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Le blog de Lucien PONS

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1,3 million de morts: le vrai bilan de la «guerre contre le terrorisme» (infographie).

27 Mars 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #AMERIQUE, #L'OTAN., #la CIA, #Terrorisme, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #Daesch

1,3 million de morts: le vrai bilan de la «guerre contre le terrorisme» (infographie). Monde samedi 4 avril 2015.

Des associations parlent d’un « crime contre l’humanité proche du génocide ».

La « guerre contre le terrorisme » lancée par les États-Unis après les attentats du 11 septembre 2001 a causé en douze ans la mort d’au moins 1,3 million de personnes dans trois pays – Irak, Afghanistan et Pakistan –, affirment trois organisations scientifico-pacifistes dans un récent rapport.

Ce rapport de 101 pages, intitulé « Body Count : Casualty Figures after 10 years of the ’War on Terror’», a été publié par les organisations Association internationale des médecins pour la prévention de la guerre nucléaire (IPPNW, prix Nobel de la paix en 1985), Physicians for Social Responsibility et Physicians for Global Survival. Il affirme, en se basant sur diverses sources, y compris gouvernementales, que ce bilan de 1,3 million de morts est « une estimation basse » et ne tient pas compte d’autres pays en conflit (Yémen, Somalie, Libye, Syrie).

Selon ses auteurs, c’est l’Irak, envahi en 2003 par les États-Unis sous le prétexte que le régime du dictateur Saddam Hussein détenait des « armes de destruction massive », qui a payé le plus lourd tribut à la guerre contre le terrorisme lancée par l’administration du président George W. Bush, avec environ un million de morts – contre 111.000 selon les médias américains. Suivent l’Afghanistan (220.000 morts) et le Pakistan (80.000, pour beaucoup victimes d’attaques de drones américains, dont des enfants).

Le chiffre de plus de 600.000 Irakiens morts de façon violente après l’intervention américano-britannique – soit 500 morts par jour après le début de l’opération « Iraqi Freedom » – avait déjà été cité en octobre 2006 par la célèbre revue médicale britannique ’The Lancet’, qui avait souligné que ce chiffre équivalait à 2,5 % de la population.

Dans leur rapport, les trois associations évoquent un « crime contre l’humanité proche du génocide ».

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Le suicide européen face à la Turquie par Thierry Meyssan

27 Mars 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #Europe supranationale, #l'Allemagne, #La Turquie, #Daesch, #Terrorisme, #L'OTAN., #AMERIQUE

Le suicide européen face à la Turquie

En signant un accord —au demeurant illégal en droit international— avec la Turquie pour ralentir l’afflux de migrants, les dirigeants de l’Union européenne se sont engagés un peu plus dans un pacte avec le diable. Une grande partie des 3 milliards d’euros annuels alloués à Ankara servira à financer le soutien aux jihadistes et, par conséquent, à augmenter le nombre de migrants fuyant la guerre. Surtout, en abrogeant dans les prochains mois les visas avec la Turquie, les Européens instituent la libre-circulation entre les camps d’Al-Qaïda en Turquie et Bruxelles. En écrasant les peuples irakien et syrien sous l’oppression des jihadistes qu’ils financent indirectement et en abandonnant le peuple turc à la dictature du président Erdoğan, ils préparent les bases d’un très vaste affrontement dont ils seront les victimes.

| Damas (Syrie)
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Lors de la conférence de presse du 18 mars 2016, le président de l’Union européenne, Donald Tusk (un Polonais qui défend les intérêts de l’Allemagne), semblait tenter de calmer la fureur du président de la Commission, Jean-Claude Juncker (un Luxembourgeois qui défend les intérêts des États-Unis). Pour la plus grande joie d’un Premier ministre turc goguenard, Ahmet Davutoğlu.
© Union européenne

« La démocratie est un tramway, on l’emprunte pour aller là où on veut aller et on en descend. »
Recep Tayyip Erdoğan (1996)

Le Conseil européen des 17 et 18 mars 2016 a adopté un plan visant à résoudre le problème posé par l’afflux massif de migrants en provenance de Turquie [1]. Les 28 chefs d’État et de gouvernement se sont soumis à toutes les demandes d’Ankara.

Nous avions déjà analysé la manière dont les États-Unis entendaient utiliser les événements du Proche-Orient pour affaiblir l’Union européenne [2]. Au début de l’actuelle crise des « réfugiés », nous avons été les premiers à observer à la fois que cet événement avait été délibérément provoqué et les problèmes insolubles qu’il allait poser [3]. Malheureusement, toutes nos analyses ont été vérifiées et nos positions ont été, depuis, largement adoptées par nos détracteurs d’alors.

Allant plus loin, nous voulons étudier la manière dont la Turquie s’est emparée du jeu et l’aveuglement de l’Union européenne qui persiste à avoir un coup de retard.

Le jeu de Recep Tayyip Erdoğan

Le président Erdoğan n’est pas un homme politique comme les autres. Et il ne semble pas que les Européens, ni les peuples, ni leurs dirigeants, en aient pris conscience.

• Premièrement, il est issu de la Millî Görüş, un mouvement islamique panturquiste lié aux Frères musulmans d’Égypte et favorable au rétablissement du Califat [4]. Selon lui —comme d’ailleurs selon ses alliés du Milliyetçi Hareket Partisi (MHP)—, les Turcs sont les descendants des Huns d’Attila, eux-mêmes enfants du loup des steppes d’Asie centrale, dont ils partageaient l’endurance et l’insensibilité. Ils forment une race supérieure appelée à gouverner le monde. Leur âme est l’islam.

Le président Erdoğan est le seul chef d’État au monde à se revendiquer d’une idéologie suprémaciste ethnique, parfaitement comparable à l’aryanisme nazi. Il est également le seul chef d’État au monde à nier les crimes de son histoire, notamment les massacres des non-musulmans par le sultan Abdülhamid II (les massacres hamidiens de 1894-95 : au moins 80 000 chrétiens tués et 100 000 chrétiennes incorporées de force dans les harems), puis par les Jeunes Turcs (génocide des Arméniens, des Assyriens, des Chaldéens, des Syriaques, des Grecs pontiques et des Yézidis de 1915 à 1923 : au moins 1 200 000 morts) ; un génocide qui fut exécuté avec l’aide d’officiers allemands, dont Rudolf Höß, futur directeur du camp d’Auschwitz [5].

En célébrant le 70ème anniversaire de la libération du cauchemar nazi, le président Vladimir Poutine soulignait que « les idées de suprématie raciale et d’exclusivisme ont provoqué la guerre la plus sanglante de l’Histoire » [6]. Puis, lors d’une marche —et sans nommer la Turquie—, il appelait tous les Russes à se tenir prêts à renouveler le sacrifice de leurs grands-parents si nécessaire afin de sauver le principe même de l’égalité entre les hommes.

• Deuxièmement, le président Erdoğan, qui n’est soutenu que par un tiers de sa population, gouverne seul son pays par la contrainte. Il est impossible de savoir précisément ce que pense le peuple turc, puisque la publication de toute information mettant en cause la légitimité du président Erdoğan est désormais considérée comme une atteinte à la sécurité de l’État et conduit immédiatement en prison. Cependant, si l’on se réfère aux dernière études publiées, en octobre 2015, moins d’un tiers de l’électorat le soutient. C’est nettement moins que les nazis en 1933, qui disposaient alors de 43 % des voix. Raison pour laquelle, le président Erdoğan n’a pu gagner les élections législatives qu’en les truquant grossièrement. Entre autres :
- Les médias d’opposition ont été muselés : les grands quotidiens Hürriyet et Sabah ainsi que la télévision ATV ont été attaqués par des nervis du parti au pouvoir ; des enquêtes ont visé des journalistes et des organes de presse accusés de soutenir le « terrorisme » ou d’avoir tenu des propos diffamatoires contre le président Erdoğan ; des sites web ont été bloqués ; des fournisseurs de services numériques ont supprimé de leur offre les chaînes de télévision d’opposition ; trois des cinq chaînes de télévision nationales, dont la chaîne publique, ont été, dans leurs programmes, clairement favorables au parti au pouvoir ; les autres chaînes de télévision nationale, Bugün TV et Kanaltürk, ont été fermées par la police.
- Un État étranger, l’Arabie saoudite, a déversé 7 milliards de livres de « dons » pour « convaincre » les électeurs de soutenir le président Erdoğan (soit environ 2 milliards d’euros).
- 128 permanences politiques du parti de gauche (HDP) ont été attaquées par des nervis du parti du président Erdoğan. De nombreux candidats et leurs équipes ont été passés à tabac. Plus de 300 commerces kurdes ont été mis à sac. Plusieurs dizaines de candidats du HDP ont été arrêtés et placés en détention provisoire durant la campagne.
- Plus de 2 000 opposants ont été tués durant la campagne électorale, soit par des attentats, soit du fait de la répression gouvernementale visant le PKK. Plusieurs villages du sud-est du pays ont été partiellement détruits par des blindés de l’armée.

Depuis son « élection », une chape de plomb s’est abattue sur le pays. Il est devenu impossible de s’informer sur l’état de la Turquie par sa presse nationale. Le principal quotidien d’opposition, Zaman, a été placé sous tutelle et se borne désormais à louer la grandeur du « sultan » Erdoğan. La guerre civile, qui fait déjà rage à l’Est du pays, s’étend par des attentats à Ankara et jusqu’à Istanbul, dans la totale indifférence des Européens [7].

M. Erdoğan gouverne presque seul, entouré d’un groupe restreint, dont le Premier ministre Ahmet Davutoğlu. Il a publiquement déclaré durant la campagne électorale qu’il n’appliquait plus la Constitution et que tous les pouvoirs lui revenaient désormais.

Le 14 mars 2016, le président Erdoğan a déclaré que face aux Kurdes : « La démocratie, la liberté et l’état de droit n’ont plus la moindre valeur ». Il a annoncé son intention d’élargir la définition légale des « terroristes » pour inclure tous ceux qui sont « des ennemis des Turcs » —c’est-à-dire les Turcs et les non-Turcs qui s’opposent à leur suprémacisme—.

Pour un demi-milliard d’euros, Recep Tayyip Erdoğan s’est fait construire le plus grand palais jamais occupé par un chef d’État dans l’histoire mondiale. Le « palais blanc », en référence à la couleur de son parti, l’AKP. Il s’étend sur 200 000 mètres carrés et comprend toutes sortes de services, dont des bunkers sécurisés ultra-modernes reliés à des satellites.

• Troisièmement, le président Erdoğan utilise les pouvoirs qu’il s’est anti-constitutionnellement octroyés pour transformer l’État turc en parrain du jihadisme international. En décembre 2015, la police et la Justice turques avaient pu établir les liens personnels de M. Erdoğan et de son fils Bilal avec Yasin al-Qadi, le banquier global d’Al-Qaïda. Il a donc limogé les policiers et les magistrats qui avaient osé « porter atteinte aux intérêts de la Turquie » (sic), tandis que Yasin al-Qadi et l’État intentaient un procès au quotidien de gauche BirGün pour avoir reproduit mon éditorial, « Al-Qaida, éternel supplétif de l’Otan ».

En février dernier, la Fédération de Russie déposait un rapport de Renseignement au Conseil de sécurité de l’Onu attestant du soutien de l’État turc au jihadisme international, en violation de nombreuses résolutions [8]. J’ai publié une étude précise sur ces accusations, immédiatement censurée en Turquie [9].

La réponse de l’Union européenne

L’Union européenne avait envoyé une délégation pour surveiller les élections législatives de novembre 2015. Elle a longuement différé la publication de son rapport, puis s’est résolue à en publier une brève version édulcorée.

Paniqués par les réactions de ses populations réagissant durement à l’entrée massive de migrants —et, pour les Allemands, à l’abolition du salaire minimum qui en a résulté—, les 28 chefs d’État et de gouvernement de l’Union ont mis au point avec la Turquie une procédure pour qu’elle résolve leurs problèmes. Le Haut-Commissaire des Nations unies pour les Réfugiés, Filippo Grandi, a immédiatement relevé que la solution choisie viole le droit international, mais en supposant que les choses puissent être améliorées, ce n’est pas là le problème principal.

L’Union s’est engagée à
- verser 3 milliards d’euros annuels à la Turquie pour l’aider à faire face à ses obligations, mais sans mécanisme de vérification de l’usage de ces fonds ;
- mettre fin aux visas requis aux Turcs pour entrer dans l’Union [10] —ce n’est plus qu’une question de quelques mois, voire de semaines— ;
- accélérer les négociations d’adhésion de la Turquie à l’Union —ce sera par contre beaucoup plus long et aléatoire—.

En d’autres termes, aveuglés par la récente défaite électorale d’Angela Merkel [11], les dirigeants européens se sont contentés de trouver une solution provisoire pour ralentir le flux des migrants, sans chercher à résoudre l’origine du problème et sans tenir compte de l’infiltration de jihadistes parmi ce flux.

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Qu’avons-nous fait ?
© Union européenne

Le précédent de Munich

Dans les années 30, les élites européennes et états-uniennes considéraient que l’URSS, par son modèle, menaçait leurs intérêts de classe. Elles soutenaient donc collectivement le projet nazi de colonisation de l’Europe orientale et de destruction des peuples slaves. Malgré les appels répétés de Moscou à la création d’une vaste alliance contre le nazisme, les dirigeants européens acceptèrent toutes les revendications du chancelier Hitler, y compris l’annexion de régions peuplées par les Sudètes. Ce furent les accords de Munich (1938), conduisant l’URSS a pratiquer le sauve-qui-peut et à conclure de son côté le Pacte germano-soviétique (1939). Ce n’est que trop tardivement, que certains dirigeants européens, puis états-uniens, réalisèrent leur erreur et décidèrent de s’allier avec Moscou contre les nazis.

Sous nos yeux, les mêmes erreurs se répètent. Les élites européennes considèrent la République arabe syrienne comme un adversaire, soit qu’elles défendent le point de vue colonial d’Israël, soit qu’elles espèrent recoloniser elles-mêmes le Levant et s’approprier ses gigantesques réserves de gaz encore inexploitées. Elles ont donc soutenu l’opération secrète états-unienne de « changement de régime » et ont feint de croire à la fable du « printemps arabe ». Après cinq ans de guerre par procuration, constatant que le président Bachar el-Assad est toujours là bien qu’on ait annoncé un millier de fois sa démission, les Européens ont décidé de financer à hauteur de 3 milliards d’euros annuels le soutien turc aux jihadistes. Ce qui, selon leur logique, devrait permettre leur victoire et donc mettre fin aux migrations. Elles ne tarderont pas à réaliser [12], mais trop tard, qu’en abrogeant les visas pour les ressortissants turcs, elles ont autorisé la libre-circulation entre les camps d’Al-Qaïda en Turquie et Bruxelles [13].

La comparaison avec la fin des années 30 est d’autant plus juste que lors des accords de Munich, le Reich nazi avait déjà annexé l’Autriche sans provoquer de réaction notable des autres États européens. Or, aujourd’hui la Turquie occupe déjà le Nord-Est d’un État membre de l’Union européenne, Chypre, et une bande de quelques kilomètres de profondeur en Syrie qu’elle fait administrer par un wali (préfet) nommé à cet effet. Non seulement, l’Union s’en accommode, mais par son attitude, elle encourage Ankara a poursuivre ses annexions au mépris du droit international. La logique commune du chancelier Hitler et du président Erdoğan est basée sur l’unification de la « race » et l’épuration de la population. Le premier voulait unir les populations de « race allemande » et les épurer des éléments « étrangers » (les juifs et les Roms), le second veut unir les populations de « race turque » et les épurer des éléments « étrangers » (les Kurdes et les chrétiens).

En 1938, les élites européennes croyaient en l’amitié du chancelier Hitler, aujourd’hui en celle du président Erdoğan.

[1] “Next operational steps in EU-Turkey cooperation in the field of migration”, Voltaire Network, 16 March 2016.

[2] « La cécité de l’Union européenne face à la stratégie militaire des États-Unis », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 27 avril 2015.

[3] « La fausse "crise des réfugiés" », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 7 septembre 2015.

[4] « Vers la fin du système Erdoğan », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 15 juin 2015.

[5] « La Turquie d’aujourd’hui poursuit le génocide arménien », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 26 avril 2015.

[6] « Discours de Vladimir Poutine pour le 70e anniversaire de la Victoire de la Grande Guerre Patriotique », par Vladimir Poutine, Traduction Sayed 7asan, Réseau Voltaire, 9 mai 2015.

[7] « L’Union européenne a abandonné ceux qui se battent pour défendre les libertés en Turquie », par Can Dündar, Le Monde (France) , Réseau Voltaire, 18 mars 2016.

[8] « Rapport de renseignement russe sur l’aide actuelle turque à Daesh », Réseau Voltaire, 18 février 2016.

[9] « Comment la Turquie soutient les jihadistes », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 22 février 2016.

[10] “Roadmap towards a visa-free regime with Turkey”, Voltaire Network, 16 March 2016.

