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Le blog de Lucien PONS

Articles avec #daesch tag

Conflit au Yémen : entretien avec Michel Raimbaud

3 Mai 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #AMERIQUE, #L'OTAN., #Israël - palestine - Moyen-Orient, #Daesch, #ISIL, #Europe supranationale, #La France, #Politique étrangère

Conflit au Yémen : entretien avec Michel Raimbaud

Ajoutée le 7 avr. 2015

Depuis trois semaines, les combats qui ensanglantent le Yémen ont redoublé d'intensité. L'Arabie Saoudite a monté une coalition et est intervenue militairement dans ce conflit. L'OMS vient du publier un rapport chiffrant le nombre de victimes à 500 morts et plus de 1 700 blessés, depuis le 19 mars 2015.

Le Cercle des Volontaires a souhaité interroger Michel Raimbaud, ancien ambassadeur de France en Mauritanie, au Soudan, et au Zimbabwé, afin de mieux comprendre les enjeux de cette guerre qui a démarré en 2011 lors du « Printemps arabe », mais qui a également de nombreux antécédents dans l'histoire. Les manigances des grandes puissances, régionales et occidentales, ne sont jamais bien loin...

http://www.cercledesvolontaires.fr

Tempête sur le Grand Moyen Orient

Conflit au Yémen : entretien avec Michel Raimbaud
Conflit au Yémen : entretien avec Michel Raimbaud

Extensible au gré des pulsions américaines, le Grand Moyen-Orient s’étend désormais de l’Atlantique à l’Indonésie, sur plus de 50 degrés de latitude. En raison de sa position stratégique aux confins de l’Eurasie autant que par sa richesse en gaz et pétrole, cette immense « ceinture verte » islamique détient un potentiel de puissance considérable et constitue un enjeu majeur. De son devenir, mis en question par la tempête actuelle, dépend en bonne partie la physionomie de notre monde de demain : sera-t-il unipolaire, aux ordres de l’Occident comme il l’a été depuis la fin de la guerre froide, ou multipolaire comme le préconisent les émergents ? Telle est la question posée.

Cet ouvrage est destiné à tous ceux qui s’intéressent aux peuples arabes et/ou musulmans, à leur histoire et leur avenir. Il vise également un public plus large, celui des personnes désireuses de comprendre les événements actuels et de démystifier ce vieux monde où l’on sème si facilement la mort et la destruction au nom du Bien, si ce n’est au nom de Dieu.

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« Sykes Picot 2 » : entretien avec Bassam Tahhan

3 Mai 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #L'OTAN., #La France, #La République, #AMERIQUE, #Daesch, #Europe supranationale, #Economie, #Politique étrangère

« Sykes Picot 2 » : entretien avec Bassam Tahhan.

Après l'évocation de l'isolement diplomatique relatif de Bachar Al-Assad (à 00'18), Bassam Tahhan remonte dans l'Histoire pour nous parler des accords secrets de « Sykes Picot » (à 08'55), signés le 16 mai 1916, entre la France et la Grande-Bretagne (avec l'aval des Russes et des Italiens), prévoyant le partage du Moyen-Orient à la fin de la guerre et le démantèlement de l'empire ottoman.

Puis, M. Tahhan nous donne sa définition de ce qu'il appelle « Sykes Picot 2 » (à 19'45), soit le redécoupage actuel de proche et moyen orient par les puissances occidentales (France, Angleterre et Etats-Unis).

http://www.cercledesvolontaires.fr

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Il y a un an à Odessa, la junte de Kiev montrait son vrai visage

3 Mai 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Ukraine, #La France, #La République, #La Russie, #AMERIQUE, #L'OTAN., #Europe supranationale, #le nazisme, #Terrorisme, #Daesch

Il y a un an à Odessa, la junte de Kiev montrait son vrai visage
Il y a un an à Odessa, la junte de Kiev montrait son vrai visage

Bonjour.

Suite à l’article posté sur mon blog, j’ai apporté quelques compléments suite aux questions posées en commentaires. Ils apportent des compléments utiles afin d'éradiquer la peste brune qui se répand en Europe. C'est ma façon de rendre hommage aux martyrs d'ODESSA.

Le lien: : http://lucien-pons.over-blog.com/2015/04/l-empire-du-chaos-s-installe-en-europe-l-etat-islamique-en-ukraine.html

Des précisions utiles :

Les ukrainiens ne sont ni nazis ni islamistes, ils sont comme tous les peuples d'Europe et d'ailleurs, ils sont pour la paix et ils réclament le droit de vivre en liberté. Les premiers manifestants du Maïdan en novembre 2013 réclamaient plus de justice sociale, plus de démocratie et voulaient en finir avec la mainmise des oligarques sur leur pays. Seulement voilà, des nervis d'extrême droite pronazis (Pravy-Sektor et Svoboda par exemple), entraînes et armés en Pologne et dans les pays baltes par les services secrets liés à l'OTAN, ont pris l'ascendant sur ces manifestants pacifiques. La violence s'est rapidement installée et a débouché sur le coup d'état fasciste du 21 février 2014. Depuis, les exactions de ces déchets de l'humanité, que l'on ne peut associer au peuple ukrainien qui en subit les actes barbares, ont infiltrés les organes du pouvoir officiel sous la protection de leurs parrains occidentaux. Le 2 mai à Odessa, les crimes dans le Donbass, les pires atrocités envers les prisonniers et l'élimination physique des opposant ("suicides" ou exécutions) attestent de ce retour à la barbarie nazie.

Revenons aux faits et seulement aux faits

- Le peuple ukrainien subit la peste brune et la peste noire installée par les occidentaux.

- Les nazis en Ukraine sont aidés par les islamistes radicaux. D'ailleurs ils appliquent les mêmes méthodes barbares certainement enseignées par les mêmes instructeurs. Je veux parler du meurtre des civils, de la destruction des infrastructures, du viol et des tortures, du pillage organisée et du racket, de l'exécution sommaire des opposants, de la décapitation et (fait plus récent en Ukraine ) de la crucifixion, de brûler vif les prisonniers et autres (je pense aux syndicalistes d'Odessa).

- La liste n'est pas exhaustive hélas.

De très nombreux sites proposent une information fiable sur ces sujets. Il faut recouper les informations, dans le cas contraire cela deviendrait suspect, car entièrement dévoué à la narrative officielle.

La Crimée a été rattachée à l'Ukraine en 1954 par Nikita Khrouchtchev. A l'époque la Russie et l'Ukraine étaient toutes deux dans l'URSS. Ce n'était alors que calculs politiciens pour souder les populations. Ce fait est à comparer avec le découpage régional de la France par le gouvernement actuel, afin de détruire la nation pour mieux intégrer notre pays dans la dictature de l'Union Européenne.

L’annexion de la Crimée n'est en fait qu'un juste retour de cette province dans le giron de la mère patrie russe. Cela s'est fait sans effusion de sang et sur la base d'une consultation électorale dont la communauté internationale a souligné le bon déroulement. Par contre le sang coule à flot dans la guerre que les nazis de Kiev mènent contre leur propre peuple.

En parlant de la Crimée il faut aussi mettre en avant la véritable annexion par l'Empire de la province Serbe du Kosovo. Contre toutes les lois internationales, ce pays a proclamé son indépendance, avec à sa tête les dirigeants de la mafia terroriste de l'UCK (lire le livre de Pierre Péan sur ce sujet, éloquent!, ou bien le livre de Carla Del Ponte ou bien le rapport de Dick Marty).

Quant à la Pologne, elle est la tête de pont de l'Empire étasuniens en Europe. Elle n'a plus aucune autonomie, elle sert seulement à défier la Russie. La meilleure preuve est la désastreuse déclaration du ministre des affaires étrangères polonais lors du 70° anniversaire de la libération du camp d'Auschwitz par l'armée rouge en 1945. Ce dernier, pour expliquer l'affront fait à la Russie en invitant Poroshenko à cette cérémonie sans inviter Poutine, a affirmé que c'était l'armée ukrainienne qui avait libéré le camp d'extermination ! Il faut oser !!!!

Si vous avez encore un doute sur le rôle de la Pologne voici deux citations d'officiels de ce pays concernant la guerre que prépare l'Empire contre la Russie:

Selon Donald Tusk, président polonais actuel du Conseil de l’Europe (Remplace Hermann Von Rompuy).

"Nous devons non seulement parler d'une seule voix, mais agir aussi de concert, car ce que nous serons demain dépend de ce que nous faisons aujourd'hui. Nous sommes aujourd'hui au meilleur moment pour une nouvelle affirmation de notre foi dans la Communauté transatlantique ».

Jacek Rostowski, ancien ministre des Finances de Pologne, a simplement déclaré :

«Cette guerre, la guerre grandeur nature, permettra de masquer et d’une certaine façon de protéger les milieux financiers des effets de l’écroulement de l’économie occidentale basée sur le dollar, qui est si vulnérable à la spéculation.»

http://lesakerfrancophone.net/la-pologne-base-logistique-de-lotan/

Pour la Tchétchénie, la guerre a été installée au moment de la décomposition de la Russie, dans les années 1990, sous le règne du pro-américain Eltsine qui a appliqué la thérapie de choc des ultralibéraux de l'Ecole de Chicago.

Les USA ont appliqué la technique de l'encerclement développée par Zbigniew Brezinski. Il a exposé celle-ci dans un excellent ouvrage paru en 1996 je crois, "Le grand Echiquier".

Le but avoué par les stratèges américains est de démanteler la Russie en plusieurs états afin de mieux piller les richesses de ce pays.

Il est à remarquer que les néocons au pouvoir aux USA ont également théorisé cela pour le Grand Moyen Orient. Les guerres menées contre l'Irak, le Yémen, la Libye, la Syrie, s'inscrivent dans cet agenda. De nombreux spécialistes du Moyen Orient ou de la géopolitique peuvent attester cela: Jean-Pierre Chevènement, Alain Chouet, René Naba, etc... Les livres de Michel Raimbaud ambassadeur de France dans de nombreux pays, de Michel Collon, etc..., peuvent aider à avoir une vision plus affutée de ces problèmes.

Cordialement

Lucien Pons

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L’Occident doit cesser de couvrir le terrorisme en Syrie ITV du Président syrien Bachar al-Assad avec le quotidien suédois Expressen. Texte intégral.

2 Mai 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #Israël - palestine - Moyen-Orient, #ISIL, #Daesch, #Terrorisme, #L'OTAN., #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE

 

L’Occident doit cesser de couvrir le terrorisme en Syrie
ITV du Président syrien Bachar al-Assad avec le quotidien suédois Expressen. Texte intégral.

vendredi 24 avril 2015, par Comité Valmy

L’Occident doit cesser de couvrir le terrorisme en Syrie

Entretien du Président syrien Bachar al-Assad avec le quotidien suédois Expressen. Texte intégral.

[Texte de la 1ère partie]

 

Le Président syrien, Bachar al-Assad, a accordé une entrevue télévisée au quotidien suédois Expressen. Une première partie a été publiée en anglais et en arabe par l’Agence syrienne Sana ce 17 avril, le tout n’ayant été publié que le lendemain.


Voici la traduction du texte intégral de la première partie à partir de la version anglaise originale. À suivre… [NdT].


Question 1 : Monsieur le Président, je tiens à vous exprimer mes plus sincères remerciements et ceux du quotidien Expressen pour nous avoir accordé cet entretien. Merci beaucoup. En ce moment même, l’organisation terroriste EIIL, et même Al-Nosra, ont envahi le camp de réfugiés d’Al-Yarmouk, alors qu’Al-Nosra qui contrôlait la frontière syro-jordanienne a pris le contrôle de Idleb. Comment décririez-vous la gravité de la situation actuelle ?

 

Le Président Al-Assad : Lorsque vous parlez de terrorisme, c’est toujours grave, parce que le terrorisme est toujours dangereux, n’importe quand, n’importe où, et peu importe comment il se manifeste. Il en est toujours ainsi, non seulement pour l’exemple que vous venez de mentionner qui n’est finalement que l’une de ses manifestations. C’est un long processus qui a commencé depuis des années, bien avant la crise en Syrie. Le terrorisme est grave et dangereux car il n’a ni frontières, ni limites. Il pourrait frapper n’importe où. Ce n’est pas un problème local. Ce n’est même pas un problème régional. C’est un problème mondial et c’est pourquoi il est toujours dangereux. Dans notre cas, disons que le danger est pire qu’ailleurs, non seulement à cause de la situation militaire que vous évoquez dans votre question, mais parce que le fait est qu’il bénéficie d’une couverture politique de la part de nombreux pays, de nombreux dirigeants et hauts fonctionnaires, notamment en Occident. Au tout début, nombre de ces responsables n’ont pas vu la réalité de la situation. Et aujourd’hui, cette réalité est devenue encore plus dangereuse, en raison du non respect du droit international et faute d’une organisation internationale efficace qui protégerait un pays contre un autre pays utilisant des terroristes pour le détruire par procuration. C’est ce qui se passe en Syrie. Par conséquent, je vous répondrai par l’affirmative. Oui, la situation est dangereuse mais, en même temps, réversible. Aussi longtemps qu’elle restera réversible, il ne sera pas trop tard pour y remédier. Avec le temps, elle deviendra d’autant plus grave que les terroristes auront endoctriné les cœurs et les esprits.

 

Question 2 : Sauf qu’ils envahissent davantage de zones en Syrie. L’Armée et les Forces syriennes seraient-elles affaiblies ?

 

Le Président Al-Assad : C’est là une répercussion naturelle et normale pour n’importe quelle guerre sur n’importe quelle armée, aussi forte et moderne soit-elle. Elle sape et fragilise n’importe quelle société dans tous ses aspects, son économie, son moral, et évidemment son Armée en tant que partie de cette société.

 

Question 3 : Mais l’Armée est-elle plus faible qu’avant ? Parce que l’année dernière, nous avions constaté du gagnant-gagnant en votre faveur, du côté de l’Armée. Vous contrôliez davantage de zones du Qalamoun et ailleurs. Et aujourd’hui, par exemple, ils ont pris Idleb.

 

Le Président Al-Assad : Ceci n’est pas directement lié au fait que l’Armée soit plus ou moins forte ou affaiblie. Comme je viens de le dire : toute guerre sape n’importe quelle armée, c’est le cours normal des événements. Dans notre cas, si vous analysiez la situation sur les quatre dernières années, vous constateriez des hauts et des bas. Parfois vous gagnez, parfois vous perdez, et cela dépend de nombreux critères ou facteurs, certains spécifiquement nationaux d’ordre interne ou militaire, d’autres en relation avec le niveau de soutien dont bénéficient les terroristes. S’agissant du récent exemple d’Idleb, le facteur déterminant a été l’énorme support fourni par la Turquie aussi bien du point de vue logistique que militaire et, bien sûr, le soutien financier fourni par l’Arabie saoudite et le Qatar.

 

Question 4 : C’est là une information ou une opinion ?

Le Président Al-Assad : Une information. Ils sont tous apparus comme une seule armée. Dans cette bataille d’Idleb, les terroristes d’Al-Nosra faisant partie d’Al-Qaïda, le gouvernement ou les institutions et les services du renseignement turcs, ont agi comme une seule et même armée. Par conséquent, votre exemple ne dépendait pas de l’affaiblissement de notre Armée, mais du soutien apporté aux terroristes par la Turquie.

 

Question 5 : Il y a quatre ans, la Turquie, le Qatar et l’Arabie saoudite, avaient leur agenda. Est-ce que cela a changé ? Ont-ils changé cet agenda ?

 

Le Président Al-Assad : Tout d’abord, ce ne sont pas des pays indépendants, de sorte qu’ils ne peuvent pas avoir leur propre agenda. Ils ont leur propre comportement borné, vindicatif ou haineux, parfois mis à profit pour servir d’autres agendas. Ici, soyons francs, et disons qu’il s’agit plus particulièrement de celui des États-Unis. Nous ne pouvons donc pas dire qu’ils ont leur propre agenda. En revanche, nous pouvons dire qu’ils n’ont pas changé. Ils soutiennent toujours les mêmes terroristes, leur comportement n’étant pas lié à la crise en Syrie. Ils ont soutenu les terroristes en Afghanistan, ils ont soutenu l’idéologie wahhabite et l’extrémisme qui a récemment conduit au terrorisme en Europe. Depuis des décennies, ils soutiennent la même idéologie et les mêmes factions sous différents noms et labels en Syrie. Rien n’a donc changé, car c’est leur comportement naturel.

 

Question 6 : De quelle idéologie parlez-vous ?

Le Président Al-Assad : De l’idéologie wahhabite qui constitue la base de tout terrorisme dans le monde. Ces dernières décennies, aucune opération terroriste au Moyen-Orient et dans le monde n’a échappé à cette idéologie. Tout terroriste fonde sa doctrine sur l’idéologie wahhabite.

 

Question 7 : L’idéologie wahhabite est liée au « 11 septembre » ainsi que tous les groupes terroristes. Les États-Unis ne sont-il pas au courant de ce lien et continuent à soutenir l’Arabie saoudite ?

 

Le Président Al-Assad : C’est une question très importante puisque dans les années 1980, les États-Unis désignaient ces mêmes groupes d’Al-Qaïda et de Talibans, en Afghanistan, de « Saints combattants » [Holy fighters]. C’est ainsi qu’ils étaient présentés par le Président Bush. Ce n’est qu’après le 11 Septembre 2001 qu’ils les ont qualifiés de terroristes. Le problème avec les États-Unis et, bien sûr avec certains responsables occidentaux, c’est qu’ils pensent pouvoir utiliser le terrorisme comme une carte en poche, une carte politique. En fait, le terrorisme est tel un scorpion ; dès qu’il aura une chance de vous mordre, il le fera. Par conséquent, ils sont au courant, mais n’ont pas mesuré le danger de l’usage du terrorisme comme carte politique.

 

Question 8 : Monsieur le Président, une délégation officielle syrienne et une partie de l’opposition se sont récemment réunies à Moscou. Cette rencontre a-t-elle débouché sur un quelconque résultat positif ?

 

Le Président Al-Assad : Oui. Nous pouvons dire oui, parce qu’alors que, comme vous le savez, elle a été précédée de nombreuses autres rencontres, c’est la première fois que l’on est parvenu à un accord sur certains principes de base pour le futur dialogue inter-syrien. Nous ne les avons pas encore finalisés, le calendrier étant très chargé et faute de temps. Deux jours de dialogue entre les représentants de l’opposition, suivis de deux jours de dialogue avec les représentants du gouvernement, d’où quatre jours qui n’ont pas été suffisants pour finaliser le calendrier. Mais une percée, même partielle, signifie que la prochaine rencontre sera prometteuse quant à un accord complet sur les principes du dialogue en vue d’une solution syrienne au conflit.

 

Question 9 : Ce que vous dites, Monsieur le Président, est très important étant donné que l’Envoyé spécial des Nations Unies, M. Staffan de Mistura, est en train de planifier une série de consultations qui devraient débuter en mai, ou en Juin, pour tenter de trouver un terrain d’entente entre les principaux États ayant un intérêt dans le conflit. Qu’en pensez-vous ?

 

Le Président Al-Assad : Je suis d’accord avec De Mistura sur ce point, parce qu’il n’est ni logique, ni objectif, de considérer que le conflit est purement interne et entre factions syriennes. En fait, le problème n’est pas très compliqué, mais il l’est devenu en raison de l’intervention extérieure, et tout plan que vous voudriez appliquer dans le but de le résoudre sera voué à l’échec à cause de cette ingérence extérieure. C’est ce qui s’est passé à Alep quand les Turcs ont invité les factions de terroristes, qu’ils soutiennent et dirigent, à refuser de coopérer avec De Mistura. Je pense donc qu’il est parfaitement conscient que s’il n’arrive pas à convaincre ces pays de cesser leur soutien aux terroristes et de laisser les Syriens résoudre leur problème, il ne réussira pas.

 

Question 10 : Quelle est votre opinion sur les efforts de De Mistura ?

Le Président Al-Assad : Nous avons discuté ensemble de son plan pour Alep, lequel s’est révélé compatible avec nos efforts pour la réconciliation [Mousalaha] dans plusieurs régions syriennes. C’est un domaine où nous avons pu réussir et où nous pouvons mieux faire encore, à partir du moment où les gens reviennent vers la normalité, bénéficient de l’amnistie gouvernementale et déposent leurs armes… Le plan de De Mistura repose donc sur ce même principe de réconciliation. C’est pour cela que nous l’avons soutenu dès le début et que nous continuons à le soutenir.

 

Question 11 : Monsieur le Président, la Suède est le seul pays d’Europe qui accorde un droit de séjour permanent aux personnes qui fuient la guerre en Syrie. Qu’est-ce que cela signifie pour vous, et comment voyez-vous la politique suédoise ?

 

Le Président Al-Assad : Sur ce sujet ou en général ?

Question 12 : Sur ce sujet précis.

Le Président Al-Assad : Je pense que la position de la Suède face à plusieurs conflits dont le conflit syrien, est appréciée partout dans le monde, non seulement dans notre pays. Maintenant, c’est une bonne chose d’accorder un refuge à ces personnes qui fuient la guerre, mais si vous demandiez à ces Syriens ce qu’ils souhaitent, ils vous répondront qu’ils veulent qu’on mette fin à cette guerre. C’est leur objectif et c’est par conséquent le nôtre. Comment ? La Suède étant un pays important de l’Union européenne, je pense qu’elle peut jouer un rôle majeur dans la levée des sanctions, car nombre de Syriens qui ont rejoint la Suède ou d’autres pays n’ont pas quitté en raison des seules actions terroristes, mais aussi à cause de l’embargo qui les privent de leurs moyens de subsistance au quotidien. Donc : lever cet embargo qui affecte chaque Syrien et, en même temps interdire à tout pays européen de servir de couverture aux terroristes, qu’ils soient présentés comme une opposition pacifique ou une opposition modérée. Aujourd’hui, il est prouvé et parfaitement clair que cette dite opposition revient au même qu’Al-Nosra, Al-Qaïda ou les Frères Musulmans. Troisièmement, faire pression sur les pays qui soutiennent les terroristes et empêchent la mise en œuvre de tout plan de paix en Syrie -comme dans le cas d’Alep et du plan de De Mistura que vous venez d’évoquer- principalement l’Arabie saoudite, le Qatar et la Turquie. Je pense que c’est la meilleure aide humanitaire et politique que la Suède pourrait offrir au peuple syrien.

