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Le blog de Lucien PONS

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Syrie : Panique Chez Les Egorgeurs de l'OTAN...

9 Janvier 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #AMERIQUE, #L'OTAN., #La France, #La finance dérégulée, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #Terrorisme, #Daesch, #La Turquie, #Israël - palestine - Moyen-Orient

12 octobre 2015 

 

 

 

Pour une poignée de dollars…

 

Fuyant la Syrie où ils s’étaient incrustés. Chancres, métastases d’un chaos ne cessant de se répandre.

 

Un des plus beaux pays du monde, aux multiples vestiges historiques. Héritages des civilisations fusionnant le long des siècles et millénaires dans ce creuset de la pensée, de l’art et de la spiritualité.

 

Des rats abandonnant le naufrage colonial de l’Occident dans la région, tel un navire coulant à grande vitesse… Courant, éperdus de frayeur, de leurs jambes et de leurs Toyota rutilantes, loin de leurs camps, abris bétonnés, salles de torture et postes de tir, de leur encadrement et commandement des "forces spéciales" des pays de l’OTAN.

 

Sous le pilonnage assourdissant des bombes et missiles, de haute précision, des forces armées russes. Largués, de nuit, par des avions silencieux et invisibles à plus de 5000 mètres d’altitude. Le plus angoissant, ces missiles de croisière supersoniques dont on ne perçoit le bruit du propulseur qu’après son explosion… Trop tard…

Syrie : Panique Chez Les Egorgeurs de l'OTAN...

Mensonge et Barbarie pour Valeurs

 

Pour ces voyous, cela ne faisait pas partie du contrat initial : on leur avait assuré non seulement l’impunité, mais la protection : pas de bombardement aérien. L'aviation militaire syrienne serait neutralisée par une "zone d'exclusion aérienne", à l'exemple de la Libye.

Ils y avaient cru : les avions occidentaux se baladent librement dans l'espace aérien de la Syrie pour les ravitailler en armes, en argent, en médicament et autres fournitures. Leurs bombardements ne sont destinés qu’aux positions et infrastructures, civiles ou militaires, du gouvernement légitime du pays.

 

Dans ces conditions idéales de protection, terroriser et assassiner des gens sans défense, dynamiter, démolir au canon, mitrailler, des immeubles d’habitation, centrales électriques, écoles et universités, ports et aéroports, hôpitaux, ponts et bâtiments administratifs, stations d’épuration d’eau et puits : pas de problème. C’est même une pratique jouissive.

 

Mais risquer sa peau sous des bombes et missiles, d'une stupéfiante exactitude dans la frappe de leurs cibles, pour une poignée de dollars : rien ne va plus. Le salut, dans ce contexte, est dans la fuite ! D’autant qu’être un mercenaire, ou un tueur patenté, n’est pas défendre une cause nationale ou patriotique, encore moins un idéal de justice ou de liberté.

 

Plus de cinq mille  de ces rats, en une semaine, se précipitant vers leurs bases de départ limitrophes, en Turquie et en Jordanie. Ou encore vers le sud-Soudan et la Libye ; ceux-là bénéficiant du privilège d’être exfiltrés par avion… Et, ce n’est qu’un commencement…

 

Tous. Oui : tous. Assassins, trafiquants, voleurs, violeurs et autres psychopathes que l’Occident avait recrutés, résidus de leurs prisons après les avoir "retournés". Avec pour carotte à leur liberté : un emploi de mercenaire bien payé, facile et sans danger…

Syrie : Panique Chez Les Egorgeurs de l'OTAN...

Ratissant large, les services spéciaux des membres de l’OTAN fébriles de zèle, s’ingéniant à trouver les pires ramassis de voyous, de "culs-de-basse-fosse" comme on disait dans le temps. Non seulement d’Europe centrale ou du sud, de Scandinavie ou du Royaume-Uni, mais encore de tout le bassin méditerranéen, et au-delà ; certains même d’Australie…

 

Quoi de plus facile, en effet, que de casser un pays en mille morceaux ?...

 

Avec de confortables primes en dollars convertibles, payées sur les caisses inépuisables du Qatar et de l’Arabie Saoudite… Avec, à la clé : liberté, impunité absolue, de tuer, torturer, assouvir toutes les perversions et sadismes que l’homme peut engendrer dans son délire criminel.

 

Aussi "musulmans" que moi un martien aux pieds palmés. Chargés d’animer cette fiction, mise en scène, sous l’appellation de "Califat", dont même le premier imbécile venu ne peut croire. Pour les armer, les financer, les entraîner, en toute bonne conscience, les "démocraties occidentales" transitant par des soi-disant "opposants au régime syrien", eux aussi bardés d’armes jusqu’aux oreilles. Multipliant les milices, aux appellations aussi nombreuses que les châteaux fantoches du bordelais recyclant du vin italien, espagnol, ou roumain…

 

Chaque groupuscule, avec son chef de guerre, encadré par les "forces spéciales" et "services secrets" de l’OTAN. Les uns par les USA et leurs seconds couteaux des colonies Turque ou Jordanienne ; les autres par la France, le Royaume-Uni, l’Allemagne, etc. Chaque "démocratie", dans la totale désinformation de son opinion publique ou de ses électeurs, gérant sa succursale du crime et du pillage. Schéma analogue, classique et éternel du cynisme colonial, à celui que la Chine, entre autres pays, a enduré pendant un siècle (1840-1940)…

 

Comment s’y reconnaître parmi ces "combattants terroristes" ?...  Impressionnant de dons divinatoires, nos états-majors et traîneurs de sabre y parviennent au premier coup d’œil sur leurs cartes et photos aériennes. Désignant à nos valeureux aviateurs les cibles à bombarder : les "mauvais terroristes", afin de préserver les "bons terroristes", étiquetés "AOG-OGS" - Appellation d’Origine Garantie - Opposants au Gouvernement Syrien.

 

 

Colonialisme Radical pour Religion

Syrie : Panique Chez Les Egorgeurs de l'OTAN...

"Apporter la démocratie et les droits de l’homme" ?…

Prétexte pour apitoyer les chaumières et "la ménagère de moins de cinquante ans", pour reprendre l’expression des experts en marketing télévisuel…

.

Il faudrait être le dernier des abrutis pour y croire une seule seconde…

Alors que l’Occident, politiciens et badernes militaires sans foi ni loi, s’acoquine avec  les régimes les plus abjects de tyrannie et de corruption que sont ceux du Qatar et d’Arabie Saoudite, tout particulièrement. Unanimement vomis dans tout le monde musulman, pas seulement arabe : jusqu'en Malaisie et en Indonésie... Le film controversé sorti le 16 septembre dernier sur les écrans français, du marocain Nabil Ayouch, Much Loved, en livre une féroce charge…

 

Alors que l’Occident ferme les yeux depuis des décennies sur les massacres et horreurs commis en Palestine et Gaza. Où l’on tire impunément, aujourd’hui même, à bout portant sur femmes et enfants, dans la spoliation de leur terre, de leur identité et de leur histoire…

Evidemment, pour justifier l’horreur et le chaos créés et entretenus par nos pays occidentaux au Moyen-Orient, la propagande, qui ne connaît aucune restriction budgétaire en ces temps de crise économique, bat son plein. Le "Colonialisme Radical", Religion de nos oligarques dévots de laïcité, doit impérativement transformer ces pays soumis à nos délires de prédation en annexes de l’Enfer ; aux yeux d’une opinion rendue analphabète par l’industrie de la désinformation et de l’abrutissement public.

 

Au siècle précédent, Jules Ferry personnifiant le plus pathétique exemple de ce fanatisme dans la Bonne Conscience, les pires massacres et exactions à la source de notre "Empire" étaient légitimés par la nécessité de "civiliser les peuples inférieurs". Jusqu’à les caricaturer en Cannibales, comme lors de la conquête et de l’annexion de la Kanaky, dénommée Nouvelle-Calédonie. Les autres pays concurrents au nôtre, dans la spoliation coloniale de l’époque, soutenant la même rhétorique et pratiquant les mêmes abjections : Royaume-Uni, Espagne, Portugal, Allemagne, Belgique, Hollande, etc.

 

Provoquer l’adhésion de l’opinion publique à nos visées coloniales, impose l’entretien permanent d’un violent ressentiment, d’un viscéral écœurement, à l’encontre de populations à soumettre : sus aux cannibales !  Non : avec un argumentaire modernisé dans un nouvel emballage…

 

Aujourd’hui, à écouter nos propagandistes, ce serait le fanatisme d’une religion qui serait à la source du chaos dans cette région et, selon leur stratégie anxiogène, bientôt dans nos villes et villages… Impliquant de ce fait, et dans l’urgence, l’absolue nécessité d’intervenir militairement.

 

A les croire, les "djihadistes" se multiplieraient dans nos pays. Le plus frappant, dans ce délire du mensonge et de l’hypocrisie, c’est le "vecteur Sexe" en plein développement. "Très porteur", prétendent ces spécialistes de la désinformation, dans nos sociétés "pipolisées" qui, dans leurs médias lubriques, n’évoquent obsessionnellement que cela.

 

L’enlèvement d’adolescents ou le détournement après endoctrinement, surtout des jeunes filles transformées en "esclaves sexuelles", mais aussi de femmes, les témoignages "bidonnés" abondent : presse, radios, chaînes TV, édition… Les livres sur ce thème, dans les rayonnages des libraires de la grande distribution, s’empilent à longueur de semaines…

 

Véritables contes de fées ou de sorcières, avec pour héroïnes malheureuses des jeunes filles en fugue, "décervelées" par une horrible religion prêchée par un tout aussi horrible barbu, se retrouvant en Syrie malgré elles et contre la volonté de leurs parents. Tel un pèlerinage diabolique. Avec autant de facilité pour s’y rendre, tranquillement et à peu de frais, que celles qui en mai 68, en plein "Flower Power- Peace and Love", se retrouvaient à Katmandou ou à Auroville, tout en planant le long des chemins en fumant de l’herbe au son des guitares et cithares…

Affligeant.

Autorisons-nous une piqûre de rappel pour ne pas rester anesthésiés face aux mensonges et fourberies dissimulant les objectifs réels de la politique coloniale, prédatrice, dévastatrice, de nos pays, européens notamment, dans cette région. Qualifiée de "Remodelage du Moyen-Orient", sous la cravache de notre suzerain les USA.

 

Opération de "remodelage" couvrant, en fait, tous les pays de confession à majorité ou à fortes communautés musulmanes : de l’Afrique du nord (y compris saharienne : Mali, Niger, etc.) à la Somalie en passant par le Soudan (dont la partition a été une réussite des opérations militaires secrètes et de notre propagande) et l’Ethiopie, jusqu’au Pakistan :

 

i)  Casser, diviser, démembrer, les pays de cette région en micro-états, pour les reconfigurer sur une base ethnique et religieuse dans le classique « diviser pour régner » afin d’annihiler toute capacité de résistance intellectuelle et spirituelle, sociale et économique, militaire et technologique, en mesure de  s’opposer ou contester les projets coloniaux des pays occidentaux.
 

ii)  "Apporter la démocratie" :  intervenir militairement pour installer des gouvernements de "collabos", corrompus et au service exclusif des intérêts prioritaires des oligarchies de l’Occident (industries de l’armement, groupes bancaires et financiers, pétroliers, chimiques, pharmaceutiques, agroalimentaires, etc.).

 

iii)  Entraver durablement le développement de ces pays en éliminant tous les cadres, dirigeants, enseignants et chercheurs de haut niveau, dirigeants et spécialistes en charge de la gestion des infrastructures : télécommunications, centrales électriques, hôpitaux, etc. Susciter, fomenter, maintenir un climat de conflits interethniques et religieux par tous les moyens pour qu’écoles et universités soient fermées afin d’interdire l’accès à l’éducation et au savoir, déscolarisant ainsi plusieurs générations.


iv)  Piller les ressources énergétiques : pétrole, gaz, uranium (au Mali et au Niger, par exemple). Tout aussi important : contrôler les infrastructures d’acheminement du gaz et  du pétrole : oléoducs, pipelines, voies maritimes de transport.
 

v)  Piller, ou vandaliser, leur immense patrimoine culturel accumulé au cours des siècles : vestiges archéologiques, œuvres d’art, mosaïques, statuaires, etc. Ce qui n’est pas transportable étant livré à la démolition à l’explosif : monuments, temples, etc. Afghanistan, Irak, et Syrie ont particulièrement été ravagés par cette politique de la terre brûlée. Ce qu’Irina Bokova, Directeur Général de l’UNESCO, qualifie de « Nettoyage Culturel ».

Syrie : Panique Chez Les Egorgeurs de l'OTAN...

La finalité de ces opérations de vandalisme organisé, outre l’enrichissement frauduleux des mafias de trafiquants en cheville avec des "collectionneurs", est d’éradiquer les racines de toute réminiscence d’une identité nationale, d’une histoire prestigieuse, d’une "estime de soi" propre à tout être humain membre d’une communauté.

Cette déshumanisation systématique permettant aux idéologues du "Colonialisme Radical" d’affirmer, par la suite, que ces terres étaient "vides" de traces de civilisation, incultes sur tous les plans. Comme ils le prétendent, depuis des décennies, pour la Palestine.

 

vi)  Déverser, de manière invisible ou homéopathique aux yeux des opinions publiques, dans les caisses de nos "Etats Profonds" (Deep States) des milliards de dollars et d’euros, à ne plus savoir qu’en faire, pour démultiplier l’enrichissement personnel, exponentiel et faramineux, de nos oligarques. 

C’est Peter Dale Scott, courageux et brillant politologue canadien, diabolisé par l’extrême-droite "OTANesque", qui a décrit ce système de gouvernement occulte échappant à tout contrôle citoyen, adepte des guerres et du chaos par lequels ses dirigeants s’enrichissent sans fin.
On lui doit ce livre essentiel pour comprendre la situation actuelle sur notre planète :
"L'Etat profond américain : La finance, le pétrole, et la guerre perpétuelle"
(Titre original : The American Deep State: Wall Street, Big Oil, and the Attack on U.S. Democracy)

Le général Eisenhower, président des USA (1953-1961), dans son célèbre discours de fin de mandat du 17 janvier 1961, s’était déjà inquiété de ce complexe "militaro-industriel" constituant progressivement un Etat dans l’Etat. Inquiétante prémonition d’un général et chef d’Etat :


« Dans les assemblées du gouvernement, nous devons donc nous garder de toute influence injustifiée, qu'elle ait ou non été sollicitée, exercée par le complexe militaro-industriel.

Le risque potentiel d'une désastreuse ascension d'un pouvoir illégitime existe et persistera.

Nous ne devons jamais laisser le poids de cette combinaison mettre en danger nos libertés et nos processus démocratiques.

Nous ne devrions jamais rien prendre pour argent comptant.

Seule une communauté de citoyens prompts à la réaction et bien informés pourra imposer un véritable entrelacement de l'énorme machinerie industrielle et militaire de la défense avec nos méthodes et nos buts pacifiques, de telle sorte que sécurité et liberté puissent prospérer ensemble. »

 

 Un exemple actuel, tout récent : le Trésor des USA vient de constater que 500 millions de dollars, d’un budget destiné à financer l’entrainement et l’armement d’une milice, avaient tout simplement disparus… A peine une dizaine de combattants ont pu être retrouvés. Le reste, avec armes et bagages s’est volatilisé. Les intermédiaires divers ayant pompé, le long du circuit de financement, l’essentiel. Une enquête est en cours... Les complicités étant innombrables.

 

vii)  Alimenter, exacerber, l’islamophobie des opinions publiques occidentales, pour incruster un fanatisme analogue à celui des Croisades prétendant "Libérer le Tombeau du Christ" dix siècles auparavant. Les services d’action psychologique de nos Etats organisant, créant, scénarios et rhétoriques, pour mettre en scène les pires actes criminels que la perversité humaine soit capable d’engendrer.
 

Justifiant ainsi, par ce constant lavage de cerveaux imbibés d’horreurs attribuées à la religion musulmane,  les colossales dévastations, destructions et tueries, extorsions et vols, que nos pays commettent dans cette région depuis la fin de la première guerre mondiale ; suite au partage des dépouilles de l’Empire Ottoman, entre les grandes puissances de l’époque dont la France, par les Traités de Sèvres du 10 août 1920 et de Lausanne du 24 juillet 1923.

 

A cette propagande s’ajoute, à présent, une intensification de l’hystérie russophobe. Cette couche supplémentaire dans le délire paranoïaque étant la conséquence de l’apparition musclée de l’Ours Russe dans la région, défiant l’hégémonie d’un Empire décadent…

Syrie : Panique Chez Les Egorgeurs de l'OTAN...
 
 

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J’ai aidé à créer État Islamique. Les confessions d’un militaire américain, vétéran de l’Irak.

9 Janvier 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #AMERIQUE, #L'OTAN., #La guerre, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #Terrorisme, #Daesch

J’ai aidé à créer État Islamique


Les confessions d’un militaire américain, vétéran de l’Irak.


Par Vincent Emanuele – le 18 décembre 2015 – Source Telesur

Après 14 ans de guerre contre le terrorisme, l’Occident a montré sa grande capacité à créer des États déchus et à fomenter la barbarie.

Depuis quelques années des gens du monde entier se demandent d’où vient EI. Les tentatives d’explications sont nombreuses et varient du géopolitique (l’hégémonie américaine), au religieux ( chiites/sunnites), à l’idéologie (wahhabisme) ou même à l’écologie (réfugiés climatiques). Mais de nombreux commentateurs et même d’anciens militaires ont suggéré, correctement, que la guerre en Irak est la principale responsable pour le déchaînement des forces connues sous le nom d’EI ou Daesh. Sur ce point, je peux ajouter quelques réflexions et anecdotes utiles. 

Le cauchemar mésopotamien.

Quand j’étais stationné en Irak dans le 1er bataillon du 7e corps de marines, de 2003 à 2005, je ne savais pas encore quelles allaient être les répercussions de cette guerre, mais je pressentais déjà qu’il y aurait des comptes à rendre. Cet effet boomerang est maintenant ressenti à travers le monde (Irak, Afghanistan, Yémen, Libye, Égypte, Liban, Syrie, France, Tunisie, Californie, etc.) sans qu’on voit le bout du tunnel.

