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Le blog de Lucien PONS

economie

Sur fond d’aggravation de la situation et de nouvelles victimes civiles, des députés russes veulent reconnaître la RPD et la RPL. Par Christelle Néant

22 Juin 2018 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La Russie, #Ukraine, #Economie, #le nazisme

Sur fond d’aggravation de la situation et de nouvelles victimes civiles, des députés russes veulent reconnaître la RPD et la RPL
Drapeaux de la Russie, RPD et RPL

Bien que le nombre de violations quotidiennes reste faible en République Populaire de Donetsk (RPD), le calibre des armes utilisées et le nombre de victimes civiles repartent à la hausse.

Aujourd’hui, à deux reprises (à 10 h 30 et à 13 h), l’armée ukrainienne a ainsi tiré sur le village de Kominternovo (dans le Sud de la RPD) avec de l’artillerie de 122 mm. Au total, 35 obus ont ainsi été tirés par les soldats ukrainiens, en violation des accords de Minsk.

Suite à la deuxième salve de tirs, un civil de 53 ans habitant le village de Kominternovo, a été blessé.

Hier soir, c’est à Gorlovka que l’armée ukrainienne a blessé un autre civil, lors de tirs au mortier de 82 mm sur la périphérie Ouest de la ville. D’après les médecins son état après opération est modérément grave. L’homme de 36 ans a reçu des éclats d’obus à la tête, dans la poitrine, l’abdomen et l’épaule gauche.

En République Populaire de Lougansk (RPL), le 17 juin, l’armée ukrainienne a rasé à coup d’artillerie de 152 mm la dernière maison du village de Jelobok. Le tout sur fond de déclarations tonitruantes de la propagande ukrainienne annonçant que les FAU ont avancé de deux kilomètres vers la RPL. Ces allégations ont été démenties par le porte-parole de la milice populaire de la RPL.

Ces nouvelles, en pleine coupe du monde de football en Russie, ont poussé Vladimir Poutine à exprimer son inquiétude, lors d’une conversation téléphonique avec Petro Porochenko.

Le service de presse du Kremlin a ainsi rapporté que Vladimir Poutine avait « exprimé sa préoccupation face à l'aggravation de la situation dans le Donbass, et le nombre croissant de victimes civiles à la suite d'attaques fréquentes de la région par les Forces Armées Ukrainiennes. »

Le président russe a aussi rappelé à son homologue ukrainien qu’il n’y avait pas d’alternative aux accords de Minsk pour résoudre pacifiquement le conflit et qu’il fallait améliorer l’efficacité des négociations à Minsk et dans le cadre du Format Normandie.

Un avertissement qui a peu de chances d’être plus écouté par Porochenko que les précédents. Et face à cet échec évident et flagrant des accords de Minsk à résoudre le conflit du Donbass, de plus en plus de voix parmi les députés russes se font entendre pour revoir la politique du Kremlin face à l’Ukraine.

Le mois dernier, c’était un député (et Vice-président du comité central) du parti communiste, Iouri Afonine, qui avait appelé le gouvernement russe à reconnaître la RPD et la RPL.

« Nous avons dit à plusieurs reprises, ainsi que la faction du Parti Communiste à la Douma, qu’il était nécessaire de reconnaître la RPL et la RPD. Tout est clair, il n’y a pas de Format Normandie, personne ne va nous écouter, ils occupent petit à petit le territoire de la zone neutre, toujours plus près de Donetsk. Il est donc nécessaire de dire clairement : « Le format a échoué, reconnaissons la RPL et la RPD et protégeons nos citoyens ». Toutes les tentatives de résoudre quoi que ce soit avec le régime actuel de Kiev et des États-Unis, qui secouent le bateau de la politique mondiale, échoueront, » avait ainsi déclaré Afonine.

Ce député de la Douma a été rejoint hier par un député du parti LDPR (parti de Jirinovski), Alexandre Cherine, qui a rappelé qu’il restait jusqu'au 25 juin à la Douma pour annoncer la révocation du traité d’amitié avec l’Ukraine et pouvoir ainsi reconnaître ensuite la RPD et la RPL.

Ce traité a déjà été menacé plusieurs fois de révocation par Kiev, y compris encore en mars et avril de cette année. Si l’Ukraine renonce jusqu’ici à aller jusqu’au bout de cette démarche ultra-nationaliste suicidaire, c’est que ce traité définit entre autre les frontières entre les deux États ! Si l’Ukraine révoque le traité alors la Russie n’a plus à reconnaître les frontières communes qu’elle a avec l’Ukraine. Vous voyez le tableau.

Kiev reculant devant la menace que ferait planer cette révocation, il semble que certains députés russes aient décidé de remettre cette idée sur le tapis. Dont acte.

Alexandre Cherine a ainsi déclaré, que « le 25 décembre 2018, le traité d’amitié, de paix et de coopération entre la Russie et l’Ukraine sera automatiquement prolongé ». Au vu du comportement inacceptable et brutal de l’Ukraine envers la Russie, les russophones et les vétérans de la Grande Guerre Patriotique, le député estime que la Russie doit réagir, et se retirer du traité.

D’après lui, l’article 40 du traité d’amitié indique que « si l’une des parties informe l’autre par écrit de son retrait de ce traité dans les six mois [avant la date de renouvellement], alors l’accord prend fin ». En clair, la Douma aurait jusqu’au 25 juin pour prendre cette décision, qui serait lourde de conséquences.

« Je pense que nous devons adopter une déclaration commune, appelant les dirigeants de la fédération de Russie à informer l’Ukraine de notre retrait de ce traité », a ainsi poursuivi Cherine avant de souligner que la prochaine étape serait la reconnaissance officielle de la RPD et de la RPL.

« Il est nécessaire de reconnaître la RPD et la RPL, conclure des accords ad-hoc avec elles, travailler avec ces territoires, qui nous acceptent et veulent être amis avec nous. Ainsi nous enverront un signal aux personnes qui sont amicales envers la Russie, et à celles qui mènent une politique agressive envers la Russie, » a conclu le député.

Espérons que ces propositions calment les ardeurs de Kiev dans le Donbass, et poussent l’Ukraine à retourner à la table des négociations...

Christelle Néant

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Le Monde en extase devant les milliards de profits du CAC 40 par Guy Bernard,

10 Avril 2018 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Europe supranationale, #La France, #La mondialisation, #La finance dérégulée, #Le grand banditisme, #Economie, #l'horreur économique, #La lutte des classes, #Le syndicalisme

 

Le Monde en extase devant les milliards de profits du CAC40
par Guy Bernard,



Le 9 mars 2018, un tonitruant « 93 400 000 000 € de profits pour le CAC40 » barre la Une du Monde. Une titraille tapageuse qui n’annonce pourtant aucun dossier mettant ce chiffre faramineux en perspective, aucun débat de fond entre économistes ou responsables politiques, ni même la moindre tentative d’analyse. Au contraire, les deux articles auxquels cet appel de Une renvoie, sont le signe d’un journalisme économique en apesanteur, qui aligne les chiffres sans chercher à leur donner la moindre signification et qui accompagne dans l’allégresse la marche en avant d’un capitalisme mondialisé et triomphant.

Page 6 du cahier « Éco & Entreprise » de cette édition du 9 mars, un premier article aligne les superlatifs pour présenter le palmarès des sociétés les plus profitables, s’esbaudir de la hausse de 24 % du bénéfice net de l’ensemble des groupes du CAC40 par rapport à 2016 et mettre en avant une conjoncture et une croissance mondiales « exceptionnelles ». Le tout agrémenté des commentaires, toujours incontournables dans Le Monde [1], de deux économistes de banques, Eric Labbé gérant chez CPR Asset Management et Isabelle Mateos y Lago économiste chez Black Rock, « le plus puissant gestionnaire d’actifs au monde » – laquelle nous rassure en certifiant que même si la conjoncture se fait moins favorable, « les entreprises devraient pouvoir relever leurs prix et préserver leurs marges. » Ouf !

En page 2 du même cahier « Éco & Entreprise », le second article annoncé en Une, propose un titre qui semble, au premier abord, nettement plus pertinent : « Salaires en zone euro : à quand le dégel ? » En effet, l’une des méthodes pour maximiser les profits, ne consiste-t-elle pas, justement, à maintenir les salaires au plus bas ? Une question qui ne sera pourtant même pas évoquée, l’article préférant s’attarder sur la perplexité de la Banque centrale européenne et des « experts » devant la stagnation des salaires alors que le chômage baisse, ou encore sur la flexibilité et l’automatisation comme causes possibles du phénomène.
 

Dans l’éther des débats économiques orthodoxes

Ces deux articles qui entendent traiter des niveaux de profits et de salaires comme de deux variables totalement distinctes et indépendantes, ont en commun de traiter l’économie comme une réalité autonome, et la science économique comme une discipline purement technique, coupée de toute réalité sociale et échappant à tout débat politique.

Dans cette perspective, mettre en relation les dizaines de milliards de profits du CAC40 et la stagnation des salaires en Europe, d’une part, avec, d’autre part, les pratiques d’optimisation/évasion fiscale des multinationales ou les politiques de l’offre, austéritaires, portées par les gouvernements européens, et singulièrement par celui d‘Emmanuel Macron, n’aurait aucun sens… Dans un tel cadre, les économistes hétérodoxes et les syndicalistes, les dirigeants politiques et les journalistes rétifs aux logiques néolibérales ne sont évidemment pas conviés à s’exprimer.

Pourtant, s’ils avaient souhaité mettre en perspective, et pas seulement célébrer, les profits mirifiques des grandes entreprises, les responsables de la rubrique économie du Monde auraient pu trouver matière à réflexion dans leurs propres colonnes en s’appuyant, par exemple, sur ces deux articles parus au cours des six derniers mois : « La paupérisation des classes moyennes gonfle la dette des ménages » ; « Les inégalités explosent dans le monde, l’instabilité politique menace ». Mais pour ce faire, il aurait fallu que Le Monde ait une ligne éditoriale autre que celle de complaire aux marchés…
 

Guy Bernard

 

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LORDON à la bourse du travail le mercredi 4 avril 2018

7 Avril 2018 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #La mondialisation, #La finance dérégulée, #Le capitalisme;, #Le grand banditisme, #Economie, #La lutte des classes, #l'horreur économique

LORDON à la bourse du travail le mercredi 4 avril 2018
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[RussEurope-en-Exil] France: le rejet massif de la mondialisation, par Jacques Sapir

19 Mars 2018 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #La mondialisation, #La nation ., #La République, #La finance dérégulée, #Le capitalisme;, #La guerre, #Les transnationales, #Economie, #La lutte des classes, #l'horreur économique, #Le fascisme

Un sondage d’OpinionWay vient d’être réalisé sur la « mondialisation » et ses résultats sont sans appels[1]. Les français rejettent dans leur grande majorité cette « mondialisation » et se prononcent même, à près de 66%, pour une forme de retour au protectionnisme. Certains vont se lamenter sur le « manque de culture économique » des français. D’autres feront remarquer, et cela est vrai, que ce sondage n’est qu’un sondage. Mais, ce sondage a été réalisé pour le « Printemps de l’Economie », une manifestation soutenue par la Caisse des Dépôts et Consignations[2].

