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Le blog de Lucien PONS

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"La Syrie a, selon tous les augures, gagné la guerre. Il lui reste à gagner la paix", par Michel Raimbaud, ancien ambassadeur de France

18 Novembre 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Histoire, #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #Terrorisme, #La Russie, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #Daesch

 

 

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                          "L'armée loyaliste syrienne de Bachar al
                          Assad Images"

La bénédiction syrienne Durant ces interminables années de brouillard et d’enfer qu’a traversées la Syrie, qu’aurait été la vie sans l’espoir ? Pensons ici d’abord au peuple syrien martyrisé et exposé à un ethnocide, à son armée nationale qui aura payé un si lourd tribut à l’agression barbare lancée par le groupe de ses « amis », et aux responsables qui face à la « communauté internationale » ont dû porter à bout de bras l’Etat visé par un politicide… On pensera aussi aux amis, défenseurs et partisans de la Syrie légale, tous ceux qui aimaient cette société plurielle, tolérante, aimable et hautement civilisée, et craignaient qu’elle ne disparaisse à jamais.

Certes, la flamme ne s’est jamais éteinte, mais il était permis aux plus optimistes de s’interroger parfois ou de douter de l’avenir face aux assauts d’une coalition islamo-israélooccidentale abreuvée de centaines de milliards de pétrodollars et puisant ses combattants dans un vivier inépuisable de mercenaires venus de cent horizons.

La Syrie tiendrait-elle, face à la meute féroce des puissances impériales - grandes, petites ou moyennes - de « l’Axe du Bien », contre la horde sauvage des djihadistes démocrates, des terroristes modérés, des révolutionnaires en peau de lapin ? Résisterait-elle aux cohortes de déserteurs, de transfuges qui se donnaient rendez-vous au sein d’une « armée libre » téléguidée par ses pires ennemis, aux ordres et à la botte des islamistes et de leurs parrains, faisant la roue pour séduire le ci-devant « ennemi sioniste »?

Comme tous les pays plongés dans des situations troubles, la Syrie a connu la fatalité des infidélités, des lâchetés, des compromissions, des corruptions petites ou grandes, mais son peuple, au sens noble du terme, a résisté vigoureusement, ses institutions sont restées debout et ses gouvernants ont tenu bon. Grâce à sa résilience étonnante, l’Etat syrien s’est fait des alliés solides qu’il a su fidéliser : la Russie et la Chine d’une part, l’Iran, le Hezbollah et ses alliés d’autre part. Une réalité qui allait interdire la répétition au « Pays de Cham » d’un scénario irakien, libyen ou yéménite.

Néanmoins, les « grandes démocraties » ne pouvaient que rester aveugles et sourdes à ces réalités dérangeantes et déplaisantes, la Syrie étant depuis la fin de la guerre froide un pays à détruire et à abattre. Les élites désormais acquises au néoconservatisme n’ont rien trouvé de mieux que de soumettre les « opinions » à un tapage médiatique sans précédent allant de pair avec une omerta sans faille et un lavage de cervelle ahurissant. En brèves de comptoir de « sciences-po » ou de « France désinfo », la doxa occidentale sur le conflit de Syrie s’est trouvée résumée dans une ou deux sentences lapidaires, symboles assez désolants de la subtilité réduite de nos dirigeants, de nos analystes et de nos penseurs, expressions de l’arrogance indécrottable des Occidentaux. « Bachar doit partir », « Pas de place pour Bachar dans l’avenir de la Syrie »…

C’est alors qu’intervient la « malédiction syrienne » qui aura sanctionné les décideurs, les faiseurs d’opinion, tous ceux qui avaient perdu une occasion de se taire. La liste est longue de ces imprécateurs qui expédiaient avec morgue Bachar Al Assad à La Haye, à Moscou, à six pieds sous terre, ou ailleurs, et qui concoctaient des plans sur la comète Syrie, en écrivant un avenir qu’ils ne verraient jamais. Combien ont répété la rengaine comme des perroquets des années durant avant d’être expédiés par les électeurs, par la providence ou par la justice immanente vers les poubelles ou les oubliettes de l’Histoire. Exit donc les innombrables bouffons et imposteurs « amis de la Syrie ».

Pour sa part, Bachar Al Assad est toujours là, incontournable, populaire chez lui comme bien d’autres en rêveraient…La Syrie, qui s’achemine vers une victoire décrétée « impensable » face à tant d’ennemis si puissants, est debout, alors que la discorde, fruit de la défaite, s’est installée dans le camp des agresseurs et que le chaos y règne en maître… Pas besoin à la rigueur de croire au ciel pour admettre qu’il y a une « malédiction syrienne » qui a frappé et frappe les ennemis de cette « terre sainte » que « Dieu protège » (Allah hami-ha), mais il faut bien en tout cas parler d’une bénédiction syrienne. Ce qui est en train d’arriver est logique et juste, mais l’issue désormais attendue de cette guerre universelle constitue une sorte de miracle, même et notamment pour ceux qui ont eu foi en l’avenir.

Cette victoire, la Syrie l’aura amplement méritée ! Malgré tout ce que diront les esprits chagrins, quel peuple admirable, quelle armée d’exception ! Et on cèdera à la tentation de dire : s’il y a bien un homme d’Etat qui mérite d’être sur terre, c’est ce Président qui aura su incarner l’espoir, rester fidèle à ses alliances et conduire son pays vers la victoire.

La Syrie a, selon tous les augures, gagné la guerre. Il lui reste à gagner la paix.

Mais le vaillant pays qui a combattu pour nous a certainement toutes les capacités requises pour relever avec succès ce nouveau défi afin que cette guerre n’ait pas été « une guerre pour rien ». Ce qu’à Dieu ne plaise ! Ce sera une rétribution qui, bien mieux que la vengeance, paiera le sacrifice des innombrables victimes, les morts comme les vivants./.

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La Syrie libère Al Mayadin, la coalition US passe un accord avec Daesh à Raqqa, la Turquie envahit la province d’Idleb. Initiative Communiste

16 Octobre 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Histoire, #Comité pour une Nouvelle résistance, #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La mondialisation, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #Daesch, #Terrorisme

La Syrie libère Al Mayadin, la coalition US passe un accord avec Daesh à Raqqa, la Turquie envahit la province d’Idleb. Initiative Communiste

La Syrie libère Al Mayadin, la coalition US passe un accord avec Daesh à Raqqa, la Turquie envahit la province d’Idleb

En , la guerre contre le terrorisme continue et fait tomber les masques.

Après Deir Ez Zorr, la Syrie libère Al Mayadin

Après Deir Ez Zorr, il y a quelques semaines, c’est l’une des principales villes de la vallée de l’Euphrate – Al Mayadin – qui vient d’être libérée par l’armée républicaine syrienne. L’offensive lancée par la Syrie pour chasser est ainsi en train de porter ses fruits, le groupe terroriste islamiste se voyant ainsi privé de la principale ville qu’il contrôlait encore en Syrie et qui était devenue sa capitale de facto.

Cette victoire syrienne est obtenue dans des conditions difficiles, grâce au soutien du groupe aérien de l’armée russe en Syrie – qui comprend moins d’une trentaine d’avions, à comparer aux centaines d’avions déployés par les USA et leurs alliés de l’OTAN, France comprise, dans la région – du Liban et de l’Iran. Elle démontre par les faits qu’il est possible de défaire Daesh et que la progression de l’État Islamique – avec les conséquences tragiques tels que les attentats en France – est bien le fruit du laisser faire par les capitales occidentales qui se sont appuyées sur Daesh pour mettre la Syrie à feu et à sang pour profiter du chaos, pour avancer leurs pions dans cette région stratégique et riche en pétrole. Rappelons que ces dernières semaines, afin d’entraver la progression de l’armée syrienne, une contre-offensive de Daesh a  pu se déployer à travers des centaines de km² de désert censés être contrôlés par des rebelles soutenus par les États-Unis et la France. Oui, dans la guerre contre Daesh, les masques tombent.

De fait, on se demande comment les centaines d’avions – y compris de l’armée française – les livraisons massives d’armes et les militaires présents en nombre de la coalition US n’ont jamais permis de faire reculer pendant plus de 3 ans Daesh. Poser la question c’est y répondre. Il suffit de se souvenir que la multinationale française du ciment – Lafarge – a payé Daesh au moment même où cette organisation terroriste commanditait des attentats en France. Et cela sans que le gouvernement et le ministre des affaires étrangères de l’époque n’y trouvent à redire. Laurent Fabius – qui déclarait que Al Nosra -c’est à dire Al Quaida) faisait du bon boulot en Syrie – désormais président du Conseil Constitutionnel, l’une des plus hautes institutions en France, se retrouve désormais dans la collimateur de la justice.

La libération de la majeure partie du pays et le contrôle de la quasi-totalité de ses grandes villes de Syrie par les autorités souveraines de Damas est un camouflet infligé à l’hyper -impérialisme euro-atlantique. Une défaite géopolitique résultant de la mobilisation asymétrique russe et iranienne, avec le soutien diplomatique de la Chine. La libération de Deir Ez Zorr et de Al Mayadin est ainsi à mettre en rapprochement avec la volte-face du président Trump qui prétend répudier les accords multilatéraux signés concernant la question nucléaire avec Téhéran, des accords garantis par Paris et Berlin. Là aussi les masques tombent et Macron comme Merkel apparaissent pour ce qu’ils sont, les pions de Washington, à la remorque d’un président américain dont chacun ne peut désormais plus nier qu’il est la menace principale contre la paix mondiale.

À Raqqa, la coalition US passe un accord avec Daesh

À l’inverse, à Raqqa, la coalition américaine vient de passer un marché avec Daesh pour finaliser la prise de la ville : un étrange marché qui consiste à permettre aux milliers de terroristes islamistes regroupés dans la ville de sortir avec leurs armes vers… la province de Deir Ez Zorr. En vertu de quoi les combats se sont arrêtés. Les familles des victimes des terroristes de Daesh en France jugeront comme il se doit cette politique de la coalition américaine à laquelle Macron participe, consistant à laisser poursuivre ailleurs les crimes des terroristes islamistes qui ,de Raqqa, ont commandité – nous dit-on – les attentats contre Charly et l’Hyper Casher, puis les attentats contre le Bataclan, Nice, Saint-Etienne du Rouvray etc…

Erdogan et la Turquie se lancent ouvertement à l’assaut de la Syrie : les troupes turques franchissent la frontière vers Idleb

Dans le même temps, violant le processus de Genève et les négociations d’Astana en cours, la Turquie de l’autocrate Erdogan – profitant une fois de plus du soutien militaire de l’OTAN et financier de l’Union Européenne qui lui verse des milliards d’euros a une nouvelle fois violé les frontières, envoyant ses soldats dans le nord de la Syrie, dans la province d’Idleb. Une province où elle subventionne et influence déjà de nombreux groupes terroristes islamistes qui agissent dans cette région, dont le principal est ouvertement affilié à Al Quaida. Le but de cette nouvelle invasion turque violant le droit international est à la fois de continuer à prendre le contrôle du nord de la Syrie, mais également d’attaquer les Kurdes dans cette zone frontalière du Kurdistan turque.

JBC pour www.initiative-communiste.fr

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Les documents de l’administration Reagan mettent en lumière l’ingérence des États-Unis, par Robert Parry

16 Octobre 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Histoire, #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #Terrorisme, #Ukraine, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre, #Daesch, #Politique étrangère, #Grèce

Source : Robert Parry, Consortium News, 13-09-2017

Des documents « secrets » de l’administration Reagan montrent comment les États-Unis ont intégré « l’action politique », c’est-à-dire, la manipulation des gouvernements étrangers, dans les organisations ostensiblement bien intentionnées, rapporte Robert Parry.

Les documents « secrets », récemment déclassifiés par la bibliothèque présidentielle Reagan, révèlent que des hauts fonctionnaires de la Maison-Blanche réengagent une ancien « propriétaire » de la CIA, « La Fondation Asiatique », dans « l’action politique », un terme utilisé par les services secrets pour influencer les actions des gouvernements étrangers.

Partiellement occulté par le président Reagan, Walter Raymond Jr. était le spécialiste de la propagande et de la désinformation de la CIA qui a supervisé des projets « d’action politique » et « d’opérations psychologiques » au Conseil de sécurité nationale dans les années 1980. Raymond est assis à côté du conseiller à la sécurité nationale John Poindexter. (Crédit photo : Bibliothèque présidentielle Reagan)

Les documents de 1982 sont arrivés à un moment charnière où l’administration Reagan réorganisait la façon dont le gouvernement américain s’efforçait de manipuler les affaires internes des gouvernements du monde entier à la suite des scandales des années 1960 et 1970 impliquant les opérations secrètes mondiales de la CIA

Au lieu de continuer à dépendre fortement de la CIA, le président Reagan et son équipe de sécurité nationale ont commencé à transférer bon nombre de ces responsabilités « d’action politique » vers des « organisations non gouvernementales » (ONG) qui opéraient ouvertement et recevaient des fonds d’autres organismes gouvernementaux américains.

Mais le secret était encore nécessaire pour que ces ONG soient impliquées dans les stratégies du gouvernement américain pour infléchir la volonté politique des pays ciblés. Si « l’action politique » de ces ONG était connue, de nombreux pays s’opposeraient à leur présence; par exemple, la classification « secrète » des mémos de la Maison-Blanche de 1982 que j’ai récemment obtenus par le biais d’une « revue de déclassification obligatoire » des archivistes de la bibliothèque présidentielle Reagan à Simi Valley, en Californie.

Dans les milieux du renseignement, « l’action politique » désigne un large éventail d’activités visant à influencer les politiques et les comportements des pays étrangers, allant de la couverture médiatique oblique à l’organisation et à la formation des militants de l’opposition, en passant par la mise en place des conditions d’un « changement de régime ».

Les notes nouvellement déclassifiées de la seconde moitié de 1982 marquaient une période de transition ad hoc entre les scandales de la CIA, qui ont culminé dans les années 1970, et la création d’institutions plus permanentes pour remplir ces fonctions semi-secrètes, en particulier le National Endowment for Democracy (NED), créé en 1983.

Une grande partie de cet effort a été supervisée par un haut fonctionnaire de la CIA, Walter Raymond Jr., qui a été muté au personnel du Conseil national de sécurité de Reagan, où il a dirigé un certain nombre de groupes de travail inter-institutions axés sur la « diplomatie publique », les « opérations psychologiques » et « l’action politique ».

