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Le blog de Lucien PONS

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Le colloque niçois sur la défense de la langue française. Intervention de Philippe Loubière.

11 Janvier 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #La défense de la langue française.

Intervention de Philippe Loubière

 

Philippe Loubière  Universitaire, membre du bureau national de l’ASSELAF : Association pour la Sauvegarde et l’Expansion de la Langue Française. Créée en 1990, l’association s’est fixé pour but de promouvoir toutes les réflexions et actions permettant d’améliorer l’enseignement de la langue française, d’assurer l’expansion et le rayonnement de cette langue dans les pays francophones et dans le reste du monde. Le Président de cette association est Philippe de Saint Robert, écrivain, ancien Haut-Commissaire a la langue française, ancien membre du Haut Conseil de la Francophonie. Philippe Loubière est également Rédacteur en chef de la revue Lettre(s). Philippe Loubière est intervenu le vendredi 13 septembre  dans la première partie du colloque intitulé « Le français dans la vie quotidienne, où va-t-on ? » sur le thème « La politique/ la langue de la cité ».

 

La vidéo vous permet de prendre la mesure du constat et surtout d'en percevoir les causes. La permanence dans l'affaiblissement  de l'enseignement du français depuis les dernières décennies nous interroge sur la responsabilité des décideurs (toutes tendances politiques confondues) à vouloir affaiblir ce ciment social qu'est la langue française. Affaiblir l'apprentissage du français à l'école pour un grand nombre d'élève n’est pas anodin. Notre langue devient presque une langue étrangère, le risque est grand de jeter aux oubliettes de l'histoire notre mode de vie, notre modèle social, notre vision du monde en un mot notre culture issue des Lumières, de la Révolution de 1789, des conquêtes sociales, de la Libération, etc...

 

 

Philippe-Loubiere.jpg

 

Quelques éléments sur l’intervention de Philippe Loubière

 

 

 

Pourquoi ce colloque ? Pourquoi défendre la langue française ? On parle de moins en moins français dans la vie de tous les jours.

 

Un exemple particulièrement éloquent, c’est la sur-irradiation des patients de l’hôpital d’Epinal  il y a quelques années. 5000 personnes étaient concernées et il y a eu des cas mortels. On a fait un enquête, on a incriminé les préparateurs, les médecins radiologues et on a considéré que cela relevait de la faute humaine. Mais ce que l’on on ne dit pas, c’est que le mode d’emploi était en anglais. Le ministère de la santé n’a pas fait son travail, l’appareil aurait dû être livré avec un mode d’emploi en français. La conversion des unités de mesure aurait été faite et cela aurait permis d’éviter de se tromper dans les réglages.

 

L’anglais est partout, pas seulement dans les situations de pouvoir, mais aussi dans des situations banales de la vie quotidienne. Les inscriptions bilingues que l’on observe partout, ne sont pas là pour aider les étrangers, elles sont là pour nous. Elles sont là pour que nous nous habituions à subir l’anglais de plus en plus. Elles sont là pour nous dire subliminalement: « Votre langue, personne ne la connait !». Elles sont là pour alimenter le complexe d’infériorité. Elles sont là pour compléter le discours récurrent que l’on entend à la radio et à la télévision : « La France est en retard sur ses partenaires européens, …, la France est en retard sur tout ». Elles sont là sont là pour nous dire :« Vous n’existez plus comme communauté visible ». C’est une remise en question de la société française. Il s’agit bien d’une question d’ordre politique, la langue française ne sert pas seulement à communiquer, elle sert aussi à penser, à réfléchir.

 

Il y a manifestement une substitution organisée. A la fin de sa vie François Mitterrand confiait à l’écrivain Georges-Marc Benhamou « La France ne le sait pas, mais nous sommes en guerre avec l'Amérique. Oui, une guerre permanente, une guerre vitale, une guerre économique, une guerre sans mort apparemment. Oui, ils sont très durs les Américains, ils sont voraces, ils veulent un pouvoir sans partage sur le monde. C'est une guerre inconnue, une guerre permanente, sans mort apparemment et pourtant une guerre à mort » (Dans le livre « Le dernier Mitterrand »). La raison est que nous sommes le seul modèle concurrent au modèle anglo-saxon dans le monde. Le projet de nos rivaux est de nous éliminer. Les moyens utilisés sont très importants. De notre côté nous ne faisons rien. Le problème est que tout ce qui devrait nous protéger institutionnellement est passé avec armes et bagages chez l’adversaire. Petit à petit l’anglais se substitue au français dans la vie de tous les jours et au travail également. Dans ce cas, c’est le langage pauvre de l’exécutant. Avec celui-ci, on ne pense pas, on obéit ! On n’a plus les moyens de remettre en cause une stratégie économique et financière pensée ailleurs et dans une autre langue.

 

Le langage pauvre des jeunes est l’autre danger. Des programmes scolaires ont été mis au point depuis longtemps pour que la génération de nos enfants soit la plus inculte possible. On a commencé il y a environ quarante ans avec la méthode globale d’apprentissage de la lecture. Celle-ci consiste à deviner un mot après l’avoir photographié plutôt que de le lire. Les élèves s’éloignent de plus en plus de la lecture et considèrent le français comme une langue étrangère. Il y a une très grande constante chez les Ministres de l’Education Nationale, qu’ils soient de droite ou qu’ils soient de gauche. La première conséquence est que l’ascenseur social ne marche plus.

 

La langue de la cité est notre premier lien social. C’est notre service public de la liberté de penser. La dépossession de notre patrimoine scientifique sur le plan du langage est en route. Par exemple, le protocole de Londres permet de déposer des brevets industriels et commerciaux en anglais seulement.

 

Il faut que nous reprenions le destin de notre langue et il ne faut pas compter sur l’état ni sur les institutions francophones. Son destin est entre nos mains. Nous ne sommes pas seulement les héritiers des Lumières, de la révolution Française et de la Résistance. Nous avons le devoir de nous projeter dans l’avenir. La seule question que nous devons nous poser est celle-ci : « Est-ce que nous avons toujours envie d’avoir le français en partage ? ». C’est aux citoyens de répondre à cette question et non aux institutions.

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La Marseillaise est un document historique. Elle est née avec la République française. Elle a été chantée par les peuples en quête de liberté, par les travailleurs qui réclamaient plus d’égalité.

11 Janvier 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #La République, #La nation ., #la liberté, #Comité pour une Nouvelle résistance, #Histoire, #La défense de la langue française.

 la Marseillaise

La Marseillaise est un document historique. Elle est née avec la République française. Elle a été chantée par les peuples en quête de liberté, par les travailleurs qui réclamaient plus d’égalité. La France, aujourd’hui, éprouve le besoin de revisiter ses symboles. Ce soir, la Marseillaise est au menu de France 5.

Voici la présentation de l’émission sur le site Telerama.fr :

Sur France 5 : “La Marseillaise”, un hymne qui rassemble et divise

sur-france-5-la-marseillaise-un-hymne-qui-rassemble-et-divise,M291463Au lendemain des attentats du 13 novembre, des millions de personnes entonnaient “La Marseillaise”. Pourtant, ce chant n’a jamais fait l’unanimité.

La France, meurtrie par les attentats de janvier et de novembre 2015, a retrouvé avec passion les couplets écrits par Joseph Rouget de Lisle en 1792. De New York à Melbourne et Tel Aviv, en passant par l’Irak, La Marseillaise a été reprise dans les stades de football, les salles de concert, un camp de réfugiés ou les rues, par des milliers de personnes qui, souvent, n’en connaissaient que l’air. Comment un chant vieux de deux siècles peut-il rassembler au-delà des frontières et des langues ? « La Marseillaise est un hymne très puissant. Elle porte l’image de la France. Sa musique est formidable, entraînante. C’est devenu un chant global pour dire non, un moyen de clamer que l’on ne sera pas défait », explique Peter McPhee, historien de la Révolution française à l’université de Melbourne. « Ce chant révolutionnaire a retrouvé sa fonction de rassembleur », confirme Mathieu Schwartz, auteur de La Marseillaise, l’éternel chant de bataille, un documentaire instructif et bienvenu.

Cet hymne que « l’on ressort de derrière les fagots », selon une formule « cynique » du général Bugeaud, a pourtant mis du temps à s’imposer. Ecrit pour encourager les combattants de l’armée du Rhin face aux monarchies européennes qui attaquent la République naissante, La Marseillaise est ensuite bannie par les régimes autoritaires. Napoléon lui préfère Veillons au salut de l’Empire. La Restauration et la monarchie de Juillet la jugent subversive mais pas le peuple qui l’entonne, sur les barricades, lors des révolutions de 1830 et de 1848. Napoléon III l’écarte au profit de Partant pour la Syrie, et c’est finalement la IIIe République qui lui redonne son statut d’hymne national.

Elle l’a conservé depuis avec plus ou moins d’éclat, selon les époques. Au début du XXe siècle, son aura révolutionnaire pâlit auprès de la classe ouvrière, qui préfère L’Internationale à ce chant adoubé par les institutions. Le Front populaire la réhabilite mais, quelques années après, elle fait les frais de l’occupation allemande. Pétain s’en méfie et l’ampute de son premier couplet, au ton trop insurrectionnel, tandis qu’elle devient un symbole pour les résistants qui l’adoptent en même temps que Le Chant des partisans. Sous la IVe et la Ve République, La Marseillaise est négligée par les mouvements internationalistes et pacifistes, mais sert de ralliement à une droite nationale qui en offre une vision étriquée et excluante, antinomique du souffle originel des républicains de 1792.

Plus près de nous, les Français issus de l’immigration maghrébine ont parfois eu du mal à entonner un chant longtemps synonyme des violences du colonialisme. « Nous ne pouvions le faire sans trahir nos parents, leur douleur de la guerre d’Algérie qu’ils nous ont inoculée », raconte Magyd Cherfi, du groupe Zebda. Les attaques perpétrées cet automne à Paris en changent la perception. « Il y a des jours où on aime la France, où on a envie de chanter La Marseillaise, envie d’être tricolore comme un supporter insupportable », écrit-il dans une tribune parue dans Libération au lendemain du 13 novembre. Pour autant, l’image d’une France ouverte et généreuse incarnée dans la 5e strophe de Rouget de Lisle par « des guerriers magnanimes » prêts à accueillir ceux qui ne sont pas libérés de l’oppresseur, peut-elle résister à la dureté des temps et au flot d’immigrés qui fuient les zones de conflit ? « Elle est un miroir tendu qui provoque un malaise car nous sommes conscients du décalage entre les idéaux révolutionnaires et la réalité », estime l’historien Guillaume Mazeau.

Au terme de son enquête, Mathieu Schwartz offre, lui, d’assumer ce texte dans toute sa complexité et d’accepter son universalité, son caractère belliciste et ses mots écrits dans la tourmente d’une république menacée, qui, de tout temps, ont choqué. De Lamartine à Lambert Wilson en passant par l’abbé Pierre, nombreux sont ceux qui ont voulu en changer les strophes. Le « sang impur » évoqué dans le refrain étant ce qui fait actuellement le plus ­débat. Des mots que l’on assimile à « la race » mais qui renvoyaient, à l’origine, au sang des aristocrates, ennemis de la république. La notion de race n’existait pas comme on l’entend actuellement, rappelle le sociologue Edgar Morin. Aujourd’hui, on peut aimer La Marseillaise sans être un nationaliste ­farouche, on peut aussi la refuser sans être un mauvais citoyen. « Questionner les symboles, les garder vivants fait de nous une communauté de choix et pas d’identité », plaide Guillaume Mazeau. Le danger serait de la sacraliser pour se complaire dans l’illusion d’une république acceptée par tous. Une tendance que porte en germe la création en 2003 d’un délit d’outrage aux emblèmes. « Un nouveau blasphème ? » ironise l’historien Jean-Noël Jeanneney.