Là bas, j’ai régulièrement assisté et participé à des obscénités. Bien sûr, l’horreur de cette guerre n’a jamais été vraiment reconnue par l’Occident. Évidemment, les organisations pacifiques ont essayé de dénoncer les atrocités de la guerre en Irak, mais les médias de masse, les forces académiques, politiques et économiques occidentales n’ont jamais permis d’enquêtes sérieuses sur les plus grands crimes de guerre du XXIe siècle.

Alors que nous patrouillions dans la vaste région irakienne d’Al-Anbar, en jetant les restes de nos rations à travers les fenêtres de nos véhicules, je n’avais jamais réfléchi à la manière dont on parlerait de nous dans les futurs livres d’histoire. Je voulais seulement faire le propre dans mon Humvee. Des années plus tard, en écoutant mon prof d’histoire parler du berceau de la civilisation, je repense aux déchets de rations qui jonchent le sol du désert mésopotamien.

En étudiant les récents événements de Syrie et d’Irak, je ne peux m’empêcher de penser aux petits enfants auxquels mes camarades militaires jetaient les restes de rations. Mais des bonbons n’étaient pas les seuls objets que nous lancions sur ces gosses. Des bouteilles d’eau remplies d’urine, des cailloux, des débris divers étaient aussi jetés. Je me demande souvent combien de membres d’EI ou des autres organisations extrémistes se souviennent de tels événements.

Surtout, je me rappelle les centaines de prisonniers que nous avons capturés et torturés dans les prisons de fortune gardées par des adolescents du Tennessee, de New York ou de l’Oregon. Je n’ai pas eu la malchance de travailler dans de telles prisons, mais je me souviens bien des histoires. Je me rappelle parfaitement les marines me racontant comment ils frappaient, violentaient et défonçaient la tête aux Irakiens. Je me rappelle des histoires de tortures sexuelles où l’on forçait les prisonniers irakiens à s’accoupler pendant que les marines les menaçaient avec un couteau dirigé sur leurs testicules ou en les sodomisant avec un bâton.

Par contre, avant que ces abominations ne se déroulent, nous, dans l’infanterie, avions le plaisir de traquer les Irakiens pendant des raids nocturnes, de les ligoter et de leur mettre un sac sur la tête avant de les jeter a l’arrière de l’Humvee pendant que leurs enfants hurlaient et que leurs femmes s’évanouissaient. Quelquefois nous les arrêtions de jour. La plupart n’offraient aucune résistance. Quelques-uns se tenaient par la main pendant que les marines les frappaient au visage à coup de bottes. Une fois livrés à la prison, ils pouvaient être gardés pendant des jours, des semaines ou des mois. Leurs familles étaient laissées sans nouvelles. Une fois libérés, on les lâchait en plein désert à plusieurs kilomètres de leurs maisons.

Après leur avoir ôté menottes et sacs sur la tête, quelques-uns des plus dérangés parmi nous tiraient des coups de feu en l’air ou au sol pour les effrayer. Seulement pour rigoler. La plupart des Irakiens se mettaient à courir, pleurant encore de leur long supplice dans la prison, espérant retrouver un certain degré de liberté. Qui sait combien de temps ils ont survécu. Car après tout, tout le monde s’en foutait. Même si, de nos jours, on connait bien un ancien survivant des prisons américaines, Abu Bakr al-Baghdadi, le chef d’EI.

Ironiquement, l’habileté à déshumaniser le peuple irakien a atteint un paroxysme après que balles et explosions ont été terminées, car de nombreux marines avaient comme hobby de prendre des photos des morts, de leurs corps mutilés, par plaisir, ou s’amusaient à frapper leurs corps boursouflés avec des bâtons pour rire un peu. Même si les iPhones n’existaient pas à l’époque, de nombreux marines venaient avec des appareils photos digitaux. Ces appareils contiennent l’histoire non dite de la guerre d’Irak, une histoire que l’Occident voudrait que le monde oublie. Cette histoire et ces appareils contiennent aussi les photos de massacres gratuits et autres crimes de guerre, une réalité que les Irakiens n’auront pas le plaisir d’oublier.

Malheureusement, je peux aussi me rappeler d’innombrables anecdotes de mon temps en Irak. Des innocents n’étaient pas seulement pourchassés, torturés et emprisonnés, ils ont aussi été brûlés par centaines de milliers, certaines études prétendent même par millions.

Seuls les irakiens peuvent comprendre le mal absolu qui s’est déchainé sur leur nation. Ils se rappellent le rôle de l’Occident pendant la guerre entre l’Irak et l’Iran qui a duré huit ans ; ils se rappellent les sanctions de Clinton dans les années 1990, sanctions qui ont entraîné la mort de plus de 500 000 personnes, en majorité des femmes et des enfants. Puis est venu 2003 et l’Occident a achevé le travail. Aujourd’hui l’Irak est totalement dévasté. Les gens sont empoisonnés et mutilés et l’environnement est irradié par les bombes à uranium appauvri.

Après 14 ans de guerre contre le terrorisme, une chose est certaine : L’Occident excelle à fomenter la barbarie et à créer des États déchus.

Vivre avec des fantômes

Les yeux pétillants des jeunes enfants irakiens me hantent en permanence, c’est normal. Les visages de ceux que j’ai tués ou de ceux assez proches de moi que j’ai eu la possibilité d’examiner ne veulent pas quitter mes pensées. Mes cauchemars nocturnes et mes réflexions diurnes me rappellent d’où vient EI et pourquoi ils nous haïssent. Malheureusement, mais de façon compréhensible, cette haine nous poursuivra pendant les années et les décennies à venir. Comment pourrait-il en être autrement ?

J’insiste, le niveau de destruction que l’Occident a infligé au Moyen-Orient est absolument inimaginable pour la vaste majorité des gens vivant dans le monde développé. Et cette réalité est démontrée par le fait que les Occidentaux se demandent constamment et avec une grande naïveté : pourquoi nous détestent-ils ?

Finalement, les guerres, révolutions et contre-révolutions se passent et les générations suivantes vivent avec leurs conséquences. Les civilisations, les sociétés, les cultures, les nations et les individus survivent ou périssent. C’est ainsi que l’Histoire se déroule. Dans le futur, la manière dont l’Occident sera confronté au terrorisme dépendra largement du fait qu’il va garder, ou pas, son propre comportement terroriste. La manière la plus évidente d’empêcher que des groupes du style d’EI ne se forment est de s’opposer au militarisme occidental dans ses formes les plus effrayantes : les coups montés de la CIA, les guerres par procuration, les frappes par drones, les campagnes de contre-révolution, les guerres économiques…

En attendant, ceux qui comme moi ont directement participé à cette campagne militaire génocidaire devront vivre avec les fantômes de cette guerre.

Vincent Emanuele

Traduit par Wayan, édité par Wayan, relu par Literato pour le Saker francophone

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La Saint-Sylvestre à Cologne. Du collaborationnisme contemporain. Coup de gueule.

9 Janvier 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #La République, #La nation ., #l'Allemagne, #L'Italie., #L'Espagne., #Ukraine, #La Russie, #Daesch, #La Turquie

La Saint-Sylvestre à Cologne. Du collaborationnisme contemporain. Coup de gueule.

La Saint-Sylvestre à Cologne. Du collaborationnisme contemporain. Coup de gueule.

Le 08 janvier 2016

Dans L’Homme-Dieu ou le sens de la vie, Luc Ferry dresse ce constat cinglant et sans compromis qui cependant peut être différemment conçu selon les sensibilités : l’homo occidentalis ne sait (ne veut plus ?) se sacrifier pour une cause transcendante, que ce soit Dieu ou la Patrie. Tout au plus serait-il capable d’abnégation vis-à-vis de sa famille ce qui semble être un contrepoids à la misère relationnelle qui caractérise une modernité ultra-individualiste. Cette observation est d’autant plus intéressante à analyser et à soumettre à la réalité actuelle que son auteur est un ancien manitou de Grenelle dont la philosophie a nécessairement marqué la jeunesse française.

A-t-il tort ? Je ne le crois hélas pas. Tout le démontre avec une éloquence accablante. Puisqu’il est question, lato sensu, de l’Occidental, prenons le cas tout récent et tout saisissant de l’Allemagne pour en revenir après à la France.

La nuit de la Saint Sylvestre ne fut pas des plus clémentes pour plus de 80 jeunes Allemandes sorties fêter l’approche du nouvel An et qui auraient goûté plus que de raison à la bonne bière du terroir. De leur terroir à elles. Celui de leurs ancêtres. Violemment abordées par une centaine de clandestins plus portés à combattre les mauvaises moeurs des Allemandes que les vilains barbus de Daesh, elles ont été tabassées (enfin, pour certaines), violées (enfin, seul un viol, un seul, a été recensé, mon œil !) et volées. C’est bien connu, la meilleure façon de voir satisfaire sa demande d’asile consiste à traumatiser les autochtones arguant des difficultés à s’assimiler vu leur intolérance.

Henriette Reker, maire de la ville, s’est érigée en reine de la prévention 2 en 1. Elle a d’abord activé l’option du surtout-pas-d’amalgame – dans le cas présent en taisant les affinités idéologiques des agresseurs – puis elle a renversé les responsabilités en pointant du doigt l’attitude provocatrice des victimes. Les prédicateurs saoudiens les plus radicaux n’auraient pas fait mieux. Issue du monde à l’envers qui devient le nôtre, cette dame ne s’est pas gênée pour distribuer des conseils de bienséance dont elle s’est démarquée peu après. Soyons clair. Le fait qu’elle maintienne ou qu’elle rétropédale ne change rien à l’affaire pour la simple et terrible raison que les Reker ont littéralement inondé l’Europe. L’antinationisme dont ils firent leur credo revient à écraser une franche majorité qu’ils ont le saint devoir de défendre par une minorité d’envahisseurs qui ne se cachent plus d’être ce qu’ils sont et qui en l’occurrence s’en sont pris à ces pauvres Allemandes pour ce qu’elles sont et non pas pour ce qu’elles font. Idem pour les chiites, des druzes, des yézidis et des chrétiens en Syrie et en Irak. Pourquoi les Européennes connaîtraient-elles un autre sort ?

Les Reker se diront peut-être pacifistes. Ils (ou elles) devraient être jugés comme tel (telles). Les pacifistes des années 20 ayant rempli les rangs des collabos aux heures de l’Occupation, on voit déjà dans quel camp vont se retrouver, comme par magie, les promoteurs angéliques du vivre-ensemble aux dépens des siens. Dans des situations telles que fut celle des années 39-45, telles qu’est celle d’aujourd’hui à travers les villes frappées comme vient de l’être Cologne, rester neutre relève de la mauvaise foi, voire du crime.Venez-donc dans le Donbass, à peine arriverez-vous à y trouver un habitant qui se déclarerait neutre tant vis-à-vis de Kiev que du voisin qui a perdu ses proches et dont la maison a été rasée par l’artillerie oukrop ! Les jeunes femmes passées à tabac dans la nuit du 31 décembre ont bien des pères, des frères, des amis, des collègues. Où sont-ils donc ?

L’Histoire condamne les collabos comme le christianisme condamne les « tièdes ». Ces deux catégories ont la triste vertu de faire bon ménage entre autres par le biais du déni.Molenbeek est une conséquence directe du grand Déni. Résultat : cette ville belge compte 22 mosquées contre 8 églises. Le problème, ce ne sont pas les mosquées en tant que telles mais le déni de soi exprimé à travers cette inversion quantitative choquante qui (heureusement) n’aurait pas d’équivalent inverse dans un pays musulman. La baignade séparée hommes/femmes revendiquée par le collectif « les Femmes de la Camy » de Mantes-en-Yvelines, là encore, dans l’esprit de Mme Reker, à des fins de sécurité, découle elle aussi du déni d’identité.Un inventaire dressé en 2015 révèle la menace qui pèse sur les églises de France avec au total 285 églises menacées. Manque de moyens, se lamente-t-on ? Il s’en trouve pourtant à gogo quand il s’agit de perfuser les désoeuvrés professionnels des cités ou de monter des expos obscènes dans les chapelles provinciales.

Je suis l’Esprit qui toujours nie, avoue le Mephisto goethien. Cet Esprit qui toujours nie enjambe insolemment le bémol de Ferry quant à la défense des liens de famille qui malgré tout demeurerait une constante. Cela parce que la défense de la famille est indissociable de celle de sa Terre. De son espace ancestral et vital. Le rejet de soi, loin de susciter l’empathie des envahisseurs, nourrit le dédain qu’ils ont d’une civilisation à leur sens – et il se trouve qu’ils ont raison – assez peu voire pas du tout viable dans son état actuel. A l’utopie finale de 1996 avec Depardieu en première ligne dans Le plus beau métier du monde se substitue, presque vingt ans plus tard, le chef-d’œuvre ambigude Philippe de Chauveron, Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu, assaisonné de répliques semi-comiques semi-amères du genre « Même les vieilles bourgeoises se convertissent à l’islam » lancée en arabe par le marchand d’une supérette halal ou encore « C’est ça la France maintenant ?! », celle-ci étant d’un haut fonctionnaire congolais. La péroraison moralisatrice venant clore les deux films n’enlève rien à l’effet produit par les piqûres de rappel dont s’avère parsemée la version 2014.

Le problème, je répète, ce n’est pas l’islam. La preuve, des jeunes filles kurdes s’organisent en groupes armés contre les salafistes qui violent et égorgent les leurs. Des ados sunnites rejoignent les forces armées syriennes au nom du salut de leur terre. Des martyrs tant chiites que chrétiens refusent l’allégeance à l’EI sachant très bien ce qui les attend. Le problème, c’est la tiédeur militante, aveugle et, à la lumière des derniers évènements, criminelle de l’homo occidentalis. De là le phénomène de la Cologne. De là le même coup de force sordide à Helsinki et à Vienne. Ferry avait raison. Mais pas assez. Il a dit A, il aurait dû se décider à dire B. Cela vaut pour toutes les nations européennes qui, à l’heure qu’il est, ont un exemple à suivre – celui du Donbass résistant contre les joyeusetés secondaires de l’atlantisme dont l’invasion (soi-disant) migratoire à laquelle nous assistons fait partie intégrante.

Françoise Compoint

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Arrêt de l'intervention française en Syrie ! Par Jean Lévy.

7 Janvier 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #La République, #Terrorisme, #AMERIQUE, #Europe supranationale, #Daesch, #Le grand banditisme, #Politique étrangère, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013

Arrêt de l'intervention française en Syrie !
Retrait de toute force française hors du territoire national !
Retrait de la France de l'Otan !

publié le : 4 janvier, 2016

Selon la propagande diffusée par les médias français, il y a une bonne intervention militaire en Syrie et une détestable. La "bonne", bien sûr, c'est celle des aviations occidentales, française, US et britannique. La mauvaise, c'est forcément celle de la Russie... Cette distinction est quotidiennement ressassée par la télé, les radios, les journaux.

C'est la position officielle du gouvernement français.

Voyons les choses telles qu'elles se passent réellement.

Depuis 2011, le gouvernement légal de Syrie, reconnu comme tel par l'ONU, fait face à une subversion interne armée, alimentée massivement de l'extérieur directement par le Qatar et l'Arabie saoudite, avec la complicité ouverte de la Turquie et des Etats occidentaux, dont la France. Sous prétexte que le pouvoir légal syrien de Bachar al-Assad se défend contre l'agression, il est accusé de "massacrer son peuple", son président élu "n'aurait pas le droit de vivre", selon les paroles prononcées, au nom de la France, par le ministre des Affaires Etrangères, Laurent Fabius.

Et joignant les actes à la parole, le gouvernement Hollande-Valls fournit armes et munitions les plus sophistiquées à la subversion et a entrepris une campagne de bombardement officiellement contre les bases de Daesh, mais en fait en soutien aux groupes aussi fanatiques d'Al-Qaïda et autres combattants islamiques étrangers engagés contre le pouvoir syrien.

En clair, le gouvernement français fait la guerre au gouvernement légitime de Syrie ! En violation flagrante avec la Charte de l'ONU, sans mandat du Conseil de sécurité, au mépris de la Loi internationale !

Mais , rétorquera-t-on, la Russie aussi multiplie ses bombardements en Syrie...Certes, mais Moscou intervient a la demande du gouvernement reconnu de Damas, du fait de l'agression extérieure subie par ce pays et en conformité avec les traités d'assistance signés entre les deux gouvernements.
C'est-à-dire à l'inverse de l'intervention française et occidentale.

Car soutenir militairement la subversion à l'encontre d'un gouvernement légal est contraire, non seulement moralement mais juridiquement à la charte des Nations unies.

Alors, chaque français doit légitimement se poser la question : Pourquoi cette intervention française ?

Parce que le gouvernement de Damas n'est pas jugé démocratique ?

Qu'il imposerait un système autoritaire à son peuple ?

Qu'il est coupable de réprimer violemment l'opposition ?

Ces allégations sont contredites par les représentants de toutes les confessions syriennes, qui assurent que, contrairement aux autres Etats du Moyen-Orient, nos "alliés", la liberté des cultes est respectée en Syrie et que le pouvoir est issu d'élections qui n'offraient pas de critiques quand Bachar al-Assad était, il y a peu d'années encore, l'invité d'honneur de la France aux cérémonies du 14 juillet...

Mais la légitimité du pouvoir syrien ne doit-il pas être jugée par le peuple syrien lui-même, et par lui-seul, comme le proclament le gouvernement de Damas, appuyé par Moscou, lors d'élections générales , et non pas soumis à l'appréciation des Etats étrangers, qui de surcroît alimentent la subversion ?

Pourtant, une question se pose.
Pourqoi l'attitude guerrière du gouvernement Hollande-Valls, mis en orbite par Washington ? Et s'il s'agissait entre autres, de pétrole, et plus précisément du projet de mise en service d'un pipe-line qui relierait l'Arabie saoudite à la Turquie, passant obligatoirement par la Syrie, et rejeté par le gouvernement de Damas, comme contraire à la souveraineté de son pays ?