Raymond, qui avait occupé des postes de haut niveau dans l’atelier d’opérations secrètes de la CIA, spécialisé dans la propagande et la désinformation, travaillait également dans l’ombre à la Maison-Blanche de Reagan. Raymond a rarement été photographié, bien que son portefeuille de responsabilités ait été très étendu. Il a apporté dans son orbite des « étoiles » émergentes, dont le lieutenant-colonel Oliver North (une figure centrale dans le scandale Iran-Contra), le propagandiste du département d’État (et maintenant un néo-conférencier de premier plan) Robert Kagan, et le président du NED Carl Gershman (qui dirige toujours le NED avec son budget de 100 millions de dollars).

Bien qu’ayant systématiquement tenté d’éviter les caméras, Raymond semble avoir compris leur importance. Dans ses dossiers du CSN, j’ai trouvé le gribouillis d’un organigramme dans lequel Raymond était au sommet de ce qui ressemblait aux poignées croisées utilisées par les marionnettistes pour contrôler les marionnettes au-dessous d’eux. Ce dessin correspondait à la réalité de Raymond, en tant qu’agent caché derrière les volets qui contrôlait diverses équipes inter-services de première importance.

Des documents déclassifiés précédemment ont révélé que Raymond était aussi le canal entre le directeur de la CIA William J. Casey et ces programmes dits « pro-démocratie » qui utilisaient des stratégies de propagande sophistiquées pour influencer non seulement la pensée des populations étrangères, mais aussi celle du peuple américain.

Cette histoire est à nouveau d’actualité dans le contexte d’ hystérie suscitée par la prétendue « ingérence » russe dans les élections présidentielles américaines de l’an dernier. Si ces allégations sont vraies – et le gouvernement américain n’a toujours pas présenté de preuves réelles -, le mobile russe aurait été, en partie, la revanche concernant la longue tradition de Washington de manipuler la politique intérieure de la Russie et celle d’autres pays partout dans le monde.

Un combat pour l’argent

Les notes de service récemment publiées décrivent les discussions bureaucratiques sur les niveaux de financement de The Asia Fundation (TAF), le seul sujet sensible, pour justifier le timbre « secret », étant la référence à l’intention du gouvernement américain d’exploiter les programmes de TAF pour des opérations « d’action politique » dans les pays asiatiques.

Le vice-président à l’époque George H. W. Bush avec le directeur de la CIA William Casey à la Maison-Blanche le 11 février 1981. (Crédit photo : Bibliothèque Reagan)

En fait, la possibilité d’une « action politique » sous la couverture de la TAF semblait être la raison pour laquelle les contrôleurs budgétaires de Reagan ont cédé et accepté de rétablir le financement de la fondation.

William Schneider Jr. du Bureau de la gestion et du budget a écrit dans une note de service du 2 septembre 1982 que la Commission d’examen du budget (BRB) avait annulé le financement de The Asia Fundation (TAF) plus tôt dans l’année.

« Lorsque le BRB a examiné cette question pour la dernière fois le 29 mars 1982, il a décidé de ne pas inclure dans le budget une subvention du gouvernement américain à la TAF. La décision du Conseil d’administration était fondée sur la conclusion que, compte tenu des ressources limitées disponibles pour les programmes d’affaires internationales, le financement de la Fondation ne pouvait être justifié. Lors de cette réunion du 29 mars, le département d’État a eu la possibilité de financer la TAF dans le cadre de son budget existant, mais n’ a pas accepté de le faire. »

Toutefois, comme l’ a noté Schneider dans la note de service adressée au conseiller adjoint à la sécurité nationale Robert McFarlane, « je comprends maintenant qu’une proposition visant à poursuivre le financement américain de la Fondation Asie est incluse dans les initiatives “d’ action politique “en cours d’élaboration par le département d’État et plusieurs autres organismes.

« Nous travaillerons bien entendu avec vous pour reconsidérer la priorité relative du soutien à la Fondation dans le cadre de ces initiatives en gardant à l’esprit, toutefois, la nécessité de déterminer les compensations budgétaires. »

L’un des acteurs principaux de de changement stratégique semblait être Walter Raymond, qui connaissait certainement le statut antérieur en tant que « propriété de la CIA ». En 1966, le magazine Ramparts a dévoilé cette relation et qui a amené l’administration Johnson à mettre fin au financement de la CIA.

Selon une note de service du 12 avril 1967 provenant des archives historiques du département d’État, le directeur de la CIA, Richard Helms, en réponse à une recommandation de la Maison-Blanche, « ordonnait que le financement secret de la Fondation Asiatique (TAF) soit résilié à la prochaine occurrence réalisable. »

En coordination avec la « dissociation » de la CIA, le conseil d’administration de TAF a publié ce que la note de service décrit comme « une déclaration soigneusement délimitée de l’admission du soutien passé de la CIA ». Ce faisant, les administrateurs ont cherché à délimiter les effets d’une exposition anticipée du soutien de l’Agence par la presse américaine et, si leur déclaration ou une exposition future ne compromettait pas sérieusement l’acceptabilité de la TAF en Asie, à poursuivre leurs activités en Asie avec un soutien public et privé manifeste.

La note de service de la CIA envisageait un financement futur à partir de « subventions publiques américaines officielles » et demandait des conseils au groupe de surveillance des actions secrètes de la Maison-Blanche, le 303 Committee, pour désigner quelqu’un « auprès de qui la direction de la TAF devrait chercher des orientations et une orientation futures en ce qui concerne les intérêts du gouvernement des États-Unis ».

En 1982, alors que le financement de la TAF était à nouveau menacé, Walter Raymond de la CIA s’est rallié à sa défense depuis son poste au CSN. Dans une note de service non datée adressée à McFarlane, Raymond a rappelé que « le département d’État a souligné que les TAF avaient apporté une contribution importante à la politique étrangère des États-Unis en favorisant les institutions démocratiques et, en tant qu’organisation privée, avaient accompli des choses qu’une organisation gouvernementale ne pouvait pas faire ».

L’intervention bureaucratique de Raymond a fonctionné. Vers la fin de 1982, l’administration Reagan avait pris des dispositions pour que le financement de l’exercice 1984 du TAF passe par le budget de l’Agence d’information des États-Unis (USIA), qui était utilisé pour financer une série « d’initiatives démocratiques » du président Reagan. Raymond a expliqué les dispositions dans une note de service du 15 décembre 1982 adressée au conseiller à la sécurité nationale William Clark.

« La question a été quelque peu obscurcie aux niveaux de travail de l’État depuis que nous avons choisi de financer toutes les initiatives démocratiques de l’exercice fiscal 1984 par le biais de la présentation budgétaire de l’USIA », a écrit Raymond. « En même temps, il est essentiel que l’État maintienne son rôle opérationnel et de gestion avec la TAF. »

Au cours des trois décennies et demie qui ont suivi, les TAF ont continué d’être subventionnés par les gouvernements américains et alliés. Selon son rapport annuel pour l’exercice se terminant le 30 septembre 2016, la TAF a déclaré qu’elle « est financée par un crédit annuel du Congrès américain, par les appels d’offres lancés par les agences gouvernementales et multilatérales de développement, y compris l’Agence des États-Unis pour le développement international, le ministère australien des Affaires étrangères et du Commerce extérieur, le ministère du Développement international du Royaume-Uni et par des fondations et des sociétés privées », pour un montant total de 94,5 millions de dollars.

Le bureau de presse de la TAF, qui opère dans 18 pays d’Asie, décrit son objectif comme « l’amélioration des conditions de vie dans une Asie dynamique et en développement ».

Loin d’être seule

Mais la TAF n’était pas la seule organisation privée qui fonctionnait avec l’argent du gouvernement américain et collaborait avec les responsables américains pour atteindre les objectifs de la politique étrangère de Washington.

Carl Gershman, président de la Fondation nationale pour la démocratie (NED)

Par exemple, d’autres documents de la bibliothèque Reagan ont révélé que Freedom House, une organisation importante de défense des droits de l’homme, a demandé conseil et des directives à Casey et Raymond tout en faisant la publicité du besoin d’aide financière du groupe.

Dans une lettre du 9 août 1982 adressée à Raymond, Leonard R. Sussman, directeur exécutif de Freedom House, a écrit que « Leo Cherne [un autre haut fonctionnaire de Freedom House] m’a demandé d’envoyer ces copies des appels de Freedom Appeals. Il vous a probablement dit que nous avions dû réduire ce projet pour répondre aux réalités financières. Nous voudrions, bien sûr, développer le projet une fois encore quand les fonds seront disponibles. »

Selon les documents, Freedom House est demeuré la priorité de la réflexion de Casey et Raymond lorsqu’il s’est agi de trouver les moyens les plus efficaces pour transmettre au peuple américain et à la communauté internationale le message de politique étrangère des faucons de la CIA.

Le 4 novembre 1982, Raymond a écrit au conseiller Clark du CSN au sujet des « initiatives et programmes d’information sur la démocratie », déclarant que « Bill Casey m’ a demandé de transmettre l’opinion suivante au sujet de votre rencontre avec Dick Scaife, [milliardaire de droite], Dave Abshire [alors membre du Comité consultatif du renseignement étranger du président], et Co.

« Casey a déjeuné avec eux aujourd’hui et a discuté de la nécessité d’agir en général pour soutenir nos amis du monde entier. Par cette définition, il inclut à la fois “construire la démocratie” et aider à dynamiser les programmes médiatiques internationaux. L’ICD[casey] se préoccupe également du renforcement des organismes d’information publique aux États-Unis, comme Freedom House.

« Un élément crucial du puzzle est un effort sérieux pour mobiliser des fonds privés afin de créer un élan. D’après les entretiens de Casey avec Scaife and Co., ils seraient très disposés à coopérer. Suggérez que vous notiez l’intérêt de la Maison-Blanche pour le soutien privé à l’initiative Démocratie. »

Dans une note de service du 25 janvier 1983, Raymond a écrit: « Nous allons immédiatement aller de l’avant dans notre effort parallèle pour générer un soutien privé » pour les opérations de « diplomatie publique ». Puis, le 20 mai 1983, Raymond a raconté dans une autre note de service que 400 000 $ avaient été recueillis auprès de donateurs privés amenés à la Maison-Blanche par le directeur de l’USIA, Charles Wick. Selon cette note de service, l’argent a été réparti entre plusieurs organisations, dont Freedom House et Accuracy in Media, un groupe de médias agressif de droite.

Dans une note de service du 9 août 1983, Raymond décrit les plans visant à obtenir l’appui du secteur privé pour cet effort. Il a déclaré que le directeur de l’USIA, M. Wick, « par l’intermédiaire du magnat australien de l’édition Rupert Murdock [sic], pourrait être en mesure de retirer des fonds supplémentaires » pour appuyer les initiatives pro-Reagan. Raymond a recommandé « un financement via Freedom House ou une autre structure crédible dans l’establishment politique. »

[Pour en savoir plus sur la connexion Murdoch, voir « Rupert Murdoch : Propaganda Recruit. » de Consortiumnews.com]

Questions de légalité

Raymond est resté officier de la CIA jusqu’en avril 1983, date à laquelle il a démissionné, si bien qu’il a déclaré: « Il n’y a donc aucun doute quant à la contamination de cette » opération de propagande pour convaincre le peuple américain d’appuyer les politiques de Reagan.

Le sceau de la CIA dans le hall du siège de l’agence d’espionnage. (photo du gouvernement américain)

Raymond s’inquiétait également de la légalité du rôle de Casey dans l’effort d’influencer l’opinion publique américaine en raison de l’interdiction légale faite à la CIA d’influencer les politiciens et la politique américaines. Raymond a confié dans une note de service qu’il était important « de sortir [Casey] de la boucle », mais Casey n’ a jamais reculé et Raymond a continué à envoyer des rapports d’avancement à son ancien patron bien tout au long de l’année 1986.

C’était « le genre de chose qui [casey] avait un grand intérêt éclectique pour [l’Iran] », a dit Raymond lors de sa déposition Iran-Contra en 1987. Il a ensuite donné l’excuse que Casey avait entrepris cette ingérence apparemment illégale dans les affaires intérieures « pas tant sous sa couverture de la CIA, mais en tant que conseiller du président ».

En 1983, Casey et Raymond se sont concentrés sur la création d’un mécanisme de financement permanent pour appuyer les organisations privées qui s’engageraient dans la propagande et l’action politique, historiquement organisées et payées secrètement par la CIA L’idée est née d’une entité financée par le Congrès qui servirait de canal pour cet argent.

Mais Casey a reconnu le besoin de cacher les ficelles de la CIA. Dans une lettre non datée adressée à Edwin Meese III, conseiller de la Maison Blanche, Casey a exhorté à la création d’une « Fondation nationale », mais a ajouté : « Évidemment, nous [à la CIA] ne devrions pas nous exposer frontalement dans le développement d’une telle organisation, ni sembler être un commanditaire ou un défenseur. »

Un document dans les dossiers de Raymond donnait des exemples de ce qui serait financé, y compris « Grenade – 50 K – À la seule opposition organisée au gouvernement marxiste de Maurice Bishop (The Seaman and Waterfront Workers Union). 50 000 dollars supplémentaires pour soutenir des activités de télévision gratuites à l’extérieur de Grenade » et « au Nicaragua – 750 000 dollars pour soutenir un éventail d’activités syndicales indépendantes, et des coopératives agricoles ».

La Fondation nationale pour la démocratie a pris forme à la fin de 1983, lorsque le Congrès a décidé de mettre de l’argent de côté – au sein de la NED – pour les partis républicains et démocrates et pour le travail organisé, créant ainsi suffisamment de largesses bipartites pour que son vote soit assuré.

Mais certains membres du Congrès ont pensé qu’il était important de dissocier le NED de tout lien avec la CIA, si bien qu’une disposition a été incluse pour interdire la participation de tout fonctionnaire actuel ou ancien de la CIA, selon un adjoint du Congrès qui a contribué à la rédaction de la législation.

Cet assistant m’ a dit qu’un soir de la fin de la session de 1983, alors que le projet de loi était sur le point d’être présenté à la Chambre, l’agent de liaison parlementaire de la CIA est venu frapper à la porte du bureau du Représentant Dante Fascell, un haut fonctionnaire démocrate du Comité des affaires étrangères de la Chambre des Représentants et un principal parrain du projet de loi.