L’élan de solidarité qui a suivi les attentats de novembre et a vu des millions de Français entonner à l’unisson La Marseillaise peut-il durablement se prolonger ? Rien de moins sûr. Il ne pourrait être qu’« une écume mensongère », craint Magyd Cherfi. A l’image de cette France black, blanc, beur tant saluée en 1998 et qui se dessinait sur la joue le drapeau tricolore. A moins que les Français ne répondent cette fois vraiment à l’appel de l’hymne qu’ils entonnent et qui les enjoint de s’engager pour défendre une république ­attaquée. Comme citoyen, suggère Guillaume Mazeau, et non plus militairement, tels les soldats de Valmy.

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Le latin et le grec, extrêmement autres, incroyablement nôtres.

11 Janvier 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #La défense de la langue française., #Comité pour une Nouvelle résistance, #Culture, #Histoire, #Grèce

Le latin et le grec, extrêmement autres, incroyablement nôtres.

Publié par Daniel Guillon-Legeay  - 

Temple du Theseïon, Athènes, printemps 2007 (photo DGL)

Temple du Theseïon, Athènes, printemps 2007 (photo DGL)

 

 

1. Né sous le ciel bleu d’Athènes.

 

Je suis né sous le ciel bleu d’Athènes, au pied de l’Acropole, il y a deux mille six cents ans de cela. J’ai grandi ensuite à Rome, sous le règne de l’empereur Hadrien. Mon histoire peut vous paraître invraisemblable. Pourtant, elle est vraie, du moins si l’on s’avise que « le véritable lieu de naissance est celui où l’on a porté pour la première fois un coup d’œil intelligent sur soi-même : mes premières patries ont été des livres »[1]. Après un grave accident, il arrive que le corps mobilise des ressources infinies et qu’il renaisse à la vie. Il en va de même pour de l’esprit ; son cours suit des méandres mystérieux, invérifiables et imprévisibles.

 

Adolescent, je connus la chance d’étudier le latin, puis le grec. A cette époque - pas si lointaine -,  il était généralement admis, contre toute démagogie, que pour suivre des études, il fallait posséder de manière avérée des aptitudes et des qualités, tant sur le plan moral intellectuel que sur le plan moral : le désir de connaître, le goût pour l’abstraction, la patience et l’humilité des commencements, le respect de l’autorité des maîtres, la persévérance dans l’effort, la rigueur dans le travail et, plus que tout, le courage de s’aventurer loin des certitudes acquises.

 

Je me souviens très nettement du ravissement qui s’empara de moi, à mon premier cours de grec, « lorsque j’essayai pour la première fois de tracer ces caractères d’un alphabet inconnu : mon grand dépaysement commençait, et mes grands voyages, et le sentiment d’un choix aussi délibéré et involontaire que l’amour ».[2] Ce fut une révélation. J’entrevoyais soudain la beauté de cette langue, celle d’Homère, d’Esope, de Socrate, de Platon, de Démosthène, d’Epicure, de Lysias… Elle avait la réputation  d’être obscure et austère; je la trouvai lumineuse et savoureuse. Je la croyais totalement étrangère ; elle se révéla étrangement familière. « J’ai aimé cette langue pour sa flexibilité de corps bien en forme, sa richesse de vocabulaire où s’atteste à chaque mot le contact direct et varié des réalités, et parce que presque tout ce que les hommes ont dit de mieux a été dit en grec ».[3] Le latin, je dois l’avouer, n’avait pas produit sur moi un pareil effet: ses déclinaisons, la précision et la complexité de sa syntaxe me déroutaient et me plongeaient souvent dans le désarroi. Et puis, d’autres raisons, qui ne tenaient pas à la langue, m’empêchaient de me consacrer à son étude autant qu’il l’eût fallu. Il n’en demeure pas moins qu’au fil des années passées au contact des auteurs classiques, je prenais en retour la mesure de tout ce qui fait la complexité, la beauté et la richesse de la langue française, à travers ses innombrables emprunts au latin et au grec ; sa syntaxe, son vocabulaire, sa littérature s’éclairaient d’un jour nouveau. Cet effet de miroir m’apparaissait comme réellement fascinant ! Je n’ignore pas que, dans une large mesure, il en va de même pour l’étude de n’importe quelle langue étrangère (l’anglais, le chinois, l’espagnol, le persan, le wolof, le hindi,  le quechua, l’arabe …). Néanmoins subsiste une différence : ici, la différence repose sur la dissemblance, sur le contraste ; là, sur la ressemblance, sur la proximité. Car pour nous, le latin et le grec demeurent à la fois extrêmement autres et incroyablement nôtres.

 

Mails il y a plus encore. A mesure que je progressais, je découvrais une épaisseur du temps et de l’histoire que je n’avais jamais soupçonnée. Certes, je ne devins jamais ni un excellent latiniste, ni un parfait helléniste. Mais, entretemps, j’étais devenu un autre homme, désormais plus averti des choses du monde… et de moi-même. Cette connivence m’apaisait. Car même si je ne le comprenais pas clairement à cette époque, je découvrais en fait une partie de ma propre histoire : ce qu’il y avait de plus personnel en moi rejoignait ce  qu’il y avait de plus universel avant et hors de moi. L’une des raisons de ce paradoxe est que « le grec possède en lui ses trésors d’expérience, celle de l’homme et celle de l’Etat. Des tyrans ioniens aux démagogues d’Athènes, de la pure austérité d’un Agésilas aux excès d’un Denys ou d’un Démétrius, de la trahison de Démarate à la fidélité de Philopoemen, tout ce que chacun de nous peut tenter pour nuire à ses semblables ou pour les servir a, au moins une fois, été fait par un Grec. Il en va de  même de nos choix personnels : du cynisme à l’idéalisme, du scepticisme de Pyrrhon aux rêves sacrés de Pythagore, nos refus ou nos acquiescements ont déjà eu lieu ; nos vices et nos vertus ont des modèles grecs. »[4].

 

Tout naturellement, la  découverte de la philosophie - qui fut pour moi une autre source d’étonnement et de ravissement - allait me permettre d’approfondir (mais selon des voies différentes) bien de notions qu’il m’avait été donné d’approcher par l’étude du latin et du grec. La conjonction de ces deux voies allait déterminer le reste de mon existence. L’étude des langues et des civilisations anciennes m’avait initié aux vertus du cosmopolitisme et du voyage. Celle de la philosophie me confirma dans ma résolution d’apprendre à penser par moi-même, en m’appuyant sur la puissance éclairante du λόγος (Logos) qui, aujourd’hui encore, irrigue les fondements de notre civilisation occidentale : les mathématiques, la médecine, l’art, l’astronomie, la physique, le droit romain, l’histoire, la philosophie, la géographie, la littérature, la sculpture, la politique...

 

2. Le fleuve d’or de la mémoire.

 

Bien des années plus tard, devenu adulte et professeur de philosophie, je pus observer que les élèves – y compris certains récalcitrants - ne restaient pas insensibles au mystère de ces langues et de ces mondes qu’ils croyaient à jamais engloutis dans un temps mort et qui, pourtant, ressurgissaient devant leurs yeux. Il ne me fut, dès lors, guère difficile de leur faire acquérir les concepts avec lesquels la philosophie s’est constituée depuis ses origines et qu’elle nous a légués pour toujours. Aussi, chaque fois que je m’avisais « de tracer ces caractères d’un alphabet inconnu » sur le tableau, mes élèves s’empressaient-ils de les recopier avec maladresse dans leurs cahiers, pour ensuite pouvoir les arborer fièrement ! A commencer par le mot même de « philosophie » qui nous dit l’essentiel sur le projet fondamental de cette discipline: Φίλόσοφία, (philosophia), l’amour du savoir et de la sagesse. Le même terme de σοφία (sophia) désigne deux choses distinctes : le savoir théorique et la sagesse pratique ; or, il faut rechercher le premier lorsque l’on prétend viser la seconde. Seul le savoir peut nous aider à nous libérer de l’ignorance, de la superstition et de l’emprise des passions. La philosophie nous propose de développer en même temps - et indissociablement - un art de penser (sur le plan théorique) et un art de vivre (sur le plan pratique), dans un souci d’authenticité susceptible de nous affranchir  du monde extérieur, de la société, des traditions établies. C’est d’ailleurs en quoi elle est une entreprise de libération.

 

De même, la science et la philosophie ont une origine commune, à savoir l’avènement du λόγος (logos : parole, discours rationnel, étude, raison, cause). Entre le 7ème et 5ème siècles, autour de la Méditerranée (en Ionie, à Athènes, à Ephèse, à Syracuse, à Agrigente…) apparut une pensée rationnelle autonome qui finit par détrôner la toute-puissance du μύθος  (mûthos : le mythe, la croyance religieuse), engendrer le savoir rationnel et jeter les fondements de la démocratie. Désormais, ne serait plus tenu pour vrai que ce qui serait examiné, compris et approuvé par la raison. Les mystères de la religion, pas plus que l’arbitraire du pouvoir royal, ne résistèrent à une telle offensive. En poursuivant leurs investigations et leurs analyses critiques, les premiers penseurs contribuèrent ainsi à l’invention de la philosophie, des sciences et de la démocratie. Le rapport entre les trois ne va pas de soi. Pourtant, Jean-Pierre Vernant, avec clarté et précision, rend raison de ce rapport : « La raison grecque ne s’est pas tant formée dans le commerce humain avec les choses que dans les relations des hommes entre eux. Elle s’est moins développée à travers les techniques qui opèrent sur le monde que par celles qui donnent prise sur autrui et dont le langage est l’instrument commun : l’art du politique, du rhéteur, du professeur. La raison grecque, c’est celle qui de façon positive, réfléchie, méthodique, permet d’agir sur les hommes, non de transformer la nature. Dans ses limites comme dans ses innovations, elle est fille de la Cité.» [5]

 

Avec mes élèves, c’était même devenu un jeu que de réciter certaines distinctions conceptuelles ainsi que certaines phrases canoniques, apprises par cœur après les avoir commentées ensemble. Pour ne donner qu’un seul exemple, venons-en à cette distinction capitale établie par Epictète aux premières lignes de son Manuel. Notons au passage que le terme latin « manuel » traduit le terme grec de εγχειρίδιοv ; or, ce dernier signifie à la fois « manuel » et « poignard ». L’idée suggérée ici est que l’un et l’autre se tiennent dans la main (χειρ : « cheir » : la main, que l’on retrouve dans « chirurgie » ou encore dans « chiromancie »), et qu’ils peuvent être utiles, l’un pour le salut de l’âme, l’autre pour la sauvegarde du corps. Précisément, Epictète nous enjoint d’établir en toutes circonstances la distinction suivante : Τῶν ὄντων τὰ μέν ἐστιν ἐφ' ἡμῖν, τὰ δὲ οὐκ ἐφ' ἡμῖν. En d’autres termes : « Parmi toutes les choses du monde, il y a celles qui dépendent de nous, et celles qui n’en dépendent pas ») [6]. Tout d’abord, il y a « τὰ ἐφ' ἡμῖν » (ta ephemin) : « Celles qui dépendent de nous  sont nos opinions, nos mouvements, nos désirs, nos inclinations, nos aversions ; en un mot, toutes nos actions ». Ensuite, viennent « τὰ οὐκ ἐφ' ἡμῖν » (ta ouk ephemin) : « Les choses qui ne dépendent pas de nous sont le corps, les biens, la réputation, les dignités ; en un mot, toutes les choses qui ne sont pas du nombre de nos actions ». Les premières sont libres par nature, tandis que les secondes ne le sont pas. Or, si nous n’y prenons pas garde, si nous désirons contrôler ou posséder une chose qui n’est pas libre (modifier le temps qu’il fait, arrêter le temps qui passe, ou vivre dans un monde gouverné par la vertu...), nous nous condamnons inévitablement à être déçus, en proie au trouble, c’est-à-dire à vivre malheureux et dépendants. Cette distinction capitale, entre les événements et l’idée qu’il s’en fait, donne au sage une emprise sur le réel ; il l’accepte et s’y adapte au lieu de le subir. Deux mille ans après, je continue de penser que ce texte a gardé toute sa valeur et toute son efficacité, qu’il constitue précisément l’un des sommets de la sagesse humaine.