 

Question 13 : Embargo, guerre, des millions de déplacés ou de réfugiés qui ont fui le pays. Ceci a été décrit comme la pire crise de réfugiés depuis la Seconde Guerre mondiale. Dans ces conditions, quelle est votre part de responsabilité, Monsieur le Président ?

 

Le Président Al-Assad : Même d’un point de vue humanitaire, je pense que comparer ce qui se passe en Syrie à ce qui s’est passé pendant la Seconde Guerre mondiale est une énorme exagération. Pour des raisons politiques, il n’y a pas de comparaison possible. Mais indépendamment de cela, les opérations terroristes font que nous avons des millions de personnes déplacées d’une région à une autre et c’est une énorme charge, dont nous avons assumé la plus grosse part jusqu’ici. Vous entendez beaucoup parler des sommes qu’offriraient les organisations internationales et ceux qui s’autoproclament « Amis de la Syrie » pour soutenir les Syriens. Au cas où la réalité vous intéresse, en 2014, ces pays n’ont contribué qu’à 22% de ce que l’État syrien a assuré en temps de guerre. C’est une énorme différence, le rapport étant de 1/5.

 

Question 14 : À l’intérieur du pays ?

Le Président Al-Assad : Oui, à l’intérieur de la Syrie. Quant au secteur de la Santé, ce rapport passe à 1/18. Ici aussi, nous portons le plus gros poids. En sachant qu’en plus de tout cela, nous continuons à verser les salaires, à envoyer les vaccins pour enfant, et à fournir les nécessités de base aux hôpitaux, même en zones contrôlées par les terroristes. Donc, nous dirigeons le pays et en assumons la charge.

 

Question 15 : Selon SAPO, l’Agence du renseignement suédois, il y aurait actuellement beaucoup de djihadistes suédois en Syrie, leur retour en Suède étant considéré comme la plus grande menace nationale. Êtes-vous d’accord ?

 

Le Président Al-Assad : Comme je l’ai déjà dit, je ne regarde pas le terrorisme sous l’angle national ou régional, mais sous un angle mondial. S’il est vrai que la Suède fait partie de l’Europe ou du groupe des pays scandinaves en Europe, sachez que les plus dangereux des dirigeants de l’EIIL qui se trouvent en Syrie, sont scandinaves.

 

Question 16 : C’est une information ?

Le Président Al-Assad : Oui, c’est une information. C’est ce que nous possédons comme information. Vous ne pouvez pas isoler le groupe des pays scandinaves ou la Suède de l’Europe et, par conséquent, tant que le terrorisme se développe dans différents pays européens, la Suède n’est pas en sécurité. De même, tant que l’arrière-cour de l’Europe -notamment la zone méditerranéenne et l’Afrique du Nord- est plongée dans le chaos grouillant de terroristes, l’Europe n’est pas en sécurité. Oui, je suis donc d’accord avec vous sur le fait que la Suède est face à une menace de première importance, mais vous ne pouvez pas en parler comme d’une menace strictement nationale.

 

Question 17 : Est-ce que la Suède vous a demandé de lui communiquer vos informations sur ces combattants de l’EIIL ou d’autres djihadistes ?

 

Le Président Al-Assad  : Non, il n’y a aucun contact entre nos agences de renseignement.

 

Question 18 : Monsieur le Président, en Décembre 2010, Taimour Abdulwahab, un terroriste suédois formé en Irak et en Syrie, a mené une attaque suicide à Stockholm. Récemment, le même scénario s’est produit à Paris contre Charlie Hebdo, puis à Copenhague. Pensez-vous que les pays occidentaux devront faire face à un tel scénario dans le futur ?

 

Le Président Al-Assad : Tout ce qui s’est passé en Europe -je parle des attaques terroristes- nous l’avions appréhendé dés le tout début de la crise. J’avais dit : « La Syrie est une ligne de faille. Si vous jouez avec, les vibrations engendrées par le séisme se propageront dans plusieurs directions dont l’Europe et non seulement dans notre région ». À l’époque, ils ont répondu : « Le Président syrien menace… ». En fait, je ne menaçais pas. Je décrivais ce qui risquait d’arriver. Il ne fallait pas être un génie, car vu l’ensemble des événements que nous avons vécus à plusieurs reprises, nous avons l’expérience de ce type de terroristes depuis bientôt cinquante ans. Ils n’ont donc pas écouté, mais ils avaient été prévenus. Et ce que nous avons vu en France contre Charlie Hebdo, les attentats suicide récents à Copenhague, les attentats à Londres et en Espagne il y a dix ans, n’est que la pointe de l’iceberg, le terrorisme étant une énorme montagne. Ce ne sont donc pas des événements isolés. Lorsqu’ils se produisent, vous devez savoir que la montagne existe sous la mer et que vous ne la voyez pas. Par conséquent, oui, aussi longtemps que cette montagne est là et que nombre de responsables européens continuent à aduler des pays comme l’Arabie saoudite et le Qatar, juste pour leur argent, et vendent leurs valeurs, permettant à l’obscurantisme de l’idéologie wahhabite d’infiltrer certaines communautés en Europe, nous devons nous attendre à davantage d’attaques de ce genre.

 

Question 19 : Quel est le moyen le plus efficace pour lutter contre le terrorisme ?

 

Le Président Al-Assad : Premièrement, le terrorisme ce n’est pas la guerre. C’est avant tout un état d’esprit, une culture à laquelle vous devez faire face. Vous devez composer avec de manière idéologique, notamment par l’éducation et la culture. Deuxièmement, le terrorisme exploite les pauvres. Vous devez donc traiter la pauvreté en portant une attention particulière à la croissance économique et au développement. Troisièmement, vous devez régler la question politique que les terroristes utilisent pour endoctriner les jeunes en prétendant résoudre les problèmes politiques de notre région. Par exemple, la question de la paix est l’une des principales raisons exploitées pour leur recrutement.

 

Question 20 : Quelle paix ? Vous voulez dire le processus de paix ?

Le Président Al-Assad : Je veux parler de la résolution du problème entre Arabes et Israéliens, parce que c’est l’une des raisons du désespoir de ces jeunes qui veulent mourir pour aller vers le paradis et une vie meilleure. C’est ainsi qu’ils raisonnent et vous devez régler les causes de ce désespoir. Et enfin, un dernier moyen de lutte contre le terrorisme est l’échange d’informations entre les services de renseignement. Pour conclure, vous ne pouvez pas lutter contre le terrorisme par la guerre. La guerre ne peut servir qu’à vous défendre contre le terrorisme armé.

 

Question 21 : Monsieur le Président, l’EIIL a demandé à tous ses partisans à travers le monde de se rendre en Syrie et en Irak pour peupler son soi-disant califat. Comment voyez-vous l’avenir de l’EIIL ?

 

Le Président Al-Assad : Bien que l’EIIL ne soit pas un problème spécifiquement syrien et qu’il est présent en Irak, au Liban, en Égypte et dans beaucoup d’autres pays, permettez-moi de parler de la Syrie en premier, car je ne peux pas parler au nom d’autres sociétés de la région. Concernant la Syrie, je pense que l’EIIL n’a toujours pas réussi à se construire un milieu réellement incubateur dans notre société. À court terme, il n’a donc pas de futur en Syrie. En revanche, à moyen et long termes, quand il aura endoctriné les cœurs et les esprits, en particulier les jeunes et les enfants, cet espace n’aura qu’un seul avenir ; l’avenir d’Al-Qaïda, de l’EIIL, d’Al-Nosra et des Frères Musulmans à la fois. Ce sera votre arrière-cour. Ce sera l’arrière-cour de l’Europe.

 

Question 22 : À moyen et long termes ? C’est très dangereux.

Le Président Al-Assad : Bien sûr que c’est dangereux, parce que vous pouvez contrôler beaucoup de choses, mais pas une idéologie. Une fois quelle a été instillée, il est très difficile de s’en débarrasser. Et quand elle le sera suffisamment, elle sera le seul avenir de la région.

 

Question 23 : L’EIIL et Al-Nosra sont aidés et bénéficient d’un soutien extérieur, vous avez cité la Turquie, le Qatar, l’Arabie saoudite et d’autres qui les couvrent. Mais c’est pareil de votre côté, vous avez le Hezbollah qui se bat pour vous. Avez-vous besoin du Hezbollah ici, en Syrie ?

 

Le Président Al-Assad : En tant que citoyen suédois, vous n’accepteriez pas que quiconque compare un terroriste tel que Taimour Abdulwahab, par exemple, à votre gouvernement, que vous soyez d’accord ou pas avec ce dernier. Idem, pour les terroristes ayant attaqué Charlie Hebdo et le gouvernement français. Vous ne l’accepteriez pas. En tant que Syriens, nous non plus, nous n’acceptons pas que l’on compare notre État aux organisations terroristes. Notre mission est d’aider le pays et de défendre ses citoyens, alors qu’il ne me semble pas que ce soit la mission de l’EIIL, d’Al-Nosra ou des Frères Musulmans. Dans les faits, leur rôle se résume à tuer des gens et à les terroriser. Vous ne pouvez donc pas comparer. Deuxièmement, en tant que gouvernement, nous avons le droit de demander le soutien de tout État, organisation ou entité, qui nous aiderait dans notre guerre contre le terrorisme. Troisièmement, si vous admettez que le terrorisme n’est pas un strict problème interne, la bonne solution devient la coopération entre les différentes forces de la région. Par exemple, une coopération entre Syriens et Irakiens, au niveau des services du renseignement et des Armées, a existé bien avant l’émergence de l’EIIL à Mossoul, l’année dernière. Et cela pour l’unique raison que les Irakiens étaient conscients que le terrorisme en Syrie pourrait s’étendre à l’Irak ; ce qui est arrivé à Mossoul. La même chose avec le Liban ; le Hezbollah étant conscient que le terrorisme en Syrie signifie le terrorisme au Liban et que le chaos ici signifie le chaos là-bas. Par conséquent, ce type de coopération régionale est très important pour nous tous.

 

Question 24 : Monsieur le Président, une fois de plus vous êtes accusé d’avoir utilisé des armes chimiques en Syrie. Deux séries de tests effectués pour le The Times et un organisme médical de bienfaisance révèlent que vos forces ont usé de chlore et de cyanure. C’est ce que dit le The Times et, je crois, Amnesty International. Que répondez-vous à ce sujet ?

 

Le Président Al-Assad : Depuis le premier jour, nous disons qu’il s’agit d’une propagande contre la Syrie, visant à diaboliser l’État et le Président, dans le but d’amener les cœurs et les esprits du peuple syrien à adhérer à leur agenda. Cela n’a pas fonctionné. Si vous voulez comparer, c’est pratiquement la même propagande que celle qui sévit en Occident à la faveur de la crise ukrainienne : diabolisation de Poutine et fabrication d’un tas de vidéos et de mensonges dans ce seul but. C’est la réalité. Les peuples occidentaux devraient en être conscients. Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a ni erreurs, ni méfaits de notre côté, mais plutôt que cette propagande médiatique ne reflète pas la réalité de notre région. Ainsi, concernant les armes chimiques, ils ne disposent toujours pas d’une seule preuve en faveur de leurs accusations et les chiffres publiés par de nombreuses organisations européennes, dans le cadre de cette propagande, varient de 200 à 1400 victimes sans rien qui prouve que ces chiffres correspondent réellement à ceux ayant succombé à cause de ce type d’attaque. Ils ne sont donc ni précis, ni objectifs. La seule preuve dont nous disposons, depuis la visite d’une délégation de l’Organisation des Nations Unies, c’est que du gaz sarin a été utilisé sur le territoire, sans pouvoir dire qui l’a utilisé ni comment. Mais ils ont quand même continué à accuser la Syrie, alors que ce n’est franchement pas réaliste de vouloir utiliser une arme de destruction massive, censée tuer des dizaines de milliers de personnes, pour n’en tuer que quelques centaines et à la limite de votre capitale de surcroît, au risque de toucher tous ses habitants. Un : toutes ces histoires qui circulent sont donc inexactes. Deux : c’est la Syrie qui a demandé aux Nations Unies d’envoyer une délégation pour vérifier cette allégation.

 

Question 25 : Et c’est ce que vous faites encore ?

Le Président Al-Assad : Nous l’avons fait. La Syrie l’a fait. C’est la Syrie qui a demandé aux Nations Unies de venir vérifier et nul autre pays ; en sachant que même lorsqu’ils avaient eu la preuve que les terroristes avaient déjà utilisé ce type d’arme dans le nord de la Syrie, ils n’avaient même pas essayé de vérifier, ni même voulu le faire savoir. Cela fait donc partie de l’agenda politique contre la Syrie.

 

Question 26 : Comme vous le savez, des accusations graves concernant des violations des droits humains sont formulées contre votre gouvernement. Que savez-vous des tortures commises dans vos prisons ?

 

Le Président Al-Assad : Concernant la torture, nous devons faire la différence entre une politique de torture et des cas de tortures commis incidemment par n’importe quel individu. Ce qui s’est passé à Guantanamo en est le meilleur exemple. À Guantanamo, l’Administration américaine a pratiqué une politique de torture approuvée par le Président Bush et par son ministre de la Défense ; ce qui n’a jamais été la politique de la Syrie. S’il y a violation des droits, torture, vengeance, ou quoi que ce soit de cet ordre, ce seraient des incidents commis par des individus qui doivent en répondre. Cela arrive partout dans le monde, comme n’importe quel autre crime.

 

Question 27 : Amnesty International ou la Croix-Rouge peuvent visiter vos prisons ?

Le Président Al-Assad : Beaucoup de journalistes et de nombreuses organisations sont venus en Syrie. Mais si vous intéressez à une organisation en particulier, cela dépend de la nature de sa coopération avec notre gouvernement et de sa crédibilité. En principe, nombreuses sont les organisations et les personnes qui peuvent visiter nos prisons.

 

Question 28 : Monsieur le Président, j’ai couvert la guerre en Syrie durant ces quatre dernières années. J’ai rencontré différents groupes de militants impliqués dans le conflit. J’ai même rencontré des soldats de votre armée. Certains de ces militants ne sont pas des islamistes et disent se battre pour la liberté. Que voudriez-vous leur dire ?

 

Le Président Al-Assad : Nous n’avons jamais dit que tous les combattants étaient des islamistes. Cela, nous le savons. Mais ceux qui dominent actuellement sont les terroristes de l’EIIL et d’Al-Nosra. Quant à la liberté, c’est un besoin naturel et quelque chose de divin qui habite tout être humain depuis notre ancêtre, Adam. Dès lors, nous devons nous poser quelques questions simples. Est-ce que tuer les gens fait partie de cette liberté ? Est-ce que détruire les écoles et interdire aux enfants de s’y rendre fait partie de cette liberté ? Est-ce la liberté que de détruire l’infrastructure, les lignes électriques, les communications, les Services de la santé ? Est-ce la liberté que de décapiter et de démembrer ses victimes ? C’est cela la liberté ? Je pense que les réponses à ces questions sont claires pout tout un chacun, quelle que soit sa culture. Je dis que nous soutenons toute personne qui agit pour plus de liberté, à condition qu’elle travaille dans le cadre des institutions et de la Constitution de la Syrie, non par la violence, le terrorisme et la destruction du pays. Cela n’a rien à voir avec la liberté.

 

Question 29 : Pourtant, ils accusent l’Armée syrienne de commettre ces mêmes crimes, comme les assassinats et tout le reste.

 

Le Président Al-Assad : Ils doivent le prouver. Je veux dire que l’Armée se bat depuis quatre ans. Comment aurait-elle pu résister dans une guerre menée par autant de pays si puissants et si riches en tuant son peuple ? Comment se fait-il qu’elle est autant soutenue par ce même peuple ? C’est impossible, irréaliste et même indigeste.

 

Question 30 : Si vous pouviez remonter le temps au tout début de la crise en 2011 et avec le bénéfice du recul, en quoi auriez-vous agi différemment ?

 

Le Président Al-Assad : Nous devons commencer par les priorités, c’est-à-dire les deux décisions que nous avons adoptées dès le début : combattre le terrorisme et instaurer le dialogue en même temps. Un dialogue que nous avons démarré dès la première année et dans les premiers mois du conflit. Nous y avons invité toutes les parties et nous avons coopéré avec l’Organisation des Nations Unies, la Ligue arabe et de nombreux pays. Nous avons pris en considération toutes les initiatives, quel que soit leur degré de crédibilité, pour ne rater aucune chance de réussite et aussi pour ne donner à quiconque l’excuse de prétendre que n’aurions pas fait ceci ou cela. Nous avons tout essayé. Donc, en ce qui concerne ces deux priorités, je pense que personne ne peut dire que nous aurions dû agir autrement. Combattre le terrorisme et promouvoir le dialogue sont les principaux piliers de notre politique depuis le début de la crise. Maintenant, l’exécution et la mise en œuvre de toute politique peut toujours comporter certaines erreurs. C’est dans la nature des choses. Par conséquent, agir différemment pourrait éventuellement porter sur certains détails, mais je ne pense pas que les Syriens vous diraient que nous ne voulons pas du dialogue ou que nous ne voulons pas combattre le terrorisme.

 

[Texte de la 2ème partie]

Question 31 : Monsieur le Président, la Suède vient de se brouiller avec l’Arabie saoudite. Quel est votre analyse de la crise diplomatique entre ces deux pays ?

 

Le Président Al-Assad : À chaque fois que vous avez à discuter des relations entre deux pays, vous devez commencer par vous demander quels sont leurs points communs et quelles sont les valeurs qu’ils partagent. Dans le cas de l’Arabie saoudite et de la Suède, je demanderais simplement : « Partagent-ils des valeurs communes en matière de système politique, de démocratie, de systèmes électoraux, de droits humains ou de droits des femmes qui n’ont même pas celui de conduire une voiture ? Ou encore, est-ce que les décapitations sur les places publiques et les flagellations pour simple délit d’opinion, sur Twitter ou tout autre réseau social, sont des valeurs partagées entre ces deux pays ? ». Tant que les Saoudiens resteront tels qu’ils sont et que vous vous en tiendrez à vos valeurs, nous nous attendons à ce type de brouille avec eux. Le seul moyen de l’éviter est de les aduler ou de leur vendre les valeurs qui font votre fierté contre leurs pétrodollars.

 

Question 32 : Vous n’êtes pas surpris ?

Le Président Al-Assad : Non, pas du tout. Pour être franc, nous avons été plutôt agréablement surpris, car nous sommes habitués à ce que les fonctionnaires européens, qui parlent de démocratie en Syrie, glorifient et comptent les Saoudiens ainsi que leur état médiéval parmi leurs meilleurs amis. C’est un des exemples de leurs doubles standards. D’où notre agréable surprise face au standard unique adopté par la Suède.

 

Question 33 : Vous voulez dire que la Syrie et la Suède, par exemple, partagent davantage de valeurs que l’Arabie saoudite et la Suède ?

 

Le Président Al-Assad : Je ne veux pas exagérer et prétendre que notre système politique est au même niveau que la Suède, car nous avons notre propre société et nos propres circonstances. Mais le moins que je puisse dire est que la Syrie est sur le chemin de la démocratie. Vous ne pouvez donc pas comparer la Syrie à l’Arabie saoudite. Nous avons un Parlement depuis huit décennies avec des parlementaires femmes depuis sa création ; les femmes ayant acquis le droit de vote depuis le début du siècle dernier. Quant à la démocratie, elle ne se prescrit pas et ne se résume pas à des lois et des décrets. C’est un long processus naturel, social et législatif, à la fois. Nous allions dans cette direction, alors que les Saoudiens n’ont jamais bougé et ignorent tout de ce vocabulaire. Ils n’ont jamais essayé de le comprendre et le refusent par principe. Voilà ce que je peux dire à ce sujet.

 

Question 34 : Vous venez de dire une chose très importante. La Syrie était sur le chemin de la démocratie. L’Occident n’aurait donc pas compris cela avant la guerre ?

 

Le Président Al-Assad : Beaucoup l’avaient compris. Mais le fait est qu’au début de la crise ils ont été influencés par la propagande qatarie ainsi que par la propagande et les services de renseignement saoudiens. Donc, certains le savaient et d’autres l’ignoraient. Et ceux qui savaient qu’avant la crise nous allions dans cette direction ont été trompés par ce que leur racontaient ces deux pays. Le problème avec les Occidentaux est qu’ils regardent la démocratie comme un objectif. Ce n’est pas un objectif. C’est un processus. L’objectif est la prospérité. La démocratie est un outil pour atteindre cette prospérité, outil que nous utilisons pour avancer dans ce sens. Par conséquent, il faut du temps, et c’est normal.

 

Question 35 : Et c’est toujours le cas ?

Le Président Al-Assad : Avec cette crise, la priorité du peuple syrien est de survivre parce que c’est leur existence qui est menacée. Le terrorisme est une menace existentielle. Les gens pensent d’abord à leur sécurité et à celle de leur pays. Comment pourriez-vous promouvoir la démocratie sans qu’ils restent en vie ? Vous avez d’abord besoin d’assurer leur sécurité, ensuite vous pourrez parler de démocratie. Vous ne pouvez pas inverser l’ordre des choses.

 

Question 36 : Que conseillerez-vous à la Suède en ce qui concerne cette brouille avec l’Arabie saoudite ?

Le Président Al-Assad : Nous aimerions que tous les pays du monde s’accrochent à leurs valeurs comme la Suède, surtout en Occident, où nous sommes habitués aux deux poids deux mesures. Nous aimerions que la Suède persiste dans cette voie, car c’est dans ces valeurs que résident vos intérêts de citoyen suédois, comme c’est dans nos propres valeurs de pays en développement que résident les nôtres. Il en est de même pour nous tous, alors que les doubles standards ne garantissent pas nos intérêts et qu’il faudra en payer le prix. C’est mon seul conseil. Nous voulons qu’ils s’en tiennent à leurs valeurs.

 

Question 37 : Revenons à l’Arabie Saoudite qui a récemment tenté une politique de censure sur les médias locaux et la télévision d’État au Liban, de même que sur les chaînes de télévisions syriennes. Serait-elle devenue une puissance clé dans le monde d’aujourd’hui ? En Suède, au Liban, en Syrie, partout ?