Ce véto syrien contrarierait les intérêts saoudiens et turques, ce qui expliquerait en partie l'engagement des deux Etats en question envers la subversion anti-Assad...Et l'engagement dans le même sens du gouvernement de Paris, compte-tenu des intérêts économiques qui unissent la France à Riyad en particulier avec la vente massive d'armes à l'Arabie saoudite, sans parler des connivences personnelles entre les dirigeants saoudiens et français. Rappelons-nous la visite immédiate de François Hollande auprès du nouveau roi d'Arabie, à l'occasion de l'intronisation de ce dernier, souverain qui, comme son prédécesseur, maintient son pays dans un système moyen-âgeux, avec la tête tranchée pour les délinquants et les opposants, la lapidation et la crucification des condamnés.

En clair, on nous ment sur les raisons de l'intervention militaire française en Syrie; Il faut que celle-ci cesse ! Que les bombes et les missiles français arrêtent de frapper un Etat souverain, à l'encontre de la loi internationale. La France aurait mieux à faire en soutenant un processus de paix sous l'égide des Nations-Unies.

Retrait de toute force françaises hors du territoire national !

Retrait de la France de l'Otan !

Tels devraient être les mots d'ordre de l'opinion progressiste française.

Jean Levy

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Derrière l’image médiatique, le courage et la détermination des Syriens. Damas à bâtons rompus. Par Marie-Ange Patrizio

6 Janvier 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #La France, #Europe supranationale, #La République, #La Russie, #AMERIQUE, #L'OTAN., #Daesch, #Terrorisme

Derrière l’image médiatique, le courage et la détermination des Syriens. Damas à bâtons rompus.

Conversations, fanfares, percussions et explosions.

Par Marie-Ange Patrizio

Mondialisation.ca, 03 janvier 2016

Syrie Damas drapeau

Mondialisation.ca publie aujourd’hui la septième partie d’un récit de voyage en Syrie : « Damas à bâtons rompus ». Derrière l’image médiatique, le courage et la détermination des Syriens.  Marie-Ange Patrizio y dépeint son expérience dans ce pays agressé depuis déjà quatre ans.  Elle décrit également des témoignages sur la vie quotidienne des femmes et des hommes dans un pays en guerre. Ce récit de voyage mérite notre attention pour comprendre que derrière l’image médiatique de la presse mainstream, il y a des femmes, des hommes, des adolescents, des adolescentes et des enfants démontrant leur courage et leur détermination malgré la peur et la menace des groupes terroristes…

Récit de séjour en Syrie, 3-17 octobre 2015,

7ème épisode

Conversations, fanfares, percussions et explosions.

Lundi soir 12 octobre, nous avons été voir Dora, que j’avais rencontrée le dimanche 13 novembre 2011, pour lui remettre de l’argent à faire parvenir[1] à la famille de R. pour les aider à se chauffer pour l’hiver. J’écris ceci après avoir eu ce matin des nouvelles de Syrie : il a neigé hier, 1er janvier 2015, à Damas. Il a neigé aussi dans le village où nous étions. Je réalise que nous n’avions pas beaucoup souffert à Damas des coupures d’électricité car à l’hôtel des étoiles, comme dans les restaurants, il y a un groupe électrogène qui prend le relais à chaque coupure. Mais chez les particuliers, dans Damas comme ailleurs, ces coupures rendent la vie quotidienne très difficile. Au début du mois d’octobre, les journées sont plus longues, et, surtout, chaudes. Je vous laisse imaginer l’hiver, maintenant… Je pensais hier que pour Noël 2011 et le Jour de l’an 2012 des amies à Damas m’avaient écrit cette année il n’y aura pas d’illumination, en solidarité avec les familles en deuil des attentats. Qui imaginait à cette date ce qui allait suivre de deuils, attentats, destructions, pénurie ? Et plus de quatre années de guerre.

Nous avons passé un beau moment sur le balcon de Dora, quartier résidentiel, côté rue parce que coté jardin le balcon est condamné : trous dans les volets roulants baissés. « Il y a un an, par ricochets des tirs d’un sniper depuis le jardin […] des gens qui dénoncent leurs voisins » chrétiens, ou laïcs ou pro-Assad, « c’est des collabos. Sinon les snipers tirent n’importe où ». « Je le ferai réparer après la guerre » !

Mardi matin, Marie, une consoeur psychologue et amie de Dora, dont nous avons fait la connaissance hier soir, vient nous chercher pour nous amener à la découverte de la vieille ville, à l’intérieur des murailles. Mais je raconterai une autre fois cette déambulation, parce que je voudrais d’abord vous faire part d’une visite qui va prendre beaucoup de place dans ce récit, comme dans notre séjour. Nous avons rendez-vous à 16 heures avec le Père Elias Zahlaoui, à Notre Dame de Damas. Visite imprévue, elle fait partie de ce qui s’organisé sur place au gré de nos rencontres : celle-ci improvisée la veille, à l’issue de notre conversation avec la directrice du Centre Aamal[2].

Claudia T.  nous avait dit « le Père Elias vit dans une petite pièce, au milieu de ses livres », mais c’est dans le salon d’accueil de la paroisse qu’il nous attend. Rafqa et moi connaissions le Père Zahlaoui par ses textes : moi sa Lettre au Président Hollande[3] et Rafqa son intervention au Parlement à Damas. Je rapporte ici, à partir des notes de chacune de nous trois, la plus grande partie de notre conversation à bâtons rompus avec le Père  Zahlaoui et Thierry Meyssan, tous les deux se saluant en disant, chacun, qu’il avait envie depuis longtemps de rencontrer l’autre sans avoir osé le déranger.

m-a : « Heureusement qu’on est venues à Damas ».

Peut-être à cause du lieu et de la stature -à première vue carrée, la suite confirme- de notre interlocuteur notre entretien démarre dans une tonalité un peu solennelle qui va cependant vite changer : le Père Elias est quelqu’un qui ne tourne pas autour du pot. Je vais transmettre nos propos à peu près dans l’ordre chronologique, mais aussi, parfois, en les replaçant dans la logique des deux thèmes principaux qu’il a évoqués : la situation politique et les phénomènes qui ont eu lieu à Soufanieh pour lesquels il avait été mandaté par sa hiérarchie, à partir de 1982.

Le Père Elias parle d’abord de la situation politique et des rapports avec le pays d’où viennent ses visiteurs : « En France tout est à vendre […] Je n’ai pas cessé dans mes lettres ouvertes de provoquer l’Eglise d’Occident. “Que faites-vous en Occident ? Que fait l’Eglise ? Qu’est-ce qu’elle devient ? Est-ce qu’elle est muette ?”. Dans ma dernière lettre j’ai traité les évêques de momies. Ce sont des momies, c’est pour cela qu’on m’a dit : Père il vaut mieux ne pas venir, de peur de compromettre la mission de Myrna (tournée en Europe de Myrna Nazzour. à l’automne 2015) ». Peut-être pourra-t-il venir en mars avec sa chorale ?

A propos des phénomènes de Soufanieh et de Myrna Nazzour : « il faut que je vous parle de cette icône, qui a exsudé de l’huile. On était 2 prêtres à s’en occuper, tous les deux très récalcitrants avec ces phénomènes. En fait cette icône c’est Notre Dame de Kazan ». L’autre prêtre a écrit un compte-rendu à ce sujet en 82. « On l’a intitulé du nom du petit quartier de Soufanieh [au-delà des murailles de la vieille ville, à côté de la porte de Bab Touma], où ça s’est produit ». Une chrétienne, Myrna « entend des messages du Christ et de la Vierge», « elle entre en extase» et « de l’huile lui coule des yeux, avant l’extase, de la tête, des deux mains, du cou ; à chaque fois que le Christ parle l’huile lui coule des yeux et ça lui provoque des brûlures atroces. Il faut la retenir de peur qu’elle ne s’arrache les yeux. Des médecins l’ont examinée, il y a eu des rapports sur ces phénomènes, une psychologue a fait une thèse sur elle au Liban ».

Les dates des apparitions coïncident avec des fêtes religieuses ; la dernière fois, en 2014 «le jeudi saint 2014, c’était le 17 avril, jour de la fête nationale de Syrie, de l’Indépendance, il y a eu ce message : “les blessures qui ont saigné sur cette terre sont celles-là mêmes qui sont dans mon corps. Car la cause et l’auteur sont le même. Mais gardez la conviction que leur sort est celui-là même de Judas”. En 2004, c’était le jeudi de l’Ascension : devant un groupe venu de France, d’Allemagne, d’Autriche, du Canada, du Liban, de Damas, avec des représentants de télévisions de divers pays européens et américains et des théologiens venus de France, Autriche, Allemagne, Canada etc. Le message était ceci : “Mon dernier commandement pour vous : retournez chez vous mais portez l’Orient dans vos coeurs. D’ici a de nouveau jailli une lumière dont vous êtes le rayonnement pour un monde séduit par la matière, la concupiscence et la célébrité au point qu’il en a presque perdu ses valeurs. Quant à vous, conservez votre orientalité, ne permettez pas qu’on aliène votre volonté, votre liberté, votre foi dans cet Orient”.

Tous ces messages je les ai rapportés dans un gros livre, avec les rapports des théologiens et les témoignages[4]. Ça fait trente-trois ans que je connais Myrna, chaque fois que je l’entends parler je ne la reconnais pas. C’est bouleversant, de simplicité, de transparence, d’humilité».

Ces messages je les ai notés tels que nous les a rapportés le Père Z., in extenso comme des fragments cliniques.

TM dit qu’il n’a jamais entendu parler de Soufanieh et de Myrna, chose qui mérite aussi d’être précisée ici puisque TM vit à Damas depuis quatre ans et qu’il est généralement bien informé. Moi j’en avais entendu parler, par les diffusions de celui qui organise les tournées de Myrna en France, le Docteur Jean-Claude Antakli, qui m’avait contactée après avoir lu le récit de mon séjour en 2011. Mais je ne savais pas que le Père Zahlaoui s‘était occupé de Soufanieh. Aucune de nous trois, ni Thierry sans doute, ne pensait en venant à ce rendez-vous entendre parler d’extases, de stigmates, de visions et de messages divins.

Et je dois dire mon embarras, d’abord, pour restituer, ou pas, cette partie-là de notre entretien ; qui détonne dans le reste de notre séjour, et de ce récit. Désagréablement bousculée par ce que j’avais entendu, et, au moment de le relater, perplexe encore sur la façon de le présenter. Nous n’en avions pas reparlé avec Rafqa et Dominique : embarrassées toutes les trois par cette irruption de phénomènes présentés si ce n’est comme miraculeux, en tous cas comme surnaturels. Et rompant la rationalité de nos analyses. Taire ce passage m’aurait débarrassée d’un malaise. Mais ç’aurait été trahir un engagement de notre interlocuteur, et censurer une partie non anodine de la réalité à laquelle nous avons été confrontées de façon très inattendue ce jour-là : quel que soit son rayonnement dans le pays, et du fait même de sa teneur, pas des plus banales, le phénomène rapporté par le père Zahlaoui est un des aspects actuels, paradoxaux, de la composante religieuse d’une société qui paye cher, par ailleurs, son choix de la laïcité au milieu d’une région fanatique[5].

Ce qui nous tombait dessus dans ce moment-là, c’est la confrontation avec « ce qu’on appelle tout gentiment une mystique »[6] comme disait le Docteur Lacan. « Ceux qui croient au ciel » verront dans ce qui touche Myrna l’effet d’une intervention divine ;  « ceux qui n’y croient pas » sont bien embarrassés… Et vont se reporter à ce que disent des poètes et des psychanalystes de cette « expérience vertigineuse, obscure et indéchiffrable»[7].

Si vous êtes choqués par ce que vous lisez ici, c’est rassurant. Il faut n’avoir jamais été confronté, professionnellement ou dans la vie courante, au délire d’un aliéné ou aux paroles d’un(e) mystique pour imaginer qu’écouter leurs propos (qui ne sont pas du même registre), même médiatisés comme ici par le récit d’un tiers, n’est pas au moins déstabilisant voire un tantinet angoissant ; y compris quelques semaines plus tard, à tête dite reposée. Soit on fait l’impasse sur ce qui nous heurte, et tranche avec le reste de la démarche, soit on prend ces paroles confiées au sérieux, en l’occurrence comme une séquence clinique : «Moi je n’emploie pas le mot mystique comme l’employait Péguy. La mystique, ce n’est pas tout ce qui n’est pas politique. C’est quelque chose de sérieux, sur quoi nous renseignent quelques personnes, et le plus souvent des femmes (…) Ces paroles mystiques, ce n’est ni du bavardage, ni du verbiage, c’est en somme ce qu’on peut lire de mieux (…)»[8]. Je vous en livre quelques fragments ici, non sans avoir eu recours, parallèlement à cette transcription, à la relecture de ceux, psychanalystes et historiens de la littérature, qui n’ont pas eu peur de se pencher sur le récit de ces visions, apparitions, spasmes, extases, stigmates et leur cortège d’interrogations très dérangeantes pour nos névroses ordinaires et nos analyses rationnelles.

En se souvenant aussi qu’il y a eu à Damas au moins un précédent célèbre en matière de vision, apparition et inscriptions somatiques. Il y a deux mille ans environ, Paul de Tarse, collaborateur juif zélé de l’occupant romain, a écrit comment il a été terrassé et rendu aveugle à la suite d’une vision -apparition du Christ- au cours d’une mission contre les chrétiens, puis recouvré la vue grâce à l’intervention du chrétien Ananias près de la Rue Droite de la Porte d’Orient, pas très loin de l’actuel Soufanieh. Le discours et l’expérience mystiques ne sont pas déconnectés de la réalité sociale, géographique, historique, et politique[9].

T. Meyssan, que j’ai interrogé à ce sujet, m’indique aujourd’hui : « Le message de Soufanieh c’est de conserver l’orientalité, c’est-à-dire la perception qu’il n’y a qu’une foi et que les religions authentiques sont autant de chemins vers le même Dieu. C’est ce qui justifie la Syrie laïque d’aujourd’hui par opposition au projet des Frères Musulmans porté par Daesh ».

 

Père Elias : «Sans les Russes et les Chinois la Syrie aurait disparu, 140 pays contre la Syrie pour les beaux yeux d’Israël et les dollars du Qatar et de l’Arabie saoudite. […]

Le maire de Kazan, un musulman, a envoyé ici son conseiller, un chrétien de Kazan ; il est venu avec un groupe, ils ont passé une semaine, pris un tas de documents en 2005. Une traduction russe a été faite ici. Et ils l’ont apportée à Kazan ; et je compte la faire imprimer pour l’offrir à Poutine. A Kazan on m’a dit la traduction est digne de Dostoïevski !

Les USA sont un hippopotame qui marche sur un champ de tulipes ».

Rafqa me rappelle au moment où je rédige cette visite que le Père Elias avait parlé de voyoucratie pour cet hippopotame (et certains de ses alliés).

[…]

Rafqa : j’ai lu votre intervention sur la conception de l’homme syrien [Internet, en arabe].

EZ : laquelle ?

m-a : au Parlement.

EZ : oui, ils m’ont sollicité pour cette intervention.

TM : au Parlement ici ?

EZ : oui, le 2 février. On m’a fait la surprise de venir, trois personnalités du Parlement, pour me demander un mot. On a échangé, ils m’ont dit “nous voudrions que vous parliez de la reconstruction de l’homme en Syrie” »…

Rafqa : ah oui, c’est ça !

EZ : et je leur ai présenté un texte, un mois après. Il a été traduit en France, et je l’ai [re]traduit moi-même après parce que celle qui l’avait traduit avait escamoté pas mal de choses.

m-a : c’est vrai ?!

EZ : oui, oui, moi je me sois permis de faire la traduction intégrale ! Malheureusement je n’ai pas le texte ici de la traduction mais je vous l’enverrai si vous me donnez vos coordonnées. Je l’ai en arabe, ici, vous lisez l’arabe ?

TM, m-a et D. : non…

Rafqa : moi je lis l’arabe !

EZ : Comment vous vous appelez, votre nom de famille ? [Ils parlent tous les deux en arabe]. Ah, il y a de beaux lieux là-bas.

R. : Il connaît mon village !

EZ : [à nous] : la Vallée des Chrétiens, vous connaissez ? C’est une très belle région.

Rafqa : c’est chez moi !

EZ : Je vais vous raconter, j’ai rencontré en 1990 un écrivain français ancien parlementaire. Il m’avait donné un de ses livres et ensuite on a discuté ensemble. Il était anti-européen, contre le Traité de Maastricht, depuis on est resté en contact. Avant les événements il a demandé à venir en Syrie, il a passé 4 jours, il m’a  demandé de rencontrer des familles musulmanes, moi-même je suis de Damas et j’ai toujours refusé n’importe quelle invitation de repas chez des amis : après on ne peut plus fermer la porte ! Ce jour-là, pour lui, j’ai téléphoné à des amis musulmans en leur disant est-ce que je peux venir partager le repas chez vous demain soir ? C’est la dame qui m’a répondu et elle m’a dit bien sûr ! Ils habitent près d’ici, ce sont des gens extraordinaires. Durant toute la visite et tout le repas il me regardait de temps en temps et me disait “je n’en crois pas mes yeux et mes oreilles : c’est ça la Syrie ?” – oui c’est ça. Ensuite je l’ai amené à Douma chez des amis musulmans dont la fille est médecin à Pontoise. Là encore il me disait “mais ce n’est pas ce qu’on nous raconte…”. Je lui ai dit “mais vérifiez ce qu’on vous raconte ! ». Et maintenant pendant les événements il ne cessait de me téléphoner. Un jour je lui ai dit : “Monsieur Untel, qu’attendez-vous pour écrire ?” il m’a répondu “je n’ose pas”. Je lui ai dit : ”ancien parlementaire et écrivain, vous n’osez pas ? Pourquoi Thierry Meyssan ose ?” Vous savez ce qu’il m’a dit ? “Mais Thierry Meyssan est un iconoclaste, vous connaissez le terme ? Un iconoclaste, c’est-à-dire quelqu’un qui casse des barres [sic]“. Je lui ai dit “mais cassez des barres vous aussi !” ll m’a dit  ”je n’ose pas”…

TM : Oui mais si personne n’ose, tout le monde va finir en prison. C’est une prison intellectuelle.

