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Le blog de Lucien PONS

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Turquie (OTAN) & EI. Quand l’Histoire déraille.

30 Décembre 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #Europe supranationale, #AMERIQUE, #La France, #La République, #Daesch, #La Russie, #La Turquie, #Terrorisme

Turquie (OTAN) & EI. Quand l’Histoire déraille.

Turquie (OTAN) & EI. Quand l’Histoire déraille.

Le 30 décembre 2015

Reste à savoir si ce déraillement est mortel ou sous quelles conditions le serait-il. Lorsqu’Hegel parlait de « ruse de l’Histoire », il entendait par là une Raison suprême – admettons qu’il s’agisse de Dieu – qui exerce son dessein à travers les passions des hommes. En l’occurence, des hommes politiques. C’est ainsi que l’hybris d’un Receip Erdogan ou d’une Hillary Clinton participerait au déploiement d’une téléologie dont le sens nous échappe en ce moment précis. Bien plus tard, Francis Fukuyama définira la fin de l’Histoire comme le triomphe de la démocratie libérale sur les idéologies en place si bien que les régimes autoritaires auraient vocation à adopter le modèle néolibéral de type atlantiste et se fondre dans un moule que l’on croyait encore attirant vers la fin des années 80. Il ne pensait pas si bien dire mais dans un sens que l’on sait actuellement ô combien tragique et qui est loin d’être celui que Fukuyama attribuait à sa théorie. La démocratie libérale a en effet pris le contrôle des pires idéologies qui soient en les instrumentalisant quand elle ne les a pas engendré. De ce point de vue, ce ne sont plus guère des idéologies. La Turquie flirte avec les States et l’UE tout en soutenant l’EI qui à son tour s’accomode très bien du système pervers globaliste américain (exportation du pétrole volé vers des pays peuplés de « Mécréants »), le Front al-Nosra, après avoir fait du bon boulot en Syrie et du mauvais à Paris, se fait soigner sans aucun cas de conscience en Israël. Nous assistons, c’est indéniable, à la fin de l’Histoire ou plutôt de l’Histoire telle qu’elle s’est constituée suite à l’éclatement de l’URSS. Une Histoire où le droit international n’a plus aucune valeur et où les notions éthiques de base sont inversées selon le besoin et au mépris du bon sens.

Ces deux aspects relevés, comment concilier la dépendance téléologique de l’Histoire avec sa Fin précédée d’un déraillement sans précédent ?

Le dossier syrien saisi entre autres à travers le prisme des (soi-disant) incohérences turques et les faux-semblants de Genève pourrait nous donner une idée de réponse tout en démontrant que nous marchons sur la tête.

  • Lors de sa prestation devant le Conseil de Sécurité de l’ONU, Kerry a lancé une phraselette maligne incompréhensible de prime abord si l’on part du constat qu’il y aurait une volonté effective de la part de la Maison-Blanche de laisser tomber la Syrie. La voici : « Le processus politique n’offre pas un choix entre Assad et Daech mais entre la paix et la guerre ». Cette assertion qui veut dire tout et son contraire entre en contradiction avec ce qui avait été mis en exergue par le même Kerry lors de sa visite à Moscou le 15 décembre. Il y était alors question d’un vote anticipé qui tiendrait compte de la candidature d’Assad. En d’autres termes, s’il arrive qu’Assad soit réélu par son peuple, le point de vue étasunien ne valerait plus rien ce qui correspond pour le moins à l’esprit de la Résolution 2254 (Plan de paix pour la Syrie réaffirmant la primauté des accords de Genève, 2012) axée sur l’élaboration d’une nouvelle Constitution et la tenue d’élections transparentes dans les dix-huit prochains mois. Le point 4 souligne la souveraineté de la Syrie et la nécessité de faciliter le processus engagé sous la supervision de l’ONU. Or, nous savons pertinemment que le rôle actuel de l’ONU se réduit comme une peau de chagrin quitte à supposer – l’Histoire, implacable, se répète – qu’elle pourrait connaître le même sort que son ancêtre, la SDN dont l’échec devint une certitude à la veille de la IIGM. De ce point de vue, le caractère contradictoire des propos tenus par Kerry tient à la volonté d’occulter la position des USA et de la double coalition – occidentale, d’une part, entre les puissances sunnites sous l’égide des dictatures du Golfe, de l’autre –quant à l’avenir du dossier syrien en poussant de facto la Russie à s’aligner sur les grandes lignes de cette double coalition misant sur l’ASL et d’une opposition qui continue à ne pas dire son nom.

Résultat : Moscou est prêt à collaborer avec l’ASL (rappelons qu’Ahmad Rahal et Abdul Jabber al-Oqaidi, deux représentants de l’ASL, ont récemment accordé une interview aux médias russes) cette dernière s’étant dit partante pour communiquer aux forces russes les coordonnées de l’EI. Une bien étrange proposition si l’on ne perd pas de vue le tandem ASL/al-Nosra doublée du tandem al-Nosra/EI (pacte de non-agression depuis 2014). On ne puit qu’imaginer, très logiquement, ce que l’ASL demandera en retour. Qui plus est, le rapprochement circonstantiel de la Russie avec le Qatar sur le terrain (voir conférence de presse du 25.12 tenue par Lavrov et son homologue qatari, Khalid bin Mohammed Al-Attiyah) n’est pas sans surprendre sachant que les intérêts gaziers de Doha sont l’un des principaux mobiles de la déstabilisation du territoire syrien. S’il y a une hypothèse qui s’impose, c’est bien que le Qatar a décidé d’envoyer l’EI au diable vauvert après l’avoir financé dès 2013 suite à la scission du Front al-Nosra. Cela lui permettrait d’appuyer son soutien à une opposition elle aussi salafiste mais dont la réputation reste moins atteinte que celle de Daesh et d’al-Nosra. De son côté, la Russie est contrainte de composer avec le Qatar ce qui entre autres pourrait s’expliquer par les révélations de l’Etat-major russe selon lequel les forces de l’EI ont été sous-estimées si bien qu’une alliance accessoire de la coalition Syrie/Iran/Irak/Russie avec les pays prêts à lutter contre le terrorisme islamiste, Qatar y compris, s’impose. N’oublions cependant pas que Poutine s’était montré assez critique de la coalition anti-EI formée sous l’égide saoudienne y voyant la marque d’une rupture gravissime au coeur de la coalition US. Les intérêts globalistes US coïncident-ils en tout point avec les intérêts régionaux des pétromonarchies et de la Turquie ? Non. Et c’est justement là que les pronostics autour du dossier syrien s’embrouillent au maximum.

  • L’attitude d’Ankara, j’avais déjà abordé ce thème dans un article intitulé « Le gambit turc », a mis en évidence les véritables alliés de l’EI, alliés tant engagés que passifs et/ou indirects. De un, la Turquie descend un SU-24 qui s’est aventuré pendant quelques misérables 15 secondes dans son espace aérien mais cela ne choque que très peu les pays membres de la coalition occidentale. La Turquie étant un pays membre de l’OTAN et la salle de commandement du Centre d’opérations aériennes combinées de l’OTAN se trouvant en Espagne, à Torrejon, on en conclut que le crash du bombardier a été orchestré avec l’assentiment tacite de l’Alliance. (voir analyse de T. Meyassan, Pourquoi la Turquie a-t-elle abattu le Soukhoï russe ?) CQFD. De deux, lorsque Lenour Isliamov, propriétaire pro-Kiev de la chaîne des Tatars de Crimée (ATR) déclare haut et fort qu’Ankara avait aidé à organiser le blocus d’approvisionnement et énergétique de la Crimée tout en participant en sous-main à la création d’un bataillon (islamiste) du nom de Noman Çelebicihan censé terroriser les habitants de la péninsule, la communauté internationale préfère passer outre ses déclarations. Il faut attendre trois jours pour que le ministère des Affaires étrangères turc présente un démenti … assez peu crédible quand on connaît les ambitions de M. Davutoglu ainsi que ses origines – avant que d’être Turc, c’est un Tatar criméen attaché au rétablissement de l’ex-khanat de Crimée. De trois,nous relevons la même indifférence de la part de la coalition occidentale (que dire de la coalition sunnite !) lorsque, pour la énième fois, la Russie présente des images satellites d’une netteté irréprochable faisant état des allées et venus de camions-citernes à la frontière turco-irakienne et turco-syrienne.11775 camions avaient été dernièrement repérés circulant via le Kurdistan irakien, jouxte Zakho. Quand l’OTAN le voulait, il s’évertuait à voir des chars russes dans le Donbass. Le cas turc ne demande pas un tel effort d’imagination alors où est le problème ? Il suffit d’ordonner à la Turquie de fermer sa frontière avec la Syrie et de la virer de l’OTAN en cas de non-exécution ! De quatre, Ankara refuse de s’allier à Moscou contre l’EI arguant l’illégitimité d’Assad : silence tombal des States et de l’UE qui se moquent donc éperdumment de la Résolution 2254 cautionnée par l’ONU.

Ces quatre faits juxtaposés, on en conclut que l’OTAN exploite tous les moyens qui lui sont accessibles pour renverser Assad et donner au passage des kilomètres de fil à retordre à la Russie les efforts diplomatiques exhibés ne constituant qu’un vaste leurre. Quand la Turquie s’invite en Irak, M. Erdogan nous raconte que le déploiement d’une base militaire turque à Najnava s’est faite sur la demande des autorités irakiennes suite à la progression de Daesh. Bagdad proteste mais en vain. 837 femmes irakiennes, élues locales et fonctionnaires titulaires d’un diplôme de hautes études ont été exécutés à Mossoul depuis juin 2014. Curieusement, le mainstream médiatique occidental préfère ne pas en parler flagellant l’EI avec une modération que l’on ne puit expliquer autrement que par l’allégeance des élites dirigeantes unionistes particulièrement influentes au clan néoconservateur des Petraeus et des Clinton, le premier étant l’un des géniteurs et des principaux promoteurs de l’EI en Irak dès 2004. Fabius incarne la même tendance en France. Pour le reste, il faudra attendre les élections de 2016 pour dresser un pronostic plus fiable quant à la viabilité de la Résolution 2254. De ce point de vue, la candidature de Mme Clinton me donne bien des frissons surtout que je vois mal la Maison-Blanche abandonner son projet de partition conjointe de l’Irak et de la Syrie. De même est-il difficile d’envisager un désistement des pétromonarchies quant au projet juteux du gazoduc qatari qui dès 2012 a déсoupé la Syrie en zones d’affrontement. Serions-nous confrontés à une impasse de plus en plus sanglante et désormais lourde de conséquences pour l’Europe ? Il semblerait que oui et c’est là que l’on constate, volens nolens, que les appétits monstrueux de l’OTAN se retournent contre le Vieux Continent. Par ailleurs, il est à craindre que les élections anticipées en Syrie qui se tiendront en 2016 ne conduisent à des provocations contre Assad. C’est à voir.

  • Face à cette immense nuage gris truffé d’incertitudes, la Russie continue à s’en tenir strictement au droit international freinant le processus de déraillemenent historique dont nous sommes depuis quelques temps les spectateurs pour la plu-part muets et impuissants. Nous savons peu de choses sur les conditions réelles de son alliance pragmatique avec le Qatar contre l’EI de même qu’il nous est dif-ficile d’apprécier à sa juste mesure son consentement à collaborer avec l’ASL. Ce qui néanmoins reste certain, c’est que ce genre d’alliance, en effet contre-nature à première vue, permet de garder le contrôle – ne serait-ce qu’à court terme – sur les éventuelles dérapages de ces fameux modérés tout droit sortis de l’imaginaire atlantiste. De son côté, la Russie a l’opportunité de tester de nouvelles armes et de nouveaux équipement particulièrement sophistiquées, l’électro-optique de type Shtora et la radio-électronique de type Warfare-EW qui permet de brouiller les satellites-espions n’étant que des exemples parmi d’autres. Ces essais qui sont aussi des démonstrations de force paralysent un tant soit peu l’enthousiasme destructeur de l’Alliance. Reste à savoir jusqu’à quand.

L’étape historique que nous traversons est par conséquent une étape charnière qui annonce l’enterrement d’un certain monde, d’un Système vampiresque incompatible avec le déploiement ultérieur de l’Histoire. Vu que l’heure la plus sombre vient toujours avant l’aube et que nous ne faisons que nous en rapprocher, le dossier irako-syrien, tout comme d’ailleurs le dossier ukrainien, ne sont pas prêts à être bouclés. Ceci étant, pour hâter le dénouement, il faut bien des personnalités semi-démentes telles qu’un Erdogan, une Clinton ou un Porochenko … Espérant que la Raison suprême fasse le reste.

Françoise Compoint

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“Échanges entre militaires” : les révélations de Seymour Hersh sur la Syrie

28 Décembre 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #La République, #La France, #La Russie, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La Turquie, #Terrorisme, #Daesch

Le journaliste d’investigation Seymour Hersh livre ainsi un long article sur le partage du Renseignement américain  sur la guerre en Syrie.

Il est spécialisé dans les affaires militaires américaines et les services secrets. Il a écrit notamment pour The New Yorker et le New York Times. Il est à l’origine de nombreuses révélations comme le scandale de torture de Abu Ghraib ou encore le Massacre de Mỹ Lai au Viêt Nam pour lequel il obtient un Prix Pulitzer. Il est considéré par le monde universitaire comme un des meilleurs journalistes des États-Unis.

Source : London Review of Book, 12/2015. Traduction : Bluerider pour les-crises.fr

L’insistance de Barack Obama à réclamer le départ d’Assad – et à affirmer qu’il y a des groupes de rebelles modérés en Syrie capables de le renverser – a provoqué ces dernières années des dissensions feutrée, est même une opposition ouverte parmi les plus hauts fonctionnaires de l’État Major conjoint du Pentagone. Leurs critiques se sont concentrées sur ce qu’ils considèrent comme une obsession de l’administration sur le principal allié d’Assad, Vladimir Poutine. Selon eux, Obama est prisonnier d’une vision de la Russie et de la Chine digne de la guerre froide, et n’a pas ajusté son discours sur la Syrie, qui tiendrait compte du fait que tous deux partagent l’inquiétude de Washington, de voir le terrorisme se propager dans et au-delà de la Syrie. ; comme Washington, ils pensent que l’islamisme doit être stoppé.

