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Le blog de Lucien PONS

Articles avec #europe supranationale tag

Two-Pack: le mot de la fin [décryptage des textes définitifs, votes des eurodéputés, accord du Conseil]. Repris sur le blog "Contrelacour"

14 Mai 2013 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Europe supranationale

Samedi 16 mars 2013

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Cette semaine s’est clôturée la longue aventure du Two-Pack sur les bancs du parlement européen. Après plusieurs mois de négociations, les eurodéputés ont approuvé à une très large majorité les deux nouveaux règlements renforçant la discipline budgétaire européenne. Ils ont avalisés les textes arrêtés le 20 février lors du compromis entre les trois institutions européennes.(1)

Sitôt les textes approuvés par les députés, un communiqué de presse du Parlement européen indiquait « La prochaine série de lois sur la gouvernance économique de l'UE amènera davantage de croissance, et les nouveaux pouvoirs de la Commission de surveillance des budgets des pays de la zone euro seront mieux contrôlés d'un point de vue démocratique, grâce à la législation sur le "paquet de deux" ».
Démocratie et croissance ? Deux mots qui ne m'étaient pourtant jamais venus à l'esprit durant les derniers mois d'études de ces textes...

L'accord du Conseil européen ne devrait être qu’une formalité.

Lors du tout récent ''Sommet'' des 14 et 15 mars les chefs d'Etat ont appelé à ce que « tous les travaux préparatoires nécessaires [soient] accomplis afin que ces nouvelles dispositions soient effectivement appliquées dès le début des cycles budgétaires nationaux en 2013. »
L'approbation formelle des deux règlements devrait intervenir lors du prochain Conseil prévu le 22 mai.
Les deux textes entreront en vigueur 20 jours après leur publication au Journal officiel de l’Union européenne.

 

 

Entrons dans le vif du sujet.

Comme d'habitude, un petit historique, afin de comprendre ce qu'il s'est passé entre la publication des projets de textes par la Commission (novembre 2011) et le compromis arrêté entre les trois institutions européenne (février 2013).
Pour cela, cliquez ici, et vous comprendrez (peut-être...) mieux ce qui suit !
Les fidèles lecteurs, eux, en sont dispensés (sauf s'ils ont une mémoire de poisson rouge).

 

 

Les deux règlements visent à introduire un contrôle beaucoup plus strict des pays de la zone euro en difficulté, notamment ceux souhaitant bénéficier d’une assistance financière, et à encadrer encore davantage le processus d’élaboration des budgets nationaux.

Contrairement au Pacte budgétaire, ces deux règlements sont adoptés par les seules institutions européennes et sont directement applicables en droit interne, sans qu’aucun Parlement national ne soit intervenu dans leur élaboration.

 

 

Ainsi, si certains sont dès à présent tentés de poser la question « Comment on s'échappe de cet enfer ? », on pourra leur proposer différentes solutions, plus ou moins raisonnables:
- monter un putsch afin de placer Jean-Luc Mélenchon à la tête de la Commission européenne,
- droguer nos voisins européens afin de provoquer une vague communiste dans la majorité des Etats européens,
- se décider à quitter gentiment le monde fabuleux du marché unique européen.

Trêve de plaisanteries, on se concentre!


  • Le règlement établissant des dispositions communes pour le suivi et l’évaluation des projets de plans budgétaires et pour la correction des déficits excessifs dans les États membres de la zone euro


C'est sur la base de ce texte qu'un bras de fer s'était établi entre les chefs d'Etat et le Parlement européen. En échange de leur vote positif, les eurodéputés socialistes et écologistes pressaient la Commission de s'engager sur la mutualisation de la dette.
Ainsi, lors du premier vote parlementaire intervenu en juin 2012, les eurodéputés avaient largement amendé le texte afin d'y introduire un chapitre consacré à la gestion de la dette et demandant notamment la création d'un fonds européen d'amortissement (FEA) – appelé communément « fonds de rédemption ».
Youpi
Huit mois plus tard, la création d'un groupe d'experts chargés d'étudier la question des eurobonds a suffit à convaincre lesdits parlementaires de voter en faveur du texte.

A noter que les députés ont également réussi à introduire quelques rappel des objectifs de croissance de l'Union européenne parmi les informations devant être transmises par les Etats dans les nouveaux documents créés par le règlement.

 

 

Ce règlement vise à :
-       compléter le volet préventif du Pacte de stabilité et de croissance (PSC) par des exigences de surveillance supplémentaires afin de garantir que les recommandations de la Commission sont bien prises en compte dans la préparation des budgets nationaux.
-       compléter le volet correctif du PSC par une surveillance plus étroite de l'exécution des budgets nationaux.

A ce titre, les États devront :

 

 

1°) remettre, avec les programmes de réforme, un plan budgétaire à moyen terme (avant le 30 avril). Ce plan entend visiblement remplacer l'actuel programme de stabilité remis chaque printemps.

 

 

2°) mettre en place un conseil budgétaire « indépendant » chargé de surveiller la mise en œuvre de l' « objectif budgétaire à moyen terme » (OMT).

Ce dernier, défini dans le cadre du Six-Pack, vise à ce que les Etats atteignent un déficit structurel inférieur à 1% du PIB. La France s'est cependant engagée à atteindre l'équilibre strict.

Pour ce faire, le Conseil devra produire des évaluations publiques relatives à l'activation du « mécanisme de correction » (2) et sur la pertinence des situations entrainant un écart temporaire de l'OMT.

Ce paragraphe nécessite un approfondissement car la nouvelle rédaction retenue par Bruxelles  permet de maintenir, de façon astucieuse, la règle d'or budgétaire initialement inscrite.

Voici la rédaction initiale de l'article 4 du règlement: « Les États membres adoptent des règles budgétaires chiffrées concernant le solde budgétaire, qui inscrivent dans le processus budgétaire national l'objectif budgétaire à moyen terme [...]. Ces règles s'appliquent aux administrations publiques  dans leur ensemble et revêtent un caractère contraignant, de préférence constitutionnel. »

Peu conforme au principe de subsidiarité, qui implique de laisser les Etats libres des moyens à mettre en oeuvre pour atteindre les objectifs fixés par l'UE, cet article avait conduit le Sénat français à émettre de sérieuses réserves.

La rédaction a été modifiée telle que: « Les Etats membres mettent en place des organismes indépendants chargés de surveiller le respect des règles budgétaires chiffrées qui incorporent dans le processus budgétaire national l'objectif budgétaire à moyen terme [...]. »
De fait, l'obligation d'adopter de telles règles a été supprimée, sans toutefois oter l'existence et l'utilité de ces règles (bien heureusement ratifiées, entre-temps, via le Pacte budgétaire).

Pour finir, le Conseil budgétaire indépendant aura également la charge de produire ou d'approuver les projets de budgets nationaux.

 

 

3°) communiquer à la Commission leur projet de loi de finances (« plan budgétaire ») avant le 15 octobre. (3)
Alors que le projet initial n'en prévoyait pas l'obligation, le texte définitif indique que la Commission devra nécessairement adopter un avis avant la fin novembre. Celui-ci pourra être présenté au Parlement national ou le Parlement européen, si ces derniers en font la demande.
Surtout, si la Commission estime que ce plan présente un « manquement particulièrement grave », elle pourra (après avoir consulté l'Etat concerné) en demander la révision dans un délai de trois semaines maximum.
 

Pierre Moscovici et Olli RehnTous ces avis sont rendus publics et devront être présentés devant l'Eurogroupe. L'amendement parlementaire appelant à une présentation de ces avis devant la Commission ECON du Parlement européen n'a pas été retenu.

A noter que la publication de ces avis est rendue complètement indépendante de l'accord du Conseil européen, non mentionné dans l'article. Seul l'Eurogroupe peut, s'il le souhaite, émettre un rapport public sur les avis de la Commission.

Sur la base de l'ensemble des budgets examinés, la Commission procédera également à une évaluation globale de la zone euro.

 

 

4°) présenter à la Commission et au Conseil, lorsqu'il existe un déficit excessif, un programme de partenariat économique.
Cette disposition ne figurait pas dans la version initiale du règlement.
Ce programme devra « définir et sélectionner plusieurs priorités spécifiques afin de renforcer la compétitivité à long terme, la croissance durable et de remédier aux faiblesses structurelles ». A ce titre, des ressources financières européennes pourront être déterminées (par exemple: ligne de crédit auprès de la BEI).

Les Etats en déficit excessif devront également présenter une « évaluation exhaustive de l'exécution budgétaire infra-annuelle » qui vient compléter le rapport existant actuellement (créé via le Six-Pack).

Pour finir, lors de la présentation du compromis du 20 février 2013, j'avais évoqué certaines avancées en matière de contrôle "démocratique" des nouveaux pouvoirs confiés à la Commission. En effet, un communiqué de presse du Parlement européen indiquait que les pouvoirs de la Commission découleraient d'une sorte de "mandat", renouvelé tous les trois ans, que le Parlement ou le Conseil aurait la possibilité de révoquer.
A la lecture de la version finale du règlement, il apparait que cette « délégation » ne concerne que le pouvoir donné aux commissaires de définir le contenu du rapport infra-annuel (sus-mentionné). Il ne semble pas que le mandat concerne les avis émis par la Commission sur les projets de budgets transmis par les Etats.


  • Le règlement relatif au renforcement de la surveillance économique et budgétaire des États membres connaissant ou risquant de connaitre de sérieuses difficultés du point de vue de leur stabilité financière au sein de la zone euro


Ce règlement est applicable exclusivement à la zone euro.
Il vise à renforcer la surveillance économique et budgétaire des États :
-    connaissant ou risquant de connaitre de sérieuses difficultés du point de vue de leur stabilité financière, indépendamment de l’existence ou non d’un déficit budgétaire excessif.
-       bénéficiant ou pouvant bénéficier de l’assistance financière d’un ou plusieurs autres États, du FESF, MESF, MES ou d’autres institutions financières internationales (FMI par exemple).
Il ne s’appliquera cependant pas au cas de prêts pour recapitalisation d’institutions financières.

La décision de placer sous surveillance renforcée sera prise par le Conseil (majorité qualifiée) sur proposition de la Commission.
Troika
Un État placé sur surveillance renforcée devra adopter, en concertation avec la Commission et la BCE, des mesures visant à remédier aux causes de ses difficultés, et remettre un rapport trimestriel.
La Commission aura à ce titre un accès inédit aux comptes et informations du secteur bancaire.
Le Conseil pourra également recommander à l'État de rechercher une assistance financière.

Un État souhaitant bénéficier d’une assistance financière devra en informer immédiatement le Conseil, la BCE et la Commission. Cette dernière effectuera alors une analyse de la soutenabilité de la dette.

Un État bénéficiant d’une assistance financière devra, en partenariat avec la Commission et le Conseil, préparer un projet de programme d’ajustement visant à rétablir une situation financière saine et sa capacité à se refinancer intégralement sur les marchés financiers. Un article introduit par les parlementaires oblige l'Etat concerné à consulter « les partenaires sociaux et les organisation pertinentes de la société civile afin de parvenir à un consensus sur son contenu ».
Ce programme devra être approuvé par le Conseil européen.
Ce programme d’ajustement prendra, le cas échéant, le relai des procédures pour déficit excessif ou déséquilibres macroéconomiques en vigueur.


Comment les eurodéputés ont-ils voté?

Sans surprise, les deux projets de règlements amendés ont été approuvés par une large majorité de parlementaires, les principaux groupes politiques parlementaires appelant à voter pour les deux règlements:
- Alliance des démocrates et des libéraux pour l'Europe
- Parti Populaire européen
- Socialistes et Démocrates
- Verts
Seuls les groupes "Europe libertés démocratie" et "Gauche Unitaire européenne" appelaient à voter contre.
Les conservateurs et réformistes européens avaient pour consigne de s'abstenir sur le règlement relatif au contrôle des États en difficulté et de voter contre le règlement relatif au suivi budgétaire.
A noter que parmi les groupes appelant à voter pour, quelques députés de nationalités italienne, belge, finlandaise ou suédoise se sont toutefois opposés aux textes.

 

vote two-pack-copie-1

 

Comment ont voté les eurodéputés français?
 
Sur les 74 députés "français":

- Les membres du Parti populaire européen (PPE, 30 députés), issus de l'UMP, du Nouveau centre, de la gauche moderne et du Parti radical, ont tous voté "pour", suivant ainsi la ligne du parti (deux n'ont pas pris part au vote).

- Les membres de l'Alliance des démocrates et des libéraux pour l'Europe (ADLE, 6 député), pour la plupart issus du MODEM, ont voté "pour", suivant ainsi la ligne du parti, hormis Jean-Luc Bennahmias qui a voté blanc (il avait voté contre en juin).

- Les membres de l'Alliance libre européenne-Les Verts (15 députés, dont Éva Joly, Daniel Cohn Bendit, et José Bové), ont voté "pour", suivant ainsi la ligne du parti (plusieurs députés n'ont pas pris part au vote).
José Bové a ainsi approuvé les deux textes, alors qu’en juin dernier il avait voté blanc sur le règlement relatif au suivi et à l'évaluation des projets de plans budgétaires.

- Les membres de l'Alliance Progressiste des Socialistes & Démocrates (S&D, 14 députés), issus du Parti socialiste, ont voté pour, suivant la ligne du parti.
Françoise Castex a cependant voté blanc sur le règlement relatif au renforcement de la surveillance économique et budgétaire des États en difficulté.

- Les membres de la Gauche unitaire européenne – Gauche verte européenne (5 députés, dont Jean-Luc Mélenchon), ont tous voté "contre";

- Membre de l'Europe Liberté Démocratie (EFD, parti présidé par le célèbre N. Farage), Philippe de Villiers a voté contre;

- Parmi les non-inscrits, Bruno Gollnisch, Marine Le Pen et Jean-Marie Le Pen ont tous voté contre.


Merci d'avance à tous ceux qui publient/relaient mes articles. Merci cependant de sélectionner un extrait et de mettre le lien vers l'article original! Magali

 

 

Notes:

(1) Selon le blog de Jean-Luc Mélenchon, la Commission des affaires économiques et monétaires du parlement européen n'a cependant eu accès aux documents que le 25 février, en anglais évidemment. La version française n'a été transmise que le 5 mars.
Les citoyens, eux, ont du attendre le lendemain des votes pour disposer enfin de la dernière version  des textes. Il ne s'agit cependant à ce jour que d'une version provisoire.

(2) Sauf erreur de ma part, le règlement fait ici directement référence au mécanisme de correction automatique défini dans le Pacte budgétaire. En effet, et de façon surprenante, ce mécanisme n'est pas précisément défini dans le règlement.

(3) Le règlement initie un encadrement des calendriers budgétaires nationaux en obligeant l'ensemble des Etats à rendre public leur projet de budget avant le 15 octobre et à approuver ce dernier au plus tard le 31 décembre.

 

 

Sources utiles:

- Les votes des eurodéputés: ici et ici
- Les deux ''fiches procédures'' dans lesquelles vous trouverez l'ensemble des documents relatifs aux règlements: fiche 2011/0385(COD) et fiche 2011/0386(COD)

- La conférence de presse des deux eurodéputés rapporteurs des textes

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QUEL EST LE SENS POLITIQUE DES GRANDS PROJETS « INUTILES » ? Article du M'PEP.

14 Mai 2013 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Europe supranationale

 

 QUEL EST LE SENS POLITIQUE DES GRANDS PROJETS « INUTILES » ?

Par le Mouvement politique d’émancipation populaire (M’PEP).

Le 13 mai 2013.

 

Résumé

Le gouvernement socialistes-Verts s’obstine à imposer la construction de grands projets d’aménagement dans le domaine des transports : l’aéroport Notre-Dame-des-Landes au nord de Nantes et la construction de la future ligne grande vitesse Lyon-Turin. Ces projets, à juste titre, sont jugés dispendieux et destructeurs de l’environnement par beaucoup d’acteurs sociaux et d’élus locaux. Ils sont même qualifiés « d’inutiles ». Certes, ce sont des projets néfastes en regard des besoins réels des populations. Mais ce sont des projets cruciaux pour le développement du libre-échange dans l’Union européenne. Ils contribuent à la structuration de ce qu’il convient d’appeler l’Europe des régions, indispensable aux oligarques européens pour accélérer le démantèlement des États-nations. L’Acte III de la décentralisation, voulu par Nicolas Sarkozy et relayé par François Hollande, en est un élément majeur. Ces projets ne sont donc pas « inutiles » pour les classes dirigeantes, bien au contraire.

Le M’PEP livre ici un document de fond. Il interpelle les mouvements engagés contre ces projets et les invite à politiser leur action et à l’articuler à la lutte contre l’Union européenne.

 Texte complet

Le gouvernement de J.M. Ayrault s’obstine contre vents et marées à imposer la construction de grands projets d’aménagement dans le domaine des transports. Ils sont jugés dispendieux, inutiles et destructeurs par beaucoup d’acteurs sociaux et d’élus locaux, à l’heure de politiques d’austérité sans précédent, dans la parfaite continuité de la présidence de Nicolas Sarkozy. Les deux grands projets du futur aéroport Notre-Dame-des-Landes au nord de Nantes et de la construction de la future ligne grande vitesse Lyon-Turin en sont l’illustration.

Pourquoi une telle obstination ? Est-ce une méconnaissance des dossiers, une dilapidation des deniers publics, une complaisance funeste aux grands groupes du BTP, un désintérêt des impacts écologiques qu’ils génèrent ou, au contraire, l’adhésion à un projet politique mûrement réfléchi ?

Nous le savons, toute construction d’infrastructures est un projet politique avec des conséquences sur le développement économique, social et écologique des régions concernées. C’est dans ce cadre qu’il faut analyser les grands projets « inutiles ». Ce sont des projets néfastes aux besoins réels des populations, mais ce sont des projets cruciaux pour le développement du libre-échange dans l’Union européenne. Ils contribuent à une structuration en cours de ce qu’il convient d’appeler l’Europe des régions, indispensable pour accélérer le démantèlement des Etats-nations.

