Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
Le blog de Lucien PONS

Articles avec #europe supranationale tag

Les mauvais perdants (et ce qu’ils ont peur de perdre)
. Par Diana Johnstone

22 Décembre 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Histoire, #ACTUALITE, #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La Russie

 
Les mauvais perdants (et ce qu’ils ont peur de perdre)

 

Si la campagne présidentielle 2016 aux États-Unis fut une honte nationale, la réaction des perdants offre un spectacle plus triste encore. Hillary Clinton et son camp sont incapables d’admettre leur défaite.

Pourquoi ça ?

Parce que leur grand projet d’imposer l’hégémonie de l’Amérique "exceptionnelle" au monde entier, en renversant les régimes récalcitrants l’un après l’autre, paraît menacé par l’outsider Donald Trump. Celui-ci s’est prononcé contre la politique de « changement de régime », réalisation dont Hillary se vantait depuis son rôle essentiel dans la destruction de la Libye de Kadhafi. L’ensemble de l’establishment occidental, composée en gros d’idéologues néo-conservateurs, d’interventionnistes libéraux, de la haute finance, de l’OTAN, ainsi que de la plupart des dirigeants médiatiques et politiques des États-Unis et de l’Union Européenne, sont tous engagés à refaçonner le Moyen-Orient pour satisfaire Israël et l’Arabie Saoudite et à démolir l’impertinente Russie. Ils ont par conséquent été saisis d’une panique hystérique à l’idée que leur projet commun de globalisation puisse être saboté par un intrus imprévisible.

Le désir exprimé par Donald Trump d’améliorer les relations avec la Russie contredit la volonté de Hillary Clinton de « faire payer la Russie » pour sa mauvaise conduite au Moyen-Orient et ailleurs. Si le nouveau président tient ses promesses, cela pourrait constituer un coup sérieux au renforcement militaire de l’OTAN sur les frontières de la Russie, entrainant des pertes sérieuses pour l’industrie américaine de l’armement qui prévoit de gagner des milliards de dollars en vendant des armes superflues aux alliés de l’OTAN sous prétexte de la prétendue « menace russe ».

Les craintes du parti de la guerre sont peut-être exagérées. Les premiers choix de collaborateurs de Trump laisse prévoir une survie probable de la prétention des États-Unis à être la nation "exceptionnelle" et indispensable. Mais les priorités pourraient changer. Et ceux qui sont habitués à un règne absolu ne peuvent tolérer que celui-ci soit remis en cause.

Les mauvais perdants d’en haut



Les membres du Congrès, les grands médias, la CIA et jusqu’au président Obama se sont ridiculisés, et la nation avec eux, en affirmant que la cabale clintonienne a perdu l’élection à cause de Vladimir Poutine. Dans la mesure où le reste du monde pourrait prendre ces pleurnicheries au sérieux, cela devrait augmenter encore le prestige déjà considérable de Poutine. L’idée qu’un piratage moscovite de quelques messages internes au parti démocrate puisse faire perdre le candidat favori du puissant establishment étatsunien ne peut que signifier que la structure politique des États-Unis est si fragile que quelques révélations de courriels peuvent provoquer son effondrement. Un gouvernement notoirement connu pour fouiner dans les communications privées du monde entier, ainsi que pour renverser des gouvernements les uns après les autres par des moyens moins subtils et dont les agents se sont vantés d’avoir manipulé les Russes en 1996 pour faire réélire le totalement impopulaire Boris Eltsine, semble maintenant réduit à pleurer, « maman, Vlady joue avec mes jouets de piratage ! »


 Il serait normal que les Russes préfèrent un président des États-Unis qui écarte ouvertement la possibilité de déclencher une guerre contre la Russie. Cela ne fait pas de la Russie « un ennemi », c’est juste un signe de bon sens. Cela ne signifie pas que Poutine soit assez naïf pour imaginer que Moscou puisse décider du résultat de l’élection avec quelques tours de passe-passe.

Tout ce spectacle misérable n’est rien d’autre que la poursuite de la russophobie exploitée par Hillary Clinton pour distraire de ses propres scandales multiples. En tant que pire perdante dans l’histoire électorale américaine, il lui faut blâmer la Russie, plutôt que de reconnaître qu’il ne manquait pas de raisons pour la rejeter.

La machine de propagande a trouvé une réponse aux informations gênantes : elles sont fausses. Cette fois-ci, les conspirationnistes de Washington sont en train de se surpasser. Les geeks russes étaient supposés savoir qu’en révélant quelques messages internes du Comité national démocrate, ils pouvaient assurer l’élection de Donald Trump. Quelle formidable prescience !

Obama promet des représailles contre la Russie pour avoir traité les États-Unis comme les États-Unis traitent, disons, le Honduras (et même la Russie elle-même jusqu’à ce que Poutine y mette un terme). Poutine a rétorqué que pour autant qu’il sache, les États-Unis n’étaient pas une république bananière, mais une grande puissance capable de protéger ses élections. Ce que Washington est en train de nier avec véhémence. Les mêmes médias qui ont affirmé l’existence des « armes de destruction massive » de Saddam transmettent à présent cette théorie du complot absurde avec tout le sérieux du monde.


En dénonçant ce « complot » russe sans donner de preuves, la CIA se départit de la discrétion habituelle des services de renseignement lorsqu’ils se soupçonnent mutuellement de manoeuvres, car le but du récit actuel est de convaincre le public américain que l’élection de Trump est illégitime, dans l’espoir vain d’abord de gagner le collège électoral, puis de paralyser sa présidence en le qualifiant d’agent de Poutine.

Les mauvais perdants d’en bas



Les mauvais perdants au sommet savent au moins ce qu’ils font et ont un but. Les mauvais perdants d’en bas expriment des émotions sans objectifs clairs. Appeler à « la résistance » comme si le pays venait d’être envahi par des extraterrestres n’est qu’une fausse auto-dramatisation. Le système électoral américain est archaïque et bizarre, mais Trump a joué le jeu selon les règles. Il a fait campagne pour remporter les Etats pivots, et non une majorité populaire, et c’est ce qu’il a obtenu.

Le problème n’est pas Trump mais un système politique qui réduit le choix de l’électorat à deux candidats détestés, soutenus par de grandes fortunes.

Quoiqu’ils pensent ou ressentent, les manifestants de rue anti-Trump, plutôt jeunes, créent une image d’enfants gâtés d’une société de consommation hédoniste qui piquent des crises lorsqu’ils n’obtiennent pas ce qu’ils veulent. Bien sûr, certains sont véritablement préoccupés pour leurs amis immigrants illégaux et craignent leur déportation (ce qui se faisait déjà sous Obama). Il reste possible d’organiser leur défense. Il est probable que la plupart des manifestants auraient préféré Bernie Sanders, mais que cela leur plaise ou non, leurs protestations sont la continuation des thèmes dominants de la campagne négative de Hillary Clinton. Elle a joué sur la peur. En l’absence de tout programme économique pour répondre aux besoins de millions d’électeurs qui ont montré leur préférence pour Sanders, et de ceux qui se tournèrent vers Trump tout simplement à cause de sa vague promesse de créer des emplois, sa campagne a exagéré la portée des déclarations les plus politiquement incorrectes de Trump, créant l’illusion que Trump était un raciste violent dont le seul programme était de susciter la haine. Pire encore, Hillary a stigmatisés des millions d’électeurs favorables à Trump comme « un panier de déplorables, racistes, sexistes, homophobes, xénophobes, islamophobes – tout ce que vous voulez ». Ces remarques ont été faites à un rassemblement LGBT, dans le cadre de sa politique identitaire pour gagner les voix des minorités en stigmatisant la majorité blanche – qui elle-même est en passe de devenir minoritaire. La prémisse des politiques identitaires est que les minorités ethniques et sexuelles sont opprimées et donc moralement supérieures à la majorité blanche, qui est l’oppresseur implicite. C’est cette tendance à trier les gens selon des catégories moralement distinctes qui divise la population, tout autant —sinon plus — que les hyperboles de Trump sur les immigrants mexicains ou musulmans. Elle a servi à convaincre un grand nombre de gens dévoués au politiquement correct à considérer la classe ouvrière blanche des régions du centre des États-Unis comme des envahisseurs ennemis qui menaceraient de les envoyer tous dans des camps de concentration.


Effrayés par ce que Trump est accusé de vouloir faire, ses adversaires d’en bas ont tendance à ignorer ce que ses adversaires d’en haut sont en train de faire. La dernière trouvaille de la campagne Clinton, à savoir rejeter la faute de sa défaite sur les « fausses nouvelles », soi-disant inspirées par l’ennemi russe, est une facette de la tendance croissante de vouloir censurer Internet, d’abord pour pédophilie, ou antisémitisme, et prochainement sous prétexte de combattre les « fausses nouvelles » — c’est-à-dire celles qui vont à l’encontre de la ligne officielle. Cette menace contre la liberté d’expression est bien plus grave que les saillies machistes de Trump que la campagne Clinton a bruyamment gonflées pour créer le scandale.

Il est normal et souhaitable que se développe une opposition politique aux mesures réactionnaires de la future administration Trump. Mais une telle opposition devrait s’atteler à définir les enjeux et fixer des objectifs précis, au lieu d’exprimer un rejet global sans résultat pratique.

La réaction anti-Trump hystérique est incapable de saisir les implications de la campagne qui vise à blâmer Poutine pour la défaite de Hillary. Les anti-Trump veulent-ils la guerre avec la Russie ? J’en doute. Mais ils ne veulent pas reconnaître que malgré tout, la présidence Trump présente une occasion d’éviter la guerre avec la Russie. Ceci est une fenêtre d’opportunité qui se refermera brutalement si l’establishment clintonien et le parti de la guerre obtiennent gain de cause. Qu’ils en soient conscients ou non, les manifestations de rue aident cet establishment à délégitimer Trump et à saboter le seul élément vraiment positif dans son programme : la paix avec la Russie.

Ajustements dans la liste des ennemis



Par leurs choix fatalement erronés au Moyen-Orient et en Ukraine, les dirigeants à Washington ont mis les États-Unis dans une trajectoire de collision avec la Russie. Incapable d’admettre que les États-Unis ont parié sur le mauvais cheval en Syrie, le Parti de la Guerre ne voit pas d’autre choix que de diaboliser et de « punir » la Russie, au risque en fin de compte d’avoir recours aux arguments décisifs du vaste arsenal nucléaire du Pentagone. La propagande anti-russe a dépassé les niveaux extrêmes de la guerre froide. Presque tout le monde s’y met, en rivalisant d’inventivité. Qu’est-ce qui peut mettre un terme à cette folie ? Qu’est ce qui peut servir à créer des attitudes et des relations normales envers cette grande nation qui aspire avant tout à être simplement respectée et à promouvoir le droit international basé sur la souveraineté nationale ? Comment les États-Unis peuvent-ils faire la paix avec la Russie ?