 

Le Président Al-Assad : Dire d’un pays qu’il est une puissance clé implique que vous vous intéressiez à sa position géopolitique, à son histoire et à son degré d’indépendance ; s’il n’est pas indépendant, il ne peut être une puissance clé. En quatrième lieu, vous devez vous intéresser à son héritage. Qu’en est-il de son Histoire et de ce qu’il laisse en héritage ? Revenons quelques décennies en arrière : soutien du terrorisme en Afghanistan à l’origine de problèmes dont nous payons encore aujourd’hui le prix en Afghanistan, mais aussi au Pakistan et dans le monde entier ; l’Algérie dans les années quatre-vingt-dix ; et maintenant la Syrie et la Libye. Toujours la même idéologie. C’est cela leur héritage : décapitation, obscurantisme et ainsi de suite. C’est le seul héritage qu’ils aient offert, avec récemment leur agression contre le Yémen, tuant de pauvres gens, détruisant les infrastructures, les usines alimentaires et les aéroports. Le Yémen est un pays très pauvre. Qu’est-ce que vous gagnez en vous attaquant aux biens publics ? Ces biens n’appartiennent pas aux Houthis ou à tout autre. Ce sont des biens du peuple. Qu’attendez-vous d’un pays qui a un tel héritage ? Je ne dirais pas d’un pays qui déstabilise sa région qu’il est une puissance clé. N’importe quel terroriste peut en faire autant, n’importe où. Nous ne pouvons pas qualifier des terroristes, qu’ils s’agissent d’individus, d’organisations ou d’États, de puissance clé. Je ne qualifierai pas l’Arabie saoudite de puissance clé.

 

Question 38 : Selon les déclarations de votre gouvernement, l’Arabie saoudite soutenait et soutient toujours les terroristes en Syrie. Maintenant, elle est officiellement en guerre au Yémen. Comment voyez-vous cette situation ?

 

Le Président Al-Assad : Je viens juste d’aborder ce sujet. Lorsque vous attaquez illégalement un pays et que vous n’avez pas de mandat du Conseil de sécurité parce qu’il n’y a aucune menace contre la sécurité mondiale ou régionale, il s’agit d’une agression, sans plus. C’est ainsi que nous voyons cette situation. Une agression qui va créer, sans aucune raison et entre deux peuples qui vivent côte à côte, une animosité durable qui engendrera plus d’instabilité dans tous les pays de la région. Tous en paieront les frais, d’autant plus que tous les plans politiques de l’Arabie saoudite se fondent sur un discours de division dans un contexte sectaire. C’est leur seul discours, notamment depuis les années quatre-vingt du siècle dernier, alors qu’il est très dangereux pour notre région de susciter, de promouvoir et d’attiser n’importe quel type de sectarisme.

 

Question 39 : Que pensez-vous de l’avenir de l’Arabie saoudite, maintenant, qu’elle est donc officiellement impliquée dans cette guerre au Yémen ?

 

Le Président Al-Assad : En bref, cet avenir n’est pas seulement lié à cette seule guerre contre le Yémen, mais à l’ensemble des comportements de l’Arabe saoudite depuis des décennies. Quand vous adoptez la vengeance haineuse et que vous nourrissez l’extrémisme ainsi que le terrorisme, nuisibles partout dans le monde, vous ne pouvez que vous détruire.

 

Question 40 : Ces comportements vont détruire l’Arabie Saoudite ?

Le Président Al-Assad : Oui, terrorisme, extrémisme, haine et comportement vindicatif la détruiront.

Question 41 : Et le pays sera divisé ?

Le Président Al-Assad : Personne ne le sait, mais ces comportements les détruiront. Comment ? Les scénarios sont nombreux. Je ne peux prédire, mais le résultat de tout cela est qu’ils finiront par se détruire.

 

Question 42 : Monsieur le Président, la guerre en Syrie est entrée dans sa cinquième année. Nous avons parlé de Idleb, de la zone frontalière entre la Jordanie et la Syrie. Quelle est la surface demeurant sous votre contrôle ? Certains parlent de 10 % du territoire.

 

Le Président Al-Assad : Ce pourcentage n’est pas réaliste. Si tel était le cas, vous ne seriez pas à Damas avec moi, mais avec l’un des leaders de l’opposition qui dirigerait le pays. Encore une fois, ces chiffres ne sont pas significatifs qu’il s’agisse de 50%, 60% ou 70%. Ce n’est pas une guerre conventionnelle entre deux armées régulières, l’une ayant fait incursion dans le territoire de l’autre. C’est une guerre non conventionnelle où les terroristes peuvent combler le vide là où l’Armée et les Forces de sécurité ne sont pas sur place. Comme vous le savez, l’Armée ne peut se déployer partout et dans chaque région du pays. Par conséquent, les terroristes peuvent exister partout où l’Armée est absente. Ceci dit, presque à chaque fois que l’Armée a lancé une bataille pour reconquérir un territoire, elle a gagné. Il n’empêche que, là aussi, les terroristes pourraient s’être rendus ailleurs dans le pays. Voilà à quel type de guerre nous avons affaire. Elle a commencé par une propagande médiatique extérieure, très vite suivie d’attaques terroristes, son seul objectif étant de gagner les cœurs et les esprits pour se débarrasser du gouvernement, de l’État et du Président. C’est là qu’ils ont échoué. Je pense que s’ils ont échoué jusqu’ici, c’est parce que le peuple syrien l’a bien compris, une majorité soutenant le gouvernement contre ces interventions étrangères. C’est de ce type de contrôle dont vous pourriez parler.

 

Question 43 : L’Armée irakienne s’est effondrée quand l’EIIL a lancé son attaque contre Mossoul l’été dernier. Vous savez que l’Armée syrienne est plus solide. Pour ne prendre qu’un exemple, pourquoi n’avez-vous pas repris la ville de Raqqa à l’EIIL ? Pourquoi vous contentez-vous d’attaques aériennes ?

 

Le Président Al-Assad : Parce que quand vous faites face à une guerre aussi vicieuse, menée sur votre territoire par l’intermédiaire de terroristes recrutés dans une centaine de pays, alors que vous n’êtes qu’un petit pays aux moyens limités, vous devez dresser une liste de priorités fondée sur des critères militaires. Sinon, vous vous disperseriez sans gagner aucune bataille. Vous fixez vos priorités dans le but ultime de regagner tout le territoire syrien, que ce soit une grande ville ou un petit village, une zone peuplée ou inhabitée. Et la ville de Raqqa est une ville que nous voulons regagner.

 

Question 44 : Permettez-moi de passer à un autre sujet. Comment décririez-vous la relation entre la Syrie et l’Iran

aujourd’hui ?

Le Président Al-Assad : La même relation que nous aurions pu décrire quand la Syrie a soutenu la révolution islamique en Iran en 1979, il y a 35 ans, alors que de nombreux pays, principalement en Occident et parmi les Pays du Golfe, ont pris position contre ; puis, plus tard, quand nous l’avons soutenu alors que Saddam Hussein l’avait attaqué. Aujourd’hui, l’Iran soutient la Syrie. C’est donc une alliance mutuelle. C’est ainsi que je décrirais cette relation.

 

Question 45 : Certains critiques disent que vous avez vendu votre pays à l’Iran, et que vous ne pourriez pas survivre sans l’aide de l’Iran et du Hezbollah. Est-ce vrai ?

 

Le Président Al-Assad : Si j’étais parti de ce principe et si j’avais été prêt à vendre mon pays, je l’aurais vendu aux États-Unis, ou peut-être à Israël, ou peut-être encore à l’Arabie Saoudite ; car depuis l’indépendance de la Syrie [17 avril 1946, NdT] nombreux sont les pays qui aimeraient contrôler la Syrie pour des raisons géopolitiques. Autrement dit, si je voulais vendre mon pays, je le vendrais en premier aux États-Unis. Donc, et c’est le premier point, puisque j’ai refusé de le vendre à qui que ce soit, je ne voudrais pas le vendre à l’Iran. Le deuxième point est que l’Iran n’a jamais essayé de contrôler mon pays. Jamais. Sans oublier que, par nature, le peuple syrien ne l’acceptera pas. Par conséquent, que l’Iran soutienne la Syrie ne signifie pas qu’il la contrôle ou qu’il tente d’imposer ses quatre volontés au gouvernement syrien. Quant à dire que nous ne pourrions pas survivre sans l’Iran et le Hezbollah, la question est hypothétique, pour la bonne raison qu’un petit soutien dans une grande guerre peut vous mener à de grands résultats. Que ce soutien ait été petit ou grand, le résultat est là, et nous ne pouvons pas nier qu’il a été vital pour nous. Qu’en serait-il si nous n’en n’avions pas bénéficié ? Les choses auraient été probablement plus difficiles, ce qui ne veut pas dire que nous n’aurions pas pu survivre.

 

Question 46 : Quelle influence l’Iran a-t-il en Syrie ?

Le Président Al-Assad : Cela dépend comment nous comprenons ce terme, une influence pouvant être positive ou négative. Ainsi, si nous nous intéressions à la France et à l’Allemagne, il est clair que l’une est une puissance politique et que l’autre est une puissance économique. L’Iran est un pays important pour notre région. C’est un grand pays. C’est en tout cas, un pays développé par rapport à d’autres. Je considère que son influence est positive, parce qu’il cherche plus de stabilité pour ses propres intérêts. Tout pays a des intérêts. Donc si l’Iran est influent, son influence est positive.

 

Question 47 : Je comprends que l’Iran est un pays important pour la Syrie, mais avez-vous besoin de l’aide du Hezbollah ?

 

Le Président Al-Assad : Encore une fois, un petit soutien dans une grande guerre peut vous mener à de grands résultats. Par ailleurs, le Hezbollah a une bonne expérience en matière de guerre non conventionnelle ; ce dont nous pouvons avoir besoin. Cependant, son aide est avant tout qualitative. Par conséquent, vous ne devez pas le comparer à l’Armée syrienne. Ses effectifs sont moindres en effet, mais son expérience pourrait avoir un grand impact.

 

Question 48 : Désormais, on sait bien que le Hezbollah est présent en Syrie. Quel contrôle avez-vous sur ses combattants ?

 

Le Président Al-Assad : Tous les combattants de toutes les factions qui se battent aux côtés de l’Armée, certaines n’en faisant pas partie mais la soutiennent, travaillent sous sa direction. Ils n’ont pas leur propre bataille ou leur propre front. Nous n’avons donc aucun problème.

 

Question 49 : Khaled Mechaal [dirigeant politique du Hamas, NdT] a vécu entre 11 et 12 années en Syrie. Aujourd’hui, il se retrouve au Qatar. Où en est cette relation aujourd’hui ?

 

Le Président Al-Assad : Nous n’avons aucune relation et à aucun niveau. Les événements récents au camp de Yarmouk ont prouvé qu’une partie des cadres du Hamas, qui est essentiellement une organisation des Frères musulmans, soutient Al-Nosra à l’intérieur du camp.

 

Question 50 : Ils soutiennent une organisation terroriste ?

Le Président Al-Assad : Oui, une partie d’entre eux collabore avec Al-Nosra. C’est pourquoi leurs dirigeants appellent, depuis le Qatar, les organisations palestiniennes séculaires à venir en Syrie, pour secourir leurs factions présentes dans le camp de Yarmouk, aux côtés d’Al-Nosra, contre l’attaque de Daech.

 

Question 51 : Donc le Hamas en Syrie, c’est désormais de l’histoire ancienne ?

Le Président Al-Assad : Oui. Je pense que désormais le peuple syrien ne leur fera plus confiance.

Question 52 : Monsieur le Président, passons aux États-Unis et à Aïn al-Arab. Les États-Unis attaquent l’EIIL par les airs. En fait, ils vous soutiennent. Comment décririez-vous cette coopération militaire avec un pays censé être votre ennemi ?

 

Le Président Al-Assad : Mon ennemi, c’est d’abord les terroristes. Ensuite, il n’y a pas de coopération entre la Syrie et l’Armée américaine.

Question 53 : Même indirectement ?

Le Président Al-Assad : Aucune coopération, même si parfois nous menons des raids aériens dans une même zone et sur un même endroit.

Question 54 : Pas même une coordination ?

Le Président Al-Assad : Non, pas de coordination. Mais revenons sur votre hypothèse consistant à dire qu’ils nous soutiennent. Disons qu’ils le font théoriquement et sur papier, mais certainement pas dans la réalité. Si vous voulez une comparaison, sachez que cette alliance de 60 pays, dont certaines grandes puissances, mènent plus ou moins dix attaques par jour, alors qu’un petit pays comme la Syrie peut, certains jours, en mener plus d’une centaine. Donc, dix fois plus.

 

Question 55 : Des attaques dans une même zone et sur un même endroit ?

Le Président Al-Assad : Disons que c’est généralement le cas. D’où la question que nous nous posons : sont-ils sérieux dans leur guerre contre le terrorisme ?

 

Question 56 : Sont-ils sérieux ?

Le Président Al-Assad : C’est parce qu’ils ne sont pas sérieux qu’ils ne peuvent pas nous aider. C’est une simple conclusion. S’ils étaient sérieux, nous aurions peut-être discuté ensemble de la meilleure façon d’agir, ne serait-ce que pour un modeste résultat. Il leur a fallu quatre mois pour libérer une petite ville, que vous nommez Kobané dans vos médias, quand dans des conditions similaires notre Armée y est arrivée en deux à trois semaines. Ou alors, il y a quelque chose qui ne tourne pas rond dans leur plan. En réalité, non seulement ils ne nous aident pas, mais l’expansion non-stop de l’EIIL et d’Al-Nosra touche désormais différents pays. Par conséquent, si vous insistez sur leur coopération et leurs succès, dites-moi où les trouver. Jusqu’ci, nous n’avons rien vu.

 

Question 57 : Mais ils n’ont pas la permission de survoler la Syrie.

Le Président Al-Assad : Non, c’est illégal. Nous avons dit publiquement que c’était illégal et qu’ils le font sans autorisation [*].

 

Question 58 : Monsieur le Président, comment voyez-vous l’avenir de la Syrie ?

Le Président Al-Assad : Malgré toute la douleur, la destruction et le carnage, à quelque chose malheur est bon. Cette crise fera que tout Syrien réfléchira à tous les points faibles de notre société. Par exemple, beaucoup n’ont pas vu la ligne fine qui sépare le fanatisme de l’extrémisme, et l’extrémisme du terrorisme. Je pense, que cela poussera toute la société vers plus de modération, bien que je parle d’une société modérée qui, comme toute société, n’est pas exempte de quelques recoins de fanatisme et d’extrémisme. Cela poussera notre société, mosaïque de toutes les couleurs syriennes, à chérir la modération et l’intégration que nous avons connues tout au long de notre histoire ; ce qui à mon avis aidera à sa reconstruction. La reconstruction du pays n’est pas le problème, c’est toujours possible. Le principal défi est de trouver comment traiter les fêlures psychologiques et morales de la prochaine génération qui aura vécu toutes ces atrocités. Mais je ne suis pas pessimiste, à condition que nous nous débarrassions des terroristes.

 

Question 59 : Vous parlez de la reconstruction du pays. Qui va payer pour cela ?

Le Président Al-Assad : Le pays lui-même pour commencer. Dès que les premiers projets démarreront, la roue de l’économie avancera générant des ressources financières pour elle-même. Ensuite, les investissements de pays qui ont soutenu la Syrie, comme la Russie, la Chine, l’Iran, et bien d’autres. Et enfin les investisseurs de tous les pays qui n’ont pas participé à l’effusion du sang syrien.

 

Question 60 : Ces quatre dernières années, j’ai voyagé de Daraa à Lattaquié et partout dans le pays. Il me semble que la reconstruction du pays est une mission impossible. Est-ce le cas ?

 

Le Président Al-Assad : Non, ce n’est pas une mission impossible, car nombre de pays ont été détruits lors de diverses crises, comme les guerres, les séismes, etc… Non, la reconstruction des infrastructures et des bâtiments n’est pas un défi difficile à relever. Le défi le plus important est de reconstruire l’humain.

 

Question 61 : C’est justement le sujet dont je voudrais vous parler. J’ai visité beaucoup de familles syriennes. J’en suis arrivé à penser que chaque foyer syrien a été affecté par cette guerre. Les enfants, les hommes, les femmes, les personnes âgées, ont tous besoin de se reconstruire. Que pouvez-vous faire ? Que peut faire le monde pour les aider ?

 

Le Président Al-Assad : Nous n’avons pas à attendre la fin de la guerre pour les aider. Nous avons déjà commencé à le faire par des subventions, des dons, des crédits et d’autres services destinés à ces familles dépossédées dans des circonstances diverses et multiples. Mais le plus important est l’aide morale et comment la société et le gouvernement adoptent et soutiennent ces familles qui ont perdu des êtres chers accidentellement ou au combat dans les rangs de l’Armée, de la Police et des Comités de défense. Je pense que c’est ce que la société syrienne a donné et que c’est pour cela nous avons pu résister pendant ces quatre dernières années, alors que nous sommes entrés dans la cinquième, comme vous l’avez rappelé.

 

Question 62 : Vous parlez de la société syrienne. À quel point est-elle divisée aujourd’hui ?

Le Président Al-Assad : Si la société était divisée, le pays aurait été automatiquement divisé. Ce ne sont pas les frontières qui peuvent le diviser. Seule la société le peut, au cas où des lignes de séparation claires apparaitraient entre les gens de différentes ethnies et confessions. Aujourd’hui, si vous observez la population des zones sécurisées où se sont réfugiés de très nombreux déplacés, vous verriez que des gens appartenant à tout le spectre de la diversité syrienne vivent ensemble, côte à côte. Si la société était divisée, ce ne serait pas le cas.

 

Question 63 : Donc, le pays n’est pas divisé ?

Le Président Al-Assad : Non, le pays n’est pas divisé et les médias occidentaux parlent à tort de guerre civile. Il n’y a pas de guerre civile en Syrie. La guerre civile se traduit par des lignes de démarcation claires et nettes entre les différentes ethnies, confessions, religions ou autres groupes d’une même société. C’est une guerre entre la société syrienne et les terroristes. Telle est la réalité de cette guerre. Vous pouvez vérifier par vous-mêmes qu’absolument toutes les composantes du peuple syrien vivent ensemble, sans aucune exception. En général, je n’aime pas user du terme « absolument », mais dans ce cas c’est l’absolue vérité. Je dirais même que cette cohésion est plus forte qu’avant la guerre car, comme je vous l’ai dit précédemment, les Syriens en ont tiré les nombreuses leçons. Ils sont plus proches les uns des autres.

 

Question 64 : Monsieur le Président, je pense que peu de gens souhaiteraient être à votre place. C’est une très grande responsabilité envers la Syrie vu ce qui s’y passe aujourd’hui. Avez-vous jamais souhaité être resté à Londres à exercer votre métier de praticien ophtalmologue ?

 

Le Président Al-Assad : Je suis devenu ophtalmologue parce que j’aimais ce métier et ce secteur professionnel. Je n’ai exercé que dans le secteur public et j’avais prévu d’y rester. Finalement, je n’ai fait que passer d’un secteur public à un autre plus large ; lequel, comme vous le savez, consiste aussi à aider les gens. Il n’y a donc pas une grande différence, puisqu’il s’agit du même principe appliqué par des méthodes différentes. Ai-je jamais souhaité être resté à Londres à exercer la médecine, après trois ans de pratique en Syrie ? Je ne regarde pas en arrière. Ce qui compte le plus pour moi est d’aider le peuple syrien.

 

Question 65 : Qu’est-ce que vous manque le plus de votre séjour londonien ?

Le Président Al-Assad : Nous parlons d’un autre âge, j’étais jeune. Peut-être ai-je la nostalgie de ma jeunesse. Mais en réalité, quand vous allez vivre dans un autre pays pour perfectionner vos connaissances, vous chérissez cette relation qui vous offre le savoir nécessaire au développement de votre pays. C’est ce sentiment qui vous manque, maintenant que la France et la Grande Bretagne sont devenues un fer de lance contre la Syrie alors que vous pensiez qu’ils pouvaient aider les Syriens, non les tuer. C’est ce qui me manque.

 

Question 66 : Monsieur le Président, vous n’êtes pas seulement président et médecin. Vous êtes aussi un père. Comment expliquez-vous à vos enfants ce qui se passe en Syrie ?

 

Le Président Al-Assad : En toute transparence, parce qu’ils vivent dans cette société, fréquentent les élèves de leur école, regardent différentes chaînes, utilisent l’Internet qui leur montre certaines opinions et même des atrocités. Des valeurs qui ne sont plus aussi évidentes dans notre société, en raison des circonstances. Lorsqu’ils ont vu une tuerie, vous devez vous concentrer sur la bonne conduite et la bonne volonté. Lorsqu’ils ont vu des terroristes tuer des personnes parce qu’elles ne partagent pas leur idéologie, vous devez davantage vous concentrer sur la tolérance et l’acceptation de l’autre, abstraction faite de son idéologie ou de son affiliation. Ce sont là les points importants à aborder au sein de la famille.

 

Question 67 : Est-ce que les enfants posent des questions au sujet de la guerre ?

Le Président Al-Assad : Je pense que c’est un sujet de dialogue quotidien dans chaque foyer syrien. Désormais cela fait partie de notre vie. La crise est notre vie, la vie de nos enfants, de nos jeunes, de nos aînés, de nous tous.

 

Question 68 : Nous savons, Monsieur le Président, que vous avez perdu des amis et des proches au cours de cette guerre. Comment cela vous a-t-il affecté ?

 

Le Président Al-Assad : Comme n’importe qui au Moyen-Orient où les relations entre les membres de la famille et les amis sont très émotionnelles et très chaleureuses, de sorte que toute perte vous affecte profondément et vous plonge dans la tristesse. En même temps, et en fonction du poste que vous occupez, cela vous incite à réfléchir davantage aux moyens de protéger la vie de vos concitoyens et à agir efficacement pour les aider. Ceci, parce que des millions de Syriens souffrent des mêmes sentiments que moi. Voilà ce qui m’affecte tout en m’incitant à aider les Syriens.

 

Question 69 : À moins d’un miracle, que faut-il pour arrêter cette guerre ?