Le fonctionnaire frénétique de la CIA a transmis un seul message du directeur de la CIA Casey: le libellé interdisant la participation du personnel de la CIA doit être rayé du projet de loi, a rappelé l’adjoint, notant que Fascell a consenti à la demande, ne comprenant pas pleinement sa signification.

L’assistant a déclaré que Fascell a également consenti au choix du gouvernement Reagan de Carl Gershman à la tête du National Endowment for Democracy, n’e comprenant toujours pas comment cette décision affecterait l’avenir de la nouvelle entité et la politique étrangère américaine.

Gershman, qui avait suivi le chemin néoconservateur classique du socialisme juvénile au communisme féroce, devint le premier (et jusqu’ à ce jour le seul) président de NED. Bien que le NED soit techniquement indépendant de la politique étrangère américaine, Gershman a coordonné les premières années avec Raymond les décisions relatives aux subventions au CSN.

Par exemple, le 2 janvier 1985, Raymond a écrit à deux experts asiatiques du CSN que « Carl Gershman a appelé au sujet d’une éventuelle subvention à l’Alliance chinoise pour la démocratie (CAD). Je suis préoccupé par la dimension politique de cette demande. Nous ne devrions pas nous trouver dans une position où nous devons répondre à la pression, mais cette demande pose un réel problème à Carl. »

En plus de lever les obstacles politiques pour Gershman, Raymond a également exhorté le NED à donner de l’argent à Freedom House dans une lettre du 21 juin 1985 obtenue par le professeur John Nichols de la Pennsylvania State University.

Ce que les documents de la bibliothèque Reagan indiquent clairement, c’est que Raymond et Casey ont continué de façonner activement les décisions du nouveau mécanisme de financement pendant ses premières années d’existence. (Casey est décédé en 1987 ; Raymond est décédé en 2003.)

Beaucoup d’argent

Depuis sa fondation, NED a versé des centaines de millions de dollars à des ONG du monde entier, en se concentrant sur la formation d’activistes, la création de médias et le soutien aux organisations civiques. Dans certains points névralgiques de la géopolitique, le NED pourrait avoir plusieurs dizaines de projets en cours d’exécution, comme en Ukraine avant le coup d’État de 2014 qui a renversé le président élu Viktor Ianoukovitch et a déclenché la nouvelle guerre froide avec la Russie. Grâce à de telles méthodes, le NED a contribué à la réalisation de « l’action politique » envisagée par Casey et Raymond.

Le président russe Vladimir Poutine, suite à son discours devant l’Assemblée générale des Nations Unies le 28 septembre 2015. (UN Photo)

Dès le début, NED est également devenu un important bienfaiteur de Freedom House, avec une subvention de 200 000 $ en 1984 pour construire un « réseau de faiseurs d’opinion démocratique » et, au cours des quatre premières années, de 1984 à 1988, elle a investi 2,6 millions de dollars dans Freedom House, ce qui représente plus d’un tiers de ses revenus totaux, selon une étude du Conseil libéral des affaires hémisphériques intitulée « Freedom House : Portrait d’un passe-partout ».

Au cours des décennies qui ont suivi, Freedom House est devenue presque une filiale du NED, se joignant souvent à lui, pour organiser des conférences politiques et publier des prises de position, les deux organisations promouvant principalement un programme néoconservateur, mettant au défi des pays jugés insuffisamment « libres », incluant la Syrie, l’Ukraine (avant le coup d’État de 2014) et la Russie.

Le NED et Freedom House travaillent souvent comme une sorte d’équipe d’identification avec les ONG de financement du NED à l’intérieur des pays ciblés et Freedom House, réprimandant ces gouvernements s’ils tentaient de réprimer les ONG financées par les États-Unis.

Par exemple, le 16 novembre 2012, NED et Freedom House se sont unis pour dénoncer une loi votée par le parlement russe exigeant que les bénéficiaires russes de l’argent politique étranger s’enregistrent auprès du gouvernement. Ou, comme le NED et Freedom House l’ont expliqué : la Douma russe a cherché à « restreindre les droits de l’homme et les activités des organisations de la société civile et leur capacité à recevoir un soutien de l’étranger ». Les changements apportés à la législation russe sur les ONG obligeront bientôt les organisations de la société civile recevant des fonds étrangers à choisir entre s’enregistrer en tant ’’qu’agents étrangers’’ ou faire face à des sanctions financières importantes et des accusations criminelles potentielles. »

Bien sûr, les États-Unis ont une loi sur l’enregistrement des agents étrangers presque identique qui exige également que les entités qui reçoivent des fonds étrangers et cherchent à influencer la politique du gouvernement américain à s’enregistrer auprès du ministère de la Justice ou à faire face à des amendes ou des peines d’emprisonnement.

Mais la loi russe entraverait les efforts du NED pour déstabiliser le gouvernement russe en finançant des activistes politiques, des journalistes et des organisations civiques.

Les préoccupations du gouvernement russe n’étaient pas entièrement paranoïaques. Le 26 septembre 2013, Gershman, en effet, a planifié le cours de la crise en Ukraine et de l’objectif néoclassique pour un changement de régime en Russie. Dans une tribune d’opinion du Washington Post, Gershman a qualifié l’Ukraine de « plus grand prix » et a expliqué comment le fait de l’avoir tirée dans le camp occidental pourrait contribuer à la défaite finale du président russe Vladimir Poutine.

« Le choix de l’Ukraine de rejoindre l’Europe accélérera la chute de l’idéologie impérialiste russe que représente Poutine », a écrit Gershman. « Les Russes aussi ont le choix, et Poutine risque de se retrouver du côté perdant, non seulement à l’étranger, mais aussi en Russie. »

La longue histoire de l’ingérence secrète ou semi-couverte du gouvernement américain dans la politique des pays du monde entier est la toile de fond ironique de la frénésie actuelle à l’égard de la Russie et de la diffusion présumée, par la Russie, de courriels qui ont sapé la campagne du candidat démocrate Hillary Clinton.

Les allégations sont démenties par le rédacteur en chef de Poutine et celui de WikiLeaks, Julian Assange, qui a publié les courriels démocrates – et le gouvernement américain n’ a présenté aucune preuve solide à l’appui des accusations « d’ingérence russe » – mais si les accusations sont vraies, elles pourraient être considérées comme un cas de retournement de situation comme du fair-play.

Sauf que dans ce cas, les responsables américains, qui se sont ingérés continuellement par leurs opérations « d’action politique » dans des pays du monde entier, n’aiment même pas la chance de pouvoir goûter à leur propre potion.

Source : Robert Parry, Consortium News, 13-09-2017

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

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La diplomatie religieuse de l’Arabie saoudite: une "industrie idéologique" . Fondation RES PUBLICA.

6 Octobre 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Histoire, #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #La mondialisation, #Terrorisme, #La finance dérégulée, #Daesch, #Le fascisme, #Politique étrangère, #l'horreur économique

La diplomatie religieuse de l’Arabie saoudite: une "industrie idéologique" . Fondation RES PUBLICA.

La diplomatie religieuse de l’Arabie saoudite: une "industrie idéologique"

 
 
 

Note de lecture du livre de Pierre Conesa, "Dr. Saoud et Mr Jihad. La diplomatie religieuse de l’Arabie saoudite" (Robert Laffont : 2016), par Baptiste Petitjean, directeur de la Fondation Res Publica.
Pierre Conesa, dans son dernier ouvrage, propose un décryptage inédit de la politique étrangère du Royaume d’Arabie saoudite. Au service d’un projet planétaire de propagation du « salafisme-wahhabisme », cette dernière a également pour objectif de préserver le règne de la maison des Saoud. Néanmoins, la diplomatie religieuse saoudienne s’inscrit dans un contexte de rivalités régionales exacerbées, menaçant de déboucher sur une « guerre de religions » au sein même du monde musulman [1].

 
Les rouages de la diplomatie religieuse saoudienne
Face à la montée des nationalismes arabes soutenus par l’Union Soviétique et incarnés par le président égyptien Nasser, le Royaume d’Arabie saoudite met en place dès le début des années 60 un système idéologique totalitaire ayant pour double objectif d’assurer la propagation de l’islam dans sa version wahhabite, étroitement liée au salafisme selon Pierre Conesa, et la sauvegarde du règne des Al Saoud, dont « les intérêts […] s’articulent avec ceux de la famille Al-Shaikh d’Abd al-Wahhab, le fondateur du wahhabisme, pour mettre sur pied un projet commun qui aboutira à l’instauration du régime » (page 27). Cette convergence se concrétise avec le pacte du Najd adopté en 1744 : les oulémas de la tribu d’Abd al-Wahhab, les Al-Shaikh, soutiennent le régime, qui en échange s’engage à propager l’islam dans sa version wahhabite. Ainsi on comprend que la diplomatie religieuse nait en même temps que le Royaume. Les chancelleries occidentales y voient quant à elle « la barrière parfaite contre le socialisme » (page 20).

En 1979, année charnière dans le déploiement planétaire de ce système, l’Arabie Saoudite fait l’expérience d’un « polytraumatisme » (page 39): en février, c’est la victoire de révolution chiite en Iran et l’ayatollah Khomeyni s’empare de l’islam politique, de l’anti-impérialisme et de l’antiaméricanisme ; en novembre, c’est l’occupation de la Grande Mosquée de La Mecque par des fondamentalistes islamistes qui secoue le Royaume ; et enfin en décembre l’URSS lance l’invasion de l’Afghanistan, déstabilisant l’allié historique des Etats-Unis depuis le pacte du Quincy de février 1945 qui garantit à la puissance américaine l’accès au pétrole du Royaume, en échange d’une protection militaire de la dynastie des Al Saoud.

Aujourd’hui, il s’agit d’étudier le régime saoudien à la lumière de trois éléments principaux : son rôle dans la propagation d’un islam fondamentaliste, le wahhabisme ; le retour de l’Iran sur la scène régionale et internationale ; et les difficultés internes liées à la crise du prix du pétrole. Les deux derniers aspects expliquent largement qu’au cours des années 2000, « la gestion de la diplomatie religieuse saoudienne [évolue] finalement pour répondre à des défis de stabilité intérieure plutôt que sous la pression internationale » [page 138].

« L’Arabie saoudite a constitué avec le temps une ‘industrie idéologique’, selon l’expression de Kamel Daoud […] entre le puissant soft power à l’américaine et le savoir-faire propagandiste du système communiste » (page 21). En effet, Pierre Conesa montre que la diplomatie religieuse saoudienne est « un hybride du système américain par la multiplicité des mécanismes et l’étroite coopération entre actions publique et privée, mais aussi du système soviétique par son idéologie totalitaire à la fois révolutionnaire et conservatrice [mais toujours adaptable ajoute plus loin Pierre Conesa], portée par un corps de commissaires politiques idéologiquement formés », les oulémas wahhabites (page 98). C’est cette combinaison qui donne au Royaume une capacité d’intervention globale qui correspond à une diplomatie d’influence (soft power, usage sophistiquée de la puissance selon Joseph Nye) financée par les pétrodollars et caractérisée par la mise en place de politiques publiques spécifiques, la création de grandes organisations internationales, et le soutien à différentes ONG, fondations privées, universités et médias traditionnels et nouveaux.

Au cœur du soft power saoudien : la LIM et l’OCI
Le roi Faysal, souhaitant mettre en place la stratégie panislamiste contre le panarabisme, développe la diplomatie religieuse avec l’aide des Frères musulmans réfugiés venus d’Egypte, et crée toute une série de structures nationales et internationales en miroir de celles voulues par Nasser (page 40). Nous retiendrons ici deux institutions qui permettent de mieux cerner la diplomatie d’influence saoudienne : la Ligue Islamique Mondiale (LIM) et l’Organisation de la Conférence Islamique (OCI). La LIM est une Organisation non gouvernementale (ONG) reconnue par l’ONU et elle est le véritable bras armé de la diplomatie religieuse du royaume : elle vise tout simplement à soutenir l’islam dans la monde, dans sa version wahhabite. Créée en pleine « guerre froide arabe » (page 99), elle est le miroir de la Ligue Arabe mise en place par Nasser en 1956. La LIM est présente dans 120 pays et contrôle 50 grands lieux de culte en Europe, dont la mosquée de Mantes-la-Jolie. Elle joue aussi un rôle consulaire dans les pays où Riyad n’a pas d’ambassade, et peut parfois se substituer, dans les faits, à la diplomatie officielle (page 100). Elle est dotée d’un budget exceptionnel de 5 milliards de dollars par an, chiffre qui grimpe à 7 milliards de dollars en moyenne annuelle en intégrant les dons royaux directs ou les contributions privées, ce qui correspond aux importations saoudiennes d’armement. Pierre Conesa décortique également l’organisation de la LIM et son déploiement à travers le monde : dans tous les pays où la Ligue est présente est créé un Bureau de l’organisation de la Ligue islamique mondiale, habilité à financer des projets de construction de mosquées et des centres islamiques. La LIM, à travers ses différents bureaux, est donc un acteur « qui accompagne les initiatives diplomatiques saoudiennes » (page 107). L’auteur précise qu’en France, pays laïc, « la Ligue profite de l’absence de politique publique pour financer mosquées, écoles et centres culturels » (page 115). Alex Alexiev, chercheur du Center for Security Policy, qualifie le soft power idéologique saoudien de « plus importante campagne de propagande jamais montée dans le monde entier » (page 123).

Quant à l’OCI (devenue Organisation de la Coopération Islamique en 2011), elle est une structure permanente interétatique créée en septembre 69 et qui compte aujourd’hui 57 Etats membres et dispose d’une délégation permanente à l’ONU. Elle est la seule organisation interétatique confessionnelle, et affiche, au rang de ses objectifs principaux, la promotion de la coopération dans les domaines économiques, sociaux, culturels et scientifiques entre les Etats membres (grâce notamment à la Banque islamique de développement, acteur essentiel), mais aussi la sauvegarde des lieux saints de l’islam et le soutien de la cause palestinienne dans le conflit israélo-palestinien.