La résistance de l’armée remonte à l’été 2013, lorsqu’un bulletin d’évaluation classé secret défense, rassemblé par l’Agence de Renseignement du Ministère de la Défense ( DIA) et les chefs d’États major interarmes, alors dirigés par le Général Martin Dempsey, prévoyait que la chute d’Assad allait mener au chaos et sans doute à la conquête de la Syrie par des extrémistes djihadistes, à l’image de ce qui était en train de se passer en Libye. Un exconseiller de l’État-Major interarmes me raconta que le document était une synthèse de sources diverses, élaborant un scenario à partir de signaux, de renseignements satellitaires et humains, et il voyait d’un mauvais œil l’entêtement de l’administration Obama à continuer de financer et d’armer les soi-disant groupes de rebelles modérés. À cette époque, la CIA complotait depuis plus d’un an avec ses alliés du Royaume Uni, d’Arabie Saoudite et du Qatar pour expédier des armes et des marchandises – dans le but de renverser Assad – à partir de la Libye, via la Turquie, jusqu’en Syrie.

Le nouveau Rapport estimatif pointait la Turquie comme obstacle majeur à la politique d’Obama en Syrie. Le document montrait, selon ce conseiller, « que ce qui avait débuté comme une opération secrète pour armer et soutenir les rebelles modérés luttant contre Assad, avait été approuvé par la Turquie, et s’était transformé en un programme technique, militaire et logistique à cheval sur la frontière pour toutes les forces d’opposition, y compris Jabhat al-Nusra et l’État Islamique. Les soi-disant rebelles modérés s’étaient évaporés, et l’Armée syrienne libre n’était qu’un mirage stationné sur une base aérienne en Turquie. Le constat était peu réjouissant: il n’y avait aucune opposition modérée viable face à Assad, et les USA armaient des extrémistes.

Le Lieutenant General Michael Flynn, directeur de la DIA entre 2012 et 2014, confirma que son agence avait envoyé un flux constant de mises en garde secrètes à l’Exécutif, quant aux conséquences catastrophiques d’un renversement d’Assad. Les jihadistes, précisait-il, contrôlaient toute l’opposition. La Turquie n’en faisait pas assez pour stopper l’infiltration de combattants étrangers et d’armes le long de sa frontière. Lynn m’avait confié « Si le public américain avait accès au flux de renseignements que nous avons transmis quotidiennement, au niveau le plus sensible, il exploserait de rage. » « Nous avons compris la stratégie à long terme de l’État Islamique (EI), et ses plans de campagne, et nous avons aussi discuté le fait que la Turquie regardait ailleurs lorsqu’il s’agissait d’aborder l’expansion de l’EI en Syrie. » Le rapport de la DIA fut repoussé avec force par l’administration Obama. « J’ai eu l’impression qu’ils ne voulaient tout simplement pas entendre la vérité. »

L’ex-conseiller ajouta « Notre politique visant à armer l’opposition à Assad était un échec, et avait même un impact négatif. » Les commandants interarmes étaient convaincus qu’Assad ne devait pas être remplacé par des fondamentalistes. La politique de l’Administration était contradictoire. Ils voulaient le départ d’Assad mais l’opposition était dominée par des extrémistes. Alors qui allait bien pouvoir le remplacer ? Dire qu’Assad doit partir c’est bien beau, mais si vous suivez l’idée jusqu’au bout, eh bien vous ne trouvez personne de meilleur. C’est la question du « personne n’est meilleur qu’Assad » que l’État-Major Interarmes (JCS) soulevait face à la politique d’Obama. Les Commandants du JCS sentaient qu’affronter directement la politique d’Obama n’aurait « aucune chance de succès ». C’est ainsi qu’à l’automne 2013 ils décidèrent de prendre des mesures contre les extrémistes sans passer par les canaux politiques, en fournissant des renseignements militaires aux autres nations, dans l’espoir bien compris qu’ils seraient transmis à l’armée syrienne et exploités contre l’ennemi commun, Jabhat al-Nosra et l’EI.

L’Allemagne, Israël et la Russie étaient en contact avec l’armée syrienne, et capables d’exercer une certaine influence sur les décisions d’Assad – C’est par leur intermédiaire que les renseignements américains seraient partagés. Chacun avait ses raisons de coopérer avec Assad : l’Allemagne redoutait ce qui pourrait se passer au sein de sa population de 6 millions de musulmans si l’EI s’étendait ; Israël se sentait concerné par la sécurité de ses frontières ; la Russie était alliée de longue date avec la Syrie, et s’inquiétait de la menace qui pesait sur son unique base en Méditerranée, à Tartous. « Nous n’avions pas la ferme intention de dévier de la ligne politique officielle d’Obama, mais partager nos évaluations de la situation au travers de relations d’armée à armée pouvait s’avérer plus productif. Il était clair qu’Assad avait besoin de renseignements tactiques plus précis et de conseils opérationnels. Les commandants en avaient déduit que si ces besoins étaient satisfaits, le combat contre le terrorisme en serait in fine renforcé. Obama n’était pas au courant, mais Obama ne sait pas toujours ce que fait l’État-Major dans chaque circonstance, et il en va ainsi de tous les Présidents. »

Lorsque le flux de renseignements débuta, l’Allemagne, Israël et la Russie commencèrent à transmettre les informations sur les déplacements et intentions des groupes de djihadistes radicaux à l’armée syrienne ; en échange, la Syrie a fourni des renseignements sur ses propres moyens et intentions. Il n’y avait pas de contact direct entre les USA et les forces armées syriennes ; en lieu et place, selon ce conseiller, « nous leur avons fourni du renseignement, y compris des analyses à plus long terme sur l’avenir de la Syrie, rassemblées par des contractants ou l’une de nos écoles militaires (1) – et ces pays pouvaient en faire ce qu’ils voulaient, y compris les partager avec Assad. Nous disions aux Allemands et aux autres : « tenez, voilà des informations particulièrement intéressantes, et nos intérêts se rejoignent. » Fin de la conversation. L’État-Major pouvait conclure que quelque chose de bénéfique en sortirait – mais c’était une action d’armée à armée, et non un quelconque complot sinistre des Commandants pour contourner Obama et soutenir Assad. C’était beaucoup plus subtil. Si Assad se maintient au pouvoir, ce ne sera pas parce que nous l’y avons maintenu, mais parce qu’il aura été suffisamment malin pour exploiter les renseignements et les conseils tactiques avisés que nous avons fournis aux autres. »

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L’histoire publique des relations entre les USA et la Syrie au cours des dernières décennies est celle d’une inimitié. Assad condamna les attaques du 11/9, mais s’opposa à la guerre d’Irak. George Bush a, de façon répétée, lié la Syrie aux 3 membres de « l’axe du mal » – Irak, Iran et Corée du Nord – tout au long de sa présidence. Les messages du département d’État rendus publics par Wikileaks montrent que l’administration Bush tenta de déstabiliser la Syrie et que ces efforts se sont poursuivis au cours des années Obama. En décembre 2006, William Roebuck, alors en poste à l’ambassade américaine à Damas, rendit un rapport qui analysait les failles du gouvernement Assad, et proposait une liste des méthodes « susceptibles d’augmenter la probabilité » d’opportunités de déstabilisation. Il recommandait que Washington travaille avec l’Arabie Saoudite et l’Egypte pour développer les tensions sectaires et se concentre sur la médiatisation « des efforts syriens contre les groupes extrémistes – les dissidents kurdes et les factions radicales sunnites – de façon à suggérer une situation de faiblesse, des signes d’instabilité, et un effet boomerang hors de contrôle » ; ainsi il apparaitrait nécessaire d’encourager l’isolement de la Syrie, au travers du soutien américain au « Front de Salut National en Syrie », dirigé par Abdul Halim Khaddam, un ex vice-président syrien dont le gouvernement, en exil à Riyad, était soutenu par les Saoudiens et les Frères Musulmans.

Un autre message transmis en 2006 montrait que l’ambassade avait dépensé 5 millions de dollars en financement de dissidents qui présentaient des candidats indépendants pour l’Assemblée Populaire ; les virements furent maintenus même lorsqu’il fut évident que les services secrets syriens étaient désormais au courant de ce qui se passait. Un message transmis en 2010 mettait en garde sur le financement d’un réseau télévisé aux mains de l’opposition syrienne à Londres, que le Gouvernement syrien interpréterait comme « un acte hostile mené sous couverture contre le régime ».

Mais il y a aussi une histoire parallèle de la coopération secrète entre la Syrie et les États-Unis au cours de la même période. Les deux pays ont collaboré contre Al Qaïda, leur ennemi commun. Un consultant de longue date au sein du Commandement conjoint des Opérations spéciales (Joint Special Operations Command ), déclara qu’ « à la suite du 11/9, Bachar fut extrémement utile pour nous pendant des années, tandis qu’en retour, selon moi, nous fûmes très discourtois, et particulièrement maladroits dans l’usage que nous fîmes de l’or qu’il mettait entre nos mains. Cette coopération silencieuse se poursuivit entre certains éléments, même après que [l’administration Bush] ait décidé de le diaboliser. » En 2002, Assad autorisa les services secrets syriens à divulguer les dossiers internes sur les activités des Frères Musulmans en Syrie et en Allemagne (2). Plus tard cette année là, les services secrets syriens déjouèrent une attaque d’Al Quaïda contre le quartier général de la Vème Flotte de l’US NAVY à Bahrein, et Assad donna son accord pour fournir à la CIA le nom d’un informateur vital d’Al Qaïda. En violation de cet accord, la CIA contacta directement cet informateur ; il rejeta l’approche, et rompit les relations avec ses interlocuteurs syriens. Toujours secrètement, Assad remis aussi aux mains des américains des membres de la famille de Saddam Hussein qui avaient trouvé refuge en Syrie, et – comme les alliés des USA la Jordanie, l’Egypte, la Thailande et ailleurs – fit torturer des suspects de terrorisme pour le compte de la CIA dans une prison damascène.

C’est cette histoire de coopération qui rendait plausible l’idée que Damas coopérerait en 2013 au nouveau protocole d’échange d’informations indirect avec les USA. Les Commandants interarmes firent savoir qu’en retour les USA souhaitaient 4 approbations : Assad devait retenir le Hesbollah d’attaquer Israël ; il devait reprendre les négociations avec Israël pour signer un accord sur le plateau du Golan ; il devait accepter la venue de conseillers militaires russes et d’autres pays ; et il devait s’engager à organiser de nouvelles élections ouvertes après la guerre qui intègrent un large éventail de sensibilités politiques. Le conseiller du JCS ajouta « Nous avions un feedback positif des Israéliens, qui étaient d’accord pour soutenir le projet, mais ils voulaient savoir quelle serait la réaction de l’Iran et de la Syrie ». « Les Syriens nous ont dit qu’Assad ne prendrait pas sa décision de façon unilatérale – il avait besoin du soutien de sa propre armée et de ses alliés alaouites. Le souci d’Assad était qu’Israël dise oui puis ne tienne pas ses promesses ». Un haut conseiller du Kremlin aux affaires du Moyen Orient m’a raconté que fin 2012, après avoir subit une série de revers sur le champ de bataille et des désertions au sein de l’armée, Assad s’était rapproché d’Israël via un contact à Moscou, et qu’il avait proposé de rouvrir les discussions sur le Plateau du Golan. Les Israéliens avaient rejeté l’offre. Mon interlocuteur me confia « Ils déclarèrent “Assad est un homme fini” » ; « Il est proche de la fin ». Il m’expliqua que les Turcs avaient tenu à Moscou le même discours. Cependant, à la mi-2013, les Syriens purent croire que le pire était derrière eux, et ils voulaient avoir l’assurance que les propositions d’aide des Américains et d’autres étaient sérieuses.

Au début des pourparlers, selon ce conseiller, les commandants interarmes essayèrent de déterminer les besoins d’Assad en signe de bonnes intentions. Sa réponse fut transmise par l’intermédiaire d’un ami d’Assad : « Apportez-lui la tête du Prince Bandar. » les membres de l’État-Major ne donnèrent pas suite. Bandar Ben Sultan avait servi les services secrets et la sécurité intérieure de l’Arabie Saoudite durant des décennies, et il avait passé plus de 20 années en tant qu’ambassadeur à Washington. Ces dernières années, il était connu pour vouloir la destitution d’Assad à tout prix. Alors qu’on le disait en mauvaise santé, il démissionna l’année dernière (3) en tant que directeur du Conseil de sécurité saoudien, mais l’Arabie Saoudite continue d’être le principal pourvoyeur de fonds à l’opposition syrienne, dont le montant est estimé à 700 millions de dollars par le Renseignement américain. En juillet 2013, les chefs d’État-Major interarmes découvrirent un moyen plus direct de démontrer le sérieux de leur proposition d’aide à Assad. A cette époque, le flux secret d’armes en provenance de Libye pour l’opposition syrienne via la Turquie, était en place depuis plus d’un an (il débuta peu de temps après la mort de Kadhafi le 20 octobre 2011). L’opération était en grande partie organisée depuis une annexe secrète de la CIA à Benghazi (4), avec l’aval du Département d’Etat. Le 11 septembre 2012, l’ambassadeur US en Libye Christopher Stevens fut tué durant une manifestation anti-américaine qui dégénéra en incendie du Consulat des USA à Benghazi ; des journalistes du Washington Post trouvèrent des copies de l’agenda de l’ambassadeur au milieu des ruines du bâtiment. Elles montraient que le 10 septembre, Stevens avait rencontré le chef des opérations de l’annexe de la CIA. Le jour suivant, peu avant de mourir, il avait rencontré un représentant de la Compagnie d’affrètement « Al-Marfa Shipping and Maritime Services », une société basée à Tripoli qui, selon ce conseiller, était connue de l’État-Major pour s’occuper de l’expédition d’armement.