Le refus du gouvernement d’ouvrir un débat démocratique avec les citoyens concernés, non seulement localement mais à l’échelle nationale, n’est donc pas étonnant, au vu des enjeux qui se profilent dans la ligne directe des lois de la décentralisation.

 I.- LES GRANDS PROJETS « INUTILES »

 A.- Deux grands projets « inutiles »

Il s’agit de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes et de la ligne à grande vitesse Lyon-Turin.

 1.- L’aéroport de Notre-Dame-des-Landes

C’est un projet vieux de 40 ans. L’idée de remplacer l’aéroport de Nantes-Atlantique par un nouvel aéroport remonte à 1967, pour y développer le fret et pouvoir accueillir le Concorde. Le choc pétrolier des années 1970 met en sommeil le projet qui sera réactivé le 26 juillet 2000 sous le gouvernement Jospin, par un communiqué du ministre communiste des Transports de l’époque, J.Cl. Gayssot qui annonce la décision de « réaliser un nouvel aéroport, en remplacement de Nantes-Atlantique, sur le site de Notre-Dame-des-Landes, afin de valoriser la dimension internationale et européenne des échanges de l’Ouest Atlantique ».

Les experts de l’époque, pour justifier le projet, annonçaient entre 5 et 9 millions de passagers par an pour l’an 2000. L’aéroport actuel de Nantes-Atlantique en accueille 3,2 millions, avec près de 61 000 mouvements d’avions (atterrissages, décollages) en 2011. Sa superficie est comparable à celle de l’aéroport de Londres-Gatwick qui, par comparaison, assure 280 000 mouvements et reçoit 31 millions de passagers. La « saturation » de l’actuel aéroport, avancée par les promoteurs du projet, n’a guère de réalité. Le danger occasionné par le survol de la ville de Nantes par les avions est le second argument avancé, alors que l’aéroport actuel est classé A (aéroport qui ne demande pas d’attention particulière) et a été décoré par les opérateurs comme le meilleur aéroport européen en termes d’accueil et de gestion des passagers. Aucune allusion à un éventuel problème de sécurité n’est avancée.

Le futur aéroport qui doit être construit sur le site de Notre- Dame-des-Landes est baptisé aéroport grand ouest (AGO). Sa démesure est à l’échelle de l’obstination des élus socialistes de la région (ville de Nantes, département de Loire-Atlantique, région Pays-de-la-Loire, région Bretagne). La superficie de 1650 hectares doit permettre de construire deux pistes pour acheminer 4 millions de passagers à la mise en service, chiffre qui passerait, selon les prévisions, à 9 millions de passagers par an d’ici 2065. A titre de comparaison, la superficie de l’aéroport de Roissy-Charles de Gaulle est plus faible (1 400 hectares) pour 540 000 mouvements annuels et 55 millions de passagers.

Le coût du projet a été évalué à 561 millions d’euros, chiffre contesté par les opposants comme étant largement sous-évalué (d’un facteur 2 à 3) et ne prenant pas en compte les coûts des dessertes routières et ferroviaires. Minimisant les conséquences de la destruction de 2 000 hectares de terres agricoles et de l’impact environnemental sur des zones humides, les partisans du projet mettent en avant un bénéfice pour la collectivité (600 à 700 millions d’euros) arguant de la nécessité de faire respecter la légalité républicaine du fait que le projet a été déclaré d’utilité publique en 2008 par le Préfet de région Pays de la Loire et préfet de Loire-Atlantique. Le Préfet de l’époque, Mr Bernard Hagelsteen, signataire de la déclaration d’utilité publique, est à présent salarié du Groupe Vinci qui a obtenu le marché de la construction du futur aéroport, sa concession pour 55 ans, ainsi que les parkings, et également la concession de cinq aéroports de l’ouest. Il est légitime de s’interroger sur la légalité républicaine lorsqu’un conflit d’intérêt apparaît aussi nettement, ce qui devrait entraîner l’annulation de l’enquête publique.

Un collectif d’élus opposés à l’aéroport Notre-Dame-des-Landes a confié, en 2011, à un cabinet hollandais (CE-Delft) une évaluation critique du bilan économique du projet. Les travaux du cabinet alertent sur les risques d’un déficit estimé entre 90 et 600 millions d’euros, selon différents scénarios, et concluent que l’optimisation de l’aéroport actuel apparaît comme étant la meilleure solution en termes d’aménagement. Par ailleurs, les bases de calcul conduisant à la déclaration d’utilité publique sont fortement contestées.

La contestation populaire à ce projet démesuré et inutile n’a rencontré aucun écho de la part des responsables politiques socialistes à tous les échelons de la vie politique, locale et nationale. Les opérations policières de plus de 1 000 gendarmes et CRS ont mobilisé une très forte contestation de plus de 40 000 personnes le 17 novembre 2012, suivie à nouveau de l’intervention policière, conduisant immédiatement à une manifestation dans les rues de Nantes aux cris de « Ayrault démission ». A cette date, le Premier ministre a cédé sur la forme en mettant en place une commission de dialogue, mais en continuant d’affirmer que « le projet se fera ». La commission a rendu son rapport qui, sans remettre en cause le projet, donne raison aux opposants sur certains points.

 2.- La ligne grande vitesse Lyon-Turin

La liaison transalpine à grande vitesse Lyon-Turin est un projet d’infrastructure déjà vieux de vingt ans, initié au début des années 90 par François Mitterrand. Il prévoit notamment le percement du plus long tunnel d’Europe (57 km). Ce projet a été remis au goût du jour par François Hollande. Il s’inscrit dans la mise en place de réseaux transeuropéens qui servent le marché unique européen et représentent un budget global de 50 milliards d’euros pour la période 2014-2020, réparti pour les deux tiers pour les transports, le tiers restant à part égale pour l’énergie et Internet. Dans ce cadre, le Comité pour la liaison transalpine, présidé par Franck Riboud, PDG de Danone, a pour objet de mener toute action de nature à faciliter ou accélérer la réalisation de la liaison ferroviaire à haute capacité fret et voyageurs entre Lyon et Turin, maillon central du corridor ferroviaire Lisbonne–Kiev. A l’issue du sommet franco-italien qui s’est déroulé à Lyon le 3 décembre 2012, une déclaration commune a été approuvée et signée par François Hollande et Mario Monti sur la coopération bilatérale entre les deux pays, soulignant que «  la France et l’Italie confirment l’intérêt stratégique du projet de nouvelle liaison ferroviaire entre Lyon et Turin. Il s’agit d’une infrastructure prioritaire, non seulement pour les deux pays, mais pour l’Union européenne dans son ensemble ». Le tunnel entre l’Italie et la France a d’abord été évalué à 8,5 milliards d’euros, il est aujourd’hui évalué à 26 milliards. François Hollande vient d’engager l’Etat français à financer 42% du projet, soit 11 milliards d’euros, pour relier Lyon et Turin en 2h, Paris et Milan en 4h30. Cette somme est l’équivalent des prévisions du déficit de la Sécurité sociale en 2013.

La Cour des comptes prévoit une réévaluation des coûts car le budget ne prend pas en compte les difficultés géologiques révélées par les premiers sondages. Malgré toutes les réserves émises par la Cour des comptes, le Premier ministre, J.M. Ayrault, persiste et signe. Alors que le projet n’a fait jusqu’ici l’objet d’aucun débat public, il réaffirme dans sa réponse à la Cour des comptes la volonté du gouvernement de réaliser cette infrastructure et fait appel au futur budget européen 2014-2020. L’Elysée envisage un recours aux crédits de la Banque européenne d’investissement, autrement dit s’endetter davantage dans le seul but apparent de relier Lyon et Turin en 2 heures.

Une commission d’enquête a rendu un avis favorable au projet. Les opposants ont fait valoir des conflits d’intérêts chez ses membres. Dans son référé au Gouvernement, la Cour des comptes rappelle que les intervenants ne devraient pas avoir de conflits d’intérêt au regard des suites du projet. Comme dans le cas du projet Notre-Dame-des-Landes, les opposants demandent l’annulation de l’enquête d’utilité publique.

Côté italien, le projet suscite une large opposition de la part des « No Tav » (pour Treno a alta velocita), avec occupations de chantiers, manifestations de milliers de personnes, batailles contre les forces de l’ordre. Comme pour le projet Notre-Dame- des-Landes, la réponse est essentiellement répressive. Le gouvernement italien a mobilisé 2 000 carabinieri en juin 2012 pour protéger les débuts des travaux. Ceci fait dire à Paolo Prieri, l’un des coordinateurs italiens de la lutte, « Notre-Dame- des-Landes et No Tav sont deux luttes sœurs. On retrouve le même activisme des gouvernements à empêcher toute expression par la force militaire ».

 B.- La contestation de ces projets

Les opposants aux projets inutiles mettent en avant un certain nombre d’arguments écologiques, économiques et citoyens. Mais ils ne tentent pas d’évoquer en même temps le sens politique de tels projets afin de donner une explication à l’obstination du Premier ministre Jean-Marc Ayrault et du Président de la République François Hollande pour l’aéroport Notre-Dame-des-Landes et la ligne ferroviaire Lyon-Turin.

 1.- Aéroport Notre-Dame-des-Landes

Le Monde, dans son édition du 7 décembre 2012, ramène le projet d’aéroport à deux modèles de développement, l’un privilégiant la défense de l’environnement, le second la nécessité d’une ré-industrialisation, ce qui peut susciter une interrogation sur la réalité de l’industrialisation autour d’un projet de transport aérien. Dans sa tribune publiée dans Politis de fin novembre 2012, le militant écologiste Jérôme Gleizes limite ses critiques à la logique productiviste au profit du BTP, aux risques de dépassements des coûts qui seront aux frais du contribuable, à l’absence de prise en compte de l’écologie, à un besoin de mieux utiliser l’argent public (pour la rénovation des bâtiments par exemple). Ronan Dantec (Sénateur EELV) de Loire-Atlantique, qui a plaidé et obtenu que Nantes soit déclarée comme la première ville verte d’Europe, dénonce la non prise en compte de l’avis des opposants au projet d’aéroport, la manipulation du document adossé à la déclaration d’utilité publique, et l’incapacité de l’Etat à jouer le jeu pour un véritable débat public. Pour Attac, Susan George et d’Aurélie Trouvé, opposantes au projet de Notre-Dame-des-Landes, expriment seulement l’expression d’un refus d’une dérive face au changement climatique et à la destruction de la biodiversité. La comparaison avec le mouvement de contestation du Larzac est mise en avant pour présenter la contestation de Notre-Dame-des-Landes comme le creuset de mouvements paysans, écologistes et altermondialistes. Un appel est fait à François Hollande pour qu’il mette fin au projet de construction de ce nouvel aéroport.

De cet ensemble d’arguments, tous aussi justes les uns que les autres, aucun ne met réellement en avant le sens politique de tels projets d’aménagement.

 2.- LGV Lyon-Turin

Là aussi, les opposants au projet dénoncent les nuisances engendrées par de tels travaux titanesques. Le projet aura des conséquences écologiques néfastes en raison de la préemption sur les terres agricoles, sans parler du coût excessif et non maîtrisé. Plus grave encore, le risque de saturation des structures existantes n’est envisagé qu’à l’horizon 2035 selon la Cour des comptes. La ligne existante n’est utilisée qu’à 20% de sa capacité. Quant à l’argument écologique avancé par J.M. Ayrault de réduire les émissions de CO2 en réduisant le trafic routier, les opposants à la LGV Lyon-Turin soulignent que 90% des émissions de CO2 proviennent des automobiles et poids lourds de desserte régionale, contre 10% liés au trafic de poids lourds entre la France et l’Italie. Les défenseurs du projet ont mis en avant 30 000 emplois directs générés par le chantier. Les chiffres ont été revus à la baisse par Louis Besson, président de la Commission intergouvernementale Lyon-Turin, qui a finalement admis qu’il n’y aurait que 3 000 emplois créés, sans parler du dumping social que connaissent à présent les grands chantiers européens qui se traduit par les opérations de sous-traitance avec des salariés provenant d’autres pays de l’Union européenne et travaillant dans des conditions dignes d’un autre siècle et pour des salaires indécents.

Les écologistes (EELV), d’abord favorables au projet, sont à présent critiques : « les infrastructures nouvelles sont prédatrices d’espace, d’énergie et de deniers publics ; elles doivent être proportionnées aux besoins présents et raisonnablement estimables à l’avenir ». Plus radical, le Parti de Gauche demande un moratoire sur le projet. Le député UMP, Dominique Dord, maire d’Aix-les-Bains, se demande s’il n’a pas été abusé par les experts sur les hypothèses d’augmentation du trafic de marchandises.

 C.- Le sens politique des projets dits « inutiles »

C’est auprès des partisans des projets que l’on peut trouver la raison profonde, politique, de tels aménagements. Ceci n’exclut évidemment pas les critiques qui sont exprimées, mais celles-ci sont incomplètes. Nicolas Notebaert, président des Aéroports du Grand Ouest et de Vinci Airports, estime que le futur aéroport Notre-Dame-des-Landes traduit la vocation européenne de Nantes et du Grand Ouest. Jacques Auxiette, président (PS) de la Région des Pays-de-la-Loire, est plus explicite. Au-delà des retombées concrètes qu’il anticipe pour le développement économique, l’emploi, l’attractivité et le rayonnement international des régions Pays de la Loire et Bretagne, il estime que « les régions ont besoin d’un accès rapide aux centres de décision européens... sans avoir à passer par Paris ».

Le projet de Notre-Dame-des-Landes ne doit pas être vu seulement comme le bétonnage de terres agricoles, la destruction du bocage, des zones humides, de la biodiversité, le gaspillage de fonds publics au profit des géants du BTP comme le groupe Vinci. Il doit être également appréhendé dans sa vision politique de construction d’une Europe fédérale de 300 régions. L’Europe de demain est un projet politique qui cherche à dissoudre l’échelon national, seul à pouvoir porter le débat démocratique et la souveraineté populaire. C’est une Europe où le credo libéral est omniprésent à tous les niveaux de la vie sociale et économique, et où les régions qui en constitueront la trame devront être mises en concurrence.

Plus encore, l’affaire de Notre-Dame-des-Landes révèle la mise en concurrence des réseaux de transport, notamment aériens. Depuis l’accord Open Skies en 2007, les compagnies aériennes concurrentes bénéficient d’une liberté octroyée d’atterrir où bon leur semble pour mettre les aéroports en concurrence. La naissance des compagnies « low cost » a accéléré le phénomène. Les aéroports français, à l’exception des aéroports parisiens, sont toujours à 100% propriété publique, de l’Etat, des régions, de collectivités territoriales ou de CCI, même si leur gestion est souvent confiée à une société privée. Le principal problème restait les Etats nationaux, propriétaires des infrastructures aéroportuaires et les opinions publiques qui considèrent encore l’espace aérien comme un élément essentiel de leur souveraineté.

Cette mise en concurrence voulue par la Commission européenne n’est pas compatible avec une gestion étatique centralisée, d’où la loi de décentralisation (n° 2005-357) du 20 avril 2005 qui transfère la propriété des aéroports publics aux régions ou à des organismes territoriaux. Ce transfert permet de leur attribuer un statut juridique de société anonyme, ce qui ouvre la possibilité d’y faire entrer des capitaux privés. La généralisation des contrats de « partenariat public-privé » (PPP) finalise la privatisation des structures aéroportuaires. Sur un terrain nu appartenant à l’Etat et aux collectivités, la compagnie privée apporte des capitaux, empruntés sur les marchés financiers avec la garantie de l’Etat et devient copropriétaire des installations qu’elle y installera. Si par malheur l’opération échouait, les contribuables seront engagés pour rembourser les emprunts financiers garantis par la puissance publique, nationale ou locale.

C’est dans ce contexte qu’il faut également analyser le projet de Notre-Dame-des-Landes. La construction de ce nouvel aéroport permet de faire disparaître l’ancien, propriété de l’Etat, pour en créer un nouveau, propriété en majorité du Groupe Vinci, dont le service sera concédé par l’Etat. Le tour de passe-passe est parfaitement légal : l’entreprise se paiera sur les bénéfices d’exploitation, et l’Etat et les collectivités concernées seront locataires d’un aéroport géré par une société dont Vinci est l’actionnaire majoritaire. L’absence de toute politique d’aménagement va fragiliser les petits aéroports de Brest, Caen, Saint-Brieuc, Lorient, Quimper, Rennes, Angers qui ont pour le moment échappé au processus de privatisation mais vont devoir subir la pression des groupes financiers. Le phénomène de la concurrence aéroportuaire ne se limite pas à la France, c’est désormais un problème européen.

Le cas de l’aéroport de Nantes s’inscrit dans le cadre général des politiques de privatisation des aéroports. Si ce projet vient à être réalisé, avec la volonté jamais démentie des élus socialistes, c’est une nouvelle vague de privatisation du domaine public qui s’annonce, après l’électricité, la Poste, les autoroutes. La lutte contre le projet de construction de l’aéroport Notre-Dame-des-Landes est bien une affaire nationale et européenne. Le futur aéroport est désigné comme le poisson pilote pour une nouvelle politique de privatisation de masse.