[11] „Alternative für Deutschland nimmt kein Blatt vor den Mund“, von Ian Blohm, Übersetzung Horst Frohlich, Strategic Culture Foundation (Russland) , Voltaire Netzwerk, 12. März 2016.

[12] « Lettre ouverte aux Européens coincés derrière le rideau de fer israélo-US », par Hassan Hamadé, Réseau Voltaire, 21 mai 2014.

[13] “Israeli general says al Qaeda’s Syria fighters set up in Turkey”, Dan Williams, Reuters, January 29, 2014.

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La police italienne met à jour les liens entre Daesh et la Camorra

27 Mars 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #AMERIQUE, #L'Italie., #La Turquie, #Daesch, #Terrorisme

La police italienne met à jour les liens entre Daesh et la Camorra

Réseau Voltaire | 26 mars 2016

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La police italienne a arrêté à Naples un Irakien de 46 ans, Aziz Ehsan, qui faisait office d’officier de liaison entre Daesh et la “Camorra” (organisation mafieuse de Campanie).

Les officiels évoquent également des liens de Daesh avec “Cosa Nostra” en Sicile et la “Ndrangheta” en Calabre.

Depuis septembre 2014, Daesh contrôle le trafic d’héroïne afghane. Cependant, jusqu’à présent cette information n’avait été publiée que par le Service fédéral russe de contrôle des stupéfiants, jamais par des autorités ouest-européennes [1].

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[1] « La famille Karzaï confie le trafic d’héroïne à l’Émirat islamique », Réseau Voltaire, 29 novembre 2014

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L’opium, la CIA et l’administration Karzai par Peter Dale Scott

27 Mars 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #AMERIQUE, #la CIA, #Terrorisme, #L'OTAN., #Daesch

L’opium, la CIA et l’administration Karzai

Pour Peter Dale Scott, il ne sert à rien de se lamenter sur le développement de la culture des drogues en Afghanistan et sur l’épidémie d’héroïne en mondiale. Il faut tirer des conclusions des faits établis : les Talibans avaient éradiqué le pavot, l’OTAN en a favorisé la culture ; l’argent des drogues a corrompu le gouvernement Karzai, mais il est surtout aux Etats-Unis où il a corrompu les institutions. La solution n’est donc pas à Kaboul, mais à Washington.

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En Afghanistan, l’OTAN lutte contre les champs de pavot cultivés par les insurgés et protège ceux de ses alliés

L’important article d’Alfred McCoy paru sur TomDispatch, le 30 mars 2010 [1], aurait dû inciter le Congrès à se mobiliser pour procéder à une véritable réévaluation de l’aventure militaire états-unienne totalement inconsidérée en Afghanistan. La réponse à la question que pose son titre - « Quelqu’un est-il en mesure de pacifier le plus grand narco-État au monde ? - trouve facilement sa réponse dans l’article : c’est un « Non ! » retentissant.... sauf à modifier fondamentalement les objectifs et les stratégies définis, aussi bien à Washington qu’à Kaboul.

McCoy démontre clairement que :
- l’État Afghan de M. Hamid Karzai est un narco-État corrompu, auquel les Afghans sont forcés de payer des pots-de-vin à hauteur de 2,5 milliards de dollars chaque année, soit un quart de l’économie du pays.
- l’économie afghane est une narco-économie : en 2007, l’Afghanistan a produit 8 200 tonnes d’opium, représentant 53 % du PIB et 93 % du trafic d’héroïne mondial.

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Carte de l’Afghanistan montrant les plus grands champs de pavot, et l’intensité du conflit en 2007 et 2008

- Les options militaires pour faire face au problème sont au mieux inefficaces, et au pire contre-productives : McCoy avance que le meilleur espoir réside dans la reconstruction des campagnes afghanes jusqu’à ce que les cultures vivrières deviennent une alternative viable à celle de l’opium, un processus qui pourrait prendre de 10 à 15 ans, voire plus. (J’argumenterai plus tard en faveur d’une solution intermédiaire : que l’International Narcotics Board accorde une licence à l’Afghanistan afin que ce pays puisse vendre son opium légalement).

L’argument de McCoy le plus fort est qu’à son pic de production, la cocaïne colombienne ne représentait qu’environ 3 % de l’économie nationale, et pourtant, les FARC comme les escadrons de la mort de droite, tout deux largement financés par la drogue, continuent à se développer dans ce pays. Éradiquer simplement la drogue, sans disposer au préalable d’un substitut pour l’agriculture afghane, nécessiterait d’imposer d’insupportables pressions à une société rurale déjà ravagée, et dont le seul revenu notable provient de l’opium. Pour s’en convaincre, il suffit de se souvenir de la chute des Talibans en 2001, qui fit suite à une réduction draconienne de la production de drogue en Afghanistan sous l’impulsion de ces mêmes Talibans (de 4 600 tonnes à 185 tonnes), laquelle transforma le pays en une coquille vide.

À première vue, les arguments de McCoy semblent indiscutables, et devraient, dans une société rationnelle, provoquer un débat posé suivi par un changement majeur de la politique militaire états-unienne. McCoy a présenté son étude avec un tact et une diplomatie considérables, afin de faciliter un tel résultat.

La responsabilité historique de la CIA dans le trafic de drogue mondial

Malheureusement de nombreux facteurs font qu’une issue positive de ce type a peu de chances de voir le jour dans l’immédiat. Il existe de nombreuses raisons pour cela, parmi lesquelles des réalités désagréables que McCoy a soit oublié, soit minimisé dans son essai – par ailleurs brillant – et qui doivent être abordées si nous souhaitons vraiment mettre en place des stratégies sensées en Afghanistan.

La première réalité est que l’implication grandissante de la CIA, et sa responsabilité dans le trafic de drogue mondial est un sujet tabou dans les cercles politiques, les campagnes électorales, et les médias de masse. Ceux qui ont cherché à briser ce tabou, comme le journaliste Gary Webb, ont souvent vu leurs carrières détruites.

Alors qu’Alfred McCoy s’est impliqué plus que quiconque pour faire prendre connaissance au public de la responsabilité de la CIA dans le trafic de drogue au sein des zones de guerres états-uniennes, je me sens gêné de devoir affirmer qu’il minimise ce phénomène dans son article. Il est vrai qu’il écrit que « l’opium émergea comme une force stratégique dans le milieu politique afghan durant la guerre secrète de la CIA contre les Soviétiques », et il ajoute que cette dernière « fut le catalyseur qui transforma la frontière pakistano-afghane en la plus importante région productrice d’héroïne au monde ».

Mais, dans une phrase très étrange, M. McCoy suggère que la CIA fut entraînée passivement dans des alliances impliquant la drogue au cours des combats contre les forces soviétiques en Afghanistan dans les années 1979-88, alors que la CIA a précisément créé ces alliances pour combattre les Soviétiques :
Dans un des ces accidents historiques teintés d’ironie, la frontière sud de la Chine communiste et de l’Union Soviétique coïncidèrent avec la zone asiatique de production d’opium, le long d’une chaîne de montagne, attirant la CIA dans des alliances pleines d’ambigüité avec les chef tribaux des hauts plateaux de la région.

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Gulbuddin Hekmatyar

Il n’y eut pas de tel « accident » en Afghanistan, où les premiers barons de la drogue d’envergure internationale – Gulbuddin Hekmatyar et Abou Rasul Sayyaf – furent en fait projetés sur la scène internationale grâce au soutien massif et mal avisé de la CIA, en collaboration avec les gouvernements du Pakistan et d’Arabie Saoudite. Alors que d’autres forces de résistance locales furent considérées comme des forces de seconde classe, ces deux clients du Pakistan et de l’Arabie Saoudite, précisément en raison de leur manque de soutien au niveau local, furent des pionniers dans l’utilisation de l’opium et de l’héroïne comme moyen de bâtir leur force de combat et de créer une ressource financière [2]. De plus, tous deux devinrent des agents de l’extrémisme salafiste, s’attaquant à l’islam soufi endogène à l’Afghanistan. Finalement, tous deux devinrent des agents d’Al-Qaïda [3].

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Abdul Rasul Sayyaf

L’implication de la CIA dans le trafic de drogue durant le conflit soviéto-afghan n’était pas une première. D’une certaine manière, la responsabilité de la CIA dans le rôle dominant que joue aujourd’hui l’Afghanistan dans le trafic mondial d’héroïne, est une réplique de ce qui arriva plus tôt en Birmanie, au Laos, et en Thaïlande entre la fin des années 1940 et les années 1970. Ces pays sont aussi devenus des acteurs majeurs du trafic de drogue grâce au soutien de la CIA (et des Français, dans le cas du Laos), sans quoi ils n’auraient été que des acteurs locaux.

On ne peut parler d’« accident ironique » dans ce cas non plus. McCoy lui-même a montré comment, dans tous ces pays, la CIA a non seulement toléré mais aussi soutenu la croissance des actifs des forces anti-communistes financées par la drogue, afin de contenir le danger représenté par une intrusion de la Chine communiste en Asie du Sud-Est. Des années 1940 aux années 1970, et comme en Afghanistan aujourd’hui, le soutien de la CIA participa à transformer le Triangle d’Or en un fournisseur majeur d’opium au niveau mondial.

Durant cette même période, la CIA recruta des collaborateurs tout au long des routes de contrebande de l’opium asiatique, de même que dans des pays comme la Turquie, le Liban, la France, Cuba, le Honduras, et le Mexique. Ces collaborateurs comprenaient des agents gouvernementaux comme Manuel Noriega au Panama ou Vladimiro Montesinos au Pérou, souvent des personnalités expérimentées appartenant aux services de police soutenus par la CIA ou aux services de renseignement. Mais des mouvements insurrectionnels en faisaient aussi partie, des Contras du Nicaragua dans les années 1980 (selon Robert Baer et Seymour Hersh) au Jundallah [4], affilié à Al-Qaïda et opérant aujourd’hui en Iran et au Baloutchistan [5].

Le gouvernement Karzai, et non les Talibans, domine l’économie de la drogue afghane

Le meilleur exemple d’une telle influence de la CIA sur les trafiquants de drogue aujourd’hui se trouve sans doute en Afghanistan, où le propre frère du président Karzai, Ahmed Wali Karzai (un collaborateur actif de la CIA) [6], et Abdul Rashid Dostum (un ancien collaborateur de l’Agence) comptent parmi ceux qui sont accusés de trafic de drogue [7]. La corruption liée à la drogue au sein du gouvernement afghan doit être en partie attribuée à la décision des États-Unis et de la CIA de lancer, en 2001, une invasion avec le soutien de l’Alliance du Nord, un mouvement dont Washington savait qu’il était corrompu par la drogue [8].

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Carte de la CIA montrant les routes de l’opium de l’Afghanistan à destination de l’Europe, en 1998. Selon les informations de la CIA, mises à jour en 2008 : « La plus grande partie de l’héroïne en provenance de l’Asie du Sud-Est est acheminée par voie terrestre, à travers l’Iran et la Turquie, jusqu’en Europe via les Balkans. » En fait, la drogue est également convoyée à travers les États de l’ancienne Union soviétique, le Pakistan et Dubaï.

De cette manière, les USA ont consciemment recréé en Afghanistan la situation qu’ils avaient créée précédemment au Vietnam. Au Vietnam aussi (comme Ahmed Wali Karzai un demi siècle après), le frère du président, Ngo Dinh Nhu, utilisait la drogue pour financer un réseau privé lui permettant de truquer les élections en faveur de Ngo Dinh Diem [9]. Thomas H. Johnson, coordinateur des études de recherche anthropologique à la Naval Postgraduate School, montra l’improbabilité du succès d’un programme de contre-insurrection quand ce programme soutient un gouvernement local qui est de manière flagrante l’objet de dysfonctionnements et de corruption [10].

Ainsi je m’oppose à McCoy quand celui-ci, à l’image des médias de masse US, dépeint l’économie de la drogue afghane comme étant dominée par les Talibans. (Selon les propres termes de McCoy : « Si les insurgés prennent le contrôle de cette économie illégale, comme l’ont fait les Talibans, alors la tâche deviendra presque insurmontable. ») La part des Talibans sur le marché de l’opium afghan est estimée en général entre 90 et 400 millions de dollars. Or l’Office des Nations Unies contre la Drogue et le Crime (ONUDC) estime que le total des revenus issus du commerce de l’opium et de l’héroïne est de l’ordre de 2,8 à 3,4 milliards de dollars [11].

Clairement, les Talibans n’ont pas fait main basse sur cette économie, dont la plus grande partie est contrôlée par les partisans du gouvernement Karzai. En 2006, un rapport de la Banque Mondiale avançait « qu’au plus haut niveau, 25 à 30 trafiquants majeurs, la majorité d’entre eux basés au sud de l’Afghanistan, contrôlent les transactions et les transferts majeurs, travaillant étroitement avec des soutiens occupant des positions politiques et gouvernementales au plus haut niveau » [12]. En 2007, le Daily Mail de Londres rapporta que « les quatre acteurs principaux du trafic de l’héroïne étaient tous des membres hauts placés du gouvernement afghan » [13].

Les médias états-uniens ne se sont pas intéressés à cette réalité factuelle, pas plus qu’à la manière dont cela a influé sur les stratégies politiques de leur pays en Afghanistan, en matière de guerre et de trafic de drogue. L’administration Obama semble avoir pris ses distances d’avec les programmes d’éradication peu judicieux de la période Bush, qui ne rencontreront jamais l’adhésion « cœur et âme » de la paysannerie afghane. Elle préfère mettre en place une politique d’interdiction sélective du trafic, en ne s’attaquant de manière explicite qu’aux trafiquants qui aident les insurgés [14].

Reste à savoir si cette politique sera efficace pour affaiblir les Talibans. Mais cibler ce qui constitue au plus un dixième du trafic total ne permettra clairement jamais d’en finir avec la position actuelle de l’Afghanistan comme le principal narco-État. Cela ne permettra pas non plus d’en finir avec l’actuelle épidémie mondiale de consommation d’héroïne ayant commencée à la fin des années 1980, qui a déjà créé 5 millions de toxicomanes au Pakistan, plus de 2 millions en Russie, 800 000 aux États-Unis, plus de 15 millions à travers le monde, dont un million en Afghanistan même.

La politique d’interdiction sélective du gouvernement Obama aide aussi à expliquer son refus de considérer la solution la plus humaine et la plus raisonnable à l’épidémie mondiale d’héroïne afghane. Il s’agit de l’initiative « poppy for medicine » (Opium pour la médecine) de l’International Council on Security and Development (ICOS, autrefois connu comme le Senlis Council), qui vise à établir un programme délivrant des autorisations, permettant ainsi aux agriculteurs de vendre leur opium pour permettre la production de médicaments essentiels et très demandés comme la morphine ou la codéine [15].

La proposition a reçu le soutien des parlements européen et canadien ; mais il fut l’objet de sévères critiques aux USA, principalement parce que cela pourrait engendrer une augmentation de la production d’opium. Cependant, cela fournirait une réponse à moyen terme à l’épidémie d’héroïne qui dévaste l’Europe et la Russie – situation qui ne sera pas réglée par l’alternative présentée par McCoy de substituer d’autres cultures durant les 10 ou 15 prochaines années, et encore moins par le programme d’élimination sélective de fournisseurs d’opium conduit par l’administration Obama.

Une conséquence rarement citée de l’initiative « poppy for medicine » serait de réduire les recettes engendrées par le trafic illicite qui permet de soutenir le gouvernement Karzai. Pour cette raison, ou simplement car tout ce qui se rapproche d’une légalisation des drogues reste un sujet tabou à Washington, l’initiative « poppy for medicine » a peu de chance d’être soutenue par l’administration Obama.

L’héroïne afghane et la connexion mondiale de la drogue de la CIA

Il y a un autre paragraphe dans lequel McCoy, de manière erronée à mon avis, concentre son attention sur l’Afghanistan comme nœud du problème plutôt que sur les États-Unis eux-mêmes :
Lors d’une conférence sur la drogue à Kaboul ce mois-ci, le chef du Federal Narcotics Service russe a estimé la valeur actuelle de la culture de l’opium en Afghanistan à 65 milliards de dollars. Seulement 500 millions de dollars vont aux fermiers afghans, 300 millions aux Talibans, et les 64 milliards restant à la « mafia de la drogue », lui garantissant de vastes fonds pour corrompre le gouvernement Karzai (souligné par l’auteur) dans un pays où le PIB est de seulement 10 milliards de dollars [16].

Ce paragraphe oublie d’évoquer un fait pertinent et essentiel : selon l’ONUDC, seulement 5 à 6 % de ces 65 milliards de dollars, soit de 2,8 à 3,4 milliards, restent en Afghanistan [17]. Environ 80 % des bénéfices issus du trafic de drogue proviennent des pays de consommation – dans ce cas la Russie, l’Europe et les États-Unis. Ainsi, nous ne devrions pas croire un instant que le seul pays corrompu par le trafic de drogue afghan est le pays d’origine. Partout où le trafic est devenu important, même dans les lieux de transit, il a survécu en étant protégé, ce qui en d’autres termes, s’appelle de la corruption.

