Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
Le blog de Lucien PONS

Articles avec #europe supranationale tag

Censure de Jacques Sapir, message n°5: La pétition

12 Octobre 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Histoire, #Europe supranationale, #La France, #Jacques Sapir

Censure de Jacques Sapir, message n°5: La pétition

La suspension de mon carnet Russeurope par Hypotheses.org a légitimement choqué. J’en veux pour preuve le succès de la pétition à laquelle se sont associés des universitaires reconnus. Mais, cette suspension suscite aussi de légitimes questions auxquelles il me faut répondre.

Pourquoi se battre pour le réouverture de Russeurope ?

Russeurope fut ouvert sur le portail Hypotheses.org en septembre 2012, après que j’ai été démarché par des personnes travaillant pour ce portail. Il était d’une grande facilité d’utilisation, et en un sens lié, même si très indirectement et symboliquement, à l’EHESS (mon institution) et à la FMSH. J’ai signalé dès l’ouverture que, outre des articles théoriques, des billets servant à tester des hypothèses de travail, je comptais publier aussi des textes plus politiques et polémiques. Ce fut accepté, mais hélas sans trace écrite. Je pensais avoir affaire à des personnes « décentes » au sens ou Orwell parle de « common decency ». J’avoue que j’ai probablement eu tort, du moins pour certaines.

Les responsables m’ont fait connaître, de diverses manières, la satisfaction qu’ils avaient à voir le nombre de connexion sur mon carnet progresser rapidement, de mois en mois.

Alors, oui, je considère Hypotheses.org comme un bon outil, une remarquable plate-forme. Je pensais pouvoir bénéficier de l’équivalent de ce que l’on appelle les « franchises universitaires » sur ce carnet. Il semble que je me sois, là aussi, trompé. Mais, l’iniquité de la mesure qui me frappe est une raison supplémentaire pour vouloir justement voir mon carnet ré-ouvert. De plus, je suis fondé à penser qu’Hypotheses.org constitue une délégation de service public. Dès lors, mon éviction prend un sens symbolique très fort, pour l’ensemble des chercheurs, qu’ils partagent ou non mes idées et mes positions.

La science et la politique

On le sait, le grief principal qui m’est fait est d’avoir publié des textes qui seraient purement politiques sans aucun aspect de recherche. D’une part, cela part de l’hypothèse, difficile à soutenir, que textes scientifiques et textes politiques pourraient être clairement séparés. En réalité, c’est une impossibilité dans les sciences sociales. Ensuite, je peux montrer que TOUS mes textes que l’on veut faire passer pour des tribunes partisanes sont tous complètement insérés dans mes travaux de recherche. Enfin, prétendre qu’il y aurait eu un « changement de ligne » est un mensonge complet.

Dès septembre 2012, j’ai publié des textes que l’on rangerait aujourd’hui dans la catégorie de polémiques, même si pour moi ce sont de simples textes politiques. Ainsi, sur les 14 notes publiées en septembre 2012, pas moins de 4 entraient dans cette catégorie. En octobre 2012, mois dans lequel j’ai publié 13 notes, ce sont cette fois 6 notes que l’on peut considérer comme « politiques ». On voit que les responsables d’Open Edition et d’Hypotheses.org ne peuvent nullement plaider un « changement de ligne » survenu depuis ces derniers mois dans le carnet. S’ils étaient gênés, ils auraient dû protester dès novembre 2012. Par ailleurs rien que cette expression est déjà étrange. Car, cette expression s’applique à un parti, ou au moins à une organisation, qui est susceptible de « changer de ligne ». Serais-je donc devenu un parti politique à moi tout seul ?

On voit où l’argument se ridiculise lui-même, comme un grand, et sans qu’il soit besoin d’y revenir.

Qu’en est-il de la liberté des universitaires ?

Le portail Hypotheses.org a été développé par le Centre pour une édition électronique ouverte (Cléo), un centre qui est lui-même placé sous la quadruple tutelle du CNRS, de l’Université d’Aix Marseille, de l’Université d’Avignon et de l’EHESS. Nous sommes donc bien au cœur de l’Université.

Or, il faut savoir que les libertés des universitaires ont été bien précisées par différentes lois. On peut ainsi citer l‘article L 952-2 du code de l’éducation, issu lui-même de l’article 57 de la loi Savary du 26 janvier 1984, et qui dit très précisément : “les enseignants-chercheurs, les enseignants et les chercheurs jouissent d’une pleine indépendance et d’une entière liberté d’expression dans l’exercice de leurs fonctions d’enseignement et de leurs activités de recherche, sous les réserves que leur imposent, conformément aux traditions universitaires et aux dispositions du présent code, les principes de tolérance et d’objectivité[1]. Les chercheurs sont ainsi traités de la même manière que les enseignants chercheurs, professeurs et maîtres de conférence. Un Directeur d’études à l’EHESS est, de plus, assimilé à un professeur des universités. Leur liberté est donc entière, dans le respect de la loi qui réprime la diffamation, dans l’enseignement, dans l’activité de recherche et dans les médias qui permettent de la faire connaître. Ces principes ont été rappelés par diverses juridictions, allant de la Cour Européenne des Droit de l’Homme (CEDH) au Conseil Constitutionnel. On peut ainsi citer l’arrêt du CEDH du 27 mai 2014 n°346/04 et 39779/04) mais la jurisprudence du Conseil Constitutionnel français (CC n° 83-165 DC du 20 janvier 1984 et n° 94-355 du 10 janvier1995) ou encore l’article L.111-1/al. 4 du Code de la propriété intellectuelle qui fait dérogation, pour les universitaires, au statut général de la fonction publique. Par ailleurs, on peut encore citer l’article L.411-3 du code de la recherche qui protège l’autonomie de la démarche scientifique ainsi que les articles L.123-9, L.141-6, L.952-2 du code de l’éducation qui rappellent une norme d’indépendance et de liberté d’expression des enseignants, chercheurs et enseignants-chercheurs[2].

Il est aujourd’hui clair que ces principes n’ont pas été respectés par Hypotheses.org et par OpenEdition

Une plateforme indépendante est-elle liée par les règles de l’Etat ?

Il semble que les responsables d’Hypotheses.org et d’OpenEdition ont tellement conscience d’avoir ici franchi une ligne rouge qu’ils argumentent aujourd’hui, sur divers blogs, de la manière suivante : Hypothèses.org n’est pas une instance universitaire, mais une institution originale, indépendante, de droit privé. Elle peut parfaitement se doter d’un règlement intérieur particulier et si l’un de ses membres y contrevient prendre des mesures contre lui. Notons ici que j’étais loin d’être le seul à publier des article dits « politiques » sur Hypotheses.org. On trouvera ici une liste non exhaustive[3]. Dès lors se pose une autre question, celle de l’inégalité de traitement. Or, cette question relève, elle, du droit commun et non de la sphère du droit public. Rien que pour cela, les responsables d’Hypotheses.org et d’OpenEdition ont commis une faute grave.

Mais, revenons à l’argument qui prétend qu’Hypothèses est une plate-forme privée, donc qu’elle ne serait pas concernée par le droit de l’administration et de l’éducation nationale.

Fort bien ; mais, ce qu’oublient ces responsables, c’est qu’Hypotheses.org fonctionne en réalité dans un régime que l’on peut assimiler à celui d’une délégation de service public[4]. Car, nul ne contestera que le travail fait par ce portail correspond bien à un service public. Dès lors, il apparaît pour le moins étrange que cette plate-forme ne se sente pas concernée par les règles et la jurisprudence du service public. Il n’en aurait pas été de même si Hypothèses.org avait été un service payant. Mais, la gratuité du service offert, son lien avec des centres de recherches et le financement public d’Hypotheses.org, renforce la parenté avec la délégation de service public. On peut ici remarquer au parallèle avec certaines associations sportives qui reçoivent, conformément à l’article L.131-14 du code du sport, une délégation de mission de service public.

Par ailleurs, des principes généraux, comme ceux énoncés dans les arrêts du Conseil Constitutionnel et de la CEDH s’appliquent normalement à TOUT acteur de droit français. Ils s’appliquent alors évidemment à Hypotheses.org, et ils semblent bien qu’ils aient été violés dans mon cas.