Le Président Al-Assad : Arrêter l’ingérence extérieure. Comme je vous l’ai déjà dit, notre problème n’est pas très compliqué. La solution est claire, mais devient plus compliquée à cause des interventions étrangères. Arrêtez. Arrêtez le terrorisme et le flot de terroristes en provenance d’Arabie saoudite et du Qatar via la Turquie, avec la bénédiction et l’aide d’Erdogan. Arrêtez l’afflux d’armes et d’argent vers les terroristes. Arrêtez de les couvrir de votre parapluie occidental quel que soit l’adjectif dont vous les affublez, notamment celui de « modérés ». C’est alors que le problème syrien se résoudra en quelques mois. Cela ne prendra pas plus de temps.

 

Dr Bachar al-Assad
Président de la République arabe syrienne
17/04/2015

Sources : Sana / Expressen
http://sana.sy/en/ ?p=36449
http://www.expressen.se/nyheter/mote-med-al-assad/en/

Texte traduit par Mouna Alno-Nakhal

Note : [*] Conversation avec le Président syrien Bachar al-Assad [Questions 50 à 58] http://www.comite-valmy.org/spip.php ?article5548

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Alep : De quelle couleur es-tu ? Par Mouna Alno-Nakhal

2 Mai 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #Europe supranationale, #L'OTAN., #AMERIQUE, #Israël - palestine - Moyen-Orient, #Daesch, #ISIL

Alep : De quelle couleur es-tu ?
Par Mouna Alno-Nakhal

jeudi 30 avril 2015, par Comité Valmy

Alep : De quelle couleur es-tu ?

À Alep, pour dire « comment vas-tu ? », on dit « chlonak » au masculin singulier et nous vous épargnerons toutes les déclinaisons terminales de ce terme, selon que l’on parle au masculin ou au féminin, au singulier ou au pluriel de deux ou plus. Un mot qui ne vient pas de l’arabe, mais sans doute du Syriaque ou d’une langue parlée depuis un passé encore plus lointain, qui vous demande, en guise de salut à n’importe quelle heure du jour et de la nuit : « de quelle couleur es-tu ? ».

 

Ces derniers temps, la réponse hurlée ou étranglée des gens d’Alep est de toutes les couleurs du sang, qu’il parte du cœur ou du ventre, qu’il gicle dans les rues ou du lit douillet d’un enfant. Ils en arriveraient presque à préférer les « canons de l’enfer », des monstres qualifiés d’opposants modérés par tous les hypocrites de la Terre, aux missiles d’« Erdogan le pilleur » [1], qui ont l’avantage de démolir des immeubles entiers avec tous leurs occupants, plutôt que de laisser le hasard choisir ses victimes étage après étage, maison après maison.

 

Et pourtant, que n’a-t-on entendu « Il faut sauver Alep ! », slogan vite devenu « Il faut sauver les Chrétiens d’Alep ! » ou mieux : « Seuls les Kurdes peuvent sauver les Chrétiens ! ».

 

Comme si les Chrétiens de Syrie n’étaient pas avant tout des Syriens et ce, depuis la nuit des temps, même sous le joug des Ottomans.

 

Comme si un seul des quartiers visés par les missiles, les obus de mortiers, les canons de l’enfer, les snipers, les explosions de souterrains [2] et toute la haine du monde, n’étaient habités que par des Chrétiens.

 

Comme si le Sultan ottoman Abdul-Hamid II n’avait pas fait massacrer « 200.000 à 250.000 Arméniens avec le concours diligent des montagnards Kurdes » et que, tout au long des années de carnage qui ont suivi, les gens d’Alep de toutes les confessions n’avaient pas accueilli et adopté à jamais les rescapés arméniens, assyriens, chaldéens, grecs, et même kurdes en majorité musulmans et sunnites, lorsque la Turquie kémaliste leur infligea le même sort [3][4].

 

Il ne s’agit pas ici de faire un procès d’intention aux gens « sincères » qui appellent à secourir ceux qu’ils désignent par « Chrétiens d’Orient » en actes ou en paroles, ni même de s’élever contre ce qui pourrait revenir à une discrimination. Il s’agit plutôt de rappeler succinctement certaines vérités douloureuses, maintenant qu’il est devenu évident qu’Alep et sa région servent de carte maîtresse dans le jeu des puissants ou de ceux qui voudraient s’inscrire à leur club, en la détruisant.

 

Des vérités que le Président Hollande et apparemment des Arméniens « marqués par le génocide arménien » ignorent dans leurs discours de commémoration du centenaire de cette tragédie. Le premier lorsqu’il omet de dire que ce « désert » au bout duquel les Arméniens ont trouvé leur salut n’est autre que le désert syrien et qu’il s’attend à des « mots encore plus importants » de la part de la Turquie [5]. Les seconds lorsqu’ils omettent de remercier ces « Justes de Syrie » qui ont sauvé les leurs d’un massacre qui se poursuit aujourd’hui, restant sourds aux déclarations, sans cesse répétées, des Arméniens fiers d’être des citoyens syriens à part entière [6] et non des citoyens de seconde catégorie, comme ce qui se prépare pour les Assyro-chaldéens sous la férule du « Kurdistan irakien ». Mais c’est un autre sujet…

 

Des vérités sur le projet de vider le Moyen-Orient de ses Chrétiens que les dirigeants et même les hommes d’Église occidentaux ignorent ou semblent ignorer, mis à part M. Sarkozy qui, à notre connaissance, n’a pas nié en avoir informé Monseigneur Al-Raï [7]. Un projet qui a évolué avec le temps, si l’on se réfère à la « Lettre ouverte adressée à tous les Syriens » par le Père Elie Zahlaoui à partir de Damas le 28 mai 2014 [8]. Dans cette lettre, il invite ses concitoyens à réfléchir sur cinq textes qu’il a lui-même traduit en arabe, sans autre commentaire. Voici la traduction du deuxième, en espérant que cette double traduction ne nous éloignera pas trop du texte original. Il s’agit d’une lettre datée du 27 février 1954, adressée par Ben Gourion au Premier ministre d’Israël de l’époque, Moshé Sharett :

 

« C’est peut-être le moment favorable pour tenter de créer un état chrétien à nos côtés. Mais cela ne pourra se concrétiser sans notre initiative et notre soutien. Je crois que c’est actuellement notre mission principale ou, tout au moins, l’une des missions principales de notre politique étrangère. Nous devons faire en sorte d’utiliser les moyens, le temps et l’énergie, susceptibles de mener à un tel changement fondamental au Liban. Et ne vous souciez pas des dollars, même au cas où ils seraient dépensés en vain. Nous devons concentrer tous nos efforts sur cet objectif. Je ne sais si nous avons des agents au Liban, mais usez de tous les moyens disponibles pour concrétiser la tentative que je propose… ».

 

Est-il nécessaire de revenir sur les agents qu’ils ont « eus » au Liban et sur le rôle du Hezbollah, des patriotes libanais et d’autres encore, pour faire échouer ce projet ? Ce projet est-il définitivement enterré au Liban ou bien a-t-il migré vers d’autres cieux ? Et pourquoi est-ce si important pour Israël ? Là aussi ce n’est pas le sujet…

 

Aujourd’hui une campagne psychologique féroce bat son plein. Elle vient s’ajouter à tout ce que les gens d’Alep ont vécu depuis juin 2012 [9]. Si par miracle vous arriviez à joindre l’un des habitants, vous comprendriez que le but premier de cette campagne est de leur ôter tout espoir de voir l’Armée arabe syrienne les délivrer des griffes des terroristes qui continuent à déferler en tsunami meurtrier depuis la frontière turque.

 

Normal ! Les médias occidentaux, comme les médias des Pays du Golfe, ne parlent que des défaites de l’Armée arabe syrienne, jamais de ses victoires. Depuis l’invasion de Idleb et de Jisr-al-Chougour par les hordes de l’alliance turco-saoudo-qatarie gonflée par une « Tempête de lâcheté » sur le Yémen, certains jubilent. La télévision qatarie, Al-Jazeera, est même allée jusqu’à trafiquer une vidéo disant que l’Armée syrienne était en fuite. Certains ont même poussé le vice jusqu’à prétendre que cette vidéo était présentée par l’un des hommes des médias syriens les plus respectés. Les gens d’Alep ne sont pas dupes, mais il y a tout le reste.

 

Il y a la peur de perdre un être cher, ce qui a fait dire à l’une de ses habitantes : « Le comble est que nous en sommes rendus à envier les familles qui meurent en gros… tous ensemble. C’est moins dur ». Il y a la douleur des adieux, maintenant que plus de la moitié des habitants ont quitté vers d’autres régions du pays ou vers d’autres cieux, certains pour ne jamais revenir. Il y a la fatigue qui s’accumule depuis quatre ans. Il y a la rage de préserver ses enfants en continuant à les nourrir physiquement, moralement, et intellectuellement. Il y a ceux qui espèrent toujours un sursaut d’humanité de la part de l’Occident. Il y a ceux qui sont volontairement restés pour aider et se battre à leur manière sans rien attendre en retour.

 

Il y a aussi, comme ils disent, « la mascarade de De Mistura » qui signifie que sa mission consiste à ce que les terroristes « modérés » puissent d’ici le 30 Juin,[date de la signature de l’accord sur le nucléaire iranien], contrôler le maximum de territoire pour que leurs donneurs d’ordre soient en situation de négocier d’égal à égal avec l’État syrien et ses alliés.

 

D’où la question inévitable : « Mais où sont donc nos alliés ? ». Pour y répondre, il faudrait être dans le secret des dieux.

 

En attendant, aujourd’hui, Alep est de couleur ténèbres et a vu les étoiles de midi. Même son beau jardin public a reçu son lot de canons de la mort. Une mort qui a fauché un nombre encore indéterminé de victimes. Une seule chose est sûre : elle n’a pas demandé à ses élus ni de quelle couleur ils étaient, ni quel était leur prophète favori.

 

Mouna alno-Nakhal
30/04/2015

Notes :

[1]Syrie : Le pilleur d’Alep !
http://www.comite-valmy.org/spip.php ?article3237

[2] Vidéo publiée par les terroristes le 26 avril 2015 : explosion de souterrains dans la vieille ville
https://www.facebook.com/Girls.Of.Aleppo/videos/989501414408461/

[3]Arméniens et Kurdes
http://denisdonikian.blog.lemonde.fr/2007/11/26/285-armeniens-et-kurdes/

[4]24 avril 1915 Le génocide arménien
http://www.herodote.net/24_avril_1915-evenement-19150424.php

[5] Discours lors des commémorations du centenaire du génocide arménien
http://www.elysee.fr/declarations/article/discours-lors-des-commemorations-du-centenaire-du-genocide-armenien-2/

[6] Aznavour et Guédiguian, deux hommes marqués par le génocide arménien
http://www.lefigaro.fr/culture/2015/04/22/03004-20150422ARTFIG00366-aznavour-et-guediguian-deux-hommes-marques-par-le-genocide-armenien.php

[7]Sarkozy : « Les chrétiens de Syrie et du Liban n’ont plus leur place au Proche Orient »
http://www.silviacattori.net/article2394.html

[8] Lettre ouverte à tous les Syriens. Par Père Elie Zahlaoui
https://www.facebook.com/EliasZahlawi/posts/679883705412290

[9] Syrie : Le calvaire d’Alep !
http://www.comite-valmy.org/spip.php ?article4507

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Une crise, quelle crise ? al-Quaida prend le contrôle en Syrie

29 Avril 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #Israël - palestine - Moyen-Orient, #L'OTAN., #La France, #Europe supranationale, #AMERIQUE, #Terrorisme, #Daesch, #ISIL

Une crise, quelle crise ?
al-Quaida prend le contrôle en Syrie


Neil Clark

Par Neil Clarck – Source Russia Today

Comme tout le monde, vous avez pu voir aux infos que les rebelles affiliés à al-Qaida avaient pris le contrôle de presque toute la dernière ville encore tenue par le gouvernement dans la province d’Idlib, au nord de la Syrie.

 

Membres du groupe jihadiste Front al-Nusra. (Reuters/Amid Khatib)

C’est une nouvelle très importante car cela veut dire que les régions côtières encore sous contrôle du gouvernement, dont le port de Lattaquié qui est une place forte baathiste, sont directement menacées. C’est une avancée majeure pour la cause islamiste mais le plus frappant dans cet événement est l’absence totale d’inquiétude et de réaction de la part des gouvernements occidentaux.

On pourrait penser que ces gouvernements soient alarmés par les avancées d’al-Qaida, vu le nombre d’Occidentaux tués dans la guerre contre la terreur en Afghanistan.

En fait, le manque d’inquiétude envers les avancées des militants en Syrie montre l’hypocrisie totale de la politique étrangère occidentale. Ses élites prétendent combattre l’islamisme radical alors qu’en Syrie, ils font tout ce qu’ils peuvent pour que celui qui combat contre cet islamisme radical, le gouvernement laïque syrien, soit affaibli et finalement vaincu.

Le mois dernier, le président syrien Assad a attiré l’attention sur la prétendue guerre occidentale contre le groupe État islamique. Il a fait remarquer que qu’il n’y avait que dix raids aériens par jour contre ce groupe de la part de pays qui se disent riches et modernes. «L’armée de l’air syrienne, qui est faible en comparaison de celle de la coalition, conduit en une seule journée beaucoup plus de raids aériens que la coalition qui regroupe soixante pays. Cela n’a pas de sens. Cela montre leur manque de sérieux… Il n’y a aucun effort sérieux pour vaincre le groupe terroriste État Islamique. » a dit Assad.

Au lieu d’essayer de vaincre le terrorisme, l’Occident et ses alliés le soutiennent.

Israël, le pays dont nos propagandistes nous répètent à l’envi qu’il est sur la ligne de front de la guerre contre la terreur, agit en tant qu’allié d’al-Qaida sur le front syrien. Il a lancé une dizaine de raids aériens sur la Syrie depuis 2012 mais pas un seul n’était dirigé contre le groupe islamiste combattant l’armée d’Assad; tous ces raids visaient soit des cibles gouvernementales soit des groupes se battant aux cotés d’Assad contre les terroristes, comme, par exemple, le raid qui a tué un général iranien et six combattants du Hezbollah. (Aujourd’hui, on apprend qu’une autre frappe aérienne a tué quatre militants sur la frontière israélo-syrienne, mais il n’est pas précisé à quel groupe appartiennent ces militants.)

Membres du groupe jihadiste Front Al-Nusra (AFP Photo)


En mars, il a étét annoncé qu’Israël avait ouvert ses frontières avec la Syrie pour fournir une assistance médicale aux militants d’al-Nusra, groupe affilié à al-Qaida, et, après les avoir soignés, qu’Israël les avait ramenés à la frontière syrienne pour qu’ils continuent leur combat contre un gouvernement syrien séculaire qui protège les chrétiens et autres minorités religieuses.

L’aide apportée par les forces de défense israéliennes aux rebelles syriens sur le plateau du Golan a été documentée par toute une série de rapports de l’ONU.

Mais Israël ne veut visiblement pas que ses activités en Syrie soient mises en lumière.

Un druze syrien qui postait sur internet des informations détaillant la coopération d’Israël avec le front al-Nusra a été arrêté, plus tôt dans l’année, sur la partie du Golan occupée par Israël.

Évidemment, aucune campagne Je Suis Sidqi al-Maqt n’a encore été lancée par les moralistes de la liberté d’expression en Occident. Comme l’a fait remarquer Media Lens, organisation de surveillance des médias: «Il n’y a pas de Je Suis Charlie quand il s’agit de critiquer Israël.»

«Il semble que maintenant Israël se soit allié directement avec al-Qaida en Syrie, écrit Asa Winstanley dans le Middle East Monitor. C’est une alliance tactique pour que la guerre civile se prolonge et que le sang continue à couler.»

Cette alliance entre Israël et al-Qaida, il y a très peu de publicité en Occident, si ce n’est aucune. Nous ne voyons aucun débat dans nos sociétés soi-disant ouvertes et démocratiques pour expliquer pourquoi un de nos grands partenaires aide ceux que l’on nous présente comme nos plus mortels ennemis. A la place, le débat tenu par les néocons pro-israéliens et la fausse gauche, jouant les humanitaires très inquiets pour le peuple syrien, porte sur l’imposition d’un blocus aérien qui affaiblirait encore plus le gouvernement syrien dans sa défense du pays contre le terrorisme. Ils veulent renverser le gouvernement syrien non pas pour son score en termes de droits de l’homme mais à cause de son alliance avec l’Iran et le Hezbollah.

Bien sur, Israël n’est pas la seule puissance du Moyen-Orient à vouloir éliminer Assad. L’Arabie saoudite cherche aussi à le renverser et semble avoir accéléré ses efforts en ce sens depuis l’accession du roi Salman au trône en début d’année. Dans le Washington Post, Liz Sly met les dernières avancées rebelles sur le compte du rôle accru de l’Arabie saoudite et de ses alliés régionaux.

Les armes fournies aux soi-disant rebelles modérés sont, quelle surprise, tombées dans les mains des groupes affiliés à al-Qaida. En mars dernier, le journal britannique Daily Mail a montré des photos de combattants du front al-Nusra posant à coté de missiles américains qu’ils avaient capturés aux rebelles soutenus par les Occidentaux.

«al-Qaida s’empare de villes syriennes grâce à des armes sophistiquées américaines fournies aux modérés. Si vous pensez que cela n’était pas planifié, vous feriez mieux d’y repenser», tweete Edward Dark, un analyste et activiste basé en Syrie.

La chute imminente d’Assad a déjà souvent été faussement proclamée, surtout par les néocons qui ne peuvent pas le sentir. Mais les dernières avancées d’al-Qaida sont très préoccupantes et, à moins que la situation sur le terrain ne change rapidement, alors les jours restants du gouvernement laïc de Damas sont comptés.

Membres du groupe jihadiste Front al-Nusra (AFP Photo)


Les islamistes seraient déjà sur Damas si le parlement britannique avait voté pour un bombardement de la Syrie en 2013, comme le souhaitaient les néocons. «Si David Cameron avait obtenu ce qu’il demandait, les jihadistes contrôleraient Damas maintenant, a écrit Peter Ford, ancien ambassadeur britannique en Syrie, dans une violente critique de la politique britannique en Syrie éditée par The Guardian. En appeler au renversement du gouvernement laïc syrien, le diaboliser de manière outrageuse, prédire sa chute prochaine comme Cameron et (le ministre des Affaires étrangères) Hague l’ont fait en 2012 et 2013, pour ensuite gémir qu’ils n’y étaient pour rien quand les musulmans britanniques sont partis là bas pour se rallier aux jihadistes est un non-sens total», a déclaré l’ambassadeur.

Cette approche est effectivement un non-sens, mais seulement si l’on prend pour argent comptant les déclarations des responsables politiques qui prétendent faire une guerre implacable à al-Qaida. En réalité leur guerre est loin d’être implacable. Si elle devait l’être, alors les dirigeants occidentaux devraient travailler main dans la main avec Assad contre les jihadistes et non pas le contraire comme ils le font actuellement.

Le fait qu’ils ne semblent pas du tout préoccupés par les récentes avancées d’al-Qaida en Syrie démontre, une fois de plus, que ce n’est pas l’islamisme radical qui inquiète l’Occident, mais un gouvernement laïc, indépendant, qui ne veut simplement pas courber l’échine devant le lobby de la guerre sans fin.

Traduit par Wayan, relu par jj pour le Saker Francophone

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Des milliers de Frères Kouachi ravagent le Nord syrien avec l’aide de l’Occident

28 Avril 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #L'OTAN., #AMERIQUE, #Terrorisme, #La France, #Politique étrangère, #Daesch, #ISIL, #La République

28 avril 2015

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Plus personne ne met en doute le soutien apporté par les USA au terrorisme djihadiste en Afghanistan du temps de l’URSS et à l’un de ses chefs, le Saoudien Oussama Ben Laden. Cette vérité fait partie de ces généralités que Monsieur tout le monde sort volontiers dans une discussion de comptoir ou au coin du feu sans que cela ne choque. Aujourd’hui, la collaboration machiavélique entre les barbares de Washington, leurs alliés « sunnites » du Conseil de coopération du Golfe, Ankara et Al Qaeda est accueillie avec le même flegme. Mais attention au retour de flamme. Car la Syrie n'est qu'à mi-chemin entre Paris et Kaboul.

 



Le cheikh saoudien Abdallah al Mouhaysni et l’émir Al Muslim le tchétchène, 2 des commandants de la bataille de Jisr al Choughour

Un "tout petit carnage" à Charlie Hebdo de 12 morts, tout petit comparé aux dizaines de milliers d’Arabes victimes du terrorisme et de la guerre au Moyen Orient, et le président Hollande déclarait la France "touchée dans son coeur".

Depuis 4 ans, le coeur des Syriens est chaque jour criblé de balles, des mêmes balles que celles qui ont décimé la rédaction de Charlie Hebdo. Rien que ces dernières semaines, des centaines de soldats et de civils syriens ont été massacrés à Alep et Idlib au Nord, à Hama au centre et à Deraa au Sud. Depuis un mois, le coeur des Yéménites saigne aussi. Ce pays du bout de la Péninsule arabique est pris en étau entre une "coalition sunnite" aérienne conduite par l’Arabie saoudite et une "coalition sunnite" au sol conduite par Al Qaeda.

Les auteurs du carnage de Paris, les frères Kouachi, se revendiquaient précisément d’Al Qaeda au Yémen, cette organisation terroriste appuyée par le Conseil de Coopération du Golfe (CCG) lui-même allié de l’OTAN contre les forces patriotiques yéménites.

Au même moment, une autre "coalition sunnite" conduite par le Front al Nosra, branche syrienne d’Al Qaeda lançait une offensive sans précédent dans le Nord syrien depuis le territoire turc.

En moins d’un mois, cette coalition qui se fait nommer "l’Armée de la Conquête" (Jaysh al Fath) s’est emparée de deux villes stratégiques situé à quelques kilomètres seulement de la Turquie : Idlib et Jisr al Choughour.

Des milliers de Frères Kouachi ont ainsi déferlé depuis la province d’Antioche en territoire turc sur la province d’Idlib armés de missiles anti-tanks américains TOW et de MANPAD anti-aérien américains.