Le projet LGV Lyon-Turin, aussi dispendieux qu’il apparaît, est imposé par la classe politique dirigeante actuelle contre vents et marées parce que la ligne Lyon-Turin constitue le nœud ferroviaire entre le nord, le sud et l’est de l’Europe dans un contexte de compétitivité, de libre-échange, de libéralisation du transport ferroviaire et de déréglementation généralisée. Ces investissements colossaux annoncés paradoxalement comme soutien au développement durable, favorisent à grande échelle un développement insoutenable tant pour l’environnement que socialement. Les multinationales vont pouvoir intensifier le dumping social entre les pays de l’Union européenne puisque la baisse et la pression sur les coûts de transport faciliteront toujours davantage les délocalisations. Le projet de ligne LGV Lyon-Turin entre dans la logique des infrastructures nécessaire pour la mise en compétition des régions dans une Union européenne fédérale et ceci jusque dans les pays du nord de l’Afrique, lieu des nouvelles délocalisations pour les activités de services et de production industrielle, comme par exemple le Maroc pour la construction automobile.

 II.- LA DÉCENTRALISATION POLITIQUE NATIONALE AU SERVICE DE L’EUROPE DES REGIONS

Dissoudre la souveraineté nationale, et par conséquent la souveraineté populaire, s’inscrit dans le projet politique d’une Europe des régions. Ce projet s’évalue à l’échelle de plusieurs décennies, on en perçoit seulement les aspects les plus criants, comme la mise en place de ces grands projets apparemment « inutiles » (Notre-Dame-des-Landes, Lyon-Turin), mais également par d’autres approches cette fois directement politiques comme le projet de regroupement territorial proposé aux citoyens en Alsace par référendum. La lisibilité de cette évolution n’est envisageable que par une mise en perspective historique qui retrace un certain nombre d’aspects de la politique nationale de régionalisation/décentralisation, en lien avec la construction de l’Union européenne.

Les grands projets inutiles, comme ceux de l’aéroport Notre- Dame-des-Landes et de la liaison ferroviaire Lyon-Turin, dénoncés par nombre d’associations militantes ou politiques, pour des raisons écologiques, financières, citoyennes, sont, de fait, parfaitement inutiles pour les populations, mais s’inscrivent dans un schéma politique cohérent de la construction européenne des régions. Sa compréhension nécessite une mise en perspective historique pour en appréhender les enjeux, qui touchent à la déconstruction de l’Etat-nation, à la destruction des fondements de la République, au profit de l’élaboration de l’Europe des régions. Pour en comprendre le mécanisme, il convient de percevoir la signification des lois de régionalisation et de décentralisation, dont l’étape finale programmée par le gouvernement actuel est l’Acte III de la décentralisation qui reprend, sans guère de modification le projet de loi sur la réforme des collectivités territoriales (RCT) du précédent gouvernement de N. Sarkozy. Sans cette mise en perspective, l’obstination soutenue du gouvernement actuel de F. Hollande, tant sur les projets de Notre-Dame-des-Landes que du Lyon–Turin est parfaitement incompréhensible pour tout citoyen.

 A.- L’organisation du territoire

L’organisation du territoire sous l’ancien régime monarchique était structurée autour de trois entités : le royaume, les provinces (sensiblement équivalentes à 3 départements actuels) et les paroisses, cadre de vie élémentaire des populations. Le centralisme administratif, mis en place dès l’Ancien régime, se trouve renforcé au moment de la Révolution française, développant l’État, créant les départements (unité de représentation et d’administration) et les communes (héritières des paroisses). L’organisation territoriale française se construit sur le principe d’un Etat-nation, incarné par une « République une et indivisible » dont les fondements sont toujours inscrits dans la constitution française. L’architecture de l’Etat-nation est actuellement le seul cadre qui permet l’exercice de la souveraineté populaire.

L’idée de région est une vieille idée en France. Elle fait référence généralement à une singularité géographique (région montagneuse, région côtière) ou économique (région industrielle, région agricole, région viticole). Mais c’est également une affaire politique qui a cherché à opposer une dimension traditionnelle de la France incarnée par l’Ancien régime au découpage départemental et républicain. Le régionalisme a été assimilé pendant une période à une idéologie de droite renforcée par l’épisode de Vichy et par les mouvements autonomistes qui revendiquent la régionalisation.

 B.- Les régions : un long processus de formation

A la fin du XIXe siècle, la revendication régionaliste se précise, motivée par des considérations essentiellement économiques : associations industrielles ou commerciales (Chambres des Houillères du Nord–Pas-de-Calais, Office des transports à Lyon, Société navigable à Nantes), coopératives agricoles, banques régionales (Crédit du Nord, Société Marseillaise de crédit) et les Chambres de commerce envisagent de se regrouper à l’échelle de la région. Le régime de Vichy instaure un régionalisme autoritaire avec une réorganisation autour de 19 préfets de région. La Libération conserve ce cadre régional en établissant par ordonnance dans chaque région un commissaire régional de la République, fonction qui sera supprimée en mars 1946. Mais le régionalisme va continuer à se manifester dans deux domaines : le maintien de l’ordre et l’économie. Parallèlement, le mouvement fédéraliste, entreprend à partir de 1947, (lire de J.F Gravier, Paris et le désert français), une croisade pour diffuser de nouveaux principes d’organisation de la société, à l’échelle locale et régionale. La Bretagne est la première cible. Pour faire face à une situation sociale quasi-insurrectionnelle, suite aux grèves de 1947, le maintien de l’ordre est coordonné par les inspecteurs généraux de l’administration en mission extraordinaire (IGAME). Ceux-ci seront supprimés en 1964 aux lendemains de la guerre d’Algérie. Le processus se poursuit sur une version essentiellement économique dont on peut retracer les principales étapes de la Libération à l’élection présidentielle de F. Mitterrand en 1981.

Cette nouvelle idée de la région émerge avec l’idée de planification. Dès la période d’après-guerre, une cohérence s’établit entre les décisions prises au niveau national pour la relance de l’économie et la dynamique de la construction européenne. Le premier Plan de reconstruction, dit Plan Monnet (1947-1952), concerne la relance de la sidérurgie et coïncide avec la création en 1951 de la Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA). Le second Plan (1954-1957) intègre les nouvelles normes du Plan Marshall destinées à ouvrir l’économie européenne au marché américain. Dans cette période est signé en 1957 le Traité de Rome qui institue la Communauté économique européenne (CEE).

L’orientation de régionalisation se poursuit sous la Ve République. La création de 22 régions coïncide avec le troisième Plan (1958-1961), suivie par la création de la DATAR (Délégation à l’Aménagement du territoire et à l’action régionale) qui porte l’action régionale au cœur de la politique d’aménagement du territoire. Le projet référendaire de 1969, proposé par le Général De Gaulle comme une réponse aux revendications de mai 1968, érige la région en collectivité territoriale qui reçoit en plus de la planification économique, de nouvelles compétences en matière d’équipements collectifs, se substituant à l’Etat dans différents domaines, scolaire, sanitaire, routier, portuaire… et bénéficiant de ce fait de transfert d’impôts de l’Etat. Le « non » l’ayant emporté, la réforme régionale est reportée.

La suite s’inscrit dans la politique de la droite libérale incarnée par Valéry Giscard d’Estaing. La loi régionale du 5 juillet 1972 organise les régions en créant un Conseil régional qui délibère sur les affaires de compétence régionale et donne son avis sur l’aménagement de la région. Les régions sont érigées en « établissements publics régionaux » (EPR) avec trois organes : le Conseil régional, le Conseil économique et social et le préfet de Région. Les outils de planifications adoptent une démarche différente, comme les « contrats de pays » qui deviennent des procédures contractuelles liant Etat, région et niveau local (petites villes et leur pays).

La procédure de contractualisation va s’étendre avec la création des FEDER (Fonds européens de développement régional) qui marque l’entrée de la politique communautaire dans le développement régional, en participant aux programmes de développement local. Cette politique de développement est une réponse politique aux conséquences de la crise économique des années 1970, notamment dans les régions touchées par la crise de la sidérurgie et aux inégalités de plus en plus grandes entre les régions au sein de la Communauté européenne de l’époque. Le FEDER participe ainsi à la structuration de l’Europe des régions.

Une double évolution s’opère, à la fois au niveau national et au niveau communautaire. Ce dernier va devenir prépondérant dans la construction d’un nouveau cadre de l’action publique dont les mécanismes d’élaboration vont peu à peu échapper à l’Etat et qui vont orienter de manière décisive la perception et les conduites des politiques publiques, y compris au niveau national.

En 1976, Valery Giscard d’Estaing écrivait dans son ouvrage Démocratie française qu’il s’agit « bien de viser à un véritable changement de nature dans les rapports respectifs de l’Etat, des département et des communes (…..) , une loi fondamentale devra déterminer les compétences propres de l’Etat, des départements et des communes (…) pour le niveau supérieur de l’organisation locale, à revoir la répartition des compétences entre le département et la région, la superposition des trois collectivités locales étant excessives, à un moment où viendront s’y ajouter des instances européennes ». Bien entendu, au moment où ces lignes sont écrites, le processus n’est pas directement perceptible. Quarante ans plus tard, il l’est avec la réforme des collectivités territoriales (RCT) du gouvernement Sarkozy et l’Acte III de la décentralisation du gouvernement Hollande qui signe l’implosion à terme de la République.

Le point essentiel qui est probablement à retenir dans l’émergence des régions est que celles-ci sont enracinées sur des thèmes à connotation économique (développement local) et non sur des thèmes à connotation politique (démocratie).

 C.- Des lois Defferre à la réforme des collectivités territoriale (RCT)

Arrivé au pouvoir en 1981, le gouvernement de F. Mitterrand engage la réforme de la décentralisation, incarnée par les lois Defferre de 1983. Elles traduisent une rupture politique et administrative qui consiste à supprimer la tutelle de l’Etat, à transférer les attributions du Préfet, en tant qu’agent exécutif du département, au Président du Conseil général, et à transformer la région en collectivité territoriale. Le rôle des régions devient central en matière de développement économique.

 D.- La réforme des collectivités territoriales

La perspective tracée 25 ans plus tôt par Valery Giscard d’Estaing se concrétise par le gouvernement de N. Sarkozy qui s’engage dans une réflexion sur une nouvelle architecture des collectivités territoriales. Deux priorités sont mises en avant. Il s’agit d’une part de la simplification et de la rationalisation des collectivités territoriales entre les 36 786 communes, les 101 départements, les 26 régions et les établissements publics de coopération intercommunal (EPCI) et autres syndicats intercommunaux. Il s’agit d’autre part de la clarification et du partage des compétences autour de deux pôles, département-région et commune-intercommunalité et enfin, l’introduction d’une nouvelle entité territoriale : la métropole. La réforme votée en décembre 2010 doit être examinée autour de ces deux pôles.

 1.- Département-Région

Une nouvelle catégorie d’élus apparaît : les conseillers territoriaux, appelés à remplacer les conseillers généraux et les conseillers régionaux. Au total, il est prévu que 3 496 conseillers territoriaux soient appelés à être désignés pour la première fois en mars 2014. Le mode de scrutin, d’une extrême complexité, vise de fait à affaiblir le pluralisme politique et à instaurer les bases d’un bipartisme (incarné par l’UMP et le PS).

La réforme des collectivités territoriales de Nicolas Sarkozy est une réforme de fond. Elle met fin à la clause générale de compétences pour les régions et les départements qui serait remplacée par la clause spéciale des compétences ayant pour effet direct une perte de liberté et d’autonomie de ces deux niveaux territoriaux, Conseil général pour les départements et Conseil régional pour la région. Rappelons que s’il n’y a pas de définition stricto sensu de la clause générale de compétence, celle-ci procède d’une habilitation générale de niveau législatif, fondée sur la notion d’intérêt local, donnée aux communes (1884), puis aux départements (1982) et aux régions (1986). A défaut de clause générale de compétence, la répartition des compétences définit l’attribution de compétences spécifiques par voie d’énumération selon les lois de décentralisation de 1983.

En restructurant les compétences des départements et des régions, on diminue leur pouvoir exécutif au profit d’une fonction essentiellement d’exécution dictée par les services préfectoraux. Comme le souligne la revue Territoires (janvier 2009), la clarification des compétences permet à l’Etat de mieux contrôler le système : elle transforme les collectivités en établissements publics et l’assemblée élue en conseil d’administration.

 2.- Commune-intercommunalité

Dans le but de trouver une issue à l’impossibilité de diminuer autoritairement le nombre de communes, l’intercommunalité est encouragée avec pour objectif sa généralisation. La commune est l’échelon de base de la démocratie. La communauté de communes devient à ce titre un maillon fort dans la stratégie néolibérale pour annexer le pouvoir local et habituer la population à une entité territoriale plus lointaine et, par conséquent, moins démocratique. Plus encore, en milieu très urbain, la loi prévoit la création des métropoles (dont la vocation est de se substituer aux collectivités déjà existantes (communes, communautés d’agglomérations, départements). Aujourd’hui, on peut considérer que 8 métropoles sont potentiellement créées : Bordeaux, Lille, Lyon, Marseille, Nantes, Nice, Strasbourg et Toulouse, auxquelles il faut ajouter le Grand Paris qui intègrerait le club très fermé des 27 mégapoles du monde. Les compétences de la métropole sont d’abord celles de la communauté urbaine qu’elle remplace, plus certaines compétences relevant du département (transports scolaires, gestion des routes…), voire d’autres compétences du département transférées par convention par le Conseil général (ex. gestion des collèges, action sociale pour le troisième âge et la jeunesse…).

 3.- Questions politiques

La RCT de Nicolas Sarkozy modifie le champ des compétences accordées aux départements et aux communes et instaure une nouvelle dynamique autour des métropoles dont le champ des compétences se trouve considérablement élargi en matière de gestion économique. Avec de telles orientations, plusieurs questions se posent.

La première d’entre elle est de savoir ce qui reste comme compétence au département et aux communes faisant partie de la métropole ? La concentration des richesses dans les métropoles va accroître les inégalités entre les territoires et les populations de ces territoires hors métropole. On ne peut faire l’économie de comparer cette évolution avec celle qu’ont connue les pays du Sud qui a abouti à la création de grandes métropoles, points de fixation pour un développement économique néolibéral, synonymes de paupérisation des zones rurales, d’explosion des inégalités au sein des métropoles par l’afflux de populations à la recherche d’emploi, d’économies parallèles de subsistance. Une telle évolution vers la création de grandes métropoles n’est-elle pas la préfiguration d’une tiers-mondialisation de l’Europe, telle qu’elle fut imposée quarante plus tôt aux pays du Sud par les grands organismes internationaux (FMI, Banque Mondiale…). Cette crainte trouve son expression dans l’usage du mot lui-même. Le mot « métropole » désigne à la fois la ville principale d’un pays ou d’une région, mais aussi d’un Etat considéré par rapport à ses colonies, ses territoires extérieurs. Le retour de ce mot, ambigu par nature, pour désigner un nouveau territoire, celui des agglomérations formant un ensemble de plus de 500 000 habitants, devait déjà nous alerter. Il introduit un risque de confusion alors qu’il s’agit d’une manœuvre politique parfaitement orchestrée. Il est possible de décrypter la mise en place d’une telle politique de décentralisation en posant la question suivante : est-elle au service d’une politique du territoire ou de la population qui y réside ? La réponse est dans la question elle-même et il est peu probable que les responsables politiques accepteront d’y trouver matière à un débat démocratique.

La métropole apparaît comme la nouvelle échelle de la « gouvernance » territoriale, pour reprendre le vocabulaire néolibéral, c’est-à-dire la gestion des affaires publiques qui assurent le rendement maximal au regard de la norme suprême : le marché mondial. Il est à craindre que les métropoles, présentées en termes d’attractivité économique, seront le lieu de « gouvernance » économique, appelées à se substituer aux prérogatives politiques et sociales des départements, régions et Etats. Le transfert d’un certain nombre de services publics aux métropoles préfigure une gestion au moindre coût de ceux qui ne sont pas directement rentables, on pense évidemment aux zones rurales qui risquent la paupérisation. Les débats autour de la Réforme des collectivités territoriales (RCT) atteste d’une professionnalisation-technocratisation croissante de la politique et révèle, une fois encore, combien le citoyen est mis à l’écart des débats.

Tout est donc mis en place pour une politique de décentralisation, basée sur une réforme profonde des collectivités territoriales et l’émergence d’une nouvelle « gouvernance » économique autour de pôles d’attractivité que constituent les métropoles qui agiront en termes de concurrence dans le cadre de l’Europe des régions, dont l’aboutissement constitue le renforcement d’une économie de marché non seulement au sein de l’Union européenne, mais également dans le cadre d’un marché de libre-échange transatlantique avec l’Amérique du nord, tel qu’il se profile dans la décennie actuelle. Cette zone de libre-échange entre l’Union européenne, qui aura vassalisé ou fait disparaître ses États, et le continent nord-américain sera la plus importante au monde. C’est à cette échelle que les grands projets « inutiles » doivent être analysés : un aéroport du Grand Ouest pour la métropole nantaise, capitale de la future grande région européenne de l’ouest de la France, la liaison ferroviaire Lyon-Turin, comme un axe stratégique pour les échanges au sein de l’Union européenne. C’est donc une évolution qui déstructure la notion d’Etat-nation, ainsi que le concept fondamental de souveraineté populaire. Rappelons que le mot de « gouvernance », qui fait partie du vocabulaire de l’Union européenne et des élites néo-libérales, signifie simplement « l’expression de la démocratie sans le peuple  », c’est-à-dire une forme d’autoritarisme.

L’Acte III de la décentralisation ou l’acte final en faveur de l’Europe des régions voulu par le gouvernement Sarkozy et porté par le gouvernement Hollande/ Lebranchu, a été retiré le 2 avril 2013 pour ressurgir le 10 avril en trois volets distincts qui seront soumis prochainement à discussion puis au vote (avant la fin de l’été 2013 pour la première partie). Un prochain texte du M’PEP en fera l’analyse.

http://www.m-pep.org/spip.php?article3314
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France : les trois réformes exigées par Bruxelles.

9 Mai 2013 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Europe supranationale

Jeudi 9 mai 2013

Par Philippe Ricard

 

François Hollande a prévenu son gouvernement : le délai de deux ans offert à la France pour ramener son déficit en deçà de 3 % de son produit intérieur brut (PIB) d'ici à 2015 ne signifie pas la fin des efforts de redressement esquissés depuis son élection. Au contraire.