Ce sondage survient après l’interruption du processus du TAFTA mais après, aussi, l’approbation du CETA par l’Union européenne[3]. Il a donc valeur de témoignage. Il a été réalisé par des personnes et pour des personnes qui sont en réalités favorables à la mondialisation. Le fait qu’il donne des résultats aussi contraires à leurs attentes est, de ce point de vue, hautement symbolique.

Un rejet général

La première chose qu’il convient de retenir de ce sondage, c’est qu’il exprime un rejet quasi-général de la « mondialisation ». Pas moins de 60% des personnes interrogées ont une opinion négative de la mondialisation. En fait, seul 3% des personnes interrogées ont une « très bonne » opinion de la mondialisation alors que 14% en ont une « très mauvaise ». Le clivage est net.

Graphique 1

Source : sondage OpinionWay, réalisé au mois de mars 2018 pour le Printemps des économistes

Par ailleurs, quand on regarde la répartition de ces opinions, on constate que le taux le plus élevé de « mauvaise opinion » est situé dans la tranche d’âge qui va de 50-64 ans, autrement dit les personnes les plus vulnérables au risque prolongé de chômage. Il est ici important de noter que l’appartenance aux catégories socio-professionnelles les plus élevées (CSP+) n’a pratiquement pas d’impact sur les mauvaises opinions quant à la mondialisation. Les CSP+ ont une mauvaise opinion à 58% et les CSP- à 60%.

Graphique 2

Source : idem

Cela signifie qu’une majorité absolue de nos concitoyens n’adhère plus à la doxa libérale qui veut que le libre-échange et la mondialisation soient de bonnes choses pour tous. C’est, ici, un changement important de l’opinion. Il n’est pas étonnant car cette même doxa ne s’appuyait pas sur des faits mais sur une forme de présentation de l’histoire économique et sociale hautement tendancieuse.

On a pu avoir en effet l’impression, et peut-être l’illusion, que c’était par l’abolition des barrières aux échanges que l’on avait obtenu la croissance très forte. Des travaux, parmi lesquels on doit inclure ceux de Dollar, en 1992[4], de Ben-David, en 1993[5], de Sachs et Warner, en 1995[6], et de Edwards en 1998[7], ont cherché à établir ce fait.

Mais, de manière générale, les tests statistiques et économétriques pratiqués donnent des résultats qui sont pour le moins très ambigus. On peut en déduire que, pour certains pays, l’ouverture a eu des résultats positifs, mais non pour d’autres. Cependant, on peut aussi en déduire que si une politique qui associe l’ouverture à de bonnes mesures macroéconomiques est meilleure qu’une politique associant le protectionnisme à des mauvaises mesures macroéconomiques, ceci tient bien plus à la qualité des dites mesures macroéconomiques qu’à celle de l’ouverture[8]. De fait, les pays qui ont associé des politiques protectionnistes à des bonnes politiques macroéconomiques connaissent des taux de croissance qui sont largement supérieurs à ceux des pays plus ouverts, ce qui invalide le résultat précédent sur l’ouverture[9]. Ceci nous ramène à la problématique du développement, qui s’avère être autrement plus complexe que ce que les partisans d’un libre-échange généralisé veulent bien dire. Les travaux d’Alice Amsden[10], Robert Wade[11] ou ceux regroupés par Helleiner[12] montrent que dans le cas des pays en voie de développement le choix du protectionnisme, s’il est associé à de réelles politiques nationales de développement et d’industrialisation[13], fournit des taux de croissance qui sont très au-dessus de ceux des pays qui ne font pas le même choix. Le fait que les pays d’Asie qui connaissent la plus forte croissance ont systématiquement violé les règles de la globalisation établies et codifiées par la Banque mondiale et le FMI est souligné par Dani Rodrik[14].

En fait, le protectionnisme s’avère bien souvent une voie plus sure et plus rapide vers la croissance que le libre-échange et, ce point est d’ailleurs régulièrement oublié par les thuriféraires du libre-échange, c’est la croissance dans chaque pays qui porte le développement des échanges internationaux et non l’inverse.

L’opinion des personnes interrogées dans le cadre du sondage OpinionWay réalisé pour Le Printemps des Economistes met d’ailleurs bien en lumière que pour plus de 56% des personnes interrogées, les règles du commerce international sont conçues pour et par les multinationales.

Graphique 3

Source : Idem

Les raisons de ce rejet

Il est alors important de regarder quelles sont les raisons pour lesquelles les personnes interrogées rejettent la « mondialisation ». La raison majeure est l’opinion très négative des conséquences de la mondialisation sur l’environnement. Pour 70% des personnes interrogées, la mondialisation a des effets négatifs ou n’améliore pas vraiment la situation. Puis, viennent les questions liées à la santé, à la pauvreté et aux inégalités. C’est dire à quel point la « mondialisation » est mal perçue par les français.

Graphique 4

Source : Idem

Si l’on pose aux personnes interrogées des questions concernant la situation en France, on voit alors surgir la question des salaires et de l’emploi (plus de 64% des personnes pensent que la mondialisation est mauvaise sur ces points), mais aussi les questions de l’environnement, du pouvoir d’achat et de la croissance. C’est donc un bilan très négatifs que tirent les français de la « mondialisation ».

De fait, le passage progressif à la globalisation marchande a permis de faire passer, dans le discours tenus par les principaux pays européens, les mesures destinées à faire baisser la part des salaires et surtout les salaires d’ouvriers pour une évidence, une sorte de « loi de la nature ». Il n’y avait pourtant rien de « naturel » à cela. Les transformations du cadre d’insertion international sont bien le produit de politiques. Mais, par l’illusion d’une « contrainte extérieure » s’appliquant hors de toute politique, ce discours a produit un mécanisme progressif d’acceptation des mesures qui étaient ainsi préconisées. On constate alors, pour presque tous les pays[15], un accroissement du coefficient, et donc des inégalités qui se creusent entre le milieu des années 1980 et le milieu des années 1990, au moment où l’on procède aux grandes déréglementations dans le domaine du commerce international.

Le phénomène de pression à la baisse sur les salaires engendré par le libre-échange et la « mondialisation » est évident pour les pays les plus développés. On le constate aux Etats-Unis par exemple[16]. Pour mesurer l’impact de la déflation salariale importée, il faut commencer par établir l’écart entre les gains de productivité et ceux de l’ensemble des salaires nets à l’image de ce qui s’est passé dans d’autres pays[17]. On rappelle que l’on avait fait ce calcul dans l’ouvrage de 2011 « La Démondialisation »[18], ouvrage que l’on peut considérer comme largement validé par ce sondage de 2018. L’évolution des rémunérations salariales a ainsi été très désavantageuse pour les salariés à bas revenus à partir de 1983. Ce phénomène s’est amplifié au tournant des années 1999-2002. On peut donc bien parler d’une contre-révolution conservatrice qui s’est jouée en deux temps. La déflation salariale est donc indiscutable et c’est elle qui explique le phénomène de ralentissement de l’inflation générale à la fois directement, par la modération des salaires et donc par des coûts à profit égal et même croissants, et indirectement, par le biais de la pression qu’exercent les chômeurs. Cette déflation salariale a été le résultat de la mise en concurrence des travailleurs français avec les travailleurs d’autres pays dont le niveau de salaires était incomparablement plus bas.

La phase dans laquelle nous sommes toujours plongés, a vu les salaires évoluer sous la contrainte des importations de produits issus des pays à faibles coûts salariaux. C’est le résultat de la politique d’ouverture qui a été menée dans la période précédente. Ici, on peut mesurer directement les effets de la globalisation marchande sur l’économie française. Celle-ci se traduit non seulement par un accroissement plus faible que celui de la productivité pour la moyenne des salaires (ce phénomène étant particulièrement sensible dans l’industrie manufacturière), mais aussi par une augmentation des inégalités au sein du salariat et, en particulier, la stagnation du salaire médian par comparaison à la faible – mais constante – hausse du salaire moyen. Dans cette phase, la loi sur les 35 heures a bien joué un rôle correctif, contrairement à ce qui avait été affirmé avant et après qu’elle soit votée. Mais le rôle de cette dernière a été des plus limités. Dès les années 2000-2002, les effets du passage aux 35 heures semblent s’épuiser.

La globalisation peut donc être tenue responsable d’une très large part de ce processus qui a abouti à un retard salarial important dans notre pays. Ce retard a aussi engendré un déficit de croissance, qui est venu lui-même renforcer les effets de la globalisation marchande par la montée du chômage et la pression que ce dernier exerce sur les rémunérations des personnes les plus exposées.

Un retour vers le protectionnisme ?

Ce sondage OpinionWay valide aussi l’idée d’un retour vers des formes de protectionnisme. Il montre que 66% des personnes interrogées sont en faveur de normes plus strictes sur les produits entrants ou sortants.

Graphique 6

Source : Idem

Il faut ici revenir sur l’impact de la globalisation sur l’économie française, tout en précisant que des conclusions analogues pourraient être tirées pour la plupart des grands pays développés. Les conséquences sur l’économie française ont été importantes. Elles tendent à se diviser en un effet de délocalisation[19] (direct et indirect) et un effet sur la formation et répartition des revenus[20].

Il ne fait donc aucun doute que la pression concurrentielle issue des pays à faibles coûts salariaux, mais où la productivité tend, dans certaines branches, à se rapprocher des pays développés, est aujourd’hui extrêmement forte. Le problème semble particulièrement grave à l’intérieur de l’Union européenne puisque l’on constate un très fort avantage compétitif des « nouveaux entrants », qui couvre désormais une très grande gamme de produits. L’idée de compenser l’écart abusif des coûts salariaux unitaires entre les différents pays par des taxes touchant les produits pour lesquels ces coûts sont les plus dissemblables, a donc fait son chemin. Par rapport aux protections qui ont été mises en place antérieurement, il faut ici signaler que ces taxes devraient être calculées à la fois par pays et par branche d’activité. En effet, l’une des caractéristiques de la situation actuelle est que le niveau de productivité des pays susceptibles d’être visés par un tel système varie de manière tout à fait considérable d’une branche à l’autre. Il est ici clair qu’un seul niveau de taxe serait inopérant.