Rien ne semble pouvoir arrêter cette armada terroriste qui ravage tout sur son passage à coup d’attaques kamikazes de masse.

Seule la noria d’ambulances turques évacuant les combattants terroristes vers les hôpitaux de la ville turque d’Antakya semble témoigner du degré d’implicaton d’Erdogan dans les batailles faisant rage à Idlib.

Mais il y a aussi des indices clairs d’une implication US directe tant du point de vue de la logistique que de la stratégie. L’invasion du Nord de la Syrie par le Front al Nosra depuis la Turquie survient en effet au moment du lancement par Washington et Ankara d’un programme d’entrainement sur mesure pour les "rebelles syriens modérés" ("modérés" par rapport à Daech, c’est dire...) dans les casernes de la gendarmerie turque.

Ce programme appelé en turc ’Egit-Donat’ (Formation et Equipement) a suscité la colère de la population d’Antioche qui a manifesté ce samedi en arborant des drapeaux syriens et des portraits d’Assad.

Les experts en stratégie militaire sont unanimes sur un point : "l’Armée de la Conquête" pro-Al Qaeda doit son succès dans le Nord syrien à la réconciliation entre le sultan turc Erdogan, le Roi saoudien Salmane et l’émir qatari Tamir. Cet aveu révèle les liens profonds qui existent entre l’organisation de Ben Laden et les alliés "sunnites" de l’Occident. (*)

Il banalise l’idée que l’organisation barbare qui a abattu les tours jumelles à New York en 2001, ensanglanté Madrid en 2004, Londres en 2005 et Paris en 2015 est l’allié de l’Occident contre tous les Etats et entités non alignés du Moyen-Orient : la Syrie, l’Iran, le Yémen et le Hezbollah.

Un simple rappel à toutes les belles âmes qui considèrent Al Qaeda comme un moindre mal en Syrie : les terroristes qui occupent aujourd’hui Jisr al Choughour se sont livrés à des exécutions publiques et autres scènes d’horreur dans toute la campagne de la province d’Idlib.

Ces mêmes terroristes ont envahi la côte syrienne le 4 août 2013, massacrant et prenant en otage des centaines de villageois alaouites de la province de Lattaquié. L’ONG HRW a publié un rapport accablant à ce sujet intitulé : "On peut encore voir leur sang".

Au printemps 2014, ils ont occupé et pillé le village arménien de Kessab dans la province de Lattakieh avant d’être repoussés par l’armée syrienne et les Forces de défense nationale (NDF).

Il y a quelques jours, le village d’Ichtibraq dans la province d’Idlib a subi un raid terroriste. Les survivants de ce village aujourd’hui désert évoquent le massacre d’une trentaine de civils, vieillards et enfants inclus, par le Front al Nosra (Al Qaeda en Syrie). Le crime des suppliciés ? Simplement être des alaouites, des "mécréants noussayris" selon la rhétorique de leurs bourreaux. Bienvenue dans la Syrie "libérée" par Al Qaeda !

(*) Le mot "sunnite" est placé entre guillemets pour 2 raisons : 1. Tous les Etats sunnites ne se sentent pas forcément représentés par la coalition saoudienne. L’Algérie sunnite et le Sultanat d’Oman, membre du CCG, n’en font pas partie de la coalition anti-Yemen. 2. Les cibles visées par les différentes coalitions pro-Saoud sont elles aussi sunnites : l’armée syrienne est majoritairement composée de soldats sunnites et la rébellion houthie au Yémen est elle aussi alliée à plusieurs tribus sunnites.

Source : Investig’Action

 

 
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Entretien du Président syrien avec le quotidien suédois Expressen (2ème partie)

27 Avril 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #L'OTAN., #La France, #La finance dérégulée, #Le capitalisme;, #Les transnationales, #La mondialisation, #Daesch, #ISIL

 

Entretien du Président syrien avec le quotidien suédois Expressen (2ème partie)

Le Président syrien, Bachar al-Assad, a accordé une entrevue télévisée au quotidien suédois Expressen. Une première partie a été publiée en anglais et en arabe par l’Agence syrienne Sana ce 17 avril, le tout n’ayant été publié que le lendemain.

Voici la traduction de la deuxième partie à partir de la version anglaise originale.


2ème PARTIE

L’Occident doit cesser de couvrir le terrorisme en Syrie

Question 31 : Monsieur le Président, la Suède vient de se brouiller avec l’Arabie saoudite. Quel est votre analyse de la crise diplomatique entre ces deux pays ?

Le Président Al-Assad : À chaque fois que vous avez à discuter des relations entre deux pays, vous devez commencer par vous demander quels sont leurs points communs et quelles sont les valeurs qu’ils partagent. Dans le cas de l’Arabie saoudite et de la Suède, je demanderais simplement : « Partagent-ils des valeurs communes en matière de système politique, de démocratie, de systèmes électoraux, de droits humains ou de droits des femmes qui n’ont même pas celui de conduire une voiture ? Ou encore, est-ce que les décapitations sur les places publiques et les flagellations pour simple délit d’opinion, sur Twitter ou tout autre réseau social, sont des valeurs partagées entre ces deux pays ? ». Tant que les Saoudiens resteront tels qu’ils sont et que vous vous en tiendrez à vos valeurs, nous nous attendons à ce type de brouille avec eux. Le seul moyen de l’éviter est de les aduler ou de leur vendre les valeurs qui font votre fierté contre leurs pétrodollars.

Question 32 : Vous n’êtes pas surpris ?

Le Président Al-Assad : Non, pas du tout. Pour être franc, nous avons été plutôt agréablement surpris, car nous sommes habitués à ce que les fonctionnaires européens, qui parlent de démocratie en Syrie, glorifient et comptent les Saoudiens ainsi que leur état médiéval parmi leurs meilleurs amis. C’est un des exemples de leurs doubles standards. D’où notre agréable surprise face au standard unique adopté par la Suède.

Question 33 : Vous voulez dire que la Syrie et la Suède, par exemple, partagent davantage de valeurs que l’Arabie saoudite et la Suède ?

Le Président Al-Assad : Je ne veux pas exagérer et prétendre que notre système politique est au même niveau que la Suède, car nous avons notre propre société et nos propres circonstances. Mais le moins que je puisse dire est que la Syrie est sur le chemin de la démocratie. Vous ne pouvez donc pas comparer la Syrie à l’Arabie saoudite. Nous avons un Parlement depuis huit décennies avec des parlementaires femmes depuis sa création ; les femmes ayant acquis le droit de vote depuis le début du siècle dernier. Quant à la démocratie, elle ne se prescrit pas et ne se résume pas à des lois et des décrets. C’est un long processus naturel, social et législatif, à la fois. Nous allions dans cette direction, alors que les Saoudiens n’ont jamais bougé et ignorent tout de ce vocabulaire. Ils n’ont jamais essayé de le comprendre et le refusent par principe. Voilà ce que je peux dire à ce sujet.

Question 34 : Vous venez de dire une chose très importante. La Syrie était sur le chemin de la démocratie. L’Occident n’aurait donc pas compris cela avant la guerre ?

Le Président Al-Assad : Beaucoup l’avaient compris. Mais le fait est qu’au début de la crise ils ont été influencés par la propagande qatarie ainsi que par la propagande et les services de renseignement saoudiens. Donc, certains le savaient et d’autres l’ignoraient. Et ceux qui savaient qu’avant la crise nous allions dans cette direction ont été trompés par ce que leur racontaient ces deux pays. Le problème avec les Occidentaux est qu’ils regardent la démocratie comme un objectif. Ce n’est pas un objectif. C’est un processus. L’objectif est la prospérité. La démocratie est un outil pour atteindre cette prospérité, outil que nous utilisons pour avancer dans ce sens. Par conséquent, il faut du temps, et c’est normal.

Question 35 : Et c’est toujours le cas ?

Le Président Al-Assad : Avec cette crise, la priorité du peuple syrien est de survivre parce que c’est leur existence qui est menacée. Le terrorisme est une menace existentielle. Les gens pensent d’abord à leur sécurité et à celle de leur pays. Comment pourriez-vous promouvoir la démocratie sans qu’ils restent en vie ? Vous avez d’abord besoin d’assurer leur sécurité, ensuite vous pourrez parler de démocratie. Vous ne pouvez pas inverser l’ordre des choses.

Question 36 : Que conseillerez-vous à la Suède en ce qui concerne cette brouille avec l’Arabie saoudite ?

Le Président Al-Assad : Nous aimerions que tous les pays du monde s’accrochent à leurs valeurs comme la Suède, surtout en Occident, où nous sommes habitués aux deux poids deux mesures. Nous aimerions que la Suède persiste dans cette voie, car c’est dans ces valeurs que résident vos intérêts de citoyen suédois, comme c’est dans nos propres valeurs de pays en développement que résident les nôtres. Il en est de même pour nous tous, alors que les doubles standards ne garantissent pas nos intérêts et qu’il faudra en payer le prix. C’est mon seul conseil. Nous voulons qu’ils s’en tiennent à leurs valeurs.

Question 37 : Revenons à l’Arabie Saoudite qui a récemment tenté une politique de censure sur les médias locaux et la télévision d’État au Liban, de même que sur les chaînes de télévisions syriennes. Serait-elle devenue une puissance clé dans le monde d’aujourd’hui ? En Suède, au Liban, en Syrie, partout ?

Le Président Al-Assad : Dire d’un pays qu’il est une puissance clé implique que vous vous intéressiez à sa position géopolitique, à son histoire et à son degré d’indépendance ; s’il n’est pas indépendant, il ne peut être une puissance clé. En quatrième lieu, vous devez vous intéresser à son héritage. Qu’en est-il de son Histoire et de ce qu’il laisse en héritage ? Revenons quelques décennies en arrière : soutien du terrorisme en Afghanistan à l’origine de problèmes dont nous payons encore aujourd’hui le prix en Afghanistan, mais aussi au Pakistan et dans le monde entier ; l’Algérie dans les années quatre-vingt-dix ; et maintenant la Syrie et la Libye. Toujours la même idéologie. C’est cela leur héritage : décapitation, obscurantisme et ainsi de suite. C’est le seul héritage qu’ils aient offert, avec récemment leur agression contre le Yémen, tuant de pauvres gens, détruisant les infrastructures, les usines alimentaires et les aéroports. Le Yémen est un pays très pauvre. Qu’est-ce que vous gagnez en vous attaquant aux biens publics ? Ces biens n’appartiennent pas aux Houthis ou à tout autre. Ce sont des biens du peuple. Qu’attendez-vous d’un pays qui a un tel héritage ? Je ne dirais pas d’un pays qui déstabilise sa région qu’il est une puissance clé. N’importe quel terroriste peut en faire autant, n’importe où. Nous ne pouvons pas qualifier des terroristes, qu’ils s’agissent d’individus, d’organisations ou d’États, de puissance clé. Je ne qualifierai pas l’Arabie saoudite de puissance clé.

Question 38 : Selon les déclarations de votre gouvernement, l’Arabie saoudite soutenait et soutient toujours les terroristes en Syrie. Maintenant, elle est officiellement en guerre au Yémen. Comment voyez-vous cette situation ?

Le Président Al-Assad : Je viens juste d’aborder ce sujet. Lorsque vous attaquez illégalement un pays et que n’avez pas de mandat du Conseil de sécurité parce qu’il n’y a aucune menace contre la sécurité mondiale ou régionale, il s’agit d’une agression, sans plus. C’est ainsi que nous voyons cette situation. Une agression qui va créer, sans aucune raison et entre deux peuples qui vivent côte à côte, une animosité durable qui engendrera plus d’instabilité dans tous les pays de la région. Tous en paieront les frais, d’autant plus que tous les plans politiques de l’Arabie saoudite se fondent sur un discours de division dans un contexte sectaire. C’est leur seul discours, notamment depuis les années quatre-vingt du siècle dernier, alors qu’il est très dangereux pour notre région de susciter, de promouvoir et d’attiser n’importe quel type de sectarisme.

Question 39 : Que pensez-vous de l’avenir de l’Arabie saoudite, maintenant, qu’elle est donc officiellement impliquée dans cette guerre au Yémen ?

Le Président Al-Assad : En bref, cet avenir n’est pas seulement lié à cette seule guerre contre le Yémen, mais à l’ensemble des comportements de l’Arabe saoudite depuis des décennies. Quand vous adoptez la vengeance haineuse et que vous nourrissez l’extrémisme ainsi que le terrorisme, nuisibles partout dans le monde, vous ne pouvez que vous détruire.

Question 40 : Ces comportements vont détruire l’Arabie Saoudite ?

Le Président Al-Assad : Oui, terrorisme, extrémisme, haine et comportement vindicatif la détruiront.

Question 41 : Et le pays sera divisé ?

Le Président Al-Assad : Personne ne le sait, mais ces comportements les détruiront. Comment ? Les scénarios sont nombreux. Je ne peux prédire, mais le résultat de tout cela est qu’ils finiront par se détruire.

Question 42 : Monsieur le Président, la guerre en Syrie est entrée dans sa cinquième année. Nous avons parlé de Idleb, de la zone frontalière entre la Jordanie et la Syrie. Quelle est la surface demeurant sous votre contrôle ? Certains parlent de 10 % du territoire.

Le Président Al-Assad : Ce pourcentage n’est pas réaliste. Si tel était le cas, vous ne seriez pas à Damas avec moi, mais avec l’un des leaders de l’opposition qui dirigerait le pays. Encore une fois, ces chiffres ne sont pas significatifs qu’il s’agisse de 50%, 60% ou 70%. Ce n’est pas une guerre conventionnelle entre deux armées régulières, l’une ayant fait incursion dans le territoire de l’autre. C’est une guerre non conventionnelle où les terroristes peuvent combler le vide là où l’Armée et les Forces de sécurité ne sont pas sur place. Comme vous le savez, l’Armée ne peut se déployer partout et dans chaque région du pays. Par conséquent, les terroristes peuvent exister partout où l’Armée est absente. Ceci dit, presque à chaque fois que l’Armée a lancé une bataille pour reconquérir un territoire, elle a gagné. Il n’empêche que, là aussi, les terroristes pourraient s’être rendus ailleurs dans le pays. Voilà à quel type de guerre nous avons affaire. Elle a commencé par une propagande médiatique extérieure, très vite suivie d’attaques terroristes, son seul objectif étant de gagner les cœurs et les esprits pour se débarrasser du gouvernement, de l’État et du Président. C’est là qu’ils ont échoué. Je pense que s’ils ont échoué jusqu’ici, c’est parce que le peuple syrien l’a bien compris, une majorité soutenant le gouvernement contre ces interventions étrangères. C’est de ce type de contrôle dont vous pourriez parler.

Question 43 : L’Armée irakienne s’est effondrée quand l’EIIL a lancé son attaque contre Mossoul l’été dernier. Vous savez que l’Armée syrienne est plus solide. Pour ne prendre qu’un exemple, pourquoi n’avez-vous pas repris la ville de Raqqa à l’EIIL ? Pourquoi vous contentez-vous d’attaques aériennes ?

Le Président Al-Assad : Parce que quand vous faites face à une guerre aussi vicieuse, menée sur votre territoire par l’intermédiaire de terroristes recrutés dans une centaine de pays, alors que vous n’êtes qu’un petit pays aux moyens limités, vous devez dresser une liste de priorités fondée sur des critères militaires. Sinon, vous vous disperseriez sans gagner aucune bataille. Vous fixez vos priorités dans le but ultime de regagner tout le territoire syrien, que ce soit une grande ville ou un petit village, une zone peuplée ou inhabitée. Et la ville de Raqqa est une ville que nous voulons regagner.

Question 44 : Permettez-moi de passer à un autre sujet. Comment décririez-vous la relation entre la Syrie et l’Iran aujourd’hui ?

Le Président Al-Assad : La même relation que nous aurions pu décrire quand la Syrie a soutenu la révolution islamique en Iran en 1979, il y a 35 ans, alors que de nombreux pays, principalement en Occident et parmi les Pays du Golfe, ont pris position contre ; puis, plus tard, quand nous l’avons soutenu alors que Saddam Hussein l’avait attaqué. Aujourd’hui, l’Iran soutient la Syrie. C’est donc une alliance mutuelle. C’est ainsi que je décrirais cette relation.

Question 45 : Certains critiques disent que vous avez vendu votre pays à l’Iran, et que vous ne pourriez pas survivre sans l’aide de l’Iran et du Hezbollah. Est-ce vrai ?

Le Président Al-Assad : Si j’étais parti de ce principe et si j’avais été prêt à vendre mon pays, je l’aurais vendu aux États-Unis, ou peut-être à Israël, ou peut-être encore à l’Arabie Saoudite ; car depuis l’indépendance de la Syrie [17 avril 1946, NdT] nombreux sont les pays qui aimeraient contrôler la Syrie pour des raisons géopolitiques. Autrement dit, si je voulais vendre mon pays, je le vendrais en premier aux États-Unis. Donc, et c’est le premier point, puisque j’ai refusé de le vendre à qui que ce soit, je ne voudrais pas le vendre à l’Iran. Le deuxième point est que l’Iran n’a jamais essayé de contrôler mon pays. Jamais. Sans oublier que, par nature, le peuple syrien ne l’acceptera pas. Par conséquent, que l’Iran soutienne la Syrie ne signifie pas qu’il la contrôle ou qu’il tente d’imposer ses quatre volontés au gouvernement syrien. Quant à dire que nous ne pourrions pas survivre sans l’Iran et le Hezbollah, la question est hypothétique, pour la bonne raison qu’un petit soutien dans une grande guerre peut vous mener à de grands résultats. Que ce soutien ait été petit ou grand, le résultat est là, et nous ne pouvons pas nier qu’il a été vital pour nous. Qu’en serait-il si nous n’en n’avions pas bénéficié ? Les choses auraient été probablement plus difficiles, ce qui ne veut pas dire que nous n’aurions pas pu survivre.

Question 46 : Quelle influence l’Iran a-t-il en Syrie ?

Le Président Al-Assad : Cela dépend comment nous comprenons ce terme, une influence pouvant être positive ou négative. Ainsi, si nous nous intéressions à la France et à l’Allemagne, il est clair que l’une est une puissance politique et que l’autre est une puissance économique. L’Iran est un pays important pour notre région. C’est un grand pays. C’est en tout cas, un pays développé par rapport à d’autres. Je considère que son influence est positive, parce qu’il cherche plus de stabilité pour ses propres intérêts. Tout pays a des intérêts. Donc si l’Iran est influent, son influence est positive.

Question 47 : Je comprends que l’Iran est un pays important pour la Syrie, mais avez-vous besoin de l’aide du Hezbollah ?

Le Président Al-Assad : Encore une fois, un petit soutien dans une grande guerre peut vous mener à de grands résultats. Par ailleurs, le Hezbollah a une bonne expérience en matière de guerre non conventionnelle ; ce dont nous pouvons avoir besoin. Cependant, son aide est avant tout qualitative. Par conséquent, vous ne devez pas le comparer à l’Armée syrienne. Ses effectifs sont moindres en effet, mais son expérience pourrait avoir un grand impact.

Question 48 : Désormais, on sait bien que le Hezbollah est présent en Syrie. Quel contrôle avez-vous sur ses combattants ?

Le Président Al-Assad : Tous les combattants de toutes les factions qui se battent aux côtés de l’Armée, certaines n’en faisant pas partie mais la soutiennent, travaillent sous sa direction. Ils n’ont pas leur propre bataille ou leur propre front. Nous n’avons donc aucun problème.

Question 49 : Khaled Mechaal [dirigeant politique du Hamas, NdT] a vécu entre 11 et 12 années en Syrie. Aujourd’hui, il se retrouve au Qatar. Où en est cette relation aujourd’hui ?

Le Président Al-Assad : Nous n’avons aucune relation et à aucun niveau. Les événements récents au camp de Yarmouk ont prouvé qu’une partie des cadres du Hamas, qui est essentiellement une organisation des Frères musulmans, soutient Al-Nosra à l’intérieur du camp.

Question 50 : Ils soutiennent une organisation terroriste ?

Le Président Al-Assad : Oui, une partie d’entre eux collabore avec Al-Nosra. C’est pourquoi leurs dirigeants appellent, depuis le Qatar, les organisations palestiniennes séculaires à venir en Syrie, pour secourir leurs factions présentes dans le camp de Yarmouk, aux côtés d’Al-Nosra, contre l’attaque de Daech.

Question 51 : Donc le Hamas en Syrie, c’est désormais de l’histoire ancienne ?

Le Président Al-Assad : Oui. Je pense que désormais le peuple syrien ne leur fera plus confiance.

Question 52 : Monsieur le Président, passons aux États-Unis et à Aïn al-Arab. Les États-Unis attaquent l’EIIL par les airs. En fait, ils vous soutiennent. Comment décririez-vous cette coopération militaire avec un pays censé être votre ennemi ?

Le Président Al-Assad : Mon ennemi, c’est d’abord les terroristes. Ensuite, il n’y a pas de coopération entre la Syrie et l’Armée américaine.

Question 53 : Même indirectement ?

Le Président Al-Assad : Aucune coopération, même si parfois nous menons des raids aériens dans une même zone et sur un même endroit.

Question 54 : Pas même une coordination ?

Le Président Al-Assad : Non, pas de coordination. Mais revenons sur votre hypothèse consistant à dire qu’ils nous soutiennent. Disons qu’ils le font théoriquement et sur papier, mais certainement pas dans la réalité. Si vous voulez une comparaison, sachez que cette alliance de 60 pays, dont certaines grandes puissances, mènent plus ou moins dix attaques par jour, alors qu’un petit pays comme la Syrie peut, certains jours, en mener plus d’une centaine. Donc, dix fois plus.

Question 55 : Des attaques dans une même zone et sur un même endroit ?

Le Président Al-Assad : Disons que c’est généralement le cas. D’où la question que nous nous posons : sont-ils sérieux dans leur guerre contre le terrorisme ?

Question 56 : Sont-ils sérieux ?