C’est pour l’ensemble de ces raisons que j’appelle à signer et à faire signer la pétition qui circule actuellement ici

Notes

[1] Je remercie Roseline Letteron pour cette citation. Voir : http://libertescheries.blogspot.fr/2017/09/menace-sur-la-pensee-libre-le-blog-de.html

[2] Pour plus de précision on se reportera au blog de Jérôme Valluy « Bâillonner les universitaires », publié le 8 octobre 2017, https://blogs.mediapart.fr/jerome-valluy/blog/081017/baillonner-les-universitaires

[3] Par exemple :

https://brexit.hypotheses.org/804

« Victor Orban a ainsi émis de fortes réserves sur les qualités du chef de l’État français. Ce dernier ne doit, toutefois, pas trop s’inquiéter d’une telle appréciation étant donné la qualité de la personne qui l’a formulée… »

https://brexit.hypotheses.org/760

(à propos des élections parlementaires de 2017 au RU)

« Les discussions sur le Brexit en seront retardées d’autant. Finalement, il aurait fallu que ces élections interviennent bien plus tôt, immédiatement après le référendum de juin 2016 ainsi que nous le soutenions dans d’autres publications. Trop heureuse d’accéder à son graal politique, Mme May avait rapidement écarté cette option. Décidément, she’s not the right person at the right moment.” »

https://brexit.hypotheses.org/632

« La présence de M. Macron au second tour de l’élection présidentielle française face à Mme Le Pen est une bonne nouvelle pour le débat politique, car il contribue à replacer en son cœur la question de l’avenir de l’Union européenne »

“Il est vrai qu’une victoire d’un candidat dont l’avenir politique de l’Europe corrélée à la relance indispensable du couple franco-allemand est une ligne de force du programme, serait un événement majeur – et dès lors que les promesses électorales se traduiront en actions concrètes. Il sera aussi indispensable que le mouvement En Marche ! bénéficie d’une majorité ou d’un soutien parlementaire pour défendre efficacement son projet européen. »

https://politbistro.hypotheses.org/3663

(suite à l’élection de Trump)

« Plus de commentaires sur l’élection elle-même dans quelques jours, une fois que j’aurai complètement absorbé l’idée que cette voix insupportable qui sort de mes enceintes pour appeler à la déportation en masse de populations civiles et à la prolifération d’armements atomiques est celle du commandant en chef de la plus importante force armée mondiale. […]Le personnage est affligeant, l’événement est traumatique, le processus est spectaculaire, et les causes sont inquiétantes. »

http://wieviorka.hypotheses.org/803

« Les Français sont pessimistes, ce souffle d’air frais consécutif à l’élection d’Emmanuel Macron peut avoir un impact sur le moral de la collectivité, nous redonner de la fierté. »

« Quand on écoute les électeurs de Jean-Luc Mélenchon, on sent de la rage, de la colère, de la frustration, qui celle là n’est pas relative ! S’il n’y pas de réponse à toutes ces attentes, pas de traitement politique, la violence en est l’horizon. »

[4] Lombard M.et G. Dumont, Droit administratif, Dalloz, 8e édition,

 

 réponses à [Russeurope en Exil] Les questions et la pétition, par Jacques Sapir

Commentaire recommandé

basile Le 11 octobre 2017 
 
 

Je comprends pourquoi ces auteurs, Aurélien Antoine et Michel Wieviorka, sont choyés, et que Sacques Sapir perturbe la machine. Ils sont en plein dans la ligne des média grand public.

Dans leur ton, leurs mots, leur humanisme doucereux non violent de bons pères de famille qui « savent », ils sont du même tonneau que tous ces spécialistes des plateaux télés qui diffusent la bonne parole. Que dis-je, la messe.

Un blog qui s’appelle Russ…., c’est déjà suspect. Il suffit de constater comme même chez nos proches amis, même dans notre famille, la propagande anti russe a fait son oeuvre. « Il faut une armée européenne pour contenir la Russie, blablabla »

Lire la suite

[Russeurope en exil] Mobilisation contre la suspension de Russeurope et le risque de discrédit international qui pèse sur les institutions de recherche françaises, par Jacques Sapir. Message n°4

11 Octobre 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Histoire, #Europe supranationale, #La France, #Jacques Sapir

[Russeurope en exil] Mobilisation contre la suspension de Russeurope et le risque de discrédit international qui pèse sur les institutions de recherche françaises, par Jacques Sapir. Message n°4
8 Oct. 2017

[Russeurope en exil] Mobilisation contre la suspension de Russeurope et le risque de discrédit international qui pèse sur les institutions de recherche françaises, par Jacques Sapir

Le carnet de recherches Russeurope a été suspendu depuis plus de 10 jours. La mobilisation pour demander sa réouverture ne cesse depuis de s’amplifier. Un premier bilan de cette mobilisation s’impose. Au-delà, il faut considérer les conséquences de cette suspension, et elles pourraient être très déplaisantes pour la recherche française.

Une impressionnante mobilisation

Cette mobilisation a été très large, et elle a touchée des universitaires comme des simples particuliers, ce que M. Emmanuel Macron, dans son inimitable langage, appellerait « des gens qui ne sont rien », et qui sont, pour moi, le sel de la terre.

De très nombreux sites ou blog (plus de 30 en France, et plus de 20 à l’étranger tel que j’ai pu les comptabiliser) ont repris les annonces que j’avais faites, ou ont publié leur propres textes de soutien. Je les en remercie vivement. J’ai reçu le soutien de plusieurs institutions universitaires et en particulier l’Institut de Prévision de l’Economie (Moscou).

De très nombreux courriers (plus de 600 en 3 jours) ont été envoyés à M. Dacos et M. Beretz, au point que le premier s’en est plaint publiquement sur Twitter et a visiblement, à plusieurs reprises, fermé momentanément sa messagerie.

Ceci est la preuve d’une mobilisation qui a porté des coups non négligeables contre les forces de la censure. Mais, pour l’instant, cela n’a pas suffi. Il faut donc redoubler d’efforts, continuer d’écrire sans relâche à MM. Dacos et Beretz, tout en gardant dans ces écrits la correction et le respect qu’il convient d’avoir dans un monde civilisé. Ce n’est pas parce que j’ai été la victime de comportements que l’on a bien du mal à qualifier de civilisé qu’il faut abandonner les pratiques de décence et de correction. Il faut donc continuer à écrire à M. Dacos (marin.dacos@openedition.fr), pour demander que l’usage du carnet Russeurope me soit rétabli, et à faire remonter vos commentaires à M. Alain Beretz (alain.beretz@recherche.gouv.fr),

Ce que nous dit le droit (et les juristes)

Si M. Dacos se mure dans le silence, estimant avoir tout dit, certains de ses amis n’hésitent pas à faire courir sur mon compte des bruits déplaisants et calomniateurs. Ainsi, M. Sylvain Piron affirme, sans la moindre preuve, que mon carnet contiendrait des « appels aux meurtres ». Si cela était vrai, cela constituerait un délit. On peut s’étonner, alors, que nulle plainte n’ait été déposée contre moi. En vérité, cela fait ressortir encore plus la faiblesse de l’argumentaire qui m’est opposé.

De nombreux juristes se sont exprimés sur ce sujet. M. Stéphane Rials (professeur de relations internationales et de philosophie politique à Panthéon-Assas) a ainsi écrit que « la légalité d’une mesure aussi générale, assez mal motivée semble-t-il, manquant du moins de base légale, pourrait être contestée »[1].

Mme Letteron (Professeur des Universités, professeur de Droit à Paris-Sorbonne et qui tient le blog Liberté, Libertés Publiques[2]), de son côté, écrit : « Aux termes de l’article L 952-2 du code de l’éducation, issu de l’article 57 de la loi Savary du 26 janvier 1984,les enseignants-chercheurs, les enseignants et les chercheurs jouissent d’une pleine indépendance et d’une entière liberté d’expression dans l’exercice de leurs fonctions d’enseignement et de leurs activités de recherche, sous les réserves que leur imposent, conformément aux traditions universitaires et aux dispositions du présent code, les principes de tolérance et d’objectivité“. (…) La liberté est donc entière, non seulement dans l’enseignement mais aussi dans l’activité de recherche et dans les médias qui permettent de la faire connaître. (…) Un service chargé de gérer une plateforme de blogs, au nom des Universités membres, a le même devoir. »

La question de la liberté d’expression

Ces deux citations, extraites entre bien d’autres, indiquent bien de quoi il est question. Derrière l’argutie d’une séparation entre textes « académiques » et textes « politiques », c’est bien de la liberté d’expression de tous dont cette triste affaire est l’enjeu.

Il me faut, ici, citer à nouveau Roseline Letteron : « (…) la liberté d’expression, et pas seulement celle des universitaires et chercheurs, s’analyse comme un régime répressif. Autrement dit, chacun peut s’exprimer librement, sauf à rendre compte d’éventuelles infractions devant le juge pénal, a posteriori. C’est exactement la formule employée par l’article 11 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 qui énonce que “la libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme ; tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi”. Tout citoyen, sauf Jacques Sapir. On ne lui reproche en effet aucune infraction. On lui interdit simplement de publier par une mesure a priori. Au régime répressif se substitue celui de la censure »[3]. J’ajoute ici que de nombreux autres carnets de Hypotheses.org publient des textes de même nature à ceux que je publiais sur Russeurope. Je ne demande nullement leur suspension. Je demande que ce qui vaut pour Pierre valle également pour Paul, ou pour Jacques…

Par ailleurs, l’idée que l’on puisse établir une séparation claire entre écrits de nature académique et écrits de nature politique est pour le moins douteuse en Sciences Humaines et Sociales. C’est ce que remarquait un auteur d’un carnet de recherches sur Hypotheses.org, qui écrivait à propos de la suspension de mon propre carnet : « il est vraiment difficile de tracer une limite nette entre la recherche en SHS, l’expertise sur le monde social et l’engagement personnel (cf. tweet de Dominique Lecourt). Chaque chercheur a son style, sa posture, qui peuvent varier dans le temps. En fait on pourrait même arguer que si l’un des intérêts du carnet de recherche consiste précisément à donner à voir l’effort de formalisation scientifique en train de se faire, cela implique justement que certains des affects et des engagements, qui animent l’effort de recherche, y soient visibles… »[4].