 

3. Veiller sur le dieu désarmé.

 

Le latin et le grec sont au fondement des langues et de la culture européennes, et loin de  n’être plus que des langues mortes, elles vivent au contraire de leur vie tenace, nolens volens (qu’on le veuille ou non). Et je vais même jusqu’à affirmer que les langues anciennes devraient figurer en bonne place dans tous les programmes des collèges et des lycées de France. La proposition peut paraître saugrenue, mais je n’en crois rien. Pour n’en dire qu’un mot, et très rapidement, on se sert volontiers de l’élitisme comme argument pour disqualifier l’enseignement du latin et du grec. Il est facile de prouver que cet argument n’est guère valable. Le latin et le grec n’ont pas, par essence, vocation à l’élitisme, pas plus que les mathématiques, et bien moins que les sciences de l’ingénieur. Pour autant, rien n’interdit de choisir telle ou telle discipline et de s’en servir à des fins de sélection. Aucune discipline n’est élitiste par nature, mais toutes peuvent le devenir par convention. Ainsi, les mathématiques, aujourd’hui, jouent le rôle sélectif qui, dans le passé, était dévolu au latin et au grec. Et dans un avenir proche, ce seront peut-être les compétences numériques qui viendront prendre la place des mathématiques dans cette course à la compétition, à la sélection, à l’élitisme. « O tempora, o mores !» (« Ô temps, ô mœurs ! »)[7] : dans toute société, les modèles et les priorités se redéfinissent au gré des époques. On remarquera cependant un fait d’importance: le latin et le grec structurent, informent et nourrissent la langue française, celle que tous les élèves parlent et doivent maîtriser au fil de leur scolarité, tandis que cette exigence ne s’applique pas au chinois ni aux sciences de l’ingénieur, par exemple. Dès lors, la conclusion me paraît évidente : au collège, il faudrait enseigner le latin et le grec à tous les élèves, sans exception possible ni distinction aucune, afin de les aider à maîtriser le français et à s’approprier une part essentielle de leur histoire et de leur culture. J’y vois là, pour ma part, une excellente façon de proposer un enseignement de qualité pour tous, et de réconcilier ainsi l’exigence de l’enseignement et l’égalité des chances.

 

On pourrait même étendre cette proposition à tous les pays européens, afin de revivifier le sentiment de notre appartenance à notre commune identité européenne. Dans l’esprit de l’humanisme de la Renaissance, comme dans celui des philosophes des Lumières, l’Europe est avant tout une entité intellectuelle et spirituelle, profondément enracinée dans la culture gréco-latine. Les penseurs grecs et latins se sont efforcés de penser l’homme comme maître de sa destinée. Or, plus que jamais, il importe de libérer les hommes des dogmes et de la religion, ainsi que des préférences nationales. L’enjeu excède le cadre de la réforme des programmes scolaires : il s’agit de l’avenir politique de notre nation, et de celui de l’Europe. Par conséquent, si l’on veut faire progresser durablement la construction européenne, je crois vraiment que l’enseignement obligatoire du latin et du grec peut y contribuer de façon active et forte.

 

Mais peut-être est-ce là un vœu pieux condamné par avance par le sens de l’histoire ?… Car, de plus en plus, nous nous tournons vers les technologies d’information et de communication, afin de nous préparer à la révolution du numérique qui avance à grands pas. Et, bien sûr, nous avons raison de le faire. Mais le souci de l’avenir doit-il nous dispenser de prendre soin de notre passé ? Non, car le latin et le grec font indéfectiblement partie de notre langue, de notre culture et, plus largement de notre histoire, de notre identité collective. Du passé, nous ne pouvons ni ne devons faire table rase, sous peine de courir au désastre de la pensée et de la culture. Car si « toute conscience est mémoire – conservation et accumulation du passé dans le présent - » et si « toute action est anticipation de l’avenir » alors, comme le dit très justement Henri Bergson, « la conscience est un trait d’union entre ce qui a été et ce qui sera, un pont jeté entre le passé et l’avenir. Retenir ce qui n’est déjà plus, anticiper sur ce qui n’est pas encore, voilà la première fonction de la conscience.»[8].

 

Hadrien, l’empereur romain, est, plus que tout autre, conscient de l’immense héritage que la Grèce a légué au reste de l’humanité. Il regarde en effet cette culture « comme la seule qui se soit un jour séparée du monstrueux, de l’informe, de l’immobile, qui ait inventé une définition de la méthode, une théorie de la politique et de la beauté ».[9] Il se fit un devoir de relever les temples d’Athènes ayant subi les outrages du temps et de l’histoire (notamment l’Olympéion et le théâtre d’Hérode Atticus), et de rendre à cette ville une part de sa grandeur passée : « La Grèce comptait sur nous pour être ses gardiens, puisque enfin nous nous prétendons ses maîtres. Je me promis de veiller sur le dieu désarmé ». [10]

 

Comme l’empereur Hadrien, je suis tombé amoureux de cette culture grecque et romaine, de sa philosophie, de ses temples, de ses statues. Immanquablement, à chacun de mes voyages à Athènes, Delphes, Rome, Tivoli, Agrigente ou Ségeste, je ne puis m’empêcher ni de ressentir comme une émotion sacrée, ni de croire que, dans une mystérieuse fulgurance du temps passé, sous le ciel bleu d’azur et tout empli d’un calme alcyonien, je peux renouer avec ce moment unique de l’histoire, où « les dieux n’étant plus, et le Christ n’étant pas encore, il y a eu, de Cicéron à Marc-Aurèle, un moment unique  où l’homme seul a été. »[11].

 

Article remanié et publié sous le titre "Ce que je dois au latin et au grec": sur le site iPhilo: http://iphilo.fr/2015/05/15/ce-que-je-dois-au-latin-et-au-grec-daniel-guillon-legeay/

 

[1] Marguerite Yourcenar, Mémoires d’Hadrien, Plon, 191, Gallimard /NRF, p. 39.

[2] Ibidem, p.40.

[3] Ibidem, p.40

[4] Ibidem, p. 41.

[5] Jean-Pierre Vernant, Les origines de la pensée grecque, Paris, PUF/Quadrige, 1992, 5ème édition.

[6] Epictète, Manuel, §1, éd. Agora Pocket, 2010.

[7] Cicéron, Les Catilinaires.

[8] Henri Bergson, L’Energie spirituelle, 1919, PUF/Quadrige, éd. 1990, pp. 4-6.

[9] Marguerite Yourcenar, Mémoires d’Hadrien, p. 82

[10] Ibidem

[11] Marguerite Yourcenar, Mémoires d’Hadrien, Carnet de notes des Mémoires d’Hadrien, p. 307.

Le latin et le grec, extrêmement autres, incroyablement nôtres.

Mise à jour du 10 janvier 2016

A plusieurs mois de distance de la publication de cet article, je reçois sur ma page Facebook le téoignage de Benjamin qui fut mon élève en classe de philosophie. Je l'en remercie vivement et suis heureux de publier son commentaire, ainsi que la réponse que je lui adresse.

Merci Benjamin !

DGL

Le latin et le grec, extrêmement autres, incroyablement nôtres.

Benjamin Sevestre ?!?! Je ne peux pas le croire! Je suis ravi de vous retrouver et de pouvoir enfin échanger avec vous. Laissez-moi tout d'abord vous dire que je suis touché par votre témoignage, et ravi d'avoir pu vous être en quelque chose utile, car vous faisiez partie de ces élèves "qui ont faim", et vous êtes le parfait exemple de tout ce que le latin, le grec et la philosophie peuvent apporter à un jeune être en construction. Ce que nos imbéciles d'énarques du ministère ne peuvent ni comprendre ni entendre !... J'ai beaucoup pensé à vous en écrivant mon article sur la défense du latin et du grec.... Si je puis donner un tour plus personnel à cette communication publique, sachez que, lorsque vous étiez mon élève, vous me tendiez miroir de l'élève que j'étais autrefois: comme vous, j'avais "faim" et les années lycée m'ont nourri durablement, et donné pour toujours le goût de l'étude et du voyage. Enfin, je garde un excellent souvenir de nos échanges au cours de notre voyage en Grèce: à Athènes, le Parthénon; à Delphes, le trésor des Athéniens, la Tholos; à Olympie, le stade et le merveilleux musée archéologique..... J'espère que nous aurons l'occasion d'échanger à nouveau ensemble. Je vous salue chaleureusement. DGL

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Défense de la langue française, heureusement qu'il y a Hagège !

10 Janvier 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #AMERIQUE, #La France, #La défense de la langue française., #Comité pour une Nouvelle résistance

Heureusement qu'il y a Hagège !

Lettre ouverte à Claude Hagège
Dans les grandes heures de l'Histoire de la France, il s'est toujours trouvé un homme face à son destin pour la relever. Or, celle-ci est gravement attaquée par ceux-là mêmes qui sont chargés de la diriger, et qui sont en train de capituler en rase campagne au prétexte que la mondialisation aurait choisi sa langue et qu'il est du devoir de la France de s'abandonner à des objectifs mercantiles, fut-ce au prix d'un renoncement à défendre ce qui constitue le ciment fédérateur de la nation, la langue française. Je viens de parler de capitulation, mais il n'y a pas d'ennemi extérieur, il s'agit donc d'une collaboration.
Jean Dutourd de l'Académie française a écrit : « La langue française n'est pas malade, elle est en guerre. Elle est victime d'une agression. Elle est envahie par les armées du sabir qui la ravagent comme les armées anglaises ravageaient la France pendant la guerre de Cent ans. »
Il nous faut un homme providentiel, et je n'en vois qu'un, c'est Claude Hagège, professeur au Collège de France. Sera-t-il Jeanne la Pucelle ou Charles de Gaulle, peu importe. Qu'il reste Claude Hagège tout simplement et qu'il fende l'armure : qu'il devienne le militant de la défense de notre langue, qu'il lance une croisade contre les fossoyeurs du français.
Monsieur le professeur,
Je m'adresse à vous, sous la forme d'une lettre ouverte pour vous demander de prendre en considération ma demande. Je souhaiterais que vous preniez en charge une action de communication par toutes les voies possibles afin de fédérer derrière vous les associations de défense de la langue française, de la libre pensée, les associations culturelles et d'une manière générale de toutes celles qui soutiennent les valeurs de la République afin de fédérer tous les Français qui, comme moi, sont indignés par le projet scélérat que la ministre, Geneviève Fioraso, a fait voter au Parlement, instituant l'enseignement en anglais dans nos universités et grandes écoles.
Accordons à cette dame une seule chose ; c'est que ses prédécesseurs directs (Laurent Wauquiez et surtout Valérie Pécresse, Prix de la Carpette anglaise en 20081) lui avaient préparé le terrain. Les ministres passent, l'administration reste. Mais cette entreprise est soutenue, pour ne pas dire encouragée, par un ennemi de l'intérieur : la plupart des journalistes, les directeurs des grands hebdomadaires et tous ces intellectuels à la botte de l'Empire.
Je n'insisterai pas sur les arguments et réponses formulés par la ministre par respect pour vous. Votre argumentaire est bien au-dessus de ces petites arguties. Non, simplement je rappellerai pour les lecteurs de cette lettre ouverte que l'on essaie de nous faire croire que l'anglais sera enseigné à la marge, alors que bien évidemment, ce sera un Cheval de Troie qui entraînera une perte considérable d'influence de la langue française non seulement dans le monde, mais en France même.
Il est plus que temps que l'entreprise de déculturation des esprits, à commencer par celle qui s'applique sur les jeunes soit enfin dénoncée par une des plus brillantes plumes actuelles : la vôtre. Vous ne serez pas seul, et l'Histoire, la grande, retiendra votre décision et votre engagement.
Sachez que l'esprit qui m'anime ne peut en aucun cas s'encombrer d'une quelconque appétence à la flagornerie.
Je ne sais, à l'heure où j'écris ces lignes, comment vous faire parvenir cet écrit. Nul doute que les lecteurs d'Agora Vox et du site de l' A.FR.AV m'aideront dans cette entreprise. J'ai besoin d'eux, et je les remercie par avance.
Je n'ose croire qu'un amoureux des langues comme vous, un défenseur de la diversité linguistique puisse refuser de prendre le commandement de ce qu'il faut bien appeler une croisade.
Nos armes seront les mots, rien que les mots. Nos grands auteurs classiques qui ont porté la langue française si haut au cours du Grand siècle méritent qu'on se mobilise pour qu'enfin cesse cette entreprise de formatage des esprits si précieuse pour les ennemis de la liberté des peuples.
Je vous prie de croire, Monsieur le professeur, en mon plus profond respect.

