acte de voyous à la recherche d'objets à revendre ou passion de collectionneur ? Mais au fait qui était ce Niçois qui détrôna Saint-Agathe (1) ?

Le 5 octobre 1912 naît, rue Arson, le jeune Louis Delfino, fils d'un ébéniste tué quelques années plus tard lors des combats de la Première Guerre mondiale. Le jeune orphelin, qui a débuté sa scolarité à l'école Risso, entre au lycée Masséna. Il y montre des qualités intellectuelles remarquables puisqu'il intègre Saint-Cyr en 1931.

Mais c'est aussi un sportif accompli, qui joue sous le maillot de l'OGCN (Olympique gymnaste club de Nice), en compagnie de Numa Andoire. A 18 ans, « Fino » est de toutes les attaques ! En 1931, il fait partie de l'équipe de foot qui affronte, à Colombes, le Club français pour la demi-finale de la Coupe de France. Le Gym s'inclinera 6 à 1.

Sa passion le porte cependant vers l'aviation, à l'image de ses héros, Costes, Bellonte, Mermoz... En 1934, il obtient son brevet de pilote. A la déclaration de guerre, en 1939, il est capitaine aviateur à la tête de la 4e escadrille du Groupe de Chasse II/9 à Reims. Au cours de la campagne de France de mai 1940, il obtient huit victoires en combat aérien.

Un accident l'éloigne des terrains au moment de l'Armistice, et il ne reprend du service qu'en 1942, à Dakar, en Afrique occidentale française, dans l'armée de Vichy. C'est dans ce cadre qu'au cours d'un combat aérien, il abat un appareil anglais ! Tragique incident qui l'empêchera de combattre aux côtés des Anglais dans les Forces aériennes de la France libre ! « J'ai cru, et je ne suis pas le seul, faire mon devoir en restant fidèle à Vichy. J'en suis revenu et je veux toujours combattre... »

Le Groupe de Chasse « Normandie »

A cette époque, en 1942, le général de Gaulle décide de la nécessité d'une présence française sur tous les fronts de combat contre les Allemands. A la fin de l'année, il décide de constituer une escadrille de chasse française pour combattre sur le front russe. Ce sera le Groupe de Chasse 3, constitué de 14 pilotes volontaires et 58 mécaniciens. Le groupe, constitué au Liban en novembre 1942, rejoint la base d'Ivanovo, proche de Moscou. Pilotes et mécaniciens décident de le baptiser du nom de « Normandie ».

Après un entraînement intensif sur le célèbre avion Yak 1, les hommes de « Normandie », aux ordres du commandant Jean Tulasne, sont lancés avec succès dans la bataille de Koursk en juillet 1943. A la fin de l'année 1943, Delfino se porte volontaire et rejoint Normandie avec d'autres volontaires. Tulasne ayant été abattu, c'est Pierre Pouyade qui prend le commandement et il choisit Delfino comme second.

Le 21 juillet 1944, pour sa participation aux combats du fleuve Niémen, le maréchal Staline confère au groupe, devenu régiment aérien, le nom de « Niémen », que les Français accolent au nom d'origine. « Normandie-Niémen » est né !

Lors de la deuxième campagne de Prusse orientale, de décembre 1944 à mai 1945, Delfino prend le commandement de « Normandie-Niémen » et participe aux derniers combats.

Après l'Armistice de mai 1945, le maréchal Staline décide d'offrir à chacun des pilotes de « Normandie-Niémen » son Yak. Et c'est donc aux commandes de leurs avions de combats que « Finochard » et les quarante pilotes français atterrissent au Bourget le 20 juin 1945.

(1) Le boulevard Louis-Delfino portait initialement le nom de « boulevard Sainte Agathe ».

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L’exceptionnelle épopée du groupe de chasse « Normandie-Niemen »

18 Mai 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Histoire, #La France, #La République, #La Russie, #Comité pour une Nouvelle résistance

L’exceptionnelle épopée du groupe de chasse « Normandie-Niemen »
L’exceptionnelle épopée du groupe de chasse « Normandie-Niemen »

Yves Donjon

L’exceptionnelle épopée du groupe de chasse « Normandie-Niemen », Espoir n°129, janvier 2002

1942, jours sombres pour la France dont l'armée a été vaincue deux ans plus tôt en quelques semaines.
Les Forces françaises libres ne se résignent pas à la défaite.

Un petit nombre d'unités continue la lutte. En Egypte, en Syrie, au Liban, au Tchad, en Libye, dans les îles du Pacifique, sur terre et dans les airs, l'armée française est présente.

Le général de Gaulle décide qu'une unité d'aviation de chasse française sera présente sur le front de l'Est.

Il existe déjà deux groupes de chasse l'« Alsace » et l'« Ile de France ». Le troisième groupe s'appellera « Normandie ».

Après de longues négociations avec l'URSS, le groupe constitué à Rayak au Liban, rejoint après un long périple, le 29 novembre, la base d'Ivanovo, ville située à 250 kilomètres au nord-est de Moscou.

Soixante militaires français, dont 15 pilotes (1) tous volontaires, vont représenter la France sur le sol soviétique pour combattre le nazisme. L'instruction des Français durera du 2 décembre 1942 au 14 mars 1943.

Il faut se familiariser avec la langue et surtout s'adapter aux conditions climatiques très difficiles de l'URSS.

Les Soviétiques, malgré les difficultés économiques liées au conflit, font le maximum pour aider ces combattants venus de l'Ouest.

La vie est très dure pour tous (température descendant jusqu'à -30° ayant une incidence directe sur l'entretien des avions), nourriture, difficulté d'adaptation pour les pilotes pour naviguer et retrouver leur terrain sur ces énormes étendues enneigées. Le matériel de combat choisi ne peut être que soviétique. Ce sera le chasseur Yak dont les versions successives satisferont toujours les Français.

Le 19 mars 1943, le général Petit, chef de la mission militaire française à Moscou et le colonel Levandovitch du commandement supérieur des Forces aériennes de l'Armée Rouge inspectent pendant deux jours « Normandie ».

De cette inspection, il est établi que : « Par ses qualités militaires et morales, cette unité est prête pour partir sur le front ».

L'aventure du «Normandie » commence et la première campagne se déroule du 22 mars au 6 novembre 1943.

Première campagne de mars à novembre 1943

Pendant cette première campagne, les 14 pilotes du « Normandie » vont, parfois au prix du sacrifice suprême, impressionner très favorablement le Haut-Commandement de l'Armée Rouge.

Les exploits et la fougue de nos pilotes en combat aérien vont faire l'objet d'un modèle de tactique qui va être cité en exemple et copié même par leurs homologues aviateurs soviétiques.

Le « Normandie » est à la pointe du combat. Les missions consistent notamment à escorter les bombardiers Pe2. La chasse ennemie du secteur est assurée par la très fameuse Première Armée aérienne Mölders.

Le 5 avril, la patrouille (sous-lieutenant Durand, lieutenant Préziosi) obtient les deux premières victoires du groupe.

Les combats vont succéder aux combats, toujours plus âpres, au cours des quels les victoires vont s'accumuler mais avec leur inévitable lot de pertes. Celles-ci vont devenir si importantes que des renforts seront nécessaires. Ils arriveront à compter du 10 mai 1943.

Le 19 juin pour la première fois, la Pravda publie le nom de cinq officiers français décorés de « l'Ordre de la Guerre pour la Patrie ».

Le 14 juillet, « Normandie », unité minuscule sur l'immensité du territoire soviétique, voit flotter le drapeau français lors d'une prise d'armes de dix minutes entre Français et Soviétiques.

Trois jours plus tard, c'est au tour du commandant Tulasne de ne pas rentrer. Il sera remplacé par le commandant Pouyade tandis que le sous-lieutenant Albert et le capitaine Préziosi obtiennent la trentième victoire du groupe.

Les mécaniciens français, débordés et trop peu nombreux, sont remplacés par des mécaniciens soviétiques. Trente-trois pilotes arrivent en renfort du 22 décembre 1943 au 28 février 1944, puis dix-huit autres en mai.

« Normandie », qui compte maintenant quatre escadrilles, est à juste titre considérée comme unité d'élite.

« Normandie » est désormais la seule unité de chasse française connue à ce jour à porter l'appellation de régiment et à être pourvue d'un drapeau.

« Normandie », qui compte alors 61 pilotes, entre dans sa deuxième campagne.

Deuxième campagne de mai à novembre 1944


Les actes de bravoure deviennent le quotidien des aviateurs français. Notons, lors de cette deuxième campagne, la faste journée du 16 octobre pour « Normandie » qui, en cent sorties, s'octroie 29 victoires sans une seule perte.

Deux jours plus tard, en quatre vingt-huit sorties, les casseroles d'hélices tricolores abattent 12 avions. Le 20 octobre, soixante-neuf sorties, onze nouvelles victoires, le 22, cinquante-six sorties, quatorze autres victoires sans perte.

Le 27 novembre 1944, « Normandie » a le privilège d'être la première unité française à stationner sur le sol allemand.

Le 28, les lieutenants Albert et de La Poype sont élevés à la dignité de « héros de l'Union soviétique » et, par ordre de Staline, l'unité reçoit le titre de « Régiment du Niemen ».

A compter de ce jour, « Normandie » portera fièrement l'appellation de Régiment Normandie-Niemen.

Le 9 décembre, le général de Gaulle accueille à Moscou tous les pilotes du « Normandie-Niemen » qui reçoivent honneurs et décorations.

Troisième campagne de janvier à mai 1945

Le 12 janvier, le rouleau compresseur soviétique se remet en marche sur la Prusse orientale et la Pologne. Les chars soviétiques se battent à sept contre un, l'aviation à dix-huit contre un.

Le lieutenant-colonel Pouyade, victime d'un accident de voiture, laisse son commandement au commandant Delfino.

Les anciens partent en permission et, le 30 décembre 1944, le lieutenant Marchi remporte la deux centième victoire.

Les 19, 21 et 23 janvier 1945, l'héroïsme du « Normandie-Niemen » est récompensé par trois citations à l'ordre du jour du maréchal Staline.

Le 21 février, il ne reste que vingt-cinq pilotes. Le 20 mars, le « Normandie- Niemen » se voit remettre l'Ordre du Drapeau Rouge.

Le 12 avril, le lieutenant Henry abat un FW 190 ; ce sera la dernière victoire du « Normandie-Niemen ». Hélas, ce pilote sera, quelques heures plus tard, victime d'une salve d'artillerie.

Le 9 juin 1945, considérant le comportement exemplaire des pilotes français sur le front soviétique, le maréchal Staline estime qu'il serait injuste de les désarmer. Il leur fait don de leurs avions Yak 3, qui se poseront, le 20 juin, au Bourget devant une foule énorme venue les accueillir.

Ainsi se termine l'épopée commencée le 22 mars 1943 ; le « Normandie-Niemen » a obtenu 273 victoires confirmées, 37 probables et 47 avions endommagés en 869 combats aériens.

Quatre pilotes ont été élevés à la dignité de « Héros de l'Union soviétique ».

Vingt-et-un ont été faits compagnons de la Libération par le général de Gaulle.

Quarante-deux pilotes français sont morts pour la France sur un total de quatre vingt-seize, qui participèrent aux trois campagnes. Leurs noms sont inscrits sur une plaque commémorative, scellée sur la façade de la maison de la Mission militaire française à Moscou.

Un musée, créé aux Andelys (Eure), retrace cette fabuleuse épopée (2). Quand vous visiterez ce musée, unique en France, vous serez pris comme nous par une espèce de culte pour toute l'abnégation, l'héroïsme, les joies, les peines, les sacrifices que représentent ces souvenirs que nous nous devons de citer en exemple aux jeunes générations.