Le Président Al-Assad : C’est parce qu’ils ne sont pas sérieux qu’ils ne peuvent pas nous aider. C’est une simple conclusion. S’ils étaient sérieux, nous aurions peut-être discuté ensemble de la meilleure façon d’agir, ne serait-ce que pour un modeste résultat. Il leur a fallu quatre mois pour libérer une petite ville, que vous nommez Kobané dans vos médias, quand dans des conditions similaires notre Armée y est arrivée en deux à trois semaines. Ou alors, il y a quelque chose qui ne tourne pas rond dans leur plan. En réalité, non seulement ils ne nous aident pas, mais l’expansion non-stop de l’EIIL et d’Al-Nosra touche désormais différents pays. Par conséquent, si vous insistez sur leur coopération et leurs succès, dites-moi où les trouver. Jusqu’ci, nous n’avons rien vu.

Question 57 : Mais ils n’ont pas la permission de survoler la Syrie.

Le Président Al-Assad : Non, c’est illégal. Nous avons dit publiquement que c’était illégal et qu’ils le font sans autorisation [*].

Question 58 : Monsieur le Président, comment voyez-vous l’avenir de la Syrie ?

Le Président Al-Assad : Malgré toute la douleur, la destruction et le carnage, à quelque chose malheur est bon. Cette crise fera que tout Syrien réfléchira à tous les points faibles de notre société. Par exemple, beaucoup n’ont pas vu la ligne fine qui sépare le fanatisme de l’extrémisme, et l’extrémisme du terrorisme. Je pense, que cela poussera toute la société vers plus de modération, bien que je parle d’une société modérée qui, comme toute société, n’est pas exempte de quelques recoins de fanatisme et d’extrémisme. Cela poussera notre société, mosaïque de toutes les couleurs syriennes, à chérir la modération et l’intégration que nous avons connues tout au long de notre histoire ; ce qui à mon avis aidera à sa reconstruction. La reconstruction du pays n’est pas le problème, c’est toujours possible. Le principal défi est de trouver comment traiter les fêlures psychologiques et morales de la prochaine génération qui aura vécu toutes ces atrocités. Mais je ne suis pas pessimiste, à condition que nous nous débarrassions des terroristes.

Question 59 : Vous parlez de la reconstruction du pays. Qui va payer pour cela ?

Le Président Al-Assad : Le pays lui-même pour commencer. Dès que les premiers projets démarreront, la roue de l’économie avancera générant des ressources financières pour elle-même. Ensuite, les investissements de pays qui ont soutenu la Syrie, comme la Russie, la Chine, l’Iran, et bien d’autres. Et enfin les investisseurs de tous les pays qui n’ont pas participé à l’effusion du sang syrien.

Question 60 : Ces quatre dernières années, j’ai voyagé de Daraa à Lattaquié et partout dans le pays. Il me semble que la reconstruction du pays est une mission impossible. Est-ce le cas ?

Le Président Al-Assad : Non, ce n’est pas une mission impossible, car nombre de pays ont été détruits lors de diverses crises, comme les guerres, les séismes, etc… Non, la reconstruction des infrastructures et des bâtiments n’est pas un défi difficile à relever. Le défi le plus important est de reconstruire l’humain.

Question 61 : C’est justement le sujet dont je voudrais vous parler. J’ai visité beaucoup de familles syriennes. J’en suis arrivé à penser que chaque foyer syrien a été affecté par cette guerre. Les enfants, les hommes, les femmes, les personnes âgées, ont tous besoin de se reconstruire. Que pouvez-vous faire ? Que peut faire le monde pour les aider ?

Le Président Al-Assad : Nous n’avons pas à attendre la fin de la guerre pour les aider. Nous avons déjà commencé à le faire par des subventions, des dons, des crédits et d’autres services destinés à ces familles dépossédées dans des circonstances diverses et multiples. Mais le plus important est l’aide morale et comment la société et le gouvernement adoptent et soutiennent ces familles qui ont perdu des êtres chers accidentellement ou au combat dans les rangs de l’Armée, de la Police et des Comités de défense. Je pense que c’est ce que la société syrienne a donné et que c’est pour cela nous avons pu résister pendant ces quatre dernières années, alors que nous sommes entrés dans la cinquième, comme vous l’avez rappelé.

Question 62 : Vous parlez de la société syrienne. À quel point est-elle divisée aujourd’hui ?

Le Président Al-Assad : Si la société était divisée, le pays aurait été automatiquement divisé. Ce ne sont pas les frontières qui peuvent le diviser. Seule la société le peut, au cas où des lignes de séparation claires apparaitraient entre les gens de différentes ethnies et confessions. Aujourd’hui, si vous observez la population des zones sécurisées où se sont réfugiés de très nombreux déplacés, vous verriez que des gens appartenant à tout le spectre de la diversité syrienne vivent ensemble, côte à côte. Si la société était divisée, ce ne serait pas le cas.

Question 63 : Donc, le pays n’est pas divisé ?

Le Président Al-Assad : Non, le pays n’est pas divisé et les médias occidentaux parlent à tort de guerre civile. Il n’y a pas de guerre civile en Syrie. La guerre civile se traduit par des lignes de démarcation claires et nettes entre les différentes ethnies, confessions, religions ou autres groupes d’une même société. C’est une guerre entre la société syrienne et les terroristes. Telle est la réalité de cette guerre. Vous pouvez vérifier par vous-mêmes qu’absolument toutes les composantes du peuple syrien vivent ensemble, sans aucune exception. En général, je n’aime pas user du terme « absolument », mais dans ce cas c’est l’absolue vérité. Je dirais même que cette cohésion est plus forte qu’avant la guerre car, comme je vous l’ai dit précédemment, les Syriens en ont tiré les nombreuses leçons. Ils sont plus proches les uns des autres.

Question 64 : Monsieur le Président, je pense que peu de gens souhaiteraient être à votre place. C’est une très grande responsabilité envers la Syrie vu ce qui s’y passe aujourd’hui. Avez-vous jamais souhaité être resté à Londres à exercer votre métier de praticien ophtalmologue ?

Le Président Al-Assad : Je suis devenu ophtalmologue parce que j’aimais ce métier et ce secteur professionnel. Je n’ai exercé que dans le secteur public et j’avais prévu d’y rester. Finalement, je n’ai fait que passer d’un secteur public à un autre plus large ; lequel, comme vous le savez, consiste aussi à aider les gens. Il n’y a donc pas une grande différence, puisqu’il s’agit du même principe appliqué par des méthodes différentes. Ai-je jamais souhaité être resté à Londres à exercer la médecine, après trois ans de pratique en Syrie ? Je ne regarde pas en arrière. Ce qui compte le plus pour moi est d’aider le peuple syrien.

Question 65 : Qu’est-ce que vous manque le plus de votre séjour londonien ?

Le Président Al-Assad : Nous parlons d’un autre âge, j’étais jeune. Peut-être ai-je la nostalgie de ma jeunesse. Mais en réalité, quand vous allez vivre dans un autre pays pour perfectionner vos connaissances, vous chérissez cette relation qui vous offre le savoir nécessaire au développement de votre pays. C’est ce sentiment qui vous manque, maintenant que la France et la Grande Bretagne sont devenues un fer de lance contre la Syrie alors que vous pensiez qu’ils pouvaient aider les Syriens, non les tuer. C’est ce qui me manque.

Question 66 : Monsieur le Président, vous n’êtes pas seulement président et médecin. Vous êtes aussi un père. Comment expliquez-vous à vos enfants ce qui se passe en Syrie ?

Le Président Al-Assad : En toute transparence, parce qu’ils vivent dans cette société, fréquentent les élèves de leur école, regardent différentes chaînes, utilisent l’Internet qui leur montre certaines opinions et même des atrocités. Des valeurs qui ne sont plus aussi évidentes dans notre société, en raison des circonstances. Lorsqu’ils ont vu une tuerie, vous devez vous concentrer sur la bonne conduite et la bonne volonté. Lorsqu’ils ont vu des terroristes tuer des personnes parce qu’elles ne partagent pas leur idéologie, vous devez davantage vous concentrer sur la tolérance et l’acceptation de l’autre, abstraction faite de son idéologie ou de son affiliation. Ce sont là les points importants à aborder au sein de la famille.

Question 67 : Est-ce que les enfants posent des questions au sujet de la guerre ?

Le Président Al-Assad : Je pense que c’est un sujet de dialogue quotidien dans chaque foyer syrien. Désormais cela fait partie de notre vie. La crise est notre vie, la vie de nos enfants, de nos jeunes, de nos aînés, de nous tous.

Question 68 : Nous savons, Monsieur le Président, que vous avez perdu des amis et des proches au cours de cette guerre. Comment cela vous a-t-il affecté ?

Le Président Al-Assad : Comme n’importe qui au Moyen-Orient où les relations entre les membres de la famille et les amis sont très émotionnelles et très chaleureuses, de sorte que toute perte vous affecte profondément et vous plonge dans la tristesse. En même temps, et en fonction du poste que vous occupez, cela vous incite à réfléchir davantage aux moyens de protéger la vie de vos concitoyens et à agir efficacement pour les aider. Ceci, parce que des millions de Syriens souffrent des mêmes sentiments que moi. Voilà ce qui m’affecte tout en m’incitant à aider les Syriens.

Question 69 : À moins d’un miracle, que faut-il pour arrêter cette guerre ?

Le Président Al-Assad  : Arrêter l’ingérence extérieure. Comme je vous l’ai déjà dit, notre problème n’est pas très compliqué. La solution est claire, mais devient plus compliquée à cause des interventions étrangères. Arrêtez. Arrêtez le terrorisme et le flot de terroristes en provenance d’Arabie saoudite et du Qatar via la Turquie, avec la bénédiction et l’aide d’Erdogan. Arrêtez l’afflux d’armes et d’argent vers les terroristes. Arrêtez de les couvrir de votre parapluie occidental quel que soit l’adjectif dont vous les affublez, notamment celui de « modérés ». C’est alors que le problème syrien se résoudra en quelques mois. Cela ne prendra pas plus de temps.

Dr Bachar al-Assad

Président de la République arabe syrienne

17/04/2015

Sources : Sana / Expressen

http://sana.sy/en/?p=36449

http://www.expressen.se/nyheter/mote-med-al-assad/en/

Texte traduit par Mouna Alno-Nakhal

Note :

[*] Conversation avec le Président syrien Bachar al-Assad - 1ère partie : [Questions 50 à 58]

http://www.legrandsoir.info/conversation-avec-le-president-syrien-bachar-al-assad.html

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Entretien du Président syrien Bachar al-Assad avec le quotidien suédois Expressen. 1° partie.

27 Avril 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #L'OTAN., #AMERIQUE, #Les transnationales, #ISIL, #La finance dérégulée, #La France, #Terrorisme, #Daesch

 
Texte intégral de la 1ère partie

Entretien du Président syrien Bachar al-Assad avec le quotidien suédois Expressen

Le Président syrien, Bachar al-Assad, a accordé une entrevue télévisée au quotidien suédois Expressen. Une première partie a été publiée en anglais et en arabe par l’Agence syrienne Sana ce 17 avril, le tout n’ayant été publié que le lendemain.

Voici la traduction du texte intégral de la première partie à partir de la version anglaise originale. À suivre… [NdT].


Question 1 : Monsieur le Président, je tiens à vous exprimer mes plus sincères remerciements et ceux du quotidien Expressen pour nous avoir accordé cet entretien. Merci beaucoup. En ce moment même, l’organisation terroriste EIIL, et même Al-Nosra, ont envahi le camp de réfugiés d’Al-Yarmouk, alors qu’Al-Nosra qui contrôlait la frontière syro-jordanienne a pris le contrôle de Idleb. Comment décririez-vous la gravité de la situation actuelle ?

Le Président Al-Assad : Lorsque vous parlez de terrorisme, c’est toujours grave, parce que le terrorisme est toujours dangereux, n’importe quand, n’importe où, et peu importe comment il se manifeste. Il en est toujours ainsi, non seulement pour l’exemple que vous venez de mentionner qui n’est finalement que l’une de ses manifestations. C’est un long processus qui a commencé depuis des années, bien avant la crise en Syrie. Le terrorisme est grave et dangereux car il n’a ni frontières, ni limites. Il pourrait frapper n’importe où. Ce n’est pas un problème local. Ce n’est même pas un problème régional. C’est un problème mondial et c’est pourquoi il est toujours dangereux. Dans notre cas, disons que le danger est pire qu’ailleurs, non seulement à cause de la situation militaire que vous évoquez dans votre question, mais parce que le fait est qu’il bénéficie d’une couverture politique de la part de nombreux pays, de nombreux dirigeants et hauts fonctionnaires, notamment en Occident. Au tout début, nombre de ces responsables n’ont pas vu la réalité de la situation. Et aujourd’hui, cette réalité est devenue encore plus dangereuse, en raison du non respect du droit international et faute d’une organisation internationale efficace qui protégerait un pays contre un autre pays utilisant des terroristes pour le détruire par procuration. C’est ce qui se passe en Syrie. Par conséquent, je vous répondrai par l’affirmative. Oui, la situation est dangereuse mais, en même temps, réversible. Aussi longtemps qu’elle restera réversible, il ne sera pas trop tard pour y remédier. Avec le temps, elle deviendra d’autant plus grave que les terroristes auront endoctriné les cœurs et les esprits.

Question 2 : Sauf qu’ils envahissent davantage de zones en Syrie. L’Armée et les Forces syriennes seraient-elles affaiblies ?

Le Président Al-Assad : C’est là une répercussion naturelle et normale pour n’importe quelle guerre sur n’importe quelle armée, aussi forte et moderne soit-elle. Elle sape et fragilise n’importe quelle société dans tous ses aspects, son économie, son moral, et évidemment son Armée en tant que partie de cette société.

Question 3 : Mais l’Armée est-elle plus faible qu’avant ? Parce que l’année dernière, nous avions constaté du gagnant-gagnant en votre faveur, du côté de l’Armée. Vous contrôliez davantage de zones du Qalamoun et ailleurs. Et aujourd’hui, par exemple, ils ont pris Idleb.

Le Président Al-Assad : Ceci n’est pas directement lié au fait que l’Armée soit plus ou moins forte ou affaiblie. Comme je viens de le dire : toute guerre sape n’importe quelle armée, c’est le cours normal des événements. Dans notre cas, si vous analysiez la situation sur les quatre dernières années, vous constateriez des hauts et des bas. Parfois vous gagnez, parfois vous perdez, et cela dépend de nombreux critères ou facteurs, certains spécifiquement nationaux d’ordre interne ou militaire, d’autres en relation avec le niveau de soutien dont bénéficient les terroristes. S’agissant du récent exemple d’Idleb, le facteur déterminant a été l’énorme support fourni par la Turquie aussi bien du point de vue logistique que militaire et, bien sûr, le soutien financier fourni par l’Arabie saoudite et le Qatar.

Question 4 : C’est là une information ou une opinion ?

Le Président Al-Assad : Une information. Ils sont tous apparus comme une seule armée. Dans cette bataille d’Idleb, les terroristes d’Al-Nosra faisant partie d’Al-Qaïda, le gouvernement ou les institutions et les services du renseignement turcs, ont agi comme une seule et même armée. Par conséquent, votre exemple ne dépendait pas de l’affaiblissement de notre Armée, mais du soutien apporté aux terroristes par la Turquie.

Question 5 : Il y a quatre ans, la Turquie, le Qatar et l’Arabie saoudite, avaient leur agenda. Est-ce que cela a changé ? Ont-ils changé cet agenda ?

Le Président Al-Assad : Tout d’abord, ce ne sont pas des pays indépendants, de sorte qu’ils ne peuvent pas avoir leur propre agenda. Ils ont leur propre comportement borné, vindicatif ou haineux, parfois mis à profit pour servir d’autres agendas. Ici, soyons francs, et disons qu’il s’agit plus particulièrement de celui des États-Unis. Nous ne pouvons donc pas dire qu’ils ont leur propre agenda. En revanche, nous pouvons dire qu’ils n’ont pas changé. Ils soutiennent toujours les mêmes terroristes, leur comportement n’étant pas lié à la crise en Syrie. Ils ont soutenu les terroristes en Afghanistan, ils ont soutenu l’idéologie wahhabite et l’extrémisme qui a récemment conduit au terrorisme en Europe. Depuis des décennies, ils soutiennent la même idéologie et les mêmes factions sous différents noms et labels en Syrie. Rien n’a donc changé, car c’est leur comportement naturel.

Question 6 : De quelle idéologie parlez-vous ?

Le Président Al-Assad : De l’idéologie wahhabite qui constitue la base de tout terrorisme dans le monde. Ces dernières décennies, aucune opération terroriste au Moyen-Orient et dans le monde n’a échappé à cette idéologie. Tout terroriste fonde sa doctrine sur l’idéologie wahhabite.

Question 7 : L’idéologie wahhabite est liée au « 11 septembre » ainsi que tous les groupes terroristes. Les États-Unis ne sont-il pas au courant de ce lien et continuent à soutenir l’Arabie saoudite ?

Le Président Al-Assad : C’est une question très importante puisque dans les années 1980, les États-Unis désignaient ces mêmes groupes d’Al-Qaïda et de Talibans, en Afghanistan, de « Saints combattants » [Holy fighters]. C’est ainsi qu’ils étaient présentés par le Président Bush. Ce n’est qu’après le 11 Septembre 2001 qu’ils les ont qualifiés de terroristes. Le problème avec les États-Unis et, bien sûr avec certains responsables occidentaux, c’est qu’ils pensent pouvoir utiliser le terrorisme comme une carte en poche, une carte politique. En fait, le terrorisme est tel un scorpion ; dès qu’il aura une chance de vous mordre, il le fera. Par conséquent, ils sont au courant, mais n’ont pas mesuré le danger de l’usage du terrorisme comme carte politique.

Question 8 : Monsieur le Président, une délégation officielle syrienne et une partie de l’opposition se sont récemment réunies à Moscou. Cette rencontre a-t-elle débouché sur un quelconque résultat positif ?

Le Président Al-Assad : Oui. Nous pouvons dire oui, parce qu’alors que, comme vous le savez, elle a été précédée de nombreuses autres rencontres, c’est la première fois que l’on est parvenu à un accord sur certains principes de base pour le futur dialogue inter-syrien. Nous ne les avons pas encore finalisés, le calendrier étant très chargé et faute de temps. Deux jours de dialogue entre les représentants de l’opposition, suivis de deux jours de dialogue avec les représentants du gouvernement, d’où quatre jours qui n’ont pas été suffisants pour finaliser le calendrier. Mais une percée, même partielle, signifie que la prochaine rencontre sera prometteuse quant à un accord complet sur les principes du dialogue en vue d’une solution syrienne au conflit.

Question 9 : Ce que vous dites, Monsieur le Président, est très important étant donné que l’Envoyé spécial des Nations Unies, M. Staffan de Mistura, est en train de planifier une série de consultations qui devraient débuter en mai, ou en Juin, pour tenter de trouver un terrain d’entente entre les principaux États ayant un intérêt dans le conflit. Qu’en pensez-vous ?

Le Président Al-Assad : Je suis d’accord avec De Mistura sur ce point, parce qu’il n’est ni logique, ni objectif, de considérer que le conflit est purement interne et entre factions syriennes. En fait, le problème n’est pas très compliqué, mais il l’est devenu en raison de l’intervention extérieure, et tout plan que vous voudriez appliquer dans le but de le résoudre sera voué à l’échec à cause de cette ingérence extérieure. C’est ce qui s’est passé à Alep quand les Turcs ont invité les factions de terroristes, qu’ils soutiennent et dirigent, à refuser de coopérer avec De Mistura. Je pense donc qu’il est parfaitement conscient que s’il n’arrive pas à convaincre ces pays de cesser leur soutien aux terroristes et de laisser les Syriens résoudre leur problème, il ne réussira pas.

Question 10 : Quelle est votre opinion sur les efforts de De Mistura ?

Le Président Al-Assad : Nous avons discuté ensemble de son plan pour Alep, lequel s’est révélé compatible avec nos efforts pour la réconciliation [Mousalaha] dans plusieurs régions syriennes. C’est un domaine où nous avons pu réussir et où nous pouvons mieux faire encore, à partir du moment où les gens reviennent vers la normalité, bénéficient de l’amnistie gouvernementale et déposent leurs armes… Le plan de De Mistura repose donc sur ce même principe de réconciliation. C’est pour cela que nous l’avons soutenu dès le début et que nous continuons à le soutenir.

Question 11 : Monsieur le Président, la Suède est le seul pays d’Europe qui accorde un droit de séjour permanent aux personnes qui fuient la guerre en Syrie. Qu’est-ce que cela signifie pour vous, et comment voyez-vous la politique suédoise ?

Le Président Al-Assad : Sur ce sujet ou en général ?

Question 12 : Sur ce sujet précis.

Le Président Al-Assad : Je pense que la position de la Suède face à plusieurs conflits dont le conflit syrien, est appréciée partout dans le monde, non seulement dans notre pays. Maintenant, c’est une bonne chose d’accorder un refuge à ces personnes qui fuient la guerre, mais si vous demandiez à ces Syriens ce qu’ils souhaitent, ils vous répondront qu’ils veulent qu’on mette fin à cette guerre. C’est leur objectif et c’est par conséquent le nôtre. Comment ? La Suède étant un pays important de l’Union européenne, je pense qu’elle peut jouer un rôle majeur dans la levée des sanctions, car nombre de Syriens qui ont rejoint la Suède ou d’autres pays n’ont pas quitté en raison des seules actions terroristes, mais aussi à cause de l’embargo qui les privent de leurs moyens de subsistance au quotidien. Donc : lever cet embargo qui affecte chaque Syrien et, en même temps interdire à tout pays européen de servir de couverture aux terroristes, qu’ils soient présentés comme une opposition pacifique ou une opposition modérée. Aujourd’hui, il est prouvé et parfaitement clair que cette dite opposition revient au même qu’Al-Nosra, Al-Qaïda ou les Frères Musulmans. Troisièmement, faire pression sur les pays qui soutiennent les terroristes et empêchent la mise en œuvre de tout plan de paix en Syrie -comme dans le cas d’Alep et du plan de De Mistura que vous venez d’évoquer- principalement l’Arabie saoudite, le Qatar et la Turquie. Je pense que c’est la meilleure aide humanitaire et politique que la Suède pourrait offrir au peuple syrien.