Olli Rehn, le commissaire européen chargé des affaires économiques et monétaires, a accepté d'étaler dans le temps les chantiers ouverts, en échange d'engagements les plus précis possibles de Paris en matière de réduction des dépenses publiques, et, surtout, de réformes structurelles.


Cette approche a été agréée, dans ses grandes lignes, avec le ministre des finances Pierre Moscovici, juste avant l'annonce surprise du nouveau délai, vendredi 3 mai. Mais les détails seront précisés au fil d'un dialogue informel qui s'annonce nourri entre Paris et Bruxelles. Le sujet devrait d'ailleurs être au menu de la prochaine visite de M. Hollande à la Commission, mercredi 15 mai.


Bruxelles doit, pour sa part, préciser ses attentes dans une série de recommandations détaillées, le 29 mai. Le nouveau délai devrait ensuite, sur cette base, être entériné par les ministres des finances courant juillet. "Cela ne va pas sans contrepartie", prévient Herman Van Rompuy, le président du Conseil européen.


Sans plus de précisions, M. Rehn a indiqué qu'il attendait du mouvement dans trois grandes directions : la réforme des retraites, le marché du travail et une plus grande libéralisation des services et des biens.


De manière générale, on salue à Bruxelles les premières décisions de Paris, sur la base du rapport Gallois sur la compétitivité, ou de l'accord sur la sécurisation de l'emploi négocié par les partenaires sociaux. Mais on considère que le "programme national de réforme" – un document de plus de 80 pages envoyé le 30 avril par le gouvernement français – manque de précisions. "C'est un bon résumé de ce qui a été fait depuis un an, mais cela reste un peu faible sur le plan prospectif", dit-on dans l'entourage de M. Rehn.

  • Assurer un financement pérenne des retraites

Là dessus, au moins, Paris et Bruxelles sont d'accord. Mais sur ce dossier explosif, le gouvernement français prévient ne pas être en mesure d'être plus précis à ce stade, "afin de ne pas préjuger des modalités du compromis espéré d'ici à l'été entre les syndicats et le patronat", répètent en choeur les officiels français.


Pour la Commission européenne, la mauvaise conjoncture empêchera la réforme précédente, menée par Nicolas Sarkozy, d'assurer, comme prévu à l'origine, le retour à l'équilibre du régime des retraites en 2018. Il reste donc, selon elle, à assurer la "durabilité du système des pensions".


M. Rehn se garde cependant d'indiquer s'il souhaite le relèvement de l'âge de départ légal de départ à la retraite à 67 ans, comme dans certains pays européens. 

"La Commission n'a pas les pouvoirs pour cela. Elle identifie les grands enjeux, mais ne fait là comme ailleurs aucune prescription sur les moyens, observe un proche des discussions. C'est une façon pour les gouvernements de s'approprierles réformes."


  • Engager la réforme du marché du travail

Celle-ci est destinée à améliorer la compétitivité des entreprises françaises. C'est une priorité pour la Commission, mais aussi pour l'Allemagne, où la chute des parts de marché de la France à l'export est jugée très préoccupante. Bruxelles considère que les dirigeants français doivent, sans toucher aux salaires, réfléchir à abaisser le coût du travail, en allégeant les charges, et la fiscalité.


"Le coût du travail est une des clés de la compétitivité", vient de rappeler José Manuel Barroso, le président de la Commission, dans un entretien à L'Express :"Les pays où la dette s'est envolée sont ceux où le coût unitaire du travail a le plus augmenté", argue-t-il.

Pour Bruxelles, les jeunes et les actifs âgés sont de surcroît trop souvent exclus du marché du travail en France. Ce dernier serait enfin trop segmenté : les chances de passer d'un contrat précaire à un contrat à durée indéterminée (CDI) ont fortement baissé ces dernières années, notait la Commission dans ses précédentes recommandations à la France en mai 2012. Elle préconisait une révision du haut niveau de protection des contrats temporaires et permanents ainsi que de la législation sur les licenciements, jugée "dissuasive" pour les employeurs.

  • Accélérer la libéralisation des marchés des biens et services

Sur le dossier de la mise en concurrence, la Commission compte bien revenir à la charge. Elle espère la levée de "restrictions inutiles dans les industries de réseau". Son objectif : permettre l'arrivée de nouveaux opérateurs sur le marché de l'électricité, dominé par EDF, et sur celui du transport ferroviaire, où la SNCF reste toute puissante. Des réformes plus ou moins engagées en France. Bruxelles vise aussi les professions "excessivement réglementées", comme les avocats et les vétérinaires.

  • Mettre la pression sur le gouvernement français

Après avoir créé la surprise, en proposant d'accorder deux ans supplémentaires à Paris, M. Rehn est revenu à la charge : la France doit profiter du délai imparti pour"mener des réformes structurelles de grande ampleur(...) C'est important pour les Français, pour que la France puisse débloquer son potentiel de croissance pour créer des emplois", a-t-il insisté, mardi 7 mai, à Bruxelles.


Ce nouveau délai "n'est pas pour nous une incitation au relâchement, ou à la paresse", a répondu Pierre Moscovici à Berlin, tout en indiquant ne pas vouloir de"surajustement pour notre pays, de plans d'austérité qui vont plus loin que ce qui est nécessaire". A ses côtés, son homologue allemand, Wolfgang Schäuble, a dit"faire confiance à la Commission et à la France" pour préciser la feuille de route en discussion en échange du sursis de deux ans proposé à Paris.

 

Source : Le Monde

 


http://comite-pour-une-nouvelle-resistance.over-blog.com/article-france-les-trois-reformes-exigees-par-bruxelles-117678869.html
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EURO : un changement significatif. Article de Jacques Sapir.

9 Mai 2013 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Europe supranationale

EURO : un changement significatif
Par Jacques Sapir

mardi 7 mai 2013, par Comité Valmy

 

EURO : un changement significatif

Par Jacques Sapir

5 mai 2013

La déclaration d’Oskar Lafontaine du 30 avril dernier constitue un moment historique[1]. C’est la première fois qu’un ancien acteur de premier plan dans la mise en place de l’Euro admet que ce dernier a constitué une erreur. Cette déclaration marque un tournant dans la position de l’élite européenne dont Oskar Lafontaine fait partie. Elle annonce d’autres déclarations du même ordre qui vont désormais se multiplier dans les mois à venir.

 

Les raisons d’un changement

Cette déclaration est particulièrement intéressante quant aux motifs de sa conversion à une sortie de l’Euro. Rappelons qu’Oskar Lafontaine, en tant que président du SPD, avait été un des fervents partisans de la monnaie unique dans les années 1990. Il dit d’ailleurs explicitement qu’il a cru en un mécanisme d’unification des salaires à l’échelle européenne, mais que ce mécanisme fut vidé de son contenu par l’action des divers gouvernements. La position d’Oskar Lafontaine n’est donc pas une position de refus de la monnaie unique par principe. Mais, il constate que dans la configuration actuelle du rapport des forces en Allemagne, il n’y a aucune chance que s’inverse la politique actuelle de dumping salarial. De ce point de vue, il convient de citer précisément le texte :

 

« La situation économique se dégrade de mois en mois, et le chômage a atteint un niveau qui sape de plus en plus les structures démocratiques.

 

Les Allemands n’ont pas encore pris conscience que les Européens du sud, y compris la France, seront du fait de la paupérisation économique, forcés de riposter, tôt ou tard, à l’hégémonie allemande. Ils sont plus particulièrement soumis à la pression du dumping salarial pratiqué par l’Allemagne en violation des traités européens depuis le début de l’union monétaire. Merkel se réveillera de son sommeil du juste quand les pays qui souffrent du dumping salarial allemand se mettront d’accord pour imposer un changement de politique de gestion de la crise aux dépens des exportations allemandes »

 

Ce passage est particulièrement instructif car il montre comment la politique actuelle, dont l’origine se trouve dans ce que Lafontaine appelle « l’hégémonie allemande » va aboutir à scinder l’Europe en deux et va unifier contre l’Allemagne les pays de l’Europe du Sud et la France. La préoccupation de Lafontaine est donc d’éviter un tel conflit qui ruinerait effectivement la construction européenne. C’est donc pour sauver l’Europe qu’il envisage la fin de l’euro, une position que j’avais défendue dans un document de travail datant de juillet 2012, document qui avait été transmis au Président de la République[2]. Dans ce document aussi étaient envisagées la possibilité de fortes hausses salariales en Allemagne ainsi qu’une forte bouffée inflationniste dans ce pays. On y montrait pourquoi ces mécanismes n’avaient aucune chance de se produire et l’on en déduisait la nécessité d’une forte dévaluation.

 

La conversion d’Oskar Lafontaine à une dissolution de la monnaie unique n’est donc pas si surprenante que cela. Oskar Lafontaine croit en l’Europe mais, lui, ne vit pas dans le monde enchanté des bisounours où se complaisent tant les socialistes de toutes tendances qu’une partie du Front de Gauche, organisation qui est pourtant l’équivalent français de Die Linke, le parti à la gauche du SPD dont Lafontaine fut l’un des fondateurs. C’est par réalisme que Lafontaine arrive donc à la solution d’une dissolution de la zone Euro.

 

Comment procéder à une dissolution de la zone Euro

Il part dès lors du constat que les dévaluations internes (les politiques de déflation comme on aurait dit dans les années 1930) seront incapables à elles seules de modifier la situation. Elles devraient être accompagnées d’une hausse volontariste de TOUS les salaires allemands d’au moins 20%, ce qui est impossible aujourd’hui en raison de l’état du rapport des forces en Allemagne. Il précise alors comment il conçoit cette dissolution de la zone Euro et envisage notamment la nécessité d’établir un contrôle des capitaux (et sans doute initialement un contrôle des changes) pour faire aboutir cette politique. Il est ici frappant de constater comment un homme politique peut rejoindre des positions exprimées par des économistes universitaires et comment il conçoit, encore une fois de manière très réaliste, un mécanisme dont l’Europe a déjà donné l’exemple avec la crise Chypriote. Une nouvelle fois, il convient de citer Oskar Lafontaine in extenso :

 

« Si des réajustements réels à la hausse ou à la baisse ne sont pas possibles de cette façon, il devient nécessaire d’abandonner la monnaie unique et de revenir à un système qui rende possible les dévaluations et les réévaluations, comme c’était le cas avec le prédécesseur de la monnaie unique, le Système Monétaire Européen (SME). Il s’agit fondamentalement de rendre de nouveau possibles des dévaluations et des réévaluations à travers un système de change contrôlé par l’Union Européenne. Dans ce but, de stricts contrôles des capitaux seraient l’inévitable première mesure, afin de contrôler les mouvements de capitaux. Après tout, l’Europe a déjà mis en place cette première mesure à Chypre. »

 

Tout cela est envisagé sans drames, loin des pronostics catastrophistes auxquels s’abandonnent des hommes politiques français, et y compris Jean-Luc Mélenchon, qui aurait été mieux inspiré de s’inspirer de la réflexion de son ami Lafontaine plutôt que d’abonder dans le sens d’un Attali sur ce point, dans l’émission Des Paroles et des Actes. À nouveau, le texte de Lafontaine fait un singulier écho aux propositions contenues dans le document de travail de juillet 2012 quand il évoque la nécessité de garantir un soutien aux pays d’Europe du Sud pour leur permettre de réussir au mieux leurs dévaluations[3]. Il en est de même quant au sentier à suivre. Sur ce point, je ne peux que reprendre ce que j’écrivais en juillet 2012 :

 

« Les dernières négociations européennes ont eu le mérite de faire prendre conscience des obstacles immenses qui existent sur la route d’une possible survie de la monnaie unique. Les institutions européennes pourraient cependant jouer un rôle non négligeable dans la mise en œuvre de cette dissolution de la zone Euro. Il importe en effet que cette dissolution soit présentée comme un élément de politique européenne, concerté et combiné, et non comme un retour au « chacun pour soi ». La population française pourrait être préparée à l’idée d’une dissolution de la zone Euro par la mise en valeur de l’alternative entre soit une période prolongée de récession, voire de dépression, soit un ajustement beaucoup plus rapide dans le cas d’une dévaluation avec des perspectives importantes de croissance à moyen terme. Cette dissolution impliquerait cependant :
•(a) Une décision collective suite à un sommet européen. Il ne semble guère possible de pouvoir tenir secrète cette décision plus de 24h. Celle-ci pourrait être prise un samedi ou dans la nuit d’un samedi au dimanche. Il est donc important que le gouvernement ait déjà préparé comment il agirait en ce cas.
•(b) La transformation du MES pour partie en fonds de stabilisation bancaire et pour partie en un « Fonds Monétaire Européen » dont la tache serait de résoudre les crises de balance de paiement des pays européens (ce qui était la tache originelle du FMI) qui pourraient survenir par la suite, et la transformation de la BCE en un organisme chargé du suivi des règles communes et des parités nouvellement annoncées par les États et validées en conseil européen (ECOFIN). Ces parités devraient pouvoir être révisées tous les ans pour tenir compte des mouvements différents de l’inflation structurelle et des gains de productivité. La BCE pourrait de plus administrer l’Union bancaire visant à l’adoption de règles prudentielles communes pour la banque de détail en particulier.
•(c) Le Système Monétaire Européen serait reconstitué à titre provisoire pour garantir des fluctuations communes aux parités. Il serait cependant différent du SME originel en ceci qu’il s’accompagnerait de mesures de contrôle des mouvements de capitaux pour prévenir toute attaque spéculative. Il est possible qu’un ou plusieurs pays refusent ces conditions, et le SME reconstitué pourrait ne commencer à fonctionner que sur un groupe plus restreint de pays que l’Euro aujourd’hui. Cependant, les avantages en matière de stabilité de ce SME reconstitué devraient être suffisant pour attirer vers lui progressivement plus de monnaies. »

 

On pourra comparer au texte de Lafontaine :

« Durant une période de transition, il sera nécessaire d’aider les pays dont la monnaie subira de façon certaine une dévaluation pour soutenir son cours, y compris au moyen d’une intervention de la Banque Centrale Européenne, afin d’éviter un effondrement. »

 

Cette déclaration constitue un moment politique extrêmement important dans la crise de l’Euro. Elle annonce d’autres conversions. La multiplication des partis et des hommes politiques prenant parti, en Europe, pour une « fin de l’Euro » est aujourd’hui un fait important. Il est clair, de ce point de vue, que les premiers à franchir le pas bénéficieront d’une certaine prime dans l’opinion publique et auprès de leurs électeurs quand le mouvement s’amplifiera d’ici les prochains mois.

 

—–

TEXTE d’Oskar Lafontaine

Oscar Lafontaine :


Nous avons de nouveau besoin d’un Système Monétaire Européen

La politique européenne d’Angela Merkel est soumise à une pression croissante. Le président de la Commission Européenne Manuel Barroso mais également le premier ministre italien Enrico Letta ont critiqué sa politique d’austérité qui domine en Europe et qui conduit au désastre. Les dirigeants européens savent que les choses ne peuvent continuer ainsi. La situation économique se dégrade de mois en mois, et le chômage a atteint un niveau qui sape de plus en plus les structures démocratiques.

 

Les Allemands n’ont pas encore pris conscience que les Européens du sud, y compris la France, seront du fait de la paupérisation économique, forcés de riposter, tôt ou tard, à l’hégémonie allemande. Ils sont plus particulièrement soumis à la pression du dumping salarial pratiqué par l’Allemagne en violation des traités européens depuis le début de l’union monétaire. Merkel se réveillera de son sommeil du juste quand les pays qui souffrent du dumping salarial allemand se mettront d’accord pour imposer un changement de politique de gestion de la crise aux dépens des exportations allemandes.

 

Une monnaie unique aurait pu être soutenable si les participants s’étaient mis d’accord sur une politique salariale coordonnée orientée vers la productivité. Pendant les années 1990, comme je pensais qu’une telle coordination était possible, j’étais d’accord avec la création de l’euro. Mais les gouvernements ont contourné les institutions créées en vue de cette coordination, plus particulièrement le dialogue macro-économique. Les espoirs selon lesquels la création de l’euro imposerait une attitude économique rationnelle de toutes les parties se sont avérés vains. Aujourd’hui le système est hors de contrôle. Comme Hans-Werner Sinn l’a récemment écrit dans le Handelsblatt, des pays comme la Grèce, le Portugal ou l’Espagne doivent baisser leurs coûts d’environ 20 à 30% par rapport à la moyenne de l’Union Européenne pour atteindre un niveau approximativement équilibré de compétitivité, et l’Allemagne devrait les augmenter d’environ 20%.

 

Abandonner la monnaie unique

Toutefois, les dernières années ont montré qu’une telle politique n’a aucune chance d’être mise en œuvre. Une hausse des salaires, qui est nécessaire dans le cas de l’Allemagne, n’est pas possible avec les organisations patronales et le bloc des partis néolibéraux, formé par la CDU/CSU, le SPD, les libéraux et les Verts, qui ne font que les suivre. Une baisse des salaires, qui signifie des pertes de revenus de l’ordre de 20 à 30% en Europe du sud, et même en France, conduira au désastre, comme nous le voyons déjà avec l’Espagne, la Grèce et le Portugal.

 

Si des réajustements réels à la hausse ou à la baisse ne sont pas possibles de cette façon, il devient nécessaire d’abandonner la monnaie unique et de revenir à un système qui rende possible les dévaluations et les réévaluations, comme c’était le cas avec le prédécesseur de la monnaie unique, le Système Monétaire Européen (SME). Il s’agit fondamentalement de rendre de nouveau possibles des dévaluations et des réévalutions à travers un système de change contrôlé par l’Union Européenne. Dans ce but, de stricts contrôles des capitaux seraient l’inévitable première mesure, afin de contrôler les mouvements de capitaux. Après tout, l’Europe a déjà mis en place cette première mesure à Chypre.