(1) 14 pilotes de chasse et un pilote de liaison.

(2) Avec en 2009 la mise en sommeil des traditions du régiment de chasse et la dissolution de l’escadrille russe Normandie-Niemen, ce mémorial semble actuellement remis en question. Voir l’appel lancé à ce propos sur le site : http://normandieniemen.free.
fr


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Festival de cannes 1946...Et ça c'est du cinéma !

16 Mai 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #La France, #La République, #La nation ., #Histoire

Publié par Jean Lévy

 

 

Festival de cannes 1946...Et ça c'est du cinéma !
Festival de cannes 1946...Et ça c'est du cinéma !
Festival de cannes 1946...Et ça c'est du cinéma !
 
Canaille le Rouge, le c@rnet, ses p@ges.Canaille le Rouge,
le c@rnet, ses p@ges.

 

Cannes, le festival,

une histoire de lutte de classe

Publié le 14 Mai 2015

La première trahison

de la SFIO

après la guerre

Cannes, le festival, une histoire de lutte de classe

Pour info et pas seulement pour l'anecdote : la présence de la CGT dans l'histoire du festival de Cannes est une grande et belle histoire qui demanderait à être mise au grand jour et écrite. Elle est liée aux conditions de l’immédiat après guerre, de l'affrontement avec l'impérialisme culturel des USA tel que prévu dans le plan Marshall et ratifié par les accords Blum Byrnes.

A défaut d’avoir pu imposer l’AMGOT - "gouvernement militaire allié des territoires occupés, en anglais Allied Military Government of Occupied Territories", une administration de la France par les troupes anglo-américaine que De Gaulle rejettera dans la trajectoire du CFLN à Alger puis des conditions de la libération du Pays dont la Résistance et les armées françaises (Le Clerc et Delattre) la puissance du PCF et celle de la CGT) qui déinsteureront la République- des discussions s'ouvrent dès 1945 pour examiner les conditions de l'aide américaine à la reconstruction.

Avec J. Monnet (le fameux « père de l’Europe »), Blum, Léon, père spirituel de Guy Mollet puis de,… puis de,… puis de, pour arriver à Hollande Valls et Macron (n'oubliez quand même pas les barreaux intermédiaires) était le représentant de la France dans les négociations des déclinaisons pour la France du plan Marschall. Négociation qui se déroulent aux USA.

Le 1er Janvier 1946 ces "accords économiques" avec les USA représentés par James F. Byrnes (prononcer « beurneuss » ) secrétaire d’état US sont signés à Washington.  

L’industrie cinématographique est un des chapitres de ces accords et une monnaie d'échange. Ils permettent la libre pénétration du cinéma américain en France en échange d'importants avantages financiers concédés au trésor français. La profession les dénoncera ce marché. La CGT et le PCF comme organisations nationales et leurs implantations dans les studios de production seront à la tête de ce mouvement,mobiliseront largement.

Qu’est-ce qui dans ces textes met le feu aux poudres ? Les accords Blum-Byrnes prévoyait l’installation de quota de diffusion de film US où Byrnes exige un retour aux accords de 1933, qui prévoyaient un quota fixe de films américains par an projetés dans les salles françaises avec en 1946 un nombre encore plus réduit pour la production française que la part de film français autorisé en …1941-42 sous l’occupation allemande.

De son côté, le secteur du cinéma français demande que sept semaines sur treize soient réservées uniquement à la diffusion de films français.

Cette question sera le catalyseur dans le cadre de ce qui s’appelait la Renaissance française et la reconstruction du pays. Pour montrer la réalité de la création cinématographique française et le coup de poignard des accords B&B, la profession avec une puissante CGT parmi les artistes et l’industrie cinématographique, autour d’eux la CGT et tout le monde du travail, avec aussi un puissant PCF, en protestation à ces accords, tous vont conduire à la réactivation d’un projet de festival du film dont la première mouture (pour s’opposer à la Mostra de Venise alors inféodée aux fascistes) avait été stoppée par la guerre.

Pour comprendre les raisons d’une colère si forte dans la profession et la montée rapide et massive du rapport de forcs, il faut avoir en tête (et les média sont plus que très discret là dessus) que la résistance et la CGT sont particulièrement fortement implanté dans le spectacle et le cinéma. Depuis 1936 le PCF a des liens fort avec la création cinématographique (se souvenir de Renoir et la Marseillaise, des films ont été produit par des coopératives progressistes de production avant la guerre, des fédérations d'industrie ont commandé des réalisation pour porter les transformation imposées par les acquis du front populaire (Métaux, Construction, Cheminots).

Le spectacle, de l'Opéra au cinéma en passant par le théatre aura une activité de résistance majeure seront des vecteurs du combat contre la collaboration.

Les archives du Musée de la Résistance ont des pièces émouvantes, parfois savoureuses, héroïques toujours.

Par exemple un Bernard Blier en arme chassant en aout 44 les miliciens du siège de la CGT Rue Lafayette au coté de son capitaine de détachement FTP JP Lechanois.

J Gabin engagé volontaire dans les FFL qui sera des combats au sein de pour finir sa campagne dans la  libération de la poche de Royan en 1945, Aimos qui sera tué durant la libération de Paris, Henri Alekan, chef opérateur de Bataille du rail et La Belle est la Bête était un des responsables du Front National du cinéma et un de ceux qui fera le relevé cinématographique clandestin des défenses de la côte méditerranéenne pour les alliés dans une locomotive avec René Clement. Comme chez les acteurs et les techniciens, les musiciens ont été de ce combat et seront acteurs de la renaissance culturelle après avoir résisté comme Georges Auric Désormière, Dutilleux et combien d’autres, comme Michel Tagrine violoniste, lieutenant FTP de la Cie St Just qui mourra dans les combats pour la libération de Paris. Des personnages et moments sur lesquels il va falloir imposer que l’histoire reviennent, ils et elles se sont battus pour la libération politique, économique et culturelle du pays. Notons que tous ces noms parfois mondialement connus était massivement syndiqués à la CGT. Un engagement qui dans les conditions de la profession est une des données de l’histoire du cinéma Français (le syndicat des acteurs adhère à la CGT en 1936 ).

Une histoire avec des facettes mal connues. Qui parmi ceux qui lui vouent admiration parfois culte savent qu' à la mort de Gérard Philippe (lui même FFI qui participera aux combats d'aout 44 à Paris) il aura comme sccesseur successeur  un certain JP Belmondo qui est pointé dans le Maîtron comme président du syndicat CGT des acteurs?

C’est dans ce contexte qu'en 1946  la CGT propose et construit Cannes contre les accords Blum Byrnes, un défi relevé en moins de six mois.

Notons que si conflit il y a avec les magnats d’Hollywood, la solidarité jouera à font avec UA (unitedS artists) coopérative fondée par Charlie Chaplin, Douglas Fairbanks, Mary Pickford et D. W. Griffith. Combien d’autres UA, avant de se faire étrangler par les banques, comptera dans ses rangs? Piocher au hasard :  Yul Brunner, Burt Lancaster Sinatra, Kirk Douglas, J Wayne (avant qu’il se fascise). UA qui fit travailler tout ces réalisateurs qui à l’image de Dalton Trumbo et Chaplin seront pourchassés par le maccarthysme.

Cette solidarité contre les «Major » conduira les battus des deux côtés de l’atlantique (ici en France au premier rang le MRP et la SFIO) à dire devant leur défaite que Cannes sera soutenu par Hollywood ce qui est une contre vérité et uneoffense aux acteurs et techniciens d’UA et un blanchiment de MGM et Universal et autres.

Pour l’anecdote (mais pas que), si la fédé du spectacle est naturellement dans l’organisation culturelle de Cannes, malgré les embûches et parfois tentative de les écarter, l’UL de Cannes, dont le Syndicat CGT des Cheminots sont présents, toujours  actifs dans sa réalisation.

La réaction municipale a pu raser le « palais du festival » construit avec la CGT par la population, des fondations aux rideaux rouges de scène dont les couturières seront applaudies debout par la salle lors de la première remise des récompenses, elle n’a pas pu et ne pourra pas effacer ce qu’est ce festival ; vous savez maintenant à la lumière de ses racines les enjeux d'aujourd'hui autour de l’originalité du cinéma français pourquoi cette originalité de l’avance sur recette,heritage de ce rapport de force pour soutenir la création, pourquoi aussi ce statut particulier qui installe une zone diplomatique d’extraterritorialité permettant à des professionnels du cinéma du monde entier, pourchassés dans leur pays de venir répondre aux journalistes protégés par un statut diplomatique, de pouvoir recevoir leur récompense parfois à peine sortie de prison par la pression internationale qui arrive parfois à les en arracher et surtout …d’empêcher qu’ils y retournent.

C’est lié à la Résistance, à la Libération et ses conditions en France au pacte républicain symbolisé par le Conseil National de la Résistance. Autant de chose qui ne s’apprend pas dans les programmes scolaires et qu’il serait pas mal que chacun de nous face découvrir et explique autour de soi et apprenne à ses enfants.

 

 

Pour en savoir plus du côté des acteurs (qui ne sont qu'une partie de l'industrie cinématographique un titre : Marie-Ange RauchDe la cigale à la fourmi, histoire du mouvement social et syndical des artistes interprètes 1840-1960, Paris, 2006, Éditions de l’Amandier

Festival de cannes 1946...Et ça c'est du cinéma !

Pour info et pas seulement pour l'anecdote : la présence de la CGT dans l'histoire du festival de Cannes est une grande et belle histoire qui demanderait à être mise au grand jour et écrite. Elle est liée aux conditions de l’immédiat après guerre, de l'affrontement avec l'impérialisme culturel des USA tel que prévu dans le plan Marshall et ratifié par les accords Blum Byrnes.

A défaut d’avoir pu imposer l’AMGOT - "gouvernement militaire allié des territoires occupés, en anglais Allied Military Government of Occupied Territories", une administration de la France par les troupes anglo-américaine que De Gaulle rejettera dans la trajectoire du CFLN à Alger puis des conditions de la libération du Pays dont la Résistance et les armées françaises (Le Clerc et Delattre) la puissance du PCF et celle de la CGT) qui déinsteureront la République- des discussions s'ouvrent dès 1945 pour examiner les conditions de l'aide américaine à la reconstruction.

Avec J. Monnet (le fameux « père de l’Europe »), Blum, Léon, père spirituel de Guy Mollet puis de,… puis de,… puis de, pour arriver à Hollande Valls et Macron (n'oubliez quand même pas les barreaux intermédiaires) était le représentant de la France dans les négociations des déclinaisons pour la France du plan Marschall. Négociation qui se déroulent aux USA.

Le 1er Janvier 1946 ces "accords économiques" avec les USA représentés par James F. Byrnes (prononcer « beurneuss » ) secrétaire d’état US sont signés à Washington.

L’industrie cinématographique est un des chapitres de ces accords et une monnaie d'échange. Ils permettent la libre pénétration du cinéma américain en France en échange d'importants avantages financiers concédés au trésor français. La profession les dénoncera ce marché. La CGT et le PCF comme organisations nationales et leurs implantations dans les studios de production seront à la tête de ce mouvement,mobiliseront largement.

Qu’est-ce qui dans ces textes met le feu aux poudres ? Les accords Blum-Byrnes prévoyait l’installation de quota de diffusion de film US où Byrnes exige un retour aux accords de 1933, qui prévoyaient un quota fixe de films américains par an projetés dans les salles françaises avec en 1946 un nombre encore plus réduit pour la production française que la part de film français autorisé en …1941-42 sous l’occupation allemande.

De son côté, le secteur du cinéma français demande que sept semaines sur treize soient réservées uniquement à la diffusion de films français.