Il est clair que dans l’Amérique capitaliste et chauvine il n’y a aucune chance de passer à une politique de paix en nommant mon ami l’excellent pacifiste David Swanson aux relations extérieures américaines, aussi souhaitable que cela puisse être.

De façon réaliste, la seule façon dont l’Amérique capitaliste puisse faire la paix avec la Russie est en développant les affaires capitalistes. C’est ce que Trump propose de faire.

Face aux réalités, un peu de réalisme est utile. Le choix du patron de Exxon, Rex W. Tillerson, comme secrétaire d’État est la meilleure démarche possible pour mettre fin à la course actuelle vers la guerre avec la Russie. A ce stade, le slogan américain pour la paix ne peut être que « Faites les affaires, pas la guerre ».

Mais la « résistance » à Trump ne soutiendra probablement pas cette politique pragmatique en faveur de la paix. Cette politique se heurte déjà à une opposition au Congrès, chez des Démocrates et des Républicains avides de guerre. Au lieu de soutenir la détente, en criant « Trump n’est pas mon président ! », les gauchistes désorientés renforcent par inadvertance cette opposition, qui est pire que Trump.

Éviter la guerre avec la Russie ne transformera pas Washington en un havre de douceur et de lumière. Trump est dotée d’une personnalité agressive, et les personnalités opportunistes et agressives de l’establishment, notamment ses amis pro-Israëliens, vont l’aider à retourner l’agressivité des États-Unis vers d’autres cibles. L’attachement de Trump à Israël n’a rien de nouveau, mais semble particulièrement intransigeant. Dans ce contexte, les mots extrêmement durs de Trump envers l’Iran sont de mauvais augure, et il faut espérer que son rejet déclaré des guerres de « changements de régime » s’appliquera ici comme ailleurs. La rhétorique anti-chinoise de Trump ne promet rien de bon, mais à la longue il n’y a pas grand chose que lui ou les États-Unis puissent faire pour empêcher la Chine de redevenir la « nation indispensable » qu’elle était pendant la majeure partie de sa longue histoire. Des accords commerciaux plus stricts ne conduiront pas à l’Apocalypse.

L’échec de l’élite intellectuelle



La triste image des Américains d’aujourd’hui comme de mauvais perdants, incapables d’affronter la réalité, doit être attribuée en partie à l’échec éthique de la « génération 1968 » des intellectuels. Dans une société démocratique, le premier devoir des hommes et des femmes ayant le temps, le goût et la capacité d’étudier avec rigueur la réalité est de partager leurs connaissances et compréhension avec ceux qui ne disposent pas de tels privilèges. La génération des intellectuels dont la conscience politique a été temporairement éveillée par la tragédie de la guerre du Vietnam aurait dû reconnaître que leur devoir était d’utiliser leur position pour éduquer le peuple américain sur l’histoire et les réalités du monde que Washington se proposait de redessiner. Mais l’actuelle phase du capitalisme hédoniste offre aux intellectuels de bien plus grandes opportunités de réussite en manipulant les masses qu’en les éduquant. Le marketing de la société de consommation a même contribué au développement de la politique identitaire en ciblant le marché des jeunes, le marché gay, et ainsi de suite. Une masse critique d’universitaires « progressistes » s’est retirée dans le monde abstrait du post-modernisme, et a fini par diriger l’attention des jeunes sur la bonne manière de réagir à la sexualité des autres ou d’élargir leur conception du « genre ». De telles élucubrations ésotériques alimentent le syndrome de « publier ou périr » et permettent aux universitaires en sciences humaines d’éviter le moindre sujet qui pourrait être jugé critique du militarisme croissant des États-Unis ou des dérives du monde « globalisé » dominé par la haute finance. La controverse la plus aigue qui secoue aujourd’hui le monde universitaire est de savoir qui doit utiliser quelles toilettes.

Si les snobs intellectuels peuvent ricaner avec une telle auto-satisfaction sur les pauvres "déplorables" des régions qu’ils ne voient que d’en haut en prenant l’avion d’une côte des États-Unis à l’autre, c’est parce qu’ils ont eux-mêmes ignoré leur devoir social primaire qui est de chercher la vérité et de la partager. Gronder des inconnus pour leurs attitudes supposées « mauvaises » tout en donnant l’exemple social de la course à la promotion personnelle effrénée ne peut que produire cette réaction anti-élite appelée « populisme ». Trump est la revanche de ceux qui se sentent manipulés, oubliés et méprisés. Quels que soient ses défauts, il était le seul choix qui leur était offert pour exprimer leur révolte dans une élection pourrie. Les États-Unis sont profondément divisés idéologiquement, ainsi que sur le plan économique. Les États-Unis sont menacés, non pas par la Russie, mais par leurs propres divisions internes et l’incapacité des Américains non seulement à comprendre le monde, mais à se comprendre entre eux.

Diana Johnstone

Traduction VD pour le Grand Soir avec probablement moins de fautes et de coquilles que d’habitude pour cause de relecture et corrections.

 
URL de cet article 31347
 
 
Lire la suite

Syrie : Message des habitants de Ma’loula aux respectables membres du Congrès américain… Le 06 septembre 2013

22 Décembre 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Histoire, #ACTUALITE, #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La Russie, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #Daesch, #ISIL

Syrie : Message des habitants de Ma’loula aux respectables membres du Congrès américain…

image: http://reseauinternational.net/wp-content/uploads/2013/09/ma_loula-1728x800_c.jpg

Syrie : Message des habitants de Ma’loula aux respectables membres du Congrès américain…

Tribune libre Byblos

 

image: http://reseauinternational.net/wp-content/uploads/2013/09/ma_loula.jpg

Ma’loulaMesdames et Messieurs,

 

Permettez-nous de vous apprendre ce qui s’est passé aujourd’hui dans notre ville de Ma’loula [1], avant de vous rappeler ce qu’elle signifie.

À quatre heures du matin, heure de Damas, les gangs armés de la prétendue Armée Syrienne Libre [ASL], les terroristes de , et les meurtriers de l’État islamique d’ et du Levant, ont attaqué notre ville paisiblement installée dans le Djebel Qalamoun, puis ont entrepris le saccage de ses monastères, de ses églises et de ses icônes historiques, avant d’exiger de tous les habitants de se convertir à l’Islam !

Oui, c’est ce qui est arrivé à l’aube de ce jour dans notre petite ville de Ma’loula. Les gangs armés se sont répandus partout, exposant toute leur artillerie sur la place après avoir interdit tous les accès aux .

Ces actes criminels, ce saccage systématique de villes chrétiennes, ce terrorisme frappant leurs habitants, font partie d’un plan global visant à déplacer les chrétiens de leurs patries depuis les origines [2]. C’est ce que nous venons de vivre alors que l’Etat est toujours fort. Qu’est-ce qui nous arrivera si jamais ce n’est plus le cas, une fois que les Forces US nous auront bombardés ?

Ce qui attend les chrétiens de nos villes et villages, aux mains de l’organisation terroriste Jabhat al-Nosra et de ses semblables, est tout simplement terrifiant…  Pouvons-nous espérer que toutes les terribles agressions subies par les monastères et églises de la chrétienté telles celles qui ont eu lieu à Ghassanieh, à Saint Siméon, à l’Église de la ceinture à Homs… finiront par réveiller un tant soit peu la conscience du monde pour qu’il reconnaisse le crime terroriste commis à l’encontre de la Syrie [3] [4] ?

Nous n’aborderons même pas les perpétrés dans toutes les villes et tous les villages où cohabitent ceux que vous désignez par « minorités », puisque vous en connaissez tous les détails !

Mesdames et Messieurs, permettez que nous vous rappelions l’Histoire de Ma’loula qui remonte à des milliers d’années, à l’époque araméenne où elle dépendait du Royaume de Homs, à l’époque romaine quand elle s’appelait Celeokoboles, à l’époque byzantine lorsqu’à partir du IVe siècle elle est devenue le centre d’un épiscopat de première importance qui a duré jusqu’au XVIIe siècle.

Permettez-nous de vous parler du « Monastère de Mar Sarkis » [5] construit au IVe siècle après JC et conçu selon la simple architecture de l’époque des premiers martyrs, Saint Sarkis étant l’un des cavaliers d’origine syrienne exécuté sous le règne du roi Maximanus en l’an 297 après JC ; monastère qui était resté intact jusqu’ici !

Permettez-nous de vous parler du « monastère de Mar Taqla » [6] où sont conservés les restes de Saint Thècle, fille d’un prince Séleucide et élève de Saint-Paul. Un lieu bien visible de toute la petite ville et où l’eau est à jamais de « l’eau bénite ». Un lieu élevé face à la caverne où elle s’était réfugiée après avoir échappé à la persécution des Romains. Un lieu qui depuis ces temps reculés est resté un symbole de la spiritualité et un témoignage de la vie des saints. Des religieuses en prenaient grand soin ainsi que des pèlerins venus de tous les horizons. De là, ils pouvaient contempler les refuges troglodytiques où les premiers chrétiens jeûnaient, méditaient et priaient; preuve, s’il en fallait, que Ma’loula est une ville monastique d’où l’on prie Dieu, le jour comme la nuit.

C’est Ma’loula… Ce lieu célèbre de où une fissure ouverte dans la montagne se remplit ou se vide d’eau en fonction des saisons, et où les pèlerins venaient chercher la bénédiction, la guérison et la pureté depuis la nuit des temps !

Les habitants de Ma’loula

05/09/2013

Texte traduit de l’arabe par Mouna Alno-Nakhal

Texte original : Al-tayyar

 

http://www.tayyar.org/Tayyar/News/PoliticalNews/ar-LB/maaloula-pb-1630838827.htm#.UihWC5oqCXM.facebook

 

Notes :

[1] Syrie : le village chrétien de Maaloula attaqué par des rebelles islamistes

http://www.france24.com/fr/20130905-syrie-al%20nosra-village-chretien-maaloula-attaque-rebelles-islamistes

[2] Le Président Sarkozy au Patriarche maronite : « Que les chrétiens de Syrie et du Liban émigrent pour l’Europe, ils n’ont plus leur place au Proche Orient »

http://www.silviacattori.net/article2394.html

 [3] Syrie : Juppé « en faveur d’une intervention » même sans le mandat de l’ONU

http://lci.tf1.fr/politique/syrie-juppe-en-faveur-d-une-intervention-meme-sans-le-mandat-de-8259196.html

[4]  Syrie: Alain Juppé ne défend pas les minorités… il fabrique des révolutions

http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=29676

[5] Ma’loula – Le couvent Saint Serge ( Mar Sarkis )

http://www.levoyageur.net/photo-1607.html

[6] La Syrie, un pays historiquement Chretien ou il faisait bon vivre, il y a encore peu

http://lesamisdejesus.forumactif.org/t5786-la-syrie-un-pays-historiquement-chretien-ou-il-faisait-bon-vivre-il-y-a-encore-peu


 
Lire la suite

Rares nouvelles de Mossoul… Comment l’Iran et la Russie ont ruiné le plan américain visant à laisser une issue à ISIS pour s’évader de Mossoul. Par Dean Parker

22 Décembre 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #ACTUALITE, #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La Russie, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #Daesch, #ISIL, #Terrorisme

Rares nouvelles de Mossoul…


Comment l’Iran et la Russie ont ruiné le plan américain visant à laisser une issue à ISIS pour s’évader de Mossoul


Par Dean Parker – Le 12 décembre 2016 – Source Russia Insider

Peu de monde aurait prévu en septembre, lorsque Washington et Bagdad annoncèrent l’offensive de Mossoul, que trois mois plus tard Alep serait presque libérée, tandis que la poussée irako-américaine dans Mossoul serait embourbée. Cela ne peut signifier qu’une seule chose : c’est le temps de chercher des boucs émissaires !