Thierry Saladin

Pour la langue française, la Francophonie, le respect des langues nationales, la lutte contre le tout anglais, adhérez à l'A.FR.AV :
http://www.francophonie-avenir.com

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La question préalable des sources de la série « Apocalypse Staline » sur France 2

7 Janvier 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Histoire, #La Russie, #La France, #La République, #Les média, #Comité pour une Nouvelle résistance, #Culture

 
 

La question préalable des sources de la série « Apocalypse Staline » sur France 2

Les trois heures de diffusion de la série « Apocalypse Staline » diffusée le 3 novembre 2015 sur France 2 battent des records de contrevérité historique, rapidement résumés ci-dessous.

Une bande de sauvages ivres de représailles (on ignore pour quel motif) ont ravagé la Russie, dont la famille régnante, qui se baignait vaillamment, avant 1914, dans les eaux glacées de la Baltique, était pourtant si sympathique. « Tels les cavaliers de l’apocalypse, les bolcheviques sèment la mort et la désolation pour se maintenir au pouvoir. Ils vont continuer pendant 20 ans, jusqu’à ce que les Allemands soient aux portes de Moscou. […] Lénine et une poignée d’hommes ont plongé Russie dans le chaos » (1er épisode, « Le possédé »).

Ces fous sanguinaires ont inventé une « guerre civile » (on ignore entre qui et qui, dans cette riante Russie tsariste). L’enfer s’étend sous la houlette du barbare Lénine, quasi dément qui prétend changer la nature humaine, et de ses acolytes monstrueux dont Staline, pire que tous les autres réunis, « ni juif ni russe », géorgien, élevé dans l’orthodoxie mais « de mentalité proche des tyrans du Moyen-Orient » (la barbarie, comprend-on, est incompatible avec le christianisme). Fils d’alcoolique, taré, contrefait, boiteux et bourré de complexes (surtout face au si brillant Trotski, intelligent et populaire), dépourvu de sens de l’honneur et de tout sentiment, hypocrite, obsédé sexuel, honteux de sa pitoyable famille, Staline hait et rackette les riches, pille les banques, etc. (j’arrête l’énumération). On reconnaît dans le tableau de cet « asiate » les poncifs de classe ou racistes auxquels le colonialisme « occidental » recourt depuis ses origines.

Vingt ans de souffrances indicibles infligées à un pays contre lequel aucune puissance étrangère ne leva jamais le petit doigt. Il y a bien une allusion sibylline aux années de guerre 1918-1920 qui auraient fait « dix millions de morts » : les ennemis bolcheviques sont encerclés partout par une « armée de gardes blancs ». On n’aperçoit pas la moindre armée étrangère sur place, bien qu’une cinquantaine de pays impérialistes étrangers eussent fondu, de tous les points cardinaux sur la Russie, dont la France, l’Angleterre, l’Allemagne, les États-Unis, etc. (c’est au 2e épisode seulement, « L’homme rouge », qu’on apprend que Churchill a détesté et combattu l’URSS naissante : quand ? comment ?).

Pour échapper à cette intoxication sonore et colorée, le spectateur aura intérêt à lire l’excellente synthèse de l’historien Arno Mayer, sympathisant trotskiste auquel son éventuelle antipathie contre Staline n’a jamais fait oublier les règles de son métier : Les Furies, terreur, vengeance et violence, 1789, 1917, Paris, Fayard, 2002. L’ouvrage, traduit par un gros éditeur pour des raisons que je ne m’explique pas, vu les habitudes régissant la traduction en France, compare aussi les révolutions française et bolchevique. Comparaison particulièrement utile après une ère Furet où la française a été aussi malmenée que la russe [1]. Pour Mme Clarke et M. Costelle comme pour les historiens et publicistes qui ont occupé la sphère médiatique depuis les années 1980, la Terreur est endogène, et dépourvue de tout rapport avec l’invasion du territoire par l’aristocratie européenne. Et, de 1789 à 1799, expérience atroce heureusement interrompue par le coup d’État, civilisé, du 18 Brumaire (9 novembre 1799), la France a vécu sous les tortures des extrémistes français (jacobins), mauvaise graine des bolcheviques.

« Le peuple soviétique » est soumis sans répit aux tourments de la faim notamment à « la famine organisée par Staline au début des années trente, catastrophique surtout en Ukraine », où elle aurait fait « 5 millions de morts de faim », victimes de l’« Holodomor » [2] , à la répression permanente, incluant les viols systématiques, aux camps de concentration « du Goulag » (« enfer pour les Russes du désert glacé », où toutes les femmes sont violées aussi) si semblables à ceux de l’Allemagne nazie (un des nombreux moments où les séquences soviétique et allemande sont « collées », pour qu’on saisisse bien les similitudes du « totalitarisme »). Mais il gagne la guerre en mai 1945. On comprend d’ailleurs mal par quelle aberration ce peuple martyrisé pendant plus de vingt ans a pu se montrer sensible, à partir du 3 juillet 1941, à l’appel « patriotique » du bourreau barbare qui l’écrase depuis les années 1920. Et qui a, entre autres forfaits, conclu « le 23 août 1939 » avec les nazis une « alliance » qui a sidéré le monde, l’indigne pacte germano-soviétique, responsable, en dernière analyse, de la défaite française de 1940 : « Staline avait tout fait pour éviter la guerre, il avait été jusqu’à fournir à Hitler le pétrole et les métaux rares qui avaient aidé Hitler à vaincre la France ».

Il est vrai que l’hiver 1941-1942 fut exceptionnellement glacé, ce qui explique largement les malheurs allemands (en revanche, « le général Hiver » devait être en grève entre 1914 et 1917, où la Russie tsariste fut vaincue avant que les bolcheviques ne décrétassent « la paix »). Il est vrai aussi que l’aide matérielle alliée a été « décisive » dès 1942 (épisodes 2 et 3), avions, matériel moderne, etc. (4% du PNB, versés presque exclusivement après la victoire soviétique de Stalingrad).

Il n’empêche, quel mystère que ce dévouement à l’ignoble Staline, qui vit dans le luxe et la luxure depuis sa victoire politique contre Trotski, alors que « le peuple soviétique » continue d’être torturé : non pas par les Allemands, qu’on aperçoit à peine dans la liquidation de près de 30 millions de Soviétiques, sauf signalement de leur persécution des juifs d’URSS, mais par Staline et ses sbires. Ainsi, « les paysans ukrainiens victimes des famines staliniennes bénissent les envahisseurs allemands ». Ce n’est pas la Wehrmacht qui brûle, fusille et pend : ces Ukrainiens « seront pendus par les Soviétiques revenus, » et filmés à titre d’exemples comme collabos. Staline fait tuer aussi les soldats tentés de reculer, tendance bien naturelle puisque le monstre « déclare la guerre à son peuple » depuis 1934 (depuis lors seulement ?), qu’il a abattu son armée en faisant fusiller des milliers d’officiers en 1937, etc.

La critique mot à mot de ce « documentaire » grotesque s’avérant impossible, on consultera sur l’avant-guerre et la guerre l’ouvrage fondamental de Geoffrey Roberts, Stalin’s Wars : From World War to Cold War, 1939-1953. New Haven & London : Yale University Press, 2006, accessible désormais au public français : Les guerres de Staline, 1939-1953, Paris, Delga, 2014 [3]. La politique d’« Apaisement » à l’égard du Reich hitlérien fut l’unique cause du pacte germano-soviétique, que les « Apaiseurs » français, britanniques et américain avaient prévue sereinement depuis 1933 comme la seule voie ouverte à l’URSS qu’ils avaient décidé de priver d’« alliance de revers ». Cette réalité, cause majeure de la Débâcle française, qui ne dut strictement rien à l’URSS, est absente des roulements de tambour de Mme Clarke et de M. Costelle. On en prendra connaissance en lisant Michael Jabara Carley, 1939, the alliance that never was and the coming of World War 2, Chicago, Ivan R. Dee, 1999, traduit peu après : 1939, l’alliance de la dernière chance. Une réinterprétation des origines de la Seconde Guerre mondiale, Les presses de l’université de Montréal, 2001 ; et mes travaux sur les années 1930, Le Choix de la défaite : les élites françaises dans les années 1930, Paris, Armand Colin, 2010 (2e édition) et De Munich à Vichy, l’assassinat de la 3e République, 1938-1940, Paris, Armand Colin, 2008.

La seule émission de France Inter du 30 octobre au matin (disponible sur Internet jusqu’au 28 juillet 2018) a donné une idée des conditions du lancement « apocalyptique », tous médias déployés, de cette série Staline qui rappelle, par les moyens déployés, l’opération Livre noir du communisme en 1997. Elle éclaire aussi sur les intentions des réalisateurs installés depuis 2009 dans la lucrative série « Apocalypse » (http://apocalypse.france2.fr/

La musique et le son de ces trois heures éprouvantes sont adaptées à leurs objectifs. La « colorisation », qui viole les sources photographiques, porte la marque de fabrique de la série « Apocalypse » : elle s’impose pour attirer « les jeunes gens », faire sortir l’histoire de la case poussiéreuse où elle était confinée, argue Isabelle Clarke, éperdue de gratitude (bien compréhensible) à l’égard de France 2 qui « a remis la grande histoire en prime time (sic) » ; aussi modestement, le coauteur Daniel Costelle attribue cette place d’honneur sur nos écrans domestiques à la qualité du travail accompli par le tandem depuis les origines de la série (2009). La « voix de Mathieu Kassovitz » est jugée « formidable » par les auteurs et leur hôtesse, Sonia Devillers : l’acteur débite, sur un ton sinistre et grandiloquent, le « scénario de film d’horreur » soviétique et stalinien qui fascine tant Mme Clarke.