L’heure est venue de revenir à des politiques nationales coordonnées, qui sont seules capables d’assurer à la fois le développement et la justice sociale. Ces politiques sont déjà à l’œuvre dans un certain nombre de pays. À cet égard, le retard qui a été pris sur le continent européen est particulièrement tragique. Sous prétexte de construction d’une « Europe » dont l’évanescence politique se combine à l’incapacité de mettre en œuvre de réelles politiques industrielles et sociale, nous avons abandonné l’horizon de ces politiques. Mais, comme le rappelle Dani Rodrik, le problème n’est plus le pourquoi de telles politiques mais il doit désormais en être le comment[21]. De telles politiques se doivent d’être globales et d’inclure la question du taux de change et celle de l’éducation et du développement des infrastructures. Il faut aujourd’hui constater que sur la plupart de ces points l’Union européenne, telle qu’elle fonctionne, s’avère être un redoutable obstacle. C’est en effet à l’Union Européenne que l’on doit les politiques d’ouverture qui ont accéléré la crise structurelle de nos industries depuis les années 1990. C’est toujours à l’Union européenne que l’on doit la détérioration croissante du système d’infrastructures dans le domaine de l’énergie et du transport qui fit pendant longtemps la force de notre pays. Il est possible de changer ces politiques. Mais, si les résistances devaient apparaître comme trop fortes, il faudrait se résoudre à renationaliser notre politique économique. Une action concertée avec d’autres pays européens est certainement celle qui nous offrirait le plus de possibilités, mais on ne doit nullement exclure une action au niveau national si un accord se révélait temporairement impossible avec nos partenaires.

Pour la démondialisation

Tels sont les enseignements de ce sondage. La mondialisation a été porteuse de bien des passions contradictoires. Elle a été adulée par les uns, vilipendée par les autres. Elle a eu ses thuriféraires comme ses opposants acharnés. Aujourd’hui qu’elle recule, certains y verront une régression alors que d’autres applaudiront un progrès.

Pourtant, il ne devrait pas y avoir de problèmes à penser ce phénomène de la démondialisation. Le monde a connu en effet bien des épisodes de flux et de reflux. Mais il est vrai que cette démondialisation survient dans le sillage d’une crise majeure. Alors se réveillent de vieilles peurs. Et si cette démondialisation annonçait le retour au temps des guerres ? Mais ces peurs ne sont que l’autre face d’un mensonge qui fut propagé par ignorance, pour les uns, et par intérêts, pour les autres. Non, la globalisation ou la mondialisation ne fut pas, ne fut jamais « heureuse ». Le mythe du « doux commerce » venant se substituer aux conflits guerriers a été trop propagé pour ne pas laisser quelques traces… Mais, à la vérité, ce n’est qu’un mythe. Toujours, le navire de guerre a précédé le navire marchand. Que l’on se souvienne ainsi des « Guerres de l’Opium » qui vit la Grande-Bretagne alors triomphante imposer à la Chine l’ouverture de ses frontières au poison de la drogue. Les puissances dominantes ont en permanence usé de leur force pour s’ouvrir des marchés et modifier comme il leur convenait les termes de l’échange.

La mondialisation que nous avons connue depuis près de quarante ans a résulté de la combinaison de la globalisation financière, qui s’est mise en place avec le détricotage du système hérité des accords de Bretton Woods en 1973, et de la globalisation marchande, qui s’est incarnée dans le libre-échange. À chacune de leurs étapes, ces dernières ont imposé leurs lots de violences et de guerres. Nous en voyons aujourd’hui le résultat : une marche généralisée à la régression, tant économique que sociale, qui frappe d’abord les pays dits « riches » mais aussi ceux que l’on désigne comme des pays « émergents ». Elle a conduit à une surexploitation des ressources naturelles plongeant plus d’un milliard et demi d’êtres humains dans des crises écologiques qui vont chaque jour empirant. Elle a provoqué la destruction du lien social dans un grand nombre de pays et confronté là aussi des masses innombrables au spectre de la guerre de tous contre tous, au choc d’un individualisme forcené qui laisse présager d’autres régressions, bien pires encore[22].

De cette mondialisation, on a fait un mythe. Elle est apparue sous la plume de ses thuriféraires comme un être doté de conscience et d’omniscience, capable de réaliser le bonheur de tous. On nous a fait oublier que, produit de l’action humaine, elle était condamnée à connaître le sort des autres produits de l’action humaine, et donc à disparaître. On a voulu la comparer à une force transcendante pour mieux masquer les intérêts qu’elle a servis. En ceci, il faut voir une capitulation de la pensée. Dans ce fétichisme de la mondialisation, il y eut donc beaucoup de calculs, et donc beaucoup de mensonges. Ce livre a, entre autres, la volonté de rétablir quelques vérités sur la nature réelle du phénomène.

Le tournant qui s’amorce sous nos yeux nous confronte à nos responsabilités. La démondialisation qui se met aujourd’hui en route à travers l’amorce d’une dé-globalisation, tant financière que marchande, ne se fera pas sans nous et sans notre action. Il est de notre pouvoir de construire l’avenir.

[1] https://www.opinion-way.com/fr/component/edocman/opinionway-pour-le-printemps-de-l-economie-les-francais-et-la-mondialisation-mars-2018/viewdocument.html?Itemid=0

[2] http://www.printempsdeleco.fr

[3] http://www.international.gc.ca/trade-commerce/trade-agreements-accords-commerciaux/agr-acc/ceta-aecg/text-texte/toc-tdm.aspx?lang=fra

[4] D. Dollar, « Outward-Oriented Developeng Economies Really Do Grow More Rapidly: Evidence From 95 LDC, 1976-1985 », Economic Developemnt and Cultural Change, 1992, p. 523-554.

[5] D. Ben-David, « Equalizing Exchange: Trade Liberalization and Income Convergenge », Quarterly Journal of Economics, vol. 108, n° 3, 1993.

[6] J. Sachs, A. Warner, « Economic Reform and The Process of Global Integration », Brookings Paper on Economic Activity, n° 1, 1995, p. 1-118.

[7] S. Edwards, « Opennes, Productivity and Growth: What We Do Really Know? », Economic Journal, vol. 108, mars 1998, p. 383-398.

[8] Voir D. Ben-David, « Equalizing Exchange: Trade Liberalization and Income Convergenge », op. cit.

[9] Voir H.-J. Chang, « The Economic Theory of the Developmental State » in M. Woo-Cumings (dir.), The Developmental State, Ithaca, Cornell University Press, 1999 ; Kicking away the Ladder: Policies and Institutions for Development in Historical Perspective, Londres, Anthem Press, 2002.

[10] A. Amsden, Asia’s Next Giant, New York, Oxford University Press, 1989.

[11] R. Wade, Governing the Market, Princeton (N. J.), Princeton University Press, 1990.

[12] G. K. Helleiner (dir.), Trade Policy and Industrialization in Turbulent Times, Londres, Routledge, 1994.

[13] Voir C.-C. Lai, « Development Strategies and Growth with Equality. Re-evaluation of Taiwan’s Experience », Rivista Internazionale de Scienze Economiche e Commerciali, vol. 36, n° 2, 1989, p. 177-191.

[14] D. Rodrik, « What Produces Economic Success? » in R. Ffrench-Davis (dir.), Economic Growth with Equity: Challenges for Latin America, Londres, Palgrave Macmillan, 2007. Voir aussi, du même auteur, « After Neoliberalism, What? », Project Syndicate, 2002 (www.project-syndicate.org/commentary/rodrik7).

[15] L’exception étant la Grèce dont le coeeficient passe de 0,330 à 0,321. Pour la Suède, l’accroissement est important dans les années 1990 mais est compensé par une baisse dans les années 2000.

[16] Voir A. Aaron-Dine, I. Shapiro, « Share of National Income Going to Wages and Salaries at Record Low in 2006 », Center of Budget and Policies Priorities, Washington (D. C.), 29 mars 2007 ; U. S. Department of Commerce, « Historical Income Tables – Income Inequality, Table IE-1 », Washington (D. C.), 13 mai 2005.

[17] Voir J. Bernstein, E. McNichol, A. Nicholas, Pulling Apart. A State-by-State Analysis of Income Trends, Washington (D. C.), Center of Budget and Policy Priorities et Economic Policy Institute, avril 2008 ; J. Bivens, « Globalization, American Wages and Inequality », Economic Policy Institute Working Paper, Washington (D. C.), 6 septembre 2007.

[18] Sapir J., La Démondialisation, Paris, Le Seuil, 2011.

[19] Voir P. Artus « Pourquoi l’ouverture aux échanges semble être défavorables dans certains cas ? », Flash-IXIS, n° 2004-53, 17 février 2004.

[20] Voir P. Artus, « Quels risques pèsent sur les salariés européens ? », Flash-IXIS, n° 2006-153, 11 avril 2006.

[21] D. Rodrik, « Industrial Policy: Don’t Ask Why, Ask How », Middle East Development Journal, 2008, p. 1-29.

[22] Voir J. Généreux, La Grande Régression, Seuil, 2010.

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UNION EUROPÉENNE : comment les traités favorisent les grands intérêts privés. Par Thomas Guénolé

8 Mars 2018 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Europe supranationale, #La France, #La finance dérégulée, #Le capitalisme;, #Le grand banditisme, #Les transnationales, #Economie, #La lutte des classes, #l'horreur économique, #Le fascisme

UNION EUROPÉENNE : comment les traités favorisent les grands intérêts privés. Par Thomas Guénolé

GAROVOX/ENTRETIEN - A l'occasion de la publication de son dernier livre, Antisocial, le politologue Thomas Guénolé détaille les motifs de sa critique de l'Union européenne. Selon lui, les traités actuels favorisent uniquement les grands intérêts privés et obligent les Etats-membres à mener une politique de «casse sociale».

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Thomas Guénolé est politologue, maître de conférences à Sciences Po et docteur en Science politique (CEVIPOF). Membre de La France Insoumise, il est coresponsable de l'école de formation politique du mouvement de Jean-Luc Mélenchon. Il vient de publier Antisocial, La guerre sociale est déclarée (Plon, mars 2018).

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FIGAROVOX.- Dans votre livre «Antisocial», vous écrivez que l'Union européenne organise la transformation systématique des services publics de la France en grands marchés privés. Sur quoi fondez-vous cette affirmation?

 

Thomas GUÉNOLÉ.- C'est dans le traité sur le fonctionnement de l'Union européenne: le TFUE. Il interdit aux États de laisser des entreprises en situation de monopole. Et il confie à la Commission européenne le soin de lancer les réformes pour casser ces monopoles. Ce sont les articles 101 à 110 du traité, c'est facilement vérifiable.