Le risque de discrédit qui pèse sur les institutions de la recherche française

On peut alors constater que M. Dacos, qui a pourtant été nommé Conseiller scientifique pour la science ouverte auprès du Directeur général de la recherche et de l’innovation au ministère de l’enseignement supérieur, a bien une conception très fermée de la science et de l’expression des scientifiques.

Les collègues de l’Institut de Prévision Economique écrivent ainsi : « Nous, chercheurs russes étions dans l’illusion que la liberté des discussions scientifiques était en France strictement inviolable. Il se fait que c’était une erreur. Il y a des gens en France qui considèrent une forme douce de censure dans les discussions scientifique comme acceptable ».

We, Russian researchers were under the illusion that freedom of academic discussions in France is strictly inviolable. But it turned out that it was a mistake. There are people in France that consider soft censorship in academic discussions to be acceptable[5].

Des termes peu différents peuvent être trouvés sur le blog Goofynomics, qui – il faut le rappeler – est le blog aujourd’hui le plus influent en économie en Italie[6].

On imagine alors l’effet désastreux que la suspension de mon carnet de recherches peut avoir sur la réputation des institutions de recherche françaises à l’étranger. Cette mesure de suspension a suscité légitimement, que ce soit dans le milieux académique ou non-académique, que ce soit en France ou à l’étranger, une profonde émotion. Cette émotion est de nature à porter préjudice à hypotheses.org, ce qu’il convient de constater, de déplorer (car ce portail fait œuvre utile), mais aussi de considérer comme inévitable si cette mesure n’était point rapportée.

Il faut avoir conscience du discrédit que la prolongation d’une telle mesure pourrait faire porter sur les institutions de la recherche française à l’étranger. C’est aussi pourquoi, au-delà de l’injustice et du préjudice que je subis, qu’il faut demander aux organes dirigeants d’hypotheses.org et d’Open Edition de rapporter cette mesure de suspension et de ré-ouvrir dans les plus brefs délais le carnet Russeurope.

Jacques Sapir

[1] https://assasri.wordpress.com/2017/09/29/resistance-soutien-total-a-m-jacques-sapir-directeur-detudes-a-lecole-des-hautes-etudes-en-sciences-sociales-victime-dune-atteinte-insupportable-a-la-liberte-de-lesprit-a-la-libre-recher/

[2] http://libertescheries.blogspot.fr

[3] http://libertescheries.blogspot.fr

[4] http://rumor.hypotheses.org/4121

[5] https://ecfor.ru/en/jacques-sapir-s-blog-is-blocked/

[6] http://goofynomics.blogspot.fr/2017/09/solidarieta-jacques-sapir.html

 

Réponses à [Russeurope en exil] Mobilisation contre la suspension de Russeurope et le risque de discrédit international qui pèse sur les institutions de recherche françaises, par Jacques Sapir

Commentaire recommandé

Stella2b Le 08 octobre 2017 
 
 

La fermeture de l’espace d’expression de M. Sapir est une porte ouverte sur la confiscation de toutes les idées qui sortent de la pensée unique dédiée au libéralisme.
D’autant moins que cet éminent économiste est certainement bien moins dangereux que tous ces amuseurs publics, se prenant pour des journalistes, qui polluent la réflexion des téléphages en répétant, tels des magnétophones, la petite musique ” il n’y a pas d’autre alternative ” …
Cette forme d’autodafé est hautement symbolique et éminemment dangereuse pour la liberté d’expression.
Nous ne devons pas laisser ce mouvement liberticide se poursuivre et montrer immédiatement et sans faille que nous tenons résolument à cette liberté fondamentale qui a toujours enrichi le débat citoyen et permis l’avancée des idées.
Nous sommes devant une régression majeure et historique qui sert les intérêts d’une caste arrogante et destructrice.

Lire la suite

Censure de Jacques Sapir. Message n°2. Deuxième partie

11 Octobre 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Histoire, #Europe supranationale, #La France, #Jacques Sapir

Censure de Jacques Sapir. Message n°2. Deuxième partie

2° partie

 

Tableau 1

Chiffres de fréquentation de Russeurope pour les 4 premiers et les 4 derniers mois

Mois

Visiteurs différents dans le mois

Nombre de connexions dans le mois

Nombre de notes dans le mois

Nombre de connexions/notes

octobre-2012

10 856

26 111

13

2009

novembre-2012

14 770

36 802

12

3067

décembre-2012

13 456

36 225

10

3623

janvier-2013

14 019

38 771

13

2982

mai-2017

134 198

315 938

33

9574

juin-2017

97 286

234 556

18

13031

juillet-2017

102 137

231 402

18

12856

août-2017

94 822

213 146

17

12538

Alors, on peut penser que ce qui aurait été toléré pour un carnet connaissant mois de 40 000 connexions par mois était devenu insupportable pour un carnet connaissant plus de 200 000 connexions mensuelles. Ne soyons pas naïf ; la jalousie, sous ses formes les plus mesquines, existe aussi dans le monde universitaire. Et ce d’autant plus qu’il était de nature publique que les articles et notes de Russeurope étaient repris sur d’autres blogs, que ce soit en France, en Belgique, en Italie. Il est, bien entendu, impossible de tenir une comptabilité précise, mais je pense que le nombre réel des lecteurs dépassait de 50% à 100% suivant les occasions les lecteurs enregistrés par Hypothèses.org. Oui, cela était de nature à fâcher les fâcheux…D’autant plus que Russeurope représentait entre 10% et 15% du flux total de la plateforme.

 

Il y a un autre point dérangeant dans la démarche d’Open Edition. Tous les articles cités datent de 2017, et de la période dite de « campagne présidentielle », alors que j’ai publié des prises de position dès l’ouverture du carnet. Or, je constate qu’en 2017 M. Marin Dacos est devenu « Conseiller scientifique pour la science ouverte auprès d’Alain Beretz, Directeur général de la recherche et de l’innovation au Ministère de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation ». Ceci correspond à une position officielle. Elle est de nature à induire un conflit d’intérêts avec sa position de directeur d’Open Edition qui, par nature, est une plate-forme ouverte à toutes les opinions.

Surtout, elle pourrait me fonder à penser qu’il y a là la source de la mesure qui me frappe. Ce n’est point tant le fait de publier des textes politiques, ou s’inscrivant dans une lecture du politique découlant de recherches scientifiques que l’on me reproche, mais bien les opinions de ces textes. Ce serait donc un procès d’opinion, chose que l’on croyait bannie dans un pays se disant démocratique, procès sans doute mélangé des effluves de la jalousie.

 

Devant cet état des faits, et devant les multiples soutiens que j’ai reçus, que ce soit en France ou en Italie, je demande donc solennellement à Open Edition d’annuler sa mesure arbitraire à mon encontre.

Si, vous aussi, êtes choqués par ce comportement de M. Dacos et d’Open Edition, je vous invite à le faire savoir à M. Dacos (marin.dacos@openedition.fr) ou sur son compte twitter (@marindacos), à demander que l’usage du carnet Russeurope me soit rétabli, et à faire remonter vos commentaires à M. Alain Beretz (compte twitter @alain_beretz), le supérieur hiérarchique de M. Dacos.

 

Par Jacques Sapir le 28 septembre 2017

 

Annexe

Extraits de la charte d’OpenEdition

 

Article 10. Contenu

En adhérant à la plateforme électronique du portail OpenEdition du Cléo, l’Éditeur s’engage à ne pas mettre en ligne un contenu comprenant :

— un message et/ou images faisant l’apologie d’idéologies fascistes, xénophobes, racistes ou sectaires ;

— des propos diffamatoires et/ou injurieux ;

— des propos et/ou images à caractère insultant, humiliant ou portant atteinte à la vie privée d’une personne ;

— des propos et/ou images à caractère pédophile ;

— des propos et/ou images et/ou vidéos à caractère pornographique ;

— des propos et/ou images susceptibles de porter atteinte à l’ordre public, au respect de la personne humaine ou de sa dignité, à l’égalité entre les femmes et les hommes, à la protection des mineurs ;

— des propos et/ou des images encourageant, contenant ou provoquant à la discrimination, l’injure, la haine ou la violence à l’égard d’une personne ou d’un groupe de personnes, notamment en raison de leur origine, ou de leur appartenance ou non à une ethnie, une nation, une race ou une religion, de leur handicap, de leurs préférences sexuelles ou de toute autre différence ;

— des propos et/ou des images faisant l’apologie ou la négation ou la remise en question des crimes de guerre et/ou contre l’humanité (négationnisme) ;

— des propos et/ou images encourageant la commission de crimes et délits ou le commerce et la consommation de substances illicites, la prostitution, le terrorisme, les agressions sexuelles, le vol, le suicide, la violence, les dégradations et détériorations volontaires dangereuses pour les personnes, les atteints à l’autorité de la Justice ;

— des éléments portant atteinte à des droits de propriété intellectuelle (marque, droit d’auteur, dessins et modèles, brevets) ;

— des propos et/ou images portant au droit de la personnalité (atteinte à la vie privée, divulgation d’une image sans l’autorisation de la personne, divulgation de données privées et/ou personnelles…).