Cette question sera le catalyseur dans le cadre de ce qui s’appelait la Renaissance française et la reconstruction du pays. Pour montrer la réalité de la création cinématographique française et le coup de poignard des accords B&B, la profession avec une puissante CGT parmi les artistes et l’industrie cinématographique, autour d’eux la CGT et tout le monde du travail, avec aussi un puissant PCF, en protestation à ces accords, tous vont conduire à la réactivation d’un projet de festival du film dont la première mouture (pour s’opposer à la Mostra de Venise alors inféodée aux fascistes) avait été stoppée par la guerre.

Pour comprendre les raisons d’une colère si forte dans la profession et la montée rapide et massive du rapport de forcs, il faut avoir en tête (et les média sont plus que très discret là dessus) que la résistance et la CGT sont particulièrement fortement implanté dans le spectacle et le cinéma. Depuis 1936 le PCF a des liens fort avec la création cinématographique (se souvenir de Renoir et la Marseillaise, des films ont été produit par des coopératives progressistes de production avant la guerre, des fédérations d'industrie ont commandé des réalisation pour porter les transformation imposées par les acquis du front populaire (Métaux, Construction, Cheminots).

Le spectacle, de l'Opéra au cinéma en passant par le théatre aura une activité de résistance majeure seront des vecteurs du combat contre la collaboration.

Les archives du Musée de la Résistance ont des pièces émouvantes, parfois savoureuses, héroïques toujours.

Par exemple un Bernard Blier en arme chassant en aout 44 les miliciens du siège de la CGT Rue Lafayette au coté de son capitaine de détachement FTP JP Lechanois.

J Gabin engagé volontaire dans les FFL qui sera des combats au sein de pour finir sa campagne dans la libération de la poche de Royan en 1945, Aimos qui sera tué durant la libération de Paris, Henri Alekan, chef opérateur de Bataille du rail et La Belle est la Bête était un des responsables du Front National du cinéma et un de ceux qui fera le relevé cinématographique clandestin des défenses de la côte méditerranéenne pour les alliés dans une locomotive avec René Clement. Comme chez les acteurs et les techniciens, les musiciens ont été de ce combat et seront acteurs de la renaissance culturelle après avoir résisté comme Georges Auric Désormière, Dutilleux et combien d’autres, comme Michel Tagrine violoniste, lieutenant FTP de la Cie St Just qui mourra dans les combats pour la libération de Paris. Des personnages et moments sur lesquels il va falloir imposer que l’histoire reviennent, ils et elles se sont battus pour la libération politique, économique et culturelle du pays. Notons que tous ces noms parfois mondialement connus était massivement syndiqués à la CGT. Un engagement qui dans les conditions de la profession est une des données de l’histoire du cinéma Français (le syndicat des acteurs adhère à la CGT en 1936 ).

Une histoire avec des facettes mal connues. Qui parmi ceux qui lui vouent admiration parfois culte savent qu' à la mort de Gérard Philippe (lui même FFI qui participera aux combats d'aout 44 à Paris) il aura comme sccesseur successeur un certain JP Belmondo qui est pointé dans le Maîtron comme président du syndicat CGT des acteurs?

C’est dans ce contexte qu'en 1946 la CGT propose et construit Cannes contre les accords Blum Byrnes, un défi relevé en moins de six mois.

Notons que si conflit il y a avec les magnats d’Hollywood, la solidarité jouera à font avec UA (unitedS artists) coopérative fondée par Charlie Chaplin, Douglas Fairbanks, Mary Pickford et D. W. Griffith. Combien d’autres UA, avant de se faire étrangler par les banques, comptera dans ses rangs? Piocher au hasard : Yul Brunner, Burt Lancaster Sinatra, Kirk Douglas, J Wayne (avant qu’il se fascise). UA qui fit travailler tout ces réalisateurs qui à l’image de Dalton Trumbo et Chaplin seront pourchassés par le maccarthysme.

Cette solidarité contre les «Major » conduira les battus des deux côtés de l’atlantique (ici en France au premier rang le MRP et la SFIO) à dire devant leur défaite que Cannes sera soutenu par Hollywood ce qui est une contre vérité et uneoffense aux acteurs et techniciens d’UA et un blanchiment de MGM et Universal et autres.

Pour l’anecdote (mais pas que), si la fédé du spectacle est naturellement dans l’organisation culturelle de Cannes, malgré les embûches et parfois tentative de les écarter, l’UL de Cannes, dont le Syndicat CGT des Cheminots sont présents, toujours actifs dans sa réalisation.

La réaction municipale a pu raser le « palais du festival » construit avec la CGT par la population, des fondations aux rideaux rouges de scène dont les couturières seront applaudies debout par la salle lors de la première remise des récompenses, elle n’a pas pu et ne pourra pas effacer ce qu’est ce festival ; vous savez maintenant à la lumière de ses racines les enjeux d'aujourd'hui autour de l’originalité du cinéma français pourquoi cette originalité de l’avance sur recette,heritage de ce rapport de force pour soutenir la création, pourquoi aussi ce statut particulier qui installe une zone diplomatique d’extraterritorialité permettant à des professionnels du cinéma du monde entier, pourchassés dans leur pays de venir répondre aux journalistes protégés par un statut diplomatique, de pouvoir recevoir leur récompense parfois à peine sortie de prison par la pression internationale qui arrive parfois à les en arracher et surtout …d’empêcher qu’ils y retournent.

C’est lié à la Résistance, à la Libération et ses conditions en France au pacte républicain symbolisé par le Conseil National de la Résistance. Autant de chose qui ne s’apprend pas dans les programmes scolaires et qu’il serait pas mal que chacun de nous face découvrir et explique autour de soi et apprenne à ses enfants.

Pour en savoir plus du côté des acteurs (qui ne sont qu'une partie de l'industrie cinématographique un titre : Marie-Ange Rauch, De la cigale à la fourmi, histoire du mouvement social et syndical des artistes interprètes 1840-1960, Paris, 2006, Éditions de l’Amandier

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L’effacement de l’histoire. Par Manlio Dinucci.

14 Mai 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #AMERIQUE, #L'OTAN., #Europe supranationale, #La France, #La Russie, #le nazisme, #Histoire, #Comité pour une Nouvelle résistance

L’effacement de l’histoire

Par Manlio Dinucci

Mondialisation.ca, 12 mai 2015

Url de l'article:
http://www.mondialisation.ca/leffacement-de-lhistoire/5448912

Le 70° anniversaire de la victoire sur le nazisme, le 9 mai à Moscou, a été boycotté sur la pression de Washington par tous les gouvernants de l’Ue, sauf le président grec, et mis sous le boisseau par les médias occidentaux, dans une tentative grotesque d’effacer l’Histoire. Non sans résultats : en Allemagne, France et Grande-Bretagne il s’avère que 87% des jeunes ignorent le rôle de l’URSS dans la libération de l’Europe du nazisme. Rôle qui fut déterminant pour la victoire de la coalition antinazie. Après l’attaque de l’Urss le 22 juin 1941 par 5,5 millions de soldats, 3500 chars et 5000 avions, l’Allemagne nazie concentra en territoire soviétique 201 divisions, c’est-à-dire 75% de toutes ses troupes, auxquelles s’ajoutaient 37 divisions de ses satellites (parmi lesquels l’Italie). L’URSS demanda sans relâche aux alliés d’ouvrir un second front en Europe, mais les Etats-Unis et la Grande-Bretagne le retardèrent, aux fins de décharger la puissance nazie sur l’URSS pour l’affaiblir et avoir ainsi une position dominante au terme de la guerre. Le second front fut ouvert avec le débarquement anglo-étasunien en Normandie en juin 1944, quand désormais l’Armée rouge et les partisans soviétiques avaient défait les troupes allemandes en assénant le coup décisif à l’Allemagne nazie.

Le prix payé par l’Union Soviétique fut très haut : environ 27 millions de morts, civils pour plus de la moitié, correspondants à 15% de la population (par rapport aux 0,3% des USA dans toute la Seconde guerre mondiale) ; environ 5 millions de déportés en Allemagne ; plus de 1700 villes et bourgs, 70 mille petits villages, 30 mille usines détruites.

On tente aujourd’hui d’effacer cette page fondamentale de l’histoire européenne et mondiale, en mystifiant aussi les événements successifs. La guerre froide, qui divisa à nouveau l’Europe immédiatement après la Seconde guerre mondiale, ne fut pas provoquée par une attitude agressive de l’URSS, mais par le plan de Washington d’imposer la domination étasunienne sur une Europe en grande partie détruite. Ici aussi les faits historiques parlent. Un mois à peine après le bombardement de Hiroshima et Nagasaki, en septembre 1945, on calculait déjà au Pentagone qu’il fallait plus de 200 bombes nucléaires pour attaquer l’URSS. En 1946, quand le discours de Churchill sur le « rideau de fer » ouvrait officiellement la guerre froide, les USA avaient 11 bombes nucléaires, qui en 1949 grimpaient à 235, alors que l’URSS n’en possédait pas encore. Mais en cette année-là l’Urss effectua la première explosion expérimentale, en commençant à construire son propre arsenal nucléaire.

Dans cette même année l’Otan fut fondée à Washington, en fonction anti-soviétique, six ans avant le Pacte de Varsovie constitué en 1955. La guerre froide terminée, à la suite de la dissolution en 1991 du Pacte de Varsovie et de l’Union Soviétique elle-même, l’Otan s’est étendue sur pression de Washington jusqu’à l’intérieur du territoire de l’ex URSS. Et quand la Russie, s’étant reprise de la crise, a reconquis son rôle international en liant des rapports économiques croissants avec l’Ue, le putsch en Ukraine, sous gestion Usa/Otan, a ramené l’Europe dans un climat de guerre froide.

En boycottant dans le sillage des USA le 70° anniversaire de la victoire sur le nazisme, l’Europe occidentale (celle des gouvernements) efface l’histoire de sa propre Résistance, qu’elle trahit en soutenant les nazis arrivés au gouvernement à Kiev. Elle sous-évalue la capacité de la Russie à réagir, quand elle est envoyée dans les cordes. Elle a l’illusion de pouvoir continuer à dicter sa loi, quand la présence à Moscou des plus grands représentants des BRICS, à commencer par la Chine, et de nombreux autres pays confirme que la domination impériale de l’Occident est sur la voie du déclin.

Manlio Dinucci

Edition de mardi 12 mai 2015 de il manifesto

http://ilmanifesto.info/la-cancellazione-della-storia/

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

Manlio Dinucci est géographe et journaliste. Il a une chronique hebdomadaire “L’art de la guerre” au quotidien italien il manifesto. Parmi ses derniers livres: Geocommunity (en trois tomes) Ed. Zanichelli 2013; Geolaboratorio, Ed. Zanichelli 2014;Se dici guerra…, Ed. Kappa Vu 2014.

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Les États-Unis vainqueurs militaires de la Seconde Guerre Mondiale en Europe ? Vous le croyez vraiment ?

12 Mai 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Histoire, #Comité pour une Nouvelle résistance, #La guerre, #AMERIQUE, #La France, #La Russie

samedi 9 mai 2015

Les États-Unis vainqueurs militaires de la Seconde Guerre Mondiale en Europe ? Vous le croyez vraiment ?

 
Combattante de l'Armée Rouge à Berlin, 1945
En ce 9 mai, jour historique de célébration pour tous les russes de la victoire contre l'Allemagne nazie, à l'heure où les commémorations de Moscou sont honteusement boycottées par Hollande et les chefs d'états occidentaux soumis au diktat américain, je reprends ici, l'analyse historique de mon ami Ni Ando, initialement publiée en 2009, qui remet les choses à leur place en ce qui concerne la vérité historique :


Les États-Unis vainqueurs militaires de la Seconde Guerre Mondiale en Europe ?