À la fin de l’été 2013, le rapport de la DIA avait été largement diffusé, mais bien que de nombreux agents de la communauté du Renseignement aient été au courant de la domination de l’opposition syrienne par les extrémistes, l’armement fourni par la CIA continua d’affluer, ce qui constituait un problème permanent pour l’armée d’Assad. Les stocks et dépôts de Kadhafi étaient la source d’un marché international de l’armement, bien que les prix aient été élevés. (5) Le conseiller de l’État-Major interarmes déclara qu’ «Il n’y avait aucun moyen de stopper les expéditions d’armes qui avaient été approuvées par le Président. La solution passait par mettre la main au portefeuille. La CIA fut approchée par un représentant de l’État-Major qui suggéra que les arsenaux turques renfermaient des armes bien meilleur marché qui pouvaient se retrouver dans les mains des rebelles syriens en quelques jours, sans transfert maritime. » Mais la CIA ne fut pas la seule à en bénéficier. « Nous avons travaillé avec les Turcs en qui nous avions confiance et qui n’étaient pas loyaux avec Erdogan, et nous les avons sollicités pour expédier toutes les armes obsolètes de leurs arsenaux aux djihadistes en Syrie, y compris des carabines M1 qui n’avaient pas servi depuis la guerre de Corée, et des tonnes d’armes soviétiques. C’était un message qu’Assad pouvait interpréter comme “Nous avons la capacité d’endiguer la politique de notre Président en remontant sur ses traces. »

Le flux de renseignements en provenance des services US vers l’armée syrienne, et la détérioration de la qualité des armes fournies aux rebelles, marquèrent un tournant. L’armée syrienne avait subit de lourdes pertes au printemps 2013 lors de ses combats contre Jabhat al-Nosra (6) et d’autres groupes extrémistes, alors qu’elle ne parvenait pas à tenir la capitale provinciale Raqqa. Des raids sporadiques de l’armée syrienne et de l’aviation continuèrent pendant des mois sans grand succès, jusqu’à ce qu’elle décide de se retirer de Raqqa et d’autres zones difficiles à défendre ou peu peuplées au nord et à l’ouest, pour se concentrer sur la consolidation de la défense du bastion gouvernemental à Damas, et des zones densément peuplées reliant la capitale à Lattakié au nord-est. Mais alors que l’armée regagnait en force avec le soutien de l’État-Major, l’Arabie Saoudite, le Qatar et la Turquie augmentèrent leurs financements et armement de Jabhat al-Nosra et de l’EI, qui à la fin de 2013 avaient gagné un territoire énorme de part et d’autre de la frontière irako-syrienne. Les quelques rebelles non fondamentalistes qui restaient se retrouvèrent engagés dans des combats âpres – le plus souvent perdus – qui ciblaient les extrémistes. En janvier 2014, l’EI pris à la suite d’al-Nosra le contrôle de Raqqa et des zones tribales tout autour, et fit de la ville son quartier général. Assad contrôlait encore [un territoire occupé par] 80% de la population syrienne, mais il avait perdu des étendues considérables.

Les efforts de la CIA pour entrainer les forces rebelles modérées échouaient aussi lamentablement. Le conseiller expliqua : « Le camp d’entrainement était en Jordanie et sous le contrôle d’un groupe tribal syrien ». Certains de ceux qui avaient signés étaient suspectés d’appartenir à l’armée syrienne, à l’uniforme près. Cela était déjà arrivé, dans les pires moments de la guerre en Irak, lorsque des centaines de miliciens chiites se présentèrent à l’accueil des camps d’entrainement américains le temps d’enfiler de nouveaux uniformes, d’obtenir de nouvelles armes et de suivre quelques jours d’entrainement avant de disparaitre dans le désert. Un programme d’entrainement séparé, conçu par le Pentagone en Turquie, ne donna pas plus de résultats. Le Pentagone reconnu en septembre que seuls 4 ou 5 de ses recrues combattaient toujours l’EI ; quelques jours plus tard, 70 d’entre eux « firent défection » pour rejoindre Jabhat al-Nosra juste après avoir franchi la frontière syrienne.

En janvier 2014, désespéré par le manque de progrès, John Brennan, directeur de la CIA, convoqua les chefs des services secrets américains et sunnites de l’ensemble du Moyen Orient à une réunion secrète à Washington, dans le but de persuader l’Arabie Saoudite de cesser son soutien aux combattants extrémistes en Syrie. « Les Saoudiens nous déclarèrent qu’ils seraient heureux de nous écouter, et donc tout le monde s’assit autour d’une table à Washington pour écouter Brennan leur expliquer qu’ils devaient désormais prendre le même bateau que les modérés. Le message était que si tout le monde dans la région, cessait de soutenir al-Nosra et l’EI, leurs munitions et leur armement se tariraient, et les modérés l’emporteraient. » Le message de Brennan fut ignoré des Saoudiens, qui retournèrent chez eux pour relancer de plus belle leurs efforts en faveur des extrémistes et nous demander d’accroitre notre soutien technique. Et nous avons finalement accepté, et tout cela s’est terminé par le renforcement des extrémistes. »

Mais les Saoudiens étaient loin d’être le seul problème : le renseignement américain avait accumulé des interceptions et des informations de source humaine qui démontraient que le gouvernement Erdogan soutenait Jabhat al-Nosra depuis des années, et faisait de même à présent avec l’EI. « Nous pouvons gérer les Saoudiens » me disait le conseiller « Nous pouvons gérer les frères Musulmans. Vous pouvez argumenter que l’équilibre global du Moyen-Orient repose sur une forme de destruction certaine mutuellement partagée entre Israël et le reste du Moyen Orient, et que la Turquie peut déstabiliser cet équilibre – ce qui est le rêve d’Erdogan. Nous lui avons dit que nous voulions qu’il ferme le robinet des djihadistes étrangers qui se déversent en Turquie. Mais il rêve de grandeur – celle de restaurer l’Empire Ottoman – et il n’a pas réalisé jusqu’où pourrait le mener la réussite de ce projet. »

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L’une des constantes dans les affaires américaines depuis la chute de l’URSS a été d’entretenir des relations d’armée à armée avec la Russie. Après 1991, les USA ont dépensés des milliards de dollars pour aider la Russie à sécuriser son arsenal nucléaire, y compris lors d’une opération ultra secrète qui consistait à déplacer de l’uranium enrichi à des fins militaires depuis des dépôts non sécurisés au Kazakhstan. Ces programmes conjoints pour superviser la mise en sécurité de matériaux à usage militaire se sont poursuivis au cours des 20 années suivantes. Pendant la guerre menée par les États-Unis en Afghanistan, la Russie autorisa son survol par des transporteurs et des ravitailleurs américains, ainsi que le transit terrestre pour le flux d’armes, de munitions, d’eau et de nourriture dont la machine de guerre américain avait quotidiennement besoin. L’armée russe fournit des renseignements sur les déplacements d’Oussama Ben Laden, et aida les États-Unis à négocier le droit d’utiliser une base aérienne au Kirghizstan L’État-Major Interarmes a toujours été en contact avec ses homologues syriens, et les liens entre les deux armées sont opérationnels jusqu’au plus haut niveau. En août, quelques semaines avant sa retraite de chef de l’État-Major Interarmes, Dempsey fit une visite d’adieu au quartier général des forces de défense irlandaises à Dublin, et raconta à son auditoire qu’ils avaient mis un point d’honneur, lorsqu’il était en fonction, à garder le contact avec le chef de l’État-Major russe, le Général Valery Gerasimov. « En fait, je lui ai suggéré que nous ne terminions pas notre carrière comme nous l’avions commencée » a-t-il dit – celle d’un commandant de char en Allemagne de l’Ouest, et l’autre à l’Est.

Lorsqu’il s’agit de se confronter à l’EI, la Russie et les USA ont bien des choses à partager mutuellement. Beaucoup au sein de l’EI, de son commandement à la troupe, ont combattu pendant plus de 10 ans contre la Russie lors des 2 guerres de Tchétchénie à partir de 1994, et le gouvernement de Poutine est totalement investi dans le combat contre le terrorisme islamique. « La Russie connait les cadres de l’EI » m’a fait remarquer le conseiller, « et elle a accès à ses techniques opérationnelles, avec beaucoup d’informations à partager. » En échange, « Nous avons d’excellent formateurs qui ont des années d’expérience dans la formation de combattants étrangers, une expérience que la Russie n’a pas ». Le conseiller n’a toutefois pas évoqué ce dont les services secrets américains sont également capables : la capacité à obtenir des informations sur des cibles, souvent en les achetant pour de fortes sommes à des sources au sein même des milices rebelles.

Un ex-conseiller de la Maison Blanche pour les affaires étrangères m’a raconté qu’ « avant le 11-Septembre, Poutine avait l’habitude de nous dire : “nous vivons le même cauchemar dans des endroits différents“. Il voulait parler de ses problèmes avec le Califat tchétchène, et de nos premiers affrontements avec al-Qaïda. Ces jours derniers, après l’attentat contre l’A320 METROJET au dessus du Sinaï et les massacres de Paris et ailleurs [Beyrouth], il est difficile de ne pas conclure que nous avons bien les mêmes cauchemars provenant des mêmes endroits. »

Pourtant l’Administration Obama continue de condamner la Russie pour son soutien à Assad. Un haut diplomate retraité qui fut en poste à l’Ambassade de Moscou m’a exprimé de la sympathie pour le dilemme devant lequel se trouve Obama, en tant que chef de la coalition occidentale opposée à l’agression russe en Ukraine : « l’Ukraine est une question sérieuse, et Obama l’a abordée de façon ferme avec les sanctions. Mais notre politique vis-à-vis de la Russie est trop souvent erratique. En revanche, en Syrie, il ne s’agit pas de nous, il s’agit d’être sûrs que Bachar ne perde pas (7). En réalité, Poutine ne veut surtout pas voir le chaos syrien se répandre en Jordanie ou au Liban, comme cela s’est passé en Irak, et il ne veut pas voir la Syrie tomber aux mains de l’EI. L’intervention la plus contreproductive qu’Obama a faite, et cela a causé beaucoup de torts à nos efforts pour en finir avec ce conflit, a été de dire : « Assad doit partir en préalable à toute négociation. » Il a aussi fait écho à un point de vue adopté par certains au Pentagone, lorsqu’il a fait allusion à un facteur sous-jacent dans la décision russe de lancer des frappes aériennes en soutien à l’armée syrienne à partir du 30 septembre : le souhait de Poutine, d’éviter à Assad de subir le même sort que celui de Kadhafi. On lui avait rapporté que Poutine avait visionné 3 fois la vidéo de la mort atroce de Kadhafi, une vidéo qui le montre sodomisé avec une baïonnette. (8) Le Conseiller du JCS m’a lui aussi parlé d’un Rapport des services secrets US qui concluait que Poutine s’était ému du sort de Kadhafi : « Poutine s’en est voulu d’avoir laissé tomber Kadhafi, et de ne pas avoir joué un rôle clé en coulisses » lorsque la Coalition occidentale a fait pression à l’ONU pour être autorisée à entreprendre des frappes aériennes qui allaient détruire le Régime. « Poutine a pensé qu’à moins de s’engager, Bachar allait connaitre le même sort –mutilé- et qu’il allait assister à la destruction de ses alliés en Syrie. »

Dans un discours le 22 novembre, Obama a déclaré que « les cibles principales des frappes russes, ce sont l’opposition modérée ». C’est une ligne dont l’administration – ainsi que la plupart des médias grand public américains – n’a que rarement dévié. Les Russes insistent sur le fait qu’ils ciblent tous les groupes rebelles susceptibles de menacer la stabilité de la Syrie – y compris l’EI. Le Conseiller du Kremlin aux affaires étrangères m’a expliqué lors de notre entretien que la première passe de frappes russes visait à renforcer la sécurité autour d’une base aérienne russe à Lattakié, bastion alaouite. Le but stratégique, m’a-t-il expliqué, était d’établir un couloir libéré des djihadistes entre Damas et Lattakié ainsi que la base navale russe de Tartous, puis d’infléchir graduellement les bombardements vers le Sud et l’Est, en se concentrant davantage sur les territoires tenus par l’EI. Les Russes ont frappé l’EI dans et autour de Raqqa dès début octobre selon plusieurs comptes rendus ; en novembre, il y a eu d’autres frappes sur des positions de l’EI près de la ville historique de Palmyre, et dans la province d’Idlib, un bastion objet de féroces combats à la frontière turque.

Les incursions russes dans l’espace aérien turc ont débuté peu après le déclenchement des bombardements par Poutine, et l’armée de l’air russe a déployé des systèmes de brouillage électroniques qui interférent avec la couverture radar turque. Le message envoyé à l’armée de l’air turque, selon le conseiller du JCS, était « Nous allons faire voler nos avions là où nous voulons, quand nous le voulons, et brouiller vos radars. Alors pas d’embrouilles. Poutine faisait savoir aux Turcs à quoi ils devaient s’attendre. » L’agression russe fit place à des plaintes turques et des démentis russes, en même temps que l’armée de l’air turque intensifiait ses patrouilles à la frontière. Il n’y a eu aucun incident significatif jusqu’au 24 novembre, lorsque 2 F16 turcs, agissant apparemment selon des règles d’engagement plus musclées, descendirent un chasseur bombardier Su24M russe qui avait franchi la frontière pendant à peine 17 secondes. Dans les jours qui suivirent le crash du chasseur, Obama exprima son soutien à Erdogan, et après s’être entretenus en privé le 1er décembre, il déclara à la presse que son administration restait « particulièrement soucieuse de la sécurité et de la souveraineté de la Turquie. » Il déclara aussi que tant que la Russie demeurerait alliée avec Assad, « beaucoup de ressources russes allaient encore être dirigées contre des groupes d’opposition… que nous soutenons… donc je ne pense pas que nous devions nous bercer d’illusions, et que d’une façon ou d’une autre la Russie allait soudain concentrer ses frappes contre l’EI. Ce n’est pas ce qui se passe. Cela ne s’est jamais passé. Cela ne se passera pas de sitôt. »

Le conseiller au Kremlin pour les affaires du Moyen-Orient, tout comme le conseiller du JCS et de la DIA, évacue d’un revers de main la question des « modérés » qui ont le soutien d’Obama ; il ne voit en eux que des groupes d’extrémistes islamistes qui combattent aux côtés de Jabhat al-Nosra et de l’EI (« Pas la peine de jouer sur les mots et séparer les terroristes entre modérés et non modérés », a rappelé Poutine dans son discours du 22 octobre) (8). Les généraux américains les considèrent comme des miliciens épuisés qui ont été forcés de s’entendre avec Jabhat al-Nosra ou l’EI afin de survivre. À la fin 2014, Jürgen Todenhöfer, un journaliste allemand qui fut autorisé à passer 10 jours dans les territoires tenus par l’EI en Irak et en Syrie, a raconté sur CNN qu’à la direction de l’EI : « Ils rigolent tous un bon coup à propos de l’Armée Syrienne Libre (ASL). Ils ne les prennent pas au sérieux. Ils disent : “Les meilleurs vendeurs d’armes que nous ayons sont l’ASL. S’ils touchent une arme de bonne qualité, ils nous la revendent illico.” Non, ils ne les prenaient pas au sérieux. C’est Assad qu’ils prennent au sérieux. Ils prennent au sérieux les bombes, bien sûr. Mais ils n’ont peur de rien, et l’ASL ne joue aucun rôle. »

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La campagne de bombardement de Poutine a déclenché une série d’articles anti-russes dans la presse américaine. Le 25 octobre, le New York Times a rapporté, citant l’administration Obama, que des sous-marins et des navires espions russes opéraient de manière agressive à proximité des câbles sous-marins qui assurent le transfert de la majorité du trafic internet mondial – bien que, selon l’article qu’il fallait lire jusqu’au bout, le journaliste reconnaissait qu’il n’y avait « aucune preuve à cette heure » d’une tentative russe d’interférer avec ce trafic. Dix jours plus tôt, le Times publiait un résumé des intrusions de la Russie dans ses anciennes républiques soviétiques satellites, et décrivait le bombardement de la Syrie comme l’incarnation, « dans une certaine mesure, d’un retour aux ambitions militaires de la période soviétique ». Le reportage ne mentionnait pas que c’est à l’invitation de l’administration d’Assad que la Russie intervenait, ni que les États-Unis bombardaient eux-mêmes en territoire syrien depuis septembre de l’année précédente, sans l’accord de la Syrie. Un éditorial du mois d’octobre, dans le même journal, signé de Michael Mac Faul, ambassadeur américain en Russie de 2012 à 2014, déclarait que la campagne aérienne russe visait « tout le monde à l’exception de l’EI ». Les histoires anti-russes ne se calmèrent pas après le désastre de l’A320 METROJET abattu, revendiqué par l’EI. Très peu au sein du Gouvernement américain et des médias, se demandèrent pourquoi l’EI viserait un avion de ligne russe transportant 224 passagers et son équipage, si l’armée de l’air russe n’attaquait que les rebelles syriens « modérés ».