 

 

 

 


 

 

Jacques SAPIR

 

[1][1] Par exemple :

http://russeurope.hypotheses.org/763 Comment sommes-nous dépossédés de la Démocratie

http://russeurope.hypotheses.org/765 Légalité, Légitimité et les apories de Karl Schmitt

http://russeurope.hypotheses.org/2300 Souveraineté et Ordre Démocratique 1

http://russeurope.hypotheses.org/2333 Souveraineté et Ordre Démocratique 2

http://russeurope.hypotheses.org/2393 Etat Social et Démocratie

http://russeurope.hypotheses.org/4263 La Société au risque de la Souveraineté

http://russeurope.hypotheses.org/4330 Tyrannies et Dictature

https://russeurope.hypotheses.org/5319 , Etat de Droit et Politique

Lire la suite

Censure de Jacques Sapir. Message 2 (1° partie).

11 Octobre 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Histoire, #Europe supranationale, #La France, #Jacques Sapir

BONJOUR

Je lance une série de publication sur la censure qui s'est abattue sur Jacques Sapir. 

Voici le deuxième billet, il concerne le message initial de Jacques Sapir.

Cordialement

Lucien Pons

Censure de Jacques Sapir. Message 2 (1° partie).

 

1°partie.

 

Chers amis,

Chers collègues

 

Mon carnet scientifique, ouvert en septembre 2012 sur Hypotheses.org vient d’être suspendu. Je ne puis plus installer de notes ni faire des modifications sur les textes publiés. Le communiqué, signé par Marin Dacos, directeur d’Open Edition dit : « Le carnet que vous consultez est désormais une archive et ne sera plus alimenté. Les droits d’accès en écriture ont été retirés à son auteur par l’équipe d’OpenEdition.

À de nombreuses reprises, l’auteur du carnet y a publié des textes s’inscrivant dans une démarche de tribune politique partisane, déconnectés du contexte académique et scientifique propre à Hypothèses et constituant une condition indispensable pour publier sur la plateforme. » Je conteste formellement cette affirmation et cette procédure, dont on peut s’étonner qu’elle survienne maintenant alors que je publie tout type de textes depuis l’ouverture du carnet, fin septembre 2012. Mais, tous les textes publiés sont en relation avec mes recherches, qu’il s’agisse d’articles scientifiques, de notes de travail, ou d’articles de réaction à l’actualité. Tous ces textes s’inscrivent dans le contexte de mes recherches. De plus, et il faut l’ajouter, de nombreux carnets réagissent eux-aussi à l’actualité.

Parme les textes qui me sont reprochés il y a les textes suivants qui servent de prétextes à ce blocage sont les suivants :

 

Candidats du passé, candidats du futur (8 avril 2017)

https://russeurope.hypotheses.org/5888

Ce texte est la version française de l’interview que j’avais donnée à Russia Today (RT). Je souhaitais mettre cette contribution à la disposition de mes lecteurs francophones sous une forme écrite..

Times of change for French politics (24 avril 2017)

https://russeurope.hypotheses.org/5929

Ce texte correspond à la version anglaise d’un article publié dans la revue russe Ekspert. Cette pratique de republier un texte paru dans un journal est fréquente sur Hypothèses.org . Par exemple, sur le carnet de Michel Wieviorka on trouve la version française de l’intéressant article qu’il a publié dans le quotidien espagnol La Vanguardia (L’autonomie du politique / https://wieviorka.hypotheses.org/818 ), ou encore un article publié dans le New-York Times (https://wieviorka.hypotheses.org/826 ) ou enfin dans Libération (https://wieviorka.hypotheses.org/831 ). Que Michel Wieviorka puisse publier des articles, parus dans la presse, est une fort bonne chose et, quand on ne peut pas suivre les journaux, on est fort heureux de pouvoir retrouver ces textes. Mais pourrait-on m’expliquer ce qui justifie la différence de traitement avec moi ? Est-ce la revue russe, pourtant considérée dans son domaine comme une revue de référence ? Ou alors, faut-il croire que ce sont les opinions ?

Macron, Ferrand et la « propagande » (30 mai 2017)

https://russeurope.hypotheses.org/6052

Ce texte correspond à un point d’application de mes travaux dus la légitimité et la légalité. J’ai d’ailleurs publiés de nombreuses notes sur cette question[1][1].

Le président Potemkine? (2 juin 2017)

https://russeurope.hypotheses.org/6067

Ce texte dresse un parallèle entre la situation actuelle et l’histoire de la Russie sur la question de la communication et des représentations, et s’inscrit à la confluence de mes travaux, tant sur la Russie que sur le couple légalité/légitimité.

 

La phrase du communiqué « l’auteur du carnet y a publié des textes s’inscrivant dans une démarche de tribune politique partisane, déconnectés du contexte académique et scientifique propre à Hypothèses » apparaît, alors, comme un pur prétexte. On se souvient du vieil adage « qui veut noyer son chien l’accuse de la rage ». On comprend immédiatement que pour tout auteur, et c’est mon cas, qui estime que la recherche ne se fait pas dans les limbes, les travaux scientifiques me conduisent à prendre parti dans l’agora électronique. Par ailleurs, rien dans la charte des contenus sur Open Edition ne mentionne l’interdiction d’une démarche « de tribune politique partisane ». On consultera, en annexe l’article 10 de cette dite charte.

 

Alors, peut-être est-ce tout simplement le succès du carnet Russeurope qui m’attire les foudres de Marin Dacos et d’Open Edition. Et il est vrai que Russeurope a connu un développement auquel je ne m’attendais pas quand je l’ai créé. Le nombre de connexions mensuelles, tout comme le nombre de visiteurs, a atteint des chiffres étonnants.

 

A suivre

Lire la suite

Censure à l'encontre de Jacques Sapir.

11 Octobre 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Europe supranationale, #La France, #La mondialisation, #Jacques Sapir

D'ABORD, ILS SONT VENUS POUR LES NAZIS ET LES PEDOPHILES... - I.

1. Bateau Saker.jpg

 

Sapir viré de Russeurope

 

Suspension de la publication sur ce carnet

Marin Dacos – Russeurope 28 septembre 2017

 

Chères lectrices,
Chers lecteurs,

Le carnet que vous consultez est désormais une archive et ne sera plus alimenté. Les droits d’accès en écriture ont été retirés à son auteur par l’équipe d’OpenEdition.

À de nombreuses reprises, l’auteur du carnet y a publié des textes s’inscrivant dans une démarche de tribune politique partisane, déconnectés du contexte académique et scientifique propre à Hypothèses et constituant une condition indispensable pour publier sur la plateforme.

L’équipe d’OpenEdition a informé l’auteur que des billets de ce type n’avaient pas leur place sur la plateforme, en précisant que des mesures seraient prises en cas de poursuite de ce type d’usage du carnet de recherche..

Suite à la publication de nouveaux contenus dépassant le périmètre éditorial de la plateforme, l’équipe d’OpenEdition a procédé à la suspension des droits en écriture de l’auteur. Aucun contenu n’a été supprimé. Aucun nouveau contenu ne pourra être publié. Une archive de l’ensemble des billets a été transmise à l’auteur.

Marin Dacos
Directeur du Centre pour l’édition électronique ouverte

Lire le communiqué des Conseils scientifiques d’OpenEdition et d’Hypothèses

Source : http://russeurope.hypotheses.org/6303

 

2. François Demassieux.GIF

 

Lettre de Claude et François Roddier au représentant d’Hypothèses et OpenEdition

 

Monsieur le Directeur,

C’est avec stupéfaction que nous avons pris connaissance de votre texte et de celui des conseils scientifiques d’Hypothèses et OpenEdition suspendant la publication de contenus sur le carnet Russeurope alimenté par Jacques Sapir.

Nous sommes un couple d’astronomes ayant travaillé 16 ans aux États Unis, revenus en France pour notre retraite. En tant qu’universitaires scientifiques nous n’arrivons pas à comprendre comment vous pouvez affirmer que les billets de Jacques Sapir sont déconnectés d’un contexte académique et scientifique. Nous soutenons, au contraire, que l’ensemble des textes du carnet de Jacques Sapir sont parfaitement à leur place dans un portail d’édition académique.