 Cette question peut être abordée sous trois angles:

- celui de la contribution militaire aux pertes (critère imparfait certes).
- celui de la chronologie des opérations.
- celui du poids respectif des fronts.

Nous citons Omer Bartov, historien dont la notoriété et la qualité des travaux sont incontestables.

1- Contribution militaire aux pertes.

S'agissant du niveau de ces pertes, une évaluation étasunienne donne 400.000 pour les pertes de l'US Army dont sans doute 230.000 en Europe et Afrique du Nord. Les pertes de la Wehrmacht ont été revues à la hausse ces dernières années (de 4.000.000 initialement à 5.533.000 aujourd'hui). Les pertes soviétiques ont été recalculées à trois reprises entre 1945 et 1991. Les tués au combat de l'Armée rouge représentent près de 5.000 morts par jour, soit des pertes journalières quatre fois plus élevées que celles subies par l’armée impériale russe sur ce même front de 1914 à 1917.
La commission d'historiens constituée en 1987 en Fédération de Russie évalua le bilan des pertes à 26,6 millions dont près de 10 millions de tués pour l'Armée rouge, 10 millions pour les pertes civiles directes et 7 millions pour les pertes civiles indirectes (surmortalité). Les chiffres donnés pour l'extermination de civils concernent des civils abattus individuellement ou collectivement par le Reich dans les territoires soviétiques conquis et occupés en 1941, 1942 et jusqu'en 1943.

Tués de l’Armée rouge. 9.450.000.
dont tués directs. 6.400.000
dont prisonniers de guerre soviétiques exterminés. 2.500.000.
dont morts d’accidents et fusillés par le NKVD. 550.000.

Le total des pertes militaires et civiles de l'Allemagne et de l'Union soviétique réunies représentent 75% du total des pertes humaines subies en Europe (87% avec la Pologne, en quatrième vient la Yougoslavie avec 2,1%).
Si l'on ne considère que les pertes militaires, tous camps confondus, les tués de l’Armée rouge constituent 53% du total des pertes militaires connues en Europe, ceux de la Wehrmacht 31% et ceux de l’armée nord-américaine 1,3% (Royaume-Uni 1,8%, France 1,4%). Le total des pertes militaires seules de l'Allemagne et de l'Union soviétique réunies représentent donc 84% du total de toutes les pertes militaires subies en Europe.
Les pertes militaires de l’Union soviétique représentent 88% du total des pertes alliées en Europe (Royaume-Uni 3% - France 2,3% - Etats-Unis 2,2%).
De 1941 à 1945, 80% des pertes de la Wehrmacht sont subies sur le front russe. "Fin mars 1945, la totalité des pertes de l’Ostheer (la Wehrmacht sur le front russe) s’élevait à 6.172.373 hommes, soit prés du double de ses effectifs initiaux, au 22 juin 1941. Ce chiffre représentait 80% des pertes subies par la Wehrmacht sur tous les fronts depuis le déclenchement de l’invasion de l’Union soviétique. En termes relatifs, les unités combattantes sur le front russe avaient subi des pertes encore plus importantes". O. Bartov.
Les pertes militaires du conflit germano-russe au sens strict (les seules opérations militaires impliquant une confrontation entre l'Armée rouge et la Wehrmacht) sont de 13.876.400 soit 78% du total des pertes militaires subies en Europe. Si l'on rajoute les forces de l'Axe qui combattirent en Russie (Hongrie, Roumanie, Italie qui eut jusqu'à 200.000 hommes sur ee front) le rapport est encore plus élevé.

2- La chronologie des opérations.

Début 1944, l’Armée rouge met en ligne deux fois plus de chars, quatre fois plus d’avions d’assaut que le Reich. Engagée dans une guerre totale contre la Russie, l’industrie de guerre allemande « tourne » pourtant au maximum de ses capacités et ne cesse de se développer jusqu’au début de 1945 (ses dépenses militaires passent de 35% du PNB en 1940 à 65% en 1944). Dés la fin de 1943, la poussée des armées soviétiques vers l’Allemagne, parsemée de batailles dont l’ampleur et la férocité sont sans équivalent à l’Ouest, apparaît irrésistible. Même si en 1943 la Wehrmacht peut encore aligner 258 divisions en Union soviétique (5 millions d’hommes sur le papier, en fait probablement moins de 3 millions, soit prés de 80% des effectifs totaux de l’armée allemande qui compte en tout 320 divisions fin 1943) il s’agit d’une armée saignée à blanc, qui a perdu ses capacités d’initiative et ses meilleures troupes.
Les armées soviétiques attaquent sans interruption depuis août 1943, sur un front continu de plus de 2.000 km. La Wehrmacht subi défaite sur défaite. Les Russes ont adopté les techniques de la guerre-éclair, et font des centaines de milliers de prisonniers (en mai 1945 on dénombre plus de 3 millions de prisonniers allemands détenus en URSS). Le 5 août 1943 une salve d’honneur fête la libération d’Orel. Le 5 août 1943 est ainsi le début du temps des « Salves de la Victoire ». Minsk est libérée en juillet 1943, Smolensk en septembre.
Le 8 avril 1944, alors que les alliés n’en sont qu’aux préparatifs de leur débarquement en France, une salve de 324 canons marque, à Moscou, l’arrivée de l’Armée rouge en Roumanie et en Tchécoslovaquie. Fin avril 1944, les Russes sont aux portes de la Prusse orientale. En juin 1944, avec 124 divisions et prés de 6.000 chars d’assaut, ils infligent sur un front de 600 km une défaite totale aux divisions allemandes qui combattent en Biélorussie. L'"opération Bagration" aboutit à la destruction complète du groupe d'armées Centre, et constitue la plus grande défaite de la Wehrmacht de la Seconde Guerre Mondiale (380.000 tués et 150.000 prisonniers, 25 divisions anéanties). En juillet 1944, les fantassins soviétiques sont sur la frontière polonaise. Le 28 août ils pénètrent en Hongrie (conquise fin décembre après de très durs combats), en septembre les pays baltes sont libérés, les divisions russes entrent en Finlande. En octobre, les Russes sont en Yougoslavie. Pour la seule année 1944, les armées russes anéantissent 136 divisions allemandes et 50 des pays satellites.
La Russie lance l’offensive finale sur l’Allemagne en plein hiver, sur un front s’étendant de la Baltique à l’Adriatique, avec 6,7 millions de combattants, prés de 8.000 chasseurs et bombardiers, 5.000 pièces d’artillerie autotractées, 7.000 chars contre 3.500, 50.000 canons. Varsovie est libérée le 17 janvier 1945. Le 19 janvier 1945, les premières unités pénètrent en Allemagne. Les chef militaires soviétiques ont la possibilité de foncer sur Berlin dés février (le 30 janvier 1945 les armées de Joukov sont sur l’Oder, à 70 km de la Chancellerie du Reich) mais ils préfèrent d’abord liquider le corps d’armées de la Wehrmacht en Prusse-Orientale puis le réduit de Poméranie, qui menacent leur flanc nord, et nettoyer le flanc sud (Europe centrale). 60 divisions allemandes ont été anéanties lors de ce premier assaut. Pour ralentir la poussée furieuse des Russes, le commandement allemand transfère encore 29 divisions du front ouest vers l’Est, dégarnissant encore un front ouest qui, pourtant, mobilisait déjà moins de 25% des forces du Reich depuis juin 1944.
Le 13 janvier 1945, l’Armée rouge se lance à l’attaque de la Prusse Orientale avec 1,6 million de soldats. La Wehrmacht attend l’assaut avec 45 divisions, soit 580.000 soldats. Au terme de combats d’une incroyable férocité les poches de résistance de l’armée allemande sont liquidées les unes après les autres. Le désastre est total pour l’armée allemande. Il ne reste pratiquement plus rien de son corps d’armées de Prusse-Orientale après seulement trois mois d’offensive russe. Toute l’Allemagne s’ouvre alors à l’Armée rouge.
Les Nord-Américains ne parviennent à traverser le Rhin que le 7 mars 1945 (le 31 mars pour la 1ère Armée française). Le 13 avril 1945 les Russes ont déjà conquis Vienne. Le 16 avril, la Stavka lance à l’assaut de Berlin (3,3 millions d’habitants) une armée de 2,3 millions de combattants équipée de 41.600 canon, épaulés de 6.200 chars et canons autopropulsés, 7.200 avions (quatre armées aériennes). Le 9 mai, l’Allemagne, représentée par Keitel, signe à Berlin (Karlshorst), devant son vainqueur représenté par Joukov, sa capitulation sans conditions.

3- L'importance respective des fronts.