Et quels meilleurs boucs émissaires que l’Iran téméraire et la Russie couarde ?

 

Voici la nouvelle narration : les États-Unis ont conçu un grand plan qui laissait à ISIS une voie pour évacuer Mossoul, entraînant une victoire rapide. Mais alors, l’Iran et la Russie sont intervenus pour séduire et cajoler les Irakiens, afin qu’ils bloquent plutôt les issues, menant directement au bourbier actuel.

Reuters, au sujet des intrigues iraniennes :

Dans les premiers jours de l’assaut sur État islamique à Mossoul, l’Iran a réussi à faire pression sur l’Irak pour qu’il change son plan de bataille et verrouille la ville, une intervention qui a depuis façonné le cours tortueux du conflit.

La stratégie de campagne initiale appelait les forces irakiennes à former un fer à cheval autour de Mossoul, bloquant trois fronts, mais laissant ouvert le quatrième – à l’ouest de la ville, menant vers le territoire de État islamique dans la Syrie voisine.

Ce modèle, déjà utilisé ces deux dernières années pour récupérer plusieurs villes irakiennes des mains de militants de la ligne ultra-dure, laisse aux combattants et aux civils une voie d’évasion claire, et aurait pu rendre la bataille de Mossoul plus rapide et plus simple.

Mais Téhéran, préoccupé par le retour des combattants en Syrie, au moment où son allié Bachar al-Assad prenait le dessus dans la guerre civile de cinq ans, voulait que État islamique soit écrasé et éliminé à Mossoul.

Les sources indiquent que l’Iran a fait pression pour que les combattants chiites irakiens de la Mobilisation populaire, soutenus par l’Iran, soient envoyés sur le front ouest pour couper le lien entre Mossoul et Raqqa, les deux villes principales du califat transfrontalier autoproclamé de État islamique.

Et les Russes :

L’Iran n’était pas le seul pays à faire pression pour que l’évasion soit impossible à l’ouest de Mossoul. «La Russie, un autre puissant allié d’Assad, voulait également bloquer tout mouvement de militants en Syrie», a déclaré Hashemi. Le ministère russe de la Défense n’a pas répondu immédiatement à une demande de commentaires de Reuters.

Mais, attendez une minute, même la France – un fougueux larbin des Américains, mais qui a été frappé par les attentats terroristes d’ISIS – craignait que laisser s’échapper les meilleurs coupeurs de tête du monde ne soit pas une si bonne idée, après tout :

Un des plus grands ennemis d’Assad, la France, s’inquiète également du fait que des centaines de combattants liés à des attaques à Paris et à Bruxelles pourraient s’échapper. Les Français ont apporté un soutien terrestre et aérien à la campagne de Mossoul.

Une semaine après le lancement de la campagne, le président français François Hollande a déclaré que tout flux de personnes en provenance de Mossoul contiendrait «des terroristes qui tenteront d’aller plus loin, en particulier à Raqqa».

Une chose est claire. Le plan original américano-irakien a été abandonné. Les Américains avaient prévu d’offrir à ISIS une voie d’évacuation, mais les militaires irakiens avaient d’autres plans.

Cela peut rendre la tâche immédiate de prendre Mossoul plus difficile, mais cela peut également rendre la tâche ultime de l’extinction ISIS plus facile. Moins il y aura de combattants d’ISIS qui fuiront dans l’est de la Syrie, moins les milices irakiennes auront de difficulté à les poursuivre.

Dean Parker

Traduit et édité par jj, relu par nadine pour le Saker Francophone

Lire la suite

Le Bloc atlantiste au bord de la crise de nerfs

22 Décembre 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La mondialisation, #La Russie, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013

Le Bloc atlantiste au bord de la crise de nerfs

Résultats de recherche d'images pour « images hillary clinton »


2016-07-19_11h15_59Le 13 décembre 2016 – Source entrefilets

On en espérait pas tant. En quelques semaines seulement, le Bloc atlantiste a fait un saut qualitatif remarquable sur l’échelle de Richter du désordre globalisé.

 

De la panique intégrale déclenchée par l’élection du déplorable Trump à la débandade des coupeurs de têtes modérés d’Alep-Est, le joli petit monde du néolibéralisme militarisé prend l’eau de toutes parts.

Alors forcément le Bloc réagit, sur-réagit même, avec le savoureux avantage que dans la précipitation, les marionnettistes de la pantalonnade ambiante ne prennent même plus la peine de camoufler un tant soit peu leurs manigances. Tout se fait ainsi à ciel ouvert, y compris le pire, le honteux, le normalement inavouable, et il n’y a qu’à se baisser pour ramasser les pépites. Inutile de dire que c’est évidemment sur le pont du Titanic US que l’on récolte les plus grosses.

Ainsi, entre la CIA qui entre en guerre contre le FBI en essayant de renverser Trump avant même son entrée en fonction, et le Congrès qui vote des livraisons d’armes aux terroristes d’al-Qaïda supposés responsables des attentats du 11 septembre, on nage en plein vaudeville à l’échelle planétaire. Du caviar on vous dit. L’implosion est proche.

Le very very bad trip de Killary

Dès les premiers signes laissant penser que Trump avait tout pour devenir un adversaire sérieux d’Hillary-la-démente, nous nous étions pourtant étonnés que le bonhomme ne soit pas victime du déséquilibré de service ou d’un accident de savonnette qui l’aurait laissé gisant dans une marre de Chanel 5, la mèche empalée sur la robinetterie en or de sa salle de bains. Quelle ne fut pas dès lors notre surprise non pas de le voir élu, on savait la chose possible sinon probable, mais de le voir tout simplement arriver vivant au scrutin. Il faut dire qu’enfermés dans leur bulle, ni l’élite-Système ni son clergé médiatique n’avaient pu imaginer ne serait-ce qu’un instant que le peuple aurait l’audace de les envoyer bouler.

Au soir du vote maudit donc, ce fut comme il se doit le séisme, le Big One, façon Fukushima, avec dévastation des esprits effarés de toute la volaille médiatique planétaire et stupéfaction générale, cosmique même, de toute la pègre néolibérale dirigeante et de ses hordes de bobos-zombies.

En savoureux point d’orgue de la soirée, on avait même eu droit au pétage de plomb d’Hillary-la-démente qui, réalisant qu’elle ne serait jamais présidente après tous les sacrifices consentis aux côtés de son ahurissant mari, s’était jetée toutes griffes dehors en hurlant comme une possédée sur son improbable chargé de campagne Podesta. Tétanisée, son équipe avait d’abord hésité à appeler enfin un prêtre exorciste avant de se contenter de lui administrer une dose massive de psychotropes – beaucoup plus que d’habitude – pour la faire redescendre de son very very bad trip.

Le joker Poutine, comme toujours

Sous l’aiguillon de la clique à Soros, la sidération générale avait rapidement laissé place à une presque révolution-orange avec ses incontournables flashmobs de bobos-zombies indignés, jusqu’à une abracadabrantesque tentative de recomptage qui devait finalement tourner court.

Rien de très sérieux donc, mais il restait bien sûr le joker Poutine. C’est désormais chose faite avec la publication par le Washington Post des «résultats d’une évaluation secrète de la CIA» (SIC). C’est-à-dire pas secrète du tout puisque transmise encore chaude directement à la rédaction du valeureux canard. Tout cela pour nous dire que le tentaculaire Poutine aurait gravement interféré dans le processus électoral de la plus grande démocratie du monde [rires…] pour favoriser l’élection du Grand Déplorable. Et que donc cette élection ne serait implicitement pas valide…

Et comment l’épouvantable Vladimir aurait-il commis son forfait ? Ah oui, en commanditant le fameux piratage des emails du chargé de campagne de Killary, l’inénarrable Podesta donc, ventilés par Wikileaks alias Poutinoleaks durant les semaines précédant le scrutin. Des emails qui révélèrent au passage toutes les petites maladies honteuses du clan Clinton et notamment ses manigances pour évincer l’autre démocrate Bernie Sanders et faire place nette à Hillary-Strangelove. Bien sûr, la CIA ne fournit aucune preuve de ses allégations, mais c’est là son privilège. Il faut dire qu’à une semaine de la nomination officielle de Trump à la Présidence par les Grands électeurs, on fait ce qu’on peut avec ce qu’on a.

Reste que là où la chose devient savoureuse, c’est que, ce faisant, la CIA a déclaré la guerre au FBI qui, lui, avait tout fait durant la campagne pour flinguer la candidature d’Hillary-la-démente.

Ce qu’il y a de réjouissant dans toute cette affaire, quelle qu’en soit l’issue, le désordre général ne pourra qu’amplifier : si la manœuvre réussit, la probabilité de troubles importants voire d’une guerre civile augmentera d’autant, avec au minimum l’éclatement des structures politiques de cet État faussaire ; si elle échoue, la guerre CIA-FBI perdurera sous la présidence de Trump qui, plus que jamais, s’annonce donc comme la présidence du désordre absolu – la seule vertu que nous lui reconnaissons pour l’heure étant de vouloir apaiser les tensions avec la Russie et réduire la voilure mortifère de l’Empire.
On attend donc la suite avec une certaine impatience, un peu taquine il faut bien l’avouer.

SOS al-Qaïda

L’autre foyer de désordre intégral est bien sûr la victorieuse alliance Bachar-Poutine-Hezbollah en Syrie. En effet, la chute d’Alep, imminente à l’heure où nous écrivons ces lignes – question d’heures même –, a elle aussi déclenché un séisme de magnitude 1000 dans la basse-cour politico-médiatique du Bloc atlantiste.

Dès les premiers signes de faiblesses des coupeurs de tête modérés qui tenaient la population de la ville en otage, le Bloc a immédiatement mobilisé l’entièreté de sa puissance.