Les textes des carnets sont le plus souvent des textes mettant l’économie à la portée de non-économistes, ce qui est notre cas. Nous avons découverts le carnet il y a plusieurs années, en avons été des lecteurs réguliers et avons beaucoup appris en le lisant.

Jacques Sapir prend ouvertement position sur quelques sujets-clés pour lui : l’euro, la laïcité, la souveraineté et explique très clairement les enjeux liés aux choix faits dans ces domaines.

Pour Jacques Sapir, fils de l’un des responsables de la Résistance dans les Alpes-Maritimes, la laïcité et la souveraineté de la France sont des piliers pour lesquels il a décidé de se battre. C’est cette position qu’il défend systématiquement depuis le commencement de son carnet. Pourquoi donc les conseils scientifiques d’Hypothèses et OpenEdition n’ont-ils pas suspendu la publication de contenu depuis cinq ans maintenant ?

Est ce parce que notre président désire remplacer la souveraineté française par la souveraineté européenne et trouve naturel de brader Alstom-Energie à l’américain General Electric et Alstom-Transport à Siemens que votre portail d’édition s’inquiète brusquement de «démarche «démarche de tribune politique partisane» ? Votre démarche n’est-elle pas simplement de bloquer une voix dissidente ? N’avons nous pas affaire à un procès d’opinion ?

En tant que citoyens français attachés aux valeurs fondamentales de notre République, nous vous demandons, Monsieur le Directeur, d’annuler la mesure de suspension de publication de contenus sur le carnet Russeurope.

 

Claude et François Roddier,

Professeurs retraités des universités de Aix-Marseille, Nice, Institute for Astronomy de l’Université de Hawaii (USA).

 

 

2. François Demassieux.GIF

 

 

Cette prise de position leur a valu la lettre suivante de Jacques Sapir :

 

Chers amis,

Chers collègues,

Ce courriel pour vous informer que le mouvement de protestation contre la suspension de mon carnet de recherches est en train de s'amplifier.

M. Dacos, sur Twitter, a eu le front de se plaindre et de se dire "fatigué" des 600 messages (!) qu'il aurait reçus concernant mon carnet.

C'est ce que l'on appelle un magnifique "effet Streisand". J'ai reçu le soutien de la communauté scientifique, que ce soit en France, mais aussi en Italie, en Allemagne, en Espagne, en Grande-Bretagne et en Russie.

Une note de protestation a été mise sur le blog de la World Economic Association.

Je remercie de tout mon coeur ceux qui se sont joints à ce mouvement.

Je me suis "exilé" provisoirement chez Olivier Berruyer, d'où j'ai repris mon travail.

Avec toutes mes amitiés,

Jacques Sapir

2. François Demassieux.GIF

 

Nous y ajoutons la mise au point générale de l’intéressé, publiée ce-jour par Les Crises :

 

[Invité] – Russeurope en exil (forcé), par Jacques Sapir

 

10. sapir_russeurope-296.jpg

 

Mon carnet scientifique, ouvert en septembre 2012 sur Hypotheses.org vient d’être suspendu. Je ne puis plus installer de notes ni faire des modifications sur les textes publiés. Le communiqué, signé par Marin Dacos, directeur d’OpenEdition dit :

 

« Le carnet que vous consultez est désormais une archive et ne sera plus alimenté. Les droits d’accès en écriture ont été retirés à son auteur par l’équipe d’OpenEdition.

À de nombreuses reprises, l’auteur du carnet y a publié des textes s’inscrivant dans une démarche de tribune politique partisane, déconnectés du contexte académique et scientifique propre à Hypothèses et constituant une condition indispensable pour publier sur la plateforme ».

 

Je conteste formellement cette affirmation et cette procédure, dont on peut s’étonner qu’elle survienne maintenant alors que je publie tout type de textes depuis l’ouverture du carnet, fin septembre 2012. Mais, tous les textes publiés sont en relation avec mes recherches, qu’il s’agisse d’articles scientifiques, de notes de travail, ou d’articles de réaction à l’actualité. Tous ces textes s’inscrivent dans le contexte de mes recherches. De plus, et il faut l’ajouter, de nombreux carnets réagissent eux-aussi à l’actualité.

Parme les textes qui me sont reprochés il y a les textes suivants qui servent de prétextes à ce blocage sont les suivants :

Lire la suite…

Source : https://www.les-crises.fr/invite-russeurope-en-exil-force...

 

2. François Demassieux.GIF

 

Félicitons-nous au passage de cette solidarité entre résistants « alternatifs », et souhaitons qu’elle se généralise.

Si serrer les rangs face à l’ennemi est la seule arme qui nous reste, qu’au moins il soit bien sûr qu’il lui faudra l’affronter à ses risques et périls.

2. François Demassieux.GIF

 

Ce n’est pas la première fois que quelqu’un se fait bâillonner pour ses idées par un site privé. On se rappelle ici, par exemple, les démêlés de Serge Uleski avec L’Obs, mais il y en a eu bien d’autres avant l’inénarrable offensive de l’imMonde et de son « Décodex ». Il semble que les droits du commerce passent de plus en plus les droits des sociétés civiles : celles des citoyens et des États, que garantissent pourtant les lois.

En août dernier, un (très long) article du Saker sur ce sujet nous avait frappés et nous avions commencé à le traduire, pour finir par jeter l’éponge par manque de temps et d’énergie. Cette affaire-ci nous pousse à le reprendre avec quelque retard. Comme toujours, le Saker réfléchit à voix haute et va jusqu’au tréfonds d’une question de principe, en finissant, comme toujours, par y chercher des solutions pratiques. Il faut le lire, fût-ce en plusieurs jours.

Grand merci à Anna S. pour les corrections !

Lire la suite

L'État sous-finance les services public pour préparer leur privatisation

10 Octobre 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Histoire, #La nation ., #Europe supranationale, #La France, #La mondialisation, #La finance dérégulée, #Le capitalisme;, #Le grand banditisme, #Les transnationales, #La lutte des classes, #l'horreur économique, #La santé, #Services publics

 

France - L’État sous-finance les services public pour préparer leur privatisation

mardi 10 octobre 2017, par do (Date de rédaction antérieure : 10 octobre 2017).

Salut à toutes et à tous,

Quand un service public n’est pas suffisamment financé, il ne peut pas fonctionner correctement. Et quand il est très mal financé, il ne peut que fonctionner très mal. Alors, l’État aura beau jeu de dire : « Vous voyez bien que les entreprises privées fonctionnent mieux que les services publics. Donc il faut les privatiser. » !

Il en va ainsi pour les hôpitaux, l’éducation nationale, etc.

Le manque de personnels dû au sous-financement empêche que le travail soit fait correctement et en temps voulu. C’est ainsi, par exemple, que les services des urgences des hôpitaux publics sont surchargés et que les malades doivent attendre des heures et des heures avant d’être pris en charge.

Et comme il n’y a pas assez de lits et de personnels à cause dudit sous-financement, les patients ne peuvent pas être pris correctement en charge et sont souvent renvoyés chez eux comme ça, juste après leur avoir administré une dose de morphine en cas de cruralgie aigüe. J’ai connu un tel cas où le patient avait même été renvoyé chez lui à pieds, et pieds nus (les pompiers surmenés qui l’avaient amené à l’hôpital n’avaient pas eu le temps de penser à lui prendre ses chaussures). Il a dû appeler un taxi pour rentrer. Évidemment, la dose de morphine, si elle a momentanément supprimé la douleur, n’a en rien guéri ce patient qui aurait évidemment dû être hospitalisé. Mais, manque de lits et de personnels…

Et le sous-financement des services publics fait que les agents du publics (les fonctionnaires : les profs, les toubibs des hôpitaux, les infirmières, etc.) sont sous-payés et surchargés d’heures supplémentaires. Ils sont en permanence fatigués et sur les nerfs et donc souvent dans l’incapacité de faire le boulot aussi bien qu’ils aimeraient.

Pour un service public efficace, il faut qu’il soit financé correctement, ce qui signifie aussi que les agents des services publics, les fonctionnaires, soient payés correctement et pas surchargés d’heures supplémentaires. Au lieu de ça, le point d’indice des fonctionnaires est gelé depuis des années malgré l’inflation, et Macron compte bien continuer ainsi. Donc les fonctionnaires seront de moins en moins bien payés, ce qui poussera les gens à chercher des emplois plutôt dans le privé que dans le public.

C’est ainsi que le pouvoir procède pour faire disparaître le service public.

Constatons cependant que depuis la privatisation de la Poste et de la SNCF, par exemple, ces entreprises n’ont jamais si mal marché. De plus en plus de retards et d’accidents sur les voies ferrées, et de plus en plus de courriers déposés à une mauvaise adresse.