Et pendant ce temps, les sanctions économiques sont toujours en vigueur (9), pour ce qu’un grand nombre d’Américains considère être les crimes de guerre de Poutine en Ukraine, tout comme le sont les sanctions du Trésor américain contre la Syrie et contre ces américains qui font des affaires avec la Syrie. Le New York Times, dans un reportage de fin novembre sur les sanctions, a remis au goût du jour une insinuation ancienne et sans fondements, qui affirme que les actions du Trésor « mettent en relief un argument que l’Administration n’a cessé d’avancer à propos de M. Assad alors que le Trésor cherche à faire pression sur la Russie pour qu’elle cesse son soutien : que bien qu’il professe être en guerre contre les terroristes islamistes, il entretient une relation symbiotique avec l’EI qui lui a permis de prospérer alors qu’il se cramponne au pouvoir. »

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Les quatre piliers fondamentaux de la politique d’Obama en Syrie restent intacts à cette heure : l’insistance sur le fait qu’Assad doit partir ; qu’aucune coalition avec la Russie n’est possible contre l’EI; que la Turquie est un allié fiable dans la guerre contre le terrorisme ; et qu’il y a vraiment des forces d’opposition modérées significatives que les États-Unis doivent soutenir. Les attaques de Paris le 13 novembre ont fait 130 morts mais n’ont pas changé la ligne de conduite officielle de la Maison Blanche, bien que de nombreux leaders européens, y compris François Hollande, aient soutenu l’idée d’une plus grande coopération avec la Russie, et se soient mis d’accord pour mieux coordonner leurs actions avec son armée de l’air ; il y a eu aussi des discussions sur les modalités du retrait d’Assad : elles pourraient être plus flexibles. Le 24 novembre, Hollande s’est envolé pour Washington afin d’y discuter de la façon dont la France et les USA pouvaient collaborer plus étroitement dans leur combat contre l’EI. Lors d’une conférence de presse conjointe à la Maison Blanche, Obama a déclaré qu’Hollande et lui-même s’étaient mis d’accord sur le fait que les frappes russes contre l’opposition modérée ne faisaient que renforcer le régime d’Assad, dont la brutalité était à l’origine de la montée de l’EI. Hollande n’est pas allé aussi loin, mais il a déclaré que le processus diplomatique issu à Vienne conduirait « au départ d’Assad… un gouvernement d’unité est nécessaire. » La conférence de presse négligea l’impasse entre les deux hommes concernant Erdogan. Obama défendit le droit de la Turquie à défendre ses frontières, tandis qu’Hollande déclara que c’était « une question d’urgence » pour la Turquie de prendre des mesures contre les terroristes. Le conseiller du JCS m’a dit que l’un des principaux but de Hollande lors de son voyage à Washington était de persuader Obama de rejoindre l’UE dans une déclaration de guerre commune contre l’EI. Obama a répondu non. Les Européens ne se sont pas regroupés au sein de l’OTAN, dont la Turquie fait partie, pour une telle déclaration. « C’est la Turquie le problème », m’a confié le conseiller du JCS.

Assad, naturellement, n’accepte pas qu’un groupe de dirigeants étrangers veulent décider de son avenir. Imad Moustapha, actuel ambassadeur de Syrie en Chine, était le doyen de la faculté des sciences de l’Université de Damas, et un proche collaborateur d’Assad, lorsqu’il fut nommé en 2004 ambassadeur de Syrie à Washington, poste qu’il occupa pendant 7 ans. Mustapha est connu pour être resté proche d’Assad, et il est digne de confiance pour refléter ses pensées. Il m’a raconté que pour Assad, renoncer au pouvoir signifierait capituler au profit des « groupes terroristes armés », et que des Ministres dans un gouvernement d’Unité nationale – tel que celui proposé par les Européens- seraient considérés [par le peuple syrien], comme les otages des puissances étrangères qui les auraient nommés. Ces forces pourraient rappeler au nouveau Président « qu’il est facilement remplaçable, comme son prédécesseur… Assad a une dette envers son peuple : il ne peut quitter son poste parce que les ennemis historiques de la Syrie exigent son départ. »

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Moustapha a aussi impliqué la Chine, un allié d’Assad, qui a promis plus de 30 milliards de dollars pour la reconstruction de la Syrie après la guerre. La Chine aussi s’inquiète de l’EI. Il m’a expliqué que « La Chine apprécie la situation selon trois points de vue » : le droit international et la légitimité, le positionnement global de sa stratégie, et les activités des djihadistes Ouighours de la province extrême orientale du Xinjiang. Le Xinjiang est frontalier avec 8 nations – la Mongolie, la Russie, le Kazakhstan, le Kyrgyzstan, le Tajikistan, l’Afghanistan, le Pakistan et l’Inde – et, selon le point de vue chinois, ils servent de porte d’entrée au terrorisme en provenance du monde entier et au sein même du pays. De nombreux combattants Ouighours actuellement en Syrie sont connus pour être des membres du Mouvement Islamique de l’Est du Turkestan – une organisation séparatiste souvent violente qui cherche à établir un État islamique Ouighour dans le Xinjiang. « Le fait qu’ils aient été aidés par les services secrets turcs pour se rendre en Syrie depuis la Chine en passant par la Turquie a été à la source de tensions énormes entre services secrets chinois et turcs » selon Moustapha. « La Chine est inquiète du soutien de la Turquie envers les combattants Ouighours en Syrie, qui pourrait très bien s’étendre au Xinjkiang. Nous fournissons déjà des informations concernant ces terroristes et les routes qu’ils empruntent pour rejoindre la Syrie aux services secrets chinois. »

Les inquiétudes de Moustapha ont été répercutées par un analyste des questions de politique étrangère à Washington, qui a suivi de près le transit des djihadistes à travers la Turquie vers la Syrie. L’analyste, dont les points de vue sont recherchés de nombreux hauts fonctionnaires du Gouvernement, m’a confié qu’ « Erdogan a transporté des Ouighours vers la Syrie par des moyens de transport spéciaux tandis que son gouvernement s’agitait en faveur de leur combat en Chine. Les terroristes musulmans ouighours et birmans qui s’échappent par la Thailande se procurent d’une manière ou d’une autre des passeports turcs puis sont acheminés vers la Turquie d’où ils transitent vers la Syrie. » Il a ajouté qu’il existait ce qui ressemble à une autre « ratline» [NdT : route secrète] qui acheminait des Ouighours – les estimations vont de quelques centaines à quelques milliers – depuis la Chine via le Kazakhstan pour un éventuel transit par la Turquie vers le territoire de l’EI en Syrie. Il m’a confié que « Le renseignement américain n’est pas bien informé sur ces activités parce que les infiltrés qui ne sont pas satisfaits de la politique [américaine] , ne communiquent pas là-dessus avec eux. » Il a ajouté qu’ « il n’était pas certain que les officiels responsables de la politique syrienne au Département d’État et à la Maison Blanche obtenaient ces informations. » Le journal IHS-Jane’s Defence Weekly a estimé en octobre qu’au moins 5000 futurs combattants Ouighours étaient arrivés en Turquie depuis 2013, dont peut-être 2000 avaient fait mouvement vers la Syrie. Moustapha a déclaré qu’il détenait des informations selon lesquelles « au moins 860 combattants Ouighours se trouveraient en Syrie. »

Les inquiétudes croissantes de la Chine sur la question des Ouighours et ses liens avec la Syrie et l’EI sont un sujet d’étude constant de Christina Lin, une universitaire qui s’est intéressée aux questions chinoises il y a 10 ans alors qu’elle était en poste au Pentagone sous la direction de Donald Rumsfeld. « J’ai grandi à Taïwan, et je suis venue au Pentagone comme experte de la Chine. J’avais l’habitude de démoniser les Chinois en les traitant d’idéologues, et ils sont loin d’être parfaits. Mais au fil des années, alors que je les vois s’ouvrir et évoluer, j’ai commencé à changer de perspective. Je vois désormais la Chine comme un partenaire potentiel pour différents enjeux globaux, particulièrement au Moyen-Orient. Il y a beaucoup d’endroit – la Syrie en est un – où les États-Unis et la Chine doivent coopérer en matière de sécurité régionale et de contre-terrorisme. Il y a quelques semaines, la Chine et l’Inde, deux ennemis issus de la guerre froide qui se haïssent plus que la Chine et les États-Unis eux-mêmes, ont mené une série d’exercices conjoints de contre-terrorisme. Et aujourd’hui la Chine et la Russie souhaitent tous les deux coopérer en matière de terrorisme avec les États-Unis. » La Chine voit les choses de la façon suivante selon Lin : les militants Ouighours qui se sont rendus en Syrie sont entrainés par l’EI aux techniques de survie qui leur permettront de retourner en Chine lors de voyages secrets, afin de perpétrer des actes terroristes là-bàs. Lin a écrit dans un article paru en septembre « Si Assad échoue, les combattants djihadistes de la Tchétchènie russe, du Xinjiang chinois, et du Cachemire indien tourneront leurs yeux vers leurs fronts respectifs pour continuer le djihad, soutenus par une nouvelle base opérationnelle en Syrie, bien financée et au cœur du Moyen Orient. »

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Le général Dempsey et ses collègues du JCS ont gardé leur désapprobation en dehors des circuits bureaucratiques, et ont survécu à leur poste. Ce ne fut pas le cas du Général Michael Flynn. Patrick Lang, un colonel de l’US ARMY à la retraite qui a servi presque 10 ans en tant qu’officier en chef du Renseignement civil au Moyen Orient pour le compte de la DIA « Flynn a subit les foudres de la Maison Blanche en insistant sur la nécessité de dire la vérité sur la Syrie. Il a pensé que la vérité était la meilleure chose et ils l’ont débarqué. Il ne voulait pas se taire. Flynn m’a dit que ses problèmes allaient bien au-delà de la Syrie. ‘Je secouait le cocotier à la DIA – et pas seulement en déplaçant les transats sur le pont du Titanic. Je prônais une réforme radicale. Je sentais que le commandement civil (10) ne voulait pas en entendre parler. J’en ai souffert, mais je m’en suis accommodé. » Dans un entretien récent accordé au Spiegel, Flynn a été direct à propos de l’arrivée de la Russie dans le conflit syrien : « Nous devons travailler de façon constructive avec la Russie. Que nous le voulions ou non, la Russie a pris la décision d’être présente et d’intervenir militairement. Ils sont bien là, et cela a complètement changé la donne. Et vous ne pouvez pas dire que la Russie est mal intentionnée ; qu’ils doivent retourner chez eux ; cela ne se passera pas comme ça. Atterrissez ! »

Très peu au Congrès US partagent cette opinion. L’une des personalités qui fait exception se nomme Tulsi Gabbard, une démocrate de Hawaï, membre du « House Armed Services Comittee » ( Commission parlementaire des services armés) qui a effectué deux campagnes au Moyen-Orient en tant que major de la Garde Nationale. Dans un entretien sur CNN en octobre, elle a dit : « Les USA et la CIA devraient stopper cette guerre illégale et contre-productive qui vise à renverser le gouvernement syrien, et ils devraient rester concentrés sur le combat contre […] les groupes rebelles extrémistes. »

« Mais est-ce que cela ne vous préoccupe pas que le régime d’Assad ait été brutal, tuant au moins 200 000 et peut-être 300 000 membres de son propre peuple ? » lui demanda le journaliste.

Elle a répondu « Les choses qu’on raconte sur Assad en ce moment sont les mêmes que ce qui a été dit de Kadhafi, les mêmes que ce qu’on a dit de Saddam Hussein, et viennent des mêmes personnes qui défendaient l’idée de […] renverser ces régimes […] si cela arrive en Syrie […] nous finirons dans une situation de souffrances bien plus grandes, de persécutions des minorités religieuses et chrétiennes bien plus atroces en Syrie, et notre ennemi en sortira largement renforcé. »

« Donc ce que vous dites, c’est que l’implication militaire dans les airs de l’armée russe et au sol de l’armée iranienne – qu’en fait ils nous font une faveur ? »

« Ils travaillent à défaire notre ennemi commun », a-t-elle répondu.