 

Sur cette base, depuis les années 1990, on assiste à la répétition systématique du même engrenage contre nos services publics. D'abord, la Commission fait adopter à l'Union européenne un plan de transformation d'un service public en grand marché. Ensuite, en France, le service public étatique concerné est transformé en entreprise publique et les nouvelles recrues deviennent des salariés de droit privé. C'est présenté comme un simple «changement juridique», mais c'est le début de la fin. Car ensuite, au nom des règles européennes qui interdisent de laisser une entreprise en monopole, le service public est transformé en marché où des concurrents privés sont autorisés à s'installer. Et parallèlement, l'entreprise publique est souvent plus ou moins massivement privatisée, cette fois en invoquant le manque d'argent de l'État: on «vend l'argenterie».

 

[…]

 

LIEN VERS LA SUITE DE L’ARTICLE CI-DESSOUS :

UNION EUROPÉENNE : comment les traités favorisent les grands intérêts privés. Par Thomas Guénolé
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Y aurait-il une femme nue qui nous aurait échappé? Par Hélène Richard - Favre

28 Février 2018 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Europe supranationale, #La France, #Les transnationales, #Economie, #l'horreur économique, #Grèce, #L'Islamisme

27/02/2018

Y aurait-il une femme nue qui nous aurait échappé?

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Dans l’interview, sollicitée par Mireille Valette, de Sabine Tiguemounine, candidate qui se présente à l’élection parlementaire de Genève on lit, en réponse à une des questions qui lui sont posées, qu'on met une femme nue pour vendre un yaourt… 

Je n’ai, pour ma part, jamais rien vu de tel.

Par contre, on trouve toujours en rayon d’une grande surface de Genève, des yaourts Nestlé dont le couvercle du pot affiche des coupoles d’églises orthodoxes grecques privées de leur croix.

Au nom de quoi, au juste?

Le fait est qu’en lieu et place de femme nue dont la politicienne Sabine Tiguemounine prétend qu’il serait fait usage pour vendre des yaourts, c’est bien plutôt d’églises décapitées de leur croix auxquelles on a à faire.

Pour le reste, si le port d'un voile contribue à faire respecter la personne, soit. 

Nombre de femmes, toutefois, têtes non recouvertes de quelconque couvre-chef n’ont pas, pour autant, droit à moins de considération.

Le port du voile par cette écologiste déjà élue conseillère municipale est son choix.

Tout autant l’a-t-il été de son électorat et le sera-t-il peut-être encore, nonobstant le fait que comme mode d’expression et de respect du principe de laïcité, il y aurait de quoi s’interroger.

Mais comme cela ne semble apparemment pas avoir posé de problème majeur à Sabine Tiguemoumine, il ne reste qu’à lui rappeler, au moins cela, qu’à toute femme nue, Nestlé a préféré une église orthodoxe sans croix pour vendre son yaourt grec.

De même, nombre d’autres grandes marques ont su se passer de femme nue pour promouvoir leurs produits et, au contraire, les adapter à certaines préférences...

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TOUJOURS MOINS ! [Le blog de Descartes]

26 Février 2018 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Europe supranationale, #Histoire, #La nation ., #La France, #La mondialisation, #La République, #La finance dérégulée, #Le capitalisme;, #Le grand banditisme, #Les transnationales, #Economie, #La lutte des classes, #Le fascisme, #l'horreur économique, #Services publics

TOUJOURS MOINS ! [Le blog de Descartes]
Publié le par Descartes

C’était au début des années 1980, vous savez, cette époque dorée où les intellectuels « de gôche » découvraient tout à coup les charmes du reaganisme et cherchaient à laver leurs péchés staliniens de jeunesse en réalisant des films comme « vive la crise ! » et en demandant dans les colonnes de Libération un fusil pour aller combattre les affreux soviétiques en Afghanistan. C’était le temps où les dirigeants socialistes avaient compris que changer de vie est bien plus intéressant de changer la vie, et s’initiaient à la pédagogie de la résignation. C’était enfin le temps ou le privilège a changé de camp : finies les 200 familles et le Grand Kapital : les vrais privilégiés, ce sont ceux qui ont un travail stable, les travailleurs sous statut, les fonctionnaires…

Dans cette ambiance, un livre avait fait fureur en 1982. Il s’agit du « Toujours plus ! » de François de Closets. Dans ce livre, le journaliste fustigeait l’avidité de ces salauds de travailleurs qui exigent « toujours plus » de ces pauvres patrons – et au passage des « classes moyennes » - accablés d’impôts. Ces parasites qui ont l’outrecuidance de se regrouper dans des syndicats – quelle horreur, ma chère – pour imposer leurs privilèges à ces patrons démunis. Un livre que Mitterrand, qui s’apprêtait à prendre le « tournant de la rigueur », avait qualifié de « ouvrage salutaire ». C’est dire.

Trente-cinq ans plus tard, nous sommes dans le monde que « vive la crise ! » nous promettait, celui dans lequel l’auteur du « Toujours plus ! » plaçait ses espoirs. Un monde où les « corporations » syndicales honnies ne sont plus de s’opposer à cette nouvelle nuit du 4 août qui verra l’abolition des privilèges des fonctionnaires, des gaziers-électriciens, des cheminots, toutes ces aristocraties qui tiennent notre beau pays sous leur coupe. Pour ceux du capital, on attendra encore un peu. Mais peut-on parler véritablement de privilèges lorsqu’il s’agit de ces bienfaiteurs de l’humanité qui mettent généreusement à la disposition des autres leur capital, leur travail et leur créativité pour une rémunération si modeste ?

Trente-cinq ans après la publication de « Toujours plus ! » nous sommes passés dans la logique du « Toujours moins ! ». Moins de rémunérations, moins de protections, moins de sécurité, moins d’investissements, moins de projets collectifs, moins de courtoisie et de sociabilité. Il n’y a qu’à la  Bourse qui, mais c’est certainement une coïncidence, qu’on crève tous les plafonds.

Attention, il ne s’agit pas de tomber dans le misérabilisme. Ces trente dernières années ont vu un changement dramatique dans le partage de la valeur ajoutée entre capital et travail qui conduit à ce que les travailleurs touchent une part du gâteau qui se réduit. Mais comme la taille du gâteau tend à augmenter, l’effet est plutôt une stagnation du revenu du travail qu’une véritable réduction. Si l’on regarde les statistiques, on constate que le niveau de vie s’est globalement maintenu sur les vingt ou trente dernières années et cela dans tous les déciles. Mais le niveau de vie tel que calculé par l’INSEE est un indicateur trompeur. Pour la statistique, en effet, le fonctionnaire et le CDD qui touchent 1500 € par mois sont parfaitement équivalents. Ce qui revient à considérer la valeur de la sécurité de l’emploi comme nulle ce qui, de toute évidence, fausse le débat. De même, on ne prend pas en compte ce que chaque consommateur reçoit en termes de services publics : la dégradation des infrastructures, du système éducatif, des services de santé passe donc inaperçue de la statistique. Or, c’est précisément là que le « Toujours moins ! » se manifeste de la manière la plus criante : dans la précarisation des statuts et la dégradation des services publics.

Ce qui est en revanche évident est que pour tout ce qui concerne le service public, le « Toujours moins ! » est la règle d’or qu’on suit dans tous les domaines. Prenons par exemple le domaine de l’éducation. Quel est le point commun de toutes les réformes depuis trente ans ? La réduction du nombre d’heures de cours. L’élève d’aujourd’hui a en moyenne un tiers d’heures en moins que celui d’il y a trente ans, sans compter le temps perdu dans des « sensibilisations » de toutes sortes, qui vont du droit des femmes au permis de conduire. Et de ce point de vue, la réforme Blanquer-Mathiot ne fait guère mieux que celles de leurs prédécesseurs. Un autre exemple est celui de la recherche publique. Il suffit de regarder les budgets des grands instituts de recherche pour constater que la logique du « rabot » fonctionne depuis au moins deux décennies sans discontinuer.

J’entends déjà l’objection : « comment pouvez-vous parler de « toujours moins » alors que la dépense publique n’a été réduite qu’à la marge, que le nombre de fonctionnaires a continué à augmenter ces dernières années ? ». L’objection est légitime, mais les réponses sont simples :

Commençons par les effectifs de la fonction publique : on notera que la fonction publique d’Etat a perdu 10% de ses effectifs ces dix dernières années (1). Si l’on tient compte du fait que la démographie française est relativement dynamique augmente le besoin d’enseignants, qui représentent plus de la moitié de la fonction publique d’Etat, on voit tout de suite la difficulté. En fait, l’augmentation du nombre des fonctionnaires est largement liée à une croissance anarchique de la fonction publique territoriale dans la logique de la décentralisation. Une partie de cette croissance résulte certes des transferts des compétences autrefois exercées par l’Etat. Mais il y a aussi dans cette croissance la traduction d’un clientélisme de la part des élus locaux, et aussi de l’inefficacité créée par l’atomisation de services autrefois coordonnés au niveau central – l’entretien des routes étant un exemple signalé.

Regardons ensuite les budgets. La dépense publique n’a certes baissé que faiblement. Mais sa structure a changé. La part de l’investissement public stricto sensu a baissé très fortement, alors que la part des subventions aux agents privés explose. Une bonne partie de la dépense publique ne fait que passer par les caisses publiques, et est reversée immédiatement dans la poche des acteurs privés, sous la forme d’aides aux entreprises, d’allocations de toutes sortes aux personnes, de crédits d’impôt, de subventions à tel ou tel secteur. Du point de vue économique, il faudrait défalquer ces sommes du budget de l’Etat lorsqu’on parle du poids de la dépense publique. Pour illustrer ce propos, imaginons que l’Etat créait demain une taxe par laquelle il prélèverait la totalité de votre revenu, puis vous verserait exactement le même montant sous forme d’une allocation. Ce serait totalement neutre du point de vue économique… et pourtant cela augmenterait considérablement la dépense publique !

Le but occulte ou avoué de toutes les « réformes » qu’on nous propose aujourd’hui est la réduction de la dépense publique « vraie », celle qui sert à financer des véritables services publics. C’est d’ailleurs le but général de toute réforme depuis trente ans, qu’elle touche la justice, l’éducation, la diplomatie ou les parcs zoologiques. C’est le point commun de tous ces rapports que les gouvernements commandent pour justifier leurs décisions, de toutes ces doctes commissions qui prétendent « libérer la croissance » : l’immense majorité aboutit à des recommandations qui – quelle coïncidence – tendent à réduire les coûts, quitte à supprimer des services. Il est incontestable qu’il y a des services publics ou des gains de productivité sont souhaitables, des activités de l’Etat dont l’utilité n’est pas évidente. Mais à l’inverse, on peut raisonnablement penser qu’il existe des domaines qui nécessitent des investissements publics massifs, avec la création d’emplois statutaires… et pourtant pratiquement aucun rapport n’arrive à une telle conclusion. Comment expliquer une telle coïncidence ?