« C’est en Union soviétique que la Wehrmacht eut les reins brisés, bien avant le débarquement des Alliés en France; même après juin 1944, c’est à l’Est que les Allemands continuèrent à engager et à perdre la majorité de leurs hommes. Pour l’écrasante majorité des soldats allemands, l’expérience de la guerre fut celle du front russe ». O. Bartov.
De juin 1941 à juin 1944, le front de la Seconde Guerre Mondiale, en Europe, est le front russo-allemand. Jusqu'en mars 1945, la Wehrmacht y consacre l’essentiel de ses ressources en hommes et en matériels. 34 millions de Soviétiques sont mobilisés dans les rangs de l’Armée rouge de 1941 à 1945, tandis que quelques 20 millions d’Allemands portent, à un moment ou à un autre, l’uniforme de la Wehrmacht sur le front russe.
En juillet 1943, lors de la gigantesque bataille de Koursk, à peine sept divisions et deux brigades (2,7% des forces allemandes) sont engagées face aux Américains et aux Britanniques. Le reste (91 divisions et 3 brigades) se trouve cantonné dans les territoires de l’Europe occupée. Les alliés ont certes pris pied en Afrique du Nord en novembre 1942 (débarquement de 70.000 hommes à Alger et Oran), en Sicile en juillet 1943 (160.000 hommes), en Italie à Salerne (sud de Naples) en septembre 1943 et à Anzio en janvier 1944, mais les moyens engagés pèsent encore de peu de poids (la Wehrmacht n'a que 23 divisions en Italie début 1944) comparés à la démesure des effectifs et des matériels présents depuis 1941 sur le front russe.
La comparaison est difficile entre la guerre sur le front russe, depuis 1941, et celle menée sur le front ouest, essentiellement à partir de juin 1944. Sur le premier, on assiste à une « Guerre de Titans » démesurée et totale. La « guerre industrielle » y atteint un paroxysme jamais égalé depuis, parsemée de gigantesques batailles d’anéantissement. Sur le front ouest, on voit des combats d’arrière-garde, sans influence sur l’issue d’une guerre que l’état-major allemand sait avoir perdu face à l'Union soviétique dés 1943.
La part du front russe dans les opérations de la Wehrmacht est écrasante, y compris jusqu’en mai 1945. La comparaison des pertes subies par la Wehrmacht sur les deux fronts à partir de juin 1944 montre bien, encore une fois, la part presque exclusive du front russe même après le débarquement des alliés. Du 1er juillet au 31 décembre 1944, pendant cinq mois, lors de la grande offensive soviétique contre le groupe d’armées du Centre, les Allemands perdent chaque mois en moyenne 200.000 soldats. A l’Ouest, au cours de la même période, c’est-à-dire après le débarquement allié en Europe, la moyenne des pertes allemandes s’élève seulement à 8.000 hommes par mois (soit un rapport de 1 à 25).
Quand les alliés débarquent le 6 juin 1944, l'essentiel de la capacité militaire allemande a déjà été anéantie par l'Union soviétique. Elle ne peut plus guère opposer aux troupes alliées qui viennent d’être débarquées en Normandie (150.000 hommes) que 30 divisions, réparties dans un rayon de 250 km autour de la zone de débarquement. Il s’agit de divisions dont la valeur opérationnelle n’a plus grand chose à voir avec celle des 200 divisions qui attaquèrent la Russie en juin 1941, d’unités ramenées à 25% de leurs effectifs de combat, avec peu de matériels, et composées de rescapés du front russe et d’adolescents n’ayant pas connu le feu. En juillet 1944, plus d’un million d’hommes auront été débarqués en France (60 divisions nord-américaines, 18 anglaises, 10 françaises). La seule vraie réaction d’envergure de l’Allemagne sera la contre-offensive des Ardennes de décembre 1944 où elle ne parviendra pourtant qu’a engager... 21 divisions, qui suffiront cependant à stopper la progression américaine, alors que depuis octobre 1944 l’Armée rouge se trouve déjà à 70 km de Rastenburg, QG de Hitler en Prusse Orientale.
Le front ouvert en juin 1944 aura donc eu, militairement, environ neuf mois d’existence contre 47 mois pour le front russe où, là, les combats resteront acharnés jusqu’au tout dernier jour.
L’ouverture d’un second front obligera le Reich à dégarnir le front russe. Mais le front ouest (France, Italie) ne mobilisera jamais plus de 75 divisions allemandes, dont une minorité de divisions combattantes, à comparer aux 220 divisions de la Wehrmacht début 1944, qui subissent les assauts des armées russes. Au plus fort de leur engagement en Europe, à la fin de 1944, c’est-à-dire à la fin d’une guerre déjà gagnée, les Etats-Unis mettront en ligne 90 divisions, à comparer aux 360 divisions de l’Armée rouge qui combattent l’Allemagne nazie depuis 1941.
L’étonnante facilité de la progression des armées nord-américaines en Europe à partir de septembre 1944 ("la chevauchée de Patton"…), le faible niveau des pertes en vies humaines de ces forces, font simplement pendant à la défaite qui a emporté la Wehrmacht sur le front russe. A partir de 1945, l’état-major de la Wehrmacht décide d’opposer une résistance de faible intensité à l’avance des troupes alliées en Allemagne tout en poursuivant une guerre féroce et acharnée contre l’Armée rouge (600.000 soldats soviétiques tués pour la libération de la Pologne, 700.000 autres tués dans les combats pour les pays baltes). Les forces britanniques de Montgomery (20 divisions et 1.500 chars) traversent le Rhin en Hollande à partir du 23 mars 1945 sans rencontrer de résistance sérieuse. On mesure le peu d’opposition rencontrée si on observe que la 9ième armée américaine, qui fournissait la moitié de l’infanterie d’assaut, a eu alors moins de 40 tués.
Ainsi que le souligne P. Miquel, les opérations de l’année 1944 ressortent avant tout d’une volonté de « conquêtes territoriales » (avec des implications majeures concernant le partage politique de l’Europe continentale après le conflit) : la question qui se pose en juin 1944 n’est plus celle de la victoire sur l’Allemagne. Le débarquement allié de juin 1944 n’eut ainsi aucune importance sur l’issue militaire du conflit en Europe (politiquement et économiquement c'est évidemment une autre question).

4- Conclusion

La Seconde Guerre Mondiale en Europe a été, pour l’essentiel, une guerre germano-russe (à 80% si l'on veut). C'est le constat d'un rapport de proportion et non celui d'une valeur donnée à tel ou tel camp.
L’intervention des Etats-Unis en Europe, bien trop tardive pour vraiment peser militairement, a essentiellement une motivation politique et économique. Elle a pour objectif d'empêcher Staline d'occuper toute l’Europe de l’Ouest (si tant est qu'il en ait eu l'intention) : en mai 1945 l’Armée rouge occupe l’Autriche et campe aux portes de l’Italie et de la Suisse.
La contribution militaire étasunienne est négligeable (moins de 3% des pertes alliées en Europe). Elle n'est pas décisive militairement car elle n'a pas pesé dans un résultat final déjà acquis, même si cette contribution a accéléré de quelques mois une victoire de toute façon déjà remportée par l'Union soviétique.

La reconstruction, à partir des années 50 (guerre froide aidant) d'une réalité devenue fantasmée ("les Etats-Unis vainqueurs du Second conflit mondial") et la victoire contre le Japon n'enlèvent rien à ce fait. Pour les Français, s'il faut rendre un hommage, c'est donc d'abord aux soldats soviétiques qu'il faut le rendre puisque c'est leur sacrifice qui a permis le débarquement allié de juin 1944 qui les a "libéré".

En Europe, et comme en 1917, en misant peu, les Etats-Unis ont beaucoup récolté: une gloire usurpée (puissance des représentations), une Europe de l'ouest peu ou prou sous tutelle (la leur), la préservation de leurs débouchés économiques en Europe, l'éviction et le remplacement des positions commerciales mondiales occupées par l'Europe en 1940, et l'imposition du dollar. Enfin, en livrant essentiellement une "guerre de matériels", les Etats-Unis ont réussi à s'extirper de leur grande crise des années 30.
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Pour compléter, voir l'excellent article de notre ami Olivier Berruyer :

[L'enseignement de l'ignorance] Quelle est la nation qui a le plus contribué à la défaite de l’Allemagne en 1945 ?

 
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9 mai 1945. Par Jacques Sapir.

10 Mai 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #Europe supranationale, #La République, #La Russie, #La nation ., #La guerre, #Histoire, #Comité pour une Nouvelle résistance, #le nazisme, #Le fascisme

9 mai 1945

4 mai 2015
Par

Les commémorations du 70ème anniversaire de la fin de la Seconde Guerre Mondiale les 8 et 9 mai prochain ont une très forte charge symbolique. Elles nous invitent à regarder notre propre histoire, mais aussi ce que nous en faisons. La Première Guerre Mondiale, dont les commémorations du centenaire vont se poursuivre jusqu’en 2018 a marqué la fin du XIXème siècle. Elle contenait, ainsi que les autres guerres du début du siècle calendaire, des éléments que l’on va retrouver dans le second conflit mondial. Ainsi, les « camps de reconcentration », imaginés par Kitchener lors du second conflit Anglo-Boer[1] ou encore le génocide des arméniens, commis par les autorités ottomanes en 1915. Ceci est aussi vrai pour les formes de la guerre ; la « guerre des tranchées » a été imaginée lors du siège de Port-Arthur lors du conflit Russo-Japonais de 1904-1905. On doit donc reconnaître que le premier conflit mondial a signifié le basculement de l’Europe, et au-delà du monde, dans un nouvel univers fait de violence industrialisée, avec un effacement progressif de la distinction entre civils et militaires. Mais, le second conflit mondial a construit largement nos imaginaires et nos références politiques. Il n’est pas, il n’est plus, le « continuation de la politique par d’autres moyens » pour reprendre la formule de Clausewitz. La Seconde Guerre Mondiale est le premier conflit où l’idéologie à progressivement pris le dessus sur le calcul rationnel.

 

Causalités

 

Il n’est plus de bon ton, dans l’enseignement, d’évoquer la question des causes des conflits. On préfère se complaire dans une victimisation générale. Non que le point de vue du « soldat de base » ou du simple civil ne soit pas important. Mais, il ne doit pas obscurcir la question des responsabilités du conflit. Et pour comprendre cette question des responsabilités, il faut nécessairement enseigner les causes mais aussi le déroulement du conflit. A cet égard, les nouveaux programmes d’histoire en Collège et en Lycée sont largement fautifs.

On ne peut traiter de la Seconde Guerre Mondiale sans aborder la question des accords de Munich, et en particulier le fait que les franco-britanniques se séparèrent des russes pour traiter avec Hitler[2]. On peut discuter longuement si la France et la Grande-Bretagne avaient réellement besoin de ces accords. On sait aujourd’hui toute la dimension du bluff d’Hitler dont l’aviation n’est nullement prête, même si elle aligne des matériels plus modernes que ceux des britanniques et des français. Les manœuvres de début septembre 1938 se solderont d’ailleurs par un taux incroyable d’accidents. Il ne faut pas non plus sous-estimer l’aide que l’Union soviétique était prête à apporter, en particulier par la livraison d’avions modernes (I-16) à la France. Enfin, l’armée tchécoslovaque était loin d’être négligeable. Il faut ici signaler que les chars tchèques équipaient deux divisions blindées allemande en mai 1940. Mais, l’importance de ces accords est qu’ils ont convaincu Staline, dont la paranoïa suspicieuse était déjà naturellement en éveil, que les français et les britanniques ne voulaient pas la guerre contre Hitler. En Grande-Bretagne, seul Winston Churchill eut des mots forts et prémonitoires sur la guerre à venir[3].

Il fut conforté dans cette pensée par l’accord entre l’Allemagne et la Pologne (qui profita de l’accord de Munich pour s’approprier un morceau de territoire tchécoslovaque) qui aboutit au dépeçage de la Tchécoslovaquie restante en mars 1939. Il faut ici souligner la stupidité du gouvernement polonais (et son aveuglement). Il s’allie avec l’Allemagne alors qu’il est le prochain sur la liste des victimes.

Cela éclaire le pacte Germano-Soviétique d’août 1939. De ce pacte, une partie est pleinement justifiée. Comprenant que les britanniques et les français ne sont pas fiables, Staline cherche à mettre l’URSS hors de danger. Une autre partie éclaire cependant les tendances impérialistes de Staline, celle où il négocie en secret avec Hitler l’annexion des Pays Baltes et d’une partie de la Pologne. En déduire cependant à une « alliance » entre Hitler et Staline est allé vite en besogne. Les troupes soviétiques qui entrent en Pologne le 17 septembre 1939 ont ordre, si les troupes allemandes ne respectent pas leur « zone d’occupation » de les « balayer ».

 

Staline face à Hitler.

En fait, Staline sait qu’une guerre avec l’Allemagne nazie est inévitable. Il espère simplement en retarder le déclenchement le plus longtemps possible. L’interruption du programme naval du 3ème plan quinquennal en septembre 1940, et le transfert de l’acier vers la construction de chars supplémentaires, est bien la preuve que Staline sait un affrontement inévitable. Mais, il commet l’erreur de prendre Hitler pour une personne rationnelle. Persuadé que l’Allemagne n’attaquera pas l’URSS tant que se poursuit la guerre contre la Grande-Bretagne, Staline, et avec lui la direction soviétique, se laisse surprendre par la décision d’Hitler de l’attaquer en juin 1941.

En janvier 1941 se tinrent deux « jeux de guerre » (Kriegspiel) au Kremlin, le premier du 2 au 6 janvier et le second du 7 au 14 janvier[4]. Le premier fut un jeu défensif dans lequel les forces soviétiques furent confiées au maréchal Pavlov et les forces allemandes (ou « bleues » dans la terminologie soviétique) au général G.K. Zhukov. Ce dernier encercla les forces soviétiques et déboucha vers l’Est rapidement. Les cartes de ce premier « jeu » sont intéressantes car elles se révèlent très proches de la manœuvre faite dans la réalité par les forces allemandes. Notons déjà que, si Staline avait réellement cru en la parole d’Hitler, on ne voit pas la nécessité de ce « jeu », tenu sur son ordre, et sous sa présence, au Kremlin. Le second « jeu» avait pour but de tester une contre-offensive et vit les adversaires de hier échanger leurs camps respectifs. Zhukov, à la tête désormais des forces soviétiques non seulement stoppa l’avancée allemande mais mena une contre-offensive qui devait le mener aux portes de la Roumanie et de la Hongrie.