EZ : Où va-t-on ?

D. de France : On se met soi-même en prison.

EZ : On m’a envoyé dernièrement le livre de Michel Raimbaud « Tempête sur le grand Moyen-Orient »[10], c’est un livre terrible. Je connais une dame qui le traduit en ce moment, l’ancienne ministre de la culture […] c’est bien mené, un grand livre.

[…] Il faut lire aussi « Le dérèglement du monde » d’Amin Maalouf, et « Les identités meurtrières » en 97 : ce sont des textes très actuels.

La Syrie a été exécutée mais elle ressuscitera ».

 

Une jeune fille entre pour demander quelque chose au Père Elias et s’interrompt en s’exclamant (en français) : «Vous êtes Thierry Meyssan ?! Je lis tous tes articles, merci, merci, je peux faire une photo avec vous ?! ». Surprise de TM, séance photos, sympathique, on en profite pour faire les nôtres aussi ; le père Elias nous dit ensuite « elle travaille à la télévision », et fait partie de la chorale.

 

Photo D. de France, 13 octobre 2015 à ND de Damas.

 

Dans la 2ème partie de notre visite, la situation se renverse : c’est le père Elias qui interroge TM ! Sur son analyse de la situation dans toute la région. On retrouvera cette analyse plus rigoureusement dans les chroniques hebdomadaires publiées dans « Réseau Voltaire International » au cours des semaines qui ont suivi.

TM : La semaine dernière, il y a eu une réunion au Conseil de sécurité nationale [à Washington] où tout d’un coup le Conseil s’est divisé en deux : ceux pour et ceux contre la guerre. Jusqu’ici tout se faisait par dessous et on ne savait pas qui était pour et qui était contre. La personne qui a pris position contre la Syrie est Samantha Power[11], c’est elle qui a pris la direction de l’opposition à la Syrie.

Ça montre que c’est bien à l’ONU que ça s’est organisé contre la Syrie, avec  Feltman [adjoint au Secrétaire général, pour les Affaires politiques[12]]

Ils ont essayé de gagner du temps pour qu’il y ait une défaite militaire de la Syrie. Ils ont commencé fin juin 2012. En juin 2012 les USA et les Russes s’étaient mis d’accord, et tout d’un coup la guerre est repartie sous la direction de la France. Le 7 juillet il y eu une conférence à Paris des « Amis de la Syrie »[13] : tout est reparti contre ce qu’Obama avait négocié. Il ne contrôlait plus rien. Samantha Power et Feltman avaient tout dirigé.

m-a : Elle est terrible Power…

TM : C’est un professeur de droits de l’homme ! Il faut que les USA deviennent la puissance qui empêche les génocides ![14]

[…]

EZ : et le lobby [sioniste] ?

TM : il tient le Congrès, pas l’exécutif. [C’est bien décrit dans] le livre de James Petras, non traduit en français[15]. Le 15 septembre 2001, il y avait eu une réunion à Camp David présidée par Georges W. Bush. La guerre contre la Syrie a été votée par le Congrès, puis promulguée par le président Bush le 12 décembre 2003 (Syria Accountability Act).

Maintenant en Israël Netanyahu est sur la ligne coloniale originelle d’Israël. Mais, mystère : pourquoi a-t-il été réélu ? Car tous les grands chefs militaires israéliens ont abandonné cette ligne : c’est le mouvement Commanders for Israel Security [16] : ils sont nés en Israël et ce qu’ils veulent c’est continuer à vivre là, pas conquérir le Moyen-Orient. Tous ont pris position contre Netanyahu. La politique israélienne ne peut pas durer très longtemps.

[…]

Maintenant le défi pour la Syrie, c’est liquider les djihadistes et commencer immédiatement la négociation pour régler le problème du Golan avec Israël.

EZ : comment voyez-vous les mois qui viennent ?

TM : Normalement les bombardements russes vont continuer jusqu’au 6 janvier, ils souhaitent que cette campagne soit finie pour le Noël orthodoxe. L’essentiel de la Syrie habitable sera libéré.

Les djihadistes se retireront en Jordanie, en Irak et en Turquie où il y a un risque de guerre civile[17].

EZ : indépendamment des problèmes avec les Kurdes ?

TM : non, mais même en dehors de ça : il y a aussi le combat des laïcs contre les islamistes, en Turquie. Actuellement il y a  trois camps d’al-Qaeda et beaucoup plus de camps de Daesh, en Turquie […].

EZ : et l’explosion il y a deux jours, à Ankara…[18]

[…]

TM : Il y a un problème militaire, la Russie a déployé des armes dont personne ne connaissait l’existence.

En fait [avec] le tir de missiles de croisière [missiles de croisière 3M14 Kalibr tirés le 7 octobre par des navires russes depuis la mer Caspienne] ils ont montré qu’ils avaient des missiles plus précis que ceux des USA. Et un rayon d’action de 1500 Km. [De ce fait] ils ont complètement ruiné tous les investissements financiers sur le bouclier USA.

Quand les Russes sont arrivés ici, les USA ont dit “on ne sait pas très bien ce qui se passe”. Les Russes ont installé une énorme station de brouillage au nord de Lattaquié, avec un rayon d’action de 300 Km. Tous les systèmes d’interception, radio guidage, tout est brouillé ! Y compris le système satellitaire. Ils [USA] ne sont plus capables de voir le fonctionnement des avions. Ça a été une grosse surprise pour le monde entier ! Et du nord de Lattaquié ils brouillent la station Otan d’Iskenderun en Turquie… Ils ne savent pas ce qui se passe, personne ne sait ce qui se passe en Syrie sauf par les communiqués des Russes et des Syriens.

La France, quand elle bombarde à Raqqa c’est qu’elle ne peut pas bombarder ailleurs, à cause de ce défaut de renseignements : c’est vraiment pour montrer ses muscles.

Par contre les Russes n’iront pas à Deraa, au Sud, parce qu’ils devraient brouiller aussi l’Etat d’Israël. La Russie voulait vérifier que le brouillage fonctionnait aussi sur le territoire turc[19].

Il y a trois jours les avions du Commandement Central [étasunien] ont largué par parachutage 50 tonnes d’armes pour les djihadistes. Qui a envoyé ces armes ?

Ordre de la Maison Blanche ? Du Pentagone ? Un général qui a dit il me reste ça je le leur largue !? C’est un désordre gigantesque, les Usa, une machine énorme, il n’y a plus de hiérarchie, plus de structures ; si les USA étaient organisés la guerre ici serait finie depuis longtemps.

[…]

EZ : Robert Dôle, « Le cauchemar américain », dans l’introduction il dit j’écris en français pour m’innocenter de la langue anglaise des USA.

[…]

EZ : Donc d’après vous la Syrie va échapper au nettoyage [planifié par les faucons étasuniens] ?

TM : Tant qu’il reste aux USA des gens comme Power et Feltman, il peut y avoir un dérapage. Mais l’opération russe va diminuer la force des jihadistes. Daesh et al-Nosra ont des systèmes de communication, des usines de fabrication d’armes etc. mais ce n’est pas une armée. Tout ça a été détruit.

[…]

EZ : Est-il possible que les Européens ne sachent pas le nombre de gens qui viennent ici [faire la guerre] ?

L’Armée Syrienne n’en a aucune idée. Ceux qui sont arrivés de l’extérieur, depuis 2011, on pense au moins 250 000… Ils ont d’abord trois semaines d’entraînement en Jordanie[20]. Il y avait des instructeurs français, sans doute un encadrement militaire français. Dans la première période la France a envoyé environ une centaine de militaires : Légion et soldats, et DGSE, détachés de la Défense pour l’Elysée. Certains sont morts ici, certains sont prisonniers mais tous les autres se sont repliés après la chute de Baba Amr [quartier occupé par les terroristes à Homs]. L’amiral Guillaud est venu les reprendre à la frontière libanaise[21].

Mais quand Hollande a relancé la guerre en juillet 2012, il y a eu à nouveau des militaires français. Depuis le début de la guerre le gouvernement syrien a essayé d’établir des relations avec des parlementaires français : qui ne font rien.

m-a : Les parlementaires français le savent ?

TM : il y en a qui savent ..!

La France est prisonnière de l’Arabie Saoudite. Aujourd’hui ils [Arabie Saoudite] ont au moins 10% de l’industrie française, actions dans 40 banques et sociétés françaises… Si l’Arabie Saoudite retire tout d’un coup tout son argent, tout s’effondre. Les Saoudiens ont vraiment un moyen de chantage. Plus que le Qatar. C’est un autre type de relations : l’émir Hamad mettait son avion à disposition [de Cécilia Sarkozy, ensuite Carla Bruni]…

m-a : Et Azmi Bishara maintenant est conseiller de l’émir du Qatar…

TM : Tariq Ramadan y est aussi.

EZ : Azmi Bishara, en Syrie on le considérait comme un héros !

[…]

TM : Mr Juppé est celui qui a négocié au Royaume Uni, en 2010, que le Royaume-Uni et la France attaquent ensemble le Syrie et la Libye.

En mars 2011 [à l’époque ministre des Affaires étrangères sous la présidence de N. Sarkozy] il a signé un décret secret avec le ministre des Affaires Etrangères turc Davutoglu [toujours en fonction], qui prévoyait tout ce qui s’est passé depuis dans le nord de la Syrie[22].

Il a participé à une réunion secrète de certains Etats de l’Otan à Naples [Lago Patria, Base du Commandement suprême allié, toujours étasunien] pour qu’ils attaquent la Libye. Il y a eu 40 000 personnes tuées en trois jours à Tripoli [TM était à Tripoli au moment du siège : en novembre 2011 il nous avait relaté les bombardements incessants pendant ces trois jours, déluge de feu].

Actuellement à Bordeaux il est en train de construire une mosquée pour les Frères Musulmans. Et en 94 au moment de l’attaque au Rwanda, c’est lui qui était aux Affaires Etrangères… En 2011, j’ai été informé par le gouvernement iranien que Juppé avait donné l’ordre de m’assassiner à Tripoli.

Les USA, depuis 1954, utilisent les Frères Musulmans pour des assassinats politiques.

[…]

Les Allemands ont commencé, en secret, des négociations avec la Syrie.

Pendant ces 5 ans la Syrie a vécu avec l’argent de la Russie et de l’Iran ce qui implique que ce sont des compagnies russes qui vont exploiter le gaz [après la fin de l’agression internationale contre le pays].

[…]

EZ : C’est extraordinaire que Bashar al-Assad reste aussi serein. Et confiant en lui-même.

TM : Oui, il tient le coup ! C’est une surprise pour tout le monde et pour lui en premier !

EZ : il a une trempe !

 

Pendant que le Père Elias va chercher des exemplaires de son ouvrage sur Soufanieh, je fais remarquer le beau lustre du salon, comme ceux en cristal de Venise. TM nous raconte que ce sont des verriers damascènes qui ont importé les techniques en Italie : ils avaient été enlevés par des Vénitiens au Moyen-âge, emmenés sous bonne escorte et enfermés sur l’île de Murano où la Sérénissime les a priés sans ménagement de transmettre leurs techniques à des artisans locaux. Il semble que pas mal d’autres artisanats ou techniques (y compris agricoles) soient venus de Syrie. Nous reparlerons des artisans syriens.

Père Elias Zahlaoui et Thierry Meyssan. Mardi 13 octobre 2015, photo m-a patrizio.

 

On se quitte en échangeant nos coordonnées.

TM : je n’ai pas de carte…

Père Elias : mais vous avez mon numéro maintenant !

 

En sortant on traverse un groupe de jeunes, filles et garçons, avec des instruments de musique : c’est la fanfare de ND de Damas qui se met en place pour répéter sur le parvis éclairé. Il est tard, on ne peut pas s’attarder car on doit longer une place qui est une cible habituelle des terroristes depuis Jobar. Avant que la répétition ne démarre, je demande à ceux qui sont près du portail si c’est eux qui avaient joué à la fin de la cérémonie avec le Patriarche Cyril le 13 novembre 2011 à la cathédrale de la Dormition. Petit chahut pour me répondre : mes interlocuteurs vont surtout caser dans un français très approximatif les quelques mots qu’ils connaissent, assez décalés par rapport à ma question : ils sont décontractés, ces jeunes. Et leur musique saisissante, comme souvent les fanfares, dans la rue…Mais plus encore sur le parvis de cette église ; avec les risques que tout le monde connaît. ND de Damas va être touchée quelques jours plus tard par les roquettes (dégâts matériels seulement) de ceux dont nos médias parlent en disant que « le régime de Bashar » les bombarde avec des barils de TNT. Mais pourquoi avec du TNT ?! A part que les « rebelles », eux, en ont, de ces armes-là.

Il fait doux, nous redescendons à pied vers l’hôtel, une bonne demi-heure. Il fait nuit rapidement, mais il y a des gens dans les rues, même si on y voit plus ou moins. Mais nous avons pris l’habitude de Damas, en 48 heures et plusieurs rencontres peu banales. Personne ne fait attention à nous quand nous demandons notre chemin ; ici on ne nous prend pas pour des Russes. Ou bien c’est qu’on ne remarque plus les gens de la communauté russe, depuis le temps qu’ils vivent à Damas ; la coopération a été importante avec l’URSS, pendant la présidence de Hafez al-Assad.

En arrivant vers l’hôtel nous entendons un grand bruit de percussions. On entre dans une cour, pour voir, puis jusque dans une salle où un groupe de jeunes répète avec toutes sortes de tambours, dans les locaux d’une association culturelle arménienne. On entre comme dans un moulin, d’ailleurs, pas de plan Vigipirate ici…Ils font un de ces bruits, on n’entend même plus les bombardements.

Dans la chambre de l’hôtel des étoiles, on peut écrire grâce à une connexion Internet sans problèmes. Je relis ces messages aujourd’hui pour me souvenir de cette ambiance.

A l’aube, j’entends des avions et une série de détonations très fortes. La réception est en face de ma chambre de l’autre côté du patio. Je vais en vitesse demander au veilleur de nuit ce qui se passe : « No problem, Madam, it is our army, our aviation ». L’aviation syrienne -des bombardiers, pas les fameux hélicoptères trimballant les barils de TNT de nos médias- cible les repères des terroristes à Douma, Ghouta et Jobar. Mercredi 14 octobre et premier jour de l’annéee 1437 de l’Hégire, c’est le début d’une grande offensive de l’Armée arabe syrienne autour de Damas[23].

Je parle un moment avec le veilleur de nuit : étudiant en management, d’origine bolivienne, parents immigrés en Syrie où lui est né. Il ne parle pas français, c’est dans son programme de l’an prochain, mais, un peu d’anglais un peu d’arabe pas mal de gestes et mimiques, on bavarde. Je vais me recoucher en écoutant le bruit des avions et explosions. C’est la première fois que je suis proche d’un bombardement, pourtant ces détonations font un bruit qui m’est familier. Je vais mettre du temps à réaliser lequel : les explosions des (très gros) feux d’artifice. On m’expliquera plus tard que les roquettes des « rebelles » font un tout autre bruit : plus sec, métallique, précédé d’une sorte de sifflement (pour laisser le temps de regarder où ça va tomber ? Braves gens ces rebelles). Je n’en entendrai que deux dans cette journée du mercredi. Roquettes qui n’ont fait que des dégâts matériels. Il semble que les terroristes soient trop occupés par ce qui leur arrive pour riposter.

Le matin en servant le petit déjeuner Karim me dit (en anglais) «Aujourd’hui c’est une grande surprise pour les rebelles » : lui, c’est un rigolo.

Nous n’avons pas de rendez-vous prévu avant 18h (Nadia Khost et sa fille Rania Massarani), nous devions sortir pour aller visiter avec Marie le quartier de la Porte d’Orient : c’est justement là que les ripostes des terroristes peuvent tomber. Les gens de l’hôtel nous recommandent précisément quels endroits éviter. Je reviens en début d’après-midi, avant D et R. qui vont flâner dans la Rue Droite.

Karim bavarde à la réception avec ses collègues ; en me voyant entrer il me dit (en anglais) « oh madame, encore en vie ?! ». Quatre années de guerre ne sont pas venues à bout de l’humour et de la vitalité de ces jeunes Syriens. Ça fait du bien.

L’atmosphère est décidément plus légère aujourd’hui. Oui, le vent a tourné

Marie-Ange Patrizio

Marseille, 3 janvier 2016,

 

 

Merci, une fois de plus, à mes compagnes de voyage que j’ai quasiment harcelées ces jours-ci pour vérifier et compléter ce récit particulièrement délicat à rédiger.

Je recommande post scriptum deux interviews que me signale Dominique de France, tout frais sortis -sans date des interviews- sur Internet. Le premier « date d’octobre 2014 », me dit l’auteur interrogé à ce sujet. On peut penser, d’après certains passages, que le second aussi.

Syrie : les chrétiens dans la tourmente, entretien avec le Patriarche Grégoire III Laham, et Dans l’ombre de Bachar el-Assad, entretien avec Bouthaina Chaabane.

Merci à Frédéric Pichon pour ces précieux entretiens publiés « en février 2015 » : en effet je les retrouve dans le n° 146 de Politique Internationale. Diffusés les 30 décembre 2015 et 3 janvier 2016 par Les Crises [24].

 

 

 


[1] Embargo bancaire, si vous allez en Syrie, n’oubliez pas d’apporter vos sous, vous ne pourrez pas en retirer sur place.

[2] cf. « Damas des étoiles » et le reportage « Vivre à Damas » de France2.