 

Durant une période de transition, il sera nécessaire d’aider les pays dont la monnaie subira de façon certaine une dévaluation pour soutenir son cours, y compris au moyen d’une intervention de la Banque Centrale Européenne, afin d’éviter un effondrement. Une condition préalable au fonctionnement d’un Système Monétaire Européen serait la réforme du secteur financier et sa stricte régulation, en s’inspirant des caisses d’épargne publiques. Les spéculateurs doivent disparaître.

 

La transition vers un système permettant des dévaluations et des réévaluations contrôlées serait graduelle. On aurait déjà pu commencer avec la Grèce et Chypre. L’expérience du « serpent monétaire européen » et du SME aurait dû être prise en compte.

 

Le 30, avril 2013.

Traduit de l’allemand par Stathis Kouvélakis


[1] Le texte d’origine se trouve dans le journal Neues Deutschland à l’adresse suivante : http://www.neues-deutschland.de/artikel/820333.wir-brauchen-wieder-ein-europaeisches-waehrungssystem.html ainsi que sur le blog d’oskar Lafontaine :
http://www.oskar-lafontaine.de/links-wirkt/details/f/1/t/wir-brauchen-wieder-ein-europaeisches-waehrungssystem/

[2] J. Sapir, « La dissolution de la zone Euro : une solution raisonnable pour éviter la catastrophe », Document de Travail, CEMI-EHESS, juillet 2012.

[3] Idem. À ce stade je n’ai aucune information sur une possible traduction en allemand de ce texte et ne peut que constater les impressionnantes convergences de vue entre la déclaration de Lafontaine et le document de travail.


Mise en ligne CV : 5 mai 2013

http://www.comite-valmy.org/spip.php?article3467

Jacques Sapir
Ses travaux de chercheur se sont orientés dans trois dimensions, l’étude de l’économie russe et de la transition, l’analyse des crises financières et des recherches théoriques sur les institutions économiques et les interactions entre les comportements individuels. Il a poursuivi ses recherches à partir de 2000 sur les interactions entre les régimes de change, la structuration des systèmes financiers et les instabilités macroéconomiques. Depuis 2007 il s’est impliqué dans l’analyse de la crise financière actuelle, et en particulier dans la crise de la zone Euro.
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Pour sortir de la crise, Sortons de l’Union européenne et de l'euro! Document du M'PEP.

8 Mai 2013 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Europe supranationale

   

 

 

 

 

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

M

 

ouvement Politique

 

 

d’Emancipation Populaire

  

  

 

89

 

36 45 68 17 19 19 19 2 0 05 …

d'autres victoires sont possibles

République, laïcité, Internationalisme vers un socialisme du XXI

 

e siècle

  

  

 

Pour sortir de la crise,

 

 

 

Sortons de l’Union européenne

 

et de l’euro !

 

 

❮❮❮

 

 

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Du balai l'Union européenne et

 

 le PS !

 

 

M

 

ouvement Politique d’Emancipation P

opulaire

 

 

Le peuple exige sa

 

 

souveraineté   

 

 

 

Toute l’info du M’PEP sur www.m-pep.org

 

Protester contre la politique du gouvernement

La politique menée par monsieur Hollande est l’exacte continuation de celle menée par monsieur Sarkozy.

 

Elle s’est enfermée volontairement dans les « contraintes » européennes. Ce n’est même plus une reddition idéologique, c’est l’accord enthousiaste et parfois intéressé – comme pour monsieur Cahuzac - des hiérarques socialistes avec le fond de sauce de la pensée néolibérale. C’est la collaboration ouverte du Parti socialiste avec le MEDEF et les classes possédantes, le PS devançant leurs moindres désirs. Il n’est pas étonnant, devant le bilan

accablant de la politique menée depuis un an, que François Hollande et le gouvernement socialiste soient rejetés par les citoyens. Il faut donc clairement manifester contre ce gouvernement, contre la politique qu’il mène et qui s’appelle le service aux marchés financiers et l’austérité. Ayrault démission !

 

 

Unir les citoyens sur un programme anti-crise

 

1) -

 

Souveraineté institutionnelle et politique. Sortie de l’Union européenne pour construire des coopérations libres avec les peuples et nations d’Europe, débarrassées de l’eurolibéralisme.

  

 

 

2) -

 

Souveraineté militaire. Sortir de l’OTAN.

  

 

3) -

 

Souveraineté monétaire et budgétaire. Démanteler les marchés financiers, sortir de l’euro et revenir au franc, condition incontournable pour supprimer le chômage et la précarité par l’instauration du droit opposable à l’emploi.

  

 

4) -

 

Souveraineté industrielle. Réindustrialisation du pays, démocratisation des organisations productives, interdiction des délocalisations, relocalisations.

  

 

5) -

 

Souveraineté commerciale. Prendre des mesures protectionnistes inspirées du cadre coopératif et universaliste de la Charte de La Havane de 1948.

  

 

6) -

 

Souveraineté sociale. Redresser la Sécurité sociale et la protection sociale en général ainsi que les services publics, planification d’une grande politique du logement.

  

 

7) -

 

Souveraineté économique. Restituer à la nation les grandes féodalités financières, industrielles, de services et médiatiques.

  

 

8) -

 

Souveraineté environnementale. Mettre en oeuvre un programme de mutation écologique, sociale et démocratique des modes de production et de consommation, préparer la transition énergétique.

  

  

 

 

«Pour pouvoir engager un processus

 

 constituant et aller

 

vers une VI°

 

République, la France doit

 

 retrouver pleine souveraineté

  

 

Il serait illusoire de lancer avec succès un processus constituant alors même que le peuple est sous la tutelle de l’Union européenne qui impose ses directives, ses traités et une monnaie unique et qu’il est ainsi privé de sa souveraineté. S’affranchir de l’Union européenne est le premier acte à accomplir qui permettrade construire en France une nouvelle République sociale.

http://www.m-pep.org/IMG/pdf/130428_Tract_5_mai_photocopie.pdf

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Europe : la grande fatigue de la banque centrale par Martine Orange de Médiapart.

6 Mai 2013 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Europe supranationale

Europe : la grande fatigue de la banque centrale

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Mario Draghi a fait ce que tout le monde attendait de lui. Jeudi 2 mai, le président de la Banque centrale européenne a annoncé une baisse de 0,25 % du taux directeur pour le ramener à 0,50 %, le plus bas taux depuis la création de l’euro. Cette décision, pourtant espérée, n’a suscité aucun enthousiasme. « Qu’est ce que cela va changer ? Rien ou pas grand-chose », résumaient de nombreux analystes. « Une réduction des taux ne va pas aider les pays de la périphérie de l’Europe en détresse », poursuivait un analyste d’une société financière Momentum securities.

L’accueil sceptique du monde financier n’est que le reflet des doutes du président de la BCE lui-même. En présentant les mesures discutées pour relancer la croissance et réparer la zone euro, Mario Draghi donnait le sentiment d’avoir du mal à y croire. Il le faisait parce que tout le monde lui avait dit de le faire, parce que ce sont les mesures attendues par une banque centrale confrontée à une récession généralisée mais en ne fondant guère d’espoir de réussite. En public, il reconnut « être frustré » du peu de résultats obtenus pour réparer la zone euro.

« À son arrivée à la tête de la BCE, Mario Draghi a pu prendre des mesures non conventionnelles, parfois contre l’avis de l’Allemagne. Il était nouveau, il avait l’énergie. Mais aujourd’hui, il n’a plus le même entrain. Cette crise qui dure, qui dure, use tout le monde »,nous expliquait il y a quelque temps Xavier Timbeau, économiste à l’OFCE. Cette analyse semble correspondre à la situation d’aujourd’hui. Une grande fatigue, teintée de désarroi et d’impuissance, paraît s’être installée à la banque centrale européenne.

Dix-huit mois après son installation à Francfort, la “magie” de Mario Draghi se dissipe. Le président de la BCE reste crédité d’avoir éteint à deux reprises l’incendie financier qui menaçait d’embraser toute la zone euro. La décision prise en novembre 201 de consentir à taux zéro sur trois ans 1 000 milliards d’euros de crédit aux banques européennes a permis d’éviter une crise de liquidité et l’effondrement du système interbancaire européen. La deuxième fois en juillet 2012 lorsqu’il annonça son intention de tout faire pour défendre l’euro et de se porter acheteur des dettes souveraines de certains pays, en cas de crise, a mis un terme – momentanément ? – à la panique sur le marché obligataire, qui menaçait d’emporter l’Espagne et l’Italie d’abord, toute la zone euro ensuite.

Décidant de croire ou de faire croire que ce qui se passe sur les marchés financiers correspond à l’économie réelle, les gouvernements européens n’en finissent pas de se féliciter de la fin de la crise aiguë dans la zone euro. Certes, les taux obligataires des pays attaqués comme l’Espagne et l’Italie sont revenus à leur plus bas niveau depuis le début de la crise, permettant aux gouvernements de se refinancer sans problème, mais à un prix élevé : même si des taux de 4 % sont bien moindres que les 7 % précédents, ils restent fort chers pour des pays en récession.

De même, les marchés boursiers volent de record en record. Mais ces hausses spectaculaires sans aucun rapport avec l’économie de la zone euro disent en elles-mêmes la supercherie : les marchés boursiers et ceux des matières premières ne sont plus que le terrain de manœuvre de financiers spéculant pour leur propre compte avec l’argent à taux zéro prêté par les banques centrales. « Le résultat de l’action de la BCE est que le monde réel est bien différent du monde imaginaire des marchés. Et la BCE a fait de loin, de très loin un meilleur boulot pour soigner le monde des marchés que le monde réel », résumait Kit Juckes, analyste à la Société générale.

 

Europe : la grande fatigue de la banque centrale

Les banques toujours aussi malades

Même s’ils feignent de s’en satisfaire, les responsables de la BCE ne peuvent se cacher en privé qu’ils n’ont rien réparé. De quelque côté qu’ils se tournent, leurs mesures se révèlent inopérantes pour relancer l’économie européenne, assurer le bon fonctionnement du système bancaire et la préservation de la zone euro.

La BCE a beau déverser des milliards d’euros dans le système bancaire pour essayer de faire repartir l’économie européenne, tout l’argent disparaît dans les coffres des banques. La fameuse “transmission monétaire”, qui amène l’argent de la banque centrale jusqu’aux circuits économiques finaux, ne fonctionne plus.

Car la confiance n’est toujours pas réapparue dans le monde bancaire. Cette méfiance d’une certaine façon se comprend. En dépit des bonnes paroles et de certaines dispositions, le nettoyage bancaire n’a pas été fait.

Les problèmes du monde bancaire restent pendants. Pis, ils s’aggravent. La récession européenne ne cesse de fragiliser un peu plus les bilans bancaires : les créances d’entreprise ou immobilières, qui, il y a encore un ou deux ans, étaient considérées comme bonnes, se déprécient au fur et à mesure que les impayés et les faillites s’accumulent. Chaque mois, les banques espagnoles provisionnent un peu les risques de leurs crédits immobiliers. Elles en sont à un taux de plus de 40 % de dépréciations par rapport à la valeur comptable initiale. Et cela ne semble toujours pas suffire.

Mais la situation n’est pas réservée qu’aux banques des pays européens en difficulté. L’augmentation de 2,8 milliards d’euros lancée en catimini cette semaine par la Deutsche Bank pour renforcer ses fonds propres prouve que la première banque européenne a elle aussi ses difficultés – crise européenne, exposition exorbitantes aux dérivés, scandale du Libor –, bien que placée sous la haute protection du gouvernement allemand. Il y a encore deux mois, la direction de la banque jurait pourtant qu’elle n’avait pas besoin d’augmenter ses fonds propres.

Après les incitations, les exhortations, les menaces voilées, la BCE en est réduite à recourir aux « formules magiques » pour encourager les banques à nettoyer leur bilan. Jeudi, Mario Draghi a ainsi déclaré que la banque centrale verrait d’un bon œil le recours aux ABS (asset backed securities) afin de permettre aux banques de sortir nombre de créances et autres produits de leurs portefeuilles, en les revendant sur le marché. « Ce sont des produits parfaitement transparents et évalués par les marchés », a-t-il déclaré. Quand un intervenant lui fit remarquer que les ABS relevaient des produits titrisés qui avaient été à l’origine de la crise des subprime en 2007, le président de la BCE dut reconnaître que « le marché des ABS était mort ». Mais néanmoins, la banque centrale semble espérer sa résurrection. C’est dire son état d’impuissance.

 

Silence sur Chypre

En attendant, le système bancaire reste totalement gelé. Les banques qui ont de l’argent à prêter préfèrent le mettre en dépôt pour rien auprès de la BCE. Les autres sont toujours contraintes de demander à la BCE d’assurer leur liquidité. Cela fait juste plus de deux ans que cela dure. Pour convaincre les banques à remettre l’argent en circulation dans l’économie, Mario Draghi a agité la menace d’imposer à l’avenir des taux négatifs, en clair de faire payer les banques qui déposeraient leurs fonds auprès de la BCE. Dans l’espoir que cette nouvelle contrainte les conduirait à assumer à nouveau leur mission première : financer l’économie.

Les responsables de la BCE peuvent se réconforter en se disant que tous les banquiers centraux se retrouvent confrontés en ce moment aux mêmes difficultés. Après avoir été pris pendant plus de vingt ans dans le même piège, le Japon en est réduit à des expédients pour essayer de s’en sortir. Mais que peuvent dire les dirigeants de l’institution monétaire européenne sur l’évolution de la monnaie unique, dont ils ont la responsabilité ? Car là, leur échec est criant et ne cesse de s’amplifier.

Comment en effet parler de monnaie unique quand un des pays de l’Union, Chypre, est obligé depuis le mois dernier d’imposer un contrôle sur les capitaux ? C’est reconnaître qu’un euro de Chypre n’a plus la même valeur que dans le reste de la zone euro.  L’événement en soi signe le démaillage de la zone euro. Le sujet est si sensible que Mario Draghi a préféré maintenir la fiction et ne pas en parler.

En toute discrétion, la BCE a donné dans la semaine quelques éléments qui se veulent rassurants. Chypre reste une exception, comme il y en a eu tant depuis le début de la crise de l’euro, et tout est sous contrôle : la fuite des capitaux tant redoutée n’a pas eu lieu, a-t-on insisté à Francfort. C’est surtout la preuve que le contrôle sur les capitaux est effectif. Les différentes autorités européennes sont d’ailleurs tellement rassurées qu’elles ont décidé de prolonger ce contrôle. D’une semaine, il est passé à un mois. Il risque d’être prolongé comme cela de mois en mois jusqu’à ce qu’il s’éternise.

Chypre n’est que le paroxysme de la crise de la zone euro. Les forces centrifuges qui s’exercent au sein des pays de la monnaie unique ne cessent de se renforcer. Si Mario Draghi a réussi à arrêter la désagrégation rapide de la zone euro l’été dernier avec l’annonce d’un programme – jamais mis en œuvre – de rachat de dettes souveraines des pays en difficulté, il n’a rien réparé. Les

déséquilibres monétaires entre les pays de l’union sont toujours aussi importants, comme l’atteste Target 2, le programme qui fait la balance des excédents et déficits entre les différents pays européens. Les masses de capitaux qui avaient fui l’Europe du Sud pour se réfugier vers l’Europe du Nord, en Allemagne en particulier, ne sont pas revenues.

 

L’Allemagne affiche encore près de 700 milliards d’euros d’excédents à l’égard du reste de la zone euro. Elle reste le pays refuge de tous les capitaux en exode, empruntant à des taux se rapprochant de zéro, tandis que les autres paient au prix fort. Mais comment parler encore de monnaie unique dans une zone où, depuis deux ans, l’écart des taux s’agrandit entre les pays, où le crédit, comme en Italie et en Espagne, n’est plus disponible pour les entreprises ou les particuliers, ou est proposé à des taux si prohibitifs qu’il en devient inaccessible ? 

 

Sprirale déflationniste

Faute de solution, la BCE préfère occulter le problème et s’en remettre aux schémas convenus. Mario Draghi a donc une nouvelle fois appelé les gouvernements à poursuivre sans relâche leur « consolidation budgétaire » et à mettre en œuvre sans retard « leurs réformes structurelles ». Tout retard dans l’application de cette politique serait préjudiciable pour l’euro, assure-t-il.

Au moment où de plus en plus d’Européens nourrissent des doutes sur le succès de ces recettes, Mario Draghi s’accroche. Les chiffres n’ont pas été à la hauteur des prévisions. « Pour le cinquième mois consécutif, l’Europe est en récession », a-t-il dû admettre. Mais il maintient, en dépit de tous les signes annonciateurs du contraire : la reprise sera peut-être plus lente que prévu mais elle interviendra au second semestre. Son motif de satisfaction dans ce tableau très sombre est l’inflation, le mètre étalon de toute la politique de la BCE depuis sa création : elle est de 1,2 %, bien en dessous des 2 % de référence.

Si l’économie européenne continue sur la tendance actuelle, ce n’est plus d’inflation mais de déflation dont la BCE va se préoccuper. Prix, salaires, activité, chômage… Tous les signes avant-coureurs d’une spirale déflationniste sont là. La dégradation de la situation économique va si vite que toutes les prévisions sont déjà dépassées à peine ont-elles été rendues publiques. Ainsi, la Commission européenne a annoncé ce vendredi matin une nouvelle hausse du chômage en Europe à 12,2 %  fin 2013. L’ennui est que ce taux a été atteint en mars.