Il n’existe aucune preuve montrant que l’argent de la drogue gagné par les trafiquants alliés à la CIA ait grossit les comptes bancaire de la CIA ou ceux de ses officiers, mais la CIA a indirectement profité du trafic de drogue, et a développé au fil des ans une relation très proche avec celui-ci. La guerre secrète de la CIA au Laos fut un cas extrême. Durant celle-ci, l’Agence mena une guerre en utilisant comme principaux alliés l’Armée Royale Laotienne du général Ouane Rattikone et l’Armée Hmong du général Vang Pao, toutes deux en grande partie financées par la drogue. L’opération massive de la CIA en Afghanistan dans les années 1980 fut un autre exemple d’une guerre en partie financée par la drogue. [18].

Une protection pour les trafiquants de drogue aux États-Unis

Dès lors, il n’est pas surprenant que, les années passant, le gouvernement états-unien, suivant la voie tracée par la CIA, aient protégé des trafiquants de drogue contre les poursuites judiciaires dans le pays. Par exemple, aussi bien la CIA que le FBI sont intervenus en 1981 contre l’inculpation (pour vol de voiture) du trafiquant de drogue mexicain et tsar des renseignements Miguel Nazar Haro, affirmant que Nazar était « un contact essentiel, je répète, un contact essentiel pour le bureau de la CIA à Mexico », sur les questions de « terrorisme, renseignement, et contre-renseignement » [19]. Lorsque le procureur général associé Lowell Jensen refusa de donner suite à l’inculpation de Nazar, le procureur de San Diego, William Kennedy, exposa publiquement l’affaire. Il fut rapidement viré pour cela [20].

Un exemple récent et spectaculaire d’une implication de la CIA dans le trafic de drogue fut l’affaire concernant un collaborateur vénézuélien de la CIA, le général Ramon Guillén Davila. Comme je l’explique dans mon livre, Fueling America’s War Machine (à paraître) [21] :
Le général Ramon Guillén Davila, chef de l’unité anti-drogue créée par la CIA au Venezuela, fut inculpé à Miami pour avoir fait entrer une tonne de cocaïne aux États-Unis. Selon le New York Times, « la CIA, malgré l’objection de la Drug Enforcement Administration, approuva l’envoi d’au moins une tonne de cocaïne pure vers l’aéroport international de Miami comme moyen d’obtenir des informations sur les cartels de la drogue colombiens ». Le magazine Time rapporta qu’une seule cargaison représentait 450 kilos, et était précédée d’autres « pour un total d’environ une tonne » [22]. Mike Wallace confirma que « l’opération secrète de la CIA et des gardes nationaux rassembla rapidement cette cocaïne, plus d’une tonne et demie, qui fut introduite clandestinement de Colombie vers le Venezuela » [23]. Selon le Wall Street Journal, la quantité totale de drogue introduite clandestinement par le général Guillén serait de plus de 22 tonnes [24].

Mais les États-Unis n’ont jamais demandé au Venezuela l’extradition de Guillén afin de le juger ; et, en 2007, lorsqu’il fut arrêté au Venezuela pour conspiration de meurtre à l’encontre du président Hugo Chavez, son inculpation était toujours quelque part à Miami [25]. Pendant ce temps-là, l’agent de la CIA Mark McFarlin, que Bonner, le chef de la DEA, souhaitait également inculper, ne le fut jamais, et dut simplement démissionner [26].

Pour résumer, il n’arriva rien aux acteurs principaux de cette affaire, qui n’a probablement fait surface dans les médias qu’en raison des protestations générées à la même époque par les articles de Gary Webb parus dans le San Jose Mercury au sujet de la CIA, des Contras et de la cocaïne.

Les banques et le blanchiment de l’argent de la drogue

D’autres institutions ont un intérêt direct dans le trafic de drogue, dont les grandes banques, qui effectuent des prêts à des pays comme la Colombie et le Mexique, sachant pertinemment que le flot de drogue aidera à garantir le remboursement de ces prêts. Plusieurs de nos plus grandes banques, comme City Group, Bank of New York et Bank of Boston, ont été identifiées comme participant au blanchiment d’argent, mais n’ont jamais subi de pénalités assez importantes pour les obliger à changer de comportement [27]. En bref, l’implication des États-Unis dans le trafic de drogue rassemble la CIA, des intérêts financiers majeurs et des intérêts criminels dans ce pays et à l’étranger.

Antonio Maria Costa, chef de l’ONUDC, a déclaré que « l’argent de la drogue, représentant des milliards de dollars, a permis au système financier de se maintenir au plus haut de la crise financière ». Selon l’Observer de Londres, Costa déclara avoir vu des preuves que les recettes du crime organisé étaient « le seul capital d’investissement liquide » disponible pour certaines banques au moment du krach de l’année dernière. Il affirma qu’une majorité des 352 milliards de dollars de profits liés à la drogue furent ainsi absorbés par le système économique. Costa déclara que les preuves montrant une absorption de l’argent illégal par le système financier lui furent soumises par des agences de renseignement et des procureurs il y a 18 mois environ. « Dans de nombreux cas, l’argent de la drogue était le seul capital d’investissement liquide. Durant la seconde moitié de 2008, la liquidité était le problème majeur du système bancaire, ainsi le capital liquide devînt un facteur important, » dit-il [28].

Un exemple frappant de l’importance de la drogue à Washington fut l’influence exercée dans les années 1980 par la Bank of Credit and Commerce International, banque pratiquant le blanchiment de l’argent de la drogue. Comme je l’explique dans mon livre, parmi les personnes haut placées profitant des largesses de la BCCI, ses propriétaires, et ses affiliés, nous trouvons James Baker, secrétaire au Trésor sous Ronald Reagan, qui refusa d’enquêter sur la BCCI [29] ; le sénateur démocrate Joe Bidden et le sénateur républicain Orrin Hatch, et plusieurs membres importants du Comité Judiciaire du Sénat, lequel refusa d’enquêter sur la BCCI [30].

Finalement, ce ne fut pas Washington qui agit en premier afin de mettre un terme aux activités bancaires de la BCCI et de ses filiales illégales aux États-Unis, mais deux personnes déterminées, l’avocat de Washington Jack Blum et le procureur de Manhattan Robert Morgenthau [31].

Conclusion : la source du problème mondial qu’est la drogue n’est pas à Kaboul, mais à Washington

Je comprends pourquoi McCoy, dans son désir de changer une politique vouée à l’échec, prend plus de précautions que moi-même lorsque j’évoque à quel point certaines institutions états-unienne puissantes – gouvernement, renseignements et finance – et pas seulement le gouvernement Karzai, ont été corrompues par l’omniprésent trafic de drogue. Mais je pense que son approche pleine de tact se montrera contre-productive. La source principale du problème mondial qu’est la drogue n’est pas à Kaboul, mais à Washington. Mettre fin à ce scandale demandera la divulgation de faits que McCoy ne désire pas aborder dans son article.

Dans son ouvrage magistral, The Politics of Heroin [32], McCoy parle de l’histoire de Greg Musto, expert en drogues à la Maison Blanche sous Carter. En 1980, Musto dit au Strategy Council on Drug Abuse de la Maison Blanche que « nous allions en Afghanistan afin de soutenir les cultivateurs d’opium dans leur rébellion contre l’Union Soviétique. Ne pourrions-nous pas éviter de faire ce que nous avons déjà fait au Laos ? » [33]. Se voyant refuser l’accès par la CIA à des données auxquelles il avait légalement accès, Musto fit part de son inquiétude en public en mai 1980, notant, dans un éditorial du New York Times, que l’héroïne en provenance du Croissant d’Or était déjà (et pour la première fois) en train de causer une crise médicale à New York. Et il avertit, avec prescience, que « cette crise est amenée à s’aggraver » [34].

Musto espérait qu’il pourrait contribuer à un changement de politique en mettant le problème sur la place publique, et en l’accompagnant d’un avertissement fort au sujet d’une aventure en Afghanistan financée par la drogue qui pourrait se révéler désastreuse. Mais ses mots emplis de sagesse furent sans pouvoir contre l’implacable détermination de ce que j’appelle la machine de guerre US au sein de notre gouvernement et de notre économie politique. Je crains que le message sensé de McCoy, en étant bienséant là où il est justement nécessaire de ne pas l’être, subira le même sort.

Traduction
Anthony Spaggiari

À lire en anglais sur le même sujet :
- Alfred W. McCoy, Can Anyone Pacify the World’s Number One Narco-State ? The Opium Wars in Afghanistan
- Peter Dale Scott, America’s Afghanistan : The National Security and a Heroin-Ravaged State
- Peter Dale Scott, Martial Law, the Financial Bailout, and the Afghan and Iraq Wars
- Jeremy Kuzmarov, American Police Training and Political Violence : From the Philippines Conquest to the Killing Fields of Afghanistan and Iraq
- MK Bhadrakumar, Afghanistan, Iran and US-Russian Conflict Peter Van Agtmael, All You Need is Heroin : U.S. Troops in Their Own Hand

A lire en français dans notre bibliothèque :
- Dépêches sur la géopolitique des drogues (1993-1996)

 

[1] « Can Anyone Pacify the World’s Number One Narco-State ? The Opium Wars in Afghanistan », par Alfred W. McCoy

[2] Éventuellement, les États-Unis et leurs alliés accordèrent à Hekmatyar, qui pour un temps fut sans conteste le plus grand trafiquant de drogue au monde, plus d’un milliard de dollars en armement. C’est plus qu’aucun autre client de la CIA a jamais reçu, avant ou depuis.

[3] Peter Dale Scott, The Road to 9/11, p.74-75 (paru en français sous le titre La Route vers le Nouveau Désordre Mondial (Demi-Lune, Paris, 2010) : “Khalid Sheikh Mohammed, que la Commission d’enquête sur le 11-Septembre considère comme le véritable auteur du complot du 11/9, commença à concevoir son plan quand il était en lien avec Abdul Sayyaf, un dirigeant avec lequel ben Laden était encore en délicatesse. [9/11 Commission Report, p.145-50]. Au même moment, plusieurs des hommes condamnés pour l’attentat contre le World Trade Center en 1993, et la “journée de la terreur” New York en 1995, s’étaient entraînés ou avaient combattu avec Gulbuddin Hekmatyar, ou collecté de l’argent pour lui. [Tim Weiner, “Blowback from the Afghan Battlefield”, New York Times, 13 mars 1994].

[4] « Le Jundallah revendique des actions armées aux côtés des Moudjahidin du Peuple, Réseau Voltaire, 13 juin 2009.

[5] Seymour Hersh, New Yorker, 7 juillet 2008.

[6] « Hamed Wali Karzai chargé de négocier avec les Talibans », Réseau Voltaire, 14 mai 2010.

[7] New York Times, 27 octobre 2009.

[8] Steve Coll, Ghost Wars : The Secret History of the CIA, Afghanistan, and Bin Laden, from the Soviet Invasion to September 10, 2001, (Penguin Press, New York, 2004), p.536. Selon Ahmed Rashid, au début de l’offensive US en 2001 : “Le Pentagone disposait d’une liste d’au moins 25 laboratoires de drogues et d’entrepôts en Afghanistan, mais ils refusèrent de les bombarder car certains appartenaient aux nouveaux alliés de la CIA, au sein de la NA [Northern Alliance / l’Alliance du Nord]”, (Ahmed Rashid, Descent into Chaos : The United States and the Failure of Nation Building in Pakistan, Afghanistan, and Central Asia, [Viking, New York, 2008], p.320).

[9] Stanley Karnow, Vietnam : A History (Penguin, New York, 1997), p.239. Cf. New York Times, 28 octobre, 2009.

[10] Thomas H. Johnson & M. Chris Mason, “Refighting the Last War : Afghanistan and the Vietnam Template”, Military Review, Novembre-Décembre 2009, p.1.

[11] Le lecteur vigilant aura noté que même 3,4 milliards USD ne représentent pas 53 % des 10 milliards estimés dans le paragraphe précédent comme le PIB afghan. Ces estimations en provenance de sources diverses ne sont pas extrêmement précises, et ne donnent donc pas un résultat mathématiquement parfait. Au demeurant, il s’agit de la valeur des drogues en gros en Afghanistan et non pas de leur valeur au détail dans les pays consommateurs.

[12] Afghanistan : Drug Industry and Counter-Narcotics Policy, Rapport de la Banque Mondiale, 28 novembre 2006, souligné par l’auteur.

[13] London Daily Mail. 21 juillet 2007. En décembre 2009, Harper’s publia une longue enquête sur le colonel Abdul Razik, “le maître de Spin Boldak,” un trafiquant de drogue et un allié de Karzai dont l’ascension fut “encouragée par un cercle d’officiels corrompus à Kaboul et à Kandahar, et aussi parce que les commandants de l’OTAN, déployés sur un trop vaste territoire, trouvèrent utiles le contrôle qu’il exerçait sur une ville frontalière essentielle dans leur guerre contre les Talibans”, (Matthieu Aikins, “The Master of Spin Boldak”, Harper’s Magazine, décembre 2009).

[14] James Risen, “U.S. to Hunt Down Afghan Lords Tied to Taliban”, New York Times, 10 août 2009 : ”Le commandement militaire US dit au Congrès que … seuls ces [trafiquants de drogue] qui apportent de l’aide aux insurgés devraient être pris pour cible.”

[15] Corey Flintoff, “Combating Afghanistan’s Opium Problem Through Legalization”, NPR, 22 décembre 2005.

[16] Devant d’autres auditoires, les responsables russes de la lutte anti-drogues ont explicitement évoqué l’OTAN. Voir « Pavot : la Russie met en cause la responsabilité de l’OTAN », Réseau Voltaire, 3 mars 2010. Off, les responsables poutiniens ont également évoqué un pot de vin d’1 milliard de dollars annuels versés par l’OTAN avec l’argent des drogues au président Medvedev en échange du droit de passage des GI’s sur le territoire russe. Ndlr.

[17] CBS News, 1er avril 2010.

[18] Voir le livre de Peter Dale Scott, La Route vers le Nouvel Ordre Mondial. NdT.

[19] Des câbles de Gordon McGinley, l’attaché légal du FBI à Mexico City, au Département de la Justice, voir Scott & Marshall, Cocaine Politics, p.36.

[20] Scott, Deep Politics, p.105 ; citation du San Diego Union, 26 mars 1982.

[21] Fueling America’s War Machine : Deep Politics and the CIA’s Global Drug Connection, (à paraitre à l’automne 2010 chez Rowman & Littlefield).

[22] Time, 29 novembre 1993 : “Les expéditions continuèrent, toutefois, jusqu’à ce que Guillen tente d’envoyer 3 373 livres de cocaïne en une seule fois. La DEA, (Drug Enforcement Agency), vigilante, l’arrêta et s’en saisit.” Cf. New York Times, 23 novembre 1996 (“one ton”).

[23] CBS News Transcripts, 60 Minutes, 21 novembre 1993.

[24] Wall Street Journal, 22 novembre 1996. Je soupçonne la CIA d’avoir approuvé l’importation de cocaïne moins "comme un moyen de rassembler de l’information" que dans le but de redistribuer des parts de marché dans le trafic global de cocaïne, dans son pays d’origine, la Colombie. Dans les années 1990, la CIA et le JSOC furent impliqués dans l’élimination du baron colombien de la drogue Pablo Escobar, un exploit rendu possible grâce à l’aide du Cartel de Cali et des escadrons de la mort terroristes de l’UAC de Carlos Castaño. Peter Dale Scott, Drugs, Oil, and War, p.86-88.

[25] Chris Carlson, “Is The CIA Trying to Kill Venezuela’s Hugo Chávez ?Global Research, 19 avril 2007.

[26] Douglas Valentine, The Strength of the Pack : The People, Politics and Espionage Intrigues that Shaped the DEA (TrineDay, Springfield, 2009), 400 ; Time, 23 Novembre 1993. McFarlin avait collaboré avec des forces anti-guérilla au Salvador dans les années 1980. Jim Campbell, le chef de station de la CIA au Venezuela.

[27] La Bank of Boston procéda au blanchiment d’au moins 2 millions de dollars au profit du trafiquant Gennaro Angiulo, et fut pour cela condamnée à payer une amende de 500 000 dollars, (New York Times, 22 Février 1985 ; Eduardo Varela-Cid, Hidden Fortunes : Drug Money, Cartels and the Elite Banks [El Cid Editor, Sunny Isles Beach, 1999]). Cf. Asad Ismi, “The Canadian Connection : Drugs, Money Laundering and Canadian Banks”, Asadismi.ws : “91 % des 197 milliards USD dépensés en cocaïne aux USA restent dans ce pays, et les banques états-uniennes blanchissent 100 milliards USD provenant de la drogue chaque année. Parmi les banques connues pour ce genre de pratiques, on trouve la Bank of Boston, la Republic National Bank of New York, la Landmark First National Bank, la Great American Bank, la People’s Liberty Bank and Trust Co. of Kentucky, et la Riggs National Bank of Washington. Citibank aida Raul Salinas (le frère de l’ancien président du Mexique Carlos Salinas) à déplacer des millions de dollars hors du Mexique, à destination de comptes secrets détenus en Suisse sous de fausses identités.”