À grands coups d’éditos mensongers, mièvres ou dégoulinants de mauvaise foi, tous les médias embarqués ont été mobilisés pour pointer Poutine comme le responsable de la «pire catastrophe depuis la Deuxième Guerre mondiale», des pires crimes de guerre, crimes contre l’humanité, contre le monde, l’univers, le cosmos etc…

Parallèlement, des hordes de bobos-zombies s’offraient en solde leur supplément d’âme du mois en participant, la mine grave, à toutes sortes de manifestations héroïques dans les capitales de notre vertueux monde libre pour dénoncer la pire horreur jamais survenue depuis l’apparition de l’Homme sur terre, et même de l’amibe sous les mers.

Enfin, surfant sur cette vague d’indignation aussi sélective que gélatineuse, le Bloc atlantiste a ensuite vaillamment tordu le bras de tous les petits pays clients pour imposer résolution sur résolution devant le Conseil de sécurité et l’Assemblée générale de l’ONU. Tout ce cirque n’ayant qu’un seul but : sauver les gentils terroristes du Bloc atlantiste, leur offrir ne serait-ce qu’un bol d’air, qu’un peu de répit, et surtout bien sûr des armes, des munitions et des troupes fraîches à la faveur d’une énième trêve humanitaire.

Pourtant, échaudé par une série de cessez-le-feu qui n’avaient déjà servi qu’à cela, Poutine a cette fois répondu «niet».

Vous en reprendrez bien une tranche ?

Bien lui en a pris. Car aujourd’hui enfin, Alep au moins est libérée des coupeurs de tête qui mettent le pays à feu et à sang depuis plus de cinq ans maintenant. Détail piquant : les égorgeurs modérés se rasent désormais la barbe à tous les coins de rue d’Alep pour tenter de passer incognito et sauver leur peau.

Bien sûr, la riposte ne s’est pas fait attendre et l’Empire a immédiatement donné le coup de pouce nécessaire à la reprise de Palmyre par Daesh, histoire d’élever le coût d’Alep pour la Russie.

Dans le même temps, le Congrès US s’affolait et levait toutes les restrictions à la livraison d’armes sophistiquées aux groupes terroristes en Syrie, officiellement bien sûr pour soutenir une «opposition modérée» qui n’a jamais existé que dans la narrative officielle.

Outre le fait que la livraison prévue de lance-missiles sol-air fournira sans aucun doute à des groupes terroristes les moyens d’abattre désormais des avions de ligne – merci d’avance –, il est savoureux de constater que le Congrès US se bat comme un beau diable pour sauver en Syrie les terroristes qu’il accuse parallèlement d’avoir abattu les tours du WTC un certain 11 septembre 2001. Et ce n’est même pas nous qui le disons, mais la députée US Tulsi Gabbard, cheffe de file d’une fronde bipartite certes bien minoritaire, mais qui tente justement de «stopper la livraison d’armes aux terroristes» par son pays.

Nous voilà donc aux prises avec un Empire aux portes de l’effondrement intérieur et qui, sur le front extérieur, se proclame tout à la fois en guerre perpétuelle contre le terrorisme alors qu’il sponsorise désormais ouvertement les pires groupes terroristes que le monde ait connu.

Un tel degré d’entropie confine décidément au sublime, et prend même des allures de signe pour nous dire que l’implosion n’est plus très loin.

Piloté par une capitainerie US devenue folle, le Bloc atlantiste accuse ainsi difficilement le coup. L’élection de Trump et la perspective d’un apaisement avec la Russie avec une possible disparition de l’OTAN à la clé ; la lame de fond qui menace de plus en plus clairement de couler bientôt l’UE technocratique de Bruxelles ; et enfin la perte l’Alep qui signe l’échec de l’opération atlantiste de regime-change en Syrie, tout cela commence à faire beaucoup, et peut-être même trop.

Le nervous breakdown menace.

entrefilets.com

Lire la suite

Quand on parle du monstre… Par Jean-Marie Bourget

22 Décembre 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Histoire, #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La Russie, #La lutte des classes, #La paix, #Amérique Latine, #Les média

Quand on parle du monstre…

image: http://reseauinternational.net/wp-content/uploads/2016/12/800033_3_e0e9_fidel-castro-lors-d-un-discours-a-la-havane-1728x800_c.jpg

Quand on parle du monstre…

Tant pis, à mon âge avec une vie mal faite derrière moi, je peux vous le confier au risque de me retrouver devant la Cour Pénale Internationale : j’ai admiré Castro. Admiré sans réserve. Pas comme mon ami Régis Debray qui n’a pas été nul dans l’éloge, et même émouvant. Mais qui a émis les réserves habituelles, comme les suspects arrêtés par le commandant Renault dans le film Casablanca. Des mots parachute qui vous évitent le pilori. Le problème de Régis, pourtant grand croyant et souvent grand crédule, est d’être parfois un « in-fidèle », de ne pas aller jusqu’au bout alors qu’il le devrait, de lâcher la cause en route.

Comme on abandonne dans le col parce que le boyau est crevé et que soudain, coup de mou et faute de rustines, on se demande si la vie vaut la peine d’être vécue l’humanité étant dégueulasse. L’esprit de révolution est comme la pierre ponce, il s’use. Et il use. Régis est passé à une autre pierre, un autre Pierre où Jésus a bâti son Eglise. Dommage, mais admirons le salut final du dernier des Mohicans : il a toujours le goût à la liberté et refuse la vie au caviar proposée par les petits maîtres de la sociale démocratie française.

La mort du Leader maximo nous a permis de savoir qu’il y a toujours du fidèle en lui. Et je ne peux oublier une soirée heureuse, avec un retour à la case départ, celle qui précède « Révolution dans la Révolution ». Autour d’une table parisienne, dans un titre à la Alexandre Dumas nous étions réunis « Cinquante ans après ». Régis s’est retrouvé là ému, en militant prodigue rentré à la base pour honorer celui qui fût un temps son maître, Jacques Vergés. C’est l’avocat ami de Mao et rédacteur en chef, qui l’avait, pour la revue « Révolutions », expédié en première patrouille sur les terres explosives de l’Amérique du Sud.

Si, parlant de Castro je vous parle de Debray c’est par commodité. Car évoquer aujourd’hui en France le suprême barbu est une entreprise impossible pour qui n’a pas d’outil, de toise, de cadran. Equipé on plonge alors dans le bazar du temps pour retrouver un étalon, un échantillon témoin. Avons-nous rêvé que nous, et des millions d’autres, aimions Castro ? Sommes-nous seuls « rouges-bruns » survivants de cette admiration devenue honteuse ? Pour nous pincer, nous réveiller, j’ai donc convoqué Régis, le vrai expert devenu plus crédible en homme du réel qui porte des costumes balzaciens. Il est notre témoin de moralité. A la barre de l’histoire il comparait pour dire aux incroyants qu’il est vrai que nous avons été fous, que nous n’étions pas seuls et avions raison de l’être.

Si dans un pays de liberté agonisante, la France où Chomsky est interdit de parole, je sonne le rassemblement de ceux qui ont accompagné Fidel, c’est par peur de ne pas être cru. Oui nous avons supporté avec lui, et portons encore l’utopie d’un monde plus juste. Une idée qui se sent maintenant seule comme une petite vieille la nuit sur un banc du Métro. Sur les écrans des télévisions on voit ces maîtres d’hôtel chargés de servir la vérité bien chaude, nous affirmer qu’avoir une émotion à l’annonce de la mort de l’ami du Che est grandement coupable.

La preuve, dès qu’un politicien se montre -et nous n’en manquons pas, ce sont des gibiers de saison- il est assommé d’une question unique : « que pensez-vous des propos de Ségolène Royal sur Fidel Castro ? ». Disparu le vrai débat, l’œuvre et l’homme Fidel n’ont pas d’importance. Ne pas introduire l’idée contagieuse qu’hors le vin le rouge puisse être bon. Ce qui compte, c’est de demander à Bayrou, le Commandante du Béarn, ce qu’il pense des justes paroles sorties naturellement de la bouche innocente d’une ministre linotte : « Cuba n’est pas une dictature ».

Cette impossibilité de dire un mot positif, fut-il orphelin, sur l’œuvre de Castro -sauf à être un nouveau Faurisson- est un indicateur. Un indice scientifique comme celui qui mesure les marées. Puisqu’il est impossible de dire « Castro » sans recevoir de tomates, cela signifie que nos libertés sont mortes. Avec elles notre imaginaire et le devoir du contradictoire, du doute.

Je m’explique. Le droit de vomir Castro étant acquis et gravé dans les livres par la bande des Courtois, le gang des « Nouveaux » philosophes et autres techniciens de surface comme Enthoven, est-il possible d’introduire une nuance de Mandela dans le vert olive ? Non. L’affaire est pliée. Dire que Castro a mis un continent debout, et même un et demi en comptant l’Afrique, qu’il a rendu les frères de son île à l’état d’hommes, c’est postuler à l’opprobre. Celle d’une Cour de magistrats mondialisés qui tient open bar à La Haye. Voilà l’état de notre liberté. Et son emprisonnement dans la cellule de la pensée néo conservatrice, droit-de-l’hommiste, pourrait ne pas être grave… Il faudrait, pour un nano gramme d’optimisme, sentir pousser des lutteurs capables de cisailler ses barreaux. Bien non. Il n’y a pas grand monde.

Il n’y a plus de lutteurs, ils ont rendu leurs paquetages à la globalisation. Restent des naufragés de Facebook communiquant entre eux comme des tôlards, en faisant du tam-tam dans les tuyaux, qui osent dirent les gros mots : « Fidel… je resterai fidèle ». Car, pour la pensée Pujadas, celle qui compte comme devant un guichet banque dans ce temps qui tourne le dos à l’espérance pour embrasser Wall Street, Castro avec « ses camps » est devenu un peu Hitler. Et Kissinger un Prix Nobel combattant pour la démocratie. Ainsi va la nouvelle histoire écrite par la sociale démocratie de France made in Washington. Celle qui envoie des gendarmes, à propos du contenu de son cours sur la Russie délivré en collège, poser des questions à un professeur breton.

Je pense qu’il serait souhaitable que les fabricants de jeux pour enfants nous facilitent la tâche. Qu’ils inventent une tablette sur laquelle, dès que les petits doigts pianotent l’icône Castro, ils reçoivent une petite décharge électrique. Le logiciel devra laisser de l’espace « libre » afin que cette gégène, l’enfer de l’histoire, puisse regrouper tous les monstres en une correcte haine. Ainsi notre monde deviendra juste et nos enfants heureux.

Ne dites plus « non passaran », puisque les éradicateurs sont passés en piétinant nos raisons de vivre. Fidel tu as eu raison de mourir, ce monde n’est plus pour nous.

Jacques-Marie Bourget

source: http://prochetmoyen-orient.ch/quand-on-parle-du-monstre/


 
Lire la suite

Lettre ouverte à Raphaël Glucksmann. Par Hélène Richard-Favre

21 Décembre 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Histoire, #La nation ., #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La mondialisation, #La République, #Ukraine, #La Russie, #Terrorisme, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #La guerre, #Daesch, #Les média

21/12/2016

Lettre ouverte à Raphaël Glucksmann

 

Monsieur,

 

Sur votre compte Twitter, vous avez appelé à un rassemblement, ce 19 décembre 2016, Place Igor Stravinsky à Paris.