Pour que la chose soit plus vivante, les auteurs, qui font « des films pour [s’]enthousiasmer [eux]-mêmes », ont décidé qu’ils n’auraient « pas de parti pris chronologique » : ils ont plus exactement pris le parti de casser la chronologie, par de permanents retours en arrière supposés rendre le « travail un peu plus interactif ». La méthode empêche toute compréhension des événements et des décisions prises, 1936 ou 1941 précédant l’avant Première Guerre mondiale, le conflit et 1917, une de ses conséquences. On sautille sans arrêt d’avant 1914 à 1945 dans chaque épisode et en tous sens : il est d’autant plus impossible de reconstituer le puzzle des événement morcelés que les faits historiques sont soigneusement épurés, sélectionnés ou transformés en leur exact contraire (c’est ainsi que les perfides bolcheviques auraient attaqué la Pologne en 1920, alors que c’est Varsovie qui assaillit la Russie déjà envahie de toutes parts). On nous explique souvent que le montage d’un film est fondamental, l’escroquerie « Apocalypse Staline », qui y ajoute le mensonge permanent et les ciseaux du censeur, le confirme.

La conjoncture est au surplus du côté des auteurs :

1° la propagande antisoviétique est depuis 1917 obsédante en France comme ailleurs en « Occident », mais elle a été infléchie pendant quelques décennies, à la fois par une fraction du mouvement ouvrier (surtout) et des intellectuels et par les circonstances, en particulier celles qui ont précédé et accompagné la Deuxième Guerre mondiale. Ce n’est plus le cas depuis les années 1990 où le mouvement ouvrier, toutes tendances confondues, s’est aligné sur les développements du Livre noir du communisme : seul défenseur de l’URSS depuis la naissance de la Russie soviétique, le PCF ne cesse depuis 1997 d’expier ses affreuses années staliniennes et de déplorer sa non-condamnation du si funeste pacte germano-soviétique. Rappelons que sa mise en œuvre offrit aux Soviets un répit de près de deux ans et leur permit de doubler les effectifs de l’armée rouge à leurs frontières occidentales (portés de 1,5 à 3 millions d’hommes). Laurent Joffrin, dans un article qui se veut nuancé sur le « bourreau » Staline, auquel cependant « nous devons beaucoup », a légitimement relevé qu’il était délicat naguère de raconter en France absolument n’importe quoi sur l’URSS mais que l’obstacle a été levé par les rapports de forces internationaux et intérieurs (http://www.liberation.fr/planete/2015/11/02/staline-gros-sabots-contre-un-bourreau_1410752).

2° La liquidation de l’histoire scientifique française de l’URSS a été d’autant plus aisée depuis les années 1980 que l’offensive antisoviétique et anticommuniste s’est accompagnée d’une entreprise de démolition de l’enseignement général de l’histoire, soumis à une série de « réformes » toutes plus calamiteuses les unes que les autres. Le corps enseignant du secondaire l’a déploré, mais sa protestation n’est plus guère soutenue par des organisations autrefois combatives sur le terrain scientifique comme sur les autres. « Les jeunes gens », auxquels la casse de l’enseignement historique inflige désormais 1° la suppression de pans entiers de la connaissance, 2° l’abandon de la chronologie, sans laquelle on ne peut pas saisir les origines des faits et événements, et 3° le sacrifice des archives originales au fameux « témoignage », se sont trouvés, s’ils ont eu le courage de supporter les trois heures de ce gavage, en terrain particulièrement familier.

3° L’histoire scientifique relative à la la Russie, anglophone notamment, est en fort développement depuis une vingtaine d’années mais elle est en général inaccessible au public français : les ouvrages idoines sont traduits dans les six mois, les autres pratiquement jamais, sauf exception. Quelques-uns de ces « trous » percés dans le Rideau de Fer de l’ignorance historique du monde russe ont été mentionnés ci-dessus. Quoi qu’il en soit, quand les ouvrages sérieux sont traduits, ils sont ensevelis dans le néant, tous médias confondus.

Isabelle Clarke admet qu’« Apocalypse Staline » ne relève pas de la catégorie de l’histoire, elle le revendique même. Elle se déclare fascinée par l’immense travail de Svetlana Alexievitch, dont l’attribution du prix Nobel de littérature d’octobre 2015 rappelle le couronnement « occidental » de l’œuvre d’Alexandre Soljenitsyne (https://fr.wikipedia.org/wiki/Alexandre_Soljenitsyne), lauréat de 1970, avec des motivations semblables. Quelles que soient ses éventuelles qualités littéraires, Mme Aleksievitch n’a été promue que pour des raisons idéologico-politiques, conformément à une tradition d’après-guerre que la documentariste et historienne britannique Frances Stonor Saunders a exposée en 1999, dans un ouvrage essentiel sur la Guerre froide culturelle : c’est l’intervention expresse des États-Unis, via l’action clandestine pratiquée sur les questions culturelles (comme sur les les opérations politiques et même militaires) par le truchement de la CIA ou d’institutions financées par elle. Ce fut en l’occurrence via le Congress for Cultural Freedom (CCF) fondé, après une série d’initiatives préalables, en juin 1950, et qui bloqua l’attribution du prix Nobel de littérature à Pablo Neruda au début des années 1960 : Neruda fut écarté en 1964, au profit de Jean-Paul Sartre, dont Washington suivait de près et appréciait les démêlés avec le PCF, mais qui eut l’élégance de le décliner [4]. Le pouvoir positif de soutien des États-Unis, depuis 1945, aux « dissidents » ou à des anticommunistes très divers a été aussi efficace que leur capacité de nuisance contre les intellectuels combattus : le Nobel de littérature a récompensé un nombre tout à fait disproportionné d’adversaires notoires du communisme en général et de l’URSS ou de la Russie en particulier : la consultation systématique est éclairante :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Prix_Nobel_de_litt%C3%A9rature#Ann.C3.A9es_1960

Isabelle Clarke se félicite du « travail de témoignage » réalisé par Svetlana Aleksievitch, grâce à laquelle « les crimes communistes », jamais jugés, ont enfin pu être recensés : en l’absence d’instruction et d’accès aux faits, il a fallu compter sur les témoignages, très longs à obtenir, et autrement plus éclairants que la recherche historique. Ces témoignages égrenés au fil des trois films, jamais liés à l’établissement des faits, forment donc la trame historique du « scénario de film d’horreur ». Svetlana Aleksievitch ne prétend pas, elle, faire œuvre d’historienne. Obsédée par la quête de l’Homo sovieticus, concept proclamé impossible, puisqu’on ne saurait changer les humains en changeant le mode de production, l’auteur de La Fin de l’homme rouge ou le temps du désenchantement (traduction publiée en 2013 chez Actes Sud) (http://www.actes-sud.fr/la-fin-de-lhomme-rouge-de-svetlana-alexievitch) « enregistre sur magnétophone les récits des personnes rencontrées, et collecte ainsi la matière dont elle tire ses livres : “Je pose des questions non sur le socialisme, mais sur l’amour, la jalousie, l’enfance, la vieillesse. Sur la musique, les danses, les coupes de cheveux. Sur les milliers de détails d’une vie qui a disparu. C’est la seule façon d’insérer la catastrophe dans un cadre familier et d’essayer de raconter quelque chose. De deviner quelque chose... L’Histoire ne s’intéresse qu’aux faits, les émotions, elles, restent toujours en marge. Ce n’est pas l’usage de les laisser entrer dans l’histoire. Moi, je regarde le monde avec les yeux d’une littéraire et non d’une historienne” » (https://fr.wikipedia.org/wiki/Svetlana_Aleksievitch).

Nous sommes donc avisés que ce spectacle « émotionnel » et « occidental », organisé à grand tapage par les responsables de la série « Apocalypse Staline », est fondé sur de la littérature antisoviétique larmoyante, appréciée et récompensée comme telle par « l’Occident » civilisé.

Quand on passe à « l’histoire » stricto sensu, le bilan est pire, et caractérisé par des pratiques malhonnêtes et non explicitées. Isabelle Clarke se flatte d’avoir « remis en prime time (sic) la grande histoire » et de ne pas avoir négligé l’histoire qu’elle aime moins que la littérature : elle aurait étudié tous les ouvrages « recommandés par nos conseillers historiques » : « Robert Service, Jean-Jacques Marie, Simon Sebag Montefiore » (ce dernier toujours traduit dans les mois qui suivent ses publications anglophones), dont les travaux sont caractérisés par une vision à peu près caricaturale du monstre, avec des nuances dont le lecteur de leurs travaux peut seul juger. Quels « conseillers historiques » ? On a pourtant le choix parmi les historiens français de l’URSS, presque également soviétophobes et médiatiques : aucune carrière académique n’étant depuis trente ans ouverte à un spécialiste de l’URSS soviétophile, il n’en existe pas.

Dans la rubrique « crédits » du 3e épisode, figure la mention de citation(s) d’un seul ouvrage d’historien, le Staline de Jean-Jacques Marie, spécialiste du monstre sur la base d’ouvrages de seconde main (les seules autres citations proviennent de Mme Aleksievitch). Les « conseillers historiques » allégués n’ont pas été mentionnés, mais on relève, parmi les sept personnalités qui ont fait l’objet de « remerciements », juste nommées mais non présentées, un seul « historien » présumé : Pierre Rigoulot (les six autres sont artistes ou spécialistes techniques [5]).

M. Rigoulot dirige l’institut d’histoire sociale, fondé en 1935 par Boris Souvarine, célèbre et précoce transfuge du communisme (1924) qui, fut, selon une tradition née en même temps que le PCF, embauché par le grand patronat français. Souvarine, trotskiste proclamé antistalinien (catégorie de « gauche » très appréciée pour la lutte spécifique contre les partis communistes [6]), fut employé comme propagandiste par la banque Worms. Il fut un des rédacteurs de la revue les Nouveaux Cahiers, fondée en 1937 en vue de la scission de la CGT, financée et tuteurée par le directeur général de la banque Jacques Barnaud, futur délégué général aux relations économiques franco-allemandes (1941-1943). La revue, qui chanta sans répit les louanges d’une « Europe » sous tutelle allemande, fut publiée entre la phase cruciale de la scission, d’origine patronale, de la CGT (n° 1, 15 mars 1937) [7], et la Débâcle organisée de la France (n° 57, mai 1940). Souvarine y voisinait avec la fine fleur de la « synarchie » issue de l’extrême droite classique (Action française) qui allait peupler les ministères de Vichy : il n’y était requis qu’en tant que spécialiste de (l’insulte contre) l’URSS et de la croisade contre la république espagnole assaillie par l’Axe Rome-Berlin [8].

Cette « petite revue jaune », qui attira bien des « collaborations », selon l’expression du synarque et ami de Barnaud, Henri Du Moulin de Labarthète, chef de cabinet civil de Pétain [9], est annonciatrice de presque tous les aspects de la Collaboration. Elle est conservée dans les fonds d’instruction de la Haute Cour de Justice des Archives nationales (W3, vol. 51, en consultation libre : régime de la dérogation générale, série complète jusqu’au n° de décembre 1938) et des archives de la Préfecture de police (série PJ, vol. 40, sous dérogation quand je l’ai consultée). Le lecteur curieux constatera que « Boris Souvarine, historien » (ainsi qualifié au 3e épisode, « Staline. Le maître du monde »), dans ses articles, réguliers, dresse entre 1937 et 1940 un portrait de l’URSS (et) de Staline en tout point conforme à ce que le spectateur français a appris, le 3 novembre 2015, sur le cauchemar bolchevique. Souvarine partit pour New York en 1940, y passa la guerre, et prit alors contact avec les services de renseignements alors officiellement voués à la seule guerre contre l’Axe (notamment l’Office of Strategic Services (OSS), ancêtre de la CIA, mais fort antisoviétiques. Il ne revint en France qu’en 1947 C’est le soutien financier clandestin du tandem CCF-CIA qui lui permit d’éditer et de faire triompher son Staline : en panne d’éditeur et de public de la Libération à la fin des années 1940, le chef de l’« Institut d’Histoire sociale et de Soviétologie » (définitivement reconstitué en mars 1954) accéda ainsi au statut d’« historien » que lui accorde « Apocalypse Staline » [10].