[4] Soufanieh. En Syrie et dans le monde, Père Elias Zahlaoui, Damas 2014. 1 kilo 346 grammes dans le bagage en soute.

ou http://www.soufanieh.com/FRANCAIS/20071002.can.fre.pez.Soufanieh.fetera.bientot.ses.25ans.pdf

[5] Voir à ce sujet l’entretien « conduit par Frédéric Pichon » en octobre 2014 avec le Patriarche Grégoire III Laham : « la Syrie, dois-je seulement le rappeler, est un État laïque… Elle est même l’État le plus laïque de la région ! Le Liban n’est pas un État laïque, Israël non plus, nos autres voisins guère davantage…Parmi les rebelles, nombreux sont ceux qui ne sont pas des Syriens, qui n’ont pas une vision syrienne de la société ; c’est la vraie raison pour laquelle ont eu lieu tous ces massacres de personnes sur la seule base de leur appartenance religieuse. C’est quelque chose de profondément étranger à la tradition syrienne. Ici, en Syrie, on ne parle jamais de sa confession : le régime, malgré tous ses défauts, est parvenu à faire émerger un véritable sentiment national. C’est cela, l’exception syrienne ! » http://www.les-crises.fr/syrie-les-chretiens-dans-la-tourmente/

[6] Encore, Le séminaire, livre XX, Jacques Lacan, Ed. du Seuil, 1973, Paris, p. 70.

[7] Portraits de femmes, Pietro Citati, Ed. Gallimard, Paris, 2001 pour la traduction française, p. 24 et suivantes.

[8] Encore, p. 70-71

[9] En précisant aussi que si les stigmates sont apparus dès 1982 (et ont eu lieu six fois depuis) les messages entendus par Myrna commencent en 2004, donc bien avant la période de crise puis de guerre en Syrie.

[11] Sur Samantha Power voir notamment : « La face cachée de lAdministration Obama », T. Meyssan, 10 novembre 2015, http://www.voltairenet.org/article189204.html

[13] Voir Discours de François Hollande à la 3ème réunion des amis du peuple syrien, notamment les cinq points de décision finale, et constat (juillet 2012) : « une chose est certaine, c’est que le régime de Bachar Al-Assad ne tiendra pas » http://www.voltairenet.org/article174994.html .
Les «  Amis de la Syrie » ont compté 124 Etats et 16 organisations internationales.

[14] Idem : « La face cachée de lAdministration Obama »

[15] The Power of Israel in the United States, Clarity Press, Inc. (2006).

Voir aussi de James Petras Le sabotage des négociations de paix américano-iraniennes : http://www.voltairenet.org/article180887.html

[16] Lettre au Premier Ministre Netanyahu, 30 octobre 2014 : http://www.voltairenet.org/article186961.html .

Voir aussi la vidéo : https://www.youtube.com/watch?v=6DitoiYXT5M

et, site du mouvement (en trois langues : hébreu, anglais et … russe !) : « Notre vision et nos objectifs » : http://en.cis.org.il/our-vision/ . Commentaire dans le Jerusalem Post du

3 janvier 2015 : http://www.jpost.com/Israel-News/Former-Israeli-security-commanders-Netanyahu-speech-will-bring-Iran-closer-to-the-bomb-392565

[17] Poursuivant cette analyse dans un autre entretien le lendemain, TM nous dira « le problème est que les sponsors des terroristes ne voudront pas perdre tout l’argent qu’ils ont investi dans ces mouvements : où les enverront-ils ensuite pour les utiliser ? Ukraine, Caucase..? »

[18] 86 morts et 186 blessés, le 10 octobre 2015 : http://www.voltairenet.org/article189047.html

[19] Voir « Larmée russe affirme sa supériorité en guerre conventionnelle », T. Meyssan, 19 octobre 2015,  Réseau Voltaire, http://www.voltairenet.org/article189038.html

[20] Dans les camps -Zaatari- où nos agents des affaires étrangères vont faire des visites et interviews ?  Cf. Fabius et Burgat, http://www.mondialisation.ca/quelques-figures-de-vitalite-artistique-intellectuelle-et-mediatique-la-syrie-du-mucem/5371380

[21] « Alain Juppé n’est pas seulement en conflit avec son administration, mais aussi avec ses collègues de l’Intérieur et de la Défense. Claude Guéant et Gérard Longuet auraient non seulement négocié avec le général Assef Chawkat l’exfiltration des agents français présents dans l’Émirat islamique de Baba Amr, comme le Réseau Voltaire l’a relaté [2], mais aussi la libération de trois commandos français détenus par la Syrie [3].

Dimanche 18 mars, le quotidien pro-syrien Ad-Diyar, édité à Beyrouth, a confirmé que trois prisonniers français ont été remis au chef d’état-major des armées (CEMA), lamiral Édouard Guillaud, lors d’un déplacement au Liban, prétendument effectué à l’occasion de la réorganisation du contingent français de la FINUL. Selon une source syrienne de haut niveau, l’amiral aurait en échange personnellement veillé au complet démantèlement de la base arrière que les services militaires français avaient installée au Liban » : http://www.voltairenet.org/article173169.html .

Voir aussi :

« Pourquoi la France veut-elle renverser la République arabe syrienne ? » T. Meyssan, 12 octobre 2015, Réseau Voltaire, T. Meyssan :   http://www.voltairenet.org/article189002.html

[22] Voir : «Clinton, Juppé, Erdoğan, Daesh et le PKK », T. Meyssan, 3 août 2015,

http://www.voltairenet.org/article188313.html

[23] Al Manar, 14 octobre : «Or la grande surprise est que les forces gouvernementales ont lancé en même temps une offensive à l’est de la capitale, dans la Ghouta orientale. Et il est question d’une avancée à Harasta et Jobar. Selon l’agence russe Sputnik, citant une source militaire syrienne, les troupes syriennes ont repris le contrôle de plusieurs bâtiments, dont l’usine des eaux Rima. La Ghouta orientale est sous le diktat de la milice wahhabite pro saoudienne Jaïch al-Islam, dirigée par Zahrane Allouche »

http://www.almanar.com.lb/french/adetails.php?eid=263877&cid=18&fromval=1&frid=18&seccatid=37&s1=1

Une rumeur à Damas avait annoncé la mort du chef salafiste Z. Allouche ce jour-là ; il a finalement été tué par un bombardement de l’armée syrienne le 25 décembre, dans un bâtiment où se tenait une réunion de chefs « rebelles » (comme disent nos médias et « spécialistes » politologues anciens expatriés à Damas, qui ont débarrassé le plancher au début de la crise).

[24] http://www.politiqueinternationale.com/revue/article.php?id_revue=146&id=1348&content=synopsis ou

http://www.les-crises.fr/dans-lombre-de-bachar-el-assad/

Et

http://www.politiqueinternationale.com/revue/article.php?id_revue=146&id=1347&content=synopsis publié le 3 décembre 2015

Ou http://www.les-crises.fr/syrie-les-chretiens-dans-la-tourmente/ . Cet entretien se trouve aussi, en cherchant bien, sur le blog de l’auteur : http://frederic-pichon.com/resources/drChaabane.pdf . Je n’y ai pas trouvé celui du patriarche Grégoire III.

Photo par Rebecca : Marie-Ange Patrizio (à gauche) avec Soeur Rafqa, Monastère de Mar Yakub, Syrie.
 
 
Marie-Ange Patrizio, psychologue, est également traductrice, membre de comaguer, comité Comprendre et agir contre la guerre, Marseille
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ALAIN MARSAUD : « L’ETAT FRANÇAIS A FACILITE LES ACTIONS D’AL-NOSRA… » Par Maxime Chaix.

5 Janvier 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #La finance dérégulée, #Europe supranationale, #L'OTAN., #AMERIQUE, #La Russie, #Terrorisme, #Daesch, #le nazisme, #La Turquie

L’Envers des Cartes du 4 janvier 2016

ALAIN MARSAUD : « L’ETAT FRANÇAIS A FACILITE LES ACTIONS D’AL-NOSRA… »

Le 26 novembre dernier, le député et ancien juge antiterroriste Alain Marsaud (LR) répondait aux questions des internautes. À cette occasion, il m’avait indiqué qu’une enquête parlementaire susceptible d’exposer le soutien du Front al-Nosra par l’État français en Syrie avait été refusée par la majorité. D’après lui, ce refus visait à ne pas embarrasser le gouvernement. Je l’ai donc sollicité afin d’obtenir des précisions sur cette question épineuse, qui est occultée par les médias français malgré d’autres accusations compromettantes formulées par des experts et par différents parlementaires de l’opposition.

Selon le député Marsaud, « il n’est pas sérieusement contesté qu’à un moment ou un autre l’État français a facilité les actions d’al-Nosra qui, je vous le rappelle, est une filiale d’al-Qaïda [en Syrie]. J’ai eu l’occasion de montrer à l’Assemblée Nationale des photos de combattants d’al-Nosra en possession de fusils d’assaut français. Il n’y avait bien évidemment aucune volonté du gouvernement français de voir mis en évidence une telle collaboration avec un groupe terroriste. Ainsi fut rejetée toute idée d’enquête parlementaire. »

Je me suis donc intéressé aux propositions d’enquêtes parlementaires sur ce sujet en consultant le site l’Assemblée Nationale. La seule demande que j’ai pu trouver est celle du député Jacques Bompard (LS), qui avait proposé une commission d’enquête sur « le soutien de la France à la rébellion syrienne » à la suite des attentats de Charlie Hebdo, de l’Hyper Cacher et de Montrouge en janvier 2015. L’assistant parlementaire du député Bompard m’a expliqué que cette enquête avait été refusée à deux occasions par la majorité. Déclarant ne pas avoir été surpris par ces refus, il a souligné que cette question dépasse les clivages partisans, et qu’une telle démarche aurait dû être soutenue par les députés de chaque parti politique. Il m’a également rappelé qu’une commission d’enquête parlementaire, si elle est approuvée, dispose de moyens d’investigation supérieurs à ceux de la Justice, dont la levée du secret-défense. Il semble donc que, lorsque les politiques profondes de l’Exécutif français sont mises en cause, la raison d’État l’emporte sur la nécessaire transparence démocratique de nos institutions.

Hélas, en novembre dernier, la France a été à nouveau frappée par des jihadistes, et il s’avère que la majorité d’entre eux avaient combattu en Syrie. De ce fait, j’ai demandé à Alain Marsaud s’il lui semblait cohérent que le gouvernement français soutienne clandestinement al-Qaïda contre Bachar el-Assad tout en affirmant être en guerre contre Dae’ch. D’après le député, « nous assistons à une recomposition de la ligne de conduite de la diplomatie française, qui comprend aujourd’hui qu’elle s’est fourvoyée dans sa politique syrienne. À la suite des attentats du 13-Novembre, nous recherchons des alliés, ceux-ci se montrent exigeants et ne peuvent accepter aucune compromission avec tel ou tel groupe islamiste. Le plus étonnant est qu’on en arrive à dire que l’on va combattre aux côtés des troupes syriennes de Bachar el-Assad. »

Ce revirement, qui implique un rapprochement franco-russe, est considéré par certains comme un aboutissement de la synthèse « hollandaise », quand d’autres le jugent plus sévèrement. Il n’en demeure pas moins qu’en Syrie, les puissances occidentales, et pas seulement la France, ont été impliquées en profondeur dans le soutien de forces pas aussi « modérées » qu’elles nous ont été décrites jusqu’à présent.

En effet, trois semaines avant les attentats du 13-Novembre, la représentante états-unienne Tulsi Gabbard expliquait sur CNN que la CIA soutient clandestinement al-Qaïda pour renverser Bachar el-Assad. Le 19 novembre, elle a introduit une proposition de loi à la Chambre des Représentants pour stopper cette guerre secrète de la CIA et de ses alliés, qu’elle a décrite comme étant « illégale et contreproductive », et qui perdure malgré les attentats de Paris et de San Bernardino. Depuis l’intervention russe en Syrie, d’autres sources ont confirmé une intensification de l’aide de la France et des États-Unis en faveur d’« islamistes réputés fréquentables », pour reprendre l’expression ironique de l’éditorialiste du Point Michel Colomès.

À la suite des attentats du 13-Novembre, j’ai demandé à Alain Marsaud s’il pensait que les États-Unis et leurs alliés, dont le gouvernement français, allaient interrompre leur soutien de factions jihadistes pour renverser le gouvernement syrien. D’après le député, « nos politiques militaristes, européistes et moralisatrices ont entrainé le chaos moyen-oriental de l’Irak à la Syrie, en passant par les autres pays en révolution. La prise de conscience de la part des Américains et de la France est en cours, du moins souhaitons-le. Le réalisme nous amènera sans doute à côtoyer des gens plus fréquentables et à mettre fin à un impérialisme sur la zone moyen-orientale qui ne nous a coûté que des morts. »

On ne peut que partager ce constat du député Marsaud, si l’on garde en tête que le bilan humain des guerres moyen-orientales de l’Occident est désastreux. Saluons également son objectivité, lorsqu’il reconnaît que « [n]os politiques militaristes, européistes et moralisatrices ont entrainé le chaos moyen-oriental de l’Irak à la Syrie, en passant par les autres pays en révolution. » En effet, le député fait implicitement référence à la Libye, et l’ancienne majorité dont il est issu partage une lourde responsabilité dans le chaos qui s’est imposé dans ce pays, et qui s’est étendu en Syrie. D’une part, le mauvais calcul du gouvernement sarkozyste dans le dossier syrien a placé la France dans une impasse diplomatique dont a hérité la majorité actuelle, et qui se résume en une phrase aussi intransigeante qu’irréaliste : « Assad doit partir ». Par ailleurs, dès l’intervention en Libye, l’État français présidé par Nicolas Sarkozy a clandestinement soutenu des forces pas aussi « modérées » qu’elles nous avaient été décrites dans les médias. En effet, en août 2014, le Washington Post a publié un important article intitulé « Les terroristes qui nous combattent aujourd’hui ? Nous venons tout juste de les entraîner ».

D’après cette analyse, « au cours de nombreux entretiens menés ces deux derniers mois [avec des membres de l’État Islamique et du Front al-Nosra], ils ont décrit comment l’effondrement sécuritaire durant le Printemps arabe les a aidés à recruter, à se regrouper et à utiliser en leur faveur la stratégie occidentale – c’est-à-dire le soutien et l’entraînement de milices afin de combattre des dictateurs. “Des Britanniques et des Américains nous avaient [également] entraînés durant le Printemps arabe en Libye”, d’après un homme surnommé Abou Saleh, qui a accepté d’être interrogé si son identité restait secrète. [Ce dernier], qui est originaire d’une ville proche de Benghazi, affirma qu’un groupe de Libyens et lui-même avaient bénéficié dans leur pays d’entraînements et de soutien de la part des forces [spéciales] et des services secrets français, britanniques et états-uniens – avant de rejoindre le Front al-Nosra ou l’État Islamique [en Syrie]. Interrogées pour cet article, des sources militaires arabes et occidentales ont confirmé les affirmations d’Abou Saleh, selon lesquelles des rebelles en Libye avaient bénéficié d’“entraînements” et d’“équipements” durant la guerre contre le régime de Kadhafi. »

Ces politiques profondes ont donc été confirmées par des sources de haut niveau, et il semblerait que l’extrémisme des combattants entraînés par les services spéciaux occidentaux était parfois connu des autorités. En effet, toujours d’après cet article du Washington Post, « nous disposions dès le départ de renseignements nous indiquant que les groupes radicaux avaient profité du vide engendré par le Printemps arabe, et que certains des individus que les États-Unis et leurs alliés avaient entraîné à combattre pour la “démocratie” avaient des objectifs jihadistes – au préalable ou pas – [lorsqu’ils] rejoignirent al-Nosra ou l’État Islamique”, d’après un haut responsable des renseignements d’un pays arabe interrogé récemment. »

À l’aune de ces révélations, toute la lumière doit être faite sur les politiques profondes de l’État français et de ses alliés en Libye et en Syrie. En effet, il est inacceptable que des réseaux terroristes soient considérés par les puissances de l’OTAN comme des alliés clandestins pour renverser des gouvernements étrangers, tandis que les crimes des jihadistes en Occident justifient un durcissement sécuritaire permanent et un état de guerre perpétuelle.

Ce phénomène qui s’autoalimente n’a pas encore suscité une indispensable rationalisation des politiques étrangères occidentales à l’égard des pétromonarchies du Golfe et de la Turquie, dont le soutien de milices terroristes est de notoriété publique. Au contraire, ce processus engendre des lois d’exception sans cesse plus « démocracides », comme on peut l’observer avec la réforme constitutionnelle sur l’état d’urgence qui est loin de faire l’unanimité au Parlement français. Hélas, ce processus engendre la légalisation et l’extension incontrôlée d’une surveillance de masse extrajudiciaire avant tout favorable à des intérêts privés et étrangers, mais totalement inefficace pour empêcher des attentats – du moins selon la NSA elle-même, ou d’après l’ancien responsable du contre-terrorisme à la DGSE. Dans ce contexte, comment pouvons-nous accepter que nos libertés publiques soient inutilement sacrifiées, alors que des groupes jihadistes pourtant hostiles sont clandestinement soutenus par nos États pour renverser des gouvernements étrangers ?

Comme l’avait déclaré le député Alain Marsaud quelques mois avant l’adoption de la « Loi Renseignement », cette législation « peut permettre une police politique comme nous n’en avons jamais vue. » Cette loi est dorénavant mise en œuvre, et les administrations « non spécialisées » qui seront autorisées à en faire usage vont l’être par décret du Conseil d’État, et non par voie législative. Cette dérive autoritaire de l’Exécutif, qui invoque la lutte antiterroriste pour s’arroger des pouvoirs exorbitants sans contrepoids judiciaires ou parlementaires, est pour le moins préoccupante.