Avoir des opinions, nourrir des convictions, rien de plus légitime mais les défendre de manière aveugle, c’est prendre le parti d’intérêts et cautionner les non-dits qui les accompagnent.

C’est, dès lors, faire la part belle à la propagande.

Aussi, Monsieur Glucksmann, les criminels que vous dénoncez sont-il vraiment ceux qu’il vous plaît de mettre en avant tandis que de longue date, la menace a plané sur la Syrie?

Près de 400.000 morts plus tard et autant d’actes terroristes et d’assassinats, on préfère persister et signer des actes d’accusation contre ceux que l’Occident bien-pensant a décrétés coupables.

La Russie de Poutine ou de quiconque n’est pas à l'origine de l’horreur qui frappe la Syrie, pas davantage ne l’a-t-elle été de la guerre en Ukraine.

L’installation d’un gazoduc auquel le gouvernement syrien s’est opposé et l’exploitation de gaz de schiste contre lequel s’est levé le Donbass ont eu, en grande partie pour conséquences, les guerres fratricides que l’on sait.

Dénoncées par nombre de personnalités ou autres organisations humanitaires du monde occidental, elles ont été le plus souvent commentées de manière partiale et partielle pour privilégier l’émotion sélective. 

Alors, quand prévaut la désinformation relayée au-delà des médias, sur un lieu chargé de mémoire comme l’est la Place Igor Stravinsky à Paris, c’est non seulement l’humanité et l’humanisme que l’on prend en otage mais la culture et l’Histoire.

Merci de votre attention,

Hélène Richard-Favre

Lire la suite

Quelques premières réflexions sur l’assassinat de l’ambassadeur de Russie à Ankara. Le SAKER

21 Décembre 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La Russie, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #Daesch, #La Turquie

Quelques premières réflexions sur l’assassinat de l’ambassadeur de Russie à Ankara


Saker US

Par le Saker – Le 21 décembre 2016 – Source The Saker

Bon, donc ce soir nous avons le nom de l’assassin, il s’agit de Mevlut Mert Aydintas, un policier de 22 ans qui avait été récemment licencié à la suite de la répression anti-Güleniste d’Erdogan contre les forces qui avaient récemment tenté de le renverser. Nous avons aussi une vidéo très utile de l’assassin.

Cette vidéo de l’attaque montre aussi quelque chose de très important : les seuls coups tirés sont ceux de l’assassin.

Cela signifie une de ces deux choses : soit personne n’était chargé de la sécurité dans cette exposition, soit la salle dans laquelle ce meurtre s’est déroulé était considérée comme « sûre/stérile » parce qu’elle était à l’intérieur d’un périmètre de la sécurité intérieure que nous ne voyons pas dans cette vidéo.

Je trouve la seconde hypothèse beaucoup plus probable. Cela expliquerait aussi pourquoi et comment Mevlut Mert Aydintas y est arrivé si facilement : il a simplement flashé son identifiant de policier et on l’a laissé passer.

Lorsque de tels événements se produisent, il est aussi important de se poser la question : cui bono – au bénéfice de qui ?

Erdogan ? Non

Je ne vois absolument aucune raison imaginable pour laquelle Erdogan voudrait que l’ambassadeur de Russie soit assassiné à Ankara, mais je peux aisément imaginer une longue liste de raisons pour lesquelles il ne voudrait pas du tout que cela arrive. Certains diront à juste titre que la chute d’Alep humilie la Turquie et Erdogan, et je suis d’accord. Mais je rappellerai à tous que Erdogan avait à l’évidence un accord avec les Russes et les Iraniens lorsqu’il a déplacé ses forces au-delà de la frontière et qu’il a occupé le nord de la Syrie. Il est hors de question qu’il ait risqué un tel geste contre la volonté de Moscou et de Téhéran. Donc quel était cet accord ? Nous ne le saurons probablement jamais, mais il incluait clairement une disposition qui limitait les actions de la Turquie à une étroite bande de terre au nord. Si cette hypothèse est correcte, alors Alep devrait être considérée comme hors de la « sphère des intérêts turcs » en Syrie, du moins dans la conception tripartite turco-irano-russe.  Erdogan savait-il qu’Alep tomberait et tomberait si rapidement ? Probablement pas. Il semble que Erdogan a été déjoué par les Russes et les Iraniens. Mais il avait certainement de meilleures options pour riposter contre la libération d’Alep que de voir l’ambassadeur russe assassiné à Ankara. Le fait est que les Turcs n’ont pratiquement rien fait lorsque Alep a été libérée, au plus ont-ils aidé les Russes à évacuer la part des « bons terroristes ».

Même si Erdogan est fou, il est suffisamment intelligent pour comprendre que si l’ambassadeur russe est assassiné à Ankara, l’OTAN ne fera rien pour le protéger et que les Russes peuvent tirer un missile de croisière exactement dans la fenêtre de sa chambre à coucher. Ergodan est peut-être cinglé, mais il n’est clairement pas ce genre de cinglé là.

Enfin, souvenons-nous des conséquences désastreuses pour la Turquie après le tir qui a abattu le SU-24 russe et le fait, corroboré par de nombreux récits, que les services de renseignement russes ont sauvé Erdogan, probablement au sens littéral, en l’avertissant du coup d’État contre lui.

Donc pour toutes ces raisons, Erdogan n’est pas sur ma liste actuelle de suspects. Ne jamais dire jamais, de nouveaux faits pourraient surgir, en particulier avec un maniaque comme Erdogan, mais en ce moment, je présumerai qu’il n’a rien à voir avec ce qui est arrivé.

Daech & Co?  Peut-être

Bon, il est assez évident que Daech & Co avaient une très longue liste de raisons de vouloir tuer un responsable russe de haut niveau. Donc oui, ils avaient assurément le mobile. Si on considère les succès des extrémistes islamistes radicaux dans leur investissement de l’État profond (et pas si profond) turc, Daech & Co en avaient aussi les moyens. Quant à la possibilité, la vidéo ci-dessus [censurée depuis par Youtube, NdT] montre clairement que non seulement Mevlut Mert Aydintas a eu le temps de tirer plusieurs fois sur l’ambassadeur russe (j’ai compté 9 coups), mais qu’il a eu encore le temps ensuite de rester là et de hurler toutes sortes de slogans sur la Syrie, Alep et Dieu. Nous ne connaissons pas encore tous les détails, mais c’est déjà une preuve très forte que la sécurité lors de cet événement était lamentable.

Gulen, la CIA, Obama & Co?  Peut-être

Oui, ils sont aussi sur ma liste de suspects. Les Gulénistes n’ont rien à perdre, la CIA est devenue folle de rage et de peur avec l’élection de Trump et l’administration Obama très en colère, offensée, profondément vindicative et par ailleurs totalement habitée de mauvaises personnes qui aimeraient déclencher une nouvelle crise entre la Russie et la Turquie ou faire payer d’une manière ou d’une autre les Russes pour l’humiliation infligée à l’Empire anglo-sioniste à Alep. Souvenez-vous que c’est exactement comme ça que la CIA tue toujours les dignitaires étrangers : en sous-traitant le meurtre à un fanatique local de manière à préserver la possibilité de ce qu’ils appellent « un déni plausible ».

Pendant la Guerre froide, les Soviétiques et les Américains partageaient la conception tacite que « nous ne nous tuons pas les uns les autres ». Cela n’a jamais été formellement dit ou reconnu, mais je vous assure que c’était vrai : aucun camp ne voulait déclencher une escalade sans fin d’assassinats et de contre-assassinats. Mais la CIA d’aujourd’hui est une plaisanterie pathétique comparée à la CIA de la Guerre froide, et avec le mélange actuel de cancres médiocres à sa tête, je ne serais pas surpris que quelque idiot à Langley ait approuvé le meurtre d’un ambassadeur russe. Par ailleurs, si les Américains ont été assez fous et imprudents pour tenter de renverser Erdogan, pourquoi n’essaieraient-ils pas d’assassiner un ambassadeur russe ?

Qu’en est-il de l’hypothèse du tireur isolé ?

Eh bien il est impossible de prouver le contraire. Mevlut Mert Aydintas a perdu son travail lors de la récente purge, il avait des pouvoirs de police et son attitude sur la vidéo semble être un exemple classique du genre de comportement fanatique que pourrait manifester un dingue. Donc oui, il est possible que Mevlut Mert Aydintas ait agi seul. Après tout, il avait seulement besoin d’un pistolet et d’un badge de policier. Voyons ce que les Turcs, et les Russes, découvriront à son propos. Pourtant, j’en doute. Cette sorte de personnalité est habituellement choisie par un État qui soutient le terrorisme et ensuite activée lorsque c’est nécessaire. Mon intuition me dit qu’il n’a pas agi seul. Quelqu’un a probablement utilisé Mevlut Mert Aydintas.

Questions difficiles

Ici, j’espère vraiment me tromper, mais si je veux être honnête, je dois admettre que je suis totalement incapable de trouver une excuse à la sécurité négligente autour de l’ambassadeur Andrei Karlov.  Et je ne pense pas aux Turcs ici, je pense aux services de sécurité russes. Voici pourquoi.

Même si nous supposons que les Turcs avaient dit aux Russes qu’ils avaient établi un périmètre « sûr/stérile » autour de l’exposition et que le public normal n’y entrerait pas, les images montrent ce qui semble n’être que quelques hôtes, il n’y a pas d’excuse pour les Russes de ne pas avoir placé au moins un garde du corps à proximité immédiate de l’ambassadeur. La Turquie n’est pas seulement un pays en guerre, mais la Russie prend part à cette guerre, les Takfiris ont fait une longue liste de menaces contre la Russie et, enfin, la Turquie est un pays qui a souffert du terrorisme depuis des années et qui vient de subir une tentative de coup d’État sanglant. Dans un tel pays, des officiels de haut rang comme un ambassadeur devraient avoir été protégés par tout un groupe de gardes du corps, mais dans ce cas, il n’y en avait à l’évidence aucun. Oh sûrement les Russes peuvent accuser les Turcs d’avoir établi un périmètre merdique, mais en tant que professionnels ils devraient savoir que les Turcs ont déjà des difficultés extrêmes à s’occuper de leurs propres terroristes et qu’à la suite des purges massives, les services de sécurité sont dans un état chaotique. Maintenant, est-ce qu’un seul garde du corps aurait fait la différence ?

Oui, c’est possible.  C’est même probable, en fait.