Bien à vous,
do
10 octobre 2017
http://mai68.org

Hôpital - SNCF - PTT - EDF-GDF - quelles sont les différences entre un service public, une entreprise publique, et une entreprise privée ? Pourquoi préférer le public ?

Rappel de définitions malheureusement oubliées mais indispensables à la lutte de classe, et notamment à la lutte contre la privatisation :

http://mai68.org/spip/spip.php?article482

 
Lire la suite

Jean-Michel Quatrepoint : « La vente d’Alstom était un scandale écrit d’avance »

9 Octobre 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Histoire, #La nation ., #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La mondialisation, #La République, #Terrorisme, #La finance dérégulée, #l'horreur économique, #Alstom

Source : Le Figaro Vox, Jean-Michel Quatrepoint, 29/09/2017

FIGAROVOX/ENTRETIEN – Pour Jean-Michel Quatrepoint, la vente d’une partie d’Alstom à Siemens était écrite. Un empire industriel a été détruit en quelques années, faute de volontarisme politique. Selon lui, les promesse d’ «alliance entre égaux» ne seront pas tenues.

Jean-Michel Quatrepoint est journaliste économiste. il a travaillé entre autres au Monde, à La Tribune et au Nouvel Economiste. Il a écrit de nombreux ouvrages, dont La Crise globale en 2008 qui annonçait la crise financière à venir. Son dernier livre, Alstom, scandale d’Etat a été publié en septembre 2015.

FIGAROVOX.- Après la vente des activités énergie d’Alstom à General Electric, vous aviez dénoncé cette opération, en 2015, dans nos colonnes, puis à travers un livre, Alstom, un scandale d’Etat. La fusion d’aujourd’hui entre les activités ferroviaires d’Alstom et celle de Siemens était-elle écrite?

Jean-Michel QUATREPOINT.- Elle l’était. Dès le mois de mars 2015, le patron de Siemens déclarait que «dans le domaine du transport, une consolidation entre entreprises européennes reste encore possible».

À partir de ces propos, j’écrivais dans «Alstom, scandale d’État»: «dans un an, dans cinq ans, c’est inéluctable, Alstom Transport devra acheter ou se faire racheter. Siemens sera peut-être de la partie. Alstom n’ayant pas les moyens financiers, même avec le cash reçu de GE, de procéder à une grande acquisition, il lui en faudra passer par une alliance qui ressemblera fort à une vente. La boucle sera bouclée.»

Ce qu’il faut bien comprendre, c’est que sur ces marchés mondiaux, seuls les conglomérats ont pu, et peuvent s’en sortir. Il faut avoir plusieurs activités, afin d’optimiser les réseaux commerciaux, la gestion financière, les relations avec les donneurs d’ordre. En se démantelant peu à peu, Alcatel Alstom était condamnée, un jour ou l’autre, à disparaître.

Dans les années 90, Alcatel Alstom était un leader mondial, un conglomérat, un empire patiemment construit en quelques décennies. Un conglomérat, un empire patiemment détruit en moins de vingt ans.

Dans les années 90, Alcatel Alstom était un leader mondial dans les Télécoms, les câbles, l’ingénierie (Cegelec), l’énergie, le ferroviaire et les chantiers navals avec les Chantiers de l’Atlantique. Un conglomérat, un empire patiemment construit en quelques décennies. Un conglomérat, un empire patiemment détruit en moins de vingt ans.

Mais on nous annonce un mariage entre égaux dans le ferroviaire, et aussi entre STX et Fincantieri, et l’État se félicite de ces opérations…

C’est à chaque fois, la même comédie de communication. Alliance entre égaux, maintien de l’emploi et des centres de décision, création d’un champion européen, d’un Airbus du ferroviaire, du naval, etc.

Si ce discours stéréotypé, ces éléments de langage ont pu convaincre hier, aujourd’hui cela devient plus difficile. Chat échaudé craint l’eau froide! Car les promesses – je pense à celles autour d’Alcatel faites par Lucent, puis par Nokia ; à celles de General Electric ; à celles, dans un autre domaine, de Holcim dans la fusion avec Lafarge – ne sont généralement jamais tenues.

Là aussi, c’est de la communication pour faire passer la pilule et pour permettre à celui qui se vend, et au gouvernement français, de ne pas perdre la face.

Cependant l’État avait pris 20 % dans Alstom Transport, pour veiller justement à ce que cet accord avec GE dans les co-entreprises soit équilibré?

Encore une fois, ce n’était qu’un habillage médiatique. Pour éviter de faire perdre la face à Arnaud Montebourg. Bercy était contre. L’État n’a d’ailleurs pas acheté les 20 % dans Alstom, mais loué les titres à Bouygues qui détient 30 %, avec une option d’achat qui expire le 17 octobre 2017, au prix de 35 euros l’action. Mais l’État n’a plus d’argent, ou plutôt le gouvernement et surtout Bercy ne veulent en aucun cas débourser 3 milliards d’euros pour être minoritaire.

Il n’y a pas de fusion entre égaux. Il y en a toujours un qui rachète et un qui est racheté. Il y en a toujours un qui dirige, impose sa vision stratégique, et l’autre, minoritaire, qui doit plier.

Bref, l’option ne sera pas levée, Bouygues va garder ses 30 %, le temps d’encaisser le produit de la vente des participations d’Alstom dans les co-entreprises avec GE. Cette opération va se faire d’ici à octobre 2018 et les actionnaires toucheront 8 euros par action.

Ensuite, selon toute vraisemblance, la fusion avec Siemens sera l’occasion pour Bouygues de sortir définitivement d’Alstom, avec même une plus-value et de tirer un trait sur une aventure d’une douzaine d’années.

Il n’y a pas de fusion entre égaux. Il y en a toujours un qui rachète et un qui est racheté. Il y en a toujours un qui dirige, impose sa vision stratégique, et l’autre, minoritaire, qui doit plier. On a essayé de nous faire croire, pendant quelques mois que les co-entreprises créées entre GE et Alstom étaient à 50/50, c’était un mensonge. En réalité, General Electric a tous les pouvoirs et les exerce.

Ainsi, le groupe américain […]

Lire la suite sur : Le Figaro Vox, Jean-Michel Quatrepoint, 29/09/2017

Nous vous proposons cet article afin d'élargir votre champ de réflexion. Cela ne signifie pas forcément que nous approuvions la vision développée ici. Dans tous les cas, notre responsabilité s'arrête aux propos que nous reportons ici. [Lire plus]Nous ne sommes nullement engagés par les propos que l'auteur aurait pu tenir par ailleurs - et encore moins par ceux qu'il pourrait tenir dans le futur. Merci cependant de nous signaler par le formulaire de contact toute information concernant l'auteur qui pourrait nuire à sa réputation. 

 

 réponse à Jean-Michel Quatrepoint : « La vente d’Alstom était un scandale écrit d’avance »

Commentaires recommandésFabrice Le 09 octobre 2017 à 07h00

 

Macron l’avait dit l’industrie est hasbeen relève plus du musée que du hightech donc partant de cette optique le brader ne lui soulève aucun questionnement.

Quand on est dans une idéologie on ne peut pas s’attendre à une politique pragmatique et ouverte sur une vision à long terme de planification sur plusieurs décennies on reste dans l’immédiat le long terme c’est maximum 6 mois ce qui est dommage quand on retarde déjà dans l’idéologie.

Lire la suite

[Vidéo] Alstom : Une affaire d’Etat ? Par LCP

9 Octobre 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Histoire, #La nation ., #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #Terrorisme, #La finance dérégulée, #Politique étrangère, #l'horreur économique

 

 réponses à [Vidéo] Alstom : Une affaire d’Etat ? Par LCP

Commentaires recommandés

woiliwoilou Le 09 octobre 2017 à 09h46
 
 

avec le nucléaire sous contrôle américain on oublie toute idée de souveraineté…
on oublie notre indépendance et notre liberté de penser et d’agir…
impossible de développer des partenariats avec la Russie ou tout autre pays non ami des américains…
notre classe dirigeante nous a trahis…
le peuple va souffrir pendant qu’eux iront s’installer ailleurs…
et on laisse faire…
et on continue de voter pour eux… c’était du temps où Macron était dans l’ombre de Flambi
et depuis on l’a choisi pour nous présider…
PAUVRE FRANCE…

  1. Fritz Le 09 octobre 2017 à 07h27
    Afficher/Masquer

    Je n’ai pu regarder que les premières minutes du documentaire. Le scandale est établi, disons même : le crime de trahison économique est constitué, mais l’enchaînement qui a réduit l’État à l’impuissance n’aurait-il pas commencé avec la privatisation de la CGE ?