Plus tard, Gabbard m’a confié que beaucoup de ses collègues au Congrès, tant Républicains que Démocrates, l’ont remerciée en privé de s’être exprimée publiquement. « Beaucoup de gens dans la population, et même au Congrès, ont besoin d’avoir des explications claires. Mais c’est difficile lorsqu’il y a autant de mensonges sur ce qui se passe. La vérité n’a pas éclaté. » C’est très inhabituel pour un politicien de mettre ainsi en cause la politique étrangère de son propre parti, enregistrée en direct. Pour quelqu’un « de l’intérieur », qui a accès aux renseignements les plus secrets, parler ouvertement et de façon critique peut interrompre brutalement votre carrière. Toute information dissidente peut se transmettre au travers d’une relation de confiance entre un journaliste et ceux qui le vivent de l’intérieur, mais cela se fait presqu’obligatoirement « sans signature ». Cependant, oui, la dissidence existe. Le Commandant du JSOC n’a pas pu cacher sa satisfaction lorsque je lui ai demandé son point de vue sur notre politique en Syrie. « La solution en Syrie est devant notre nez. Notre menace principale est l’EI, et nous tous – les États-Unis, la Russie et la Chine – devons travailler ensemble. Bachar restera dans ses fonctions et, une fois le pays stabilisé, il y aura des élections. Il n’y a pas d’autre option. »

Le fonctionnement du système indirect de communication avec Assad s’est interrompu avec la retraite de Dempsey en septembre dernier. Son remplaçant à la tête de l’Etat Major interarmes, le Général Joseph Dunford, a prêté serment devant la Commission sénatoriale des forces armées en juillet dernier, deux mois avant de prendre ses fonctions. « Si vous voulez parler d’une nation qui pourrait constituer une menace existentielle pour les États-Unis, je désignerais la Russie. Si vous observez son comportement, il est rien moins qu’alarmant. » En octobre, en tant que chef du JCS, Dunford a condamné les efforts russes pour bombarder [les djihadistes]. Il a déclaré à cette même commission que la Russie « ne combat pas l’EI », que l’Amérique doit « travailler avec ses partenaires turcs pour sécuriser la frontière nord de la Syrie » et que « nous devons faire tout ce que nous pouvons pour aider les forces d’opposition syriennes viables. – c’est-à-dire les « modérés » – à combattre les extrémistes. »

Obama dispose maintenant un Pentagone beaucoup plus conciliant. Il n’y aura plus de contestation indirecte de la part du commandement militaire, contre sa politique de dédain d’Assad et de soutien à Erdogan. Dempsey et ses associés sont déconcertés par l’entêtement d’Obama à défendre Erdogan, compte tenu du lourd dossier que la communauté américaine du Renseignement a accumulé contre lui – et des preuves qu’Obama, en privé, en accepte les conclusions. « Nous savons ce que vous faites avec les radicaux en Syrie », a déclaré le Président au chef du Renseignement d’Erdogan lors d’une réunion tendue à la Maison Blanche (comme je l’ai rapporté dans le LRB le 17 avril 2014).

Le JCS et la DIA ont constamment alerté Washington de la menace que constituent les djihadistes en Syrie, et de leur soutien par la Turquie. Le message n’a jamais été entendu. Pourquoi ?

Seymour Hersh

Source : London Review of Book, 12/2015 - Traduction : Bluerider pour les-crises.fr

Notes du traducteur

(1) NdT. Nous sommes en droit de nous demander quel est le but réel de ces « analyses » censées parvenir à l’État-Major de l’armée syrienne et à ses officiers ? Car ces militaires sont par ailleurs « sollicités » par les pétrodollars du Qatar et de l’Arabie Saoudite pour faire défection et rejoindre la rébellion dite « modérée ». En matière de marketing de guerre et de séduction des soldats et cadres des armées adverses, ni l’OTAN ni les USA n’ont rien inventé, et la ligne officielle reste « Assad must go ».

(2) NdT. Comment au vu de ce qui s’est passé ensuite, ne pas déceler dans ces révélations la trace d’un double jeu permanent des forces d’espionnage et militaires américaines sous l’influence du « camp des faucons néo-conservateurs » dont l’unique et irréversible but reste le renversement d’Assad ?

(3) NdT. Selon certaines sources, le Prince Bandar aurait été victime d’un attentat syrien en représailles d’un attentat saoudien à Damas ayant décimé le commandement des services secrets syriens. Il ne s’en est donc jamais remis malgré les dénégations des autorités saoudiennes et quelques apparitions rapportées en Europe après cet attentat.

(4) NdT. Une information en forme d’indice. Le plan de déstabilisation de la Libye est bien antérieur à la fausse révolution partie de Benghazi telle que vendue dans nos médias. Cette annexe de la CIA ne peut avoir été improvisée après le vote de la Résolution 1973.

(5) NdT. Et chacun de se demander qui peut bien acheter à des prix au dessus de ceux du marché ?

(6) NdT. Rappelez-vous Laurent Fabius « … sur le terrain, ils [al-Nosra] font du bon boulot » (mercredi 12 décembre 2012, Marrakech, Réunion des « amis du peuple syrien »). Rappelons, comme l’ont indiqué les Américains, que al-Nosra est un pseudonyme pour Al-Qaïda en Syrie.

(7) NdT. L’écart de doctrine entre Républicains et Démocrates est ténu : là où les Républicains agissent seuls, les Démocrates délèguent le sale boulot à des tiers.

(8) Rappelons que Robert Baer, ancien chef de région de la CIA pour le Moyen-Orient a déclaré en 2014 : “Les États-Unis ont été incapables d’identifier le moindre groupe syrien dit « modéré » lorsque la guerre civile a débuté. ”

(9) NdT. Rappelons ici que ces sanctions impactent bien plus en retour l’économie européenne que l’économie américaine.

(10) NdT. Rappel : En France, le commandement de la DGSE vient de passer des mains des militaires à celles de hauts-fonctionnaires sous la coupe du Quai d’Orsay.

 
 

8 réponses à “Échanges entre militaires” : les révélations de Seymour Hersh sur la Syrie

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Syrie : Le Noël que les médias français ne vous montreront pas

27 Décembre 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #La République, #La Russie, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #la liberté, #Terrorisme, #Daesch

vendredi 25 décembre 2015

Syrie : Le Noël que les médias français ne vous montreront pas

 


Voici des images que vous ne verrez certainement pas dans les médias français!
 
A Damas, sous la protection du régime de Bachar Al Assad que Fabius et Valls trouvent odieux (ils préfèrent les "modérés" de Jabhat Al Nosra), les syriens fêtent Noël comme chez nous en toute tranquillité...
 

 

Dans les zones sous contrôle des "rebelles modérés" que vous affectionnez tant, M. Fabius, comment se passent les fêtes de Noël ? 
____________

Pendant ce temps à Bethléem...
 

Le mur de la honte n'est toujours pas tombé...
 
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Poutine impose l’ordre russe au Moyen-Orient

27 Décembre 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #La République, #La Russie, #La nation ., #Europe supranationale, #AMERIQUE, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #Daesch, #Terrorisme

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Que se passe-t-il en Turquie ? Par Selma Benkhelifa

27 Décembre 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #La Turquie, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La Russie, #Terrorisme, #Daesch

22 décembre 2015

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Ces images ne sont pas prises en Syrie, mais dans l’est de la Turquie où l’armée assiège des quartiers et les villes kurdes de Cizre, Silvan, Nusaybin et Mardin. De telles exactions n’avaient plus eu lieu depuis les années 90, époque où la Turquie était unanimement décrite comme une dictature militaire.

 





Depuis quelques mois, l’armée turque assiège des villes, tire à balles réelles sur des manifestants et procède à des arrestations massives. La véritable cible de cette opération est le PKK et plus largement les Kurdes, militants pour l’autonomie ou pas. Les arrestations se font sans distinction et vont du syndicaliste, à l’instituteur en passant par les adolescents.







A l’université de Sirnak, la police turque a investi des logements étudiants et a arrêté 15 étudiantes pour avoir protesté contre le siège des villes kurdes par l’armée turque en faisant du bruit depuis leur logement.





Le bâtonnier de l’ordre des avocats de Diyarbakir, Tahir Elçi a été tué d’une balle dans la tête alors qu’il s’adressait aux médias à l’occasion d’une conférence de presse. Il appelait à l’apaisement et à la fin du siège de Sur, quartier de la grande ville kurde de Diyarbakir.





La violence de l’armée a atteint des sommets difficilement compréhensibles. Des centaines de civils ont déjà été tués.
 

Du processus de paix à la guerre ouverte

Erdogan a décidé de tourner la page des négociations de paix avec le PKK entamées lors de son précédent mandat et de mener une guerre ouverte aux Kurdes, qu’ils soient modérés ou rebelles.

Erdogan a vu sa majorité mise à mal par les élections du 7 juin 2015. Avec 13% des voix et 80 députés, le parti pro-kurde et de gauche HDP lui ôtait sa majorité absolue. Il s’agit aussi de l’opposition la plus critique à son égard. Les co-représentants du groupe HDP au Parlement turc, Pervin BULDAN et Idris BALUKEN, avaient déposé une proposition d’enquête parlementaire concernant les relations existantes entre l’AKP, parti d’Erdogan, et Daesh.

Pour reprendre une majorité absolue au parlement et faire taire les critiques lui reprochant ses liens avec les islamistes les plus radicaux, Erdogan veut éjecter le HDP en les assimilant au PKK. Assimiler l’opposition kurde au PKK, c’est aussi aller dans le sens du parti d’extrême droite MHP, dont l’AKP avait besoin pour constituer une majorité.

Et puis la lutte contre le terrorisme est un argument électoral porteur, Erdogan en était bien conscient.

Erdogan a lancé des élections anticipées sans aucun fondement légal. On a rarement vu en démocratie qu’un chef d’Etat mécontent du résultat d’élections législatives en juin appelle à de nouvelles élections en novembre de la même année, soit cinq mois plus tard.

Ce détournement du processus démocratique aurait certainement fait hurler les médias et les chancelleries occidentales s’il avait eu lieu au Venezuela ou en Bolivie. Comme il s’agit d’un allié précieux et d’un membre de l’OTAN, Erdogan a pu relancer des élections et récupérer une majorité absolue sans soulever de tollé. Il a – à présent- les mains libres pour faire ce qu’il veut, même du très sale boulot.
 

L’alliance à Daesh

 

Dans ses discours, Erdogan assimile le PKK à Daesh. Il prétend lutter contre le terrorisme en général. Alors que les forces kurdes – PKK et YPG - résistent à Daesh en Syrie et en Irak et qu’Erdogan est lui-même plus que complaisant à l’égard des groupes djihadistes.

Deux attentats ont ensanglanté la Turquie, l’attentat de Suruç et celui d’Ankara qui a, le 10 octobre 2015, tué 108 militants de gauche pro-kurdes lors d’une manifestation.

Ces attentats sont revendiqués par les Islamistes de Daesh. Il faut cependant rappeler les liens entre l’Etat turc et des organisations comme Daech ou Al Nostra (Al Quaïda).

On relèvera que les djihadistes ne se sont jamais attaqués aux intérêts de l’Etat turc, mais ont concentré leurs attaques sur les ennemis traditionnels d’Erdogan, la gauche et les Kurdes.

La complaisance de l’Etat turc qui laisse les djihadistes rejoindre la Syrie alors qu’il arrête les militants qui veulent rejoindre les combattants kurdes est critiquée de très longue date déjà. Même les Etats Unis ont demandé à leur allié de fermer sa frontière avec la Syrie.

Le fait que l’Etat turc ait prétendu vouloir bombarder Daesh alors qu’il s’est quasi-exclusivement consacré à bombarder les forces kurdes qui luttent contre ce groupe est aussi très symptomatique d’un vrai malaise (1).

Mais c’est la découverte récente d’armements que l’Etat turc livrait par camions (camions appartenant au MIT, les services secrets turcs) aux djihadistes de Daesh et d’Al Nostra (Al Quaïda) qui a révélé une véritable complicité entre la Turquie et ces organisations fanatiques et barbares.

Cette opération, sous couvert de l’ONG IHH, permettait à la Turquie de venir en aide aux groupes qui ont perpétrés des attentats extrêmement meurtriers à l’encontre de l’opposition de gauche ou pro-kurde. Des journalistes turcs ont publié les images d’armes livrées par la Turquie aux djihadistes en Syrie (2).







Face aux accusations de complicité entre IHH et les groupes djihadistes suite à la découverte de ces camions, Erdogan a réagi en imposant un black-out médiatique à ce sujet et en arrêtant les deux journalistes responsables de la fuite, pour « appartenance à une organisation terroriste ».

Les trois officiers de gendarmerie qui avaient ordonné le contrôle des camions remplis d’armes à destination des djihadistes ont été incarcérés.

Ces événements démontrent une étroite collaboration entre des organisations comme Daech ou Al Nostra (Al Quaïda) et l’Etat turc et donne une toute autre portée aux attentats commis en Turquie et aux violences régulières subies par les militants kurdes. Il ne s’agit plus de groupes fanatiques et barbares qui attaquent des civils turcs sans que l’Etat ne parvienne à réagir mais de groupes qui agissent avec le soutien de l’Etat turc pour mener une stratégie de la tension qu’Erdogan a mise en place à l’encontre d’opposants kurdes et de gauche.
 

Un autre projet de société

 

Si les Kurdes irakiens collaborent étroitement avec les Américains, il faut souligner que les Kurdes du PKK (Turquie) et du PYD (Syrie) ont une position différente.

Ils – et surtout elles - résistent aux combattants islamistes avec un courage et une ténacité exemplaire mais surtout avec un projet de société diamétralement opposé à celui des fanatiques religieux (démocratie participative, émancipation des femmes, ouverture aux minorités, écologie…).

Un projet de société surtout caractérisé par sa remise en question radicale des états nationaux et donc du monde tel qu’il existe aujourd’hui.







Les Occidentaux – Américains et Européens – acceptent difficilement des visions du monde opposées aux leurs et considèrent le PKK et son parti frère le PYD comme des organisations terroristes. Pourtant, en Syrie, les Kurdes sont les seuls alliés possibles contre Daesh.

D’abord parce que même seuls et peu armés, ils ont gagné des batailles. Après la victoire à Kobané, ils ont avancé sur le front de Hassaké, chef-lieu régional, et en ont chassé les djihadistes. Pourtant, les combattants des YPG n’ont pas reçu de missiles sophistiqués, tels que ceux qui ont été livrés à d’autres groupes (comme l’Armée syrienne libre (ASL) et les autres groupes rebelles soutenus par les Américains qui retournent leur veste, rejoignent l’EI ou leur vendent des armes fournies par Washington). Personne ne peut donc plus faire semblant de croire à la fable du soutien aux modérés d’Al Nosra (Al Qaida) contre les radicaux de Daesh.

Ensuite, parce que les Kurdes de Syrie, cherchant des alliés, pourraient se tourner vers la Russie. Il est question de l’ouverture d’une représentation officielle à Moscou. Des armes russes ont également été livrées aux combattants des YPG.

Si les Kurdes sont des alliés stratégiques dans le jeu des grandes puissances au Moyen-Orient, Saleh Muslim, coprésident du Parti de l’union démocratique (PYD), dont dépendent les YPG, est catégorique : « Nous ne sommes pas des mercenaires. Nous nous battons pour l’autonomie démocratique de la Rojava ». Et Rojava n’est pas que le nom de la région kurde de Syrie, il est devenu le nom de la société utopique qu’ils et elles défendent envers et contre tous.

Photos :











































Notes :

(1) http://www.opinion-internationale.c... https://francais.rt.com/opinions/59..., http://www.huffingtonpost.fr/olivie..., http://www.lefigaro.fr/vox/monde/20...).

(2) http://www.lemonde.fr/proche-orient...