Un troisième « jeux », qui nous est encore plus mal connu, se tint toujours au Kremlin au début de février 1941. Ce nouveau « jeu » testa une offensive allemande qui serait lancée depuis la région de Bobrouïsk vers Smolensk et l’important « pont de terre » entre la Dvina et le Dniepr qui commande l’accès à Moscou. Il implique donc que Staline s’était résolu à l’idée d’une pénétration en profondeur des armées allemandes sur le territoire de l’URSS. Dans ce « jeu », Zhukov appliqua une défense échelonnée pour épuiser d’abord le potentiel des divisions blindées allemandes, puis passa à une contre-offensive à partir des deux ailes. Ceci correspond au scénario qui sera appliqué à Koursk en juillet 1943. Ce « jeu » démontra la supériorité d’une bataille d’arrêt, suivie d’une contre-offensive, sur une offensive préemptive. Il démontre qu’à cette date on ne peut plus douter du sérieux avec lequel la possibilité d’une attaque allemande était envisagée.

Mais Staline reste persuadé que cette guerre n’éclater pas avant 1942 ou 1943. Ce en quoi il se trompe. Et, dans l’atmosphère de terreur et de suspicion qui règne au Kremlin, cela suffit à discréditer les informations qui remontent dès mars-avril 1941 sur les préparatifs allemands. Ajoutons que l’Armée Rouge était au milieu de ce que l’historien militaire américain David Glantz a appelé une « crise institutionnelle »[5], à laquelle s’ajoute la perte des transmissions avec les échelons avancés. Ce fut, en effet, l’une des principales raisons de la confusion qui régna dans les premiers jours de l’attaque à Moscou.

Ajoutons que Staline acquiesça aux demandes de Zhukov du mois d’avril et de mai 1941[6], à l’exception de la mise en alerte des districts frontaliers, qui fut jugée comme pouvant apparaître comme une « provocation » par les Allemands. La phrase par laquelle Vassilevski réveilla Zhukov au matin du 22 juin, « cela a commencé »[7], montre bien que les chefs de l’Armée savaient à quoi s’en tenir.

 

Les trois guerres d’Hitler.

Il faut aussi rappeler que dans ce conflit, et si l’on met de côté les affrontements de Chine et du Pacifique, trois guerres se sont superposées. Cette superposition donne aussi à ce conflit sa nature profonde.

La première des guerres est une guerre pour la domination européenne. Quand Hitler attaque la Pologne, puis se tourne contre la Grande-Bretagne et la France, il ne fait que reprendre à son compte les rêves de Guillaume II et de l’Allemagne impériale. Mais, en gestation dans cette guerre, contenu dans les atrocités encore limitées certes que l’armée allemande commet en Pologne, mais aussi dans le nord de la France ou des soldats britanniques et de l’infanterie coloniale française sont sommairement exécutés, se trouve la seconde guerre des nazis. Il faut donc ici rappeler que les violences et les crimes de l’armée allemande ne furent pas que le fait des troupes nazies, et qu’ils commencèrent très tôt dans le conflit.

Cette seconde guerre se déploie totalement lors de l’attaque contre l’Union Soviétique en 1941. C’est une guerre d’asservissement des populations slaves, et en particulier – mais non exclusivement – de la population russe. La France commémore avec horreur et tristesse la mémoire du massacre commis en juin 1944 par la Das Reich à Oradour-sur-Glane ; mais c’est par centaines que se comptent les villages martyrisés par l’armée allemande, et pas nécessairement les unités de la SS, en Biélorussie, en Russie et en Ukraine orientale. La sauvagerie de la soldatesque allemande envers la population, mais aussi de la population allemande envers les travailleurs, hommes et femmes, raflés et traités en esclave sur le territoire du Reich n’a pas connue de bornes. La violence de cette guerre arme le ressort d’une haine inexpiable qui s’abattra sur le peuple allemand en 1945.

La troisième guerre commence au même moment, mais va prendre une signification particulière au moment où les perspectives de victoire de l’Allemagne s’effondrent, c’est la guerre d’extermination contre les populations juives. La question de ce qui est connu sous le non de « Shoah par balles » montre que toute l’armée allemande collabore, à des rares exceptions, à ces massacres. Mais, la « Shoah par balles » met aussi en lumière la participation des supplétifs, essentiellement ukrainiens, dans ces massacres où périrent entre 1,3 millions de personnes. Cependant, c’est à la suite de la défaite subie devant Moscou que cette troisième guerre se radicalise avec la volonté avérée du régime nazi d’exterminer tous les juifs des territoires qu’il contrôle. Cette guerre va prendre un tournant obsessionnel comme en témoigne l’allocation de moyens de transport dont l’armée allemande avait pourtant désespérément besoin au programme d’extermination. A l’été 1944, alors que l’armée allemande bat en retraite sous le coups des offensives des l’armée rouge, que ce soit Bagration ou l’opération Iassy-Kichinev, le pouvoir nazi réquisitionne des centaines de trains, dépense des centaines de tonnes de carburant, pour conduire à la mort plus de 400 000 juifs hongrois. En cela, la guerre d’extermination et son symbole, les chambres à gaz, est tout sauf un détail.

 

Une guerre idéologique.

De fait, cette troisième guerre devient la « vrai » guerre pour Hitler et ses séides, la seule qu’ils espèrent gagner. Elle sert aussi au régime nazi à souder autour de lui la population allemande, et les alliés de circonstances qu’il a pu trouver, en raison de l’horreur des crimes commis. Si la guerre d’asservissement menée contre les populations slaves rendait peu probable une paix de compromis à l’Est, la guerre d’extermination, dont le principe fut connu des soviétiques dès le début de 1942 et des britanniques et des américains dès la mi-1942, eut pour effet de durcir jusqu’à l’inimaginable le conflit à l’Ouest. Du fait de ces deux guerres, l’Allemagne nazie ne pouvait que vaincre ou périr et, dès le début de 1943, Hitler lui même est convaincu qu’il ne peut plus triompher militairement.

Il ne lui reste plus qu’à organiser, sous des prétextes divers, le gigantesque bucher funéraire que fut la Bataille de Berlin. Aucune des actions militaires entreprises après Koursk ne fait sens militairement. On peut même s’interroger sur la réalité de la croyance des nazis dans les « armes secrètes » qui constituent certes un fort noyau de la propagande, mais dont l’efficacité militaire se révèle en réalité très faible. La réalité est que, ayant commis l’irréparable, le régime nazi a coupé les ponts avec le monde du calcul rationnel, de la logique clausewitzienne de la guerre. Cette dernière n’a plus de sens hors le sens idéologique du darwinisme social qui est consubstantiel à l’idéologie nazie.

La guerre d’asservissement et surtout la guerre d’extermination transforment la nature du second conflit mondial. Ce dernier n’est pas la répétition, en plus violente, de la guerre impérialiste de 1914. Quand les troupes soviétiques libèreront Maïdanek[8] à la fin du mois de juillet 1944, le monde – horrifié – aura les preuves du projet meurtrier de l’Allemagne nazi. On doit signaler qu’il faudra attendre plusieurs mois pour que la presse britannique et américaine reprenne de manière large ces informations. En fait, il faudra attendre que les troupes britanniques et américaines libèrent à leur tour des camps de concentration. Mais, la totalité des camps d’extermination fut libérée par les troupes soviétiques.

Le tribunal de Nuremberg prit acte de la spécificité du second conflit mondial. En créant la notion de « crimes contre l’humanité » et en déclarant leur nature imprescriptible, il a voulu signifier la différence fondamentale entre le premier et le second conflit mondial. Mais, la guerre froide empêcha cette logique d’être pleinement reconnue.

 

Commémoration et politique

La commémoration de la victoire sur le nazisme n’est donc pas celle d’une victoire d’un pays (ou d’un groupe de pays) sur un autre, parce que la Seconde Guerre mondiale n’est pas une guerre comme une autre. La dimension de la victoire est ici bien différente. Les guerres d’asservissement et d’extermination ont donné à cette victoire une portée universelle, celle d’une libération. C’est ce que cherche à nier le pouvoir de Kiev avec le projet de loi 2538-1 mettant sur un pied d’égalité les bourreaux et les victimes. Cela a suscité des protestations d’historiens du monde entier[9]. Cette victoire, compte tenu de sa signification, ne peut pas, et ne doit pas, être instrumentalisée à des fins politiciennes.

L’Union soviétique porta le fardeau le plus lourd, et eut à faire face, jusqu’en novembre 1943 à près de 70% des troupes hitlériennes. Il serait normal, il serait juste, que, au-delà des conflits qui peuvent opposer les dirigeants français et russes, le Président français, ou à tout le moins son Premier-ministre, se rende à Moscou pour le 9 mai. Il y va de l’honneur de l’honneur et de la crédibilité de la République.

 

[1] Farwell, Byron (1976). The Great Anglo-Boer War. New York: Harper and Row.

[2] Michel Winock, Nora Benkorich, La Trahison de Munich : Emmanuel Mounier et la grande débâcle des intellectuels, CNRS éditions, 2008.

[3] « They had to choose between war and dishonor. They chose dishonor; they will have war. » Hyde, Harlow A. (1988). Scraps of paper: the disarmament treaties between the world wars. page 307: Media Publishing & Marketing,

[4] B. Fulgate et L. Dvoretsky, Thunder on the Dnepr, Presidio Press, 1997, 2001.

[5] D. Glantz, Before Stalingrad: Barbarossa, Hitler’s Invasion of Russia 1941, Tempus, 2003.

[6] En particulier le rappel de 800 000 réservistes et le transfert de 4 armées des districts militaires de l’intérieur du pays vers les frontières occidentales. Voir Général S.P. Ivanov (ed.) Nachal’nyj Period Vojny, [La période initiale de la guerre] – Moscou,Voenizdat, 1974, chap.8

[7] En russe « Eto natchalo ».

[8] Jozef Karszalek, Maïdanek, histoire et réalité du camp d’extermination, Rowohlt, Hambourg, 1982

[9] http://krytyka.com/en/articles/open-letter-scholars-and-experts-ukraine-re-so-called-anti-communist-law


 

Jacques Sapir

Ses travaux de chercheur se sont orientés dans trois dimensions, l’étude de l’économie russe et de la transition, l’analyse des crises financières et des recherches théoriques sur les institutions économiques et les interactions entre les comportements individuels. Il a poursuivi ses recherches à partir de 2000 sur les interactions entre les régimes de change, la structuration des systèmes financiers et les instabilités macroéconomiques. Depuis 2007 il s'est impliqué dans l’analyse de la crise financière actuelle, et en particulier dans la crise de la zone Euro

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Présence à Moscou d'une délégation de l'association "Comité pour une Nouvelle Résistance-CNR" pour le 70ème anniversaire de la victoire.

8 Mai 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #La guerre, #Histoire, #La France, #La République, #Ukraine, #Europe supranationale, #AMERIQUE, #le nazisme, #Le fascisme

Présence à Moscou d'une délégation de l'association "Comité pour une Nouvelle Résistance-CNR" pour le 70ème anniversaire de la victoire.

Bonjour.

Une délégation de l’association « Comité pour une Nouvelle Résistance-CNR » est invitée officiellement à la parade pour le 70ème anniversaire de la victoire sur le nazisme à Moscou. Deux personnes Claude Roddier et sa fille envisagent d’aller à Odessa afin de rencontrer le collectif des mères de disparus.

Ce message est à relayer le plus largement possible sur vos listes de diffusion et sur les sites et blogs. Cette large information constituera une garantie pour la sécurité des membres de notre association.

Merci pour votre coopération.