L’économiste Milton Friedman, qui a inspiré toutes les politiques monétaristes libérales depuis 1980, rêvait que dans les cas désespérés les banquiers centraux puissent disposer d’un hélicoptère à partir duquel ils pourraient distribuer directement des billets aux populations et aux entreprises, afin que l’argent aille directement aux intéressés et permette de relancer la machine économique. « Malheureusement, je n’ai pas d’hélicoptère », a déploré Mario Draghi. Cela se voulait drôle mais disait son désarroi. Mario Draghi est vraiment fatigué.

 

 

http://www.mediapart.fr/journal/international/030513/europe-la-grande-fatigue-de-la-banque-centrale

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Le 5 mai, le M’PEP sera présent à la manifestation pour éxiger la souverainté de la France.

1 Mai 2013 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Europe supranationale

Le 5 mai, le M’PEP sera présent à la manifestation pour éxiger la souverainté de la France.
 
mercredi 1er mai 2013
Auteur : par Texte du M’PEP

Le M’PEP sera présent à la manifestation du 5 mai aux côtés des sympathisants du Front de gauche, mais avec ses propres mots d’ordre. La situation que connaît actuellement la France impose en effet, plus que jamais, qu’elle recouvre sa souveraineté dans tous les domaines. Telle est la question principale, car un peuple ne disposant pas de son entière souveraineté ne peut s’engager à bâtir une nouvelle constitution. La souveraineté nationale, en outre, est la condition nécessaire de la sortie de crise, même si elle n’est pas suffisante. À cet égard, la sortie de l’Union européenne et de l’euro sont les mesures les plus décisives qu’il convient de prendre. C’est pour cette raison, essentielle aux yeux du M’PEP, qu’il convient de manifester, dans l’union la plus large, bien au-delà des seules forces qui se qualifient de « gauche de gauche  ». Manifester pour «  la 6e République  » sans évoquer la nécessité de reconquérir la souveraineté nationale ni combattre nommément la politique du gouvernement ne semble pas adapté à la situation. Le M’PEP participera donc à cette manifestation, mais avec ses propres mots d’ordre.

 
  
 
  Le 5 mai, le M’PEP sera présent à la manifestation
 

 LE 5 MAI, LE M’PEP SERA PRÉSENT A LA MANIFESTATION POUR EXIGER LA SOUVERAINETÉ DE LA FRANCE

Par le Mouvement politique d’émancipation populaire (M’PEP).

Le 1er mai 2013.

Résumé

Le M’PEP sera présent à la manifestation du 5 mai aux côtés des sympathisants du Front de gauche, mais avec ses propres mots d’ordre. La situation que connaît actuellement la France impose en effet, plus que jamais, qu’elle recouvre sa souveraineté dans tous les domaines. Telle est la question principale, car un peuple ne disposant pas de son entière souveraineté ne peut s’engager à bâtir une nouvelle constitution. La souveraineté nationale, en outre, est la condition nécessaire de la sortie de crise, même si elle n’est pas suffisante. À cet égard, la sortie de l’Union européenne et de l’euro sont les mesures les plus décisives qu’il convient de prendre. C’est pour cette raison, essentielle aux yeux du M’PEP, qu’il convient de manifester, dans l’union la plus large, bien au-delà des seules forces qui se qualifient de « gauche de gauche  ». Manifester pour «  la 6e République  » sans évoquer la nécessité de reconquérir la souveraineté nationale ni combattre nommément la politique du gouvernement ne semble pas adapté à la situation. Le M’PEP participera donc à cette manifestation, mais avec ses propres mots d’ordre.

Texte complet

Le vendredi 5 avril, Jean-Luc Mélenchon a annoncé dans les médias qu’une manifestation nationale serait organisée le 5 mai à Paris pour « purifier l’atmosphère politique insupportable  » suscitée après le scandale Cahuzac. Cette initiative serait une « marche citoyenne pour la VIe République ». Le secrétaire national du PCF, Pierre Laurent, déclarait peu après : «  j’accueille favorablement l’idée de cette marche  », mais il faut que « ses objectifs soient précisés  » (Le Figaro, 6 et 7 avril 2013).

Cette décision unilatérale de Jean-luc Mélenchon, plaçant tout le monde devant le fait accompli, témoigne des difficultés du Front de gauche à prendre les décisions ambitieuses que la situation appelle. Si tel n’avait pas été le cas, une démarche «  normale  » aurait eu lieu : les dirigeants du Front de gauche se seraient réunis et auraient décidé, collectivement, d’organiser cette manifestation et d’en indiquer les raisons. C’est bien parce que cela n’a pas été possible que Jean-Luc Mélenchon a fait ce coup de force. Cette initiative, néanmoins, va dans le bon sens, il fallait bousculer la direction du PCF et ses tergiversations qui visent à ne pas contrarier le PS afin de maintenir ses accords avec lui lors des prochaines élections municipales.

Il faut utiliser cette manifestation pour :

  • exiger la souveraineté de la France en sortant notamment de l’Union européenne et de l’euro ;
  • protester contre la politique du gouvernement ;
  • unir les citoyens sur un programme anti-crise ;
  • faire émerger une dynamique progressiste et laïque dans la société.

 

 I.- MANIFESTER POUR EXIGER LA SOUVERAINETE DE LA FRANCE EN SORTANT DE L’UNION EUROPEENNE ET DE L’EURO

Les élites politiques, journalistiques, économiques, et beaucoup d’intellectuels, depuis ces dernières décennies, militent pour que la France devienne petite. Quelle abandonne sa souveraineté dans le plus grand nombre possible de domaines. Les bénéficiaires de ces abandons de souveraineté sont toujours les mêmes : les classes possédantes qui ont mis en place les piliers de l’ordre néolibéral mondial que sont l’OTAN, le FMI, la Banque mondiale, l’OMC, et… l’Union européenne ! Cette façon de voir les choses est totalement intégrée par ces élites au plus profond de leur être. Elles sont inaptes à identifier les marges de manœuvre qui demeurent et qui, pourtant, sont nombreuses. Toute aptitude et tout désir à prendre des décisions leur ont été ôté, avec leur acceptation soumise. Ce comportement de larve est particulièrement développé chez les socialistes.

Seule la restauration de la souveraineté nationale permettra d’appliquer un programme inspiré de celui du Conseil national de la Résistance (CNR) de 1944. C’est la réponse globale, aujourd’hui la plus adaptée à la crise de régime qui s’annonce puisque l’Assemblée nationale à majorité socialiste a perdu toute légitimité un an après son élection. Sans souveraineté nationale – répétons-le -, la souveraineté populaire n’est qu’un vœu pieux. Où le peuple peut-il être souverain, si ce n’est à l’échelle de la nation ? Or, dans la guerre qu’elles mènent aux peuples, les classes possédantes ont un objectif central : casser la démocratie, empêcher les peuples de disposer des instruments qui pourraient remettre en cause leurs privilèges. Et par conséquent dissoudre les nations, les priver de leurs instruments de souveraineté comme la politique monétaire et budgétaire, les émietter en régions autonomes mises en concurrence pour que chacune soit plus « attractive et compétitive » que les autres. En un mot : il faut casser le monde du travail, la France et la République. Le PS fait désormais mieux que la droite.

L’outil le plus sophistiqué pour y parvenir, mis au point par les classes dirigeantes, est l’Union européenne et sa monnaie unique. Les trois principes hégémoniques et exclusifs qui fondent le dogme de l’Union européenne - lutte contre l’inflation (car l’inflation « ronge » la rentabilité du capital), concurrence « libre et non faussée », libre-échange - empêchent par nature la coopération, la solidarité et toute gestion politique de la zone euro. C’est pourquoi il n’y a pas et il ne peut pas y avoir de « gouvernance » économique de la zone euro. Il faudrait, pour infléchir les politiques de l’UE dans un sens favorable aux peuples, une modification radicale des traités européens. Il faudrait même entièrement inverser les logiques de ces traités. Or, pour modifier ces traités, l’accord unanime des vingt-sept pays membres est nécessaire. Est-il sérieux de laisser croire qu’un tel accord serait possible à brève échéance – car c’est à brève échéance qu’il faut juguler la crise – surtout pour adopter des mesures aussi structurelles comme le contrôle de la finance ? Croit-on vraiment que les Vingt-Sept vont virer leur cuti dans les quelques mois ou années qui viennent, rendant ainsi possible une révision progressiste des traités européens ?

On peut toujours égrener le catalogue des bonnes intentions et des mesures que les oligarques européens (ce que les vrais et faux naïfs appellent « l’Europe ») devraient prendre. Mais si on ne se contente que de cela, on ne fait que tourner des moulins à prières. Il faut admettre que le rythme des mobilisations sociales et des agendas politiques est propre à chaque nation, et qu’il n’y a pas nécessairement coïncidence entre les différents pays. Faudrait-il alors demander aux pays qui connaissent les dynamiques sociales et politiques les plus puissantes de ralentir pour attendre les pays qui éprouvent des difficultés de mobilisation ? Ce serait donner un coup de poignard dans le dos de ceux qui luttent avec le plus de vigueur. Ce serait également nier une leçon pourtant évidente de l’Histoire : des mobilisations, dans une entreprise ou un pays, peuvent avoir un caractère exemplaire, une vocation universelle, et susciter une généralisation de ces dynamiques.

Il est temps de reconnaître que si l’on veut vraiment sortir de la crise il sera nécessaire de sortir de l’euro et de l’Union européenne de manière unilatérale, pays par pays. Cette sortie doit s’accompagner du démantèlement des marchés financiers afin de changer la répartition des richesses entre capital et travail.

 II.- MANIFESTER POUR PROTESTER CONTRE LA POLITIQUE DU GOUVERNEMENT

La politique menée par monsieur Hollande est l’exacte continuation de celle menée par monsieur Sarkozy. Elle s’est enfermée volontairement dans les « contraintes » européennes. C’est, par exemple, la poursuite de l’objectif absurde des 3% de déficit budgétaire ; c’est le Pacte budgétaire européen (TSCG) négocié par Nicolas Sarkozy et ratifié par François Hollande ; c’est le cas de l’Accord national interprofessionnel (ANI) qui érige la régression sociale en modèle de société pour les socialistes. Le PS est pire aujourd’hui qu’au moment du « tournant de la rigueur » de 1982-1983. Ce n’est même plus une reddition idéologique, c’est l’accord enthousiaste et parfois intéressé – comme pour monsieur Cahuzac - des hiérarques socialistes avec le fond de sauce de la pensée néolibérale. C’est la collaboration ouverte du Parti socialiste avec le MEDEF et les classes possédantes, le PS devançant leurs moindres désirs.

La politique de « compétitivité » et d’ « attractivité » de la France, menée par le gouvernement socialiste, est particulièrement nuisible. Le commerce international de la France, en effet, du côté des exportations, s’effectue pour l’essentiel au sein de l’Union européenne et particulièrement dans la zone euro. Comme chaque pays de l’Union européenne mène la même politique de « compétitivité  » et d’ « attractivité », c’est la confrontation permanente entre des nations qui sont censées être « unies ». Ne parle-t-on pas, paraît-il, d’ « Union  » européenne ? Cette politique d’austérité conduit directement à l’augmentation du chômage et de la pauvreté, sans perspective d’en sortir.

Plus récemment, le « programme de stabilité  » présenté par le ministre Moscovici, agent du monde des affaires, lors du Conseil des ministres du 17 avril, ne fera qu’aggraver encore la situation sans espoir de redressement. Le chômage, selon Moscovici, devrait reculer au dernier trimestre 2013. Ce n’est pas ce que pense l’Office français des conjonctures économiques (OFCE) qui prévoit que la France sera en récession en 2013 et qu’elle ne s’en sortira que péniblement en 2014, le chômage continuant son ascension pour atteindre près de 12% en 2014. Le FMI dit la même chose, il prévoit une récession de 0,1% en 2013 après une croissance nulle en 2012.

Il n’est pas étonnant, devant le bilan accablant de la politique menée depuis un an, que François Hollande et le gouvernement socialiste soient rejetés par les citoyens. C’est ce que révèle l’enquête IFOP «  Bilan de l’action de François Hollande un an après l’élection présidentielle de 2012 ». Ceux qui sont « plutôt ou très mécontent  » de François Hollande sont 75%. C’est un record absolu. Seul Nicolas Sarkozy a pu concurrencer François Hollande avec 72%. Quelle référence ! Les engagements de François Hollande pris pendant la campagne des présidentielles ont été tenus « plutôt pas ou pas du tout » pour 76% des personnes interrogées. Sarkozy n’était qu’à 65%. Les secteurs où l’action de François Hollande est jugée la plus « positive » recueillent des scores particulièrement minables :

  • le « pouvoir d’achat » (11%) ;
  • la « lutte contre le chômage » (13%) ;
  • la « croissance et l’attractivité de la France » (16%) ;
  • la « réforme des retraites » (21%).

Il faut donc clairement manifester contre ce gouvernement, contre la politique qu’il mène et qui s’appelle le service aux marchés financiers et l’austérité.

 III.- MANIFESTER POUR UNIR LES CITOYENS SUR UN PROGRAMME ANTI-CRISE

Manifester contre le gouvernement et sa politique ne suffit pas. Il faut aussi unir une large majorité de citoyens sur un programme concret anti-crise. On peut proposer un plan d’urgence en 8 points :

1).- La souveraineté institutionnelle et politique. Sortir de l’Union européenne pour construire des coopérations libres avec les peuples et nations d’Europe débarrassées de l’eurolibéralisme.

2).- La souveraineté militaire. Sortir de l’OTAN.

3).- La souveraineté monétaire et budgétaire. Démanteler les marchés financiers, sortir de l’euro et revenir au franc, condition incontournable pour supprimer le chômage et la précarité par l’instauration du droit opposable à l’emploi.

4).- La souveraineté industrielle. Réindustrialisation du pays, démocratisation des organisations productives, interdiction des délocalisations, relocalisation des activités productives.

5).- La souveraineté commerciale. Prendre des mesures protectionnistes inspirées du cadre coopératif et universaliste de la Charte de La Havane.

6).- La souveraineté sociale. Redresser la Sécurité sociale et la protection sociale en général ainsi que les services publics, planification d’une grande politique du logement.

7).- La souveraineté économique. Restituer à la nation les grandes féodalités financières, industrielles, de services et médiatiques.

8).- La souveraineté environnementale. Mettre en œuvre un programme de mutation écologique, sociale et démocratique des modes de production et de consommation, préparer la transition énergétique.

L’enquête IFOP « Bilan de l’action de François Hollande un an après l’élection présidentielle de 2012 » montre que les Français ne perçoivent pas correctement les marges de manœuvres qui existent pour mener une autre politique. Ils jugent ainsi que les « marges de manœuvre » du gouvernement sont importantes à seulement 31% pour le pouvoir d’achat, à 29% pour l’emploi. C’est le défaitisme et l’incrédulité qui dominent parmi les classes populaires. Raison de plus pour être précis, concret, radical et ne pas se laisser emporter par des projets fumeux.

   IV.- MANIFESTER POUR FAIRE EMERGER UNE DYNAMIQUE PROGRESSISTE ET LAÏQUE DANS LA SOCIETE

Certains, du côté du Parti socialiste, agitent l’épouvantail d’une vague réactionnaire et fascisante qui serait en train de gonfler et qui menacerait la démocratie. Méfions-nous de cet argument car il sert à resserrer les rangs autour du PS. A-t-il une réalité ?

Quoi que l’on pense de la loi sur le mariage pour tous (on attend une loi accordant l’emploi pour tous, la protection de la santé pour tous, une bonne retraite pour tous…) et de la possibilité d’adoption par des couples homosexuels, force est de constater une radicalisation d’une partie de la droite. Elle s’organise autour du mouvement du Printemps français. L’UMP, qui a tenté de récupérer la dynamique de la Manif pour tous, semble avoir échoué. Une fraction de cette dynamique se polarise désormais sur le Printemps français qui devient le réceptacle d’une partie de la droite radicalisée en provenance de l’UMP, d’éléments du Front national, d’intégristes ou de conservateurs catholiques et de gens, notamment des jeunes, qui ont une vision de la société opposée à la laïcité, fondée sur un ordre naturel des choses. Des violences ont été commises.

Néanmoins, il ne faut pas fantasmer cette dynamique. En France, aujourd’hui, 84% des Français déclarent l’homosexualité comme acceptable, 15% seulement s’y refusent. Cela fait entre 7 et 8 millions de personnes. C’est beaucoup, mais ce n’est qu’une minorité. Ne mélangeons donc pas tout. La période actuelle ne ressemble pas à celle de 1930. Les « ligues » ne menacent pas physiquement la République. Le PS ne va pas converger avec le PCF (avec le Front de gauche aujourd’hui) puisqu’il converge avec l’UMP. Comme lors de la bataille pour autoriser le divorce en 1884, celle pour autoriser le mariage entre homosexuels sera de toute façon gagnée, encore une fois quoiqu’on pense de cette loi. Il y a certes des éléments très réactionnaires et fascisants dans le mouvement qui s’oppose à ces réformes, mais il y a aussi de simples familles catholiques dont la conception du monde n’est tout simplement pas celle qui se dégage de la politique menée par le PS en la matière. C’est une bataille idéologique et politique qui est nécessaire, qui ne doit pas être remplacée par des invectives.

D’autant que le Front de gauche ne parvient pas à percer. Dans l’Oise par exemple, le candidat du FN a failli l’emporter au second tour face au candidat sortant de l’UMP. Le candidat du Front de gauche fait moins que le total de l’extrême gauche réalisé lors des précédentes consultations (6,64% contre 8,66%). Le Front de gauche n’apparaît pas comme une alternative, puisqu’en refusant obstinément de lutter pour la sortie de l’UE et de l’euro il démontre sa volonté de vouloir rester dans le système.