La réponse à cette question figure noir sur blanc dans le rapport sur l’avenir de la SNCF que Jean-Cyril Spinetta vient de remettre au gouvernement : « Les impôts introduisent des distorsions sur les marchés, par leur impact sur le comportement des acteurs, et notamment par leur effet d’éviction (un euro d’argent public investi dans un projet donné aurait pu être investi par le secteur privé dans un autre projet, généralement plus rentable) » (page 35, note 30). Aucune démonstration de cette idée selon laquelle les investissements privés seraient « généralement plus rentables » que l’investissement public n’est proposé, ce qui est fort regrettable (2). Elle obligerait d’ailleurs à se poser la question de ce qu’est précisément la « rentabilité » d’un projet, et de constater que la rentabilité d’un projet public se regarde du point de vue de ses usagers, alors que celle de l’investissement privé se regarde du point de vue des investisseurs, que la « rente » du projet public est distribuée entre tous, alors que la « rente » du projet privé est conservée par l’investisseur. Mais l’essentiel n’est pas là : que l’affirmation de Spinetta soit vraie ou fausse, elle guide son rapport. Et dès lors qu’on part de l’hypothèse que « l’euro d’argent public investi dans un projet » aurait été utilisé de manière plus efficace par le secteur privé, la conclusion est courue d’avance : il faut réduire le nombre d’euros d’argent public investis dans des projets, et transférer cet argent au privé qui saura en faire le meilleur usage, le plus « rentable ».

C’est là le cœur des politiques poursuivies depuis plus de trente ans : le transfert du revenu du secteur public vers le secteur privé – ce qui en bon français veut dire transfert vers le « bloc dominant », c’est-à-dire, la bourgeoisie et les « classes moyennes ». Dans une société à la croissance faible, le « bloc dominant » n’a d’autre ressource interne pour améliorer son niveau de vie que de prendre chez les autres. Et un moyen d’obtenir ce résultat est de récupérer de l’argent sur les mécanismes de péréquation et de redistribution qui passent par la dépense publique. Mais pour des raisons sociales il est très difficile de comprimer la dépense salariale publique. C’est donc l’investissement qui trinque. Regardez nos opérateurs publics : le transfert de revenu au secteur privé – que ce soit par la baisse des subventions ou par la fixation des tarifs à des niveaux qui ne couvrent pas les coûts réels –  pèse donc avant tout sur l’investissement et sur la maintenance des infrastructures. Ce qui revient à consommer lentement le capital accumulé par les générations précédentes. Et c’est exactement ce que constate le rapport Spinetta au sujet de la SNCF, mais on trouve le même problème à EDF, ou dans des institutions de recherche comme le CEA ou l’on ne construit plus rien de nouveau et on se contente de fermer une à une les installations anciennes au fur et à mesure qu’elles arrivent en fin de vie.

Ce n’est pas par hasard si nos champions publics sont lourdement endettés. Cela résulte d’une décision publique, celle de continuer à offrir les services sans exiger des citoyens – de certains citoyens, car on sait bien que certains sont plus égaux que d’autres – qu’ils payent leur véritable valeur. Nous arrivons aujourd’hui logiquement au bout de ce chemin. Une fois le capital consommé, il va falloir s’attaquer aux salariés. A quoi bon conserver autant de cheminots, puisqu’on devra fermer les lignes qu’on a laissé se dégrader et qu’il est maintenant trop coûteux de remettre en état ? A quoi bon conserver autant de chercheurs au CEA puisqu’il n’y a plus de réacteurs sur lesquels faire des recherches ? A quoi bon conserver autant de fonctionnaires puisque les services de proximité de l’administration ferment les uns après les autres ? C’est pourquoi les statuts, que ce soit celui du fonctionnaire, celui du cheminot, celui des IEG sont à la fête. Les supprimer – ou plutôt les mettre en extinction, c’est socialement moins couteux – c’est tirer la conséquence logique d’une politique poursuivie depuis trente ans sans discontinuer par tous les gouvernements, de gauche comme de droite, avec – et on ne peut leur reprocher, c’est leur rôle – la complicité des syndicats corporatistes, plus préoccupés par la sauvegarde de l’emploi au présent que par l’avenir.

Cela fera bientôt quarante ans que je suis arrivé en France. Et lorsque je regarde en arrière, je me dis qu’il reste bien peu de chose de toutes ces institutions qui avaient émerveillé l’adolescent que j’étais à l’époque. On a du mal à imaginer qu’au début des années 1980 les banques et les assurances étaient nationalisées, et que leurs profits considérables – qui vont aujourd’hui aux investisseurs privés –  abondaient le budget de l’Etat. Que les télécommunications, l’électricité, le gaz étaient gérés par des monopoles publics dans une logique d’aménagement du territoire, et qui étaient rentables, malgré les « statuts ». Que chaque citoyen pouvait compter avec une trésorerie, une poste, une sous-préfecture, un tribunal d’instance près de chez lui. Que le système scolaire assurait une véritable transmission des connaissances, et que le professeur pouvait faire cours sans craindre les coups de ses élèves – ou de leurs parents. Que nous fabriquions chez nous de l’acier et des ordinateurs, des machines-outils et des textiles, des centrales nucléaires et des microprocesseurs, des centraux téléphoniques et des TGV, des avions et des fusées. Que nous n’avions pas besoin de compter sur des fournisseurs étrangers pour équiper nos armées, nos chemins de fer, nos centraux téléphoniques. Incroyable, n’est-ce pas ? C’était ça, la société du « Toujours plus ! ».

La société du « Toujours moins ! », c’est celle ou tous, citoyens comme dirigeants politiques, s’habituent à l’idée que demain on aura moins de projets, moins de services, moins de choix. Qu’il faudra travailler plus pour gagner moins et rendre un service moins bon. On n’a pas toujours conscience des dégâts que cette lente attrition qui dure maintenant depuis une trentaine d’années a fait dans nos services publics.  Nous avons maintenant à la tête de nos institutions une génération de décideurs qui a passé plus de temps à réfléchir aux moyens de faire face aux coupes sombres dans leurs moyens qu’à penser à des projets pour offrir des services plus efficaces et plus étendus. Les « rabots » successifs ont transformé les hauts fonctionnaires en pompiers pyromanes, qui passent l’essentiel de leur temps à courir pour éteindre les feux qu’ils sont obligés d’allumer eux-mêmes. Chez les décideurs, on ne se demande plus « de quoi on a vraiment besoin » mais « où est-ce que je peux couper personnel et moyens sans que l’édifice s’effondre ». La logique du réduction aléatoire produit dans les services une mentalité de gestion permanente de la pénurie, une vision de décadence qui ne se prête pas à la naissance de projets nouveaux ou même de réformes intelligentes. Chacun à son niveau est tétanisé par la peur de perdre le peu qu’il a, et par la conviction que ses moyens seront rabotés quel que soit l’utilité de son travail.

Et dans la société du « Toujours moins ! », c’est la jeunesse qui en est la première victime. Pour ma génération, qui est plus proche de la harpe que de la guitare, les jeux sont faits. Dans vingt ou trente ans, nous serons en train de manger les pissenlits par la racine, et on arrivera bien à faire durer les choses à peu près comme nous les avons connues jusque-là. Mais quelle perspective s’offre-t-elle à nos jeunes ? Le « Toujours moins ! » n’aboutit pas seulement au découragement et à la résignation. Il exacerbe la lutte entre les individus dont le seul moyen d’améliorer l’existence est de piquer dans l’assiette du voisin, lutte où seules les stratégies individuelles comptent. Il y a trente ans, dans l’amphi de rentrée d’une grande école d’ingénieurs parisienne on expliquait aux étudiants que le but était « de former les ingénieurs dont le pays a besoin », des ingénieurs pour construire les ponts, les viaducs, les centrales nucléaires dont tout le monde profiterait. Aujourd’hui, on leur explique que le sort le plus beau, le plus digne d’envie est de fonder une start-up pour diffuser une application sur portable qui vous permet de commander vos sushis par internet, avec l’espoir de la vendre très cher à Google dans cinq ans. Les « besoins du pays », on s’en fout.

La société du « Toujours plus ! » était une société conquérante qui construisait son avenir, celle du « Toujours moins ! » est une société de repli qui se résigne à « s’adapter » au sien. Le « Toujours plus ! » était le propre d’une société en expansion ou les gens exigeaient de partager les fruits de la croissance, le « Toujours moins ! » est la marque d’une société où il faut partager les dettes. Le « Toujours plus ! » c’est le défi, le « Toujours moins ! » c’est la résignation. Et moi, je ne veux pas me résigner.

 

Descartes

 

(1) Source DGAFP : https://www.fonction-publique.gouv.fr/files/files/statistiques/chiffres_cles/pdf/Chiffres-Cles_Web2017.pdf

(2) D’autant plus que des contre-exemples sont faciles à trouver. Prenons par exemple le récent exploit d’Elon Musk, dépensant des centaines de millions d’euros dans la satellisation publicitaire d’une voiture. On aimerait connaître la « rentabilité » d’un tel investissement, qui aurait certainement été fort critiqué s’il avait été fait avec des deniers publics. En fait, le mythe de la rentabilité des investissements privés ne repose sur aucune réalité. Si beaucoup d’investisseurs privés gagnent beaucoup d’argent avec leurs investissements, bien d’autres font faillite. Pensez à la crise de 1929 ou plus près de chez nous, celle de 2008. Ceux qui pensent aux échecs commerciaux de Concorde ou du Plan calcul devraient se souvenir que beaucoup d’acteurs privés ont investi des sommes colossales dans Lehman Brothers, dans la bulle Internet ou dans les emprunts russes. Lesquels de ces investissements se sont révélés à terme plus « rentables » ?  Plus généralement, l’idée que « rendre de l’argent au privé » stimule des investissements « plus rentables » que ceux du secteur public butte sur le fait que les acteurs privés peuvent préférer la consommation à l’investissement. Alors que le législateur a le pouvoir sur l’utilisation de l’argent public et peut veiller à ce que celui-ci soit consacré à l’investissement, il n’a aucun contrôle sur l’utilisation que les agents privés font de leur argent.