Source : Investig’Action

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La politique "Assad doit partir" mène à la guerre avec la Russie, l’Iran et le Hezbollah.

26 Décembre 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #La nation ., #La République, #L'OTAN., #AMERIQUE, #La Russie, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #Terrorisme, #Daesch

 

COMITE VALMY

Semaine 10 de l’intervention russe en Syrie

L’information qu’Israël et la Turquie violent systématiquement le droit international n’est pas nouvelle du tout. Après tout, nous savons tous que la Turquie a régulièrement bombardé les Kurdes en Irak et en Syrie, que la Turquie occupe toujours illégalement le nord de Chypre, tout comme les Israéliens ont bombardé la Syrie et le Liban depuis des dizaines d’années et occupent encore illégalement la Palestine.

 

Le développement intéressant de cette semaine est que la France, le Royaume-Uni et l’Allemagne ont décidé officiellement de rejoindre ces États voyous et d’agir exactement comme les Turcs et les Israéliens en intervenant illégalement en Syrie – en violation directe du droit international – prétendument pour combattre Daesh. Et même si Daesh est l’ennemi officiel, il se trouve précisément que des positions de l’armée syrienne ont été bombardées par l’armée de l’air US tandis que les Israéliens bombardaient des dépôts de missiles du Hezbollah.

Apparemment, la politique « Assad doit partir » est toujours à l’ordre du jour.

D’une certaine manière, on pourrait dire que l’Occident a maintenant (ré)affirmé le principe selon lequel force fait loi et que les menaces et la violence restent la seule politique de l’Empire au lieu d’une politique légale et négociée. Le problème avec ça est que l’autre côté pense fortement que se rendre aux exigences de l’Empire n’est tout simplement pas une option.

L’avertissement russe

En réalité, c’est en cours depuis des années. Depuis la récente décision de bombarder la Syrie jusqu’à la récente décision du FMI de renflouer l’Ukraine en violation directe de ses propres règles (qui, apparemment, ne seront pas réécrites), l’Empire anglosioniste a violé ses propres prétendues règles et principes depuis des décennies sur un arrière-plan d’indifférence quasi générale à l’égard de la fin de l’ordre mondial international approuvé à la fin de la Seconde Guerre mondiale. 

La grande différence aujourd’hui est que son imprudente arrogance l’a mis maintenant en contact direct avec les forces armées russes qui, apparemment, ne sont pas prêtes à accepter ce genre de brutalité et riposteront si elles sont attaquées : dans son adresse annuelle, à la rencontre élargie du Comité du ministère de la Défense de la Fédération de Russie, Poutine a clairement indiqué que le fait que la Russie choisisse de ne pas riposter à la Turquie était une exception et le resterait. Il a dit :

 

« Je veux mettre en garde ceux qui pourraient de nouveau tenter d’organiser toute sorte de provocation contre nos troupes : nous avons pris des mesures additionnelles pour assurer la sécurité des troupes et de la base aérienne russe. Elle est renforcée par de nouveaux escadrons de l’armée de l’air et des défenses aériennes. Tous nos avions de combat volent maintenant avec une couverture aérienne. Je vous ordonne d’agir avec la plus extrême fermeté. Toutes les cibles qui menacent le groupe de la Russie ou notre infrastructure terrestre doivent être immédiatement détruites. »

Ce que Poutine fait là est de mettre en garde la Turquie et, en réalité, l’Otan et l’Empire, que la prochaine fois, la Russie ripostera, immédiatement.

Cela montre aussi que l’autorité quant à la riposte a été transmise aux forces russes en Syrie et qu’aucune décision au sommet ne devra être requise pour riposter. C’est vrai que ce n’est pas une première. Un ordre similaire avait aussi été donné à l’Armée de l’air russe en octobre déjà, mais puisque l’idée d’antiques Tornados abattant un SU-30SM est assez farfelue (même si la presse britannique insiste que leurs avions des années 1970 « sont capables d’exploser n’importe quel avion dans le ciel »), la capacité des SU-30SM et même des SU-34 d’abattre un avion occidental de la 4e génération ne fait aucun doute. Les Russes ont la détermination et les moyens.

 

Mais l’Occident prendra-t-il les mises en garde russes au sérieux ?

Le contre-exemple israélien

Le contraste entre les pays de l’Otan et Israël ne pourrait, dans ce cas, être plus marqué. Bibi Netanyahou, de loin l’acteur le plus intelligent de l’Empire anglosioniste, s’est immédiatement rendu à Moscou pour rencontrer ses partenaires russes et négocier une sorte d’accord qui permettrait aux Russes et aux Israéliens de poursuivre leurs buts sans risquer une fusillade. Lorsque la première incursion de l’armée de l’air russe dans l’espace aérien israélien s’est produite, les Israéliens l’ont traité comme un événement complètement anodin. Le ministre israélien de la Défense Ya’alon a déclaré :

 

« Il y a eu une légère intrusion sur 1 mile (1,6 km) de profondeur dans notre espace aérien par un avion russe venant de Syrie, mais cela a été immédiatement résolu et l’avion russe est reparti pour la Syrie. C’était apparemment une erreur du pilote qui volait près du Golan. Les avions russes n’ont pas l’intention de nous attaquer, raison pour laquelle nous ne devons pas automatiquement réagir et les abattre lorsqu’une erreur intervient. »

Plus tard, un adjoint de Ya’alon, le général (de réserve) Amos Gilad, a déclaré lors d’un événement hebdomadaire à Tel Aviv que les avions russes avaient occasionnellement pénétré dans l’espace aérien israélien – mais que « la coopération très étroite entre la Russie et Israël » à propos des opérations dans et autour de la Syrie avait prévenu tout malentendu.

 

La contrepartie du côté de la Russie était tout aussi évidente, sinon officiellement admise : lorsque les Israéliens ont bombardé un dépôt d’armes du Hezbollah près de Damas, les Russes ont regardé de l’autre côté. Considérant que presque au même moment les agents du Hezbollah risquaient leurs vies pour sauver un pilote russe abattu, cette sorte d’accord est tout sauf d’une moralité exemplaire, mais les gens du Hezbollah sont aussi réalistes : il suffit de regarder comment ils ont toléré Assad même lorsqu’il torturait des gens pour la CIA (l’infâme programme de restitution) ou lorsque Imad Mughniyeh a été assassiné avec la complicité évidente de membres haut placés du régime de Assad.

Les dirigeants du Hezbollah ont compris ce qui se passait ici : que cela plaise ou non, la Russie et Israël ont une relation spéciale qui, quoique loin d’être une lune de miel, inclut une combinaison unique de dur réalisme, confinant souvent au cynisme, et une reconnaissance réciproque qu’aucun des camps ne veut un conflit ouvert. Dans ce cas, on a dit aux Israéliens en termes très clairs que l’intervention russe pour sauver la Syrie de Daesh n’était pas négociable, mais que la Russie n’avait pas l’intention de protéger le Hezbollah des actions israéliennes aussi longtemps que celles-ci ne menacent pas les objectifs russes en Syrie. Comme Netanyahou est un réaliste, il a accepté le contrat.

 

Bien qu’il y ait eu une certaine confusion à ce propos, je crois comprendre que les Russes ont déployé des S-400 en Syrie, et qu’il existe quelques preuves de livraison (enfin) aux Syriens de batteries S-300 et qu’ilspourraient les avoir utilisées contre les Israéliens à une occasion au moins. Ce qui est absolument certain, c’est que selon le droit international, les Syriens auront le droit de tirer sur tout avion américain, français, allemand, turc ou autre volant dans leur espace aérien et que si cela arrive, les pays ayant violé le droit international n’auront aucun argument d’auto-défense légitime à invoquer. Par extension, cela signifie aussi que la Russie a également le droit de détruire tout système d’armement aérien, terrestre ou basé en mer visant l’aviation russe.

Malheureusement, les politiciens et les propagandistes occidentaux (c.a.d les journalistes) font des contorsions verbales extraordinaires pour éviter de mentionner ces faits. Et si quelqu’un ose effectivement poser la bonne question, les responsables occidentaux ont un truc. C’est exactement ce qu’il s’est passé récemment entre la journaliste de RT Gayane Chichakyan et le porte-parole du département d’État John Kirby [Kirby attaque la journaliste sur sa bonne foi, tactique usée : tuer le messager pour tuer le message]. Regardez (la vidéo est en anglais)

 

L’avertissement iranien

La Russie n’est pas le premier pays qui aurait mis l’Occident en garde à plusieurs reprises sur les dangers à rester crispé sur la politique « Assad doit partir » : l’Iran a aussi répété de tels avertissements. Le dernier est venu directement du conseiller en politique étrangère de la Révolution islamique d’Iran, Ali Akbar Velayati, qui a ouvertement déclaré que Bachar al-Assad est le président légal de la Syrie et que « l’Iran le considère comme sa ligne rouge ». Velayati a aussi dit que « seul le peuple syrien, qui a élu Assad, est habilité à décider de l’avenir de son pays (…) et aucun pays étranger ne sera autorisé à interférer dans les affaires internes de la Syrie ». De plus, un autre haut responsable, le président du Parlement iranien Ali Larijani, a ditque « la Russie n’a pas besoin d’un accord préalable pour utiliser l’espace aérien iranien pour bombarder des sites en Syrie » – autrement dit, un tel accord a déjà été négocié. Si on considère que Larijani et Velayati sont parmi les responsables les plus influents et de ceux qui font le plus autorité en Iran, on ne peut que conclure que les Iraniens sont en train de déclarer ouvertement qu’ils soutiennent pleinement les efforts russes en Syrie. Et cela, à son tour, signifie que l’Iran enverra autant de troupes que nécessaire pour empêcher Daesh de s’emparer de Damas. C’est l’autre facteur essentiel auquel l’Occident essaie désespérément de ne pas penser.

 

Le récit actuel de l’Occident tente de montrer que c’est la Russie (et seulement la Russie) qui maintient Assad au pouvoir. Mais c’est complètement faux. La réalité est que tant le Hezbollah que l’Iran sont pleinement engagés pour empêcher Daesh de renverser le gouvernement syrien et leur engagement est allé plus loin que les mots : le Hezbollah a envoyé des centaines de ses meilleurs combattants en Syrie et l’Iran a promis des milliers de soldats, la plupart membres de la Brigade al-Quds, pour faire la guerre en Syrie. Ce que ce degré de détermination montre est que l’Iran et le Hezbollah, exactement comme la Russie, ont conclu que leurs intérêts vitaux, existentiels, sont en danger et qu’ils n’ont pas d’autre choix que d’entrer en lutte contre Daesh. Je crois que cette évaluation est absolument correcte.

 

Donc c’est la question essentielle ici : est-ce que les élites de l’État profond qui gouvernent l’Empire américain comprennent que ni la Russie ni l’Iran ni le Hezbollah ne pensent qu’ils peuvent reculer et accepter une victoire de Daesh en Syrie ? Est-ce que les dirigeants occidentaux réalisent que la Russie, l’Iran et le Hezbollah ne peuvent pas laisser l’Empire renverser Assad ? Y a-t-il quelqu’un là-bas qui ne réalise pas que la politique « Assad doit partir » implique une guerre contre la Russie, l’Iran et le Hezbollah ? La seule manière d’éviter une guerre est de renoncer enfin, même si c’est d’abord nié publiquement, à la politique « Assad doit partir ».

 

The Saker

Le 12 décembre 2015 – Source thesaker.is

Article original paru sur Unz Review

Traduction : le Saker Francophone

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Riyad: une coalition contre qui?

16 Décembre 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Arabie, #La Turquie, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #La Russie, #La France, #Terrorisme, #Daesch, #L'OTAN.

Riyad: une coalition contre qui?

Riyad: une coalition contre qui?

© AFP 2015. STR
International

L'Arabie saoudite s'est décidée à passer à une phase active dans la lutte antiterroriste, en créant une coalition excluant pourtant la Russie, l'Iran, l'Irak et la Syrie. Quels sont ses buts et saura-t-elle y parvenir sans coopérer avec les maîtres du jeu contre Daech? Mohammad Ali Mohtadi, orientaliste, explique, dans un entretien à Sputnik.

 

La coalition comprend 34 Etats au total dont par exemple la Sierra Leone, la Somalie, les Comores, la Mauritanie et le Niger.

Les pays-membres viennent de publier une déclaration conjointe prévoyant l'instauration d'une coalition militaire, conduite par l'Arabie saoudite, censée lutter contre le terrorisme, la corruption, ainsi que le chaos qui sévit dans le monde musulman. Selon la déclaration, la coalition islamique sera dotée d'un centre de commandement dans la capitale saoudienne et ses membres vont mutualiser leurs efforts pour contrer le terrorisme afin d'assurer la paix et la sécurité, et vont d'ailleurs coopérer avec d'autres pays aspirant à la paix mondial. Des pays comme la Syrie et l'Irak, dont le gros des territoires est sous la coupe de Daech, pas plus que la Russie et l'Iran, les acteurs les plus forts dans la guerre antiterroriste, ne font curieusement partie de cette coalition.

Que recouvre cette coalition nouvellement créée?

Pour autant, les informations sur la formation de la coalition devraient être remises en cause, estime Mohammad Ali Mohtadi, professeur-orientaliste et représentant de l'Institut d'études stratégiques du Moyen-Orient, à Téhéran.

"Il est peu probable qu'une union constituée d'un tel nombre de membres soit créée en une période si courte. L'Arabie saoudite avait plutôt contacté des représentants de ces pays et, d'une manière frauduleuse, a annoncé la tenue d'une réunion lors de laquelle une alliance antiterroriste a été formée soi-disant à l'unanimité", a affirmé M. Mohtadi à Sputnik.

Dans le même temps, les pays qui s'engagent sérieusement à contrer les groupes terroristes dans la région, notamment Daech et le Front al-Nosra, ne font pas partie de la coalition.

"C'est pourquoi, il est évident que la nouvelle alliance est formée dans l'intérêt des Saoudiens. La lutte contre le terrorisme n'est qu'un prétexte qu'on ne peut pas prendre au sérieux. Annoncer la création d'une nouvelle coalition, c'est un artifice afin de démontrer une prétendue activité sur le champ de bataille contre le terrorisme", explique l'interlocuteur de Sputnik.

Lutte contre Daech, un grand mensonge

Après avoir lutté contre Daech depuis à peu près deux ans, toute coalition ne se révèle pas être efficace. Preuve en est la campagne militaire des pays occidentaux en Syrie. Pour l'Arabie saoudite, il ne s'agit pas non plus d'écraser les terroristes à tout prix.