[28] Rajeev Syal, “Drug money saved banks in global crisis, claims UN advisor”, Observer, 13 décembre 2009.

[29] Jonathan Beaty & S.C. Gwynne, The Outlaw Bank : A Wild Ride into the Secret Heart of BCCI, (Random House, New York, 1993), p.357.

[30] Peter Truell & Larry Gurwin, False Profits : The Inside Story of BCCI, the World’s Most Corrupt Financial Empire, (Houghton Mifflin, Boston, 1992), p.373-77.

[31] Truell & Gurwin, False Profits, p.449.

[32] Disponible en français sous le titre : La politique de l’heroine. L’implantation de la CIA dans le trafic des drogues [Editions du Lézard, 1998].

[33] Alfred W. McCoy, The Politics of Heroin (Lawrence Hill Books/ Chicago Review Press, Chicago, 2003), p.461 ; citant une interview avec le Dr David Musto.

[34] David Musto, New York Times, 22 mai 1980 ; cité dans McCoy, Politics of Heroin, p.462.

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La Turquie revendique le bain de sang de Bruxelles par Savvas Kalèdéridès

27 Mars 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #La Turquie, #Europe supranationale, #Terrorisme, #Daesch

La Turquie revendique le bain de sang de Bruxelles

Depuis six mois, la Turquie menace la France, la Belgique et l’Allemagne et les somme de l’aider à éliminer le mouvement de libération nationale kurde. Idéologiquement le régime de Recep Tayyip Erdoğan considère en effet que les Turcs sont une « race supérieure » et que les Kurdes doivent obéir ou être éliminés. La France, qui avait pris l’engagement d’aider la Turquie à résoudre la question kurde « sans porter atteinte à l’intégrité de son territoire » (c’est-à-dire en déplaçant les Kurdes turcs en Syrie), mais n’était plus en mesure de tenir sa promesse, fut la première touchée. La Belgique qui donne asile aux Kurdes, a été la seconde cible.

| Athènes (Grèce)
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Le quotidien {Star}, organe officieux du régime de Recep Tayyip Erdoğan, ouvre sa "une" du 22 mars 2016 (c’est-à-dire le matin même des attentats de Bruxelles) sous le titre « La Belgique État terroriste ». Le journal reproche à la Belgique d’avoir laissé des familles de victimes kurdes de la guerre civile manifester à Bruxelles pendant le sommet UE-Turquie.

Tout terroriste choisissant sa cible, veille à passer un message pour justifier son action. La plupart du temps c’est ce message qui intéresse les terroristes et non pas l’ampleur de la catastrophe que va provoquer leur acte terroriste.

De la sorte, ils parviennent à contourner l’exclusion dont ils font l’objet de la part des médias conventionnels, et se trouvent soudain au centre du débat, sous le feu des projecteurs.

Dans le cas des attentats terroristes de Bruxelles, il pourrait y avoir plusieurs messages, dont un lié à l’existence même de l’UE [1]. Cependant, le message central, qui n’a cessé d’être répété par le gouvernement turc, par des groupes étatiques et para-étatiques et par la presse turque, concernait le soutien de la Belgique et de l’UE à la cause kurde.

Le président Erdoğan en personne, pendant que se tenait le sommet de l’UE avec la Turquie, prononçait une attaque violente contre l’Union européenne accusée d’héberger et de soutenir des organisations du mouvement de libération nationale kurde.

Le quotidien Star, organe officieux du régime de Recep Tayyip Erdoğan, ouvrait sa "une" du 22 mars 2016 (c’est-à-dire le matin même des attentats de Bruxelles) sous le titre « La Belgique État terroriste ». Elle était illustrée de photographies de Kurdes brandissant le drapeau du Rojava, la région autonome du Nord de la Syrie qui sert désormais de base arrière au PKK et constitue une menace majeure pour la Turquie.

Le même journal publie les menaces du président Erdoğan envers la Belgique.

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L’édition spéciale de Star du 23 mars est intitulée : « Le serpent que nourrissait la Belgique en son sein l’a mordue », faisant référence au discours prononcé par le président Erdoğan, le 18 mars dernier [2].

De plus, le journal islamiste Akita, un des organes du Parti de la Justice et du Développement, du 23 mars reprend le même argument en "une". Elle est illustrée par des photographies de l’ancien député Zoubair Indar, l’un des dirigeants du mouvement de libération nationale kurde, et de Fehriye Erdal, accusée du meurtre d’Ozdemir Sabanci, tous deux réfugiés politiques en Belgique. Un second titre précise : « La Belgique supporte les terroristes ».

Dans son éditorial d’aujourd’hui intitulé « Celui qui dort avec le terrorisme, se réveille avec lui », Khanty Ozisik, le principal chroniqueur du journal électronique pro-Erdoğan Internethaber.com, écrit mot pour mot :
« Le gouvernement qui dirige ce pays [la Belgique], en dépit des protestations et des objections de la Turquie, autorise et permet au PKK de faire sa propagande. Il n’a pas dit mot lorsque le PKK montait ses tentes et organisait des rassemblements avec ses militants. D’autre part, le gouvernement belge, en soutenant les Forces de défense populaire (YPG) [3], qui sont considérées comme le plus grand ennemi de l’État Islamique en Irak et en Syrie, a agi comme s’il disait aux djihadistes "Venez me mettre des bombes" ».

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Il y a d’autres documents et éléments attestant de la responsabilité turque, tout comme il y en a pour les attentats contre la France. Ces derniers ont eu lieu pour faire comprendre à François Hollande qui avait accueilli à Paris, à l’Élysée, les dirigeants du YPG en uniformes militaires, qu’il ne pouvait plus reculer quant à son engagement de créer un faux État kurde [4].

Ne prêtez pas attention à qui étaient les exécutants de ces attentats, ni au groupe dont ils se revendiquent. La Turquie constitue un allié stratégique de Daesh et est en mesure de passer « contrat » directement avec son équipe dirigeante.

J’espère que le Premier ministre grec et les membres de son gouvernement liront et analyseront tout cela, alors que par leurs actions ils ont livré notre pays en otage de la Turquie. S’ils ne se réveillent pas, nous serons confrontés à des événements inimaginables.

Traduction
Christian

[1] La Millî Görüş, la milice islamiste dont est issue le président Erdoğan, est historiquement opposée à l’UE qu’elle considère comme une « club chrétien ». Ndlr.

[2] “Başkan Erdoğan AB’yi tehdit”, yazan Recep Tayyip Erdoğan, Réseau Voltaire Sitesi, 18 Mart 2016.

[3] Les Forces de défense populaire (YPG) ont été constituées sur instruction personnelle d’Abdullah Öcalan pour défendre les populations kurdes du Nord de la Syrie. Durant la guerre d’agression contre la Syrie, elles se sont battues en collaboration avec l’Armée arabe syrienne. Cependant, le 31 octobre 2014, le chef du YPG, Salih Muslim, trahissant Öcalan, participait à une réunion secrète à l’Élysée avec François Hollande et Recep Tayyip Erdoğan. Il était convenu de créer un État fantoche en territoire syrien, de nommer Muslim président, puis d’y expulser les membres du PKK turc, en application du plan Juppé-Davutoğlu de 2011. Durant un peu plus d’un an, la plus grande confusion s’étalait dans les rangs kurdes de Syrie jusqu’à ce que la Russie et les États-Unis prennent les choses en main. Depuis le 15 mars, le YPG a retrouvé son unité. Il reçoit des armes de Moscou et de Washington et les transmets au PKK. Ndlr.

[4] « La République française prise en otage », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 16 novembre 2015.

Savvas Kalèdéridès

Savvas Kalèdéridès Brigadier de l’Armée de terre grecque. Il démissionna en 2000 après la capture du leader kurde Abdullah Öcalan par la CIA, le Mossad et le MIT turc. Il était alors en mission d’accompagnement à Nairobi (Kenya), pour le compte du Renseignement grec. Très populaire en Grèce et à Chypre, il est l’auteur de nombreux ouvrages d’analyse géopolitique et dirige la maison d’édition Infognomon et le site internet InfognomonPolitics.

 
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Le roi de Jordanie accuse la Turquie de préparer le jihad en Europe

27 Mars 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Europe supranationale, #La France, #La Turquie, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #Daesch, #Terrorisme

Le roi de Jordanie accuse la Turquie de préparer le jihad en Europe

 
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Le 11 janvier 2016, le roi Abdallah de Jordanie participait à Washington à une réunion avec des membres de trois commissions sénatoriales (Renseignement, Affaires étrangères et Armées). Selon David Hearst (ancien journaliste du Scotman, puis du Guardian, actuel rédacteur en chef de Middle East Eye) qui a pu consulter les minutes de la rencontre, le roi aurait accusé le président Recep Tayyip Erdoğan d’avoir organisé la vague de migrants vers l’Europe et d’y avoir intentionnellement placé des jihadistes.

Le roi aurait affirmé, concernant la Syrie, que la Turquie œuvre pour une solution confessionnelle, à l’encontre des efforts de la Jordanie.

Le roi aurait confirmé la responsabilité de la Turquie dans le trafic de pétrole volé par Daesh. Observant que l’armée turque entraîne l’armée somalienne, le roi aurait accusé la Turquie de contrôler des groupes jihadistes non seulement en Syrie et en Irak, mais aussi en Libye et en Somalie.

Enfin, le roi se serait interrogé sur la promesse européenne [désormais actée par le Sommet des 17 et 18 mars] de verser 3 milliards d’euros à la Turquie pour l’aider à faire face à ses réfugiés. Il aurait noté le caractère disproportionné de cette aide, laissant entendre que les Européens financent indirectement les ambitions turques.

Jordan’s king accuses Turkey of sending terrorists to Europe”, David Hearst, Middle East Eye, March 25, 2016.

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La guerre en Europe, fantasme ou réalité?

26 Mars 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #Europe supranationale, #L'OTAN., #AMERIQUE, #La Russie, #Terrorisme, #Daesch, #le nazisme

La guerre en Europe, fantasme ou réalité?

Bonjour.

 

Quel merveilleux outil que  « La théorie du complot » mis au point par les services secrets américains, la CIA essentiellement, suite à l’assassinat du président John Fitzgerald Kennedy pour faire taire toute critique sur cette mort bien étrange. Cette méthode a parfaitement réussi et aujourd’hui encore il suffit d’être taxé de « complotiste » ou de « conspirationiste » pour qu’aussitôt

la bienpensance ridiculise, jette l’opprobre, disqualifie, calomnie toute personne tenant des propos s’écartant du cadre autorisé. En fait toute personne ayant osé actionner son esprit critique se trouve ainsi reléguée dans le rang des parias.

Quelle déroute de l’analyse critique ! Quelle déroute de la pensée ! C’est la fin de la pensée ! La pensée unique tue la pensée ! « La bête triomphante » est prête à mettre en œuvre ses funestes projets.

 

Ces quelques lignes sont nécessaires pour nous permettre d’ouvrir les yeux et ainsi nous éviter ce réflexe conditionné de rejet automatique de toute pensée qui dérange.

 

Car dans les deux articles qui suivent tout n’est pas politiquement correct :

  1. Le rappel que Daesch est l’armée supplétive de l’Empire, tout comme le sont également les nazis de Kiev mis au pouvoir par les USA et l’UE (Laurent Fabius, Frank-Walter Steinmeier, Radosław Sikorski, Victoria Nuland et Geoffrey Pyatt).
  2. Les attentats de Paris, d’Ankara, de Bruxelles, les incidents de Cologne, les vagues de migrants qui déferlent sur l’Europe,… . Tout semble lié !
  3. Les commanditaires de ces actes terroristes ne sont certainement pas ces pauvres hères décérébrés, bourrés de djihad et de drogues diverses, le captagon est la plus utilisée par ces fous. Le takfirisme n’est pas l’islam, le salafisme n’est pas l’islam, le wahhabisme n’est pas l’islam. L’islam politique n’est pas l’islam, n’en déplaise aux frères musulmans si bien implanté en France et en Europe. Tarik Ramadan - l’habile et rusé petit fils d’El Banna Créateur de cette secte en Egypte en 1928 pour les seuls intérêts de l’Empire britannique – arrive à semer le trouble dans les esprits et certains responsables politiques le soutienne activement. ­Les docteurs folamours voudraient bien créer cet amalgame meurtrier favorable à la guerre civile. Mais le sang-froid des populations mérite l’admiration ! Les peuples ont compris que nous ne sommes pas dans une guerre de religion. Pour l’instant le pire n’est pas certain et tant mieux ! Informer, échanger , débattre sont les meilleures antidotes contre la barbarie et la violence.
  4. Tout semble indiquer qu’une opération de même type que celles menées en Europe par les armées secrètes de l’OTAN (nom de code : opération GLADIO) durant la guerre froide est en train de se dérouler en France et plus largement en Europe, dans une indifférence coupable.
  5. Tout semble indiquer que d’autres attentats bien ciblés vont encore se produire afin de guider la population vers des objectifs bien précis. La guerre civile et la suppression totale et immédiate de tous les états nations au bénéfice de la structure dictatoriale qu’est l’Union Européenne (la réaction de Christophe Barbier est explicite, ici) en sont deux objectifs possibles.
  6. La suppression des libertés permettra aux horribles projets imposés par la ploutocratie de s’imposer sans incidents majeurs. La réforme du droit de travail en France comme dans tous les pays européens est voulue et imposée par Bruxelles (le lien).
  7. Le CETA et le TAFTA doivent être imposés coûte que coûte afin de gagner la guerre contre la Russie et la Chine.
  8. Les accords de libre-échange entre l’Union Européenne et l’Ukraine, la Moldavie et la Géorgie ont été signés dans le plus grand secret. Le parlement français les a ratifiés - dans un silence assourdissant - en procédure accélérée voulue par le chef de l’état. De fait l’Otan sera présente, officiellement ou non, dans ces trois pays stratégiques. Cela permettra de créer des abcès de fixation aux portes de la Russie en espérant que cette dernière perde enfin son sang-froid.

 

 

Deux articles éloquents vous permettront d’ouvrir la réflexion géopolitique.

Une chose est certaine, la caste des dirigeants de nos pays (certains partis politiques, certains syndicats, etc…), sont entièrement inféodés à ceux qui dirigent l’Empire. Nous ne devons rien attendre d’eux. Se pose donc le problème de la prise de pouvoir dans le cadre légal de nos états-nations. Il est de la plus haute importance que les citoyens - républicains des deux rives - s’unissent enfin et décident de former les bataillons victorieux aux législatives de 2017.  

A l’instar du référendum de 2005 qui donna une réponse sans appel, nous devons transformer le scrutin de 2017 en une sorte de référendum de type « Pour ou Contre la Souveraineté populaire et nationale et l’Indépendance de la France ».

Il faut retrouver la République et clamer « AUX URNES CITOYENS »

 

Bien cordialement

Lucien Pons

 

Texte 1 :    Bruxelles au centre de la stratégie de la terreur, par G.Chiesa

 

La guerre en Europe, fantasme ou réalité?
La guerre en Europe, fantasme ou réalité?

Ce nouveau massacre à Bruxelles, avec des actions terroristes aussi coordonnées que sanguinaires, c’est-à-dire avec des bombes à forte puissance et non des kamikazes, ressemble fort à la poursuite d’un plan bien précis.

Mais de qui ? Et contre qui est-il dirigé ? Personne ne sait qui est le sancta santorum, le chef d’orchestre qui se cache derrière ce chaos, et donc, toutes les hypothèses sont aussi irrecevables les unes que les autres. Ceux qui avancent immédiatement l’hypothèse d’une "riposte" de Daesh à la capture du dernier terroriste survivant des attentats de Paris en novembre dernier ne font que se ridiculiser. Une petite frappe comme ce Salah, depuis longtemps sous la surveillance des services secrets,… impliqué par le passé dans le trafic de drogue et de prostituées dans la maison de passe dénommée "La Béguine" située dans le quartier de Molenbeek, et qui réussit à passer sans encombre au travers de 4 contrôles de police avant d’aller se réfugier dans ce même quartier où il a toujours vécu, ce type ne peut être pas le cerveau de quoi que ce soit. Ces attentats étaient prévus depuis longtemps, par je ne sais quel organe spécialisé dans la provocation de grande envergure.

Contre qui ? Ces bombes sont la continuation des attentats de Paris en 2015 : Charlie Hebdo et le Bataclan. Et aussi de ceux d’Ankara, contre les touristes allemands. Ils font également suite à la mise en scène de Cologne, et au fleuve de réfugiés qui nous inonde.

Procédons par ordre : ces attentats nous visent, nous, les peuples d’Europe. Le but est de réduire nos libertés, et notre capacité à répondre aux forfaits des puissants. En fait, le premier résultat sera, sans aucun doute, la suspension de toutes les garanties démocratiques. Ça a déjà commencé en France, et maintenant ce sera au tour de la Belgique. Et ensuite, avec quelques attentats supplémentaires, celui de l’Italie, si par hasard nous renâclions à entrer en guerre en Libye.