Question 13 : Embargo, guerre, des millions de déplacés ou de réfugiés qui ont fui le pays. Ceci a été décrit comme la pire crise de réfugiés depuis la Seconde Guerre mondiale. Dans ces conditions, quelle est votre part de responsabilité, Monsieur le Président ?

Le Président Al-Assad : Même d’un point de vue humanitaire, je pense que comparer ce qui se passe en Syrie à ce qui s’est passé pendant la Seconde Guerre mondiale est une énorme exagération. Pour des raisons politiques, il n’y a pas de comparaison possible. Mais indépendamment de cela, les opérations terroristes font que nous avons des millions de personnes déplacées d’une région à une autre et c’est une énorme charge, dont nous avons assumé la plus grosse part jusqu’ici. Vous entendez beaucoup parler des sommes qu’offriraient les organisations internationales et ceux qui s’autoproclament « Amis de la Syrie » pour soutenir les Syriens. Au cas où la réalité vous intéresse, en 2014, ces pays n’ont contribué qu’à 22% de ce que l’État syrien a assuré en temps de guerre. C’est une énorme différence, le rapport étant de 1/5.

Question 14 : À l’intérieur du pays ?

Le Président Al-Assad : Oui, à l’intérieur de la Syrie. Quant au secteur de la Santé, ce rapport passe à 1/18. Ici aussi, nous portons le plus gros poids. En sachant qu’en plus de tout cela, nous continuons à verser les salaires, à envoyer les vaccins pour enfant, et à fournir les nécessités de base aux hôpitaux, même en zones contrôlées par les terroristes. Donc, nous dirigeons le pays et en assumons la charge.

Question 15 : Selon SAPO, l’Agence du renseignement suédois, il y aurait actuellement beaucoup de djihadistes suédois en Syrie, leur retour en Suède étant considéré comme la plus grande menace nationale. Êtes-vous d’accord ?

Le Président Al-Assad : Comme je l’ai déjà dit, je ne regarde pas le terrorisme sous l’angle national ou régional, mais sous un angle mondial. S’il est vrai que la Suède fait partie de l’Europe ou du groupe des pays scandinaves en Europe, sachez que les plus dangereux des dirigeants de l’EIIL qui se trouvent en Syrie, sont scandinaves.

Question 16 : C’est une information ?

Le Président Al-Assad : Oui, c’est une information. C’est ce que nous possédons comme information. Vous ne pouvez pas isoler le groupe des pays scandinaves ou la Suède de l’Europe et, par conséquent, tant que le terrorisme se développe dans différents pays européens, la Suède n’est pas en sécurité. De même, tant que l’arrière-cour de l’Europe -notamment la zone méditerranéenne et l’Afrique du Nord- est plongée dans le chaos grouillant de terroristes, l’Europe n’est pas en sécurité. Oui, je suis donc d’accord avec vous sur le fait que la Suède est face à une menace de première importance, mais vous ne pouvez pas en parler comme d’une menace strictement nationale.

Question 17 : Est-ce que la Suède vous a demandé de lui communiquer vos informations sur ces combattants de l’EIIL ou d’autres djihadistes ?

Le Président Al-Assad : Non, il n’y a aucun contact entre nos agences de renseignement.

Question 18 : Monsieur le Président, en Décembre 2010, Taimour Abdulwahab, un terroriste suédois formé en Irak et en Syrie, a mené une attaque suicide à Stockholm. Récemment, le même scénario s’est produit à Paris contre Charlie Hebdo, puis à Copenhague. Pensez-vous que les pays occidentaux devront faire face à un tel scénario dans le futur ?

Le Président Al-Assad : Tout ce qui s’est passé en Europe -je parle des attaques terroristes- nous l’avions appréhendé dés le tout début de la crise. J’avais dit : « La Syrie est une ligne de faille. Si vous jouez avec, les vibrations engendrées par le séisme se propageront dans plusieurs directions dont l’Europe et non seulement dans notre région ». À l’époque, ils ont répondu : « Le Président syrien menace… ». En fait, je ne menaçais pas. Je décrivais ce qui risquait d’arriver. Il ne fallait pas être un génie, car vu l’ensemble des événements que nous avons vécus à plusieurs reprises, nous avons l’expérience de ce type de terroristes depuis bientôt cinquante ans. Ils n’ont donc pas écouté, mais ils avaient été prévenus. Et ce que nous avons vu en France contre Charlie Hebdo, les attentats suicide récents à Copenhague, les attentats à Londres et en Espagne il y a dix ans, n’est que la pointe de l’iceberg, le terrorisme étant une énorme montagne. Ce ne sont donc pas des événements isolés. Lorsqu’ils se produisent, vous devez savoir que la montagne existe sous la mer et que vous ne la voyez pas. Par conséquent, oui, aussi longtemps que cette montagne est là et que nombre de responsables européens continuent à aduler des pays comme l’Arabie saoudite et le Qatar, juste pour leur argent, et vendent leurs valeurs, permettant à l’obscurantisme de l’idéologie wahhabite d’infiltrer certaines communautés en Europe, nous devons nous attendre à davantage d’attaques de ce genre.

Question 19 : Quel est le moyen le plus efficace pour lutter contre le terrorisme ?

Le Président Al-Assad : Premièrement, le terrorisme ce n’est pas la guerre. C’est avant tout un état d’esprit, une culture à laquelle vous devez faire face. Vous devez composer avec de manière idéologique, notamment par l’éducation et la culture. Deuxièmement, le terrorisme exploite les pauvres. Vous devez donc traiter la pauvreté en portant une attention particulière à la croissance économique et au développement. Troisièmement, vous devez régler la question politique que les terroristes utilisent pour endoctriner les jeunes en prétendant résoudre les problèmes politiques de notre région. Par exemple, la question de la paix est l’une des principales raisons exploitées pour leur recrutement.

Question 20 : Quelle paix ? Vous voulez dire le processus de paix ?

Le Président Al-Assad : Je veux parler de la résolution du problème entre Arabes et Israéliens, parce que c’est l’une des raisons du désespoir de ces jeunes qui veulent mourir pour aller vers le paradis et une vie meilleure. C’est ainsi qu’ils raisonnent et vous devez régler les causes de ce désespoir. Et enfin, un dernier moyen de lutte contre le terrorisme est l’échange d’informations entre les services de renseignement. Pour conclure, vous ne pouvez pas lutter contre le terrorisme par la guerre. La guerre ne peut servir qu’à vous défendre contre le terrorisme armé.

Question 21 : Monsieur le Président, l’EIIL a demandé à tous ses partisans à travers le monde de se rendre en Syrie et en Irak pour peupler son soi-disant califat. Comment voyez-vous l’avenir de l’EIIL ?

Le Président Al-Assad : Bien que l’EIIL ne soit pas un problème spécifiquement syrien et qu’il est présent en Irak, au Liban, en Égypte et dans beaucoup d’autres pays, permettez-moi de parler de la Syrie en premier, car je ne peux pas parler au nom d’autres sociétés de la région. Concernant la Syrie, je pense que l’EIIL n’a toujours pas réussi à se construire un milieu réellement incubateur dans notre société. À court terme, il n’a donc pas de futur en Syrie. En revanche, à moyen et long termes, quand il aura endoctriné les cœurs et les esprits, en particulier les jeunes et les enfants, cet espace n’aura qu’un seul avenir ; l’avenir d’Al-Qaïda, de l’EIIL, d’Al-Nosra et des Frères Musulmans à la fois. Ce sera votre arrière-cour. Ce sera l’arrière-cour de l’Europe.
Question 22 : À moyen et long termes ? C’est très dangereux.
Le Président Al-Assad : Bien sûr que c’est dangereux, parce que vous pouvez contrôler beaucoup de choses, mais pas une idéologie. Une fois quelle a été instillée, il est très difficile de s’en débarrasser. Et quand elle le sera suffisamment, elle sera le seul avenir de la région.

Question 23 : L’EIIL et Al-Nosra sont aidés et bénéficient d’un soutien extérieur, vous avez cité la Turquie, le Qatar, l’Arabie saoudite et d’autres qui les couvrent. Mais c’est pareil de votre côté, vous avez le Hezbollah qui se bat pour vous. Avez-vous besoin du Hezbollah ici, en Syrie ?

Le Président Al-Assad : En tant que citoyen suédois, vous n’accepteriez pas que quiconque compare un terroriste tel que Taimour Abdulwahab, par exemple, à votre gouvernement, que vous soyez d’accord ou pas avec ce dernier. Idem, pour les terroristes ayant attaqué Charlie Hebdo et le gouvernement français. Vous ne l’accepteriez pas. En tant que Syriens, nous non plus, nous n’acceptons pas que l’on compare notre État aux organisations terroristes. Notre mission est d’aider le pays et de défendre ses citoyens, alors qu’il ne me semble pas que ce soit la mission de l’EIIL, d’Al-Nosra ou des Frères Musulmans. Dans les faits, leur rôle se résume à tuer des gens et à les terroriser. Vous ne pouvez donc pas comparer. Deuxièmement, en tant que gouvernement, nous avons le droit de demander le soutien de tout État, organisation ou entité, qui nous aiderait dans notre guerre contre le terrorisme. Troisièmement, si vous admettez que le terrorisme n’est pas un strict problème interne, la bonne solution devient la coopération entre les différentes forces de la région. Par exemple, une coopération entre Syriens et Irakiens, au niveau des services du renseignement et des Armées, a existé bien avant l’émergence de l’EIIL à Mossoul, l’année dernière. Et cela pour l’unique raison que les Irakiens étaient conscients que le terrorisme en Syrie pourrait s’étendre à l’Irak ; ce qui est arrivé à Mossoul. La même chose avec le Liban ; le Hezbollah étant conscient que le terrorisme en Syrie signifie le terrorisme au Liban et que le chaos ici signifie le chaos là-bas. Par conséquent, ce type de coopération régionale est très important pour nous tous.

Question 24 : Monsieur le Président, une fois de plus vous êtes accusé d’avoir utilisé des armes chimiques en Syrie. Deux séries de tests effectués pour le The Times et un organisme médical de bienfaisance révèlent que vos forces ont usé de chlore et de cyanure. C’est ce que dit le The Times et, je crois, Amnesty International. Que répondez-vous à ce sujet ?

Le Président Al-Assad : Depuis le premier jour, nous disons qu’il s’agit d’une propagande contre la Syrie, visant à diaboliser l’État et le Président, dans le but d’amener les cœurs et les esprits du peuple syrien à adhérer à leur agenda. Cela n’a pas fonctionné. Si vous voulez comparer, c’est pratiquement la même propagande que celle qui sévit en Occident à la faveur de la crise ukrainienne : diabolisation de Poutine et fabrication d’un tas de vidéos et de mensonges dans ce seul but. C’est la réalité. Les peuples occidentaux devraient en être conscients. Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a ni erreurs, ni méfaits de notre côté, mais plutôt que cette propagande médiatique ne reflète pas la réalité de notre région. Ainsi, concernant les armes chimiques, ils ne disposent toujours pas d’une seule preuve en faveur de leurs accusations et les chiffres publiés par de nombreuses organisations européennes, dans le cadre de cette propagande, varient de 200 à 1400 victimes sans rien qui prouve que ces chiffres correspondent réellement à ceux ayant succombé à cause de ce type d’attaque. Ils ne sont donc ni précis, ni objectifs. La seule preuve dont nous disposons, depuis la visite d’une délégation de l’Organisation des Nations Unies, c’est que du gaz sarin a été utilisé sur le territoire, sans pouvoir dire qui l’a utilisé ni comment. Mais ils ont quand même continué à accuser la Syrie, alors que ce n’est franchement pas réaliste de vouloir utiliser une arme de destruction massive, censée tuer des dizaines de milliers de personnes, pour n’en tuer que quelques centaines et à la limite de votre capitale de surcroît, au risque de toucher tous ses habitants. Un : toutes ces histoires qui circulent sont donc inexactes. Deux : c’est la Syrie qui a demandé aux Nations Unies d’envoyer une délégation pour vérifier cette allégation.

Question 25 : Et c’est ce que vous faites encore ?

Le Président Al-Assad : Nous l’avons fait. La Syrie l’a fait. C’est la Syrie qui a demandé aux Nations Unies de venir vérifier et nul autre pays ; en sachant que même lorsqu’ils avaient eu la preuve que les terroristes avaient déjà utilisé ce type d’arme dans le nord de la Syrie, ils n’avaient même pas essayé de vérifier, ni même voulu le faire savoir. Cela fait donc partie de l’agenda politique contre la Syrie.

Question 26 : Comme vous le savez, des accusations graves concernant des violations des droits humains sont formulées contre votre gouvernement. Que savez-vous des tortures commises dans vos prisons ?

Le Président Al-Assad : Concernant la torture, nous devons faire la différence entre une politique de torture et des cas de tortures commis incidemment par n’importe quel individu. Ce qui s’est passé à Guantanamo en est le meilleur exemple. À Guantanamo, l’Administration américaine a pratiqué une politique de torture approuvée par le Président Bush et par son ministre de la Défense ; ce qui n’a jamais été la politique de la Syrie. S’il y a violation des droits, torture, vengeance, ou quoi que ce soit de cet ordre, ce seraient des incidents commis par des individus qui doivent en répondre. Cela arrive partout dans le monde, comme n’importe quel autre crime.

Question 27 : Amnesty International ou la Croix-Rouge peuvent visiter vos prisons ?

Le Président Al-Assad : Beaucoup de journalistes et de nombreuses organisations sont venus en Syrie. Mais si vous intéressez à une organisation en particulier, cela dépend de la nature de sa coopération avec notre gouvernement et de sa crédibilité. En principe, nombreuses sont les organisations et les personnes qui peuvent visiter nos prisons.

Question 28 : Monsieur le Président, j’ai couvert la guerre en Syrie durant ces quatre dernières années. J’ai rencontré différents groupes de militants impliqués dans le conflit. J’ai même rencontré des soldats de votre armée. Certains de ces militants ne sont pas des islamistes et disent se battre pour la liberté. Que voudriez-vous leur dire ?

Le Président Al-Assad : Nous n’avons jamais dit que tous les combattants étaient des islamistes. Cela, nous le savons. Mais ceux qui dominent actuellement sont les terroristes de l’EIIL et d’Al-Nosra. Quant à la liberté, c’est un besoin naturel et quelque chose de divin qui habite tout être humain depuis notre ancêtre, Adam. Dès lors, nous devons nous poser quelques questions simples. Est-ce que tuer les gens fait partie de cette liberté ? Est-ce que détruire les écoles et interdire aux enfants de s’y rendre fait partie de cette liberté ? Est-ce la liberté que de détruire l’infrastructure, les lignes électriques, les communications, les Services de la santé ? Est-ce la liberté que de décapiter et de démembrer ses victimes ? C’est cela la liberté ? Je pense que les réponses à ces questions sont claires pout tout un chacun, quelle que soit sa culture. Je dis que nous soutenons toute personne qui agit pour plus de liberté, à condition qu’elle travaille dans le cadre des institutions et de la Constitution de la Syrie, non par la violence, le terrorisme et la destruction du pays. Cela n’a rien à voir avec la liberté.

Question 29 : Pourtant, ils accusent l’Armée syrienne de commettre ces mêmes crimes, comme les assassinats et tout le reste.

Le Président Al-Assad : Ils doivent le prouver. Je veux dire que l’Armée se bat depuis quatre ans. Comment aurait-elle pu résister dans une guerre menée par autant de pays si puissants et si riches en tuant son peuple ? Comment se fait-il qu’elle est autant soutenue par ce même peuple ? C’est impossible, irréaliste et même indigeste.

Question 30 : Si vous pouviez remonter le temps au tout début de la crise en 2011 et avec le bénéfice du recul, en quoi auriez-vous agi différemment ?

Le Président Al-Assad : Nous devons commencer par les priorités, c’est-à-dire les deux décisions que nous avons adoptées dès le début : combattre le terrorisme et instaurer le dialogue en même temps. Un dialogue que nous avons démarré dès la première année et dans les premiers mois du conflit. Nous y avons invité toutes les parties et nous avons coopéré avec l’Organisation des Nations Unies, la Ligue arabe et de nombreux pays. Nous avons pris en considération toutes les initiatives, quel que soit leur degré de crédibilité, pour ne rater aucune chance de réussite et aussi pour ne donner à quiconque l’excuse de prétendre que n’aurions pas fait ceci ou cela. Nous avons tout essayé. Donc, en ce qui concerne ces deux priorités, je pense que personne ne peut dire que nous aurions dû agir autrement. Combattre le terrorisme et promouvoir le dialogue sont les principaux piliers de notre politique depuis le début de la crise. Maintenant, l’exécution et la mise en œuvre de toute politique peut toujours comporter certaines erreurs. C’est dans la nature des choses. Par conséquent, agir différemment pourrait éventuellement porter sur certains détails, mais je ne pense pas que les Syriens vous diraient que nous ne voulons pas du dialogue ou que nous ne voulons pas combattre le terrorisme.

Dr Bachar al-Assad

Président de la République arabe syrienne

17/04/2015

Sources : Sana / Expressen

http://sana.sy/en/?p=36449

http://www.expressen.se/nyheter/mote-med-al-assad/en/

Texte traduit par Mouna Alno-Nakhal

Lire la deuxième partie : http://www.legrandsoir.info/entretien-du-president-syrien-avec-le-quot...

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THÉORIE DU COMPLOT – INFO OU INTOX ? par Jean Martin. Comité Valmy.

27 Avril 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #La finance dérégulée, #Europe supranationale, #La guerre, #le nazisme, #Daesch, #Antifascisme, #Les Antifafs., #Terrorisme, #Je suis Charlie?

THÉORIE DU COMPLOT – INFO OU INTOX ? par Jean Martin. Comité Valmy.

THÉORIE DU COMPLOT – INFO OU INTOX ?
par Jean Martin

vendredi 24 avril 2015, par Comité Valmy

 Statue de Prométhée devant le Rockrfeller Center, New York.

THÉORIE DU COMPLOT – INFO OU INTOX ?

« Un français sur deux croit à la théorie du complot », assurait une enquête en 2013 (1). Ce qui ferait 30 millions de Français estimant que « ce n’est pas le gouvernement qui gouverne la France, on ne sait pas en réalité qui tire les ficelles ». La majorité (2/3) des sondés désigne la finance internationale, puis des pays étrangers, des groupes secrets comme les francs-maçons, et 20 % certains groupes religieux. La triste théorie du complot d’avant guerre a-t-elle refait surface ?

 

Mais d’abord, que recouvre cette expression ? La définition du complot, explique l’économiste Étienne Chouard dans une interview (2), ne fait pas débat : « Manoeuvre secrète contre l’intérêt général en faveur de certains intérêts particuliers qui s’entendent en cachette pour obtenir un avantage, un privilège. » Notons ses cinq composants intrinsèques :
1.La taille réduite du groupe d’initiés (si toute la population est au parfum, ce n’est plus un complot) ;
2.Le secret, qui ne doit pas transpirer sous peine de menacer le projet et les conjurés ;
3.L’action concertée du groupe, qui permet de préparer un plan et d’assembler les moyens d’agir pour 4. Nuire ou 5. Prendre un pouvoir, un privilège.

 

Secret, nuisance et préméditation

La notion de secret offre deux avantages. Protéger les conspirateurs d’une sanction judiciaire et bénéficier de l’effet de surprise pour mener le projet à son terme, en n’éveillant nulle défense qui le déjouerait. On peut ensuite choisir de se dévoiler ou de rester dans l’ombre, ou éventuellement de transférer à d’autres la responsabilité du méfait. L’agression sous fausse bannière false flag) est un classique des opérations secrètes.

 

La notion de nuisance est fondamentale.

Les nobles sentiments inclinent peu au complot. sauf pour actes de résistance à l’oppression injuste, comme sous l’Occupation.

 

Faire sauter une voie ferrée nécessitait une conspiration de résistants coordonnant leurs efforts sous le sceau du secret. Ce que nous appellerions aujourd’hui acte de résistance était qualifié de complot terroriste par Vichy. Subjectivité du jugement.

 

Mais l’histoire tend à montrer une permanence dans les penchants particuliers des concepteurs de complots. Leurs instincts formeraient un panier de mobiles égotistes. En priorité, un attrait démesuré pour le pouvoir et l’argent (selon l’adage : « plus le diable en a, plus le diable en veut »), auquel s’ajoutent : orgueil, haine, violence, cruauté, sexe, cupidité, goût pour la stratégie, démesure, refus des limites et mensonge. Enfin, une action spontanée, non préparée par ses auteurs, ne peut être qualifiée de complot. Cela s’apparente à la préméditation que recherche un magistrat : elle aggrave l’acte, transformant le meurtre, accidentel, en assassinat volontaire. Cette préméditation transforme la couleur d’un événement et constitue le point charnière sur lequel les complotistes basculent dans l’accusation d’une personne ou d’un groupe.

 

Un concept dégradant

« Théorie du complot » signifie qu’un complot est imaginé, non avéré, et demeure une théorie. Il n’existerait. pas. Cette expression appliquée systématiquement porte en soi un sens dévalorisant : chacun de ses trois mots est négatif. Elle discrédite. Elle disqualifie le messager au lieu d’étudier son message.

 

En effet, le terme « complot » ne flatte pas son auteur. Nul militaire ne se dira comploteur. Il réalise plutôt une « opération secrète », une mission, une prise de pouvoir, un putsch. Alors qu’un complot porte une charge sémantique dégradante, est puni par la loi, en tout cas quand il est démasqué.

 

De même, la « théorie », séparée de la pratique, inspire la déconnexion du réel. Le fou vit en théorie, dans ses idées coupées du monde. Ainsi, celui qui suppose un complot est-il plus facilement assimilé à un paranoïaque.

 

Même l’article « du » joue son rôle pernicieux. Si l’expression disait : théorie DES complots, elle supposerait l’existence de plusieurs complots. Ou alors, avec théorie DE complot, elle ne désignerait qu’un seul cas. Il s’agirait alors d’une thèse pour expliquer un événement précis.

 

Or, l’expression parle de la théorie DU complot, comme pour le qualifier de théorique dans son essence. La nature même du complot, selon cette expression, devient fictive, inexistante. Une théorie fait seulement l’objet de croyances, comme la foi en un dogme religieux. D’où l’expression « d’adeptes de la théorie du complot ». Le terme « adepte » désigne notamment les membres d’une secte. Les complotistes ne sont jamais appelés « enquêteurs formulant une hypothèse de complot ».