Deuxième « historien », non signalé comme tel, mais « remercié » dans les crédits, Pierre Rigoulot, présumé cheville ouvrière des films sur Staline, fait peser sur les trois épisodes de la série une triple hypothèque.

1°. M. Rigoulot n’est pas un historien mais un idéologue, militant au service de la politique extérieure des États-Unis, officiellement apparenté depuis les années 1980 aux « néo-conservateurs », selon Wikipedia, qu’on ne saurait taxer d’excessive complaisance pour le communisme : aucun des ouvrages qu’il a rédigés sur l’URSS, la Corée du Nord (sa nouvelle marotte depuis sa contribution sur le sujet dans Le Livre noir du communisme), Cuba, ne répond aux exigences minimales du travail scientifique (https://fr.wikipedia.org/wiki/Pierre_Rigoulot)

2°. Faussaire avéré sous couvert de prendre la défense « des juifs », il a été, pour son ouvrage L’Antiaméricanisme (éditions Robert Laffont, 2005), condamné en diffamation par jugement de la 17e chambre du TGI de Paris, le 13 avril 2005, « ayant inventé de toutes pièces [une] fausse citation » antisémite (absente) d’un ouvrage de Thierry Meyssan, adversaire manifestement jugé sans péril (même référence en ligne).

3°. L’IHS, que M. Rigoulot a rejoint en 1984 comme bibliothécaire, puis « chargé des recherches et publications », et dont il est le directeur, n’est pas une institution scientifique : c’est une officine de Guerre froide et, après la Libération, de recyclage des collaborationnistes de sang et/ou de plume issus de l’extrême droite classique et de la gauche anticommuniste. Cet organisme a été depuis la Libération financé par la banque Worms, le CNPF et, quasi officiellement, par la CIA. Il a été intimement lié à Georges Albertini, second de Marcel Déat déjà employé avant-guerre par la banque Worms et recyclé à sa sortie de prison (1948) dans la propagande anticommuniste et antisoviétique de tous ces bailleurs de fonds. On trouvera sur tous ces points une ample bibliographie, fondée à la fois sur les archives policières françaises (de la Préfecture de police) et sur les fonds américains qui établit la convergence de tous les auteurs [11]

Les trois volets d’« Apocalypse Staline » traitent, et sur le même ton haineux, tous les thèmes serinés depuis sa fondation par l’IHS, notamment ceux du Goulag (« la terreur et le goulag sont la principale activité du Politburo », 3e épisode, « Staline. Le maître du monde »), dont M. Rigoulot a fait depuis 1984, date de son entrée dans cette officine, un des thèmes privilégiés de ses travaux, et de l’« Holodomor », « organisé » par Staline.

On pourrait proposer au spectateur de visionner, en supprimant le son de cette projection grotesque, les bandes de « rushs » (les auteurs des films prétendent avoir livré du pur document brut, particulièrement authentique, mais le film de fiction, soviétique d’ailleurs, y occupe une part non négligeable). Il percevrait ainsi immédiatement qu’on pourrait faire une tout autre histoire de l’URSS sous Staline que celle qui s’appuie sur un matériau frelaté.

Là n’est pas l’essentiel. Le service public de télévision français a une fois de plus, en matière d’histoire, bafoué les principes minimaux de précaution scientifique et ridiculisé les spectateurs français, en leur servant un brouet de pure propagande antisoviétique : il avait déjà ouvert, entre 2011 et 2013, le service public aux seuls héritiers de Louis Renault, venus se lamenter, avec ou sans historiens complices, sur la spoliation de leur grand-père quasi résistant. Est-il normal que la société France Télévisions, financée par la redevance versée par tous les contribuables, se prête à une opération digne du « ministère de l’information et de la propagande » de Göbbels ? On attend le « débat » qu’impose la malhonnêteté avérée de l’entreprise. J’y participerai(s) volontiers.

Annie Lacroix-Riz

[1Atmosphère historiographique générale depuis l’ère Furet, Lacroix-Riz, L’histoire contemporaine toujours sous influence, Delga-Le Temps des cerises, 2012

[2À propos de ce concept emprunté, non pas à l’Ukraine soviétique de l’entre-deux-guerres mais né dans la Galicie polonaise, et devenu un thème allemand et américaine de la stratégie de scission URSS ou « Russie »-Ukraine depuis 1933, ma mise au point archivistique et bibliographique « Ukraine 1933 mise à jour de novembre-décembre 2008 », http://www.historiographie.info/ukr33maj2008.pdf ; et Mark Tauger, ouvrage à paraître chez Delga en 2016 sur les famines en Russie tsariste et en Union Soviétique, dont je rédigerai la préface.

[3Voir aussi Lacroix-Riz, « Le rôle de l’URSS dans la Deuxième Guerre mondiale (1939-1945) », mai 2015, http://www.les-crises.fr/annie-lacroix-riz-le-role-de-lurss-dans-la-deuxieme-guerre-mondiale/

[4Frances Stonor Saunders, Qui mène la danse, la Guerre froide culturelle Denoël, 2004 ; traduction de The cultural Cold War : the CIA and the world of art and letters, New York, The New Press, 1999, origine de la pagination présente, p. 347-351 sur Neruda ; sur Sartre, souvent cité, index.

[5Seuls les noms des sept sont cités, pas leur qualité : Emi Okubo est musicien ; Sonia Romero, artiste ; Karine Bach, monteuse sur France Télévisions ; Thomas Marlier, réalisateur ; Kévin Accart, assistant monteur ; Philippe Sinibaldi, gérant de société de production.

[6Frédéric Charpier, Histoire de l’extrême gauche trotskiste : De 1929 à nos jours, Paris, éditions 1, 2002.

[7Lacroix-Riz, Impérialismes dominants, réformisme et scissions syndicales, 1939-1949, Montreuil, Le Temps des cerises, 2015, chap. 1, et De Munich à Vichy, l’assassinat de la 3e République, 1938-1940, Paris, Armand Colin, 2008, chap. 3 et 6.

[8Sur Jacques Barnaud, tuteur depuis 1933-1934 de l’héritier présomptif de Jouhaux René Belin, directeur de cabinet de Belin (juillet 1940-février 1941) et véritable ministre du Travail quand son pupille occupait officiellement le poste ; sur les Nouveaux Cahiers, Lacroix-Riz, Le choix de la défaite, De Munich à Vichy et Industriels et banquiers français sous l’Occupation, Paris, Armand Colin, 2013.

[9Du Moulin de Labarthète, « La synarchie française », article publié le 25 mai 1944 dans la revue helvétique Le Curieux, sous le pseudonyme de Philippe Magne, joint au rapport de « l’inspecteur spécial » de la PJ Vilatte, chargé à la Libération de l’enquête « sur la synarchie », 1er juin 1947, PJ 40, Barnaud, APP.

[10Roger Faligot et Rémi Kauffer, « La revanche de M. Georges » (Albertini), in Éminences grises, Paris, Fayard, 199, p. 150 (p. 135-170) ; Emmanuelle Loyer, Paris à New York. Intellectuels et artistes français en exil (1940-1947), Paris, Hachette, 2007 ; Peter Coleman, The Liberal Conspiracy : the Congress for Cultural Freedom and the Struggle for the Mind of Postwar Europe, New York, Free Press, 1989, index, ouvrage non traduit dans lequel Pierre Grémion, Intelligence de l’Anticommunisme : Le Congrès pour la Liberté de la Culture à Paris 1950-1975, Paris : Fayard, 1997, a très largement puisé ; Lacroix-Riz, « La Banque Worms et l’Institut d’histoire sociale » et « Des champions de l’Ukraine indépendante et martyre à l’institut d’histoire sociale », http://www.historiographie.info/champuk.pdf

[11N. 10, et Jean Lévy, Le Dossier Georges Albertini. Une intelligence avec l’ennemi. L’Harmattan-Le Pavillon 1992 ; Charpier, Génération Occident, Paris, Seuil, 2005 ; La CIA en France : 60 ans d’ingérence dans les affaires françaises Paris, Seuil, 2008 ; Les valets de la guerre froide : comment la République a recyclé les collabos, Paris, François Bourin éd., Paris, 2013 ; BenoîtCollombat et David Servenay, dir., Histoire secrète du patronat : de 1945 à nos jours. Paris, La Découverte, Arte éditions, 2e édition, 2014 (dont article de Charpier) ; Lacroix-Riz, tous les op. cit. supra ; Saunders, op. cit., etc.

URL de cet article 29545
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Conférence à Nice le 27 janvier 2016. « L’état de violence au Proche-Orient et la question kurde », avec Hamit Bozarslan, historien et politologue,

4 Janvier 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Histoire, #Culture, #Comité pour une Nouvelle résistance, #La France

Conférence à Nice le 27 janvier 2016. « L’état de violence au Proche-Orient et la question kurde », avec Hamit Bozarslan, historien et politologue,

Madame, Monsieur, chers amis du Cercle Condorcet,

L’année 2016 débutera par une conférence, suivie d’un débat,  le mercredi 27 janvier à 18h30 à l’Espace-Associations,12 ter place Garibaldi à Nice sur le thème :

« L’état de violence au Proche-Orient et la question kurde », avec Hamit Bozarslan, historien et politologue, directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales et auteur de nombreux ouvrages sur le Proche-Orient, la Turquie, la question kurde et les mouvements révolutionnaires. Eminent spécialiste de cette région, il développera les analyses les plus récentes du conflit kurde insérées dans une perspective historique et géopolitique et ses deux derniers ouvrages seront mis en vente lors de la conférence (« Révolution et état de violence. Moyen-Orient 2011-2015 » CNRS-Editions et « Histoire de la Turquie. De l’Empire à nos jour » Tallandier-Texto. 2015). Pour la connaissance de tous ses travaux et recherches, consulter Hamit Bozarslan sur le site http://cespra.ehess.fr

Nous vous prions de diffuser cette information autour de vous et serons ravis de vous retrouver à l’occasion de cette conférence d’une grande actualité.

Avec nos bien cordiales salutations.

Pour le Cercle Condorcet, le président (Roger Le Fers) 

 

 

 

Conférence à Nice le 27 janvier 2016. « L’état de violence au Proche-Orient et la question kurde », avec Hamit Bozarslan, historien et politologue,
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Leçon d'histoire : qui porte atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation ? par Jean LEVY

4 Janvier 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #La République, #La nation ., #l'Allemagne, #Europe supranationale, #Histoire, #Comité pour une Nouvelle résistance, #Culture, #Chroniques du fascisme ordinaire

Publié par Jean Lévy

 

Leçon d'histoire : qui porte atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation ?  par Jean LEVY
Leçon d'histoire : qui porte atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation ?  par Jean LEVY
Leçon d'histoire : qui porte atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation ?  par Jean LEVY
Leçon d'histoire : qui porte atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation ?  par Jean LEVY
Leçon d'histoire : qui porte atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation ?  par Jean LEVY
Leçon d'histoire : qui porte atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation ?  par Jean LEVY
Leçon d'histoire : qui porte atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation ?  par Jean LEVY
Leçon d'histoire : qui porte atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation ?  par Jean LEVY
Leçon d'histoire : qui porte atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation ?  par Jean LEVY

De la répression sociale et politique

à la collaboration antinationale

 

Manuel Valls a déclaré à la presse le 27 décembre 2015  : 

«  Nous devons pouvoir déchoir de sa nationalité française un individu condamné pour une atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation (…) même s’il est né français ».

 

Cette disposition, selon le président de la République, doit figurer dans la Constitution, qu'il s'apprête à faire modifier à cet effet par le Parlement réuni en Congrès.