Marine Le Pen et le FN continuent leur course en tête, loin devant le Front de gauche, mais sans véritable bond en avant. Selon l’enquête Harris Interactive d’avril 2013 sur « Les traits d’image de Marine Le Pen », celle-ci serait « plutôt courageuse  » (65%), elle « comprend plutôt bien les préoccupations des Français  » (53%), elle a « plutôt de bonnes idées pour la France  » (42%). Là où Marine Le Pen est le moins crédible c’est de « bien représenter la France à l’étranger  » (21%), et qu’elle « ferait une bonne présidente de la République  » (24%). Les sympathisants UMP sont 53% à souhaiter une alliance avec le FN aux élections municipales, cantonales, régionales ; 72% chez les sympathisants du FN.

Dans l’étude IFOP pour Le Journal du Dimanche, en avril 2013, Marine Le Pen passe de 17,9% à 22% en cas d’élection à la présidentielle. Elle ne progresse cependant que de 2 points. Nicolas Sarkozy passe de 27,18% à 30% et gagne plus de 2 points. François Hollande passe de 28% à 22% et perd 6 points. Jean-Luc Mélenchon est donné à 11% en cas d’élection présidentielle, soit un léger recul par rapport à la présidentielle de 2012 (11,10%).

Aucune dynamique progressiste et laïque, rassemblant les classes populaires, ne pourra voir le jour sans montrer clairement sa volonté de briser le système. Cela passe impérativement par la sortie de l’Union européenne et de l’euro.

 V.- LES MOTIFS AVANCES PAR LE FRONT DE GAUCHE POUR MANIFESTER SUSCITENT DES INTERROGATIONS

Peu de temps après le coup médiatique de Jean-Luc Mélenchon, le Front de gauche publiait un communiqué appelant à une « Marche citoyenne pour la 6e République ».

http://www.placeaupeuple2012.fr/communique-du-front-de-gauche-2/

Ce communiqué commence par dénoncer, à juste titre, « l’affaire Cahuzac » en expliquant qu’elle « ne révèle pas seulement l’absence de probité et d’honnêteté d’un homme  », mais qu’elle « met à jour, une nouvelle fois, un système oligarchique… ». La conclusion, elle aussi parfaitement juste, est qu’il « faut mettre fin au règne de la finance  ». Le communiqué du Front de gauche ajoute qu’il est « engagé dans la bataille contre l’austérité  ». C’est en effet un point essentiel sur lequel rassembler le peuple.

Deux objections, néanmoins, doivent être faites aux justifications avancées pour convoquer cette manifestation :

  • il n’est pas possible d’engager un processus constituant dans un pays qui ne dispose pas de sa souveraineté ;
  • le PS et le gouvernement ne sont pas nommément désignés.

  A.- Il n’est pas possible d’engager un processus constituant dans un pays qui ne dispose pas de sa souveraineté

« La refonte du cadre institutionnel » qu’évoque le Front de gauche est une exigence que partage le M’PEP. La Constitution de la Ve République a inclus le traité de Lisbonne rendant le refus de son application anticonstitutionnelle, le système électoral favorise le bipartisme et la personnalisation de la vie politique au détriment des idées, le Conseil constitutionnel est un organe politique plutôt que juridique. Mais ce n’est pas le cadre constitutionnel actuel qui est la cause des difficultés économiques et sociales du pays. Cela n’a même rien à voir. La cause ce sont les politiques néolibérales et leur application sur le continent européen, engendrant la monstrueuse Union européenne actuelle et l’euro. On peut très bien changer de cadre institutionnel sans changer de politique sociale, économique et monétaire. Il y a donc risque que ce mot d’ordre du Front de gauche d’une VIe République soit compris comme une diversion.

La perspective d’un processus constituant qu’annonce le Front de gauche est une exigence qui va certainement devenir majoritaire. En effet une nouvelle République est nécessaire, il faut « que le peuple reprenne le pouvoir ». Mais il n’y a pas besoin de changer de régime politique pour reconquérir notre souveraineté nationale. La France doit simplement, et le plus vite possible, dénoncer les traités internationaux qui limitent sa souveraineté. Un changement de régime, d’ailleurs, ne garantit en aucun cas un changement de politique.

Une constitution est le droit du droit, c’est le sommet de l’architecture juridique d’un pays. Plusieurs politiques peuvent être menées avec une même constitution. Parfois, en lisant les prises de position de dirigeants du Front de gauche, on a le sentiment que ce processus constituant devrait déboucher sur une constitution qui serait l’application d’un programme de la gauche radicale. Ils ont oublié ce que nous disions lors de la campagne contre le traité constitutionnel européen de 2005 : nous ne voulions pas que cette constitution européenne grave dans le marbre du droit l’idéologie néolibérale. Même chose pour l’idéologie de la gauche radicale.

Attention, donc, à ne pas mélanger les problèmes et d’établir des liens de causalités qui n’existent pas. La lutte pour l’honnêteté politique n’a pas besoin d’un nouveau cadre institutionnel, elle peut et doit se mener tout de suite, dans le cadre actuel. La question essentielle qui se pose à notre système politique, et que ne veut pas voir le Front de gauche, est celui du détournement de sa souveraineté, essentiellement par le système de Bruxelles.

Une VIe République ne répond donc pas au problème de la crise économique et sociale. D’autant que l’on peut douter de l’envie des classes populaires de se mobiliser pour une perspective aussi abstraite. La séquence doit être : 1) récupération de la souveraineté nationale en sortant de l’OTAN, de l’OMC, de l’Union européenne et de l’euro ; 2) processus constituant ; 3) référendum sur une Constitution pour la 6e République.

  B.- Le PS et le gouvernement ne sont pas nommément désignés

Le Front de gauche, dans son communiqué, ne dit pas que le 5 mai est la date du premier anniversaire de l’élection de François Hollande à la présidence de la République. Pourtant l’un des buts de cette manifestation est bien de protester contre le bilan du gouvernement depuis un an. Alors pourquoi ne pas le dire ? Et pourquoi simplement dénoncer «  l’austérité  » et « la finance  » de manière désincarnée, comme si la politique du gouvernement Ayrault n’était pas concernée.

Le Parti socialiste n’est plus à gauche, depuis une trentaine d’années. Il serait temps que le Front de gauche le dise et en tire toutes les conséquences.

La proximité du Front de gauche avec le PS lui interdit d’incarner une alternative crédible. Hormis la rupture avec l’Union européenne et l’euro, le Front de gauche, s’il veut vraiment rompre avec le système et incarner une véritable alternative, devra s’émanciper du PS. Le PCF devra renoncer à faire partie de la majorité politique issue de l’élection présidentielle de 2012 – ce qu’il se refuse toujours à faire – et il devra renoncer à faire des listes communes avec le PS lors des municipales de 2014. Les alliances locales avec le PS sont interprétées comme des alliances politiques qui mettent PCF et PS dans le même sac. Le Parti de gauche, quant à lui, devra cesser de qualifier le Front de gauche « d’autre gauche  », accordant ainsi un label de gauche au PS. Jean-Luc Mélenchon, de son côté, veut apparaître comme l’opposant au système en montrant qu’il est rejeté par ce dernier. D’où ses provocations médiatiques, précisément pour susciter le rejet. Elles ne fonctionnent pas pour l’instant. Et ne fonctionneront pas plus à l’avenir si la geste médiatique n’est pas accompagnée d’un contenu suffisant.

 Conclusion

La manifestation du 5 mai aurait dû être organisée après une réunion de toutes les forces politiques intéressées. Même chose pour les suites, un rassemblement des organisations intéressées devrait voir le jour. Car cette manifestation ne doit pas rester sans lendemain. Sauf à apparaître comme un nouveau coup médiatique.

Il n’en reste pas moins que le M’PEP sera présent à cette manifestation, mais avec ses propres mots d’ordre :

  • Sortons de l’euro !
  • À bas l’euro ! Retour au franc !
  • Sortons de l’Union européenne !
  • À bas l’Union européenne !
  • Hollande, un an ça suffit !
  • Ayrault, démission !
http://www.m-pep.org/spip.php?article3296
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Emmanuel Todd « Les élites européennes : incompétence historique et anthropologique ? » Sur le blog d'Olivier Berruyer.

30 Avril 2013 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Europe supranationale

Emmanuel Todd « Les élites européennes : incompétence historique et anthropologique ? »

 
 Emmanuel Todd était l’invité de Paul Jorion à la chaire Stewardship of Finance de la VUB le 5 décembre 2012. L’intervention d’une durée de 1h30 n’a pas été filmée, seul un enregistrement audio nous délivre les réflexions du prophète de la chute de l’URSS qui nous prédit aujourd’hui le même sort pour l’euro.

Voici l’intervention :

 

Si vous ne disposez pas d’1h30, vous pourrez découvrir l’essentiel de cette intervention en 3 minutes de lecture.

Introduction – Le manque de réaction de nos sociétés face à la dégradation économique peut être imputé au niveau élevé de confort sur lequel nous reposons.

La génération précédente semblait avoir trouvé toutes les solutions : plein emploi, hausse du niveau de vie, apogée du keynésianisme, paix sur le continent.

Aujourd’hui, sans vouloir adopter un discours gauchiste contre l’élite – elle prend en charge l’intérêt des milieux populaires dans une démocratie -, le comportement de nos dirigeants en pleine crise paraît ahurissant : ils paraissent incapables de considérer les événements dans une perspective historique.

Sauver l’euro reste leur obsession : alors que le rôle d’une monnaie est de servir l’activité économique, aujourd’hui c’est l’activité économique qui est chargée de sauver l’euro.

Qu’est-ce qui explique cette incompétence ? 1 – leur rapport à l’économie 2 – déficit de formation en sciences sociales qui permettent d’appréhender les dynamiques des sociétés.

 

1- Conceptions économiques des élites -

L’illusion économique aide à comprendre le mécanisme de libre-échange. Si les effets sont d’abord positifs (mise en commun des structures, spécialisation technique de territoires), sur le long terme l’effet de la concurrence entraîne l’insuffisance tendancielle de la demande. Dans les années 90, la demande effective1 avait disparu des manuels d’économie, cet acquis fondamental du keynésianisme était passé à la trappe. Le deuxième effet est une montée des inégalités qui s’ajustent au niveau d’inégalité mondial.

La relance de 2007 réalisée dans ces mêmes conditions de libre-échange n’a fait que provoquer une hausse des délocalisations et une baisse des salaires, seul le CAC40 en a profité. La seule réponse apportée aujourd’hui est l’austérité – ce protectionnisme des imbéciles – qui entraîne la rétractation du marché.

Pourtant, il n’y aura pas de relance sans protectionnisme à l’échelle européenne : soit on conduit une politique de relance qui profite en premier lieu à la Chine, soit l’austérité accroît la crise mondiale.

Ceux qui conduisent ces politiques n’en souffrent pas : il s’agit moins d’incompétence que d’aveuglement ou d’intérêt. Cependant ceux qui profitent de cette crise sont de moins en moins nombreux. Si autrefois 20% en bénéficiaient, aujourd’hui ils ne sont plus que 1% voire 0,1%. Il ne s’agit pas de penser dans un marxisme vulgaire qu’ « ils s’en mettent plein les poches » mais plutôt dans un marxisme plus évolué qu’il est douloureux de penser contre ce qui est en place.

 

2 – Manque de compétences historiques des élites -

La culture intellectuelle moderne donne la prime à l’économie. Pour l’homo economicus, comprendre l’Homme, c’est comprendre l’économie.

L’Europe est devenue le centre de ce délire économique et un vrai problème pour le monde. Les États-Unis ne sont pas les plus en danger : sans pour autant être sortis de la crise, des idées de gauche y renaissent pour éviter la contraction. Paradoxalement c’est le risque de dépression à l’échelle mondiale qui montre l’importance de l’Europe.

Au moment de la création de l’euro, Emmanuel Todd sort de l’écriture de deux essais :

L’invention de l’Europe étudie en profondeur les structures familiales et les histoires nationales qui lui sont étroitement liées. La diversité anthropologique de l’Europe fait apparaître l’abîme qui sépare chaque culture.

Le destin des immigrés confirme que ces différences anthropologiques ont perduré jusqu’à aujourd’hui.

Les taux de mariage des couples mixtes sont beaucoup plus élevés en France qu’au Royaume-Uni ou en Allemagne, de même que le taux de natalité allemand est beaucoup plus bas que dans le reste de l’Europe.

Les européens ont des modes de vie encore très différents.

Au regard de ces différence anthropologiques, Emmanuel Todd a l’intuition qu’une monnaie unique à l’échelle du continent ne peut pas fonctionner. L’euro ne peut que créer une jungle, pas une société commune.

L’homo economicus est une invention du monde anglo-saxon qui est incapable de percevoir ces différences culturelles, puisque l’homme est réduit à sa dimension économique.

Alors qu’un cadre monétaire appelle un phénomène de convergence, les différences culturelles engendrent des divergences économiques. Ainsi le modèle capitaliste anglo-saxon individualiste appelle court-termisme, tertiarisation et financiarisation de l’économie. À l’opposé les valeurs de la famille souche allemande privilégient la transmission des connaissances, les compétences technologiques et le contrôle des marchés. Ces deux capitalismes renforcent encore leurs différences économiques avec la monnaie unique : les excédents commerciaux de l’Allemagne s’envolent et le reste de l’Europe se désindustrialise. La France serait coupable d’un péché d’orgueil si elle se pensait capable de contrer seule les tentations hégémoniques de l’Allemagne.

À présent toute tentative de régularisation ne peut qu’aggraver ces phénomènes de divergence et la remontée des antagonismes entre européens. Nous ne sommes pas dans un monde déchiré, mais ce risque existe à long terme.

Source : Gaëtan Jarnot

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Emmanuel Todd « Les élites européennes : incompétence historique et anthropologique ? »
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L'Union Européenne, c'est l'Empire. L'Empire, c'est la guerre. Quelques nouvelles de Grèce.

29 Avril 2013 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Europe supranationale

la-course-vers-l-abime.jpgJe vous propose des analyses intéressantes sur la construction européenne  actuelle.
  • D'abord l'article de l'historien juriste néerlandais Thierry Baudet, docteur à la faculté de droit de Leyde avec une thèse sur la souveraineté nationale. (Voir article ci-après).
  • Ensuite l'analyse de Richard Swartz, journaliste suédois.
  • Ensuite une série de citations édifiantes reprises sur le site d'Edgar, "La Lettre Volée".
  • Le ressentiment des grecs et des portugais envers les allemands.
Bonne lecture.
  
Cordialement.
 
Lucien PONS
  
  
 L’UE, c’est l’Empire. L’Empire, c’est la guerre, par Thierry Baudet

On a l’habitude de considérer que l’Union a assuré la paix en Europe. Or lorsque les Etats-nations cèdent leur souveraineté à des entités supranationales, cela mène au conflit, note de manière provocatrice l’historien Thierry Baudet. Voilà pourquoi il propose de dissoudre l’euro et de rétablir les frontières.

Thierry Baudet

Thierry Baudet

Les partisans du projet européen soutiennent, imperturbables, que le nationalisme conduit à la guerre et la construction européenne à la paix. Toute perte provoquée par Bruxelles sur les plans de la démocratie, de la souveraineté et de la transparence, serait en définitive compensée par un objectif noble : la paix.

Or cette supposition repose sur une erreur. Le nationalisme ne conduit pas à la guerre. L’ambition d’instaurer un Empire européen conduit à la guerre. L’ambition de faire entrer de force différents peuples dans un carcan mène à la guerre. En somme, c’est la construction européenne qui conduit à la guerre.

Le fascisme et le nazisme étaient tous deux axés sur la construction européenne. Dès 1933, Mussolini a fait part de sa conviction que l’Europe pouvait à nouveau exercer son pouvoir sur le monde si elle parvenait à instaurer une certaine unité politique.

Le nouvel Empire romain de Mussolini

Le collaborateur norvégien Vidkun Quisling estimait que nous devions créer une Europe qui ne gaspille pas son sang dans des conflits meurtriers, mais qui constitue une solide unité. Et le 11 septembre 1940, Joseph Goebbels affirmait : je suis certain que, dans cinquante ans, on ne raisonnera plus en termes de pays.

Le 28 novembre 1941, lors d’une conversation avec le ministre finlandais des Affaires étrangères, Adolf Hitler faisait valoir que, manifestement, les pays d’Europe allaient de pair, comme les membres d’une grande famille. Dans son étude qui fait autorité, Nations and States (1977), l’historien Hugh Seton-Watson, de l’université d’Oxford, conclut que les intentions d’Hitler ne se limitaient pas à ce que l’on peut décrire comme le nationalisme allemand. Son objectif était de conquérir l’ensemble de l’Europe et un vaste territoire en dehors. Mussolini voulait quant à lui fonder un nouvel empire romain autour de la mer Méditerranée, et les Japonais souhaitaient instaurer une grande sphère de coprospérité en Asie orientale.

Le racisme des Allemands n’était pas non plus l’expression d’un nationalisme. Au contraire. La race dépasse les frontières de la nation et de l’État, et la théorie raciste est donc par définition une doctrine internationale – et non nationale.

Les pères fondateurs de l’UE

Il est encore plus frappant que Robert Schuman, l’un des fondateurs du projet européen, ait été, jusqu’au 17 juillet 1940, secrétaire d’Etat dans le régime de Vichy, qui a collaboré avec les Allemands. En tant que député de la Lorraine, il avait en 1938 soutenu activement la trahison de Munich et ainsi contribué à rendre possible l’annexion par l’Allemagne d’Hitler d’une partie de la Tchécoslovaquie. A l’époque, il avait en outre insisté pour que Mussolini et Hitler resserrent leurs liens. Le 10 juillet 1940, Robert Schuman a fait partie des députés qui ont soutenu la prise de pouvoir de Pétain.

Jean Monnet, un autre fondateur, était entre-temps à Londres et essayait d’empêcher la diffusion des bulletins d’informations quotidiens de De Gaulle à la radio (ce qu’il a réussi à faire les 20 et 21 juin 1940).