  2. Perret Le 09 octobre 2017 à 08h18
    Afficher/Masquer

    Je vous recommande vivement de lire les articles de Leslie Varenne qui a été la première journaliste d’investigation à travailler sur cette affaire d’Etat (L’Humanité avait été le seul support acceptant de la publier)

    https://www.iveris.eu/main/recherche_par_themes/?category=&keyword=alstom

Lire la suite

Un exercice en autodestruction. KOSOVO-CATALOGNE : QUI SEME LE VENT RECOLTE LA TEMPETE par John Laughland Sur DeDefensa.org

9 Octobre 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Histoire, #La nation ., #Europe supranationale, #Espagne, #Catalogne

Un exercice en autodestruction. Kosovo-Catalogne : qui sème le vent récolte la tempête

par John Laughland Sur DeDefensa.org

 

Kosovo-Catalogne : qui sème le vent récolte la tempête

Le précédent du Kosovo a jeté «dans les poubelles de l'histoire» les principes du droit international, autrefois stables, qui interdisaient la déclaration unilatérale d'indépendance. L'Espagne en subit les conséquences.

Il semble inévitable que les autorités catalanes déclareront bientôt leur indépendance et que l'Etat espagnol répondra en abrogeant l'autonomie de cette région, licenciant ainsi les indépendantistes. Dans cette hypothèse, de futures confrontations entre la police et les indépendantistes sont à craindre. Celles qui ont été filmées et diffusées le 1er octobre, le jour du référendum, ont déjà fait réagir. La condamnation de la violence et les appels au dialogue sont de mise.

Quel contraste avec le silence total à l'égard de l'extrême violence utilisée contre les indépendantistes à l'Est de l'Ukraine, dans le Donbass, contre lesquels Kiev a déployé non seulement la police mais aussi son armée. Si Madrid envoie l'armée espagnole à Barcelone, les commentateurs hurleront que c'est le retour du franquisme.  Ils évoqueront la gloire de la Barcelone républicaine pendant la guerre civile espagnole et l'héroïsme des brigades internationales. Mais quand Kiev déploie des milices nazies contre les indépendantistes, on n'en parle pas, et on passe sous silence le caractère clairement aveugle des bombardements qu'ont subi les villes rebelles. Le jour où il y aura une Anna Tuv catalane, tout le monde sera au courant : mais la triste histoire de cette femme ukrainienne, victime des bombardements ukrainiens qui ont tué sa fille et son mari en 2015, reste totalement inconnue au grand public.

En réalité, le soutien aux mouvements indépendantistes est toujours à géométrie variable – c'est-à-dire totalement contradictoire. Particulièrement criantes sont les incohérences qui interviennent quand une sécession en cache une autre. Quand la République soviétique de Moldavie proclama sa souveraineté en août 1991, c'était bien. Mais quand la République de la Transnistrie déclara son indépendance de la Moldavie en 1992, ce n'était pas bien. Quand la Bosnie-Herzégovine fit sécession de la Yougoslavie, c'était très bien. Mais quand la République serbe fit sécession de la Bosnie-Herzégovine, l'ONU envoya ses casques bleus sur le terrain pour l'en empêcher, et cela pendant trois ans de guerre. Quand les Etats-Unis proclamèrent leur indépendance de la Grande-Bretagne, de nouveaux horizons s'ouvrirent pour toute l'humanité ; mais quand les Etats confédérés déclarèrent leur indépendance des Etats-Unis, le monde fut plongé dans une nouvelle ère de ténèbres. Aujourd'hui encore, on enlève les statues de leurs généraux, tellement honnie est la cause pour laquelle ils se battirent. On peut multiplier les exemples de sécessions condamnées (Rhodésie, Chypre-Nord) ou soutenues (Timor Oriental, Soudan du Sud) quasiment à l'infini.

A part les situations de colonialisme, ou les cas de violations graves des droits de l'homme, la jurisprudence internationale considère qu'il n'y a pas de droit général à l'indépendance unilatérale ou à la sécession

Dans ces conditions de désarroi intellectuel, il peut sembler fastidieux de parler de droit. Cette approche, qui est celle de Madrid, peut vite tourner au vinaigre car nous savons depuis le dialogue mélien raconté par Thucydide que les grands enjeux en politique sont décidés non pas par le droit, mais par la force. Théophile Delcassé, ministre des Affaires étrangères français au moment de la crise de Fachoda en 1898, où l'armée britannique expulsa les troupes françaises d'un poste militaire dans le sud du Soudan, résuma fort bien le dilemme ainsi : «Ils [les Britanniques] ont des soldats. Nous n'avons que des arguments.» Or, les Catalans sont sans doute moins forts sur le plan militaire que l'Espagne mais ils ont aussi des armes de propagande non négligeables, dont la plus efficace est leur soi-disant statut de victimes.

Mais il existe une bonne jurisprudence sur la question de l'indépendance : à part les situations de colonialisme, ou les cas de violations graves des droits de l'homme, la jurisprudence internationale considère qu'il n'y a pas de droit général à l'indépendance unilatérale ou à la sécession. L'intégrité territoriale des Etats existants, surtout si ceux-ci sont démocratiques et respectueux de l'Etat de droit, ne peut être remise en cause par une déclaration unilatérale, qu'elle soit la conséquence d'un référendum ou non. L'un des précédents judiciaires les mieux connus pour cette position est l'arrêt de la Cour suprême du Canada de 1998 qui a stipulé que le Québec ne disposait pas d'un droit unilatéral d'indépendance : «Le Québec ne pourrait, malgré un résultat référendaire clair, invoquer un droit à l'autodétermination pour dicter aux autres parties à la fédération les conditions d'un projet de sécession.» Venant d'un pays éminemment démocratique, cet arrêt faisait autorité aussi dans le droit international, qui dans ses propres documents confirme, de manière explicite et répétée, le principe de l'intégrité territoriale des Etats (ex : Article 2.4 de la Charte de l'ONU; Résolution 2625 de l'Assemblée générale de l'ONU du 24 octobre 1970).

Certes, dans l'histoire des relations internationales, ces principes sont des coutumes que les grandes puissances pensent qu'il est plus honorable de violer que d'observer. Mais cette relative stabilité du droit international a volé en éclats en 2010 à cause d'un arrêt hautement regrettable de la Cour internationale de justice, l'organe judiciaire suprême de l'ONU et une instance qui, jusqu'à cette date avait agi en tant que gardien respectable du droit international. Saisi par l'Assemblée générale de l'ONU sur la question de la licéité de la déclaration de l'indépendance du Kosovo en 2008, une question à laquelle la Serbie était convaincue qu'une seule réponse était possible car le statut de sa province méridionale était gouverné par une résolution du Conseil de sécurité, la résolution 1244 de juin 1999, et parce que son initiative avait recueilli une grande majorité de voix des Etats membres de l'ONU au sein de l'Assemblée générale, la Cour internationale de justice, à la grande déception de Belgrade, statua que cette déclaration ne violait «aucune règle applicable du droit international».

L'affirmation de certains gouvernements pro-kosovars selon laquelle le Kosovo serait un cas unique qui ne fournirait aucun précédent à d'autres déclarations d'indépendance est parfaitement mensongère

Or, nous savons que les mains de ceux qui rédigèrent la déclaration du Kosovo de février 2008 furent tenues par les Etats membres de l'Union européenne (avec quelques exceptions, dont l'Espagne), qui gouvernera désormais la province par le biais d'une nouvelle agence, EULEX, et par les Etats-Unis, véritable auteur de la guerre de l'OTAN de 1999, dont la conséquence était l'occupation de cette province par ses troupes. La fameuse déclaration d'indépendance du Kosovo, d'ailleurs, est en réalité une déclaration de dépendance de la province à l'égard de l'OTAN et de l'UE, qui font partie de la minorité des Etats reconnaissant cette indépendance. Ces grandes puissances avaient-elles réussi à peser sur les réflexions des juges à La Haye, peut-être par l'intermédiaire du juge britannique, Sir Christopher Greenwood, ancien professeur de droit qui travaillait en cachette pour le gouvernement de Tony Blair et qui était à l'origine du célèbre avis légal du gouvernement britannique en 2003 proclamant la guerre en Irak légale ?

Ce qui est certain, c'est que l'affirmation de certains gouvernements pro-kosovars selon laquelle le Kosovo serait un cas unique qui ne fournirait aucun précédent à d'autres déclarations d'indépendance est parfaitement mensongère. La Cour ayant conclu qu'aucune règle de droit international n'avait été violée par cette déclaration, il faut par définition arguer – comme le fait la Cour – que le droit international ne contient aucune interdiction générale applicable aux sécessions unilatérales. Celles-ci sont donc autorisées et la sauvegarde de l'intégrité territoriale des Etats est lettre morte. L'arrêt canadien se trouve désormais dans la poubelle de l'histoire.

Nous savons depuis la sécession de la Crimée en 2014 quelles sont les conséquences de cet arrêt : il est moralement intenable de soutenir la sécession en 2008 du Kosovo d'un Etat, la Yougoslavie, qui était devenu parfaitement «démocratique» (aux dires de l'Occident) en 2000, mais de condamner la sécession de la Crimée de l'Ukraine putschiste en 2014. Cet arrêt a donc mis le feu aux poudres et nous en voyons maintenant les conséquences au sein même de cette Europe qui, l'Espagne comprise, avait attaqué la Yougoslavie en 1999. Autrement dit : qui sème le vent récolte la tempête.