Mais nous, les Italiens, sommes probablement les plus difficiles à berner, car nous avons déjà connu la période des années de plomb et de la stratégie de la tension. Et cela nous a enseigné comment ne pas tomber dans le piège qui consiste à regarder le doigt plutôt que la Lune. Si on nous dit "Daesh", nous nous méfions. Il est possible que ce soit "aussi" Daesh, mais ce dernier est seulement l’instrument, le bras armé, mais certainement pas le cerveau. Ce sont là des bombes contre "l’Europe des Peuples", pour la transformer en annexe de l’Empire, et la pousser toute entière à la guerre, lui passer la muselière, même aux plus récalcitrants. L’avertissement vaut pour tous, pas seulement pour les Bruxellois.

Qui est derrière tout ça ? Impossible de le savoir. Mais une chose est sure : les services secrets européens, tous sans exception, à plus ou moins grande échelle, ne sont que des filiales contaminées par d’autres services secrets. Ou plus probablement, par certains secteurs, certaines branches de services secrets étrangers. Rappelez-vous le superbe film prophétique de Sydney Pollack : "Les 3 jours du Condor".

C’est pour cette raison qu’ils ne trouvent, et ne trouveront, rien : ils ne sont pas en mesure d’enquêter efficacement. C’est pour ça que nous devons retrouver notre souveraineté, et changer ces gens. Changer ceux qui nous gouvernent, et qui mènent l’Europe droit dans le mur, avec des personnes nouvelles, moins lâches et plus visionnaires. Sinon ils nous cuiront à feu doux, avant de nous transformer en esclaves.

Giulietto Chiesa

Source : SputnikNews,

mardi 22 mars 2016

Traduction : Christophe pour ilFattoQuotidiano.fr

Texte n°2 :   

"Les Etats Unis et l’OTAN préparent une guerre totale en Europe", par Dimitris Kazakis, secrétaire Général de l'EPAM - ελληνικά - (Front Populaire Unis), Grèce.

 

Le Secrétaire Général de l’OTAN J. Stoltenberg vient d’annoncer en date du 2/2/2016 qu’il approuve la proposition du Ministre de la Défense des Etats Unis, A. Carter de quadrupler les armements et les troupes américaines en Europe contre l’ « agressivité russe ».

Un peu plus tôt, le même jour, dans sa déclaration sur l’équipement militaire des Etats Unis pour une éventuelle guerre contre la Russie, Carter a dit :

« Nous renforçons nos positions en Europe pour appuyer nos alliés de l’OTAN dans le but de faire face à l’agressivité russe. En dialecte du Pentagone, ça s’appelle European Reassurance Initiative et alors que l’année dernière ont été demandés 800 millions de dollars, pour cette année nous demandons 4 fois ce montant pour arriver d’ici 2017 à 3,4 milliards de dollars. Cette somme est destinée à financer plusieurs choses : plus de forces armées des Etats Unis en Europe, plus d’entrainements et d’exercices avec nos alliés, plus d’intention et plus de moyens de guerre, l’amélioration des infrastructures et du soutient à tout cela ».

Pourtant la plus choquante des déclarations de Carter est la suivante :

« Quand tout cela se combinera aux forces des Etats Unis déjà déployées en Europe –très importantes elles aussi– nous serons en position de créer rapidement, d’ici 2017, une force terrestre d’armes combinées particulièrement exercée et qui sera en mesure de répliquer si ceci s’avère nécessaire dans le cadre de ce théâtre d’opérations ».

Si à tout cela on ajoute le nouveau dogme de l’OTAN qui consiste en la dénationalisation des forces armées des pays membres, la menace d’un conflit guerrier au sein de la scène européenne ayant comme prétexte la Russie est plus qu’évidente. Le dogme de la dénationalisation ne concerne pas la transformation de tout ou partie des troupes en mercenaires mais leur intégration en une structure unique de gestion et d’entreprises sous administration de l’OTAN.

Nombre de pays ont déjà remis la garde de leurs frontières –ce que l’OTAN appelle officiellement « surveillance policière »– et de leur espace aérien aux forces de l’OTAN. La totalité ou presque des infrastructures militaires, surtout de celles qui sont à la frontière de la Russie, ont déjà été livrées à l’OTAN dans le but de faciliter le développement de ses propres forces. Tel est le cas aussi en Pologne, en Finlande, en Roumanie et aux Pays Baltes. Récemment la Bulgarie a aussi livré son espace aérien à la « surveillance policière » de l’OTAN.

D’ici 2017, les Etats Unis non seulement auront quadruplé leurs forces en Europe (continent entièrement sous leur contrôle) mais chacun de ses alliés aura livré la totalité de son territoire au Quartier Général de l’Alliance et de ses membres pour leurs opérations. Et, bien entendu, les forces armées des pays européens ne seront plus sous les ordres politiques ou militaires nationaux, même pas pour sauver les apparences.

Voici comment est en train de se construire aujourd’hui en territoire européen la plus grande force d’agression militaire jamais vue. Une force américano-européenne qui fonctionnera sous les ordres d’un seul centre : le Quartier Général de l’OTAN.

Et tout cela d’ici la fin 2017. Dans l’hypothèse où les Etats Unis et l’OTAN planifireaient une invasion en Russie, que feraient-ils ? Pas plus de ce qu’ils sont en train de faire actuellement.

Ceci ne veut pas dire que nous serons de nouveau face à une invasion comme celle d’Hitler en ex Union Soviétique. Les méthodes ne seront plus les mêmes. Ce qui était envisagé comme invasion militaire lors de la 2e guerre mondiale aujourd’hui peut très bien se dénommer –et a déjà été dénommé– « intervention humanitaire ».

La création de foyers aux portes de la Russie, comme dans le cas de l’Ukraine, ou même dans son intérieur est une très bonne méthode d’invasion « humanitaire » ou « pacifiste » de l’OTAN. A condition qu’il y ait les crises socio-politiques adéquates.

Et pourquoi devrait-on se préparer à une invasion ? Pour des raisons pas uniquement géostratégiques mais aussi économiques. La Russie, ainsi que la Chine, constituent aujourd’hui des obstacles à la dynamique des marchés des capitaux mondiaux. Ce sont des économies encore protégées, dans une ère où le capital financier exige l’effondrement de toutes les frontières, de toute sorte de protectionnisme, pour qu’il puisse envahir tous les recoins de la planète sans aucune limite, au gré des montées et des descentes du paroxysme spéculatif des marchés.

Alors que l’économie mondiale continue son effondrement, au moment même où le capital virtuel des bourses et des marchés explose à la recherche de nouvelles opportunités de maximalisation des profits, la nécessité d’une guerre devient de plus en plus urgente. Non seulement sous la forme de conflits et d’interventions périphériques, comme c’était le cas jusqu’à présent, mais même sous la forme d’une nouvelle grande guerre européenne.

Voici à quoi nous préparent les Etats Unis et l’OTAN.

Pour la traduction en français : 

Christina Komi

https://epaminternational.wordpress.com/2016/03/18/les-etats-unis-et-lotan-preparent-une-guerre-totale-en-europe/#more-7328

 

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Vers une nouvelle guerre au Liban, par Thierry Meyssan

26 Mars 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #AMERIQUE, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #Terrorisme, #Daesch, #La France, #L'OTAN.

Voltairenet.org

 

 

Depuis l’accord de Doha et l’élection anticonstitutionnelle de Michel Sleiman comme président de la République, en 2008, le Liban n’a pas connu d’événement politique marquant jusqu’à août dernier. Au cours des sept derniers mois, le pays a été secoué lors de la « crise des ordures » par des manifestations susceptibles de déboucher sur une seconde « révolution du Cèdre », puis par une crise de confiance avec l’Arabie saoudite et ses alliés, enfin par une mise en cause internationale du Hezbollah. Trois événements qui, pris séparément, semblent s’expliquer par eux-mêmes et ne débouchent sur rien. Et pourtant…

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Odeur pestilentielle dans de nombreuses communes du Liban où les ordures ne sont plus ramassées.

En août 2015, débuta subitement la « crise des ordures » : l’État ne parvint pas à renouveler le contrat de ramassage des poubelles par la société Sukleen. En quelques jours, le pays dans son ensemble devint une vaste poubelle, les déchets s’amoncelant dans les rues. Des manifestations se formèrent accusant le gouvernement d’incurie. Bientôt des milliers de manifestants clamaient dans le centre de la capitale que les politiciens eux-mêmes étaient des ordures, pillant l’État au détriment des citoyens. Des médias évoquaient un début de révolution colorée comparable à la « révolution du Cèdre » organisée par les États-Unis après l’assassinat de l’ancien Premier ministre Rafic Hariri ; d’autres médias évoquaient une extension du « printemps arabe » [1]. En définitive la fureur populaire retomba car le système communautaire unique du Liban —imposé par la France— attache chaque citoyen à sa communauté religieuse et l’empêche de se positionner sur les questions nationales.

Toutefois, sept mois plus tard, la crise des ordures n’est toujours pas résolue. Certes, la capitale et les grandes villes sont nettoyées, mais dans de nombreuses régions, les poubelles s’accumulent répandant une odeur nauséeuse. La persistance et la généralisation de ce problème ont des conséquences en matière de santé publique. Les virus se propagent et presque tous les Libanais sont malades épisodiquement. Elles ont aussi des conséquences économiques. De facto, le tourisme, principale source de revenu officiel du pays, est en forte baisse.

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La terrasse du Petit Café de Beyrouth, face au rocher, est vide. Les clients du Golfe ont déserté.

La seconde crise a débuté avec l’annulation du don saoudien de 3 milliards de dollars à l’Armée libanaise [2]. En réalité, ce « don » était la rémunération versée à l’Armée libanaise pour avoir détruit le témoignage de Majed el-Majed qu’elle avait arrêté lors de son transport en ambulance, le 26 décembre 2013. Le célèbre terroriste était le représentant du prince Bandar Ben Sultan au Levant. Il était suspecté de connaître personnellement la totalité des politiciens qui soutiennent secrètement les jihadistes. Son témoignage aurait gravement mis en difficulté le royaume saoudien. L’homme eut la bonne idée de mourir après quelques jours de détention sans que son témoignage détaillé ne soit enregistré [3].

Pour justifier l’annulation de son « don », Riyad évoqua la réaction du Liban à l’exécution de cheikh Nimr Baqr al-Nimr. Le 2 janvier 2016, la pétro-dictature avait en effet décapité le chef de son opposition. Or, il se trouve que cette personnalité était un religieux chiite, ce qui souleva une vague d’indignation dans toutes les populations chiites du monde, y compris au Liban [4]. L’Arabie saoudite mobilisa ses alliés pour affirmer son droit absolu à tuer qui il souhaite parmi ses sujets, tandis que le Liban se tint prudemment sur la réserve. Riyad décida d’y voir une forme d’ingratitude au regard des milliards déversés durant des années pour soutenir le 14-Mars, c’est-à-dire la coalition des partis communautaires libanais collaborant avec Israël.

Surtout, Riyad décida de couler l’économie libanaise en interdisant à ses sujets de se rendre au Liban et en faisant étendre cette interdiction aux Bahreïnis et aux Émiratis. Privé de ses touristes du Golfe, les commerces et les banques sont immédiatement entrés en récession.

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La chaîne Al-Manar ("le phare") est le seul moyen de communication dont disposerait la Résistance libanaise en cas d’agression israélienne. Durant la guerre de 2006, le Hezbollah est parvenu à la faire fonctionner malgré les gigantesques bombardements de Tsahal. En cas de coupure de l’antenne, seule la version occidentale des faits serait connue.

La troisième crise est celle concernant le Hezbollah. Ce réseau de résistance à l’occupation israélienne s’est progressivement transformé en parti politique et participe au gouvernement. Principalement soutenu par la Syrie dans la période 1982-2005, il se tourne progressivement vers l’Iran après le départ de l’Armée arabe syrienne du Liban. Dans la période 2006-2013, il reçoit un arsenal considérable des Gardiens de la Révolution iraniens. Cependant, depuis l’élection de cheikh Hassan Rohani en Iran, le Hezbollah se prépare à une rupture et développe ses propres sources de financement en s’appuyant sur la diaspora libanaise et/ou chiite à l’étranger, principalement en Afrique et en Amérique latine. Suite à la signature de l’accord 5+1 avec l’Iran, le 14 juillet 2015, le Hezbollah s’engage contre les jihadistes aux côtés de l’Armée arabe syrienne, tout en prenant progressivement ses distances avec Téhéran.

Le 16 décembre 2015, le Congrès des États-Unis a adopté à l’unanimité une loi interdisant aux banques de travailler avec le Hezbollah ou des organes liés à la Résistance libanaise et visant, en outre, à empêcher la diffusion de la chaîne de télévision Al-Manar [5]. Immédiatement le Trésor a pris des sanctions contre Ali Youssef Charara, PDG de la société Spectrum Investment Group, accusé de participer au système de financement de la Résistance [6]. La loi états-unienne a été suivie par des résolutions du Conseil de coopération du Golfe et de la Ligue arabe qualifiant le Hezbollah de « mouvement terroriste ».

Le dispositif est désormais complet : l’économie libanaise est ruinée et le principe de la Résistance à l’occupation israélienne est assimilé à du terrorisme. La chaîne de télévision Al-Manar ne devrait plus être accessible par NileSat et ArabSat, limitant considérablement son audience.

Deux options sont désormais possibles pour Washington et Tel-Aviv : soit une guerre classique, comme en 2006, soit —plus simple et plus discret— une guerre civile, comme le Liban l’a connue de 1975 à 1990. Le dernier président constitutionnel du Liban, Émile Lahoud, appelle à une réforme immédiate de la loi électorale, de manière à ce que le prochain parlement ne soit pas représentatif des communautés religieuses, mais de la population. C’est le seul moyen d’éviter la guerre civile.

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Pourquoi nous avons perdu la bataille contre le terrorisme. Comment nous pouvons la gagner Grégoire Lalieu

26 Mars 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre, #Terrorisme, #Daesch

25 mars 2016

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Mardi 22 mars, deux attentats ont plongé Bruxelles dans l'effroi. Ces attaques surviennent quatre mois après l'onde de choc qui avait ébranlé Paris, quatorze mois après les drames de Charlie Hebdo et de l'Hyper Cacher. L'année dernière déjà, nous insistions sur la nécessité de comprendre comment le quotidien de la Ville Lumières avait pu basculer en quelques heures dans les ténèbres. Cette plongée jusqu'aux racines du mal nous conduisait vers deux facteurs essentiels. D'une part, la politique guerrière menée au Moyen-Orient depuis plus d'un siècle. D'autre part, l'exclusion des jeunes issus des quartiers populaires. Quelles réponses le gouvernement français a-t-il apporté à ces problèmes ? Y aura-t-il un jour suffisamment de militaires dans les rues de Bruxelles pour nous protéger d'une nouvelle attaque ?

 



Des silhouettes hagardes remontent le tunnel du métro, se frayant un chemin dans un nuage de fumée. Elles sont escortées par les halos blêmes des lampes murales qui font briller l’acier des rails et leur désignent la sortie. Une fillette pleure. C’est l’un des rares signes de vie de ce désolant tableau de nuit et de brouillard. Il rappelle par la douleur que la folie humaine traverse le temps pour prendre d’autres formes. Une bombe a explosé dans le métro bruxellois. Une fillette pleure. Une heure plus tôt, deux kamikazes sautaient dans le hall de départ de l’aéroport de Zaventem. D’habitude, les voyageurs filent avec empressement sur le sol brillant du terminal en direction des portes d’embarquement. Mardi, ils déambulaient le visage en sang au milieu des décombres. Mardi, Bruxelles s’est arrêtée de brusseller quelque temps. Bilan toujours provisoire : 31 morts et 300 blessés.

« C’est une horreur », déclarait le président François Hollande quatre mois plus tôt. Vendredi 13 novembre, journée mondiale de la gentillesse, plusieurs attaques terroristes étaient menées simultanément en plein cœur de Paris. Le bilan est lourd là aussi. 129 morts et quelque 352 blessés. Le pire attentat jamais commis en France. Ces attaques sont survenues quelques mois après celles qui avaient décimé la rédaction de Charlie Hebdo et le magasin Hyper Cacher. À l’époque, la plupart des réactions s’étaient cantonnées au registre émotionnel. Il fallait au choix faire preuve de fermeté ou affirmer davantage nos valeurs occidentales face à l’obscurantisme. Certains n’hésitant pas à combiner étonnamment les deux en appelant à un Patriot Act français depuis des manifestations pour la liberté d’expression.

Mais en 2015 déjà, les attentats ne pouvaient être ramenés à ces seules dimensions. Pour éviter que pareille tragédie se reproduise, il fallait pouvoir situer les attaques dans leur contexte politique, social et historique. Ce que nos gouvernements n’ont pas fait.

La France est en guerre... depuis longtemps !