D’après la vidéo, il apparaît que Mevlut Mert Aydintas se tenait à environ 5 mètres derrière l’ambassadeur Karlov lorsqu’il a ouvert le feu. Apparemment, pas un seul des coups de feu n’a frappé l’ambassadeur à la tête. Si ce dernier avait porté un gilet pare-balles ou tout autre type de protection, il aurait probablement survécu à cette première volée de balles (à moins que l’une d’elles ne frappe les cervicales).  Un seul garde du corps aurait ensuite facilement pu tuer Mevlut Mert Aydintas et mettre l’ambassadeur en sécurité. À l’évidence, Karlov ne portait aucune sorte de protection ce jour-là. Pourquoi ? Il n’avait pas un seul garde du corps près de lui. Pourquoi ? On n’entend aucune voix russe sur la vidéo, donc il semble qu’il n’y avait aucune sécurité russe nulle part près de l’ambassadeur. Pourquoi ?

Normalement, les ambassadeurs sont une cible très facile. Tout le monde les connaît, leur programme est public et, contrairement à ce que beaucoup semblent penser, la plupart d’entre eux n’ont aucun agent de sécurité. Je suis totalement surpris que plus d’ambassadeurs ne soient pas régulièrement abattus. Dans les pays à haut risque, cependant, les ambassadeurs sont généralement protégés, en particulier ceux représentant des pays impliqués dans une guerre ou qui sont des cibles probables d’attentats terroristes. Certes, en règle générale, les Russes, y compris les diplomates, tendent à être plus braves ou téméraires (choisissez le terme qui convient) que leurs homologues occidentaux : ils ne paniquent pas facilement et ils aiment à montrer qu’ils n’ont pas peur. Mais ce genre d’attitude doit être surveillée par des professionnels.

Franchement, cela me met en colère de voir combien de Russes ont été tués par cette attitude laxiste à l’égard du risque personnel et de la sécurité.  Oui, il est très noble d’être courageux, mais mourir tué par un fou est aussi totalement stupide. Je me sentirais beaucoup mieux si les responsables et les politiciens russes étaient un petit peu moins courageux et un petit peu plus rigoureux. Parce que ce qui est arrivé aujourd’hui pose la question : la prochaine fois, à qui le tour ?

Conclusions

Ce qui est arrivé aujourd’hui est une tragédie doublement douloureuse du fait qu’elle aurait probablement pu être évitée. Les services de sécurité turcs arrêteront probablement dans la nuit quasiment tous ceux que Mevlut Mert Aydintas a rencontrés, et ils obtiendront des quantités d’aveux. Je suis quasiment sûr qu’ils partageront nombre de ces données avec les Russes, ne serait-ce que pour montrer combien ils sont désolés. Hélas, tant les Turcs que les Russes ont une longue tradition du secret, et nous ne trouverons peut-être jamais qui, s’il existe, était réellement derrière Mevlut Mert Aydintas.

La seuls chose dont je suis sûr est que Poutine ne fera rien de conséquent, peu importe qui est derrière cet assassinat. Si ce sont les Takfiris, les gens impliqués mourront dans les deux prochaines années. Si la CIA est impliquée, alors les Russes seront beaucoup plus prudents et pourraient choisir d’agir d’une manière très différente, éventuellement au travers de la prochaine administration. L’assassinat de l’ambassadeur Karlov ne parviendra par à faire dévier les efforts russes et iraniens pour arriver à une sorte de solution régionale à la guerre en Syrie, ni ne changeront la détermination des Russes d’empêcher l’Empire anglo-sioniste de transformer la Syrie en un autre Takfiristan.

Quant à la Russie et à la Turquie, tant que Erdogan reste au pouvoir, elles continueront à essayer de collaborer contre toute attente et en dépit de différences profondes et fondamentales. Ni la Russie ni la Turquie, qui se sont combattues dans douze guerres au cours de l’Histoire, n’ont d’autre choix.

The Saker

Traduit par Diane, vérifié par jj, relu par Diane pour le Saker francophone

Lire la suite

La bataille de l’information sur la bataille d’Alep… Par BRIGITTE PASCALL

21 Décembre 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La mondialisation, #La République, #La Russie, #La nation ., #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #Daesch, #Les média, #Je suis Charlie?

La bataille de l’information sur la bataille d’Alep…

La bataille de l’information sur la bataille d’Alep…  Par BRIGITTE PASCALL

Le 19 DÉC. 2016

 

PAR BRIGITTE PASCALL

BLOG : LE BLOG DE BRIGITTE

Ha, on se rappellera la bataille de la bataille d’Alep….! Non pas la « vraie », celle qui détermine la nouvelle géopolitique. Je parle de la bataille de l’information, faisant rage en France, opposant férocement les facebookiens microscopiques que nous sommes d’un côté avec les moyens d’investigation microscopiques que l’on sait : face à l’Ogre de l’AFP, arrosant les télévisions, Maître arrogant de l’information hexagonale : allant chercher ce qu’il devait dire à l’Elysée : le Mensonge encore et encore, appuyé par des bobards non moins énormes. Ainsi, les « atrocités commises par Assad et les Russes à Alep » (sic) reposaient sur du lourd : rien que sur une limpide Vérité : le témoignage d’une petite fille de 7 ans, soit disant syrienne, parlant parfaitement l’anglais. Sur l’émotion suscitée par une autre petite fille fuyant sous les bombes : image extraite en réalité du clip d’une chanteuse américaine. La petite fille du clip avait été maquillée, afin de rendre la guerre plus « atroce » : on lui avait mis deux ronds marrons sur les joues, histoire de faire croire qu’elle fuyait la guerre.

Autre « témoignages » vraiment « top » : des syriens d’Alep témoignant du sanguinaire Assad : et qui étaient en réalité des journalistes ou des blogueurs américains. Des « syriens fuyant sous les bombes d’Assad et de poutine » : et qui étaient en réalité les dijhadistes d’Alep-Est, confisquant toute l’aide humanitaire internationale, revendue à prix d’or aux véritables aleppins : la farine coûtait 5 euros, comme témoigne un vieux monsieur. Le tout mis en forme par des « une » de JT interminables, de l’émotionnel construit sur du bobard en veux-tu en voilà…!

Et nous Petits Poucet résistant dans nos têtes, se battant le dos au mur face au Mensonge impérialiste, déversé toutes les dix secondes dans nos oreilles : au point que même les esprits les moins critiques, les moins politisés, commençaient à de demander le pourquoi d’une telle grosse machine à imposer son tissu de contre vérités.

La bataille de l’information fut acharnée, irrépressible, et dura toute la semaine : d’abord, on a inondé les murs de Facebook de l’article de Bruno Guigue du 15 décembre 2016, spécialiste des relations internationales, dénonçant la désinformation et l’affabulation médiatiques des télés occidentales. Et le fait que les djihadistes, proches d’Al Qaeda, utilisaient les populations civiles en boucliers humains. Puis ce fut le témoignage d’une journaliste canadienne contre-disant également le mensonge des médias occidentaux, vu par 2 millions de personnes.

Sans oublier le très beau témoignage de Pierre Le Corf, humanitaire à Alep, aidant les syriens d’Alep ouest à se soigner, et ayant des mots très durs contre les djihadistes confisquant l’aide internationale. Et Caroline Galactéros, colonel, docteur en sciences politiques, qui rédigea un très beau papier dans « Le Figaro », où elle dénonçait « le goût du sensationnalisme des média non équitables. Relayant de surcroit la doxa véhiculée par le pouvoir en, place »(sic). Robert Fisk, correspondant anglais à Alep rédigea aussi un très beau papier.

Curieusement, Yves Calvi se rangea de notre côté, et fit une très bonne émission sur la situation à Alep, totalement en décalage avec l’idéologie dominante. En particulier, Frédéric Pons, Professeur à Saint Cyr, auteur d’une biographie sur « Poutine », admit que les médias occidentaux racontaient n’importe quoi. Le site « Arrêt sur Info » était aussi à la manoeuvre, pointant « la catastrophe déontologique » (sic) commise par des journaux comme « Le Monde ». Enfin, JLM réalisa plusieurs vidéos de contre analyse, remettant les points sur les i : on remercie ici chaleureusement son honnêteté intellectuelle. Et d’être venus nous aider, nous les sans nom les sans grade de l’info.

A force de batailler, encore et encore, un rétropédalage s’opéra dans les journaux : après avoir longuement occupé les « une » de JT, la situation d’Alep fut relégué en 4ème, voire 5 ème position. Et expédiée vitesse grand V, façon les 3 messes du Pape d’Alphonse Daudet..

De même qu’il y aura un avant et un après Alep sur le plan géopolitique, il y aura un avant et un après Alep dans l’histoire des réseaux sociaux. Car il y a du soleil d’Austerlitz ce matin sur Facebook, d’avoir réussi, nous les piétons de l’Histoire (sans costars, sans Roleix), à faire plier, battre la poussière aux Ogres de l’information, l’AFP et les médias détenus par 10 milliardaires, etc…à ce stade je n’ai plus qu’un mot à dire : CHAMPAGNE…!

19 DÉC. 2016

PAR BRIGITTE PASCALL

BLOG : LE BLOG DE BRIGITTE

Lire la suite

Donald Trump, un conservateur paradoxal à la Maison Blanche. Par Bruno Guigue

21 Décembre 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La mondialisation, #La Russie, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #Daesch

Donald Trump, un conservateur paradoxal à la Maison Blanche

Donald Trump, un conservateur paradoxal à la Maison Blanche. Par Bruno Guigue

Le collège électoral issu du scrutin du 8 novembre vient de porter Donald Trump à la Maison-Blanche par 306 voix contre 227. Une campagne avait été lancée pour convaincre les grands électeurs de l’abandonner, mais ce fut peine perdue : il a perdu moins de voix qu’Hillary Clinton (4 contre 5). Désormais acquise, cette élection du 45ème président des Etats-Unis restera dans les annales de l’histoire américaine. Voilà un candidat réputé conservateur, voire réactionnaire, qui a fulminé avec une rare violence contre les vautours de la finance, qui a incriminé le poids excessif des lobbies, qui a dénoncé les méfaits du libre-échange, qui a fustigé une politique étrangère interventionniste et erratique, et c’est ce candidat qui l’a emporté.

Par un retournement de situation sur lequel la gauche européenne devrait sérieusement méditer, ce milliardaire sans complexe qui a fait fortune dans la jungle immobilière new-yorkaise s’est transformé en porte-parole des sans-voix, des déclassés, des ruraux, de la « middle class » frappée par la crise, du monde ouvrier laminé par la mondialisation, de tous ceux que révulsait la manie néo-conservatrice de régenter les affaires du monde au lieu de redresser l’économie du pays.

Le magnat des gratte-ciels, le « businessman » impitoyable en affaires, le provocateur allergique à la « political correctness » a envoyé dans les cordes, contre toute attente, une adversaire pleine de morgue qui se croyait déjà installée sur le fauteuil présidentiel. Donnée gagnante par une presse qui lui était acquise, Hillary Clinton a subi la défaite parce qu’elle était la candidate de l’establishment politique et financier que les classes moyennes et populaires rendaient responsables de leur appauvrissement depuis la crise.