Au plan extérieur, la politique étrangère occidentale en Syrie semble être hors de contrôle, comme s’en était alarmée la représentante Tulsi Gabbard sur CNN en octobre dernier, lorsqu’elle déclara que « des armements US vont dans les mains de nos ennemis, al-Qaïda et ces autres groupes, des groupes islamistes extrémistes qui sont nos ennemis jurés. Ce sont des groupes qui nous ont attaqués le 11-Septembre, et nous étions censés chercher à les vaincre, mais pourtant nous les soutenons avec ces armes pour renverser le gouvernement syrien. (…) Je ne veux pas que le gouvernement des États-Unis fournisse des armes à al-Qaïda, à des islamistes extrémistes, à nos ennemis. Je pense que c’est un concept très simple : vous ne pouvez vaincre vos ennemis si, en même temps, vous les armez et vous les aidez ! C’est absolument insensé pour moi. »

Comme nous venons de le démontrer, le soutien clandestin de factions islamistes en Syrie n’est pas limité à celui de la CIA, les services spéciaux français, britanniques et leurs alliés moyen-orientaux étant étroitement impliqués dans ces politiques profondes qui menacent la paix mondiale – toujours selon Tulsi Gabbard. Face à cette situation d’instabilité globale, il est urgent que le gouvernement français, et plus généralement les États occidentaux :

1) interrompent les processus de durcissement sécuritaire permanent dans lesquels ils se sont engagés, qu’ils abrogent leurs politiques de surveillance massive et illégale de leurs populations, et qu’ils priorisent le renseignement humain et les actions judiciaires et policières pour combattre efficacement le fléau jihadiste. La « guerre contre le terrorisme » lancée par l’administration Bush à l’automne 2001 continuera d’enrichir une minorité de multinationales et leurs actionnaires, mais ne pourra qu’amplifier le désordre mondial et la haine antioccidentale. Les trois ouvrages de Peter Dale Scott traduits en français, dont le dernier vient d’être recensé par l’IRIS, le démontrent indiscutablement ;

2) cessent sans délai de soutenir clandestinement des factions extrémistes en Syrie, qui finissent par attaquer les populations occidentales et qui déstabilisent un nombre grandissant de pays ;

3) réévaluent leurs alliances avec les principaux soutiens étatiques du fléau jihadiste, tout en abandonnant leurs sanctions économiques contre des États luttant réellement contre le terrorisme, tels que l’Iran et la Russie. Il faudrait alors se rapprocher de ces pays, notamment au plan commercial. Ce processus a été lancé avec l’Iran, et les perspectives d’une intervention militaire désastreuse contre ce pays s’éloignent durablement. Comme l’avait écrit Montesquieu, « [l]’effet naturel du commerce est de porter à la paix. Deux nations qui négocient ensemble se rendent réciproquement dépendantes : si l’une a intérêt d’acheter, l’autre a intérêt de vendre ; et toutes les unions sont fondées sur des besoins mutuels. » Cette solution, bien qu’imparfaite, est nettement préférable au pillage brutal de nations entières à travers la « stratégie du choc », comme on a pu l’observer en Irak ou en Libye.

J’encourage donc mes concitoyens à dénoncer auprès de leurs élus les politiques profondes exposées dans cet article, puisqu’elles déstabilisent le monde et menacent nos démocraties. Essentiellement, je vous remercie de diffuser le plus largement possible cette analyse afin de sensibiliser votre entourage sur ces questions trop souvent ignorées ou déformées par les médias.

Maxime Chaix
http://maximechaix.info

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La course pour verrouiller la frontière nord de la Syrie

4 Janvier 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #La France, #Europe supranationale, #AMERIQUE, #La Turquie, #Daesch, #Terrorisme, #La Russie, #L'OTAN.

La course pour verrouiller la frontière nord de la Syrie

Si Damas – ou les Kurdes – sécurisent le dernier tronçon de la frontière entre la Syrie et la Turquie, c’en est fini de l’influence d’Ankara en Syrie.

Pepe Escobar

Par Pepe Escobar – Le 21 décembre 2015 – Source Russia Insider

Qui profite le plus du drame Russie-Turquie ? Aucun doute : c’est l’Empire du Chaos. Une Ankara désespérée dépend de l’étreinte de l’Otan.

Dans l’arène cruciale du Pipelineistan, le projet du Turkish Stream a été suspendu (mais pas annulé). L’intégration de l’Eurasie – le projet du XXIe siècle pour la Chine et la Russie – est gravement entravée.

Pendant ce temps, ce qui passe pour la stratégie de l’administration US est plus glissant qu’une anguille japonaise. Le milieu des think tanks US l’interprète comme un effort pour déconflictualiser le champ de bataille, et même comme la principale planche de salut de l’Otan en Syrie (États-Unis, Royaume-Uni, France, Allemagne, plus la Turquie) dans une vaste offensive supposée contre État islamique (EI). Supposée parce que toute l’opération est avant tout un jeu d’ombres. Et déconflictualiser pourrait plutôt signifier reconflictualiser.

Pas étonnant donc que le président Poutine ait interprété le tir du Sultan Erdogan contre le SU-24 comme parfaitement illogique. Ces raisons, bien sûr, incluent le pilonnage des Turkmènes – la cinquième colonne d’Ankara en Syrie du Nord – par l’Armée de l’air russe. Et l’assaut implacable des Russes sur le racket du pétrole syrien volé, qui implique une collusion entre quelques personnages turcs assez importants et État islamique.

Cela devient encore plus illogique quand on considère le domaine crucial de l’énergie. Ankara est dépendante à 27% pour le pétrole et à 35% pour le gaz naturel. L’an dernier, la Turquie a importé 55% de son gaz naturel de Russie et 18% d’Iran.

En raison de ses importants problèmes d’infrastructure, l’Iran ne sera pas de sitôt un concurrent important de Gazprom pour fournir du gaz naturel à la Turquie – et à l’Europe. En supposant qu’il soit relancé dans le futur, le Turkish Stream serait vraiment une bonne affaire pour la Turquie et pour l’Europe centrale et du Sud.

Bidouillez-moi une coalition

L’actuel jeu d’ombres – qui comprend le déploiement des Forces spéciales US au nord de la Syrie – ouvre la possibilité que les Turcs et les Américains soient sur le point de lancer une offensive majeure pour expulser État islamique du carrefour crucial de Jerablus. Le prétexte de Erdogan est bien connu : bloquer par tous les moyens la tentative des Kurdes syriens de l’YPG [Unités de protection du peuple kurde, NdT] d’unifier leurs trois régions au nord de la Syrie. Dans ce corridor, Erdogan veut installer un ramassis vague et douteux de Turkmènes – ses sbires – mêlé à des rebelles modérés sunnites non spécifiés, gardant ouvertes toutes les lignes de communication (et de contrebande) avec la Turquie.

Les Kurdes syriens, d’autre part, veulent y arriver les premiers. Avec le soutien aérien des Américains… Et avec le soutien aérien des Russes. C’est l’un des aspects sur lesquels l’équipe d’Obama et le Kremlin sont d’accord à propos de la Syrie – au désespoir absolu du Sultan. Le non-dit qui circule à Ankara est que la Turquie serait prête à une poussée terrestre sur Jerablus, mais seulement sous couverture américaine. Totalement absurde, si on considère que Washington et Ankara ne voient pas du tout l’issue du même œil.

Pendant ce temps, discutant de la Syrie à Moscou, le secrétaire d’État étasunien John Kerry a été contraint de convenir, officiellement, avec le ministre russe des Affaires étrangères Sergei Lavrov, que c’est au peuple syrien lui-même, par des élections, de décider du futur de Assad. Donc même l’administration Obama paraît maintenant donner l’impression que le mantra «Assad doit partir» pourrait être mort et enterré.

Pas si vite. Le jeu d’ombres continue à faire solidement partie de l’équation. Après tout, la fameuse liste du hit parade des terroristes, objet maintenant d’un marchandage entre tous les acteurs, doit être approuvée par… la Turquie et l’Arabie saoudite, qui continuent à militariser toutes sortes de serpents à sonnette du désert, tant qu’ils tintinnabulent «Assad doit partir».

Dans cette fosse à serpents rampe la blague de la saison des vacances : la coalition antiterroriste conduite par Riyad, formée de 34 pays «provenant de tout le monde islamique». Le fauteur de la guerre au Yémen, le vice-prince héritier et ministre de la Défense Mohammed bin Salman, a même promis que le boucan de cette nouvelle martingale improbable stopperait les flux financiers vers les terroristes. Comme si la Maison des Saoud allait décapiter ses propres imams locaux, barjots, pieux, et riches financiers.

Cette coalition intégrée dans celle qui existe déjà, la Coalition des opportunistes douteux (COD) dirigée par les États-Unis, monstrueusement inefficace, est de la manipulation pure. L’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis (EAU) n’ont absolument rien fait contre État islamique depuis l’été. Ils ont plutôt allègrement bombardé le Yémen. Leurs armées sont infestées de mercenaires. Sans mercenaires, pas d’armée saoudienne. Le Pakistan et l’Égypte ont des armées, mais ils sont épuisés par des problèmes internes catastrophiques et ne transféreront pas de troupes dans le bourbier qu’est le Syraq, même s’ils étaient achetés avec une montagne de pétrodollars.

Avec cette histoire, concoctée par les lobbyistes avertis d’Edelman, Riyad croit qu’elle peut donner le change sur ses efforts pour briser la Syrie.

Un décompte de la population syrienne, incluant les masses de réfugiés, représenterait quelque chose comme 14% de chiites alaouites, 5% de chrétiens, 3% de druzes, 1% de chiites duodécimains [les chiites qui croient dans l’existence des douze imams, NdT], 10% de Kurdes – dans leur grande majorité de gauche – et environ 40% de sunnites, la plupart laïques et beaucoup d’entre eux de gauche aussi, sans parler de l’élite confortable qui fait des affaires à Damas et à Alep, c’est-à-dire en accord avec le gouvernement depuis des générations.

La croyance de Riyad – et d’Ankara – qu’une petite brochette de djihadistes salafistes, par une persuasion quelconque, serait capable de rompre un équilibre aussi complexe, sans parler de diriger toute une nation, défie toute explication logique.

La bataille pour la frontière

Donc tout dépend maintenant de la bataille pour la frontière. Les Kurdes syriens ont bruyamment annoncé quelque chose du genre «Les vrais Kurdes vont à Jerablus». Jerablus est, en résumé, le dernier point d’appui de la Turquie en Syrie (l’Armée de l’air russe a exterminé presque toute la colonne combattante turkmène au nord de Lattaquié).

Imaginez un corridor d’unification kurde – allant d’Efrin au reste du Rojava. Cela signifie une Turquie coupée de la Syrie ; fondamentalement, la fin de la route djihadiste ; la fin des services secrets turcs offrant un soutien logistique fastueux à Daesh, depuis les Big Macs jusqu’aux vacances en Turquie ; la fin de la route de Daesh avec le pétrole syrien volé. Sans parler de l’YPG – allié avec le PKK – qui contrôle une province semi-autonome dotée du statut de proto-État.

Mais ne vous y trompez pas : le Sultan fera tout pour l’empêcher. État islamique n’a jamais été une menace existentielle pour Ankara. Au contraire, il a toujours été un allié indirect très utile. Ankara continuera à alimenter le mythe que la voie pour vaincre Daesh passe par le changement du régime de Assad.

La Russie a démasqué le bluff. Pourtant le canard boiteux qu’est l’administration Obama est toujours irrésolu : devrions-nous utiliser Erdogan même s’il essaie imprudemment d’opposer directement l’Otan à la Russie ? Ou devrions-nous le laisser tomber ? La réponse tient à qui, et comment, remportera la bataille pour la frontière.

Article original paru sur Russia Today

Traduit par Diane, édité par jj, relu par Diane pour le Saker Francophone

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Participation de OTAN et de l’Union européenne au terrorisme. Comment la Bulgarie a fourni des drogues et des armes à Al-Qaïda et à Daesh.

4 Janvier 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #La République, #L'OTAN., #Europe supranationale, #AMERIQUE, #La Russie, #Ukraine, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #Daesch

Participation de l’Otan et de l’Union européenne au terrorisme

Comment la Bulgarie a fourni des drogues et des armes à Al-Qaïda et à Daesh

Les meilleurs secrets ont une fin. Le cartel mafieux qui gouverne la Bulgarie s’est fait prendre alors qu’il a fourni, à la demande de la CIA, des drogues et des armes à Al-Qaïda et à Daesh, à la fois en Libye et en Syrie. L’affaire est d’autant plus grave que la Bulgarie est membre de l’Otan et de l’Union européenne.

| Damas (Syrie)
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Chef de l’un des deux cartels mafieux bulgares, la SIC, Boïko Borissov* est devenu Premier ministre. Alors que son pays est membre de l’Otan et de l’Union européenne, il a fourni des drogues et des armes à Al-Qaïda et à Daesh en Libye et en Syrie.
 
*Boïko Borissov est petit-fils du maire de Bankya, qui fut exécuté par les communistes en 1944 pour avoir collaboré avec le Troisième Reich....
 

Il semble que tout ait commencé par hasard. Depuis une trentaine d’années, la fénétylline était utilisée comme dopant dans les milieux sportifs ouest-allemands. Selon l’entraîneur Peter Neururer, plus de la moitié des joueurs en prenaient régulièrement [1]. Des trafiquants bulgares y virent une occasion. De la dissolution de l’Union soviétique à l’entrée dans l’Union européenne, ils commencèrent à la produire et à l’exporter illégalement en Allemagne sous le nom de Captagon.

Deux groupes mafieux se livrèrent une solide concurrence, Vasil Iliev Security (VIS) et Security Insurance Company (SIC), dont dépendait le karateka Boïko Borissov. Ce sportif de haut niveau, professeur à l’Académie de police, créa une société de protection de hautes personnalités et devint le garde du corps aussi bien de l’ancien président pro-soviétique Todor Jivkov que du pro-US, Siméon II de Saxe-Cobourg-Gotha. Dès que ce dernier devint Premier ministre, Borissov fut nommé directeur central du ministère de l’Intérieur, puis élu maire de Sofia.

En 2006, l’ambassadeur des États-Unis en Bulgarie (et futur ambassadeur en Russie), John Beyrle, dresse un portrait de lui dans un câble confidentiel révélé par Wikileaks. Il le présente comme lié à deux grands chefs mafieux, Mladen Mihalev (dit « Madzho ») et Roumen Nikolov (dit « Le Pacha ») [2], les fondateurs de la SIC.

En 2007, sur la foi d’un rapport réalisé par une grande société suisse, U.S. Congressional Quarterly assure qu’il avait étouffé de nombreuses enquêtes au ministère de l’Intérieur et se trouvait lui-même impliqué dans 28 assassinats mafieux. Il serait devenu un partenaire de John E. McLaughlin, le directeur adjoint de la CIA. Il aurait installé en Bulgarie une prison secrète de l’Agence et aurait aidé à fournir une base militaire dans le cadre du projet d’attaque de l’Iran, poursuivait le journal [3].

En 2008, le spécialiste allemand du crime organisé, Jürgen Roth, qualifie Boïko Borisov d’« Al Capone bulgare » [4].

Devenu lui-même Premier ministre et alors que son pays était déjà membre de l’Otan et de l’UE, il fut sollicité par l’Agence pour aider à la guerre secrète contre Mouamar el-Kadhafi. Boïko Borissov fournit du Captagon, fabriqué par la SIC, aux jihadistes d’al-Qaïda en Libye. La CIA rendit cette drogue de synthèse plus attractive et plus performante en la mêlant avec une drogue naturelle, le haschich, ce qui permit de plus facilement manipuler les combattants et de les rendre plus effrayants, dans la ligne des travaux de Bernard Lewis [5]. Par la suite, Borissov étendit son marché à la Syrie.

Mais le plus important vint lorsque la CIA, utilisant les particularités d’un ex-État membre du Pacte de Varsovie ayant rejoint l’Otan, lui acheta pour 500 millions de dollars d’armements de type soviétique et le transporta en Syrie. Il s’agissait principalement de 18 800 lance-grenades antichars portables et 700 systèmes de missiles antichars Konkurs.

Lorsque le Hezbollah envoya une équipe en Bulgarie pour s’informer sur ce trafic, un autobus de vacanciers israéliens fit l’objet d’un attentat à Burgas, faisant 32 blessés. Immédiatement, Benjamin Netanyahu et Boïko Borissov accusèrent la Résistance libanaise, tandis que la presse atlantiste diffusa de nombreuses imputations sur le supposé kamikaze du Hezbollah. En définitive, le médecin légiste, le Dr. Galina Mileva, observa que sa dépouille ne correspondait pas aux descriptions des témoins ; un responsable du contre-espionnage, le colonel Lubomir Dimitrov, nota qu’il ne s’agissait pas d’un kamikaze, mais d’un simple porteur, et que la bombe avait été déclenchée à distance, probablement à son insu ; alors que la presse accusait deux arabes de nationalité canadienne et australienne, la Sofia News Agency cita un complice états-unien connu sous le pseudonyme de David Jefferson. De sorte que lorsque l’Union européenne s’empara de l’affaire pour classer le Hezbollah « organisation terroriste », le ministre des Affaires étrangères de la courte période où Borissov fut exclu du pouvoir exécutif, Kristian Vigenine, souligna qu’en réalité, rien ne permet de lier l’attentat à la Résistance libanaise [6].

À partir de la fin 2014, la CIA cessa ses commandes et fut remplacée par l’Arabie saoudite qui put ainsi acheter non plus des armes de type soviétique, mais du matériel de l’Otan, comme des missiles antichar filoguidés BGM-71 TOW. Bientôt, Riyad fut appuyé par les Émirats arabes unis [7]. Les deux États du Golfe assurèrent eux-même la livraison à Al-Qaïda et à Daesh, via Saudi Arabian Cargo et Etihad Cargo, soit à Tabuk à la frontière saoudo-jordanienne, soit à la base émirati-franco-US d’Al-Dhafra.

En juin 2014, la CIA en rajoute une couche. Il s’agit cette fois d’interdire à la Bulgarie de laisser passer sur son territoire le gazoduc russe South Stream qui aurait pu approvisionner l’Europe occidentale [8]. Cette décision, qui prive la Bulgarie de revenus très importants, permet d’une part de ralentir la croissance de l’Union européenne, conformément au plan Wolfowitz [9] ; d’autre part, d’appliquer les sanctions européennes contre la Russie prises sous le prétexte de la crise ukrainienne ; ensuite de développer le gaz de schiste en Europe orientale [10], enfin de maintenir l’intérêt à renverser la République arabe syrienne, possible grand exportateur de gaz [11].

Aux dernières nouvelles, la Bulgarie —État-membre de l’Otan et de l’Union européenne— persiste à fournir illégalement des drogues et des armes à Al-Qaïda et à Daesh, malgré la récente résolution 2253 adoptée à l’unanimité par le Conseil de sécurité de l’Onu.

[1] „Doping war im Fußball gang und gäbe“, Frankfürter Allgemeine Zeitung, 13 juin 2007.