« Vous ne pouvez pas nous attaquer et ne rien avoir en retour », avait déclaré Amedy Coulibaly, l’auteur de la tuerie du supermarché cacher. Faut-il être aveugle ou sourd pour ne pas comprendre que la violence qui s’est abattue sur Bruxelles et Paris est liée à la violence qui se déchaîne sur le Moyen-Orient voilà plus d’un siècle ? Depuis que des Britanniques ont fait jaillir l’or noir au sud-ouest de l’Iran en 1855, cette région du monde n’a jamais connu la paix. Jamais. En Europe, on n’a pas de pétrole, mais on a des bombardiers. Estimant que les richesses du Moyen-Orient devaient nécessairement lui appartenir, l’Occident a multiplié les guerres, les coups d’État et de nombreuses autres atrocités.

« Nous sommes en guerre », avait déclaré Manuel Valls après les attentats de novembre. Le Premier ministre l’a répété au lendemain des attaques de Bruxelles. « Il a raison, a confirmé Bernard-Henri Lévy sur le plateau d’I-Télé. C’est même une guerre totale aujourd’hui ». On se souvient que le Parisien avait planté le décor de sa une sensationnaliste après la tuerie du Bataclan : « Cette fois, c’est la guerre. » Mais la guerre n’a pas commencé le 13 novembre 2015. Depuis longtemps, elle se joue loin des frontières de l’Hexagone et du Vieux Continent. Tant que nos avions bombardaient des villages dans des montagnes lointaines, tant que des enfants apparemment différents des nôtres mourraient sous le poids de sanctions injustes, tant que les morts tombés sous nos armes défilaient discrètement entre deux reportages sur le nouvel iPhone, la guerre n’existait pas vraiment à nos yeux. Aujourd’hui, difficile de ne pas voir le sang. Impossible de ne pas entendre les cris.

« Nous avons créé Al-Qaida »

La France et la Belgique ont senti la guerre. Celle que vivent des millions d’innocents depuis tant d’années. Celle qui constitue un terreau des plus favorables à la folie meurtrière des terroristes. Qu’a fait le gouvernement français après les attentats de janvier ? S’obstinant à bloquer toute solution politique en Syrie, il a continué à larguer des bombes et à semer le chaos. Certains se demandent comment Daesh a pu devenir, sous nos yeux, le monstre qu’il est. Alors que l’ex-chef des renseignements Alain Chouet annonçait la mort logistique d’Al-Qaida en 2002. Daesh n’est pas sorti de nulle part. Il est le fruit des errements de la politique occidentale au Moyen-Orient, l’Occident ayant toujours entretenu des relations pour le moins ambigües avec le terrorisme islamique.

« Nous avons créé Al-Qaida », confessait Hillary Clinton en 2009. De fait, les origines de cette organisation remontent à la fin des années 70, en Afghanistan. À l’époque de la guerre froide, les Etats-Unis appliquaient la doctrine du Rollback consistant à repousser et à renverser les gouvernements jugés trop proches de l’Union soviétique. Pour déstabiliser l’Afghanistan qui entretenait des relations étroites avec Moscou, la CIA et ses alliés saoudiens ont financé l’insurrection d’islamistes, dont Ben Laden. Lorsque les troupes soviétiques ont franchi la frontière afghane pour secourir leur gouvernement allié, Zibgniew Brzezinski, conseiller de la Maison-Blanche, s’est réjoui d’avoir l’occasion « d’offrir aux Russes leur guerre du Vietnam ». Brzezinski ne s’y était pas trompé. La CIA et les Saoud ont accru leur soutien aux combattants islamistes. Et l’Union soviétique s’est embourbée dans un conflit interminable qui a précipité la chute du Bloc de l’Est.

Les excités se rebiffent

Quelques années plus tard, fort des réseaux qu’il avait développés à travers la guerre d’Afghanistan, Ben Laden créait Al-Qaida pour mordre la main qui l’avait nourrie. Le revirement s’est opéré durant la Guerre du Golfe. Après l’invasion du Koweït par Saddam Hussein, les troupes irakiennes étaient stationnées aux portes de l’Arabie saoudite. Ben Laden proposa aux Saoud de lever une armée pour défendre le royaume. La monarchie refusa l’offre et appela les Etats-Unis en renfort. Le chef d’Al-Qaida ne digéra pas l’injure, observant avec rage les GI’s souiller les terres saintes de l’islam pour tuer d’autres musulmans. Issu de la bourgeoise saoudienne, Ben Laden nourrissait en outre une profonde aversion pour cette monarchie féodale qui monopolisait tous les leviers de l’économie et qui se compromettait dans des relations bienveillantes avec Israël et les Etats-Unis.

Al-Qaida commença donc à s’attaquer aux intérêts saoudiens, ainsi qu’à l’ennemi lointain qui soutenait cet ennemi proche, les Etats-Unis. En 1998, Brzezinski, l’architecte du piège afghan, était interrogé par le Nouvel Observateur sur ces attentats commis par des terroristes que la CIA avait soutenus plus tôt. Réponse triomphale du conseiller de la Maison Blanche : « Qu’est-ce qui est le plus important au regard de l’histoire du monde ? Les talibans ou la chute de l’empire soviétique ? Quelques excités islamistes ou la libération de l’Europe centrale et la fin de la guerre froide ? » Trois ans plus tard, quelques excités islamistes faisaient tomber les tours du World Trade Center.

La seconde vie d’Al-Qaida

Après les attentats du 11 septembre, George W. Bush a attaqué l’Afghanistan, bien que les talibans proposaient de faire juger Ben Laden par un tribunal islamique. Quatorze ans plus tard, Al-Qaida et sa filiale devenue indépendante, Daesh, sont plus puissantes que jamais. Pourquoi ? D’abord, parce que les campagnes militaires de Bush, si elles ont dans un premier temps affecté les capacités logistiques d’Al-Qaida, ont finalement généralisé un chaos favorable à la résurgence d’organisations terroristes. Ensuite, malgré le traumatisme des attentats du 11 septembre, force est de constater que les Etats-Unis et leurs alliés n’ont pas renoncé à utiliser le terrorisme comme arme.

Ainsi, en Libye, l’Otan n’a pas hésité à s’appuyer sur Al-Qaida pour faire tomber Mouammar Kadhafi. Pour des raisons historiques liées au renversement du roi Idris, l’autorité du guide libyen était contestée à l’est du pays. Bien que la région fut reconnue comme un sanctuaire d’extrémistes, l’Otan y a soutenu une insurrection. Interrogé sur un possible appui de l’alliance atlantique à des groupes terroristes, l’amiral Stavridis tenta de noyer le poisson en reconnaissant qu’il y avait des membres d’Al-Qaida au sein de l’opposition libyenne, mais qu’ils combattaient « à titre personnel ». C’était en 2011, bien avant les attentats de Bruxelles et Paris. Et dans l’euphorie printanière, l’assertion de l’amiral n’avait pas soulevé beaucoup de questions.

Aujourd’hui, difficile de masquer la réalité que certains prêcheurs du désert dénonçaient depuis longtemps. Déjà revigorée en Irak, Al-Qaida a repris du poil de la barbe en Libye avec l’aide de l’Otan. Elle a carrément touché le jackpot lorsque les Etats-Unis, la France et leurs alliés locaux ont décidé de renverser le gouvernement syrien. La responsabilité de la coalition anti-Assad est lourde dans la résurgence du terrorisme. Dans un premier temps, la France et la Belgique n’ont rien fait pour empêcher leurs enfants d’aller grossir les rangs des armées terroristes en Syrie. C’était l’époque oùLaurent Fabius déclarait qu’Al-Nosra faisait du bon boulot. L’époque où Didier Reynders, ministre belge des Affaires étrangères, prédisait au sujet des jeunes partis combattre aux côtés de l’ASL : « On leur construira peut-être un monument comme héros d’une révolution. » L’époque où la France faisait des pieds et des mains pour empêcher que le Front Al-Nosra soit reconnu comme organisation terroriste. L’époque où François Hollande violait l’embargo syrien pour fournir des armes à la rébellion. « Nous avons commencé quand nous avons eu la certitude qu’elles iraient dans des mains sûres », avait confié le président français. Réponse d’un officier des renseignements du Moyen-Orient cité par le reporter Patrick Cockburn : « [les membres de Daesh] étaient toujours très heureux quand des armes sophistiquées étaient livrées à n’importe quel groupe anti-Assad, parce qu’ils arrivent toujours à les convaincre de leur donner ces armements, par la menace, la force, ou de l’argent. »

François Hollande ne pouvait pas ignorer cette réalité. En décembre 2013 encore, un dépôt d’armes de l’Armée Syrienne Libre était pillé par le Front islamique. « C’est sûr que ces difficultés ne nous ont pas vraiment encouragés à aller plus loin », commentait un diplomate français. Et pourtant, François Hollande a poursuivi les livraisons d’armes. « Mais aucun “équipement qui aurait pu se retourner contre nous”, tel que des explosifs », précise un anonyme au Monde. On voit là dans cette précaution militaire que la France a joué avec le feu en Syrie. Avant d’essuyer un sévère retour de flamme à Paris.

Pire, l’explosion du terrorisme n’est pas le dommage collatéral d’un noble combat destiné à renverser le dictateur Assad et empêcher le massacre de Syriens. Sinon, comment expliquer que pour faire triompher la démocratie en Syrie, la France s’est associée avec l’une des pires dictatures de la région, l’Arabie saoudite ? Laquelle, s’échinant à défendre le printemps syrien de ses hirondelles intégristes, réprimait au même moment le soulèvement bahreïni dans une mare de sang. Peut-on en outre raisonnablement empêcher l’armée syrienne de commettre des massacres en soutenant le « bon boulot » d’Al-Nosra ? La France n’a pas soutenu de noble bataille en Syrie, mais a concouru à une guerre de plus pour asseoir la domination occidentale sur le Moyen-Orient. Une guerre de trop. Déléguant le sale boulot aux mercenaires de Daesh et d’Al-Qaida, la France et ses partenaires ont totalement perdu le contrôle de la situation.

Les excités se rebiffent, encore

En effet, Daesh n’est pas la marionnette des puissances occidentales. L’organisation terroriste dispose de son propre agenda. L’Otan et ses alliés régionaux l’ont laissée prospérer tant qu’elle rencontrait des objectifs communs, mais la situation s’est gâtée lorsqu’après la prise de Mossoul, Daesh a avancé ses troupes en direction du Kurdistan irakien. Havre de profits pour les multinationales US, la région autonome reste la chasse gardée des Etats-Unis. Pour contrer l’appétit de l’ogre islamiste, Barack Obama a alors mis sur pied une coalition, rejoint par la France et la Belgique. Mais les forces occidentales ont une fois de plus démontré toute leur ambiguïté face au terrorisme. En effet, durant près d’un an, la France s’est contentée de frapper Daesh uniquement en Irak. Et avec une efficacité toute relative. Cette retenue était justifiée par la volonté de ne pas affaiblir l’organisation terroriste en Syrie de manière à ne pas renforcer les positions d’Assad. Autrement dit, tant que Daesh massacrait des Syriens, il fallait le ménager. Maintenant qu’il s’attaque à l’Europe, il faut l’abattre.

Les attentats de janvier et de novembre portent les stigmates du cynisme et de l’inconscience du gouvernement français. Son obstination à renverser Assad par terroristes interposés a contribué à plonger la Syrie dans le chaos avec les répercussions que l’on connait en France et en Belgique. Cette obstination n’avait subi aucune inflexion après les attentats de janvier alors que de nombreux experts, de droite comme de gauche, insistaient sur le fait que dialoguer avec Assad était nécessaire pour sortir du bourbier syrien. Une nécessité remise au goût du jour après les attentats de novembre. Mais très vite, des voix se sont élevées en France. Elles se faisaient le relais des néoconservateurs d’outre-Atlantique où l’on désigne sans gêne Al-Qaida comme un partenaire plus fiable que le président syrien. Si la position des faucons de Washington a buté sur les bougies du Bataclan, les relais français se sont contentés de rappeler qu’Assad était responsable de tous les maux, quitte à prendre quelques libertés avec les faits.

Ainsi, sur le plateau de BFM TV, confrontée au député Alain Marsaud qui plaide le dialogue avec Damas, Caroline Fourest a rappelé avec force qu’Assad était « un boucher, responsable du massacre de 250.000 Syriens ». Ces chiffres proviennent de l’Observatoire Syrien des Droits de l’Homme. Et Caroline Fourest s’est bien gardée d’en offrir le détail. Car d’après cet observatoire, sur les 250.000 victimes du conflit syrien, l’armée et les miliciens qui la soutiennent ont payé le plus lourd tribut avec 90.000 pertes. Viennent ensuite les 80.000 morts dénombrés dans les rangs de la rébellion. Rébellion dominée par les extrémistes et dont un tiers des effectifs viendrait de l’étranger. À ceux-là s’ajoutent les 70.000 civils victimes du conflit. Affirmer qu’Assad a tué 250.000 Syriens, c’est juste un mensonge. Un mensonge de ceux qui ont bloqué toute solution politique en Syrie depuis cinq ans.

Et ça continue. Les négociations russo-américaines butent sur le sort d’Assad. Si Moscou suggère de laisser les Syriens choisir leur président à travers des élections, Washington insiste pour faire place nette à Damas. Argument du secrétaire d’État John Kerry ? Assad canalise la frustration des pseudo-jihadistes qui affluent de partout pour le renverser. Virez Assad, et les terroristes baisseront les armes. Un comble ? Effectivement. Ce n’est pas Assad qui a ramené l’Irak à l’âge de pierre, détruisant les structures de l’État laïc pour le plus grand bonheur des extrémistes. Ce n’est pas Assad qui a ouvert ses frontières aux takfiristes et déployé des camps d’entrainement pour leurs recrues. Ce n’est pas Assad qui a fourni armes et argent aux combattants d’Al-Qaida. Et pourtant, comme l’imbécile reproche à la femme violée sa jupe trop courte, Kerry somme Assad de partir pour contrer le terrorisme.

La légitimité du président syrien ne luit certainement pas au sommet du firmament démocratique. Mais dans la situation actuelle, une issue politique à la terrible guerre qui déchire la Syrie depuis cinq ans ne peut pas contourner Assad. « Il faut d’abord restaurer les États et les pouvoirs centraux, sinon Daech ou d’autres groupes vont y prospérer », commente dans les colonnes du Vif/L’Express Fabrice Balanche, chercheur invité au Washington Institute. «  Si on cherche à changer les pouvoirs dans des sociétés pas prêtes au changement, soit on remplace un dictateur par un autre, soit on provoque le chaos. » De l’Afghanistan à la Syrie en passant par l’Irak et la Libye, toutes les dernières tentatives de changement de régime confirment cette analyse. On pourra en outre s’interroger sur la légitimité de l’Otan à désigner qui devrait gouverner ces pays.

Tout le monde se lève pour les Saoud

L’esquive, c’est tout un art ! Teintée de panache, l’esquive magnifie l’exercice de la dérobade. Ainsi, la pétulance dans toute sa splendeur fascine, comme lorsque Mohamed Ali, pris dans les cordes d’un match de gala, échappe à vingt et un assauts en moins de dix secondes. Mais l’esquive est aussi synonyme de fuite. Ainsi, elle perd toute sa noblesse dans la désertion cagnarde face aux responsabilités. Comme lorsque le ministre belge des Affaires étrangères, Didier Reynders, est interrogé par la RTBF sur nos relations avec l’Arabie saoudite qui «  joue un rôle important de soutien au radicalisme. » Réponse du chef de la diplomatie : « Tout à fait, d’où l’importance du dialogue. »

En réalité, les chancelleries occidentales ont déjà fermé des ambassades pour moins que ça. Mais l’Arabie saoudite reste incontournable. C’est un autre aspect des errements de notre politique au Moyen-Orient, directement lié aux vagues d’attentats qui ont frappé Paris et Bruxelles. La monarchie féodale propage partout à travers le monde sa vision réactionnaire de l’islam, le wahhabisme, véritable carburant idéologique des groupes terroristes comme Daesh. Sous les yeux de leurs partenaires occidentaux, les Saoud fournissent armes et argent aux fanatiques. Et pourtant, de Paris à Washington en passant par Bruxelles, tout le monde se lève pour les Saoud.

Comment les Etats-Unis ont désigné leur « pape islamique »

Bien sûr, l’Arabie saoudite jouit de cette remarquable faculté à pouvoir jouer au yo-yo avec le cours du baril de brut. Certes, la monarchie injecte généreusement ses pétrodollars dans nos économies. Mais la relation qui unit les Saoud à l’Occident va beaucoup plus loin que cela. Elle s’inscrit dans l’Histoire, autour d’intérêts stratégiques communs. Avec tout d’abord la lutte contre le nationalisme arabe à partir des années 50. De l’Égypte à la Libye en passant par la Syrie ou l’Irak, les Saoud ont vu les monarques tomber les uns après les autres et craignaient d’être les prochains sur la liste. Quant aux Etats-Unis, ils ne pouvaient tolérer ce mouvement progressiste, laïque et de plus en plus populaire auprès des masses, pour la simple et mauvaise raison qu’il entendait laisser les Arabes disposer souverainement de leurs richesses. Une hérésie pour les multinationales friandes de pétrole !