Cordialement

Lucien PONS. Président de l’association « Comité pour une Nouvelle Résistance-CNR »

Nota : En PJ, le corps du texte ci-dessous et le compte rendu de la journée du 2 mai 2015 à Odessa, anniversaire du massacre de militant pacifiques , brûlés vifs dans la maison des Syndicats .

Présence à Moscou d'une délégation de l'association "Comité pour une Nouvelle Résistance-CNR" pour le 70ème anniversaire de la victoire.
Présence à Moscou d'une délégation de l'association "Comité pour une Nouvelle Résistance-CNR" pour le 70ème anniversaire de la victoire.
Présence à Moscou d'une délégation de l'association "Comité pour une Nouvelle Résistance-CNR" pour le 70ème anniversaire de la victoire.

Délégation du « Comité pour une Nouvelle Résistance-CNR » à Moscou lors du 70° anniversaire de la victoire sur le nazisme.

Le 29 janvier 2015, l’association « Comité pour une Nouvelle Résistance-CNR » a accueilli une délégation d’Odessa à Nice. Le but était de faire connaître le massacre du 2 mai 2014 dans la maison des syndicats à Odessa. Nos amis ukrainiens, regroupés dans des organisations antifascistes et des comités de soutien aux familles des victimes, ont préparé une exposition qui tourne dans plusieurs villes d’Europe. Ils sont venus nous parler de ces événements tragiques. Une des personnes de la délégation avait perdu dans ce drame son fils de 27 ans, achevé sauvagement par des barbares après avoir essayé d’échapper aux flammes en se jetant par la fenêtre.

Leur témoignage fort a été entendu par un grand nombre de personnes.

En retour, pour nous témoigner leur gratitude, ils ont invité une délégation de notre association à la parade du 70ème anniversaire de la victoire sur le nazisme qui se déroulera à Moscou le 9 mai 2015. Notre délégation est ensuite invitée à Odessa pour rencontrer les comités de soutien aux familles des victimes.

Notre accord a été immédiat. Les conditions stipulaient qu’il fallait être Résistants où enfants de Résistants.

Voici les quatre personnes de notre délégation :

- Serge Lesou, jeune Résistant FTP et sa fille Sylvie Pillé.

- Claude Roddier, fille du commandant du grand maquis MUR du Var, le maquis Vallier, et sa fille.

Après la parade du 9 mai, C. et M. Roddier se rendront à Odessa remercier nos amis odessites de nous avoir permis d'assister à cette parade et pour les assurer de tout notre soutien.

Les autorités de la République française refusent de participer aux cérémonies du 9 mai à Moscou. Il faut quand même rappeler que ce pays a permis d’abattre la peste brune en Europe en sacrifiant plus de 25 millions de Soviétiques dans cette guerre à mort. La délégation de notre association composée de Résistants et d’enfants de Résistants, prend ainsi une valeur symbolique importante.

A leur retour, l’association « Comité pour une Nouvelle Résistance-CNR » organisera une conférence avec les partenaires du 29 janvier (Le Comité Valmy, le M’PEP, l’UPR, la Nouvelle Arcadie, l’ALPAM) et ceux qui voudront s’y associer. Cette manifestation rendra compte de la participation officielle de notre association à cet évènement. Les membres de la délégation donneront des informations à ce sujet. Ce sera l’occasion de poursuivre le travail de notre association pour la paix en Ukraine et en Europe.

Il ne faut pas oublier et soutenir les victimes de ce conflit. Voici une partie du témoignage concernant la journée du 2 mai 2015 à Odessa (Voir PJ).

Les mères des enfants d’Odessa tués par les fascistes nous demandent: « Dites la vérité, dites surtout la vérité, toute la vérité ! Nos enfants étaient des gens bien ! Pas des clochards et des déclassés ! C’est tout le contraire, ils étaient ingénieurs en informatique, enseignant, poète, journaliste, designer étudiant… Dites la vérité, car sinon les fascistes vont vous rattraper aussi. Vous n’échapperez pas, ne le pensez pas que vous leur échapperez ! ».

Nous vivons une période extrêmement dangereuse. Mais les Français sous-informés, n'en n'ont pas conscience.

Le canon gronde à l'est de l'Europe. Les pays de l’Europe sont peu à peu entraînés dans une guerre contre la Russie. La France a toujours eu d’excellentes relations avec elle. Le Général de Gaulle a été le premier à dire qu’il faudrait construire l’Europe de l’Atlantique à l’Oural et qu’il voulait le faire.

L’association « Comité pour une Nouvelle Résistance » est favorable au plein exercice de notre souveraineté nationale. Son objet s’inspire des idéaux et des acquis du Conseil National de la Résistance créé par Jean Moulin le 27 mai 1943 à Paris.

Fidèles à l'idéal de la Résistance, fidèles aux paroles et à l'action du chef de la France Libre, le Général de Gaulle, nous voulons que la politique de la France s'inscrive dans des rapports d'amitié avec les peuples, pour un juste équilibre en Europe et dans le monde, entre l'est et l'ouest.

La voix de la France doit servir la négociation et le dialogue.

Lucien PONS. Président de l’association « Comité pour une Nouvelle Résistance-CNR ».

Présence à Moscou d'une délégation de l'association "Comité pour une Nouvelle Résistance-CNR" pour le 70ème anniversaire de la victoire.

Odessa, le 2 mai 2015

La commémoration

L’émotion est tellement forte qu’il me semble impossible d’écrire le soir même, ici à Odessa, revenant avec les membres de la délégation étrangère de la Place Koulikovo Pole. Nous avons participé en tant que journalistes, militants, observateurs étrangers citoyens, sur l’invitation du Comité des Mères d’Odessa, à la manifestation organisée à la mémoire des victimes du massacre du 2 mai de l’année dernière.

Si j’ai écris tout de suite à chaud, c’est parce qu’il est si important de communiquer. Parce qu’ici à Odessa, au cœur de l’Europe, les habitants se sentent seuls et abandonnés. C’est aussi parce que je veux revenir vivante de cette Ukraine dont la nature est si belle, mais les hommes parfois si cruels.

Je vais donc commencer par une expérience heureuse et pleine d’espoir. Nous avons participé avec Alek et Irina, deux militants d’Odessa, à la manifestation d’ouverture du Forum Social Mondiale à Tunis en mars dernier. Juste en tenant à la main deux petites pancartes « Stop war in Ukraina » and « Odessa, never forget », nous avons suscité l’intérêt et la compassion de très nombreux militant/es arabophones et africains. Ils venaient nous questionner mais aussi nous dire combien ils nous comprenaient, combien ils connaissaient les manipulations des puissances occidentales suscitant des guerres civiles afin de soumettre des pays, combien l’agressivité de l’impérialisme occidental est patent dans le monde entier. L’Arabie saoudite venait d’agresser le Yémen et l’Ukraine était une des cibles évidentes des guerres de destruction du chaos états-unien.

Les militant/es ont pu montrer les photos du massacre à Odessa et expliquer la situation ukrainienne dans un événement particulier, le Forum de Résistance à Sousse organisé par nos amis tunisiens du 26 au 29 mars. Puis, comme un ultime cadeau, des amis journalistes ont organisés une importante conférence de presse à la Maison des Syndicats du Journalisme à Tunis, un lieu célèbre pour la lutte pour la liberté d’expression que les Tunisiens ont mené sous la dictature. Nous avons tapissé les murs de la salle de conférence de 10 panneaux de photos et d’explications en Français prêtés par le PCF de Vénissieux. Nous avions reçu des menaces sur Facebook. En Russe et Ukrainien des fascistes proches de l’ambassade ukrainienne ont menacé de s’en prendre à la Maison du Syndicat des journalistes, de venir détruire l’exposition et de casser la conférence de presse prévue pour le 30 mars. Les Tunisiens n’entendaient pas se laisser faire : ils se préparèrent et le jour J les cafés aux alentours de l’avenue de la Liberté étaient remplis de militants politiques prêst à défendre la Maison des Journalistes. Les Tunisiens n’ont pas eu peur de la police de Ben Ali, ils n’allaient pas avoir peur du Pravy Sektor. De plus, des ultra du club de football Espérance, ravis de pouvoir partir à l’assaut de fascistes, attendaient nos ennemis de pied ferme. Alors, nos ennemis nous ont envoyés… des femmes. Trois employées de l’ambassade ukrainiennes qui ont tenté de perturber la conférence de presse, qui hurlaient, coupaient la parole du journaliste d’Odessa présentant la répression de liberté d’expression en Ukraine. Les organisateurs tunisiens n’osaient pas les faire taire : elles criaient qu’on limitait leur liberté d’expression mais en réalité elles voulaient empêcher la notre. Mais nous avons réussi. Nous avons exigé qu’elles parlent Arabe ou Français, ou qu’elles se fassent traduire. Nul n’est censé en effet en Tunisie parler leur « langue nationale » dans laquelle elles exigeaient de se parler pour éviter d’avoir à entendre le Russe dans lequel s’exprimaient les Odessites traduits par les russophones tunisiens !

Nous avons réussi. Nous avons parlé, elles ont parlé, ont cessé de crier. Un débat sérieux s’est engagé entre les Russes et Russophones présents vivant en Tunisie, surtout des femmes, et des journalistes tunisiens. La Liberté, la vraie, avait gagné. Nous n’étions plus seuls.

Plus d’une fois j’ai pensé à ce succès d’internationalisme lors de mon voyage dans les Balkans avec la Caravane Féministe qui s’en est suivi : Bulgarie, Kosovo, Serbie, Manifestation lesbienne et féministe à Belgrade, soutien aux femmes syndicalistes à Tuzla en Bosnie, Sarajevo, Zagreb et Budapest. Je pensais que les Tunisiens nous montrent la voie avec leur mobilisation inlassable, leur culture urbaine d’organisation de l’espace militant dans les cafés, les syndicats, les maisons de culture, avec leur sens de solidarité concrète et immédiate. C’est bien de cela dont nous avons besoin dans notre Europe de l’’Est divisée, morcelée, démembrée ou chacun se sent seul face au système et au danger.

Je pensais encore plus à eux lorsque sur la route entre la Roumanie et l’Ukraine, outre la frontière, je traversais 3 check point militaires montrant que l’Ukraine, et nous avec, sommes bien en guerre. Je n’étais pas rassurée du tout. Si l’Ukraine décidait de ne pas me faire entrer dans le pays, ou si le SBU me faisait subir un interrogatoire comme ils l’ont fait au journaliste italien de la délégation, passe encore. Apres tout, l’Etat ukrainien a bien le droit de refuser souverainement le droit d’entrer sur son territoire à des gens qu’ils considèrent comme des ennemis, n’est-ce pas ? Mais si le bus était arrêté en rase campagne par les paramilitaires fascistes du Pravy Sektor, comme ils le font fréquemment, qui allait me défendre? Comment se défendre d’un danger mortel, diffus, mais pourtant présent ?

L’ambiance à Odessa était oppressante malgré l’accueil chaleureux et plein d’attention de nos amis. Notre délégation étrangère comportait des journalistes allemands, suédois, belge, un militant italien anti-fasciste et moi-même, représentant les bonnes volontés françaises et polonaises en une seule personne. Le matin du 2 mai nos organisatrices, toutes des femmes, nous ont amené par des détours dans un lieu privée, caché, ou s’est tenu notre conférence de presse. Là nous avons appris que Viktoria, l’organisatrice de la manifestation et militante du Comité des Familles des Victimes, n’était pas présente. Elle avait été emmenée au SBU pour un interrogatoire sur la présence des journalistes étrangers, considérés comme de dangereux terroristes. Elle a été remplacée par un militant francophone, qui a demandé de ne pas publier son nom et de flouter les images de son visage. De très nombreux citoyens critiques vis à vis du gouvernement Porochenko, qui le considèrent comme un usurpateur, ont peur de dire leur opinion et d’être emprisonnés pour séparatisme et terrorisme. La fracture entre le gouvernement de Kiev et une bonne partie de l’opinion publique du Sud Est de l’Ukraine est consommée et ce n’est pas l’interdiction de parler qui interdira aux gens de le penser. Cependant de peur de perdre leur travail, d’être emprisonné, battue ou tué par les nervis fascistes, de nombreuses personnes proches des « anti-Maidan » se terrent maintenant, notamment les nombreux fonctionnaires de la culture, des universités, des écoles et des musées qui sont la richesse d’Odessa, les gardiens de son patrimoine et de son identité.