"La coalition dirigée par les Etats-Unis, soi-disant des amis de la Syrie, n'a pas eu de succès dans la lutte anti-djihadiste. Et maintenant émergent des preuves que des groupes terroristes tels que Daech, le Front al-Nosra et Al-Qaïda ont été créés et alimentés par les services de renseignement américains, occidentaux et israéliens en coopération avec leurs alliés arabes, l'Arabie saoudite, le Qatar et la Turquie entre autres. Ainsi, les déclarations des Etats-Unis et de leurs alliés s'agissant de leur détermination à casser les terroristes ne sont qu'un grand mensonge, qu'une hypocrisie politique", insiste M. Mohtadi.

Selon lui, la coalition avec l'Arabie saoudite à sa tête vise vraisemblablement à endiguer les forces antiterroristes. Sa déclaration, publiée par des médias officiels en Arabie

saoudite, prévoit une guerre contre les terroristes de toutes les madhhab, alors que l'on sait bien que Daech et les groupes similaires font partie du mouvement wahhabite, explique l'orientaliste Mohtadi.

Le wahhabisme est l'idéologie religieuse officielle de l'Arabie saoudite. Et tout attentat commis tant dans la région qu'aux Etats-Unis ou en Europe témoigne du fait que les terroristes soit sont Saoudiens soit ont reçu une instruction religieuse sous l'influence du madhhab wahhabite, promu par le Royaume saoudien.

"C'est pourquoi, il est probable que la coalition créée ait pour but de contrer les forces qui luttent pour l'indépendance de la région de la politique expansionniste des Etats-Unis et d'Israël", conclut M. Mohtadi. "Et l'accent fait sur la notion de terroriste, quoi que soit le madhhab, peut attester du fait que la coalition cible les militaires du groupe libanais chiite Hezbollah ou l'Ansarullah yéménite, ou les milices populaires irakiennes, vu que l'Arabie saoudite et les Etats-Unis les considère comme terroristes. Ce qui suscite des préoccupations, en premier lieu, c'est que de cette manière l'Arabie saoudite est déterminée à attiser une guerre opiniâtre entre les sunnites et les chiites dans la région".

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De l’Ukraine, du Syrak et de quelques autres choses

16 Décembre 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La Russie, #AMERIQUE, #Europe supranationale, #La Turquie, #Ukraine, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #Terrorisme, #Daesch, #le nazisme

Source : Chroniques du Grand Jeu, 11-12-2015

Ben Erdogan semble condamné à réparer chaque bourde antérieure par une aventure encore plus folle. C’est sans doute dans ce contexte qu’il faut voir son escapade nord-irakienne. L’incident du Sukhoi lui a semble-t-il définitivement fermé les portes de la Syrie et créé les conditions propices à l’émergence de ce qu’il craignait le plus : un Kurdistan autonome sous direction PYD le long de la frontière turque. Passant de Charybde en Scylla et jouant sa dernière carte, il se rabat sur l’Irak, surfant sur la profonde division du Kurdistan et les liens très lâches entre cette province et Bagdad.

L’idée finale est-elle de favoriser, après la chute du califat, la création d’un “sunnistan” sous égide turque ? Le sultan pense-t-il sérieusement que l’Iran et la Russie laisseront faire ? Il y a quelque chose de profondément suicidaire chez lui, qui se coupe tour à tour de ses seuls fournisseurs possibles en énergie (Russie, Irak, Iran).

En tout cas, sa folle équipée offre l’Irak sur un plateau à Poutine, à la grande rage des Américains, obligés de soutenir publiquement quoique à demi-mot leur encombrant allié otanien tout en désapprouvant en privé cette nouvelle frasque (est-ce un hasard si, pour la première fois, Washington a reconnu que le pétrole daéchique prenait la direction de la Turquie ?). Le Parlement irakien prévoit maintenant de revoir et peut-être d’annuler l’accord de sécurité entre l’Irak et les Etats-Unis. On devine aisément par qui les Américains seraient alors remplacés en Irak :

En attendant, c’est le statu quo. La Turquie semble quand même avoir pris conscience de cette nouvelle impasse et commence à mettre les petits plats dans les grands. Faut dire que de l’autre côté, ça rigole pas, Ankara recommandant même à ses ressortissants de quitter l’Irak !

En Syrie même, où la coopération franco-russe atteint d’ailleurs de nouveaux niveaux, Poutine a lancé un cinglant avertissement : “Toute menace envers les forces russes doit être immédiatement détruite”. Le sultan sera obligé de raisonner ses F16 récalcitrants. Déjà qu’il est occupé à emprisonner des enfants qui arrachent ses affiches de campagne… (oui, oui, bonnes gens, c’est ce même Erdogan que l’UE courtise et à qui elle offre 3 milliards)

De Turquie en Ukraine, il n’y a qu’un pas – est-ce d’ailleurs un hasard si les dirigeants de ces deux républiques bananières s’entendent soudain très bien ? A Kiev, les députés de la Rada s’amusentcomme des petits fous (le lancer de nain putschiste deviendra-t-il nouvelle discipline olympique ?) :

L’Italie a fait preuve d’audace en bloquant l’extension des sanctions européennes contre la Russie. On imagine les eurocrates et autres hommes de paille de Washington se précipiter sur les vols à destination de Rome pour “amicalement” convaincre nos amis transalpins de changer leur position. Le summum de l’hypocrisie a été atteint il y a quelques jours par le Département d’Etat US, critiquant presque dans la même minute les sanctions russes contre la Turquie et justifiant les sanctions occidentales contre la Russie.

Le FMI vient d’entrer à son tour dans la Guerre froide 2.0 en changeant les conditions d’attribution de son aide pour venir au secours des putschistes installés par la CIA à Kiev et leur permettre de ne pas rembourser leur dette à la Russie. Nous avions déjà vu à quel point les institutions financières internationales mises en place au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale visaient à assurer l’hégémonie du dollar. A défaut d’aider directement l’Ukraine (voir cette étonnante histoire de livraisons de matériel US périmé et inutilisable), l’empire continue d’utiliser tous les moyens à sa disposition, et notamment sa mainmise sur les institutions financières, pour mener sa guerre hybride contre Moscou.

On comprend dans ces conditions la croisade dédollarisatrice mondiale lancée par la Russie, la Chine et quelques autres. De la kyrielle de banques parallèles qui en sont nées – BAAI chinoise, Banque des BRICS, Fonds route de la Soie – une nouvelle pourrait bientôt être créée : un organisme financier propre à l’Organisation de Coopération de Shanghai !

Et puisque nous évoquons le monde multipolaire concurrent de l’Occident américanisé, un mot tout de même sur l’élection de Macri en Argentine. Candidat de la droite libérale, traditionnellement proche des Etats-Unis en Amérique latine, le nouveau président pourrait faire sortir son pays du grand mouvement dans lequel l’avait engagé les Kirchner (alliance avec la Russie et la Chine, future entrée dans les BRICS, dédollarisation…). Macri prétend vouloir maintenir des liens privilégiés avec Moscou. Wait and see

Cela n’empêche certes pas la Russie de signer contrats sur contrats dans le domaine militaire (derniers en date : Mexique et Inde) ni la Chine de faire feu de tout bois. Pékin ouvre sa première basemilitaire en Afrique, continue sa course folle aux armements révolutionnaires et prévoit de lancer en collaboration étroite avec la Russie 100 satellites dont la finalité n’est pas tout à fait claire…

 Source : Chroniques du Grand Jeu, 11-12-2015
 

Ca continue de plus belle…

Source : Chroniques du Grand Jeu, 8-12- 2015

Nous avons évoqué hier trois incendies – Irak vs Turquie, Russie vs Turquie, Etats-Unis vs Damas – qui, s’ils se ne sont pas éteints, pourraient bien faire s’embraser le Moyen-Orient. Or, loin de se calmer, le feu repart de plus belle.

Jusqu’où ira donc la république bananière d’Erdogan ? Ankara refuse en effet de retirer ses troupes d’Irak comme le lui intime pourtant Bagdad. La situation est ubuesque et Davotuglu, le premier ministre turc, ne craint pas le ridicule quand il affirme que les autorités irakiennes ont autorisé le déploiement – ce dont elles n’ont apparemment pas le souvenir. Encore plus absurdes sont ses récriminations sur les… “provocations” irakiennes !

Résumons : la Turquie envoie des troupes dans un pays souverain sans sa permission, prétend contre toute vraisemblance que ce pays l’a autorisé à le faire et ose parler de “provocation” quand le pays envahi se plaint. Erdogan ou le foutage de g…. en 3D. Au XIXème siècle, la Turquie était souvent appelée “l’homme malade de l’Europe” du fait de sa faiblesse. Le sultan a réussi en ce début de XXIème à faire de son pays le malade mental de l’Eurasie. Que pense l’OTAN de la pomme pourrie dans son panier ?

En plus de la menace porter l’affaire devant le Conseil de sécurité de l’ONU qui devrait se concrétiser ces prochaines heures, Bagdad envisage maintenant des sanctions contre la Turquie. Quant aux milices chiites irakiennes parrainées par l’Iran, qui avaient déjà de sérieux griefs envers Ankara accusée avec raison de soutenir Daech, elles appellent maintenant à cibler tout intérêt turc en Irak (pour ce genre de milice, “cibler” veut dire “éliminer”).

Bien sûr, Ankara a d’excellentes raisons stratégiques : avoir une tête de pont près des champs pétroliers du nord de l’Irak et au coeur des voies de communication de ses ennemis de toujours (PKK et YPG), avoir son mot à dire lorsque l’EI perdra Mossoul et que le nord de l’Irak sera recomposé. Mais le sultan en herbe, tout à son rêve néo-ottoman, se rend-il compte de l’isolement de plus en plus sinistre de son pays, désormais en froid avec tous ses voisins ?

Et puisqu’on en parle, l’inénarrable Davotuglu remplit parfaitement son rôle de bouffon du pacha et s’en prend maintenant verbalement à la Russie qu’il menace de contre-sanctions, oubliant sans doute que c’est la Turquie qui a abattu un avion russe et non l’inverse – on ne voit d’ailleurs pas très bien quelles sanctions Ankara serait susceptible de mettre en oeuvre -, et, fait nouveau, à l’Iran.

Sur le front, cela n’empêche en tout cas pas l’armée irakienne de continuer son avancée : une partie de Ramadi a été reprise à Daech. Le fait a son importance car Ramadi est sur les arrière de Fallujah, ville symbole de l’Etat Islamique en passe d’être encerclée, comme Mossoul au nord.

Sur le théâtre d’opération syrien, les Sukhois continuent leurs mortelles (pour les terroristes modérés) escapades : 600 cibles en trois jours ainsi que les fameux missiles Klibr lancés à partir d’un sous-marin . L’armée syrienne progresse lentement mais sûrement sur à peu près tous les fronts. Mais un nouveau bombardement attribué aux Américains provoque une levée de boucliers. Un jour après avoir tué 3 soldats du régime à Deir Ez Zor et en avoir accusé de manière ridicule la Russie, l’oncle Sam frappe encore, tuant des dizaines de civils. Encore quelques bombardements comme ça et Poutine aura le prétexte tout trouvé pour déployer ses S400 sur tout le territoire syrien. D’ailleurs, deux nouvelles bases russes sont sur le point d’être achevées, se rapprochant dangereusement et de Daech et des avions américains.

Source : Chroniques du Grand Jeu, 8-12- 2015

 

 

Une réponse à De l’Ukraine, du Syrak et de quelques autres choses

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Autopsie du « massacre de Douma » du 16 août 2015 en Syrie

15 Décembre 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #La France, #La République, #La Turquie, #L'OTAN., #AMERIQUE, #Europe supranationale, #Terrorisme, #Daesch

Autopsie du « massacre de Douma » du 16 août 2015 en Syrie

 

Un massacre de civils aurait été perpétré le 16 août 2015 sur un marché d’une place de Douma, localité située dans la Ghouta de Damas, faisant près de 100 morts et plus de 200 blessés. Les grands médias des « démocraties occidentales » unanimes ont aussitôt accusé de façon radicale les autorités syriennes : « la « barbarie » et l’« inhumanité » du régime dénoncées après les raids meurtriers sur Douma » (le Monde.fr) ; « En Syrie, des dizaines de personnes tuées dans des raids du régime » (le Figaro.fr) ; « les bombes du régime font un carnage près de Damas » (Liberation.fr), etc. Les autorités de ces mêmes pays n’ont pas été en reste, à l’instar d’un Laurent Fabius qui a dénoncé, comme d’habitude, « l’inhumanité d’un régime qui n’hésite pas à massacrer sa population ».

Le bilan du massacre serait alourdi du fait d’une habitude particulièrement perverse de l’aviation syrienne, qui après avoir frappé un endroit, attendrait que les civils se regroupent pour porter secours aux victimes afin de réaliser d’énormes cartons. L’éditorial non signé du Monde du 19 aoûti va même jusqu’à prétendre que par la suite les pilotes syriens ont pris « pour cible des familles qui enterraient leurs proches dans les cimetières ».

Ces articles et déclarations basées sur une dépêche AFP, les accusations de l’émissaire spécial de l’ONU Staffan de Misturaii, et des vidéos de la place du marché en ruine postées par des « rebelles » (voir infra), ont été par ailleurs l’occasion de rappeler aux lecteurs qui l’auraient oublié un certain nombre de « faits » et « vérités » : ce massacre est à placer dans la droite ligne de précédents massacres dont le régime serait coutumier, en premier lieu l’attaque chimique perpétrée le 21 août 2013, il y a presque deux ans jour pour jour, dont le régime avait alors été tenu responsable ; au début des événements il n’y avait que des manifestations pacifiques qui ont été sauvagement réprimées, entraînant le durcisement et l’islamisation de la rébellion ; cette énième exaction est l’occasion d’enfin réfléchir à une transition politique dont doit être écarté le président el-Assad .

Bref, tout citoyen occidental s’informant par les médias traditionnels et ayant confiance en ses dirigeants ne peut qu’être convaincu que le démon sur la terre, Bachar el-Assad a encore frappé, et qu’il convient de prendre enfin les mesures qui s’imposent.

Nous pouvons toutefois d’emblée relever, dans cette affaire et sa présentation médiatique, un certain nombre de traits qui font irrésistiblement penser à des cas antérieurs comparables mis en exergue ces quatre dernières années pour diaboliser les autorités syriennes aux yeux de l’opinion publique. Nous pensons ici en particulier au massacre de Houla du 25 mai 2012 et à l’attaque à l’arme chimique du 21 août 2013iii, sur lesquelles nous avons publié récemment deux synthèses.