Les médias, nous-mêmes, avons déjà annoncé ce projet.

Et les critiques les plus véhémentes se font entendre contre ce projet liberticide. Avec raison, toutes dénoncent la césure entre citoyens français que le projet imposerait. 

Mais, l'énoncé du délit - "atteintes aux intérêts de la nation" - devrait également provoquer la levée en masse des Français attachés aux valeurs fondamentales de la République rappelées dans la "Déclaration des droits de l'homme et du citoyen".

Car qui définit ces "atteinte aux intérêts de la nation" ?

Les juges, en principe, mais plutôt les préfets. Mais à partir de quels critères ? Ceux définis par le pouvoir politique de plus en plus contesté par les masses populaires. Pour se protéger de leur colère, qui peut s'organiser et éclater à tout moment, nos gouvernants inventent en permanence une juridiction répressive d'exception, que Hollande-Valls veulent rendre permanente.

Il serait facile de taxer "d'atteinte aux intérêts de la nation" toute mobilisation sociale ou toute expression politique contraire aux orientations prises à l'Elysée ou à Matignon.

Serait-ce dériver dans le "Complotisme" que de supposer aujourd'hui un tel scénario ? 

Non, car il ne s'agit pas de prophéties, mais d'un regard porté sur notre propre histoire. Celle-ci nous enseigne qu'un gouvernement de la Troisième république finissante, dont le chef fut, deux ans avant une des figures du Front populaire, Edouard Daladier, pris en octobre 1938 des décrets visant à réprimer des "menées antinationales", selon l'expression officielle de l'époque. 

Parmi les mesures prises, l'instauration de "camps d'internement administratifs" pour "étrangers indésirables", dont le premier ouvrira en Lozère, à Rieucros, début mars 1939. Les autorités y parquèrent juifs et antifascistes pourchassés, venus de Pologne et d'Allemagne, avant d'y interner les communistes dès septembre 1939. 

L'occupant nazi, un an après, y puisa ses otages...

Mais, diriez-vous, nous ne sommes pas à la veille d'une guerre - allez savoir...- et le gouvernement n'a pas ouvert de camps.

Certes, mais demain ?

Car des similitudes se font jour avec ces années 38-39.

D'abord, les mesures prises alors contre les étrangers voisinaient avec une politique de réaction sociale. Un ministre de l'époque, Paul Reynaud, claironnait "Finie la semaine des deux dimanches", s'en prenant à la semaine de 40 heures, instituée deux ans plus tôt. Et le même gouvernement réprimait durement une grève générale, le 30 novembre 1938, licenciant massivement les grévistes - par dizaines de milliers - et faisant condamner les "meneurs" à quatre mois de prison ferme, démoralisant ainsi la classe ouvrière.

D'autre part, ce même pouvoir pratiquait parallèlement une politique antinationale, trahissant ses alliances, offrant la Tchécoslovaquie à la bête nazie lors de la conférence de Munich et promettait au ministre d’Adolf  Hitler, en visite à Paris, le 6 décembre de la même année, de "mettre les communistes à la raison". 

Ce qu'il fit un an plus tard.

Toujours au nom des "menées antinationales...". 

Certes, les temps ont bien changé. Mais pas tant que ça...

Ne sommes-nous pas engagés aujourd'hui comme à Montoire, en octobre 1940, sur la voie de la collaboration politique, économique et sociale avec une Allemagne dominatrice dans une "Europe nouvelle" ? 

Certes, Hitler et ses SS ont sombré dans le néant sous les coups de l'Armée rouge. Mais leurs bailleurs de fonds, les descendants des Krupp et des Thyssen, sont toujours là, plus puissants que jamais. 

Ce sont eux qui sont aux leviers de commande de l'Union européenne, en "collaboration" avec leurs homologues français. Les lois ne sont plus écrites à Paris mais à Bruxelles. Le franc a laissé la place à un nouveau mark, l'Euro, et la Banque de France n'est plus qu'une coquille vide. La finance décide à Francfort.  

Et ce sont toujours les masses populaires qui paient l'addition.

Mais jusqu'à quand ?

C'est la question que se posent nos gouvernants.

Et ils prennent leurs précautions, question maintien de l'ordre.

Pour eux, l'urgence, c'est l'état d'exception qu'ils veulent rendre permanent. Pour se protéger d'une colère populaire, encore étouffée, mais qui peut, un matin,  d'un coup exploser, l'oligarchie tente de la détourner
vers une guerre communautaire, pour dresser les uns contre les autres les Français abusés.

A nous de déjouer la manœuvre en unissant contre l'oligarchie sans patrie, autour de la Nation, pour sa souveraineté, tous les citoyens épris de liberté - toutes catégories - victimes de l'argent-roi et de ses courtisans, de la course au profit, dans une France réduite en colonie.

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A Nantes, des fascistes veulent faire la propagande des bataillons nazis AZOV ! Résistance !

29 Décembre 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Ukraine, #La France, #La République, #La nation ., #La Russie, #Europe supranationale, #le nazisme, #Le fascisme, #Terrorisme

Message de Lucien Pons

A Nantes, des fascistes veulent faire la propagande des bataillons nazis AZOV ! Résistance !

Bonjour.

A Nantes le samedi 16 janvier 2016 une conférence est organisée par un volontaire français du bataillon AZOV. Le bataillon Azov est formé par des militants nazis du parti Svoboda et de sa branche la plus violente Pravy Sektor. Le parti National Socialiste Ukrainien a changé de nom pour mieux dissimuler sa vraie nature héritière du parti de triste mémoire qui collabora activement avec le régime hitlérien. Le bataillon Azov est la version actuelle de la division DDASS Reich de triste mémoire. Cette dernière a répandu la terreur en France – Oradour sur Glanes et le pendus de Tulles - et sur le front de l’est en commettant des actes de pure barbarie. Comment se fait-il que la République française autorise en son sein des réunions publiques organisée par des nazis ? Un des participant est un volontaire français de cet escadron de la mort . On chasse à juste titre toute manifestation raciste et antisémite et on accepte de cautionner l’expression publique de « la bête immonde » pourtant condamnée à juste titre par la loi.

Jusqu’où faudra-t-il connaître l’ignominie ? C’est vrai que le gouvernement français a choisi le camp des terroristes, il soutient le gouvernement putschiste de Kiev (nos impôts permettent via l’Union Européenne de maintenir sous perfusion ce régime fasciste qui bombarde et tue sa propre population à l’est de l’Ukraine !), il soutient aussi les djihadistes d’Al Qaeda en Syrie sous prétexte que ce sont des terroristes modérés ! L’étrange ministre des affaires étrangères français a d’ailleurs déclaré en octobre 2012 que les terroristes d’Al Nosra (branche syrienne d’Al Qaeda) faisaient du bon boulot !

Sommes-nous à ce point lobotomisés et abrutis par la propagande officielle pour ne pas réagir ?

Comment pouvons-nous accepter ces trahisons, ces félonies ?

Comment pouvons-nous acceter l’installation d’un état policier sous prétexte de lutter contre le terrorisme lorsque les mêmes autorités tolère la renaissance de « la bête immonde » sur notre sol et subventionnent les factions djihadistes ou fascistes par ailleurs ?

Tout cela est possible par notre coupable indifférence. Nous risquons de payer très cher ces démissiions collectives face aux attaques inadmissibles contre la Liberté, contre les droits fondamentaux, contre la République sociale une et indivisible.

Bien cordialement

Lucien Pons

Message de Laurent Brayard dans Donipress.

La ville socialiste de Nantes accueillera une conférence néonazie avec un criminel de guerre du régiment Azov

22 Dec 2015 La ville PS de Nantes acceuillerait une conférence néonazie avec un criminel de guerre des bataillons AZOV

La ville de Nantes, fief socialiste tenu par Johanne Rolland élue en avril 2014 accueillera le samedi 16 janvier 2016 une réunion illégale en présence « d’un ancien volontaire du régiment Azov ». Comme tout à chacun pourra le constater, l’insigne du bataillon Azov désormais régiment est une rune « germanique », un wolfsangel utilisé par la tristement célèbre division de waffen SS Das Reich qui est connue en France pour le terrible massacre d’Oradour-sur-Glane et dont l’unité se réclame quasiment directement en éditant des brochures néonazies sur l’historique, l’historiographie et la symbolique de l’unité Azov.

Cette dernière a été fondée par des membres du Parti National-Socialiste d’Ukraine, renommé Svoboda (liberté) pour tenter de gommer les nettes attaches du régiment à la cause nazie. Il a été signalé dans un rapport accablant par Amnesty International en septembre 2014, suite à des actes de tortures, kidnappings, bombardements privilégiés de civils, viols, pillages et exécutions sommaires. La Cour européenne des Droits de l’Homme a été saisie pour un premier envoi d’environ 800 dossiers de crimes de guerre il y a quelques semaines, dans l’attente de la réception d’environ 1 500 autres. Une délégation d’avocats français est en approche dans le Donbass pour se pencher sur certains des dossiers et aider à ce que se déroule dans les mois ou années à venir un « Nuremberg » ukrainien (crimes perpétrés par toute une série de bataillons de représailles ukrainiens).

A Nantes, des fascistes veulent faire la propagande des bataillons nazis AZOV ! Résistance !

Les Français qui ont servis dans ce régiment ont également laissé assez de traces et témoignages notamment dans « le plaisir » qu’ils ont eu à bombarder les civils pour que de prochaines actions en justice soient bientôt lancées contre ces criminels de guerre qui en toute impunité donnent désormais des conférences payantes dans notre pays. La ville socialiste de Nantes ainsi que les autorités locales apprécieront certainement l’information que dans leurs murs « la bête immonde » citée par Bertold Brecht en 1941 ; après avoir fui l’Allemagne nazie en 1933 et avoir été déchu de sa nationalité en 1935 ; prospère dans leur région. Il serait intéressant également de connaître la destination des fonds qui seront récoltés si cet événement déshonorant pour la France avait lieu. L’événement est annoncé avec force fierté par des activités de l’Ukraine brune de Porochenko, pourtant jusqu’à présent restés dans la mesure acceptable mais qui se radicalisent assurément au fil des mois et sont tombés dans une collaboration vychiste désormais en pleine lumière.

Habitants de Nantes, Bretons, citoyens de France, fils et petits-fils de maquisards, nous comptons sur toutes les bonnes volontés pour que vous fassiez votre devoir et signaler aux autorités compétentes et à la Mairie, la tenue d’une réunion néonazie où sera faite l’apologique de criminels de guerre, par-dessus le marché contre argent sonnant et trébuchant. Que chacun fasse son devoir en son âme et conscience, pour ma part mon choix est clairement fait depuis fort longtemps : je suivrai les traces de mon grand-père, Gaston, modeste FFI des maquis de l’Ain, faisons que leur combat n’ait pas été inutile.

A Nantes, des fascistes veulent faire la propagande des bataillons nazis AZOV ! Résistance !

Laurent Brayard pour DONi.Press

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Message du PRCF.

A Nantes, des fascistes veulent faire la propagande des bataillons nazis AZOV ! Résistance !

les insignes nazis du bataillon Azov

les insignes nazis du bataillon Azov

 

L’agence de presse du Donbass (DNI press) alerte contre la tenue à Nantes d’une conférence de propagande du bataillon AZOV. Un groupe fasciste nommé « White Rebel Crew » annonce en effet sur sa page Facebook la tenue de cette conférence « avec un ancien engagé volontaire du bataillon Azov (toujours actuellement actif au sein de la Misanthropic Division) et un ancien volontaire du Secteur Droit ».

A Nantes, des fascistes veulent faire la propagande des bataillons nazis AZOV ! Résistance !