Elle a perdu parce qu’elle a suscité la méfiance des électeurs de gauche frustrés par l’élimination frauduleuse de Bernie Sanders lors de primaires truquées. Les Etats de la « Rust Belt », le Michigan, l’Indiana, l’Iowa, mais aussi la Pennsylvanie, ont voté pour Trump ou se sont abstenus faute d’avoir pu voter pour Sanders. Enfin, et ce n’est pas anodin, le crédit personnel de Mme Clinton fut miné par une avalanche de révélations dessinant le portrait d’une politicienne assoiffée de pouvoir, hypocrite, cupide, et compromise jusqu’à l’os avec des bailleurs de fonds douteux.

Elle bénéficiait du soutien quasi-unanime des lobbies, des médias et des stars du « show-bizz ». Elle a dépensé des sommes astronomiques, largement supérieures au budget de son adversaire. Les conditions objectives étaient réunies pour lui assurer la victoire, et pourtant elle a perdu. Elle a cru qu’il suffisait de caresser dans le sens du poil les minorités et d’agiter le spectre du racisme et du sexisme pour battre son adversaire. Mais l’accusation de racisme sonnait étrangement dans la bouche d’une ex-secrétaire d’Etat qui a gloussé de plaisir devant le cadavre mutilé d’un chef d’Etat arabe. De même, son équipe n’a pas compris que le problème de l’immigration illégale n’existait pas seulement dans l’imagination des électeurs républicains. L’administration Obama ayant expulsé des centaines de milliers de clandestins, Hillary Clinton et ses amis étaient pourtant bien placés pour le savoir.

On pourrait faire la même remarque à propos de l’accusation de sexisme. En recevant dix millions de dollars d’une monarchie obscurantiste où l’on décapite au sabre les femmes adultères, Hillary Clinton n’était pas vraiment qualifiée pour traiter son adversaire d’affreux machiste. Elle donnait des leçons de respectabilité internationale à Donald Trump, mais son expérience du pouvoir, au Département d’Etat, a surtout laissé derrière elle une traînée de sang libyen et syrien. Donald Trump a beaucoup de défauts, mais il n’a encore tué personne.

Les adversaires du candidat républicain n’ont pas voulu voir ce qui se passait. Ils ont cru tirer profit des déclarations outrancières et démagogiques de Donald Trump sur les immigrés mexicains ou les musulmans étrangers. Mais c’est la charge contre le libre-échange, en réalité, qui fut le leitmotiv de sa campagne. Il a critiqué sans relâche l’OMC et dénoncé une globalisation responsable de la destruction des emplois. Opposé à la libéralisation effrénée du commerce mondial, il s’est prononcé pour l’instauration de barrières tarifaires. Dans une classe ouvrière ruinée par la concurrence chinoise, cet éloge du protectionnisme passait beaucoup mieux que les odes de Mme Clinton aux droits des LGBT.

Ce porte-parole d’un capitalisme arrimé au sol américain promet de rénover des infrastructures publiques délabrées (routes, ports, aéroports). Il veut conforter l’indépendance énergétique des USA au détriment de l’environnement, ce qui est un choix évidemment contestable. Il s’allie à des ultra-conservateurs adeptes du créationnisme dont le principal représentant, Ben Carson, est son futur secrétaire au Logement. Conservateur paradoxal aux accents à la fois rooseveltiens et reaganiens, il a obtenu le soutien d’une fraction de l’oligarchie capitaliste qui entend bien tirer profit de ce « New Deal » républicain.

Donald Trump est de droite, mais Hillary Clinton est-elle de gauche ? Il faudrait le demander à Goldman Sachs qui a financé sa campagne et aux 30 000 Libyens victimes de sa politique. Pour gagner la compétition économique mondiale, Clinton voulait pousser les feux de la mondialisation libérale à l’abri d’une hégémonie politico-militaire incontestée. Trump veut assigner des limites à la mondialisation et protéger l’économie nationale des turbulences planétaires. Il entend promouvoir un capitalisme national qui s’appuie sur la réindustrialisation du pays, tandis que son adversaire misait sur les traités de libre-échange.

En politique étrangère, Hillary Clinton voulait prolonger à tout prix le « chaos constructif ». Le nouveau président pense que cette politique est contraire aux intérêts des USA. Au lendemain de son élection, Donald Trump a appelé Vladimir Poutine. Il a déclaré qu’en Syrie la politique de son administration serait de combattre Daech, et non la Russie. Pour le futur président, la politique étrangère d’Obama est un fiasco dont il faut tirer les leçons. Il a déclaré que les USA n’interviendraient plus pour changer le régime politique chez les autres. En même temps, son adhésion aux thèses israéliennes sur Jérusalem en fait un défenseur intransigeant de la politique sioniste. Il envisage de mettre en question l’accord, péniblement négocié par son prédécesseur, sur le nucléaire iranien. Il bombe le torse vis-à-vis de la République populaire de Chine, en surestimant sans doute la capacité des USA à influer sur la politique chinoise.

Désormais connue, la composition de la nouvelle administration, à son tour, envoie un message en demi-teinte. Les divergences entre les uns et les autres donneront lieu à des arbitrages délicats. Le conseiller à la sécurité nationale est Michael Flynn, général à la retraite. Cet ancien chef du renseignement militaire fut limogé par Barack Obama en 2014 pour avoir critiqué la politique du président en Syrie, qu’il jugeait trop favorable aux djihadistes. Le secrétaire d’Etat est Rex Tillerson, l’un des dirigeants du groupe pétrolier ExxonMobil. Il s’opposa aux sanctions contre Moscou, en 2014, à la suite des événements de Crimée. Au secrétariat à la Défense, Donald Trump a nommé le général à la retraite James Mattis, ancien commandant des forces US au Moyen-Orient et partisan notoire de la fermeté américaine à l’égard de l’Iran.

Bref, sans lire l’avenir dans le marc de café, on peut penser que Washington prendra ses distances avec le néoconservatisme belliciste hérité des présidences précédentes et qu’il va faire son deuil de la mission à vocation planétaire que sa bonne conscience indécrottable l’avait conduit à s’attribuer de façon unilatérale. Mais il est possible qu’il s’engage, en revanche, dans une partie de bras de fer avec les puissances montantes dont la progression fulgurante constitue une véritable menace pour son hégémonie planétaire. Produisant de moins en moins aux USA, la puissance économique américaine se vide peu à peu de sa substance. Elle a cru trouver dans les exubérances d’une finance mondialisée un substitut à la désindustrialisation, mais elle a déchanté. L’avenir dira si Donald Trump est capable de relever ces défis économiques et s’il infléchit une politique étrangère qui a démontré, jusqu’à présent, son exceptionnelle capacité de nuisance.

Bruno Guigue | 20 décembre 2016

Bruno Guigue, est un ex-haut fonctionnaire, analyste politique et chargé de cours à l’Université de la Réunion. Il est l’auteur de cinq ouvrages, dont Aux origines du conflit israélo-arabe, L’invisible remords de l’Occident, L’Harmattan, 2002, et de centaines d’articles. 

Source: http://arretsurinfo.ch/donald-trump-un-conservateur-paradoxal-a-la-maison-blanche/

Lire la suite

Syrie – Les États-Unis ont créé une tempête de propagande en Syrie. Par Moon of Alabama

21 Décembre 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La Russie, #Terrorisme, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #Daesch, #Les média

Syrie – Les États-Unis ont créé une tempête de propagande en Syrie

Syrie – Les États-Unis ont créé une tempête de propagande en Syrie.  Par Moon of Alabama

Syrie: L’assassinat de journalistes a permis aux « militants médiatiques » de dominer l’information – Un effet du hasard ?

 

Comme nous l’avons souligné hier, une récente série de tweets du Club des Cordeliers a donné quelques indications intéressantes sur la campagne de propagande #StandWithAleppo:

La campagne « Stand with Aleppo » a été lancée aux États-Unis par Becky Carroll qui est membre du Parti démocrate et également PDG d’une société de relations publiques et « conseillère en affaires stratégiques » à Chicago.

Les Cordeliers ont aussi fait quelques remarques sur la propagande anti-syrienne. Elles portent sur la guerre d’information menée par les États-Unis depuis l’intérieur de la Syrie. Cela m’amène aux réflexions suivantes sur la guerre non conventionnelle menée par les États-Unis en Syrie et sur la façon dont elle pourrait être responsable de l’élimination de journalistes « neutres » sur le terrain.

Commençons par les remarques du Club des Cordeliers sur la campagne de vidéo qui sort de Syrie, et pour le moment surtout d’Alep-Est:

Le Département d’état étasunien forme ouvertement  des « militants » syriens aux techniques de propagande dans les médias sociaux depuis 2012. Ambassade des Etats-Unis à Genève, 21 août 2012, L’opposition syrienne reçoit de l’équipement de de la formation des Étasuniens :

Le Département d’Etat dispose de 25 millions de dollars d’aide non létale qu’il peut consacrer à de la formation, et selon [la porte-parole du Département d’Etat Victoria] Nuland, « une large gamme de militants » en Syrie et dans les pays voisins bénéficient d’un entraînement « très actif » qui se focalise sur les Syriens qui n’ont pas quitté leur pays.

«La formation porte sur les médias libres pour lutter contre les techniques de contournement du gouvernement, tout ce qui concerne la loi, la justice et le fait de rendre des comptes, et la manière de traiter les crimes commis pendant ce conflit ; il y a aussi des programmes pour les étudiants militants qui encouragent les manifestations pacifiques sur les campus universitaires, [et] des programmes pour les femmes », a déclaré Nuland.

Elle a ajouté que le Département d’État travaille depuis des années avec les Syriens et d’autres sur les moyens de contrer la censure Internet, et au soutien des programmes syriens de droits humains et de justice.

Les États-Unis ont formé des contre-propagandistes syriens dans des séminaires organisés à Istanbul. St Louis Public Radio, 3 déc. 2012, Les Etats-Unis augmentent l’aide (à l’exclusion des armes) aux exilés syriens:

Le Département d’Etat des États-Unis soutient l’opposition politique en Syrie avec des programmes qu’ils ont gardés secrets jusqu’à récemment.

Un programme, un projet médiatique de plusieurs millions appelé Basma ou « empreinte digitale » en anglais, est géré à partir d’un bureau à Istanbul où les militants syriens écrivent des articles pour une page Facebook et le site Web de Basma. Une vidéo promotionnelle explique les objectifs de Basma : « Encourager une transition pacifique pour une nouvelle nation syrienne qui soutienne et protège la liberté de tous ses citoyens ». […]

Dans un autre programme financé par les États-Unis qui n’a pas été révélé pour des raisons de sécurité, de jeunes militants, surtout ceux qui ont été en première ligne au début de la révolte, sont invités à des ateliers à Istanbul. Ils viennent de villes et de villages de Syrie et se réunissent dans des hôtels. Ils sont maintenant membres des conseils révolutionnaires : des civils qui essayent de restaurer les services et le gouvernement local dans des endroits qui ne sont pas sous le contrôle du régime.