Le massacre a été immédiatement imputé au « régime » avant toute enquête : en l’occurrence il est impossible d’affirmer aussi rapidement que des raids de l’aviation syrienne ont délibérément visé un marché bondé de femmes et d’enfants, que les chasseurs sont revenus à la charge pour aggraver le bilan, et qu’ils ont pris ensuite pour cible des familles en train d’enterrer leurs proches dans des cimetières.

L’information est contrôlée par les « rebelles » qui tiennent la zone et sont crus sur parole sans la moindre réserve.

Les vidéos (1, 2, 3) diffusées par les rebelles présentent des anomalies : sur la place du marché, hormis en un endroit filmé en plan serré dans la vidéo 3, on ne distingue aucun corps et presque aucune trace de sang alors que dans les vidéos diffusées par bfmtv et France 24 on nous dit que les frappes viennent de se produire quelques minutes plus tôt. Aucune famille de victime n’est présente sur place pour chercher ses proches dans les décombres, aucun cri de lamentation, alors qu’on nous affirme qu’on compte nombre d’enfants, de femmes et de vieillards parmi les victimes. On nous montre par contre, en un autre endroit (1, 2) des alignements de cadavres enveloppés dans des linceuls blancs, dans lesquels, curieusement, on ne distingue que des hommes dans la force de l’âge.

Ce massacre survient dans un créneau où un règlement politique possible du conflit se profile : en mai 2012, le massacre de Houla avait torpillé le plan de sortie de crise de l’envoyé spécial de l’ONU et de la ligue Arabe Koffi Annan, en août 2013, le massacre chimique de la Ghouta fut perpétré une semaine avant avant une rencontre décisive à La Haye entre John Kerry et Sergueï Lavrov pour préparer la conférence plusieurs fois reportée de Genève II ; dans le cas présent, alors que l’accord sur le nucléaire iranien a entraîné une détente dans les relations internationales au Moyen-Orient, Russes et Iraniens venaient d’initier début août un plan politique de sortie de crise. On aurait voulu torpiller ce nouveau plan qu’on ne s’y serait pas pris autrement.

Soulignons par ailleurs la synchronisation suspecte de l’attaque avec une réunion cruciale du Conseil de Sécurité de l’ONU le lendemain, qui a débouché sur une déclaration commune ambigüe que l’on peut juger défavorable aux autorités syriennes, si l’on en juge par la façon dont les chancelleries des pays « amis de la Syrie » comme la France l’on présentée ensuite en la reliant au massacre de la veille : « Le bombardement du marché de Douma à la veille de l’adoption de cette déclaration a une nouvelle fois montré l’urgence d’une solution politique. »iv

Dans les trois cas, le massacre est perpétré peu de temps après qu’un personnel ou une équipe de personnels de l’ONU viennent d’arriver sur place. Ils peuvent ainsi se rendre immédiatement sur place et, guidés par les rebelles, rendre compte concrètement de l’événement (25 mai 2012 : arrivée à Homs 3 jours avant ; 21 août 2013, arrivée à Damas trois jours avant à 10 km des points d’impact des roquettes chimiques ; 16 août 2015, arrivée du responsable humanitaire de l’ONU Stephen O’Brien à Damas trois jours avant pour des discussions avec le ministre syrien des Affaires étrangères Walid Al-Mouallem). Signalons que dans leur démenti du 19 août, les autorités syriennes ont indiqué que l’observateur de l’ONU Staffan de Mistura (l’envoyé spécial de l’ONU qui s’est rendu sur place et a d’emblée appuyé les accusations des « rebelles ») s’est écarté « de l’impartialité dans l’exercice de sa mission en tant qu’émissaire du secrétaire général de l’ONU pour la Syrie [et] a donné des déclarations qui s’écartent de l’objectivité et des réalités et reposent sur ce que propagent certains milieux bien connus de leur hostilité à la Syrie. »

Etrange pratique des autorités syriennes qui perpétreraient systématiquement les massacres les plus révoltants 1) dans les rares créneaux où un règlement politique du conflit se fait jour, 2) la veille d’échéances diplomatiques majeures, 3) en des endroits immédiatement accessibles à des personnels de l’ONU qui viennent d’arriver à proximité et peuvent aussitôt se rendre sur place pour faire leur compte-rendu, ou réagir à chaudv.

Au-delà des comparaisons nous pouvons faire d’autres remarques : quand ils font la comparaison entre ce nouveau massacre et celui du 21 août 2013 les médias insinuent systématiquement que le régime en était l’auteur en omettant de préciser que de nombreux articles et rapports de la facture la plus sérieuse publiés depuis avancent des éléments accablants pour les groupes armés wahhabitesvi.

En particulier : s’ils rappellent que la zone frappée est sous le contrôle de la brigade Liwa el-Islam, financée par l’Arabie Saoudite, et dirigée par Zahran Allouch, ils omettent d’informer, ce que démontre avec force détails et sources le rapport des avocats turcs du 14 janvier 2014, dont aucun média n’a jamais rendu compte, que ce proche du chef des services de renseignements saoudiens Bandar Ben Sultan doit être considéré, avec son organisation, comme le principal suspect de l’attaque chimique du 21 août 2013. Si l’on se refuse à accorder du crédit aux autorités syriennes, il est insensé de faire confiance de façon aveugle à un tel personnage et une telle organisation.

On peut avancer une interprétation plus plausible des images du marché en ruines et des alignements de cadavres d’hommes diffusées par les grands médias, et présentées comme le résultat d’un ciblage délibéré d’un marché bondé de femmes et d’enfants : il n’y avait ni femmes ni enfants dans cette zone, vidée depuis longtemps de ses habitants en raison des combats, mais en revanche un grand nombre de combattants de la Brigade Liwa el-Islam, qui s’étaient signalés les jours précédents en pilonnant Damas, fait que reconnaissent du reste l’ensemble des grands médias. En riposte l’aviation syrienne aurait bombardé la zone, tuant un grand nombre de combattants. Cela expliquerait à la fois l’état de la place du marché, l’absence de familles de victimes sur les images filmées après le bombardement, et la proportion écrasante d’hommes dans les alignements.

Pourquoi seuls les « massacres » attribués au régime sont-ils médiatisés, qui plus est sur la base de preuves extrêmement douteuses ? Nous rappelons, parmi beaucoup d’autres les massacres de Jisr es-Choughour du 7 juin 2011vii, de Lattaquié du 4 août 2013viii, de Khan el Assal du 13 marsix et du 18 juillet 2013x, et nous renvoyons de nouveau au rapport des avocats turcs qui dresse une liste accablante de crimes contre l’humanité de toutes natures perpétrés par toutes les branches de la « rébellion » depuis le début des événements en mars 2011. Par ailleurs, le 19 août, l’agence de presse officielle syrienne Sana, en apportant le démenti des autorités syriennes, a rappelé : «Nous aurions espéré que l’émissaire onusien condamne le bombardement par les groupes terroristes armés d’Alep, de Lattaquié et de Daraa, la coupure des eaux et de l’électricité à Alep et les massacres commis en Syrie par des organisations terroristes, telles que «Daech et le Front Nosra» et autres affiliées à al-Qaïda», a fait savoir la source dans une déclaration faite à SANA » Les grands médias qui ont rapporté ce démenti ont oublié (1, 2) de citer cette phrase cruciale, comme ils ont oublié de rapporter ailleurs les graves exactions « rebelles » récentes qui y sont rapportées.

On peut également rappeler des cas antérieurs récents beaucoup plus graves qui n’ont suscité aucune réprobation internationale : le bombardement de Gaza par l’armée israélienne en juillet 2013 qui a causé la mort de 2000 civils dont 500 enfants, la campagne de frappes occidentales contre la Libye qui a fait des dizaines de milliers de morts en 2011, et plus récemment les bombardements massifs de l’armée saoudienne au Yemen suite au déclenchement de l’opération Tempête Décisive en mars 2015xi. Ainsi donc, même dans le cas, qui n’est nullement prouvé, où l’aviation syrienne aurait occis une centaine de civils sur la place d’un marché, nous pourrions invoquer ces autres cas récents d’agression meurtrière et délibérée, passés sous silence pour les uns (Yemen), considérés avec mansuétude pour d’autres (bande de Gaza), voire fêtés comme de grandes victoires de la Démocratie et des Droits de l’Homme (Libye), pour souligner le deux poids deux mesures évident dans la présentation et l’exploitation de ce genre d’événement dramatique.

Nous invitons donc le lecteur, au vu de la somme d’éléments ici avancés, à prendre un un recul salutaire face au concert d’accusations radicales lancées contre les autorités syriennes avant toute enquête et avec les mots les plus durs par des personnalités comme Laurent Fabius ou des quotidiens « de référence » comme le journal Le Monde. Comme nous l’avons expliqué dans un précédent article, l’instrumentalisation des massacres à des fins de propagande de guerre, dans nos sociétés du spectacle d’Europe et d’Amérique du nord ne constitue pas l’exception, mais la règle.

Et nous rappelons encore, ce que le « massacre de Douma » tendrait opportunément à faire oublier, qu’il y a deux ans presque jour pour jourxii, selon tous les articles et rapports sérieux publiés depuis et entièrement passés sous silence dans les grands médias, que c’est bien plus vraisemblablement la brigade Liwa Al-Islam qui contrôle toujours la zone où se serait produit ce nouveau massacre, qui serait l’auteur de l’attaque à l’arme chimique du 21 août 2013, événement qui faillit déclencher une campagne de frappes aériennes de l’OTAN en Syrie qui, si l’on en juge par le précédent libyen, n’aurait pas fait une centaine de victimes comme prétendûment allégué à Douma le 16 août 2015, mais des dizaines de milliers, et pour la plupart des victimes civiles innocentes.

François Belliot, 21 août 2015

i http://www.lemonde.fr/idees/article/2015/08/18/la-syrie-entre-perversite-et-desespoir_4728941_3232.html

ii Diplomate italo suédois, nommé en remplacement de Lakhdar Brahimi en mai 2015, qui lui-même avait remplacé Koffi Annan à ce poste.

iiiJe renvoie aux deux synthèses fournies que j’i rédigées sur ces deux affaires. 1) http://arretsurinfo.ch/comment-les-medias-intoxiquent-lopinion-publique-le-cas-de-la-syrie-viii/ 2) http://arretsurinfo.ch/synthese-sur-lattaque-a-larme-chimique-en-syrie-le-21-aout-2013/#_edn21

iv http://www.ambafrance-kz.org/Nations-unies-Conseil-de-securite-Syrie-17-aout-2015

v http://www.onenewspage.com/video/20150817/3210532/Syrian-News-Agency-Edits-Out-Criticism-of-Douma.htm

vi rapport de l’ISTEAMS du 11 septembre 2013, rapport final de l’ONU du 18 décembre 2013,  « rapport du MIT » de Théodore Postol et Richard Lloyd du 14 janvier 2014, rapport des avocats turcs pour la justice du 14 janvier 2014, premier article de Seymour Hersch du 19 décembre 2013 intitulé « le sarin de qui ? », deuxième article de Seymour Hersch du 17 avril 2014. L’intégralité de ces rapports a été passée sous silence dans les grands médias.

vii Ce jour-là, 120 militaires de l’armée syrienne régulière sont massacrés dans leur caserne. Cet épisode constitue pour les autorités syriennes un tournant. Cf « Syriana,la conquête continue », de Bahar Kimyongür, éditions investig’action 2011, p 120/121.

viiiCf rapport de l’ISTEAMS du 11 septembre 2013 et rapport de Human Rights Watch d’octobre 2013.

xhttp://silviacattori.net/article4661.html

xi Article de Jean-Michel Vernochet, http://www.geopolintel.fr/article955.html

xii Alors que je finalise cet aritcle, je tombe sur cette interviou hallucinante de Hala Kodmani dans le Libération du 21 août 2015 intitulé : « Le régime d’el-Assad doit sa survie depuis deux ans à soncrime de la Ghouta ». Hala Kodmani,qui suit la guerre en Syrie pour ce quotidien, est la sœur de Bassam Kodmani, membre fondatrice du Conseil National Syrien, et l’une des principales figures de l’opposition anti Assad en France depuis le début des événements. Dans cette interviou qui est un modèle de désinformation, Hala Kodmani passe également sous silence les nombreux rapports pointant la responsabilité de l’opposition armée dans l’attaque chimique du 21 août 2013. 

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Syrie : des sociétés européennes organisent la diffusion de la propagande de Daech par internet par Alger républicain.

15 Décembre 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #La finance dérégulée, #La République, #La Russie, #La nation ., #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #L'OTAN., #Terrorisme, #Daesch

Syrie : des sociétés européennes organisent la diffusion de la propagande de Daech par internet
par Alger republicain

dimanche 13 décembre 2015, par Comité Valmy

Syrie : des sociétés européennes organisent
la diffusion de la propagande de Daech par internet

Le Spiegel Online International a mené une enquête pour comprendre comment Daech arrive à utiliser internet dans une région où l’infrastructure des télécommunications est massivement détruite.

 

Selon les documents obtenus par le Spiegel Online, ce sont des entreprises européennes qui lui donnent l’accès à Internet. Le font-elles en connaissance de cause ? Il ressort des résultats des investigations des journalistes qu’elles pourraient bloquer Daech si elles le décidaient.

 

Les technologies d’accès à l’Internet arrivent au Proche-Orient de l’Europe, elles sont fournies par de grands fournisseurs de services satellitaires comme Avanti Communications britannique, SES luxembourgeois et surtout Eutelsat français. Tooway d’Eutelsat est notamment présent sur le marché depuis des années et ses satellites couvrent l’ensemble de la Terre.

 

Il ressort aussi des commentaires de Le Spiegel Online que la divulgation d’informations sur l’existence de connections d’Eutelsat avec Daech pourrait être très inconfortable pour le gouvernement français qui détient 26% de cette entreprise par l’intermédiaire de la Caisse des Dépôts. Le groupe français Eutelsat a cherché à masquer sa responsabilité dans l’utilisation du web par Daech en s’abritant derrière l’affirmation de l’impossibilité d’empêcher l’exploitation « illicite » de petits récepteurs satellites.

 

Rappelons pour saisir la duplicité des Etats qui ont décidé depuis 2011 d’abattre le régime syrien, qu’elles ont supprimé sans difficultés de leurs satellites la retransmission des chaînes de TV syriennes. De même il est impossible depuis plus d’un an d’accéder au site internet de l’agence syrienne Sana par exemple à partir de la France ou de certains pays occidentaux. A qui fera-t-on avaler qu’il est possible de faire barrage aux sites web du régime syrien mais pas à Daech ?

 

vendredi 11 décembre 2015

 

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