L’Arabie saoudite, un acteur clé dans la guerre de religions au sein du monde musulman [2]
Pierre Conesa met en parallèle les actions religieuses d’autres grands acteurs comme la Turquie, avec la politique souvent trop vite qualifiée de néo-ottomane d’Erdogan, le Qatar, ses immenses moyens et son action anti-saoudienne, le Pakistan et ses innombrables activistes et enfin l’Iran, puissance chiite régionale incontournable dans la crise syrienne et la lutte contre Daesh. Ces rivalités – prémisses de guerre internes à l’islam, dans lesquelles les pays occidentaux n’ont d’ailleurs aucune légitimité à intervenir – se développent sur des terrains de manœuvre de plus en plus nombreux, on pense évidemment à la guerre au Yémen, où l’Arabie saoudite et l’Iran se mènent une guerre par procuration. Par ailleurs, l’aspect psychologique ne saurait être négligé selon l’auteur : alors que, dans les années 1960, le sentiment d’encerclement pour le régime saoudien venait du triomphe du panarabisme, les soulèvements du Printemps arabe, porteurs d’un effet domino en Egypte, en Syrie, en Tunisie, au Yémen, auxquels il faut ajouter le retour de l’Iran sur la scène régionale et internationale, ont réactivé cette perception. « Les grands équilibres régionaux (ou les grands déséquilibres) ne peuvent plus être gérés sans l’Iran. Riyad a de bonnes raisons de s’inquiéter de la normalisation des relations, difficile mais en cours, entre Washington et Téhéran après la signature de l’accord sur le nucléaire [3]. En effet, celui-ci reconnait à la République islamique le statut de ‘pays du seuil’ » (page 250). Cela conduit Pierre Conesa à conclure que le seul souci « de l’action religieuse de Riyad […] est de ghettoïser la population musulmane partout où cela est possible autour de la conception wahhabite-salafiste de l’islam tout en tentant de contrer une hypothétique influence chiite » (page 221).

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[1] Voir les actes du colloque de la Fondation Res Publica du 31 mars 2014 « Guerres de religions dans le monde musulman ? »
[2] Voir l’étude cartographique commandée par la Fondation Res Publica, « Guerres de religion dans le monde musulman »
[3]Le livre de Pierre Conesa est paru avant l’élection de Donald Trump, qui semblait souhaiter remettre en cause l’accord sur le programme nucléaire iranien.

Pour se procurer le livre > "Dr. Saoud et Mr Jihad. La diplomatie religieuse de l’Arabie saoudite", Pierre Conesa (Robert Laffont : 2016)

Pierre Conesa est membre du Conseil scientifique de la Fondation Res Publica.

Conseils de lecture : Arabie Saoudite - L'incontournable, de Jacques-Jocelyn Paul (Riveneuve ; janvier 2016)
 
 
Fondation Res Publica I Jeudi 5 Octobre 2017
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Syrie : Réponse à Michel Duclos… par Richard Labévière

6 Octobre 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #La nation ., #Europe supranationale, #Histoire, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La République, #La Russie, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #Daesch, #Politique étrangère

Syrie : Réponse à Michel Duclos… par Richard Labévière

Source : Proche & Moyen Orient, Richard Labévière, 24-09-2017

Fondée en 1978 par Raymond Aron qui craignait de voir arriver la gauche au pouvoir, la revue Commentaire s’est dernièrement spécialisée dans la publication des idéologues de l’école néo-conservatrice française. Un genre… Après Gérard Araud, qui tweetait que l’élection de Donald Trump annonçait la fin du monde – mais qui est toujours en poste à Washington -, notre ancien ambassadeur à Damas (2006 – 2009) à son tour trouve refuge dans la revue néo-libérale1 de Jean-Claude Casanova. Commentaire lui a demandé de « donner son sentiment » sur la Syrie… Le terme est plutôt approprié, puisqu’avec l’article de Michel Duclos (MD) – Notre ami Bachar al-Assad -, nous sommes bien dans l’affect amour-haine, dans l’immédiateté, les approximations, sinon les contre-sens historiques !

Reprenons ligne à ligne cette contribution pour en déconstruire les affabulations, non pas qu’elle mérite la notoriété des Essais de Montaigne, mais parce qu’elle constitue un beau spécimen de sophisme. Face à ce « tour de passe-passe », Spinoza explique bien dans l’Ethique que « les idées fausses et inadéquates s’enchaînent aussi nécessairement que les idées justes et adéquates », autrement dit l’erreur et la bêtise génèrent leurs propres rationalités qu’il s’agit de mettre à jour et de déconstruire. Dans sa Réponse à John Lewis2, Louis Althusser explique bien qu’une réponse n’est valable que si elle porte sur un processus dont il s’agit de dévoiler l’intention, l’énergie vitale et la méthode. Voyons cela !

PARADIGME ET ESSENTIALISME

En guise d’introduction, Michel Duclos commence par attribuer – de manière indifférenciée – l’assassinat de l’ambassadeur de France à Beyrouth Louis Delamare (1981), la mort de Michel Seurat (1986), celles de nos soldats du Drakkar (1983) et des victimes de l’attentat de la rue des Rosiers (1982) aux… services spéciaux de la Syrie d’Hafez al-Assad, père de Bachar. Il raccroche ces différents événements, dont il fait une même « séquence », au « massacre » de Hama (1982), sans rappeler qu’il s’agissait d’une riposte à une tentative de coup d’Etat des Frères musulmans qui venaient d’égorger une trentaine d’élèves-officiers de l’Armée de l’air3. Cet amalgame veut justifier son intertitre : « un paradigme immuable », selon lequel le gouvernement syrien actuel serait meurtrier par « essence », depuis la prise de pouvoir d’Hafez al-Assad en 1970.

Reprenons ! Effectivement, Louis Delamare a bien été assassiné par les Panthères roses (appellation liée à la couleur de leurs uniformes) de Rifaat – frère d’Hafez -, au lendemain de la réception de Yasser Arafat à la Résidence des Pins par Claude Cheysson, alors ministre des Affaires étrangères à la réputation propalestinienne. Le message de Damas était parfaitement clair : la France ne doit pas favoriser l’installation d’un émirat palestinien (sunnite) aux portes d’une Syrie principalement dirigée par les Alaouites (de filiation chi’ite). Dans le contexte de la guerre civilo-régionale du Liban, cette méthode de communication était malheureusement courante ! Le relever ne saurait en justifier les crimes, mais cette méthode correspondait alors aux lois et périls de la guerre du Liban.

Pour ce qui concerne l’enlèvement de Michel Seurat et sa mort en captivité après une longue hépatite B, ainsi que celle de nos soldats écrasés dans l’effondrement de leur état-major du Drakkar, les historiens ont montré qu’il s’agissait d’autre chose. Commis par des groupes chi’ites pro-iraniens (avant la création officielle du Hezbollah qui interviendra plus tard), ces attentats constituaient autant de représailles tandis que la France avait engagé six Super-Etendard – sous cocarde irakienne -, mais pilotés par des pilotes français contre les lignes de défense iraniennes dans le contexte d’une guerre Irak-Iran extrêmement meurtrière qui a duré de 1980 à 1988. Washington, Londres et Paris avaient alors poussé Saddam Hussein à ouvrir les hostilités contre une révolution islamique dont on craignait qu’elle ne gagne d’autres pays de la région. Quant à l’attentat de la rue des Rosiers, comme celui de la rue Copernic, les pistes les plus sérieuses ramènent invariablement aux tueurs d’Abou Nidal et ses commanditaires les plus variés.

Suit aussitôt un autre mythe : celui de l’instrumentalisation du terrorisme par Bachar al-Assad. Bien-sûr, comme tous les pays de la région, la Syrie aussi pratique – peu ou prou – ce sport inavouable au plus près de ses intérêts. Encore une fois, il ne s’agit pas de justifier mais d’essayer de comprendre ! Mais lorsque MD affirme que Bachar al-Assad a libéré des jihadistes en juin 2011 pour mettre en péril les « opposants nationalistes », il opère un double contresens. Ces libérations ont bien eu lieu. Grande protectrice des jihadistes, l’Arabie saoudite en avait fait la condition sine qua non pour la poursuite des pourparlers de Genève engagés sous l’égide des Nations unies.

Afin de permettre la poursuite de ces négociations, Moscou demanda alors expressément au gouvernement syrien de libérer ces meurtriers. Quant aux « opposants nationalistes », leur existence a été des plus éphémères. Ces derniers ont été marginalisés dès l’été 2011 pour laisser le champ libre à des factions jihadistes sous l’égide des Frères musulmans – soutenus par Doha – et des Salafistes – clients de Riyad – qui ont accaparé la quasi-totalité des moyens opérationnels de la rébellion armée en Syrie.

Quant à la livraison syrienne du leader kurde Öcalan à Ankara, elle s’explique, là-encore, par des contraintes de realpolitique régionale relativement compréhensibles au vu des intérêts syriens. Sous la plume de MD, elle s’inscrit dans la grande mythologie récurrente de « nos alliés kurdes » contre l’organisation « Etat islamique » et la résurgence de la question de l’indépendance du Kurdistan d’Irak, soutenue par Bernard Kouchner et Benjamin Netanyahou !

Au passage, MD s’étonne aussi que Damas soutienne « le camp d’un groupe terroriste palestinien d’un autre âge (le FPLP-CG) ». De fait, Damas soutient aussi d’autres organisations palestiniennes. Nombre de Palestiniens, habitants le camp de réfugiés de Yarmouk (banlieue sud de Damas) ont pris fait et cause pour la défense de la Syrie historique. A l’évidence, l’ignorance dont MD fait preuve sur le dossier ne l’autorise certes pas à juger des Palestiniens qui n’attendaient rien des Accords d’Oslo, ni de la pseudo-médiation américaine sur cette question bloquée par Tel-Aviv depuis le début des années 2000 !

Enfin, dans son insistance à vouloir affirmer une continuité d’« essence » morbide entre la Syrie d’Hafez al-Assad et celle de son fils Bachar, MD déplore l’intervention de « parrains étrangers » comme la Russie et le Hezbollah libanais. L’intervention militaire de ce dernier dans les Jurd de Qalamoud, Qoussair et Yabroud a sans conteste empêché Dae’ch et Jabhat al-Nosra de conquérir Tripoli et de disposer ainsi d’une façade méditerranéenne. En palliant aux insuffisances entretenues, notamment par Tel-aviv, de l’armée nationale libanaise, le Hezbollah a, sans doute, sauvé l’intégrité territoriale et politique du Pays du Cèdre. Quant au rôle de la diplomatie et de l’armée russes, qui correspond à un partenariat diplomatique et stratégique ancien et connu, nous renvoyons MD à la lecture du prochain livre de Maria Khodynskaïa-Golenichtcheva – Alep, la guerre et la diplomatie – à paraître le 20 octobre prochain aux éditions Pierre-Guillaume de Roux. Cette lecture salutaire du premier livre en français, écrit par une diplomate russe – expliquant les raisons, les objectifs et l’évolution du soutien russe à la Syrie – devrait lui apprendre pas mal de choses…

Evidemment, les ingérences de l’Arabie saoudite, du Qatar, des Etats-Unis et de services spéciaux britanniques et français armant des factions jihadistes obsédées par le renversement du gouvernement syrien a visiblement échappé à notre auteur si soucieux des souverainetés nationales.

DESASTRE FRANCAIS

Dans son deuxième paragraphe « Une perspective française », MD attribue – sans surprise – l’assassinat de l’ancien Premier ministre libanais Rafik Hariri aux services syriens. La rédaction de prochetmoyen-orient.ch a beaucoup travaillé la question, estimant que l’ami de Jacque Chirac avait été vraisemblablement tué par des Syriens, certes, mais pas par ceux que l’on croit.

A la mort d’Hafez al-Assad, Abdel Halim Khadam est devenu président par intérim du 10 juin au 17 juillet 2000, puis vice-président avant de faire brusquement défection et de s’installer avec sa famille à Paris. Plusieurs sources autorisées soupçonnent ce grand dignitaire sunnite d’avoir préparé un coup d’Etat contre Bachar avec l’aide de Ghazi Kanaan (ancien chef des services syriens au Liban) et de plusieurs généraux de l’armée syrienne. Avec l’appui de plusieurs services étrangers, ce cercle pro-saoudien aurait monté l’assassinat de Rafic Hariri, persuadé qu’un tel événement permettrait le renversement de Bachar al-Assad et leur prise de pouvoir. Certes, l’histoire reste à écrire, mais dans tous les cas de figures, MD devrait observer sur cette affaire une prudence, un tantinet plus diplomatique.

Quelques lignes plus loin, il écrit que les Russes ne connaissent la Syrie qu’au travers du « seul prisme des services de sécurité ou de la coopération militaire ». Nouveau flagrant délit d’ignorance, MD ne connaît visiblement pas les écrits de l’académicien russe Alexeï Mikhaïlovitch Vassiliev, ni rien des études syriennes que l’on doit à « l’école Primakov », du nom de cet ancien haut responsable du KGB surnommé le « Kissinger russe ». Spécialiste des Proche et Moyen-Orient, il a formé des générations d’islamologues, parmi lesquels ceux qui conseillent actuellement Sergueï Lavrov.

Un peu plus loin encore, notre ignorant récidiviste affirme qu’en « onze ans de règne, Bachar n’avait procédé à aucune réforme de nature politique ou sociale ». Faux et archifaux ! Conseillère d’Etat et directrice de l’ENA (2000-2002), Marie-France Bechtel a mené une mission d’études pour la réforme de l’administration syrienne. Plusieurs de ses recommandations avaient commencé à être mises en œuvre, notamment dans le secteur bancaire, avant d’être interrompues par la guerre civile. MD devrait lire aussi – Quand la Syrie s’éveillera – paru aux éditions Perrin en janvier 2011.

Conclusion du paragraphe : « Bachar s’est contenté d’ajouter une dimension affairiste omniprésente à partir de 2005 », avant d’affirmer encore un peu vite que « le régime bassiste est un régime alaouite ». Sur l’affairisme, élargissons le spectre aux pays de la région, notamment ceux du Conseil de coopération du Golfe (CCG), voire jusque sous nos yeux en commençant par le Luxembourg et notre président de la Commission européenne… Quant au « régime alaouite », rappelons seulement que le général Ali Mamlouk – numéro deux du gouvernement – est sunnite pur sucre et que de nombreuses personnalités chrétiennes, druzes et arméniennes occupent des postes de responsabilité.