[2] “Bulgaria’s most popular politician : great hopes, murky ties”, John Beyrle, May 5, 2006.

[3] “Bush’s Bulgarian Partner in the Terror War Has Mob History, Investigators Say”, Jeff Stein, U.S. Congressional Quarterly, May 2007.

[4] Die neuen Dämonen, Jürgen Roth, 2008.

[5] The Assassins : A Radical Sect in Islam, Bernard Lewis, Weidenfeld & Nicolson, 1967.

[6] « La Bulgarie ne tient pas le Hezbollah responsable de l’attentat de Burgas », Réseau Voltaire, 7 juin 2013.

[7] « Mise à jour d’une nouvelle filière de trafic d’armes pour les jihadistes », par Valentin Vasilescu, Traduction Avic, Réseau Voltaire, 24 décembre 2015.

[8] « Le sabotage du gazoduc South Stream », par Manlio Dinucci, Tommaso di Francesco, Traduction Marie-Ange Patrizio, Il Manifesto (Italie), Réseau Voltaire, 10 juin 2014.

[9] « US Strategy Plan Calls For Insuring No Rivals Develop » and « Excerpts from Pentagon’s Plan : "Prevent the Re-Emergence of a New Rival" » Patrick E. Tyler, New York Times, March 8, 1992. « Keeping the US First, Pentagon Would preclude a Rival Superpower » Barton Gellman, The Washington Post, March 11, 1992.

[10] « South Stream bloqué, la "claque" des États-Unis à l’Union européenne », par Manlio Dinucci, Traduction Marie-Ange Patrizio, Il Manifesto (Italie), Réseau Voltaire, 5 décembre 2014.

[11] « La Syrie, centre de la guerre du gaz au Proche-Orient », par Imad Fawzi Shueibi, Réseau Voltaire, 8 mai 2012.

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Syrie : Du ciel à la terre, les hommes de Kweires ont gagné leur pari

3 Janvier 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #AMERIQUE, #La France, #La finance dérégulée, #Le grand banditisme, #La République, #La Russie, #Terrorisme, #Daesch

Syrie : Du ciel à la terre, les hommes de Kweires ont gagné leur pari

Syrie : Du ciel à la terre, les hommes de Kweires ont gagné leur pari

3/01/2016 – Pour démarrer l’année 2016, nous vous proposons la rediffusion de ce texte traduit par Mouna Alno-Nakhal sur la libération de l’Aéroport de Kweires, symbole de la résistance de l’Armée Arabe Syrienne, qui peut être considéré comme un basculement dans la guerre en Syrie.

« Personnellement, je trouve que le récit des guerriers de Kweires, pour la force de son exemplarité et l’espoir qu’il fait renaître quant à la noblesse de la nature humaine, superbement traduit par Mouna, pourrait y trouver sa place. Ce serait aussi un hommage d’exception pour un peuple d’exception qui résiste et qui souffre » (Maria).<a title="Site externe : http://Personnellement, je trouve que le récit des guerriers de Kweires, pour la force de son exemplarité et l" target="_blank" souffre."="" qui="" et="" résiste="" d'exception="" peuple="" un="" pour="" hommage="" aussi="" serait="" ce="" place.="" sa="" trouver="" y="" pourrait="" mouna,="" par="" traduit="" superbement="" humaine,="" nature="" la="" de="" noblesse="" à="" quant="" renaître="" fait="" qu'il="" espoir=""> RI

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Par Ugarit Dandache

Ce 15 décembre, je reçois un lien ouvrant sur un documentaire de la chaîne Al-Mayadeen accompagné du message d’une amie franco-italienne qui m’écrit :

«…sourires, douceur des regards de ces jeunes, de cette maman et de cet ancien qui me font pleurer comme une madeleine même si je ne comprends rien. La beauté de l’humain civilisé opposé à ces êtres hurleurs qui incarnent la trahison de l’humain… Il s’agit là d’un hommage unique à tous ceux qui se sacrifient sur et pour la terre syrienne qui renferme les germes de l’humanité… Le monde ne sait rien de la Syrie, tout a été déformé sinon calomnié avec une telle application ! ».

Le documentaire est l’œuvre de la journaliste libanaise, Mme Ugarit Dandache, qui a suivi les traces des Houmatal’diyari [Les défenseurs de la patrie : nom commun des soldats syriens] depuis le début de la guerre. Difficile de le restituer par écrit. Peut-être serait-il possible d’en saisir l’essentiel en regroupant les séquences disparates des intervenants pour la commodité du récit, abstraction faite des attaquants hurleurs et de la propagande mensongère repartie de plus belle dans nos médias hexagonaux. Peut-être…

Je me contenterai de rappeler que le 10 Novembre 2015, le porte-parole des Forces armées syriennes annonçait la libération de l’Aéroport de Kweires, situé dans le gouvernorat d’Alep, et que le président syrien a parlé d’une nouvelle épopée qui venait s’ajouter à tant d’autres actes de bravoure de l’Armée arabe syrienne.

Au lecteur de juger si ces hommes sont fidèles à leur devise : « Watan, Charaf, Ikhlas », signifiant Patrie, Honneur, Dévouement [NdT].

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LE SIÈGE DE KWEIRES

Des soldats syriens près de l'aéroport militaire de Kweyris, ...

Des soldats syriens près de l’aéroport militaire de Kweyris, …

L’Armée arabe syrienne a réussi à libérer l’École de l’air, qu’il est convenu de désigner par « Aéroport de Kweires », une base militaire aérienne située à 35 Kms à l’est d’Alep, brisant ainsi un siège qui durait depuis près de trois ans et réalisant une importante avancée dans la profondeur d’une région contrôlée par Daech [EIIL ou État Islamique en Irak et au Levant].

En effet, l’aéroport de Kweires s’étend sur une surface de 25 Kms carrés environ et se trouve à 15 Kms de « Al-Bab » au nord, le bastion le plus important de Daech dans la campagne orientale d’Alep.

Le siège de l’aéroport a commencé fin 2012 quand les groupes armés de l’ASL [La prétendue armée syrienne libre, une coquille désormais vide qu’on tente de farcir par de prétendus opposants dits modérés ou démocrates…NdT] avaient réussi à couper toutes les voies terrestres, obligeant l’Armée nationale à ravitailler les occupants de la base principalement par voie aérienne héliportée. Les atterrissages ont continué pendant environ un an et demi, mais sont devenus pratiquement impossibles à partir du moment où les éléments armés de Jabhat al-Nosra -ayant envahi les villages environnants dès 2013- sont entrés en possession d’armes de plus en plus sophistiquées et que Daech s’étendait dans la campagne est, à partir de Raqqa ; les hélicoptères devenant à portée des tirs.

Début 2014, Daech a fini par évincer Jabhat al-Nosra, menant un siège de plus en plus hermétique et des attaques de plus en plus nombreuses, mettant tout son poids pour entrer dans l’aéroport, usant de toutes sortes d’armes et de dizaines d’engins piégés sans réussir à briser ses fortifications, sauf une seule fois en atteignant les habitations des officiers côté sud-ouest […].

Les pilotes de Kweires ont été entraînés pour défendre le ciel de la patrie, mais les circonstances ont fait qu’ils se sont posés sur la terre pour faire face aux forces les plus terriblement extrémistes. Une guerre des volontés, entre des envahisseurs de plus en plus supérieurement équipés et des assiégés affamés, conscients du poids de l’obligation de défendre la dernière position de l’État en cette région de la terre patrie. Et, du ciel à la terre, les pilotes de Kweires ont gagné leur pari.

LA FAMILLE FARHA

  • Témoignage de M. Farha, père de Issam, Allam et Issa :
Syrie : Du ciel à la terre, les hommes de Kweires ont gagné leur pari

 

Nos trois fils étaient enthousiastes et déterminés à rejoindre l’Armée. Nous ne nous sommes pas mis au travers de leur chemin. Le hasard a fait qu’ils se sont retrouvés au même endroit. Nous avons connu des moments très difficiles, vivant leurs problèmes quotidiens en écoutant les rapports militaires du secteur. Dire que nous n’avons pas eu peur ? Nous avons eu très peur. Mais, Dieu merci, ils se sont comportés en héros et ont réussi des exploits.

J’ai entendu de plusieurs sources qu’il n’était pas question pour eux de manquer une bataille, que ce soit leur tour ou pas. Ils sont toujours restés ensemble. L’un d’eux a été malade. Il est rentré se faire soigner dans les pires des conditions. Ils nous ont appelés de l’Académie pour nous dire de ne pas le laisser repartir… Il est reparti parce qu’il tenait à aider ses frères.

Ici, à la montagne, nous avons mené une vie dure, elle n’a jamais été douce. Je suis ingénieur électricien, mais j’ai vécu la vie d’un paysan. Je veux dire que ma main est celle d’un paysan, car nous refusons de vivre autrement que par notre travail, notre pain trempé dans la sueur de notre front.

  • Témoignage du Lieutenant Issam, l’aîné des frères Farha :

 2 Issam Farha

J’étais très tranquille à Damas, mais quelque chose en vous, vous pousse à rejoindre vos amis qui tombent en martyrs. Vous ne pouvez pas rester là où vous êtes. De même pour mon frère Issa qui avait été reçu à ses examens de l’Académie militaire, mais a préféré nous accompagner à Alep, pour que nous restions ensemble et qu’il participe à notre combat.

En pleine bataille, vous ne pensez à rien d’autre, vous ne pensez qu’à garder votre position et, grâce à Dieu, tous les jeunes gens ont été à la hauteur de la situation. Les choses deviennent autrement plus difficiles à l’instant même ou le combat s’arrête. Vous voyez les blessés et les martyrs et vous ne pensez plus qu’à vos frères, sans pouvoir quitter votre position ou chercher à les contacter, vu que les communications doivent parer au plus pressé.

Ils ont abattu deux de nos hélicoptères de ravitaillement en pleine nuit car ils étaient en possession de canons munis de lunettes de vision nocturne, thermique ou autre. Bien sûr qu’ils étaient soutenus de l’étranger, équipés d’armes que nous ne connaissions pas trop, armes probablement dérobées en Irak ou fournies par la Turquie et les États-Unis. C’est ainsi que nous avons été frappés par 5 à 6 missiles TOW et bien d’autres de différentes marques. La solution de rechange fut le parachutage, mais…

Un matin, nous avons été attaqués, entre 4H et 4H30, par trois véhicules piégés avec des agents incendiaires du côté des habitations des officiers, et par des tirs de 12 à 15 chars et autres artilleries, de tous les côtés. Grâce à Dieu, nous avons pu en démolir un grand nombre. Ne sont restés intacts que 2 ou 3 engins qui ont pris la fuite, alors que le plus lourd de notre armement était le canon 75 et la volonté de nos jeunes gens, laquelle volonté décidait de l’issue des combats.

Quand la campagne de notre libération a commencé, la pression a baissé, se répartissant entre nous et notre Armée qui avançait. Une fois arrivée à 4 Kms de l’aéroport, ils ont sorti leur dernière carte : les trois souterrains creusés sous les habitations des officiers. Nous savions qu’ils étaient là. Nous les entendions creuser dans notre direction et nous nous mettions à creuser dans la leur.

La situation la plus difficile que j’ai vécu, c’est quand l’explosion a eu lieu alors que Issa se trouvait dans le secteur des habitations. Le ressenti de celui qui voit une explosion de loin est plus pénible que celui qui se trouve en plein dedans, les nuages de poussières dégagées laissant à penser que les bâtiments ont été pulvérisés. J’ai tenté de le contacter, mais toutes les lignes étaient occupées. Je suis resté 24 heures sans nouvelles, sans dormir, sans boire ni manger, mais merci mon Dieu, il était sain et sauf.

  • Témoignage du lieutenant Allam, le cadet des frères Farha

 

  •  

 3 Allam Farha

Je me suis engagé dès juin 2012 et mon premier combat eut lieu en octobre de cette même année. J’avais le désir de rejoindre l’Armée, de participer aux combats comme tant d’autres jeunes du pays et de rejoindre mon frère aîné qui avait quitté Damas, où il se plaisait, pour s’engager à Kweires avant moi. Nous avions décidé que notre benjamin, Issa, devait rester auprès des parents, d’autant plus qu’il était brillant et que ses notes lui permettaient de poursuivre des études supérieures. Mais il a refusé et s’est engagé à son tour le 29 novembre 2012.

Mon père a consenti en se disant que l’aéroport était immense, que les résidents étaient en majorité des campagnards et donc plutôt débrouillards dans beaucoup de domaines. Certes, les hommes de la campagne sont différents des hommes de la ville question débrouillardise, mais cela ne veut pas dire qu’ils ont été moins chers à nos cœurs. Que Dieu ait pitié de tous ceux qui sont partis et protège tous ceux qui sont revenus.

Question nourriture, on nous disait : « Mange, tu sauras après ce que c’est ! ». Nous cuisinions n’importe quelle herbe qui poussait par là et finalement, la nourriture n’a jamais été un problème pour quiconque parmi nous. Quant à l’eau, elle nous arrivait par des canalisations situées à l’extérieur de la base. Nous avons appris que les groupes armés projetaient d’empoisonner le réservoir principal, mais notre camarade Ali Mourad avait pensé à l’isoler avant même qu’ils y pensent.

Pendant le siège et alors que j’étais en compagnie de mon ami Oumran Assi à tourner autour d’un canon, notre attention fut attirée par des galettes de pain tombées, 15 à 20 jours plus tôt, d’une voiture qui nous avait livré des munitions quand c’était encore possible. Nous les avons pilés, puis mélangés au sachet de sucre de l’un et au sachet de lait en poudre ou de cacao d’un autre, je ne sais plus. Toute une marmite de douceurs d’où l’odeur des moisissures avait disparu après édulcoration. Nous nous sommes régalés avec Issa et ses amis. Il me dit encore : « Ce plat fut la meilleure douceur à laquelle j’ai jamais goûtée ! ».

Le 19 janvier 2013, les groupes armés ont abattu un hélicoptère qui venait nous ravitailler la nuit, puisque le ravitaillement héliporté et même le transport des blessés n’étaient plus envisageables en plein jour. L’hélicoptère était à environ 600 mètres du sol et c’était une nuit de pleine lune. Ils l’ont eu, nous l’avons perdu avec tout son équipage, et c’est là que le véritable siège a commencé.

Le 9 août, un char équipé d’une mitrailleuse Douchka s’est mis à tirer vers notre position. Nous avons éliminé le tireur. Restaient le conducteur et deux autres individus à l’arrière. Le char a poursuivi sa progression jusqu’en haut de l’abri avant de s’immobiliser, si bien qu’il se trouvait pratiquement au-dessus de nous. C’est alors que mon camarade Ahmad Nasser, faisant fi du danger, s’est précipité pour envoyer une grenade à l’intérieur du char et que nous nous sommes tous levés pour le suivre.

C’est à cette occasion que nous avons pu saisir, auprès du commandant des attaquants, des appareils de communication turcs et un document comportant la liste des éléments du groupe ainsi que leurs fonctions respectives : tous affiliés à Daech, mais aucun n’était syrien.

Une autre fois, le premier-lieutenant Ali Ibrahim, qui n’avait rien d’un tireur de bombes, a repéré un char progressant derrière une maison située à l’ouest des habitations des officiers, lequel char n’avait cessé d’aller et venir pour les bombarder. Il s’est mis debout sur une barricade d’environ 1,5 mètres de haut. Il a attendu le moment opportun, malgré la présence de trois snipers, et a pulvérisé le char. Nous l’avons vu s’enflammer et crépiter pendant au moins une vingtaine de minutes.

Ils ont usé de toutes les tentations imaginables pour nous dissuader de résister, jusqu’à nous amener des femmes qui nous disaient : « Pourquoi restez-vous là ? Quel est votre objectif ? Votre État est fini. La guerre c’est la guerre et vous êtes cuits ». Ou alors, ils nous rappelaient : « Nous avons conquis telle ville, telle unité de l’Armée, telle position défensive. Votre tour viendra. Rendez-vous. Nous vous ramènerons chez vous ». Ils avaient oublié que nous savons comment nous comporter avec les femmes et que toute situation a une solution.

  • Témoignage du lieutenant Issa, benjamin des frères Farha :

4 Issa Farha (1)

Mon frère Allam était souvent à mes côtés, c’est pourquoi mon plus gros souci était de savoir où en était Issam, notamment les jours de combats. Il en a toujours été ainsi, même aujourd’hui. Un frère de sang fait que c’est le sang qui parle. En plein milieu d’une bataille, si je pouvais lui envoyer un message pour juste lui demander de me rassurer, je le faisais.

Quant à Allam, la fois où je lui ai avoué ma faim, il se tenait près d’une muraille où poussaient des herbes folles. Il m’a dit : « Regarde celle-ci, elle est comestible et délicieuse. Mange ! ».

Un jour, les groupes armés ont réussi à pénétrer deux de nos positions, alors que nos jeunes dormaient à l’intérieur. Que Dieu leur accorde Sa miséricorde, certains ont été découpés, d’autres ont explosé sous leurs grenades, d’autres qui ont eu le temps de se réveiller sont tombés sous les coups de leurs snipers. Les plus anciens ont alors regroupé les unités d’urgence et se sont dirigés vers ces deux positions. C’est là qu’un jeune homme de Deir [el-Zor], je ne me rappelle plus de son nom, a ramassé le téléphone de l’un des attaquants ayant pénétré le bâtiment. Il entend le cheikh des attaquants demander : « Quelle est votre situation ? ». Il lui a répondu : « Cheik ! Cheikh ! Ils sont très nombreux là-dedans. Des renforts arrivent, reculez Cheikh ! ».

Grâce à Dieu, ce jeune homme savait imiter leur accent. En fait, ils étaient beaucoup plus nombreux que nous et se comptaient par centaines. Entretemps les Forces aériennes sont arrivées et les deux positions ont été récupérées, au prix de 32 martyrs. Signe de la bonté du Seigneur de l’univers qui règle toutes les situations. Ce fut la première leçon que j’ai retenue.

Un autre jour, une femme sniper suédoise a été capturée. À la question : « Que viens-tu faire ici ? », elle a répondu : « Je viens perfectionner mes talents ». Elle venait du fin fond de la terre pour exercer ses talents sur nous, alors que nous ne savions rien de son monde ! [Rires].