Pour contrer le nationalisme arabe, le président Eisenhower et ses conseillers décidèrent donc de miser sur cet État réactionnaire dirigé par une poignée d’anciens Bédouins, l’Arabie saoudite. Selon John Foster Dulles, le roi Saoud était «  la seule figure dans la région qui avait suffisamment de présence et d’avantages potentiels pour servir de contrepoids à Nasser. » Dans son livre Thicker than Oil, Rachel Bronson explique comment « Washington a commencé à explorer l’idée que le roi Saoud puisse développer un large courant religieux à partir de son contrôle de la Mecque et de Médine. Certains au sein de l’administration ont commencé à se référer au roi en tant que “pape” islamique. »

Sans le soutien des Britanniques qui ont aidé les Saoud à créer leur royaume et sans l’appui des Etats-Unis qui ont fait de la monarchie féodale le Vatican de l’islam, le wahhabisme et ses préceptes rétrogrades seraient sans doute restés cantonnés à quelques tentes d’éleveurs de chèvres. Mais érigé en « pape » du monde musulman et baignant dans les pétrodollars, le roi Saoud a pu financer des universités, des mosquées, des maisons d’édition, des chaînes de télévision et tout autre moyen qui lui permettrait de déverser à travers le monde la vision réactionnaire du wahhabisme. Pour mener à bien son entreprise, l’Arabie saoudite s’appuiera sur la Ligue islamique mondiale. Le siège européen de cette organisation sera établi à Bruxelles après que le roi Baudouin ait grâcieusement offert les clés du pavillon oriental du Cinquantenaire aux Saoud.

Haro sur les chiites !

Les Saoud ont pratiquement eu raison du nationalisme arabe dont les dernières poches irakienne, syrienne et libyenne sont la proie au chaos. Mais il n’aura pas fallu longtemps à la monarchie féodale pour désigner un nouveau péril. Quelques années à peine après la mort de Nasser et l’alignement de l’Égypte sur la diplomatie occidentale, l’Iran basculait dans le camp ennemi avec la révolution islamique de 1979. La menace chiite allait offrir deux avantages considérables aux Saoud. Sur le plan interne, elle permettait encore et toujours de reléguer au rang des questions subsidiaires la légitimité de la monarchie féodale. Sur la scène internationale, la menace chiite allait de nouveau réunir l’Arabie saoudite et l’Occident dans un combat commun. Un combat pour lequel les Saoud n’allaient pas hésiter à mobiliser les pires terroristes sur des bases idéologiques sectaires et sans en faire de mystères auprès de ses partenaires occidentaux.

En 2007, le prince Bandar, ex-chef des renseignements saoudiens, expliquait au Council on Foreign Relations, prestigieux think tank rassemblant le gratin de la politique US, comment il s’employait à manipuler les fanatiques : « Nous avons créé ce mouvement et nous pouvons le contrôler. Ce n’est pas que nous ne voulons pas que les salafistes jettent des bombes ; tout dépend de sur qui ils les jettent — le Hezbollah, Moqtada al-Sadr, l’Iran ainsi que les Syriens s’ils continuent à travailler avec le Hezbollah et l’Iran. »Le prince Bandar s’était planté sur toute la ligne. Il n’a pas pu contrôler ce mouvement et les salafistes n’ont pas jeté des bombes seulement sur des chiites.

En mars 2014, quelques mois avant la prise de Mossoul par Daesh, le prince Bandar était discrètement démis de ses fonctions. Une éviction qui rappelle furieusement celle du prince Turki, chef des renseignements saoudiens écarté une semaine avant les attentats du World Trade Center. Selon Alain Chouet, ancien responsable de la DGSE, l’Arabie saoudite comme beaucoup d’autres services de renseignements, sentait que quelque chose se tramait. Le prince Turki avait entretenu des relations étroites avec Ben Laden. Il devait donc faire un pas de côté pour ne pas compromettre l’Arabie saoudite. De fait, après les attaques du 11 septembre, bien que la plupart des terroristes fussent d’origine saoudienne, la monarchie ne fut nullement inquiétée par Bush.

Pour quelques pétrodollars de plus

Le soutien de l’Arabie saoudite au terrorisme est longtemps resté un secret de polichinelle. Mais il a depuis été publiquement reconnu, notamment par le vice-président Joe Biden et l’ancien général des forces armées US, Wesley Clark. Après les attentats de janvier 2015, tout le monde savait que l’Arabie saoudite sponsorisait le terrorisme. Mais qu’a fait le gouvernement français après la cérémonie d’hommage à Charlie Hedbo ? François Hollande s’est pointé dans l’antre du diable, le Conseil de Coopération du Golfe qui regroupe les pétromonarchies sunnites.

« Jamais un chef d’État occidental n’avait participé comme invité d’honneur à un sommet extraordinaire du CSG »,remarquait Libération. Le président français avait-il réuni les principaux sponsors du terrorisme pour taper du poing sur la table ? Pas vraiment. Après les tueries de Charlie Hebdo et du magasin Hyper Cacher, François Hollande est parti négocier de juteux contrats d’armement avec l’Arabie saoudite et le Qatar. Avant d’attaquer le Yémen, les Saoud figuraient déjà parmi les plus grands importateurs d’armes. Son principal fournisseur, l’Union européenne, ne s’inquiétait visiblement pas de savoir ce que pouvaient faire ces paisibles Saoud avec autant d’armes. En 2015, pendant que les fanatiques s’amusaient avec des missiles antichar en Syrie, l’Arabie saoudite s’est même hissée au sommet des importateurs d’armement. Son principal client ? La France. Ajoutons qu’une commission franco-saoudienne devrait bientôt plancher sur de nouveaux accords. « L’important, c’est cette perspective, cette dynamique, ce mouvement », commentait il y a quelques mois le Premier ministre Manuel Valls. En Belgique, la livraison d’armes à l’Arabie saoudite a également soulevé quelques questions. Réponse de Paul Magnette, président de la Région wallonne : « Nous ne sommes qu’un tout petit vendeur ». Petites ventes, grosses conséquences. L’effet papillon...

Ce que nous faisons et ce que nous sommes

« L’État islamique ne nous vise pas pour ce que nous faisons, mais pour ce que nous sommes. Un pays libre, laïque, et bon vivant », analysait Caroline Fourest quelques jours après les attentats du 13 novembre. Ça ne vous rappelle rien ? Quelques jours après les attentats du 11 septembre, le président néoconservateur George W. Bush déclarait devant le Congrès : « Pourquoi nous haïssent-ils ? Ils haïssent ce qu’ils voient dans cette salle même : un gouvernement élu démocratiquement. Leurs chefs sont autodésignés. Ils haïssent nos libertés : notre liberté de religion, notre liberté d’expression, notre droit de voter, de nous rassembler et d’exprimer nos désaccords. (…) Ces terroristes tuent non seulement pour mettre fin à des vies, mais pour perturber et anéantir un mode de vie. »

Les attentats, qu’ils soient perpétrés à New York ou à Paris, opposeraient tout simplement le Bien au Mal. D’un côté, nous, les gentils Occidentaux, libres, laïques et bons vivants. De l’autre, eux, les méchants islamistes, animés par une haine aveugle. On retrouve ici la rhétorique propre au Choc des civilisations, souvent attribuée à Samuel Huntington, mais développée bien plus tôt par l’historien Bernard Lewis. En 1956, lorsque Nasser tentait de s’affranchir de la tutelle coloniale en nationalisant le canal de Suez, Lewis analysait ce conflit éminemment politique et économique en ces termes : « Les ressentiments actuels des peuples du Moyen-Orient se comprennent mieux lorsqu’on s’aperçoit qu’ils résultent, non pas d’un conflit entre des États ou des nations, mais du choc entre deux civilisations. » Pour Lewis, l’islam « a toujours cherché des appuis pour combattre son ennemi : la démocratie occidentale. Il a d’abord soutenu les puissances de l’Axe (Hitler, Mussolini et le Japon fasciste) contre les Alliés, puis les communistes contre les Etats-Unis : ce qui a abouti à deux désastres… »

Tant pis si, comme nous l’avons vu, Nasser défendait un nationalisme laïque contre lequel les Etats-Unis ont soutenu l’islamisme réactionnaire des Saoud. Oublions également que le président égyptien s’est tourné vers l’Union soviétique après que la très occidentale Banque mondiale lui avait refusé les crédits nécessaires à la construction du barrage d’Assouan. La théorie de l’orientaliste ne s’embarrasse pas d’éléments objectifs. Comme le remarque Alain Gresh, Lewis fait un « étrange historien, dont les survols ignorent les faits concrets, le pétrole, l’exil des Palestiniens, les interventions occidentales ». Et le journaliste d’ajouter : « Ce qui frappe dans cette analyse, c’est son caractère a-historique et sa volonté de dédouaner toutes les politiques occidentales dans la région (ils nous haïssent, non pas à cause de ce que nous faisons, mais à cause de ce que nous sommes). »

Caroline Fourest partage donc la même grille d’analyse que le théoricien du Choc des civilisations. La guerre en Syrie, la collusion de la France avec des mouvements terroristes, notre soutien indéfectible à l’Arabie saoudite et la coalition contre Daesh sont totalement absents de son radar. On notera aussi que Fourest, invitée sur tous les plateaux de télévision et présentée comme une progressiste, nous sert la thèse d’un proche conseiller des néoconservateurs les plus radicaux, tant aux Etats-Unis qu’en Israël. En effet, Lewis a assisté Benyamin Netanyahou lorsque ce dernier occupait le poste d’ambassadeur israélien aux Nations unies. En 1998, Lewis a également signé, avec les membres fondateurs du Project for a New American Century, une lettre ouverte invitant Bill Clinton à renverser militairement Saddam Hussein. Enfin, après les attentats du 11 septembre, alors qu’ils s’apprêtaient à plonger le Moyen-Orient dans le chaos, les faucons de Washington saluaient l’analyse de leur précieux conseiller. « J’ai la ferme conviction qu’avec des hommes comme Bernard Lewis, une des personnes qui a le mieux étudié cette partie du monde, la riposte ferme et forte des Etats-Unis à la terreur et aux menaces contribuera grandement à calmer les choses dans cette partie du monde », déclarait en 2001 Dick Cheney, alors vice-président des Etats-Unis. Un an plus tard, l’ancien secrétaire adjoint à la défense, Paul Wolfowitz, renchérissait : « Bernard nous a appris à comprendre l’histoire importante et complexe du Moyen-Orient et l’a utilisée pour nous guider dans la construction d’un monde meilleur pour les prochaines générations. »

Islam ou islamisme ?

La théorie du choc des civilisations n’est pas friande de faits concrets. Elle va dès lors développer une image de l’islam coupée du temps et de l’espace. Présentée comme un bloc monolithique, la religion musulmane porterait en elle les germes du terrorisme. Mais « pas d’amalgames », répète-t-on de plus en plus à gauche, comme à droite. Certains, plus ou moins soucieux de ne pas stigmatiser l’ensemble des musulmans, vont ainsi opérer une distinction entre l’islam et l’islamisme. Mais la définition de ce dernier concept reste toujours aussi floue. Proche de Caroline Fourest, Mohamed Siffaoui, le journaliste qui aurait infiltré une cellule d’Al Qaida, proposait en 2004 : « L’islam est une religion, l’islamisme est une idéologie. […] Une idéologie fasciste qui n’a absolument rien à envier au nazisme, par exemple. »

Mais où placer la limite entre idéologie et religion ? « Mohamed Siffaoui s’économise tranquillement la délicate analyse de cette frontière mouvante, qui relève de facteurs complexes et divers — religieux, mais aussi culturels, politiques et sociaux —, préférant assener, en guise de démonstration, une dichotomie qui a le mérite de la simplicité : celle qui oppose sa propre vision de l’islam à tous ceux qui ne la partagent pas, qu’ils soient adversaires déclarés ou partisans du terrorisme », répond Thomas Deltombe dans L’islam imaginaire, une remarquable étude de la construction médiatique de l’islamophobie en France.

Autant il serait farfelu de jeter dans un même sac le terroriste Anders Briévik, la chrétienne-démocrate Angela Merkel et les révolutionnaires de la théologie de la libération, autant l’islamisme est devenu un concept fourre-tout qui, dans l’imaginaire collectif, confond allégrement les cantines halal, le port du voile et les attaques terroristes. Avec pour toile de fond, l’effroyable menace de l’islamisation de nos sociétés occidentales. Cet épouvantail, l’extrême-droite l’agite. Mais des experts comme Lewis et Fourest se chargent de bourrer l’homme de paille. Le premier a prédit que «  l’Europe pourrait être islamique d’ici la fin du 21e siècle. » La seconde s’est fendue d’une tribune hallucinante dans le Wall Street Journal où elle préconise de faire une légère entorse sur nos libertés démocratiques pour nous prémunir de l’invasion barbare.

S’il devait au départ distinguer la religion musulmane de son utilisation politique, l’islamisme se trouve lui aussi essentialisé pour être réduit à une idéologie monolithique synonyme de fanatisme voire de terrorisme. Pourtant, dansJihad made in USA, Mohamed Hassan distingue cinq courants islamistes. Il les situe chacun dans des contextes historiques et politiques différents, avec des intérêts parfois contradictoires : 1. les traditionalistes qui, entre les 19e et 20e siècles, ont utilisé la religion pour combattre le colonialisme à l’image de l’émir Abdelkader en Algérie ou d’Omar al-Mokhtar en Libye. 2. les réactionnaires d’Arabie saoudite, érigés en « papes » de l’islam avec l’aide des Etats-Unis. 3. les Frères musulmans, courant politique majeur visant l’islamisation des pays arabes, mais qui est passé par différentes phases tout au long de son histoire et qui compte encore aujourd’hui des tendances diverses. 4. les islamo-nationalistes qui, du Hezbollah libanais au Hamas palestinien, sont engagés dans une lutte de libération nationale. 5. ceux qu’on appelle les « jihadistes » et qui ont pris leurs distances avec les Frères musulmans pour privilégier la lutte armée.

Une arnaque intellectuelle

Pas plus de faits concrets, la théorie du choc des civilisations ne s’embarrasse de nuances. Elle ne permet pas de comprendre les événements qu’elle se targue d’analyser. Si la France a été attaquée pour ce qu’elle est et non pour ce qu’elle fait, en Syrie notamment, comment expliquer que la Suisse, qui partage des valeurs semblables n’ait pas essuyé d’attentats ? Faut-il en outre en déduire que pour Caroline Fourest, la Russie, victime de l’explosion du vol A321, est à l’image de la France, un pays « libre, laïque et bon vivant » ?

Ainsi va la théorie du choc des civilisations, procédant par amalgames extrêmes et généralisations abusives, comme le relève le chercheur et écrivain Roland De Bodt. « Sauf rares exceptions liées à un isolement complet, aucune forme culturelle n’est simple ; elles sont toujours et toutes composées par l’assemblage d’éléments culturels hétéroclites. […] La culture française cristallise non seulement des apports culturels des traditions grecques, celtes et latines, mais encore — et de manière tout aussi significative et active — des apports culturels des traditions juives, perses, turques, slaves, africaines, berbères et arabes, etc. (…) Pratiquement aucune expression culturelle “originale” n’est à proprement parler une forme culturelle “originelle” ; toutes les cultures humaines sont des formes et des expressions construites, c’est-à-dire : nécessairement hybrides, croisées, stratifiées, empruntées, détournées, appropriées, métissées… »

Préférant réduire à une seule dimension des concepts complexes, la théorie du choc des civilisations ne tient pas compte de la construction objective de nos cultures. Pire, en analysant nos sociétés par le seul prisme religieux et de manière totalement biaisée, elle s’assied de toute son escroquerie sur la notion de libre arbitre. « La théorie du choc des civilisations pose comme postulat que l’appartenance principale à une religion prédétermine, unilatéralement pour les croyants, toutes les convictions morales, civiles et politiques, tous les actes, toutes les décisions auxquelles ils devront faire face, poursuit Roland De Bodt. Ainsi, elle ne reconnait aucune liberté individuelle aux adeptes des différentes religions. En cela, la théorie du choc des civilisations renoue avec les conceptions criminelles des totalitarismes du XXe siècle. On aura compris que ce nouveau modèle d’explication du monde restera sans démonstration vérifiable. Considéré sur le plan scientifique, il n’a aucune valeur : les thèses principales des auteurs sont fondées par des confusions entre cultures et religions, par des préjugés à l’égard des différentes populations de la planète, de leurs identités et de leurs cultures, par des procès d’intention — souvent méprisants — à l’égard des populations concernées et de leurs représentants. »

Eux, c’est nous

Fumeuse, la théorie du choc des civilisations voudrait donc nous faire croire que nous, les gentils Occidentaux, sommes attaqués par eux, les vilains barbares. Si le raisonnement du concept se joue autant des faits concrets, c’est pour masquer une dure réalité : eux, c’est nous. Des frères Kouachi aux fères El Bakraoui en passant par Salah Abdeslam ou Amedy Coulibaly, force est de constater que les terroristes qui ont perpétré des attaques en France et en Belgique ne sont pas des extraterrestres tombés du ciel ni même des barbares débarqués de contrées lointaines. Ce sont nos enfants, ils ont grandi parmi nous et nous renvoient en pleine figure la faillite d’un système. Combien de jeunes ayant trouvé leur place dans la société et promis à un bel avenir dans un monde en paix voudraient se passer une ceinture d’explosifs autour de la taille ? Ici, la question ne se pose pas. 40 % de chômage parmi les jeunes de Molenbeek. Ici, l’ascenseur social n’est pas en panne, il est en chute libre. Ici, le nombre de personnes dépendant de l’aide social a atteint un sommet historique. Tout comme le nombre de milliardaires. Ici, les écoles ne forment plus des esprits éclairés contre lesquels auraient pu se fracasser les prêches obscurantistes. Ici, les écoles trient, relèguent,reproduisent les inégalités sociales et habituent les enfants aux antidépresseurs. Ici, la laïcité ne met pas les citoyens sur un même pied d’égalité, quelle que soit leur appartenance religieuse. Ici, on ne se contente pas d’une France ou d’une Belgique laïque, on veut des Français et des Belges laïcs. Ceux qui ne suivent pas seront des citoyens de seconde zone. Ici, selon que vous portez le voile ou pas, vous n’aurez plus les mêmes droits. Ici, on rechigne à accueillir les familles qui fuient le chaos que nous avons semé. Ici, le monde est violent. Et cette violence nous revient en pleine figure. À la terrasse d’un restaurant à Paris. Dans une station de métro à Bruxelles.