Par contre, pas un mot sur la fermeture de notre ambassade à Damas en mars 2012 – sur ordre d’Alain Juppé – ni sur les conséquences de cette décision en matière de renseignement et de lutte contre le terrorisme. Dans le paragraphe suivant, MD écrit : « si le régime a paru parfois collaborer avec les services occidentaux tout en continuant en sous-main à alimenter le terrorisme, c’est qu’il ne croyait pas pouvoir scier la branche sur laquelle il était assis. Pourquoi en irait-il différemment aujourd’hui ? »

INGRATITUDE CARACTERISEE

Sur le renseignement, MD ferait mieux de s’abstenir. Un seul exemple : entre les deux tours de l’élection présidentielle française de 2007, la DST a pu arrêter un fou furieux en train de remplir d’explosifs des extincteurs qu’il s’apprêtait à déposer dans des bus de Nancy. Cette interpellation s’est effectuée grâce à des informations transmises – en ligne directe – par les barbouzes syriennes. D’autres cas concrets peuvent êtres cités. Malheureusement, cette coopération s’est interrompue de mars 2012 jusqu’à aujourd’hui, notre ambassade à Damas restant désespérément fermée !

En 2006, lorsqu’il a été nommé ambassadeur à Damas, MD arrivait de New York et savait à peine reconnaître la Syrie sur une carte. D’après ses collègues les plus proches, « il ne connaissait strictement rien au monde arabe et des cadres de la DGSE sont venus spécialement au Quai d’Orsay pour le déniaiser à plusieurs reprises, d’autant que la relation diplomatique bilatérale s’est fortement distendue depuis la mort de Rafic Hariri en février 2005 ». Une fois en poste, nos anges gardiens des services extérieurs n’ont cessé de lui rendre moult services, notamment pour répondre à des questions politiques posées par Nicolas Sarkozy auxquelles il était parfaitement incapable de répondre… A cette époque, MD a très bien compris l’importance et la toute-puissance des services spéciaux syriens, de même que la nécessité d’entretenir avec ces appareils d’Etat les meilleures relations.

L’auteur de ces lignes a rencontré MD à Damas à plusieurs reprises. Comparé au flamboyant Bernard Emié, qui officiait – tous azimuts avec succès – à Beyrouth (actuellement à la tête de la DGSE), MD rasait les murs, appliquant ses instructions à la lettre dans une grisaille confondante des plus ennuyeuses. Le moins que l’on puisse dire est qu’il a visiblement oublié un peu vite les « coups de main » des services français comme ceux de leurs homologues syriens. Comme le bon sens, la reconnaissance du ventre n’est pas la chose la mieux partagée au monde…

Plus tardive, sa révélation néo-conservatrice semble être due à des considérations de carrière : coller sans discernement à la ligne pro-saoudienne de Laurent Fabius permettait d’obtenir, à coup sûr, un prochain poste. Très logiquement, car devenu expert des missions les plus périlleuses, MD sera nommé à… Berne en 2012, tout près de la fosse aux ours !

SUITE A LIRE DANS LIBERATION ET LE MONDE

En effet, la suite et la chute du papier de MD ne sont que pâles reprises des perles propagandistes, régulièrement égrenées par Libération et Le Monde, bulletins officiels de la bobologie droits-de-l’hommiste : seul « le régime Assad a précipité des millions de Syriens sur les routes de l’exil » ; l’armée syrienne ne compte plus seulement que « 20 000 hommes » ; « les services de sécurité assurent un minimum de cohérence » ; la « rébellion nationale », dont MD ne dit rien de concret (et pour cause !), « paraît à peu près défaite ». Comment se fait-il ? A l’évidence, MD croit encore aujourd’hui qu’Alep était assiégée par l’armée gouvernementale syrienne et défendue par cette introuvable « rébellion nationale » !

Sans surprise, la conclusion de ce pensum consiste encore et toujours à réclamer le départ de Bachar al-Assad, comme si les différentes réunions d’Astana I, II, III, IV, V et VI n’avaient jamais eu lieu, comme si le représentant spécial des Nations unies – l’excellent Staffan de Mistura – n’avait rien fait, comme si c’était à la France de décider l’avenir politique de la Syrie ! Avec ce papier, Commentaire ne brille pas vraiment sur le plan de l’excellence géopolitique.

Une consolation toutefois : cette fois-ci, MD nous a épargné les citations élogieuses du roman de sa propre compagne dont il accompagnait régulièrement les laborieuses dissertations.

Le 14 mars 2016, prochetmoyen-orient.ch avait relevé plusieurs passages de cet improbable roman dans une note du Centre d’analyse et de prévision du Quai (CAP) rédigée par MD. L’ouvrage n’est en fait qu’une compilation de télégrammes diplomatiques (TD) relatant la défection de Moustapha Tlass (fils de l’ancien ministre de la Défense d’Hafez al-Assad) et son exfiltration de Syrie par les services spéciaux français. Ce n’est pas toujours en famille qu’on fait le meilleur travail, toujours est-il qu’on peut se demander pourquoi – et en vertu de quels soutiens – MD s’est retrouvé bombardé à la tête de l’Académie diplomatique de l’Aga Khan.

Aux personnes peu familières des cercles très fermés de notre diplomatie, cette réponse pourrait paraître excessive. En fait elle reste très en-deçà d’une réalité monopolisée par la pensée unique. La dernière livraison de Commentaire n’est pas un accident et confirme cette unanimité bêlante, qui des quotidiens, hebdomadaires aux radios, télévisions, think-tanks et réseaux numériques a-sociaux, reproduit la doxa d’une mondialisation merveilleuse. Sur la Syrie, les voix discordantes n’ont pas droit de cité et sont proprement censurées. Oui, la censure est de retour dans notre pays, c’est un fait malheureusement !

Enfin, il faut avoir pu mesurer l’arrogance de MD et celle de ses clones pour se rendre compte à quel point celle-ci est proportionnelle à une ignorance crasse et abyssale ! En dernière instance, on ne peut pas ne pas se demander qui sont ces gens pour prendre ainsi en otage la voix de la France ? Néanmoins, bonne lecture et à la semaine prochaine.

Richard Labévière

1 Commentaire, numéro 159 – automne 2017.
2 Louis Althusser : Réponse à John Lewis. Editions François Maspero, 1973.
3 A propos de la riposte de Hama contre les Frères musulmans, l’idéologie dominante avance toujours un bilan de 25 à 30 000 morts sans préciser les sources et la méthode permettant d’atteindre ce chiffre. Les experts et historiens sérieux avancent un tout autre bilan de 3 à 4000 victimes.

Source : Proche & Moyen Orient, Richard Labévière, 24-09-2017

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Moscou publie des photos de véhicules blindés US dans les zones de Daech en Syrie

25 Septembre 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #La nation ., #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La Russie, #La République, #Terrorisme, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #Daesch

Moscou publie des photos de véhicules blindés US dans les zones de Daech en Syrie

© Sputnik. Natalia Selivestrova
https://fr.sputniknews.com/international/201709241033186051-syrie-terrorisme-militaires-americains/

Le ministère russe de la Défense a publié une série de photos des zones de déploiement des extrémistes du groupe terroriste Daech  au nord de la ville syrienne de Deir ez-Zor.

«À l'aide de photographies aériennes prises pendant la période du 8 au 12 septembre 2017 dans les zones de déploiement des unités armées de Daech, on a pu détecter un grand nombre de véhicules blindés américains de type Hummer, qui équipent les forces spéciales des États-Unis», a écrit le ministère sur sa page Facebook.

FDS: «Les USA nous ont encore livré 120 camions d’armements»

Les photographies montrent clairement que les unités spécialisées américaines se trouvent dans des bases d’opérations équipées précédemment par des combattants de Daech.

Cependant, le ministère souligne l’absence de traces d'assaut, d'affrontements avec les terroristes de Daech ou de cratères laissés suite aux bombardements de l'aviation de la coalition internationale.

«Cela ne peut signifier qu'une chose: que tous les militaires américains qui s’y trouvent se sentent en toute sécurité dans des zones détenues par les terroristes», a précisé le ministère.

Les FDS reçoivent 60 camions d'armes lourdes américaines

Les unités des forces spéciales des Forces armées américaines assurent ainsi un avancement sans entrave des détachements des Forces démocratiques syriennes à travers les territoires où se trouvent les membres de Daech, selon le ministère russe de la Défense.

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La victoire sur les terroristes dévoilera les vrais objectifs des USA en Syrie

https://fr.sputniknews.com/international/201709241033183803-objectifs-usa-syrie/

Alors que Washington répète qu'il n'a que le but de combattre les terroristes en Syrie, la victoire sur Daech et le Front al-Nosra mettra les choses au clair, a déclaré le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov.

Quelles que soient les assurances données par le gouvernement américain, les véritables objectifs des États-Unis sur le sol syrien seront mis en lumière après que les terroristes auront été défaits, a affirmé le ministre russe des Affaires étrangères dans un entretien accordé à la chaîne russe NTV:

«Lorsque Daech sera défait, et le Front al-Nosra [rebaptisé Front Fatah al-Cham, ndlr] avec lui, nous comprendrons qui poursuit quels objectifs en Syrie.»

Entre-temps, la partie américaine, y compris le secrétaire d'État Rex Tillerson, tient à jurer qu'elle n'est fidèle qu'à son seul but d'éliminer le terrorisme sur le territoire syrien, a poursuivi le diplomate.

«Quand ce moment survient [la victoire sur les terroristes], est-ce que c'est vrai et si les États-Unis poursuivent des objectifs politiques», a résumé M.Lavrov.

Plus tôt dans la journée, le ministre syrien des Affaires étrangères Walid Mouallem a affirmé, à la tribune de l'Assemblée générale de l'Onu à New York, que le gouvernement syrien empêcherait toute atteinte à l'intégrité du pays et que toute présence d'une force armée étrangère dans le pays sans l'aval de Damas devait être considérée comme «une occupation, agression, violation du droit international et de la Charte des Nations unies».

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En août dernier, 93 Rohingyas hindous ont été massacrés par des terroristes islamistes rohingyas

18 Septembre 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Histoire, #La nation ., #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La mondialisation, #La guerre, #Le grand banditisme, #Terrorisme, #Daesch, #le nazisme

En août dernier, 93 Rohingyas hindous ont été massacrés par des terroristes islamistes rohingyas

 
Le nom « Rohingya » ne signifie pas celui d’une ethnie particulière mais d’une minorité parlant la langue bengali. Selon les critères communément accepté par les éthnologistes, une ethnie correspond à un groupe d’humains parlant une langue spécifique donc nous pouvons affirmer sans risques que les Rohingyas sont d’ethnie bengali. L’ethnie bengali est majoritaire au Bengladesh et dans l’Etat du Bengale Occidental situé en Inde. Ces deux entités étatiques ont été séparée lors de l’indépendance de l’Inde en 1947, la majorité des Musulmans se retrouvant dans ce qui était alors le Pakistan Oriental et qui est devenu le Bengladesh suite à la guerre d’indépendance de 1971, tandis que la majorité des Bengalis de religion hindou se retrouvait dans ce qui est l’Etat indien du Bengale Occidental dont la capitale est Calcutta. Mais, bien évidemment, il était quasiment impossible de réunir les membres d’une même religion dans un même ensemble étatique en se contentant de tracer une ligne frontalière et aujourd’hui, tandis que le Bengale Occidental possède une importante minorité musulmane, le Bengladesh possède quant à lui une importante minorité hindou.

Lors de la colonisation de la Birmanie au XIXème siècle, les Anglais se sont aperçu que l’immense majorité des Birmans refusaient de collaborer avec leur administration coloniale. Ils ont donc « importé » des Bengalis dans ce pays pour leur servir de flics. Vu que l’actuel Bengladesh est frontalier de la Birmanie, ce qui n’est pas le cas de l’Etat indien du Bengale Occidental, la grande majorité de ces « bengalis/rohingyas » anciens collaborateurs des colonialistes anglais étaient de confession musulmane. La majorité mais pas tous. Une minorité d’entre eux étaient de religion hindoue. Et ces derniers ont évidemment refusé de s’intégrer aux mouvements armés islamistes se revendiquant de l’Etat islamique ou d’Al Qaïda

Les 24 et 25 août 2017, 93 membres minoritaires hindous du village de Kha Maung Seik situé dans le district de Maungdaw, ont été abattus par des musulmans rohingyas, 8 jeunes femmes hindoues et 10 enfants, forcés de se convertir à l’Islam pour avoir la vie sauve, ont été kidnappés et conduits au Bangladesh à travers la frontière. Les 93 personnes qui ont été assassinées n’ont pas été classées comme tuées dans les annonces gouvernementales birmanes.

Les tueurs ont ensuite traversé la frontière pour se rendre au Bangladesh, se sont réfugiés dans un camp de réfugiés se trouvant là-bas, ont été soignés, et se promènent actuellement en portant les vêtements qu’ils ont volés aux victimes du massacre.

Ces « Bengalis/Rohingyas » hindous ont été massacrés par une foule musulmane de plusieurs centaines de personnes aux visages masqués, portant des armes à feu, des machettes, des haches et d’autres armes entre leurs mains. Les assassinats se sont produits dans les hameaux hindous des villages de Ye Bauk Kyar et Taung Ywar Anauk Kha Maung Seik les 27 et 28 août.

56 villageois hindous ont été tués dans le massacre du village de Ye Bauk Kyar qui s’est produit vers 4 heures de l’après-midi le 24 août, tandis que 37 autres Hindous ont été abattus dans le village voisin de Taung Ywar vers 10 heures du matin le 25 août. Le nombre des victimes de ces deux massacres correspond à 93. En regardant le calendrier des événements, le premier massacre du village de Ye Bauk Kyar a été lancé moins d’une demi-journée avant les attaques coordonnées nocturnes contre 30 avant-postes de sécurité par les terroristes islamistes rohingyas.

Une femme « bengali/rohingya » hindoue, Daw Khalwani, a témoigné sur ce massacre.

Daw Khalwani, une femme hindoue de 40 ans originaire de Ye Bauk Kyar, se dirigeait vers son village sans savoir que les musulmans « bengalis/rohingyas » y étaient en train de commettre un massacre. Alors qu’elle remarquait une agitation en se rapprochant du village, elle s’est cachée dans les buissons et a dû supporter l’horreur de voir ce qui se passait. A part son fils, qui était en voyage au Bangladesh à ce moment-là et elle-même, les six autres membres de sa famille ont été assassinés devant ses yeux.