John Laughland

Lire la suite

Catalogne, un exercice en autodestruction par John Laughland

9 Octobre 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Histoire, #La nation ., #Europe supranationale, #Espagne, #Catalogne

Un exercice en autodestruction

Ouverture libre

Un exercice en autodestruction

Le texte de John Laughland du 4 octobre 2017 publié ci-dessous, repris de ses chroniques régulières sur RT-français, nous donne un excellent cadre de réflexion pour bien appréhender la crise catalane. Laughland nous donne la mesure des contradictions extraordinaires où nous conduisent les événements, nous dirions les contradictions extraordinaires où nous précipite le “tourbillon crisique” qui règle la marche du temps historique et accéléré que nous vivons.

La domination du Système est telle que la plupart des événements aujourd’hui ne peuvent plus porter que sur les contradictions internes du même Système, qui sont énormes et écrasantes ; la dynamique de surpuissance du Système est telle que rien ne peut stopper le rythme engendré par la rapidité historique signalé ci-dessus, et par conséquent la transformation de ces contradictions en autant de crises prenant leur place dans la paradoxale structure (puisque structure informelle) du “tourbillon critique”. Dans ce contexte, nous ne pouvons envisager la crise catalane que comme une avancée de plus de la transmutation de la surpuissance du Système en autodestruction.

Laughland est un conservateur britannique, mais du type eurosceptique profond ; philosophe également, donc bien au-dessus des polémiques de talk-shows télévisés ; souverainiste d’opinion intellectuelle plus que politicienne, partisan de l’État-nation contre le monstre bruxellois qu’il juge usurpateur, nous dirions assez proche des sources françaises (gaulliennes) de la chose. (Laughland travaille à Paris, où il est directeur des Etudes à l'Institut de la Démocratie et de la Coopération.) De ce point de vue, il devrait n’être pas très favorable à l’indépendance de la Catalogne, qui met en cause certains des principes qu’il défend.

Mais il y a longtemps que nous ne pouvons plus réduire nos réactions politiques au simple jeu du “pour ou contre”, selon nos références propres. La crise catalane est d’abord le résultat de la crise des principes fondamentaux de la politique, de la crise de la légalité internationale complètement bafouée par ceux-là même qui s’en prétendent les défenseurs sinon les inspirateurs, – nous parlons du bloc-BAO, et dans, ce cas, de l’UE plus précisément. (Nous ajoutons que ce bafouement de la légalité qu’on a soi-même proclamée répond aux pressions des choix idéologiques [progressiste-sociétaux] du bloc-BAO plus qu’à ses intérêts selon nous, même si les seconds ont bien entendu leur place.)

On verra donc l’exposé de la dérision complète où se trouvent le bloc-BAO, l’UE et l’OTAN, etc., devant une situation déterminée par leur forfaiture permanente, essentiellement et symboliquement portée par le cas absolument d’épure du Kosovo. Tout dans la crise du Kosovo, de l’attaque illégale et fabriquée de 1999 à l’“indépendance” faussaire de 2008 porte la trace de cette forfaiture, de ce mensonge de l’illégalité, du bafouement de la loi, du piétinement opérationnel et symbolique de tout ce qu’on prétend adorer et de tout ce qui forme votre propre ontologie.

RT, qui publie Laughland et fait d’intéressantes enquêtes malgré l’avis général de la civilisation postmoderne à cet égard, s’est intéressé au point de vue serbe, et aussi à l’appréciation d’un diplomate britannique, William Mallinson. Ce Britannique a suivi avec attention la crise de l’ex-Yougoslavie et la guerre du Kosovo, il critique « l’énorme poids de l’UE et de la globalisation, [impliquant] une lente destruction de l’État-nation lui-même. », ce qui entraîne un effet de dévolution avec « les divers composants [de l’État-nation] en état de plus en plus exacerbé » et poussés à la sécession. Quoi qu’il en soit, expose Mallinson, la logique voudrait que l’OTAN et l’UE (de facto) bombardassent Madrid pendant 78 jours comme elles bombardèrent Belgrade pendant 78 jours en 1999 :

« Mallinson then drew parallels between what is now happening in Spain to past events when NATO opened a relentless offensive on Yugoslavia and the capital Belgrade over the question of Kosovo independence. “Why isn’t NATO bombing Madrid for 78 days, because the situation is similar in very many ways.” “In fact, Kosovo is even more a part of Serbia than Catalonia [is to Spain.] Let’s remember in the Middle Ages joined when Ferdinand and Isabella joined all those bits of Spain together. Let’s remember that Spain is a united country but it is a conglomerate. We also must remember this dangerous knock-on effect. This is going to feed Basque anger more and more. And of course, other parts of Europe, possibly even the Walloons in Belgium, not to mention Scotland,” he continued... »

Là où la situation de contradiction décrite plus haut (contradiction conduisant la surpuissance vers l’autodestruction) devient du plus grand intérêt, c’est lorsque qu’on apprécie la crise catalane dans toutes ses implications, c’est-à-dire au-delà du premier degré, au-delà des arguments sommaires comme ceux que débitent les avocats des directions-zombies des divers acteurs officiels de la crise, espagnols et européens.

(Le roi Felipe a été remarquable dans ce cas, en fait d’arguments du premier degré, – primaires bien plus que premiers, – incapable de s’élever pour embrasser le rôle du roi constitutionnel qui devrait être celui d’arbitre entre le gouvernement central et la crise d'un composant majeur de la nation dont il est l’autorité symbolique suprême. Donc, roi-imposteur comme les autres, brandissant les tables sacrées de la loi que tous les organismes au nom desquels il parle parce qu’il leur est soumis bafouent sans vergogne.)

L’intérêt se trouve dans le maximalisme des situations, évaluées autant par le symbole, l’historicité, la perception culturelle et la psychologie, que par les arguments plus rationnels. La Catalogne est l’exemple d’un symbole plutôt progressiste, avec sa riche histoire culturelle, sa tradition libérale sinon libertaire, la situation progressiste de ses mœurs et de sa culture ; il y a par exemple, mais exemple ô combien puissant, sa place singulière durant la Guerre d’Espagne où se développa à Barcelone un courant anarchiste très puissant (le POUM) qui eut à lutter autant contre les franquistes que contre les liquidateurs du NKVD de Staline, – donc, bataille symbolique contre les deux grands courants totalitaires du XXème siècle dont l’UE, et le système à son cul certes, prétendraient quasiment être le dragon vertueux qui les a terrassés (ces totalitarismes).

En face ? Le gouvernement espagnol, issu théoriquement du magnifique mouvement démocratique dont l’UE est si fière, – la Mavista de 1975-1977 transformant la dictature franquiste en démocratie promise à être vraiment très avancée dans le sens progressiste-sociétal ; également zélé supplétif de la politiqueSystème des USA puis du bloc-BAO, depuis Aznar et ses accointances avec GW Bush ; puis zélé exécuteur des hautes œuvres de la politiqueSystème appliquée à l’économie, dans le chef de la globalisation, du bloc-BAO d’après l’automne 2008 et ainsi de suite... Et c’est ce monument de vertu qui affronte ce symbole de vertu qu’est la Catalogne ? Cela s’appelle une situation explosive.

On comprend bien qu’à ce point et dans ce cas, les considérations politiques deviennent un cloaque incontrôlable propre au temps du triomphe progressiste-sociétal pour qui veut dégager un jugement clair de cette situation. Il faut par conséquent en venir ou en revenir à nos références constantes, – l’antiSystème versus le Système. Dans ce cas, le choix est clair, et c’est bien sûr celui de l’indépendance de la Catalogne, parce que le gouvernement de Madrid est dans cette crise le parfait mandataire du Système, complètement au service de l’UE et de sa “Secte”, tout cela parfaitement identifié et bien compris. L’hésitation ne peut être possible, et ceux qui se réfèrent aux principes, à la référence structurante de l’État-nation, etc., ne peuvent ignorer une seule seconde qu’ils se trouvent dans ce cas en présence du simulacre le plus achevé de ces pseudo-principes, avec des acteurs qui sont tout au plus des “réplicants” à la mode Blade Runner, avec l’émotion de la tentation du spirituel en moins bien sûr.

La crise catalane n’est pas intéressant pour le point de vue antiSystème du fait de ce qu’elle va nous donner, de ce sur quoi elle va déboucher, elle est intéressante justement à cause de cette mise à jour de toutes ces contradictions enfantées par le monstrueux Système et la politiqueSystème qu’il impose. Elle est intéressante parce qu’elle s’inscrit complètement et parfaitement dans le swinging-shift qui est la marque de notre époque, – cette colossale agonie du Système avec sa production monstrueuse de surpuissance conduisant à la transmutation de cette surpuissance en autodestruction. Pour cela, “Visca Catalunya lliure”...

dedefensa.org

Lire la suite