Comment ne pas s’offusquer que des néonazis affichant les symboles de la division Das Reich de si sinistre mémoire en France puissent venir faire leur propagande à Nantes ? La mairie restera t elle sans réagir ? Il est vrai que le gouvernement PS est l’un des plus actifs soutiens de la junte fasciste mise en place par l’Axe euro-atlantique à Kiev. Il est vrai que cette junte, ses oligarques, ses milices fascistes et la guerre qu’elle mène actuellement contre les populations civiles du Donbass, contre les travailleurs ukrainiens et contre nos camarades communistes dont le parti est désormais interdit est directement financée par nos impôts via les subventions de l’Union Européenne. Que sont président et son premier ministre représentant d’un gouvernement comprenant des néonazis ont été très officiellement reçus à l’Elysée.

Ca suffit !

Contre ce type de manifestation, il n’est qu’une seule réponse le front antifasciste, patriotique et progressiste. Tous ensemble contre le fascisme !

Le PRCF appelle toutes les forces progressistes à une riposte unitaire.

 

 

 

Message de Sébastien Hairon.

Bonsoir.

Comme vous le savez peut-être déjà, une réunion avec un membre du bataillon nazi Azov doit avoir lieu à Nantes le 16 janvier. Si comme moi, le fait qu'un nazi "Français" puisse s'exprimer librement sur son idéologie mortifère, et sur son engagement criminel contre les civils du Donbass libre vous fait horreur, voici une petite liste de sites, mail ou numéro de téléphone pour tout faire pour empêcher ce type et ses amis nazillon de tenir cette conférence dans notre pays qui a, par le passé, combattu cette idéologie au génocidaire !
Mairie de Nantes :
http://www.nantes.fr/home/contact.html

Conseil régional :
http://www.paysdelaloire.fr/…/pages-spec…/menu-bas/contacts/

France bleu :
https://www.francebleu.fr/loire-ocean

Ouest France :
http://www.ouest-france.fr/contact/

Fédération du parti socialiste à Nantes :
http://www.parti-socialiste.fr/federa…/44---loire-atlantique

Fédération du parti les républicains :
http://www.lesrepublicains44.fr/Departement_r10.html

Ligue des droits de l'homme à Nantes :
http://www.ldh-france.org/section/nantes/?page_id=125

La licra de Nantes :
http://www.licra44.org/#!contact/c1d94

Le mrap :
http://www.mrap.fr/Comites_et_Federations.html

Union nationale des combattants 44 :
http://www.unc44.fr/spip.php?article31

Amis de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation Délégation Loire Atlantique :
http://www.nantes.fr/infonantes/association/1673

Les antifa de Nantes :
https://www.facebook.com/Action-Antifasciste-Nantes-425044…/

http://lahorde.samizdat.net/tag/action-antifasciste-nantes/

Si vous avez d'autres suggestions , elles seront les bienvenues pour combattre cette vermine !
Bonne soirée , et le combat continu , en France , comme ici dans le Donbass !

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Le gouvernement français va-t-il privatiser les barrages ?

29 Décembre 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #La République, #La nation ., #Energie, #Services publics, #Comité pour une Nouvelle résistance, #Le capitalisme;, #La mondialisation, #Les transnationales, #Le grand banditisme

Le gouvernement français va-t-il privatiser les barrages ?
Le gouvernement français va-t-il privatiser les barrages ?

basta!

La France a été mise en demeure par l’Union européenne d’ouvrir les concessions hydro-électriques à la concurrence, et d’exclure des appels d’offres EDF, qui en assure majoritairement la gestion. Cette privatisation pose la question de l’avenir des barrages qui fournissent 12% de l’électricité produite en France. En cas de concessionnaires privés, les investissements en matière d’entretien et de sûreté de ces sites sensibles seront-ils assurés ? Le prix de cette énergie renouvelable va-t-il augmenter ? Comment seront associés les élus locaux et les habitants concernés aux décisions ?

C’est l’histoire d’un trésor énergétique public que ministres et parlementaires – de droite et de gauche – cèdent peu à peu au secteur privé. Les concessions hydro-électriques françaises fournissent 12 % de l’électricité produite chaque année sur le territoire et constituent la première source d’énergie renouvelable du pays. Financés par les deniers publics, et entretenus – pour le moment avec succès – par quelque 6000 techniciens, les ouvrages hydrauliques donnent accès à une ressource énergétique particulièrement utile aux heures de pointe, quand la demande menace de dépasser l’offre. Lors des épisodes caniculaires, en augmentation constante en raison du réchauffement climatique, un « lâcher d’eau » en amont permet en plus de refroidir la température des fleuves.

L’opérateur historique, et principal, des concessions hydrauliques attribuées par l’État pour une durée de 75 ans, c’est EDF. Son changement de statut, en 2004, déclenche le début de la fin du service public... D’établissement public, EDF devient société anonyme. Résultat : l’année suivante, la Commission européenne signale à la France que l’obligation de mise en concurrence doit s’appliquer, puisque le service public n’est plus confié à un établissement public. En 2006, les députés français rassurent Bruxelles et votent une loi qui supprime la clause de préférence pour EDF sur la gestion des ouvrages hydrauliques.

Le PS achève de brader les barrages

L’épisode suivant est résumé par la députée Delphine Batho dans une interviewaccordée à Médiapart : « En 2011, il aurait été possible, lors la discussion de la directive européenne sur les concessions, d’exclure les barrages. Le gouvernement allemand, incité par des lobbies très actifs, y est parvenu. Mais le gouvernement français n’a rien fait. En arrivant au ministère [de l’Environnement], j’ai hérité de la patate chaude. » Les collègues socialistes de Delphine Batho ne semblent pas tenir, comme elle, au maintien des concessions hydrauliques dans le giron public. Aucune de ses propositions allant dans ce sens ne sont retenues.

Au cœur de l’été 2015, les députés adoptent la loi de transition énergétique, qui offre les concessions hydrauliques (barrages et autres ouvrages) à la privatisation. La loi« permet de passer d’un gestionnaire public, EDF, société dans laquelle l’État est majoritaire à 84 %, à des sociétés d’économie mixte (SEM) privées dans lesquelles la part de l’État tombe à 34 %) », détaille Jean-Luc Magnaval, élu CGT au comité central d’entreprise (CCE) d’EDF, institution représentative du personnel. Avant d’ajouter : « La loi prévoit qu’il y ait des collectivités territoriales dans les SEM, ainsi que d’anciens concessionnaires, et notamment EDF. Mais les injonctions de Bruxelles sont plus lâches. » Fin octobre, la Commission européenne s’est même fendue d’une mise en demeure à la France visant à interdire à EDF d’être candidate pour le renouvellement des concessions hydrauliques. Les dirigeants français vont-il, à nouveau, céder ?

Prix et risques de catastrophes en hausse

Il existe « des raisons majeures pour renoncer à tout projet d’ouverture à la concurrence des concessions hydroélectriques », estime le comité central d’entreprise (CCE), très mobilisé contre la privatisation des barrage. Sortir de la logique de l’intérêt général pourrait entraîner des ruptures d’approvisionnement lors de pics de consommation ou à terme, des ventes d’énergie à des tarifs exponentiels dans certaines régions, craint le CCE. Combien un opérateur privé tariferait-il un « lâcher » d’eau pour refroidir une centrale nucléaire ? La gestion actuelle des ouvrages hydrauliques comprend aussi les ponctions effectuées pour irriguer les cultures et la régulation des lâchers d’eau pour les activités de loisir. Certains barrages sont enfin des réserves d’eau potable. Pour le moment, tous ces services sont gratuits. Mais « quel opérateur voudrait se mettre ainsi à disposition de la collectivité, sans contrepartie ? », interrogent les personnels d’EDF.

Au-delà de la menace qui pèse sur ces divers services et sur l’approvisionnement électrique du territoire, il existe aussi des craintes concernant la sécurité des ouvrages hydrauliques. Actuellement, environ 6000 hydrauliciens (8000 si on ajoute les personnels de l’entreprise Engie, ex GDF-Suez) assurent la maintenance, l’exploitation, la conduite et l’ingénierie des ces ouvrages, dont l’âge moyen est supérieur à 70 ans. « Les investisseurs auront-ils envie de dépenser de l’argent pour entretenir les ouvrages ? En auront-ils les moyens ? », interroge Jean-Luc Magnaval.« On connait la loi du marché, elle réalise ses plus grosses économies sur le personnel et sur le non-investissement dans son outil de production... » Des milliers de personnes vivent en aval des barrages français. Et il y a aussi des sites Seveso et des centrales nucléaires... Mais les questions légitimes du comité d’entreprise s’appliquent aussi au gestionnaire actuel : EDF, qui a versé à ses actionnaires, dont l’État, 2,3 milliards d’euros de dividendes en 2014. Autant d’argent qui ne sert pas à la sûreté de ses installations ni à leurs améliorations.

Des marges de manœuvre persistent

Que faire, maintenant que la loi est votée, et que Bruxelles accentue ses pressions sur Paris ? « Il faut dire que les concessions ne sont pas ouvertes au secteur privé », propose simplement Jean-Luc Magnaval, qui prévient que tout sera mis en œuvre pour que la France revienne sur sa décision. Le 10 décembre, un droit d’alerte a été voté à l’unanimité le par le CCE d’EDF. Prévu par le Code du travail, le droit d’alerte permet de dépêcher une expertise indépendante sur la stratégie choisie par l’entreprise, et ses conséquences en matière de développement économique et d’emploi. Une conférence de presse publique a par ailleurs été organisée le 3 décembre dernier à Tulle, fief de François Hollande. 350 électriciens s’y sont réunis, à l’appel du CCE, avec des représentants des quatre principales fédérations de l’énergie (CGT, FO, CFE-CGC, CFDT). Philippe Page, représentant syndical CGT, a mis en garde la Commission européenne et le gouvernement : si la privatisation s’enclenche, les hydrauliciens pourraient bien déclarer les barrages « zones à défendre », à l’image de ce qui a été fait à Notre-dame-des-Landes.

Deux grèves ont déjà eu lieu dans le secteur de l’énergie, les 4 novembre et 9 décembre dernier, et une pétition a été mise en ligne. « La France est le seul pays de l’Union européenne qui brade ainsi son parc hydraulique », insiste Jean-Luc Magnaval. « Aucun autre État membre n’est amené à mettre en concurrence un parc hydraulique conséquent dans les mêmes conditions que la France », rappelaient les députés Marie-Noëlle Battistel (PS) et Éric Straumann (LR) dans un rapport parlementaire de 2013 consacré au système hydro-électrique français. En Suède, dont l’énergéticien national Vattenfall convoite les barrages français, les ouvrages hydrauliques sont publics. En Allemagne, les concessions ont été déléguées aux régions. En Norvège, tout candidat à l’attribution d’une concession doit être au minimum à 70 % public. Et en Suisse, pays qui lorgne également sur les barrages français, les règles européennes ne s’appliquent pas !

« L’impact de la mise en concurrence sur le prix de l’électricité payé par le consommateur français doit faire l’objet d’une analyse plus approfondie », suggéraient par ailleurs Marie-Noëlle Battistel et Éric Straumann en 2013. Les installations hydroélectriques produisent une électricité à forte valeur ajoutée. Leur coût de production est compris entre 20 et 30 €/MWh, alors que le prix moyen du marché oscille entre 33 € et 46 €/MWh. « Contrairement à la plupart des autres moyens de production d’énergie, le coût de production de l’hydroélectricité ne comporte aucun élément de risque particulier et n’est pas soumis à la volatilité des marchés des matières premières ou du CO2 », rappelaient les parlementaires.

Nolwenn Weiler

Photo : barrage de Soulage à Saint-Chamond (Loire) / CC gil eza

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