Sous le choc et poussée par la peur, elle s’est furtivement dirigé vers le petit village hindou le plus proche, Taung Ywar, et a passé la nuit là-bas. Elle a raconté aux villageois ce qui venait de se passer au village de Ye Bauk Kyar, et cela a terrorisé ses interlocuteurs. S’enfuir pendant la nuit n’était pas une option raisonnable pour eux, car leur village était entouré de grands villages « rohingyas/bengalis » musulmans et ils savaient n’être pas en mesure de les traverser. Étant donné que la population totale du village, cette nuit-là, y compris les enfants et les vieilles personnes, ne comptait que 54 habitants, toute lutte était totalement impossible.

Dans la peur et l’impuissance, ils ont passé la nuit à prier car ils ne pouvaient pas sortir. Toutes les connexions téléphoniques étaient déjà mortes depuis trois jours. Ils ont essayé de se rassurer en pensant que ces musulmans « rohingyas/bengalis » étaient peut-être satisfaits de l’extermination d’un village hindou et qu’ils ne s’en prendraient pas à eux. (Pendant cette soirée sans sommeil, des terroristes « rohingyas/bengalis » ont lancé des attaques coordonnées contre une trentaine d’avant-postes de sécurité dans les cantons de Maungdaw, Buthidaung et Rathedaung).

Mais le lendemain, à 8 heures du matin, des centaines d’attaquants habillés en noir et portant des masques noirs, tous armés de fusils, de haches et de machettes se sont pointés à Taung Ywar. Ils ont commencé par piller les maisons et ont ensuite rassemblé les villageois. Tous les téléphones portables des villageois leur ont été confisqués. Ensuite, la foule armée les a conduit hors du village, vers le sud-ouest jusqu’à une petite vallée située près du village musulman de Baw Taw Lar. Sur place, il y avait une grande fosse sur le sol prête à servir.

Tous les prisonniers ont été attachés avec des cordes. Les prisonniers qui allaient être exécutés avaient les yeux bandés. Le massacre des prisonniers a été fait sans qu’il n’y ait eu de désordre, et les corps ont été jetés dans la fosse. Avec le meurtre de chaque malheureux prisonnier, les bourreaux criaient « Allah Akbar ».

Les bourreaux disaient aussi: « Vos bâtards recourent au peuple Rakhine et à l’armée birmane. Maintenant, allez demander à votre peuple Rakhine et à votre armée birmane de venir ici. Vous adorez des idoles de pierre. Vous méritez d’être tué. »

Témoignage de Daw Khalwani, une survivante du massacre (en langue bengali):

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Selon Emmanuel Macron, le temps de la souveraineté populaire est révolu par Thierry Meyssan

15 Septembre 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #La nation ., #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La mondialisation, #La République, #La finance dérégulée, #Le grand banditisme, #Daesch, #La lutte des classes, #Le fascisme, #l'horreur économique

Selon Emmanuel Macron, le temps de la souveraineté populaire est révolu

Prononçant un discours fondateur devant les plus hauts diplomates français, le président Macron a révélé sa conception du monde et la manière dont il entend utiliser les outils dont il dispose. Selon lui, il n’y a plus de souveraineté populaire, ni en France, ni en Europe, donc pas de démocraties nationales ou supra-nationale. Il n’y a plus non plus d’Intérêt collectif, de République, mais un catalogue hétéroclite de choses et d’idées composant des biens communs. Décrivant leur nouveau travail aux ambassadeurs, il les a informés qu’ils ne devraient plus défendre les valeurs de leur pays, mais trouver des opportunités d’agir au nom du Léviathan européen. Entrant dans le détail de certains conflits, il a décrit un programme de colonisation économique du Levant et de l’Afrique.

| Damas (Syrie)
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Participant à la traditionnelle semaine des ambassadeurs, le président Macron a prononcé son premier discours général de politique étrangère depuis son arrivée au palais de l’Élysée [1]. Toutes les citations entre guillemets de cet article en sont extraites. Le président n’a pas dressé de paysage des relations internationales actuelles, ni expliqué le rôle qu’il conçoit pour la France dans le monde, mais la manière dont il entend utiliser cet outil.

Selon lui, la France n’a pas été capable de s’adapter aux changements du monde depuis 1989, la chute du Mur de Berlin, la dissolution de l’Union soviétique et le triomphe de la globalisation états-unienne. Pour reconstruire le pays, il serait absurde de vouloir revenir à l’ancien concept de souveraineté nationale. Au contraire, il faut avancer en s’emparant des leviers disponibles. C’est pourquoi, aujourd’hui : « Notre souveraineté, c’est l’Europe ».

Certes, l’Union européenne est un monstre, « un Léviathan » [2]. Elle n’a pas de légitimité populaire, mais devient légitime lorsqu’elle protège ses ressortissants. Dans son format actuel, elle est dominée par le couple franco-allemand. Lui, Emmanuel Macron, et la chancelière Angela Merkel peuvent donc, ensemble, la gouverner. Ainsi a-t-il pu se rendre en Pologne, en sa qualité de président français, et, avec l’accord de sa partenaire allemande qui ne pouvait se permettre d’agresser la Pologne au regard de l’Histoire, y parler en tant que représentant implicite de l’Union, y insulter le Premier ministre, lui rappeler qu’elle n’est pas souveraine et la faire rentrer dans le rang européen.

D’ores et déjà, avec la chancelière, il a décidé d’agir dans quatre domaines :
- la protection des travailleurs ;
- la réforme du droit d’asile et la coopération européenne en matière migratoire ;
- la définition d’une politique commerciale et d’instruments de contrôle des investissements stratégiques ;
- le développement de l’Europe de la Défense.

Ces objectifs déterminent évidemment les politiques nationales de chacun des États membres, y compris la France. Par exemple, les ordonnances que son gouvernement vient de prendre sur la réforme du Code du Travail posent les limites minimales de la protection des travailleurs conformément aux instructions arrêtées depuis longtemps déjà par les fonctionnaires de Bruxelles. La coopération européenne en matière migratoire fixera les seuils d’hospitalité permettant de faire fonctionner l’industrie allemande [3], tandis que la réforme du droit d’asile fixera la capacité d’accueil de la France au sein de l’espace Schengen. L’Europe de la Défense permettra d’unir les armées de l’Union et de les intégrer collectivement aux ambitions de l’Otan.

Pour faire avancer plus rapidement l’Union européenne, la France et l’Allemagne organiseront des coopérations renforcées sur différents thèmes, en choisissant leurs partenaires à la carte. On conservera alors le principe de décision à l’unanimité, mais uniquement entre États présélectionnés comme étant déjà d’accord entre eux.

La cohésion de cet ensemble sera maintenue autour de quatre valeurs communes :
- « la démocratie élective et représentative,
- le respect de la personne humaine,
- la tolérance religieuse et la liberté d’expression,
- et la croyance au progrès ».
« La démocratie élective et représentative » ne s’appliquera qu’au niveau local (communautés de communes et régions administratives, les communes et les départements étant appelés à disparaître) puisqu’il n’y a plus de souveraineté nationale.
« Le respect de la personne humaine, la tolérance religieuse et la liberté » devront être compris au sens de la Convention de sauvegarde des droits de l’Homme et des libertés fondamentales, et non plus à celui de la Déclaration de 1789 pourtant placée en préambule de la Constitution.
« La croyance au progrès » permettra de mobiliser les ressortissants européens dans une période où chacun voit des pays aisés, au Moyen-Orient élargi, soudain rasés de la carte et renvoyés à l’âge de pierre.

La méthode Macron

La France devra utiliser l’outil européen pour s’adapter au « monde multipolaire et instable ». Étant entendu qu’il n’est pas question de rétablir l’alliance franco-russe que le président Sadi Carnot et l’empereur Alexandre III conclurent car l’Union européenne est le volet civil de l’Alliance militaire atlantique, il ne sert à rien de fonder la diplomatie française sur l’Histoire ou des valeurs.

Il convient au contraire de jouer le rôle de « contrepoids » afin de maintenir « les liens avec les grandes puissances dont les intérêts stratégiques divergent ». Comprenez bien, le président ne parle pas des intérêts qui divergent entre d’un côté les États-Unis et de l’autre la Russie et la Chine, mais de maintenir les liens que ces deux grandes puissances doivent entretenir avec les États-Unis.

« Pour cela il nous faut (…) nous inscrire dans la tradition des alliances existantes et, de manière opportuniste, construire des alliances de circonstances qui nous permettent d’être plus efficaces ». Le rôle des diplomates n’est donc plus de défendre à long terme les valeurs de la France, mais de flairer à court terme les opportunités, les bons coups à faire.

« La stabilité du monde »

Ce cadre de travail européen et cette méthode étant posés, la fonction de la diplomatie française sera à la fois d’assurer la sécurité des Français en participant à « la stabilité du monde », et de gagner de l’influence en défendant « les biens communs universels ».

Puisque depuis la chute du Mur de Berlin et la fin de la souveraineté nationale, il n’y a plus d’ennemi conventionnel, la France n’a plus besoin d’armée pour défendre son territoire. Par contre, elle doit faire face à un ennemi non-conventionnel, le « terrorisme islamiste », qui exige d’elle à la fois une police omniprésente et une armée de projection capable d’intervenir dans les foyers de terrorisme à l’étranger : la Syrie et l’Irak d’un côté, la Libye et le Sahel de l’autre. C’est évidemment ce changement d’objectif, et non pas une question budgétaire, qui a conduit le président Macron à limoger le chef d’état-major des armées. Il reste à réformer la police.

La France continuera à protéger ses ressortissants musulmans tout en maintenant dans son discours un lien entre l’idéologie politique islamiste et la religion musulmane. Elle pourra de la sorte continuer à surveiller la pratique du culte musulman, l’encadrer, et de facto influer ses fidèles.

La lutte contre le terrorisme, c’est aussi l’asséchement de son financement, que la France poursuit au travers de nombreuses institutions internationales ; étant entendu que, du fait « des crises régionales et des divisions, des divisions en Afrique, et des divisions du monde musulman », certains États participent secrètement à ce financement. Or, premièrement le terrorisme n’étant pas des hommes mais une méthode de combat, et secondement les actions terroristes étant considérablement mieux financées depuis que l’on prétend l’interdire, il est évident que ce dispositif a été mis en place par Washington non pas contre les Frères musulmans, mais contre l’Iran. Bien que cela n’ait apparemment aucun rapport avec le financement du terrorisme, le président Macron aborde alors la question de l’antagonisme saoudo-iranien, pour prendre le parti de l’Arabie saoudite et condamner l’Iran.

Depuis les attaques de Daesh contre « nos intérêts, nos vies, notre peuple », la paix en Irak et en Syrie constitue « une priorité vitale pour la France ». D’où le changement de méthode en cours depuis le mois de mai : certes, Paris « avait [été] mis à l’écart » des négociations d’Astana, mais il fait aujourd’hui « avancer concrètement la situation » en discutant, un à un, avec les participants des réunions Astana. Il les a convaincus d’adopter l’objectif fixé de longue date par le président Obama : l’interdiction des armes chimiques et l’accès humanitaire aux zones de conflits. Enfin, la France a créé un « groupe international de contact » qui se réunira à l’occasion de l’Assemblée générale de l’Onu autour de Jean-Yves Le Drian. Le retour de la Syrie à l’état de Droit « devra s’accompagner de la justice pour les crimes commis, notamment par les dirigeants de ce pays ».

Le président Macron opère ainsi un retour en arrière par rapport à ses déclarations précédentes. il ne s’agit plus comme il l’avait laissé entendre lors d’une interview au JDD, d’accepter la République arabe syrienne et de l’épauler contre Daesh, mais au contraire de poursuivre le double jeu antérieur : utiliser le prétexte humanitaire pour continuer à approvisionner les jihadistes en armes contre Damas. L’annonce du jugement des dirigeants syriens équivaut à celle de la défaite de la République arabe syrienne, puisque jamais, absolument jamais, un État n’a jugé pour crime de guerre des généraux victorieux. Le président Macron ne précise pas quel tribunal devra juger ces dirigeants, mais sa formulation renvoie au plan du directeur des Affaires politiques de l’Onu, Jeffrey Feltman, qui prévoyait dès 2012 (c’est-à-dire avant la guerre généralisée) la « condamnation » de 120 dirigeants syriens ; un plan qui avait été rédigé sous la direction d’un fonctionnaire de Madame Merkel, Volker Perthes [4].

Concernant la Libye et le Sahel, le président Macron a rappelé son initiative de La-Celle-Saint-Cloud, au cours de laquelle il a rapproché le « Premier ministre libyen » Fayez Sarraj et le « chef de l’armée nationale libyenne » Khalifa Haftar ; sommet où il avait assuré les deux hommes du soutien de l’Union européenne à la conditions qu’ils passent par pertes et profits la mystérieuse disparition de 100 milliards de dollars du Trésor national libyen [5].

La première conséquence du renversement de la Jamahiriya arabe libyenne fut la déstabilisation du Mali, pays dont elle subventionnait très largement l’économie [6]. Il s’est alors divisé en deux : d’un côté les sédentaires mandés, de l’autre les nomades touaregs. L’intervention militaire française a prit acte de ces faits et a stoppé leurs conséquences immédiates sur les civils. Le G5-Sahel a été créé par la France pour stopper les conséquences de la guerre contre la Libye et prévenir l’affrontement entre noirs et arabes que seul Mouamar Kadhafi était parvenu à contenir. L’alliance pour le développement du Sahel vise, quant à elle, à remplacer —avec de bien plus faibles moyens— le programme d’aide au développement que la Libye avait développé dans cette région. L’ensemble de ces mesures assurera la stabilité de cette partie de l’Afrique jusqu’à ce que, dans une dizaine d’années, le Pentagone mette en œuvre son plan d’extension du chaos au continent noir [7].

Le président Macron évoque la déclaration commune qu’il vient de faire adopter par des partenaires d’Afrique et d’Europe instituant des bureaux d’immigration européens sur le continent africain. Il s’agit de trier au départ les migrants qui seront acceptés par l’Union et d’en finir avec les parcours de l’exode. « Les routes de la nécessité doivent devenir des chemins de la liberté » ; une formule qui résume la pensée présidentielle : l’Afrique, c’est la nécessité, l’Europe, c’est la liberté.

Pour Emmanuel Macron, « rétablir la sécurité » en Afrique passe par les trois D : « Défense, Développement et Diplomatie », c’est-à-dire la présence de l’armée de projection française, les investissements français et l’administration française ; le programme classique de la colonisation économique.