 

Plus pernicieux encore : l’expression porte des relents de l’esprit antisémite d’avant guerre avec sa ritournelle de complot judéo maçonnique. Ce raccourci peut se traduire aujourd’hui par : « Tu dénonces un complot, c’est donc que tu soutiens l’idée qu’il y a, au-dessus de nos vies, le complot des complots, un gouvernement mondial. »

 

Ce procédé disqualifiant fut utilisé pour réduire au silence ceux qui posaient des questions sur les attentats du 11 septembre 2001, en déroulant la caricature : complotiste = négationniste= antisémite.

 

À qui profite cette expression ?

Cette communication dévalorisant les complotistes profite aux stratégies de pouvoir qui veulent protéger leurs mainmises et leurs projets ; banques, lobbies militaro-industriel, pharmaceutique, pétrochimique ou nucléaire, hommes de l’ombre, politiciens corrompus, etc.

 

Elle ne profite pas à ceux qui défendent l’information et la liberté de chacun, comme le fit Nicolas Forissier, responsable de l’audit interne d’UBS France. Sa mission : faire respecter la loi bancaire française. En 2008, il décèle des pratiques illégales d’évasion fiscale. Il « en parle à ses supérieurs, aux autorités de tutelle, à toutes les administrations compétentes en la matière. On m’ écoute, mais on ne fait rien. Le résultat, c’est que je suis licencié pour mensonge, faute grave avec mise à pied. Tout simplement parce que j’ai dénoncé ce comportement illicite de la banque », dit-il.

 

Nicolas Forissier est donc un « lanceur d’alerte », comme Edward Snowden ou Daniel Ellsberg. Dans un système vertueux, il serait un héros. Mais il ne reçoit aucun soutien. « J’ai peur parce que je ne suis absolument pas protégé. J’étais une victime et on m’a traité comme un coupable. Les services d’État qui devaient me protéger ont fait exactement l’inverse puisque j’ai été placé sous surveillance. De grands services d’État le savent et j’en ai la preuve. C’est extrêmement difficile de se battre seul face à de gros groupes privés surpuissants et des administrations d’État. J’ai eu peur pour ma vie et j’ai peur pour ma famille. »

 

Un système criminogène

Dans son dernier livre, Le Nouveau Capitalisme criminel (éditions Odile Jacob, 2014),Jean-François Gayraud, essayiste et commissaire divisionnaire, montre que le capitalisme, financiarisé, mondialisé et dérégulé à l’excès, est devenu criminogène, tant il offre désormais d’opportunités et d’incitations aux déviances frauduleuses.

 

L’éditeur résume : « C’est ce qu’indique la dimension criminelle qu’ont prise certaines crises financières, au Japon, en Albanie, en Espagne ou encore au Mexique et en Colombie. C’est ce qu’implique l’extension du trading de haute fréquence, qui permet de négocier à la nanoseconde des milliers d’ordres de Bourse. Et c’est enfin ce qu’induit le blanchiment d’argent sale à travers les narcobanques. [ … ] sur les marchés financiers, le crime est parfois si systématique qu’il en devient systémique dans ses effets, De curieuses coopérations et hybridations se nouent ainsi entre criminels en col blanc, gangsters traditionnels et hommes politiques corrompus. »

 

Du côté des comploteurs

Les banques ont pris le pouvoir de créer et vendre de l’argent qu’elles ne possèdent pas. Elles peuvent, par l’hypothèque, saisir une habitation payée à 99 %, mais dont la dernière mensualité ne serait pas honorée.

 

On a trop d’exemples de la puissance bancaire saignant les ménages et les entreprises par l’usure, mentant et volant (cf. NEXUS n° 95, « Ils font trembler les banques »), Mais quelles banques sont condamnées en justice, quand toutes pourraient tomber pour délit d’usure et faillite frauduleuse ?

 

Depuis les années 1990, des pratiques mafieuses s’installent dans la pratique bancaire. Qui les dénoncera ? Les banques possèdent une large part de la presse française : Le Monde, banque Lazard (Matthieu Pigasse). Libération appartenait à Édouard de Rothschild, qui vient de le revendre au magnat de la téléphonie Patrick Drahi. La presse de l’est de la France – Les Dernières Nouvelles d’Alsace, Le Progrès, le Dauphiné libéré, L’Est républicain, l’Alsace, Le Bien public, Le Journal de Saône-et-Loire, Vosges matin, Le Journal de la HauteMarne - a été rachetée par le Crédit Mutuel (groupe EBRA).

 

Vieux comme le monde

Les complots s’étalent sous nos yeux depuis l’origine de l’humanité. Il y en a plein les familles, les tribunaux, la politique, l’économie, les cimetières. Ils jalonnent la destinée humaine. Il est donc singulier d’utiliser, pour une pratique constante des hommes, un terme qui laisse penser que son auteur délire.

 

« Qu’est-ce que l’histoire sinon une fable sur laquelle tout le monde est d’accord ? » s’interrogeait Napoléon Bonaparte.

 

Déjà au IVème siècle av. J.-C., Aristote écrivait : « Il est aussi dans l’intérêt d’un tyran de garder son peuple pauvre, pour qu’il ne puisse pas se protéger par les armes, et qu’il soit si occupé à ses tâches quotidiennes qu’il n’ait pas le temps pour la rébellion » (in la Politique).

 

Vingt-quatre siècles plus tard, le président étasunien Roosevelt (1932-1945) affirmait : « En politique, rien n’arrive par hasard. Chaque fois qu’un événement survient, on peut être certain qu’il avait été prévu pour se dérouler ainsi. » Alors, cherchons un vrai gros complot.

 

Ceci est un hold-up !

De nos jours, le plus gros complot avéré est celui de la banque. La Federal Reserve (FED) des États-Unis n’est ni fédérale ni une réserve. C’est une banque privée qui met en échec le dollar monnaie d’État que voulait le président]ackson, principal opposant à une banque privée. Possible raison de son assassinat manqué. Quand l’agresseur lui colle deux pistolets sur le ventre, ils s’enrayent, sauvant le président. L’enquête révélera que ce criminel était en lien avec des banquiers internationaux. Jackson considère son opposition aux financiers comme sa réalisation majeure, d’où l’épitaphe sur sa pierre tombale : « J’ai tué la banque. » Le président Lincoln a eu moins de chance, assassiné après avoir lutté pour nationaliser le dollar.

 

Docteur Jekyll

En 1910, la création de la FED se prépare lors d’une rencontre secrète de neuf jours sur Jekyll Island, au large de l’état de Géorgie. Cette île appartient à de richissimes New-Yorkais, dont J.-P. Morgan (caricaturé dans le Monopoly) et William Rockefeller. Ils sont représentés dans cette réunion, ainsi que la dynastie Rothschild, par le très actif Allemand Paul Warburg, représentant de Kuhn, Loeb & Cie. S’y trouvent aussi le sénateur Nelson Aldrich, alors responsable de la commission monétaire du sénat, beau-père deJohn D. Rockefeller, A. P. Andrew (sous-directeur du Trésor américain), Frank A. Vanderlip (National City Bank of New York), Charles D. Norton, (président de la first National Bank of New York dominée par Morgan), Henry P. Davison (partenaire senior deJ.-P. Morgan), et Benjamin Strong (représentant officiel de J.-P. Morgan & Cie). Tous ces hommes vont définir les grandes lignes de l’actuel système de la Réserve Fédérale.

 

Pourquoi le secret ? L’un d’eux, Vanderlip, écrira plus tard : « Éventer le secret du rassemblement de notregroupe en particulier et de nos travaux équivalait à anéantir toute chance que le Congrès vote la loi sur le comportement des banques. »

 

La loi est votée trois ans plus tard, en 1913. Ces banquiers prennent ainsi le pouvoir de créer le dollar. Ils vendent ensuite ce service à l’État fédéral américain en lui facturant des intérêts. C’est l’argent-dette, une arnaque.

 

L’impôt sur le revenu est créé la même année, il couvre exactement le montant des intérêts bancaires.

 

Suivant en cela rigoureusement le précepte de Karl Marx : « Pour obtenir le contrôle total, deux ingrédients sont essentiels : une banque centrale, et un impôt progressif, pour que les gens ne s’en rendent pas compte. »

 

Mariage du super capitalisme et du communisme

L’arnaque est titanesque, elle perdure depuis plus d’un siècle. Certes, mais la planche à billets ruine une monnaie, on apprend ça à l’école.

 

Exact, et c’est pour cela que le dollar ne vaut quasiment plus rien. Mais les mêmes ont préparé l’après-dollar. Ils préparent en secret depuis dix ans la communauté monétaire qui le remplacera : l’amero, en ayant déjà signé l’accord rassemblant Canada, ÉtatsUnis et Mexique, et en cherchant à l’étendre à toute l’Amérique latine.

 

Ces banquiers peuvent créer autant d’argent qu’ils veulent sans jamais figurer dans les classements des hommes les plus riches de la planète. Qui pourrait d’ailleurs chiffrer leurs comptes en banque ? Ils les alimentent à leur guise, puisque c’est leur monnaie dans leur banque.

 

Un congressiste américain va encore plus loin dans l’accusation. Lawrence Patton McDonald (1935-1983) estime que « le but des Rockefeller et de leurs alliés est de créer un gouvernement mondial unique combinant le supercapitalisme et le communisme sous la même bannière, et sous leur contrôle. [ … ] Est-ce que j’entends par là qu’il s’agit d’une conspiration ? Oui en effet.]e suis convaincu qu’il y a un tel complot, d’envergure internationale, en planification depuis plusieurs générations, et de nature incroyablement maléfique. » Malheureusement, il est tué dans l’attaque d’un vol de la Korean Airlines.

 

Merci Pompidou !

Comment expliquer la décision hallucinante en France d’imiter en 1973 l’arnaque américaine et de soumettre le pays au pouvoir bancaire privé ? Le président Pompidou, directeur de la banque Rothschild entre 1954 et 1958, signe cette loi scélérate.

 

Comme tous les États qui abandonnent leur création monétaire au profit de banquiers privés, la France découvre le chômage, mécaniquement lié à la création monétaire.

 

Est-ce un hasard si l’économie et l’histoire ne sont pas enseignées ainsi à l’école ? Honoré de Balzac assurait qu’« il y a deux histoires : l’histoire officielle, menteuse, puis l’histoire secrète, où se trou vent les véritables causes des événements ».

 

Plus brutal, Adolf Hitler : « Répétez un mensonge assez fort et assez longtemps et les gens le croiront. » Il ajoute que « le terrorisme est la meilleure arme politique, puisque rien ne fait reagir davantage les gens que la peur d’une mort soudaine ». Parole d’expert.

 

Et le 11 Septembre ?

Les attentats du 11 septembre 2001 ont été le résultat d’un complot terrifiant. Dans tout acte criminel, une enquête cherche les coupables. Mais le gouvernement Bush a d’abord désigné Ben Laden responsable de ce complot avant de céder à la pression de familles de victimes et d’ouvrir une enquête, plus d’un an après. Ben Laden n’a pas été inculpé par le FBI, et lorsque le gouvernement publie son rapport final le 22 juillet 2004, on découvre que l’effondrement de la troisième tour, le WTC 7, n’est pas mentionné alors qu’elle est tombée le même jour, en totalité, sans pour-tant avoir été percuté par un avion.

 

Insatisfaites par les réponses du gouvernement, les familles des victimes ont financé sur leurs deniers des enquêtes dont les résultats sont diffusés dans le monde entier sur des sites très fournis comme ReOpen911 ou Consensus 911.

 

Un sondage New York Times/CBS News du 14 octobre 2006 révèle que huit Américains sur dix doutent de la version gouvernementale. Faire part d’un tel doute est empêché dans les grands médias français. Ceux qui le font se voient chassés d’un paysage médiatique qui bafoue la liberté d’expression, dont il se drape, en théorie.

 

Sur un sujet si crucial, nous observons une cruelle défaillance journalistique en France, l’absence de débat contradictoire et ce fait curieux : les détracteurs de la version Bush sont attaqués, diffamés, disqualifiés.

 

Attentats de Paris

« La France ne le sait pas. Nous sommes en guerre avec l’Amérique. Oui. Une guerre permanente, une guerre vitale, une guerre économique, une guerre sans mort apparemment. » François Mitterrand

 

La France vient de vivre à son tour l’horreur terroriste en janvier avec les attentats de Paris. L’expression « Patriot Act à la française » apparaît dans les bouches des politiques. Première à l’avoir l’utilisée, Valérie Pécresse sur Europe 1 : « Il faudra bien entendu un Patriot Act à la française. Il faut une réponse ferme et globale. » Une proposition très contestée. Valérie Pécresse a fait une marche arrière maladroite, prétendant ignorer ce que comporte cette loi d’exception installée aux États-Unis après le 11 Septembre.

 

Cette loi martiale américaine jette la suspicion sur toute la population, autorise à emprisonner et à torturer n’importe qui, sans jugement, et même d’assassiner des cibles civiles par drones sur le territoire national. Un climat de Disneyland fasciste évoquant le roman d’anticipation de George Orwell : 1984.

 

Dans le sens de cette expansion impérialiste, un journaliste américain de premier plan, le Dr Paul Craig Roberts, ex-secrétaire adjoint au Trésor dans l’administration Reagan et rédacteur en chef adjoint du Wall Street Journal, a osé se demander si « Washington a ressuscité l’Opération Gladio, qui consistait en des bombes que la CIA faisait exploser contre des cibles européennes après guerre, dont Washington accusait les communistes, pour détruire leur influence dans les élections européennes. Exactement comme on laissait croire au monde que les communistes étaient derrière les attaques terroristes des opérations Gladio, les musulmans sont accusés des attaques contre le magazine satirique français. La question romaine est toujours : À qui cela profite-t-il ? La réponse est : pas la France, pas les musulmans, mais l’hégémonie étasunienne dans le monde. C’est cela qu’entretient la CIA. Cette hégémonie est la politique étrangère néoconservatrice imposée des États-Unis. »

 

Un propos auquel semble adhérer une partie significative de la population française (3).

Un autre témoignage pourrait valider l’accusation du Dr Roberts. Peu avant sa mort, L’ancien président François Mitterrand s’est livré à une confession surprenante, mais peu relayée par la presse. Dans le livre de Georges-Marc Benamou, Le Dernier Mitterrand, l’ex-chef de l’État s’exprimait ainsi : « La France ne le sait pas, mais nous sommes en guerre avec l’Amérique. Oui une guerre permanente, une guerre vitale, une guerre économique, une guerre sans mort apparemment. Oui, ils sont très durs les Américains, ils sont voraces, ils veulent un pouvoir sans partage sur le monde. C’est une guerre inconnue, une guerre permanente, sans mort apparemment et pourtant une guerre à mort. »

 

K.-O. debout

D’où une stratégie politique aussi brutale peut-elle venir ? En 2007, Naomi Klein publiait La Stratégie du choc. Décryptage : un traumatisme collectif, une guerre, un coup d’État, une catastrophe naturelle, une attaque terroriste plongent chaque individu dans un état de choc.

 

Après le choc, nous redevenons des enfants, désormais plus enclins à suivre les leaders qui prétendent nous protéger. L’une des personnes à avoir bien compris ce phénomène, c’est Milton Friedman, Prix Nobel d’économie en 1976.

 

Friedman soutenait la vision ultra-libérale de la société (où le marché et le profit régissent la vie dans tous ses aspects) selon laquelle plus rien ne protège l’individu contre les forces de prédation économique. Ses idées furent impopulaires, car elles entraînent chômage et hausse des prix. Il conseilla aux hommes politiques d’imposer, immédiatement après une crise, des réformes économiques douloureuses avant que les gens n’aient le temps de se ressaisir.

 

Il qualifie cette méthode de « traitement de choc économique », reformulé par Naomi Klein en « stratégie du choc ».

 

Invasions programmées

Aaron Russo, producteur et réalisateur à Hollywood, se confie en 2007 dans une interview, six mois avant de mourir d’un cancer de la vessie. Il y rapporte ses longues discussions avec Nick Rockefeller, qui l’appréciait et voulait le faire entrer dans son cercle.

 

Onze mois avant les attentats du 11 septembre 2001, raconte-t-il, « Nick m’a dit qu’un événement allait se produire [ … ] et qu’à partir de cet événement nous (les États-Unis) allions envahir l’Afghanistan, construire des pipelines pour amener le pétrole de la mer Caspienne, que nous allions envahir l’Irak pour prendre le contrôle du pétrole au Moyen-Orient et pouvoir nous implanter là-bas et intégrer cette région dans un nouvel ordre mondial et qu’ensuite nous irions nous occuper de Chavez, au Venezuela ainsi que de l’Iran. Je me rappelle qu’il me disait qu’on verrait des soldats fouiller des grottes à la recherche des responsables, en Afghanistan, au Pakistan et dans toutes ces régions-là. Il y aurait alors une guerre contre le terrorisme où il n’y aurait pas de véritable ennemi. Tout cela ne serait qu’une mystification. Ce serait une façon pour le gouvernement de contrôler les Américains (4). »

 

Nick Rockefeller lui aurait aussi affirmé que ses projets pour l’avenir étaient de réduire la population mondiale de moitié et de remplacer la monnaie de papier par des puces sous-cutanées où seraient stockées toutes les informations personnelles. Tout cela étant une manière détournée de contrôler ce que Nicholas Rockefeller a désigné comme les « serfs », les « esclaves », en parlant de la population mondiale.

 

Il évoque aussi l’émancipation des femmes comme étant une duperie. Ce mouvement n’aurait pour finalité rien d’autre que de doubler le nombre de contribuables et de demandeurs d’emploi, mais aussi de réduire l’influence familiale sur chaque enfant qui finira, par la présence restreinte des parents, par s’attacher indirectement de préférence à l’État.

 

J’entends des voix

Parmi les récits de complot encore plus fictionnels, voici la technologie du Voice to skull (voix dans le crâne). « Je reçois des commentaires désagréables sur mes propres pensées. Et je ne suis pas le seul. La première fois que ça m ‘est arrivé, je me suis regardé dans le miroir, en plein dans les yeux, en me demandant : cela vient-il vraiment de se passer ? Mais j’ai découvert que d’autres voisins souffraient du même phénomène. » Randall Rigger témoigne vivre cela peu de temps après avoir subi une chimiothérapie. Ses voisins se sont plaints de maux identiques dans la Johnson valley, soit environ trois cents personnes harcelées par des voix projetées dans leur tête. Sur la commune a été dressé un grand panneau : « Harcèlement électronique = torture », avec le lien du site créé pour dénoncer le phénomènes (5). Ils ont monté une association de défense « Freedom from Covert Harassment and Surveillance (6) » « pour le droit d’être laissé tranquille ».

 

Randall estime que « des puces sous-cutanées fonctionnant avec l’électricité du corps ont été implantées chez certains. Un numéro de téléphone est attribué, ces numéros sont traités par un ordinateur qui traduit vos pensées. Cette technologie est aux mains de l’armée depuis plus de soixante ans. »

 

Hélas, ces puces existent, spécialité de l’entreprise américaine VeriChip : pucer les humains pour les suivre par satellite, stocker toutes les informations sur eux et leur permettre de payer à distance. Des tests réalisés en boîte de nuit espagnole ont offert ce moyen de paiement bionique à des habitués. Le reportage télévisé complaisant n’a posé aucune question de santé ni de protection de la vie privée.

 

Puces, nanotechnologies, bases de données personnelles, vaccins, médecines naturelles, mouvements pour la démocratie, une ère de résistance nouvelle a commencé. Et si tout cela n’était que théories ? Retournez votre carte d’identité. Derrière la photo, sur la gorge, un rond blanc : une puce RFID. Identification par radiofréquences. Qui a décidé d’en mettre une là, et pour quoi faire ?

 

Pas pour les fainéants

« Seuls les plus petits secrets ont besoin d’être protégés. Les plus gros sont gardés par l’incrédulité publique », expliquait le Canadien Marshall McLuhan (1911-1980), professeur de littérature et théoricien de la communication.

 

Témoignages, citations, événements, lapsus… par la nature secrète des stratégies de pouvoir, le peuple n’a accès qu’à des pièces de puzzle éparses des intrigues politiques. Chercher à comprendre un événement est un réflexe qui déjoue la peur, la fainéantise, la bêtise, l’intérêt, la soumission … Ainsi, les enquêteurs, journalistes et scientifiques élaborent-ils des hypothèses à vérifier. L’amateur peut les suivre sur ce chemin semé d’embûches, au risque d’une fausse théorie.

 

Alors certes, certaines agacent quand elles se chargent de haine, qui enfante violence et malheur. Mais un peuple exploité et trompé peut ressentir une frustration, un sentiment d’injustice générant la colère et la haine, par exemple devant l’emprise violente des maîtres de l’argent. Si la haine se transforme en révolte, la répression se trouve légitimée, renforçant la tyrannie.

 

D’autres théories agacent par leur bêtise. Des raccourcis de raisonnement sans rigueur, déductions hâtives, analyses de vidéos floues… Mais c’est respecter la liberté d’expression que d’autoriser l’ignorant à s’exprimer. Cela demande patience et tolérance tant certains sont énervants de certitude. En particulier quand le discours heurte nos valeurs.

 

De plus, questionner l’exercice du pouvoir politique est un principe démocratique.

Questionner l’événement, c’est le propre du journaliste, du policier, du juge. Questionner la vie, c’est un principe spirituel, scientifique, artistique. Questionner le coeur, c’est le propre du psychologue ou de l’amoureux.

 

Alors oui, un esprit qui échafaude une théorie de complot sort du système et met en doute le pouvoir en place. Mais vouloir penser par soi-même, faire son chemin, ça énerve certains. Mais qui ?

 

Jean Martin

Notes 1.lepoint.fr, 04/05/13.
2.« les gros malins de la théorie du Complot », YouTube.
3.lepoint.fr, 04/05/13.
4.www.youtube.com/watch ?v=owXtjrWACLg 5.www.areyoutorgeled.com
6.www.freedomfchs.com

Sources :
http://www.nexus.fr – N°97. Mars, avril 2015

http://citoyenlibre.nonalaguerre.com/ ?p=4889

5 mars 2015

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