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Une société sans vision. Par Chris Hedges

18 Février 2018 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #La mondialisation, #La finance dérégulée, #Le capitalisme;, #Le grand banditisme, #Les transnationales, #Economie, #le nazisme, #l'horreur économique

Source : Truthdig, Chris Hedges, 31-12-2017

Mr. Fish / Truthdig

Imaginez que vous êtes au début de 2019. Les Démocrates, bien qu’ils n’aient jamais élaboré d’autre programme politique que ne pas être Donald Trump et refuser de revenir sur les lois des Républicains comme la loi fiscale de 2017, ont repris la Chambre des représentants par une faible majorité. Ils votent des chefs d’accusation devant mener à une destitution. Les Républicains du Sénat, fortement incités par de nombreux membres de leur parti même, à abandonner Trump, à cause de son inaptitude, de sa conduite de plus en plus imprévisible et de sa corruption, demandent au Président de démissionner. Trump refuse. Il utilise le mégaphone que constitue sa fonction pour pousser à la violence sa petite base de fanatiques. On ordonne à l’armée, qui y est autorisée par l’article 1021 de la loi de National Defense Authorization, de se déployer comme une force de police dans les rues du pays pour mettre fin à l’agitation. Les États-Unis, une fois la violence étouffée, sont devenus de facto une dictature militaire.

Que des personnalités en vue comme Ralph Nader considèrent ce scénario comme plausible montre bien à quel point de déliquescence en sont arrivées les institutions démocratiques. Les deux grands partis politiques sont dépourvus d’une conception cohérente de leur rôle. Ils sont soumis au pouvoir du monde des affaires. Ils ont abandonné l’idée de l’intérêt général. Ils ont fait de la politique une farce. Ils ont dépouillé les citoyens de leur pouvoir. La presse, notamment la presse en ligne, a transformé l’actualité en une émission de télé-réalité grotesque qui regorge de futilités, de commérages et de conjectures. Les élites des deux partis profitent, avec les nantis et le monde des affaires, de leur cleptocratie sans fard. Tout est à vendre, depuis les terres domaniales jusqu’à l’instruction publique. Et la force du pouvoir destructeur des sociétés appauvrit le peuple tout en détruisant délibérément la façade d’un État démocratique bien creux.

« Il n’y a pas de démocratie », me déclare Nader au téléphone depuis le Connecticut. « Tout ce qui reste de la démocratie dans ce pays, c’est qu’on ne vous jette pas en prison quand vous dites ce que vous pensez. Ce qui reste de la démocratie, ce sont les droits de la défense, l’habeas corpus, la liberté de parole et la cause raisonnable. Et tout ça est bafoué quand il y a une attaque terroriste et qu’on fait des rafles chez les musulmans américains, par exemple. »

« Peut-on parler de démocratie quand il n’y a pas de profondes différences entre les candidats lors des élections ? » demande-t-il. « Non. Peut-on parler de démocratie quand quelqu’un qui arrive second gagne les élections ? Non. Peut-on parler de démocratie quand il est plus difficile d’être candidat que dans n’importe quel autre pays du monde ? Non. Peut-on parler de démocratie quand c’est l’argent qui dirige tout ? Et je parle non seulement de l’argent que collectent les hommes politiques, mais aussi de l’argent de tiers. Non. Peut-on parler de démocratie quand le peuple n’a aucune influence sur le budget de l’armée ? Non. Cette question ne fait pas l’objet de débats publics. On ratifie ce budget en séance plénière de la Chambre et du Sénat, mais pas dans le cadre du processus des crédits parlementaires. Les questions posées sont les plus indigentes, les plus pitoyables et les plus serviles qu’on puisse imaginer. Le Congrès a anéanti toute sorte de participation démocratique en ce qui concerne l’armée et la politique extérieure. Le Congrès est censé être investi de la souveraineté du peuple. Ils [les membres du Congrès] ne respectent pas la Constitution, et les pouvoirs de décision pour les déclarations de guerre. Ils ne respectent pas le processus d’affectation des crédits parlementaires. Ils font de moins en moins d’auditions publiques. Ils sont à l’abri dans leur cocon du Capitol Hill, soumis à la force d’attraction de l’argent, du militarisme et du matérialisme. Leurs intérêts personnels bloquent le peuple américain qui a beaucoup de mal à joindre son représentant du Congrès, [les appels étant dirigés vers une messagerie vocale]. C’est la toute dernière escroquerie. »

« Trump est en train de jouer à qui perd gagne avec les Démocrates », continue Nader. « C’est une cible tellement tentante : tous ces mensonges, cette stupidité, ces insultes, ce racisme, cette misogynie. Ils n’arrivent pas à résister et ainsi, ils s’affaiblissent eux-mêmes par leur manque de programme constructif. Ils parlent toujours de la façon dont ils peuvent arriver à entrer en relation avec le citoyen moyen. Vous vous rendez compte ? On est maintenant à la fin de 2017. Ils en sont encore à chercher un message. »

La cheffe de la minorité démocrate à la Chambre, Nancy Pelosi, remarque Nader, a adopté pour le parti le mantra « l’argent, le message, la mobilisation ». « Si on commence avec l’argent, quel genre de message va-t-on délivrer ? » demande-t-il, « Si on n’a pas de message, autour de quoi va-t-on mobiliser ? Alors voilà. Ils n’ont pas encore compris parce qu’ils ne comprendront jamais. Le parti sera toujours faible, mou, asservi et on cherchera toujours à collecter les mêmes dollars commerciaux tant que ceux qui ont déjà perdu quatre fois continueront à diriger le parti… Le pays se dirige tout droit vers l’abîme. »

Les Démocrates n’ont jamais réclamé un audit de l’énorme, de l’excessif budget militaire du Pentagone. Ils ne s’attaquent pas à la délinquance du monde des affaires, ils ne prônent pas la protection des consommateurs, ils ne donnent pas une impulsion aux droits des travailleurs et ils n’exigent pas non plus un salaire minimal décent ou la sécurité sociale pour tous. Et parce qu’ils ne représentent que les égards offerts par la politique de l’identité et une rhétorique libérale alambiquée, ils ont été incapables de protéger le pays de la pire génération du parti républicain de l’histoire du pays.

« Ils ne savent même pas comment on se fait entendre quand on parle de politique », déclare Nader, « Ils vous volent, mes chers compatriotes. Quelques patrons cupides contrôlent votre gouvernement au niveau national et au niveau local et ils anéantissent des zones entières en envoyant des industries à l’étranger dans des pays fascistes ou communistes. Ils n’ont aucune loyauté envers notre pays. Leurs seuls liens avec les communautés, c’est de les exploiter, de les abandonner. Ils sont arrivés au pouvoir sur votre dos, vous les travailleurs. Ils sont financés par Washington et les capitales des États, par vous les contribuables. Les Marines les ont sauvés quand ça chauffait pour eux qui copinaient avec les dictateurs et les monarques Pourquoi donc les laissez-vous vous diriger ? »

Selon Nader, les élites dirigeantes n’ont « plus peur du peuple », ce qui a conduit à « un gouvernement dictatorial aux multiples facettes, asservi à la classe ploutocratique symbolisée par Wall Street. »

Les sociétés profitent d’un nouveau code fiscal qui réduit les impôts des sociétés de 21 pour cent alors que les particuliers paient jusqu’ à 37 pour cent. On leur a ainsi conféré les droits constitutionnels des personnes alors que les personnes ont été dépouillées de leurs droits.

D’après Nader, « la Constitution est de plus en plus lettre morte. »

Les propriétaires des médias voient le département des actualités comme une source permanente de recettes. Ils sont les complices de Trump dans le Gong show (concours de talents) quotidien qu’on fait passer pour des actualités.

« Trump a conduit la presse de la vulgarité à l’obscénité » dit Nader. « Il a tiré quelques leçons de « The Apprentice ». Il s’est rendu compte que les médias, à quelques exceptions près, étaient prêts à faire n’importe quoi pour leur taux d’audience et leur argent. Que fait-il ? Il va toujours plus bas. Il commence par évoquer sans retenue le racisme, les violeurs et la sexualité, attrapez-les où vous voulez sans avoir de problèmes. Ils (les médias) se déchaînent. Ça a anéanti tous ses adversaires lors de la primaire républicaine, il les a mis KO jour après jour alors que la presse ne s’intéressait qu’au côté sexuel. La grossièreté, la brutalité. il y a toujours une nouvelle attaque. Il n’a pas cessé de les faire courir après lui. Un jour il attaque Marco Rubio, un autre il s’en prend à Hillary, un autre jour, à la famille d’un vétéran. »

« Quand sont étalés dans le New York Times sur deux pages, en petits caractères, les mensonges de Trump, quel impact cela a-t-il à moins qu’il n’y ait des remèdes et des mobilisations qui utilisent ces mensonges pour renforcer l’opposition qui cherche à le remplacer ? » demande Nader. « Après un moment, les gens se contentent de hausser les épaules et retournent jouer à leurs jeux vidéo. On peut attribuer la défaite des Démocrates par les Républicains à Rush Limbaugh, Sean Hannity, Michael Savage et toutes ces canailles. Ils soliloquent longuement, jour après jour, sans être contestés et c’est comme ça qu’ils ont eu les ouvriers. Quelle sorte de gens du centre gauche aurait laissé cela arriver ? En utilisant gratuitement nos ondes publiques, en plus. »

Nader craint que le peuple n’ait été si efficacement anesthésié par la culture de masse qu’il n’est pas impossible qu’il ne se révolte pas contre les élites. « Les États-Unis ont fabriqué une société dotée d’une capacité d’acceptation presque infinie de l’injustice, des abus et de la déchéance » dit Nader. « Il n’y a pas d’éducation civique dans les écoles. Ils ne savent pas ce qu’est la Constitution. Ils ne savent pas ce qu’est la responsabilité civile délictuelle. Ils ne savent pas où se trouve la mairie. Ils vivent maintenant dans une réalité virtuelle, tanguant entre leur télé grand écran et leur portable. Ils se vautrent dans les SMS. Dans une certaine mesure, ils sont passionnés par les rouages de Wall Street et de la Silicon Valley. C’est ça la jeune génération. Or ce sont les gens de 20 ans qui sont à l’origine des grands changements. Mais regardez ce que vous avez maintenant. Vous avez 10 ans de connexion internet, de portables à la disposition de tous les enfants. Premier élément. Le second, ce sont les émissions de divertissement 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Le troisième, c’est la démission de la génération des personnes âgées. Elles ont abandonné, en quelque sorte. Elles ne connaissent pas les nouveaux gadgets. Elles ne connaissent pas le langage. Elles vivent dans l’insécurité économique. Elles ne transmettent aux jeunes aucune sorte d’expérience historique, avec son cortège d’avertissements à prendre au sérieux. Attention ! On ne pense pas que ça puisse arriver de nouveau, [mais] cela peut arriver encore et encore. Il n’y a pas de transmission verbale, orale, entre les générations. De moins en moins. Alors on a ce système politique qui fait sombrer la société. Où sont les gens qui pourraient se mobiliser ? Y a-t-il un syndicat fort, un mouvement de travailleurs ? Non. Un mouvement de consommateurs fort ? Non. Les gens sont en train de perdre leur droit au respect de la vie privée, ils sont en train de perdre leur possibilité d’utiliser une monnaie ayant cours légal. Le monde des affaires fait pression pour qu’on se débarrasse de l’argent liquide. Marx n’aurait jamais cru cela possible. Pourquoi veulent-ils se débarrasser de l’argent liquide ? Ils veulent incarcérer tout le monde dans un camp pénitentiaire encerclé par des paiements par mobile, par des cartes de crédit, par des cotes de solvabilité, par des dettes sans fin, par l’invasion de leur vie privée, par la possibilité d’évaluer les sanctions pécuniaires, les frais et les achats inutiles parce qu’ils contrôleront l’argent des gens. C’est la banque Wells Fargo. Wells Fargo s’en est tirée malgré trois millions de ventes forcées, sans l’autorisation des clients et à l’insu de ceux-ci, de cartes de crédit, de ventes d’assurance automobile, et en arrangeant leur cote de solvabilité. Certains ont perdu leur voiture et leur maison. Ils ont basculé dans la faillite. Personne n’a encore été poursuivi. »