Les « militants » syriens ont reçu des équipements électroniques et une formation technique dans des formations organisées par le Département d’état à Istanbul. Wired, 25 oct. 2012, Exclusif: Les Etats-Unis se hâtent d’empêcher la Syrie de développer ses stocks d’armes chimiques:

Le bruit court que les agences de Renseignement des États-Unis aident à former des groupes d’opposition, tandis que le Pentagone refuse d’envoyer des armes aux rebelles. Officiellement, l’aide américaine s’est largement limitée à des conseils concernant l’organisation (Washington essaie notamment de constituer un conseil des leaders de l’opposition à Doha dans les prochaines semaines) et à de l’assistance technique. Plusieurs centaines de militants syriens se sont rendus à Istanbul pour participer à des formations sur les communications sécurisées, financées par le Département d’Etat américain. Les dirigeants rebelles ont reçu des conseils sur la façon de contourner les pares feux, de crypter leurs données et d’utiliser des téléphones cellulaires sans se faire prendre, comme le Time Magazine l’a récemment rapporté. Puis ils sont retournés en Syrie, beaucoup d’entre eux avec de nouveaux téléphones et des modems par satellite.

Pour les stratèges militaires de l’OTAN, la propagande des médias sociaux est un des éléments qui permet de « gagner la guerre de l’information en ligne » en Syrie. Small Wars Journal, 26 avril 2016, L’impact des capacités cybernétiques dans la guerre civile syrienne:

Les événements de la guerre civile syrienne ont clairement montré le pouvoir de la cybernétique dans la guerre. […] Cependant, il semblerait qu’elle soit utilisée par tous les acteurs à des fins de propagande. Les médias sociaux, les attaques par déni de service (DDoS) et la détérioration des sites Web ont tous été utilisés pour promouvoir un récit stratégique ou pour saper et embarrasser l’ennemi. Toutes ces activités entrent dans la catégorie de la guerre de l’information ; l’évolution de la technologie des réseaux sociaux sociale a augmenté l’importance de l’information en ligne pour gagner la guerre. En effet, la plus grande partie de l’information que le public reçoit sur le conflit est transmise par les médias sociaux.

Un document explique la doctrine des Opérations Spéciales de l’armée américaine sur l’utilisation de la Communication électronique dans la guerre non conventionnelle. FM 3-05.130 Guerre non conventionnelle, sept. 2008, Tableau B-1 – L’intégration des opérations d’information dans les opérations conjointes (pdf)

Un document très influent de 1989 sur la guerre de quatrième génération (4GW) promeut la guerre psychologique basée sur la technologie. Marine Corp Gazette, oct 1989 Le nouveau visage de la guerre – La guerre de quatrième géneration (pdf) :

Les opérations psychologiques pourraient devenir la principale arme opérationnelle et stratégique  sous la forme d’intervention médiatique/information. Bombes logiques, virus, y compris virus dormants, pourraient servir à perturber les opérations militaires et civiles. Les adversaires de la quatrième génération sauront manipuler les médias pour modifier l’opinion publique intérieure et mondiale à tel point que les opérations psychologiques éviteront parfois d’engager des forces armées. Une cible essentielle sera le soutien de la population ennemie à son gouvernement et à la guerre. Les informations télévisées pourraient devenir une arme plus formidable que les divisions armées.

Tout ceci pour montrer qu’il n’y a rien d’aléatoire ni de naturel dans la propagande en ligne des « militants » syriens. L’hoax Bana, les vidéos d’« adieux » d’Alep, etc. doivent être considérés comme de la guerre d’information stratégique coordonnée, financée et organisée par des acteurs américains.

Quelques réflexions supplémentaires à ce sujet.

Un récent article de Patrick Cockburn dans l’Independent souligne la masse de la propagande autour de la Syrie et qui en sort, principalement orchestrée par les Etats-Unis comme je l’ai montré ci-dessus, et il explique pourquoi nous ne voyons et n’entendons plus rien d’autre : Il y a plus de propagande que de nouvelles qui sortent d’Alep cette semaine:

[L]es Djihadistes qui contrôlent Alep-Est ont réussi à bannir tous les journalistes occidentaux qui seraient enlevés et très probablement tués s‘ils y allaient, et à les remplacer par des « militants locaux » très partisans qui ne peuvent échapper à leur contrôle… Le précédent créé à Alep signifie que les acteurs de tous les futurs conflits auront intérêt à décourager les journalistes étrangers qui pourraient faire des reportages objectifs. En les kidnappant et en les tuant, il est facile de créer le manque d’une information dont la demande est grande, et qui sera, à l’avenir, fournie par des informateurs partisans, ou contrôlée par les personnes mêmes (en l’occurrence les dirigeants djihadistes d’Alep-Est) qui ont exclu les journalistes étrangers. Le meurtre ou l’enlèvement de ces derniers a été une manœuvre intelligente des Djihadistes car elle leur a permis de contrôler les nouvelles atteignant le monde extérieur.

Nous devons voir le meurtre et l’enlèvement de journalistes comme un élément (secret) de l’arsenal de la guerre non conventionnelle : les États-Unis ont créé une tempête de propagande en Syrie.

Il en va de même des ONG humanitaires. Ni l’Organisation des Nations Unies, ni la Croix-Rouge, ni aucune autre ONG neutre n’avait de personnel à Alep-Est. Seul l’Observatoire syrien des droits humains à Coventry, la station de propagande de MI-6, fournit des chiffres venant prétendument de Syrie. Seuls les « militants médiatiques » du camp Takfiri, formés par les États-Unis, donnent des informations ou tweetent depuis Alep-Est. Il n’y a qu’eux qui soient interviewés. Il n’y a que les « Casques blancs » créés et dirigés par l’entité Etats-Unis/Royaume Uni, et le « Aleppo média Channel » takfiri  parrainé par le gouvernement français qui font des photos et des vidéos à l’intérieur d’Alep-Est. Comme c’était la seule source d’information disponible et le seul matériel audio-visuel disponible, elles ont été largement utilisées par les médias du monde entier. Mais elles ne reflétaient que la vision de l’opposition armée et de ses sponsors, et leurs besoins dans la guerre.

Si l’on veut que la propagande de ses forces par procuration ait le maximum d’effet dans une opération de guerre de l’information, il est tout à fait logique d’éliminer toutes les autres sources potentielles d’information de la zone de guerre. Ainsi – l’enlèvement et l’assassinat de journalistes professionnels neutres est un processus volontaire qui permet de les remplacer par ses propres moyens de guerre d’information. Je crois que c’est ce qui s’est passé en Syrie.

On a assisté au même processus lorsque les États-Unis ont envahi l’Irak. Les organes de presse qui ne reflétaient l’opinion officielle des États-Unis étaient ciblés par les forces armées américaines. Les bureaux d’Al-Jazeerah à Bagdad ont été bombardés par les militaires américains. (La Maison Blanche a même envisagé de bombarder le siège social d’Al-Jazeerah à Doha, au Qatar.) Wikileaks a publié une vidéo qui montrait un hélicoptère américain tuant des membres du personnel de Reuters. Seuls les journalistes intégrés à l’armée américaine étaient protégés contre l’action militaire des États-Unis. Leurs reportages étaient naturellement alignés sur la vision officielle de la propagande américaine.

(en plus de cela, nous devons prendre en compte que même les vrais médias et journalistes servent souvent de vecteurs aux Services de renseignements et sont donc loin d’être neutres).

Tuer et prendre en otage les journalistes dans une zone de guerre permet de les remplacer par des éléments sous contrôle et aux ordres. Le simple fait d’augmenter les coûts (de sécurité) pour les vrais journalistes est déjà dissuasif. Un organe de presse doit payer pour les photos ou les vidéos d’agence de presse réalisées par des professionnels. L’opération de propagande anglo-américaine des « Casques blancs » a fourni des centaines d’images et de vidéos d’opérations de secours « saisissantes » et « émouvantes ». mises en scènes. Elles sont distribuées gratuitement et sont d’une qualité qui les rend « prêtes à l’emploi ». Beaucoup d’organe de presse préfèrent ces images gratuites, même si leur authenticité est très discutable.

Le fait de tenir les journalistes à l’écart de la zone de combat en tuant ou en en enlevant quelques-uns au début du conflit a grandement contribué à accroître les effets de l’opération de guerre de l’information connue sous le nom de « Casques blancs » et d’autres organisations similaires.

Cela me ramène au rapport de l’Ambassade des Etats-Unis à Genève citée plus haut. Dans le même discours dans lequel la porte-parole du département d’Etat américain, Victoria Nuland, louait la création, l’entraînement et l’équipement des forces par procuration des Etats-Unis à des fins de propagande et autres, (alias les « militants médiatiques »), elle déplorait aussi la disparition des vrais journalistes en Syrie :

La porte-parole du département d’Etat, Victoria Nuland, a déclaré aux journalistes le 21 août que les Etats-Unis avaient fourni plus de 900 sets de matériel de communication à des groupes et des individus à l’intérieur de la Syrie …. Nuland a également présenté ses condoléances à la famille de la journaliste japonaise Mika Yamamoto, qui a été tué le 20 août alors qu’elle circulait dans Alep avec les forces d’opposition syriennes, selon le ministre des Affaires étrangères japonais.

Yamamoto, qui travaillait pour la Japan Press, basée à Tokyo, a été prise dans un échange de tirs, a déclaré le ministère des Affaires étrangères.

Nuland a également déclaré que le gouvernement américain avait perdu le contact avec deux pigistes qui faisaient un reportage pour la chaine de télévision Alhurra et qui voyageaient avec Yamamoto. 

Dans une interview du 21 août, la porte-parole de Reporters sans frontières, Soazig Dollet, a déclaré que cinq journalistes étrangers ont été tués depuis le début de l’insurrection syrienne en mars 2011 et que la Syrie était désormais « l’endroit le plus dangereux au monde pour les reporters de guerre ».

La louange des efforts des médias par procuration des Américains et les (fausses) lamentations sur le meurtre de vrais journalistes par Victoria Nuland dans le même discours n’ont aucun rapport entre eux – ou peut-être que si. C’est tout à fait par hasard que l’absence de vrais journalistes en Syrie a augmenté l’efficacité de l’opération d’information américaine par procuration – ou peut-être pas.

Moon of Alabama | 19 décembre 2016

Traduction : Dominique Muselet

Article d’ origine: http://www.moonofalabama.org/2016/12/unconventional-warfare-killing-journalists-creates-media-activist-domination.html#more

Source: http://arretsurinfo.ch/syrie-les-etats-unis-ont-cree-une-tempete-de-propagande-en-syrie/

 
Lire la suite