La défense des biens communs

Loin de négliger l’atout que représentent la francophonie et le tourisme, le président Macron y a consacré de longs développements. À ce sujet, il a impulsé l’idée de profiter du système juridique français pour étendre l’influence du pays. Ce faisant, il reprend à son compte la « doctrine Korbel », selon laquelle la manière dont un traité est rédigé étend l’influence du pays qui en a conçu les concepts ; doctrine appliquée par sa fille, Madeleine Albright, puis par sa fille adoptive, Condoleezza Rice, pour transcrire en droit anglo-saxon les traités internationaux.

Le premier bien commun, c’est la planète.

Ce discours a été prononcé durant la « semaine des ambassadeurs » au cours de laquelle le président est venu expliquer à son personnel que, désormais la fonction première de son administration était la diplomatie économique. Lorsqu’il était ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius avait eu l’idée de mobiliser le réseau diplomatique français pour développer les exportations. Il avait pour cela créé Business France, un établissement public à la tête duquel il avait placé Muriel Pénicaud. Celle-ci utilisa l’argent public qui lui était confié pour lancer la campagne électorale d’Emmanuel Macron à l’étranger, ce qui lui vaut des démêlés actuels avec la Justice. Elle est aujourd’hui ministre du Travail et a rédigé les ordonnances fixant la « protection des travailleurs ». Laurent Fabius quant à lui, est devenu président du Conseil constitutionnel. C’est à ce titre —et en violation du rôle que lui attribue la Constitution— qu’il a rédigé un Pacte pour l’environnement que le président Macron présentera aux Nations Unies.

Le deuxième bien commun, c’est la paix.

À travers « l’Europe de la Défense », le président Macron entend « donner un nouveau souffle » à l’Otan. L’Alliance vise en effet à la promotion de « la paix » comme on le voit en Afghanistan, en Irak, en Libye, en Syrie et en Ukraine.

Le troisième bien commun, ce sont la Justice et les libertés

Le président Macron, qui avait préalablement évoqué les valeurs communes de l’Union européenne que sont « le respect de la personne humaine, la tolérance religieuse et la liberté d’expression », assure désormais que « la place des femmes, les libertés de la presse, le respect des droits civils et politiques » sont des valeurs universelles. Il n’a malheureusement pas précisé la distinction qu’il opère entre celles qui sont européennes et celles qui sont universelles. Bien qu’il se pique de philosophie depuis sa rencontre avec Paul Ricoeur, il semble ne pas avoir réfléchi à la philosophie politique et confond dans son discours le Droit humanitaire avec les Droits de l’homme, et à ce propos leur signification anglo-saxonne (protection de l’individu face aux abus de l’État) et leur signification française (responsabilités des hommes, des citoyens et de la Nation).

Le quatrième bien commun, c’est la culture.

Le président Macron avait déclaré durant sa campagne électorale qu’il n’y a pas de culture française, mais de la culture en France. Identiquement, il ne conçoit pas la culture en général comme un développement de l’esprit, mais comme un ensemble de biens marchands. C’est pourquoi, il poursuivra l’œuvre de son prédécesseur pour la protection des biens culturels, et pas des gens, sur les théâtres de guerre.

Conclusion

Il faudra beaucoup de temps pour tirer toutes leçons de la vision du monde du président Macron.

Le point le plus important reste que, selon lui, le temps de la souveraineté populaire est passé aussi bien pour les Français que pour les Européens en général. L’idéal démocratique peut se poursuivre au niveau local, mais est vide de sens au niveau national.

Secondairement, sa conception du Bien commun (res publica), auquel tous les régimes politiques —qu’ils soient monarchique, impérial ou républicain— furent attachés, semble également d’un autre temps. Dans leur optique, il s’agissait de servir —ou de prétendre servir— un intérêt collectif. Certes, Emmanuel Macron évoque la Justice et les libertés, mais c’est pour immédiatement placer ces nobles idéaux au même niveau que des objets, comme la Terre et les produits culturels marchands, et un déshonneur, la vassalité à l’Otan. Il semble donc que la République aussi soit morte.

À l’issue de cet exposé, l’auditoire a chaleureusement applaudi. Ni la presse nationale, ni les leaders d’opposition n’ont émis d’objection.

[1] « Discours d’Emmanuel Macron à la semaine des ambassadeurs de France », Emmanuel Macron, Réseau Voltaire, 29 août 2017.

[2] Léviathan, Thomas Hobbes, 1651.

[3] « Comment l’Union européenne manipule les réfugiés syriens », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 2 mai 2016.

[4] « L’Allemagne et l’Onu contre la Syrie », par Thierry Meyssan, Al-Watan (Syrie), Réseau Voltaire, 28 janvier 2016.

[5] « Macron-Libye : la Rothschild Connection », Manlio Dinucci, Traduction Marie-Ange Patrizio, Il Manifesto (Italie) , Réseau Voltaire, 1er août 2017.

[6] « La guerre contre la Libye est une catastrophe économique pour l’Afrique et l’Europe », entretien avec Mohammed Siala, Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 3 juillet 2011.

[7] « Le projet militaire des États-Unis pour le monde », par Thierry Meyssan, Haïti Liberté (Haïti) , Réseau Voltaire, 22 août 2017.

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En Syrie, le plus grand fiasco de la CIA ? Par Maxime Chaix

15 Septembre 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Histoire, #La nation ., #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La Russie, #Terrorisme, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #Daesch

En Syrie, le plus grand fiasco de la CIA ?


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Alors qu’il n’est plus tabou de critiquer le rôle trouble des puissances moyen-orientales dans le renforcement des réseaux djihadistes au Moyen-Orient, la coresponsabilité de leurs partenaires de l’OTAN ne peut et ne doit plus être éludée.


Récemment, le Washington Post a annoncé la fin du soutien de la CIA en faveur des rebelles « modérés », confirmant qu’en 2015, ceux-ci menaçaient de renverser Bachar el-Assad mais que cette issue chaotique fut empêchée par l’intervention militaire directe de la Russie cette même année. Chaotique, car le chroniqueur du Post, David Ignatus, vient de souligner dans ce même journal que Washington et ses alliés ne pouvaient proposer d’alternative politique viable, démocrate et modérée face au gouvernement syrien.

D’après le spécialiste de la Syrie Charles Lister, qui regrette ouvertement la fin de cette guerre secrète coordonnée par la CIA, l’Agence aurait constitué une force de 45 000 combattants à travers cette opération, dont nous savons depuis janvier 2016 qu’elle a pour nom de code « Timber Sycamore ».

Or, comme le rappelle l’universitaire américain Joshua Landis, ces rebelles « modérés » appuyés par la CIA et ses partenaires ont combattu jusqu’en janvier 2014 aux côtés de la milice terroriste qui allait devenir l’« État islamique » (EI) six mois plus tard, lors de la proclamation du « califat » par Abou Bakr al-Baghdadi. Cet argument est confirmé par l’expert de la Syrie Fabrice Balanche, qui a souligné à l’auteur de ces lignes que « les rebelles n’ont combattu Daech qu’à partir de l’hiver 2013-2014. Avant cette période, ils étaient main dans la main avec cette organisation. » 

Depuis qu’ils ont rompu avec l’EI, ces groupes soutenus par la CIA et ses alliés se sont majoritairement coordonnés avec la branche d’al-Qaïda en Syrie, qui s’est appelée le Front al-Nosra jusqu’en juillet 2016, avant de changer de nom et de rompre superficiellement son allégeance au réseau de feu Oussama ben Laden.

 

Comme le New York Times le soulignait en octobre dernier, lors de la bataille finale pour la reprise d’Alep-Est, « onze parmi la vingtaine de groupes rebelles menant l’offensive ont été approuvés par la CIA et ont reçu des armes de l’Agence, d’après Charles Lister, un chercheur et spécialiste de la Syrie au Middle East Institute, à Washington. […] Monsieur Lister et d’autres experts ont déclaré que la vaste majorité des factions rebelles approuvées par les États-Unis à Alep combattaient en pleine ville, et qu’ils pilonnaient massivement les troupes du gouvernement syrien en appui des combattants affiliés à al-Qaïda, qui se chargeaient de l’essentiel des combats sur la ligne de front. “La triste vérité, cependant, est que ces groupes soutenus par les États-Unis [et leurs alliés] restent d’une manière ou d’une autre dépendants des factions affiliées à al-Qaïda dans ces opérations, en termes d’organisation et de puissance de feu”, selon l’experte Genevieve Casagrande, une spécialiste de la Syrie au sein de l’Institute for the Study of War à Washington. »

Comment la CIA et ses alliés ont soutenu le djihad en Syrie

Plusieurs éléments troublants sont à relever dans cette opération. Tout d’abord, sachant que les États-Unis se revendiquent en guerre contre le terrorisme depuis septembre 2001, appuyer pendant près de cinq ans des groupes qui combattent aux côtés d’al-Qaïda n’a pas semblé poser problème aux décideurs américains et à leurs alliés occidentaux – ce qui est pour le moins déroutant.

Et comme l’a pertinemment souligné Joshua Landis, le gouvernement des États-Unis savait depuis le milieu de l’année 2012 que les armes livrées massivement par la CIA et une quinzaine de services spéciaux depuis la Turquie et la Jordanie équipaient principalement des groupes djihadistes, un processus dévoilé par le New York Times en octobre 2012.

Comme l’auteur de ces lignes avait eu l’occasion de le défendre, le réseau qui a majoritairement bénéficié de ces milliers de tonnes d’armements a été le Front al-Nosra ; ce fut d’ailleurs le cas jusqu’à récemment dans le gouvernorat d’Idleb, dont la capitale vient d’être prise par cette organisation, aujourd’hui rebaptisée Hayat Tahrir al-Cham.

Ces graves dérives ont été notamment confirmées par le journaliste spécialisé Gareth Porter, dans un article explicitement intitulé « Comment les États-Unis ont armé des terroristes en Syrie ». « Cet afflux massif d’armes [coordonné par la CIA] vers le territoire syrien, ainsi que l’entrée de 20 000 combattants étrangers dans ce pays – et ce principalement depuis la Turquie –, ont largement défini la nature de cette guerre », a souligné Gareth Porter en se référant au vaste réseau de trafic d’armes mis en place par la CIA et ses alliés depuis les Balkans et la Libye, de même qu’à l’acquisition de 15 000 missiles TOW made in USA par l’Arabie saoudite. Fabriqués par Raytheon, ces missiles antichars ont été introduits en masse dans ce conflit à partir de 2014, et les pertes infligées aux forces syriennes avec ces armements auraient été le principal facteur de l’intervention militaire russe au début de l’automne 2015.

Dans cet article solidement documenté, Gareth Porter ajoute que « les armes [injectées par la CIA et ses partenaires dans le conflit syrien] ont contribué à faire de la branche d’al-Qaïda en Syrie […] et de ses proches alliés la plus puissante des forces anti-Assad dans ce pays – et elles ont aussi permis l’émergence de Daech ».

 

Rappelons qu’à l’origine, le Front al-Nosra et le futur « État islamique » ne faisaient qu’un avant leur scission au printemps 2013, qui déboucha sur une guerre fratricide entre ces deux factions. Plus exactement, les combattants majoritairement irakiens de ce qui était alors appelé l’« État islamique d’Irak » (EII) ont fondé, à partir de l’été 2011, la milice qui allait devenir le Front al-Nosra en janvier 2012.

Encore aujourd’hui à la tête de ce réseau, leur leader, Mohammed al-Joulani, un djihadiste syrien ayant affronté la coalition de George W. Bush en Irak, avait été chargé par Abou Bakr al-Baghdadi de combattre les forces de Bachar el-Assad en 2011. D’après Foreign Policy, lors de cette scission d’avril 2013 entre ces deux entités terroristes, « une large majorité de commandants et de combattants d’al-Nosra en Syrie ne suivirent pas [leur chef al-Joulani] » et prêtèrent allégeance au futur « calife » d’al-Baghdadi, ce qui aurait représenté « jusqu’à 15 000 combattants sur environ 20 000 », d’après une estimation du chercheur Fabrice Balanche.

Toujours selon Foreign Policy, « partout dans le nord de la Syrie, Daech s’empara des quartiers généraux d’al-Nosra, des caches de munitions et des dépôts d’armes » durant cette séparation, qui conduisit à la création de l’« État islamique en Irak et au Levant » (EIIL), rebaptisé « État islamique » au milieu de l’année suivante.

En d’autres termes, le gigantesque trafic d’armes et de munitions organisé par la CIA pour équiper les rebelles en Syrie a, directement ou non, profité à Daech et favorisé sa montée en puissance dès janvier 2012. Le fait que si peu d’experts et de journalistes occidentaux l’aient souligné (ou remarqué) est incompréhensible.

Derrière l’alibi des « rebelles modérés »

Même conséquence pour le versant « formation militaire » de ce programme de l’Agence et de ses alliés, qui a conduit les Forces spéciales détachées auprès de la CIA à entraîner malgré elles une forte proportion de djihadistes officieusement affiliés à al-Nosra ou à Daech – selon des sources anonymes du SOCOM et de l’Agence qui étaient directement impliquées dans cette opération.

En clair, de nombreux mercenaires anti-Assad recrutés par la CIA ont dissimulé leur appartenance à (ou leur attrait pour) ces groupes terroristes, le processus de sélection des combattants étant particulièrement laxiste. Or, la simple existence de cette procédure a permis à la CIA de maintenir une façade de respectabilité en affirmant qu’elle ne formait que des « rebelles modérés ».

En réalité, pour quiconque s’affranchit de cette notion orwellienne, les dynamiques de cette opération peuvent être résumées ainsi : supervisés par la CIA et quatorze autres services spéciaux, dont ceux de la France, du Royaume-Uni, d’Israël, de la Turquie, de l’Arabie saoudite et du Qatar, le financement, la formation et l’approvisionnement en armes des rebelles depuis les territoires turc et jordanien ont profité à l’ensemble des groupes armés, y compris à Daech et au Front al-Nosra.

En des termes plus parlants, qui sont ceux du spécialiste Sam Heller, « la majeure partie du soutien américain fut dirigée vers des factions de l’“Armée syrienne libre” (ASL), qui ont en fait servi d’auxiliaires et de sources d’armements à de plus puissantes factions islamistes et djihadistes, dont la branche d’al-Qaïda en Syrie ».