En tous cas, si tu recules tu t’affaiblis et si tu avances tu te renforces. De ce fait, nous avons beaucoup appris. Une terre où est tombé mon ami est précieuse et mérite qu’au cas où son remplaçant tombe, il soit remplacé à son tour et ainsi de suite. Par conséquent, abandonner une position est chose interdite.

LA FAMILLE CHADOUD

  • Témoignage de M. Chadoud, père de Somar mort au combat

5  M. Chadoud père de Somar

Somar était enthousiaste et, comme les autres jeunes, décidé à défendre la patrie. Devenir pilote d’avion militaire fut évidemment son propre choix. J’étais surpris de voir qu’un pilote maniait le RPG face à des tanks. C’est la situation qui a fait qu’il a dû combattre au sol, pour défendre son École et son Académie. La position qu’il occupait était délicate et les terroristes, qui voulaient l’atteindre par n’importe quel moyen, lançaient des attaques quasi-quotidiennes.

En 2013, il a été blessé aux deux jambes, ce qui a nécessité la mise en place de plaques orthopédiques. Mais, au bout de trois mois de convalescence, il est reparti poursuivre son travail.

Le dernier siège qui a duré environ 1 an et neuf mois a fait que l’aéroport ne recevait plus rien, ni par voie aérienne, ni par voie terrestre. De quoi voudriez-vous que je me souvienne ? Je suis un père et comme tout père je me suis inquiété pour mon fils. J’ai gardé notre correspondance dans mon téléphone cellulaire. Regardez-le qui m’appelle pour me faire des grimaces. Il lui arrivait de me laisser des messages pour me dire : Salut Abou Somar ! Mais certaines fois, il me signifiait que la mort était proche.

Après la levée du siège, certains de ses camarades nous ont appris qu’il avait été sérieusement blessé à la tête mais que trois jours après il regagnait son poste. Le 6 septembre 2015 la perfide traitresse a frappé : il est tombé au même endroit où il avait été blessé la première fois. Il y a trois jours, nous l’avons mis en terre dans le cimetière du village.

  • Témoignage de Mme Chadoud, mère de Somar mort au combat :

 6 Mme Chadoud mère de Somar

 Dès que j’entendais qu’il y avait eu des combats autour de l’aéroport, je l’appelais. Il niait invariablement les faits et prenait ses camarades à témoin pour me rassurer. Il me répétait : « Oubliez-nous. Arrêtez de vous faire du souci. Nous sommes à la hauteur de la situation. Nous allons bien. Je ne veux pas vous savoir tristes ». Et quand je lui demandais s’il mangeait bien, il me jurait qu’il ne s’était jamais couché avec la faim au ventre.

Il envoyait son salaire à son père. Nous avions beau lui dire que nous n’en avions pas besoin, il continuait à l’envoyer en me disant : « Maman, je veux que papa reçoive les soins nécessaires. Ne va surtout pas économiser ce salaire pour me gâter à mon retour. Je veux que vous le dépensiez. Je jure que si tu ne le fais pas, je ne te parlerai plus ».

Un jour j’ai passé mon téléphone à son frère Haïdar pour qu’il lui parle et j’en ai profité pour lire le sien avant qu’il n’efface ses messages. Je lis Haïdar qui demande : « Quelle est la situation chez toi ? », et Somar qui répond : « Les projectiles pleuvent drus ! ». J’ai reçu un choc en apprenant que depuis le début de sa mission les attaques étaient quotidiennes. Et moi, je ne le savais pas !

Il m’a laissé les plus merveilleux amis qui soient. Il m’a laissé des frères. Quand il est tombé en martyr, j’ai dit à Haïdar : « Tu as perdu un soutien. Tu n’as plus de frère ». Il m’a répondu : « Il ne m’a pas laissé un frère. Il m’a laissé des frères ! ».

Quand j’ai reçu la dernière photo qu’il m’a envoyée, ouvrant ses bras vers le ciel, je ne saurais décrire ce que j’ai ressenti. J’avais la gorge nouée. Je ne pouvais pas pleurer. Elle m’a effrayée.

7  dernière photo de Somar (1)

Je rêvais de ce que je ferais au retour de Somar et de ce que j’offrirais autour de moi. Je rêvais qu’il se tenait là, devant moi. Je rêvais comment je l’accueillerais à sa descente de voiture. Je m’étais mis dans l’esprit que j’embrasserai la terre à ses pieds, que j’embrasserai ses jambes, que j’implorerai la miséricorde divine pour tous les martyrs, et puis que je me blottirai contre lui pour respirer son parfum.

Depuis quatre ans que je rêvais de la levée du siège, j’ai été très heureuse pour ses amis quand ce jour est arrivé, mais ce fut le jour le plus difficile de ma vie. J’avais la ferme conviction que l’aéroport résisteraiy et qu’il était impossible que les groupes armés puissent l’atteindre. Mais je n’avais pas imaginé que mon fils serait déjà tombé en martyr.

TÉMOIGNAGE DU PREMIER-LIEUTENANT ALI IBRAHIM

 8  Premier lieutenant Ali

Personne ne meurt de faim. J’en suis convaincu. C’était dur les deux premières semaines, le temps que le corps s’adapte à ce qu’il ne reçoit plus. Ensuite ce ne fut plus un souci. Je n’y pensais plus. Personne n’a pensé à la retraite non plus. Nous retirer ? Cela n’a jamais été dans nos plans. La position dans laquelle tu t’es retranché est celle où tu mourras.

Au combat, seul ton fusil peut te protéger, protéger ton École et la position que tu dois conserver. Pour nous, cet aéroport a ceci de particulier : il est l’endroit où nous avons été formés et entraînés. C’est de là que nous sommes partis et c’est là où nous sommes revenus.

Toutes les organisations terroristes présentes en Syrie ont, à un moment ou un autre, assiégé cet aéroport. Au tout début, ce fut l’ASL mais elle a échoué. Ensuite ce fut Jabhat al-Nosra, quoique ces deux organisations ont fait alliance plus d’une fois. Puis celle de Daech est arrivée, encore plus soutenue que toutes les autres.

Elles ont toutes été confrontées à la réalité : nous ne mourrions pas de faim, nous n’étions pas tels qu’elles nous avaient imaginés. Elles ont passé leur temps à nous raconter qu’elles allaient nous exécuter à l’arme blanche. Il n’y avait là que des jeunes gens de grades modestes qui prenaient les choses avec humour. Personne n’a bronché.

Nous étions tous postés face à l’extérieur. Nous avons subi des attaques ennemies extrêmement denses. Il y avait évidemment des arbres. Un jour où je me trouvais du côté sud-est, j’ai regardé derrière moi, l’École brûlait. Je me suis dit que c’était la fin, qu’ils n’allaient pas tarder à entrer et que nul d’entre nous ne s’en sortirait. C’était sans compter sur l’intelligence de notre commandant. Il est immédiatement intervenu sur nos téléphones sans fil pour nous dire de ne pas bouger, que tout allait bien et qu’aucun des attaquants n’avait avancé vers l’École. Personne n’a bougé.

Le plus dur c’est quand tu enterres ton ami, ou que tu restes près de lui deux ou trois jours sans rien avoir à lui offrir. Tu veilles un ami qui n’arrive plus à respirer et tu n’as rien à lui offrir ! C’est une situation des plus difficiles et plus difficile encore est de le mettre en terre. Oui, le plus difficile est de le mettre en terre.

TÉMOIGNAGE DE L’INFIRMIER DE KWEIRES, AKRAM al-HASSAN

 9  L'infirmier de Kweires

Nous manquions de moyens médicaux, pas de médecin, pas de chirurgien. Nous devions compter sur nous-mêmes et sur nos propres possibilités pour prodiguer les soins nécessaires aux blessés. Nous étions quatre infirmiers, un premier-lieutenant diplômé et un pharmacien. Difficile de savoir qu’un blessé pouvait s’en sortir en milieu hospitalier et que nous n’avions rien pour le sauver. Nous adressions les photos et descriptions des blessures par Mobile ou WhatsApp à des médecins de l’extérieur, lesquels nous donnaient leurs instructions en retour. Ils nous ont beaucoup aidés. Qu’ils en soient remerciés.

Ahmad a été abattu par un sniper. J’ai décidé de le tirer de là. J’ai avancé dans un nuage de poussière. Je l’ai ramené… que Dieu ait son âme.

Zein Ismaïl, un élève-officier, avait été blessé au bas ventre. Il saignait. Nous l’avons transfusé d’une façon rudimentaire avec, évidemment, le sang des nôtres. Les jeunes gens se présentaient, nous déterminions leur groupe sanguin, nous prélevions leur sang pour l’injecter directement aux blessés. Mais ni les trois poches de sang prélevé, ni le sérum, n’avaient apparemment servi à améliorer la situation de Zein. La tombe ouverte, nous avions préparé son cercueil dans ce qui avait servi de caisse à munitions. Mais, grâce à Dieu en qui il faut naturellement garder confiance, il a quitté l’aéroport debout et se trouve aujourd’hui parmi les siens.

Gaïth Ibrahim avait été blessé au crâne par le projectile d’un sniper, de calibre 5,5 mm. Il est arrivé alors que nous avions déjà trois autres jeunes en état d’absolue inconscience, plus d’autres blessés. Lui-même est resté inconscient pendant 4 jours pour se réveiller au 5ème jour avec une légère séquelle à l’œil. Nous en étions heureux, pensant que sa blessure avait été superficielle. Ce n’est que lorsqu’il a été hospitalisé que l’imagerie a révélé la balle et les éclats d’os logés dans son cerveau.

Idriss, mon frère, la personne la plus chère à mon cœur, que Dieu lui accorde sa miséricorde, est arrivé en plein milieu d’un combat. Il a tenu ma main et m’a dit : « Abou Ahmad, ne me laisse pas ! ». Je ne voulais pas le quitter, mais d’autres blessés m’attendaient. Je lui ai dit que je ne le laisserai pas. Pourtant, je l’ai laissé pour aller vers les autres. J’étais complètement anéanti quand il est parti, alors que je ne pouvais me permettre cette faiblesse. Oui je l’ai pleuré, mais pas plus de deux minutes. Maintenant que l’aéroport est libéré, pleurer Idriss la vie entière ne serait pas suffisant.

Le 9 août 2015 nous étions à deux doigts de la chute de l’aéroport, un groupe de Daech ayant occupé l’immeuble en face du dispensaire. J’ai appelé mon père pour lui faire mes adieux. Il m’a dit qu’il voulait que je me comporte en homme. Je lui ai répondu que j’étais un homme, mais que je voulais qu’il soit fort quand il recevra la nouvelle. La gorge serrée, il m’a conseillé de m’en remettre à Dieu. Ni lui, ni moi, ne pouvions pleurer.

Finalement, c’est une histoire de vie ou de mort, où la volonté de vivre l’a emporté…

Reportage de Mme Ugarit Dandache

Source : Vidéo You Tube / Al-Mayadeen TV

Transcription et traduction par Mouna Alno-Nakhal

PS : Texte dédié à mon amie franco-italienne que je remercie du fond du cœur. J’ajoute qu’en effet, tant de solidarité, de fierté, de respect, de générosité, d’abnégation et, par moment d’humour, chez des jeunes gens modestes et si peu expérimentés, laissent à penser que même si la Syrie ne sera jamais plus ce qu’elle a été, elle sera ce qu’ils seront… Et, ils sont magnifiques !

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Dans l’ombre de Bachar El-Assad. Entretien avec Bouthaina CHAABANE.

3 Janvier 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #La France, #La République, #La nation ., #AMERIQUE, #La finance dérégulée, #Europe supranationale, #La Russie, #Daesch

Source : Politique Internationale

Entretien avec Bouthaina CHAABANE

Conseillère politique du président Bachar el-Assad 
conduit par
Frédéric PICHON
Chercheur associé à l’équipe “Monde arabe Méditérranée” de l’université François Rabelais (Tours).

Frédéric Pichon – Avant le conflit, vous étiez souvent présentée comme le visage « sophistiqué » de la Syrie, la face moderne du régime : anglophone, titulaire d’un doctorat de littérature anglaise, rompue aux rencontres diplomatiques avec les grands de ce monde. Beaucoup ont espéré en 2011 que vous feriez défection pour vous désolidariser de la politique menée par Bachar el-Assad. Pourquoi ne pas l’avoir fait et regrettez-vous votre choix ?

Bouthaina Chaabane – Si vous le voulez bien, j’aimerais d’abord revenir sur l’expression que vous avez utilisée, celle de visage « sophistiqué » de la Syrie. Les Occidentaux ont tendance à penser que les gens qui adoptent des comportements semblables aux leurs sont plus civilisés et plus modernes que les autres. Pour moi, au contraire, les personnes civilisées sont celles qui restent fidèles à la terre qui les a vues naître. Qu’y a-t-il de rétrograde à aimer son pays, à le servir, surtout dans les circonstances dramatiques que nous connaissons ? L’Occident a commis une grosse erreur en encourageant les Syriens à fuir le régime. Du reste, ces défections ont été très peu nombreuses malgré la constitution par le Qatar d’un fonds spécial destiné à aider financièrement les candidats à l’exil (1). J’ai pu mesurer combien cette démarche participait d’une sorte d’aveuglement occidental. L’Occident n’a rien compris à la Syrie, à son peuple et à son histoire. Notre pays a son propre agenda guidé par ses propres intérêts. Il refuse de voir sa politique dictée de l’extérieur. Je sais que mon départ aurait fait plaisir à tout le monde en Occident ; mais, que voulez-vous, ce n’est pas dans ma nature. Et soyez sûr que je n’ai pas choisi la facilité. J’aimerais être considérée comme « moderne », tout simplement parce que je reste déterminée à défendre mon pays et ma famille.

F. P. – Pourtant, en tant que proche conseillère de Bachar el-Assad, vous faisiez partie de ceux qui soulignaient la nécessité d’entreprendre des réformes. Ces réformes auraient-elles pu éviter la crise qui a éclaté en 2011 ?

B. C. – Vous avez raison, mais les réformes ne peuvent venir que de l’intérieur. Nous l’avons vu en Libye et en Irak : chaque fois que les médias ou les gouvernements occidentaux ont tenté de promouvoir la démocratie, cela a tourné au fiasco. Les « printemps arabes » se sont mués en « catastrophe arabe ». Quand est venu le tour de la Syrie, les mêmes ont commencé à parler de démocratie, de liberté, de droits de l’homme. Malheureusement, les gens soutenus par l’Occident pour mener à bien cette mission étaient soit des individus qui vivaient hors de Syrie depuis longtemps et qui ignoraient tout du pays, soit des extrémistes auxquels l’idée de démocratie était totalement étrangère. Dans leur esprit, le problème n’était pas politique ; il ne s’agissait pas d’encourager un changement de gouvernement ou de président. En fait, dès le départ, les Occidentaux avaient décidé de briser la Syrie. C’est pourquoi la crise actuelle met en cause la sécurité de notre pays et son existence même. Les tentatives occidentales visant à mettre des pays à terre sous prétexte de se débarrasser de personnages comme Saddam Hussein, Kadhafi ou Bachar el-Assad constituent des ingérences inacceptables, illégales au regard du droit international et teintées de colonialisme. Je ne parle même pas du résultat…

F. P. – En 2011, la Syrie fonctionnait selon un système de parti unique. Ne devait-elle pas sortir de cette situation archaïque ?

B. C. – Je sais bien que nous ne vivons pas dans un monde parfait. Il est clair que nous n’avons pas atteint tous les objectifs que nous nous étions fixés, y compris en matière de corruption comme l’a rappelé le président Assad lui-même lors de son discours d’investiture (2). Mais, en 2012, la Constitution syrienne a été modifiée : le système de parti unique a laissé place au multipartisme ; l’état d’urgence a été aboli ; des élections municipales et législatives ont été organisées. Ces réformes étaient nécessaires et sont absolument capitales. Comme à leur habitude, les Occidentaux ont accueilli ces avancées avec scepticisme. C’est à se demander s’ils sont vraiment intéressés par les réformes. Savent-ils qu’avant la crise la Syrie ne comptait aucun sans-abri, que les infrastructures sanitaires et éducatives fonctionnaient ? Chaque village comptait son école gratuite. Les étudiants allaient à l’université pour à peine 20 dollars par an ! Et, surtout, la Syrie n’avait pas de dette extérieure. C’est un point essentiel qui nous a attiré des haines tenaces. La crise a été un désastre pour le développement du pays…

F. P. - L’élection présidentielle du 3 juin 2014 a, elle aussi, suscité des réactions négatives de la part des médias occidentaux…

B. C. – Le contraire eût été étonnant. Pourtant, il fallait voir les milliers de personnes qui se sont précipitées dans les isoloirs, que ce soit en Syrie ou à l’étranger. À l’exception, bien entendu, de la France et de l’Allemagne qui ont interdit que cette consultation soit organisée dans nos consulats. N’est-ce pas un drôle de paradoxe ? Ces élections ont clairement montré que le peuple syrien soutenait le président. Pour une bonne raison : les Syriens veulent la sécurité et c’est lui, n’en déplaise à l’Occident, qui l’incarne. Le président Assad est perçu comme le seul qui soit capable d’assurer l’intégrité du pays et la paix. Les médias occidentaux et leurs gouvernements nous ont sous-estimés. Vous savez, nous sommes un peuple millénaire. Parlez avec les gens dans la rue, discutez avec les chauffeurs de taxi : s’il y a bien une chose qui ressort, c’est cette fierté. Nous appartenons, je le répète, à l’une des plus vieilles civilisations au monde. Damas fut l’une des premières villes habitées de l’histoire de l’humanité. Les Syriens ne sont pas naïfs, ils n’ont pas besoin des conseils de l’Occident. Ils n’acceptent pas qu’on leur dise pour qui voter, comme à l’époque des colonies…

F. P. – Vous avez participé aux négociations de Genève avec l’opposition. N’envisagez-vous pas de dialoguer un jour avec ces opposants ?

Suite de l’interview à lire dans l’excellente revue Politique Internationale

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