Le complexe militaro-industriel en redemande

Eux, c’est nous. L’arnaque du choc des civilisations voudrait nous faire croire le contraire. On ne se pose pas de questions, on ne cherche pas vraiment de responsables. Ce n’est pas l’unique utilité de cette théorie boiteuse. En effet, depuis que les civilisations s’entrechoquent, les carnets de commandes des marchands d’armes débordent. Pendant plus de quarante ans, ils auront été alimentés par la guerre froide et la menace soviétique. Quand le Bloc de l’Est s’est effondré en 1991, on aurait pu croire que les chaînes de production ralentiraient la cadence. On aurait même pu espérer qu’elles s’arrêtent. Après tout, l’ennemi était vaincu. Et George Bush nous promettait un avenir radieux lors de son discours sur l’État de l’Union en 1992 : « Un monde naguère divisé en deux camps armés reconnaît aujourd’hui la prééminence d’une seule superpuissance : les Etats-Unis. Et il considère cela sans crainte. Car le monde nous confie le pouvoir — et le monde a raison. Il nous fait confiance pour être justes et mesurés, pour être du côté du respect. Il nous fait confiance pour faire ce qui est bien. »

Justes et mesurés. Vraiment ? « Tout au long de la guerre froide, la part de pouvoir dont disposait la Maison-Blanche sans qu’elle ait à en rendre compte n’a cessé de croître, rappelle l’historien britannique Perry Anderson. Entre l’époque de Truman et celle de Reagan, le personnel de la présidence a été multiplié par dix. Les membres du Conseil de sécurité nationale d’aujourd’hui — plus de deux cents personnes — sont presque quatre fois plus nombreux que du temps de Nixon, de Carter et même de Bush Senior. La CIA, qui s’est développée de façon exponentielle depuis sa création en 1949 et dont le budget a plus que décuplé depuis l’époque de Kennedy — quatre milliards de dollars en 1963 et quarante-quatre en 2005, en dollars constants — est dans les faits une armée privée à la disposition du Président et dont la taille demeure un secret. »

La disparition de l’ennemi soviétique n’a donc pas freiné la course à l’armement. L’ogre en voulait toujours plus. Dans son discours d’adieu en 1961, le président Eisenhower mettait déjà en garde contre l’influence injustifiée du complexe militaro-industriel. Depuis, l’ogre n’a cessé de grossir. Et personne ne semble prêt à l’arrêter. « La guerre froide s’est achevée sur un triomphe complet des Etats-Unis, poursuit Perry Anderson. Mais l’empire créé pour remporter la guerre n’a pas disparu avec elle pour revenir se fondre dans l’écoumène libéral de la vision idéologique duquel il était sorti. Les institutions et les acquis, les idéologies et les réflexes hérités de la lutte contre le communisme ont constitué un complexe historique massif avec sa dynamique propre, qui n’avait plus besoin de la menace soviétique pour continuer sur sa lancée. Des forces spéciales dans plus de cent pays partout dans le monde, un budget militaire plus important que celui de toutes les autres grandes puissances réunies, des dispositifs d’infiltration, d’espionnage et de surveillance tentaculaires, un personnel spécialisé affecté à la sécurité nationale, enfin et surtout un ensemble de théoriciens et d’analystes dont la seule mission était de réviser, de redéfinir, de développer, d’actualiser les objectifs de la grande stratégie — comment imaginer tirer un trait sur tout cela et en revenir aux sobres principes de 1945 ? »

Il a donc fallu justifier les dépenses toujours croissantes du complexe militaro-industriel qui, comme le souligne Diana Johnstone, a besoin d’une justification idéologique constante pour assurer sa domination : « Cette tâche visant à remplacer la “menace communiste” en perdition incombe largement aux “think tanks” de Washington, des instituts politiques à financement privé qui ont proliféré dans les années 70. (…) Le complexe militaro-industriel n’a pas de direction propre, aucune philosophie, aucune valeur morale ou idéologique. Il est simplement là comme un monstre qui a désespérément besoin d’être apprivoisé et démantelé par une mesure de sécurité publique planétaire. Mais au lieu de chercher des moyens de se débarrasser de lui, les intellectuels organiques du système lui inventent des tâches à effectuer. »

C’est là qu’entrent en piste nos néoconservateurs dont les cerveaux surchauffés ont accouché de la théorie du choc des civilisations. Avec justesse, Roland De Bodt y perçoit une vaste campagne publicitaire en faveur du complexe militaro-industriel. «  Infiniment, la publicité reconfigure les représentations culturelles qui hantent nos esprits. Elle corrompt les formes du raisonnement individuel. Elle conforme les besoins culturels collectifs aux nécessités du développement technologique — et surtout du développement économique — des industries au service desquelles elle opère. (…) En ce sens, le choc des civilisations n’est ni le dévoilement d’une loi intangible de l’Univers, ni le produit naturel de l’histoire accumulée des peuples, ni le résultat démontré de la recherche scientifique ; le choc des civilisations est, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’accomplissement le plus abouti de la pensée et de l’action publicitaires dans le monde. »

La solution, c’est nous !

Les commentaires récents sur les attentats de Bruxelles nous l’ont encore démontré, une question fondamentale n’est que trop rarement posée lorsque surviennent ce genre d’attaques : pourquoi ? Si d’aventure, certains tentent d’y répondre sur un plateau télé ou dans une conférence de presse, la théorie du choc des civilisations refait surface. Les méchants d’un côté, les gentils de l’autre. Et aucune analyse objective. Il faut rester dans l’émotion. La théorie du choc des civilisations joue ainsi sur nos peurs pour nous faire accepter la guerre contre le terrorisme sans jamais remettre son efficacité en question. Et pour cause, ce conflit dont on peine à percevoir la fin est avant tout destiné à alimenter les dépenses toujours plus faramineuses du complexe militaro-industriel. Alors que cet argent pourrait être utilisé à d’autres fins. En Belgique par exemple, le gouvernement multiplie les ballons d’essai en vue de sabrer la Sécurité sociale. Il prévoit par ailleurs de débloquer quinze milliards sur quarante ans pour acheter de nouveaux avions de combat. Pour faire la guerre, l’argent ne manque pas. Alors que ces guerres sont précisément à l’origine des attaques qui ont frappé Paris et Bruxelles. « Il est très facile de comprendre les causes, car les revendications des attentats nous le disent très clairement, mais nous refusons de l’écouter, commente Jacques Baud, ancien officier des Services de renseignements suisses. Les causes sont les bombardements que la coalition occidentale fait en Irak et en Syrie. Or, aucun expert ne les mentionne. (…) Après les attentats de Madrid en 2004, le nouveau gouvernement a décidé de se retirer de la coalition. L’Espagne est totalement sortie de la menace terroriste et ils n’ont plus eu d’attentat depuis. Leurs contingents en Irak avaient même été protégés par des milices irakiennes jusqu’à ce qu’ils quittent le territoire. »

Pourtant, nos dirigeants nous promettent toujours plus de guerre. C’est dans une Belgique encore endeuillée nationalement que le Premier ministre Charles Michel annonçait la reprise de la mission de ses F-16 contre l’Etat islamique en Irak, avec une possible extension à la Syrie. La guerre, toujours la guerre. « Une guerre totale, globale et d’une certaine manière, impitoyable », pour reprendre les mots de Manuel Valls qui, au micro de la BBC, envisageait de maintenir l’État d’urgence durant trente ans si cela était nécessaire. Après avoir touché le fond, nos gouvernements nous invitent à creuser encore. Jusqu’à quand ? Personne ne peut souhaiter perdre un proche dans un attentat. Pourtant, personne n’est à l’abri. L’ancien responsable du service antiterrorisme de la Sûreté de l’État, André Jacob, l’a reconnu sur le plateau de RTL-TVI, quelques heures après les attentats de Bruxelles : « On doit apprendre à vivre avec le risque de ce genre d’explosions. La multitude de jihadistes potentiels est telle qu’il est impossible de contrôler tout le monde. Malheureusement, on l’avait dit, on est peut-être parti pour une dizaine d’années avec cette menace terroriste. » Il convient dès lors de reconnaître objectivement et au-delà de tout clivage idéologique que la guerre contre le terrorisme lancée il y a bientôt quinze ans brille par son inefficacité. Pourtant, nos dirigeants entendent poursuivre sur la même voie, cette voie qui a créé des conditions propices à l’émergence du terrorisme. Le chaos au Moyen-Orient, l’exclusion sous toutes ses formes en Europe.

La bataille pourrait sembler perdue d’avance. C’est oublier que nous avons le pouvoir de changer les choses. En effet, quand les responsables de l’Otan déclenchent une guerre, ils s’évertuent à avancer toutes sortes prétextes. Quand nos gouvernements démantèlent la Sécurité sociale, ils s’échinent à nous convaincre qu’il n’y a pas d’alternatives. Et pour justifier les dépenses du complexe militaro-industriel, les politiques jouent sur nos peurs. Si ça n’en a pas l’air à première vue, c’est finalement une bonne nouvelle. Tous ces efforts pour convaincre l’opinion publique prouve en effet que nos dirigeants ne peuvent pas agir comme bon leur semble, sans tenir compte de notre avis. Plutôt que de foncer dans le mur, nous pouvons montrer la voie. À nous de nous mobiliser pour 1. exiger de vrais débats sur les origines du terrorisme, 2. empêcher les guerres au profit de solutions politiques, 3. renflouer les budgets de l’éducation au détriment du complexe militaro-industriel et 4. revendiquer une meilleure réparation des richesses afin d’offrir des perspectives d’avenir plus radieuses que l’austérité. « La lutte et la révolte impliquent toujours une certaine quantité d’espérance, tandis que le désespoir est muet », écrivait Baudelaire. Si l’on ne veut pas multiplier à l’infini les minutes de silence pour les victimes du terrorisme, il est temps de se faire entendre.

Source : Investig’Action

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Le rapprochement entre Téhéran et Ankara, vu par le Hezbollah

26 Mars 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #AMERIQUE, #La Russie, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La Turquie, #La France, #Terrorisme, #Daesch

Publié par Jean Lévy

 

 

Le Premier ministre turc Ahmet Davutoglu à Téhéran le 5 mars

Le Premier ministre turc Ahmet Davutoglu à Téhéran le 5 mars

COMITE VALMY

par Scarlett HADDAD (OLJ)

 

près la visite qualifiée de très importante du Premier ministre turc Ahmet Davutoglu à Téhéran le 5 mars, c’est au tour du ministre iranien des Affaires étrangères Mohammad Jawad Zarif de se rendre à Ankara aujourd’hui. Ces développements interviennent au moment où des groupes kurdes en Syrie ont annoncé la création d’un canton indépendant dans la région de Hassaké dans le nord de la Syrie et où les tensions sont extrêmes entre dirigeants turcs et russes. Dans ce contexte complexe et tendu, comment faut-il interpréter l’intensification des contacts entre Téhéran et Ankara ? La question est importante surtout qu’il est de plus en plus question, dans les coulisses diplomatiques, de changement dans les cartes de la région.

 

Une source proche du Hezbollah révèle à ce sujet que lors de la visite du Premier ministre turc à Téhéran, un dirigeant iranien aurait eu ce commentaire en parlant d’Ahmet Davutoglu : « Ce n’est plus l’homme que nous connaissons ! » Cette source confie que les dirigeants iraniens ont été surpris par l’attitude inattendue du dirigeant turc qui se voulait conciliant à l’extrême, prêt à faire des concessions pour aboutir à des ententes pour préserver la stabilité de son pays. La même source rapporte aussi, en citant les dirigeants iraniens, que le Premier ministre turc a souhaité effectuer cette visite en Iran pour exprimer la crainte de son pays de la menace que représente l’action du PKK et ses attentats terroristes à l’intérieur de la Turquie ainsi que la proclamation éventuelle d’un État kurde indépendant en Syrie. Ahmet Davutoglu aurait ainsi évoqué l’existence de cellules dormantes du PKK à l’intérieur de son pays que l’État ne parvient pas à identifier et à démanteler. Tout en évoquant sa crainte d’une déstabilisation interne de la Turquie et en précisant que dans certaines régions du pays, notamment les provinces à majorité kurde, c’est presque déjà les prémices d’une guerre civile qui ne dit pas son nom, le Premier ministre turc aurait demandé une plus grande coopération avec l’Iran. Les dirigeants iraniens se seraient d’abord contentés de demander à leur interlocuteur turc ce qu’il propose, sachant que le dossier syrien reste un grand sujet de conflit entre les deux pays. Finalement, les deux parties ont trouvé un terrain d’entente en déclarant leur appui à l’unité territoriale et institutionnelle de la Syrie.

 

Pour les Turcs, c’est une question très sensible parce qu’elle porte sur le refus de la création d’un État kurde. Au début de la crise syrienne, Ankara avait mis le paquet pour installer une zone tampon dans le nord de la Syrie qui serait une province sous leur influence et qui leur permettrait de peser et d’intervenir dans les décisions syriennes. Les deux millions de réfugiés syriens ont été accueillis en Turquie dans le but d’être réinstallés dans cette zone tampon, qui serait limitrophe de la région kurde de Syrie et, par conséquent, permettrait aux forces syriennes alliées à la Turquie d’attaquer en permanence les Kurdes et en tout cas de les contrôler. Le projet turc s’est toutefois heurté à la résistance des Kurdes et à l’appui qui leur a été accordé par les Américains lors de la bataille de Kobané. Malgré cela, les Turcs ont maintenu leur plan et c’est dans cette perspective qu’ils ont abattu un avion russe qui survolait le nord de la Syrie à la frontière avec la Turquie. Le plan des dirigeants turcs était donc d’adresser un message clair à la Russie que cette région était leur chasse gardée. Mais ils ont provoqué une réaction contraire chez les dirigeants russes qui ont depuis décidé d’intervenir militairement en Syrie pour mettre un terme « aux appétits » turcs dans ce pays. Aujourd’hui, non seulement le projet turc de créer une zone tampon dans le nord de la Syrie n’est plus envisagé, mais c’est désormais la Turquie qui craint plus que tout un démantèlement de la Syrie qui favoriserait la naissance d’un État kurde.

 

Ahmet Davutoglu aurait donc insisté sur ce point avec ses interlocuteurs iraniens qui auraient à leur tour évoqué la nécessité de maintenir le régime actuel en Syrie et le président Bachar el-Assad en personne pour la période transitoire. À la grande surprise des Iraniens, le Premier ministre turc se serait montré compréhensif, ajoutant toutefois que son pays serait prêt à fermer les yeux sur ce fait à condition que les Iraniens ne lui demandent pas de l’annoncer publiquement.

 

Selon la source proche du Hezbollah, les Turcs auraient promis même d’être plus fermes à leur frontière avec la Syrie avec les combattants de l’opposition et de mieux contrôler l’afflux d’armes vers la Syrie, et de pétrole (dans les régions sous le contrôle de Daech) vers la Turquie, souhaitant toutefois ne pas être amenés à faire des déclarations dans ce sens car cela poserait un problème avec leur opinion publique et mettrait en cause la cohérence de leur politique et leur crédibilité. Mieux encore, les Turcs auraient même promis de tenter d’intervenir auprès des Saoudiens pour les pousser à nouer un dialogue constructif avec l’Iran, comme d’ailleurs l’avait suggéré le président américain aux dirigeants du royaume et comme il compterait le répéter au cours de sa visite à Riyad annoncée pour le mois prochain.

 

De leur côté, les dirigeants iraniens auraient promis de tenter une médiation auprès des Russes pour faire baisser la tension entre Moscou et Ankara, sachant que le principal point de l’entente entre les Américains et les Russes au sujet de la Syrie porte sur la volonté d’éviter toute partition de ce pays, même s’il faut pour cela briser le rêve kurde d’instaurer un État indépendant...

 

Scarlett HADDAD
19 mars 2016

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