Ces dérives ne furent toutefois pas systématiquement intentionnelles. L’exemple de « Cheg Cheg », devenu le plus grand trafiquant d’armes syrien durant cette guerre, pourrait l’illustrer. Mort dans l’explosion de son véhicule en avril 2016, ce baron de la contrebande d’armements avait vendu à des intermédiaires bédouins un certain nombre d’armes issues des bases supervisées par la CIA, dont la mise en place en Turquie et en Jordanie avait dynamisé ses affaires. Or, ces intermédiaires les avaient achetées pour le compte du malnommé « État islamique », ce que « Cheg Cheg » n’ignorait pas

À l’origine de ces révélations, le quotidien émirati TheNational.ae évoqua des transferts « involontaires » d’armements de la CIA et de ses alliés vers l’EI, à travers les réseaux de « Cheg Cheg ». Pourtant, selon différentes enquêtes approfondies, dont une récemment publiée par le JDD, il ne fait plus aucun doute que les services spéciaux des pétromonarchies du Golfe – essentiellement ceux de l’Arabie saoudite – ont sciemment armé Daech en Syrie comme en Irak, en particulier via une ligne d’approvisionnement Balkans-Moyen-Orient mise en place avec l’aide discrète de la CIA à partir de janvier 2012.

Ambassadeur américain en Syrie de 2011 à 2014, Robert S. Ford est persuadé de l’implication de l’Agence dans ces manœuvres, qui furent d’après lui « strictement confinées aux réseaux des services secrets ». Étonnamment, cette enquête du JDD ne fait pas mention de ce rôle central de la CIA dans la création de ce trafic d’armes produites dans les Balkans. Toutefois, son auteur a répondu à une demande de clarification en soulignant que « les propos de Robert S. Ford, qui s’est exprimé plus en détail sur ce sujet dans le New York Times, portent davantage sur l’approvisionnement en armes du Front al-Nosra… dont a ensuite profité Daech. »

Une telle franchise est malheureusement trop rare dans les médias occidentaux, et en particulier francophones. En réalité, alors qu’il n’est plus tabou de critiquer le rôle trouble des puissances moyen-orientales dans le renforcement des réseaux djihadistes en Irak et au Levant, la coresponsabilité de leurs partenaires de l’OTAN dans ces politiques catastrophiques ne peut et ne doit plus être éludée par les médias.

L’opération Timber Sycamore : un fiasco historique

Pour dresser le bilan de cette désastreuse politique, que la majorité de la presse occidentale a dissimulée au profit d’une narration séduisante impliquant des rebelles « modérés » n’ayant qu’un poids limité sur le terrain, on peut dire que la CIA et ses partenaires ont imposé à la Syrie une guerre secrète meurtrière, et que celle-ci a eu comme conséquence des dizaines de milliers de morts dans les rangs de l’armée syrienne et de leurs alliés, ainsi qu’un nombre indéterminé de victimes civiles, de blessés, de réfugiés et de déplacés internes.

Cette coresponsabilité majeure des puissances occidentales dans ce conflit a été durablement occultée du débat public, à travers ce qui pourrait être considéré un jour comme l’un des plus grands échecs collectifs de l’histoire du journalisme contemporain.

Bien qu’indiscutablement condamnable, le gouvernement Assad a bénéficié d’un soutien populaire suffisant pour tenir face à la rébellion, et il s’est maintenu au pouvoir grâce à l’intervention décisive de la Russie, ce qui n’avait pas été anticipé par les stratèges d’Obama.

Censées être en guerre contre le jihadisme depuis l’automne 2001, les puissances occidentales ont fait le pari cynique de couvrir diplomatiquement et d’aider militairement leurs alliés régionaux dans leur soutien en faveur de groupes extrémistes éprouvant la même détestation à l’égard de notre modèle démocratique qu’envers l’État syrien laïc et ses alliés russes et chiites.

Provoquant un véritable désastre humanitaire, la fulgurante montée en puissance de Daech en 2014 est en bonne partie la conséquence de cette politique inconsciente et court-termiste, dont l’Arabie saoudite a été le principal financeur – le rôle de nos « alliés » turc et pétromonarchiques dans l’essor du djihad armé dans cette région (et au-delà) n’ayant d’ailleurs jamais fait l’objet d’une quelconque protestation officielle de la part d’États occidentaux pourtant frappés par le terrorisme.

Après d’innombrables hésitations, ces derniers ont fini par accepter le réel. De ce fait, ils ont progressivement abandonné l’objectif de renverser Bachar al-Assad ; et ils ont mis en priorité la lutte contre un monstre Frankenstein en grande partie engendré par leurs propres errements stratégiques et diplomatiques, encouragés dans ces dérives par leurs « alliés » néo-ottomans et wahhabites.

À l’aune du sévère bilan que l’on peut dresser de l’interventionnisme occidental au Moyen-Orienten Asie centrale et en Afrique du Nord, il serait plus que jamais salutaire que les journalistes, les experts et d’éventuels lanceurs d’alertes dénoncent plus explicitement le rôle majeur de nos États dans l’élaboration, la conduite et la dissimulation de ces politiques clandestines inconsidérées. 

En attendant, espérons que le potentiel aggiornamento du président français Emmanuel Macron sur le dossier syrien, et la conclusion du programme anti-Assad de la CIA décrétée par son homologue américain, marquent la fin durable de ces stratégies aventuristes à l’origine de tant de souffrances et de destructions – officiellement imposées au nom de la démocratie, de la paix et des droits de l’homme.

Dans tous les cas, au regard des conséquences dramatiques de cette ultime guerre secrète de la CIA – que le Washington Post avait décrite en juin 2015 comme étant « l’une [de ses] plus vastes opérations clandestines » –, il n’est pas impossible que les historiens la considèrent un jour comme le plus grand fiasco de l’Agence ; un désastre aux conséquences potentiellement plus graves que celles de la baie des Cochons, ou de la tentative de recrutement de deux futurs pirates de l’air du 11 septembre par la CIA et les services secrets saoudiens. Comme l’avait relaté un ex-agent spécial du FBI à l’auteur de ces lignes, cette opération illégale conduisit l’Agence à dissimuler à la police fédérale la présence de ces hommes de Ben Laden aux États-Unis, ce qui aurait empêché le Bureau de déjouer ces attentats.

Visiblement, cette tragédie était bien loin dans les mémoires des responsables du programme Timber Sycamore, qui ont massivement armé la nébuleuse terroriste contre laquelle les autorités américaines et leurs alliés se revendiquent en guerre depuis 2001.          

                       

– Maxime Chaix est traducteur et journaliste indépendant, spécialisé dans les domaines du renseignement, des opérations clandestines, des questions stratégiques, de la criminalité financière et du terrorisme global. Il est diplômé d’un Master 2 « Histoire, théorie et pratique des droits de l’Homme » à la Faculté de Droit de Grenoble. En 2015, il a lancé son propre siteafin de regrouper ses différents articles et traductions. Depuis 2014, il a notamment écrit pour defensa.orgParis Match, et le Club de Mediapart.

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Consternation en Occident : la guerre en Syrie touche à sa fin et Assad semble en sortir vainqueur par Robert FISK (The Independent)

12 Septembre 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Europe supranationale, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La Russie, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #Daesch, #Terrorisme

11 septembre 2017

Consternation en Occident : la guerre en Syrie touche à sa fin et Assad semble en sortir vainqueur (The Independent)

Robert FISK

Nous étions tous occupés à attendre tous que Trump lance la Troisième Guerre mondiale, et nous n’avons pas vu que la carte de la guerre au Moyen-Orient avait considérablement changé. Il faudra des années pour reconstruire la Syrie et l’Irak (et le Yémen), et les Israéliens seront peut-être obligés d’aller demander à Poutine de les tirer du pétrin dans lequel ils se sont fourrés.

Un message est arrivé de Syrie sur mon téléphone portable la semaine dernière. « Le général Khadour a tenu sa promesse », disait-il. Je savais ce que cela signifiait.

Il y a cinq ans, j’ai rencontré Mohamed Khadour qui commandait quelques soldats syriens dans une petite banlieue d’Alep, sous le feu de combattants islamistes à l’est de la ville. À l’époque, il m’avait montré sa carte. Il reprendrait ces rues dans 11 jours, m’avait-il dit.

Et puis, en juillet de cette année, j’ai rencontré Khadour à nouveau, à l’est du désert syrien. Il allait, m’a-t-il dit, entrer dans la ville assiégée de Deir ez-Zor avant la fin du mois d’août. Je lui ai rappelé, un peu cruellement, que la dernière fois qu’il m’avait dit qu’il reprendrait une partie d’Alep en 11 jours, il avait fallu plus de quatre ans à l’armée syrienne pour le faire. C’était il y a longtemps, m’a-t-il répondu. À l’époque, l’armée ne savait pas se battre dans une guerre de guérilla. L’armée était formée pour reprendre Golan et défendre Damas. Mais depuis, selon lui, ils avaient appris.

Et c’est bien vrai ! Dans le désert, Khadour m’a dit qu’il allait bombarder la ville de Sukhna - les Russes le feraient en grande partie - et que ses troupes syriennes entreraient dans Deir ez-Zor encerclé par l’EI depuis trois ans, pour libérer les 80 000 civils et 10 000 soldats assiégés. Khadour a dit qu’il atteindrait Deir ez-Zor avant le 23 août. Il a tenu ses engagements à peu de choses près. Maintenant, il se dirige vers les autres parties de Deir ez-Zor et vers la frontière syrienne-irakienne.

Comme Alep est déjà entre les mains du gouvernement et que la province d’Idlib est devenue la poubelle des rebelles islamistes (y compris d’Al-Qaïda) qui ont été autorisés à s’y réfugier après s’être rendus et avoir quitté les parties des villes syriennes qu’ils détenaient, il semble donc que, lorsque Deir ez-Zor sera reprise et que Khadour sera parvenu à la frontière, ce qui a toujours été impensable en Occident se sera produit : les forces de Bashar al-Assad auront gagné la guerre.

Et il ne « semble » pas seulement d’ailleurs. Hassan « Tigre » Saleh, l’officier préféré de la Syrie, dont le ministre russe de la Défense a parlé deux fois, est arrivé à l’endroit de Deir ez-Zor où se trouve la brigade 137 de l’armée syrienne et s’est joint à elle dans le combat, pendant que Khadour, son commandant (et ami), se prépare à libérer la base aérienne de la ville.

Combien de personnes se souviennent du jour où les Américains ont bombardé les soldats syriens près de cette base aérienne et ont tué plus de 60 d’entre eux, ce qui a permis à l’EI de la couper du reste de la ville ? Les Syriens n’ont jamais cru que les Américains avoient commis une « erreur » comme ils le prétendaient. Les Russes ont été les seuls à dire à l’armée de l’air américaine qu’elle était en train de bombarder des forces syriennes.

Les Britanniques semblent déjà avoir reçu le message. Ils ont rapatrié subrepticement leurs entraîneurs militaires la semaine dernière - ces hommes avaient l’intention de préparer les « 70 000 rebelles » mythiques de David Cameron qui devaient soi-disant renverser le gouvernement d’Assad. Même le rapport de l’ONU selon lequel le régime avait tué plus de 80 civils lors d’une attaque au gaz, cet été, a peu retenu l’attention des politiciens européens qui avaient pourtant l’habitude de monter en épingle les crimes de guerre en Syrie et qui ont soutenu l’attaque de missiles de croisière de Donald Trump contre une base aérienne syrienne.

Et qu’en est-il d’Israël ? Voici une nation qui comptait vraiment sur l’élimination d’Assad, allant jusqu’à bombarder ses forces et celles de ses alliés du Hezbollah et de l’Iran, tout en prodiguant des soins médicaux aux combattants islamistes de Syrie dans les villes israéliennes. Pas étonnant que Benjamin Netanyahou se soit montré si « agité » et « émotif » - selon les Russes - lorsqu’il a rencontré Vladimir Poutine à Sotchi. L’Iran est l’allié stratégique de la Russie dans la région, a déclaré M. Poutine. Israël est un « partenaire important » de la Russie. Ce qui n’est pas tout à fait la même chose - et pas du tout ce que Netanyahou voulait entendre.

Les victoires des Syriens se succèdent les unes après les autres, et cela signifie que l’armée syrienne est maintenant l’une des armées les plus « endurcies » de la région, ses soldats se battent pour leur vie et sont maintenant bien entraînés à la coordination des troupes et du renseignement à partir d’un seul quartier général de commandement. Comme l’a expliqué, cette semaine, Sharmine Narwani, une ancienne chercheuse associée de St Antony’s College, cette alliance est maintenant soutenue par deux membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU, la Russie et la Chine.

Alors, que va faire Israël ? Netanyahou a été tellement obsédé par le programme nucléaire iranien qu’il n’a manifestement jamais imaginé – tout comme Obama, Hillary Clinton, Trump, Cameron, May, Hollande et d’autres membres des élites politiques d’Occident – qu’Assad pouvait gagner, et qu’une armée irakienne plus puissante pouvait également sortir des décombres de Mossoul.

Netanyahou soutient encore les Kurdes, mais ni la Syrie, ni la Turquie, ni l’Iran, ni l’Irak, n’ont aucun intérêt à soutenir les aspirations nationales kurdes - malgré l’utilisation par les Américains des miliciens kurdes dans les soi-disant forces démocratiques syriennes (qui sont infiniment plus kurdes que « syriennes », qui ne sont pas « démocratiques » et qui ne seraient pas une « force » sans la puissance aérienne américaine).

Pendant que nous attendions tous que Donald Trump et Kim Jong-un se lancent dans la Troisième Guerre mondiale, nous n’avons pas vu que la carte militaire du Moyen-Orient avait considérablement et radicalement, changé. Il faudra des années pour reconstruire la Syrie et l’Irak (et le Yémen), mais les Israéliens, si habitués à demander de l’aide à Washington, devront peut-être cette fois-ci se tourner vers Poutine pour qu’il les tire du pétrin dans lequel ils se sont fourrés.

Les Israéliens de droite qui affirmaient qu’Assad était un plus grand danger que l’EI vont devoir reconsidérer leur position, parce qu’ils seront peut-être bientôt obligés de parler avec lui, s’ils veulent assurer la sécurité de leur frontière nord.

Robert Fisk

Traduction : Dominique Muselet

»» http://www.independent.co.uk/voices/syrian-war-ending-bashar-al-assad-...

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