C’est étrange de sentir et de voir cette oppression à une encablure de l’Union Européenne dans cette ville à l’architecture magnifique et au passé prestigieux. Il est effrayant de voir comment le prétendu « Maidan européen » a accouché d’une dictature, tout le contraire des valeurs européennes de liberté d’expression dont l’Occident fait d’habitude si grand cas.

Dans la conférence de presse nous faisons connaissance avec la situation actuelle suite au massacre du 2 mai : toujours pas d’enquête fiable pour retrouver et châtier les coupables de ce meurtre de masse, toujours 100 personnes en prison parmi les survivants du massacre. Ces emprisonnés n’ont ni nourriture ni vêtements ni couverture en prison. Le Comité des Mères collecte des dons pour ceux qui n’ont pas de famille ni de moyens. Ces prisonniers qu’il faut bien qualifier de politiques n’ont pas entendu le qualificatif précis des accusations portées contre eux, ils ne peuvent se défendre, ils ne savent pas quand la procédure contre eux sera menée ni quand elle sera fini. Les lois « anti-terroristes » permettent aux autorités de Kiev de faire l’impasse sur ce décorum occidental que sont les droits humains élémentaires.

Quand aux assassins du 2 mai, ceux dont les visages sont présents sur de nombreuses photos, ils n’ont pas été inquiétés. Tout juste quelques uns d’entre eux, comme l’assassin « Sotnik Mikola » ou le député Gontcharenko, qui posait fier sur les photos des cadavres, ont-ils étaient arrêtés quelque jours, emmenés à Cherson loin d’Odessa et relâchés. Même le député du Conseil de l’Europe de die Linke, Andrej Hunko, venu poser des questions sur l’état de l’enquête judiciaire accompagné de juristes du Conseil de l’Europe n’avait pu obtenir que des réponses évasives de la part des autorités ukrainiennes.

L’ambiance est encore plus oppressante que l’année dernière car les familles des victimes n’osent désormais plus rien réclamer de peur d’être accusées de « séparatisme ». Il faut dire que la nouvelle loi interdisant les symboles communistes, l’hymne soviétique, la faucille et le marteau, l’Internationale et le ruban de Saint George, symbole anti-fasciste par excellence, a déjà provoqué la suppression des manifestations du 1 mai, désormais interdites, alors qu’elles étaient sans problèmes organisées sous Janukovitsch. Je pose la question des 7 monuments anti-fascistes à la gloire de l’Armée Rouge et de la résistance soviétique aux nazis ainsi que du musée militaire contenant toute l’histoire de la résistance anti-nazie : ne sont-ils pas menacés d’être démolis par les autorités en vertus de cette loi ? Cela semblait inimaginable il y a encore 1 an, mais possible aujourd’hui. Les paramilitaires fascistes entrent bien dans les écoles pour y enlever tous les souvenirs que les vétérans qui déposaient par tradition soviétique pour instruire les jeunes, nous dit notre amie Elena.

La manifestation d’aujourd’hui n’a pas été interdite mais elle était encadrée par un triple dispositif militaire et policier qui entourait et barricadait la place Koulikovo Pole. Il fallait montrer ses papiers et son sac pour passer le barrage. Pourtant des milliers de personnes se pressaient, des bouquets de fleurs à la main, pour entrer. Justement, les bouquets de fleurs sont les symboles de la Résistance. Les drapeaux et les slogans « politiques » ont été interdits. Seule une cérémonie religieuse a été autorisée. Mais les fleurs remplaceront les slogans et les drapeaux : chaque participant porte un bouquet d’oeillets rouges ornés de noir, des tulipes rouges, des brassés de lilas mauves et blancs, symboles de vie et de renaissance. Ces monceaux de fleurs sont amenés sans relâche par une foule grandissante et déposés au pied de trois mémoriaux sous le bâtiment des syndicats. Quatre arbres ont été décorés de fleurs, de couronnes de fleurs, entourés de dessins et de peintures représentants les martyrs du 2 mai. Des compositions de fleurs accompagnent leur photo et leur nom cerné de noir. Une peinture naïve très émouvante représente un matelot d’Odessa terrassant le dragon fasciste en Saint George moderne, devant la Maison des Syndicat an flammes mais encouragé par le petit peuple d’Odessa. D’autres peinture montrent les âmes des victimes monter au Ciel telles des colombes ou des flammes entourant la Maison des Syndicats formant une auréole orange et noire, symbole de la Victoire.

La symbolique du ruban de Saint George est présente partout : des compositions florales de tulipes orange et noires sont suspendues sur le mur séparant la Maison des Syndicat brûlée de la place, juste au milieu des portraits de tous les tués. Des hommes arborent des vestes ou des tee-shirts rayés d’orange et de noir. Une femme est habillée toute de noir et porte des cheveux teints en orange vif. Rien n’est laissé au hasard.

Il faut dire que nous sommes d’abord dans une cérémonie de deuil et le noir est omniprésent.

Sur le mur s’alignent des portraits des assassinés : chaque photo montre la personne dans la force de l’âge, souriante, en photo de mariage, dans une activité préférée, dans un paysage familier… Un panneau affiche toutes les photos de la courte vie d’un jeune homme : ses photos de bébé, ses photos de maternelle, d’école, sa bande de copains, en couple avec sa fiancé, ses occupations professionnelles et ses hobbys… une vie fauchée dans son élan.

J’accompagne mon amie Elena et les amis qui déposent des bouquets de fleurs à la mémoire du jeune Andrej, fils d’Elena, ce beau jeune homme que je ne verrai jamais vivant et avec lequel je ne discuterai jamais. Sa fiancée se tient à côté de moi, belle jeune femme digne et fière, elle allume la bougie spéciale que l’ont met en Europe de l’Est sur les tombes.

Nous retenons nos larmes, notre colère. Mais entre les chants religieux qui s’élèvent d’un coin de la manifestation et les discours laïques de l’autre, les habitants d’Odessa crient leur colère et la volonté farouche de préserver leur ville du fascisme et de la guerre. « Odessa, nous n’oublierons pas, nous ne pardonneront pas » ! « Odessa le fascisme ne passera pas » ! « Odessa, ville de héros ! ». Le Héros, « Guieroï » est forcément ici un combattant anti-fasciste. Plus tard, des femmes se risqueront à crier « Bandéristes, dehors d’Odessa » ! Mais les policiers sont présents partout, un individu caché nous filme d’une fenêtre de la Maison des Syndicats brûlée. Plus la cérémonie avance, plus le nombre de policiers en civil, d’individus louches augmente. Certains sont de nos ennemis : ils viennent de la manifestation bandériste organisée sur une autre place. Ils s’infiltrent dans la commémoration, nous repèrent en tant que journalistes étrangers, commencent à nous parler et à nous poser des questions. Comme nous voulons parler aux gens et que les gens veulent nous parler, visiblement soulagés que la « vérité sera connue dans le monde », nous discutons parfois avec des gens avec qui nous ne devrions pas parler avant de nous rendre compte que nous devons faire plus attention.

La vérité est la seule exigence des familles endeuillées d’Odessa, avant même qu’elles n’osent formuler un désir de justice. Il est très violent pour elles d’entendre les autorités ukrainiennes propager leur « version officielle » des « événements » : que des terroristes russes avaient infiltrés la Maison des Syndicat et qu’il fallait bien tuer les Russes.

Comme si « tuer des Russes » était une bonne politique, respectueuse des valeurs européennes et susceptible de rapprocher l’Ukraine de l’Union Européenne. C’est justement cela le visage le plus effrayant du fascisme : amener les gens à trouver normal de tuer telle ou telle catégorie de la population. Le fascisme ordinaire des gens banals, ce fascisme que nous n’arrivons plus à débusquer comme tel en Europe.

Au cours du repas de deuil auquel nous assistons les familles nous racontent comment elles sont humiliées par la police et la justice ukrainienne quand elles demandent des informations sur l’enquête. On leur dit souvent : « Si tu n’es pas content, rentres en Russie ». « Mais nous sommes Odessites, nous sommes là depuis 4, 5 générations ! Pourquoi dois-je partir en Russie alors qu’Odessa est ma maison ? » - plus d’une personne désespérée nous l’a dit.

Un grand sentiment de responsabilité et de culpabilité me saisit quand j’entends les femmes des familles endeuillées parler des défunts, de leurs qualités et de l’absurdité de leur mort, de l’injustice monstrueuses de ce crime de masse, de l’incompréhension aussi, comment quelqu’un peu tuer quelqu’un juste à cause d’une opinion politique différente. Je sens le poids de tous ceux qui ne sont pas là, des 400 millions de citoyens européens, de l’Est et de l’Ouest, du Portugal comme de Bulgarie, de l’Allemagne comme de la Finlande ou de la France, de tous ces citoyens européens qui s’en foutent. Je sens le poids de l’absence de ceux qui ne veulent pas savoir, et qui pourtant sont des militants de gauche, des gens responsables, engagés dans tant de causes humanistes. Ces militant/es, ces ami/es même ne veulent pas trop savoir non plus, ou en tout cas ils et elles ne veulent pas se déplacer ici pour entendre les pleurs des femmes qui ont perdu leur fils, leur frère, leur mari, leur sœur, leur tante, leur mère (car il y a eu des femmes aussi parmi les brûlés vifs et battus à mort à la Maison des Syndicats). Je me sens responsable à la place de ces centaines de milliers d’Européens, curieusement, alors que moi je suis là. Et j’entends parfaitement dans le cri et les pleurs des victimes les bruits de bottes du fascisme monter. Je me dis et redis encore que je comprends enfin pourquoi la guerre de destruction de la Yougoslavie a été possible. C’est parce que oui, tant de gens, tant de militants, de responsables de structures associatives, d’organisations politiques en Occident n’ont pas voulu savoir ni voulu bouger. A l’Est de l’Europe on est en Europe mais on se sent seul et abandonné par les Européens.

Je prends la parole pour dire ses sentiments. Les mères des enfants d’Odessa tués par les fascistes nous crient alors en face : « Dites la vérité, dites surtout la vérité, toute la vérité ! Nos enfants étaient des gens bien ! Pas des clochards et des déclassés ! C’est tout le contraire, ils étaient ingénieurs en informatique, enseignant, poète, journaliste, designer étudiant… Dites la vérité, car sinon les fascistes vont vous rattraper aussi. Vous n’échapperez pas, ne le pensez pas que vous leur échapperez ! ». Je pense à Pavlos Fyssas, à Clément Méric et je sais que c’est vrai. Mais comment convaincre mes compatriotes en Europe, de France, de Navarre et de Pologne qu’aller à Odessa, témoigner sur le Donbass c’est tout aussi important ou même plus important que de parler du changement climatique à la prochaine conférence de Paris ?

Je ne peux que promettre aux Mères d’Odessa que de dire la vérité, toute la vérité. Et donc je vous l’écris ici, avant même de pouvoir vous envoyer les photos. Demain nous allons à la prison témoigner de la détention arbitraire des 100 prisonniers politiques d’Odessa.

Monika Karbowska

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