En dehors de la Seconde Guerre mondiale, on attribue aussi la cause de la Première Guerre mondiale au “nationalisme”. Mais pendant la Première Guerre mondiale également, le but de l’Allemagne était de soumettre des régions qui n’étaient pas allemandes à un empire. Cette guerre a d’ailleurs commencé dans la poudrière pan-nationale qu’était l’Autriche-Hongrie. Cette Union européenne avant la lettre refusait d’accorder l’indépendance aux Serbes de Bosnie, ce qui a incité un groupe de “jeunes Bosniaques” à comploter l’assassinat de l’archiduc François-Ferdinand en juin 1914.

L’oppression exercée par un régime centralisateur engendre des tensions. Une des principales leçons tirées de la Première Guerre mondiale a d’ailleurs été le “principe d’autodétermination” – propagé notamment par le président américain Woodrow Wilson – qui plaide pour le respect de différentes nationalités, au lieu de vouloir les dissoudre ou les intégrer dans un plus grand ensemble.

L’union politique, une source de tensions

Si l’on remonte plus loin dans l’Histoire, on s’aperçoit une fois encore que ce n’est pas le “nationalisme”, mais l’impérialisme et le désir d’unification européenne qui conduisent à la guerre. Prenons les guerres napoléoniennes. Napoléon voulait, pour le bien-être de l’Europe, instaurer les mêmes principes : un code européen, une haute cour de justice européenne, une monnaie commune, les mêmes unités de mesure, les mêmes lois, et ainsi de suite. Napoléon s’attendait à ce que l’Europe devienne rapidement une seule et même nation.

L’idée que le nationalisme conduit à la guerre et que l’unification européenne mène à la paix est donc fausse. L’Europe n’a d’ailleurs pas connu de “paix” au cours des cinquante dernières années. Pendant la majeure partie de cette période, les pays d’Europe étaient engagés dans une lutte à mort contre l’Union soviétique – l’expression là encore d’une philosophie anti-nationale : le communisme. Le travailleur, disait le Manifeste communiste, n’avait pas de nationalité.

Comme on pouvait s’y attendre, la tentative d’unir l’Europe politiquement engendre, aujourd’hui encore, de fortes tensions. Dans presque tous les pays européens, on voit monter en puissance des partis contre l’ordre établi. En Europe du Nord, la méfiance vis-à-vis du Sud s’accentue et inversement. Là encore, ce n’est donc pas le nationalisme, mais le projet européen qui est source de conflit. Nous devons par conséquent nous orienter vers une toute autre Europe que l’UE actuelle.

Une Europe sans un régime centralisateur – mais une Europe d’Etats-nations qui coopèrent entre eux et n’ont pas peur des différences nationales. Il faut rendre aux pays leur autorité sur leurs frontières nationales pour qu’ils puissent eux-mêmes déterminer qui ils laissent entrer. Ils opteront, dans leur intérêt économique, pour un régime souple concernant la délivrance des visas, tout en conservant le contrôle sur la criminalité et l’immigration. Il faut dissoudre l’euro pour que les pays puissent à nouveau respirer sur le plan monétaire et décider de leurs taux d’intérêt en fonction de l’orientation de la conjoncture locale. Il faut démanteler en grande partie l’harmonisation qui gomme la diversité.

Loin d’être une source de conflit, le nationalisme est la force qui rend possible la démocratie. Sans cette force unificatrice, le parlement ne peut jamais prendre de décision légitime. L’exemple de la Belgique montre en outre que l’absence d’une unité nationale peut rendre extrêmement laborieuse l’administration d’un pays. La peur panique du nationalisme risque d’instaurer un empire bruxellois contraignant. Il est temps d’arrêter de s’attaquer à l’Etat-nation.

Thierry Baudet, juriste et historien néerlandais né en 1983. Docteur à la faculté de droit de Leyde avec une thèse sur la souveraineté nationale, il publie régulièrement des articles dans la presse néerlandophone, en particulier sur la question des droits de l’homme. ll est l’auteur de Significance of borders
Traduction : Isabelle Rosselin
Source : PressEurop d’après NRC Handelsblad

  
  • Un autre article sur la construction européenne.

Les Européens, trop différents pour s’entendre, par Richard Swartz

Plus que les écarts entre les performances économiques des pays de l’UE, ce sont les fossés culturels entre les Européens qui constituent l’obstacle principal à la création d’une véritable communauté homogène. Il n’est dès lors pas étonnant qu’on ait autant de mal à la construire... (la suite)
  
  
  
  • Une série de citations édifiantes.
  
Yannis Varoufakis  a trouvé un jeu de citations sur l'Europe, et il propose à ses lecteurs, dans un billet récent, d'en deviner les auteurs.
1. Au delà du concept d'état-nation, l'idée d'une nouvelle communauté trensformera l'espace que nous partageons en une aire spirituelle... La nouvelle Europe faite de solidarité et de coopération entre ses peuples, sans chômage, sans crises monétaires, ... trouvera un socle solide et accroîtra ses perspectives de développement dès que les barrières économiques nationales seront abolies.
  
  (La suite)
  
  
  
  • Le ressentiment des grecs et des portugais.
  
  
PORTUGAL • Pourquoi l'Allemagne offense l'Europe José A. da Silva Peneda
  
  
  
 La Grèce occupée. Euroguerre par Panagiotis Grigoriou.  

Ce n'est pas une crise mais une guerre. On se le dit ici sans cesse dans la rue athénienne, sous le manteau déchiré des stéréotypes d'avant-hier soir. La garde-robe illusoire de l'européisme ne cache plus grand-chose des attentions de l'élite allemande, déjà en méditerranée européenne entre Chypre et le Portugal. “Über alles” et “Aux armes” sont des titres de la presse grecque d'hier, 26 mars et non pas du 29 octobre 1940. (...)

http://lucien-pons.over-blog.com/article-la-grece-occupee-euroguerre-par-panagiotis-grigoriou-117042143.html


La Grèce occupée. “Les gangsters de l’Eurogroupe” par Panagiotis Grigoriou.
 
 


Décidément, la dite Union Européenne finira comme (dans) certains westerns, vraisemblablement dans l’imbroglio d’un temps historique pas si lointain. Entre-temps et déjà, le paradigme chypriote montre la voie à suivre, indépendamment même du résultat immédiat, d’ici là une petite semaine ou durant les prochaines semaines. Notre temps historique s’est considérablement densifié, “l’axe paradigmatique” des pays du Sud devient une réalité sur le terrain, d’abord pour ce qui relève de la cristallisation des représentations, ensuite à travers la place des peuples du Sud dans ce processus accélérée de la fabrication de l’altérité vis-à-vis des mentalités et des stéréotypes renouvelés depuis les pays du Nord et enfin, grâce, ou à cause des réalités économiques quasi-communes asphyxiantes, dans lesquelles ces peuples sont plongés....

http://lucien-pons.over-blog.com/article-la-grece-occupee-les-gangsters-de-l-eurogroupe-par-panagiotis-grigoriou-117041919.html
  

Des nouvelles de la Grèce occupée. L’écume de la mort par Panagiotis Grigoriou. La légende voudrait que Vénus (Aphrodite), déesse de l'amour, soit née de l'écume de la mer, amenée par le vent d'ouest, le Zéphyr sur les rivages de Chypre. Sauf qu’hier, cet autre vent de l’ouest et du nord depuis Bruxelles du tout dernier Eurogroupe, amène sur l’île le désastre et la mort. La nouvelle était tombée samedi matin, comme dans un coup d’état, comme pour une déclaration de guerre....

  

La Grèce occupée, “Le fantôme du monde”, par Panagiotis Grigoriou.

 

La Molussie est un pays imaginé par (le philosophe atypique Günther) Anders dans Die molussische Katakombe (“La Catacombe molussienne”), livre “antifasciste” “achevé avant la prise du pouvoir par Hitler” mais qu’il n’a paru qu’en 1938 (...) Ce livre écrit, de l’aveu même de l’auteur, dans l’esprit des fables de Brecht, “se composait de nombreuses histoires - il y en a bien une centaine - qui s’imbriquaient les unes dans les autres, comme celles des Mille et Une Nuits. Le sujet du livre, c’était le mécanisme du fascisme. Les histoires étaient racontées par des prisonniers, retenus par la Gestapo “molussienne” dans une cave servant de prison. Les fables, histoires, maximes étaient transmises par les prisonniers de l’ancienne génération à ceux de la plus jeune, puis par ceux-ci, à leur tour, à ceux de la génération d’après...”, (note Christophe David, traducteur de Günther Anders (2001): “L’obsolescence de l’homme - Sur l’âme de l’époque de la deuxième révolution industrielle”, Éditions Ivrea, p. 18)....
  
  

Actualité de la Grèce occupée, Glissements et glissades. Par Panagiotis Grigoriou.

 Les glissements et les glissades de toute sorte s’installent peu à peu dans notre quotidien sous le régime de la Troïka. Ce qu’il reste des droits liés au travail est balayé, tout comme le travail, lui-même. Maria, 36 ans, journaliste au chômage rencontrée au centre d’Athènes cette semaine, s’apprête à quitter la Grèce pour le Qatar, son frère y est déjà depuis un mois: “Je n'en peux plus. Je vis actuellement en vendant mes biens, meubles, bijoux ou livres. Cette situation ne peut plus durer. Je n'ai plus envie de rien, ni lutter, ni manifester, ce ne sont pourtant pas les raisons qui manquent, mais avant tout, je dois m'assurer de ma propre survie, précise et concrète, c'est-à-dire, pouvoir me nourrir chaque lendemain. J’ai vu dans un reportage qu’à Thessalonique on embauchait pour un travail de bureau à mi-temps et le salaire proposé c’était 180 euros par mois. Il y a eu pléthore de candidats et le poste a été aussitôt attribué. Celui qui l’a décroché finalement, il s’est proposé pour 120 euros par mois. C’est ainsi que je réalise alors combien nous sommes déjà pulvérisés et réduits à néant, je vais partir”.(...).

http://lucien-pons.over-blog.com/article-actualite-de-la-grece-occupee-glissements-et-glissades-par-panagiotis-grigoriou-117041207.html
  
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L’UE, c’est l’Empire. L’Empire, c’est la guerre, par Thierry Baudet . Repris sur le blog d'Olivier Berruyer.

14 Avril 2013 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Europe supranationale

 L’UE, c’est l’Empire. L’Empire, c’est la guerre, par Thierry Baudet

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Article intéressant, sortant des sentiers du politiquement admissible, qui rejoint ma vision sur le thème “L’Europe c’est la paix, l’euro c’est la guerre”.

On a l’habitude de considérer que l’Union a assuré la paix en Europe. Or lorsque les Etats-nations cèdent leur souveraineté à des entités supranationales, cela mène au conflit, note de manière provocatrice l’historien Thierry Baudet. Voilà pourquoi il propose de dissoudre l’euro et de rétablir les frontières.

Thierry Baudet

Thierry Baudet

Les partisans du projet européen soutiennent, imperturbables, que le nationalisme conduit à la guerre et la construction européenne à la paix. Toute perte provoquée par Bruxelles sur les plans de la démocratie, de la souveraineté et de la transparence, serait en définitive compensée par un objectif noble : la paix.

Or cette supposition repose sur une erreur. Le nationalisme ne conduit pas à la guerre. L’ambition d’instaurer un Empire européen conduit à la guerre. L’ambition de faire entrer de force différents peuples dans un carcan mène à la guerre. En somme, c’est la construction européenne qui conduit à la guerre.

Le fascisme et le nazisme étaient tous deux axés sur la construction européenne. Dès 1933, Mussolini a fait part de sa conviction que l’Europe pouvait à nouveau exercer son pouvoir sur le monde si elle parvenait à instaurer une certaine unité politique.

Le nouvel Empire romain de Mussolini

Le collaborateur norvégien Vidkun Quisling estimait que nous devions créer une Europe qui ne gaspille pas son sang dans des conflits meurtriers, mais qui constitue une solide unité. Et le 11 septembre 1940, Joseph Goebbels affirmait : je suis certain que, dans cinquante ans, on ne raisonnera plus en termes de pays.

Le 28 novembre 1941, lors d’une conversation avec le ministre finlandais des Affaires étrangères, Adolf Hitler faisait valoir que, manifestement, les pays d’Europe allaient de pair, comme les membres d’une grande famille. Dans son étude qui fait autorité, Nations and States (1977), l’historien Hugh Seton-Watson, de l’université d’Oxford, conclut que les intentions d’Hitler ne se limitaient pas à ce que l’on peut décrire comme le nationalisme allemand. Son objectif était de conquérir l’ensemble de l’Europe et un vaste territoire en dehors. Mussolini voulait quant à lui fonder un nouvel empire romain autour de la mer Méditerranée, et les Japonais souhaitaient instaurer une grande sphère de coprospérité en Asie orientale.

Le racisme des Allemands n’était pas non plus l’expression d’un nationalisme. Au contraire. La race dépasse les frontières de la nation et de l’État, et la théorie raciste est donc par définition une doctrine internationale – et non nationale.

Les pères fondateurs de l’UE

Il est encore plus frappant que Robert Schuman, l’un des fondateurs du projet européen, ait été, jusqu’au 17 juillet 1940, secrétaire d’Etat dans le régime de Vichy, qui a collaboré avec les Allemands. En tant que député de la Lorraine, il avait en 1938 soutenu activement la trahison de Munich et ainsi contribué à rendre possible l’annexion par l’Allemagne d’Hitler d’une partie de la Tchécoslovaquie. A l’époque, il avait en outre insisté pour que Mussolini et Hitler resserrent leurs liens. Le 10 juillet 1940, Robert Schuman a fait partie des députés qui ont soutenu la prise de pouvoir de Pétain.

Jean Monnet, un autre fondateur, était entre-temps à Londres et essayait d’empêcher la diffusion des bulletins d’informations quotidiens de De Gaulle à la radio (ce qu’il a réussi à faire les 20 et 21 juin 1940).

En dehors de la Seconde Guerre mondiale, on attribue aussi la cause de la Première Guerre mondiale au “nationalisme”. Mais pendant la Première Guerre mondiale également, le but de l’Allemagne était de soumettre des régions qui n’étaient pas allemandes à un empire. Cette guerre a d’ailleurs commencé dans la poudrière pan-nationale qu’était l’Autriche-Hongrie. Cette Union européenne avant la lettre refusait d’accorder l’indépendance aux Serbes de Bosnie, ce qui a incité un groupe de “jeunes Bosniaques” à comploter l’assassinat de l’archiduc François-Ferdinand en juin 1914.

L’oppression exercée par un régime centralisateur engendre des tensions. Une des principales leçons tirées de la Première Guerre mondiale a d’ailleurs été le “principe d’autodétermination” – propagé notamment par le président américain Woodrow Wilson – qui plaide pour le respect de différentes nationalités, au lieu de vouloir les dissoudre ou les intégrer dans un plus grand ensemble.

L’union politique, une source de tensions

Si l’on remonte plus loin dans l’Histoire, on s’aperçoit une fois encore que ce n’est pas le “nationalisme”, mais l’impérialisme et le désir d’unification européenne qui conduisent à la guerre. Prenons les guerres napoléoniennes. Napoléon voulait, pour le bien-être de l’Europe, instaurer les mêmes principes : un code européen, une haute cour de justice européenne, une monnaie commune, les mêmes unités de mesure, les mêmes lois, et ainsi de suite. Napoléon s’attendait à ce que l’Europe devienne rapidement une seule et même nation.

L’idée que le nationalisme conduit à la guerre et que l’unification européenne mène à la paix est donc fausse. L’Europe n’a d’ailleurs pas connu de “paix” au cours des cinquante dernières années. Pendant la majeure partie de cette période, les pays d’Europe étaient engagés dans une lutte à mort contre l’Union soviétique – l’expression là encore d’une philosophie anti-nationale : le communisme. Le travailleur, disait le Manifeste communiste, n’avait pas de nationalité.

Comme on pouvait s’y attendre, la tentative d’unir l’Europe politiquement engendre, aujourd’hui encore, de fortes tensions. Dans presque tous les pays européens, on voit monter en puissance des partis contre l’ordre établi. En Europe du Nord, la méfiance vis-à-vis du Sud s’accentue et inversement. Là encore, ce n’est donc pas le nationalisme, mais le projet européen qui est source de conflit. Nous devons par conséquent nous orienter vers une toute autre Europe que l’UE actuelle.

Une Europe sans un régime centralisateur – mais une Europe d’Etats-nations qui coopèrent entre eux et n’ont pas peur des différences nationales. Il faut rendre aux pays leur autorité sur leurs frontières nationales pour qu’ils puissent eux-mêmes déterminer qui ils laissent entrer. Ils opteront, dans leur intérêt économique, pour un régime souple concernant la délivrance des visas, tout en conservant le contrôle sur la criminalité et l’immigration. Il faut dissoudre l’euro pour que les pays puissent à nouveau respirer sur le plan monétaire et décider de leurs taux d’intérêt en fonction de l’orientation de la conjoncture locale. Il faut démanteler en grande partie l’harmonisation qui gomme la diversité.

Loin d’être une source de conflit, le nationalisme est la force qui rend possible la démocratie. Sans cette force unificatrice, le parlement ne peut jamais prendre de décision légitime. L’exemple de la Belgique montre en outre que l’absence d’une unité nationale peut rendre extrêmement laborieuse l’administration d’un pays. La peur panique du nationalisme risque d’instaurer un empire bruxellois contraignant. Il est temps d’arrêter de s’attaquer à l’Etat-nation.

Thierry Baudet, juriste et historien néerlandais né en 1983. Docteur à la faculté de droit de Leyde avec une thèse sur la souveraineté nationale, il publie régulièrement des articles dans la presse néerlandophone, en particulier sur la question des droits de l’homme. ll est l’auteur de Significance of borders
Traduction : Isabelle Rosselin
Source : PressEurop d’après NRC Handelsblad

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