L’effondrement de la profession juridique aggrave encore la déliquescence et ce problème est exacerbé par les juges incompétents d’extrême droite dont Trump remplit les tribunaux fédéraux et qui ont été choisis par des organisations comme la Federalist Society. Selon Nader, les tribunaux ont anéanti la liberté contractuelle et la loi de responsabilité civile délictuelle. Ils ont, à maintes reprises, annulé des droits constitutionnels, de façon arbitraire, en décidant, par exemple, que des donations sans limite à une campagne par des sociétés est une forme de liberté d’expression et de droit de pétition contre le gouvernement.

Wall Street et les grandes banques, renfloués en 2008, ont recommencé à se livrer aux jeux spéculatifs qui ont conduit à l’effondrement financier mondial. Et quand la prochaine catastrophe arrivera, les banques et Wall Street obtiendront des milliards de renflouement par le Trésor des États-Unis.

« Les banques font, en ce moment, d’énormes bénéfices », dit Nader. « Donc elles prennent de plus grands risques. Les dollars du consommateur se changent en bénéfices des sociétés qui sont maintenant transformés en rachat d’actions afin de correspondre aux critères exigés pour une indemnisation plus élevée même si c’est contre les intérêts de leur propre société. »

« De 2005 à 2014, on avait 3,9 billions de dollars de rachats d’actions, 50 % de tous les bénéfices nets des sociétés », dit-il. « 50% des 500 sociétés les plus importantes ont fait des bénéfices ces dix dernières années avec les rachats de leurs actions. Non pour augmenter les salaires ni pour consolider les plans de retraite, ni pour les dividendes, ni pour la recherche, ni pour le capital productif ni pour la création d’emplois.L’histoire jamais dévoilée ou si peu de l’économie américaine d’aujourd’hui. Avec tout cet argent qui revient de l’étranger et des sociétés, ils projettent de racheter encore davantage d’actions. C’est comme si on brûlait de l’argent. »

« Ainsi Walmart, au lieu d’augmenter les salaires de la masse de ses salariés sous-payés a-t-il racheté des actions pour 65 milliards de dollars, ces sept dernières années », dit Nader. « Si on prend un million des travailleurs de Walmart et qu’on leur donne mille dollars de plus chaque année, ça fait un milliard. Multipliez ça par 60 ou 70. »

Cette spéculation, qui est en train de ruiner l’économie du pays, va continuer, selon Nader, jusqu’à ce que le système financier s’effondre et que les États-Unis fassent défaut sur leurs obligations.

Ce qui le préoccupe, c’est que tant que « 10 à 15 % des Américains feront partie des gens aisés », les élites trouveront toujours assez de soutien pour continuer leurs attaques.

« Dans des sociétés, la majorité a été bridée par une minorité de membres des classes supérieures bien établies », dit-il. « Ce que nous oublions, c’est l’Europe du 18ème, du 19ème et du 20ème siècle. Une clique minuscule contrôlait tout. Quand il y a un problème, le pays bascule dans la dictature. Aussi longtemps que les classes aisées ne sont pas touchées, le système de contrôle est verrouillé, comme des engrenages de liaison. »

« La corruption n’a pas de fin », dit-il. « Nous sommes une société de joueurs. Nous ne bâtissons pas l’avenir. Il y a des casinos partout, des jeux de hasard vidéo. On vous incite à jouer à des jeux de hasard sur votre portable. On milite pour que les paris sportifs soient légalisés. Puis il y a aussi le cannabis. Tous les jours, il y a des articles à propos de la légalisation du cannabis. Que va-t-il se passer ? C’est déjà un fameux business. Le bazar. On n’évoque pas du tout dans ces articles la légalisation du chanvre industriel et c’est pourtant une industrie qui pourrait se révéler d’une grande importance pour le pays. Tous les agriculteurs en ont envie de cette légalisation, comme les papeteries industrielles, d’ailleurs. Et le chanvre industriel est toujours sur la liste des substances prohibées du Bureau des stupéfiants, le DEA. Ce sont le sénateur Rand Paul et le leader de la majorité républicaine au Sénat Mitch McConnell qui sont en faveur de la légalisation du chanvre, ce ne sont pas les Démocrates du Congrès. »

D’après Nader, la résistance doit être locale. Nous devons d’abord nous organiser pour faire revenir à nous les communautés qui nous soutenaient, dit-il. Ce sont des organisations de la base qui doivent présenter des candidats au Congrès et elles doivent utiliser le pouvoir du nombre pour venir à bout des médias mainstream et de l’argent des sociétés. On peut, bien sûr, s’attendre à ce que l’État soumis au monde des affaires essaie d’étouffer notre message.

« Le salaire de subsistance décent, les impôts, le système de santé pour tous, toutes ces mesures ont le soutien d’au minimum 70 % des citoyens », dit Nader en dressant le catalogue des questions des campagnes électorales. « 90% des citoyens sont en faveur du démantèlement des grandes banques. Même pourcentage pour la répression de la délinquance du monde des affaires. Les gens ont besoin de voir concrètement la nature de la délinquance du monde des affaires. C’est ce qui arrive à votre crédit. C’est ce qui arrive à votre maison. C’est ce qui arrive à votre emploi. C’est ce qui vous arrive quand vous avez un cancer. C’est ce qui se passe à l’hôpital. C’est ce qui se passe quand on vous refuse une assurance santé et que vous ne pouvez pas couvrir vos enfants. C’est assez dingue de ne pas pouvoir tenir ce genre de discours à une nombreuse assistance. »

Nader nous met en garde, la cupidité de l’État soumis au monde des affaires ne nous prépare pas aux ravages du changement climatique. Et le temps que les élites réagissent, il sera sans doute trop tard.

« C’est une course », dit Nader. « Quand Miami aura été inondé, surtout Fisher Island, peut-être que les super riches vont retrouver leur bon sens. Le problème avec l’énergie solaire, c’est qu’on a besoin d’un réseau. Les panneaux solaires, c’est parfait, mais si on veut avoir de l’électricité solaire, on a besoin d’un réseau d’un type différent, ce qui exige des investissements d’infrastructure. »

« La justice a besoin d’argent », conclut-il en demandant aux élites éclairées de donner un milliard de dollars pour financer des mouvements de résistance sans lien avec le Parti démocrate. « Le mouvement d’abolition de l’esclavage a eu besoin d’argent. Le mouvement des suffragettes a eu besoin d’argent. Cet argent est venu des gens riches. Pour le mouvement des droits civiques, la famille Curry, la famille Stern. Au début des années 50 et 60. Les mouvements écologistes ont reçu l’argent des riches. N’attendez pas le Parti démocrate. Le Parti démocrate est un instrument. Dans un premier temps, vous devez l’utiliser et le contrôler. Dans un troisième temps, quand vous êtes mobilisé, vous pouvez le laisser de côté. C’est un dispositif creux qui appartient à un duopole. Mais il est là. Ces partis sont très vulnérables. Ce sont des coquilles qui reposent sur l’argent et des publicités télévisées qui n’intéressent à personne. Une radio irréfutablement de droite. On peut triompher de tout ceci quartier par quartier, mais il faut de l’argent. Les bourses du travail sont inoccupées. Les salles pour les vétérans sont inoccupées. les bibliothèques sont inoccupées. Il y a beaucoup d’endroits où se rassembler. En outre, on peut aussi louer de nombreux magasins vides. »

Source : Truthdig, Chris Hedges, 31-12-2017

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

 

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Du temps où nous mangions tous "bio"....par Jean LEVY

18 Février 2018 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Europe supranationale, #La France, #La finance dérégulée, #Le capitalisme;, #Terrorisme, #Les transnationales, #Economie, #le nazisme, #La lutte des classes, #l'horreur économique, #La santé, #Services publics

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Il est loin le temps où nous mangions tous bio...sans se poser de questions, tel le bourgeois gentilhomme faisait de la prose sans le savoir. Nous pensions naïvement que la laitue, les radis, les haricots verts, les fraises, les tomates ne pouvaient pousser qu'en plein air dans une terre fertile. La science et la technique ne nous avaient pas encore appris que leur récolte serait plus abondante -  et en toute saison - sous serre et grâce uniquement à l'eau judicieusement amenée par forces canaux et surtout à l'aide de produits toxiques qui permettent en toutes saisons d'obtenir des hologrammes de fruits rouges sans saveur,  mais ô combien rémunérateurs, produits en Espagne ou au bout du monde.

La cueillette des tomates sous la serre au petit matin. / Photo DDM

Dans cette préhistoire alimentaire,nous en étions encore à l'archaïque idée que la culture maraîchère visait à pourvoir la population d'une alimentation abondante et naturellement saine. Et que la production de blé servait à faire de la farine, alimentant nos boulangeries qui nous offraient des miches et des baguettes légères et dorées qui complétaient nos repas.

Le souci des gros agrariens ne se focalisait pas encore sur l'indice boursier et la cotation quotidienne des céréales à Toronto ou à Melbourne. L'exportation  n'était pas l'unique horizon des producteurs de blé de Beauce et de Brie.

Les penseurs de l'économie mondialisée et de la libre concurrence des marchandises parlaient encore dans le désert.

Oui, nous en étions  là dans les années 70.

Nous ne pensions pas alors un seul instant que des décennies plus tard, les produits "bio"  seraient réservés à une minorité de la population, en mesure de se les procurer. Et encore, sans certitude qu'il n'y avait pas tromperie sur la marchandise... 

C'était l'époque où journaux et bouquins, mots croisés et lainages tricotés meublaient les instants d'un voyage matinal dans le métro en direction du boulot.

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Les voyageurs n'avaient pas encore appris les bienfaits de l'industrie numérique, celle de la haute technologie, de l'informatique, de la robotique. La Silicone Valley  n'avait pas atteint la renommée  des "verts paradis" vantés par la Bible. Ses produits  estampillés GAFA étaient encore inconnus du grand public. 

Pensez-donc : à cette époque, nul ne pouvait dix fois de suite annoncer à un proche, en l'apprenant à l'ensemble des passagers du bus, que vous rouliez "entre la Bastille et la République" et que vous rapporterez des clémentines le soir à la maison . Chacun , autour de vous,  pouvait connaître la localisation du correspondant en réponse aux nombreux "TE OU"  à haute voix prononcée.

Rendez-vous compte :  les "portables" étaient encore inconnus dans cette civilisation préhistorique.

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C'est incroyable !

Plus incroyable encore,  les trains arrivaient à l'heure et le prix des trajets s'évaluait au km, quel que soit la destination,  le jour ou l'heure du voyage. Les billets étaient achetés aux guichets,  pourvus du personnel nécessaire.

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La SNCF à maillage serré n'avait pas encore rationalisé son fonctionnement et se contentait d'être un service public envié partout dans le monde par sa ponctualité et sa sécurité.

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Ses usagers n'étaient pas alors en proie aux délicieuses incertitudes d'aujourd'hui lorsqu'ils déchiffraient le tableau des trains en retard.

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Telles sont les facettes du monde où nous vivions, il y a encore trente ans, en pleine croyance d'un progrès social éternel.

Il nous avait échappé alors que le Capital ne l'entendait pas ainsi, que ses lois le conduisaient à se concentrer, à se mondialiser, à se financiariser. 

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Déjà, en 1992, les portes de ce monde chaotique et dangereux s'ouvraient toutes grandes avec le traité de Maastricht  qui établissait les bases de l'Union européenne et les règles que le Capital  imposaient aux peuples. Tout, les sciences, les techniques, les industries de pointe  en premier, étaient confisquées par les plus grosses puissances d'argent pour que celles-ci en tirent le maximum de profit au dépend des peuples, de leur niveau de vie, de leur aliénation totale, de la civilisation même.

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Laisserons-nous faire ?

That is the question, comme dirait le Président de la République, dans sa langue de banquier.

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Quand la Chine redéfinit le libre-échange et bouscule l’ordre international. Par Jacques B. Gélinas

7 Février 2018 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #La mondialisation, #La Chine, #La finance dérégulée, #Les transnationales, #Economie

Quand la Chine redéfinit le libre-échange et bouscule l’ordre international
 
2018/01/16 | Par Jacques B. Gélinas

«Nous devons rester attacher au développement du libre-échange et dire non au protectionnisme. […] Que cela vous plaise ou non, l’économie mondiale est un grand océan auquel on ne peut échapper. Toute tentative de stopper les échanges de capitaux, de technologies et de produits est impossible et à rebours de l’histoire

C’est le président de la République populaire de Chine, nouveau porte-étendard de la globalisation et du libre-échange, qui lance cette admonestation aux dirigeants occidentaux. Monsieur Xi Jinping s’adresse aux quelque 3 000 invités du Forum économique mondial réunis à Davos, dans les Alpes suisses, le 17 janvier 2017. Il surprend et comble d’aise la global power elite qui l’ovationne longuement. C’est la première fois qu’un président chinois se pointe à cette amicale annuelle des élites économiques et politiques du monde entier. Et c’est pour y livrer un message littéralement renversant. Le président de la Chine communiste – qui l’eut cru ? – prend le contre-pied du président des États-Unis porte-étendard d’un protectionnisme effrontément décomplexé, qui témoigne du déclin de ce pays comme puissance hégémonique mondiale.

Le propos de cette chronique est de montrer comment la Chine s’apprête à assumer le leadership d’un nouvel ordre économique mondial, fondé sur un nouveau type de libre-échange. Un libre-échange de troisième génération marqué par l’intervention étatique.

Pendant que les deux titans s’affrontent dans un combat singulier pour l’hégémonie économique mondiale et pour la redéfinition du libre-échange, comment réagit le gouvernement canadien ? Il s’en tient à l’orthodoxie néolibérale et donc au bon vieux néolibre-échange institué par le tandem Reagan-Mulroney, dans les années 1980.

 

Justin Trudeau à la conquête de l’Eldorado chinois

C’est fort de ce credo libre-échangiste que Justin Trudeau s’envole vers la Chine, le 3 décembre dernier. Son objectif : imprimer une grande impulsion au développement des relations économiques et commerciales du Canada avec l’Empire du milieu. À Ottawa, on croit que la clé de cette impulsion réside dans un accord bilatéral de néolibre-échange. Le jeune premier ministre se montre fier d’être le premier dirigeant d’un pays du G7 à pouvoir signer un tel accord avec le dragon chinois. Candide, la souris canadienne ne réalise pas qu’il n’est pas plus commode de coucher avec cet énigmatique dragon qu’avec son éléphantesque voisin.

Les fonctionnaires canadiens ont préparé, depuis des mois, un solide dossier, rencontrant à plusieurs reprises les mandarins chinois. Dans ces discussions préparatoires, ils ont mis sur la table un projet classique de néolibre-échange, avec des ajouts dits progressistes, comme l’égalité homme-femme et les droits des travailleurs et des Autochtones. Leurs vis-à-vis chinois ont laissé passer ces corollaires, estimant qu’il s’agissait de broutilles pour la consommation domestique et sachant que les vraies choses allaient se dire et s’éclaircir au sommet.

Justement, les choses se sont éclaircies dès la première rencontre de Trudeau avec son homologue chinois, le premier ministre Li Kequiang. Monsieur Li a dit non sur toute la ligne. Le pauvre Justin en est sorti penaud et bafouillant. Conférence de presse conjointe annulée. Biffée l’annonce du lancement des négociations pour un accord de libre-échange.

Commentant cette humiliante déconfiture, journalistes et politiciens se demandent ce que veulent les dirigeants chinois en matière de commerce.

 

Le grand dessein des dirigeants chinois

À l’analyse, les objectifs du gouvernement chinois s’avèrent limpides : 1) la construction d’une nation moderne, économiquement prospère et politiquement souveraine ; 2) le positionnement de leur pays au cœur des affaires du monde. Un projet centenaire, dont l’heure de sa réalisation a sonné.

Pour réaliser ce grand dessein, la Chine enfourche la globalisation capitaliste, fondée sur la généralisation du libre-échange[1]. Mais elle prend à rebours le néolibre-échange occidental où les États abdiquent une partie importante de leur souveraineté, laissant la «main invisible» du marché fixer les orientations du développement économique et social.

À l’inverse, la main très visible de l’État chinois fixe les grands objectifs du développement et laisse le marché assurer la répartition des ressources sur le plan microéconomique. L’État affirme sa suprématie sur le marché, ce qui met en échec les règles et la logique même du néolibre-échange, lequel commande la primauté du marché sur le politique.

La «voie» chinoise du capitalisme a besoin du bras puissant de l’État. Elle ignore les préceptes disciplinaires du néolibre-échange, que sont la dérèglementation et la privatisation tous azimuts. La moitié de l’économie chinoise demeure publique. Néanmoins, comme dans le capitalisme classique, le monde du travail est aliéné au sens qu’il dépend du salaire congru que lui concède le capital tant public que privé.

           

Le basculement de l’hégémonie mondiale

Trump a devancé Trudeau en Chine. Il y a effectué une virée de deux jours début novembre 2017. Fins connaisseurs des subtilités protocolaires, les dirigeants chinois ont reçu le président des États-Unis en grandes pompes. Égards de toutes sortes, banquets exceptionnels, visite guidée de la Cité interdite par le président Xi en personne. Comme un grand enfant, Trump s’en est trouvé ébloui. Dans ses tweets, il reconnaît la grandeur imparable de la Chine. Comme s’il passait le relais, sans s’en rendre compte.     

À la veille du départ de Trump pour la Chine, le magazine Time, dans son édition du 3 novembre, titre en couverture : China Won (La Chine a gagné). Ce numéro présente un imposant dossier intitulé : How China’s Economy is Poised to Win the Future. (Comment l’économie chinoise est prête à remporter le pari de l’avenir). C’est ce que disent les chiffres.

La Chine est la deuxième économie mondiale en chiffres absolus, et la première en parité de pouvoir d’achat. Sa part du PIB mondial est passée de 2% en 1980 à 18% en 2015. La part des États-Unis est de 15,9%. La Chine est aussi la première nation commerçante du monde, avec 13,15% du total des exportation et 9,78% des importations. Le «Plan made in China 2025» vise à dynamiser le secteur industriel. Pour ce faire, la Chine mise sur l’innovation. Elle arrive au quatrième rang pour la création de brevets.

L’État chinois dispose d’un gigantesque portefeuille en devises étrangères, évalué a près de 4000 milliards de dollars, dont la majeure partie en bons du Trésor états-unien. Il se qualifie ainsi comme le deuxième créancier du monde et s’échange avec le Japon le rang de premier créancier des États-Unis.

On pourrait continuer d’aligner faits et chiffres marquant l’essor spectaculaire de la Chine. Mais il faut aussi énumérer les problèmes engendrés par un système trop axé sur les performances économiques : dégradation de l’environnement, creusement des inégalités sociales et régionales, corruption des élites, autoritarisme, exploitation de la main d’oeuvre venue des campagnes, contestations sociales. Et le reste.

           

Urgence : repolitiser l’espace économique

La morale de cette histoire, c’est que le libre-échange contemporain, états-unien ou chinois, qui fonde les relations économiques internationales sur la libre concurrence et, en fin de compte, sur la guerre économique, s’avère intrinsèquement vicié.

Et pourtant… Il faut noter que le libre-échange made in China, qui laisse une large place à l’intervention étatique, entrouvre une porte à la repolitisation de l’espace économique.  

Les voix diverses qui s’élèvent partout dans le monde, tant en Amérique, qu’en Asie et en Europe, pour dénoncer le libre-échange, visent toutes, sciemment ou inconsciemment, ce même objectif : repolitiser l’espace économique. Ce qui veut dire réorienter l’économie dans une direction réellement écologique et sociale, afin d’assurer la préservation de notre habitat terrestre, restaurer la démocratie en perte de légitimité et réduire les inégalités dans et entre les nations.

jacquesbgelinas.com[1] Voir Philip Golub, «Comment l’État chinois a su exploiter la mondialisation», dans Le Monde diplomatique, décembre 2017.

 
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